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mai 31, 2026

Mort d’Edgar Morin à 104 ans, un « penseur-monde »

Edgar Morin

Edgar Morin, de son vrai nom Edgar Nahoum, est un philosophe et sociologue français né le 8 juillet 1921 à Paris. Il est connu pour ses travaux sur la complexité et la pensée systémique, qui ont eu une grande influence dans de nombreux domaines, de la sociologie à la biologie en passant par la politique et l'éducation. Il est reconnu pour ses travaux[1]

 


 

Edgar Morin a commencé sa carrière comme sociologue, travaillant notamment sur la question de la modernisation de la société française dans les années 1950 et 1960. Il s'est ensuite intéressé à la pensée systémique et à la théorie de la complexité, cherchant à comprendre comment les systèmes complexes, qu'ils soient biologiques, sociaux ou culturels, fonctionnent et interagissent entre eux.

Parmi ses ouvrages les plus connus, on peut citer La méthode, une réflexion sur la nécessité d'une pensée systémique pour comprendre la complexité du monde, La complexité humaine, qui explore les différentes dimensions de la condition humaine, ou encore Les sept savoirs nécessaires à l'éducation du futur, dans lequel il propose une réforme de l'éducation pour répondre aux défis de la complexité du monde contemporain. 

La théorie de la complexité chez Edgar Morin

Edgar Morin a proposé une théorie de la complexité dans les années 1970. Cette théorie se concentre sur la compréhension des systèmes complexes dans tous les domaines, y compris les sciences sociales, la biologie, la physique et les sciences de l'information.

Selon Edgar Morin, la complexité est caractérisée par trois dimensions : la multidimensionnalité, la relationnalité et l'incertitude. La multidimensionnalité se réfère au fait que tout système complexe est composé de multiples éléments qui interagissent entre eux. La relationnalité fait référence à la façon dont ces éléments sont connectés et interdépendants, formant un réseau complexe de relations. L'incertitude se réfère à la difficulté de prédire le comportement d'un système complexe en raison de sa nature dynamique et imprévisible.

Edgar Morin soutient également que les systèmes complexes ont des propriétés émergentes qui ne peuvent pas être expliquées par les propriétés de leurs parties constitutives. Par exemple, le comportement d'un troupeau de moutons ne peut pas être entièrement compris en examinant le comportement individuel de chaque mouton.

Dans l'ensemble, la théorie de la complexité d'Edgar Morin propose une approche holistique pour comprendre les systèmes complexes en reconnaissant la nature interconnectée et dynamique de ces systèmes.

Comparaison de la complexité chez Edgar Morin et chez Friedrich Hayek

La théorie de la complexité chez Edgar Morin et chez Friedrich Hayek présente plusieurs différences, bien qu'ils partagent une vision du monde complexe et imprévisible.

Edgar Morin est un penseur français, sociologue et philosophe, qui a développé la théorie de la complexité en tant que paradigme permettant de comprendre les phénomènes sociaux, culturels et naturels dans leur globalité et leur interaction. Selon Morin, la complexité est caractérisée par l'interconnexion des éléments, leur autonomie relative, leur interdépendance, leur organisation hiérarchique et leur émergence. Cette vision holistique de la complexité conduit à une approche multidimensionnelle et transdisciplinaire, qui implique une ouverture à la diversité, à l'incertitude et à l'ambiguïté.

Friedrich Hayek, quant à lui, est un économiste autrichien qui a développé une théorie de la complexité en tant que fondement de sa théorie de l'ordre spontané et de l'économie de marché. Selon Hayek, la complexité est caractérisée par la diversité, l'ignorance, l'incertitude et la décentralisation. Cette vision décentralisée de la complexité conduit à une approche évolutionniste et spontanée, qui met l'accent sur les processus d'adaptation et d'apprentissage distribué à travers le marché.

Bien que Morin et Hayek partagent une vision de la complexité, leurs approches diffèrent sur plusieurs points. Morin insiste sur la nécessité d'une approche transdisciplinaire, alors que Hayek se concentre sur la spécificité de l'économie de marché. Morin insiste sur l'importance de l'ambiguïté et de l'incertitude, tandis que Hayek insiste sur l'importance de l'information décentralisée. Enfin, Morin insiste sur la nécessité d'une vision globale et holistique de la complexité, tandis que Hayek insiste sur la spécificité des processus évolutifs de l'économie de marché.

En conclusion, bien que Morin et Hayek partagent une vision de la complexité, leurs approches diffèrent sur plusieurs points importants. Ces différences reflètent les contextes disciplinaires, culturels et politiques dans lesquels ils ont développé leur vision de la complexité, ainsi que les problématiques et les enjeux auxquels ils ont cherché à répondre.

La pensée systémique chez Edgar Morin

La pensée systémique est un concept clé dans la théorie de la complexité d'Edgar Morin. La pensée systémique est une approche de résolution de problèmes qui considère un système dans son ensemble plutôt que ses parties isolées. Pour Edgar Morin, la pensée systémique est un outil pour comprendre la complexité du monde et pour s'attaquer aux problèmes mondiaux qui nécessitent une approche globale.

Edgar Morin soutient que la pensée systémique est essentielle pour comprendre les systèmes complexes et pour élaborer des solutions efficaces aux problèmes sociaux et environnementaux. Elle implique de reconnaître la nature interconnectée et dynamique des systèmes, de prendre en compte les interactions entre les différents éléments du système et d'anticiper les effets en cascade qui peuvent se produire en raison des changements apportés à un élément du système.

Pour Edgar Morin, la pensée systémique nécessite une ouverture d'esprit et une capacité à penser de manière transdisciplinaire. Il soutient que nous devons être capables de comprendre la complexité des systèmes en utilisant une variété de perspectives et d'outils conceptuels provenant de différents domaines de connaissance.

En résumé, pour Edgar Morin, la pensée systémique est un outil essentiel pour comprendre et résoudre les problèmes complexes de notre monde, en reconnaissant la nature interconnectée et dynamique des systèmes et en utilisant une approche transdisciplinaire.

L'incertitude chez Edgar Morin

Dans son livre, Introduction à la pensée complexe, (1990), Edgar Morin explique qu'il existe une incertitude fondamentale entre le système cérébral humain et son environnement. Cette incertitude se reflète dans la capacité limitée de notre cerveau à distinguer la perception de l'hallucination, le réel de l'imaginaire. De plus, il souligne que la connaissance du monde extérieur est limitée par notre organisation innée et que cela crée également de l'incertitude. En somme, il met en évidence la complexité de la nature humaine et la façon dont nous percevons et comprenons le monde qui nous entoure.

L'anarchie spontanée dans l'ancienne URSS

Lorsqu'Edgar Morin évoque l'anarchie spontanée en URSS[2], il fait référence à des situations où les citoyens ont agi de manière autonome et spontanée pour surmonter les problèmes auxquels ils étaient confrontés, en dehors des structures gouvernementales et institutionnelles.

