Une Europe indépendante signifie que Washington ne fera plus la loi.
Washington devra s’habituer à une politique internationale transformée, où il n’est plus le centre de l’univers.
L'OTAN continue de se préparer à un avenir sans les États-Unis, du moins sans eux en tant que membre dominant de l'alliance.« Les Européens compensent déjà ce que les États-Unis ne peuvent plus garantir », a expliqué le secrétaire général Mark Rutte.
Les tenants de l'establishment américain en matière de politique étrangère craignent depuis longtemps de perdre de l'influence en conséquence.En effet, en éloignant l'Europe de l'Amérique, Donald Trump pourrait, sans le vouloir, favoriser l'émergence d'un contrepoids sérieux face à Washington.Comme l'a souligné Fareed Zakaria (CNN) : « À mesure que les dépenses européennes augmentent, le continent deviendra moins dépendant des États-Unis et moins enclin à leur témoigner de la déférence.»
Les décideurs américains, a-t-il ajouté, pourraient donc regretter de voir disparaître ce continent qui, autrefois, n'était qu'une zone militaire secondaire dirigée par des médiocres obséquieux, servant de base commode aux troupes américaines pour mener des opérations à travers le monde.
L'affirmation de l'Europe en tant que puissance indépendante transformera presque inévitablement la politique internationale.Et ce processus pourrait s'avérer douloureux.L'un des défis résidera dans la difficulté de coordonner les forces armées de plus d'une vingtaine de pays aux points de vue souvent divergents au sein de l'Union européenne.Un autre enjeu majeur est le retour de l'Allemagne au rang de puissance militaire significative.Par ailleurs, alors que les États européens évoquent de plus en plus la possibilité — voire, pire, la probabilité — d'une guerre avec la Russie, Moscou pourrait percevoir une menace croissante venant de l'Occident et intensifier ses préparatifs militaires en conséquence.
Toutefois, les avantages pour l’Amérique l’emporteront toujours largement sur les inconvénients.
La dépendance des Européens vis-à-vis de Washington a longtemps freiné leur coopération mutuelle.Par exemple, en 2020 — des années après que Moscou a arraché la Crimée à l’Ukraine et soutenu les séparatistes du Donbass —, le Pew Research Center a demandé aux Européens s’ils étaient favorables à la défense de leurs voisins.Dans l’ensemble, l’opinion était défavorable à cette idée, à hauteur de 50 % contre 38 %.Ce n’est que dans trois des treize pays sondés qu’une majorité de personnes préférait se battre pour ses alliés présumés plutôt que de rester à l’écart en cas de guerre.Dans deux autres pays, une majorité relative s’y opposait.Une majorité a répondu par la négative dans huit pays, atteignant 66 % en Grèce.Pourtant, la plupart des Européens continuaient de croire que l’Amérique interviendrait en leur faveur.
Cette passivité encourage l’irresponsabilité ailleurs.L’année dernière, l’Union européenne a capitulé sur le plan économique en cédant au chantage commercial du président Donald Trump.Les décideurs et commentateurs européens ont affirmé n’avoir pas d’autre choix, de peur de devoir assurer seuls leur propre défense.Ainsi, le commissaire européen au Commerce, Maroš Šefčovič, a fait remarquer : « Il ne s’agit pas seulement… de commerce : il est question de sécurité, d’Ukraine et de la volatilité géopolitique actuelle.»
Il s’agit aussi de faire des économies ;comme le demandait Janan Ganesh, chroniqueur au *Financial Times* : « Comment financer un continent mieux armé, si ce n’est en réduisant l’État-providence ?» Le souci de tels arbitrages l’emportait, du moins jusqu’à récemment, sur des concepts désuets tels que la souveraineté et le respect de soi.Ainsi, la soumission européenne a encouragé non seulement la politique étrangère irresponsable de l’administration américaine, mais aussi sa politique économique mercantiliste, moderne et destructrice.
Si les Européens, et en particulier l’UE, ne peuvent plus compter sur le parapluie militaire de Washington, ils devront davantage œuvrer pour leur propre sécurité.Cela exercera sur eux une pression accrue pour limiter une réglementation sclérosante et libéraliser les contrôles existants.Ils auront également de bonnes raisons de rejeter les exigences américaines douteuses et coûteuses.Enfin, ils seront plus enclins à tenir tête directement aux administrations américaines lorsque le prochain George W. Bush ou Donald Trump décidera de provoquer une nouvelle catastrophe internationale.
Un avantage tout aussi important serait de réduire la capacité de l’Amérique à s’ingérer dans les affaires du monde, surtout si cela aboutit, à terme, à un retrait militaire total des États-Unis du continent.La Russie ne serait plus perçue comme une menace existentielle probable, du moins à Washington, ce qui permettrait aux États-Unis de renoncer à la fois à leur engagement guerrier et à la structure de forces nécessaire pour y faire face.Les Américains pourraient alors affecter plus utilement ailleurs les ressources ainsi libérées.
Ainsi, ce que certains considèrent comme un problème probable constituerait en réalité un avantage considérable.Certes, Washington risque de perdre une Europe docile, prête à soutenir ses ingérences politiques et à servir de base de départ à ses interventions militaires.Toutefois, ces politiques se sont, le plus souvent, soldées par des désastres.Même une puissance hégémonique dont la domination est, en principe, bienveillante, se doit de faire preuve de retenue.
Le problème, comme l’a souligné l’historien John Dalberg-Acton — plus connu sous le nom de Lord Acton — est que « le pouvoir tend à corrompre, et le pouvoir absolu corrompt absolument ».Cette maxime s’applique même aux personnes bien intentionnées qui détiennent un pouvoir écrasant et largement incontrôlé.Cela inclut les États-Unis, surtout lorsque la nation est dirigée par un narcissique au jugement politique lamentable.
Les erreurs de jugement de Washington durant la guerre froide sont légendaires.Le Vietnam fut la pire d’entre elles, mais loin d’être la seule.Avec le recul de soixante-treize ans, le soutien au coup d’État qui a conféré un pouvoir absolu à Mohammad Reza Pahlavi en Iran apparaît comme désastreux.Des décisions telles que le soutien au gouvernement islamiste pakistanais du général Muhammad Zia-ul-Haq, ou l’acheminement d’aide aux moudjahidines afghans via les régimes pakistanais ultérieurs — renforçant ainsi les insurgés les plus radicaux — semblent terribles à la lumière du 11 septembre et des événements qui ont suivi.
