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juillet 22, 2026

La transition énergétique, scandale étatique !

Sommaire:

A) - « La transition énergétique allemande a jusqu’à présent coûté environ 1 000 milliards d’euros. Et qu’est-ce qu’elle nous a apporté ? Rien », déclare Christian Kullmann, patron du groupe chimique Evonik.

B) - Aides d’État, souveraineté énergétique et renaissance nucléaire : L’Union européenne à l’épreuve du cas EDF et des réponses étatiques

C) -  87 milliards gâchés : Le scandale ENR que personne ne veut voir

D) - Eoliennes – La face noire de la transition écologique

E) - Facture salée - Énergies renouvelables : la facture publique dépassera 18 milliards d’euros en 2026 et 2027




A) -« La transition énergétique allemande a jusqu’à présent coûté environ 1 000 milliards d’euros. Et qu’est-ce qu’elle nous a apporté ? Rien », déclare Christian Kullmann, patron du groupe chimique Evonik.

« La transition énergétique allemande a jusqu’à présent coûté environ 1 000 milliards d’euros. Et qu’est-ce qu’elle nous a apporté ? Rien », déclare Christian Kullmann, patron du groupe chimique Evonik. « Nous avons une infrastructure de réseau digne de l'Albanie, et il n'y a pas d'hydrogène abordable à l'horizon. (...) Nous aurons besoin du charbon au moins jusqu'en 2033, et probablement plus longtemps. »

 

Les critiques contre la transition électrique en cour se font de plus en plus vives en Allemagne. 

Axel Bojanowski, reporter scientifique à WELT fait le bilan : «  L’Allemagne accumule quatre grands blocs de coûts : les dépenses de transition énergétique, qui atteignent des montants de l’ordre du millier de milliard, les mesures destinées à amortir les prix de l’électricité, les achats de droits d’émission de CO₂ auprès d’autres États membres de l’UE et, enfin, les aides climatiques internationales, dont l’Allemagne est le premier contributeur. - 

La Cour fédérale des comptes allemande a relevé en 2024 que l’accessibilité financière de l’approvisionnement électrique était déjà remise en question. 

Pour le seul développement des réseaux électriques, les investissements pourraient dépasser 460 milliards d’euros d’ici 2045, mais le ministère fédéral de l’Économie ne prendrait jusqu’ici pas en compte ces coûts systémiques. 

Selon la Cour des comptes, les aides ponctuelles de l’État donnent « une image fausse des coûts réels de la transformation ». - Une étude de la DIHK chiffre les coûts d’approvisionnement nécessaires d’ici 2050 à environ 5 500 milliards d’euros. Des moyens mobilisés pour disposer d’autant d’électricité qu’avant la transition énergétique, mais avec cette spécificité d'une électricité moins fiable, plus fluctuante et plus chère. - 

L’État fédéral dépense environ 30 milliards d’euros par an pour contenir le prix de l’électricité renchéri par la transition énergétique. 

Une somme qui dépasse le budget du ministère de la Recherche et de l’Éducation… - Par-dessus le marché, l’Allemagne se présente comme le premier financeur des aides climatiques internationales. Avec près de 12 milliards d’euros, dont 6,1 milliards provenant du budget fédéral, elle alimente une véritable industrie de l’aide, avec des milliers de bénéficiaires, y compris dans les ONG.  

Le fait que l’Allemagne finance des pistes cyclables au Pérou, des formations à la conduite de rickshaws pour des personnes trans en Inde, des « espaces publics verts et sensibles au genre » au Rwanda, ou encore des « mosquées vertes » et des prêches climatiques au Maroc, paraît pour le moins audacieux lorsqu’on constate, en Allemagne même, qu’en période de chaleur, certains blocs opératoires ne disposent pas de climatisation. Ce qui est particulièrement amer, c’est que malgré ses dépenses considérables en faveur du climat, l’Allemagne accumule encore des risques financiers de plusieurs milliards. 

En raison de son bilan CO₂ insuffisant, elle devra acheter à d’autres États membres de l’UE des certificats d’émission de CO₂ — pour une somme qui pourrait atteindre 38 milliards d’euros. 

