Affichage des articles dont le libellé est Bureaucratie et réglementation. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Bureaucratie et réglementation. Afficher tous les articles

juillet 30, 2026

Ce néo-communisme qui flirte en France, pour ne pas dire en Occident ! "Le marché a besoin d’un État fort"

Ce néo-communisme qui flirte en France

Franz-Olivier Giesbert (@fogiesbert ) réagit à la chronique de Sébastien Lapaque, qui contestait sa thèse d’une France devenue communiste. Il persiste et signe : le pays est bien, selon lui, en train de virer au rouge. ➡️ https://l.lepoint.fr/z4l

 

Sans rancune

« Oui, la France est en train de glisser vers un communisme mou »


RÉPONSE. Franz-Olivier Giesbert réagit à la chronique de Sébastien Lapaque, qui contestait sa thèse d’une France devenue communiste. Il persiste et signe : le pays est bien, selon lui, en train de virer au rouge.
 
Cher Sébastien Lapaque,

J’ai beaucoup d’admiration pour vous, votre liberté d’esprit et votre culture encyclopédique. Je n’aurai donc pas l’outrecuidance de répondre à votre critique par une paraphrase du sous-titre de mon livre La France est-elle un pays communiste ? : « Ne dites pas à la France qu’elle est un pays communiste, elle croit qu’elle vit dans l’enfer du néolibéralisme. »

C’est pourtant ce que vous semblez croire. Vous attribuez tous nos maux au néolibéralisme, bouc émissaire pour politiciens discrédités, ceux de la gauche ou de la droite souverainistes, notamment. Autant vous dire que je n’ai rien, bien au contraire, contre le dirigisme bien tenu, à la de Gaulle, qui a redressé la France. Si elle est tombée si bas aujourd’hui, c’est parce que l’État-nounou est devenu obèse, hors de contrôle. Il n’est plus la solution, mais le problème.

Un communisme mou sans goulag

Certes, j’ai un peu forcé le trait : mon livre est un pamphlet et son objet est de réveiller les esprits avant l’échéance présidentielle. S’il est question de communisme à la française dans mon esprit, il est mou, très mou : il n’y a pas de goulag en France, pas de Guépéou non plus, même si certains, y compris au sommet de l’État, semblent parfois rêver d’une police de la pensée. Mais pourquoi ne pas reconnaître que nous vivons dans un pays qui ne va pas bien ?

Il y a des chiffres que vous ne citez pas, qui montrent que nous sommes quasiment sortis du libéralisme. D’abord, en rythme annuel, la France est redevenue la championne des dépenses publiques dans l’Union européenne, devant la Finlande : 57,3 % par rapport à la richesse nationale (PIB). Moyenne de nos partenaires européens : 49,8 %. Tout est là : une dépense exponentielle qui entraîne une dette démente. En 2024, la France était par ailleurs, avec plus de 45 % de prélèvements obligatoires, la vice-championne de l’UE, derrière le Danemark qu’elle a sans doute doublé cette année.

Où va l’argent ? La France compte 83 fonctionnaires pour 1000 habitants contre 50 en Allemagne et 52 en Italie. Loin de moi l’idée de jeter l’opprobre sur les employés de l’État. Mais quand on observe l’état de nos services publics – qui peuvent rappeler, parfois, ceux de l’Union soviétique –, on est en droit de se demander s’il n’y a pas du coulage quelque part. Qui parle de « rentabilité », ce mot qui vous choque ? Même s’il n’en tire pas les conséquences, l’État a au moins pour devoir d’essayer de vérifier les comptes.

Non, cher Sébastien, la maladie de la norme et de la surréglementation n’est pas née dans la tête des libéraux qui, comme Milton Friedman, l’ont toujours combattue. C’est une vieille marotte française que moquait déjà Georges Courteline au début du XXe siècle, mais qui a proliféré sous le communisme, en particulier soviétique. Chez nous, elle a pris des proportions délirantes et s’acharne aujourd’hui sur toutes sortes de professions : entrepreneurs, agriculteurs, médecins, pharmaciens, commerçants, etc. C’est une pitié de les avoir obligés à passer le plus clair de leur temps à remplir des formulaires sur leur ordinateur.

Le gros mensonge des aides aux entreprises

Permettez-moi enfin de contester vos sources. Vous n’étiez pas obligé, par exemple, de prendre pour argent comptant, si j’ose dire, le fumeux rapport de la commission d’enquête du Sénat sur les aides aux entreprises, dont le maître d’œuvre était le communiste Fabien Gay, directeur de L’Humanité, qui a conclu que l’État verse chaque année 211 milliards d’aides aux entreprises : pour faire bon poids, ont été mélangés les choux, les carottes et… les subventions aux entreprises publiques ! Résultat : un conte à dormir debout, c’est-à-dire un gros mensonge.

Les patrons ne s’y trompent pas, qui disent : « Chiche ? Allégez les taxes ou impôts sur les entreprises, cessez de nous aider et les vaches seront bien gardées. » Si l’État « aide » les entreprises, c’est pour qu’elles ne meurent pas, parce que, depuis les années 1980, il les pressure inconsidérément : les impôts de production sont ainsi cinq fois plus élevés en France qu’en Allemagne – sept fois plus, il y a peu. Pour ruiner le discours des souverainistes – selon lequel toutes nos difficultés, à commencer par la désindustrialisation, ont été provoquées par l’Europe ou la mondialisation –, penons les chiffres cités par Jacques de Larosière (ancien patron du FMI) dans son livre Le déclin français est-il réversible ? (Odile Jacob), qui montrent que la surfiscalité pesant sur les entreprises les a poussées à se délocaliser pour survivre : en France, l’emploi des filiales des groupes français a fini par représenter 62 % de leur emploi total ; en Allemagne, 23 %. Cherchez l’erreur. Faudrait-il maintenant chasser les dernières entreprises en les taxant toujours plus pour nourrir l’insatiable Léviathan ?

Sans rancune et avec ma bienveillante amitié,

Franz-Olivier Giesbert


« Non, la France n’est pas un pays communiste » : Sébastien Lapaque répond à Franz-Olivier Giesbert

Contrairement à l’analyse de Franz-Olivier Giesbert, Sébastien Lapaque estime que l’inflation bureaucratique ne relève pas du communisme, mais d’un État remodelé pour organiser la concurrence et soutenir le marché.

Dans La France est-elle communiste ? un essai publié au printemps, Franz-Olivier Giesbert dit observer dans le poids de l’État, de la bureaucratie et de la dépense publique les symptômes d’une « collectivisation progressive » du pays. Une analyse que réfute Sébastien Lapaque.

Pour l’essayiste, contributeur du Point, l’omniprésence de l’administration française ne relève pas du communisme, mais d’une transformation néolibérale de l’État, devenu l’organisateur de la concurrence et le soutien du marché. Dans une lettre ouverte, il expose les raisons de son désaccord avec Franz-Olivier Giesbert.*

« Cher Franz-Olivier Giesbert,

C’est toujours un plaisir de débattre avec vous. Il me semble pourtant que vous faites fausse route lorsque vous êtes tenté de répondre positivement à la question : « La France est-elle un pays communiste ? » La grande ironie contemporaine est que le néolibéralisme ne réside pas dans le retrait de l’État, mais dans sa reconfiguration active. Si sa bureaucratie peut parfois singer les pires travers du système soviétique, sa logique profonde est diamétralement opposée.

