Il y a une heure, 80 % des grandes villes iraniennes ont été annexées par notamment les étudiants et une grande partie de la population, les femmes ont été dit-on des lionnes...farouches opposantes aux mollah.
Qu'en sera t-il en plus haut lieu ?
Une économie en chute libre -40% Trump comme Israël auront été les précurseurs de cette paupérisation, des manifestations qui s'ensuivent...
A suivre, le chemin de la liberté est parfois long !
📍 Tehran
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📍 Khorramabad
Les dernières informations rapportent que les Gardiens de la révolution utilisent désormais des balles réelles contre les manifestants,bien que débordés
Iran, dans le miroir de la révolution
2026, année de la libération pour l’Iran ?
Malgré
la répression, des manifestations d’une ampleur inédite depuis des
décennies ébranlent le régime des mollah. Animées par la force du
désespoir économique, elles évoquent une version inversée de la
révolution de 1979.
Le fantôme de 1979*
Janvier 1979. À Neauphle-le-Château, dans les Yvelines, à une trentaine de kilomètres de Paris, un vieil homme en turban noir reçoit chaque jour des journalistes venus du monde entier. À ses côtés, quelques étudiants iraniens traduisent ses paroles et expédient ses cassettes vers Téhéran. Ce religieux austère, que l’on disait oublié dans son exil, s’appelle Rouhollah Moussavi Khomeini. Il sera bientôt le Guide suprême de la République islamique, la plus haute autorité politique et religieuse du pays. En quelques semaines, son exil français devient le centre d’une révolution. Depuis son salon meublé d’un simple tapis, Khomeini dicte la chute d’un empire.
À des milliers de kilomètres de là, l’Iran du Shah vacille. Après trente-sept ans de règne autoritaire, Mohammad Reza Pahlavi a fait de son pays le laboratoire d’une paradoxale modernité autoritaire. Le « Roi des Rois » voulait rivaliser avec l’Occident, vantant ses réformes agraires, sa volonté d’industrialiser le pays, de l’alphabétiser et d’être le chantre de l’émancipation des femmes.
Mais la Révolution blanche qu’il avait lancée en 1963 a tourné court. Les mollahs, dépossédés de leurs terres et de leur pouvoir sur les zones rurales, crient vengeance. Quant aux paysans, beaucoup ont rejoint les villes et se sont entassés à leurs périphéries. Malgré l’émergence d’une classe moyenne ayant accédé à un certain confort, les bazaris, la bourgeoisie commerçante traditionnelle, étouffent sous la corruption et les exactions de la SAVAK, la police politique et le service de renseignement du Shah. L’Iran s’est enrichi, mais la modernité de Mohammad Reza Pahlavi n’a profité qu’à une élite. Le reste du pays vit dans la peur et la ferveur religieuse, un mélange explosif, nourri par la naïveté des communistes qui embarquent les fanatiques dans leur quête de justice sociale avant d’être emprisonnés, exterminés ou contraints à l’exil.
C’est un an plus tôt que l’étincelle jaillit. Une rumeur publiée dans un quotidien pro-régime insulte Khomeini. Les manifestations s’enchaînent, la répression s’abat. Les « vendredis noirs » de septembre font des centaines de morts sur la place Jaleh de Téhéran. L’armée tire sur la foule, mais les cortèges grossissent. Dans les mosquées, les prêches enregistrés de Khomeini circulent sous le manteau. Depuis la banlieue parisienne, sa voix promet la justice et l’humiliation des puissants.
Le 1er février 1979, le vol Air France n° 472 atterrit à Téhéran. À bord, Khomeini, 76 ans, rentre au pays. Deux millions d’Iraniens l’attendent sur la route de Mehrabad. Le cortège s’avance lentement dans un vacarme de klaxons et de prières. Ce jour-là, la monarchie millénaire prend fin. Le Shah, réfugié au Caire, ne remettra plus jamais les pieds sur sa terre. Dans les semaines qui suivent, les commissariats brûlent, la SAVAK est dissoute, les officiers du Shah exécutés. La République islamique est proclamée le 1er avril 1979, scellant la fusion du pouvoir spirituel et temporel sous la velayat-e faqih — le gouvernement du jurisconsulte.