L’Allemagne mène sa politique climatique comme si le chemin le plus coûteux était moralement supérieur. En réalité, le chemin le plus coûteux est le plus stupide. »

https://www.welt.de/debatte/plus6a5da964c72232627649dac3/energiewende-deutschlands-klima-strebertum-kostet-uns-milliarden.html 

 

Billet d'humeur de Pierre Nerval « Quand les éoliennes prennent leurs vacances d'été »

Il existe en France une étrange religion moderne. Elle possède ses prêtres, ses dogmes et ses hérésies. Son principal commandement est simple : il faut croire aveuglément aux énergies dites "vertes", même lorsqu'elles refusent obstinément de fonctionner au moment où l'on a le plus besoin d'elles.
Ainsi, lorsque le thermomètre dépasse les 35 degrés et que les climatiseurs tournent à plein régime, nos magnifiques éoliennes, dressées fièrement sur nos collines et nos campagnes, décident soudainement de faire la sieste. Pas un souffle de vent. Les pales sont immobiles, majestueuses, comme des sculptures contemporaines particulièrement coûteuses.
Les jours de canicule, leur contribution à la production électrique française peut parfois tomber à 1 ou 2 %. Une performance qui mériterait presque une médaille olympique de l'inutilité énergétique.
Quant aux panneaux photovoltaïques, censés adorer le soleil, ils nous offrent un magnifique paradoxe écologique. Plus il fait chaud et plus leur rendement diminue. Il fallait y penser : construire une politique énergétique nationale sur des équipements qui n'aiment ni la chaleur ni les pics de consommation !
...
Pendant ce temps-là, notre vieux nucléaire français, vilain petit canard des salons écologistes depuis quarante ans, continue stoïquement à produire une électricité décarbonée, abondante et pilotable. Lui ne demande ni la permission au vent, ni l'autorisation du soleil. Il travaille jour et nuit, été comme hiver, sans manifester son opposition philosophique aux saisons.
Mais cela ne suffisait pas. Il fallait encore que Bruxelles et Berlin expliquent à la France qu'il serait préférable de brider ses centrales nucléaires pour laisser une place plus importante aux énergies intermittentes. Il fallait donc pénaliser ce qui fonctionne afin de promouvoir ce qui fonctionne... de temps en temps.
Le génie technocratique européen dans toute sa splendeur !
...
Prenons l'exemple allemand. Des centaines de milliards d'euros investis dans l'éolien et le solaire, des centrales nucléaires fermées au nom de la vertu climatique, et que fait-on lorsqu'il fait trop chaud ou qu'il n'y a pas de vent ? On rallume les centrales au charbon, ces merveilles écologiques qui transforment l'atmosphère en barbecue géant.
Résultat ? L'Allemagne émet plusieurs fois plus de CO₂ que la France pour produire son électricité. Une réussite exemplaire dont certains voudraient pourtant que nous nous inspirions.
Il faut décidément posséder une imagination débordante pour expliquer aux Français qu'il est écologique de détruire des milliers d'hectares de paysages, d'artificialiser des terres agricoles, de dépendre des conditions météorologiques et de rallumer des centrales au charbon pour sauver la planète.
...
Pendant que nos éoliennes prennent leurs congés payés lors des canicules et que nos panneaux solaires se plaignent d'avoir trop de soleil, le nucléaire français continue discrètement à faire ce qu'on lui demande depuis des décennies : alimenter le pays.
La véritable écologie n'est pas une religion. C'est du pragmatisme, de la science et du bon sens. Une nation moderne ne construit pas sa souveraineté énergétique sur les caprices d'Éole et les états d'âme du thermomètre.
...
Un pays développé mérite mieux qu'une politique énergétique fondée sur la danse de la pluie et les incantations idéologiques.

Après tout, lorsque vous êtes coincé dans un ascenseur en pleine canicule, vous êtes généralement très heureux que votre électricité ne soit pas produite par une éolienne qui a décidé de prendre l'après-midi.

