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mars 27, 2026

Ne pas attaquer celui qui peut, en retour, vous détruire; les États, pas que, aussi nos vies !

Ne jamais attaquer sans être préparé au pire. 

Il est des règles simples que l’Histoire ne cesse de répéter, sans que jamais nous ne les écoutions vraiment. Parmi elles : ne jamais attaquer sans être préparé au pire.

Nous vivons dans un monde où les rapports de force ne sont plus là où on les croit. Les puissances ne se mesurent plus seulement en divisions blindées, en budgets militaires ou en nombre de porte-avions. Elles se cachent dans les interstices des chaînes de valeur, dans les détroits maritimes, dans les dépendances invisibles que nous avons nous-mêmes construites. Le pouvoir n’est plus frontal ; il est oblique. Il ne frappe pas là où l’on regarde, mais là où l’on dépend.

 

 

La Chine l’a compris mieux que quiconque. Attaquée commercialement par les États-Unis, sommée de plier sous le poids des droits de douane, des restrictions technologiques, des sanctions visant ses entreprises les plus emblématiques, elle aurait pu répondre symétriquement. Elle ne l’a pas fait. Elle a choisi un autre terrain. Celui où elle est indispensable. Celui où, silencieusement, elle tient en laisse le reste du monde. Car la Chine ne produit pas seulement des biens ; elle contrôle les conditions mêmes de leur production. Elle raffine l’essentiel des terres rares, ces matériaux sans lesquels aucune transition énergétique n’est possible, aucun avion moderne ne peut voler, aucun missile ne peut être guidé. Elle domine les chaînes de fabrication des batteries, détient des positions clé dans l’accès aux minerais stratégiques, du cobalt congolais au lithium sud-américain. Elle peut ralentir, orienter, suspendre. Elle peut, sans tirer un seul coup de feu, désorganiser des économies entières. Aussi, lorsqu’elle évoque, face aux droits de douane du président américain, la possibilité de restreindre ses exportations de gallium, de germanium ou de graphite, elle rappelle que la riposte la plus efficace n’est pas celle qui répond coup pour coup, mais celle qui frappe là où l’adversaire ne peut pas se défendre.

Face à cela, les États-Unis ont hésité, reculé, contourné. Ils n’étaient pas préparés au pire. Ils n’imaginaient pas que la Chine pouvait ruiner en quelques mois l’essentiel de leurs entreprises. Ils tentent maintenant de reconstruire une souveraineté industrielle et technologique qu’ils ont, par excès d’orgueil, laissé se déliter. Mais cette reconstruction prendra des décennies. La dépendance, elle, est immédiate. Pourtant, la Chine, conscience de cette force absolue, n’a pas cherché à exploiter jusqu’au bout cette arme fatale ; Parce qu’elle sait que sa puissance repose aussi sur la stabilité du système. Parce qu’elle pense le temps long.

L’Iran, lui, joue une autre partition. Plus brutale, plus risquée, mais fondée sur la même logique. Attaqué militairement, menacé dans son existence même, le régime des mollahs et des pasdarans ne cherche pas seulement à rivaliser frontalement avec une puissance infiniment supérieure. Il déplace le conflit pour survivre. Il choisit son terrain. Le détroit d’Ormuz, dont le président américain semblait ignorer l’existence : un passage étroit, à peine une cicatrice dans la géographie du monde, qui voit transiter près d’un cinquième du pétrole mondial et tout ce qui alimente les pays qui le bordent. Le fermer, même sélectivement, suffit à faire trembler, et s’il se prolonge, à provoquer une récession et une inflation pouvant abattre l’économie planétaire. Pour cela, il suffit au régime iranien de disposer de quelques mines marines, quelques vedettes rapides, quelques missiles côtiers et drones, et le relais de quelques groupes, tels les Houtis. Et là où la Chine retient sa main parce qu’elle se sait forte, l’Iran des mollahs, menacé de disparaître, pourrait être tenté de s’en servir pleinement pour obtenir le départ des Américains de la région. Et plus encore.

Cela rappelle une évidence, que rappelait récemment Niall Ferguson dans une conversation privée :  la puissance n’est jamais symétrique. Elle est faite de dépendances croisées, d’équilibres instables, de vulnérabilités cachées. Le Vietnam l’avait montré face aux États-Unis. La Russie l’avait montré face à l’Europe en utilisant le gaz comme levier politique. Tant d’autres exemples, à travers les siècles, disent la même chose : le point faible du fort est toujours là où il ne regarde pas.

À cela s’ajoute une autre évidence, tout aussi souvent oubliée : l’adversaire est presque toujours un partenaire. La Chine est le premier partenaire commercial des États-Unis. L’Iran, malgré l’horreur du régime, et sa volonté de détruire son peuple plutôt que de disparaître, est un acteur énergétique majeur, une grande puissance en devenir. Et on ne peut l’attaquer sérieusement qu’en connaissance des risques qu’on prend en le faisant.

De ces deux situations, si différentes en apparence, émerge une même loi. Une loi que la guerre froide avait déjà élevée au rang de doctrine : la dissuasion. Ne pas attaquer celui qui peut, en retour, vous détruire sans peser ce risque. Même s’il est plus faible. Surtout, s’il est plus faible.

Cette logique n’est pas seulement celle des États. Elle est aussi celle de nos vies :

Avant penser à attaquer un concurrent, de quelque nature qu’il soit, sur un marché ou dans la vie privée, il faut commencer par identifier ce qui, chez soi, peut être atteint. Comprendre ce que l’autre peut détruire sans se détruire lui-même. Évaluer non pas sa force apparente, mais sa capacité réelle de nuisance. Être préparé à subir les conséquences des risques pris. Et ne se lancer dans la bataille que lorsque que celle-ci en vaut la peine, surtout pour la défense de valeurs.

Dans la littérature comme au cinéma, les tragédies naissent souvent de cette erreur originelle : attaquer celui dont on ignore la puissance cachée sans disposer des moyens de contre-attaque. Macbeth, en voulant sécuriser son pouvoir, déclenche les forces qui le condamneront. Dans Le Parrain, ceux qui pensent affaiblir les Corleone provoquent une guerre qu’ils ne maîtrisent plus et qui conduit à leur destruction.

La sagesse ne consiste pas à éviter tout conflit. Elle consiste à savoir lesquels méritent d’être engagés et à évaluer lucidement les risques qu’on est prêt à courir.

https://www.attali.com/geopolitique/ne-jamais-attaquer-sans-etre-prepare-au-pire/ 


 

Qui sera le vainqueur de cette guerre ?