Loin de détruire la techno-bureaucratie ou de sabrer la dépense publique, la mise en concurrence des marchés exige une production continue de normes, de contrôles et de flux financiers pour soutenir et encadrer le secteur privé. L’État contemporain est le bâtisseur du marché. Les théoriciens du néolibéralisme (Walter Lippmann, Milton Friedman) comme ceux de l’école de Fribourg savaient que le marché ne procédait pas d’un ordre « naturel » : il doit partout et sans cesse être construit, ordonné et protégé par l’action publique.

Le marché a besoin d’un État fort

Dès lors, l’État se transforme en chef d’orchestre de la concurrence, appliquant des méthodes managériales privées aux services publics. Vous le constatez comme moi : l’Université et la recherche dépendent d’appels à projets compétitifs via l’ANR (Agence nationale de la recherche), qui force les chercheurs à se soumettre à la logique de la start-up nation en rédigeant des dossiers truffés de jargon pour des taux de réussite dérisoires.

Dans un système communiste, l’État doterait les laboratoires de budgets stables pour que les savants travaillent selon les plans nationaux ; France Travail gère les demandeurs d’emploi comme un portefeuille d’actifs humains ; l’Éducation, la Justice et la Police sont pilotées au moyen de statistiques et d’indicateurs de performance. Quant aux redoutables ARS (Agences régionales de santé) — où s’activent des bataillons de bureaucrates qui ne sont pas médecins et n’ont jamais vu un malade ni un lit d’hôpital —, elles rationalisent la santé comme une variable d’ajustement comptable, sommant l’Hôpital public de rentabiliser chaque acte.

Nous sommes ici à l’opposé d’un Gosplan à la française qui planifierait les besoins réels de la population : que ce soit à Cuba, en URSS ou dans l’ancienne Yougoslavie, l’État collectiviste privilégiait les corps de médecins fonctionnaires, des enseignants investis d’une mission doctrinale messianique, des ingénieurs rivés au programme de production et des institutions budgétisées par le Plan pour produire de l’idéologie.

La technocratie française, elle, exige du service public qu’il dégage de la rentabilité, soumettant la culture, l’école et le soin à une logique comptable d’inspiration privée. Cette rationalisation s’est infiltrée jusqu’au cœur de la Haute Administration avec la RGPP (Révision générale des politiques publiques) et la suppression des grands corps historiques.

La technocratie française exige du service public qu’il dégage de la rentabilité, soumettant la culture, l’école et le soin à une logique comptable d’inspiration privée.

Sébastien Lapaque

Sous couvert de moderniser l’État, ces réformes ont importé les méthodes de restructuration des grands cabinets d’audit privés. En imposant le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux, la budgétisation par objectifs (LOLF) et une dématérialisation algorithmique qui remplace le guichet humain, la puissance publique a troqué le sens de l’intérêt général contre la tyrannie du tableau de bord.

Une bureaucratie au service de la concurrence

Cette prolifération normative n’est pas un accident de parcours communiste, mais une culture managériale du contrôle. Ce capitalisme sous perfusion publique est notre tragédie. Si les prélèvements restent élevés, c’est que l’État finance indirectement la rentabilité du privé. Les aides publiques aux entreprises — allègements de cotisations, Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), subventions — atteignent 211 milliards d’euros par an (source : commission d’enquête sénatoriale, juillet 2025).

Ce capitalisme sous perfusion publique est notre tragédie.

Sébastien Lapaque

L’État dépense énormément, non pour collectiviser la production, mais pour subventionner l’offre. De Georges Pompidou à Emmanuel Macron, la France est passée de l’État-providence à l’État-brancardier, qui sauve le marché à coups de fonds publics quand il s’effondre, comme en 2008 ou en 2020.

Le grand tournant de Bercy

Ce tournant ne s’est pas fait contre l’État, mais par son cœur même, au Louvre puis à Bercy. C’est le chapitre le plus étonnant de notre présente « étrange défaite ». Dans les années 1980, après le tournant de la rigueur, ce sont des inspecteurs des Finances qui sont devenus les architectes de la libéralisation. Philippe Séguin, dûment informé par Nicolas Baverez ou Henri Guaino, avait bien vu que le point de bascule se situait à la Direction du Trésor.

Jusqu’aux années 1970, cette direction pilotait l’économie de manière directive, selon le fameux dirigisme à la française cher à Charles de Gaulle et à ses ministres tels que Michel Debré, Jean-Marcel Jeanneney, voire le jeune Giscard… VGE devenu président, les hauts fonctionnaires français formés à l’ENA et à Polytechnique, ayant constaté l’échec des politiques de relance traditionnelles face à la crise de 1973, ont progressivement intégré les théories monétaristes.

Pour ces réformateurs technocratiques, arrimer la France à la mondialisation financière ne signifiait plus planifier. Le paradoxe historique absolu de notre histoire économique est que ce tournant a été accéléré par un gouvernement socialiste, qui ne s’était pas encore complètement débarrassé de ses oripeaux marxistes, sous l’impulsion de ses élites technocratiques.

En 1984, le ministre des Finances Jacques Delors et son directeur de cabinet Jean-Charles Naouri, futur bâtisseur d’un empire de la grande distribution, ont décidé de décloisonner les structures financières françaises. Rédigée par des hauts fonctionnaires, la loi relative à l’activité des établissements de crédit a mis fin à la séparation des métiers bancaires, jetant en France les bases d’un marché de capitaux intégré. Ce ne fut pas un diktat de Reagan ou de Thatcher.

L’État actionnaire n’est pas l’État collectiviste

Mais un choix de nos élites pour rendre Paris financièrement attractive. Une fois les marchés libéralisés, ces mêmes hauts fonctionnaires ont importé les méthodes de gestion des grandes entreprises privées au sein même de l’administration. Dès lors, Bercy a basculé de la dépense utile vers le contrôle des coûts et l’évaluation.

Pour légitimer leur rôle face aux autres ministères tels que l’Éducation ou la Santé, les hauts fonctionnaires des Finances ont imposé des indicateurs de performance, des audits et ont peu à peu transformé l’usager du service public en client… de moins en moins satisfait de l’offre !

La transformation des grands musées ou des anciens monopoles en Établissements publics à caractère industriel et commercial (EPIC) en est l’illustration : on les somme de maximiser leurs ressources propres (mécénat, produits dérivés, hausses des tarifs), substituant le taux d’autofinancement à leur mission originelle. Loin d’être un ancrage collectiviste, ce statut d’EPIC n’a été que le laboratoire de la corporate governance.

Au cours des trente dernières années, de France Télécom à la SNCF en passant par EDF ou La Poste, l’État a transformé tous ses grands outils industriels en Sociétés Anonymes (SA) dès qu’il a fallu les soumettre à la concurrence mondiale ou lever des capitaux.