Pierre Nerval
Ingénieur
Expert électricité

 


 

 B) - Aides d’État, souveraineté énergétique et renaissance nucléaire : L’Union européenne à l’épreuve du cas EDF et des réponses étatiques

Résumé exécutif

L’éventuelle ouverture d’une enquête de la Commission européenne sur le soutien public de l’État français à EDF pour la construction de nouveaux réacteurs nucléaires soulève des enjeux dépassant le cadre classique du contrôle des aides d’État et de la politique de la concurrence européenne. Elle met en lumière une tension croissante entre les exigences du marché intérieur et les impératifs de sécurité et souveraineté énergétique, dans un contexte de forte instabilité géopolitique et d’accélération de la transition climatique.

Face au risque sérieux de retards significatifs dans la mise en œuvre du programme nucléaire français, plusieurs leviers d’action peuvent être mobilisés. Sur le plan juridique, la France dispose de marges de manœuvre substantielles en s’appuyant sur les exceptions prévues par l’article 107 §3 TFUE, en particulier celles relatives au développement de certaines activités économiques et à la réalisation d’objectifs d’intérêt commun, tels que la sécurité d’approvisionnement et la décarbonation. La qualification du nucléaire comme service d’intérêt économique général constitue également un axe structurant permettant d’encadrer les mécanismes de compensation publique.

Parallèlement, l’exploitation du précédent britannique de Hinkley Point C et de la pratique décisionnelle récente de la Commission offre des arguments solides en faveur de la compatibilité des dispositifs envisagés, notamment s’ils sont conçus dans une logique de proportionnalité et de limitation des distorsions de concurrence revues à la lumière des événements géopolitiques.

Au-delà du registre juridique, une stratégie politique proactive apparaît déterminante. Elle suppose la constitution d’alliances élargies entre États membres favorables au nucléaire, une mobilisation du Conseil européen et une requalification du débat au niveau de l’Union, en insistant sur la dimension stratégique et urgente de la sécurité énergétique.

Enfin, la maîtrise du facteur temps constitue un enjeu central : la France devra anticiper la procédure, structurer ses dispositifs en amont et, le cas échéant, envisager des solutions transitoires ou des adaptations de ses mécanismes de financement afin de limiter les effets retardateurs d’une enquête approfondie.

L’ensemble de ces actions participe d’une approche intégrée visant non pas à contourner le droit de l’Union, mais à en exploiter pleinement les ressources afin de concilier discipline concurrentielle et impératifs stratégiques. Si la recherche d’un consensus rapide avec la Commission ne se concrétise pas, il existera fatalement d’autres voies d’action nettement plus offensives.

Introduction 

L’annonce, relayée par l’agence Reuters, de l’éventuelle ouverture d’une enquête de la Commission européenne relative aux mesures de soutien envisagées par l’État français en faveur d’EDF pour la construction de six réacteurs nucléaires de nouvelle génération s’inscrit dans un contexte de recomposition profonde des priorités énergétiques et industrielles de l’Union européenne.[1] Elle intervient à un moment où les équilibres sur lesquels reposait historiquement le droit de la concurrence de l’Union se trouvent soumis à des tensions inédites, résultant à la fois de la dégradation de l’environnement géopolitique et de l’accélération affichée des objectifs climatiques.

La succession de crises énergétiques ayant affecté le continent européen depuis 2022, à la suite notamment de la guerre en Ukraine, a mis en lumière la vulnérabilité structurelle des États membres à l’égard des approvisionnements extérieurs en hydrocarbures.[2] À cette fragilité s’ajoutent les incertitudes persistantes pesant sur les marchés mondiaux de l’énergie, dans un contexte marqué par des tensions récurrentes au Moyen-Orient, susceptibles d’affecter durablement les conditions d’accès aux ressources fossiles à bas coûts.[3] Dans ce cadre, la sécurisation d’une production électrique stable, décarbonée et maîtrisée apparaît désormais comme un impératif stratégique, auquel le programme de relance du nucléaire engagé par la France entend précisément répondre.

