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octobre 22, 2026

France/Monde: Armées, Prospective, Stratégie, Ukraine, énergie, Démographie/Immigration...? Que la déconstruction de « l’ordre du monde » s’accélère !

Que nous apprend la guerre en Ukraine ? Que la déconstruction de « l’ordre du monde » s’accélère !

La guerre en Ukraine témoigne de l’accélération de la déconstruction du monde. À l’affrontement ancien entre les Etats-Unis et la Russie, s’ajoutent une guerre économique et une guerre de l’énergie. De nouveaux acteurs montent en force, comme la Chine, l’Iran et la Turquie.

Comme l’écrivait Camus « Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde. Et justement la grande misère humaine … c’est le mensonge[i]».  Le suivi de l’actualité sur la guerre en Ukraine ne nous épargne pas dans ce domaine… Joe Biden n’a pas fait dans la nuance à l’égard de Vladimir Poutine en le qualifiant de « boucher » et en insistant pour que son « indignation morale » serve de référence à une nouvelle « guerre juste » contre le mal. Les Russes ne sont pas en reste et entretiennent auprès des opinions publiques l’image d’un « Occident décadent » otage de « néoconservateurs américains affairistes »… Aucun des deux ne sortira gagnant de ce combat sur cette marche des empires régulièrement disputée depuis 1 000 ans entre occidentaux et orientaux[ii]…

Nous connaissons tous les vertus du « bouc émissaire » quand nous ne souhaitons pas traiter sur le fond une question vitale. Cette guerre en Ukraine est à ce titre assez éloquente des biais de représentation et des erreurs historiques qui ont été commises depuis 30 ans par toutes les parties prenantes le long de cet « intermarium » européen qui va de la Baltique au Monténégro. Chaque fois des populations sont prises en otage, avec un minimum de 3 à 6 millions de réfugiés, et toutes les atrocités propres aux guerres s’invitent sur nos écrans plasmas… Ce qui change c’est la singularité de la communication avec une virtualisation de plus en plus hystérique des situations sur le plan médiatique. Le « brouillard de la guerre » devient de plus en plus opaque et il est devenu difficile, même pour les experts, de prendre un peu de recul sur les évènements[iii]. Que pouvons-nous honnêtement décrypter au-delà le bruit ambiant ? Comment se situent les signaux faibles et les vrais marqueurs en termes de rapports de force? Et que pouvons-nous percevoir des conséquences à terme de ce conflit ?

Personne ne sait véritablement, mais tout le monde commente

Nous dissertons en flux continu sur une réalité pour laquelle nous n’avons pas d’informations fiables. Pourtant les dossiers sur la nature de ce conflit[iv] et sur les occurrences de risques existent[v]. Il est vraisemblable que tout ce qui est actuellement communiqué sur cette guerre d’Ukraine en termes de chiffrage morbide des victimes, de destructions civiles et d’évaluation de l’attrition des capacités militaires des uns et des autres soit faux. Nous retrouvons les mêmes méthodes qu’en Syrie depuis 2011 avec les comptages douteux de l’Observatoire syrien des Droits de l’Homme[vi] (OSDH), que tout le monde prenait pour une agence onusienne… Ce fut la même chose lors des opérations au Kosovo en 1999 avec les informations officielles, mais erronées qui étaient délivrées par l’OTAN[vii] … De fait chacun y va de son opinion, beaucoup plus que de l’observation de faits vérifiés et authentifiés[viii]. C’est le cas pour les évaluations sur l’échec de la « blitzkrieg » et sur « l’enlisement » de l’armée russe ou sur les « buts de guerre » de Vladimir Poutine, comme si nos experts avaient accès aux bureaux les plus confidentiels de Moscou… Il n’est pas étonnant que les débats sur les réseaux sociaux soient aussi passionnels, voire hystériques. Pour le moment, faute de vrais renseignements, la rumeur, la surenchère et l’outrance sont privilégiées afin de tenir les opinions en état de sidération.

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De fait nous assistons à une théâtralisation des évènements où tout est bon. À ce titre les modes d’action des deux chefs de guerre sont assez singuliers. Volodymyr Zelinsky, avec sa tournée quasi-shakespearienne en visio-conférence auprès de tous les parlements occidentaux, est assez stupéfiant quand on connait le passé sulfureux du personnage[ix]. Pour sa part Vladimir Poutine, enfermé dans les murs du Kremlin, avec ses exhortations historiques autour d’une mise en scène tsariste du pouvoir moscovite, n’en est pas moins spectaculaire en termes d’autoritarisme et de détermination. Tout se joue sur les écrans plats avec des relais de part et d’autre de propagande, d’opérations psychologiques et de désinformation comme on n’en a rarement vu dans les conflits modernes. La seule différence en termes de stress est la question du seuil nucléaire qui a été posée par la Russie… En matière de relations internationales, les diplomates comme les historiens savent que tout se joue sur le temps long et rarement sur celui des tweets et des visioconférences. Mais nos sociétés se confinent de plus en plus dans une sorte d’illusion médiatique, alors qu’elles dénient sur le fond l’engagement réel que supposent de telles remises en cause de l’intégrité des frontières. Il est clair que personne en Occident n’a vraiment envie de mourir pour l’Ukraine, comme hier pour l’Ossétie et la Géorgie, mais en revanche tout le monde a envie de commenter la bataille. Zelenski l’a compris et surjoue la partition pendant que Poutine sait qu’il peut manœuvrer avec les bonnes vieilles méthodes russes utilisées à Grozny, et surtout à Alep en Syrie[x]. Deux tons deux mesures que nous ne cessons de retrouver dans tous les conflits de ces dernières décennies. Pour autant, in fine c’est bien celui qui tient le terrain qui gagne, pas celui qui tient le micro ! La géopolitique ne se satisfait pas uniquement de taux d’audience…

Et pourtant les marqueurs d’une accélération de la bascule de l’ordre mondial sont là

S’il y a « beaucoup de bruit pour rien » sur les écrans, les coulisses sont en revanche très actives. Prenons les négociations en cours pour un cessez-le-feu voire un processus de paix entre Ukrainiens et Russes. Nous pouvons constater qu’elles ne se déroulent pas pour le moment sous la houlette des Nations Unies à Genève, mais sur les rivages de la Méditerranée orientale à Antalya et désormais dans le palais de Dolmabahçe à Istanbul sous la présidence turque. Certes la Turquie est membre de l’OTAN, mais réunir les protagonistes de cette guerre sans les Américains et les Européens, qui plus est dans l’un des vestiges des derniers sultans de l’Empire ottoman, en dit long sur les arrière-pensées d’Erdogan. Il réitère la même tactique pour tenir à distance les Occidentaux que Poutine, lorsqu’il a réuni en mai 2017 les protagonistes du conflit syrien à Astana au Kazakhstan, sous le triple parrainage de la Russie, de la Turquie et de l’Iran[xi]… Dans ce contexte, il ne faut pas négliger par ailleurs le rôle discret d’Israël et de ses réseaux d’influence, à commencer par les oligarques russes et ukrainiens, depuis le début des évènements, avec ses conséquences indirectes sur le dossier iranien… Il en est de même pour la Chine, qui a des intérêts considérables sur cet espace eurasien, notamment pour conforter sa stratégie de route de la soie. Xi Jinping en profite pour affirmer avec opportunisme sa proximité avec les préoccupations de Vladimir Poutine, qu’il soutient personnellement, tout en prônant une neutralité de façade… Cela permet surtout à ses « loups guerriers » de nourrir les argumentaires pour justifier une opération sur Taïwan et aux entrepreneurs chinois de récupérer ce que l’Occident abandonne en Russie… Pendant ce temps nos dirigeants européens se contentent d’échanges téléphoniques avec le maître du Kremlin, qui les méprise, alors qu’ils ne sont pas conviés à la table des négociations…

Les prises de parole de Joe Biden pendant son déplacement à Bruxelles le 24 mars pour les sommets contigus de l’OTAN, du G7 et de l’UE, et surtout ses déclarations le 26 mars à Varsovie, ne pouvaient pas être plus explicites sur l’objectif masqué de la Maison-Blanche. Pour reprendre Talleyrand, « tout ce qui est excessif est insignifiant », sauf si l’une des parties n’a pas véritablement envie d’engager un véritable processus diplomatique et que le but de guerre non avoué est d’éliminer son adversaire… Nous retrouvons finalement les mêmes intentions et modes d’action de « regime change » que pour Saddam Hussein ou pour Kadhafi, avec les succès que nous connaissons… Ces postures belliqueuses décidées à Washington de façon unilatérale, et relayée avec beaucoup d’agitation par Londres, ne laissent finalement aucune marge de manœuvre aux Européens pour espérer devenir de véritables médiateurs. Les réactions embarrassées du chancelier Olaf Scholz et du président Emmanuel Macron, beaucoup plus préoccupés par leurs approvisionnements en gaz, montrent combien les questions de solidarité et d’unicité de vues entre alliés, et de cohésion entre Européens sont extrêmement fragiles. En revanche il est clair que l’équipe actuelle de la Maison-Blanche entretient à distance ce conflit et qu’elle ne souhaite pas voir ses soldats mourir pour une cause qui n’est pas prioritaire pour eux[xii]. L’objectif pour Washington est de fixer et de neutraliser la Russie (en réarmant massivement les Européens pour « qu’ils fassent le job »), afin de pouvoir s’occuper tranquillement de la Chine. L’Ukraine n’est pour Joe Biden qu’un prétexte et un carnet de commandes pour son complexe militaro-industriel. Pour arriver à ses fins en mer de Chine il doit d’abord éliminer Vladimir Poutine, principal allié de Xi Jinping. Sans ce préalable l’affrontement sino-américain, qui semble inévitable avec la question de Taïwan, ne sera pas favorable aux États-Unis.