La révolution iranienne ne se contente pas de chasser un monarque. Elle entend renverser l’ordre mondial et lancer un défi direct à l’Occident. Le 4 novembre 1979, une foule de jeunes islamistes franchit les grilles de l’ambassade américaine de Téhéran. Ils se baptisent « Étudiants musulmans suiveurs de la ligne de l’Imam ». Ils manifestent contre l’arrivée aux États-Unis du Shah, accueilli par Washington pour y être soigné. Le symbole leur est insupportable. Celui qui est tenu pour le despote corrompu de la Perse occidentalisée trouve refuge chez l’ennemi de la révolution. En quelques heures, cinquante-deux diplomates et membres du personnel sont pris en otages. Le monde bascule dans une crise diplomatique qui va durer 444 jours. Khomeini adoube les preneurs d’otages, qualifie l’ambassade de « nid d’espions » et transforme la crise en acte fondateur du nouveau régime. L’humiliation infligée à Washington devient un sacrement national. Sur les murs de Téhéran, on peint la haine du « Grand Satan ». Dans les cours d’école, les enfants apprennent à chanter « Marg bar Âmrikâ » comme une prière. Les manifestations s’étendent dans tout le pays.
À Washington, le président Jimmy Carter tente de dialoguer. En vain. Les sanctions économiques s’abattent : gel de 12 milliards de dollars d’avoirs iraniens, embargo commercial, rupture des relations diplomatiques. En avril 1980, l’opération Eagle Claw — la tentative de sauvetage des otages par une unité spéciale américaine — tourne au désastre. Huit GI’s meurent dans le désert iranien après une collision entre un avion de transport militaire C-130 et un hélicoptère. Les images font le tour du monde. Khomeini y voit un signe divin, triomphant : « Ils ont voulu porter atteinte à notre révolution avec cette opération ridicule. […] Que Carter sache que cette défaite est un nouveau scandale pour lui. […] C’est Dieu qui a fait échouer leur complot. Les sables du désert les ont arrêtés. »
Dans ce contexte, les Pasdaran, les Gardiens de la Révolution, prennent le contrôle des ports, des routes, des frontières et des télécommunications. Ils représentent l’armée idéologique de la République islamique, créée le 5 mai 1979 par décret de l’ayatollah Khomeini pour protéger la révolution contre ses ennemis intérieurs et extérieurs. Il ne s’agit pas d’une simple armée. C’est une structure parallèle aux forces régulières (Artesh), avec ses propres moyens terrestres, aériens, navals, la Force al-Qods pour les opérations extérieures et les Bassidj pour la répression interne. C’est par leur biais que le blocus va créer sa propre économie et opprimer la population sous le manteau d’un islamisme à la fois radical et hypocrite.
La libération des otages intervient le 20 janvier 1981, le jour même de l’investiture de Ronald Reagan. Le régime de Téhéran a attendu que Carter quitte la Maison-Blanche pour signer les Accords d’Alger, prévoyant la restitution des otages contre le déblocage partiel des avoirs iraniens gelés. Le message est clair — l’Amérique ne dicte plus le tempo. Mais le prix de cette victoire symbolique est immense. L’Iran se retrouve coupé de tout. Les sanctions financières s’étendent, les entreprises occidentales se retirent, les relations bancaires sont suspendues. Les exportations de pétrole s’effondrent. Les médicaments, les pièces détachées, les devises manquent. C’est la naissance du blocus iranien. Les cargaisons de pétrole brut s’entassent dans les ports du Golfe, sans acheteurs. En 1981, les revenus liés aux hydrocarbures chutent de plus de 70 %, passant d’environ 20 milliards de dollars à moins de 8 milliards. C’est un étranglement progressif, voulu par Washington pour épuiser la jeune République islamique. Dans ses sermons, Khomeini exhorte le peuple à l’autarcie, la khod-kafa’i. En surface, la rhétorique est celle du sacrifice. En profondeur, c’est la naissance d’une économie fondée sur les réseaux parallèles où le clergé bénit les trafics nécessaires à la survie de la révolution, dont ceux de drogues et d’armes…
Décembre 2025, la révolution inversée ?
