Les Français ne cessent de s'appauvrir par rapport au reste de l'Europe depuis plus d'une décennie. Le poids de la dette rend le pays plus sensible aux chocs extérieurs et fragilise sa position dans l'Union européenne. Mais l'Hexagone a aussi des atouts sur lesquels s'appuyer.
Le monde bascule, les relations entre Etats se durcissent, les dépenses en armement flambent et les besoins en investissements bondissent. Et la France dans tout ça ? Elle se débat avec les difficultés qu'elle a elle-même créées et commence à ressembler non pas à l'homme malade de l'Europe, mais à un des mal en point du continent.
Car l'Hexagone n'est pas le seul pays européen à devoir affronter des problèmes économiques et politiques. Dans le monde qui vient, les pays capables de s'en sortir devront être à la pointe de la technologie, ce qui suppose de pouvoir investir, et résilients, ce qui exige non seulement une certaine autonomie dans des secteurs tels que la défense et l'agroalimentaire, mais aussi une société relativement unie et donc prospère.
Des comptes publics plus dégradés qu'ailleurs
Le premier problème de l'Hexagone, et le plus urgent, ce sont ses finances publiques dégradées. La France est le seul des grands Etats-membres de la zone euro à n'avoir jamais affiché des comptes publics équilibrés avant le paiement des intérêts de la dette. L'Italie mais aussi l'Espagne, sous la contrainte des marchés lors de la décennie précédente, et évidemment l'Allemagne, y sont arrivés.
Les conséquences sont connues : la dette grimpe et avec elle, la charge de la dette. En 2025, elle a dû déjà représenter 2,3 % du PIB, un poids deux fois supérieur à celui de l'Allemagne. En 2027, si l'on en croit les prévisions des économistes de la Commission européenne, les intérêts sur la dette publique coûteront 2,8 % du PIB français, contre seulement 1,2 % outre-Rhin. Autant dire que les capacités d'investissement des deux Etats ne sont plus comparables.
Tout choc extérieur dans les prochaines années se paiera très cher pour la France. Pas sûr que l'Union européenne et l'euro puissent y survivre. Et même si c'était le cas, l'Allemagne pourrait faire cavalier seul en Europe et la dominer encore plus largement qu'aujourd'hui. Sans compter que Friedrich Merz, le chancelier allemand, entend faire de son armée « la plus puissante d'Europe sur le plan conventionnel ».
Le deuxième point faible explique le premier. C'est la fracture politique du pays, qui l'empêche d'envisager une solution à court terme au problème des finances publiques. Tous les pays occidentaux y font face mais l'échec des partis de gouvernement, de droite, de gauche et des centristes, pousse les électeurs dans les bras des extrémistes et donc vers un aventurisme.
Le grand déclassement
Tout cela s'explique par le déclassement d'une partie de la population et plus globalement de la France en Europe. Alors que le PIB par habitant du pays, en parité de pouvoir d'achat, était légèrement supérieur à la moyenne de la zone euro en 2013, il était inférieur de 7 % en 2024 - sans prendre en compte les deux derniers arrivants, la Croatie et la Bulgarie.
Dès 2026, le PIB par habitant de la France devrait passer derrière celui de l'Italie. L'Hexagone joue désormais en seconde division, expression footballistique pour éviter de dire la vérité crue : les Français ne cessent de s'appauvrir par rapport au reste du continent depuis une douzaine d'années.
La désindustrialisation est passée par là : le commerce extérieur français de biens accusait, à la fin novembre 2025, un déficit de plus de 70 milliards d'euros sur les douze derniers mois. A titre de comparaison, entre octobre 2024 et octobre 2025, l'Italie a dégagé un excédent commercial de 50 milliards d'euros.
Autre point noir, la position extérieure nette est désormais négative et représente 22 % du PIB contre 14 % seulement pour l'Italie. Cela signifie que la France est de plus en plus détenue par des étrangers. Rien de catastrophique à court terme mais la dégradation structurelle de la position française ne peut durer éternellement. D'autant que l'Allemagne, avec ses excédents commerciaux accumulés, affiche, elle, une position extérieure nette positive équivalente à 77 % de son PIB.