Pendant la période de l'Union soviétique, le système socialiste était très centralisé et bureaucratique, ce qui signifie que l'État avait un contrôle strict sur les aspects de la vie quotidienne. Cependant, il y a eu des moments où les gens ont dû faire face à des problèmes auxquels l'État n'a pas réussi à répondre, par exemple lors de catastrophes naturelles ou de pénuries alimentaires.

Dans ces situations, Edgar Morin affirme que les gens ont montré une grande capacité à s'organiser et à s'entraider de manière autonome. Ils ont créé des réseaux d'entraide, partagé des ressources et se sont soutenus mutuellement pour faire face aux difficultés, sans avoir besoin d'une intervention gouvernementale.

Pour Edgar Morin, l'anarchie spontanée en URSS est un exemple de la capacité des gens à travailler ensemble et à s'entraider de manière autonome, même dans des situations où le gouvernement ne peut pas répondre aux besoins de la population. C'est aussi un exemple de la résilience humaine et de la capacité des gens à s'adapter à des situations difficiles.

En somme, l'anarchie spontanée en URSS est une illustration de la capacité de l'être humain à agir de manière autonome et à s'organiser de manière collective en dehors des structures étatiques, lorsque cela est nécessaire pour faire face aux difficultés.

Informations complémentaires

Notes et commentaires

  • Edgar Morin a reçu de nombreuses distinctions tout au long de sa carrière, notamment le Prix européen de l'essai Charles Veillon en 1986 et le Prix de la Pensée française en 2012. Il est également membre de l'Académie des sciences morales et politiques depuis 2008.

    1. Introduction à la pensée complexe, (1990)

    Publications

    • 1999, "La cabeza bien puesta: Repensar la reforma, reformar el pensamiento", Buenos Aires, Nueva Visión
    •  


    Mort d’Edgar Morin, un « penseur-monde »

    Le sociologue est décédé à 104 ans ce vendredi 29 mai, a annoncé sa famille par communiqué. Il laisse une œuvre immense.

    Il avait eu 100 ans le 8 juin 2021. Edgar Morin (David-Simon Nahoum, de son vrai nom) est mort le 29 mai à 104 ans. Fils de Vidal Nahoum, originaire comme la famille du romancier Albert Cohen de l’île de Salonique, l’homme se définissait comme un petit poulbot. « J’ai grandi dans les rues de Paris, passant beaucoup de temps à jouer sur le trottoir devant le petit commerce de bonneterie de mon père, dans le quartier du Sentier », confiait-il.

    Jeune garçon, Edgar Morin avait été profondément marqué par la mort de sa mère, le 26 juin 1931. Le décès de cette femme d’origine italienne, Luna Beressi, d’une crise cardiaque alors qu’elle n’avait que 34 ans avait été un « Hiroshima intérieur », comme il le disait lui-même. Le coup avait été d’autant plus rude pour lui que son père et sa tante lui avaient dissimulé le drame pendant plusieurs semaines. « On m’a fait croire qu’elle était partie en cure », expliquait-il.

    L’enfant avait vécu ce mensonge comme « une trahison des adultes ». Ce drame intime devait le marquer au fer rouge. Il constitua la trame de son unique roman (1), paru en 2017. Un ouvrage écrit en secret, avec grande difficulté, pendant plus de quarante ans. Un livre qu’il envisageait comme une forme d’exorcisme.

    Replié à Toulouse pendant la guerre, c’est dans cette ville que le jeune Edgar, tout juste bachelier, s’était lié d’amitié avec les philosophes Vladimir Jankélévitch (1903-1985) et Julien Benda (1867-1956). Mais aussi avec le sociologue Georges Friedmann (1902-1977). Tous fuyaient, comme lui, les persécutions anti-juives. Il y avait également fait la connaissance du romancier Jean Cassou (1897-1986), conservateur au musée d’Art moderne, révoqué par Vichy.

    Au côté de ces figures de l’intelligentsia parisienne, où évoluait aussi Clara Goldschmidt (1897-1982), première femme d’André Malraux, il s’était engagé dans la Résistance, prenant le nom de code d’Edgar Morin. Il avait alors adhéré au Parti communiste (en 1942) et en était devenu un membre actif. Il devait quitter l’organisation en 1950, se mettant, selon ses propres termes, en « hibernation politique » mais demeurer, jusqu’au soir de sa vie, très engagé à gauche. Il devait ainsi s’engager publiquement contre la guerre d’Algérie et, plus généralement, prendre fait et cause en faveur de tous les mouvements décoloniaux.

    Intellectuel engagé

    Ses études d’histoire-géographie ayant été écourtées à cause de la guerre, il avait commencé à travailler comme journaliste avant de faire son service militaire. Appelé sous les drapeaux, il avait été nommé porte-parole de l’état-major de la Première armée française à Baden-Baden.

    Profitant de ce séjour outre-Rhin pour écrire un essai, L’An zéro de l’Allemagne, il avait publié son premier livre aux éditions de la Cité universelle en 1946. Edgar Morin y affirmait une qualité d’observation aiguisée – ses descriptions de l’état de somnambulisme des Allemands sont saisissantes –, et un intérêt particulier pour les rumeurs qui circulaient, à l’époque, au sein de la population civile, déboussolée.

    C’est à son retour en 1950 qu’il intègre, comme stagiaire, le Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Il s’y passionne pour « la culture de masse », et plus singulièrement pour le cinéma, au sein du Centre d’études sociologiques. Il publiera consécutivement Le Cinéma ou l’homme imaginaire, aux éditions de Minuit, en 1956, et Les Stars (Seuil), en 1957. Les succès éditoriaux de ces deux ouvrages lui assurent, par-delà la controverse académique, une première reconnaissance publique. Le CNRS le titularise. Il y effectue toute sa carrière. Une carrière en marge de laquelle il multiplie films, à partir du documentaire qu’il coréalise avec Jean Rouch en 1961, Chronique d’un été, et livres.

    Devenu médiatique, le sociologue semble prendre plaisir au débat d’idées, surtout s’il est polémique. Il utilise la revue qu’il a créée, en 1956, Argument, comme une tribune. Edgar Morin multiplie dans le même temps les cours à travers le monde : aux États-Unis comme en Amérique latine. Mais un problème de santé le pousse à lever le pied en 1962. Sa longue convalescence le conduit alors à réorienter sa vie.

    Sociologie du présent

    Ce nouveau chemin prend la forme d’un approfondissement de ce qu’il appelle la « sociologie du présent », une discipline phénoménologique en ce sens qu’elle se concentre sur des événements contemporains et se fonde sur une méthode d’observation participante qu’Edgar Morin qualifie de « méthode in vivo » dans son ouvrage Sociologie, paru en 1984 chez Fayard.