Toutefois, ces erreurs peuvent être comprises, sinon excusées, au regard de la guerre froide et de la rivalité avec l’Union soviétique.Cette dernière était bien un « empire du mal », comme l’affirmait Ronald Reagan, même si elle n’était peut-être pas aussi agressive militairement qu’on le craignait à l’époque.On ne peut en dire autant des faux pas de Washington après l’effondrement de l’URSS.« C’est nous qui décidons », déclarait le président George H.W. Bush à une époque où les décideurs américains croyaient sincèrement que les États-Unis étaient la seule superpuissance, la nation indispensable et infaillible.
Hélas, l’orgueil a pris le pas sur le discernement, menant aux débâcles de la Somalie, de l’Irak et de l’Afghanistan.Après un quart de siècle de « guerre mondiale contre le terrorisme », près de 5 millions de personnes ont péri, la plupart en conséquence indirecte de ces nombreux conflits.Peu de gens à Washington semblaient comprendre que parcourir le globe pour bombarder, envahir et occuper d’autres nations — tout en soutenant celles qui agissaient de même — allait engendrer des ennemis prêts à riposter, avec des conséquences souvent terribles.
Contrairement au triomphalisme confortable de George W. Bush, les Américains n’ont pas été attaqués le 11 septembre parce qu’ils étaient libres et généreux. C’est plutôt une succession d’administrations agissant en leur nom qui a passé des années à s’approprier les conflits d’autres nations.Malheureusement, si l’on s’attaque à un nid de frelons, on risque fort de se faire piquer.Les habitués des cercles de pouvoir à Washington ont tendance à commettre la même erreur que Zakaria en confondant leur capacité à intervenir sur la scène internationale avec l’intérêt national des États-Unis.Or, cette capacité a souvent des conséquences négatives.Les membres de l’« establishment » de politique étrangère prennent généralement plaisir à diriger le monde, ou du moins à tenter de le faire.Malheureusement, c’est le reste d’entre nous qui en paie le prix.
Si le président renforce l'Europe par inadvertance, tant mieux pour les Américains comme pour les Européens.Les décideurs américains ont démontré que leur puissance, tout comme celle des gouvernements adverses, nécessite des limites.Une Europe plus puissante et plus dynamique pourrait contribuer à en instaurer.
D’ores et déjà un événement d’une portée identique à ce que fut en son temps la chute du mur de Berlin et l’effondrement de l’URSS.
Fin d’un régime qui a façonné l’histoire du monde pendant près de 50 ans? Les semaines et les mois qui viennent nous le diront.
Ceux qui gouvernent au nom d'un Dieu, finissent par se prendre pour lui."L’apocalypse des mollahs" évoque l'objectif affiché : décapiter le régime des mollahs, l'opération militaire, nécessaire mais pas suffisante sans la diplomatie. L'Iran peut enfin redevenir la Perse !
Ils n'ont pas bombardé l'Iran. Ils ont attendu que tous les dirigeants iraniens soient réunis dans la même pièce avant de bombarder l'Iran.
Des mois de renseignement. Des milliers d'heures de surveillance et d'interception de signaux. Une seule variable : le moment où le Guide suprême, le président et le haut commandement militaire se sont réunis au même endroit et au même moment.
Il était 8h15 ce matin. En plein jour. Toutes les frappes israéliennes précédentes contre l'Iran ont eu lieu de nuit. Celle de juin 2025 a été lancée dans l'obscurité. Celle d'octobre 2024 après minuit. Toute la doctrine de défense aérienne iranienne repose sur l'hypothèse qu'Israël attaque de nuit. Israël a attaqué en plein jour car la cible n'était pas une infrastructure. La cible était une réunion.
Reuters confirme que les frappes visaient Khamenei et Pezeshkian. CNN confirme des mois de planification conjointe américano-israélienne. Des responsables israéliens ont confirmé que la frappe a touché le lieu où étaient réunis les plus hauts responsables iraniens. La question de savoir si Khamenei a été déplacé avant ou exfiltré après la frappe est l'inconnue la plus cruciale au monde actuellement. Si c'était avant, quelqu'un au sein du cercle restreint de Téhéran a informé Jérusalem de la date et du lieu de la réunion. Si c'était après, les frappes ont touché la pièce et il a survécu. Les deux scénarios sont catastrophiques pour le régime.
Car les dirigeants iraniens savent désormais trois choses : Israël savait où ils se réunissaient, quand ils se réunissaient et qui serait présent. Et tout ce que nous avons observé au cours du mois dernier – les F-22 à Ovda, les avions ravitailleurs à Ben Gourion, Al Udeid complètement vidé, 270 vols de transport – tout cela constituait le dispositif de lancement d’une frappe chirurgicale unique sur une réunion.
Désormais, chaque réunion des hauts dirigeants iraniens sera marquée par une question : Israël est-il également au courant de cela ?
Il ne s'agit pas d'une opération militaire. Il s'agit de la destruction de la confiance institutionnelle au sein d'un régime. Demain, chaque général qui rencontrera Khamenei se demandera qui a informé Jérusalem de ce qui s'est passé aujourd'hui. Chaque commandant des Gardiens de la révolution qui recevra une convocation à une réunion évaluera si sa présence est un devoir ou une condamnation à mort. Toutes les installations censées être sécurisées à Téhéran se sont révélées vulnérables.
En juin 2025, Israël a tué 30 généraux dans les premières minutes. C'était une opération de force brute menée sur des cibles dispersées. Ici, c'était une opération chirurgicale.
Une rencontre. Un instant. Des mois de patience.
En représailles, l'Iran a lancé des missiles sur six pays. La plupart ont été interceptés. Un civil a été tué par des débris à Abou Dhabi. L'Arabie saoudite a réagi en promettant de mobiliser toutes ses forces contre l'Iran. La coalition du Golfe, qui n'existait pas hier, existe aujourd'hui parce que Téhéran l'a construite en attaquant simultanément tous les pays.
Israël a troqué une matinée de frappes de précision contre la destruction permanente de la cohésion du commandement iranien.
Ce n'est pas un combat. C'est un échec et mat déguisé en premier coup.
Très intéressantes révélations du Washington Post sur le fait que MBS et les Saoudiens auraient en coulisse poussé Trump à l’intervention et à en finir, contrairement au lieu commun partagé en public.
L'Iran décrète 40 jours de deuil national suite au décès du guide suprême, le présentateur de la télévision nationale fond en larmes...