Ceux qui voient dans l’omniprésence de l’État actionnaire une preuve de communisme se trompent de diagnostic. À l’instar du Canada Dry, ce système a la couleur de l’étatisme, l’aspect de la bureaucratie... Mais ce n’est pas du marxisme-léninisme… C’est de l’étatisme mis au service du Marché.

Au plaisir de poursuivre cette discussion, mon cher Franz.

Votre bien dévoué,

Sébastien Lapaque »


 https://www.lepoint.fr/debats/non-la-france-nest-pas-un-pays-communiste-sebastien-lapaque-repond-a-franz-olivier-giesbert-CPO6KSCRPVBLVMQ4IAQZYVN4HM/

 

 

 

 

Le « néolibéralisme », ce coupable parfait

Dans le septième épisode de sa série vidéo « Vive le capitalisme ! », Lucas Moulard revient sur l’usage du terme « néolibéralisme ».


Dans le débat public en France, « néolibéralisme » est devenu un diagnostic automatique. Un mot qui explique la situation de l’hôpital, l’école, les salaires, le logement, la gouvernance… Bref, la totalité du réel. L’intérêt politique est évident : un coupable unique et une indignation immédiate. La discussion sur les mécanismes, elle, peut attendre.

Le problème n’est pas la critique du libéralisme, ni même l’usage du terme. Le problème, c’est la plasticité infinie du terme qui lui donne une puissance rhétorique, mais lui retire sa valeur explicative. Si l’expression « néolibéralisme » s’ancre (notamment) dans des débats intellectuels d’avant-guerre avec, dès 1938, une discussion explicite sur l’opportunité de conserver le mot « libéralisme » ou d’adopter « néolibéralisme », sa trajectoire n’a rien d’univoque. On remplace les causes par un totem. Alors si la France va mal, est-ce vraiment à cause du néolibéralisme ?

https://www.lepoint.fr/debats/le-neoliberalisme-ce-coupable-parfait-UCSVPNRAORDGXC3DDKXYRIEAFQ/

L’anticapitalisme, un snobisme de riche ?

Le capitalisme, coupable idéal

Dans le cinquième épisode de sa série « Vive le capitalisme », Lucas Moulard dénonce la facilité avec laquelle on charge le capitalisme de tous les maux du moment.

Si les inégalités augmentent, c’est la faute du capitalisme. Si le climat se dérègle, c’est la faute du capitalisme.

Si l’hôpital souffre, si les salaires stagnent, si la guerre éclate, c’est encore « la faute du capitalisme ». Ce refrain est devenu un réflexe national, au point qu’il a récemment retenti jusque sous les dorures de l’Assemblée. Le 2 février dernier, la députée Sandrine Rousseau a martelé que « quand le capitalisme s’essouffle, la guerre est son débouché », renouant avec l’idée confortable d’un bouc émissaire universel. Dès qu’un problème surgit, on désigne un coupable fourre-tout : le Capitalisme, abstraction maléfique sensée tout expliquer. Mais quand un mot sert à tout expliquer, en réalité il n’explique plus rien. Et à force de combattre un épouvantail, on s’interdit de voir les causes concrètes des problèmes – donc d’y apporter de vraies solutions.

Le capitalisme, bouc émissaire à tout faire

Il s’est installé en France un curieux réflexe culturel : quoi qu’il arrive, on blâme « le capitalisme ». Ce terme valise est convoqué pour dénoncer pêle-mêle la pollution, la précarité, les pandémies, la malbouffe, la crise du logement ou la fonte des glaciers. Peu importe si ces phénomènes résultent, en partie, partie de choix politiques, de normes ou de rentes, on préfère incriminer une entité vague. On confond allègrement économie de marché et décisions réglementaires : par exemple, accuser « le marché » d’appauvrir les travailleurs alors qu’en France près de 53 % du coût salarial part en cotisations et impôts (record mondial de ponction sur la fiche de paie, laissant seulement 46,70 € au salarié pour 100 € dépensés par l’employeur). De même, fustiger « le capitalisme » pour la grande précarité alors que notre État-providence n’a jamais été aussi massif (31,9 % du PIB consacré aux prestations de protection sociale en France, contre 20 % en moyenne OCDE). Autrement dit, on attribue au marché des effets qui proviennent souvent de notre propre modèle sociofiscal. Mais ce discours flou dispense d’analyse : pourquoi s’embarrasser à décortiquer la fiscalité du travail, le droit du logement ou les réglementations, quand un slogan permet de tout balayer d’un revers de main ?

Facilité contre complexité

Ce mécanisme est intellectuellement commode… et profondément paresseux. En blâmant un coupable unique presque mystique, on évite de se poser les bonnes questions. Première conséquence : une sorte de cécité causale. Si un hôpital manque de lits, est-ce vraiment le « 
 

 

Communisme libertaire

Le communisme libertaire et le libertarianisme anarcho-capitaliste sont deux courants de pensée politique qui partagent une critique du pouvoir centralisé et de l'autorité coercitive de l'État. Bien qu'ils partagent certains points communs, ils diffèrent dans leur conception de la propriété, de l'organisation économique et de la justice sociale. 

Présentation du communisme libertaire et du libertarianisme anarcho-capitaliste

A. Présentation du communisme libertaire

Le communisme libertaire, également appelé anarcho-communisme, est une idéologie politique qui trouve ses racines dans les travaux de penseurs tels que Pierre-Joseph Proudhon et Mikhail Bakounine, mais qui a été développée plus particulièrement par Pierre Kropotkine. Le communisme libertaire prône la suppression de toutes les formes de domination et d'exploitation, y compris l'État et la propriété privée des moyens de production. Il préconise la mise en place d'une société égalitaire et autogérée, basée sur la coopération volontaire et la propriété collective des ressources. Selon les communistes libertaires, la société devrait garantir à chaque individu l'accès équitable aux biens et aux services nécessaires à sa subsistance, en abolissant les inégalités économiques et en encourageant la solidarité.

B. Présentation du libertarianisme anarcho-capitaliste

Le libertarianisme anarcho-capitaliste, également connu sous le nom d'anarcho-capitalisme, est une idéologie politique qui trouve ses fondements dans les travaux de penseurs tels que Murray Rothbard et David Friedman. Le libertarianisme anarcho-capitaliste met l'accent sur la primauté de la liberté individuelle et de la propriété privée. Il critique l'intervention de l'État dans les affaires économiques et défend un système de libre marché décentralisé, où les interactions humaines sont régies par des contrats volontaires et des échanges économiques. Selon les anarcho-capitalistes, l'absence de coercition étatique permettrait une allocation efficace des ressources et une société basée sur le consentement mutuel et la responsabilité individuelle.

Points communs entre le communisme libertaire et le libertarianisme anarcho-capitaliste

A. Opposition au capitalisme d'État

Le communisme libertaire et le libertarianisme anarcho-capitaliste partagent une opposition au capitalisme d'État. Les deux idéologies critiquent le rôle de l'État dans la protection des intérêts des élites économiques et voient dans cette relation une source d'inégalités et d'injustices. Ils remettent en question l'intervention de l'État dans l'économie et préconisent une société débarrassée des privilèges accordés aux grandes entreprises et des distorsions induites par le système économique actuel.

