Nous n’avons pas besoin
d’arbitraire policier et administratif, encore moins d’un Etat
d’urgence qui s’installe dans la durée et autorise tous les abus. Il
nous faut une justice antiterroriste efficace – cessons les rotations
forcées tous les 10 ans de juges talentueux comme Marc Trévidic – et des
services de renseignement intérieur performants. La plupart des auteurs
des attentats étaient fichés (voire auraient dû être incarcérés au vu
de leurs antécédents judiciaires) mais, faute de moyens, n’étaient pas
suivis. Les services de renseignement ont évidemment besoin de
ressources bien plus importantes pour affronter cette menace intérieure.
Alexis Théas : Je pense que la droite dispose en réalité d'un boulevard devant elle qu'elle ne veut pas voir aujourd'hui. Toute
la politique du gouvernement est dans une sorte de dédoublement de la
personnalité. Il y a d'une part le discours, en effet tourné vers le
libéralisme, la liberté d'entreprendre, et aussi désormais la sécurité,
l'ordre public, l'autorité de l'Etat. Et puis il y a la réalité, les
faits. L'économie française depuis 2012 a été écrasé d'impôts et de
contraintes supplémentaires. Les chiffres de la sécurité et de
l'immigration ont disparu, comme effacés tellement ils sont désastreux.
Les dégâts sont effroyables. Il suffit de voir par exemple la Jungle
dans le Pas de Calais. Comment un gouvernement peut-il avoir laisser
s'accumuler des milliers de migrants clandestins, se former une zone de
non droit, quasiment officialisée, reconnue par le Conseil d'Etat, dans
des conditions sanitaires épouvantables, sous la coupes de passeurs
criminels, et se prétendre aujourd'hui favorable à l'autorité de la loi ?
La politique française est marquée depuis 2012 par un grand écart entre
le discours et la réalité. Nous avons d'un côté les coups de menton,
les polémiques, les postures. Et de l'autre un laisser-faire à peu près
complet, en particulier sur l'immigration. Il est de la responsabilité
de l'opposition de dénoncer cette divergence croissante entre la parole
et le réel. La vérité devrait être le maître mot d'une alternance réussie en 2017.

David Mascré : Le drame de la droite
française est que depuis de Gaulle, elle ne pense pas. Conséquence :
elle tombe année après année et épisodes après épisodes dans tous les
pièges tendus par la gauche socialiste. Mitterrand s’en délectait déjà
en appuyant systématiquement sur les touches qui, en divisant la droite,
allaient permettre à son système de perdurer. Tout cela a déjà été
parfaitement dit par Le Luron dans son spectacle de 1985 Le Luron en
liberté – interdit à l’époque je le rappelle et qui depuis lors n’a
jamais été diffusé à la télévision. Personne n’a osé depuis lors aller
si loin dans la critique pourtant bien légitime d’un pouvoir dès cette
époque adepte de la fuite en avant. Et personne à l’époque ne s’était
élevé pour le défendre quand, son passage dans l'émission de Patrick
Sabatier le soir du 31 décembre fut coupé au montage, au motif que
l'émission était trop longue. Ulcéré et victime d'un nouveau contrôle
fiscal, l'imitateur écrit une lettre ouverte au président de la
République : "Cette séquence a été censurée ! [...] Il paraît cependant
que ce mot ne fait pas partie de votre vocabulaire. [...] J'espère que
pour le Nouvel An, vous avez donné ses étrennes à Hervé Bourges [le
président de TF1], ça se fait pour les domestiques".
Dès 1981 Mitterrand savait qu’il pouvait jouer sur
l’inculture de ses adversaires pour lui servir sur un plateau ce type de
politique.
Ne disait-il pas en 1986 : "lorsque Chirac vient me
rend visite à l’Elysée, il y monte le perron avec ses idées et en
redescend avec les miennes." Le trait peut paraître humoristique mais il
résume à lui seul 40 années d’impuissance et de piégeage de la droite
parlementaire.
C’est d’autant plus surprenant qu’il existe à droite
un très large vivier de personnes intelligentes, cultivées, profondes,
lucides et créatives. Face à l’idéologie en bout de course des
apparatchiks du parti socialiste, les penseurs attachés à la patrie et
fidèles à l’idée d’honneur et de dévouement sont nombreux dans ce pays.
Elles ne demandent qu’à servir. Encore faut-il qu’on les écoute. Et
qu’on leur confie quelque responsabilité.
Dans quelle mesure cela pourrait-il être politiquement porteur ?
