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octobre 22, 2026

France/Monde: Armées, Prospective, Stratégie, Ukraine, énergie, Démographie/Immigration...? Que la déconstruction de « l’ordre du monde » s’accélère !

Que nous apprend la guerre en Ukraine ? Que la déconstruction de « l’ordre du monde » s’accélère !

La guerre en Ukraine témoigne de l’accélération de la déconstruction du monde. À l’affrontement ancien entre les Etats-Unis et la Russie, s’ajoutent une guerre économique et une guerre de l’énergie. De nouveaux acteurs montent en force, comme la Chine, l’Iran et la Turquie.

Comme l’écrivait Camus « Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde. Et justement la grande misère humaine … c’est le mensonge[i]».  Le suivi de l’actualité sur la guerre en Ukraine ne nous épargne pas dans ce domaine… Joe Biden n’a pas fait dans la nuance à l’égard de Vladimir Poutine en le qualifiant de « boucher » et en insistant pour que son « indignation morale » serve de référence à une nouvelle « guerre juste » contre le mal. Les Russes ne sont pas en reste et entretiennent auprès des opinions publiques l’image d’un « Occident décadent » otage de « néoconservateurs américains affairistes »… Aucun des deux ne sortira gagnant de ce combat sur cette marche des empires régulièrement disputée depuis 1 000 ans entre occidentaux et orientaux[ii]…

Nous connaissons tous les vertus du « bouc émissaire » quand nous ne souhaitons pas traiter sur le fond une question vitale. Cette guerre en Ukraine est à ce titre assez éloquente des biais de représentation et des erreurs historiques qui ont été commises depuis 30 ans par toutes les parties prenantes le long de cet « intermarium » européen qui va de la Baltique au Monténégro. Chaque fois des populations sont prises en otage, avec un minimum de 3 à 6 millions de réfugiés, et toutes les atrocités propres aux guerres s’invitent sur nos écrans plasmas… Ce qui change c’est la singularité de la communication avec une virtualisation de plus en plus hystérique des situations sur le plan médiatique. Le « brouillard de la guerre » devient de plus en plus opaque et il est devenu difficile, même pour les experts, de prendre un peu de recul sur les évènements[iii]. Que pouvons-nous honnêtement décrypter au-delà le bruit ambiant ? Comment se situent les signaux faibles et les vrais marqueurs en termes de rapports de force? Et que pouvons-nous percevoir des conséquences à terme de ce conflit ?

Personne ne sait véritablement, mais tout le monde commente

Nous dissertons en flux continu sur une réalité pour laquelle nous n’avons pas d’informations fiables. Pourtant les dossiers sur la nature de ce conflit[iv] et sur les occurrences de risques existent[v]. Il est vraisemblable que tout ce qui est actuellement communiqué sur cette guerre d’Ukraine en termes de chiffrage morbide des victimes, de destructions civiles et d’évaluation de l’attrition des capacités militaires des uns et des autres soit faux. Nous retrouvons les mêmes méthodes qu’en Syrie depuis 2011 avec les comptages douteux de l’Observatoire syrien des Droits de l’Homme[vi] (OSDH), que tout le monde prenait pour une agence onusienne… Ce fut la même chose lors des opérations au Kosovo en 1999 avec les informations officielles, mais erronées qui étaient délivrées par l’OTAN[vii] … De fait chacun y va de son opinion, beaucoup plus que de l’observation de faits vérifiés et authentifiés[viii]. C’est le cas pour les évaluations sur l’échec de la « blitzkrieg » et sur « l’enlisement » de l’armée russe ou sur les « buts de guerre » de Vladimir Poutine, comme si nos experts avaient accès aux bureaux les plus confidentiels de Moscou… Il n’est pas étonnant que les débats sur les réseaux sociaux soient aussi passionnels, voire hystériques. Pour le moment, faute de vrais renseignements, la rumeur, la surenchère et l’outrance sont privilégiées afin de tenir les opinions en état de sidération.

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De fait nous assistons à une théâtralisation des évènements où tout est bon. À ce titre les modes d’action des deux chefs de guerre sont assez singuliers. Volodymyr Zelinsky, avec sa tournée quasi-shakespearienne en visio-conférence auprès de tous les parlements occidentaux, est assez stupéfiant quand on connait le passé sulfureux du personnage[ix]. Pour sa part Vladimir Poutine, enfermé dans les murs du Kremlin, avec ses exhortations historiques autour d’une mise en scène tsariste du pouvoir moscovite, n’en est pas moins spectaculaire en termes d’autoritarisme et de détermination. Tout se joue sur les écrans plats avec des relais de part et d’autre de propagande, d’opérations psychologiques et de désinformation comme on n’en a rarement vu dans les conflits modernes. La seule différence en termes de stress est la question du seuil nucléaire qui a été posée par la Russie… En matière de relations internationales, les diplomates comme les historiens savent que tout se joue sur le temps long et rarement sur celui des tweets et des visioconférences. Mais nos sociétés se confinent de plus en plus dans une sorte d’illusion médiatique, alors qu’elles dénient sur le fond l’engagement réel que supposent de telles remises en cause de l’intégrité des frontières. Il est clair que personne en Occident n’a vraiment envie de mourir pour l’Ukraine, comme hier pour l’Ossétie et la Géorgie, mais en revanche tout le monde a envie de commenter la bataille. Zelenski l’a compris et surjoue la partition pendant que Poutine sait qu’il peut manœuvrer avec les bonnes vieilles méthodes russes utilisées à Grozny, et surtout à Alep en Syrie[x]. Deux tons deux mesures que nous ne cessons de retrouver dans tous les conflits de ces dernières décennies. Pour autant, in fine c’est bien celui qui tient le terrain qui gagne, pas celui qui tient le micro ! La géopolitique ne se satisfait pas uniquement de taux d’audience…

Et pourtant les marqueurs d’une accélération de la bascule de l’ordre mondial sont là

S’il y a « beaucoup de bruit pour rien » sur les écrans, les coulisses sont en revanche très actives. Prenons les négociations en cours pour un cessez-le-feu voire un processus de paix entre Ukrainiens et Russes. Nous pouvons constater qu’elles ne se déroulent pas pour le moment sous la houlette des Nations Unies à Genève, mais sur les rivages de la Méditerranée orientale à Antalya et désormais dans le palais de Dolmabahçe à Istanbul sous la présidence turque. Certes la Turquie est membre de l’OTAN, mais réunir les protagonistes de cette guerre sans les Américains et les Européens, qui plus est dans l’un des vestiges des derniers sultans de l’Empire ottoman, en dit long sur les arrière-pensées d’Erdogan. Il réitère la même tactique pour tenir à distance les Occidentaux que Poutine, lorsqu’il a réuni en mai 2017 les protagonistes du conflit syrien à Astana au Kazakhstan, sous le triple parrainage de la Russie, de la Turquie et de l’Iran[xi]… Dans ce contexte, il ne faut pas négliger par ailleurs le rôle discret d’Israël et de ses réseaux d’influence, à commencer par les oligarques russes et ukrainiens, depuis le début des évènements, avec ses conséquences indirectes sur le dossier iranien… Il en est de même pour la Chine, qui a des intérêts considérables sur cet espace eurasien, notamment pour conforter sa stratégie de route de la soie. Xi Jinping en profite pour affirmer avec opportunisme sa proximité avec les préoccupations de Vladimir Poutine, qu’il soutient personnellement, tout en prônant une neutralité de façade… Cela permet surtout à ses « loups guerriers » de nourrir les argumentaires pour justifier une opération sur Taïwan et aux entrepreneurs chinois de récupérer ce que l’Occident abandonne en Russie… Pendant ce temps nos dirigeants européens se contentent d’échanges téléphoniques avec le maître du Kremlin, qui les méprise, alors qu’ils ne sont pas conviés à la table des négociations…

Les prises de parole de Joe Biden pendant son déplacement à Bruxelles le 24 mars pour les sommets contigus de l’OTAN, du G7 et de l’UE, et surtout ses déclarations le 26 mars à Varsovie, ne pouvaient pas être plus explicites sur l’objectif masqué de la Maison-Blanche. Pour reprendre Talleyrand, « tout ce qui est excessif est insignifiant », sauf si l’une des parties n’a pas véritablement envie d’engager un véritable processus diplomatique et que le but de guerre non avoué est d’éliminer son adversaire… Nous retrouvons finalement les mêmes intentions et modes d’action de « regime change » que pour Saddam Hussein ou pour Kadhafi, avec les succès que nous connaissons… Ces postures belliqueuses décidées à Washington de façon unilatérale, et relayée avec beaucoup d’agitation par Londres, ne laissent finalement aucune marge de manœuvre aux Européens pour espérer devenir de véritables médiateurs. Les réactions embarrassées du chancelier Olaf Scholz et du président Emmanuel Macron, beaucoup plus préoccupés par leurs approvisionnements en gaz, montrent combien les questions de solidarité et d’unicité de vues entre alliés, et de cohésion entre Européens sont extrêmement fragiles. En revanche il est clair que l’équipe actuelle de la Maison-Blanche entretient à distance ce conflit et qu’elle ne souhaite pas voir ses soldats mourir pour une cause qui n’est pas prioritaire pour eux[xii]. L’objectif pour Washington est de fixer et de neutraliser la Russie (en réarmant massivement les Européens pour « qu’ils fassent le job »), afin de pouvoir s’occuper tranquillement de la Chine. L’Ukraine n’est pour Joe Biden qu’un prétexte et un carnet de commandes pour son complexe militaro-industriel. Pour arriver à ses fins en mer de Chine il doit d’abord éliminer Vladimir Poutine, principal allié de Xi Jinping. Sans ce préalable l’affrontement sino-américain, qui semble inévitable avec la question de Taïwan, ne sera pas favorable aux États-Unis.

Dans ce contexte il faut aussi noter le retrait prudent d’une grande partie du monde vis-à-vis de ce conflit régional qui oppose pour les uns l’Ukraine à la Russie et pour les autres les États-Unis à la Russie, personne ne souhaitant parler ouvertement d’une guerre entre l’Europe et la Russie (bien que la question de la cobelligérance au travers des livraisons d’armes se pose de plus en plus et que celle de l’application de l’article 5 de la charte de l’OTAN se joue essentiellement sur le sol européen…) Plus de la moitié de la population mondiale n’est pas concernée par ce conflit et pour la première fois les Américains n’ont pas réussi à obtenir une adhésion totale comme ce fut le cas dans le passé, notamment avec la lutte contre le terrorisme. Les membres des BRICS, de l’OCS, l’Iran, le monde arabe, la plupart des pays de l’ASEAN ont adopté des positions prudentes, voire compréhensives vis-à-vis de la Russie[xiii]. Certes les sanctions économiques et financières sont inédites et ont des impacts collatéraux significatifs du fait de la mondialisation des échanges. Mais si la plupart prônent le respect de l’intégrité des frontières, ils ne souhaitent pas pour autant considérer Vladimir Poutine comme le seul « fautif », et lui infliger des sanctions comme nous le souhaiterions de leur part.

À ce titre, si les sanctions s’avèrent très spectaculaires et populaires au sein du G7, elles ne sont pas ressenties de la même façon dans le reste du monde. Elles ne plaisent absolument pas entre autres à la Chine et aux pays arabes qui le font savoir en intensifiant une dédollarisation des transactions pour protéger leurs propres flux d’intérêts. Le système russe s’est montré plus prévoyant et résilient depuis le krach financier de 1998 au grand dam des Anglo-Saxons qui sont obligés de renforcer sans cesse le régime des sanctions. De fait cette stratégie jusqu’au-boutiste provoque d’ores et déjà des dégâts collatéraux importants sur les plans énergétiques (rupture des approvisionnements en énergie de l’Europe et baisse de sa compétitivité), sur les matières premières stratégiques (impacts sur les chaînes de valeurs, sur les engrais…), sur les produits de consommation de base et biens intermédiaires (fermetures des entreprises implantées en Russie et rupture de supply-chain) et sur les produits alimentaires de première nécessité (crise sur les céréales avec risques de famines pour de nombreux pays importateurs). Dans les faits le piège est en train de se refermer sur les pays européens qui s’avèrent vulnérables. De nouveau les États-Unis sont très peu touchés par ces effets induits et peuvent jouer les grands justiciers. Pour autant le reste du monde fait ses comptes et a compris qu’il était temps de se protéger de ce type de guerre économique. La Russie ouvre le champ, avec les cryptomonnaies et l’emploi du rouble comme monnaie de transaction pour contourner les sanctions[xiv]. Mais le fait que la Chine, l’Inde, l’Arabie saoudite et d’autres puissances émergentes veulent accélérer la dédollarisation des échanges constitue un tournant majeur en termes d’évolutions des facteurs de puissance[xv]. Le fait que la plupart de ces acteurs refusent de sortir la Russie du G20, comme les États-Unis essayent de l’imposer, est aussi un signal important pour les membres du G7 qui ne représentent plus que 8% de la population mondiale, même s’ils concentrent encore 75% des dépenses d’armement du monde…

Les lignes bougent, que pouvons-nous anticiper ?