B. Rejet de l'autoritarisme et de la coercition

Le communisme libertaire et le libertarianisme anarcho-capitaliste partagent également un rejet de l'autoritarisme et de la coercition. Les deux idéologies mettent l'accent sur l'autonomie individuelle et s'opposent aux formes de pouvoir qui restreignent la liberté et l'autodétermination des individus. Ils remettent en question l'autorité centralisée de l'État et aspirent à des formes d'organisation sociale qui permettent une plus grande participation et prise de décision au niveau individuel et communautaire.

C. Vision d'une société sans État

Le communisme libertaire et le libertarianisme anarcho-capitaliste partagent la vision d'une société sans État. Ils remettent en question la légitimité de l'État en tant qu'institution de gouvernance et préconisent des formes de gouvernance décentralisées et autogérées. Les deux idéologies cherchent à développer des alternatives à la centralisation du pouvoir politique et à promouvoir des formes d'organisation sociale basées sur la coopération volontaire et la libre association.

D. Importance accordée à l'individualisme et à la liberté individuelle

Tant le communisme libertaire que le libertarianisme anarcho-capitaliste accordent une grande importance à l'individualisme et à la liberté individuelle. Ils reconnaissent l'importance de l'autonomie individuelle et cherchent à créer des conditions qui permettent aux individus de développer leur plein potentiel sans entraves excessives. Les deux idéologies considèrent que la liberté individuelle est essentielle à la réalisation de soi et qu'elle doit être protégée contre les intrusions de l'État ou d'autres formes de pouvoir coercitif.

Malgré ces points communs, le communisme libertaire et le libertarianisme anarcho-capitaliste divergent sur des questions fondamentales telles que la propriété, l'organisation économique et la justice sociale.

Différences entre le communisme libertaire et le libertarianisme anarcho-capitaliste

A. Vision de la propriété et des moyens de production

1. Communisme libertaire : Le communisme libertaire préconise l'abolition de la propriété privée des moyens de production. Selon cette vision, les ressources et les moyens de production devraient être collectivement détenus et gérés par la communauté. Les communistes libertaires soutiennent que la propriété privée crée des inégalités et des exploitations et qu'elle doit être remplacée par la propriété collective pour assurer une distribution équitable des ressources.

2. Libertarianisme anarcho-capitaliste : Le libertarianisme anarcho-capitaliste défend la propriété privée et les droits de propriété. Selon cette perspective, les individus ont le droit de posséder et de contrôler des biens, y compris les moyens de production. Les anarcho-capitalistes soutiennent que la propriété privée est un fondement essentiel de la liberté individuelle et de la prospérité économique, car elle incite à l'innovation, à l'investissement et à la responsabilité individuelle.

B. Organisation économique

1. Communisme libertaire : Le communisme libertaire préconise une économie basée sur la coopération, la collectivisation et le partage des ressources. Dans cette vision, les biens et les services seraient produits et distribués selon les besoins de chacun, et non en fonction de la demande ou de la capacité de payer. L'accent est mis sur l'égalité économique et la satisfaction des besoins de tous les membres de la société.

2. Libertarianisme anarcho-capitaliste : Le libertarianisme anarcho-capitaliste prône une économie basée sur les échanges volontaires et le libre marché. Selon cette idéologie, les interactions économiques devraient être régies par des contrats volontaires entre des individus autonomes. Les anarcho-capitalistes soutiennent que le libre marché favorise l'efficacité économique, l'innovation et la prospérité en permettant aux individus de négocier librement les termes de leurs transactions et d'allouer les ressources en fonction de la demande et de l'offre.

C. Rôle de l'État

1. Communisme libertaire : Le communisme libertaire prône l'abolition de l'État centralisé. Il vise à remplacer les structures étatiques par des formes d'organisation décentralisées et autogérées, telles que des conseils ou des assemblées communautaires. Dans cette vision, la prise de décision politique serait directe et participative, permettant à chaque individu d'influencer les affaires de la communauté.

2. Libertarianisme anarcho-capitaliste : Le libertarianisme anarcho-capitaliste cherche également à abolir l'État centralisé, mais il propose de maintenir certaines fonctions de l'État, telles que la protection des droits de propriété et la résolution des conflits, par le biais d'agences privées de sécurité et de justice. Selon cette perspective, ces fonctions pourraient être assurées par des contrats volontaires et des mécanismes concurrentiels sur un marché libre.

D. Conclusion sur les différences entre le communisme libertaire et le libertarianisme anarcho-capitaliste

En conclusion, bien que le communisme libertaire et le libertarianisme anarcho-capitaliste partagent une opposition à l'autoritarisme et à l'intervention de l'État, ils diffèrent fondamentalement dans leur vision de la propriété, de l'organisation économique et du rôle de l'État.

Le communisme libertaire cherche à abolir la propriété privée des moyens de production, favorisant une approche collective de la gestion des ressources. Il promeut une économie basée sur la coopération, la collectivisation et le partage des ressources, dans le but de garantir une distribution équitable des biens et de répondre aux besoins de tous les membres de la société. De plus, il prône l'abolition de l'État centralisé au profit d'une organisation décentralisée et autogérée.

En revanche, le libertarianisme anarcho-capitaliste défend la propriété privée et les droits de propriété individuels. Il soutient que la propriété privée est un pilier essentiel de la liberté individuelle et de la prospérité économique. Il préconise une économie basée sur les échanges volontaires et le libre marché, où les individus sont libres de négocier et d'allouer les ressources en fonction de la demande et de l'offre. Bien que l'État centralisé soit également rejeté, le libertarianisme anarcho-capitaliste propose le maintien de certaines fonctions de l'État, telles que la protection des droits de propriété et la résolution des conflits, par des agences privées de sécurité et de justice.

En somme, le communisme libertaire vise à créer une société sans propriété privée et basée sur la coopération collective, tandis que le libertarianisme anarcho-capitaliste défend la propriété privée et l'économie de marché. Ces différences fondamentales reflètent des visions divergentes quant à la structure économique et à la relation entre l'individu et la société.

Perspectives sur la justice sociale

A. Communisme libertaire : accent sur l'égalité économique et sociale, redistribution des richesses

Le communisme libertaire met l'accent sur l'égalité économique et sociale en tant que fondement de la justice sociale. Selon cette perspective, la redistribution des richesses est nécessaire pour réduire les inégalités et assurer une répartition équitable des ressources. Les communistes libertaires considèrent que la propriété privée des moyens de production crée des inégalités injustes et qu'une société juste doit garantir l'accès égal aux ressources et aux opportunités pour tous les individus.

B. Libertarianisme anarcho-capitaliste : accent sur la justice procédurale, respect des droits de propriété et des contrats volontaires

Le libertarianisme anarcho-capitaliste accorde une importance primordiale à la justice procédurale. Selon cette vision, la justice sociale découle du respect des droits de propriété et des contrats volontaires. Les anarcho-capitalistes soutiennent que la justice procédurale est atteinte lorsque les individus sont libres de conclure des accords volontaires et de respecter les termes de ces accords. Ils estiment que l'État interventionniste, en tentant de redistribuer les richesses, viole les droits de propriété et crée des distorsions dans les mécanismes de marché, ce qui est considéré comme injuste.

