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janvier 23, 2026

France - internationales news !

Sommaire:

A) - Pourquoi la France devrait quitter l’UE : l’analyse percutante de Philippe de Villiers

B) - La fin programmée des zones à faibles émissions ? 

C) - La France cède encore du terrain : vers une Europe sans frontières ni horizons ultramarins ?

D) - Vers une détente russo-américaine ? 

E) - La réponse ironique de Vladimir Poutine au « conseil de paix » de Donald Trump

F) - L’Europe, vassale des États-Unis : une dépendance géopolitique inéluctable ?

 


 

A) - Pourquoi la France devrait quitter l’UE : l’analyse percutante de Philippe de Villiers

Dans une chronique publiée ce matin dans Le Journal du Dimanche, Philippe de Villiers, fondateur du Puy du Fou et ancien ministre, lance un cri d’alarme sans ambiguïté : il est temps pour la France de quitter l’Union européenne (UE).

Selon lui, ce qui était autrefois présenté comme un rêve de paix, de prospérité et de civilisation s’est mué en un cauchemar de dépendance, de contrôle et de perte de souveraineté.

Inspiré par ses arguments, explorons les raisons profondes qui, d’après Philippe de Villiers, rendent ce départ inévitable.

 

Les promesses trahies de l’UE

L’UE est née avec de grandes ambitions, portées par les Pères fondateurs comme Robert Schuman, Alcide De Gasperi et Konrad Adenauer. Elle se voulait un bastion de civilisation européenne, ancré dans des racines chrétiennes symbolisées par son emblème – douze étoiles sur fond bleu, évoquant la Vierge Marie du vitrail de la cathédrale de Strasbourg. Mais aujourd’hui, argue de Villiers, l’UE a renié cette promesse. Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a récemment déclaré le 10 décembre 2025 : « Nous devons ouvrir davantage de voies sûres vers l’Europe pour faire face à nos besoins économiques. » Cette politique d’immigration massive, selon lui, favorise un « chassé-croisé démographique » entre l’Europe et l’Afrique, préparant le terrain à un « califat européen » imposé par des groupes comme les Frères musulmans. Le patron du renseignement territorial français a d’ailleurs alerté sur leur infiltration, visant à imposer la charia. L’identité européenne, autrefois célébrée, est en train de s’effacer.

La deuxième promesse brisée est celle de la paix. L’UE, fille de l’OTAN, risque de mourir par elle, prévient de Villiers. Les erreurs cumulées :

L’intégration de l’Ukraine dans l’OTAN, le sabotage des accords de Minsk (voir ici et ici) et l’envoi annoncé de soldats ont transformé l’Europe en belligérante.

Ignorant les avertissements d’Henry Kissinger, l’UE nous entraîne dans une guerre hors de ses frontières, comme en Ukraine ou potentiellement au Groenland. Au lieu de pacifier, elle militarise et intervient, contrôlant même les exportations d’armement françaises.

 

Le mirage de la prospérité et de la liberté

La prospérité promise s’est évaporée. Le choc tarifaire douanier imposé par les États-Unis le 27 juillet 2025 a révélé que l’Europe n’est plus un allié protégé, mais un marché consommable. Pendant ce temps, la concurrence chinoise dévore l’industrie européenne, tandis que le continent décroche dans la « Silicium Economy » du Pacifique. Nos semi-conducteurs dépendent désormais des États-Unis et de l’UE elle-même, signant une perte d’autonomie économique. Philippe De Villiers pointe aussi les nouveaux accords de libre-échange avec l’Inde, la Malaisie, l’Australie et les Émirats arabes unis, qui resserrent le « nœud coulant » autour des nations membres. L’agriculture européenne, berceau de l’UE, est sacrifiée : les protestations des agriculteurs contre le Mercosur en témoignent, avec des mairies retirant le drapeau européen en solidarité.

Enfin, la liberté tant vantée cède la place à une servitude numérique. L’UE prépare un système de notation sociale à la chinoise, transformant les citoyens en « QR codes » fichés, scannés et géolocalisés. Ce virage totalitaire punit déjà les délits d’opinion et impose une censure croissante. De Villiers évoque une « pieuvre » super-étatique qui étouffe les nations.

Retrouver la souveraineté : un impératif vital

Pour de Villiers, le bilan est clair : l’UE est atteinte de « fièvre mortelle ». Née de promesses, elle s’effondre sous le poids de ses fruits amers. Il est temps de partir pour reconquérir les quatre attributs de la souveraineté : faire la loi (au lieu de transposer des normes), rendre justice (sans ingérence des cours suprêmes), battre monnaie (l’euro étouffant les alarmes économiques) et déclarer la guerre (sans marché unique de défense imposé). Comme le disaient les Anciens : « Le pouvoir, c’est quand on l’a. »

Cette sortie de l’UE, ou « Frexit », n’est pas un saut dans l’inconnu, mais un retour aux fondamentaux de la nation.

Elle permettrait à la France de négocier ses propres accords, de protéger son agriculture et son industrie, et de préserver son identité. Dans un monde où les États-puissances reviennent en force – comme le montre la capture de Nicolás Maduro marquant la fin de l’ordre post-Guerre froide –, seule la souveraineté peut nous armer contre la prédation.

Philippe de Villiers, avec son franc-parler habituel, nous invite à méditer : le rêve européen est devenu cauchemar. Il est temps d’agir.

https://multipol360.com/pourquoi-la-france-devrait-quitter-lue-lanalyse-percutante-de-philippe-de-villiers/

 


B) - La fin programmée des zones à faibles émissions ?  

Les Zones à Faibles Émissions (ZFE), ces périmètres urbains destinés à bannir les véhicules les plus polluants des centres-villes, sont sur le point de connaître une fin abrupte.

Le 20 janvier 2026, une commission mixte paritaire du Parlement français a validé un compromis actant leur disparition progressive, marquant un tournant majeur dans les politiques écologiques du pays.

Cette décision, issue d’un projet de loi initialement axé sur la simplification administrative, répond à une vague de contestations populaires et politiques qui dénoncent ces zones comme un symbole d’écologie déconnectée des réalités sociales. Au cœur des critiques : l’idée que les ZFE orchestrent une véritable « chasse aux pauvres » dans les grandes agglomérations françaises, excluant les classes modestes des cœurs urbains au profit d’une élite plus aisée.

Les ZFE : un outil écologique aux objectifs louables mais contestés

Instaurées par la loi d’orientation des mobilités de 2019 et renforcées par la loi Climat et Résilience de 2021, les ZFE visent à améliorer la qualité de l’air en interdisant progressivement les véhicules classés Crit’Air 3, 4 et 5 dans les métropoles de plus de 150.000 habitants. À l’origine, 43 agglomérations étaient concernées, avec des villes comme Paris, Lyon, Marseille ou Toulouse en tête de file. Les bénéfices environnementaux sont réels : des études montrent une baisse des concentrations de dioxyde d’azote et de particules fines (même si de nombreuses autres sources sont aussi responsables), suceptibles de causer des milliers de décès prématurés annuels en France. Par exemple, à Paris et Lyon, les niveaux de pollution ont diminué de manière notable depuis leur mise en place.

Pourtant, ces mesures ont rapidement suscité un tollé. Les opposants soulignent que les ZFE exacerbent les inégalités sociales en pénalisant les ménages modestes, contraints de choisir entre l’achat coûteux d’un véhicule propre ou l’abandon de leurs déplacements essentiels. Avec 11,4 millions de véhicules impactés – soit près de 29 % du parc automobile français – ces zones touchent particulièrement les résidents des périphéries et des zones rurales, où les transports en commun sont souvent insuffisants ou inexistants. Les aides publiques, jugées inégales et insuffisantes, n’ont pas suffi à atténuer l’impact sur les budgets serrés.

La « chasse aux pauvres » : une exclusion géographique et sociale

Au-delà des arguments environnementaux, les ZFE sont accusées de créer une ségrégation urbaine flagrante.

Dans les grandes agglomérations, ces zones transforment les centres-villes en enclaves réservées aux plus fortunés, capables d’investir dans des véhicules électriques ou récents.

Les classes populaires, artisans, forains, travailleurs de nuit et ruraux se retrouvent relégués à la périphérie, privés d’accès aux emplois, services publics, commerces et lieux culturels essentiels. Cette dynamique évoque une « chasse aux pauvres », où l’écologie punitive sert de prétexte à une marginalisation accrue, assignant les modestes à des zones délaissées comme un « bracelet électronique » invisible.

Cette fracture sociale s’inscrit dans une vision plus large de la « France périphérique », où les élites métropolitaines imposent des normes déconnectées des réalités quotidiennes.