Dans ce contexte il faut aussi noter le retrait prudent d’une grande partie du monde vis-à-vis de ce conflit régional qui oppose pour les uns l’Ukraine à la Russie et pour les autres les États-Unis à la Russie, personne ne souhaitant parler ouvertement d’une guerre entre l’Europe et la Russie (bien que la question de la cobelligérance au travers des livraisons d’armes se pose de plus en plus et que celle de l’application de l’article 5 de la charte de l’OTAN se joue essentiellement sur le sol européen…) Plus de la moitié de la population mondiale n’est pas concernée par ce conflit et pour la première fois les Américains n’ont pas réussi à obtenir une adhésion totale comme ce fut le cas dans le passé, notamment avec la lutte contre le terrorisme. Les membres des BRICS, de l’OCS, l’Iran, le monde arabe, la plupart des pays de l’ASEAN ont adopté des positions prudentes, voire compréhensives vis-à-vis de la Russie[xiii]. Certes les sanctions économiques et financières sont inédites et ont des impacts collatéraux significatifs du fait de la mondialisation des échanges. Mais si la plupart prônent le respect de l’intégrité des frontières, ils ne souhaitent pas pour autant considérer Vladimir Poutine comme le seul « fautif », et lui infliger des sanctions comme nous le souhaiterions de leur part.

À ce titre, si les sanctions s’avèrent très spectaculaires et populaires au sein du G7, elles ne sont pas ressenties de la même façon dans le reste du monde. Elles ne plaisent absolument pas entre autres à la Chine et aux pays arabes qui le font savoir en intensifiant une dédollarisation des transactions pour protéger leurs propres flux d’intérêts. Le système russe s’est montré plus prévoyant et résilient depuis le krach financier de 1998 au grand dam des Anglo-Saxons qui sont obligés de renforcer sans cesse le régime des sanctions. De fait cette stratégie jusqu’au-boutiste provoque d’ores et déjà des dégâts collatéraux importants sur les plans énergétiques (rupture des approvisionnements en énergie de l’Europe et baisse de sa compétitivité), sur les matières premières stratégiques (impacts sur les chaînes de valeurs, sur les engrais…), sur les produits de consommation de base et biens intermédiaires (fermetures des entreprises implantées en Russie et rupture de supply-chain) et sur les produits alimentaires de première nécessité (crise sur les céréales avec risques de famines pour de nombreux pays importateurs). Dans les faits le piège est en train de se refermer sur les pays européens qui s’avèrent vulnérables. De nouveau les États-Unis sont très peu touchés par ces effets induits et peuvent jouer les grands justiciers. Pour autant le reste du monde fait ses comptes et a compris qu’il était temps de se protéger de ce type de guerre économique. La Russie ouvre le champ, avec les cryptomonnaies et l’emploi du rouble comme monnaie de transaction pour contourner les sanctions[xiv]. Mais le fait que la Chine, l’Inde, l’Arabie saoudite et d’autres puissances émergentes veulent accélérer la dédollarisation des échanges constitue un tournant majeur en termes d’évolutions des facteurs de puissance[xv]. Le fait que la plupart de ces acteurs refusent de sortir la Russie du G20, comme les États-Unis essayent de l’imposer, est aussi un signal important pour les membres du G7 qui ne représentent plus que 8% de la population mondiale, même s’ils concentrent encore 75% des dépenses d’armement du monde…

Les lignes bougent, que pouvons-nous anticiper ?

Cette guerre pose, au-delà la question fondamentale du respect de l’intégrité des frontières et de la dignité humaine, celle de nos dénis de puissance. D’ores et déjà nous avons tous avoué avoir été surpris par l’invasion russe de l’Ukraine, alors que nous avions les renseignements. Qu’en est-il de nos réelles capacités d’anticipation stratégique ? Par ailleurs, que penser de la crédibilité de nos concepts de dissuasion qui sont assis sur cette capacité d’anticipation stratégique ? La question se pose avec encore plus d’acuité quand Poutine aborde de façon décomplexée, mais déterminée, la question du seuil nucléaire et qu’il menace, si ses intérêts vitaux sont en jeu, d’utiliser l’arme nucléaire sur un champ tactique. Elle nous interroge aussi sur le périmètre et la crédibilité de nos alliances[xvi]. L’OTAN sort à priori renforcée de cet épisode ukrainien. Pour autant l’effort de réarmement mis en œuvre par les Américains, et suivi par la plupart des Etats membres de l’UE qui ont pris la décision d’augmenter leurs budgets de défense, suffira-t-il pour faire face ? Il faut une doctrine d’emploi et un commandement qui soient en adéquation avec les nouveaux types de menaces qui se formulent sur les frontières de l’Europe. Est-ce que ce type de coalition administrée par l’OTAN, avec des pays démocratiques qui ont des opinions versatiles, sera en mesure de tenir des rapports de force brutaux face à des pays aux visions néo-impérialistes et dotés d’armées rustiques qui ne craignent pas de mourir ? Sommes-nous par ailleurs suffisamment véloces et autonomes sur le plan logistique pour tenir dans la durée vue nos niveaux de dépendances énergétiques, technologiques et économiques du fait des délocalisations et des abandons de souveraineté au cours de ces 30 dernières années ?

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Dans les faits avec cette « opération spéciale » qui a été déclenchée par la Russie sur l’Ukraine nous entrons dans une phase plus violente de la déconstruction de l’ordre westphalien du monde[xvii]. La remilitarisation simultanée de l’Allemagne et du Japon, avec la bénédiction des États-Unis qui vont fournir ces deux pays en armements offensifs, vient de signer définitivement la fin de l’ère des accords de Yalta qui a assuré sept décennies de paix pour l’Occident. A ceci il faut ajouter, avec les conséquences de la guerre en Irak et surtout en Syrie, la fin des accords stratégiques autour de l’énergie entre les USA et l’Arabie saoudite liés par le « pacte de Quincy ». Toute cette construction qui a assis la prééminence des États-Unis sur l’ordre du monde est définitivement morte. Par ailleurs cela ne va que radicaliser un peu plus cette guerre de l’énergie qui est à la base de tous les conflits de ces trois dernières décennies. Enfin, en entrant en Ukraine Poutine a ravivé, sans le vouloir, mais grâce aux Américains, les bellicismes allemands et japonais[xviii], dont nous verrons surement les effets pervers dans les prochaines années. Ces évènements nourrissent aussi la dynamique de résurgence des empires centraux qui ont des velléités certaines quant à la redéfinition de leurs frontières et de leurs intérêts. Nos diplomates parlent d’une confrontation des démocraties contre les autocraties, de la liberté contre la dictature. Nous pourrions plutôt évoquer la confrontation de nos vieux Etats-Nations face aux vieux empires russes, turcs, chinois, perses etc. qui rêvent de prendre tout simplement leur revanche sur les siècles de mépris dans lesquels l’Occident les a enfermés…Nous sommes juste face à un retour de l’Histoire et à la fermeture d’une parenthèse où l’Occident a contrôlé « l’ordre du monde »[xix]…

C’est le second niveau de conséquences que nous devons désormais prendre en compte. Les revendications de Vladimir Poutine, en se référant à l’histoire de l’empire des tsars, sont aussi celles d’Erdogan qui veut retrouver les frontières de l’Empire ottoman qui ont été confisquées par le traité de Lausanne en 1923. Ce dernier aimerait saisir le centenaire de ce traité pour « renverser la table » en Méditerranée orientale et dans les Balkans[xx]. Il ne faut pas oublier que les protagonistes des événements au Proche-Orient n’ont eu de cesse ces dernières années de remettre aussi en cause les tracés des frontières à la suite des accords Sykes-Picot en 1918. Il en est de même en Chine où les « loups guerriers » de Xi Jinping observent avec acuité les développements de cette guerre en Ukraine pour reconsidérer les tracés territoriaux et maritimes imposés par l’Occident tant au travers des « traités inégaux » qu’en mer de Chine[xxi]. Tous reprochent à l’Occident son « arrogance » et « son mépris ». Nous ne voulons pas entendre cette réalité, car elle nous fait peur, mais l’avertissement de Samuel Huntington[xxii] est bien en train de se concrétiser. Nous sommes face à des guerres de civilisations qui sont en train de se coaguler ici et là au travers de conflits régionaux de haute intensité.

L’effondrement de toute l’ingénierie des relations internationales mises en place autour des traités de Yalta et de Versailles nous ramène à une autre vision du monde moins idyllique et plus prosaïque. Sommes-nous conscients que nous sommes en train de régresser en termes de droit international, notamment sur les questions du droit de la guerre et du droit humanitaire international ? Face à ce réveil de l’histoire et des prétentions des grands empires qui ont façonné les grandes civilisations du monde, quelle est la vision de nos élites et quel est le niveau de prise de conscience de nos populations sur les bascules en cours ? Quelle est notre capacité réelle de tenue des terrains de conflictualité avec des dettes étatiques abyssales et des populations peu résilientes, vieillissantes, pas aguerries? Comment allons-nous assumer en Europe la problématique des migrations qui vont se multiplier autour de ces crises régionales ? Comment assurer notre autonomie stratégique et renforcer nos concepts de dissuasion pour faire face à tous les types de scénarios qui ne sont plus de l’ordre du probable, la seule inconnue étant la date de survenue des évènements ?

Toutes ces questions supposent que nous passions de la naïveté à de nouvelles formes de responsabilisation de la défense de nos intérêts et valeurs. En cela les réactions des Polonais, des Baltes et des Ukrainiens face à ce conflit ne peuvent que nous réveiller. Mais Il eut mieux valu avoir été plus intelligent dans les années 1995-2005. Plutôt que d’avoir laissé glisser l’histoire vers ses travers meurtriers et toujours tragiques, nous aurions dû inventer un autre espace de sécurité et de coexistence sur l’Europe. Pour cela il aurait fallu que les faucons de Washington aient accepté une Europe plus forte et autonome[xxiii]. Nous payons les impérities de cette impuissance européenne qui ne sait pas singulariser son identité et anticiper son devenir. Les stigmates de cette guerre en Ukraine vont s’intensifier et durer. Pourtant nous avons eu une première alerte avec les Balkans, qui vit de nouvelles répliques[xxiv]. Mais nous ne voulons ni voir ni entendre les alertes, nous voulons juste nous contenter de commenter la bataille… La Rochefoucauld résume très bien cette pathologie dans ses maximes « l’aveuglement des hommes est le plus dangereux effet de leur orgueil : il sert à le nourrir et à l’augmenter et nous ôte la connaissance des remèdes qui pourraient soulager nos misères et nous guérir de nos défauts ».

 

 Ancien responsable de la DGSE dans les années 1980, puis fortement engagé dans la montée en puissance des Opérations Spéciales (COS) dans la décennie 1990, il a une longue expérience sur le terrain, ainsi qu’aux niveaux étatique et interallié, de la conduite et résolution des crises internationales. Il a exercé pendant 15 ans des fonctions exécutives et opérationnelles dans le monde de l’entreprise au sein du Groupe Hachette, Spie-Batignolles, Schneider Electric et Eurogroup.