Les différences dans les perspectives sur la justice sociale entre le communisme libertaire et le libertarianisme anarcho-capitaliste découlent de leurs conceptions différentes de la propriété, de l'économie et des droits individuels. Le communisme libertaire cherche à atteindre une égalité économique et sociale en redistribuant les richesses, tandis que le libertarianisme anarcho-capitaliste considère que la justice sociale est assurée par le respect des droits de propriété et des accords volontaires.

Ces perspectives reflètent des conceptions différentes de la justice et de la manière de parvenir à une société juste. Alors que le communisme libertaire met l'accent sur l'égalité matérielle, le libertarianisme anarcho-capitaliste insiste sur la primauté des droits de propriété et de la liberté individuelle dans la recherche de la justice sociale.

Influences philosophiques

A. Communisme libertaire : influences marxistes, collectivistes et anarchistes

Le communisme libertaire tire ses influences de différentes sources philosophiques. Il est largement influencé par les idées marxistes, en particulier en ce qui concerne la critique du capitalisme et la notion de lutte des classes. Les communistes libertaires partagent également des idées collectivistes, mettant l'accent sur l'importance de la solidarité et de la coopération entre les membres de la société. En outre, le mouvement anarchiste a une influence majeure sur le communisme libertaire, prônant la suppression de toute forme d'autorité et la promotion de l'autonomie individuelle et collective.

B. Libertarianisme anarcho-capitaliste : influences libertariennes, individualistes et capitalistes

Le libertarianisme anarcho-capitaliste est influencé par des idées philosophiques libertariennes, qui mettent l'accent sur la primauté de la liberté individuelle et la réduction de l'intervention de l'État dans les affaires économiques et sociales. Les anarcho-capitalistes défendent des idées philosophiques de primauté de l'individu, soulignant le droit des individus à la propriété privée et à la poursuite de leurs intérêts personnels. Ils sont également influencés par les principes capitalistes, qui prônent l'échange volontaire et la libre concurrence sur le marché comme moyen de coordination économique.

Ces influences philosophiques différentes reflètent les bases idéologiques sur lesquelles reposent le communisme libertaire et le libertarianisme anarcho-capitaliste. Alors que le communisme libertaire s'appuie sur des idées marxistes, collectivistes et anarchistes, le libertarianisme anarcho-capitaliste est enraciné dans des idées libertariennes, individualistes et capitalistes. Ces influences façonnent les visions distinctes de ces deux courants politiques en ce qui concerne la propriété, la société et le rôle de l'État.

Réception et impact historique

A. Communisme libertaire : mouvements révolutionnaires et luttes ouvrières

Le communisme libertaire a eu une réception importante au sein des mouvements révolutionnaires et des luttes ouvrières. Les idées de l'anarchisme et du communisme libertaire ont été adoptées par de nombreux groupes et organisations qui ont cherché à renverser les structures capitalistes et étatiques oppressives. Le communisme libertaire a joué un rôle central dans des événements historiques tels que la Révolution russe de 1917, la guerre civile espagnole dans les années 1930 et les mouvements ouvriers et étudiants des années 1960 et 1970. Bien que ces mouvements n'aient pas réussi à établir durablement une société communiste libertaire, ils ont contribué à la diffusion des idées et ont inspiré des générations de militants et de révolutionnaires.

B. Libertarianisme anarcho-capitaliste : influence sur les mouvements libertariens et les théories économiques

Le libertarianisme anarcho-capitaliste a eu un impact significatif sur les mouvements libertariens et les théories économiques. Ses idées ont influencé des penseurs et des économistes tels que Murray Rothbard et Friedrich Hayek. Le libertarianisme anarcho-capitaliste a contribué à la formulation de théories économiques comme l'école autrichienne d'économie, qui met l'accent sur les mécanismes de marché et la libre concurrence. Au niveau politique, le libertarianisme anarcho-capitaliste a inspiré des mouvements et des partis politiques qui promeuvent la réduction de l'État et l'émancipation individuelle. Bien que ces idées aient suscité des débats et des critiques, elles ont eu une influence durable sur la pensée politique et économique contemporaine.

C. Importance de ces idéologies dans l'histoire politique et philosophique

Le communisme libertaire et le libertarianisme anarcho-capitaliste ont tous deux joué un rôle important dans l'histoire politique et philosophique. Ils ont contribué à élargir le champ des idées politiques en proposant des alternatives radicales aux systèmes politiques et économiques existants. Ces idéologies ont remis en question les fondements mêmes de l'autorité et de la propriété, et ont stimulé des débats sur la nature de la justice, de l'égalité et de la liberté. Bien qu'ils n'aient pas été mis en œuvre à grande échelle dans leur forme pure, le communisme libertaire et le libertarianisme anarcho-capitaliste continuent d'exercer une influence sur les mouvements sociaux, les théories politiques et les débats intellectuels, contribuant ainsi à façonner l'histoire politique et philosophique.


mai 28, 2026

À qui appartient le droit de propriété ? Murray N. Rothbard

À qui appartiennent les ondes radio et les mers ?

L'analyse du spectre radioélectrique et des voies navigables par Murray Rothbard dans son ouvrage *Man, Economy, and State* constituait une tentative précoce et remarquablement systématique d'intégrer deux ressources prétendument « exceptionnelles » au droit de propriété ordinaire. En 1962, il soutenait que les fréquences radio utilisables étaient rares et donc susceptibles de propriété, et que les zones de pêche en mer pouvaient également être appropriées, délimitées et échangées. Il affirmait même que les zones maritimes concernées pouvaient être délimitées par latitude et longitude. Rothbard n'inventait pas ces idées de toutes pièces ; dans les notes de bas de page, il citait Ronald Coase sur le spectre et Jerome Milliman sur l'eau, démontrant ainsi qu'il était conscient d'aborder un débat réel, bien que encore marginal. Ce qui distinguait Rothbard, ce n'était pas seulement son intérêt pour les marchés, mais surtout son insistance à poser la question préalable : à qui appartient le droit de propriété ? 

 

Cette question était cruciale car le régime juridique américain applicable à la radio avait été conçu pour éviter d'y répondre en termes de propriété. La loi sur la radio de 1927 plaça le contrôle des transmissions radio interétatiques et internationales sous l'autorité fédérale, exigea des demandeurs qu'ils renoncent à tout droit à l'encontre des États-Unis et stipula que les licences ne créaient aucun droit au-delà de leur durée limitée. Elle liait également l'octroi des licences au critère vague d'« intérêt public, de commodité ou de nécessité ». La loi sur les communications de 1934 créa ensuite la Commission fédérale des communications (FCC) et centralisa ce cadre administratif au lieu de l'abandonner. Dans ce contexte, la proposition de Rothbard rejetait l'architecture même du système de radiodiffusion par commande et licence. 