Les véhicules anciens, souvent indispensables pour les ménages aux revenus limités, deviennent des symboles d’exclusion : une vieille Twingo est bannie tandis qu’une Ferrari récente passe sans encombre. Ajoutez à cela la hausse des taxes sur l’essence (représentant 60 % du prix à la pompe), les contrôles techniques sévères et l’obsolescence programmée des modèles modernes, et l’automobile – pilier de mobilité pour 80 % des Français – se mue en fardeau insurmontable. Les ZFE amplifient ce sentiment d’abandon, rappelant les origines des Gilets jaunes en 2018, où une taxe carbone avait déjà cristallisé la colère contre une fiscalité écrasante.

Des sondages révèlent un rejet massif : jusqu’à 80 % des Français souhaitent leur disparition, transcendant les clivages politiques. Les populations les plus vulnérables, souvent exposées aux pollutions environnementales dans leurs quartiers populaires, subissent paradoxalement les effets indirects des politiques de transition, qui pèsent plus lourd sur leurs budgets. Sans alternatives viables comme des transports publics renforcés ou des aides substantielles, ces mesures risquent de transformer les villes en « zones à forte exclusion », creusant les inégalités et alimentant un ras-le-bol généralisé face à un État perçu comme défaillant.

Une mobilisation populaire et parlementaire triomphante

La contestation n’est pas restée lettre morte. Des mouvements citoyens, fédérés par des collectifs comme Stop ZFE, ont orchestré des manifestations massives, des pétitions et des alliances transpartisanes impliquant motards, commerçants, artisans et élus locaux. Des maires de communes périphériques ont refusé d’appliquer les restrictions, tandis que des sondages commandés par ces groupes ont mis en lumière un consensus populaire contre ces zones. Cette mobilisation exemplaire, amplifiée par les réseaux sociaux et des figures publiques dénonçant le mépris envers les « gueux » de la République, a créé un rapport de force inédit.

Au Parlement, la pression a payé. Dès mars 2025, des amendements portés par la droite et le Rassemblement national ont été adoptés en commission, malgré l’opposition du gouvernement. Le 28 mai 2025, l’Assemblée nationale a voté la suppression des ZFE, une mesure confirmée en juin malgré des craintes de cavalier législatif. Le compromis de janvier 2026 supprime le cadre national obligatoire, laissant aux élus locaux le choix de maintenir ou non ces zones. Cette victoire, saluée comme une résilience républicaine, défie même les directives européennes sur la qualité de l’air, risquant des sanctions de Bruxelles mais affirmant une souveraineté nationale sur les priorités sociales.

Des enjeux persistants : équilibre entre climat et pouvoir d’achat

Si les ZFE ont permis de considérer sérieusement les problèmes de polution urbaine, leur suppression soulève des questions sur l’avenir de la transition écologique. Des voix, comme celle de l’ancienne ministre Agnès Pannier-Runacher, dénoncent exagérément un recul qui pourrait coûter des mois d’espérance de vie aux citadins exposés à la pollution. Cependant, des études soulignent que les bénéfices des ZFE seraient socialement répartis, y compris pour les plus modestes, surexposés aux pollutions. Le défi reste donc de concilier impératifs environnementaux et justice sociale, via des aides élargies, des alternatives de mobilité et une écologie plus humaniste.

Cette décision parlementaire pourrait marquer le début d’une ère où les politiques vertes intègrent enfin les angoisses sociales, évitant que l’écologie ne devienne un outil de division. Mais avec des votes finaux prévus fin janvier 2026 et un possible recours au Conseil constitutionnel, l’avenir des ZFE reste suspendu à un fil – tout comme la mobilité des millions de Français modestes.

https://multipol360.com/la-fin-programmee-des-zones-a-faibles-emissions/


C) - La France cède encore du terrain : vers une Europe sans frontières ni horizons ultramarins ?

Dans un contexte où l’intégration européenne semble primer sur les intérêts nationaux, la France apparaît de plus en plus comme un État en retrait, prêt à diluer sa souveraineté pour s’aligner sur une vision continentale étriquée.

L’idée d’une Europe sans frontières, promue comme un idéal de fluidité et d’unité, masque en réalité une amputation progressive des attributs qui font la grandeur d’une nation : ses territoires éloignés, ses zones économiques exclusives et son rayonnement mondial. Les récents développements concernant Saint-Pierre-et-Miquelon et la Nouvelle-Calédonie illustrent cette tendance alarmante, où Paris, sous la présidence d’Emmanuel Macron, semble favoriser des arrangements qui érodent l’autorité française au profit d’une Europe recentrée sur son cœur continental, expurgée de ses extensions ultramarines. Cette critique examine ces cas, en soulignant comment ils contribuent à une perte d’identité et de puissance, loin des promesses d’une souveraineté partagée.

Saint-Pierre-et-Miquelon : un abandon aérien sous couvert technique

L’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon, petit joyau français au large des côtes canadiennes, symbolise parfaitement cette érosion sournoise.

Annick Girardin, sénatrice de l’archipel et ancienne ministre des Outre-mer, a récemment alerté le président Macron sur un projet qui vise à transférer le contrôle d’une partie de l’espace aérien français à Ottawa.

Plus précisément, il s’agit de la zone d’approche en dessous de 6.000 pieds (environ 1.800 mètres), justifiée par des motifs administratifs et techniques. Girardin qualifie cela d’« abandon de souveraineté », affirmant qu’« on ne sous-traite pas sa souveraineté ». Découvert par hasard mi-décembre, ce plan risque d’être perçu localement comme un renoncement manifeste, envoyant un signal d’abdication incompréhensible de la part de la France.

 Historiquement, la souveraineté française dans ce bassin nord-américain n’a jamais été remise en question. Saint-Pierre-et-Miquelon, en tant que territoire d’outre-mer (PTOM) lié à l’Union européenne via la France, partage des similarités avec le Groenland sous souveraineté danoise. Pourtant, ce transfert aérien ouvre la porte à une dépendance accrue vis-à-vis du Canada, potentiellement influencée par des accords commerciaux comme le CETA (Accord économique et commercial global entre l’UE et le Canada). Critiquement, cela affaiblit la crédibilité diplomatique de Paris, surtout dans un contexte de tensions croissantes avec les États-Unis sur le Groenland. Comment la France peut-elle défendre son influence stratégique si elle ne protège pas ses propres confins ? La sénatrice Girardin propose une coopération internationale avec le Danemark et le Groenland pour contrer le « retour assumé des impérialismes », mais l’Élysée semble sourd à ces appels. Ce cas n’est pas anodin : il préfigure une Europe qui, pour fluidifier ses relations transatlantiques, sacrifie les marges françaises, rendant l’Hexagone plus vulnérable et moins global.

Nouvelle-Calédonie : Des accords qui masquent une capitulation progressive

Plus au sud, en Nouvelle-Calédonie, les accords récents accélèrent cette dynamique de recul souverain. L’accord Élysée-Oudinot, signé le 19 janvier 2026 sous l’égide de Macron et de la ministre des Outre-mer Naïma Moutchou, complète celui de Bougival de juillet 2025. Il instaure un « État calédonien » associé à la France, avec une citoyenneté locale, des compétences élargies en fiscalité, immigration et relations internationales (bien que limitées), un droit à l’autodétermination futur, et des transferts conditionnels en sécurité, justice et défense. Des investissements massifs de l’État pour les comptes sociaux, une double nationalité, et la capacité de signer des traités internationaux tout en maintenant des liens avec la France pour l’euro et la diplomatie : sur le papier, cela semble équilibré. Mais en réalité, cela contourne les résultats des référendums d’autodétermination de 2018 (53,3 % pour le maintien dans la France), 2020 (56,7 %) et 2021 (96,5 %, boycotté par les indépendantistes).

 Les critiques fusent : cet accord dilue le poids des Kanaks autochtones en ouvrant le corps électoral aux résidents récents, modifiant les équilibres démographiques. Des voix comme Nicolas Dupont-Aignan y voient une capitulation préparant une indépendance de facto, un déni de démocratie. Les loyalistes évoquent un parallèle avec l’exode des pieds-noirs d’Algérie en 1962, avec perte de propriétés et trahison par la métropole. Géopolitiquement, la Nouvelle-Calédonie représente 25 % des réserves mondiales de nickel, essentiel pour les technologies vertes, et renforce la position maritime française dans l’Indo-Pacifique via sa zone économique exclusive. Perdre le contrôle expose l’archipel à l’influence chinoise, américaine ou australienne, affaiblissant Paris dans un contexte de tensions régionales.