La mort de Khamenei est l’énième réplique de l’onde de choc déclenchée par l’attaque terroriste du 7 octobre.Sinwar voulait la mort de l’État juif.Il a été éliminé et avec lui, les principaux dirigeants de l’axe de la « résistance ».Spectaculaire retour de bâton stratégique.Le stratège Sinwar a entraîné tous ses complices vers la mort
Le "7 octobre" est le plus grand événement depuis le "11 septembre".Deux événements marqués par des dates et qui ont secoué le monde et réveillé deux grands pays : les USA et Israël
La France n'a toujours pas compris.
Le fils de Khamenei, Mojtaba Hosseini Hamaney, fut éliminé en même temps que son père tyrannique.
Mojtaba était le successeur de Khamenei et le plus proche candidat au titre d'ayatollah. Il était le chef de la Force de résistance Bassidj.
Le chef de l’armée iranienne, le général Hatami, affirme que le guide suprême « souhaitait le martyre » et qu’il « a réalisé son vœu », déclarant l’avoir constaté à plusieurs reprises lors de réunions privées avec lui.
Ali Khamenei (1939-2026) : de la fin d’un tyran en Iran
L’ayatollah Ali Khamenei, Guide suprême de la Révolution islamique
depuis 1989 est mort aujourd’hui 28 février 2026 dans le cadre des
attaques menées par les États-Unis et Israël contre la République
islamique afin de provoquer un changement de régime par la force.
Sa disparition, sans savoir si elle conduira à un changement de régime
par la force, à une transition vers un proche, ou vers un chaos
généralisé, marque la fin d’un pouvoir de 37 ans qui a défini et
structuré la nature du pouvoir de la République islamique.
Nous revenons sur les grandes étapes de son existence, de son enfance
pieuse au Nord de l’Iran et sa rencontre avec l’ayatollah Khomeyni
pendant des études de théologie au renforcement progressif de son
pouvoir brutal au sein du régime iranien.
Ruhollah Khomeini et Ali Khamenei dans les années 1970.
Ali Khamenei était issu d’une famille pieuse du nord-est de l’Iran.
Ali Khamenei est né en 1939 à Mashhad, principale ville du nord-est
de l’Iran et important centre religieux en raison de la présence du
mausolée de l’Imam Reza, seul Imam du chiisme duodécimain à être enterré
en Iran, les autres se trouvant principalement en Irak.
Il grandit dans une famille azérie, deuxième d’une fratrie de huit
enfants, dans une famille pieuse — son père, Seyed Javad Khamenei, était
lui-même un clerc religieux réputé à Mashhad. Plusieurs de ses frères
deviendront eux-mêmes clercs.
Il aurait des liens de parentés avec le quatrième imam chiite Ali
Zeyn-ol-Abedin, et appartiendrait à ce titre aux descendants de la
famille du Prophète, ce qui l’autorise à porter un turban noir ainsi que
le nom de seyyed.
Malgré son appartenance à une lignée prestigieuse sur le plan
religieux, Khamenei a souvent insisté dans ses discours sur la pauvreté
de sa famille durant son enfance — repas frugaux, logement modeste.
C’est un élément important car il nourrit sa rhétorique populiste et son
identification aux déshérités (mostazafin), un pilier idéologique de la République islamique.
Ali Khamenei avec son père, Seyed Javad Khamenei, un clerc religieux réputé de Mashhad après la révolution.
Entre 1957 et 1979 il se forme à la théologie, et par le biais d’une
série de rencontres militantes, il devient une figure de l’opposition à
la monarchie pahlavie.
Après des études à Machhad puis à Najaf, il s’installe à Qom,
principale ville de formation théologique en Iran, où il suit le
séminaire du grand-ayatollah Boroujerdi.
Il rencontre dans ce cadre Seyed Mojtaba Navvab Safavi, dirigeant
des Fédaïs d’islam, qui comptait instaurer un gouvernement islamique en
Iran dans les années 1940.
Il fait surtout la rencontre, décisive pour la suite, de Rouhollah Khomeyni en 1957.
Qom est en effet un important lieu de contestation des mesures de la
monarchie pahlavie, comme en 1963 contre la Réforme agraire, mais aussi
les droits des femmes et la transformation séculière de l’Iran.
Ali Khamenei est arrêté à six reprises et même banni dans une ville,
Iranchahr, en 1977 à cause de sa prédication politique, de la diffusion
de tracts et cassettes de Khomeini et de sa participation à des réseaux
clandestins d’opposition cléricale.
Sur sa formation théologique proprement dite, Khamenei n’a jamais atteint le rang de marja
(grand ayatollah et source d’imitation), ce qui a été et reste une
source de contestation de sa légitimité religieuse. Il est généralement
considéré comme hojatoleslam, un rang intermédiaire dans la
hiérarchie cléricale. C’est un point important pour comprendre les
débats ultérieurs autour de sa nomination comme Guide suprême.
Sur ses influences intellectuelles : au-delà de Khomeini, Ali
Khamenei a été marqué par des penseurs comme Sayyid Qutb, intellectuel
égyptien, principal théoricien des Frères musulmans, dont les écrits —
notamment Jalons sur la route — ont influencé l’islamisme
sunnite en prônant une rupture radicale avec les sociétés qu’il jugeait
revenues à un état d’ignorance pré-islamique (jahiliyya), et défendant l’instauration d’un gouvernement révolutionnaire au nom de l’Islam en Égypte.
Il a même traduit deux ouvrages de Sayyid Qotb, L’avenir dans les terres d’islam et Réquisitoire contre la civilisation occidentale — ce qui confirme l’influence de la pensée qotbienne sur sa vision du monde, par-delà le clivage sunnisme-chiisme.
Entre la révolution (1979) et la mort de Khomeini (1989) il connaît une impressionnante ascension.
Il rejoint Téhéran lors de la Révolution de 1979 et monte rapidement
les échelons, jusqu’à devenir Imam du vendredi à Téhéran, c’est-à-dire
responsable de la principale prière de la semaine.
Il est blessé lors d’un attentat attribué tantôt à Forqan, groupe
extrémiste islamiste, et tantôt à l’Organisation des Moudjahidines du
peuple (OMK/MEK), mouvement d’opposition armée à la République
islamique, alors qu’il prononce un sermon en 1981 et en a conservé
depuis un bras droit mutilé.
Il est ensuite élu président de la République islamique en 1981 puis
en 1985, dans un contexte où le pouvoir du président était limité par
l’autorité morale et politique incontestable du Guide suprême, Khomeyni,
jusqu’à la mort de ce dernier en 1989.