 Concernant le spectre, la revendication de Rothbard était simple et radicale : l'air respirable est trop abondant pour être une propriété, mais le spectre électromagnétique utilisé pour la radiodiffusion est rare ; il devrait donc être approprié par les premiers utilisateurs « au même titre » la terre ou le bétail. Il écrivit que le premier utilisateur d'une fréquence en serait propriétaire pour sa zone d'ondes pertinente et qu'un diffuseur ultérieur émettant sur cette même longueur d'onde serait coupable d'invasion, de la même manière qu'un intrus empiète sur un terrain. Dans le même passage, il citait l’article de Coase de 1959, selon lequel la propriété fédérale des ondes se justifiait moins par un véritable « chaos » que par la suppression de revendications de common law émergentes. Le coup de maître de Rothbard fut de transformer ce que Coase présentait essentiellement comme un problème d’attribution en un problème plus profond de justice, de propriété et d’empiètement.

Cela contribue à expliquer à la fois la proximité et la distance de Rothbard avec les premiers critiques du marché en matière de régulation du spectre. Leo Herzel proposa la mise aux enchères du spectre en 1951, et l'ouvrage ultérieur de Thomas Hazlett identifie Herzel et Coase comme les principaux défenseurs initiaux de l'allocation par le marché. Le Congrès n'autorisa la FCC à recourir aux enchères concurrentielles qu'en 1993, et les premières enchères de la FCC eurent lieu en 1994. Pourtant, pour Rothbard, les enchères n'étaient pas l'essentiel. Comme B.K. Marcus le souligna plus tard dans l'un des Essais d'économie politique de l'Institut Mises, la question de Rothbard n'était pas simplement de savoir si les marchés pouvaient fixer les licences plus efficacement, mais si l'État avait le droit de s'opposer à l'obtention d'un titre de propriété complet pour les utilisateurs à domicile. Il s'agit d'une question plus radicale que celles que se permet généralement la politique moderne du spectre. 

Son approche des voies navigables et de la pêche était tout aussi audacieuse. Rothbard admettait que la haute mer, considérée comme une simple voie de navigation, pouvait être trop riche pour être appropriée. Mais il insistait sur le fait que les droits de pêche étaient différents, car le poisson est rare par rapport aux besoins humains. Par conséquent, les zones aquatiques concernées, ainsi que les ressources halieutiques qu'elles abritent, sont appropriables. Il affirmait que ces zones pouvaient être la propriété privée des premiers utilisateurs et délimitées par latitude et longitude. Concernant les eaux courantes, il privilégiait explicitement le principe d'appropriation au détriment du droit riverain, doctrine selon laquelle les droits d'utilisation des eaux courantes sont liés à la propriété des terres adjacentes plutôt qu'à la première utilisation productive. Là encore, il citait les critiques de Milliman sur le droit de l'eau, indiquant qu'il dépassait la doctrine conventionnelle plutôt que de simplement l'ignorer. 

 Cela représentait une rupture nette avec le contexte juridique dominant. Le droit américain de l'eau était, et demeure, marqué par des divisions régionales : les États de l'Est ont développé des doctrines riveraines liées aux terres bordant l'eau, tandis que les États de l'Ouest s'appuyaient davantage sur l'appropriation antérieure, le principe du « premier arrivé, premier servi » pour l'usage bénéfique. Parallèlement, les eaux navigables étaient généralement soumises à une logique de gestion publique, en vertu de laquelle l'État détenait ces eaux pour des usages publics tels que la navigation et la pêche. Rothbard privilégiait clairement l'appropriation au droit riverain et allait même au-delà du droit occidental d'antériorité d'appropriation, arguant que l'eau et les ressources halieutiques devaient être considérées comme des biens aliénables ordinaires plutôt que comme des ressources semi-publiques gérées à la discrétion des autorités. 

Rétrospectivement, Rothbard apparaît également visionnaire en matière de pêche. L'article classique de H. Scott Gordon, paru en 1954, analysait la surpêche comme une conséquence de l'organisation économique d'une pêcherie considérée comme une propriété commune, et les systèmes fondés sur les droits se sont ensuite répandus à l'échelle internationale. La FAO note que des quotas individuels transférables ont émergé en Islande et en Nouvelle-Zélande dans les années 1960 et 1970, tandis que la NOAA observe que plusieurs pays ont commencé à développer des systèmes de partage des prises dans les années 1970. Rothbard avait anticipé l'orientation générale de cette évolution : la rareté des ressources marines exige des droits exclusifs plutôt qu'un accès libre. Mais il était plus intransigeant que la plupart des réformateurs ultérieurs, qui se sont souvent contentés de quotas, de licences et d'une gouvernance hybride plutôt que d'une propriété privée pleinement territorialisée des zones de pêche. 

Là où les travaux ultérieurs se distinguent le plus nettement de Rothbard, ce n'est pas en niant la rareté, mais en complexifiant le champ des possibles institutionnels. Elinor Ostrom a notamment souligné que la propriété commune ne se confond pas avec le libre accès, une distinction souvent brouillée dans les débats politiques. Cette observation est essentielle. Tous les dilemmes liés aux ressources ne doivent pas nécessairement être résolus par une propriété individuelle absolue et individualisée. Pour autant, l'apport de Rothbard demeure considérable. Il a recentré l'attention sur les limites, l'exclusion, la transférabilité et la responsabilité en cas d'ingérence. Il a refusé la facilité, propre à l'étatisme, de déclarer une ressource « trop fluide », « trop invisible » ou « trop importante socialement » pour être soumise à des droits de propriété, puis de la confier à des bureaucrates. Sur ce point, sa méfiance était justifiée : « l'intérêt public » s'est trop souvent résumé à un simple pouvoir discrétionnaire administratif, sans propriété, sans responsabilité ni limites clairement définies. 

Rothbard doit être reconnu comme un précurseur, un novateur et un synthétiseur. Précurseur, car le spectre et les voies navigables étaient encore largement considérés comme des problèmes de droit public. Novateur, car il appliquait la logique de l'appropriation de terres à des ressources que la plupart des juristes jugeaient exceptionnelles. Synthétiseur, car il fusionnait les critiques émergentes de Coase et Milliman avec une théorie lockéenne-autrichienne plus rigoureuse du droit de premier usage, de l'aliénabilité et de l'empiètement. Il ne s'est pas contenté de se demander si les marchés pouvaient surpasser les régulateurs. Il s'est interrogé sur la légitimité même de la prérogative des régulateurs en la matière. Cette question demeure aussi délicate pour l'État administratif aujourd'hui qu'elle l'était en 1962.

Thiago V. S. Coelho  

Thiago V. S. Coelho est un écrivain brésilien qui publie sur X et sur son blog. 

https://mises.org/mises-wire/who-owns-airwaves-and-sea 

décembre 18, 2025

Mensonge sur le pouvoir d’achat et solutions avec Sarah Knafo !

Ceux qui vous promettent du « pouvoir d’achat » sans réduire drastiquement les dépenses de l’Etat vous mentent. 

Ne les croyez plus. La solution existe. 

 

 

La France mène « une politique de pouvoir d’achat » depuis des décennies. Pourtant, notre pouvoir d’achat chute depuis 15 ans. 📉 La faute à la crise ? Non ! ❌ 

Celui de nos voisins monte, quand nous serons bientôt sous la moyenne de la zone euro ! Le décrochage est spectaculaire. 