Quarante-six ans après cette révolution à laquelle communistes et moudjahiddines du peuple (organisation islamo-marxiste) ont participé, avant d’être à leur tour victimes du régime, le pouvoir des mollahs vacille sous le poids de ses crimes et de son absence de réaction face à la terrible crise économique qui frappe le pays. Si les contestations ont été multiples et toujours réprimées dans le sang ces dernières années, comme celle née en 2022 après l’assassinat par la police des mœurs de la jeune Mahsa Amini, pour un voile mal porté, les manifestations qui secouent l’Iran en cette fin décembre semblent de nature à véritablement mettre le règne des ayatollahs en danger. Elles expriment une profonde colère accumulée contre un système corrompu, égoïste et brutal, qui a transformé un pays riche en ressources en enfer — le blocus n’y étant pas non plus étranger.
Tout est parti de la dégradation fulgurante de la situation économique. Une hyperinflation galopante, atteignant 48,6 % en octobre et 42,2 % en décembre 2025, a fait exploser les prix alimentaires et vu la monnaie locale, le rial, chuter à un niveau abyssal. Il faut désormais échanger plus de 1,4 million de rials pour obtenir 1 dollar. Les commerçants, premiers touchés, ont fermé boutique à Téhéran dès le 29 décembre, notamment dans le bazar, le poumon économique de la ville. La révolte s’étend rapidement. Après les bazaris, les étudiants sont maintenant dans la rue et affrontent les forces de l’ordre, tandis qu’Ispahan et Mashhad rejoignent le soulèvement, lui donnant de l’ampleur. Un mouvement qui rappelle une version inversée de la révolution de 1979, déjà largement fondée sur des motifs économiques. Reste à attendre encore la réaction, potentiellement décisive, des Kurdes, dont Mahsa Amini était originaire, déjà largement impliqués dans la révolte de 2022.
Un régime divisé et à bout de forces
Les divisions au sein du gouvernement éclatent maintenant au grand jour, révélant les failles d’un système autoritaire théocratique où le clergé chiite exerce un pouvoir absolu, incorporant des éléments démocratiques factices comme l’élection du président. Ce dernier, le « réformiste » — un mot dépourvu de toute réalité — Masoud Pezeshkian, élu en 2024, appelle à « écouter les revendications légitimes des manifestants », sans que la police ne l’entende.
Le président du Parlement, du même camp que le chef de l’État, évoque les « difficultés économiques » du peuple, trahissant une peur palpable au sommet. Mais ces voix « modérées » se heurtent à la surdité du Guide suprême, Ali Khamenei, terré dans son bunker, qui refuse tout compromis, préférant la répression via les Bassidj et les Pasdaran.
Pourtant, selon nos informations, nombre de réformistes, sentant le vent tourner, commencent à fuir le Titanic institutionnel et rejoignent, les uns l’opposition centriste, les autres la frange nationaliste des contestataires, les derniers, les tenants d’un retour à une monarchie constitutionnelle incarnée par le fils du Shah renversé en 1979, Reza Pahlavi.
Les manifestants profitent également d’un contexte favorable, marqué par les difficultés internes et externes rencontrées par les mollahs — retour de Trump à la Maison-Blanche, pressions sur le programme nucléaire, guerre contre Israël via ses proxies comme le Hezbollah, le Hamas ou les Houthis yéménites.
Les forces de l’opposition : vers une cause commune sous la bannière de Reza Pahlavi ?
Face à cette tyrannie agonisante, l’opposition iranienne, longtemps fragmentée, sent poindre son heure. Ses courants divers — monarchistes, républicains, libéraux démocrates, activistes des droits des femmes, prisonniers politiques et familles de victimes — convergent vers une volonté de faire cause commune pour renverser la République islamique. Le débat sur la forme future du gouvernement — monarchie constitutionnelle ou république — est reporté à l’après-chute, priorisant l’unité contre l’ennemi commun.
Au centre de ces adversaires du pouvoir émerge effectivement la figure de Reza Pahlavi, dont le nom résonne dans les rues de Téhéran et au-delà. Il incarne un visage rassembleur, à même d’orchestrer une transition démocratique. En exil depuis 1979, il appelle à la désobéissance civile massive, invitant les forces de sécurité à rejoindre le peuple contre un régime « incompétent et criminel ».