Cette guerre pose, au-delà la question fondamentale du respect de l’intégrité des frontières et de la dignité humaine, celle de nos dénis de puissance. D’ores et déjà nous avons tous avoué avoir été surpris par l’invasion russe de l’Ukraine, alors que nous avions les renseignements. Qu’en est-il de nos réelles capacités d’anticipation stratégique ? Par ailleurs, que penser de la crédibilité de nos concepts de dissuasion qui sont assis sur cette capacité d’anticipation stratégique ? La question se pose avec encore plus d’acuité quand Poutine aborde de façon décomplexée, mais déterminée, la question du seuil nucléaire et qu’il menace, si ses intérêts vitaux sont en jeu, d’utiliser l’arme nucléaire sur un champ tactique. Elle nous interroge aussi sur le périmètre et la crédibilité de nos alliances[xvi]. L’OTAN sort à priori renforcée de cet épisode ukrainien. Pour autant l’effort de réarmement mis en œuvre par les Américains, et suivi par la plupart des Etats membres de l’UE qui ont pris la décision d’augmenter leurs budgets de défense, suffira-t-il pour faire face ? Il faut une doctrine d’emploi et un commandement qui soient en adéquation avec les nouveaux types de menaces qui se formulent sur les frontières de l’Europe. Est-ce que ce type de coalition administrée par l’OTAN, avec des pays démocratiques qui ont des opinions versatiles, sera en mesure de tenir des rapports de force brutaux face à des pays aux visions néo-impérialistes et dotés d’armées rustiques qui ne craignent pas de mourir ? Sommes-nous par ailleurs suffisamment véloces et autonomes sur le plan logistique pour tenir dans la durée vue nos niveaux de dépendances énergétiques, technologiques et économiques du fait des délocalisations et des abandons de souveraineté au cours de ces 30 dernières années ?

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Dans les faits avec cette « opération spéciale » qui a été déclenchée par la Russie sur l’Ukraine nous entrons dans une phase plus violente de la déconstruction de l’ordre westphalien du monde[xvii]. La remilitarisation simultanée de l’Allemagne et du Japon, avec la bénédiction des États-Unis qui vont fournir ces deux pays en armements offensifs, vient de signer définitivement la fin de l’ère des accords de Yalta qui a assuré sept décennies de paix pour l’Occident. A ceci il faut ajouter, avec les conséquences de la guerre en Irak et surtout en Syrie, la fin des accords stratégiques autour de l’énergie entre les USA et l’Arabie saoudite liés par le « pacte de Quincy ». Toute cette construction qui a assis la prééminence des États-Unis sur l’ordre du monde est définitivement morte. Par ailleurs cela ne va que radicaliser un peu plus cette guerre de l’énergie qui est à la base de tous les conflits de ces trois dernières décennies. Enfin, en entrant en Ukraine Poutine a ravivé, sans le vouloir, mais grâce aux Américains, les bellicismes allemands et japonais[xviii], dont nous verrons surement les effets pervers dans les prochaines années. Ces évènements nourrissent aussi la dynamique de résurgence des empires centraux qui ont des velléités certaines quant à la redéfinition de leurs frontières et de leurs intérêts. Nos diplomates parlent d’une confrontation des démocraties contre les autocraties, de la liberté contre la dictature. Nous pourrions plutôt évoquer la confrontation de nos vieux Etats-Nations face aux vieux empires russes, turcs, chinois, perses etc. qui rêvent de prendre tout simplement leur revanche sur les siècles de mépris dans lesquels l’Occident les a enfermés…Nous sommes juste face à un retour de l’Histoire et à la fermeture d’une parenthèse où l’Occident a contrôlé « l’ordre du monde »[xix]…

C’est le second niveau de conséquences que nous devons désormais prendre en compte. Les revendications de Vladimir Poutine, en se référant à l’histoire de l’empire des tsars, sont aussi celles d’Erdogan qui veut retrouver les frontières de l’Empire ottoman qui ont été confisquées par le traité de Lausanne en 1923. Ce dernier aimerait saisir le centenaire de ce traité pour « renverser la table » en Méditerranée orientale et dans les Balkans[xx]. Il ne faut pas oublier que les protagonistes des événements au Proche-Orient n’ont eu de cesse ces dernières années de remettre aussi en cause les tracés des frontières à la suite des accords Sykes-Picot en 1918. Il en est de même en Chine où les « loups guerriers » de Xi Jinping observent avec acuité les développements de cette guerre en Ukraine pour reconsidérer les tracés territoriaux et maritimes imposés par l’Occident tant au travers des « traités inégaux » qu’en mer de Chine[xxi]. Tous reprochent à l’Occident son « arrogance » et « son mépris ». Nous ne voulons pas entendre cette réalité, car elle nous fait peur, mais l’avertissement de Samuel Huntington[xxii] est bien en train de se concrétiser. Nous sommes face à des guerres de civilisations qui sont en train de se coaguler ici et là au travers de conflits régionaux de haute intensité.

L’effondrement de toute l’ingénierie des relations internationales mises en place autour des traités de Yalta et de Versailles nous ramène à une autre vision du monde moins idyllique et plus prosaïque. Sommes-nous conscients que nous sommes en train de régresser en termes de droit international, notamment sur les questions du droit de la guerre et du droit humanitaire international ? Face à ce réveil de l’histoire et des prétentions des grands empires qui ont façonné les grandes civilisations du monde, quelle est la vision de nos élites et quel est le niveau de prise de conscience de nos populations sur les bascules en cours ? Quelle est notre capacité réelle de tenue des terrains de conflictualité avec des dettes étatiques abyssales et des populations peu résilientes, vieillissantes, pas aguerries? Comment allons-nous assumer en Europe la problématique des migrations qui vont se multiplier autour de ces crises régionales ? Comment assurer notre autonomie stratégique et renforcer nos concepts de dissuasion pour faire face à tous les types de scénarios qui ne sont plus de l’ordre du probable, la seule inconnue étant la date de survenue des évènements ?

Toutes ces questions supposent que nous passions de la naïveté à de nouvelles formes de responsabilisation de la défense de nos intérêts et valeurs. En cela les réactions des Polonais, des Baltes et des Ukrainiens face à ce conflit ne peuvent que nous réveiller. Mais Il eut mieux valu avoir été plus intelligent dans les années 1995-2005. Plutôt que d’avoir laissé glisser l’histoire vers ses travers meurtriers et toujours tragiques, nous aurions dû inventer un autre espace de sécurité et de coexistence sur l’Europe. Pour cela il aurait fallu que les faucons de Washington aient accepté une Europe plus forte et autonome[xxiii]. Nous payons les impérities de cette impuissance européenne qui ne sait pas singulariser son identité et anticiper son devenir. Les stigmates de cette guerre en Ukraine vont s’intensifier et durer. Pourtant nous avons eu une première alerte avec les Balkans, qui vit de nouvelles répliques[xxiv]. Mais nous ne voulons ni voir ni entendre les alertes, nous voulons juste nous contenter de commenter la bataille… La Rochefoucauld résume très bien cette pathologie dans ses maximes « l’aveuglement des hommes est le plus dangereux effet de leur orgueil : il sert à le nourrir et à l’augmenter et nous ôte la connaissance des remèdes qui pourraient soulager nos misères et nous guérir de nos défauts ».

 

 Ancien responsable de la DGSE dans les années 1980, puis fortement engagé dans la montée en puissance des Opérations Spéciales (COS) dans la décennie 1990, il a une longue expérience sur le terrain, ainsi qu’aux niveaux étatique et interallié, de la conduite et résolution des crises internationales. Il a exercé pendant 15 ans des fonctions exécutives et opérationnelles dans le monde de l’entreprise au sein du Groupe Hachette, Spie-Batignolles, Schneider Electric et Eurogroup.

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[i] Cf. Albert Camus : « Sur une philosophie de l’expression », compte rendu de l’ouvrage de Brice Parain, Recherches sur la nature et la fonction du langage, éd. Gallimard, in Poésie 44, n° 17, p. 22.

[ii] Cf. Thomas Flichy de la Neuville: « Ukraine chroniques de guerre », DMM avril 2002 et Revue politique et parlementaire : https://www.revuepolitique.fr/author/flichydelaneuville/

[iii] Cf. Renaud Girard : « Les tristes restes du néoconservatisme », Le Figaro 28 mars 2022.f.

[iv] Cf l’excellent dossier réalisé par Diploweb : https://www.diploweb.com/Dossier-geopolitique-Russie-et-Ukraine-quelles-relations.html et Xavier Guilhou: « Kiev défie Poutine » Diploweb 28 février 2014  https://www.diploweb.com/Kiev-defie-Poutine.html et « Crise ukrainienne : Quel pilotage des évènements » Diploweb 16 mars 2014  https://www.diploweb.com/Crise-ukrainienne-quel-pilotage.html

[v] Cf. les rapports de l’OSCE : OSCE Special Monitoring Mission to Ukraine | OSCE

[vi] Cf. l’enquête de Libération – 15 mars 2018 : https://www.liberation.fr/checknews/2018/03/15/l-observatoire-syrien-des-droits-de-l-homme-est-il-une-source-fiable_1653354/

[vii] Cf. Témoignage du Général Dominique Delawarde sur le site de l’ASAF – 2 mai 2019 :  https://www.asafrance.fr/item/emoignage-le-dernier-plus-gros-mensonge-geopolitique-de-la-fin-du-xxe-siecle.html et Revue International 2003/3 N° 51 pages 125 à 132, Darko Ribnikar : « Les leçons du Kosovo »

[viii] Rappelons à titre d’exemple qu’après des enquêtes très élaborées les chiffres repris par les rapports et les médias de 250 000 morts lors de la guerre en Bosnie entre 1992 et 1995 ont été ramenés à 100 000 – Cf. Revue le mouvement social 2008/1 (N° 222) pages 153 à 183 Isabelle Delpla :  « La preuve par les victimes. Bilan de guerre en Bosnie-Herzégovine »

[ix] Cf enquête de Denis Garnier dans Médiapart 6 mars 2022 : « Mais qui est Volodymyr Zelensky ? » https://blogs.mediapart.fr/denis-garnier/blog/060322/mais-qui-est-volodymyr-zelensky

[x] Cf. Interview du Général Gomart dans le Figaro du 25 mars 2022 : « En Ukraine , l’armée russe a opté pour une stratégie de terreur » https://www.lefigaro.fr/international/general-gomart-en-ukraine-l-armee-russe-a-opte-pour-une-strategie-de-terreur-20220325

[xi] Cf. Matthieu Eynaudi – site Les clés du Moyen-Orient – 9 fev.2017 : « A Astana , la redéfinition des rapports de force dans les négociations sur la Syrie » https://www.lesclesdumoyenorient.com/A-Astana-la-redefinition-des-rapports-de-force-dans-les-negociations-sur-la.html

[xii] Cf. Xavier Guilhou : « Que nous apprend l’Afghanistan : que la géopolitique n’est pas morte ! », 28 septembre 2021 https://www.xavierguilhou.com/2021/09/28/que-nous-apprend-lafghanistan-que-la-geopolitique-nest-pas-morte/

[xiii] Cf tribune de Xavier Guilhou dans le Télégramme de Brest du 1er mars 2022 : « Nous sommes face à une guerre de civilisations » https://www.letelegramme.fr/debats/tribune-xavier-guilhou-nous-sommes-face-a-une-guerre-de-civilisations-01-03-2022-12931095.php

[xiv] Cf Déclaration de Christine Lagarde – Tribune 23 mars 2022 : https://www.latribune.fr/economie/international/christine-lagarde-juge-les-cryptomonnaies-comme-une-menace-dans-le-contexte-russe-906783.html

[xv] Cf. lire sur cette thématique les excellentes analyses de Claude Leblanc dans l’Opinion : https://www.lopinion.fr/auteur/claude-leblanc