 

La classe politique vous dira que l’Etat n’était pas assez présent pour « soutenir le pouvoir d’achat ».🤦‍♀️ 

Pourtant, sur la période, nos dépenses et notre dette ont explosé. 10 fois plus que la moyenne européenne ! 💥 Et cela a des conséquences désastreuses. 

 


 

Les démagogues vous diront : « Pas d’inquiétude ! Nous ne sommes pas obligés de rembourser la dette ! C’est virtuel ! ». Encore faux ! ❌ 

Nous la remboursons tous les jours et nous réempruntons à chaque fois pour la rembourser. Résultat ? Nous payons plus de 50 milliards d’euros d'intérêts cette année. En 2025, ce sera probablement la première dépense de l’Etat ! 🥇 

Cet argent, c’est dans votre poche que l’Etat le prend. Il y a une autre conséquence… Combien d'équipements non construits, d'investissements non réalisés, d'opportunités manquées pour payer les intérêts de cette dette colossale ? N’avons-nous pas beaucoup mieux à faire de ces 50 milliards d’euros ? Il n’y a qu’à voir. 

 


 

Et ce n'est que le début ! Nous remboursons encore aujourd'hui de la dette contractée quand les taux d'intérêts étaient bas… Mais dans les 5 années qui viennent cette charge atteindra un niveau difficilement soutenable. ⏰ 

Conséquence : pour financer cette dette et ces dépenses, nous avons les impôts les plus élevés du monde. 🥇 Près d’un euro sur deux de richesse produite est confisqué par l’impôt. Et chaque hausse d'impôts entraîne l’Etat à gaspiller encore, puisqu’il reste des moutons à tondre. 🐑 

Que faire ? 💡Réduire le fardeau de la dette, tout en baissant les impôts. Il n’y a qu’une seule solution : réduire massivement les dépenses publiques. Moins de dépenses, moins de bureaucratie, moins d'assistanat. Vous n’avez pas à faire de sacrifice quand l’Etat ne fait aucun effort. 

➡️ Il faut couper dès aujourd’hui dans les 15 milliards d’euros d’aide publique au développement. Avons-nous tellement d’argent, que nous pouvons en faire cadeau à des puissances étrangères ? 

➡️ Il faut couper dans les 23 milliards d’euros d’aide aux associations. Certaines sont politisées et leur seul objectif est de nuire à l’Etat : devons-nous encore les financer ? 

➡️ Il faut privatiser l’audiovisuel public : encore 4 milliards d’euros chaque année ! 

➡️ Il faut réserver la solidarité nationale aux Français : ce sera jusqu’à 20 milliards de moins à prendre aux Français pour les donner à des étrangers. 

➡️ Ce ne sont que quelques chiffres. Nous pouvons vraiment couper PARTOUT. La puissance publique gaspille à un point que vous ne pouvez même pas imaginer. Il faut s’attaquer à la bureaucratie. 🥊 

La bureaucratie, c’est le contraire du service public. Elle ne vous rend aucun service : elle vous contraint, elle vous sanctionne, elle vous contrôle. Sortons de l’empilage d’agences, services et bureaux ! 

 


 

Cessons le saupoudrage, la dispersion des moyens de l’Etat dans mille sujets où il n’a pas sa place. Quelques milliards pour la permaculture, la promotion du vélo, les potagers dans les administrations... 

Tant de sujets où l’Etat s’égare, gaspille son énergie et notre argent. Il faut couper dans l’assistanat, ce maquis d’aides incompréhensible. 

Pour 100€ d’aides, il faut prélever 150€ d’impôts : pour payer les fonctionnaires qui distribuent, contrôlent et traquent la fraude. L'aide coûte plus cher qu’elle ne rapporte aux bénéficiaires. 

 


 

Il faut dépenser moins, pour taxer moins et gagner plus. 👊 Baissons donc massivement les impôts ! C’est la seule manière d’empêcher l’Etat de se reposer sur la solution de facilité : vous prendre votre argent, parce qu’il ne sait pas gérer celui qu’on lui donne déjà. 


 

La baisse des dépenses publiques vous enrichira. 🫵 Seul Reconquête est prêt à dégraisser cet Etat obèse ! Pour que les Français ne se fassent plus confisquer le fruit de leur travail... Et pour que l’Etat, recentré sur ses missions essentielles, redevienne efficace. 


Députée française @Reconquete_off au Parlement européen et Vice-Présidente du groupe ENS 🇫🇷🇪🇺

https://x.com/knafo_sarah/status/1859855752409776446 

https://x.com/knafo_sarah

 

Les libéraux depuis 2007, notamment avec mon ami dentiste, en avait fait une vidéo du "diable" lol

On savait tout ceci depuis longtemps, le Vénérable nous l'avait expliqué clairement:

 https://x.com/KuingYamang/status/1860069086845370785?s=20

décembre 08, 2025

USA - Les solutions à la crise du logement ne viendront pas du gouvernement.

« La solution que le gouvernement apporte à un problème est généralement aussi mauvaise que le problème lui-même et, très souvent, elle ne fait qu'empirer les choses. » 

« Demander conseil en investissement à un économiste, c'est comme demander à un physicien de réparer des toilettes bouchées. Ce n'est pas son domaine, même s'il y a un lien avec l'économie. »

 
Milton Friedman


 
Les solutions à la crise du logement ne viendront pas du gouvernement. 
 
Face à la faiblesse marquée du marché du travail, aux problèmes de liquidités sur les marchés monétaires et à la surveillance accrue de certaines bulles spéculatives, l'existence d'une crise du logement est devenue une évidence. 
 
Alors que la bulle spéculative se résorbe temporairement, elle ne détourne plus l'attention des dégâts économiques causés par une politique monétaire expansionniste et l'inflation. Stimulée par une création monétaire effrénée depuis 2008 – notamment suite à la crise des subprimes et à la panique liée à la COVID-19 – l'inflation a explosé, parallèlement à la dépréciation du dollar. 
 

 
Les prix de l'immobilier, mesurés par l'indice Case-Shiller, ont progressé de près de 7 % par an depuis leur point bas du début 2012. 
 
L'indice S&P 500 a été multiplié par près de 10 depuis son point bas de 2009, et tout repli significatif est soutenu par les injections de liquidités d'une Réserve fédérale qui alimente la bulle. 
 
 Les soins médicaux et les primes d'assurance maladie augmentent beaucoup plus rapidement que la plupart des autres catégories de dépenses, un signe inquiétant pour une population de plus en plus obèse et en mauvaise santé. 
 
Même l'IPC – un indicateur gouvernemental censé mesurer le niveau général des prix dans l'économie américaine – montre que les salaires nominaux ont à peine suivi cette mesure de l'inflation, ce qui signifie que la croissance des salaires réels est anémique depuis un certain temps.
 
Les Américains sont aujourd'hui obsédés par la spéculation et les jeux de hasard, et nombreux sont ceux qui s'endettent pour profiter de la flambée des gains boursiers. Preuve en est, l'encours des prêts sur marge et la dette des ménages ont récemment atteint des sommets historiques, parallèlement à la fréquentation des casinos. 
 
Difficile d'imaginer un tableau plus flagrant de la dérive morale et de la stagnation économique – notamment chez les classes moyennes –, mais cette réalité est occultée depuis quelque temps par la frénésie spéculative persistante sur les marchés d'actifs, alimentée par les administrations successives et une banque centrale passive. 
 