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[i] Cf. Albert Camus : « Sur une philosophie de l’expression », compte rendu de l’ouvrage de Brice Parain, Recherches sur la nature et la fonction du langage, éd. Gallimard, in Poésie 44, n° 17, p. 22.

[ii] Cf. Thomas Flichy de la Neuville: « Ukraine chroniques de guerre », DMM avril 2002 et Revue politique et parlementaire : https://www.revuepolitique.fr/author/flichydelaneuville/

[iii] Cf. Renaud Girard : « Les tristes restes du néoconservatisme », Le Figaro 28 mars 2022.f.

[iv] Cf l’excellent dossier réalisé par Diploweb : https://www.diploweb.com/Dossier-geopolitique-Russie-et-Ukraine-quelles-relations.html et Xavier Guilhou: « Kiev défie Poutine » Diploweb 28 février 2014  https://www.diploweb.com/Kiev-defie-Poutine.html et « Crise ukrainienne : Quel pilotage des évènements » Diploweb 16 mars 2014  https://www.diploweb.com/Crise-ukrainienne-quel-pilotage.html

[v] Cf. les rapports de l’OSCE : OSCE Special Monitoring Mission to Ukraine | OSCE

[vi] Cf. l’enquête de Libération – 15 mars 2018 : https://www.liberation.fr/checknews/2018/03/15/l-observatoire-syrien-des-droits-de-l-homme-est-il-une-source-fiable_1653354/

[vii] Cf. Témoignage du Général Dominique Delawarde sur le site de l’ASAF – 2 mai 2019 :  https://www.asafrance.fr/item/emoignage-le-dernier-plus-gros-mensonge-geopolitique-de-la-fin-du-xxe-siecle.html et Revue International 2003/3 N° 51 pages 125 à 132, Darko Ribnikar : « Les leçons du Kosovo »

[viii] Rappelons à titre d’exemple qu’après des enquêtes très élaborées les chiffres repris par les rapports et les médias de 250 000 morts lors de la guerre en Bosnie entre 1992 et 1995 ont été ramenés à 100 000 – Cf. Revue le mouvement social 2008/1 (N° 222) pages 153 à 183 Isabelle Delpla :  « La preuve par les victimes. Bilan de guerre en Bosnie-Herzégovine »

[ix] Cf enquête de Denis Garnier dans Médiapart 6 mars 2022 : « Mais qui est Volodymyr Zelensky ? » https://blogs.mediapart.fr/denis-garnier/blog/060322/mais-qui-est-volodymyr-zelensky

[x] Cf. Interview du Général Gomart dans le Figaro du 25 mars 2022 : « En Ukraine , l’armée russe a opté pour une stratégie de terreur » https://www.lefigaro.fr/international/general-gomart-en-ukraine-l-armee-russe-a-opte-pour-une-strategie-de-terreur-20220325

[xi] Cf. Matthieu Eynaudi – site Les clés du Moyen-Orient – 9 fev.2017 : « A Astana , la redéfinition des rapports de force dans les négociations sur la Syrie » https://www.lesclesdumoyenorient.com/A-Astana-la-redefinition-des-rapports-de-force-dans-les-negociations-sur-la.html

[xii] Cf. Xavier Guilhou : « Que nous apprend l’Afghanistan : que la géopolitique n’est pas morte ! », 28 septembre 2021 https://www.xavierguilhou.com/2021/09/28/que-nous-apprend-lafghanistan-que-la-geopolitique-nest-pas-morte/

[xiii] Cf tribune de Xavier Guilhou dans le Télégramme de Brest du 1er mars 2022 : « Nous sommes face à une guerre de civilisations » https://www.letelegramme.fr/debats/tribune-xavier-guilhou-nous-sommes-face-a-une-guerre-de-civilisations-01-03-2022-12931095.php

[xiv] Cf Déclaration de Christine Lagarde – Tribune 23 mars 2022 : https://www.latribune.fr/economie/international/christine-lagarde-juge-les-cryptomonnaies-comme-une-menace-dans-le-contexte-russe-906783.html

[xv] Cf. lire sur cette thématique les excellentes analyses de Claude Leblanc dans l’Opinion : https://www.lopinion.fr/auteur/claude-leblanc

[xvi] Cf revue Marine de l’Acoram n° 274 Xavier Guilhou – janvier-mars 2022 : « Les Alliances : abandon de souveraineté ou mal nécessaire ? » https://www.xavierguilhou.com/2022/01/07/revue-marine-les-alliances-abandon-de-souverainete-ou-mal-necessaire/

[xvii] CF. Henry Kissinger : « L’ordre du monde », Fayard 2016

[xviii] Cf https://www.nippon.com/fr/news/yjj2022030801061/

https://www.france24.com/fr/asie-pacifique/20220324-%C3%AEles-kouriles-la-guerre-en-ukraine-ravive-les-tensions-entre-le-japon-et-la-russie

[xix] Cf Hubert Védrine : « Une vision du monde » Bouquins, 17 fév. 2022

[xx] Cf. revue Marine de l’Acoram n° 271 avril – juin 2021 Xavier Guilhou :  « Méditerranée orientale : Qui va trancher le nœud gordien ? » https://www.xavierguilhou.com/2021/04/02/revue-marine-mediterranee-orientale-qui-va-trancher-le-noeud-gordien/

[xxi] Cf revue Marine de l’Acoram n° 272 avril-mai 2022 Xavier Guilhou : « Pacifique , l’océan de toutes les convoitises et de tous les risques » www.xavierguilhou.com et revue Conflits n° 27 mai-juin 2020 : « Indo-Pacifique , les grandes manœuvres » et n° 36 nov. déc. 2021 « Mer de Chine – Taïwan prochaine prise ? » www.revueconflits.com

[xxii] Cf. Samuel Huntington: « The clash of civilisations and the remaking of world order », Simon and Schuster /US  2002

[xxiii] Cf. Robert Kagan : « La puissance et la faiblesse », Hachette 2006 et analyse de Vincent Stage 11 mars 2014 :  https://www.diploweb.com/R-Kagan-La-puissance-et-la.html – voir aussi les conférences de Georges Friedman le président du Think Tank Stratfor et l’analyse de Jean Claude Empereur revue politique n° 1077 du 29 février 2016 https://www.revuepolitique.fr/etats-unis-une-nouvelle-vision-geopolitique/ .

[xxiv] Cf. Milica Cubrilo Le Figaro 29 mars 2022 : « La Bosnie-Herzégovine déchirée par les tensions nationalistes » La Bosnie-Herzégovine déchirée par les tensions nationalistes (lefigaro.fr)

Source: https://www.revueconflits.com/que-nous-apprend-la-guerre-en-ukraine-que-la-deconstruction-de-lordre-du-monde-saccelere/


 

Armées : il faut changer de modèle ! 

L’armée française se retrouve à cours de matériel et donc avec des difficultés à conduire des opérations lointaines. L’argent ne suffira pas, c’est bien un changement de modèle qui est nécessaire.

Remettre de l’épaisseur, 

Retrouver des effets de levier, 

Refaire de la nation le cœur de notre survivance !

Xavier Guilhou. Article original paru sur son site personnel

« Nous sommes sur l’os… ! ». Qui n’a pas entendu nos grands chefs utiliser cette expression pour préciser que nous n’avons plus de marges de manœuvre sur le plan capacitaire, voire que nous sommes bien en deçà de l’acceptable pour assurer les missions assignées à nos armées. Il est évident qu’après trois décennies de rabotage budgétaire nous ne pouvons qu’être en limite basse en termes de suffisance opérationnelle (moyens, munitions, stocks stratégiques, personnels…) et que, pour reprendre un terme de marins, « nous talonnons ! ». A ce rythme la prochaine étape est « l’échouage » … Si cette politique financière avait permis de faciliter des réformes en profondeur pour notre pays, nous pourrions à la rigueur la comprendre. Mais cela n’a fait qu’alimenter une pseudo paix sociale à la petite semaine et nous ne pouvons plus l’admettre au vu des rendez-vous stratégiques qui sont devant nous. 

La guerre en Ukraine sert de révélateur dans tous les domaines et a eu la vertu de réveiller les consciences endormies par des décennies de « dividendes de la paix ». Pourtant les signaux précurseurs n’ont pas manqué, mais chaque fois le relativisme et la bureaucratie ont effectué leur travail de neutralisation et de normalisation pour continuer à tirer vers le bas nos postures de défense. De fait « nous sommes bien sur l’os » et il nous faut avant tout « remettre de l’épaisseur » à tous les niveaux pour combler ou compenser ces faiblesses structurelles. La projection de corps expéditionnaire tous azimuts n’est plus dans nos moyens. Nous devons nous recentrer sur la défense de nos intérêts vitaux, la protection de notre territoire et remuscler notre dissuasion. Il faut changer de méthode et surtout de modèle !

« Remettre de l’épaisseur » 

Certes nous avons développé des capacités marginales à très forte valeur-ajoutée pour « faire autrement » quand nous ne pouvions plus « faire normalement » du fait de l’érosion de nos forces conventionnelles. Ce fut le cas au cours de ces trois décennies avec la montée en puissance des opérations spéciales. Par leurs performances indéniables, notamment dans la lutte qualifiée « d’anti-terroriste » en Orient et en Afrique, elles ont assuré au pouvoir politique la garantie d’une posture opérationnelle à succès avec une forte résonnance médiatique auprès des opinions publiques. Cela a plutôt bien fonctionné. Dans ce contexte les OPEX ont au moins eu le mérite de permettre à toutes ces composantes de se tester et d’acquérir une courbe d’expérience considérable.  Mais avec l’Ukraine nous passons à autre chose et le travail de sur-mesure de nos forces spéciales doit désormais s’intégrer dans des schémas complexes de combat de haute intensité, avec un retour de confrontations de masse sur des lignes de front que nous n’avons plus connues depuis les grandes guerres mondiales. Comme le citait Goethe « nous avons déjà pensé à tout mais il nous faut tout réinventer ».