    Cette démarche « transdisciplinaire et multidimensionnelle », qui permet au chercheur d’atteindre une « pensée complexe », constituera le programme du Centre d’études des communications de masse, laboratoire qu’il dirigera pendant de longues années, d’abord avec Georges Friedmann (1902-1977), puis avec Roland Barthes (1973-1983), enfin avec Claude Lefort (1983-1990).

    Edgar Morin se penche, en 1963, sur le « phénomène yéyé », comme il baptise ce mouvement musical correspondant à une « génération » née après guerre et bercée par le rock débarqué avec les GI’s américains. Il passe une grande partie de l’année 1965 dans la commune bretonne de Plozévet, dans le Finistère, pour y scruter avec son équipe la métamorphose de ce village et décrypter la modernisation du monde rural.

    Il fera de même à Paris avec les manifestations de Mai 68 (« la commune étudiante ») et avec « la Rumeur d’Orléans », en 1969. Cette rumeur prétend que des jeunes femmes disparaissent dans les cabines d’essayage des magasins de vêtements de la préfecture du Loiret.

    « Les boutiques ciblées par cette rumeur étaient toutes tenues par des juifs. La dimension antisémite de cette histoire m’a beaucoup intéressé. Je voulais comprendre comment des gens raisonnables finissent par croire sérieusement qu’un sous-marin, immergé dans la Loire, emmène les jeunes femmes kidnappées pour alimenter une prétendue traite des Blanches », nous avait-il confié pour les quarante ans de la publication de cet ouvrage qui fit date dans l’histoire de la sociologie.

    Edgar Morin avait vu « avec inquiétude » resurgir cette rumeur, au printemps 2019, à Bobigny (Seine-Saint-Denis), lorsque des Roms avaient été accusés, à tort, de kidnapper des enfants.

    Toujours désireux de tisser des liens entre les disciplines, Edgar Morin avait créé, au début des années 1970, avec les biologistes Jacques Monod (1910-1976) et François Jacob (1920-2013), le Centre international d’études bioanthropologiques et d’anthropologie fondamentale (CIEBAF), devenu ensuite le Centre Royaumont pour une science de l’homme, ambitionnant de réfléchir aux grands enjeux de la société : l’écologie, l’éducation, puis le transhumanisme.

    Fervent militant pacifiste, Edgar Morin avait multiplié, ces dernières années, les prises de parole en faveur de la tribu amérindienne des Kayapos qui rêvaient de reconquérir l’Amazonie. Il s’était également mis au service de la cause palestinienne. Certaines de ses déclarations particulièrement virulentes sur le sujet, avaient d’ailleurs fait polémique. Notamment une tribune parue dans Le Monde en 2002, intitulée « Israël-Palestine : le cancer » dont des formulations discutables lui avaient valu des accusations d’antisémitisme.

    On y lisait notamment cette phrase : « On a peine à imaginer qu’une nation de fugitifs issus du peuple le plus longtemps persécuté dans l’histoire de l’humanité, ayant subi les pires humiliations et le pire mépris, soit capable de se transformer en deux générations en peuple dominateur et sûr de lui. »

    À près de 103 ans, le sociologue avait consacré ses dernières apparitions publiques à la dénonciation de l’État hébreu. En février 2024, lors d’un salon du livre au Maroc d’où est originaire sa dernière femme, il avait repris à son compte les accusations de « génocide » portées à l’encontre du gouvernement Netanyahou. Edgar Morin avait, ce jour-là, dénoncé « le silence du monde » face aux massacres commis à Gaza par l’armée israélienne, après les attaques terroristes du Hamas.

    Était-il encore conscient de la portée de ces mots ? Edgar Morin s’énervait quand on lui posait la question. Il s’emportait de la même manière quand on suggérait que, valétudinaire, il puisse être sous la coupe de son entourage. Il estimait, au contraire, être resté fidèle au jeune homme qu’il avait été, répétant en boucle le même argument : « La haine engendre le délire de la culpabilité collective du peuple ennemi, laquelle suscite les pires cruautés et massacres y compris pour femmes, enfants et vieillards ».

    (1) L’Île de Luna, d’Edgar Morin, Actes Sud, 192 pages, 18 euros.

    Baudouin Eschapasse

     https://l.lepoint.fr/bu9 

     
    VISION LIBERTARIENNE
     
    Edgar Morin est mort. C'est un penseur qui a passé sa vie à expliquer que le monde est systémique, interconnecté, imprévisible, et qu'on ne peut pas le réduire à des équations. À partir d'une telle base, l'on aurait pu penser qu'il aurait adopté une pensée libérale. Si le monde est complexe, alors l'on peut d'autant plus lâcher prise sur le contrôle de masse et laisser l'individu agir dans le cadre des droits de propriété, non ? Et bien non ! Morin est resté toute sa vie un bon social-démocrate appelant de ses vœux à une gouvernance mondiale. Il a vu la complexité depuis son prisme de lecture sociologique, mais il n'a jamais traduit sa pensée politiquement vers le libéralisme. 
     
    Comme la plupart des intellectuels de sa génération, il est resté prisonnier d'un exécrable logiciel socialiste. Nous expliquer qu'il fallait abandonner la pensée réductionniste et linéaire sans être en mesure de voir que l'État est la structure réductionniste et linéaire par excellence fait quelque peu sourire. Morin a répondu à la complexité par la centralisation. Sa "conscience planétaire" et son gouvernement mondial (à supposer qu'on prenne l'hypothèse au sérieux) sont un cauchemar absolu pour qui saisit la mécanique de l'État. 
     
    L'anarcho-capitaliste prône tout l'inverse de Morin à travers les droits naturels, la sécession, la multiplication des micro-souverainetés concurrentes, etc. Je crois que la déification du Pouvoir est simplement trop forte chez ces intellectuels "progressistes" du XXe siècle. Le marché libre a toujours été synonyme de chaos chez eux. Ils n'arrivent pas à concevoir que l'ordre légitime naît de la Liberté.
     

     

    février 06, 2026

    Les intellectuel(le)s "Epsteiniens" de France: "Apprenons l'amour à nos enfants".Pas de l'amour, de la pédophilie, pédocriminalité !

    "1977: une partie de "l'élite" intello (même Kouchner dont le fils se faisait violer par Duhamel) signe une pétition pour autoriser les viols de gosses. Libération titrait "Apprenons l'amour à nos enfants". C'est pas de l'amour mais de la pédophilie."

    Patricia Chaibriant 


     

    Quand des intellectuels français défendaient la pédophilie

    Le fil culture. La pédophilie n'a pas toujours été condamnée par les intellectuels français. À partir des années 1970, de nombreuses personnalités de tous bords politiques ont demandé, au nom de la liberté, que la loi permette aux adultes d'avoir des relations sexuelles avec des enfants. Une question d'époque ?