Les États-Unis, Israël et leurs alliés vont-ils gagner contre le régime terroriste iranien ou devront-ils se résigner à un statu quo permettant à ce régime de reconstituer ses forces ? Poser ainsi la question du sort des armes, c’est confondre le bruit et l’Histoire, la scène et les coulisses. Car le vrai vainqueur de cette guerre ne sera ni les États-Unis ni l’Iran. Ce sera la Chine.
Il suffit, pour le comprendre, de se souvenir d’une constante de l’histoire géopolitique : quand une superpuissance est attaquée par un rival, c’est presque toujours une troisième puissance, qui s’est tenue à l’écart du conflit, qui finit par l’emporter. Ainsi, quand la France de Louis XIV, puis celle de Louis XV, s’épuisa à tenter d’écraser les Provinces-Unies, alors première puissance occidentale, à guerroyer pour des successions espagnoles et à dilapider ses finances, c’est la Grande-Bretagne, prudemment à l’écart, tout occupée à commercer, qui ramassa l’héritage et bâtit le premier empire mondial. Un siècle plus tard, quand l’Allemagne wilhelmienne défia la domination maritime et coloniale de la Grande-Bretagne, ce sont les États-Unis, délibérément isolationnistes, qui en profitèrent pour s’industrialiser à marche forcée et prendre le relais de la superpuissance. La logique est implacable : La puissance qui combat use ses ressources, sa jeunesse, sa créativité, ses finances. Celle qui observe accumule capital, technologie, brevets et influence.
Et aujourd’hui ? La guerre en Iran pourrait achever de ruiner l’Amérique. La seule première semaine du conflit avec l’Iran aurait coûté environ 7 milliards de dollars au budget fédéral dont 4 milliards en munitions seules, sans que l’industrie d’armement américaine ne soit capable d’en produire autant que nécessaire ; et arrêter la guerre aujourd’hui n’est plus possible sans l’accord des Iraniens qui tiennent le détroit d’Ormuz, menacent de détruire les usines de désalinisation de la région et peuvent bloquer, au moins provisoirement, l’économie mondiale. Par ailleurs, l’essentiel des ressources financières privées et publiques des États-Unis est monopolisé pour construire des centres de données géants, dont la Maison-Blanche affirme, sans preuve, qu’ils vont garantir « la domination américaine dans l’intelligence artificielle ».
Quand les Etats-Unis se lancent ainsi dans des dépenses folles sans plan cohérent et dans le seul intérêt de quelques milliardaires, et quand ils gaspillent , dans une guerre aux buts incertains et aux résultats plus qu’aléatoires, , des ressources financières et des matériaux critiques dont ils auraient cruellement besoin, par ailleurs, la Chine , elle, (qui va souffrir provisoirement de la rupture de ses approvisionnements venant du Golfe Persique) forme des ingénieurs, construit des robots, installe des parcs solaires, noue des accords commerciaux sur tous les continents et attend que l’Histoire, une nouvelle fois, donne raison à la patience et en fasse la première puissance mondiale.
De cela, elle, ne s’en cache pas : Elle vient d’annoncer dans son 15e Plan quinquennal (2026–2030), sept priorités, formant un vrai projet civilisationnel, effaçant la frontière entre technologies civile et militaire : Intelligence artificielle appliquée à l’industrie ; robotique humanoïde ; interfaces cerveau-machine ; informatique quantique ; semi-conducteurs avancés ; la 6 G ; et enfin la fusion nucléaire et transition énergétique. Derrière chacun de ces piliers se cachent des applications militaires directes : par exemple, la robotique humanoïde permettra de produire des drones de combat, des systèmes autonomes terrestres, des robots de déminage, et des robots sentinelles. L’informatique quantique sera déterminante pour la cryptographie militaire et la détection des sous-marins. Et l’interface cerveau-machine, qui permet déjà à des paralytiques de contrôler des bras robotiques, permettra bientôt à un être humain de commander une machine, un avion de combat, ou un drone par la seule pensée, sans langage, sans clavier, sans écran, en utilisant le fantastique potentiel du cerveau humain qui traite en parallèle des milliards d’informations, ce qu’aucun ordinateur actuel ne peut simuler, et qui lui permettra de vaincre dans la fantastique bataille qui commence pour contrôler l’attention des gens.
De tout cela, les États-Unis, pris dans leurs fantasmes de LLM et de data centers, sont très éloignés.
L’Europe a encore les moyens de ne pas se laisser entraîner dans la débâcle américaine : Étant proche de la ligne de front ukrainienne, elle peut développer bien mieux que les États-Unis les armements nécessaires aux guerres modernes, dont manquent cruellement les Américains face à l’Iran. Elle devrait pour cela développer des drones intelligents plutôt qu’une prochaine génération d’avions de combat, des systèmes de contrôle de l’attention plutôt que des armes nucléaires déjà en surnombre. Elle a aussi tous les moyens de se lancer, d’une façon sérieuse et continue dans les domaines dont la Chine vient de faire ses priorités, tels la robotique et ses interfaces avec le cerveau humain. Elle devra développer des sources d’énergie nucléaire et renouvelables. Pour prendre conscience de tout cela, il faudrait que le nouveau plan quinquennal chinois soit étudié dans toutes les universités, entreprises et administrations européennes. Non pour imiter la Chine (son modèle politique n’est ni exportable ni désirable) mais pour comprendre ce qu’est une stratégie de civilisation, et avoir le courage d’en construire une.
L’Europe peut aussi mieux que personne développer des domaines stratégiques essentiels, que la Chine et les États-Unis négligent : la sécurité écologique, l’alimentation saine, l’eau potable. Car la souveraineté et la puissance au XXIe siècle ne se mesureront pas seulement en missiles, en microprocesseurs et en robots. Elle se mesurera en litres d’eau potable disponible par habitant, en rendements agricoles sans dépendance aux engrais azotés, et en biodiversité des sols. Pour gagner la guerre d’après-demain, il faut se préoccuper de la santé, de l’alimentation, de l’eau, de la biodiversité, de la vie. Si elle s’en préoccupe, l’Europe pourrait transformer ces défis écologiques en emplois et en industries d’avenir telle que la gestion intelligente de l’eau et des déchets, la régénération des sols, les semences adaptées au changement climatique et les systèmes alimentaires circulaires.
Encore faudrait-il avoir un projet de civilisation et une vraie mobilisation pour le défendre.

https://www.attali.com/geopolitique/qui-sera-le-vainqueur-de-cette-guerre/

Peut-on encore éviter la troisième guerre mondiale ?

Depuis 1945, l’humanité vit sous l’ombre portée d’un troisième embrasement. On l’a redouté dans la confrontation entre capitalisme et communisme, frôlant l’apocalypse nucléaire à au moins deux reprises, jusqu’à ce que l’implosion de l’Union soviétique referme provisoirement ce cycle. On osa alors espérer une paix perpétuelle, illusion qui occultait la tectonique profonde des ressentiments des peuples.

C’est dans ces profondeurs que se forge aujourd’hui le prochain cataclysme ; dans les soubassements idéologiques, religieux et nationalistes de toutes les sociétés, dans les amphithéâtres universitaires comme dans les remugles des réseaux sociaux. Il n’opposera plus le marxisme-léninisme au libéralisme judéo-chrétien, mais l’Occident tout entier aux multitudes qui se vivent comme les sujets de son impitoyable empire.

En apparence, pourtant, pour le moment, rien de tel ; on ne voit que des conflits soigneusement cloisonnés : la guerre de tranchée russo-ukrainienne, les déflagrations entre Israël et l’Iran, les turbulences afghano-pakistanaises, les insurrections sahéliennes, la tension létale autour du détroit de Taïwan. Les belligérants de chacun de ces conflits n’ont, à première vue, aucun intérêt opérationnel à s’immiscer dans les guerres des autres : Moscou et Pékin n’ont pas vocation à croiser le fer avec Tel-Aviv, Riyad n’a aucun contentieux avec Pékin, Islamabad ne nourrit aucune ambition au Sahel.

La fragmentation des théâtres interdirait donc toute agrégation en un conflit systémique. Nous serions, en apparence, à bonne distance du précipice.

Et pourtant, un observateur averti perçoit sous cette surface fragmentée la présence impitoyable des empires, la lente convergence des haines à la recherche d’une grammaire commune. Comme si tous ces foyers d’insurrection régionale n’attendaient qu’une étincelle pour se fondre en une guerre de civilisation ; le Grand Sud contre son adversaire vilipendé universellement, et jusqu’en ses propres entrailles : l’Occident.

La bascule vers un conflit planétaire exigerait d’abord que les belligérants des foyers locaux tissent entre eux des alliances de revers : on peut imaginer que l’Iran attaque un pays membre de l’OTAN ce qui pourrait entraîner l’entrée dans le conflit de tous les autres ; on peut concevoir que la Russie, la Chine et le Pakistan soutiennent la théocratie iranienne (Moscou pour sécuriser une profondeur stratégique industrielle et s’approvisionner en matériel et en personnels pour le front ukrainien ; Pékin pour verrouiller l’accès aux hydrocarbures et protéger ses lignes d’approvisionnement et Islamabad pour disposer de parrains crédibles face à la puissance indienne).

L’étape suivante verrait ces États projeter leurs forces au service de leurs nouveaux partenaires : des contingents pakistanais seraient intégrés aux troupes russes en Ukraine, des unités russes seraient engagées dans l’offensive chinoise sur Taïwan, des forces iraniennes déployées sur ces deux fronts simultanément.

L’ensemble s’ordonnerait sans peine sous la bannière du grand récit antioccidental, dénonçant la mondialisation prédatrice, le rationalisme désenchanteur, la modernité colonisatrice.

Une fois cette dynamique enclenchée, aucun arbitre ne disposerait des instruments pour l’endiguer : nulle hégémonie, pas même celle de Washington, ne commande plus à la paix ; nulle institution multilatérale n’est en mesure d’imposer un cessez-le-feu ; le droit international gît en ruines sous les coups des révisionnismes les plus effrontés.

La Chine, la Russie, l’Iran, le Pakistan et bien d’autres s’uniront alors dans la volonté d’en finir avec cinq siècles de primauté et d’arrogance occidentale. La troisième guerre mondiale aura alors cessé d’être un scénario prospectif ou même une juxtaposition de sanglantes escarmouches.

L’Occident conserve les moyens de conjurer ce dénouement. Il peut d’abord mobiliser sa supériorité militaire et déployer toutes les ressources de sa diplomatie pour tenter de convaincre Moscou et Pékin que soutenir Téhéran les conduit à leur propre ruine.