Il en fut de même avec les deux fonctions essentielles que sont le renseignement et la logistique, armes souvent considérées comme secondaires dans notre culture militaire, mais qui se sont avérées cruciales au cours de ces dernières décennies pour accompagner nos projections de corps expéditionnaires sur des conflits hybrides, au sein d’alliances, sur des terres lointaines (Afghanistan, nœud syriaque, Sahel). Ces composantes souvent qualifiées de soutiens, alors que ce sont des précurseurs qui conditionnent le succès des opérations,  ont permis sur le terrain de faire face avec beaucoup de réactivité et aussi d’inventivité dans les modes d’action, à de nouveaux modes d’adversités (cf. les techniques de guérillas pratiquées par les groupes islamiques, mais aussi les méthodes de désinformation et déstabilisation des SMP comme Wagner, ainsi que l’utilisation de technologies duales et des réseaux sociaux). 

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Panorama du matériel de l’armée française

Nous avons aussi compensé la baisse de nos moyens avec de la haute technologie et une professionnalisation remarquable de nos forces. Nos armées sont de fait réduites en nombre mais elles sont plus performantes du fait des technologies embarquées et du niveau de formation de nos combattants. Ce qui suppose aussi un niveau de soutien et de maintenance non négligeable (pour un fantassin au combat il en faut en moyenne neuf en soutien). Néanmoins, pour nos spécialistes, avec les moyens actuels, nous ne pourrions tenir qu’un front de 80 kms, soit Dunkerque – Lille, là où nos anciens furent en mesure de tenir un front de 750 kms lors de la première guerre mondiale…Et que penser de nos capacités de feu qui n’excéderaient pas une semaine en termes de stock de munitions…  De nouveau le conflit en Ukraine, et surtout les risques de confrontations pressenties notamment en Mer de Chine et en Méditerranée orientale, posent la question des masses critiques et du niveau de rusticité qu’il faudrait désormais être en mesure d’assumer face à des armées qui utilisent des centaines de milliers d’hommes et un déluge de feu sans précédent pour arriver à leurs fins. 

Ces armées ont recours à la conscription et à la mobilisation de réserves considérables. Par ailleurs elles se battent avec des doctrines basiques similaires à celles de la guerre de 1914, que nous qualifions certes d’archaïques et de barbares, mais qui s’avèrent dimensionnantes actuellement dans les conflits (cf. les enseignements sur la Syrie, le haut Karabagh et le niveau de consommation d’obus d’artillerie sur le Donbass ). De notre coté nous n’avons plus la conscription et nous avons des réserves qui sont réduites à la portion congrue malgré tous les effets d’annonce vertueux de ces dernières années… Nous faisons confiance à l’intelligence embarquée dans nos moyens, qui sont de plus en plus sophistiqués, en prétendant que cela sera suffisant pour casser ces armées « ringardes » dotées d’équipements datant de la guerre froide… Les évènements nous démontrent qu’il faut faire preuve d’un peu plus d’humilité, ces armées n’ayant pas la même notion de l’attrition et de la vie humaine que nous… Avec une société soumise à la religion du « bien-être » , et soyons honnêtes peu résiliente, nous ne remplissons pas les mêmes critères en termes de résistance morale et physique aux chocs que ceux que pourraient nous infliger ces adversaires qui n’ont pas nos états d’âme…

Certes nous avons l’impression actuellement que le corps politique, pas seulement en France mais sur tout le continent européen, subi un électro-choc devant l’intensité et la brutalité des combats sur l’Ukraine. Mais eut-il fallu qu’ils aient eu les mêmes réactions lors des évènements sur les Balkans, qui ont fait rappelons-le de l’ordre de 100 000 morts (200 000 selon les médias). Il en fut de même au Moyen-Orient avec les enchainements post-Irak sur le nœud syriaque qui ont fait quasiment le même nombre de victimes. Nous sommes déjà au-dessus ces seuils pour l’Ukraine (si nous acceptons d’intégrer les chiffres des 14 500 morts civils et militaires de la guerre du Donbass depuis 2014) cette guerre n’ayant pas commencé en février 2022… Chaque fois les niveaux de brutalité et d’inhumanité ont augmenté franchissant des seuils que les ONG et les organisations internationales n’ont cessé de recenser et d’expliciter pour alerter nos dirigeants. La réponse de ces derniers fut l’invention sémantique des « lignes rouges » à ne pas franchir, mais sans postures réelles et crédibles… Tous ces théâtres d’opération furent des laboratoires, notamment pour les armées Russes et Turques, qui désormais stressent notre flanc oriental et méridional. Heureusement que la posture de dissuasion, assise sur notre signature nucléaire, dont la crédibilité repose sur la permanence à la mer de nos SNLE et sur les capacités de frappes de nos composantes aéroportées (FAS et FAN), n’a pas subi le même niveau d’altération, voire de destruction systématique, que pour nos moyens conventionnels.

« Retrouver des effets de levier »

Aujourd’hui le temps n’est plus aux lamentations mais à la reconstruction d’un modèle rachitique en s’appuyant sur cette épaisseur tactique qu’offre ces quelques composantes à forte valeur ajoutée éprouvées aux cours de ces dernières décennies (Les opérations spéciales, le renseignement, la logistique et l’intelligence embarquée). Il faut dès lors trouver en les utilisant bien des possibilités de générer des effets de levier sur le plan opérationnel partout où cela est possible. Il est évident que tous ces moyens, en s’intégrant intelligemment dans des schémas plus élaborés de combat de haute intensité, peuvent devenir des « démultiplicateurs de forces ». Le terrain ukrainien est à ce tire précieux en termes d’enseignements. Sans augurer des résultats sur l’avenir, ils ont permis pour le moment de casser l’offensive initiale de l’armée russe et de lui infliger de sérieuses difficultés sur le plan stratégique. Le renseignement et les opérations spéciales ont joué un rôle déterminant pour frapper des cibles à haute valeur ajoutée (commandements, QG, bâtiments emblématiques de la flotte Russe, bases aériennes, etc.). La logistique a été aussi particulièrement dimensionnante pour permettre de tenir le « battle-rythm » sur les lignes de front. Certes ce n’est pas suffisant, tous les experts sur nos plateaux TV disent qu’il faut aussi de l’infanterie, de l’artillerie, des munitions et désormais des chars… mais sans ces capacités spécifiques, et très entrainées par les anglo-saxons, l’armée ukrainienne aurait été déjà laminée. 

Il faut préciser que ces « démultiplicateurs d’efficacité » sont à la fois armés par des professionnels très aguerris, mais surtout par une réserve et une garde nationale tout aussi importante, avec beaucoup d’engagés volontaires (cf. les opérateurs ferroviaires et les équipes de la sécurité civile). A ceci il faut ajouter l’effet de levier permis par le déploiement de hautes technologies ou de technologies duales (comme les essaims de drones) , ainsi que l’IA (cf. le déploiement des capacités de Starlink et le traitement des métas données en termes de renseignement opérationnel avec des méthodes très décentralisées) qui permettent aux forces de mieux résister, voire de mener des offensives concluantes. Toutes ces capacités sont assises sur des compétences civiles, avec en arrière-plan une société particulièrement résiliente. Où en sommes-nous sur ce plan ? Qu’avons-nous fait de nos réserves ? Quel est le niveau réel de résilience de notre pays? Comment se situent les capacités de réponse duale entre nos industries civiles et militaires s’il fallait développer un véritable effort de guerre sur le plan économique ? l’Ukraine a révélé nos vulnérabilités et insuffisances sur ces questions…

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L’élargissement du spectre d’emploi des drones : des progrès technologiques aux conflits futurs

En fait ce conflit sur « l’intermarium » européen nous interpelle bien au-delà le simple budget des armées, qui devrait enfin pouvoir retrouver un peu d’oxygène avec la RNS. Les marins diront que nous allons juste retrouver « un peu d’eau sous la quille » pour redevenir manœuvrants. Cela va bien au-delà les débats technologiques, certes nécessaires, mais désormais insuffisants face aux masses critiques de nos adversaires. La réflexion va aussi au-delà le monde des professionnels de nos armées, qui a un peu confisqué ces dernières décennies le partage des enjeux sur ces questions en l’enfermant sur des doléances budgétaires. Il nous interpelle avant tout sur les liens « Armées-Nation », pas ceux qui animent nos grandes commémorations parfaitement scénarisées, mais ceux qui conditionnent sur le fond les notions d’engagement au sein du pays. 

Qu’est ce qui est de l’ordre du tolérable ou non en termes de relations de puissance ? Qu’est ce qui est soutenable ou non en termes « de compétition, de contestation et d’affrontement »  entre les pays ? Qu’est ce qui est de l’ordre de la survivance pour la France et les Français ? Le modèle israélien où l’on apprend à se battre à un contre dix est peut-être celui que nous devrions regarder de plus près, même s’il parait forcément décalé et extrême pour nos sociétés très protégées. Quand nous n’avons plus la démographie, plus de moyens et des capacités réduites, comme c’est désormais le cas, il faut apprendre à survivre et à trouver ces effets de levier qui permettent de conserver l’initiative (le renseignement), à obtenir la décision (les opérations spéciales et la logistique) et à confirmer la victoire (la pertinence opérationnelle et des armements conventionnels suffisants). Il faut surtout retrouver le sens du courage à tous les niveaux, en premier lieu sur le plan décisionnel au niveau politique en termes d’arbitrage !

Soyons lucides et arrêtons de nous conter des histoires pour nous rassurer ou nous confiner dans un déni collectif qui s’avèrerait suicidaire. « Nous sommes sur l’os ! ». Nous devons retrouver le sens du vital ! Cette question n’est pas que comptable, c’est une affaire de volonté. Non pas de quelques prétoriens mais de tout un peuple ! C’est un peu ce que les Ukrainiens et Russes, quelles que soient nos opinions ou émotions sur le sujet, nous démontrent quotidiennement des deux côtés. Ne sous-estimons pas, malgré les propagandes qui saturent nos écrans de part et d’autre, ce niveau de volonté et d’engagement réciproque qui déjoue tous les pronostics des experts accrédités de nos plateaux TV. Les confrontations de puissance sont toujours de cet ordre. Là aussi quel que soit notre sentiment sur ce conflit, il est d’abord l’expression des volontés ou des impuissances des uns et des autres. La pandémie nous a montré aussi que c’était une question majeure de souveraineté !