Pendant la guerre Iran-Irak (1980-1988), Ali Khamenei, alors
président de la République, a joué un rôle important dans la conduite du
conflit : il acquiert une visibilité internationale, plaide la cause
iranienne à l’ONU et auprès des pays non-alignés, se rend sur les lignes
de front, et participe aux décisions stratégiques sur la conduite de la
guerre, même si le pouvoir réel revenait au Guide suprême Rouhollah
Khomeini et aux commandants militaires, notamment les Gardiens de la
révolution.
Ali Khamenei conduit la prière à Téhéran dans les années 1980. Crédit : Michel Artault/Gamma-Rapho
Khamenei devient alors le successeur non charismatique de Khomeyni mais couronné de succès.
En 1989, à la suite de la mort de Rouhollah Khomeini, il est élu Guide suprême, alors même qu’il n’était pas considéré comme un marja-é taqlid
(ou « source d’imitation »), statut qui signifie qu’un religieux est
suivi par une communauté de croyants qui écoutent ses préceptes,
recommandations théologiques et conseils de vie pratique. La
Constitution a d’ailleurs dû être révisée la même année pour supprimer
l’exigence que le Guide soit un marja — une révision voulue par
Khomeini lui-même avant sa mort, qui souligne le caractère davantage
politique que religieux de cette désignation.
Beaucoup considèrent alors que l’homme fort du régime sera Hachemi
Rafsandjani, président de la République islamique de 1989 à 1997 et
partisan d’une ouverture commerciale du pays : le régime aurait pu se
séculariser progressivement au profit des élus et aux dépens des
autorités religieuses.
Alors qu’il est considéré moins charismatique et populaire,
disposant d’une plus faible légitimité religieuse que Khomeyni dans
l’ombre duquel il a grandi, Ali Khamenei parvient progressivement à
conforter son pouvoir et à écarter ses rivaux politiques, au point que certains considèrent qu’il est le dirigeant le plus puissant en Iran depuis Nassereddine Shah — qui a régné de 1848 à 1896.
Pour consolider son pouvoir, il renforce progressivement son
contrôle des institutions non élues — Conseil des gardiens de la
Constitution, pouvoir judiciaire, forces armées, Corps des Gardiens de
la Révolution, Fondations religieuses avec un rôle économique —,
développe son Bureau (beyt-e rahbari) comme centre de pouvoir parallèle, et met au pas ses rivaux.
L’ayatollah Ali Khamenei hospitalisé après une tentative d’assassinat
La centralité du pouvoir d’Ali Khamenei se comprend, en effet, à la
lueur des liens qu’il a tissés avec le Corps des Gardiens de la
Révolution.
Il leur accorde notamment la gestion d’importantes Fondations
religieuses, à l’instar d’Astan Qods Razavi, qui deviennent des géants
économiques, présents dans l’intégralité d’une économie fermée,
caractérisée par le clientélisme, disposant de passe-droits multiples —
échappant largement au contrôle fiscal et parlementaire, et répondant
directement au Guide —, rendus encore plus intenses par les régimes de
sanctions qui s’abattent sur le pays.
Le chercheur Afshon Ostovar propose pour décrire la relation entre le Corps des Gardiens de la Révolution et le Guide le concept de comitatus : « À l’époque classique, un comitatus était l’avant-garde ou le cercle intérieur des guerriers et des commandants de l’armée d’un roi. […] En ce sens, le Sepâh1 fonctionne comme le comitatus
d’Ali Khamenei. Ils le maintiennent au pouvoir et ne permettent à
personne de remettre en question son autorité ou sa légitimité. En
retour, il leur donne essentiellement les clés du royaume, toutes les
ressources dont ils ont besoin, tous les pouvoirs qu’ils demandent et
presque toutes les politiques qu’ils préfèrent ».
Ali Khamenei conforte également son emprise sur le pouvoir
judiciaire et parvient à faire reposer sur les présidents
démocratiquement élus la responsabilité de la répression de mouvements
contestataires, comme Mohammad Khatami en 1999.
Le pouvoir d’Ali Khamenei s’exprimait concrètement par le développement d’une administration, le Bureau du guide.
Pour Ali Vaez,
« le bureau du Guide, qui comprend 5000 personnes, est un gouvernement
fantôme de la République islamique. C’est une boîte noire. Il est encore
plus opaque que le Kremlin de la guerre froide ».
Son pouvoir ne consistait pas à prendre des décisions, à diriger le
pays ou à proposer des politiques publiques, mais à avoir le dernier mot
sur tous les sujets stratégiques, à rendre des arbitrages entre les
différents centres de pouvoirs en Iran qui existent et sont en
concurrence (Gardiens, armée, religieux, élus).
La forme qu’a prise l’exercice du pouvoir en Iran est également un reflet de plusieurs convictions idéologiques d’Ali Khamenei.
Il est arrivé au pouvoir en 1989 et a été profondément marqué par la
chute de l’URSS, dont il a tiré la conviction que toute ouverture
politique conduirait inévitablement au délitement du régime. Cette
grille de lecture peut expliquer sa réponse systématiquement répressive
et parfois extraordinairement cruelle face aux mouvements
contestataires : la révolte étudiante de 1999, le Mouvement vert de 2009
— né de la contestation de la réélection controversée de Mahmoud
Ahmadinejad et mené par son ancien rival Mir-Hossein Moussavi, assigné à
résidence depuis 2011 — (au moins 150 morts), puis le mouvement Femme, Vie, Liberté
de 2022, déclenché par la mort de Mahsa Jina Amini aux mains de la
police des mœurs (plus de 500 morts selon des ONG) ou plus récemment
avec les grandes manifestations des derniers mois qui semblent avoir été
accueillies par des massacres (certaines estimations indiquent plus de 30 000 victimes).
À chaque fois, Khamenei a interprété la contestation non comme
l’expression de revendications légitimes, mais comme une tentative de
déstabilisation orchestrée par des puissances étrangères — lecture qui
justifie à ses yeux le recours à la force et la conduite d’une guerre
contre la société.