Gil Mihaely : L’opinion publique
cherche à la fois des propositions nouvelles et de nouveaux visages. Les
gens se disent « nous avons tout essayé, pourquoi pas le FN ? ». Dans
le même temps, les gens aimeraient être rassurés, ils cherchent la
sécurité. Le nouveau, le radicalement différent, la rupture est donc à
double tranchant et les Républicains peuvent proposer une alternative à
la fois séduisante et rassurante, du neuf qui ne fait pas peur au
dernier moment, quand on est derrière l’isoloir et que l’on pense à ce
que l’on peut encore perdre si l’on prend des risques trop importants..
Aurélien Véron : La droite va devoir
trancher entre la tentation du repli identitaire derrière des
frontières érigées par un Etat dirigiste et la vision d’une société qui
reprend le pouvoir sur le politique.
Outre-Manche,
la « Big Society » de David Cameron s’inscrit dans cette ligne. Ce
succès populaire est difficile à envisager pour les apparatchiks de la
droite française, biberonnés d’étatisme à l’ENA ou dans ses sphères
connexes. Ils n’ont jamais connu d’autre univers que celui de la
tambouille politicienne. Les Français n’acceptent plus ce formatage
déconnecté de leur réalité. La droite libérale doit s’oxygéner de
talents issus du monde libre – l’entreprise – pour travailler autrement à
l’élaboration d’un projet pour le pays.

Si la sécurité des Français doit revenir au
cœur des missions de l’Etat, elle ne répond pas pour autant à la soif de
liberté que les Français sont de plus en plus nombreux à exprimer.
La droite doit se remettre très rapidement en question car la ligne
d’Emmanuel Macron menace de lui voler cet idéal libéral. Pour le moment,
ses idées n’ont été suivies ni par le gouvernement, ni par sa majorité.
Mais il a compris que la France doit à nouveau faire rêver, donner
envie de se projeter et d’investir pour l’avenir. Si deux tiers des
jeunes souhaitent s’expatrier, c’est que notre modèle de plus en plus
collectiviste et infantilisant plombe tous leurs espoirs. Seule
une politique libérale de choc peut aujourd’hui libérer les talents et
les énergies, relancer l’ascenseur social et faire à nouveau rêver à
travers l’esprit d’entreprise, l’autonomie individuelle et la confiance
sans laquelle il n’y a pas de fraternité possible.
Au Parti Libéral Démocrate, nous attirons
majoritairement des jeunes parce qu’ils adhèrent aux notions qui nous
sont chères d’autonomie, de solidarité participative, de culture
collaborative, de reprise en main de notre destin, de bonheur et de
responsabilité individuelle. Ce sont les fondamentaux d’un monde ouvert
et confiant pour l’avenir. Ce sont les bases d’une droite qui se
réinvente sur les décombres de ses échecs passés, échecs électoraux mais
surtout échecs lorsqu’elle était au pouvoir.

Alexis Théas : Pour l'opposition, le
retour aux fondamentaux consiste à se mettre à l'écoute de la
population. On ne peut pas continuer avec le sentiment d'un clivage
croissant entre les élites politiques et pe peuple. Le sondage CEVIPOF
de janvier 2015 constate par exemple que 87% des Français considèrent
"que les politiques ne tiennent pas compte de ce que pensent les gens
comme eux". Ce constat est le signe d'une crise profonde de la
démocratie. Combler ce fossé devrait être l'objectif fondamental d'un
gouvernement d'alternance, son guide et sa boussole. L'idée
n'est pas de faire du "populisme", comme le disent avec mépris les
milieux dirigeants ou influents, mais d'accepter l'idée que les citoyens
ont leur mot à dire dans un système fondé en principe sur "le pouvoir
du peuple". En matière de respect des frontières, de sécurité,
de maîtrise de l'immigration, d'intégration des populations d'origine
étrangère, il faudra tout simplement sortir de l'incantation pour
prendre les mesures concrètes qui s'imposent, par exemple, appliquer
réellement les mesures de reconduites à la frontière prises envers les
migrants en situation illégale et aussi reprendre la politique de
négociation d'accords d'immigration avec les pays d'origine, mise en
oeuvre de 2007 à 2012 pour faciliter la circulation et l'aide au
développement. En matière de politique économique, il faudra mettre en
place une politique de réduction massive des charges et des contraintes
qui pèsent sur l'entreprise, assortie d'un calendrier précis de
réalisation du 5 ans.
David Mascré : Pour qu’il y ait
renouvellement encore faut il qu’il y ait retournement. Sans quoi on est
dans l’éternelle application du principe du comte de Salina : "il faut
que tout change pour que rien ne change."