Soutenu par des prisonniers politiques, des personnalités publiques et une diaspora active, il dépasse les clivages, prônant une démocratie laïque, les droits humains, la défense des minorités et l’intégrité territoriale. Lors d’une récente conférence de presse, il a exhorté les manifestants à rester unis pour « mettre fin au régime des ayatollahs », appelant tous les segments de la société — commerçants, étudiants, militaires — à se joindre au mouvement.
Des rassemblements comme celui de Munich, en juillet 2025, où il a réuni des dissidents pour un « moment historique », illustrent cette unification. Encore néanmoins relative, tant il existe de dissensions historiques entre les différents courants. Pahlavi sera-t-il reconnu comme leader pouvant incarner la phase de transition vers un gouvernement provisoire et des élections libres ? La question demeure. Mais des activistes pro-républicains, autrefois opposés, le soutiennent désormais.
La jeunesse technophile : l’arme secrète de la résistance iranienne
Dans cette bataille pour la liberté, la particularité de la résistance iranienne réside dans sa jeunesse, dans un pays dont la population ne dépasse pas 32 ans de moyenne d’âge. Très éduquée, hyperconnectée et farouchement technophile, comme Les Électrons libres, elle amplifie le mouvement avec une ingéniosité qui défie la censure du régime. Habituée à contourner les barrières numériques imposées par les mollahs (via des applications cryptées comme Signal et Telegram, ou des VPN pour masquer les IP), cette jeunesse coordonne des manifestations éclairs, courtes et précises, permettant de fuir avant l’arrivée des Bassidj ou de la police, tout en assurant une synchronisation nationale. Grâce à elle, les mêmes slogans, les mêmes actions se déploient simultanément à Téhéran, Ispahan ou Mashhad.
Ce lien technologique tisse aussi un pont solide avec la diaspora iranienne, malgré les récits antagonistes propagés par le régime pour semer la discorde. Les deux mondes restent connectés, alimentant des dossiers explosifs (comme ceux sur la contrebande d’or par la Force al-Qods), produits par des binationaux enquêteurs. Parfois, ces connexions infiltrent même le cœur du régime, où certains acteurs, contraints par la nécessité de nourrir leur famille, ne soutiennent pas les mollahs par conviction mais par volonté de survivre.
Une clé de cette opposition réside aussi dans des réseaux de hackers, qui contrecarrent les cyberopérations du régime menées par des agents entraînés par la Russie, experte en ingérence étrangère. Face à un réseau internet bas débit maîtrisé par le gouvernement, les résistants iraniens ont obtenu le repositionnement de satellites occidentaux pour accéder à un haut débit, facilitant la coordination des mouvements. Des rassemblements comme le « Free Iran Rally » à Paris en février 2025, ou les « Assises de la jeunesse iranienne », en octobre, soulignent comment cette génération insurgée, assoiffée de liberté, entretient le flambeau de la résistance.
En cette fin 2025, l’Iran arrive à un carrefour historique de son chemin. La puissance de la contestation, aidée par des circonstances plus favorables que jamais, permettra-t-elle à ce grand pays, vieux de 2 500 ans, de retrouver sa splendeur et son rôle de guide de la civilisation moyen-orientale ? Nous l’ignorons, mais nous l’espérons.
* La première partie de cet article est librement inspirée du chapitre XV du livre de l’auteur de l’article, La drogue au pouvoir, à paraître aux Éditions du Cerf, début 2026.
https://lel.media/iran-dans-le-miroir-de-la-revolution/
(1) un homme honnête,
(2) entouré de modérés soucieux des droits de l'homme,
(3) un homme qui laissera ses ennemis intérieurs (juifs, athées, gauchistes) libres de s'exprimer, et
(4) dans l'ensemble un phare d'espoir pour l'avenir de la région.
Iran
L’Iran (persan : ايران), historiquement appelé la Perse, en forme longue la République islamique d'Iran, est un pays d'Asie de l'Ouest. Il est bordé au nord par la mer Caspienne, au sud par le golfe Persique et le golfe d'Oman. Il partage des frontières avec l'Afghanistan, l'Arménie, l'Azerbaïdjan, l'Irak, le Pakistan, le Turkménistan et la Turquie. Sa capitale est Téhéran, située dans le nord du pays.