[xvi] Cf revue Marine de l’Acoram n° 274 Xavier Guilhou – janvier-mars 2022 : « Les Alliances : abandon de souveraineté ou mal nécessaire ? » https://www.xavierguilhou.com/2022/01/07/revue-marine-les-alliances-abandon-de-souverainete-ou-mal-necessaire/

[xvii] CF. Henry Kissinger : « L’ordre du monde », Fayard 2016

[xviii] Cf https://www.nippon.com/fr/news/yjj2022030801061/

https://www.france24.com/fr/asie-pacifique/20220324-%C3%AEles-kouriles-la-guerre-en-ukraine-ravive-les-tensions-entre-le-japon-et-la-russie

[xix] Cf Hubert Védrine : « Une vision du monde » Bouquins, 17 fév. 2022

[xx] Cf. revue Marine de l’Acoram n° 271 avril – juin 2021 Xavier Guilhou :  « Méditerranée orientale : Qui va trancher le nœud gordien ? » https://www.xavierguilhou.com/2021/04/02/revue-marine-mediterranee-orientale-qui-va-trancher-le-noeud-gordien/

[xxi] Cf revue Marine de l’Acoram n° 272 avril-mai 2022 Xavier Guilhou : « Pacifique , l’océan de toutes les convoitises et de tous les risques » www.xavierguilhou.com et revue Conflits n° 27 mai-juin 2020 : « Indo-Pacifique , les grandes manœuvres » et n° 36 nov. déc. 2021 « Mer de Chine – Taïwan prochaine prise ? » www.revueconflits.com

[xxii] Cf. Samuel Huntington: « The clash of civilisations and the remaking of world order », Simon and Schuster /US  2002

[xxiii] Cf. Robert Kagan : « La puissance et la faiblesse », Hachette 2006 et analyse de Vincent Stage 11 mars 2014 :  https://www.diploweb.com/R-Kagan-La-puissance-et-la.html – voir aussi les conférences de Georges Friedman le président du Think Tank Stratfor et l’analyse de Jean Claude Empereur revue politique n° 1077 du 29 février 2016 https://www.revuepolitique.fr/etats-unis-une-nouvelle-vision-geopolitique/ .

[xxiv] Cf. Milica Cubrilo Le Figaro 29 mars 2022 : « La Bosnie-Herzégovine déchirée par les tensions nationalistes » La Bosnie-Herzégovine déchirée par les tensions nationalistes (lefigaro.fr)

Source: https://www.revueconflits.com/que-nous-apprend-la-guerre-en-ukraine-que-la-deconstruction-de-lordre-du-monde-saccelere/


 

Armées : il faut changer de modèle ! 

L’armée française se retrouve à cours de matériel et donc avec des difficultés à conduire des opérations lointaines. L’argent ne suffira pas, c’est bien un changement de modèle qui est nécessaire.

Remettre de l’épaisseur, 

Retrouver des effets de levier, 

Refaire de la nation le cœur de notre survivance !

Xavier Guilhou. Article original paru sur son site personnel

« Nous sommes sur l’os… ! ». Qui n’a pas entendu nos grands chefs utiliser cette expression pour préciser que nous n’avons plus de marges de manœuvre sur le plan capacitaire, voire que nous sommes bien en deçà de l’acceptable pour assurer les missions assignées à nos armées. Il est évident qu’après trois décennies de rabotage budgétaire nous ne pouvons qu’être en limite basse en termes de suffisance opérationnelle (moyens, munitions, stocks stratégiques, personnels…) et que, pour reprendre un terme de marins, « nous talonnons ! ». A ce rythme la prochaine étape est « l’échouage » … Si cette politique financière avait permis de faciliter des réformes en profondeur pour notre pays, nous pourrions à la rigueur la comprendre. Mais cela n’a fait qu’alimenter une pseudo paix sociale à la petite semaine et nous ne pouvons plus l’admettre au vu des rendez-vous stratégiques qui sont devant nous. 

La guerre en Ukraine sert de révélateur dans tous les domaines et a eu la vertu de réveiller les consciences endormies par des décennies de « dividendes de la paix ». Pourtant les signaux précurseurs n’ont pas manqué, mais chaque fois le relativisme et la bureaucratie ont effectué leur travail de neutralisation et de normalisation pour continuer à tirer vers le bas nos postures de défense. De fait « nous sommes bien sur l’os » et il nous faut avant tout « remettre de l’épaisseur » à tous les niveaux pour combler ou compenser ces faiblesses structurelles. La projection de corps expéditionnaire tous azimuts n’est plus dans nos moyens. Nous devons nous recentrer sur la défense de nos intérêts vitaux, la protection de notre territoire et remuscler notre dissuasion. Il faut changer de méthode et surtout de modèle !

« Remettre de l’épaisseur » 

Certes nous avons développé des capacités marginales à très forte valeur-ajoutée pour « faire autrement » quand nous ne pouvions plus « faire normalement » du fait de l’érosion de nos forces conventionnelles. Ce fut le cas au cours de ces trois décennies avec la montée en puissance des opérations spéciales. Par leurs performances indéniables, notamment dans la lutte qualifiée « d’anti-terroriste » en Orient et en Afrique, elles ont assuré au pouvoir politique la garantie d’une posture opérationnelle à succès avec une forte résonnance médiatique auprès des opinions publiques. Cela a plutôt bien fonctionné. Dans ce contexte les OPEX ont au moins eu le mérite de permettre à toutes ces composantes de se tester et d’acquérir une courbe d’expérience considérable.  Mais avec l’Ukraine nous passons à autre chose et le travail de sur-mesure de nos forces spéciales doit désormais s’intégrer dans des schémas complexes de combat de haute intensité, avec un retour de confrontations de masse sur des lignes de front que nous n’avons plus connues depuis les grandes guerres mondiales. Comme le citait Goethe « nous avons déjà pensé à tout mais il nous faut tout réinventer ».

Il en fut de même avec les deux fonctions essentielles que sont le renseignement et la logistique, armes souvent considérées comme secondaires dans notre culture militaire, mais qui se sont avérées cruciales au cours de ces dernières décennies pour accompagner nos projections de corps expéditionnaires sur des conflits hybrides, au sein d’alliances, sur des terres lointaines (Afghanistan, nœud syriaque, Sahel). Ces composantes souvent qualifiées de soutiens, alors que ce sont des précurseurs qui conditionnent le succès des opérations,  ont permis sur le terrain de faire face avec beaucoup de réactivité et aussi d’inventivité dans les modes d’action, à de nouveaux modes d’adversités (cf. les techniques de guérillas pratiquées par les groupes islamiques, mais aussi les méthodes de désinformation et déstabilisation des SMP comme Wagner, ainsi que l’utilisation de technologies duales et des réseaux sociaux). 

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Nous avons aussi compensé la baisse de nos moyens avec de la haute technologie et une professionnalisation remarquable de nos forces. Nos armées sont de fait réduites en nombre mais elles sont plus performantes du fait des technologies embarquées et du niveau de formation de nos combattants. Ce qui suppose aussi un niveau de soutien et de maintenance non négligeable (pour un fantassin au combat il en faut en moyenne neuf en soutien). Néanmoins, pour nos spécialistes, avec les moyens actuels, nous ne pourrions tenir qu’un front de 80 kms, soit Dunkerque – Lille, là où nos anciens furent en mesure de tenir un front de 750 kms lors de la première guerre mondiale…Et que penser de nos capacités de feu qui n’excéderaient pas une semaine en termes de stock de munitions…  De nouveau le conflit en Ukraine, et surtout les risques de confrontations pressenties notamment en Mer de Chine et en Méditerranée orientale, posent la question des masses critiques et du niveau de rusticité qu’il faudrait désormais être en mesure d’assumer face à des armées qui utilisent des centaines de milliers d’hommes et un déluge de feu sans précédent pour arriver à leurs fins. 

Ces armées ont recours à la conscription et à la mobilisation de réserves considérables. Par ailleurs elles se battent avec des doctrines basiques similaires à celles de la guerre de 1914, que nous qualifions certes d’archaïques et de barbares, mais qui s’avèrent dimensionnantes actuellement dans les conflits (cf. les enseignements sur la Syrie, le haut Karabagh et le niveau de consommation d’obus d’artillerie sur le Donbass ). De notre coté nous n’avons plus la conscription et nous avons des réserves qui sont réduites à la portion congrue malgré tous les effets d’annonce vertueux de ces dernières années… Nous faisons confiance à l’intelligence embarquée dans nos moyens, qui sont de plus en plus sophistiqués, en prétendant que cela sera suffisant pour casser ces armées « ringardes » dotées d’équipements datant de la guerre froide… Les évènements nous démontrent qu’il faut faire preuve d’un peu plus d’humilité, ces armées n’ayant pas la même notion de l’attrition et de la vie humaine que nous… Avec une société soumise à la religion du « bien-être » , et soyons honnêtes peu résiliente, nous ne remplissons pas les mêmes critères en termes de résistance morale et physique aux chocs que ceux que pourraient nous infliger ces adversaires qui n’ont pas nos états d’âme…

Certes nous avons l’impression actuellement que le corps politique, pas seulement en France mais sur tout le continent européen, subi un électro-choc devant l’intensité et la brutalité des combats sur l’Ukraine. Mais eut-il fallu qu’ils aient eu les mêmes réactions lors des évènements sur les Balkans, qui ont fait rappelons-le de l’ordre de 100 000 morts (200 000 selon les médias). Il en fut de même au Moyen-Orient avec les enchainements post-Irak sur le nœud syriaque qui ont fait quasiment le même nombre de victimes. Nous sommes déjà au-dessus ces seuils pour l’Ukraine (si nous acceptons d’intégrer les chiffres des 14 500 morts civils et militaires de la guerre du Donbass depuis 2014) cette guerre n’ayant pas commencé en février 2022… Chaque fois les niveaux de brutalité et d’inhumanité ont augmenté franchissant des seuils que les ONG et les organisations internationales n’ont cessé de recenser et d’expliciter pour alerter nos dirigeants. La réponse de ces derniers fut l’invention sémantique des « lignes rouges » à ne pas franchir, mais sans postures réelles et crédibles… Tous ces théâtres d’opération furent des laboratoires, notamment pour les armées Russes et Turques, qui désormais stressent notre flanc oriental et méridional. Heureusement que la posture de dissuasion, assise sur notre signature nucléaire, dont la crédibilité repose sur la permanence à la mer de nos SNLE et sur les capacités de frappes de nos composantes aéroportées (FAS et FAN), n’a pas subi le même niveau d’altération, voire de destruction systématique, que pour nos moyens conventionnels.

« Retrouver des effets de levier »

Aujourd’hui le temps n’est plus aux lamentations mais à la reconstruction d’un modèle rachitique en s’appuyant sur cette épaisseur tactique qu’offre ces quelques composantes à forte valeur ajoutée éprouvées aux cours de ces dernières décennies (Les opérations spéciales, le renseignement, la logistique et l’intelligence embarquée). Il faut dès lors trouver en les utilisant bien des possibilités de générer des effets de levier sur le plan opérationnel partout où cela est possible. Il est évident que tous ces moyens, en s’intégrant intelligemment dans des schémas plus élaborés de combat de haute intensité, peuvent devenir des « démultiplicateurs de forces ». Le terrain ukrainien est à ce tire précieux en termes d’enseignements. Sans augurer des résultats sur l’avenir, ils ont permis pour le moment de casser l’offensive initiale de l’armée russe et de lui infliger de sérieuses difficultés sur le plan stratégique. Le renseignement et les opérations spéciales ont joué un rôle déterminant pour frapper des cibles à haute valeur ajoutée (commandements, QG, bâtiments emblématiques de la flotte Russe, bases aériennes, etc.). La logistique a été aussi particulièrement dimensionnante pour permettre de tenir le « battle-rythm » sur les lignes de front. Certes ce n’est pas suffisant, tous les experts sur nos plateaux TV disent qu’il faut aussi de l’infanterie, de l’artillerie, des munitions et désormais des chars… mais sans ces capacités spécifiques, et très entrainées par les anglo-saxons, l’armée ukrainienne aurait été déjà laminée. 