     


     

    "En 2013, quand il (Gabriel Matzneff, ndlr) a reçu le prix Renaudot, aucun journaliste littéraire, pas un seul, ne s'est interrogé sur le bien-fondé de cette récompense. La vie d'une adolescente anonyme n'est rien face au statut d'un écrivain". Dans son roman autobiographique paru ce jeudi, Le Consentement, Vanessa Springora dénonce la complaisance des milieux artistiques et littéraires français qui comme les médias ont jusque très récemment fermé les yeux sur des écrits qui font la promotion de la pédophile au prétexte que l'oeuvre prime l'auteur. Goût pour la transgression ou tendance de fond issue d'un mouvement pro pédophile de la fin des années 1970 ? Aujourd'hui, ces intellectuels sont mis face à leur responsabilité.

    Contre la famille et pour l'homosexualité : un militantisme pro pédophile


    Jean-Paul Sartre, Roland Barthes, Simone de Beauvoir, Gilles et Fanny Deleuze, Francis Ponge, Philippe Sollers, Jack Lang, Bernard Kouchner, Louis Aragon, André Glucksmann, François Châtelet et bien d'autres encore, de Félix Guattari à Patrice Chéreau ou Daniel Guérin ; tous font partie des 69 intellectuels français qui, aux côtés de l'écrivain Gabriel Matzneff et du romancier, journaliste  à Libération et membre fondateur du Front homosexuel d'action révolutionnaire (FHAR) Guy Hocquenghem ont signé une tribune publiée le 26 janvier 1977. D'abord dans Le Monde puis dans Libération pour défendre trois hommes incarcérés depuis plus de trois ans pour avoir abusé sexuellement de mineurs de moins de 15 ans. 

    'Trois ans de prison pour des caresses et des baisers, cela suffit !' écrivaient les signataires. 

    Ils demandaient la relaxe des trois hommes au prétexte que les enfants n'avaient pas été victimes de la moindre violence, mais, au contraire, qu'ils étaient consentants.

    Le 23 mai 1977, dans les pages "Opinions" du Monde, 80 intellectuels français parmi lesquels Jean-Paul Sartre, Michel Foucault, Roland Barthes, Simone de Beauvoir, Alain Robbe-Grillet, Jacques Derrida, Philippe Sollers et même Françoise Dolto, signent un autre texte pour demander que la loi décriminalise les rapports sexuels entre les adultes et les enfants de moins de 15 ans.

     De nombreux journaux se font l'écho de ce mouvement pro pédophile, qui aux Pays-Bas est devenu un mouvement politique. Libération en tête, avec même des petites-annonces sans ambiguïté, et par exemple en juin 1978 le philosophe René Schérer qui y écrit : 

    L’aventure pédophilique vient révéler quelle insupportable confiscation d’être et de sens pratiquent à l’égard de l’enfant les rôles contraints et les pouvoirs conjurés.

    Libération mais aussi Le Monde ou encore France Culture. Le 4 avril 1978, l'émission "Dialogues" (enregistrée en 1977) invite Michel Foucault, le romancier et membre fondateur du Front homosexuel d'action révolutionnaire (FHAR) Guy Hocquenghem et le juriste Jean Danet, tous trois signataires de la pétition qui demande la décriminalisation de la pédophilie. Durant une heure et quart, en public dans le studio 107, ces intellectuels vont défendre l'idée que des pédophiles sont incarcérés à tort parce que les enfants qu'ils ont abusés étaient consentants. 

     Ce débat sera publié sous le titre La Loi de la pudeur dans la revue Recherches n°37 d’avril 1979, avant d'être inclus dans le recueil Dits et Écrits 1976-1979 de Foucault.

    Dans la même émission, ils fustigent l'influence croissante des psychiatres dans les cours de justice parce qu'en "s'intéressant aux prétendues victimes, ils sont en train de créer une "victimologie très grave" parce qu'elle nie la parole des enfants qui répètent pourtant à la barre qu'ils étaient consentants. Ils s'inquiètent de la suspicion qui pèse sur les éducateurs et tous les professionnels de l'enfance et pressentent une véritable "chasse aux sorcières" pour des faits, des relations sexuelles entre un adulte et un enfant de moins de 15 ans, qui selon eux n'ont aucun caractère de gravité, "et sont des faits extrêmement légers qui dans n'importe quelle autre circonstance, à Paris notamment, n'auraient jamais valu trois mois de détention préventive" (sic).

    Ces discours choquent peu à une époque où l'obsession sans cesse répétée est que la société a changé, qu'il faut se libérer du carcan de la famille et de pratiques sexuelles rétrogrades. "Le sexe est omniprésent dans la société", déclare Virginie Girod, docteure en histoire, spécialiste de l’histoire des femmes et de la sexualité "et dans les années 1970, les gens se disent 'on fait ce que l'on veut'".

    Surtout, il y a l'idée défendue dès le début de l'émission de France Culture par Michel Foucault que la liberté des homosexuels ne fait pas encore consensus dans la société française et qu'interdire la pédophilie pourrait progressivement glisser vers l'interdiction de l'homosexualité. Les deux pratiques, homosexualité et pédophilie, sont à l'époque mises sur le même plan.

    Des publications comme Gai Pied, journal radical pro homosexuel dans lequel écrivent Jean-Paul Aron, Jean-Paul Sartre ou Michel Foucault, aux côtés de l'écrivain Tony Duvert - pédophile revendiqué - et de Renaud Camus, deviennent ainsi des tribunes pour les pédophiles (la revue sera finalement suspendue en 1992). 

     Figure de mai 1968, Daniel Cohn Bendit raconte alors ses gestes sexuels sur des enfants. Dans le livre Le Grand bazar (publié en 1975 chez Belfond), où il évoque son activité d'éducateur dans un jardin d'enfants "alternatif" à Francfort. Puis en avril 1982, sur le plateau d'Apostrophes, où il déclare notamment : "La sexualité d'un gosse, c'est absolument fantastique, faut être honnête. J'ai travaillé auparavant avec des gosses qui avaient entre 4 et 6 ans. Quand une petite fille de 5 ans commence à vous déshabiller, c'est fantastique, c'est un jeu érotico-maniaque..." Devenu député vert européen, Cohn Bendit se défendra dans les colonnes de Libération en février 2001, soutenu par des parents et des enfants, mais reconnaîtra en réunion publique "des lignes insoutenables, intolérables ; avec ce que nous savons aujourd'hui sur la pédophilie, sur l'abus sexuel".

     https://www.dailymotion.com/video/x9jpb6 (En accusant sur France 2 Daniel Cohn-Bendit d'avoir "poussé et justifié des actes [inacceptables] à l'égard des enfants", François Bayrou a fait ressurgir un épisode ancien de trente-quatre ans ... mais jugé pendant plusieurs années "inintéressant" par les médias.