L’accord de juillet 2025, dit « Le Pari de la confiance », né des émeutes de mai 2024 (14 morts), crée déjà un « État de Nouvelle-Calédonie » au sein de la République avec autonomie accrue et transferts de compétences régaliennes. Macron le salue comme un « chemin d’avenir partagé », mais il est perçu comme un renoncement, contredisant la République indivisible et ouvrant à une fragmentation. Les indépendantistes y voient une étape vers la souveraineté pleine, les loyalistes un compromis précaire risquant de nouvelles violences. Cet effet domino pourrait toucher la Polynésie ou la Réunion, amplifiant la perte territoriale.

Vers une Europe expurgée : Implications pour l’UE et la souveraineté française

Ces cas s’inscrivent dans une tendance plus large : une Europe sans frontières qui, pour se consolider, expurge les territoires ultramarins ne s’intégrant pas parfaitement à son modèle. Les PTOM comme Saint-Pierre-et-Miquelon ou la Nouvelle-Calédonie sont des OCT sous droit UE, hors marché intérieur mais bénéficiant de liens préférentiels. Pourtant, leur statut hybride – citoyens UE mais territoires éloignés – pose problème dans une Union obsédée par l’harmonisation. La stratégie indo-pacifique de Macron, lancée depuis la Nouvelle-Calédonie en 2018, vante la souveraineté française comme atout européen, mais les transferts d’autonomie contredisent cela.

Critiquement, ces abandons affaiblissent la France : perte de 350.000 km² de ZEE dans des disputes comme celles avec Vanuatu sur des îlots calédoniens, exposition à des puissances rivales, et repli sur un espace continental amoindri. L’Europe sans frontières devient une Europe sans ambitions globales, où la France, jadis impériale, se mue en simple province. Macron, accusé de faiblesse, ignore les référendums et cède aux pressions, motivé par des intérêts obscurs. Cette politique contredit le « non » français au traité constitutionnel européen de 2005 et risque un effet domino sur la Corse ou la Guyane.

En conclusion, ces renoncements ne sont pas des évolutions naturelles mais des choix politiques qui érodent l’essence de la France. Pour retrouver sa souveraineté, Paris doit rejeter cette Europe expurgée et réaffirmer son ancrage ultramarin, sous peine de devenir une nation diminuée dans un monde multipolaire.

https://multipol360.com/la-france-cede-encore-du-terrain-vers-une-europe-sans-frontieres-ni-horizons-ultramarins/


D) - Vers une détente russo-américaine ?  

La rencontre Poutine-Witkoff ouvre la voie à des négociations sur l’Ukraine

Dans un contexte géopolitique marqué par des tensions persistantes autour de l’Ukraine, une rencontre significative s’est tenue ce vendredi au Kremlin entre le président russe Vladimir Poutine et une délégation américaine menée par Steve Witkoff, envoyé spécial du président des États-Unis Donald Trump.

Accompagné de Jared Kushner et de Joshua Grunbaum, conseiller principal à la Maison Blanche spécialisé dans les questions économiques, Witkoff a transmis des messages directs de Washington, soulignant une volonté commune de paix entre Moscou et la Maison Blanche.

Cette entrevue, qualifiée de « substantielle et constructive » par le conseiller présidentiel russe Iouri Ouchakov, marque un pas supplémentaire vers un dialogue diplomatique, écho des efforts déployés depuis la rencontre au sommet d’Anchorage en août dernier.

Un échange franc et confiant au kremlin

La discussion, qui a duré environ quatre heures, s’est déroulée dans une atmosphère de « franchise et de confiance maximales », selon Ouchakov. Les représentants américains, tout juste arrivés de Davos où ils ont participé à des événements aux côtés de Donald Trump – y compris une rencontre avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky –, ont partagé des impressions de première main sur ces échanges. Cette proximité avec les événements récents a permis d’aborder en profondeur la crise ukrainienne, avec un accent mis sur la nécessité d’une résolution politique et diplomatique.

Comme l’a rappelé Ouchakov, Vladimir Poutine a réaffirmé la position russe : une aspiration sincère à un règlement pacifique, tout en maintenant que la Russie poursuivra ses objectifs militaires tant qu’une solution diplomatique n’est pas trouvée. « Nous souhaitons sincèrement un règlement de la crise ukrainienne par des méthodes politiques et diplomatiques », a insisté le président russe, tout en soulignant que les forces armées russes conservent l’initiative stratégique sur le terrain. Cette déclaration fait écho au discours de Vladimir Poutine lors de la conférence de presse conjointe avec Trump à Anchorage le 15 août, où il avait exprimé l’espoir que les ententes russo-américaines ouvrent « la voie vers la paix en Ukraine », en appelant Kiev et les capitales européennes à éviter toute provocation.

Du côté américain, la volonté de paix est tout aussi évidente. L’administration Trump, par l’intermédiaire de ses émissaires, démontre un désir de comprendre les racines du conflit et de contribuer activement à sa résolution. Comme l’avait noté Poutine à Anchorage, « nous voyons l’aspiration de l’Administration américaine et personnellement du Président Trump à contribuer à la résolution du conflit ukrainien ». Cette convergence d’intérêts – loin des confrontations de l’ère précédente – illustre une volonté partagée de passer de la confrontation au dialogue, bénéfique non seulement pour les deux superpuissances mais pour la stabilité mondiale.

Des accords concrets pour avancer vers la paix

 Les négociations ont abouti à des avancées tangibles. Dès ce vendredi 23 janvier, une première réunion d’un groupe de travail trilatéral sur la sécurité – impliquant la Russie, les États-Unis et l’Ukraine – se tiendra à Abu Dhabi. Parallèlement, un groupe bilatéral russo-américain sur les questions économiques, dirigé par Kirill Dmitriev (côté russe) et Steve Witkoff (côté américain), se réunira au même endroit. La délégation russe, déjà formée et en route pour les Émirats arabes unis, est conduite par l’amiral Igor Kostioukov, chef de la Direction générale de l’État-major des forces armées russes. Poutine a personnellement donné des instructions détaillées à cette équipe, intégrant les éléments discutés avec les Américains.

Un point central des échanges a été la question territoriale, indispensable à un règlement durable. Ouchakov a insisté sur le fait qu’aucune paix ne sera possible sans une résolution conforme à la « formule convenue à Anchorage », un cadre bilatéral établi lors du sommet d’août qui vise à équilibrer les intérêts des parties.

Cette approche pragmatique reflète la détermination de Moscou et Washington à prioriser la diplomatie, tout en reconnaissant les réalités sur le terrain.

Initiatives économiques et le « conseil de la paix »

Au-delà de l’Ukraine, la rencontre a porté sur des initiatives plus larges. Notamment, l’idée de Donald Trump de créer un « Conseil de la paix » a été discutée, avec une contribution russe proposée à hauteur de 1 milliard de dollars, financée par les actifs russes bloqués sous l’administration précédente. Le reste de ces réserves pourrait être alloué à la reconstruction des territoires affectés par les hostilités, une fois un traité de paix signé entre Moscou et Kiev. Cette proposition symbolise une volonté de transformer les sanctions passées en outils de réconciliation.

Les discussions ont également effleuré des questions régionales, comme la situation au Groenland, et le potentiel de coopération bilatérale dans divers domaines. Ouchakov a souligné que « nos pays ont un énorme potentiel de coopération », marquant un virage conceptuel vers une relation plus constructive.

Les deux parties se sont engagées à maintenir des contacts étroits, non seulement sur l’Ukraine mais sur d’autres dossiers internationaux.

Une étape prometteuse dans un contexte fragile

Cette rencontre au Kremlin, la première impliquant Joshua Grunbaum dans l’équipe américaine, intervient après une période de gel des relations bilatérales, qualifiée par Poutine à Anchorage comme la plus basse depuis la Guerre froide. Elle confirme l’actualité d’un redémarrage du dialogue, préparé minutieusement, et alimente l’espoir d’un règlement en Ukraine. Cependant, comme l’avait averti le président russe, tout progrès dépendra de la coopération de Kiev et de l’Europe, sans « provocations ou intrigues en coulisses ».