« Refaire de la nation le cœur de notre survivance »

Il est encore temps de « remettre de l’épaisseur » dans nos systèmes de défense. Pour cela il faut absolument raisonner différemment. Il faut retrouver de la souplesse quand il y a de la bureaucratie, de la réactivité quand il y a excès de centralité, de la fluidité quand il y a trop de rigidité dans les modes opératoires et surtout de l’audace quand il y a de l’excès de précaution… Mais il faut surtout admettre que nos intérêts vitaux sont désormais vulnérables et que les niveaux de menaces sont désormais proches du territoire, voire insidieuses au sein du territoire ! Pour cela il faut aussi remettre de la masse critique. Elle n’est pas que matérielle ! Elle est aussi humaine ! En cela la question des réserves est absolument cruciale. Sa mobilisation, son employabilité et son rayonnement constitueront des « effets de levier » pour rattraper au sein de notre société le gâchis des trois dernières décennies. 

Certes l’armée professionnelle a d’autres sujets plus importants que le traitement de cette question pour passer d’un modèle de corps expéditionnaire à une armée de corps de bataille capable d’agir de façon autonome ou au sein d’une alliance. Mais dans ce contexte inventons un mode opératoire civilo-militaire à la Suisse ou à l’Israélienne qui permettrait d’avoir une seconde couche de résistance, d’intelligence répartie partout sur le territoire et de flexibilité d’emploi. Cela ne pourra que contribuer à renforcer encore plus nos postures globales de dissuasion en durcissant nos capacités de résistance sur le plan systémique. Là aussi les exemples ukrainiens mais aussi polonais, finlandais, suédois et bien entendu anglo-saxons sur cette proximité des armées avec leurs populations devraient nous aider à innover en la matière. Cela suppose aussi de changer la relation hiérarchique qui prédomine entre l’Etat, nos armées et la société civile, sans pour autant remettre en question « l’autoritas » du régalien qui prévaut pour les questions stratégiques (cf. l’emploi du nucléaire) . Cela exige d’avoir une gouvernance plus décentralisée et de développer des relations de confiance entre les parties. Ce que nous avons plus ou moins bien géré jusqu’à présent. Des partenariats dits citoyens sont toujours très beaux sur le papier, sympathiques sur le plan médiatique mais ne valent pas grand-chose sur le plan opérationnel en termes d’efficacité collective. Là aussi soyons honnêtes et un peu plus réalistes dans nos modes de coopération « Armées-Nation » !

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Histoire de l’armée française 1914-1918 – Entretien avec Rémy Porte et François Cochet

Il faut « mettre de l’épaisseur » dans nos systèmes de défense et cela ne peut être limité à la seule lutte contre le terrorisme, même si celle-ci reste une priorité indéniable sur le plan sécuritaire. Ce n’est plus suffisant ! Il faut renforcer notre posture de dissuasion par une véritable mobilisation de toutes nos ressources au niveau national avec un véritable pilotage de leurs valeur-ajoutées respectives que ce soit sur les plans économiques, industriels, financiers, mais aussi en termes de résilience au niveau de nos infrastructures vitales (collectivités territoriales, réseaux critiques), qu’en termes de ressources humaines qu’elles soient à usage militaire ou simples renforts civilo-militaires. A ce titre il faut redéfinir le rôle des correspondants défense et en faire de véritables liens quasi organiques de notre système de défense depuis le local, en passant par les entreprises jusqu’au niveau des grandes institutions publiques. Ils doivent devenir autre chose que de simples ordonnateurs de commémorations afin que les élus aient leur photo dans le journal, même si c’est nécessaire pour assurer leur réélection… et accessoirement entretenir le devoir de mémoire localement…

Il en est de même pour la Réserve avec un grand R. Sur ce registre il faut arrêter de démultiplier les réserves : opérationnelles, citoyennes, sanitaires, sécuritaires etc. Cet artifice sémantique qui convient aux salons mondains ne parle absolument pas à nos concitoyens. Il en faut une et une seule, une vraie qui soit valorisée au plus haut niveau sur le plan politique, pilotée avec un management civilo-militaire adapté, visible sur le terrain et qu’elle soit reconnue pour ses services et mérites. Il faut absolument simplifier la signature de cette composante stratégique pour le pays et en sacraliser l’engagement  et le volontariat sinon nous reviendrons à l’état dégradé que nous connaissons aujourd’hui et qui est totalement insatisfaisant au regard des risques perceptibles pour notre pays. Ne nous faisons pas d’illusions ces risques ne feront que s’amplifier après l’Ukraine, nous n’en sommes qu’à l’apéritif… A cet effet nous devrions sans cesse méditer les constats faits en 1939 par ce réserviste, et par la suite grand résistant, que fut Marc Bloch lorsqu’il a écrit L’étrange défaite. Tous nos politiques devraient absolument lire ce livre !

Il faut repenser nos logiques de combat et démultiplier nos capacités de résistance. Pour un qui part au front il en faut neuf qui l’assistent et le soutiennent sur les arrières, quand lui doit apprendre à se battre à un contre dix…  Ce changement de paradigme suppose une autre ingénierie de notre vision de la défense pour notre pays. Nous pouvons très bien perdre sans combattre avec cet esprit comptable et bureaucratique qui a conditionné le fonctionnement de nos armées depuis quelques années. Ceux qui gagnent savent très bien qu’un leadership et des victoires sont le fruit d’un esprit combattif et non d’un bon mécénat ou pire d’un raisonnement sur la valeur liquidative d’un actif…. Les grands sportifs, qui sont devenus la référence pour beaucoup, ou nos grands chefs d’entreprise, qui tiennent des lignes de front impitoyables sur le plan international, le savent bien. Être respecté a un prix quand on veut être parmi ceux qui se respectent. La victoire est un état d’esprit ! On l’a ou on ne l’a pas ! 

Pour cela il faut ce supplément d’âme qui est à la base de toute survivance et espérance pour un pays. Il ne faut pas craindre de mourir, de toute façon la peur n’empêche pas la mort ! Il y a ce qui est de la finitude humaine et il y a aussi ce qui est de la finitude des peuples. Ce n’est pas qu’une question budgétaire et comptable, même si ce point est incontournable en termes de réalité. C’est une question plus profonde qui est de l’ordre du civilisationnel. Il constitue pour notre pays une urgence en termes d’éducation et pas seulement d’agitation médiatique. Il faut juste savoir ce que nous voulons car tout est question de volonté. C’est à ce titre que l’engagement de chacun et d’une nation sont des valeurs sacrées que nous devons remettre à l’ordre du jour ! 

Il est encore temps…

 https://www.revueconflits.com/armees-il-faut-changer-de-modele/

 

 


Autres liens complémentaires de mon ami DGSE Xavier



 https://universite-liberte.blogspot.com/2019/06/crise-implosion-du-systeme-revolution.html 

A) Vous vouliez une « transition », vous avez une « révolution » !

B) «Ainsi va le monde...et c’est ainsi depuis toujours!» De la crise de modèle à l’implosion du système
 
 

 Grèce, Ukraine, Terrorisme « Ils n'oseront pas! » 

Après le sempiternel "tout est sous contrôle" qui nous a été asséné depuis 2008 sur les plans financiers et économiques suite à la faillite de Lehmann Brother, nous subissons maintenant le "ils n'oseront pas" face aux événements qui mettent sous stress et en mode échec nos frontières mentales.
 

 
 
 
 
A) "Le logiciel France est en mode échec!" - Xavier Guilhou - XAG consulting

B) " La chute du mur de Bruxelles "- Xavier Guilhou - XAG consulting
 
 
 

 
Notre pays vit une période singulière et sordide de paranoïa aigue. Quand nous ne sommes pas angoissés par tous les maux de la planète véhiculés par nos médias, nous sommes harcelés par les cours de morale assénés par nos politiques
 
 
 
 
 
 
 

décembre 09, 2025

Informations France: Début décembre 2025 dont PLFSS

Sommaire:

A) La purge silencieuse de l’armée française : vers une mobilisation guerrière sous l’ère macron ? 

B)  Renaud Dutreil : « Tuer le pacte Dutreil, c’est livrer la France à Wall Street et préparer notre appauvrissement »

C) Vote non définitif du budget de la sécu PLFSS

D) Budget de la sécu : la liste complète de ce qui a été adopté

E) Lisnard sur le PLFSS 


A) La purge silencieuse de l’armée française : vers une mobilisation guerrière sous l’ère macron ? 

Dans les couloirs feutrés du ministère français des Armées, une fuite de documents secrets a jeté une lumière crue sur les nominations stratégiques pour 2026. Révélée le 8 décembre par le quotidien algérien El Khabar,

 


 

cette liste confidentielle, approuvée par le président Emmanuel Macron, désigne une nouvelle génération de généraux pour les postes de commandement suprême.

Au-delà de la routine administrative – comme le minimise l’Élysée –, cette affaire expose une « ingénierie politique » audacieuse :

une purge discrète des officiers réfractaires, au profit de fidèles alignés sur la vision macronienne d’une France atlantiste, pivot OTAN et résolument tournée vers l’Est européen.

Ces choix ne sont pas anodins. Ils dessinent les contours d’une armée réorientée, non plus vers les sables du Sahel, mais vers les plaines ukrainiennes et les frontières russes.

Un mixte troublant d’officiers de terrain et de technocrates, dont les profils trahissent une préparation méticuleuse à un scénario belliqueux : une guerre hybride contre la Russie, où la « frappe en profondeur » et la protection anti-drones deviennent les armes phares.

Cette fuite s’inscrit dans un contexte de vulnérabilités criantes et répétées. Moins d’une semaine plus tôt, le 4 décembre 2025, cinq drones non identifiés survolaient pendant plus d’une heure la base des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de l’Île Longue, sans qu’aucun ne soit abattu malgré les tirs de brouilleurs et les tentatives d’interception des fusiliers marins – un incident qui a révélé publiquement l’impuissance actuelle de la défense anti-drone protégeant le cœur de la dissuasion française.

Ajoutez à cela l’échec stratégique et diplomatique de la présence française au Niger en 2023 : après le coup d’État du 26 juillet, Paris, qui ne disposait plus que d’environ 1.500 soldats sur place (contre 5.100 au pic de Barkhane), s’est révélé incapable de maintenir sa dernière grande base opérationnelle au Sahel. Sous la pression de la junte militaire, la France a dû organiser, dans l’humiliation, le retrait complet de ses troupes et de son matériel avant la fin de l’année – un revers perçu par la quasi-totalité des analystes comme l’acte de décès de son influence militaire dans la région.