Mais cela ne suffira pas : L’Histoire a invariablement fini par donner raison aux peuples contre leurs oppresseurs ; l’Occident ne triomphera pas, à terme, sur les seuls champs de bataille ni par des rencontres diplomatiques ; mais seulement si sa proposition civilisationnelle l’emporte sur celle de ses adversaires. Or, proclamer les vertus de la démocratie libérale, du marché régulé et de l’État de droit ne suffira pas, pas plus qu’affirmer la primauté du droit des hommes sur la loi divine, ni jurer que la modernité occidentale constitue un horizon universel. En particulier, ces arguments sonnent creux lorsqu’ils sont portés par une oligarchie américaine cynique, piétinant ses propres valeurs fondatrices et nourrissant la haine qu’elle prétend désarmer.

C’est ici que l’Europe est appelée à jouer un rôle irremplaçable. Elle demeure le seul espace politique au monde où l’État de droit s’impose effectivement ; celui où la violence institutionnelle est la plus contenue, la liberté la plus étendue, la justice sociale la plus substantielle. Le seul, aussi, à reconnaître en principe l’égalité absolue en droits de tous les êtres humains.

Les pays qui la constituent doivent s’unir pour projeter cette singularité dans l’arène mondiale et défendre un universalisme assumé, assumant leurs forfaits historiques, tels que la colonisation, dont ils ne furent ni les premiers ni les seuls coupables.

Si l’Europe parvient à faire entendre ce discours, cette glorification sans complexe des valeurs de l’Occident, devenues universelles à revitaliser des institutions multilatérales moribondes, à forger des alliances avec ce que les États-Unis, le Japon, Israël et tant d’autres nations recèlent de meilleur, un scénario de sortie de crise devient concevable : l’effondrement de la théocratie iranienne, la déroute du discours islamiste radical, l’enlisement définitif des armées et de la dictature poutinienne en Ukraine, la chute du gouvernement Netanyahu, la défaite électorale de Trump, la renonciation de Pékin à toute conquête militaire de Taïwan. Devient alors possible la construction patiente d’un ordre mondial fondé sur la raison et la liberté, c’est-à-dire sur ce que l’Occident a apporté de meilleur au monde, en se nourrissant de sources venues d’ailleurs.

https://www.attali.com/geopolitique/peut-on-encore-eviter-la-troisieme-guerre-mondiale/  

Ce que la guerre au Moyen-Orient nous dit des réformes nécessaires dans nos communes.

Le monde, malgré les apparences, est d’une cohérence redoutable. L’extraordinaire interdépendance des processus de production, des enjeux climatiques et des équilibres géopolitiques se manifeste à chaque instant ; et nulle part avec plus de clarté que dans la relation entre les crises du pétrole et l’organisation de nos villes. Comprendre cela, c’est comprendre à la fois ce qui nous rend vulnérables et ce qui pourrait nous sauver.

La crise iranienne, qui a déjà conduit à une augmentation sensible du prix du pétrole, (et ce n’est pas fini), n’est que la reproduction d’un mécanisme d’une régularité décourageante : on l’a connu en 1973, en 1979, en 1990, en 2003 et en 2011. À chaque fois, une crise géopolitique conduit à une hausse du prix du pétrole ; à chaque fois, dans les pays consommateurs, on se plaint, on s’indigne, on obtient des aides de l’État (c’est-à-dire des contribuables) pour amortir le choc. Et puis on oublie jusqu’à la prochaine fois.

Pourtant, rien n’a été fait sérieusement pour se débarrasser de ces énergies fossiles : Malgré la croissance spectaculaire des renouvelables (la part du solaire a été multipliée par 2,5 en cinq ans) les combustibles fossiles représentent aujourd’hui encore 86,6 % de la consommation primaire mondiale d’énergie et ils couvrent encore les deux tiers de la croissance de la demande mondiale, portant les émissions de CO2 à un nouveau record historique. Tout a été fait pour que les consommateurs n’en souffrent pas. Et même pour encourager ces productions : Les subventions mondiales directes et indirectes aux énergies fossiles atteignent 7 000 milliards de dollars (dont plus de 1000 milliards de subventions directes), soit 7 % du PIB mondial, et plus que les dépenses mondiales annuelles d’éducation. On subventionne donc massivement, à l’échelle planétaire, ce qui nous tue.

Si, pour une partie significative de la population rurale, aux revenus modestes, une aide publique ciblée et temporaire doit accompagner la transition vers les pompes à chaleur, les véhicules électriques et les transports en commun décarbonés, on peut et on doit aller beaucoup plus vite dans les villes : elles  concentrent plus de la moitié de la population mondiale, génèrent environ 80 % du PIB global, sont responsables de près de 70 % des émissions mondiales de CO2, essentiellement pour le chauffage et la mobilité, et pourraient toutes se passer entièrement d’énergies fossiles.

Donc, si on veut cesser d’avoir à souffrir de l’augmentation inéluctable des prix du pétrole et du gaz, il faut en sortir. Et admettre que, comme la hausse du prix du tabac a contribué à réduire sa consommation, la hausse du prix du pétrole est une bonne nouvelle, car elle devrait pousser les consommateurs vers les alternatives électriques, et obliger les pays producteurs les plus lucides, suivant l’exemple de l’Arabie Saoudite, à diversifier leurs sources de revenus.

Ce n’est pas une utopie ; céder à la démagogie pétrolière n’est pas inévitable. Et certaines villes montrent que ce basculement radical est non seulement possible, mais économiquement rentable : Copenhague en particulier est le cas d’école dont chaque candidat à une élection municipale devrait s’inspirer : son réseau de chauffage urbain, considéré comme le plus efficace du monde, fournit aujourd’hui à 98 % des habitations de la ville la chaleur résiduelle des centrales de cogénération et des usines d’incinération de déchets ; de plus, la moitié de ses habitants et de ceux de ses banlieues se déplacent quotidiennement à bicyclette, grâce à des autoroutes cyclables reliant les banlieues au centre-ville et à des ponts exclusivement dédiés aux cycles ; et les bus électriques et le taxi électrique y sont devenus la norme.  D’autres villes méritent d’être citées en exemple : Oslo est devenue la capitale mondiale de la voiture électrique par habitant et les voitures à moteur thermique y sont interdites au centre-ville ; Amsterdam développe massivement les pompes à chaleur et les réseaux de chaleur géothermiques ; enfin, Shenzhen qui, dès 2017, a converti l’intégralité de sa flotte de bus en véhicules électriques.

Plus encore, ne pas dépendre des conséquences aux ramifications infinies de la prochaine crise pétrolière, c’est promouvoir l’économie de la vie, c’est-à-dire les énergies durables, l’alimentation locale, les produits non transformés, particulier dans les villes.

Aussi, tout candidat sérieux à une élection municipale devrait prendre dès aujourd’hui les sept engagements suivants :

  1. Développer massivement des réseaux de chaleur urbains alimentés en énergies renouvelables.
  2. Construire, avec l’ensemble de son agglomération, les infrastructures nécessaires au vélo et aux transports en commun électriques.
  3. Réserver les centres-villes aux seuls véhicules zéro émission.
  4. Reconvertir les subventions aux énergies fossiles en incitations à la transition énergétique et en accompagnement des ménages les plus vulnérables
  5. Développer l’usage de matériaux biosourcés dans la construction
  6. Adopter un urbanisme climatique intégrant dès la conception l’efficacité énergétique des bâtiments, les toitures végétalisées, les îlots de fraîcheur et la gestion des eaux pluviales
  7. Exercer une pression démocratique constante pour que les gouvernements nationaux cessent de subventionner ce qui nous détruit et financent ce qui peut nous sauver.

Et si le pire se produit, c’est-à-dire si cette guerre locale débouche un jour sur un conflit planétaire, il sera plus que sage d’avoir réduit notre dépendance à ce qui nous tue et d’avoir mis en place ce qui peut nous mettre à l’abri de la folie des autres.

https://www.attali.com/geopolitique/ce-que-la-guerre-au-moyen-orient-nous-dit-des-reformes-necessaires-dans-nos-communes/  

Jacques Attali,

Jacques Attali est docteur en économie, polytechnicien et conseiller d’État. Conseiller spécial du Président de la République François Mitterrand pendant 10 ans, il est le fondateur de 4 institutions internationales : Action contre la faim, Eureka, BERD, Positive Planet.

Jacques Attali est l’auteur de 86 livres (dont plus de 30 consacrés à l’analyse de l’avenir), vendus à 10 millions d’exemplaires et traduits en 22 langues. Il est éditorialiste pour les quotidiens économiques Les Échos et Nikkei après l’avoir été pour L’Express. 

Il dirige régulièrement des orchestres à travers le monde.

 

 

mars 01, 2026

Ali Khamenei et Maduro, ou la fin de l’incantation. D’ores et déjà un événement d’une portée identique à ce que fut en son temps la chute du mur de Berlin et l’effondrement de l’URSS.