Ce programme implique toutefois des investissements d’une ampleur telle qu’ils supposent un soutien public structurant, susceptible de relever du champ d’application du droit des aides d’État.[4] L’éventuelle ouverture d’une enquête approfondie par la Commission conduit dès lors à s’interroger sur la compatibilité de ces interventions avec les règles du marché intérieur, dans un secteur où les défaillances de marché sont particulièrement marquées. Le précédent de la décision relative au projet Hinkley Point C, par laquelle la Commission avait admis, sous conditions, la compatibilité d’un mécanisme de soutien public au nucléaire britannique, constitue à cet égard un point d’ancrage essentiel,[5]révélant à la fois la possibilité d’une validation et la complexité des procédures d’examen.

Au-delà de la seule question de la légalité des aides envisagées, la situation actuelle met en évidence une tension plus fondamentale entre, d’une part, l’objectif de préservation des conditions de concurrence et, d’autre part, la nécessité pour les États membres de mettre en œuvre des politiques industrielles et énergétiques adaptées aux défis contemporains.[6] Cette tension est d’autant plus manifeste que l’Union poursuit parallèlement des objectifs ambitieux d’électrification des usages, notamment à travers l’interdiction programmée de la vente de véhicules thermiques à l’horizon 2035,[7] ce qui implique une augmentation accélérée significative des capacités de production électrique bas-carbone pilotables.

Dans ce contexte, l’analyse du cas français invite à dépasser une lecture strictement contentieuse du contrôle des aides d’État pour interroger les marges de manœuvre dont disposent les États membres afin de concilier leurs impératifs stratégiques avec les exigences du droit de l’Union. Elle conduit également à envisager, de manière prospective, les différentes réponses — juridiques, institutionnelles et politiques — susceptibles d’être mobilisées pour prévenir ou atténuer les effets potentiellement retardateurs d’une procédure d’enquête sur la mise en œuvre du programme nucléaire français.[8] L’étude du cas EDF apparaît ainsi comme un terrain privilégié pour observer les recompositions en cours du droit des aides d’État, à l’heure où celui-ci se trouve confronté à la montée en puissance des impératifs de souveraineté énergétique et de sécurité d’approvisionnement, accentuées de manière dramatique par les contextes géopolitiques ukrainien et iranien.

I. Le soutien public au programme nucléaire d’EDF : rationalité économique et nécessité stratégique

L’analyse du soutien public envisagé en faveur d’EDF suppose, en premier lieu, d’en comprendre les déterminants économiques et financiers, avant d’en apprécier la portée stratégique au regard des nouvelles contraintes pesant sur les systèmes énergétiques européens. Cette double perspective – économique et stratégique – justifie pleinement l’implication de l’État dans le développement du parc nucléaire.

A. Les déterminants économiques et financiers du soutien

Le programme de construction de six réacteurs nucléaires de nouvelle génération par EDF implique des investissements considérables, estimés à plusieurs dizaines de milliards d’euros.[9] Dans ce contexte, la mobilisation d’un soutien public apparaît comme une condition sine qua non de la viabilité économique du projet, compte tenu des coûts fixes élevés, des délais de construction étendus et des risques financiers inhérents aux projets nucléaires.[10]

L’État français a ainsi prévu des mécanismes de financement destinés à sécuriser la trésorerie d’EDF et à garantir la faisabilité des projets dans un contexte de volatilité des marchés de l’énergie.[11] Ces dispositifs visent à stabiliser les flux de revenus sur le long terme, à limiter les risques financiers et à réduire le coût du capital, facteur déterminant pour la compétitivité du nucléaire face aux sources d’énergie renouvelables intermittentes et aux combustibles fossiles soumis à de fortes variations de prix.[12]

Le soutien financier apporté à EDF ne peut être appréhendé à l’aune des seules considérations économiques de marché de court terme. Il s’inscrit dans une logique plus large de souveraineté énergétique et industrielle, devenue centrale dans le contexte européen contemporain. Comme l’a mis en évidence Mario Draghi dans son rapport sur la compétitivité européenne, la maîtrise des coûts et de l’approvisionnement énergétique constitue un déterminant essentiel de la compétitivité et de la résilience économique de l’Union.[13] Dans un environnement marqué par des tensions géopolitiques accrues et une volatilité des marchés de l’énergie, la sécurisation d’une production stable et pilotable apparaît comme un impératif stratégique absolu.