En somme, cette entrevue illustre une volonté de paix affirmée tant par Washington que par Moscou. L’administration Trump, avec son approche pragmatique, et le Kremlin, avec son insistance sur des solutions diplomatiques, semblent alignés pour dénouer la crise. Reste à voir si les réunions d’Abu Dhabi transformeront ces intentions en actions concrètes, ouvrant une nouvelle ère de stabilité en Europe de l’Est.

https://multipol360.com/vers-une-detente-russo-americaine/ 

 


E) - La réponse ironique de Vladimir Poutine au « conseil de paix » de Donald Trump

Dans un monde où les institutions internationales comme l’ONU peinent à imposer la paix, Donald Trump, fidèle à son style disruptif, propose un « Conseil de la Paix » comme alternative. Annoncé lors du sommet de Davos le 21 janvier 2026, ce conseil vise à résoudre des conflits majeurs, notamment à Gaza et en Ukraine, avec un ticket d’entrée d’un milliard de dollars pour un siège permanent.

Mais lorsque Trump invite Vladimir Poutine à rejoindre cette initiative, la réponse russe n’est pas une adhésion enthousiaste : c’est une riposte conditionnelle, teintée d’ironie, qui met en lumière les limites des négociations américaines.

Comme le soulignent certains observateurs, Vladimir Poutine, connaissant bien les Américains et Trump en particulier – ce maître des deals qui négocie tout et n’importe quoi –, ne s’engage pas vraiment. Cette réponse semble plus une pirouette diplomatique qu’une proposition économique sérieuse, exposant les faiblesses d’un projet perçu comme une « ONU version MAGA ».

Le contexte : un conseil de paix à l’américaine

Le « Conseil de la Paix », présidé par Donald Trump lui-même (potentiellement à vie, selon des fuites), est conçu pour contourner l’ONU, jugée inefficace par Washington.

Les membres permanents doivent verser un milliard de dollars, une somme qui financerait des opérations de paix, à commencer par la reconstruction de Gaza après des mois de conflit. Trump a envoyé des invitations à des alliés traditionnels comme la France, l’Allemagne ou le Canada, mais aussi à des figures jugées controversées par l’establishment : Vladimir Poutine, Javier Milei (Argentine), Viktor Orban (Hongrie), Recep Tayyip Erdogan (Turquie), et même Luiz Inacio Lula da Silva (Brésil). Le Kremlin a confirmé le 19 janvier que Vladimir Poutine avait reçu cette invitation via des canaux diplomatiques, et qu’il demandait à son ministère des Affaires étrangères d’étudier la proposition. Donald Trump, de son côté, a rapidement affirmé à Davos que Vladimir Poutine avait « accepté », mais cela semble une déclaration hâtive qui ignore les nuances russes.

Cette initiative s’inscrit dans une phase deux du plan Trump pour Gaza, après un cessez-le-feu fragile obtenu sous pression américaine. Mais au-delà du Moyen-Orient, elle touche l’Ukraine : Trump voit ce conseil comme un levier pour négocier avec Moscou, potentiellement en reliant les avoirs russes gelés (environ 300 milliards de dollars bloqués depuis 2022) à des accords de paix.

La riposte russe : conditions et ironie sous-jacente

La réponse de Vladimir Poutine, diffusée lors d’une réunion du Conseil de sécurité russe le 21 janvier, est tout sauf une capitulation.

Il accepte en principe d’étudier l’invitation et de payer le milliard requis, mais avec une condition astucieuse : prélever cette somme sur les avoirs russes gelés aux États-Unis.

Les fonds restants pourraient servir à reconstruire les territoires ukrainiens endommagés et à aider la Palestine, en soulignant les « relations particulières » entre Moscou et le peuple palestinien. Cette proposition force Washington à « rendre » indirectement de l’argent perçu comme « détourné » par les sanctions, tout en liant l’Ukraine et Gaza – deux fronts où les intérêts russes et américains s’opposent.

Ici réside l’ironie profonde : Vladimir Poutine ne négocie pas vraiment. Connaissant Donald Trump, cet homme d’affaires qui transforme toute discussion en deal opportuniste, le leader russe sait que les Américains excellent dans les promesses non tenues. Depuis leur amitié affichée lors du premier mandat de Trump (marquée par des sommets comme Helsinki en 2018), Poutine a vu les volte-face : sanctions persistantes, soutien à l’Ukraine sous Biden, et maintenant une invitation qui sent le piège. En posant des conditions impossibles sans concessions majeures de Washington (comme lever les gels d’avoirs), Vladimir Poutine transforme l’offre en une « moquerie ». Ce n’est pas une négociation économique sérieuse – après tout, un milliard est une goutte d’eau pour la Russie – mais une façon de « ridiculiser » l’arrogance américaine. Comme le note Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, Moscou veut « clarifier toutes les nuances » avec les États-Unis, une formule diplomatique pour dire : « Nous ne nous précipitons pas dans votre piège. »

Réactions internationales : scepticisme et rejets

Les réactions ne se font pas attendre. La France, invitée mais dubitative, n’entend pas donner suite, estimant que le projet « soulève des questions majeures ». L’Allemagne et d’autres alliés européens partagent ce scepticisme, craignant une marginalisation de l’ONU et une légitimation de figures comme Poutine ou Loukachenko (Biélorussie). En Russie, les médias d’État présentent cela comme une ouverture, mais les analystes y voient une stratégie pour regagner des actifs perdus. Sur les réseaux, comme sur X, des voix comme celle de François Asselineau qualifient cela de « réponse du berger à la bergère », soulignant l’humour piquant de Vladimir Poutine.

Géopolitiquement, ce épisode illustre un monde multipolaire où les puissances comme la Russie ou la Chine (potentiellement invitée via les BRICS) ne se soumettent plus aux diktats américains. 

Donald Trump, en invitant Vladimir Poutine, espère diviser pour régner, mais risque d’exposer les faiblesses de son conseil : sans consensus large, il pourrait devenir une farce impériale.

L’ironie comme arme diplomatique

En fin de compte, la réponse de Vladimir Poutine n’est pas une négociation authentique, mais une ironie calculée. Connaissant les Américains et Donald Trump – ce négociateur en série qui voit le monde comme un casino –, le président russe utilise cette invitation pour retourner la situation à son avantage, sans céder un pouce. Ce n’est pas économique, c’est stratégique : une façon de rappeler que la paix ne s’achète pas à un milliard. Dans ce contexte, le « Conseil de la Paix » risque de rester une chimère trumpienne, tandis que la multipolarité s’affirme, ironie du sort.

https://multipol360.com/la-reponse-ironique-de-vladimir-poutine-au-conseil-de-paix-de-donald-trump/

 


F) - L’Europe, vassale des États-Unis : une dépendance géopolitique inéluctable ?

En 2026, l’Europe se trouve à un carrefour historique, marquée par une dépendance croissante vis-à-vis des États-Unis. Ce qui était autrefois une alliance transatlantique équilibrée s’est muée en une relation asymétrique, où l’Union européenne (UE) agit souvent comme un simple prolongement des intérêts américains. Cette « vassalisation » – un terme de plus en plus employé par les analystes – s’illustre par des accords commerciaux imposés, une subordination militaire via l’OTAN et une rupture forcée avec la Russie, accélérée par la guerre en Ukraine. Basé sur des analyses récentes, cet article explore comment l’Europe est devenue un « jouet » des États-Unis, selon l’expression de Günther Burbach, et les voies possibles pour retrouver une souveraineté stratégique.

Les racines historiques de la dépendance : du plan Marshall à la fin de la guerre froide

La vassalisation de l’Europe n’est pas un phénomène récent, mais le fruit d’une évolution post-Seconde Guerre mondiale.

Le Plan Marshall, lancé en 1947 par les États-Unis, a fourni une aide massive à l’Europe dévastée, mais en échange d’une intégration économique centrée sur le dollar.

Avec seulement 1 milliard de dollars en prêts initiaux, les États-Unis ont forcé la moitié du continent à adopter le billet vert pour rembourser, établissant ainsi une suprématie monétaire qui perdure. L’OTAN, créée en 1949, a scellé cette dépendance militaire :

comme l’a dit Lord Ismay, son premier secrétaire général, l’alliance visait à « garder les Américains dedans, les Allemands en bas et les Russes dehors ».

La fin de la Guerre froide en 1991 aurait pu marquer l’émancipation de l’Europe. Au lieu de cela, l’élargissement de l’OTAN et de l’UE a approfondi la dépendance. Les États-Unis ont promu l’ « élargissement » des démocraties de marché sous leur parapluie sécuritaire, transformant l’Europe en une sphère d’influence américaine. Depuis les années 1990, les pays européens ont démilitarisé, profitant d’un « dividende de la paix » qui a réduit leurs budgets défense, les rendant encore plus tributaires de Washington. Aujourd’hui, l’Europe représente 5 % de la population mondiale, mais sa voix géopolitique est étouffée par cette subordination.