Ces deux événements, combinés à la réduction continue des effectifs conventionnels – 77.000 soldats projetables en 2025 contre plus de 200.000 en 1990 –, font mesurer l’urgence ressentie au sommet de l’État : restructurer à marche forcée une armée en déclin pour tenir un rang de « puissance pivot » face à un ennemi désormais désigné à l’Est. C’est dans ce cadre que prennent tout leur sens les nominations révélées par la fuite :

derrière elles se dessine un narratif plus insidieux, celui d’un soft power militarisé destiné à conditionner les esprits – et surtout ceux des jeunes – à un discours belliciste désormais partagé par la France, l’Union européenne et l’OTAN.

Service national universel lancé à l’été 2026, campagnes de recrutement massif, concept d’« armée-nation » : tout concourt à préparer la société française à une mobilisation générale où, faute de moyens conventionnels suffisants, la dissuasion nucléaire est appelée à compenser les carences – au risque, pour le pays et pour le monde, d’une escalade incontrôlable.

Des profils sur mesure : loyauté politique et expertise anti-Russe

Les deux généraux pressentis incarnent cette hybridation entre fidélité au pouvoir et compétences opérationnelles pointues. Pierre-Éric Guillot et Marc Galan ne sont pas de simples promoteurs : leurs parcours, forgés dans les arcanes de l’OTAN et des états-majors parisiens, laissent entrevoir une mission claire – verrouiller la haute hiérarchie pour une confrontation avec Moscou. Âgés de 50 à 60 ans, ils forment une « génération Macron », marquée par des liens étroits avec l’Élysée via des affectations diplomatiques ou atlantistes, comme l’illustrent les analyses récurrentes sur la politisation progressive de l’armée sous ce quinquennat. 

En contrepartie, des officiers et experts aux profils plus « africanistes » semblent exclus, potentiellement jugés trop indépendants après les revers sahéliens, comme le suggère le contexte de purge silencieuse évoqué dans la fuite d’El Khabar.

Un cas emblématique est celui de l’historien Bernard Lugan, considéré comme l’un des plus grands africanistes français pour son expertise inégalée sur les peuples et tribus du continent – fruit de plus de trente années de recherches terrain, dont onze ans d’enseignement et de fouilles archéologiques à l’Université nationale du Rwanda (1972-1983), et d’expertises décennales au Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR). Ayant vécu des décennies en Afrique (y compris au Sahel et en Afrique du Sud), Lugan maîtrise les dynamiques internes des sociétés africaines : migrations millénaires, oppositions ethniques (pasteurs vs. sédentaires), et constantes historiques comme les basses pressions démographiques pré-coloniales transformées par la surpopulation post-indépendance. Longtemps conférencier influent à l’IHEDN (où il formait les officiers à la géostratégie francophone), au Collège Interarmées de Défense (CID) et à Saint-Cyr-Coëtquidan, Lugan exerçait une influence notable sur l’opération Barkhane via ses analyses réalistes des conflits sahéliens. Pourtant, en 2015, son cours à Saint-Cyr est suspendu sur demande du ministère de la Défense, le déclarant persona non grata dans les institutions militaires – une mise à l’écart qui préfigure les tensions actuelles, post-retrait du Niger en 2023, où des voix comme la sienne, prônant un désengagement africain au profit d’une réorientation pragmatique vers les littoraux et l’Afrique du Nord, sont marginalisées au profit d’une armée plus alignée sur l’OTAN, renforçant l’idée d’une « ingénerie politique » pour sécuriser la loyauté.

Les deux généraux : loyauté politique et expertise anti-russe

Pierre-Éric Guillot, général de brigade du génie (promu officier général en juillet 2023), est un officier clé de l’Armée de Terre française, actuellement chargé du « haut encadrement militaire-terre » à la Direction des ressources humaines de l’Armée de Terre (DRHAT) depuis juillet 2025, après avoir exercé des responsabilités en formation et préparation à l’engagement. Dans une interview au Journal du Dimanche en mai 2025, en tant que commandant Terre Europe – responsable du contrôle des unités déployées sur le flanc Est de l’OTAN, de leur préparation logistique et de l’évaluation de la situation –, il défend une « position singulière » de la France au sein de l’Alliance : dotée de la dissuasion nucléaire, l’Armée de Terre se distingue par la « force morale de ses soldats, la qualité de leur équipement et leur niveau d’entraînement » , compensant ainsi les pertes d’expertise africaine au profit d’un recentrage européen face aux supposées menaces russes. Ce plaidoyer pour une « puissance pivot » terrestre – où le nucléaire renforce les capacités OTAN – s’aligne sur la « transformation stratégique » évoquée par la fuite d’El Khabar, qui le désigne comme un acteur central du pivot Afrique-Est, illustrant une loyauté institutionnelle aux réformes macroniennes post-2017 pour verrouiller la haute hiérarchie.

Marc Galan, Général de brigade, commandant la 19e Brigade d’Artillerie depuis le 1er août 2024. 51 ans, né en 1974 à Biarritz, il apporte la patte du terrain avec un parcours forgé dans l’artillerie des troupes de marine. Promu colonel en 2017, il commande le 11e RAMa de 2018 à 2020, avec des engagements en Irak (opération Wagram GTA) et en Sentinelle (Île-de-France). De 2021 à 2024, il sert à l’État-Major des Armées comme officier de cohérence opérationnelle, puis chargé des relations avec le Parlement dans la cellule « anticipation stratégique et orientations ». Nommé général de brigade le 20 juin 2024, il commande depuis le 1er août 2024 la 19e Brigade d’Artillerie, réactivée à La Valbonne (près de Lyon) comme composante française de la brigade d’artillerie multinationale de haute mobilité de l’OTAN (MHB-N). Cette unité hybride, regroupant le 1er RA, le 54e RA, le 61e RA et l’école des drones de Chaumont (3.000 hommes), est dédiée à la « frappe en profondeur » (canons LRU à longue portée, lance-roquettes unitaires), à la protection anti-aérienne et anti-drone (radars Cobra, missiles Mistral, fusils Nerod), et à un commandement interopérable OTAN pour le flanc Est. Malgré des lacunes pointées par un rapport parlementaire de mai 2025 (état-major incomplet à 30/52 personnels, transmissions dispersées), Galan vante dans une interview à Tribune de Lyon du 14 février 2025 une brigade aux « compétences uniques » : un « C2 unique » (command & control) pour accélérer les cycles décisionnels en haute intensité, intégrant techs OTAN contre drones et tirs indirects. Son ascension, alignée sur le pivot OTAN post-retraits sahéliens (où il a servi en Centrafrique et au Mali en 2013), illustre une loyauté aux réformes macroniennes, préparant l’artillerie française à contrer les supposées menaces russes comme les drones Shahed ou missiles hypersoniques.

 


 

Softpower et narratif belliciste : conditionner les jeunes à la guerre froide 2.0

Au-delà des uniformes, cette purge s’inscrit dans une stratégie de « soft power » militarisé. Le service national volontaire, lancé en été 2026, n’est pas qu’un gadget : il vise à « intégrer » 800.000 jeunes, via le concept d’ « armée-nation » .

Des campagnes SIRPA diffusent un narratif unifié : la Russie comme menace existentielle, l’OTAN comme bouclier européen.

L’UE y souscrit – voir le Pacte de Sécurité 2025, alignant budgets sur les standards atlantistes. Pour les jeunes, c’est une forme de conditionnement idéologique assumé : stages en réalité virtuelle simulant des scénarios d’invasion russe, interventions de soldats ukrainiens présentés comme des « héros » , et critères de recrutement qui valorisent explicitement le « sens du devoir patriotique » dans les entretiens et les tests de sélection. Les associations professionnelles militaires (comme l’UNSA Défense), relayées par Mediapart en novembre 2025, y voient une « dilution » des compétences professionnelles de l’armée, au risque de tensions internes larvées – semblables à la lettre ouverte de 2021 signée par plus de 1.000 militaires, qui dénonçaient le « wokisme » et le « délitement » de la France comme une menace de guerre civile.

Ce narratif belliciste masque des carences : 77.000 soldats actifs, matériel usé (seulement 15.000 volontaires/an atteints). Guillot le dit crûment : le nucléaire comme « pivot » , remplaçant l’absence de masse conventionnelle. Budget 2026 : 2,1 % PIB, insuffisant pour ambitions globales. Des analystes comme ceux d’Al Jazeera (février 2025) relient cela à la « fragilité post-Niger » : une armée inadaptée aux missions extérieures asymétriques, mais gonflée budgétairement pour le front Est de l’OTAN.

Le nucléaire comme joker : une chaîne de commandement fragile, un risque mondial

Face au manque d’effectifs et de matériel, la dissuasion nucléaire – 290 ogives – devient le rempart ultime. La chaîne de commandement nucléaire française est l’une des plus centralisées au monde. L’ordre d’emploi de l’arme nucléaire ne peut émaner que du seul président de la République, qui décide en dernier ressort, sans qu’aucun contre-pouvoir parlementaire ou gouvernemental ne puisse juridiquement s’y opposer.

Concrètement : 

  • Le président active la décision depuis le poste de commandement « Jupiter » (PC souterrain sous l’Élysée) ou, en déplacement, grâce à la célèbre « sacoche nucléaire » portée en permanence par un officier d’ordonnance. Cette mallette contient les codes d’authentification et le « collier » (dispositif de déverrouillage) permettant de déclencher les forces de dissuasion.
  • Deux chaînes parallèles et indépendantes sont ensuite actionnées : 
    •  la chaîne de mise en œuvre (ministre des Armées → CEMA → commandements stratégiques : Forces aériennes stratégiques et Force océanique stratégique) ; 
    •  la chaîne de sécurité des armes (contrôle technique et physique des têtes nucléaires, assurée par le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives – CEA).
  • En cas de vacance ou d’empêchement du président, les codes et l’autorité sont transmis immédiatement au Premier ministre (intérim constitutionnel), mais la doctrine reste inchangée : un seul décideur.

C’est ce pouvoir solitaire et absolu que les analystes qualifient depuis De Gaulle de « monarchie nucléaire » française.

Le vrai danger tient à cette centralisation extrême : en France, aucun contre-pouvoir ne peut bloquer une décision nucléaire du président.