À cet égard, le recours à des infrastructures énergétiques structurantes, telles que le parc nucléaire exploité par EDF, participe d’une stratégie visant à garantir l’indépendance énergétique nationale tout en contribuant à la stabilité du système électrique européen. Cette approche dépasse ainsi la logique de rentabilité immédiate pour s’inscrire dans une perspective de long terme, articulant sécurité d’approvisionnement, compétitivité industrielle et transition énergétique.

B. La portée stratégique du programme nucléaire français

Au-delà des considérations économiques, le programme nucléaire d’EDF revêt une dimension stratégique majeure. La dépendance européenne aux hydrocarbures importés, accentuée par la guerre en Ukraine ou en Iran, et la volatilité des marchés mondiaux, met en évidence la nécessité de disposer, aussi rapidement que possible à l’échelle malgré tout de quelques années, de sources d’énergie souveraines et décarbonées.[14]

Selon l’Agence internationale de l’énergie, la sécurité énergétique demeure un enjeu central dans un contexte de forte instabilité géopolitique, ce qui justifie des investissements accrus dans des sources d’énergie bas-carbone pilotables. Le nucléaire offre une production électrique stable, pilotable et à faible émission de carbone, répondant directement aux exigences de sécurité d’approvisionnement et aux objectifs climatiques de l’Union européenne. Les analyses institutionnelles soulignent que la relance de la filière nucléaire française repose sur le maintien et le développement de compétences industrielles critiques. Le CEA met notamment en avant la nécessité de préserver un cœur de compétences internes et de renforcer la formation, afin de garantir la maîtrise technologique et la sûreté des installations.[15]

L’anticipation des besoins futurs en électricité constitue un enjeu stratégique majeur pour l’Europe, en particulier dans le contexte de l’électrification croissante des usages et de l’interdiction progressive de la vente de véhicules thermiques prévue pour 2035. Cette évolution, prévue par la réglementation européenne sur les émissions de CO₂ des voitures et camionnettes,[16] implique une augmentation significative de la demande électrique, renforçant la pertinence du programme nucléaire français et européen comme outil de sécurité énergétique et de stabilité industrielle.

Les analyses de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) confirment ce constat. Le World Energy Outlook 2023 souligne que la transition vers des systèmes électriques bas-carbone ne peut réussir sans des investissements prévisionnels dans des infrastructures stables et pilotables, le nucléaire jouant un rôle central pour réduire la dépendance aux énergies fossiles importées et garantir la continuité d’approvisionnement[17]. De manière complémentaire, le rapport Nuclear Power and Secure Energy Transitions[18] montre que l’énergie nucléaire contribue à la fois à la décarbonation et à la sécurité énergétique, en stabilisant le réseau et en soutenant la compétitivité industrielle face à la volatilité des prix de l’électricité.

Sur le plan européen, la Présidente de la Commission Ursula von der Leyen comme l’ancien Président du Conseil italien et ancien Président  de la Banque Centrale Européenne Mario Draghi insistent sans ambiguïté sur la nécessité d’investissements prévisionnels dans les infrastructures critiques pour réduire les vulnérabilités économiques et industrielles de l’Union.[19] L’absence de planification suffisante pour les infrastructures énergétiques stratégiques pourrait exposer l’Europe à des risques de pénuries vitales et à des crises industrielles récurrentes. Manifestement, la Vice-Présidente Ribera semble vouloir diverger d’un nouveau consensus qui est pourtant clairement exprimé depuis l’explosion des risques géopolitiques.  Enfin, au risque de se répéter, le programme nucléaire français contribue à la résilience énergétique et à la stabilité des coûts, offrant un amortisseur face aux fluctuations des prix des hydrocarbures et aux crises géopolitiques, notamment les tensions autour de l’Iran ou les sanctions contre la Russie.[20] L’intégration de ces facteurs dans la stratégie énergétique justifie pleinement l’engagement de l’État français pour sécuriser le financement d’EDF et garantir la réalisation accélérée du programme nucléaire.