D’ores et déjà un événement d’une portée identique à ce que fut en son temps la chute du mur de Berlin et l’effondrement de l’URSS.

Fin d’un régime qui a façonné l’histoire du monde pendant près de 50 ans? Les semaines et les mois qui viennent nous le diront. 

Ceux qui gouvernent au nom d'un Dieu, finissent par se prendre pour lui. "L’apocalypse des mollahs" évoque l'objectif affiché : décapiter le régime des mollahs, l'opération militaire, nécessaire mais pas suffisante sans la diplomatie. L'Iran peut enfin redevenir la Perse !


 

Ils n'ont pas bombardé l'Iran. Ils ont attendu que tous les dirigeants iraniens soient réunis dans la même pièce avant de bombarder l'Iran. Des mois de renseignement. Des milliers d'heures de surveillance et d'interception de signaux. Une seule variable : le moment où le Guide suprême, le président et le haut commandement militaire se sont réunis au même endroit et au même moment. 

 Il était 8h15 ce matin. En plein jour. Toutes les frappes israéliennes précédentes contre l'Iran ont eu lieu de nuit. Celle de juin 2025 a été lancée dans l'obscurité. Celle d'octobre 2024 après minuit. Toute la doctrine de défense aérienne iranienne repose sur l'hypothèse qu'Israël attaque de nuit. Israël a attaqué en plein jour car la cible n'était pas une infrastructure. La cible était une réunion. 

Reuters confirme que les frappes visaient Khamenei et Pezeshkian. CNN confirme des mois de planification conjointe américano-israélienne. Des responsables israéliens ont confirmé que la frappe a touché le lieu où étaient réunis les plus hauts responsables iraniens. La question de savoir si Khamenei a été déplacé avant ou exfiltré après la frappe est l'inconnue la plus cruciale au monde actuellement. Si c'était avant, quelqu'un au sein du cercle restreint de Téhéran a informé Jérusalem de la date et du lieu de la réunion. Si c'était après, les frappes ont touché la pièce et il a survécu. Les deux scénarios sont catastrophiques pour le régime. Car les dirigeants iraniens savent désormais trois choses : Israël savait où ils se réunissaient, quand ils se réunissaient et qui serait présent. Et tout ce que nous avons observé au cours du mois dernier – les F-22 à Ovda, les avions ravitailleurs à Ben Gourion, Al Udeid complètement vidé, 270 vols de transport – tout cela constituait le dispositif de lancement d’une frappe chirurgicale unique sur une réunion. 

Désormais, chaque réunion des hauts dirigeants iraniens sera marquée par une question : Israël est-il également au courant de cela ? Il ne s'agit pas d'une opération militaire. Il s'agit de la destruction de la confiance institutionnelle au sein d'un régime. Demain, chaque général qui rencontrera Khamenei se demandera qui a informé Jérusalem de ce qui s'est passé aujourd'hui. Chaque commandant des Gardiens de la révolution qui recevra une convocation à une réunion évaluera si sa présence est un devoir ou une condamnation à mort. Toutes les installations censées être sécurisées à Téhéran se sont révélées vulnérables. En juin 2025, Israël a tué 30 généraux dans les premières minutes. C'était une opération de force brute menée sur des cibles dispersées. Ici, c'était une opération chirurgicale. 

Une rencontre. Un instant. Des mois de patience. En représailles, l'Iran a lancé des missiles sur six pays. La plupart ont été interceptés. Un civil a été tué par des débris à Abou Dhabi. L'Arabie saoudite a réagi en promettant de mobiliser toutes ses forces contre l'Iran. La coalition du Golfe, qui n'existait pas hier, existe aujourd'hui parce que Téhéran l'a construite en attaquant simultanément tous les pays. Israël a troqué une matinée de frappes de précision contre la destruction permanente de la cohésion du commandement iranien. Ce n'est pas un combat. C'est un échec et mat déguisé en premier coup. 

 
Très intéressantes révélations du Washington Post sur le fait que MBS et les Saoudiens auraient en coulisse poussé Trump à l’intervention et à en finir, contrairement au lieu commun partagé en public.

L'Iran décrète 40 jours de deuil national suite au décès du guide suprême, le présentateur de la télévision nationale fond en larmes...
 
La mort de Khamenei est l’énième réplique de l’onde de choc déclenchée par l’attaque terroriste du 7 octobre. Sinwar voulait la mort de l’État juif. Il a été éliminé et avec lui, les principaux dirigeants de l’axe de la « résistance ». Spectaculaire retour de bâton stratégique. Le stratège Sinwar a entraîné tous ses complices vers la mort Le "7 octobre" est le plus grand événement depuis le "11 septembre". Deux événements marqués par des dates et qui ont secoué le monde et réveillé deux grands pays : les USA et Israël La France n'a toujours pas compris.
Le fils de Khamenei, Mojtaba Hosseini Hamaney, fut éliminé en même temps que son père tyrannique. Mojtaba était le successeur de Khamenei et le plus proche candidat au titre d'ayatollah. Il était le chef de la Force de résistance Bassidj.
Le chef de l’armée iranienne, le général Hatami, affirme que le guide suprême « souhaitait le martyre » et qu’il « a réalisé son vœu », déclarant l’avoir constaté à plusieurs reprises lors de réunions privées avec lui.
 
 

 

Ali Khamenei (1939-2026) : de la fin d’un tyran en Iran 

L’ayatollah Ali Khamenei, Guide suprême de la Révolution islamique depuis 1989 est mort aujourd’hui 28 février 2026 dans le cadre des attaques menées par les États-Unis et Israël contre la République islamique afin de provoquer un changement de régime par la force.

Sa disparition, sans savoir si elle conduira à un changement de régime par la force, à une transition vers un proche, ou vers un chaos généralisé, marque la fin d’un pouvoir de 37 ans qui a défini et structuré la nature du pouvoir de la République islamique.

Nous revenons sur les grandes étapes de son existence, de son enfance pieuse au Nord de l’Iran et sa rencontre avec l’ayatollah Khomeyni pendant des études de théologie au renforcement progressif de son pouvoir brutal au sein du régime iranien.

                                      Ruhollah Khomeini et Ali Khamenei dans les années 1970.
 

Ali Khamenei était issu d’une famille pieuse du nord-est de l’Iran.

  • Ali Khamenei est né en 1939 à Mashhad, principale ville du nord-est de l’Iran et important centre religieux en raison de la présence du mausolée de l’Imam Reza, seul Imam du chiisme duodécimain à être enterré en Iran, les autres se trouvant principalement en Irak. 
  • Il grandit dans une famille azérie, deuxième d’une fratrie de huit enfants, dans une famille pieuse — son père, Seyed Javad Khamenei, était lui-même un clerc religieux réputé à Mashhad. Plusieurs de ses frères deviendront eux-mêmes clercs. 
  • Il aurait des liens de parentés avec le quatrième imam chiite Ali Zeyn-ol-Abedin, et appartiendrait à ce titre aux descendants de la famille du Prophète, ce qui l’autorise à porter un turban noir ainsi que le nom de seyyed.
  • Malgré son appartenance à une lignée prestigieuse sur le plan religieux, Khamenei a souvent insisté dans ses discours sur la pauvreté de sa famille durant son enfance — repas frugaux, logement modeste. C’est un élément important car il nourrit sa rhétorique populiste et son identification aux déshérités (mostazafin), un pilier idéologique de la République islamique.

Ali Khamenei avec son père, Seyed Javad Khamenei, un clerc religieux réputé de Mashhad après la révolution.
 

Entre 1957 et 1979 il se forme à la théologie, et par le biais d’une série de rencontres militantes, il devient une figure de l’opposition à la monarchie pahlavie.