Il faut préciser que ces « démultiplicateurs d’efficacité » sont à la fois armés par des professionnels très aguerris, mais surtout par une réserve et une garde nationale tout aussi importante, avec beaucoup d’engagés volontaires (cf. les opérateurs ferroviaires et les équipes de la sécurité civile). A ceci il faut ajouter l’effet de levier permis par le déploiement de hautes technologies ou de technologies duales (comme les essaims de drones) , ainsi que l’IA (cf. le déploiement des capacités de Starlink et le traitement des métas données en termes de renseignement opérationnel avec des méthodes très décentralisées) qui permettent aux forces de mieux résister, voire de mener des offensives concluantes. Toutes ces capacités sont assises sur des compétences civiles, avec en arrière-plan une société particulièrement résiliente. Où en sommes-nous sur ce plan ? Qu’avons-nous fait de nos réserves ? Quel est le niveau réel de résilience de notre pays? Comment se situent les capacités de réponse duale entre nos industries civiles et militaires s’il fallait développer un véritable effort de guerre sur le plan économique ? l’Ukraine a révélé nos vulnérabilités et insuffisances sur ces questions…

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En fait ce conflit sur « l’intermarium » européen nous interpelle bien au-delà le simple budget des armées, qui devrait enfin pouvoir retrouver un peu d’oxygène avec la RNS. Les marins diront que nous allons juste retrouver « un peu d’eau sous la quille » pour redevenir manœuvrants. Cela va bien au-delà les débats technologiques, certes nécessaires, mais désormais insuffisants face aux masses critiques de nos adversaires. La réflexion va aussi au-delà le monde des professionnels de nos armées, qui a un peu confisqué ces dernières décennies le partage des enjeux sur ces questions en l’enfermant sur des doléances budgétaires. Il nous interpelle avant tout sur les liens « Armées-Nation », pas ceux qui animent nos grandes commémorations parfaitement scénarisées, mais ceux qui conditionnent sur le fond les notions d’engagement au sein du pays. 

Qu’est ce qui est de l’ordre du tolérable ou non en termes de relations de puissance ? Qu’est ce qui est soutenable ou non en termes « de compétition, de contestation et d’affrontement »  entre les pays ? Qu’est ce qui est de l’ordre de la survivance pour la France et les Français ? Le modèle israélien où l’on apprend à se battre à un contre dix est peut-être celui que nous devrions regarder de plus près, même s’il parait forcément décalé et extrême pour nos sociétés très protégées. Quand nous n’avons plus la démographie, plus de moyens et des capacités réduites, comme c’est désormais le cas, il faut apprendre à survivre et à trouver ces effets de levier qui permettent de conserver l’initiative (le renseignement), à obtenir la décision (les opérations spéciales et la logistique) et à confirmer la victoire (la pertinence opérationnelle et des armements conventionnels suffisants). Il faut surtout retrouver le sens du courage à tous les niveaux, en premier lieu sur le plan décisionnel au niveau politique en termes d’arbitrage !

Soyons lucides et arrêtons de nous conter des histoires pour nous rassurer ou nous confiner dans un déni collectif qui s’avèrerait suicidaire. « Nous sommes sur l’os ! ». Nous devons retrouver le sens du vital ! Cette question n’est pas que comptable, c’est une affaire de volonté. Non pas de quelques prétoriens mais de tout un peuple ! C’est un peu ce que les Ukrainiens et Russes, quelles que soient nos opinions ou émotions sur le sujet, nous démontrent quotidiennement des deux côtés. Ne sous-estimons pas, malgré les propagandes qui saturent nos écrans de part et d’autre, ce niveau de volonté et d’engagement réciproque qui déjoue tous les pronostics des experts accrédités de nos plateaux TV. Les confrontations de puissance sont toujours de cet ordre. Là aussi quel que soit notre sentiment sur ce conflit, il est d’abord l’expression des volontés ou des impuissances des uns et des autres. La pandémie nous a montré aussi que c’était une question majeure de souveraineté !

« Refaire de la nation le cœur de notre survivance »

Il est encore temps de « remettre de l’épaisseur » dans nos systèmes de défense. Pour cela il faut absolument raisonner différemment. Il faut retrouver de la souplesse quand il y a de la bureaucratie, de la réactivité quand il y a excès de centralité, de la fluidité quand il y a trop de rigidité dans les modes opératoires et surtout de l’audace quand il y a de l’excès de précaution… Mais il faut surtout admettre que nos intérêts vitaux sont désormais vulnérables et que les niveaux de menaces sont désormais proches du territoire, voire insidieuses au sein du territoire ! Pour cela il faut aussi remettre de la masse critique. Elle n’est pas que matérielle ! Elle est aussi humaine ! En cela la question des réserves est absolument cruciale. Sa mobilisation, son employabilité et son rayonnement constitueront des « effets de levier » pour rattraper au sein de notre société le gâchis des trois dernières décennies. 

Certes l’armée professionnelle a d’autres sujets plus importants que le traitement de cette question pour passer d’un modèle de corps expéditionnaire à une armée de corps de bataille capable d’agir de façon autonome ou au sein d’une alliance. Mais dans ce contexte inventons un mode opératoire civilo-militaire à la Suisse ou à l’Israélienne qui permettrait d’avoir une seconde couche de résistance, d’intelligence répartie partout sur le territoire et de flexibilité d’emploi. Cela ne pourra que contribuer à renforcer encore plus nos postures globales de dissuasion en durcissant nos capacités de résistance sur le plan systémique. Là aussi les exemples ukrainiens mais aussi polonais, finlandais, suédois et bien entendu anglo-saxons sur cette proximité des armées avec leurs populations devraient nous aider à innover en la matière. Cela suppose aussi de changer la relation hiérarchique qui prédomine entre l’Etat, nos armées et la société civile, sans pour autant remettre en question « l’autoritas » du régalien qui prévaut pour les questions stratégiques (cf. l’emploi du nucléaire) . Cela exige d’avoir une gouvernance plus décentralisée et de développer des relations de confiance entre les parties. Ce que nous avons plus ou moins bien géré jusqu’à présent. Des partenariats dits citoyens sont toujours très beaux sur le papier, sympathiques sur le plan médiatique mais ne valent pas grand-chose sur le plan opérationnel en termes d’efficacité collective. Là aussi soyons honnêtes et un peu plus réalistes dans nos modes de coopération « Armées-Nation » !

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Il faut « mettre de l’épaisseur » dans nos systèmes de défense et cela ne peut être limité à la seule lutte contre le terrorisme, même si celle-ci reste une priorité indéniable sur le plan sécuritaire. Ce n’est plus suffisant ! Il faut renforcer notre posture de dissuasion par une véritable mobilisation de toutes nos ressources au niveau national avec un véritable pilotage de leurs valeur-ajoutées respectives que ce soit sur les plans économiques, industriels, financiers, mais aussi en termes de résilience au niveau de nos infrastructures vitales (collectivités territoriales, réseaux critiques), qu’en termes de ressources humaines qu’elles soient à usage militaire ou simples renforts civilo-militaires. A ce titre il faut redéfinir le rôle des correspondants défense et en faire de véritables liens quasi organiques de notre système de défense depuis le local, en passant par les entreprises jusqu’au niveau des grandes institutions publiques. Ils doivent devenir autre chose que de simples ordonnateurs de commémorations afin que les élus aient leur photo dans le journal, même si c’est nécessaire pour assurer leur réélection… et accessoirement entretenir le devoir de mémoire localement…

Il en est de même pour la Réserve avec un grand R. Sur ce registre il faut arrêter de démultiplier les réserves : opérationnelles, citoyennes, sanitaires, sécuritaires etc. Cet artifice sémantique qui convient aux salons mondains ne parle absolument pas à nos concitoyens. Il en faut une et une seule, une vraie qui soit valorisée au plus haut niveau sur le plan politique, pilotée avec un management civilo-militaire adapté, visible sur le terrain et qu’elle soit reconnue pour ses services et mérites. Il faut absolument simplifier la signature de cette composante stratégique pour le pays et en sacraliser l’engagement  et le volontariat sinon nous reviendrons à l’état dégradé que nous connaissons aujourd’hui et qui est totalement insatisfaisant au regard des risques perceptibles pour notre pays. Ne nous faisons pas d’illusions ces risques ne feront que s’amplifier après l’Ukraine, nous n’en sommes qu’à l’apéritif… A cet effet nous devrions sans cesse méditer les constats faits en 1939 par ce réserviste, et par la suite grand résistant, que fut Marc Bloch lorsqu’il a écrit L’étrange défaite. Tous nos politiques devraient absolument lire ce livre !

Il faut repenser nos logiques de combat et démultiplier nos capacités de résistance. Pour un qui part au front il en faut neuf qui l’assistent et le soutiennent sur les arrières, quand lui doit apprendre à se battre à un contre dix…  Ce changement de paradigme suppose une autre ingénierie de notre vision de la défense pour notre pays. Nous pouvons très bien perdre sans combattre avec cet esprit comptable et bureaucratique qui a conditionné le fonctionnement de nos armées depuis quelques années. Ceux qui gagnent savent très bien qu’un leadership et des victoires sont le fruit d’un esprit combattif et non d’un bon mécénat ou pire d’un raisonnement sur la valeur liquidative d’un actif…. Les grands sportifs, qui sont devenus la référence pour beaucoup, ou nos grands chefs d’entreprise, qui tiennent des lignes de front impitoyables sur le plan international, le savent bien. Être respecté a un prix quand on veut être parmi ceux qui se respectent. La victoire est un état d’esprit ! On l’a ou on ne l’a pas ! 

Pour cela il faut ce supplément d’âme qui est à la base de toute survivance et espérance pour un pays. Il ne faut pas craindre de mourir, de toute façon la peur n’empêche pas la mort ! Il y a ce qui est de la finitude humaine et il y a aussi ce qui est de la finitude des peuples. Ce n’est pas qu’une question budgétaire et comptable, même si ce point est incontournable en termes de réalité. C’est une question plus profonde qui est de l’ordre du civilisationnel. Il constitue pour notre pays une urgence en termes d’éducation et pas seulement d’agitation médiatique. Il faut juste savoir ce que nous voulons car tout est question de volonté. C’est à ce titre que l’engagement de chacun et d’une nation sont des valeurs sacrées que nous devons remettre à l’ordre du jour ! 

Il est encore temps…

 https://www.revueconflits.com/armees-il-faut-changer-de-modele/

 

 


Autres liens complémentaires de mon ami DGSE Xavier



 https://universite-liberte.blogspot.com/2019/06/crise-implosion-du-systeme-revolution.html 

A) Vous vouliez une « transition », vous avez une « révolution » !

B) «Ainsi va le monde...et c’est ainsi depuis toujours!» De la crise de modèle à l’implosion du système
 
 

 Grèce, Ukraine, Terrorisme « Ils n'oseront pas! » 

Après le sempiternel "tout est sous contrôle" qui nous a été asséné depuis 2008 sur les plans financiers et économiques suite à la faillite de Lehmann Brother, nous subissons maintenant le "ils n'oseront pas" face aux événements qui mettent sous stress et en mode échec nos frontières mentales.
 

 
 
 
 
A) "Le logiciel France est en mode échec!" - Xavier Guilhou - XAG consulting

B) " La chute du mur de Bruxelles "- Xavier Guilhou - XAG consulting
 
 
 

 
Notre pays vit une période singulière et sordide de paranoïa aigue. Quand nous ne sommes pas angoissés par tous les maux de la planète véhiculés par nos médias, nous sommes harcelés par les cours de morale assénés par nos politiques
 
 
 
 
 
 
 

juin 01, 2019

Crise - Implosion du système - Révolution - Stratégie - X. Guilhou

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Sommaire:

A) Vous vouliez une « transition », vous avez une « révolution » !

B)1«Ainsi va le monde...et c’est ainsi depuis toujours!» De la crise de modèle à l’implosion du système





A) Vous vouliez une « transition », vous avez une « révolution » !  

La bataille des images fait rage sur les écrans et les réseaux sociaux autour de symboles profanés. Les commentateurs ouvrent allègrement des boites de Pandore en parlant d’insurrection et de guerre civile sans savoir ce que c’est réellement. Pendant ce temps la France glisse dans la confusion, la sidération et l’émotion. Il y a 10 ans, quand j’ai écrit « Quand la France réagira... »1, j’avais évoqué, comme le ferait un médecin de façon préventive, trois symptômes pour qualifier la gravité de la crise qui caractérise notre pays à savoir :

 Le symptôme argentin du fait de la courbe de la dette et de la faillite des politiques publiques qui permettent de masquer le déclassement du pays et de bloquer toute transformation de notre société afin de maintenir l’illusion d’un train de vie.  
Le symptôme yougoslave avec l’émergence d’un divorce profond entre la population et les élites qui provoque une implosion de la « Res-Publica » et une fractalisation des cohérences et cohésions territoriales. Le symptôme libanais avec des centaines de zone de non-droit qui se sont enkystées partout dans les périphéries de nos villes et agglomérations avec des logiques communautaristes et religieuses qui sont devenues les nouvelles références autour de la propagation rampante d’un islam radical qui s’est imposé progressivement en termes de gouvernance.  