Ni le Parlement, ni le gouvernement, ni même le ministre des Armées ne disposent d’un droit de veto légal. La Fondation pour la Recherche Stratégique le rappelle depuis des décennies : l’emploi de l’arme nucléaire est une prérogative exclusivement présidentielle, sans vote préalable ni contrôle a posteriori requis.

Aujourd’hui, le chef de l’État est régulièrement accusé de choisir les plus hauts gradés en fonction de leur loyauté politique plutôt que de leur seul mérite opérationnel. Dans ce contexte, le fait qu’un seul homme – entouré d’un état-major qu’il a lui-même nommé – détienne la clé de l’arme nucléaire prend une gravité particulière. Un ordre impulsif, donné dans l’urgence d’une crise à l’Est, pourrait déclencher une riposte russe massive et immédiate. L’équilibre de la dissuasion mutuelle assurée (MAD) repose alors sur la seule rationalité d’un seul homme.

Pour les Français, l’angoisse est double : 

À l’échelle mondiale, une « monarchie nucléaire » française alignée sur l’OTAN, pilotée par un seul décideur et un état-major choisi pour sa fidélité, introduit une variable d’incertitude supplémentaire dans un équilibre déjà fragile. 

Et cette incertitude s’amplifie avec les soupçons récurrents, de plus en plus insistants en 2025, sur l’état de santé mentale du président Emmanuel Macron. Des médias comme France-Soir ont sommé l’Élysée de publier un bulletin de santé actualisé, évoquant des « révélations embarrassantes » sur son épuisement profond – un « isolement » et une « crise démocratique » qui, selon eux, interrogent sa capacité à gouverner dans un contexte de tensions géopolitiques explosives. Sur X (anciennement Twitter), des figures comme François Asselineau s’interroge sur les « problèmes psychiatriques » de Macron en raison de « délires » perçus dans sa politique étrangère, tandis que Maria Zakharova (porte-parole du Kremlin, mai 2025) le décrit comme un homme « aux troubles psychologiques graves », incapable de raisonnement structuré. Le Rassemblement National, via Jordan Bardella, parle d’une « dérive schizophrénique inquiétante » au regard de sa fonction, alimentant un discours stigmatisant qui divise mais gagne en écho au fil des crises.

Ces rumeurs omniprésentes, amplifiées par l’opacité de l’Élysée (aucun bulletin de santé publié depuis 2022, malgré des promesses de « transparence médicale »), ne sont pas anodines.

Elles soulignent un risque systémique : un dirigeant dont la santé mentale est publiquement mise en doute, entouré d’une cour d’adjoints triés pour leur obéissance aveugle, pourrait – dans un moment de stress extrême – initier une escalade incontrôlable.

Un faux pas, une interprétation erronée d’un signal (comme un drone russe mal identifié), et l’effet boule de neige s’enclenche : avertissement nucléaire, riposte proportionnée, puis surenchère mutuelle menant à l’anéantissement mondial. La fin de l’humanité, déclenchée par l’impulsion d’un seul homme affaibli, isolé et sans garde-fous – c’est ce scénario mortifère que cette centralisation rend non seulement possible, mais probable en cas de défaillance personnelle. L’histoire nous l’a appris : les puissances absolues, quand elles reposent sur un individu fragile, mènent souvent à la catastrophe.

 


 

Similitudes inquiétantes : une « nuit des longs couteaux » à la française ?

Toute proportion gardée, cette purge évoque la Nuit des Longs Couteaux (30 juin 1934). Hitler, pour consolider son pouvoir, élimine la SA de Röhm – paramilitaires incontrôlables – au profit de la SS loyale d’Himmler. Exécutions sommaires (85 morts officiels), liquidation des « hostiles » (conservateurs, militaires réticents). À Paris, pas de sang : une « purge silencieuse« , via non-renouvellements ou placardisation.

Hitler, pour légitimer sa purge, s’était appuyé sur la Wehrmacht en promettant de la protéger contre la menace soviétique. Macron, lui, s’appuie sur l’OTAN et l’UE pour justifier l’exclusion des officiers dissidents, en les présentant comme déconnectés de la « menace russe » . Similitude troublante : dans les deux cas, une peur externe sert à imposer une loyauté interne absolue. 

 


 

Une France au bord du précipice guerrier ?

Cette fuite n’est pas un simple scandale ponctuel. Elle révèle une dérive profonde : l’armée française se politise de plus en plus. On y mélange désormais les officiers de terrain (ceux qui savent faire la guerre) et les technocrates (ceux qui gèrent les budgets, les concepts et la communication). Et tout ce mélange est orienté vers un seul objectif : préparer un affrontement avec la Russie, en misant sur des capacités de frappes à longue portée et de défense anti-drones.
Au-delà des uniformes, on conditionne la jeunesse à un discours belliciste porté par l’OTAN et l’Union européenne.
Le nucléaire, lui, sert de pansement à des faiblesses structurelles béantes : effectifs en chute libre, matériel usé, bases vulnérables. Ce pouvoir ultime repose sur une chaîne de commandement réduite à un seul homme, sans véritable contre-pouvoir – un risque d’escalade fatale si la décision est impulsive. 

Et derrière tout ça, une purge silencieuse : pas de sang, mais des officiers écartés, mis à la retraite ou placés sur la touche parce qu’ils sont jugés trop indépendants. 

Cela rappelle les méthodes par lesquelles les régimes autoritaires éliminent les voix dissidentes pour imposer une loyauté absolue.

https://multipol360.com/la-purge-silencieuse-de-larmee-francaise-vers-une-mobilisation-guerriere-sous-lere-macron/ 

 


 

B)  Renaud Dutreil : « Tuer le pacte Dutreil, c’est livrer la France à Wall Street et préparer notre appauvrissement »

Il y a des entretiens qui claquent comme des gifles. Celui que Renaud Dutreil a accordé il y a quelques jours à la chaîne « Bercoff sur le vif » en fait partie. L’ancien ministre, entrepreneur, membre du Conseil d’État et surtout l’un des rares hommes politiques français à avoir réellement dirigé des entreprises de l’autre côté de l’Atlantique, parle sans filtre. Et ce qu’il dit est terrifiant de lucidité.

Le capitalisme familial, cette exception européenne que la France veut suicider

En Europe, deux tiers des ETI (entreprises de taille intermédiaire, l’ossature réelle de l’économie) sont familiales ou ont une famille comme actionnaire de référence. En Allemagne, en Italie, en Suède, la transmission intrafamiliale dépasse 60 à 80 %. En France ? À peine 20 %. Pourquoi ? Parce qu’ici,

transmettre son entreprise à ses enfants est vécu comme un fardeau plus que comme un cadeau. Et l’État, avec sa fiscalité confiscatoire, transforme ce qui devrait être une fierté nationale en calvaire administratif et financier.

C’est précisément pour inverser cette tendance mortifère qu’a été créé en 2003 le « pacte Dutreil » : une exonération de 75 % des droits de mutation lors de la transmission familiale.

Résultat ? Des milliers d’entreprises enracinées dans nos territoires, des emplois stables, des stratégies de long terme, moins de dividendes versés à des fonds étrangers, plus de valeur conservée en France.

Avec Renaud Dutreil Homme politique et entrepreneur français, Secrétaire d'État puis Ministre de 2002 à 2007 (ancien ministre des PME et ancien ministre de la Réforme de l’Etat) Ancien député de l’Aisne et de la Marne

 

La rage égalitariste veut arracher les ailes de la poule aux œufs d’or

Aujourd’hui, ce pacte est dans le viseur. La Cour des comptes, devenue un organe idéologique de gauche, hurle au « coût » : 5,5 milliards d’euros par an. On cherche désespérément des recettes pour boucher le tonneau sans fond de la dépense publique (57 % du PIB, record mondial). Et comme toujours, on tape sur ceux qui créent la richesse plutôt que sur ceux qui la dépensent.

Renaud Dutreil est implacable : « Quand on arrache une aile à la poule aux œufs d’or, on la tue. » Tuer le pacte Dutreil, c’est pousser les familles à vendre leurs entreprises à des fonds étrangers. C’est exactement ce qui est arrivé à UPSA, à Pechiney, à Club Med, à des centaines d’autres joyaux français : vendus parce que les héritiers n’avaient pas les moyens de payer l’impôt confiscatoire. 

Résultat ? 52 % des dividendes et plus-values du capital-investissement français partent aujourd’hui à l’étranger.

Les idiots utiles de Wall Street

Le plus glaçant, c’est que ceux qui mènent l’assaut ne sont même pas payés par la finance anglo-saxonne : ils le font gratuitement. Une partie de la gauche, du centre, et même certains pseudo-souverainistes, répètent la vieille antienne « taxons les riches » sans comprendre qu’ils font le lit des BlackRock, KKR et autres fonds de pension qui n’attendent que ça : racheter à bas prix nos ETI pour les presser comme des citrons pendant cinq ans avant de les délocaliser ou de les revendre en morceaux.

Comme le dit Dutreil avec une cruelle ironie : « J’ai expliqué 25 fois à une journaliste connue que le pacte Dutreil protégeait les entreprises françaises. Elle n’en a rien retenu, parce que ça gênait sa thèse : taper sur les riches, pas défendre l’économie française. »

Une classe politique déconnectée, une haute fonction publique idéologue

La Cour des comptes ? « Très proche du Parti socialiste », tranche Dutreil. Un rapport prétend qu’on ne taxe pas assez les riches… dans le pays qui taxe le plus les patrimoines au monde. Cherchez l’erreur. 

L’Éducation nationale ? Elle enseigne encore que la Chine et l’Inde sont des pays du tiers-monde et que la France est riche (manuel de 2007). 

L’État ? Devenu une « marâtre prédatrice » qui inonde tout, ne remplit plus ses missions régaliennes (savoir, santé, sécurité) et veut tout régenter.

Le diagnostic final : nous allons vers un « tiers-monde inversé »

Les mots sont lourds, mais justes : 

« On est en train de fabriquer tranquillement un nouveau tiers-monde dans lequel la France serait pauvre et la Chine très riche. » 

« Livrer nos entreprises à la finance mondiale, c’est une forme de trahison. »

La seule solution : rupture immédiate

Renaud Dutreil ne mâche pas ses mots sur la sortie de crise : 

  • Dissolution, démission du gouvernement, élection présidentielle anticipée.
  • Refus de perdre encore 18 mois pendant que les autres nations investissent massivement dans leur avenir.
  • Retour de l’État dans son lit : moins de 50 % de dépense publique, recentrage sur ses trois missions régaliennes.
  • Défense acharnée du capitalisme familial, seul rempart contre la dépossession nationale.