    Tous les éléments du dossier sont dans notre article : http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=2022)

    Toujours dans les années 1970, le chanteur Claude François se reconnaît "obsédé" par les filles mineures : "Les filles [de 18-30 ans] commencent à réfléchir. Elles ne sont plus naturelles. Elles se sentent obligées de prendre position. Elles ne sont plus cette espèce de rêve que représente pour moi la fille."

    https://www.dailymotion.com/video/x88iza1 (

    Et c'est à cette époque que Roman Polanski arrive en France.

     Pour justifier leurs pratiques sexuelles avec des enfants, beaucoup de pédophiles ont instrumentalisé ce mouvement intellectuel issu de mai 68 qui faisait la promotion de la liberté sexuelle et de la rupture avec la loi et les structures et qui voulaient à tout prix se défaire de la domination des adultes.

    Ce qui était central dans ces années-là, c'était la question de savoir comment on pouvait rompre avec les normes pénales et familiales du XIXe siècle. Ce qui a ainsi fait le plus débat dans les années 1970, notamment du côté des mouvements homosexuels mais pas seulement, c'était la discrimination concernant l'âge de la majorité sexuelle.                                                                                      
    Jean Bérard, historien, maître de conférence à l'ENS Paris Saclay

    Des écrivains comme Gabriel Matzneff mais aussi Tony Duvert (prix Médicis en 1973 pour son roman Paysage de fantaisie, publié aux éditions de Minuit et qui met en scène des jeux sexuels entre un adulte et des enfants) ou René Schérer ont ainsi cherché à présenter la pédophilie comme une attirance sexuelle acceptable du moment que l'enfant en était "consentant", comme en témoigne ce séminaire de 2013 organisé à l'EHESS

     Comment admettre qu'on a été abusé quand on ne peut nier qu'on a été consentant ? Quand, en l'occurrence, on a ressenti du désir pour cet adulte qui s'est empressé d'en profiter ? Pendant des années, je me débattrai moi aussi avec cette notion de victime, incapable de m'y reconnaître.                                                                                      
    Dans Le Consentement, Vanessa Springora témoigne de sa relation avec Gabriel Matzneff alors qu'elle avait 14 ans

    Gabriel Matzneff a répondu à Vanessa Springora dans L'Express ce jeudi 

    Un décalage avec la société et... avec les féministes

    Si une partie des intellectuels défend ce mouvement pro-pédophile, ce n’est pas le cas de la société. "La majorité des personnes dans la société courante n’y était pas favorable", explique Virginie Girod, docteure en histoire, spécialiste de l’histoire des femmes et de la sexualité. Et cette vision, ce "noyau dur d’intellectuels" l’a "défendue dans des journaux qui trouvaient génial de soutenir ces fameux mantras 'il est interdit d’interdire’ et ‘jouissons sans entrave’. Dans la petite intelligentsia parisienne, on défendait les valeurs de la liberté absolue sans se poser de questions". Ce côté "transgressif, cette faculté à bousculer les codes", ajoute l’historienne, a permis à certains intellectuels dont Gabriel Matzneff d’en tirer une "véritable aura médiatique"

    Puis il y a eu les mouvements féministes qui ont dénoncé le patriarcat et la domination masculine, "qui se traduit par cette prise de possession et cette domination du corps des femmes et des enfants", explique Anne-Claude Ambroise-Rendu, historienne et professeure d’histoire à l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines.

    "Dans les mouvements qui luttaient contre l’idée d’une majorité sexuelle dans la seconde partie des années 1970, il y avait l’idée que des rapports entre adulte et enfant pouvaient être envisagés, exempts des rapports de domination traditionnelle, en particulier de domination familiale", ajoute Jean Bérard, maître de conférence à l’ENS Paris-Saclay. Un argument contesté, en particulier par les mouvements féministes. 

    Dans les mêmes années, les féministes luttaient pour la redéfinition du viol et expliquaient que le rapport entre un mineur et un adulte est déjà dans un rapport de force, de domination, inégal et qui ne peut donc être considéré selon le seul critère du consentement mais sur le critère de l’âge.                                                                                                                                                  
    Jean Bérard, maître de conférence en histoire à l’École normale supérieure Paris-Saclay.

    D’ailleurs, certains parents des enfants ou adolescents qui fréquentaient les pédophiles eux-mêmes laissaient faire ces relations. "On peut s'interroger sur des parents pétris d'une idéologie soixante-huitarde dévoyée, qui laissent leurs enfants avoir des relations sexuelles avec un homme nettement plus âgé. Quelque part, il y a un côté un peu chic à voir sa fille dans le lit de quelqu'un reconnu comme un grand écrivain à l'école. Et cette pensée-là dérange aujourd'hui. C’est normal. Mais il faut aussi la concevoir pour pouvoir comprendre cette époque-là", confirme Virginie Girod.

    La bascule

    Le véritable tournant s’opère dans les années 1990. La France découvre le vrai visage de la pédophilie avec l’affaire Marc Dutroux dans la Belgique voisine. "Avec Matzneff et compagnie, on a une sorte de 'glamourisation' du câlin enfantin, des amours enfantines. C’est chic, c’est joli, c’est la nymphette, les égéries d’Hamilton… On est dans une esthétique qui existe dans la société", affirme Virginie Girod. L’affaire Dutroux dévoile une toute autre facette de la pédophilie : "On a pour la première fois une affaire de mœurs épouvantable, d’un homme qui kidnappe les petites filles, les séquestre, les viole et les assassine." 

    C’est la fin de l’illusion d’un hypothétique consentement, on se rend compte qu’autour de la pédophilie, il y a tous les actes de la criminalité.                                                                                                                                                  
    Virginie Girod, docteure en histoire, spécialiste de l’histoire des femmes et de la sexualité

    Désormais, il devient impensable pour la société de défendre la pédophilie. Le terme "pédophile" est employé dans le langage courant et aujourd’hui, il est peu à peu remplacé par celui de "pédocriminel", "on rajoute à la charge morale du crime pour bien signifier qu’on ne laisse plus passer ces pratiques socialement", conclut Virginie Girod. 

    Et aujourd'hui ?... Encore et toujours la question du consentement !

    N’oubliez pas l’ancienne exposition au palais de Tokyo

    Dans les années 1980, à Paris, il existait des sortes de cercles de pédophiles anonymes où des pédophiles se réunissaient pour s'entraider à ne pas passer à l'action. "On savait qu'il y avait une charge morale sur ces pratiques-là et quelque part, il fallait se sentir un peu au-dessus des lois, soit parce qu'on était un puissant, soit parce qu'on n'avait pas conscience que la justice pouvait rappliquer", explique la spécialiste de l’histoire des femmes et de la sexualité.

    Au début des années 2000, après le traumatisme de l'affaire Dutroux, certaines associations ont cessé de s'intéresser exclusivement aux victimes pour s'intéresser aux pédophiles et plus largement aux promoteurs, actifs ou passifs de la pédophilie. L'association l'Ange bleu par exemple est la première à entreprendre d'écouter les pédophiles, via une ligne ouverte et très vite, ils le disent : les livres et émissions de télé qui font l'apologie des relations sexuelles avec des enfants les poussent à passer à l'acte. 