Beaucoup se sont amusés de ce diagnostic. Aujourd’hui les mêmes « rient jaune » avec les évènements de ces dernières semaines qui viennent déstabiliser leurs certitudes intellectuelles et leur confort financier... Entre temps la dette a explosé du fait de la crise de 2008 et surfe sur la crête des 100% du PIB (selon les critères de Maastricht). Tous les spécialistes tremblent à l’idée d’une hausse des taux et surtout d’une nouvelle crise bancaire qui nous mènerait sur des pentes vertigineuses dans les prochains mois. Le déficit public est pour sa part devenu insoutenable et le déclassement de la France est tel en termes de compétitivité que les quelques contrats d’armement ou d’avions ne suffisent plus pour cacher la misère de notre comptabilité nationale. Nous pouvons toujours dire que c’est de la faute des autres, des allemands, de l’Europe, du prix du pétrole ... une chose est certaine, notre pays connait des difficultés chroniques pour garder son rang et surtout pour créer de la vraie richesse...A force d’avoir désindustrialisé et délocalisé nos actifs à forte valeur-ajoutée, il faut bien finir par admettre qu’il y a un prix à payer notamment sur le plan social. Certes il est facile, avec de l’argent quasiment gratuit, de développer une économie consumériste avec des retours sur investissements rapides, mais ces choix ne contribuent pas à créer des emplois et n’enrichissent pas un pays2. Tout a déjà été écrit sur ce sujet et les experts n’ont cessé d’alerter sur ces dérives, mais l’autisme réciproque des français et de leurs dirigeants est catastrophique. Tout le monde a privilégié l’illusion d’un pseudo train de vie à la promotion de l’effort, de l’innovation et de l’excellence. A l’arrivée il n’y a plus assez d’argent dans les caisses et chacun y va de sa rhétorique totalement infantile ! 

1 Xavier Guilhou - « Quand la France réagira... » Eyrolles – 2007  
2Voir à ce sujet les excellentes analyses de l‘économiste Claude Sicard, dont son dernier article du 5 décembre : « La France en révolte : faut-il compatir à la jacquerie des gilets jaunes ? » https://entrepreneurs-pour-la-france.org/Les-impasses/La-fuite-sociale/article/La-France-en-revolte-faut-il-compatir-a-la-jacquerie-des-gilets-jaunes 

 Quant au lien Etat-Nation, le constat de tous les experts est unanime : Il est en implosion totale. Beaucoup dissertent sur l’absence actuellement de relais crédibles et de médiateurs légitimes. Mais tout a été fait pour appauvrir ces relais qui permettent un vivre ensemble intelligent et durable. La baisse du niveau éducatif et culturel à tous les niveaux, la suspension du service militaire obligatoire, le pouvoir des réseaux d’influences, des lobbies, la médiocrité des médias et l’irruption des réseaux sociaux... tout a contribué à tirer vers le bas les relations entre les citoyens et ceux qui les représentent. Cette évolution de fond est très grave. Dans l’Histoire ces processus se terminent toujours mal avec au mieux des formes de résistances civiques au travers de l’émergence de collectifs plus ou moins homogènes, voire des formes d’insurrections révolutionnaires autour des injustices sociales et fiscales, comme nous sommes en train de connaitre, au pire des guerres civiles lorsque le vivre ensemble devient impossible et insoutenable, comme en Ex-Yougoslavie où les populations se sont entretuées pendant dix ans sur des questions identitaires, religieuses, communautaires. La question la plus préoccupante reste celle de la libanisation des marges violentes de nos sociétés où les référentiels ne sont plus ceux de la République et encore moins ceux de la Démocratie. Soyons clair, l’Islam n’est pas soluble dans ces principes politiques et sociétaux que nous avons progressivement mis en place au cours des siècles dans notre pays. Aujourd’hui Il n’y a plus beaucoup de marges de manœuvre pour sauvegarder le vivre ensemble sur ces espace-temps qui se sont affranchi de tout, à commencer par l’autorité de l’Etat et de ses substituts sur le terrain. Cela se traduit d’ores et déjà par des logiques de ghettos que nous connaissons trop bien. Les événements avec les émeutes urbaines de 2005, dont peu de nos dirigeants ont tiré les véritables enseignements, sont ceux d’une volonté de franchise territoriale et d’autonomie politique. D’ores et déjà, dans certains quartiers, nous ne sommes plus sur des questions de respect de l’état de droit mais sur l’imposition de fait d’une forme d’Etat quasi islamique à la place de l’Etat français avec la charia comme cadre juridique. Depuis 3 semaines, toutes ces réalités ont explosé sur les écrans de télévision avec des manifestation émaillées d’émeutes, puis d’insurrections suffisamment violentes et préoccupantes pour déboucher sur une situation d’urgence pour la sauvegarde de nos institutions. Malheureusement Il n’y a aucune surprise dans le surgissement de cette forme de catharsis sociétale et dans l’expression de ces violences protéiformes et hétérogènes de tous les corps de la société. Nous avions déjà les germes en 2005 avec les banlieues, en 2009 avec « la lutte contre la profitassion » dans les Antilles, les crises récurrentes autour des prix du carburant, les bonnets rouges contre l’écotaxe, la question de la ZAD de Notre Dame des Landes ... Tous ces micros évènements ont constitué autant de laboratoires dans lesquels nous retrouvons tous les ingrédients qui se coagulent et démultiplient actuellement. Alors pourquoi en sommes-nous arrivés à un tel niveau de colère, de haine et de dégâts alors que tout a été diagnostiqué depuis longtemps et que tous les symptômes auraient pu être traités très en amont ? La réponse est simple : Il n’y a eu aucune anticipation stratégique des vraies questions depuis 30 ans... La responsabilité première incombe aux politiques, comme aux dirigeants du monde économique, qui savaient exactement quels étaient les risques d’un non traitement sur le fond des questions posées depuis les années 1975, dont la fameuse transition écologique pour sortir de l’emprise des énergies fossiles, jusqu’aux migrations de population...Ils savent tous depuis un demi-siècle quels sont les rendez-vous et ce sur quoi il fallait anticiper pour mettre nos pays à l’abri de tragédies collectives. Rien n’a été fait ! En revanche ils ont tous préféré faire de l’argent en surfant sur les « dividendes de la paix » et faire de la politique politicienne au jour le jour en redistribuant l’argent public à tous les raquetteurs qui avaient parfaitement compris l’usage qu’ils pouvaient en faire. Cette forme d’imposture collective a finalement mis l’Etat en faillite. De fait les corps intermédiaires se retrouvent d’eux-mêmes totalement décribilisés, à commencer par les syndicats, mais aussi toutes les organisations représentatives du monde économique et autres agences gouvernementales, qui ont bien vécu sans apporter de véritable valeur ajoutée à notre économie et à notre société. Ils ont tous contribué depuis 30 ans à cet affaissement de notre économie et à l’appauvrissement des relations sociales en se cachant derrière une langue de bois et des pratiques qui valent les meilleures heures du soviet suprême. Mais ne nous leurrons pas, Il y a aussi la population qui s’est satisfait pour une bonne part de cette situation facile où la réversion de la main invisible publique lui assurait une fausse quiétude et prospérité. Malheureusement elle se retrouve aujourd’hui avec des enfants de plus en plus incultes et démunis face aux exigences de la mondialisation et des services régaliens dégradés, il suffit de regarder dans quel état se retrouve nos armées, notre justice etc. A l’arrivée tous les ingrédients de ces symptômes argentins, yougoslaves et libanais finissent par s’agréger pour constituer un mélange explosif. Le déclencheur des insurrections en cours tient en grande partie à cette impasse démocratique qui a permis à une minorité de profiter de la dislocation des blocs politiques, sous prétexte de « dégagisme », pour ramasser le pouvoir. Lors de la dernière élection présidentielle il n’y a eu aucun débat sur le fond. Ce ne fut que des parades séductrices avec des coups de menton. De fait le débat se joue en ce moment dans la rue avec une troisième mi-temps qui ne peut-être que violente. Les populations viennent de découvrir à leurs dépens la face cachée des feuilles de route de l’exécutif en place... qui auraient été aussi celles de leurs concurrents s’ils avaient pu prendre le pouvoir étant donné qu’il n’y a plus rien dans les caisses.... Dès lors 80% de la population vient enfin de comprendre que l’Etat est en faillite, qu’il n’a plus aucune marge de manœuvre budgétaire et qu’il a besoin de se renflouer d’urgence sur le plan financier en ayant recours à l’arme fiscale dans un pays qui est devenu le champion des pays de l’OCDE en termes de prélèvements obligatoires3 (46,2% du PIB) ... Ceux qui ont pris le pouvoir sont incontestablement les plus intelligents et brillants de la classe. Mais leurs préoccupations et orientations politiques sont devenues totalement inaudibles pour les opinions. Leurs décisions se comprennent sur un temps long qui aurait dû être celui de leurs prédécesseurs au cours de ces 50 dernières années en termes d’anticipation stratégique. Mais la population ne voit que la courbe immédiate de la pression de la fiscalité directe, et surtout indirecte, qui monte sans cesse au point de poser désormais un problème budgétaire vital à des pans entiers de la société. Du fait de l’appauvrissement et du déclassement du pays beaucoup ont en effet glissé dans la précarité. Plus grave, ce qui contribue à alimenter la colère sourde et la violence irrationnelle du mouvement des gilets jaunes, beaucoup ont désormais peur de se retrouver aussi dans les prochains mois ou années dans cette situation.


Certes il est louable et souhaitable de sauver l’Etat. Nous savons ce que donne un pays livré au chaos total faute d’une colonne vertébrale. Mais l‘Etat ne doit pas tuer la France et spolier les français. Dans le contexte actuel qui peut déboucher sur une révolution convulsive et mortifère, les français ne sachant pas gérer leur contrat social, la seule chose à faire est de remettre à plat le cadre fiscal et de retrouver équilibre et justice. C’est vital. Des petits moratoires fiscaux ne servent à rien sinon à entretenir et nourrir les prochaines révoltes sociales. Mais la transformation du pays ne peut s’envisager qu’avec du temps, ce qui est incompatible avec les urgences sociales et l’impression d’injustice sociétale qui s’expriment depuis 20 jours. La véritable question qui se pose désormais est celle de l’autorité politique pour arbitrer ce moment crucial où les urgences et les priorités sont confondues dans un maelstrom de revendications, de haines et de peurs.Quels que soient les astuces pour calmer les exigences des gilets jaunes ou l’expression de la fermeté utilisée par l’exécutif pour endiguer la volonté de destruction de nos institutions ou la tentation de pillage de nos centres-villes, il faudra bien expliquer à un moment donné aux français que la « fête est finie » et que nous allons entrer dans une autre temporalité où tout le monde devra faire preuve de bon sens, d’intelligence et de frugalité pour remettre les comptes en ordre et le pays en état de marche. Cela va supposer de prendre des mesures drastiques, courageuses et douloureuses, comme l’ont fait les canadiens en leur temps, et d’arrêter cet effet de ciseau pervers, et désormais catastrophique pour le pays, qui est celui de l’emballement de la dette et de l’addiction au déficit public. Tous les autres discours sur la transition sont cosmétiques et idéologiques. La véritable révolution ne consiste pas à destituer violemment à la Ceausescu notre monarque républicain, à rêver de 1791, à piller les magasins et à discourir sur les plateaux de télévision sur une VIème République. La véritable révolution, puisqu’il faudra bien la faire, nous n’avons plus le choix face à la pression des évènements, devra être celle d’un nouveau pacte fiscal et d’un véritable contrat social. Pour cela il faut retrouver à tous les niveaux le langage du bon sens et de la responsabilité afin de ne pas tomber dans l’insoutenable et le drame avec des insurrections qui déboucheraient sur une guerre civile...Ceux qui ont vécu Beyrouth et Sarajevo savent ce que cela signifie. Nous ne sommes plus comme en 68 : le monde de cette époque révolue revendiquait le partage de la cagnotte et ne risquait rien. Aujourd’hui il n’y a plus de cagnotte et nous risquons tout !  