Sa formation idéologique anti-américaine, anti-sioniste,
anti-coloniale et pro-palestinienne explique en partie l’importance qu’a
jouée l’Axe de la Résistance dans la politique étrangère de l’Iran. Sous son autorité, le régime de Téhéran a construit avec des investissements massifs un réseau d’alliés, de milices et de proxies
à travers le Moyen-Orient — le Hezbollah au Liban, le Hamas et le Jihad
islamique dans les territoires palestiniens, les milices chiites en
Irak, les Houthis au Yémen, et le soutien au régime de Bachar al-Assad
en Syrie — qui permettait de projeter sa puissance régionale bien
au-delà de ses frontières et à moindre coût.
Cet édifice s’est toutefois largement délité à partir de 2023-2024 :
l’affaiblissement considérable du Hezbollah après la guerre avec Israël
à l’automne 2024, puis la chute du régime Assad en décembre 2024, ont
privé l’Iran de ses deux piliers les plus stratégiques, remettant en
cause des décennies d’investissement géopolitique.
Par ailleurs, la confrontation longtemps indirecte entre l’Iran et Israël — menée par proxies
interposés — est devenue ouverte, avec les échanges de frappes directes
d’avril et octobre 2024, révélant au grand jour une asymétrie militaire
et technologique que la stratégie des milices avait pour fonction de
masquer. Ces revers posent la question de la pertinence d’une doctrine à
laquelle Khamenei a consacré l’essentiel de sa politique étrangère.
En dépit de convictions idéologiques très fortes, Ali Khamenei a été
capable à plusieurs reprises de prendre des décisions pragmatiques qui
ont probablement assuré la survie du régime et sa centralité dans les
jeux de pouvoir.
Dès 2012, il accepte le principe de négociations nucléaires avec les
États-Unis pour soulager un pays épuisé par les sanctions, alors même
que Mahmoud Ahmadinejad est encore président de la République. Ces
négociations aboutissent à l’accord de Vienne (JCPOA) en 2015 sous la
présidence Rohani que Khamenei a couvert politiquement tout en
maintenant une rhétorique de méfiance envers les Américains — ce qui lui
a permis de ne pas être affaibli lorsque Trump s’en est retiré en 2018.
En 2024, à la suite de la mort de Ebrahim Raisi dans un accident
d’hélicoptère, il ne s’oppose pas à l’élection du candidat réformateur
Massoud Pezechkian – conscient peut-être d’une nécessité à éviter que le
mouvement Femme, vie, liberté conduise à un renversement complet de son autorité.
Pour Afshon Ostovar,
Ali Khamenei avait souvent une attitude plus pragmatiste et de relative
modération vis-à-vis d’un certain nombre de militaires qui seraient
prêts à prendre davantage de risques dans la confrontation avec Israël
et les États-Unis : « Si dans une pièce se trouve un grand nombre de
généraux tête brûlée qui veulent attaquer, il est celui qui invitera à
ne pas tomber dans le piège de l’adversaire ».
Le prochain Guide suprême de la République devrait être choisi par
l’Assemblée des Experts, chambre haute de la République islamique,
composée de clercs, pour la plupart très âgés, et dont une partie est
nommée directement par le Guide actuel.
Depuis la mort d’Ebrahim Raisi, le candidat le plus souvent évoqué
pour la succession d’Ali Khamenei est son fils, Mojtaba Khamenei, déjà
considéré comme un acteur central du pouvoir iranien.
Toutefois, son choix reviendrait à réinstaurer une logique
monarchique au sein d’un régime qui s’est construit contre la monarchie
pahlavie qu’il avait renversée.
Ali Vaez considérait
que la solution la plus probable serait de choisir un Guide qui ne soit
pas « suprême », qui n’ait pas de base de pouvoir propre, ce qui
permettrait à Mojtaba Khamenei de continuer à jouer un rôle central dans
le Bureau du Guide. Cette hypothèse a cependant été formulée avant la
mort de tous les commandants des Gardiens, proches de Mojtaba Khamenei.
La mort du Guide est présentée par les autorités américaines et
israéliennes comme une étape dans le cadre d’un changement de régime
imposé par l’extérieur, sans qu’une alternative politique soit
identifiable à ce stade :
Le fils du Shah d’Iran, Reza Pahlavi, est présenté comme une possible solution d’alternance, mais il ne dispose pas de soutien organisé au sein du pays où il n’est pas retourné depuis 1978.
Une solution de continuité pourrait conduire l’Assemblée des Experts
nomme un des apparatchiks du régime qui pourraient devenir Guide, comme
Ali Larijani, ancien ministre et conseiller du Guide, Alireza Arafi,
membre du Conseil des gardiens ; Hojjat-ol-Eslam Mohsen Qomi, conseiller
du Guide ; Mohsen Araki, membre du Conseil de discernement ainsi que
Hashem Hosseini Bushehri, imam de la prière du vendredi à Qom 2.
L’hypothèse d’un soulèvement populaire en Iran
semble encore difficile à imaginer à ce stade, car la population ne
dispose pas d’armes et vient d’être réprimée très brutalement par les forces du régime, en bonne partie formées à la lutte révolutionnaire et aux stratégies d’insurrection.
Pierre Ramond est responsable des séminaires, tables
rondes et rencontres du Grand Continent. Après une scolarité à l'École
normale supérieure (A/L 2015) au cours de laquelle il a étudié la
philosophie, la science politique et le persan, il effectue aujourd'hui
une thèse sur la diplomatie européenne sous la direction d'Alexandre
Kazerouni et de Christian Lequesne.
Ali Khamenei et Maduro, ou la fin de l’incantation.
En quelques mois, les États-Unis ont mis à terre deux des dictateurs les plus cruels de notre époque.
Appuyé par son allié israélien, le président des USA a accompli en peu de temps ce que le monde libre se contentait d'appeler de ses vœux depuis des années — à grand renfort de tweets, de publications Facebook et de discours à l'ONU.
C’est une rupture majeure dans la politique étrangère des démocraties : la fin des incantations et la reprise de l’action.
En Europe, à quelques exceptions près, on peine encore à admettre que le monde a changé.
Les nations libres ne sont plus perçues comme des modèles mais comme des ennemis à abattre précisément parce qu’elles incarnent l’universalisme, l’égalité entre les femmes et les hommes et les principes démocratiques.
Ces fondamentaux sont désormais combattus par une haine nourrie par le rejet de la pensée occidentale issue des Lumières et qui a dominé le monde ces derniers siècles.
La plus grande erreur d’une partie de l’Occident — notamment à gauche, mais pas uniquement — est de croire que ceux qui nous menacent respectent les mêmes règles que nous.Avons-nous toujours bien agi ?Évidemment que non.Mais à quoi ressemblerait le monde aujourd’hui si Ben Laden était encore en vie et Al-Qaïda toujours opérationnel ?