La guerre en Ukraine : accélérateur de la vassalisation

La crise ukrainienne, déclenchée en 2014 par le Maïdan et exacerbée par l’invasion russe de 2022, a servi de catalyseur. Les États-Unis ont investi plus de 5 milliards de dollars en « promotion de la démocratie » en Ukraine avant 2014, selon Victoria Nuland, alors sous-secrétaire d’État. Armes, formations militaires et intégration d’ONG américaines ont aligné Kiev sur l’Occident, sans adhésion formelle à l’OTAN, isolant ainsi la Russie de l’Europe. Le sabotage des pipelines Nord Stream en 2022 a forcé l’UE à se détourner du gaz russe bon marché, optant pour du gaz naturel liquéfié (GNL) américain, vendu à prix premium.

Cette rupture énergétique n’a pas accru l’autonomie européenne ; elle l’a remplacée par une nouvelle dépendance. Des terminaux GNL en Allemagne (Wilhelmshaven, Brunsbüttel) illustrent cette bascule, au détriment de l’industrie européenne, qui souffre de coûts énergétiques élevés et d’une déindustrialisation accélérée. Le rapport RAND de 2019, « Extending Russia », révèle une stratégie américaine pour affaiblir Moscou en exploitant les divisions européennes. Résultat : l’Europe paie le prix économique, tandis que les États-Unis renforcent leur hégémonie.

L’accord commercial de 2025 : symbole d’une capitulation économique

L’accord commercial signé en juillet 2025 entre Donald Trump et Ursula von der Leyen marque un point d’inflexion. Présenté comme un « compromis », il impose à l’UE d’importer 750 milliards de dollars de gaz de schiste américain et d’investir 600 milliards aux États-Unis, tout en subissant des tarifs douaniers de 15 % sur ses exportations clés (voitures, machines, semi-conducteurs). Les produits américains entrent quasi duty-free, transformant l’Europe en un marché captif. Trump a exploité la dépendance militaire : l’OTAN, avec son « parapluie nucléaire » et ses systèmes cyber, logistiques et satellitaires, est devenu un levier pour exiger des paiements.

Les élites européennes, comme von der Leyen (vue comme « ambassadrice de Washington« ) et Friedrich Merz (ex-BlackRock), gèrent cette impuissance sans résistance réelle. Macron critique timidement, mais reste silencieux sur les sanctions américaines ou la déindustrialisation. Cette dépendance s’étend aux logiciels (Microsoft, AWS, Palantir), à la finance (dollar dominant, SWIFT) et à la défense (F-35, systèmes antimissiles). Un scénario hypothétique – Trump exigeant 2.000 milliards d’euros annuels pour la protection – expose l’absence de « plan B » européen.

Vers une autonomie stratégique ? les défis et les perspectives

Malgré les appels à l’« autonomie stratégique » – un concept cher à Emmanuel Macron et Josep Borrell – l’Europe peine à s’affirmer. Le Conseil européen des relations étrangères (ECFR) avertit que l’UE devient un « vassal » des États-Unis, perdant son indépendance en suivant la stratégie anti-Chine de Washington. Des accords bilatéraux hors OTAN émergent (comme entre le Royaume-Uni et l’Allemagne), et l’UE accélère ses capacités de défense communes, mais ces efforts sont surpassés par l’expansion de l’OTAN et la doctrine américaine.

Pour inverser la tendance, l’Europe doit construire une défense souveraine (avec la France, l’Italie, les pays scandinaves), un commandement cyber indépendant, des partenariats énergétiques diversifiés (Afrique, Asie, Amérique latine) et une souveraineté numérique (nuages propres, puces, normes). Restaurer des canaux diplomatiques avec la Russie, sans œillères idéologiques, est crucial. Sinon, l’Europe risque de se replier en une « coquille géopolitique vide ».

Trump n’est pas le problème, mais un miroir de l’oubli européen de l’indépendance. Face à des empires comme la Chine, la Russie et les États-Unis, l’UE doit choisir : fédération et autodétermination, ou déclin en vassal divisé. L’enjeu n’est pas seulement économique, mais civilisationnel : l’Europe doit-elle rester un centre de pouvoir, ou un simple théâtre des grandes puissances ?

 

décembre 28, 2025

Affaire Jacques Baud et la liberté d'expression en Europe - Entre réalités et complotisme ?

Il y a quelque chose de révélateur dans le fait qu'une vaste bureaucratie politique décide de sanctionner un simple analyste suisse pour avoir contredit le discours officiel sur l'Ukraine. Si vos arguments sont solides, vous débattez avec lui. Si votre légitimité est incontestable, vous l'ignorez. Recourir à une liste de sanctions, c'est signaler autre chose : que le récit que Bruxelles fait de cette guerre – et de son propre rôle – n'est peut-être pas assez solide pour résister à un examen ouvert et sans filtre.
L'UE a commencé à utiliser son régime de sanctions contre la Russie non seulement contre les oligarques et les responsables, mais aussi contre les analystes occidentaux. En décembre, Bruxelles a inscrit Jacques Baud – un citoyen suisse résidant en Belgique – sur sa liste de sanctions. Non pas pour avoir financé la guerre ou dirigé des unités cybernétiques, mais pour ses commentaires sur l'Ukraine et l'OTAN, qualifiés de « propagande pro-russe » et de « désinformation ». Gel des avoirs, interdiction de voyager dans toute l'UE, aucune condamnation pénale, aucun procès. Il n'est pas nécessaire d'être d'accord avec Baud pour constater le problème. Lorsqu'un organe politique peut sanctionner la liberté d'expression par décret de politique étrangère, la frontière entre défense de la démocratie et gestion de l'orthodoxie s'estompe. Mon nouvel article analyse les conséquences de ce précédent pour les citoyens européens ordinaires, qui subissent déjà le coût financier de la guerre et qui voient désormais se restreindre progressivement ce qu'ils peuvent dire sans risque sur les événements qui nous ont menés à cette situation. 
 
 Kristian Thyregod 


L'affaire Jacques Baud : la liberté d'expression est-elle en train de mourir en Europe ?

Les sanctions, quasi saluées par les médias romands, témoignent du mépris croissant pour la liberté d'expression des élites continentales. Et me rappellent une autre affaire, vieille de presque 50 ans


“Un individu controversé, apprécié des médias complotistes”

Jacques Baud, ancien colonel de l’Armée suisse, analyste en stratégie et ancien membre du renseignement stratégique suisse, vient donc d’être sanctionné, par le Conseil de l’Union Européenne. Vous en aurez peut-être entendu parler à la RTS, dans l’émission Forum, où il était décrit comme “un individu controversé”, qui se voit sanctionner “après la propagandiste suisso-camerounaise Nathalie Yamb”.

“Apprécié des sites complotistes, (…) l’ancien fonctionnaire est aussi apparu dans un congrès antivaccins et conspirationniste à Winterthour”

Le ton y était donné très rapidement :

“L’UE le qualifie de “porte-parole de la propagande pro-russe” et l’accuse de diffuser des théories du complot, comme l’idée que Kiev aurait orchestré sa propre invasion pour rejoindre l’OTAN. Présent dans des médias complotistes ou pro-russes…”

Le tout présenté avec une photo du Kremlin à l’arrière-plan, du meilleur goût, comme vous le verrez dans cet extrait, dans lequel on précise que Jacques Baud a refusé de répondre aux questions de la rédaction :

On notera que Jacques Baud conteste avoir “refusé de répondre”. Il était simplement indisponible quand ils lui ont demandé de commenter, et ils ne l’ont jamais rappelé, ce qui est tout de même, comment le dire poliment, très différent de ce qui était affirmé ci-dessus.

Mais peut-être préférez-vous lire la presse ? Le quotidien 24 Heures, par exemple?

Vous y aurez lu la même information, et surtout trouvé le même vocabulaire. Morceaux choisis :

“Apprécié des sites complotistes, (…) l’ancien fonctionnaire est aussi apparu dans un congrès antivaccins et conspirationniste à Winterthour”

Le ton est donné : si la décision de sanctionner Jacques Baud est présentée de façon plutôt objective et neutre, le vocabulaire choisi pour qualifier l’analyste, lui, ne l’est pas du tout.

On ne sent guère de sympathie pour Jacques Baud.

De la sympathie, il en aurait pourtant besoin. Ce qui l’attend risque d’être difficile.