Il y a ici similitude entre l’ordre du politique et
l’ordre du théologique. Pour qu’il y ait conversion sincère, il faut
d’abord qu’il y ait repentir sincère et résolution de ne plus tomber
dans les mêmes errances. En l’occurrence, toutes celles qui ont
contribué à précipiter la France dans l’abîme. Que je sache à droite,
personne n’a jamais voulu revenir sur les erreurs ayant conduit aux
défaites – désastre serait plus juste - de 1988, 1997 ou 2012 – et à la
très équivoque victoire de Chirac en 2002. En politique, le retournement
peut se faire de deux manières : soit par le maintien des mêmes hommes
mais au service d’une politique radicalement différente (cela s’appelle
faire son chemin de Damas). Soit par le changement complet des hommes et
l’arrivée aux manettes d’une nouvelle génération de leaders.
Quelle que soit l’option choisie, il faudra bien
définir autour de quels principes, de quels programmes, et de quelles
modalités d’action rassembler les hommes composant cette majorité de
droite.
Le problème est que définir l’essence de la droite
est une mission quasi impossible. D’autant qu’il existe historiquement
plusieurs droites. J’ai consacré plusieurs pages à cette question dans
mon livre De la France.
Disons qu’on peut sommairement résumer l’opposition
droite/gauche à l’opposition Antigone/Créon. Ce sont là deux figures qui
n’ont fait pour l’instant que jeter quelques pousses mais qui selon
toute vraisemblance seront amenées demain à jouer un rôle absolument
déterminant dans la constitution des nouveaux positionnements politiques
et l’appréhension des problèmes globaux qui assaillent aujourd’hui
l’humanité.
Or, ce que nous apprend sur un mode laïc le mythe
d’Antigone et Créon - et cette laïcité est l’un des autres avantages de
ce récit qui n’a pas besoin pour être admis d’invoquer l’appartenance
préalable à l’une quelconque des religions révélées et par là, selon un
schéma qu’avaient parfaitement compris les jésuites du 17ième siècle,
peut servir de point de départ au rassemblement le plus large des
diverses composantes du peuple français - c’est précisément de ne pas
vouloir réduire l’homme à la nature (refus du naturalisme et,
corrélativement, intériorisation de cette idée si chère à Blaise Pascal
selon laquelle "l’homme passe infiniment l’homme"), la politique à un
rite, le droit aux seules lois de la Cité. Ce que nous apprend par là
même le mythe d’Antigone et Créon, c’est à ne pas confondre et
identifier par principe le politique et le religieux sous peine de
tomber effectivement dans une forme d’enfermement millénariste, c’est à
dire dans une volonté prométhéenne d’identifier purement et simplement
la cité des hommes au royaume de Dieu, dans cette forme de tentation
monstrueuse qui consiste à vouloir ériger la Cité des hommes contre la
Cité de Dieu ("vouloir être Dieu sans Dieu, malgré Dieu, voire contre
Dieu", selon une formule qu’en leur temps saint Augustin et saint Maxime
le Confesseur avaient parfaitement su employer pour caractériser en son
sens le plus fort le péché originel).
La figure d’Antigone apparaît de ce point de vue
comme l’une des figures clés du débat contemporain parce qu’elle se
présente à nous comme une figure de la transcendance. En invoquant
l’existence de lois non écrites, Antigone plaide non seulement pour le
primat de l’invisible sur le visible, de l’éternel sur le temporel, mais
elle se fait par là-même le témoin d’une réalité stratifiée et complexe
– celle qui, par delà toutes les tentatives de récupération, de
dénégation ou d’occultation, permet de protéger le plus faible et
attester de l’éminente dignité du plus petit. En ce sens Antigone se
présente à nous comme un témoin par excellence de la transcendance. Or,
fondamentalement, pour nous, être de droite, c'est être un partisan de
la transcendance.
Droite/gauche ou transcendance contre immanence
Les grands hommes qui ont marqué l’histoire de
l’Europe furent des figures de la transcendance, c’est-à-dire des
indissolublement des figures de la résistance et de la persévérance. Ce
furent toutes des personnes qui surent s’indigner et s’insurger. Ce
furent des personnes qui surent à un moment donné dire : Non ! Il existe
des lois non écrites ! Des lois non écrites qui justifient le sacrifice
de sa carrière, de son confort et parfois même, de sa vie. Des lois non
écrites qui justifient que l’on choisisse de s'engager ou de résister.