La démocratie se défend aussi et parfois par la force, avec les conséquences difficiles que cela impose.Mais croyez que le dialogue diplomatique permanent serait l’unique programme, et la culpabilisation l’unique argument, est une illusion.La paix ne s'obtient pas ainsi quand l'interlocuteur n'en veut pas.
Cela explique en partie la faillite du droit international, devenu un simple instrument que chacun brandit au gré de ses intérêts.
Je comprends que ce constat soit difficile à entendre pour une génération qui n’a connu que la quiétude et s’imagine qu’il suffit de l’invoquer à New-York pour qu’elle sorte du chapeau.
Mais nos parents n’ont connu cette stabilité que parce qu’un ordre suffisamment puissant existait pour dissuader ses adversaires.
Cet équilibre aujourd’hui vacille : l’évolution démographique, la repentance systématique et certains récits décoloniaux ont alimenté la défiance envers un modèle qui a pourtant généré un progrès économique et social inédit dans l’histoire humaine.
Nous sommes aujourd’hui les héritiers de ce modèle.Notre responsabilité est donc de le protéger — sans nier ses dérives — mais en reconnaissant qu'il demeure celui qui permet le mieux l'épanouissement des individus.Et oui, cela implique de sortir de notre zone de confort.
Le parallèle avec ce qui traverse la NouvelleCalédonie est d’ailleurs frappant.
On y retrouve les défenseurs de la démocratie, ses adversaires déclarés, et un "ventre mou" qui se berce d'incantations pour résoudre les crises.
Les déclarations de ces derniers jours sur le territoire le démontrent :
-D'un côté, les candidats loyalistes aux municipales défendent tous les Calédoniens désireux de vivre en sécurité et en harmonie les uns avec les autres.
-
De l'autre, les responsables de la CCAT, lors des manifestations contre Bougival, contestent les fondements démocratiques pour leur opposer les règles coutumières.
-Enfin, le ventre mou nous parle de "sentiment" d'insécurité et invoque le dialogue comme seule mesure concrète, sans savoir quoi répondre à ceux qui refusent justement de discuter.
Nous vivons à notre échelle ce que vit le monde.C’est le combat de notre époque : préserver nos démocraties ou les voir mourir.
En attendant de savoir de quel côté basculera l’Histoire, ce soir je lèverai mon verre aux #Iraniennes particulièrement.Persécutées, violées et abattues parce qu'elles voulaient être libres.
Elles auront fini par gagner.
Le 1er objectif : la sidération des challengers.Il faut mesurer l’ampleur de la domination opérationnelle des États-Unis, capable de maîtriser des théâtres d’opérations successives, éloignées et hétérogènes.Après le Venezuela en janvier, puis des opérations à l’autre bout du globe, la démonstration est exceptionnelle.Cuba ferait sans doute bien de s’en inquiéter.
Comme au Venezuela, les États-Unis ont neutralisé en un temps très court le système d’interdiction de zone iranienne, et ce malgré la profondeur stratégique du territoire.C’est encore un revers majeur pour le Kremlin : l’allié iranien avait bâti son système de défense aérienne et de commandement autour d’architectures matérielles et logicielles russes.
Qu’il s’agisse des États-Unis face au Venezuela ou d’Israël face à l’axe Hezbollah-Iran, l’écart technologique rappelle celui qui séparait l’Europe du reste du monde au XIXᵉ siècle.
Le séquençage des frappes est également révélateur.Les premières ont visé le démantèlement du système aérien, afin d’ouvrir un véritable couloir d’accès par l’ouest, ce qui suggère la préparation de frappes multiples et modulables, et non d’un raid ponctuel.Donald Trump s’est ainsi donné une capacité d’ajustement stratégique en fonction de l’évolution de la situation.
Le principal moteur de Donald Trump reste toutefois interne : les marchés financiers🇺🇸.
Tant que la bourse se maintient, l’opinion demeure stable.Dans une région aussi inflammable, il ne peut se permettre un blocage du détroit d’Ormuz, ce qui implique soit la soumission contrôlée du régime, par l’émergence de figures coopératives comme au Venezuela, soit sa chute par la rue.
Cette deuxième option est extrêmement risquée.L’Iran est une mosaïque ethnique : moins des deux niveaux de la population est perse, et environ 10 % restent un soutien idéologique pendant le régime.
Une guerre civile est plausible, d’autant que le pouvoir a méthodiquement détruit toute opposition structurée capable de prendre le relais.
La première option offrirait aux États-Unis, après le Venezuela, un levier majeur sur les réserves mondiales d’hydrocarbures, permettant d’influencer les prix du pétrole et de renforcer la pression stratégique sur la Chine.
La seconde, bien que chaotique, resterait acceptable d’un point de vue géostratégique : elle empêcherait l’émergence d’un État iranien fort capable de fermer Ormuz, tout en fixant durablement la Russie et la Chine en Asie centrale, contraintes d’y mobiliser des ressources considérables pour y éviter un embrasement.
Patrick Edery
Arafi au centre du dispositif : La succession iranienne entre continuité cléricale, verrouillage institutionnel et équilibre de puissance
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
Une nomination qui dépasse la procédure
L’entrée de l’ayatollah Alireza Arafi dans le Conseil directeur intérimaire ne doit pas être lue comme une simple formalité constitutionnelle. Elle révèle au contraire la logique profonde du système iranien dans une phase de vulnérabilité extrême : lorsque le sommet vacille, la République islamique ne cherche pas…
Une nomination qui dépasse la procédure
L’entrée de l’ayatollah Alireza Arafi dans le Conseil directeur
intérimaire ne doit pas être lue comme une simple formalité
constitutionnelle. Elle révèle au contraire la logique profonde du
système iranien dans une phase de vulnérabilité extrême : lorsque le
sommet vacille, la République islamique ne cherche pas d’abord un
visage, mais un mécanisme de continuité. Dans ce cadre, la présence
conjointe du président Masoud Pezeshkian, du chef du pouvoir judiciaire
et d’Arafi dessine une architecture très précise : l’exécutif pour
l’administration courante, l’appareil judiciaire pour le contrôle
coercitif, et le clergé institutionnel pour la légitimation doctrinale.