    Latifa Benari est la fondatrice de l'association l'Ange bleu : "Écrire sur les ébats sexuels avec des enfants ou des adolescents et déclarer qu'avec cette relation, l'enfant ou l'adolescent peut être heureux, pour moi ils sont responsables. Un paumé qui viole un enfant, cela reste une affaire isolée. Mais quelqu'un qui a une relation [avec un enfant] et qui en plus en fait la promotion sur des plateaux télévisés, je trouve cela criminel !"

    En attendant, les anciens intellectuels signataires regrettent-ils aujourd'hui leur signature ? Libération a posé la question ici...

    Pour justifier de tels actes, le mouvement pro-pédophile s'est toujours caché derrière le "consentement" des enfants et adolescents. "Personne n'a jamais défendu la possibilité de violer des enfants. (...) L'idée de la violence n'effleure pas les personnes qui conceptualisent cette pédophilie-là", précise Virginie Girod.

    Et dans les années 1980, la notion de "stranger danger", comme l'appellent les Américains, a fait son apparition. "La question du danger venu de l'extérieur devient prédominante et construit la peur du pédophile autour de la peur de celui qui va venir enlever et agresser les enfants", commente Jean Bérard.

    Mais cela cache une autre réalité : une grande partie des actes pédophiles ont lieu dans le cadre intra-familial... Le Conseil de l'Europe évalue les violences sexuelles intra-familiales sur mineurs entre 70 et 85% d'après ce rapport du Sénat daté de mai 2019. Toutefois, les chiffres restent peu nombreux sur le sujet. Lors d'auditions au Sénat pour la mission commune d'information sur la répression d'infractions sexuelles sur mineurs, le réalisateur Éric Guéret, auteur du documentaire Enfance abusée, indique à propos de ces violences sexuelles sur mineurs, qu'"il n'y a pas de chiffres français officiels, fiables. Cela raconte quelque chose de notre société. Une société qui ne veut pas voir un problème se débrouille pour ne pas le quantifier." Il dénonce un "déni" de la société, un "fléau" qui a pour conséquence des victimes "avec un extrême sentiment d'abandon", qui les pousse à "garder le silence" et parfois "à se suicider", avec dans tous les cas, le sentiment "que les institutions ne leur viennent pas en aide". 


    https://www.radiofrance.fr/franceculture/quand-des-intellectuels-francais-defendaient-la-pedophilie-2026242 

     

    Aussi: Pédocriminalité : ce que disent les lois depuis 1810 

    Affaire Epstein !!

     

     

    décembre 25, 2025

    Le rôle des intellectuels et des intellectuels libertariens anti-intellectuels - Hans-Hermann Hoppe

    "Les États ne gouvernent pas uniquement par la force ; ils achètent le prestige, les subventions et le pouvoir des intellectuels pour qu’ils colportent des mythes comme celui des « biens publics » et des chimères égalitaires, légitimant ainsi leur monopole sur la violence et la fiscalité. L’antidote ? Des intellectuels libertariens « anti-intellectuels » qui déconstruisent ces sophismes et révèlent la véritable nature de l’État. « La majorité doit accepter votre autorité de son plein gré » – et les intellectuels sont essentiels pour obtenir ce consentement. 
    Lire l’article complet :"
    Sean Gabb 


     
    Le rôle des intellectuels et des intellectuels anti-intellectuels 
     
    Commençons par la définition d'un État. Que doit pouvoir faire un agent pour être considéré comme un État ? Cet agent doit pouvoir exiger que tous les conflits entre les habitants d'un territoire donné lui soient soumis pour décision finale ou pour examen ultime. Plus précisément, il doit pouvoir exiger que tous les conflits le concernant soient tranchés par lui ou son représentant. Et, implicitement, dans le pouvoir d'exclure quiconque du rôle de juge suprême, seconde caractéristique déterminante d'un État, se trouve le pouvoir de lever des impôts : celui de déterminer unilatéralement le prix que les demandeurs de justice doivent payer pour ses services. 
     
     À partir de cette définition, on comprend aisément pourquoi le désir de contrôler un État peut exister. Car celui qui détient le monopole de l'arbitrage final sur un territoire donné peut légiférer. Et celui qui peut légiférer peut aussi lever des impôts. Il s'agit assurément d'une position enviable. 
     
     Plus difficile à comprendre est comment quiconque peut impunément contrôler un État. Pourquoi certains toléreraient-ils une telle institution ? 
     
    Je souhaite aborder la question indirectement. Imaginez que vous et vos amis contrôliez une telle institution hors du commun. Que feriez-vous pour vous maintenir au pouvoir (en supposant que vous n'ayez aucun scrupule) ? Vous utiliseriez certainement une partie de vos recettes fiscales pour engager des hommes de main. D'abord, pour maintenir la paix parmi vos sujets afin qu'ils restent productifs et qu'il y ait des recettes fiscales à l'avenir. Mais surtout, vous pourriez avoir besoin de ces hommes pour votre propre protection si le peuple sortait de sa torpeur dogmatique et vous contestait. 
     
    Cependant, cette solution ne fonctionnera pas, en particulier si vous et vos amis représentez une petite minorité par rapport au nombre de sujets. Car une minorité ne peut pas gouverner durablement une majorité par la seule force brute. Elle doit gouverner par l'opinion. La majorité de la population doit être amenée à accepter volontairement votre autorité. Cela ne signifie pas que la majorité doive approuver chacune de vos mesures. En effet, elle pourrait très bien penser que nombre de vos politiques sont erronées. Toutefois, il faut croire en la légitimité de l'institution étatique en tant que telle, et donc considérer que même si une politique particulière s'avère erronée, une telle erreur est un « accident » qu'il faut tolérer au regard du bien supérieur que l'État œuvre. 
     
    Mais comment persuader la majorité de la population de cette idée ? La réponse est simple : uniquement grâce aux intellectuels.

    Comment s'assurer la collaboration des intellectuels ? La réponse est simple. La demande du marché pour les services intellectuels est loin d'être forte et stable. Les intellectuels seraient à la merci des valeurs éphémères des masses, lesquelles se désintéressent des questions intellectuelles et philosophiques. L'État, en revanche, peut accommoder l'ego souvent démesuré des intellectuels et leur offrir une place confortable, sûre et permanente au sein de son appareil. 
     
    Cependant, il ne suffit pas d'employer quelques intellectuels. Il faut les employer tous, même ceux qui travaillent dans des domaines très éloignés de vos principales préoccupations : la philosophie, les sciences sociales et les lettres. Car même les intellectuels travaillant en mathématiques ou en sciences naturelles, par exemple, peuvent penser par eux-mêmes et devenir potentiellement dangereux. Il est donc important de s'assurer de leur loyauté envers l'État. Autrement dit : il faut devenir un monopole. Le meilleur moyen d'y parvenir est de placer toutes les institutions « éducatives », de la maternelle à l'université, sous contrôle étatique et de faire certifier tout le personnel enseignant et de recherche par l'État. 
     