C'est là, nous semble-t-il, un point capital. Car il conduit à définir
la droite non par la réaction (réaction à une gauche qui serait par essence et depuis toujours moteur de l'action et rectrice du progrès) mais par la résistance.
La droite, c'est le parti de la résistance. Voilà ce qu'il faut dire,
et redire, répéter à temps et à contretemps, ressasser inlassablement.
Plutôt que de réaction, il faut parler de résistance : l’homme de droite
c’est l’homme de la résistance : de l'acte de résistance. Nous
rejoignons là une figure fondamentale qui est celle de l'intemporel.
Certes une telle définition ne conviendra nullement à tous ceux, hélas
aujourd'hui nombreux, qui n'ont de la politique qu'une vision à la
petite semaine, qui n'y voient qu'une forme de gestion de la société.
Mais une telle définition sierra à tous ceux qui voient dans la
politique un moyen d’agir et de penser, en anticipant sur les menaces à
venir, protégeant les plus faibles et répondant aux tragédies et aux
malheurs qui s’abattent sur l’humanité.
Ceci dit, il y a une attente très forte des
populations pour un vrai sursaut patriotique. Le parti socialiste, avant
les attentats, ne représentait plus que 18% des votants soit 9% du
corps électoral. On voit bien qu’il ne pèse plus que de manière
marginale.
Après avoir été plumés, obligés d’accueillir des
populations hallogènes, après avoir vu les systèmes de corruption se
généraliser à tous les étages de la société française, après avoir vu
dans toutes les strates de la société la fraternité se rétrécir comme
peau de chagrin, après avoir vu la vraie égalité – celle du sang versé
sur le champ de bataille ; condition qui, je le rappelle est la raison
pour laquelle les femmes se voyaient interdites de droit de vote
jusqu’en 1945 – vidée de toute signification au profit d’un égalitarisme
qui promeut les cancres et les parasites au détriment des travailleurs
et des créatifs, les Français se voient retirer progressivement leur
dernier bien – le plus précieux sans doute : la liberté.
Grâce à l’Europe passoire, et par ricochet à François
Hollande, son fidèle séide, ils ne peuvent plus désormais ni circuler,
ni se rassembler, ni s’exprimer, ni s’associer, ni communiquer
librement.
Un tel état de fait ne saurait en France durer sans susciter à un moment ou à un autre une vive réaction.
On a souvent dit des Français qu’on pouvait tout leur
retirer – sous–entendu le confort, la propreté, les congés payés, la
retraite à 60 ans - sauf une chose : la liberté. Or cette spoliation de
la liberté, c’est précisément ce qui est en train de se produire sous
nos yeux depuis le Congrès de Versailles. Celui-ci a des airs de déjà
vu : c’est l’attitude du Parlement le 3 juillet 1940 au lendemain de
l’effrayante débâcle de juin 1940. A l’époque, on avait accepté de
donner les pleins pouvoirs à un homme qui, à l’évidence, était dix
coudées en dessous de la tâche historique qui lui était confiée.
La suite on s’en souvient, de Monthoire à
Siegmaringen, n’a été qu’une série de gesticulations et de rodomontades.
Comme aujourd’hui.
Je ne suis pas sûr que les Français l’acceptent
longtemps. Et je ne crois pas qu’ils accepteront de se voir privés de ce
bien plus cher à leurs yeux que la prunelle de leurs yeux : la liberté.
Concrètement, que
ce soit dans la forme ou dans le fond, comment cela pourrait-il se
traduire en vue de 2017 ? Quelles seraient les propositions fortes d'un
tel programme ?
Gil Mihaely : Les Républicains font
face à deux rivaux. Côté PS, l’échec est patent et pour le moment il
suffit d’évoquer leur bilan, et rappeler les bonnes idées de Nicolas
Sarkozy qui avait été rejetée par François Hollande en 2012, avant
d’être reprises ensuite sous un autre nom. Face au FN il faut chercher
les défauts de leurs qualités. Puisque le FN représente le neuf, la
rupture et la « virginité » de ceux qui n’ont pas de bilan à défendre,
il faut souligner le manque d’expérience, pointer du doigt les
propositions qui relèvent de la logique « y’a qu’à », et la peur que
suscite toujours une politique de rupture radicale avec le passé.
Beaucoup d’électeurs en France ont plus de 50 ans et le programme
économique du FN pourrait leur faire peur. Ils ont de l’ épargne et des
enfants à soutenir. Ils peuvent s’énerver mais ils ne sont pas du genre à
prendre des risques. Autrement dit, face à la radicalité du FN, les
Républicains pourraient jouer la carte du conservatisme prudent et
pragmatique.