Avec un peu d'observation, on peut discerner les liens de cause à effet. L'intervention de l'État dans l'économie – parfois après une brève impulsion artificielle à l'activité économique – engendre des distorsions inflationnistes. Ces distorsions finissent par atteindre un niveau tel qu'une action politique s'impose. L'action politique engendre des distorsions encore plus importantes, perpétuant le cycle intervention-distorsion selon une fonction en escalier. Ainsi, l'implication cumulative de l'État dans l'économie augmente toujours par à-coups, aboutissant à une mainmise quasi totale et à l'éclipse progressive des mécanismes du marché libre. 
 

 
 Se tromper de perspective 
 
H.L. Mencken affirmait que le peuple sait ce qu'il veut et mérite de l'obtenir, coûte que coûte. Dans cette optique, les commentateurs s'expriment aujourd'hui avec vigueur sur ce que l'État « doit » faire pour résoudre la crise du logement.
 
L'une des suggestions émane de l'American Enterprise Institute. Selon cet institut, un « plan Marshall » est nécessaire pour rendre les logements plus abordables et remettre le rêve américain sur les rails. « Une action audacieuse et visionnaire est indispensable », ou quelque chose d'approchant. C'est le genre de discours creux que la classe politique affectionne. 
 
Bill Pulte, l'idiot bedonnant directeur de la Federal Housing Administration (FHA) sous l'administration Trump, a proposé un prêt hypothécaire sur 50 ans pour dynamiser le marché immobilier. Les inconvénients évidents de cette idée ont déjà été justement soulignés, je ne les répéterai donc pas. Mais le postulat erroné sous-jacent devrait être clair : l'intervention de l'État sous couvert d'innovation ne pourra jamais égaler le libre marché lorsqu'il s'agit de créer une véritable prospérité. 
 

 
Dans une tentative plus discrète visant à réhabiliter le marché du logement, Pulte propose également des prêts hypothécaires « transférables ». Initialement confondus avec la possibilité de reprise de prêt (qui permet de conserver le prêt et les garanties en changeant d'emprunteur), les prêts transférables consistent à conserver le prêt et l'emprunteur en place tout en changeant les garanties. Autrement dit, cela permet aux propriétaires de transférer leur prêt hypothécaire sur une nouvelle maison qu'ils achètent. Ce type de manipulation bureaucratique a été ignoré jusqu'à présent par les marchés car il remet en cause l'un des principes fondamentaux du crédit : le lien entre un prêt et la qualité du bien mis en garantie. 
 
À l'instar du prêt hypothécaire sur 50 ans, la transférabilité n'a pas pour but d'améliorer l'accessibilité au logement, mais d'accroître le volume des ventes, exerçant ainsi une pression à la hausse sur les prix. 
 
Autre manœuvre cynique envisagée par l'administration actuelle : l'envoi de chèques aux personnes dont les revenus sont inférieurs à un certain seuil. Or, l'argent nécessaire doit être imprimé ou emprunté, ce qui aggrave la dynamique inflationniste déjà en place. Pire encore, cela rend les citoyens dépendants de l'État pour une nouvelle aide, érodant davantage leur autonomie déjà fragile. 
 
 
 
Intention de retrait 
 
 Ironiquement, l'équipe Trump a récemment levé les droits de douane sur le café, les bananes et d'autres produits alimentaires afin de lutter contre la hausse des prix induite par ces droits. L'administration a là trouvé une véritable solution à la crise du logement abordable, en annulant toutes les absurdités commises auparavant sous couvert de relance économique.
 
La suppression des réglementations dans le secteur du logement, par exemple, réduirait immédiatement les coûts de construction, diminuant ainsi directement le prix de revient pour un acheteur potentiel, toutes choses égales par ailleurs. Ces mesures pourraient être mises en œuvre d'abord au niveau fédéral, puis au niveau des États et des collectivités locales. 
 
De plus, la dissolution progressive de Fannie Mae et Freddie Mac – en commençant par l'arrêt de toute nouvelle garantie hypothécaire, de l'émission de titres adossés à des créances hypothécaires (MBS) et de toute autre forme de soutien fédéral aux acquisitions immobilières – permettrait au marché du logement de redevenir un véritable marché, et non plus une escroquerie dominée par l'État dont le contribuable serait le grand perdant. 
 
De manière générale, une réduction massive – voire une suppression – de l'État-providence améliorerait l'accessibilité financière pour tous en éliminant le besoin d'emprunts publics excessifs, de taxation excessive et de création monétaire. Le dollar américain cesserait ainsi de se déprécier inexorablement. 
 
Les taux d'intérêt artificiellement bas – étroitement liés à l'inflation monétaire et à la dépréciation de la monnaie – prendraient fin si la banque centrale se retirait et laissait les marchés décider quoi prêter, à qui, combien et à quel taux d'intérêt. 
 
 Malgré la clarté du lien de cause à effet des suggestions précédentes, les chances qu'une seule d'entre elles se réalise sont quasi nulles. La classe politique et son réseau de profiteurs avisés tirent un profit excessif du statu quo. Les Américains ne peuvent pas espérer changer cela par le seul biais des urnes. 
 
Les véritables solutions résident dans les sphères individuelle, familiale, communautaire, voire étatique, et permettent de contourner l'autorité fédérale. 
 
 
 Comprendre, par exemple, l'impact négatif de l'inflation monétaire sur l'intégrité personnelle est la première étape pour lutter contre cet impact en poursuivant des valeurs supérieures – et contraires – à celles inculquées par l'État. 
 
Développer ses compétences et son employabilité au fil du temps signifierait que gagner de l'argent dépendrait de l'expertise technique plutôt que de la capacité à rechercher la rente. 
 
Retirer les enfants du système scolaire public au profit d'alternatives – comme l'instruction à domicile – garantirait une enfance naturellement épanouissante et productive, sans les freiner par des années d'absurdités et de propagande. 
 
En renonçant aux plaisirs futiles et en évitant les dettes personnelles, on se passerait non seulement de l'aide de l'État ou de toute autre tierce partie, mais on éprouverait un sain mépris à leur égard. 
 
Considérer la politique avec lucidité – comme un exercice de conquête du pouvoir par l'usage d'un langage éloquent mais vide de sens – engendrerait un sentiment d'urgence à se détourner de tout système politique qui recourt à la force et à privilégier des relations exclusivement volontaires. 
 
Ces efforts, bien que subtils, constituent peut-être la seule échappatoire concrète à une autorité qui méprise manifestement ceux qu'elle gouverne.
 
Artis Shepherd est le fondateur et associé gérant d'une société de capital-investissement basée dans la région de Dallas-Fort Worth. Auparavant, il a travaillé pour un fonds souverain au Moyen-Orient, où il supervisait ses investissements dans l'hôtellerie en Europe, en Afrique et en Asie. Il est titulaire d'une licence en génie informatique et électrique de l'Université Purdue et d'un MBA de la Booth School of Business de l'Université de Chicago. Il publie des articles sur MTSObserver.substack.com.
 
 

 

Powered By Blogger