Liens externes
- (fr)
[pdf]Iran, de l'ancienne Perse à la République islamique - (fr)Institut Français de Recherche en Iran
- (en)Encyclopædia Iranica, outil de recherche dédié à l'étude de la civilisation iranienne
Iran et le business transgenre: Liberté - Mutilation ou peine de mort !
L'islamo-fascisme - islamo-gauchisme - Islamisme - wahhabisme - salafiste - chiite - sunnite
« C’est un massacre à huis clos » : en Iran, le régime des mollahs multiplie les pendaisons
« C’est un massacre à huis clos dans les prisons iraniennes », ose un activiste iranien, qui préfère taire son nom. À Téhéran, où il habite, rares sont les habitants, pris dans la tourmente de la crise actuelle, qui mesurent la gravité de l’augmentation vertigineuse des condamnations à mort. Pourtant, les chiffres sont sans appel : selon le tout nouveau rapport de l’organisation indépendante HRANA, 1 922 exécutions ont été recensées du 1er janvier au 20 décembre 2025 contre 975 en 2024 et 853 en 2023. Ce bilan, qui confirme les tendances relevées par d’autres instituts indépendants (l’ONG Iran Human Rights fait état d’au moins 1 500 victimes sur la même période et Amnesty International recense plus de 1 000 victimes entre janvier et septembre) est particulièrement alarmant : il est, selon les experts, le symptôme d’un pays qui a fait de la peine de mort un « outil de répression politique » .
Iran : la révolution "Femme, Vie, Liberté" peut-elle enfin faire tomber le régime ?, par Anne Rosencher
Moyen-Orient. L’Histoire
ridiculisera ceux des militants dits progressistes qui ont rivalisé de
pudeurs et de prudences sur cette révolution féministe inédite.
Voilà plus de trois ans que nous assistons à une révolution folle en Iran. Une révolution dont le caractère
Le Grand Entretien avec Faraj Alexandre Rifai – Iran : Quels scénarios possibles pour l’après-mollahs ?
Depuis plusieurs jours, l’Iran est traversé par une vague d’émeutes et de manifestations d’ampleur, sur fond de crise économique, de tensions sociales et d’essoufflement politique du régime. Au-delà de l’actualité immédiate, ces événements posent une question centrale : quelles seraient les conséquences d’un éventuel effondrement du pouvoir des mollahs — ou, à l’inverse, d’un échec du soulèvement — pour l’Iran et l’ensemble du Moyen-Orient ?
Pour éclairer ces scénarios et leurs implications régionales et internationales, Le Diplomate média s’entretient avec Faraj Alexandre Rifai auteur d’Un Syrien en Israël : à la rencontre de l’ennemi désigné.
Faraj Alexandre Rifai est écrivain et essayiste franco-syrien, diplômé de l’ESSEC, fondateur de l’initiative Ashteret dédiée au dialogue interculturel et à la coexistence. Il publie tribunes et analyses sur son site et dans la presse internationale. Il est reconnu comme l’un des meilleurs spécialistes francophones de la question syrienne et des dynamiques de coexistence liées à Israël.
Son blog : https://1001histoires.fr/
Propos recueillis par Angélique Bouchard
Le Diplomate : En cas de chute du régime des mollahs, quels seraient selon vous les scénarios les plus plausibles pour l’Iran à court et moyen terme : transition contrôlée, effondrement chaotique ou reconfiguration autoritaire sous une autre forme ?
Faraj Alexandre Rifai :
Ce que nous observons aujourd’hui constitue d’abord une confirmation, puis une amplification, de la révolte profonde de la société iranienne ; initiée par les femmes, mais désormais portée par des segments de plus en plus larges de la population. À très court terme, le mouvement gagne en structuration : les grandes métropoles sont progressivement isolées, tandis que les villes petites et moyennes basculent plus rapidement dans la contestation. Le régime peine à déployer ses forces répressives de manière homogène et commence à perdre le contrôle de certains territoires. Le fait qu’il tente désormais de requalifier la crise en simple problème de « vie chère » et promette des réformes économiques est en soi un aveu de fragilité politique.