II. L’ouverture imminente d’une enquête sur les aides d’État à EDF : contexte et enjeux juridiques

La perspective d’ouverture d’une enquête de la Commission européenne en avril 2026 sur le soutien public français à EDF soulève des questions cruciales sur la compatibilité des aides d’État avec le droit européen. Cette partie analyse le contexte réglementaire et les enjeux juridiques liés à la possible procédure d’examen par la DG Concurrence.

A. Cadre juridique et précédents européens

L’article 107 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE) interdit en principe toute aide publique susceptible de fausser la concurrence sur le marché intérieur.[21] Cependant, des exceptions existent, notamment pour les projets présentant un intérêt commun ou stratégique pour l’Union.[22]

Dans le passé, plusieurs projets nucléaires ont été soumis à l’examen de la Commission. L’affaire de Hinkley Point C au Royaume-Uni, qui impliquait déjà l’opérateur EDF, constitue un précédent emblématique. La Commission avait initialement estimé que les aides britanniques pouvaient constituer une distorsion de concurrence.[23] Toutefois, après une évaluation approfondie, elle avait autorisé le soutien en reconnaissant l’intérêt stratégique et la contribution à la sécurité énergétique.[24]

Ce précédent laisse présager que la procédure visant EDF pourrait être très longue et complexe, mettant en péril l’équilibre financier des projets. Comme le note Francesco Giusti lui-même, en s’exprimant généralement de manière plutôt stricte le droit de la concurrence (et donc de manière plutôt opposée aux développements de la production nucléaire avec obligation d’intervention publique au vu des volumes d’investissements colossaux amortis sur de très longues durées), les enquêtes sur les aides d’État nucléaires nécessitent une analyse détaillée des coûts, du financement et de la contribution stratégique à l’intérêt général. Ce type d’enquête peut retarder considérablement la mise en œuvre du projet.[25]

B. Enjeux et risques pour la souveraineté énergétique française

En se fondant sur les incidents de procédure dans l’affaire Hinkley Point C précitée, la procédure annoncée par Reuters sur les aides à EDF[26]pourrait retarder de plusieurs années la construction des six réacteurs, compromettant la capacité de la France à atteindre ses objectifs énergétiques et climatiques. Cette situation illustre la tension entre les règles de concurrence européenne et les impératifs stratégiques nationaux et européens.

Comme indiqué plus haut, le retard potentiel pose également un risque de dépendance accrue aux énergies fossiles importées, dont les prix et la disponibilité sont soumis à de fortes influences et fluctuations géopolitiques. Dans ce contexte, la rigidité excessive voire dogmatique de la DG Concurrence de la Commission Européenne dans l’application des règles de concurrence peut entrer en contradiction avec les nécessités de sécurité énergétique et de souveraineté industrielle européenne. Mario Draghi souligne la nécessité d’adapter la politique de concurrence de l’Union européenne aux enjeux de compétitivité, d’innovation et de sécurité stratégique, afin que l’Union puisse mobiliser des investissements importants et répondre à des défis tels que la transition énergétique et la souveraineté industrielle.[27] Une application trop rigide des règles de concurrence pourrait limiter la capacité de l’UE à atteindre ses propres objectifs. En outre, la procédure pourrait créer un précédent pour d’autres projets stratégiques dans l’Union européenne, limitant la capacité des États membres à soutenir des infrastructures essentielles. La France doit donc anticiper, avec ses partenaires dans l’UE, des stratégies juridiques et politiques pour défendre ses intérêts et garantir le développement rapide et sécurisé du programme nucléaire.[28]

III. Une tension croissante : politique de concurrence et souveraineté énergétique

Au‑delà de la seule mise en œuvre des règles relatives aux aides d’État, le cas d’espèce révèle une tension plus profonde entre les fondements du droit de la concurrence de l’Union et les exigences émergentes de souveraineté énergétique et industrielle. Cette tension se manifeste à la fois dans les discours des responsables politiques européens et dans les positions institutionnelles récentes.