“Impossible de payer mon loyer, mes assurances, mes impôts…”

Les sanctions européennes, qui incluent blocage de l’accès aux comptes bancaires et interdiction de voyage ou de survol au sein de l’UE, sont très loin d’être symboliques. Pour s’en faire une idée, le mieux est sans doute de lire ou d’écouter le témoignage de Nathalie Yamb, la “propagandiste suisso-camerounaise” (on appréciera une fois de plus le vocabulaire choisi) dont il était question plus haut, sanctionnée, elle, depuis juin 2025 :

Il est techniquement interdit à quiconque de l’aider financièrement, même pour un café ou un cadeau, sous peine de risquer la prison pour « contournement des sanctions », une infraction pénale. L’État allemand ne lui accorde l’accès qu’à environ 56 euros par mois

“L'une après l'autre, mes cartes de crédit sur des comptes en Suisse, en Afrique et dans des banques en ligne ont été bloquées. Mes comptes eux-mêmes ? Bloqués. Mes cryptos, inaccessibles.

Mes comptes PayPal et GoFundMe, fermés. Tout comme mes comptes Amazon, Airbnb, Booking, eBay. (…)


Impossible de payer mon loyer, mes assurances. mes impôts, mes avocats, mes médicaments. Impossible d'acheter un billet d'avion, d'écouter de la musique, de regarder Netflix, de prendre un Uber, de passer une commande en ligne, de régler une note d'hôtel.

Mais il y a mieux : impossible de retourner en Suisse pour gérer les urgences puisque les sanctions comprennent une interdiction de survol du territoire de l'Union européenne alors que la Suisse y est complètement enclavée, entourée par la France, l'Autriche, l'Allemagne et l'Italie. une dinguerie.”

C’est cette “dinguerie” qui est promise à Jacques Baud : être prisonnier d’un seul pays, celui où il réside actuellement, la Belgique, sans possibilité de revenir en Suisse (qui “étudie” la possibilité de reprendre les sanctions), et connaître une détresse économique à peu près inévitable.

Hüseyin Doğru, citoyen allemand résidant à Berlin, sanctionné, lui, en mai de cette année, décrit une situation où lui et sa famille (dont les avoirs ont aussi été gelés) sont complètement privés de revenus. Il explique qu’il est techniquement interdit à quiconque de l’aider financièrement, même pour un café ou un cadeau, sous peine de risquer la prison pour « contournement des sanctions », une infraction pénale. L’État allemand ne lui accorde l’accès qu’à environ 56 euros par mois de ses propres fonds, une somme évidemment incompatible avec une vie normale pour un père de famille à Berlin.

Pire, chaque paiement (comme des frais médicaux ou un loyer) nécessite une permission spéciale des banques centrales ou des ministères, qui peuvent arbitrairement refuser des demandes légales, comme le paiement pour le remplacement d’une carte d’identité.

C’est d’une violence inouïe.

Existe-t-il des voies de recours ?

Pas vraiment. Puisqu’il n’existe aucune loi interdisant d’être “propagandiste”, aucune infraction n’a été commise, aucun procès n’a eu lieu, aucun jugement n’a été rendu. Il s’agit d’une décision politique et administrative, basée sur une conception de la “guerre hybride” qui permet d’assimiler la parole à une arme.

Saisir la Cour de Justice de l’UE n’entraînera aucun effet suspensif. Pire encore, les sanctions, même si elles étaient levées, pourraient être rétablies immédiatement après (c’est déjà arrivé). Ces sanctions sont conçues pour conduire à la mort sociale et économique de la personne qu’elles visent, et pour un citoyen suisse résidant en Belgique, leur efficacité risque d’être redoutable.


“Un porte-parole de la propagande pro-russe” ?

Qu’a fait Jacques Baud pour mériter restriction de ses mouvements et pauvreté ?

Consultons sa fiche sur le site officiel :

Il sert de porte-parole à la propagande pro-russe et élabore des théories du complot, accusant par exemple l’Ukraine d’avoir orchestré sa propre invasion afin de rejoindre l’OTAN.

Très bien, prenons ces accusations l’une après l’autre.

Est-il un “porte-parole de la propagande russe” ?

On voit mal comment cette accusation pourrait être défendue face à un juge ou un jury. Heureusement pour le Conseil de l’UE, il n’aura pas à se justifier devant quelque instance juridique que ce soit.

Dans plusieurs interviews récentes (1, 2), Jacques Baud s’en défend. Il affirme n’avoir aucune connexion avec la Russie, aucun bien en Russie, n’avoir jamais reçu d’argent de la Russie. Il évite soigneusement d’apparaître dans des médias russes, refusant toutes les invitations, pourtant nombreuses. Finalement, Il utilise exclusivement, dans ses analyses, des sources occidentales ou ukrainiennes. Si le Conseil de l’Union Européenne devait défendre cette accusation devant un tribunal, gageons que la tâche serait impossible, parce que c’est tout simplement faux.

A-t-il au moins “accusé l’Ukraine d’avoir orchestré sa propre invasion afin de rejoindre l’OTAN ?”

Il s’en défend aussi. Il se serait contenté, comme beaucoup d’autres d’ailleurs, d’attirer l’attention sur une déclaration d’un conseiller de Zelenski, Oleksiy Arestovych, datant de 2019 et largement partagée sur les réseaux sociaux.

C’est Arestovytch lui-même qui avait, donc, déclaré :

“Avec une probabilité de 99,9%, le prix à payer pour rejoindre l’OTAN est une guerre totale avec la Russie.”

Jacques Baud n’accuse pas, il présente seulement un témoignage, venant d’une source crédible. Ici aussi, on voit mal comment cette accusation pourrait être défendue face à un juge ou un jury.

Heureusement pour le Conseil de l’UE, il n’aura pas à se justifier devant quelque instance juridique que ce soit.

Un coupable manque d’enthousiasme pour la stratégie européenne

S’il n’est pas “porte-parole de la propagande pro-russe”, que reproche-t-on vraiment à Jacques Baud ? Excellente question. L’explication la plus plausible, c’est que Jacques Baud est avant tout condamné pour son rejet, argumenté et, surtout, persuasif, de la stratégie occidentale, en particulier européenne, face à la guerre entre l’Ukraine et la Russie, qu’il voit comme une aventure sans issue favorable possible pour la population ukrainienne.

“sur l’Ukraine, avoir eu raison quand tant d’autres se sont plantés, c’est être dans le camp de Poutine. “

Depuis 2022, l’ancien officier n’a cessé d’argumenter, au travers d’interviews, d’articles et de livres, que l’impasse sanglante actuelle est le fruit d’un aveuglement stratégique occidental. Il soutient que le conflit était évitable si les accords de Minsk n’avaient pas été instrumentalisés pour préparer la confrontation, et accuse Washington et ses alliés d’avoir sciemment bloqué les opportunités de paix au printemps 2022 dans le seul but d’affaiblir le Kremlin. Il dénonce aussi une arrogance occidentale qui, en sous-estimant la résilience économique et militaire russe et en gommant la réalité complexe du Donbass, a fini par sacrifier l’Ukraine dans une guerre par procuration inefficace.

Comme le soulignait, dans un article antérieur aux sanctions, le Journal du Dimanche, Jacques Baud a, souvent, eu raison contre et surtout avant tout le monde, se montrant beaucoup plus réaliste que des médias occidentaux qui présentaient constamment l’armée russe comme étant au bord de l’effondrement.

Le JDD concluait :

En d’autres termes, sur l’Ukraine, avoir eu raison quand tant d’autres se sont plantés, c’est être dans le camp de Poutine.

C’est plutôt bien résumé.

Jacques Baud est donc puni pour avoir rejeté une guerre dont la poursuite à tout prix est voulue par des dirigeants européens qui ne semblent guère se préoccuper des morts ukrainiens. “J’ai de la peine avec les gens qui font la guerre avec le sang des autres”, a-t-il notamment déclaré.

Il est absurde d’affirmer qu’un homme sans aucun lien financier avec la Russie soit un porte-parole de la propagande russe. Et comme nous l’avons vu, il n’a pas non plus “accusé l’Ukraine d’avoir orchestré sa propre invasion”. Tout est faux. Jacques Baud est en réalité sanctionné pour avoir exercé sa liberté d’expression, pour avoir dénoncé sans relâche l’absurdité de la stratégie occidentale en Ukraine, et pour l’avoir fait d’une façon sourcée, argumentée, et, malheureusement pour lui, persuasive.

Dans l’indifférence complète des médias traditionnels, la RTS se permettant même d’être mollement hostile à cet “individu controversé” “présent dans les médias complotistes”, les autorités européennes viennent en somme, tout simplement, de punir un citoyen suisse pour ses opinions.

Il n’a pas été averti à l’avance des sanctions, n’a pas pu défendre son point de vue. Il n’a pas non plus de réelle possibilité de recours. L’Etat veut, et va, peut-être, détruire la vie d’un homme, limitant ses déplacements, bloquant ses sources de revenus, simplement parce qu’il dénonce une stratégie guerrière qu’il juge insensée.