Si le régime venait à tomber, le scénario le plus plausible me semble être celui d’une transition relativement maîtrisée, plutôt qu’un effondrement chaotique. La société iranienne – très majoritairement jeune, urbaine et politisée – rejette à la fois la théocratie et le chaos. Elle aspire clairement à un système démocratique, souverain et laïque. Contrairement à d’autres contextes régionaux, l’Iran dispose d’un fort capital étatique, administratif et culturel, qui limite le risque de désintégration totale.
Un élément nouveau mérite d’être souligné : la montée en visibilité et en légitimité d’une figure comme Reza Pahlavi. Son rôle n’est pas nécessairement celui d’un restaurateur de la monarchie d’avant 1979, en tout cas, il ne le dit pas, mais plutôt celui d’un repère symbolique et fédérateur, capable d’offrir un point de ralliement transpartisan à une opposition plurielle. Son implication plus assumée, ses appels directs à la mobilisation et son discours sur une transition inclusive marquent une évolution importante.
Un scénario de chaos total comme le laissent supposer les plus pessimistes me paraît donc moins probable, à condition que l’opposition parvienne à maintenir une cohésion minimale autour de principes communs : rejet de la théocratie, refus de la violence aveugle et volonté de reconstruction politique. Le véritable enjeu sera, après la probable chute du régime, c’est donc la capacité des forces post-islamistes à organiser l’après sans reproduire d’autres formes d’autoritarisme.
À l’inverse, si le soulèvement actuel échoue, le régime peut-il réellement revenir au statu quo, ou assistera-t-on à une radicalisation accrue du pouvoir et à une instabilité chronique durable ?
Non, un retour au statu quo d’avant les grandes vagues de contestation est désormais illusoire. Même si le soulèvement actuel devait échouer à court terme, le régime ne retrouverait pas pour autant la situation antérieure. La légitimité du pouvoir est profondément et durablement entamée, l’économie est exsangue, et la société iranienne est entrée dans une phase de polarisation irréversible.
Depuis au moins 2009, les Iraniens se soulèvent à intervalles réguliers. À chaque cycle, la contestation ne disparaît pas : elle revient plus large, plus déterminée et plus radicale dans ses slogans. Ce qui a changé aujourd’hui, c’est la nature même de la rupture. Les manifestants ne se contentent plus de dénoncer des politiques ou des conditions de vie ou la liberté ; ils visent directement le cœur du système, en scandant des slogans hostiles à Ali Khamenei et, fait inédit, en revendiquant ouvertement une alternative symbolique, notamment autour de Reza Pahlavi.
Dans ce contexte, même une répression « réussie » ne ferait que repousser l’échéance. Le régime pourrait survivre au prix d’une radicalisation accrue du pouvoir : surveillance renforcée, purges internes, fermeture politique et idéologique encore plus stricte. Mais cette stratégie de survie alimenterait une instabilité chronique. Les frustrations sociales, économiques et politiques s’accumuleraient et resurgiraient de manière cyclique, rendant le pays de plus en plus difficile à gouverner à moyen terme.
Il faut aussi souligner que la pression extérieure, même indirecte, joue un rôle. Les mises en garde répétées de figures comme Donald Trump, peuvent contribuer à fragiliser la posture du régime en appelant à son isolement. Cela ne suffit pas à provoquer une chute, mais cela accélère l’érosion.
L’histoire montre que les régimes qui s’accrochent exclusivement par la coercition finissent rarement par se stabiliser durablement. Ils tiennent un temps, parfois longtemps, mais leur chute devient structurelle. En Iran, ce point de non-retour est en train d’être franchi : la question n’est plus de savoir si le régime tombera, mais quand et à quel coût pour la société iranienne.
Quel impact un affaiblissement — ou une chute — du régime iranien aurait-il sur ses principaux relais régionaux : les milices pro-iraniennes en Irak, le régime syrien, le Hezbollah libanais et les Houthis au Yémen ? Peut-on parler d’un possible effet domino ?
Oui, l’effet domino est non seulement probable, mais il est déjà en partie à l’œuvre, notamment depuis la chute du régime d’Assad et l’affaiblissement du Hezbollah. L’affaiblissement du régime iranien se traduit mécaniquement par une fragilisation de l’ensemble de son réseau régional. Ce système repose avant tout sur trois piliers fournis par Téhéran : le financement, l’armement et la coordination stratégique. Dès lors que ce centre de gravité vacille, tous les relais périphériques se retrouvent exposés.