Xavier Guilhou  
7 décembre 2018




B)1«Ainsi va le monde... et c’est ainsi depuis toujours!» De la crise de modèle à l’implosion du système

2006 : crise des matières premières, le brut surfait autour des 150 $ le baril. Les meilleurs experts spéculaient allègrement à l’époque sur des hypothèses à 200 $, 400 $... Un baril autour des 50 $ n’était absolument plus imaginable compte tenu de la pression de la demande des BRICS, soit quasiment un milliard de nouveaux entrants, qui ont rallié notre modernité de façon spectaculaire en 25 ans. Pour autant, ce transfert de modèle n’a concerné qu’une minorité de classes moyennes émergentes au sein de ces pays, ce qui laisse actuellement 5 milliards d’individus en dehors des critères de prospérité et de développement portés par notre vieil Occident... Ce dernier qui ne représente plus que 7,5 % de la population et à peine 40 % de la création de richesse1 mondiale s’est depuis enfermé dans une crise de décroissance et une implosion de gouvernance qui ont contribué à déstabiliser son hégémonie sur le monde en une décennie... Pourtant, les signaux faibles étaient là depuis longtemps, annonciateurs d’une remise en cause de notre modèle matérialiste reposant au cours du XXème siècle sur la surenchère des énergies carbonées...
2008 : crise des crédits hypothécaires américains, connue sous le nom des « subprimes ». Greenspan, qui a été le concepteur avec Clinton de cette superbe supercherie bancaire, destinée à faire croire au bas de la classe moyenne américaine qu’elle deviendrait enfin et rapidement riche, a réussi à faire exploser l’économie mondiale en quelques semaines suite aux tensions sur les taux d’intérêts qui étaient liées à l’envol des prix des matières premières. Suite aux spectaculaires faillites bancaires, Greenspan devant le Congrès a avoué que « jamais il n’aurait imaginé un tel effondrement du modèle... ». Pourtant, il a fait partie de ces apprentis sorciers adulés par toute la sphère financière et politique qui a neutralisé intentionnellement toute forme de contrôle et régulation politique pour faire du profit rapide et facile. Sans tomber dans la psychose du complot, on ne peut ignorer la responsabilité de tous ces cercles cyniques qui se sont enrichis de façon outrancière et sans scrupule en manipulant les opinions. De nouveau les signaux faibles étaient là annonciateurs d’une crise systémique beaucoup plus grave que la crise de modèle révélée par la crise des matières premières deux ans auparavant. Mais au « royaume des aveugles les borgnes sont rois », surtout quand la cupidité et l’avidité remplacent la lucidité et l’honnêteté...




1 Le G7 (Etats‐Unis, Canada, Royaume Uni, Allemagne, France, Italie, Japon) lors de sa dernière réunion à Malbey au Canada a représenté 750 millions d’habitants soit 8 % de la population mondiale, 35000 milliards de $ de PIB (PPA) soit 32 % du PIB mondial, mais 900 milliards de $ en termes de financement des budgets de défense des coalitions militaires (dont 600 milliards pour les seuls USA) soit 75 % des dépenses militaires mondiales.

Depuis, les effets induits de cette double spéculation sur les matières premières et sur les produits financiers ont généré une crise sans précédent de notre modèle urbain, énergétivore et consumériste qui a assuré à un petit milliard d’individus paix, prospérité et bien‐être pendant quasiment 7 décennies. Il est vrai qu’aujourd’hui nous mourons plus facilement d’obésité et souffrons plus de « burn‐out » dans nos sociétés opulentes que de famines ou de guerres fratricides... Cela s’est traduit par des successions d’effondrements économiques dans les secteurs de l’immobilier et de la construction, de l’automobile mais aussi et surtout des activités financières et bancaires avec notamment la révélation des opérations Sponzi autour des produits dérivés des Hedge Funds. Dix ans après, tout le monde a oublié les ravages de ces effets dominos, pour recommencer de plus belle...
Pour tenter de maitriser la situation nos grands argentiers ont inondé le monde de liquidités avec la stratégie des « quantity‐easing »2 initiée par la FED américaine. Au lieu de se mobiliser sur une transformation du modèle en profondeur pour le rendre plus robuste, et d’investir une fois pour toutes dans une nouvelle société moins énergétivore et plus résiliente, le système financier et politique n’a fait que développer et multiplier de nouvelles bulles spéculatives3. La plus extravagante étant celle des Bitcoins... Ces bulles s’avèrent actuellement pires et plus folles encore que celles de 2006/2008 sur les marchés obligataires et sur les marchés actions, avec en toile de fond une explosion des dettes, qu’elles soient souveraines (en Europe) domestiques (Etats‐Unis) ou privées (Chine)4. Pour autant, les banquiers nous assurent encore aujourd’hui que tout est sous contrôle alors que tous savent et affirment en coulisse que le prochain krach sera beaucoup plus grave et intense que celui de 2018. De nouveau « il n’y a pas plus sourd que celui qui ne veut rien entendre... » Le déni de réalité est total !

2 Les « QE » correspondent à la stratégie de banques centrales de recourir à la « planche à billet » pour injecter des liquidités dans l’économie.
cf.
https://abc‐economie.banque‐france.fr/quantitative‐easing
3 Cf. Livre de Marc Touati Un monde de bulles – Bitcoin, Bourse, dettes, immobilier...10 ans après le Krach de 2008, comment éviter une nouvelle crise ? Editions Bookelis sept 2018.
4 Depuis le début de la crise en 2007, la dette mondiale est passée de 57 000 milliards de dollars à 233 000 milliards (source : FMI). Le Japon a le taux d'endettement le plus élevé au monde, soit environ 500 % du PIB, tous secteurs confondus. Neuf pays dans le monde ont un ratio de dette publique supérieur à 300 % et 39 % des pays ont un ratio supérieur à 100 %. La Fed a augmenté son bilan de presque 1 000 milliards de dollars fin 2008 au niveau actuel de 4 500 milliards... mais le PIB nominal n'a augmenté que de 2 700 milliards. Environ 900 milliards de dollars ont été investis sur les marchés financiers et ont provoqué un triplement du prix des actions américaines.

Les modes de résolution de cette crise systémique, déjà testés au Japon qui a servi de laboratoire dans les années 2000, n’ont fait que générer depuis dix ans des logiques déflationnistes, contribuer à la montée d’un chômage structurel et fissurer la cohésion occidentale. Ce fut le cas en particulier en Europe sur les questions énergétiques où tout a volé en éclats aux lendemains de Fukushima avec l’abandon radical du nucléaire par l’Allemagne et l’envolée des stratégies carbonées. Comment imaginer un budget, une diplomatie ou une défense commune quand nous n’avons pas été capables de nous acorder à minima sur une simple stratégie de coordination de nos intérêts énergétiques quand il le fallait... Depuis, nous sommes pris en otage par les stratégies russes avec leurs gazoducs sur la Baltique et sur la Méditerranée orientale et par celles des américains avec leur LNG issus de leurs schistes bitumineux. Pauvre Europe ! Si riche et si impuissante... Progressivement nous sommes entrés dans une crise profonde de la social‐démocratie avec la montée des partis extrémistes et l’affirmation de postures égoïstes au sein des jeux d’acteurs qui privilégient désormais des replis stratégiques et le retour brutal de la « realpolitik » (USA, Allemagne, Italie, UK avec le Brexit, pays du groupe de Višegrad, Pologne, etc.). 
 
De la défiance vis‐à‐vis des élites à l’effondrement de l’autorité des Etats 

L’effondrement de la légitimité et de la crédibilité des exécutifs qui en a résulté sur les dernières consultations depuis 2016 n’est que la résultante de l’implosion globale du système de vie que nous n’avons pas su transformer au cours des 30 dernières années. Pourtant tous les indicateurs et analyses nous invitaient à faire preuve d’audace créatrice dès les années 70/80, notamment en termes d’évolution de nos modèles de vie et de gouvernance5. Jamais les élections n‘ont connu un tel niveau de désaveu et d’indifférence des populations. Les scores atteints par l’abstention, notamment en Europe, révèlent partout des décrochages considérables en termes d’adhésion entre les populations et les élites qui portent des programmes politiques. Les effets de séduction propres aux consultations électorales se dissipent vite et la plupart des politiciens retombent très vite sur leurs socles très marginaux de supporters qui ne représentent chaque fois qu’un faible pourcentage de la population. Les mêmes phénomènes de défiance et de rejets se développent vis‐à‐vis des médias et des « experts accrédités » qui véhiculent inconsciemment les pathologies collectives et les paradoxes de nos sociétés. La défiance s’est installée à tous les étages. Elle n’est que la traduction d’un profond décrochage des opinions vis‐à‐vis de ce que les élites dénomment « la mondialisation heureuse »... Elle traduit un sentiment de trahison et de mépris des populations qu’il ne faut plus sous‐ estimer !

5Cf : Thierry Gaudin 2100, récit du prochain siècle ‐ Grande bibliothèque Payot Voir aussi le site Fondation 2100 : https://2100.org/fondation/

Désormais, les effets de surprise, pour ceux qui ne veulent rien voir, se multiplient ici et là, alors que tout est si évident pour ceux qui vivent au contact de nos sociétés. Ce fut le Brexit, puis l’élection de Trump, la réélection de Poutine, d’Erdogan et de Rohani, ainsi que les référendums d’autonomie et d’indépendance sur le maillon faible que constitue l’Europe. Ces consultations jugées « populistes » font sourire nos chroniqueurs qui ne voient que l’expression de « farces politiques » alors que nos constitutionnalistes tremblent en voyant s’ouvrir un peu partout des boîtes de Pandore nationalistes. Ce sont les coups de boutoir des pays du groupe de Višegrad, rejoints par l’Italie, face à une Allemagne divisée sur la question des migrations. Ce sont les coups de menton de la Pologne et de la Lituanie, sur cet « intermarium » cher à Pilsudski6, face à la Russie. C’est l’OTAN qui instrumentalise ces montées de tension pour essayer de relégitimer sa signature sur l’Europe orientale alors que l’Union européenne est devenue quasiment inaudible, si ce n’est inexistante face au réveil des pulsions identitaires et aux chocs sécuritaires qui secouent nos vieilles démocraties. Ne parlons pas de son impuissance chronique face aux ultimatums de Donald Trump qui exige qu’elle devienne plus responsable sur le partage du fardeau militaire au sein de l’Alliance atlantique... Mais ce sont aussi les « mal élus » français et allemands, actuellement en baisse de popularité, qui essaient tant bien que mal, de sommets en sommets, ou de déclarations en déclarations parfaitement scénarisées, de réveiller une institution quasi moribonde. L’Europe est bien morte à Pristina avec les opérations sur le Kosovo en 1999 et suite aux accords sur le référendum d’autodétermination qui justifient désormais toutes les transgressions du droit international en interne et sur les marges de l’UE7. Il n’y a que les technocrates de Bruxelles qui ne l’ont toujours pas compris, à moins qu’ils ne simulent volontairement une forme d’autisme politique afin de gagner du temps.
Nos exécutifs, en perdant la relation de confiance avec les populations, ont favorisé la fractalisation territoriale à laquelle nous commençons à assister. Elle sera longue et conflictuelle comme toujours dans l’Histoire quand l’autorité de l’Etat se dilue face aux revendications identitaires locales. L’exemple catalan face à l’Etat central madrilène n’en n’est que la première illustration. En France, les poudrières Calédonienne et Corse attendent en embuscade la bonne fenêtre de tir. Les Etats mettent tout en œuvre pour résister à cette régression quasi systémique qui ramène la carte de l’Europe à une configuration similaire à celles des XIIIème et XVème siècles. Il en va de leur survie et de la continuité du modèle westphalien qui n’en finit pas de mourir. Mais rien ne pourra entraver cette régression collective car il n’y a plus de projets ou de référentiels qui font véritablement sens pour les populations. Le couple Etat/Nation est en crise profonde et contribue à ce processus de suicide collectif qui parait désormais irréversible au niveau européen. Ce ne sont pas les quelques parodies électorales peu convaincantes des candidats pour les prochaines échéances européennes qui modifieront l’issue de ce processus d’autodestruction. La crise financière et politique italienne en cours finira par achever cette lente agonie et permettra aux allemands de prononcer ce « germanxit » qu’une partie de l’électorat opposé à Angela Merkel souhaite désormais. 