  • Après des études à Machhad puis à Najaf, il s’installe à Qom, principale ville de formation théologique en Iran, où il suit le séminaire du grand-ayatollah Boroujerdi. 
  • Il rencontre dans ce cadre Seyed Mojtaba Navvab Safavi, dirigeant des Fédaïs d’islam, qui comptait instaurer un gouvernement islamique en Iran dans les années 1940. 
  • Il fait surtout la rencontre, décisive pour la suite, de Rouhollah Khomeyni en 1957. 
  • Qom est en effet un important lieu de contestation des mesures de la monarchie pahlavie, comme en 1963 contre la Réforme agraire, mais aussi les droits des femmes et la transformation séculière de l’Iran.
  • Ali Khamenei est arrêté à six reprises et même banni dans une ville, Iranchahr, en 1977 à cause de sa prédication politique, de la diffusion de tracts et cassettes de Khomeini et de sa participation à des réseaux clandestins d’opposition cléricale.
  • Sur sa formation théologique proprement dite, Khamenei n’a jamais atteint le rang de marja (grand ayatollah et source d’imitation), ce qui a été et reste une source de contestation de sa légitimité religieuse. Il est généralement considéré comme hojatoleslam, un rang intermédiaire dans la hiérarchie cléricale. C’est un point important pour comprendre les débats ultérieurs autour de sa nomination comme Guide suprême.
  • Sur ses influences intellectuelles : au-delà de Khomeini, Ali Khamenei a été marqué par des penseurs comme Sayyid Qutb, intellectuel égyptien, principal théoricien des Frères musulmans, dont les écrits — notamment Jalons sur la route — ont influencé l’islamisme sunnite en prônant une rupture radicale avec les sociétés qu’il jugeait revenues à un état d’ignorance pré-islamique (jahiliyya), et défendant l’instauration d’un gouvernement révolutionnaire au nom de l’Islam en Égypte. 
  • Il a même traduit deux ouvrages de Sayyid Qotb, L’avenir dans les terres d’islam et Réquisitoire contre la civilisation occidentale — ce qui confirme l’influence de la pensée qotbienne sur sa vision du monde, par-delà le clivage sunnisme-chiisme. 

                      Ali Khamenei s’inscrit à l’élection présidentielle iranienne, octobre 1981
 

Entre la révolution (1979) et la mort de Khomeini (1989) il connaît une impressionnante ascension.

  • Il rejoint Téhéran lors de la Révolution de 1979 et monte rapidement les échelons, jusqu’à devenir Imam du vendredi à Téhéran, c’est-à-dire responsable de la principale prière de la semaine. 
  • Il est blessé lors d’un attentat attribué tantôt à Forqan, groupe extrémiste islamiste, et tantôt à l’Organisation des Moudjahidines du peuple (OMK/MEK), mouvement d’opposition armée à la République islamique, alors qu’il prononce un sermon en 1981 et en a conservé depuis un bras droit mutilé. 
  • Il est ensuite élu président de la République islamique en 1981 puis en 1985, dans un contexte où le pouvoir du président était limité par l’autorité morale et politique incontestable du Guide suprême, Khomeyni, jusqu’à la mort de ce dernier en 1989. 
  • Pendant la guerre Iran-Irak (1980-1988), Ali Khamenei, alors président de la République, a joué un rôle important dans la conduite du conflit : il acquiert une visibilité internationale, plaide la cause iranienne à l’ONU et auprès des pays non-alignés, se rend sur les lignes de front, et participe aux décisions stratégiques sur la conduite de la guerre, même si le pouvoir réel revenait au Guide suprême Rouhollah Khomeini et aux commandants militaires, notamment les Gardiens de la révolution.

 

Ali Khamenei conduit la prière à Téhéran dans les années 1980. Crédit : Michel Artault/Gamma-Rapho

Khamenei devient alors le successeur non charismatique de Khomeyni mais couronné de succès.

  • En 1989, à la suite de la mort de Rouhollah Khomeini, il est élu Guide suprême, alors même qu’il n’était pas considéré comme un marja-é taqlid (ou « source d’imitation »), statut qui signifie qu’un religieux est suivi par une communauté de croyants qui écoutent ses préceptes, recommandations théologiques et conseils de vie pratique. La Constitution a d’ailleurs dû être révisée la même année pour supprimer l’exigence que le Guide soit un marja — une révision voulue par Khomeini lui-même avant sa mort, qui souligne le caractère davantage politique que religieux de cette désignation.
  • Beaucoup considèrent alors que l’homme fort du régime sera Hachemi Rafsandjani, président de la République islamique de 1989 à 1997 et partisan d’une ouverture commerciale du pays : le régime aurait pu se séculariser progressivement au profit des élus et aux dépens des autorités religieuses. 
  • Alors qu’il est considéré moins charismatique et populaire, disposant d’une plus faible légitimité religieuse que Khomeyni dans l’ombre duquel il a grandi, Ali Khamenei parvient progressivement à conforter son pouvoir et à écarter ses rivaux politiques, au point que certains considèrent qu’il est le dirigeant le plus puissant en Iran depuis Nassereddine Shah — qui a régné de 1848 à 1896. 
  • Pour consolider son pouvoir, il renforce progressivement son contrôle des institutions non élues — Conseil des gardiens de la Constitution, pouvoir judiciaire, forces armées, Corps des Gardiens de la Révolution, Fondations religieuses avec un rôle économique —, développe son Bureau (beyt-e rahbari) comme centre de pouvoir parallèle, et met au pas ses rivaux.

 

                         L’ayatollah Ali Khamenei hospitalisé après une tentative d’assassinat

La centralité du pouvoir d’Ali Khamenei se comprend, en effet, à la lueur des liens qu’il a tissés avec le Corps des Gardiens de la Révolution. 

  • Il leur accorde notamment la gestion d’importantes Fondations religieuses, à l’instar d’Astan Qods Razavi, qui deviennent des géants économiques, présents dans l’intégralité d’une économie fermée, caractérisée par le clientélisme, disposant de passe-droits multiples — échappant largement au contrôle fiscal et parlementaire, et répondant directement au Guide —, rendus encore plus intenses par les régimes de sanctions qui s’abattent sur le pays.
  • Le chercheur Afshon Ostovar propose pour décrire la relation entre le Corps des Gardiens de la Révolution et le Guide le concept de comitatus  : « À l’époque classique, un comitatus était l’avant-garde ou le cercle intérieur des guerriers et des commandants de l’armée d’un roi. […] En ce sens, le Sepâh 1 fonctionne comme le comitatus d’Ali Khamenei. Ils le maintiennent au pouvoir et ne permettent à personne de remettre en question son autorité ou sa légitimité. En retour, il leur donne essentiellement les clés du royaume, toutes les ressources dont ils ont besoin, tous les pouvoirs qu’ils demandent et presque toutes les politiques qu’ils préfèrent ».
  • Ali Khamenei conforte également son emprise sur le pouvoir judiciaire et parvient à faire reposer sur les présidents démocratiquement élus la responsabilité de la répression de mouvements contestataires, comme Mohammad Khatami en 1999. 

Le pouvoir d’Ali Khamenei s’exprimait concrètement par le développement d’une administration, le Bureau du guide. 

  • Pour Ali Vaez, « le bureau du Guide, qui comprend 5000 personnes, est un gouvernement fantôme de la République islamique. C’est une boîte noire. Il est encore plus opaque que le Kremlin de la guerre froide ».
  • Son pouvoir ne consistait pas à prendre des décisions, à diriger le pays ou à proposer des politiques publiques, mais à avoir le dernier mot sur tous les sujets stratégiques, à rendre des arbitrages entre les différents centres de pouvoirs en Iran qui existent et sont en concurrence (Gardiens, armée, religieux, élus). 

La forme qu’a prise l’exercice du pouvoir en Iran est également un reflet de plusieurs convictions idéologiques d’Ali Khamenei. 

  • Il est arrivé au pouvoir en 1989 et a été profondément marqué par la chute de l’URSS, dont il a tiré la conviction que toute ouverture politique conduirait inévitablement au délitement du régime. Cette grille de lecture peut expliquer sa réponse systématiquement répressive et parfois extraordinairement cruelle face aux mouvements contestataires : la révolte étudiante de 1999, le Mouvement vert de 2009 — né de la contestation de la réélection controversée de Mahmoud Ahmadinejad et mené par son ancien rival Mir-Hossein Moussavi, assigné à résidence depuis 2011 — (au moins 150 morts), puis le mouvement Femme, Vie, Liberté de 2022, déclenché par la mort de Mahsa Jina Amini aux mains de la police des mœurs (plus de 500 morts selon des ONG) ou plus récemment avec les grandes manifestations des derniers mois qui semblent avoir été accueillies par des massacres (certaines estimations indiquent plus de 30 000 victimes). 
  • À chaque fois, Khamenei a interprété la contestation non comme l’expression de revendications légitimes, mais comme une tentative de déstabilisation orchestrée par des puissances étrangères — lecture qui justifie à ses yeux le recours à la force et la conduite d’une guerre contre la société.
  • Sa formation idéologique anti-américaine, anti-sioniste, anti-coloniale et pro-palestinienne explique en partie l’importance qu’a jouée l’Axe de la Résistance dans la politique étrangère de l’Iran. Sous son autorité, le régime de Téhéran a construit avec des investissements massifs un réseau d’alliés, de milices et de proxies à travers le Moyen-Orient — le Hezbollah au Liban, le Hamas et le Jihad islamique dans les territoires palestiniens, les milices chiites en Irak, les Houthis au Yémen, et le soutien au régime de Bachar al-Assad en Syrie — qui permettait de projeter sa puissance régionale bien au-delà de ses frontières et à moindre coût. 
  • Cet édifice s’est toutefois largement délité à partir de 2023-2024 : l’affaiblissement considérable du Hezbollah après la guerre avec Israël à l’automne 2024, puis la chute du régime Assad en décembre 2024, ont privé l’Iran de ses deux piliers les plus stratégiques, remettant en cause des décennies d’investissement géopolitique.
  • Par ailleurs, la confrontation longtemps indirecte entre l’Iran et Israël — menée par proxies interposés — est devenue ouverte, avec les échanges de frappes directes d’avril et octobre 2024, révélant au grand jour une asymétrie militaire et technologique que la stratégie des milices avait pour fonction de masquer. Ces revers posent la question de la pertinence d’une doctrine à laquelle Khamenei a consacré l’essentiel de sa politique étrangère.

Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, participe aux cérémonies de deuil à l’occasion de l’anniversaire de la mort de Fatima, la fille du prophète islamique Mahomet, à l’Imam Khomeini Hussainiyah à Téhéran, 24 novembre 2025.
 

En dépit de convictions idéologiques très fortes, Ali Khamenei a été capable à plusieurs reprises de prendre des décisions pragmatiques qui ont probablement assuré la survie du régime et sa centralité dans les jeux de pouvoir.

  • Dès 2012, il accepte le principe de négociations nucléaires avec les États-Unis pour soulager un pays épuisé par les sanctions, alors même que Mahmoud Ahmadinejad est encore président de la République. Ces négociations aboutissent à l’accord de Vienne (JCPOA) en 2015 sous la présidence Rohani que Khamenei a couvert politiquement tout en maintenant une rhétorique de méfiance envers les Américains — ce qui lui a permis de ne pas être affaibli lorsque Trump s’en est retiré en 2018.
  • En 2024, à la suite de la mort de Ebrahim Raisi dans un accident d’hélicoptère, il ne s’oppose pas à l’élection du candidat réformateur Massoud Pezechkian – conscient peut-être d’une nécessité à éviter que le mouvement Femme, vie, liberté conduise à un renversement complet de son autorité.
  • Pour Afshon Ostovar, Ali Khamenei avait souvent une attitude plus pragmatiste et de relative modération vis-à-vis d’un certain nombre de militaires qui seraient prêts à prendre davantage de risques dans la confrontation avec Israël et les États-Unis : « Si dans une pièce se trouve un grand nombre de généraux tête brûlée qui veulent attaquer, il est celui qui invitera à ne pas tomber dans le piège de l’adversaire ».

Le prochain Guide suprême de la République devrait être choisi par l’Assemblée des Experts, chambre haute de la République islamique, composée de clercs, pour la plupart très âgés, et dont une partie est nommée directement par le Guide actuel. 

  • Depuis la mort d’Ebrahim Raisi, le candidat le plus souvent évoqué pour la succession d’Ali Khamenei est son fils, Mojtaba Khamenei, déjà considéré comme un acteur central du pouvoir iranien. 
  • Toutefois, son choix reviendrait à réinstaurer une logique monarchique au sein d’un régime qui s’est construit contre la monarchie pahlavie qu’il avait renversée. 
  • Ali Vaez considérait que la solution la plus probable serait de choisir un Guide qui ne soit pas « suprême », qui n’ait pas de base de pouvoir propre, ce qui permettrait à Mojtaba Khamenei de continuer à jouer un rôle central dans le Bureau du Guide. Cette hypothèse a cependant été formulée avant la mort de tous les commandants des Gardiens, proches de Mojtaba Khamenei. 

La mort du Guide est présentée par les autorités américaines et israéliennes comme une étape dans le cadre d’un changement de régime imposé par l’extérieur, sans qu’une alternative politique soit identifiable à ce stade : 

  • Le fils du Shah d’Iran, Reza Pahlavi, est présenté comme une possible solution d’alternance, mais il ne dispose pas de soutien organisé au sein du pays où il n’est pas retourné depuis 1978. 
  • Une solution de continuité pourrait conduire l’Assemblée des Experts nomme un des apparatchiks du régime qui pourraient devenir Guide, comme Ali Larijani, ancien ministre et conseiller du Guide, Alireza Arafi, membre du Conseil des gardiens ; Hojjat-ol-Eslam Mohsen Qomi, conseiller du Guide ; Mohsen Araki, membre du Conseil de discernement ainsi que Hashem Hosseini Bushehri, imam de la prière du vendredi à Qom 2

L’hypothèse d’un soulèvement populaire en Iran semble encore difficile à imaginer à ce stade, car la population ne dispose pas d’armes et vient d’être réprimée très brutalement par les forces du régime, en bonne partie formées à la lutte révolutionnaire et aux stratégies d’insurrection.

 https://legrandcontinent.eu/fr/2026/02/28/ali-khamenei-1939-2026-de-la-fin-dun-tyran-en-iran/

Sources
  1. Le Sepah-e pasdaran-e Enghelab-e Eslami ou Corps des gardiens de la révolution islamique)
  2. Suzanne Maloney, « Leadership Transition in Iran », Council on Foreign Relations, février 2026.

 


 

Ali Khamenei et Maduro, ou la fin de l’incantation.   

En quelques mois, les États-Unis ont mis à terre deux des dictateurs les plus cruels de notre époque. Appuyé par son allié israélien, le président des USA a accompli en peu de temps ce que le monde libre se contentait d'appeler de ses vœux depuis des années — à grand renfort de tweets, de publications Facebook et de discours à l'ONU. C’est une rupture majeure dans la politique étrangère des démocraties : la fin des incantations et la reprise de l’action. 


 

En Europe, à quelques exceptions près, on peine encore à admettre que le monde a changé. 

Les nations libres ne sont plus perçues comme des modèles mais comme des ennemis à abattre précisément parce qu’elles incarnent l’universalisme, l’égalité entre les femmes et les hommes et les principes démocratiques. Ces fondamentaux sont désormais combattus par une haine nourrie par le rejet de la pensée occidentale issue des Lumières et qui a dominé le monde ces derniers siècles. 

La plus grande erreur d’une partie de l’Occident — notamment à gauche, mais pas uniquement — est de croire que ceux qui nous menacent respectent les mêmes règles que nous.
Avons-nous toujours bien agi ? Évidemment que non. Mais à quoi ressemblerait le monde aujourd’hui si Ben Laden était encore en vie et Al-Qaïda toujours opérationnel ? La démocratie se défend aussi et parfois par la force, avec les conséquences difficiles que cela impose. Mais croyez que le dialogue diplomatique permanent serait l’unique programme, et la culpabilisation l’unique argument, est une illusion. La paix ne s'obtient pas ainsi quand l'interlocuteur n'en veut pas. Cela explique en partie la faillite du droit international, devenu un simple instrument que chacun brandit au gré de ses intérêts. Je comprends que ce constat soit difficile à entendre pour une génération qui n’a connu que la quiétude et s’imagine qu’il suffit de l’invoquer à New-York pour qu’elle sorte du chapeau. Mais nos parents n’ont connu cette stabilité que parce qu’un ordre suffisamment puissant existait pour dissuader ses adversaires. Cet équilibre aujourd’hui vacille : l’évolution démographique, la repentance systématique et certains récits décoloniaux ont alimenté la défiance envers un modèle qui a pourtant généré un progrès économique et social inédit dans l’histoire humaine. 

 Nous sommes aujourd’hui les héritiers de ce modèle.
Notre responsabilité est donc de le protéger — sans nier ses dérives — mais en reconnaissant qu'il demeure celui qui permet le mieux l'épanouissement des individus. Et oui, cela implique de sortir de notre zone de confort. Le parallèle avec ce qui traverse la NouvelleCalédonie est d’ailleurs frappant. On y retrouve les défenseurs de la démocratie, ses adversaires déclarés, et un "ventre mou" qui se berce d'incantations pour résoudre les crises. Les déclarations de ces derniers jours sur le territoire le démontrent : -D'un côté, les candidats loyalistes aux municipales défendent tous les Calédoniens désireux de vivre en sécurité et en harmonie les uns avec les autres. -

De l'autre, les responsables de la CCAT, lors des manifestations contre Bougival, contestent les fondements démocratiques pour leur opposer les règles coutumières.
-Enfin, le ventre mou nous parle de "sentiment" d'insécurité et invoque le dialogue comme seule mesure concrète, sans savoir quoi répondre à ceux qui refusent justement de discuter. Nous vivons à notre échelle ce que vit le monde. C’est le combat de notre époque : préserver nos démocraties ou les voir mourir. En attendant de savoir de quel côté basculera l’Histoire, ce soir je lèverai mon verre aux #Iraniennes particulièrement. Persécutées, violées et abattues parce qu'elles voulaient être libres.
Elles auront fini par gagner.
 