Arafi n’est donc pas un troisième homme ajouté pour l’équilibre
symbolique. Il est le maillon qui empêche que la transition ne glisse
vers une simple compétition entre factions politiques ou vers une
prééminence exclusive des appareils sécuritaires. Sa fonction est de
rappeler que, même dans la crise, la souveraineté ultime du régime reste
fondée sur une synthèse entre droit religieux, appareil constitutionnel
et contrôle idéologique.
Le choix d’un homme de système, non d’un homme de rupture
Le point essentiel est là : Arafi n’incarne ni une ligne de réforme,
ni une ligne de confrontation ouverte, ni une ambition personnelle de
nature populiste. Il représente le cœur administratif du clergé d’État.
C’est précisément ce qui le rend précieux dans une phase de succession.
Le régime n’a pas besoin, à ce moment, d’un acteur qui redistribue les
cartes ; il a besoin d’un garant qui empêche la table d’être renversée.
Dans l’histoire de la République islamique, les périodes de
transition ont toujours été des moments où le véritable enjeu n’était
pas seulement la désignation d’un successeur, mais la préservation de la
cohérence du bloc dominant. Arafi appartient à cette catégorie d’hommes
qui rassurent les centres de décision parce qu’ils n’introduisent pas
d’incertitude supplémentaire. Son profil est bureaucratique au sens fort
: il n’est pas faible, il est calibré.
Le clergé comme instrument de puissance intérieure
Pour comprendre son importance, il faut sortir d’une lecture
occidentale trop étroite qui verrait dans le clergé iranien un simple
corps religieux. En Iran, le clergé institutionnel est une structure de
reproduction du pouvoir. Les séminaires, les centres doctrinaux, les
réseaux de formation, les organes de validation religieuse ne sont pas
séparés de l’État : ils en constituent une profondeur stratégique.
Arafi, formé à Qom et inséré depuis longtemps dans l’administration
religieuse, appartient précisément à cette couche qui organise la
continuité du système. Son poids ne vient pas d’un charisme de masse,
mais du fait qu’il maîtrise l’infrastructure intellectuelle et normative
du régime. Contrôler la formation du clergé, orienter les institutions
de savoir religieux, participer à la définition de l’orthodoxie, c’est
contrôler une partie de la fabrique de la légitimité. Dans une phase
post-Khamenei, cette fonction devient décisive, car la crise de
succession n’est pas seulement politique : elle est aussi une crise
potentielle de validité symbolique.
Conseil des gardiens et Assemblée des experts : la double clé du système
Ce qui donne à Arafi une valeur géopolitique et institutionnelle
supérieure est son appartenance aux deux structures qui encadrent la
souveraineté réelle du régime. Le Conseil des gardiens est bien
davantage qu’un organe de contrôle constitutionnel : il est le filtre du
champ politique. Il décide qui peut concourir, quelles lois sont
recevables, quelles limites ne peuvent être franchies. Il ne gère pas la
pluralité, il la discipline.
L’Assemblée des experts, de son côté, est l’organe chargé de désigner
la Guide suprême. En théorie, elle incarne la transmission légale du
sommet. En pratique, elle ne choisit jamais dans un vide politique :
elle agit dans un rapport de forces entre clergé, appareils
sécuritaires, réseaux institutionnels et intérêts du régime profond.
Le fait qu’Arafi appartienne à ces deux enceintes, puis entre dans le
Conseil intérimaire, signifie qu’il se trouve à l’intersection de trois
niveaux : la gestion de l’urgence, la régulation du champ politique, et
la préparation de la succession. Peu d’acteurs disposent d’une telle
centralité sans être eux-mêmes des figures surexposées.
Toute nomination de cette nature est aussi un message adressé aux
Gardiens de la Révolution. Les Pasdarans constituent depuis longtemps
bien plus qu’un appareil militaire : ils sont une force
politico-économique, sécuritaire et stratégique, avec une capacité
considérable d’influence sur la direction du régime. Or, dans un moment
de transition, le risque principal serait que la succession apparaisse
comme un basculement vers une domination trop visible du pôle
sécuritaire.
En plaçant Arafi dans le triumvirat, le système envoie un signal
d’équilibre : la force des appareils de coercition demeure, mais elle ne
peut pas se substituer ouvertement à la matrice cléricale du régime.
Autrement dit, la transition doit rester encadrée par une légitimité
religieuse et constitutionnelle, même si, dans les faits, les Pasdarans
pèseront lourdement sur l’issue.
Arafi joue ici le rôle d’un contrepoids institutionnel. Non pas
contre les Pasdarans au sens d’une opposition, mais comme rappel que la
République islamique ne veut pas apparaître comme un pur régime de
caserne. Elle entend maintenir la fiction structurante — et en partie la
réalité — d’un ordre où la force reste couverte par la norme
religieuse.
Le calcul interne : éviter la fragmentation
La nomination d’Arafi traduit aussi une peur centrale du système : la
fragmentation. Dans la phase post-Khamenei, le danger le plus grave
n’est pas seulement une contestation venue de l’extérieur ou de la rue,
mais l’ouverture d’une compétition désordonnée entre blocs internes :
conservateurs institutionnels, réseaux du clergé, appareil présidentiel,
magistrature, Pasdarans, services, fondations économiques.
Face à ce risque, Arafi représente une figure de basse température
politique. Il ne surchauffe pas le jeu. Il n’élargit pas le conflit
entre factions. Il crée un point de stabilité. C’est précisément pour
cela qu’il est utile : il n’est pas l’homme qui tranche de manière
spectaculaire, mais celui qui permet au système de gagner du temps, de
refermer les lignes de fracture et de conduire la transition à
l’intérieur d’un périmètre contrôlé.
Sur le plan extérieur, cette nomination remplit également une
fonction de signal. L’Iran veut montrer à ses adversaires, à ses
partenaires et aux puissances régionales que le régime conserve une
chaîne de commandement et une capacité d’auto-reproduction. Dans une
période de tension militaire, de pression internationale et
d’incertitude stratégique, il s’agit de dissuader l’idée d’un vide de
pouvoir exploitable.
Le message est clair : même si le sommet est fragilisé, la structure
demeure. En ce sens, Arafi est un instrument de continuité stratégique.
Sa présence rassure l’appareil intérieur, mais elle sert aussi à
l’extérieur à projeter une image d’ordre institutionnel. Pour les rivaux
régionaux comme pour les puissances occidentales, cela signifie que la
succession ne sera pas nécessairement synonyme de désagrégation
immédiate, mais plutôt d’un resserrement défensif du noyau dirigeant.