    Mais que se passe-t-il si la population ne souhaite pas s'instruire ? Dans ce cas, l'« éducation » doit être rendue obligatoire ; et afin de soumettre la population à un système éducatif étatisé le plus longtemps possible, il faut déclarer chacun également « éduquable ». Les intellectuels savent pertinemment qu'un tel égalitarisme est illusoire. Pourtant, proclamer des absurdités telles que « chacun est un Einstein en puissance s'il bénéficie d'une attention éducative suffisante » séduit les masses et, par conséquent, alimente une demande quasi illimitée de services intellectuels. 
     
    Bien entendu, rien de tout cela ne garantit une pensée étatique « correcte ». Il est certes utile, pour parvenir à la « bonne » conclusion, de réaliser que sans l'État, on risquerait de se retrouver au chômage et de devoir se reconvertir dans la mécanique des pompes à essence plutôt que de se préoccuper de problèmes aussi urgents que l'aliénation, l'équité, l'exploitation, la déconstruction des rôles de genre et sexuels, ou encore la culture des Inuits, des Hopis et des Zoulous. 
     
    Quoi qu'il en soit, même si les intellectuels se sentent sous-estimés par vous – c'est-à-dire par une administration étatique particulière –, ils savent que l'aide ne peut venir que d'une autre administration, et non d'une attaque intellectuelle contre l'institution étatique en tant que telle. Dès lors, il n'est guère surprenant que, de fait, l'immense majorité des intellectuels contemporains, y compris la plupart des intellectuels conservateurs ou dits libéraux, soient fondamentalement et philosophiquement étatistes. 
     
    Le travail des intellectuels a-t-il été bénéfique à l'État ? Je le crois. Si l'on demandait à la population si l'institution de l'État est nécessaire, je ne crois pas exagérer en disant que 99 % des gens répondraient sans hésiter par l'affirmative. Pourtant, ce succès repose sur des fondements plutôt fragiles, et tout l'édifice étatique peut s'effondrer – pourvu que l'action des intellectuels soit contrée par celle des « anti-intellectuels intellectuels », comme j'aime à les appeler. 
     
    L'immense majorité des partisans de l'État ne sont pas des étatistes philosophiques, c'est-à-dire qu'ils n'ont pas réfléchi à la question. La plupart des gens ne se préoccupent guère de questions « philosophiques ». Ils vaquent à leurs occupations quotidiennes, et c'est tout. Ainsi, le soutien le plus fréquent découle du simple fait qu'un État existe, et a toujours existé, aussi loin que l'on se souvienne (et cela ne dépasse généralement pas l'âge de notre propre vie). Autrement dit, le plus grand succès des intellectuels étatistes est d'avoir cultivé la paresse intellectuelle (ou l'incapacité intellectuelle) naturelle des masses et de ne jamais avoir permis que « le sujet » fasse l'objet d'un débat sérieux. L'État est considéré comme une composante incontestable du tissu social. 
     
    La première et principale tâche des intellectuels anti-intellectuels est donc de contrer cette torpeur dogmatique des masses en proposant une définition précise de l'État, comme je l'ai fait d'emblée, puis de se demander s'il n'y a pas quelque chose de véritablement remarquable, d'étrange, de bizarre, de maladroit, de ridicule, voire de grotesque, dans une institution comme celle-ci. Je suis convaincu que ce travail de définition, aussi simple soit-il, suscitera un premier doute, certes, mais sérieux, à l'égard d'une institution que l'on tenait jusqu'alors pour acquise – un bon début. 
     
    Pour passer des arguments pro-étatiques les moins sophistiqués (mais, ce n'est pas un hasard, les plus répandus) aux plus élaborés : dans la mesure où les intellectuels ont jugé nécessaire de défendre l'État, leur argument le plus courant, rencontré dès la maternelle, se résume ainsi : on cite quelques actions de l'État : il construit des routes, des crèches, des écoles ; il distribue le courrier et assure la sécurité des rues. Imaginons un monde sans État. Nous n'aurions alors pas accès à ces services. L'État est donc nécessaire.

    Au niveau universitaire, une version légèrement plus élaborée de ce même argument est présentée. Le raisonnement est le suivant : certes, les marchés sont les plus performants pour fournir de nombreux biens, voire la plupart ; mais il existe d’autres biens que les marchés ne peuvent fournir, ou pas en quantité ou en qualité suffisantes. Ces autres biens, dits « biens publics », sont des biens qui procurent des avantages à la population, au-delà de ceux qui les ont produits ou financés. Parmi ces biens, l’éducation et la recherche occupent généralement une place prépondérante. L’éducation et la recherche, par exemple, sont, selon nous, des biens extrêmement précieux. Elles seraient toutefois sous-produites en raison de « passagers clandestins », c’est-à-dire de « tricheurs », qui bénéficient – ​​par le biais d’effets de voisinage – de l’éducation et de la recherche sans y contribuer financièrement. Ainsi, l’État est nécessaire pour fournir les biens publics, tels que l’éducation et la recherche, qui seraient autrement non produits ou sous-produits. 
     
    Ces arguments étatistes peuvent être réfutés par la combinaison de trois constats fondamentaux : premièrement, concernant l’argument simpliste, le fait que l’État fournisse des routes et des écoles n’implique pas que seul l’État puisse fournir de tels biens. Il est aisé de reconnaître qu’il s’agit d’un sophisme. De même, le fait que les singes puissent faire du vélo n’implique pas que seuls les singes puissent en faire. Deuxièmement, et c’est immédiatement le cas, il convient de rappeler que l’État est une institution qui peut légiférer et lever des impôts ; par conséquent, ses agents sont peu incités à produire efficacement. Les routes et les écoles publiques seront donc plus coûteuses et de moindre qualité. En effet, les agents de l’État ont toujours tendance à consommer un maximum de ressources dans leurs activités, tout en minimisant leur effort. 
     
    Troisièmement, concernant l’argument étatiste plus élaboré, il repose sur le même sophisme que celui rencontré à l’échelle de l’argumentation simpliste. Car même en admettant le reste de l’argument, il reste erroné de conclure, du fait que les États fournissent des biens publics, que seuls les États peuvent le faire. 
     
    Plus important encore, il faut souligner que cet argument témoigne d'une méconnaissance totale du fait le plus fondamental de la vie humaine : la rareté. Certes, les marchés ne peuvent pourvoir à tous les besoins. Il y aura toujours des besoins insatisfaits tant que nous ne vivrons pas au jardin d'Éden. Mais la production de ces biens non encore créés exige l'utilisation de ressources rares, qui, de ce fait, ne peuvent plus servir à produire d'autres biens tout aussi désirables. La coexistence de biens publics et privés est ici sans importance : la rareté demeure le principe même de la rareté : l'augmentation des biens « publics » se fait nécessairement au détriment des biens « privés ». Or, il est nécessaire de démontrer qu'un bien est plus important et plus précieux qu'un autre. C'est ce que l'on entend par « économiser ». 
     