6 Maréchal Josef Pidulski, créateur de l’armée et père de l’indépendance polonaise au XXème siècle.
Lire à ce sujet « Et si l’Europe avait écouté Josef Pidulski » par Alexandra Viatteau, écrivain conférencière à l’Université de Marne
‐la Vallée (avril 2005) https://www.diploweb.com/forum/pilsduski.htm
7 Cf. « de Jacques Hogard : « l’Europe est morte à Pristina » Hugo § Cie ‐ 2014

Implosion de l’Europe et reconfiguration des hégémonies mondiales 

Comme personne n’a pu résoudre la crise de modèle, celle‐ci se transforme en une crise systémique de gouvernance où chacun se recroqueville sur ses propres intérêts. Cela se traduit, sur un fond de menaces majeures de crise financière et bancaire, par des endettements considérables qui enlèvent aux Etats centraux toute crédibilité politique et aux politiques qui ont œuvré dans ce sens, toute légitimité. L’effondrement de l’autorité des Etats est proportionnel au désenchantement des populations, notamment des classes moyennes, principal objet de convoitise des technocraties qui ont pris ici et là le pouvoir. Ce mouvement de fond génère partout des votes de rejets vis‐à‐vis des élites qui représentent ces minorités financières arrogantes et ces technocraties européenne omniprésentes qui sont contestées de partout (cf. les élections en Tchéquie avec Babel, l’arrivée de Kurtz en Autriche qui promeut le retour d’une gouvernance habsbourgeoise, la méthode d’Orban qui accorde la citoyenneté hongroise à toutes les minorités qui ont subis le démantèlement de la grande Hongrie par Clémenceau, les démonstrations antieuropéenne du gouvernement polonais, le programme antieuropéen de la coalition italienne, etc.).
Ces postures contestataires anti‐européennes, improprement qualifiées de « populistes », très hétérogènes dans leurs constitutions et démonstrations de force, contribuent à fractaliser le peu de cohésion et de cohérence du monde occidental. Alors que les Etats‐Unis se replient derrière les slogans de Trump « America First », que la chine se déploie « China First », que la Russie essaie de s’affirmer sur le nœud eurasien aux cotés de l’Iran et de la Turquie pour contrôler le nœud énergétique mondial et que l’Inde monte en puissance pour devenir le pivot de l’avenir du monde à horizon 2050, nous sommes désormais en Europe en pleine implosion socio‐politique. Même l’Allemagne, dont tout le monde pensait le modèle social‐démocrate indestructible, se retrouve désormais confrontée à ses vieux démons.
La situation est pathétique. Elle ressemble étrangement à celle du Titanic qui a heurté l’iceberg mais dont l’équipage demande à l’orchestre de jouer plus fort afin que les premières classes ne se rendent compte de rien. Tout le monde connait la suite : le bâtiment qualifié d’insubmersible a sombré sur une fissure horizontale qui a remis en cause les stratégies assurantielles des caissons verticaux. C’est exactement ce qui est en train de se dérouler sous nos yeux. La défiance et la fractalisation territoriale défient la verticalité de nos Etats et centralités technocratiques. Comme dans le Titanic, chacun joue sa partition et affirme « ce qui est juste » pour lui afin de négocier sa place légitime et ses intérêts immédiats, quand il ne s’impose pas par la force sur le canot de sauvetage. Les actuelles discussions et régulations entre acteurs concernés de l’hémisphère nord, tant européens, américains que russes, autour des questions migratoires et sécuritaires sont assez éloquentes sur le niveau de désagrégation des solidarités. Peu de gens connaissent
véritablement les niveaux de brutalités, qui sont actuellement mis en œuvre en coulisse. 
Tout ceci se déroule dans un climat de confusion intellectuelle et morale qui révèle le vide sidéral sur les plans philosophiques et spirituels dans lequel nous nous complaisons depuis 30 ans.
Nous allons bientôt célébrer allègrement le centenaire de la fin de la première guerre mondiale (1918‐2018) alors que nous sommes confrontés depuis 5 ans à une remise en cause de tous les protocoles et avenants du traité de Versailles. Cette virtualité médiatique est portée par des politiques qui adorent les commémorations (en France, nous en sommes à 27 par an, ce qui est à psychanalyser...) mais qui sont complètement déconnectés du retour de la « realpolitik » et de l’exaspération des populations sur le terrain. Orban en Hongrie, comme Erdogan en Turquie, remettent en cause de façon explicite les traités de Sèvres et de Lausanne. La Pologne demande le rattachement de la Galicie à l’Ukraine. L’Autriche revendique la Padanie. La Russie, la Turquie et l’Iran posent dans leurs réunions à Astana « la nouvelle question d’Orient »8 et enterrent les vieux accords Sykes‐Picot9 sans nous associer à un redécoupage du Moyen Orient. Le Royaume‐Uni est confronté, suite au Brexit, aux revendications d’indépendance de l’Ecosse et de l’Irlande, etc. Tous les « experts accrédités » passent leur temps à sous‐estimer la colère sourde des populations. Celles‐ci rejoignent de plus en plus les quêtes identitaires, territoriales et religieuses, seuls sauf‐ conduits pour sortir de l’étreinte gloutonne des Etats en crise et de leurs sponsors, notamment financiers, qui ne cessent d’enfoncer notre pseudo bien être mondialisé, mais surendetté, vers un krach monumental. Beaucoup ont vu dans les soubresauts des printemps multicolores des révoltes emblématiques comme sur les places Tahir au Caire, Maïdan à Kiev, Taksim à Istanbul... Beaucoup ont cru à l’avènement d’une société mondiale plus démocratique et égalitaire. C’est l’inverse qui a jailli de ces pulsions naïves avec l’affirmation de régimes autoritaires, dictatoriaux (voire quand il n’y a plus d’Etats de mouvements radicaux qui sèment partout leurs graines de haine et de mort).

8 Lire l’excellent ouvrage de Georges Corm La nouvelle question d’Orient, aux éditions La découverte 2017.  
9 Les accords Sykes‐Picot – voir https://www.monde‐diplomatique.fr/2003/04/LAURENS/10102

La mode désormais, dans les colloques, et dans les tribunes des journaux est de disserter sur la « nouvelle dangerosité » du monde, sur « l’instabilité » des relations internationales et sur « l’irrationnalité » des jeux d’acteurs. Comme si Donald Trump et Kim Il Jung étaient des cinglés alors que nous avons affaire aux dirigeants les plus rationnels et les plus déterminés qui soient sur le plan géostratégique pour imposer au monde une nouvelle partition, celle qui permet à leurs intérêts de s’imposer contre tous les autres. C’est ce qu’ils ont fait le 12 juin à Singapour, après avoir créé un brouillard politico‐médiatique pendant un an, permettant ainsi à leurs services secrets réciproques de faire leur travail en toute discrétion et d’entretenir tous nos « experts accrédités » sur de fausses pistes. C’est exactement ce qu’avaient fait de façon époustouflante Reagan et Georges Bush avec Andropov puis avec Gorbatchev avec la « guerre des étoiles » pour déboucher sur la rencontre de Reykjavik les 11 et 12 octobre 1986 et la déconstruction du protocole de la guerre froide issue de Yalta, là aussi entre services secrets... Utiliser la crédulité, voire la stupidité de nos chroniqueurs, n’a pas de prix, surtout quand cela permet de surprendre, de « renverser la table » sur le plan géostratégique et, comme le disait Mac‐Namara lors de la crise de Cuba, « d’inventer un nouveau jeu ». Qu’est‐il sorti de la rencontre d’Helsinki entre Trump et Poutine le 18 juillet, rencontre qui relève exactement des mêmes processus entre diplomaties secrètes ? Tous sont en train de préparer des grands rendez‐vous stratégiques sur les 4 à 5 prochaines années, ce qui correspond en termes de fenêtre de tir à leurs mandats respectifs. Trump verrouille ses alliances et fait payer le prix d’un alignement sans concession en réactivant l’arme douanière propre aux puissances maritimes, Poutine finalise ses prises de gage territoriales et revendique sa place dans les prochaines conférences internationales, Xi Jinping multiplie les effets d’annonce autour de son projet de route de la soie10 et impose au monde une autre lecture du retour de l’empire chinois après «le siècle de mépris occidental », Narendra Modi suggère aux uns et aux autres de ne pas oublier la route des Indes... Chacun y va de sa rhétorique plus ou moins guerrière en sachant que 2019/2020 seront des années décisives de bascule sur le plan des rapports de force en termes de pouvoir et de puissance.11 Toutes les diplomaties secrètes sont prêtes pour les grands rendez‐vous géostratégiques qui vont s’enclencher après les élections américaines de mi‐ mandat en novembre 2018 ...

10Cf. le numéro 90 de la revue Diplomatie : Les nouvelles routes de la soie, forces et faiblesses d’un projet planétaire.
11 Selon le FMI la Chine aurait déjà dépassé en PIB/PPA les USA en 2014.
https://www.lesechos.fr/24/11/2017/LesEchosWeekEnd/00100‐003‐ECWE_quand‐la‐chine‐deviendra‐t‐elle‐ la‐premiere‐economie‐mondiale‐‐.htm
Quant à l’Inde elle est devenue sixième puissance économique mondiale et serait troisième en 2030. https://www.latribune.fr/economie/union‐europeenne/comment‐l‐inde‐veut‐devenir‐la‐3e‐puissance‐ economique‐mondiale‐en‐2030‐468073.html

« Realpolitik » et sortie de crise 

Toutes ces erreurs d’évaluation vis‐à‐vis de ces moments historiques que nous vivons révèlent le désarroi de nos équipes dirigeantes, particulièrement en France, quels que soient leurs niveaux de formation et d’information, depuis plusieurs décennies. Elles se sont mises en dehors des réalités pour profiter de la vie, cultiver une philosophie du bien‐être portée par une mondialisation débridée, faire de l’argent facile et rapide à partir d’une financiarisation exubérante et acheter la paix sociale et civile à la petite semaine. Cette vacuité de la responsabilité devant l’Histoire et cette lâcheté collective sont à la base de cette implosion globale de nos systèmes de vie et de décision qui apparait chaque jour un peu plus au travers des coups de boutoir que nos sociétés, notamment européennes, subissent dans tous les domaines qu’ils soient économiques, financiers, migratoires ou sécuritaires. Comment en sortir ? Par plus de dettes, la fuite en avant de ces 30 dernières années n’ayant pas suffi...? Par plus de fiscalité, en dépossédant, voire en ruinant les classes moyennes pour continuer à nourrir des Etats incapables d’inventer un autre mode de « vivre ensemble » ? Par plus de populisme en instrumentalisant les facteurs identitaires, voire religieux, et en régressant sur une nouvelle féodalité territoriale ? Par la soumission et l’abdication sous prétexte que le monde est devenu multiculturel et global, en cédant notre place aux nouveaux entrants, ces puissances centrales d’hier qui revendiquent désormais le rôle de nouveau gendarme du monde à la place des modèles ultralibéraux et maritimes anglo‐saxons ? Messieurs Poutine avec ses agents du FSB, Erdogan avec ses janissaires et Rohani avec ses pasdarans sont sûrement les meilleurs dirigeants que nous pourrions imaginer à moyen terme pour nous assurer un bien‐être démocratique... Pourtant, beaucoup de nos éditorialistes sont sous le charme de ces dirigeants ; ils opposent souvent les vertus apparentes de l’autoritarisme parfaitement scénarisé de ces dirigeants vis‐à‐vis de leurs peuples, pour les maintenir sous le joug, avec la perte pathétique d’autorité des nôtres qui font parfois sourire pour ne pas en pleurer de honte... Il reste la solution de céder nos actifs aux Chinois et aux Indiens dont les prétentions hégémoniques à moyen terme (avec la valorisation de la route de la soie et la réouverture de la route des Indes) sont indéniablement supérieures aux Gafa12 un peu trop sûrs de leurs pouvoirs transverses et virtuels sur le fonctionnement numérique du monde. Tout le monde sait que leurs constructions, notamment boursières et financières, peuvent s’effondrer du jour au lendemain. Les grands empires ont toujours disparu sur leurs spéculations financières, leurs surenchères guerrières et sur leurs dettes. C’est ce qui constitue actuellement la menace principale pour les Etats‐Unis, comme pour ses alliés. En revanche les civilisations se sont toujours imposées par l’émergence d’un nouveau modèle de vie et par l’affirmation de nouveaux modes de gouvernance. L’Occident en est‐il de nouveau capable13 ?