 

 


 
Iran : quels sont les objectifs stratégiques🇺🇸 ? 
 
 Le 1er objectif : la sidération des challengers. Il faut mesurer l’ampleur de la domination opérationnelle des États-Unis, capable de maîtriser des théâtres d’opérations successives, éloignées et hétérogènes. Après le Venezuela en janvier, puis des opérations à l’autre bout du globe, la démonstration est exceptionnelle. Cuba ferait sans doute bien de s’en inquiéter. 
Comme au Venezuela, les États-Unis ont neutralisé en un temps très court le système d’interdiction de zone iranienne, et ce malgré la profondeur stratégique du territoire. C’est encore un revers majeur pour le Kremlin : l’allié iranien avait bâti son système de défense aérienne et de commandement autour d’architectures matérielles et logicielles russes. 
Qu’il s’agisse des États-Unis face au Venezuela ou d’Israël face à l’axe Hezbollah-Iran, l’écart technologique rappelle celui qui séparait l’Europe du reste du monde au XIXᵉ siècle. 
Le séquençage des frappes est également révélateur. Les premières ont visé le démantèlement du système aérien, afin d’ouvrir un véritable couloir d’accès par l’ouest, ce qui suggère la préparation de frappes multiples et modulables, et non d’un raid ponctuel. Donald Trump s’est ainsi donné une capacité d’ajustement stratégique en fonction de l’évolution de la situation. 
 
 Le principal moteur de Donald Trump reste toutefois interne : les marchés financiers🇺🇸.  
 
Tant que la bourse se maintient, l’opinion demeure stable. Dans une région aussi inflammable, il ne peut se permettre un blocage du détroit d’Ormuz, ce qui implique soit la soumission contrôlée du régime, par l’émergence de figures coopératives comme au Venezuela, soit sa chute par la rue. Cette deuxième option est extrêmement risquée. L’Iran est une mosaïque ethnique : moins des deux niveaux de la population est perse, et environ 10 % restent un soutien idéologique pendant le régime.  
 
Une guerre civile est plausible, d’autant que le pouvoir a méthodiquement détruit toute opposition structurée capable de prendre le relais. La première option offrirait aux États-Unis, après le Venezuela, un levier majeur sur les réserves mondiales d’hydrocarbures, permettant d’influencer les prix du pétrole et de renforcer la pression stratégique sur la Chine. La seconde, bien que chaotique, resterait acceptable d’un point de vue géostratégique : elle empêcherait l’émergence d’un État iranien fort capable de fermer Ormuz, tout en fixant durablement la Russie et la Chine en Asie centrale, contraintes d’y mobiliser des ressources considérables pour y éviter un embrasement. 
 
Patrick Edery

 

Arafi au centre du dispositif : La succession iranienne entre continuité cléricale, verrouillage institutionnel et équilibre de puissance
Par Giuseppe Gagliano, Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)
Une nomination qui dépasse la procédure
L’entrée de l’ayatollah Alireza Arafi dans le Conseil directeur intérimaire ne doit pas être lue comme une simple formalité constitutionnelle. Elle révèle au contraire la logique profonde du système iranien dans une phase de vulnérabilité extrême : lorsque le sommet vacille, la République islamique ne cherche pas…
 

Une nomination qui dépasse la procédure

L’entrée de l’ayatollah Alireza Arafi dans le Conseil directeur intérimaire ne doit pas être lue comme une simple formalité constitutionnelle. Elle révèle au contraire la logique profonde du système iranien dans une phase de vulnérabilité extrême : lorsque le sommet vacille, la République islamique ne cherche pas d’abord un visage, mais un mécanisme de continuité. Dans ce cadre, la présence conjointe du président Masoud Pezeshkian, du chef du pouvoir judiciaire et d’Arafi dessine une architecture très précise : l’exécutif pour l’administration courante, l’appareil judiciaire pour le contrôle coercitif, et le clergé institutionnel pour la légitimation doctrinale.

Arafi n’est donc pas un troisième homme ajouté pour l’équilibre symbolique. Il est le maillon qui empêche que la transition ne glisse vers une simple compétition entre factions politiques ou vers une prééminence exclusive des appareils sécuritaires. Sa fonction est de rappeler que, même dans la crise, la souveraineté ultime du régime reste fondée sur une synthèse entre droit religieux, appareil constitutionnel et contrôle idéologique.

Le choix d’un homme de système, non d’un homme de rupture

Le point essentiel est là : Arafi n’incarne ni une ligne de réforme, ni une ligne de confrontation ouverte, ni une ambition personnelle de nature populiste. Il représente le cœur administratif du clergé d’État. C’est précisément ce qui le rend précieux dans une phase de succession. Le régime n’a pas besoin, à ce moment, d’un acteur qui redistribue les cartes ; il a besoin d’un garant qui empêche la table d’être renversée.

Dans l’histoire de la République islamique, les périodes de transition ont toujours été des moments où le véritable enjeu n’était pas seulement la désignation d’un successeur, mais la préservation de la cohérence du bloc dominant. Arafi appartient à cette catégorie d’hommes qui rassurent les centres de décision parce qu’ils n’introduisent pas d’incertitude supplémentaire. Son profil est bureaucratique au sens fort : il n’est pas faible, il est calibré.

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Le clergé comme instrument de puissance intérieure

Pour comprendre son importance, il faut sortir d’une lecture occidentale trop étroite qui verrait dans le clergé iranien un simple corps religieux. En Iran, le clergé institutionnel est une structure de reproduction du pouvoir. Les séminaires, les centres doctrinaux, les réseaux de formation, les organes de validation religieuse ne sont pas séparés de l’État : ils en constituent une profondeur stratégique.

Arafi, formé à Qom et inséré depuis longtemps dans l’administration religieuse, appartient précisément à cette couche qui organise la continuité du système. Son poids ne vient pas d’un charisme de masse, mais du fait qu’il maîtrise l’infrastructure intellectuelle et normative du régime. Contrôler la formation du clergé, orienter les institutions de savoir religieux, participer à la définition de l’orthodoxie, c’est contrôler une partie de la fabrique de la légitimité. Dans une phase post-Khamenei, cette fonction devient décisive, car la crise de succession n’est pas seulement politique : elle est aussi une crise potentielle de validité symbolique.

Conseil des gardiens et Assemblée des experts : la double clé du système

Ce qui donne à Arafi une valeur géopolitique et institutionnelle supérieure est son appartenance aux deux structures qui encadrent la souveraineté réelle du régime. Le Conseil des gardiens est bien davantage qu’un organe de contrôle constitutionnel : il est le filtre du champ politique. Il décide qui peut concourir, quelles lois sont recevables, quelles limites ne peuvent être franchies. Il ne gère pas la pluralité, il la discipline.

L’Assemblée des experts, de son côté, est l’organe chargé de désigner la Guide suprême. En théorie, elle incarne la transmission légale du sommet. En pratique, elle ne choisit jamais dans un vide politique : elle agit dans un rapport de forces entre clergé, appareils sécuritaires, réseaux institutionnels et intérêts du régime profond.

Le fait qu’Arafi appartienne à ces deux enceintes, puis entre dans le Conseil intérimaire, signifie qu’il se trouve à l’intersection de trois niveaux : la gestion de l’urgence, la régulation du champ politique, et la préparation de la succession. Peu d’acteurs disposent d’une telle centralité sans être eux-mêmes des figures surexposées.

À lire aussi : DÉCRYPTAGE – Chine, le PCC change de peau : Le nouveau règlement du Comité central ouvre la voie à une transition historique 

Le message envoyé aux Pasdarans

Toute nomination de cette nature est aussi un message adressé aux Gardiens de la Révolution. Les Pasdarans constituent depuis longtemps bien plus qu’un appareil militaire : ils sont une force politico-économique, sécuritaire et stratégique, avec une capacité considérable d’influence sur la direction du régime. Or, dans un moment de transition, le risque principal serait que la succession apparaisse comme un basculement vers une domination trop visible du pôle sécuritaire.

En plaçant Arafi dans le triumvirat, le système envoie un signal d’équilibre : la force des appareils de coercition demeure, mais elle ne peut pas se substituer ouvertement à la matrice cléricale du régime. Autrement dit, la transition doit rester encadrée par une légitimité religieuse et constitutionnelle, même si, dans les faits, les Pasdarans pèseront lourdement sur l’issue.