Aurélien Véron : La droite doit refonder notre
modèle social autour d’un triptyque formation (initiale mais aussi tout
au long de la vie), entreprise et assurances sociales, avec un Etat
beaucoup moins dépensier et vorace fiscalement. La grande réforme
structurelle de l’enseignement signera la fin les micro-changements
centralisés au profit d’une autonomie réelle des établissements
scolaires, notamment dans les choix pédagogiques, l’embauche et
l’évaluation des enseignants. Elle sera complétée d’un chèque éducation
destiné aux familles choisissant de nouvelles écoles libres et
innovantes. Des initiatives comme Espérance Banlieues - écoles hors
contrat financées par des mécènes dans les quartiers difficiles -
devront être traitées loyalement par l’Etat au lieu de l’uniformisation
et du nivellement par le bas de l’enseignement.
Libérer le marché de l’emploi passe aussi par l’inversion de la
hiérarchie des normes en privilégiant les accords d’entreprise à un Code
du travail qui reste néanmoins à réécrire pour le rendre minimaliste,
rappel des principes essentiels régissant les rapports entre employeurs
et employés. La concurrence doit s’étendre à tous les secteurs. La
concurrence vivifiante créé des emplois et stimule l’innovation au
service du consommateur. Elle doit s’étendre des transports à la santé
en abattant toutes les cloisons des monopoles, professions protégées et
corporations fermées. Il est tout de même incroyable de se satisfaire
d’un modèle social qui nous amène aujourd’hui à 10,6 % de chômage.
Enfin,
le monopole ruineux des assurances sociales a vécu. La droite doit
proposer de substituer la retraite par capitalisation à un système de
retraite par répartition, injuste et approchant la faillite. Si la
capitalisation est bien plus rentable pour les assurés, elle contribue
également à l’activité économique contrairement à la répartition
stérile. De même, le système étatique d’assurance-maladie est une
ineptie dans un secteur de la santé bouleversé par l’innovation et les
nouvelles technologies de santé.
Son ouverture à des assurances privées au premier euro, dans un cadre
légal maintenant toutefois l’universalité de la couverture santé, est
indispensable. Cette distinction entre les mécanismes assurantiels et la
solidarité nationale doit revenir au cœur du discours d’une droite
moderne.
Enfin, avec le recul progressif du salariat au profit de
l’entreprenariat, pourquoi pas un impôt sur le revenu proportionnel –
flat tax - couplé à un revenu d’existence universel en remplacement de
l’ensemble des aides sociales et familiales actuelles ? Ne rêvons pas,
la droite traditionnelle a encore beaucoup de chemin à parcourir pour se
rénover et retrouver un peu de charme aux yeux des Français au
lendemain d’une élection où elle n’emporte que 7 régions sur 13, dont 2
avec l’aide de la gauche.

Alexis Théas : Pour l'instant, nous ne voyons rien
d'intéressant venir dans la perspective de 2017. Cette période
électorale qui approche à grands pas est totalement dévoyée par
l'obsession des présidentielles et les jeux des personnalités, Hollande
Juppé, Sarkozy, Fillon, le Pen... Il y a là un véritable scandale
antidémocratique. Nous avons le sentiment que le débat d'idées est
interdit par la politique spectacle et la confiscation de la vie
politique par une poignée de personnages autocentrés sur leurs intérêts
personnels et une vanité qui confine parfois à la pathologie.
L'espérance ne viendra pas d'eux. Il faut recentrer l'avenir de la
politique française sur les idées et les projets. Dans une démocratie
normale, face au blocage de la vie politique, il devrait être de la
responsabilité d'un groupe de parlementaires de l'opposition de préparer
l'alternance en engageant le chantier d'un programme de gouvernement et
de réformes. Pour 2017, l'un des scénarios possible – sinon probable –
est celui d'une réélection de M. Hollande se retrouvant avec une
Assemblée de droite. En effet, le climat d'union nationale lié aux
attentats terroristes pourrait se traduire par le maintien de ce dernier
à l'Elysée, mais le pays ayant soif de changement, il pourrait élire
une Assemblée majoritairement à droite, tout comme le Sénat. Il y aurait
alors un basculement du pouvoir de l'Elysée vers le Parlement et
Matignon. Compte tenu ce cas de figure éventuel, il appartient aux
parlementaires de droites de travailler collectivement à un programme
ambitieux en faisant abstraction de la guerre des chefs.
Aurélien Véron, David Mascré, Alexis Théas, Gil Mihaely