Cela ne vous rappelle rien ?

Moi, si.

Un très vieux souvenir venu d’une autre époque.

Andrei Sakharov, des différences importantes, et… des similitudes inquiétantes

                        RIA Novosti archive, image #25981 / Vladimir Fedorenko / CC-BY-SA 3.0
 

Nous sommes en 1980, début janvier. En pleine guerre froide. Un autre homme, Andrei Sakharov, est sur le point, lui aussi, de commettre le crime de s’opposer au récit officiel concernant une autre guerre, l’invasion de l’Afghanistan par l’URSS.

Ce jour-là, bravant la doctrine officielle du Kremlin, le physicien dissident et prix Nobel soviétique appelle publiquement l'ONU et le gouvernement soviétique à organiser le retrait des troupes d'Afghanistan. Il avertit que cette rupture de l'équilibre des forces en Asie centrale risque de provoquer une escalade incontrôlable menant à une troisième guerre mondiale nucléaire.

Il faut toutefois souligner évidemment un point fondamental : si la logique de la sanction est comparable (neutraliser une voix dissidente par des moyens administratifs), l’intensité de la coercition est incomparablement plus brutale dans le cas soviétique (comme on s’y attend).

Sakharov, comme Jacques Baud, dispose d’une expertise reconnue. Il est le père de la bombe H, et à ce titre comprend mieux que quiconque les risques d’une escalade militaire. Comme Baud également, il conteste la vision proposée par son gouvernement de la guerre (une aide fraternelle à un régime allié). Selon lui, c’est évidemment une guerre d’agression. Enfin, comme Baud toujours, il ne cherche pas la polémique, mais conteste posément le calcul cynique de ses dirigeants, qui misent sur un gain géopolitique permanent au prix de dommages diplomatiques jugés temporaires. Il propose une désescalade pour restaurer la stabilité stratégique régionale.

Les réactions ne se font pas attendre, et, comme prévu, elles sont très différentes selon de quel côté du rideau de fer on se place. Pour les médias publics soviétiques, Sakharov est un traître. Pour une majorité des médias occidentaux, il devient “la conscience morale de l’URSS”.

Le récit alternatif de la guerre qu’il propose est naturellement rejeté par les autorités soviétiques, tout comme l’est, aujourd’hui, celui de Baud par les autorités européennes. Et il se voit, comme Baud, sanctionné. Il faut toutefois souligner immédiatement un point fondamental : si la logique de la sanction est comparable (neutraliser une voix dissidente par des moyens administratifs), l'intensité de la coercition est incomparablement plus brutale dans le cas soviétique (comme on s’y attend de la part d’un régime totalitaire avéré), même si la comparaison de la sévérité des mesures, révèle, comme on le verra, quelques surprises.

Assigné à résidence à Gorki, Sakharov n’est pas seulement limité dans ses mouvements, comme Baud, mais prisonnier de son propre domicile. Son accès à l’information se voit strictement limité. Et il sera à plusieurs reprises, notamment lors de ses grèves de la faim, maltraité physiquement. Son intégrité physique n’était pas respectée par les autorités soviétiques, ce qui n’est pas le cas de Jacques Baud et de ses compagnons suspendus.

Sur le plan financier, en revanche, on pourrait argumenter qu’Andrei Sakharov a été mieux traité que Jacques Baud. Certes, on lui retire par décret ses titres de «Héros du travail socialiste», lui donnant accès à des primes mensuelles substantielles, une retraite dorée, l’accès aux magasins Beryozka (produits occidentaux), une datcha et une voiture avec chauffeur. Il perd aussi l’accès à ses économies en devises étrangères (les droits d’auteur de ses livres à l’Ouest et son prix Nobel), bloquées par la Vneshtorgbank, la banque du commerce extérieur. En revanche, resté membre de l’Académie des sciences, il continuera à toucher son salaire d’académicien (400 roubles) et ne sera jamais exclu du système monétaire. Il pouvait payer en liquide n’importe où et accéder à son salaire librement.

Il faudra attendre plus de 6 ans pour qu’Andrei Sakharov soit finalement réhabilité par Mikhaïl Gorbatchev.

Autre époque, même intolérance à la critique

Je suppose qu’il ne se trouve pas beaucoup de journalistes à la RTS parmi mes lecteurs. S’il y en avait, il est probable qu’ils glousseraient et poufferaient en découvrant ma comparaison entre Jacques Baud et Andrei Sakharov.

Qu’on en arrive à trouver, sans trop d’effort de notre imagination, des similitudes entre l’URSS de 1980 et l’Union Européenne de 2025 devrait, dans un monde normal, suffire à nous alarmer.

Quoi, comparer une “conscience morale” à un “individu controversé” ? Comparer un homme brutalisé et assigné à résidence à un homme dont l’intégrité physique n’a jamais été menacée, et qui peut se déplacer librement en Belgique, où il réside?

Je n’affirme pas que les deux situations soient semblables. Elles ne le sont pas. Je me borne à signaler que le motif des sanctions, lui, est exactement le même : ces deux hommes sont punis pour avoir eu le culot d’exercer leur liberté d’expression en contestant la stratégie guerrière de leurs autorités politiques respectives.

Qu’on en arrive à trouver, sans trop d’effort, des similitudes entre l’URSS de 1980 et l’Union Européenne de 2025 devrait, dans un monde normal, suffire à nous alarmer. D’autant que ce régime de sanctions administratives n’est, et de loin, pas la seule menace qui pèse sur la liberté d’expression en Europe.

La liberté d’expression est en danger en Europe

Il y a aussi le Digital Services Act, ou DSA, qui impose aux plateformes des obligations de suppression de contenus jugés “nocifs” (désinformation, discours de haine), avec des amendes massives (jusqu’à 6% du chiffre d’affaires mondial). Les contenus à censurer sont signalés en priorité par des ONG, désignées de façon très orwellienne comme “signaleurs de confiance” (évidemment) triées sur le volet.

Lucy Connolly, une femme d’une quarantaine d’années, a ainsi été condamnée à 31 mois de prison pour un tweet

Il y a enfin le projet Chat Control, qui menaçait de rendre obligatoire le scan systématique de tous les messages, y compris sur des messageries encryptées, mettant un terme définitif à la protection de la sphère privée en ligne en Europe. Fortement contesté, le texte est en voie de révision, mais il n’a pas été retiré.

On observe plus généralement, sur tout le continent, une désacralisation de la liberté d’expression, qui se manifeste aussi bien dans les discours que dans les actes. La France arrête Pavel Durov, le fondateur de la messagerie cryptée Telegram. En Allemagne, le rédacteur en chef du média conservateur Deutschland-Kurier est condamné à sept mois de prison avec sursis pour un tweet satirique visant la ministre de l’Intérieur qu’il accusait de… détester la liberté d’expression !

C’est probablement au Royaume-Uni que la répression est la plus massive. Des dizaines de milliers de personnes y sont arrêtées pour des tweets chaque année. Lucy Connolly, une femme d’une quarantaine d’années, a ainsi été condamnée à 31 mois de prison pour un tweet impulsif, raciste et violent, pourtant vite regretté et effacé. Isabel Vaughan-Spruce, militante pro-life, a été arrêtée et inculpée pour avoir simplement prié silencieusement, à distance d’un centre qui pratique des IVG, sans tenir aucune pancarte ni avoir adressé la parole à qui que ce soit. Quant à Graham Linehan, célèbre scénariste irlandais il a été arrêté à son arrivée à l’aéroport d’Heathrow à Londres par cinq policiers armés et placé en détention pendant plus de 12 heures , interrogé et menotté, pour… trois tweets critiquant l’idéologie transgenre.

Andreï Sakharov, père de la bombe H soviétique, est passé de savant du régime à dissident emblématique de l’URSS. Après avoir contribué à l’arme la plus destructrice de l’histoire, il a risqué sa vie pour dénoncer les dérives du pouvoir soviétique et défendre les droits humains.
 

Une résistance inattendue venue des Etats-Unis

On attendra en vain une prise de conscience des élites européennes, qui, depuis des années, sont tout autant acquises que les journalistes de la RTS à l’idée que la liberté d’expression doit être strictement contrôlée pour éviter désinformation (notamment antivax), propagande (notamment russe), et discours de haine (dont la définition ne cesse de s’élargir pour inclure un nombre croissant de groupes protégés).