Les conséquences seraient particulièrement lourdes pour le Hezbollah, dont la capacité militaire, la dissuasion face à Israël et l’emprise politique interne dépendent largement du soutien iranien. Les milices pro-iraniennes en Irak perdraient, elles aussi, une grande partie de leur cohérence et de leur capacité d’action sans un commandement régional structurant. Quant aux Houthis, leur capacité de projection stratégique — notamment en mer Rouge — serait difficilement soutenable sans l’appui logistique et technologique iranien. D’ailleurs, l’Arabie saoudite n’a pas tardé à tirer parti de la fragilité du régime des mollahs pour intensifier ses frappes contre les Houthis ces derniers jours.
Au-delà des aspects matériels, l’impact le plus déterminant serait psychologique et symbolique. L’Iran n’est pas seulement un bailleur de fonds : il est le parrain idéologique et politique de ce que Téhéran appelle « l’axe de la résistance ». Voir ce parrain affaibli, voire à terre, briserait un mythe fondateur : celui d’une puissance révolutionnaire capable de défier durablement l’ordre régional et occidental. Sans ce pivot central, ces mouvements perdraient à la fois leur boussole stratégique et leur sentiment d’impunité.
À terme, un Iran durablement affaibli ouvrirait la voie à une recomposition profonde du Moyen-Orient : moins idéologique, sans doute plus fragmentée, mais aussi potentiellement plus propice à de nouveaux équilibres régionaux et à des dynamiques de désescalade.
L’effet domino ne serait donc ni instantané ni mécanique, mais structurel. Il redessinerait les rapports de force sur plusieurs années, avec une conclusion centrale : sans l’Iran des mollahs comme moteur et coordinateur, l’« axe » qu’il a patiemment construit perdrait sa raison d’être. Par contre, un autre Iran libéré de ce régime islamiste serait un moteur pour un nouveau Moyen-Orient.
Israël observe ces événements avec une attention particulière. Quel rôle joue-t-il aujourd’hui, directement ou indirectement, dans cette séquence iranienne, et quels seraient ses intérêts stratégiques en cas de recomposition du pouvoir à Téhéran ?
Israël n’a pas attendu la séquence actuelle pour agir ou alerter. Il est, depuis des années, le seul à avoir constamment désigné la dangerosité stratégique du régime iranien, non seulement pour Israël, mais pour l’ensemble du Moyen-Orient. Cette lucidité s’est traduite par des actions concrètes : en Syrie, au Liban, contre les infrastructures iraniennes et leurs relais, bien avant la chute du régime d’Assad, et plus récemment encore à travers les frappes de juin 2025. Sans ces opérations, la capacité de nuisance régionale de Téhéran serait aujourd’hui bien moins entamée.
Il faut aussi souligner un phénomène nouveau et significatif : une partie croissante de la population iranienne perçoit ces actions israéliennes non plus uniquement à travers le prisme de la propagande officielle, mais comme un soutien indirect à leur combat pour la liberté. Ce renversement de perception, même s’il n’est pas majoritaire, est réel. Il marque une rupture idéologique profonde avec des décennies de discours imposé.
Les intérêts stratégiques d’Israël sont clairs et constants : voir émerger un Iran qui renonce définitivement au projet nucléaire militaire et à l’exportation de l’idéologie islamiste chiite, pour devenir un État normalisé, laïque et tourné vers la coopération régionale plutôt que la confrontation permanente. Dans cette perspective, une recomposition du pouvoir à Téhéran – si elle s’inscrivait dans un cadre démocratique et souverain – alignerait largement les intérêts iraniens et israéliens autour de la stabilité régionale.
Il n’est pas anodin que Donald Trump ait évoqué, de manière encore très prospective, l’idée d’une intégration future de l’Iran dans les Accords d’Abraham. Nous n’en sommes évidemment pas là. Mais cette hypothèse, même lointaine, illustre l’ampleur du changement de paradigme que représenterait un Iran post-islamiste : un Moyen-Orient fondé moins sur la confrontation que sur des intérêts partagés, la sécurité collective et la coopération économique.