    Mais l'État peut-il contribuer à économiser les ressources rares ? Voilà la question à laquelle il faut répondre. En réalité, il existe une preuve irréfutable que l'État ne réalise pas et ne peut pas réaliser d'économies : pour produire quoi que ce soit, il doit recourir à l'impôt (ou à la législation), ce qui démontre sans équivoque que ses citoyens ne désirent pas ce qu'il produit, mais préfèrent autre chose qu'ils jugent plus important. Plutôt que de réaliser des économies, l'État ne peut que redistribuer : il peut produire davantage de ce qu'il souhaite et moins de ce que le peuple désire – et, rappelons-le, toute production étatique sera de toute façon inefficace.
     
     

     

    Enfin, il convient d'examiner brièvement l'argument le plus sophistiqué en faveur de l'État. Depuis Hobbes, cet argument a été maintes fois répété. Il se résume ainsi : à l'état de nature – avant l'établissement d'un État – règne un conflit permanent. Chacun revendique un droit sur tout, ce qui engendre des guerres sans fin. Aucun accord ne saurait sortir de cette impasse ; car qui les ferait respecter ? Dès que la situation semble avantageuse, l'une ou l'autre des parties, voire les deux, rompent l'accord. Dès lors, on reconnaît qu'il n'existe qu'une seule solution à l'idéal de paix : l'établissement, par voie d'accord, d'un État, c'est-à-dire d'une tierce partie indépendante faisant office de juge et d'autorité suprême. Or, si cette thèse est juste et que les accords requièrent l'intervention d'un autorité extérieure pour être contraignants, alors un État fondé sur un accord ne peut jamais voir le jour. Car pour faire respecter l'accord même qui doit aboutir à la formation d'un État (pour rendre cet accord contraignant), il faudrait déjà qu'un autre autorité extérieure, un État préexistant, existe. Pour que cet État ait pu exister, il faut postuler un autre État encore antérieur, et ainsi de suite, dans une régression à l'infini. 
     
    Or, si l'on admet l'existence des États (et ils existent bel et bien), ce fait même contredit le récit hobbesien. L'État lui-même a émergé sans intervention extérieure. Vraisemblablement, au moment de l'accord supposé, aucun État antérieur n'existait. De plus, une fois qu'un État issu d'un accord existe, l'ordre social qui en résulte demeure auto-imposé. Certes, si A et B s'entendent sur un point, leurs accords sont rendus contraignants par une partie extérieure. Cependant, l'État lui-même n'est soumis à aucune autorité extérieure. Il n'existe aucun tiers extérieur en ce qui concerne les conflits entre agents et sujets de l'État ; et de même, aucun tiers extérieur n'existe pour les conflits entre différents agents ou organismes de l'État. En ce qui concerne les accords conclus entre l'État et ses citoyens, ou entre deux organismes étatiques, ces accords ne peuvent engager que l'État lui-même. L'État n'est lié par rien d'autre que par ses propres règles, qu'il accepte et applique, c'est-à-dire les contraintes qu'il s'impose. En quelque sorte, vis-à-vis de lui-même, l'État demeure dans un état d'anarchie naturelle, caractérisé par l'autonomie et l'auto-application des règles, puisqu'aucun État supérieur ne pourrait le contraindre. 
     
    De plus, si l'on accepte l'idée hobbesienne selon laquelle l'application de règles mutuellement convenues requiert l'intervention d'un tiers indépendant, cela exclurait de fait l'établissement d'un État. En réalité, cela constituerait un argument irréfutable contre l'institution d'un État, c'est-à-dire d'un monopole du pouvoir de décision et d'arbitrage ultime. Car alors, il doit également exister un tiers indépendant pour trancher tout conflit entre moi (citoyen) et un agent de l'État, et de même, un tiers indépendant doit exister pour tout conflit interne à un État (et il doit y avoir un autre tiers indépendant pour les conflits entre différents tiers) ; or, cela signifie bien sûr qu'un tel « État » (ou tout tiers indépendant) ne serait pas un État tel que je l'ai défini au départ, mais simplement l'un des nombreux arbitres de conflits tiers librement concurrents.
     
    Je conclurai donc ainsi : l'argumentation intellectuelle contre l'État semble simple et directe. Mais cela ne signifie pas qu'elle le soit en pratique. En effet, presque tout le monde est convaincu que l'État est une institution nécessaire, pour les raisons que j'ai exposées. Il est donc fort douteux que la bataille contre l'étatisme puisse être gagnée, aussi facile qu'elle puisse paraître sur le plan purement théorique et intellectuel. Cependant, même si cela s'avérait impossible, amusons-nous au moins un peu aux dépens de nos adversaires étatistes. 
     
    Et pour cela, je vous suggère de les confronter systématiquement et avec insistance à l'énigme suivante. Imaginez un groupe de personnes, conscientes de la possibilité de conflits entre elles. Quelqu'un propose alors, comme solution à ce problème humain, de se faire arbitrer en dernier ressort dans tout conflit de ce type, y compris ceux dans lesquels il est impliqué. Accepteriez-vous un tel marché ? Je suis certain qu'on le prendrait pour un plaisantin ou un déséquilibré. Pourtant, c'est précisément ce que proposent tous les étatistes.
     
    Hans-Hermann Hoppe

     
    Note : Nous avons publié cet article en 2008. Malheureusement, il a disparu sans laisser de trace lors d'une refonte de notre site web. Nous sommes heureux de le republier aujourd'hui. AB 
     
    The Libertarian Alliance 
     
     
     
     
    Le schéma indique qu'il tient un compte nommé « Afueriste » sur Instagram. En vérifiant, on voit qu'il s'affiche avec des droitards libéraux et partage des capsules de personnalités politiques de droite. En réalité, la plupart des nouveaux libertariens que nous voyons évoluer depuis deux ans sur les réseaux s'affilient à la droite/l'extrême droite (selon les catégorisations). Le problème étant qu'ils s'en satisfont très bien. Tout comme Milei exprime de la connivence auprès de Meloni, de Trump, de Netanyahu, etc.

    Dès lors, il n'est pas étonnant que les gauchistes se vautrent dans l'amalgame « libertarianisme = extrême droite ». C'est déjà compliqué de défendre nos idées dans cette mare socialiste qu'est la France, n'en rajoutons pas en créant toujours plus de confusions. Donc au lieu de créer des comptes « Bouli » anti-arabes sans le moindre intérêt culturel ni intellectuel, il serait judicieux de se former aux idées anarcaps et d'adopter la bonne démarche. Parce que pour l'heure tout cela est minable, futile, et dommageable pour ceux qui transmettent la tradition de la Liberté.
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