Ironie suprême, cette toute petite sanction a transformé les plus fervents disciples européens de la censure et du contrôle en ardents défenseurs des libertés

Le salut viendra-t-il, alors, des Etats-Unis ? L’administration Trump, qui est elle-même loin d’être exemplaire dans son respect de la liberté d’expression, se montre pourtant de plus en plus critique à l’encontre des velléités européennes de censure des plateformes numériques , et vient tout juste de sanctionner plusieurs de ses principaux architectes, dont le français Thierry Breton, qui, loin de voir, lui, sa vie détruite par des sanctions, se fait simplement interdire d’entrer sur le sol américain.

Ironie suprême, cette toute petite sanction, qui aura été, elle, rapportée avec la plus digne des sobriétés par la RTS, a soudain transformé les plus fervents disciples européens de la censure et du contrôle en ardents défenseurs des libertés ! Thierry Breton dénonce ainsi un “vent de McCarthysme”, tandis qu’Ursula Von der Leyen fait la leçon aux Etats-Unis, leur rappelant fermement que “la liberté d’expression est le fondement de notre forte et vive démocratie européenne” (il fallait oser).

J’ai d’abord beaucoup ri.

(On me jure que c’est encore permis. Pour l’instant.)

Mais ensuite, j’ai pensé à Jacques Baud et à toutes les personnes suspendues, privées de leur liberté de mouvement et de leurs moyens de subsistance parce que la détestation par l’Etat de la liberté de dire et de penser est exactement la même en 2025 qu’en 1980.

Pensée pour eux. Je vous laisse avec une petite biographie de Sakharov, qui, surtout si vous êtes moins vieux que moi, vous apprendra sûrement quelque chose :

 Lire aussi:

https://universite-liberte.blogspot.com/2025/10/vie-privee-sauvegardee-lue-renonce-au.html

 


Jacques Baud, ancien colonel suisse, affirme être ciblé par l'Union européenne pour ses analyses controversées sur le conflit en Ukraine. Sanctionné depuis le 15 décembre 2025, il est bloqué à Bruxelles et dénonce une atteinte à sa liberté d'expression.

L'ex-colonel Jacques Baud sanctionné par l'UE
A quel point ce retraité suisse est-il dangereux?

Jacques Baud, ancien colonel suisse, affirme être ciblé par l'Union européenne pour ses analyses controversées sur le conflit en Ukraine. Sanctionné depuis le 15 décembre 2025, il est bloqué à Bruxelles et dénonce une atteinte à sa liberté d'expression.
 

Jacques Baud, ancien colonel de l'armée suisse et ex-collaborateur du Service de renseignement stratégique, affirme que l'on cherche à le faire taire parce que ses analyses seraient politiquement indésirables. Lors d'un entretien avec un vidéoblogueur français, il s'est comparé à Julian Assange, le fondateur de Wikileaks, poursuivi et détenu durant des années par les autorités américaines après la publication de documents secrets.

Mais, dans le cas de Jacques Baud, le «persécuteur» ne serait pas les Etats-Unis, mais l'Union européenne. Et au lieu d'être emprisonné, il se retrouve bloqué à Bruxelles. Le 15 décembre, l'UE a inscrit le ressortissant suisse sur sa liste de sanctions liées à la Russie. Bruxelles lui reproche de servir de relais à la propagande russe, d'apparaître régulièrement dans des médias prorusses et de diffuser des récits émanant de Moscou.

Les Russes présentés comme des libérateurs

Depuis le début de la guerre en Ukraine, en février 2022, de nombreuses interviews et prises de position de Jacques Baud circulent sur les réseaux sociaux, les forums et les canaux Telegram. Il a notamment affirmé que l'invasion russe n'était «certainement pas dirigée contre la population ukrainienne» et qu'elle aurait été provoquée par de prétendues attaques ukrainiennes dans les régions de Lougansk et de Donetsk. Il a également remis en question publiquement le massacre de Boutcha.

L'Union européenne lui reproche en outre de diffuser des théories du complot, par exemple l'idée selon laquelle l'Ukraine aurait elle-même mis en scène la guerre afin d'obtenir son adhésion à l'OTAN. Jacques Baud conteste ces accusations et affirme n'avoir fait que citer une source ukrainienne.

Les sanctions prises à son encontre sont lourdes: ses comptes ont été gelés, toute aide financière dans l'UE est interdite, et une interdiction d'entrée et de transit est en vigueur. Se trouvant actuellement en Belgique, il n'est pas certain qu'il puisse rentrer en Suisse. Ses avocats ont déposé des recours auprès du Conseil européen et de la Cour de justice de l'Union européenne. Dans la «Weltwoche», Jacques Baud qualifie sa situation de «pire que la prison».

«Comme un roi au Moyen Age»

Pour les détracteurs de l'Union européenne, en Suisse comme à l'étranger, l'affaire est une aubaine. Jacques Baud est présenté comme un symbole du prétendu recul de la liberté d'expression en Europe. Lui-même soigne sa mise en scène: dans les «médias alternatifs», sur YouTube et sur les réseaux sociaux, il met en garde contre des dérives autoritaires et multiplie les comparaisons radicales. Comme au Moyen Age, affirme-t-il, un «roi» déciderait seul de qui est coupable. Dans son cas, ce «roi» serait le Conseil européen.

Jacques Baud déplore l'absence du droit d'être entendu et parle d'une condamnation sans procès. Il omet toutefois de préciser que l'efficacité des sanctions repose précisément sur leur mise en oeuvre sans avertissement préalable, notamment lorsqu'elles concernent des avoirs financiers.

Il s'est également exprimé dans une longue interview de 90 minutes accordée à Roger Köppel, son soutien médiatique et rédacteur en chef de la «Weltwoche». Il y a dénoncé le manque de soutien de la Suisse, affirmant bénéficier d'appuis dans tous les pays, sauf le sien. Selon lui, son cas ferait l'objet de discussions ministérielles à l'étranger et serait même suivi aux Etats-Unis par la directrice des services de renseignement. Aucun élément ne vient étayer ces affirmations. Le Département fédéral des affaires étrangères indique par ailleurs que Jacques Baud n'a, jusqu'ici, pas sollicité la protection consulaire suisse.

Des reproches peu détaillés

Face aux autres rédactions suisses, Jacques Baud se montre nettement plus discret. Il n'a notamment pas répondu à une sollicitation de Blick. Les accusations précises formulées par l'Union européenne restent floues. Les informations communiquées depuis Bruxelles sont succinctes et aucun détail n'est fourni sur d'éventuels flux financiers ou des contacts directs avec Moscou. Selon la «NZZ am Sonntag», les reproches détaillés figureraient dans un document classifié.

De son côté, Jacques Baud nie avoir diffusé de la propagande. Il affirme d'ailleurs ne jamais être apparu dans les médias russes afin d'éviter toute instrumentalisation. Cette affirmation est toutefois incomplète. La chaîne internationale Russia Today ne s'est pas contentée de reprendre ses déclarations: Jacques Baud a également été invité à deux reprises dans l'émission «Going Underground», intégrée aux plateformes de Russia Today.

Durant l'été 2024, il a par ailleurs déclaré que la Russie ne cherchait pas à conquérir de nouveaux territoires en Ukraine. Selon lui, l'unique objectif de l'«intervention» serait de protéger la population du Donbass contre les forces armées ukrainiennes. Il reprenait ainsi des arguments centraux avancés par Vladimir Poutine pour justifier l'invasion de l'Ukraine en février 2022.

L'UE entend poursuivre sa politique de sanctions

Jacques Baud n'est pas le seul en Europe à relayer ce type de récits. Reste à savoir ce que signifie l'élargissement de la politique de sanctions de l'UE aux présumés propagandistes. Le gouvernement allemand a en tout cas annoncé vouloir poursuivre sa lutte contre la désinformation. «Toute personne qui s'engage sur ce terrain doit s'attendre à ce que ce qui est arrivé à Jacques Baud puisse lui arriver également», a déclaré un porte-parole du ministère allemand des Affaires étrangères lors d'une conférence de presse.

Cette position alimente les spéculations. Le rédacteur en chef de la «Weltwoche», Roger Köppel, pourrait lui aussi être concerné. Depuis le début de la guerre, il s'est rendu à plusieurs reprises en Russie et a rencontré des propagandistes d'Etat. Certains médias allemands évoquent une «connexion suisse à Moscou».

Reste enfin la question de la réaction de la Suisse face à une éventuelle nouvelle intervention de ce type de la part de l'Union européenne. Dans le cas de Jacques Baud, les autorités fédérales se sont jusqu'ici abstenues de tout commentaire public.

https://www.blick.ch/fr/suisse/russie-jacques-baud-ex-colonel-suisse-sanctionne-par-lue-id21553361.html

 

 

 

 

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