12 GAFA: acronyme pour définir les géants du numérique soit une quinzaine d’acteurs mondiaux de l’Internet.
13 Cf. interview d’Andrew Sheng « l’Occident n’a pas d’idées pour gérer les enjeux essentiels » 27 avril 2018 http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2018/04/27/20002‐20180427ARTFIG00359‐andrew‐sheng‐l‐occident‐n‐a‐ pas‐d‐idees‐pour‐gerer‐les‐enjeux‐essentiels.php
https://som.yale.edu/blog/interview‐with‐andrew‐sheng

La réponse est sûrement du côté de la démographie qui reste l’élément dimensionnant de toute réflexion géostratégique. Pour notre vieil Occident, y compris pour les Etats‐Unis, comme pour la Sainte Russie, les courbes sont impitoyables. Elles sont négatives et nous sommes confrontés à des processus de submersion, voire de remplacement sur les prochaines décennies en termes de modèles de sociétés et de civilisation du fait du vieillissement de nos populations. Il en sera de même pour la Chine assez rapidement, ce qui n’est pas neutre dans son actuelle confrontation avec les Etats‐Unis en termes d’hégémonie sur les 20 prochaines années14. Ce phénomène conduit sur le court terme à un repli grégaire de nos pays de l’hémisphère nord derrière des murs. Nos sociétés s’enferment sur des peurs convulsives qui sont compréhensibles. Mais elles ont pris de mauvaises habitudes. Elles ne souhaitent surtout pas renoncer aux plaisirs jouissifs offerts par la société de consommation qui les infantilise du matin au soir, et de fait elles sont prêtes à n’importe quelle compromission pour faire durer le plaisir. Elles ne vivent plus pour contribuer à un destin collectif, porter une espérance et une universalité comme ce fut le cas pendant plusieurs siècles, notamment avec le Christianisme. Elles n’ont plus envie de se battre pour inventer et imposer un autre avenir. Seuls les Etats‐Unis ont, et pour combien de temps encore, cette volonté d’exister et de durer. Ce qui n’est plus le cas de l’Europe. Nous pouvons nous poser la question pour la Russie malgré le patriotisme, et ce côté « village Potemkine »15 entretenu en particulier par Poutine avec le mondial, pour montrer que son pays n’est pas qu’une puissance régionale16 et qu’il a encore un rôle salvateur à jouer sur le plan mondial, notamment pour la chrétienté. Quand nous nous complaisons dans la déconstruction des référentiels et des valeurs qui ont assis notre pouvoir et nos facteurs de puissance depuis le XVème siècle, comment imaginer que le petit milliard d’hommes que pourrait constituer une coalition de l’hémisphère nord (Etats‐Unis, Canada, Europe, Russie, Corée, Japon) puisse faire face à tous les prétendants et logiques émergentes sur l’hémisphère sud17 qui compte 6 milliards d’habitants actuellement, 10 milliards en 2050 ? Ne rêvons pas, ces derniers veulent tout simplement prendre notre place, récupérer nos richesses et nous imposer leurs modèles de société, avec pour la plupart un mépris total vis‐à‐vis de notre indolence et de nos états d’âmes. Il en a toujours été ainsi dans l’Histoire : les civilisations sont mortelles et les faibles ont toujours été remplacés par des forts. La vision multiculturelle d’un monde parfait et idéal n’est qu’une vision de « bobos » riches et incultes déconnectés des réalités du monde.
 
14 Cf. d'Isabelle Attané : La Chine à bout de souffle (Fayard 2016), 
15 L'expression « village Potemkine » désigne un trompe‐l'œil à des fins de propagande. Elle fait référence à une opération où le façades des villes et villages traversés lors de la visite de l'impératriceCatherine II en Crimée en 1787 avaient été érigées à base de carton‐pâte afin de masquer la pauvreté. 
16 Cf. déclaration d’Obama en mars 2014 : https://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/la‐russie‐est‐une‐ puissance‐regionale‐en‐perte‐d‐influence‐selon‐obama_1503285.html 17https://www.sciencesetavenir.fr/sante/quels‐seront‐les‐pays‐les‐plus‐peuples‐en‐2050_116673


Plus personne n’attend le vieux monde occidental pour répondre aux défis du XXIème siècle. C’est trop tard, nous avons 30 ans de retard en termes de réponses sur la transformation des matrices de vie et de gouvernance. Nous avons trop profité de la vie et trop joué avec les profits. Nous n’avons pas assez investi sur le futur et pensé les nouveaux modèles sociétaux. Les Etats‐Unis de Donald Trump, qui font rire nos chroniqueurs incultes, essaient tant bien que mal de rester « America first and great again », mais soyons lucides, même avec une logique de coalition entretenue aux forceps sur l’ensemble de l’hémisphère nord pour contenir les pressions migratoires et économiques à venir de l’hémisphère sud, même avec une nouvelle alliance avec la « Sainte Russie », si tant est que les successeurs de Poutine ne soient pas tentés de basculer vers une autre alliance avec la Chine et vers les « mers chaudes », rien n’empêchera une transformation à très grande vitesse des rapports de force 
mondiaux. Si les Etats‐Unis échouent dans leurs tentatives de maintenir leur hégémonie face à la Chine, ne nous faisons aucune illusion, le monde qui viendra reposera sur l’affirmation d’autres formes de pouvoirs qui seront plus autocratiques, voire dictatoriaux, que ceux qui assurent actuellement d’abord le suicide de l’Europe puis le déclassement progressif de l’Occident.
Quand tout nous oppose sur les plans identitaires, philosophiques et spirituels, où se situe la porte étroite d’une éventuelle sortie de crise ? Là est la vraie et la seule question qui compte désormais. Il y a actuellement parmi nos élites une fascination qui prévaut dans les esprits avec l’avènement de « l’Intelligence artificielle ». Le sujet est devenu la nouvelle marotte des cercles éclairés... Elle constituerait l’antidote qui permettrait de transformer notre crise de modèle. L’avenir ne s’écrit pas avec une petite boîte à outils technologiques et avec quelques remèdes économiques vendus par nos nouveaux apothicaires des temps modernes. Il faut des convictions profondes et une vision plus aboutie pour prétendre mener et transformer le destin des peuples. Cela suppose d’abord un réel réveil philosophique et spirituel, avec un autre niveau culturel de nos dirigeants. C’est la véritable bataille à mener pour les générations futures, celle de l’exigence, du courage et de la probité intellectuelle afin de nourrir et d’incarner une vision stratégique. C’est un tout autre défi que celui de l’agitation médiatique et de l’abrutissement des masses comme nous le subissons depuis plusieurs décennies avec tous ces imposteurs et petits technocrates qui entretiennent actuellement la confusion et l’illusion à tous les niveaux. N’oublions jamais ce mot d’Alain « Toutes les passions, comme le nom l’indique, viennent de ce que l’on subit, au lieu de gouverner »18.

18 Cf. Alain : Mars ou La guerre jugée / De quelques‐unes des causes réelles de la guerre entre nations civilisées Gallimard 17 novembre 1917
  
Le « chant du cygne »19 de l’Occident est encore imperceptible pour beaucoup, il suffit pourtant de prêter l’oreille et d’observer tous les signaux faibles autour de la redistribution des cartes en termes de pouvoir et de puissance pour pressentir assez rapidement la nouvelle cartographie des rapports de force qui se dessine entre les civilisations. Les effets d’annonce, les coups de menton, les prises de gage, les effets de surprise, le déclassement des uns, l’émergence des autres constituent les marqueurs des grands jeux en cours. Ils sont normaux pour les historiens qui réfléchissent à l’échelle du temps long. Finalement ce qui se déroule sous nos yeux n’a rien de surprenant. L’Histoire a toujours montré qu’il n’y a que des dominants et des dominés avec parfois quelques médiateurs ou régulateurs astucieux. Maintenant rien n’est irréversible dans les jeux d’acteurs en cours, tout est toujours négociable ! C’est ce que nous démontrent quotidiennement tous ces dirigeants que nous
prenons pour des « fous ». Ils ne sont en fait que la caricature de leur propre Histoire. Cow‐ boy, tsar, sultan, fils du ciel... ils ont juste envie de réécrire de nouvelles partitions à leur manière. Comme nous n’avons plus envie de dominer ils remettent brutalement en cause les règles du jeu du vieil ordre mondial westphalien que nous avons créé il y a quatre siècles. C’est ainsi, et il en a été toujours ainsi depuis le début de l’humanité... Les faibles laissent inexorablement la place aux forts. Comme l’écrit Machiavel : « pour prévoir l’avenir, il faut connaitre le passé, car les évènements de ce monde ont en tout temps des liens aux temps qui les ont précédés. Créés par des hommes animés des mêmes passions, ces évènements doivent nécessairement avoir les mêmes résultats...20». 


19 « Le chant du cygne » est une expression qui aurait été utilisée par Socrate, lorsqu’il a été condamné à mort pour impiété, afin d‘expliquer à ses amis combien sa pensée est similaire à cet instant au chant d’adieu de cet oiseau d’Apollon qui revêt une valeur divinatoire avant de mourir. http://agora.qc.ca/thematiques/mort/documents/le_chant_du_cygne_ou_la_mort_selon_socrate
 20 cf. Nicolas Machiavel – Le Prince 

Xavier Guilhou
Septembre 2018
Source

Xavier Guilhou propose aux exécutifs des Etats, des grandes administrations, des grands réseaux vitaux et des entreprises de s'appuyer sur son expérience opérationnelle et sur le fruit de ses réflexions dans trois domaines d'expertise:




La plupart des organisations possèdent une culture de base en terme de gestion des risques et maîtrisent les obligations relatives aux contraintes environnementales liées à leurs métiers. Pour autant elles doivent faire face désormais à des ruptures majeures qui peuvent mettre leur fonctionnement en difficulté. De nombreux exemples illustrent cette évolution que ce soit sur le plan de la réglementation, sur le plan de la communication et de l’image et de façon plus systématique sur le plan de la mise en cause de la responsabilité des dirigeants. Dans ce contexte Xavier Guilhou aide les équipes en charge de ces problématiques à clarifier leur politique générale et à remettre à niveau leurs plans d’action. A cet effet il procède à des audits sur le terrain afin d’évaluer la cartographie des risques, de dresser un bilan en terme de management et d’adapter en conséquence l’organisation de l’entreprise.





Il ressort des analyses des crises récentes qu’en quelques heures la nature des problèmes à traiter se déplace très vite des champs matériel, technique, opérationnel couverts par les experts pour se resituer sur des champs psychologiques, émotionnels, existentiels et sur des logiques de gouvernance complexes. Les modes de management réfléchis à partir d’une organisation stéréotypée sont vite contournés et neutralisés par les dynamiques humaines et virtuelles engendrées par les nouveaux contextes. Désormais la conduite des situations de crise appelle des impulsions majeures moins pour dérouler de façon indifférente des processus que pour engager les réseaux d’acteurs dans des dynamiques de progrès et de forte responsabilisation. Face à ces enjeux Xavier Guilhou aide les équipes dirigeantes à travailler leur compréhension des crises émergentes et à mieux se préparer en terme de pilotage. Il travaille en particulier sur les postures individuelles et collectives qui permettent de faire face à des situations qui s’avèrent de plus en plus déstabilisantes et « hors cadres ». Il s’appuie sur une grande pratique du terrain, sur un réseau de praticiens, et surtout sur le retour d’expérience des crises majeures les plus récentes au niveau international.





Sur bien des fronts, notre monde est marqué par des mutations extravagantes qui ne cadrent plus du tout avec nos repères habituels tant en terme de vitesse, qu’en terme de contenus. Fort d’une pratique pluridisciplinaire et atypique des rapports de force géostratégiques, Xavier Guilhou accompagne depuis trente ans de nombreuses structures de haut niveau sur le décryptage des signaux des environnements internationaux, sur les intentions des décideurs ainsi que sur les jeux d’acteurs sur le plan tactique. Sa pratique de l’intelligence stratégique lui permet de se projeter rapidement sur les enjeux court et moyen terme des ruptures en cours. Elle lui permet aussi d’aider les directions concernées à reconsidérer les performances de leurs systèmes d’information et la politique de sécurisation de leurs intérêts stratégiques tant en défensif qu’en offensif.

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