À lire aussi : TRIBUNE – Soulèvement en Iran : Des faux récits pour étouffer une révolte bien réelle
Enfin, comment les grandes puissances — États-Unis, Russie et Chine — se préparent-elles à ces différents scénarios ? Assiste-t-on à une convergence d’intérêts face à une possible instabilité iranienne, ou à une compétition stratégique accrue autour de l’après-mollahs ?
Nous assistons clairement davantage à une compétition stratégique qu’à une convergence d’intérêts entre les grandes puissances. Les États-Unis, en particulier sous l’administration Donald Trump, semblent prêts à assumer une ligne plus ferme face au régime iranien, en soutenant – au moins politiquement – une dynamique de transition vers davantage de liberté, et en coordonnant étroitement leur approche avec Israël. Le fait que Donald Trump ait récemment mis en garde publiquement le régime des mollahs contre la violence exercée à l’encontre des manifestants envoie un signal politique clair. C’est, à mon sens, le minimum que devraient faire l’ensemble des responsables occidentaux.
À l’inverse, l’Europe reste marquée par une prudence excessive, parfois proche de l’inaction. Le silence de dirigeants comme Emmanuel Macron, pourtant prompt à exprimer des solidarités sélectives sur d’autres dossiers régionaux, affaiblit le message occidental et français. Si l’Europe et l’Occident se présentaient unis face au régime islamiste des mollahs – comme ils auraient dû le faire plus fermement face au Hamas – le peuple iranien se sentirait moins isolé, et le régime serait davantage fragilisé sur le plan politique et diplomatique.
De leur côté, la Russie et la Chine privilégient clairement la survie du régime actuel. Pour Moscou comme pour Pékin, l’Iran constitue un contrepoids utile à l’influence occidentale, un partenaire stratégique dans les domaines énergétique, sécuritaire et géopolitique, et un maillon d’un ordre international alternatif fondé sur la contestation de « l’hégémonie occidentale ». Une transition démocratique à Téhéran représenterait pour eux un risque stratégique majeur, mais si cela arrive, je parie qu’elles prendront le train en cours de route.
Il n’y a pas forcément une convergence globale face à la situation iranienne. Chaque acteur se positionne en fonction de ses intérêts propres. L’Occident conserve toutefois une carte essentielle à jouer : celle d’un soutien politique clair, cohérent et assumé aux aspirations du peuple iranien, plutôt que d’une prudence paralysante qui finit, de fait, par servir le statu quo.

Faraj Alexandre Rifai est écrivain et essayiste franco-syrien, diplômé de l’ESSEC, fondateur de l’initiative Ashteret dédiée au dialogue interculturel et à la coexistence. Il publie tribunes et analyses sur son site et dans la presse internationale. Il est reconnu comme l’un des meilleurs spécialistes francophones de la question syrienne et des dynamiques de coexistence liées à Israël.
Faraj Alexandre Rifai est écrivain et essayiste franco-syrien, diplômé de l’ESSEC, fondateur de l’initiative Ashteret dédiée au dialogue interculturel et à la coexistence. Il publie tribunes et analyses sur son site et dans la presse internationale. Il est reconnu comme l’un des meilleurs spécialistes francophones de la question syrienne et des dynamiques de coexistence liées à Israël.
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Son dernier livre Un Syrien en Israël : à la rencontre de l’ennemi désigné, récit d’un itinéraire intellectuel où l’auteur, né en Syrie et devenu franco-syrien, revisite l’« ennemi » israélien et plaide pour une déconstruction des récits de haine.
Iran — qui pour succéder aux mollahs ?
Le régime des mollahs vacille. En coulisses, l’enjeu se porte sur la succession du pouvoir, sous la pression des puissances étrangères. De Reza Pahlavi à la société civile en passant par les Kurdes, la bataille s’annonce féroce, et les scénarios d’une transition sous haute tension.
Les monarchistes : la nostalgie d’une ère prospère et laïque
Les « réformistes » : des « collabos » en quête de porte de sortie
La société civile : une mosaïque éclatée
Les Moudjahidines du peuple et le CNRI : l’opposition la plus connue en France, mais la plus controversée
Les Kurdes : un miroir à deux faces
Benjamin Sire
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