Écouter Renaud Dutreil, c’est comprendre que la question n’est plus gauche contre droite, mais France contre dépossession. 
Ce n’est plus une question économique. C’est une question de survie nationale.

Ceux qui, aujourd’hui, veulent tuer le pacte Dutreil ne sont pas seulement des idéologues aveugles. Ce sont, consciemment ou non, les liquidateurs de la France qui travaille, qui transmet, qui reste. Et l’Histoire, impitoyable, saura leur rappeler leur nom.

https://multipol360.com/renaud-dutreil-tuer-le-pacte-dutreil-cest-livrer-la-france-a-wall-street-et-preparer-notre-appauvrissement/

 


C) Vote non définitif du budget de la sécu PLFSS

Il y a deux perdants ce soir, après le vote positif sur le budget de la sécu : LFI qui n’a pas réussi à empêcher les écologistes de largement s’abstenir et de suivre de facto le Ps dans une logique de compromis .
Et Bruno Retailleau qui avait demandé de voter contre, suivi seulement par 3 députés LR pendant que la majorité des LR s’abstenait et 18 votaient même pour.
« L’union des droites » est donc toujours loin d’être faite et l’hégémonie de LFI sur la gauche est beaucoup écornée.
Ca ne change pas les tendances de fond dans l’électorat , mais ce vote aurait pu être un moment d’accélération de la crise politique et d’une recomposition de la politique française dans la radicalité.
On n’y est pas encore

Philippe Guibert

 


 

D) Budget de la sécu : la liste complète de ce qui a été adopté

L'Assemblée Nationale vient d'adopter à une courte majorité (247 voix pour, 234 contre, et 93 abstentions) le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2026. Nous en listons ici les mesures exhaustives qui vont changer votre vie quotidienne. 

On notera qu'il reste à Sébastien Lecornu à faire adopter la loi de finances, c'est-à-dire le budget de l'Etat. Nous resterons mobilisés, bien entendu, pour vous rendre intelligibles ces procédures opaques et confuses.  

Liste des mesures de recettes (partie I)

La partie recettes du PLFSS 2026 marque une rupture avec la politique de l'offre et de baisse des prélèvements obligatoires menée lors des législatures précédentes. Sous la pression du déficit et des amendements parlementaires, le texte final intègre une série de hausses de prélèvements ciblées, dessinant une nouvelle carte fiscale sociale.

1. La refonte des allègements de cotisations patronales

C'est l'une des mesures les plus techniques et structurelles du texte. Face à la critique sur l'inefficacité des "aides aux entreprises" et leur coût exorbitant (plus de 75 milliards d'euros), l'Assemblée a validé une réforme paramétrique des allègements généraux (ex-réduction Fillon).

●       Le mécanisme de "désmicardisation" : le système antérieur concentrait les allègements massifs au niveau du SMIC, créant une "trappe à bas salaires" (désincitation à augmenter les salaires juste au-dessus du SMIC).

●       La nouvelle formule (2026) : le texte adopté modifie la formule de calcul du coefficient de réduction. Selon les détails techniques validés :

○       La réduction s'étend désormais jusqu'à 3 SMIC (contre 1,6 SMIC pour certaines réductions spécifiques précédentes ou des bornes différentes selon les dispositifs).

○       La formule intègre un paramètre de dégressivité plus lisse pour encourager la progression salariale.

○       Impact : cette mesure vise à redonner des marges de manœuvre budgétaires (rendement attendu de plusieurs milliards d'euros par moindre dépense fiscale) tout en incitant à la hausse des salaires moyens.

2. Fiscalité du capital et des hauts revenus

Le dogme de la stabilité fiscale sur le capital a été entamé lors de cette lecture, fruit d'un compromis entre l'aile gauche de la macronie et le Parti Socialiste.

●       Hausse "allégée" de la CSG sur le capital :

○       Dispositif : une augmentation des prélèvements sociaux sur les revenus du patrimoine et de placement.

○       Compromis : initialement, des amendements visaient une hausse massive. Le texte final retient une hausse plus modérée (le taux global passerait de 17,2% à un taux supérieur, potentiellement 18,6% ou via une surtaxe spécifique selon les derniers arbitrages de séance), mais avec des exclusions notables.

○       Exclusions : les revenus fonciers des petits propriétaires, les Plans Épargne Logement (PEL) et l'Assurance-vie (sous certains seuils) ont été exclus de l'assiette pour ne pas pénaliser l'épargne populaire.

●       Contribution Différentielle sur les Hauts Revenus (CDHR) :

○       Bien que discutée en PLF, son impact est pris en compte dans l'équilibre global. Elle vise à assurer que les ménages aux très hauts revenus (250 000 € pour un célibataire, 500 000 € pour un couple) s'acquittent d'un taux moyen d'imposition minimal de 20%. Le PLFSS intègre les recettes sociales afférentes.

3. Fiscalité comportementale : le tournant santé publique

Le PLFSS 2026 se distingue par une agressivité accrue sur la fiscalité dite "comportementale" ou "vices", justifiée par des impératifs de santé publique.

3.1. La "taxe soda" (boissons sucrées)

L'Assemblée nationale a validé un durcissement drastique de la fiscalité sur les boissons sucrées.

●       Multiplication par trois : pour les boissons contenant les taux de sucre les plus élevés, le montant de la taxe est triplé. Concrètement, sur une bouteille de 1L de soda standard, la taxe passe d'environ 15 centimes à 35-45 centimes.

●       Objectif : contraindre les industriels à la reformulation (baisse du taux de sucre) sous peine de perdre en compétitivité prix.

3.2. Le cas du vapotage : suppression de la taxe

C'est un revirement majeur par rapport au projet initial du gouvernement.

●       Projet initial : création d'une accise sur les e-liquides (avec ou sans nicotine) de l'ordre de 0,15 €/ml.

●       Adoption finale : face à la mobilisation des professionnels de santé (addictologues) et de la filière, l'Assemblée nationale a validé la position du Sénat consistant à supprimer la taxe ou à fixer son taux à 0 € pour 2026.

●       Explication : les parlementaires ont considéré que taxer un produit de réduction des risques (95% moins nocif que le tabac) enverrait un signal sanitaire contradictoire et freinerait le sevrage tabagique. Les e-liquides sans nicotine et le CBD sont explicitement exclus de toute taxation.

3.3. Tabac

●       Indexation : le prix du tabac continue sa trajectoire de hausse via une indexation sur l'inflation, garantissant le maintien des recettes fiscales malgré la baisse des volumes de vente.

2.4. Contribution exceptionnelle des organismes complémentaires (mutuelles)

Pour financer le dérapage des dépenses de santé (ONDAM), une nouvelle ressource a été créée.

●       La mesure : une "contribution exceptionnelle" demandée aux Organismes Complémentaires d'Assurance Maladie (OCAM).

●       Rendement : estimé entre 1 et 1,1 milliard d'euros.

●       Impact consommateur : bien que les députés aient voté des amendements interdisant la répercussion de cette taxe sur les cotisations des assurés, les acteurs du secteur (Mutualité Française) ont averti que cette mesure entraînerait mécaniquement une hausse des tarifs en 2026, l'équilibre technique des contrats étant contraint.

2.5. Autres mesures significatives de recettes

●       Franchises médicales (le "non-doublement") : c'est une mesure en creux. Le gouvernement s'est engagé formellement à ne pas augmenter les franchises médicales (reste à charge sur les médicaments, actes paramédicaux), renonçant au projet de doublement (de 0,50€ à 1€ par boîte) qui devait rapporter 2,3 milliards d'euros. Ce gel constitue un manque à gagner qu'il a fallu compenser par ailleurs (taxe mutuelles).

●       Exonérations heures supplémentaires : extension de la déduction forfaitaire de cotisations patronales sur les heures supplémentaires aux entreprises de plus de 250 salariés (auparavant réservée aux TPE/PME). C'est une mesure de soutien au pouvoir d'achat et à la flexibilité du travail.

●       Apprentis : maintien de l'exonération des cotisations salariales pour les apprentis, annulant la suppression prévue pour les nouveaux contrats. L'Assemblée a sanctuarisé ce dispositif pour préserver la dynamique de l'apprentissage.

●       Management packages : adoption d'un cadre fiscal et social clarifié pour les gains issus des instruments d'intéressement des dirigeants (management packages), visant à sécuriser ces pratiques tout en assurant leur juste contribution.

Analyse des mesures de dépenses (partie II)

La partie dépenses est celle qui porte la charge politique la plus explosive. L'Assemblée nationale a profondément réécrit la copie gouvernementale, imposant des choix sociaux forts qui remettent en cause la trajectoire de redressement budgétaire.

1. La suspension de la réforme des retraites : le séisme politique

C'est la mesure phare, symbolique et politique, de ce PLFSS 2026. L'article (45 ou 45 bis selon les versions) adopté par l'Assemblée nationale prévoit la suspension de l'application de la réforme des retraites de 2023.

https://www.lecourrierdesstrateges.fr/budget-de-la-secu-la-liste-complete-de-ce-qui-a-ete-adopte/ 

 


 

E) Lisnard sur le PLFSS

Le vote du PLFSS acte une vérité crue : la France n'a plus de majorité capable de prendre les décisions nécessaires pour redresser ses comptes et œuvrer pour les jeunes générations. Ce texte incarne tout ce qu'il fallait éviter : augmentation d'impôts sur les entreprises et les ménages, abandon de la réforme des retraites pourtant présentée par les mêmes députés comme leur grande réforme emblématique, acheter du temps de survie politique au prix de la dette, donc en sacrifiant les actifs et les jeunes. C'est le nouveau « n'importe quoi qu'il en coûte » porté à son paroxysme. Le tout au nom d'une prétendue stabilité qui ne crée que de l'instabilité fiscale, sociale et budgétaire. 


 

Cette politique hypothèque l'avenir de nos enfants et fragilise ce qu'il reste de notre modèle social. Je félicite @MartinAlex06 d'avoir voté contre cette dérive. Son courage contraste avec les petits arrangements de certains. La France n'a pas besoin de manœuvres parlementaires ni de replâtrages comptables. Elle a besoin de courage politique et d'un cap clair pour les générations futures. Vite, une @Nouv_Energie .


 

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