Arafi joue ici le rôle d’un contrepoids institutionnel. Non pas contre les Pasdarans au sens d’une opposition, mais comme rappel que la République islamique ne veut pas apparaître comme un pur régime de caserne. Elle entend maintenir la fiction structurante — et en partie la réalité — d’un ordre où la force reste couverte par la norme religieuse.

Le calcul interne : éviter la fragmentation

La nomination d’Arafi traduit aussi une peur centrale du système : la fragmentation. Dans la phase post-Khamenei, le danger le plus grave n’est pas seulement une contestation venue de l’extérieur ou de la rue, mais l’ouverture d’une compétition désordonnée entre blocs internes : conservateurs institutionnels, réseaux du clergé, appareil présidentiel, magistrature, Pasdarans, services, fondations économiques.

Face à ce risque, Arafi représente une figure de basse température politique. Il ne surchauffe pas le jeu. Il n’élargit pas le conflit entre factions. Il crée un point de stabilité. C’est précisément pour cela qu’il est utile : il n’est pas l’homme qui tranche de manière spectaculaire, mais celui qui permet au système de gagner du temps, de refermer les lignes de fracture et de conduire la transition à l’intérieur d’un périmètre contrôlé.

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La dimension géopolitique extérieure

Sur le plan extérieur, cette nomination remplit également une fonction de signal. L’Iran veut montrer à ses adversaires, à ses partenaires et aux puissances régionales que le régime conserve une chaîne de commandement et une capacité d’auto-reproduction. Dans une période de tension militaire, de pression internationale et d’incertitude stratégique, il s’agit de dissuader l’idée d’un vide de pouvoir exploitable.

Le message est clair : même si le sommet est fragilisé, la structure demeure. En ce sens, Arafi est un instrument de continuité stratégique. Sa présence rassure l’appareil intérieur, mais elle sert aussi à l’extérieur à projeter une image d’ordre institutionnel. Pour les rivaux régionaux comme pour les puissances occidentales, cela signifie que la succession ne sera pas nécessairement synonyme de désagrégation immédiate, mais plutôt d’un resserrement défensif du noyau dirigeant.

Ce qu’Arafi représente vraiment

Arafi n’est peut-être pas l’héritier final. Il n’est pas forcément l’homme appelé à incarner le futur visage suprême du régime. Mais il est d’ores et déjà l’un des gardiens du cadre dans lequel ce futur visage devra être choisi. Et c’est parfois un pouvoir plus décisif encore.

Il représente la volonté de maintenir la succession à l’intérieur du cercle fermé de l’establishment clérical et institutionnel, sous surveillance, sans ouverture incontrôlée, sans césure idéologique, sans basculement brutal vers une domination exclusivement militaire. Il est le signe que, dans la République islamique, le moment de crise ne produit pas automatiquement du changement ; il produit d’abord une intensification du réflexe de conservation.

Au fond, Arafi incarne moins un homme qu’une méthode : préserver, filtrer, verrouiller, transmettre. Et dans l’Iran de l’après-Khamenei, cette méthode peut compter davantage que n’importe quel nom.

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https://lediplomate.media/portrait-arafi-centre-dispositif-succession-iranienne-continuite-clericale-verrouillage-institutionnel-equilibre-puissance/ 
 


 

Tous les États sont criminels par nature, car chacun d'eux représente un monopole de la violence initiée sur un territoire donné. 

En s'érigeant en juges ultimes de tous les conflits (dont ceux qu'ils provoquent), ils s'extraient donc du droit naturel et violent le nôtre. Cependant, une symbiose étatique se distingue particulièrement par sa capacité de violence et son ignominie : j'ai nommé l'axe Washington-Tel Aviv. Une fusion rendue plus manifeste que jamais par les dossiers Epstein, et plus encore par ses alignements militaires successifs. 

D'un côté, une force de frappe massive alimentée par le privilège du dollar, permettant à l'Empire de projeter sa violence à moindre frais. De l'autre, une entité politique dont la légitimité repose sur un socle ethnique et un liant historique religieux, mais dont la survie dépend d'un moteur sécuritaire devenu produit d'exportation. L'appareil d'État américain servant de bras armé et de bouclier à Israël par ailleurs. Nous sommes donc face à une superstructure de domination qu'il faudra rendre obsolète par notre capacité à la grand remplacer. 

Là est l'important : le paradigme politique que nous subissons n'est pas une fatalité. En fait, le mode d'organisation des sociétés humaines n'est jamais que la projection de la maturité éthique, de la prospérité et des coutumes des individus qui la composent. Il en va de même à plus haute échelle. Le chaos mondial en cours est alors le symptôme d'un mimétisme de masse. À force de déléguer notre Liberté à des structures centralisées, nous avons écarté la possibilité d'ordres sociaux volontaires et concurrents pour laisser place à ce giga-cartel. 

Arthur Hominès 

 


LE RÔLE OBSCUR DE LA FRANCE AVEC L'AYATOLLAH KHOMEINI 🇫🇷🇮🇷 

Depuis quelques jours, on voit émerger des images d'archives de Khomeini en France, avant son intronisation. Mais que faisait-il en France ? 

 


Les origines de Khomeini 

 Issu d'une famille de religieux chiite, il fait ses études religieuses à Qom et devient un grand savant chiite, critiquant la modernisation et la proximité occidentale du Shah. Il est condamné à l'exil en Irak. 

L'exil en Irak 🏃‍♂️‍➡️ 

En Irak, il se réfugie à Najaf, ville sainte chiite, où il continue ses prêches anti-Shah et distribue des messages et cassettes audio dans les mosquées d'Iran. En 1978, il est chassé d'Irak par Saddam Hussein


L'exil en France 🏃‍♂️‍➡️🇫🇷 

Chassé d'Irak et refusé de tous les pays musulmans, il décide de partir pour le seul pays où obtenir un visa touristique est simple et rapide, avec une excellente couverture médiatique internationale: la France  

Le point de vue de l'État 🇫🇷 

Les services secrets et les conseillers de Giscard se méfient de l'ayatollah, pensent qu'il est dangereux, sauf Michel Poniatowski qui conseillera à Giscard de lui laisser sa chance. Grave erreur. (Giscard a sa part de responsabilité. Mais il ne faut oublier ni le lobby anglais du pétrole, éternellement haineux de la nationalisation, ni Carter qui pensait qu'un islamiste serait un meilleur anticommuniste que le Shah. Mais les US ont compris leur erreur, pas la France.)


 

Neauphle-Le-Château 

Le 7 octobre 1978, Khomeini atterrit en France. Le 10 octobre, il s'installe à Neauphle-Le-Chateau, dans la maison d'un universitaire iranien. C'est ici qu'il coordonnera sa révolution islamique


 

Une fenêtre médiatique énorme 

Depuis sa maison de Neauphle-le-Château, Khomeini reçoit journalistes, militants et opposants iraniens. Ses messages sont enregistrés, copiés, envoyés clandestinement en Iran. 


Un Gandhi musulman? 

Les journalistes et intellectuels de gauche (Sartre, Foucault, De Beauvoir..) ont construit une image erronée de Khomeini, en faisant un démocrate musulman, pacifiste. Grave erreur, il s'agissait du plus grand théocrate autoritaire du 20e siècle. 

 

L'abandon de Giscard 

Influencé par son conseiller Poniatowski, la pression médiatique et la répression en Iran, Giscard abandonne le Shah et laisse sa chance à Khomeini Ce qu'il va faire ensuite va être déterminant pour la fin du régime du Shah . (Il faut noter que depuis mars 1977, Poniatowski n'avait plus aucune fonction dans l'exécutif. Son avis n'engageait donc personne. De plus Khomeini est resté moins de 4 mois en France. Le shah est mort 16 mois après le retour de Khomeini d'un cancer détecté 5 ans plutôt.)


La conférence de Guadeloupe 

Giscard convoque les présidents américains et allemands ainsi que le PM britannique en Guadeloupe le 4 janvier 1979. Il va les convaincre d'abandonner définitivement les soutiens au Shah, ce qui va être un tournant pour la suite 


Le départ de Khomeini 

Grâce à sa couverture médiatique et à ses cassettes audio, les soutiens iraniens de Khomeini grossissent et attendent de pied ferme l'ayatollah. Il ne manque plus que Khomeini, que la France va amener sur un plateau d'argent 

 L'avion Air France 

La France offre un aller simple le 1er février à Khomeini dans un avion Air France, avec journalistes pour couvrir son arrivée triomphale en Iran. La révolution islamique commence 


CONCLUSION 

 La France est complice de la révolution islamique, de l'arrivée au pouvoir de Khomeini, et de ce fait, des 50 ans de malheur qu'a subi le peuple iranien. (La France va devoir rendre des comptes et s'excuser auprès de l'Iran libre)

https://x.com/Papaquipaie/status/2029598872062873765



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