Des avantages à faire valoir
Pourtant, malgré la désindustrialisation, la désunion des Français et la dégradation des comptes publics, tout n'est pas perdu. Sur le plan conjoncturel, l'Hexagone est le deuxième pays de la zone euro dans lequel les prix à la consommation augmentent le moins vite.
Certes, cela entraîne de moindres hausses de salaires, mais cela signifie aussi un regain de compétitivité par rapport à nos concurrents européens, au moins en matière de coût du travail. Bref, la France est peut-être en train de faire, contre son gré, une sorte de dévaluation compétitive qui ne dit pas son nom.
Sur le plan structurel, l'aéronautique, le luxe mais aussi l'armement - un avantage comparatif important à notre époque - restent des pôles d'excellence. Le secteur technologique français est en pointe en Europe. La démographie du pays, si elle est nettement moins dynamique qu'il y a vingt ans, reste un peu meilleure que dans le reste du Vieux Continent, notamment qu'en Allemagne et en Italie. La demande y sera probablement un peu plus soutenue que chez ses voisins dans les prochaines années.
Résultat, la France a beau avoir de gros problèmes, sa croissance potentielle reste légèrement supérieure à 1 % par an, soit presque deux fois plus forte plus que celle de l'Allemagne et de l'Italie. Mais cet avantage ne peut s'installer dans la durée sans action pour le consolider. Sinon, c'est la troisième division assurée.
Dette publique : les sombres prévisions du FMI pour la France
Sans réduction significative du déficit, la France risque d'être aussi endettée que la Grèce et l'Italie par rapport à son PIB, prédit le FMI. Au niveau mondial, la hausse du niveau des taux d'intérêt alourdit un peu plus la charge de la dette.
Si rien n'est entrepris pour réduire significativement le niveau du déficit public, la France risque de se retrouver aussi endettée que la Grèce, voire l'Italie, par rapport à son PIB. Interrogé, mercredi à Washington, sur la situation française et la suspension de la réforme des retraites, Vitor Gaspar, le directeur du département des finances publiques du Fonds monétaire international (FMI), ne s'est guère montré disert. A ses yeux, le gouvernement devrait être capable de stabiliser la dette publique d'ici la fin de la décennie. Certes.
Mais mardi, le chef économiste de l'institution multilatérale, Pierre-Olivier Gourinchas, s'était montré plus explicite. L'incertitude politique n'aide pas à redresser une croissance déjà faible. Son niveau sera « insuffisant si l'on souhaite régler par la croissance les problèmes de finances publiques », a-t-il prévenu. Comment, dès lors, opérer pour redresser la barre ? « De notre point de vue, cela doit être sur la partie dépenses plutôt que la partie recettes », en évitant les « mesures d'austérité qui pourraient tuer la croissance », a commenté l'économiste en chef.
Les défaillances d'entreprises au plus haut en France
Le chiffre a de quoi interpeller le gouvernement. Quelque 63.112 procédures collectives ont été ouvertes par des entreprises en difficulté en France l'an dernier, selon les données diffusées jeudi par le Conseil national des greffiers des tribunaux de commerce. Soit 6,3 % de plus qu'en 2024.
Loin d'amorcer la décrue qui était espérée il y a un an, le volume de défaillances a ainsi atteint un plus haut historique en 2025. Toutefois, ces statistiques ne couvrent pas le Bas-Rhin, le Haut-Rhin et la Moselle. « Le nombre total de défauts sur l'ensemble du territoire devrait tourner autour des 68.500 cessations de paiements et même dépasser les 69.000 en incluant les procédures de sauvegarde », indique de son côté Thierry Millon, directeur des études du cabinet Altares qui finalise son propre bilan. Malgré un ralentissement ces derniers mois, les chiffres seraient encore en progression d'au moins 4 %.




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