Ce qu’Arafi représente vraiment
Arafi n’est peut-être pas l’héritier final. Il n’est pas forcément
l’homme appelé à incarner le futur visage suprême du régime. Mais il est
d’ores et déjà l’un des gardiens du cadre dans lequel ce futur visage
devra être choisi. Et c’est parfois un pouvoir plus décisif encore.
Il représente la volonté de maintenir la succession à l’intérieur du
cercle fermé de l’establishment clérical et institutionnel, sous
surveillance, sans ouverture incontrôlée, sans césure idéologique, sans
basculement brutal vers une domination exclusivement militaire. Il est
le signe que, dans la République islamique, le moment de crise ne
produit pas automatiquement du changement ; il produit d’abord une
intensification du réflexe de conservation.
Au fond, Arafi incarne moins un homme qu’une méthode : préserver,
filtrer, verrouiller, transmettre. Et dans l’Iran de l’après-Khamenei,
cette méthode peut compter davantage que n’importe quel nom.
Tous les États sont criminels par nature, car chacun d'eux représente un monopole de la violence initiée sur un territoire donné.
En s'érigeant en juges ultimes de tous les conflits (dont ceux qu'ils provoquent), ils s'extraient donc du droit naturel et violent le nôtre. Cependant, une symbiose étatique se distingue particulièrement par sa capacité de violence et son ignominie : j'ai nommé l'axe Washington-Tel Aviv. Une fusion rendue plus manifeste que jamais par les dossiers Epstein, et plus encore par ses alignements militaires successifs.
D'un côté, une force de frappe massive alimentée par le privilège du dollar, permettant à l'Empire de projeter sa violence à moindre frais. De l'autre, une entité politique dont la légitimité repose sur un socle ethnique et un liant historique religieux, mais dont la survie dépend d'un moteur sécuritaire devenu produit d'exportation. L'appareil d'État américain servant de bras armé et de bouclier à Israël par ailleurs. Nous sommes donc face à une superstructure de domination qu'il faudra rendre obsolète par notre capacité à la grand remplacer.
Là est l'important : le paradigme politique que nous subissons n'est pas une fatalité. En fait, le mode d'organisation des sociétés humaines n'est jamais que la projection de la maturité éthique, de la prospérité et des coutumes des individus qui la composent. Il en va de même à plus haute échelle. Le chaos mondial en cours est alors le symptôme d'un mimétisme de masse. À force de déléguer notre Liberté à des structures centralisées, nous avons écarté la possibilité d'ordres sociaux volontaires et concurrents pour laisser place à ce giga-cartel.
Arthur Hominès
LE RÔLE OBSCUR DE LA FRANCE AVEC L'AYATOLLAH KHOMEINI 🇫🇷🇮🇷
Depuis quelques jours, on voit émerger des images d'archives de Khomeini en France, avant son intronisation. Mais que faisait-il en France ?
Les origines de Khomeini
Issu d'une famille de religieux chiite, il fait ses études religieuses à Qom et devient un grand savant chiite, critiquant la modernisation et la proximité occidentale du Shah. Il est condamné à l'exil en Irak.
L'exil en Irak 🏃♂️➡️
En Irak, il se réfugie à Najaf, ville sainte chiite, où il continue ses prêches anti-Shah et distribue des messages et cassettes audio dans les mosquées d'Iran.
En 1978, il est chassé d'Irak par Saddam Hussein
L'exil en France 🏃♂️➡️🇫🇷
Chassé d'Irak et refusé de tous les pays musulmans, il décide de partir pour le seul pays où obtenir un visa touristique est simple et rapide, avec une excellente couverture médiatique internationale: la France
Le point de vue de l'État 🇫🇷
Les services secrets et les conseillers de Giscard se méfient de l'ayatollah, pensent qu'il est dangereux, sauf Michel Poniatowski qui conseillera à Giscard de lui laisser sa chance.
Grave erreur. (Giscard a sa part de responsabilité. Mais il ne faut oublier ni le lobby anglais du pétrole, éternellement haineux de la nationalisation, ni Carter qui pensait qu'un islamiste serait un meilleur anticommuniste que le Shah.
Mais les US ont compris leur erreur, pas la France.)
Neauphle-Le-Château
Le 7 octobre 1978, Khomeini atterrit en France.
Le 10 octobre, il s'installe à Neauphle-Le-Chateau, dans la maison d'un universitaire iranien.
C'est ici qu'il coordonnera sa révolution islamique
Une fenêtre médiatique énorme
Depuis sa maison de Neauphle-le-Château, Khomeini reçoit journalistes, militants et opposants iraniens.
Ses messages sont enregistrés, copiés, envoyés clandestinement en Iran.
Un Gandhi musulman?
Les journalistes et intellectuels de gauche (Sartre, Foucault, De Beauvoir..) ont construit une image erronée de Khomeini, en faisant un démocrate musulman, pacifiste.
Grave erreur, il s'agissait du plus grand théocrate autoritaire du 20e siècle.
L'abandon de Giscard
Influencé par son conseiller Poniatowski, la pression médiatique et la répression en Iran, Giscard abandonne le Shah et laisse sa chance à Khomeini
Ce qu'il va faire ensuite va être déterminant pour la fin du régime du Shah . (Il faut noter que depuis mars 1977, Poniatowski n'avait plus aucune fonction dans l'exécutif. Son avis n'engageait donc personne. De plus Khomeini est resté moins de 4 mois en France. Le shah est mort 16 mois après le retour de Khomeini d'un cancer détecté 5 ans plutôt.)
La conférence de Guadeloupe
Giscard convoque les présidents américains et allemands ainsi que le PM britannique en Guadeloupe le 4 janvier 1979.
Il va les convaincre d'abandonner définitivement les soutiens au Shah, ce qui va être un tournant pour la suite
Le départ de Khomeini
Grâce à sa couverture médiatique et à ses cassettes audio, les soutiens iraniens de Khomeini grossissent et attendent de pied ferme l'ayatollah. Il ne manque plus que Khomeini, que la France va amener sur un plateau d'argent
L'avion Air France
La France offre un aller simple le 1er février à Khomeini dans un avion Air France, avec journalistes pour couvrir son arrivée triomphale en Iran.
La révolution islamique commence
CONCLUSION
La France est complice de la révolution islamique, de l'arrivée au pouvoir de Khomeini, et de ce fait, des 50 ans de malheur qu'a subi le peuple iranien. (La France va devoir rendre des comptes et s'excuser auprès de l'Iran libre)