A. Une Europe divisée mais convergente vers une nouvelle perspective stratégique

L’Union européenne a longtemps oscillé sur la question du nucléaire, entre États membres qui le considèrent comme une source indispensable de production électrique bas‑carbone et d’autres qui s’en éloignent pour des motifs politiques ou sociaux, voire plus vainement idéologiques artificiels. Le débat sur l’énergie nucléaire illustre cette divergence, mais on observe une convergence récente vers une reconnaissance croissante du rôle stratégique de l’atome pour notre souveraineté énergétique européenne.[29]

Dans ce mouvement, plusieurs dirigeants européens ont exprimé de manière explicite leur soutien au nucléaire. Ainsi, lors du Sommet sur l’énergie nucléaire de l’Agence internationale de l’énergie atomique à Paris en mars 2026, le président français a affirmé « le nucléaire civil doit être au cœur de notre stratégie pour garantir l’indépendance énergétique face aux incertitudes géopolitiques et à la flambée des prix des hydrocarbures ».[30]

Par ailleurs, la présidente de la Commission européenne a reconnu explicitement, il y a quelques jours en mars 2026, les limites de choix antérieurs concernant le nucléaire dans l’Union et souligné la nécessité pour l’Union d’assumer un rôle plus affirmé en la matière : « la réduction de la part du nucléaire dans le mix énergétique fut, à mes yeux, une erreur stratégique ; nous devons à présent mobiliser toutes les sources d’énergie bas carbone pour assurer notre compétitivité et notre sécurité d’approvisionnement ».[31]

Cette évolution des discours politiques est également illustrée par l’initiative de l’Alliance européenne du nucléaire, réunissant plusieurs États membres pronucléaires pour promouvoir un cadre européen favorable au développement de l’énergie atomique.[32] Cette dynamique montre que, même au sein d’une Union divisée, l’impératif stratégique — sécurité énergétique, compétitivité industrielle et transition climatique — tend à se superposer aux logiques strictement concurrentielles suivies depuis des décennies jusqu’ici.

B. La contradiction normative structurelle entre concurrence et souveraineté énergétique

L’une des principales tensions naît de la logique duale qui régit l’Union européenne : d’un côté, le droit de la concurrence cherche à préserver un marché interne efficace et non faussé par des interventions étatiques excessives ;[33]  de l’autre, les États membres, confrontés à des défis externes majeurs, revendiquent une marge accrue pour déployer des politiques industrielles stratégiques, dont la fourniture d’énergie à bas coût est une condition essentielle de succès.

Cette contradiction est d’autant plus manifeste que des impératifs tels que l’interdiction de la vente de véhicules thermiques à l’horizon 2035 et l’accélération de l’électrification des usages exigent, comme déjà noté, une augmentation significative des capacités de production électrique pilotables et bas‑carbone.[34] La seule focalisation sur le marché intérieur sans prise en compte des enjeux géopolitiques peut conduire à des résultats contraires aux objectifs globaux de l’Union.

Dans ce contexte, certains responsables politiques européens ont explicitement lié le soutien au nucléaire à la souveraineté énergétique et à la résilience face aux chocs externes. Un groupe d’États membres pronucléaires a ainsi déclaré « le nucléaire est une solution compétitive pour répondre à la demande croissante d’électricité sans émissions fossiles et constitue un facteur clé pour notre sécurité collective de l’approvisionnement ».[35]

Cette tension normative reflète une transformation plus profonde du rôle de l’État et de l’Union dans la gestion des biens publics transnationaux. L’enjeu réside désormais dans la manière dont l’Union concilie son ancien cadre concurrentiel avec les enjeux géopolitiques nouveaux ainsi que de nouvelles priorités stratégiques absolues, telles que la transition énergétique ou la sécurité d’approvisionnement, sans pour autant saper les principes fondamentaux du marché intérieur.

IV. Propositions d’action politique et stratégie française face à l’enquête DG Concurrence sur EDF : piur une démarche géopolitique dynamique audacieuse

La France, confrontée à la possible ouverture d’enquête de la DG Concurrence sur ses aides à EDF, doit articuler sa réponse autour de l’équilibre entre respect du droit européen et préservation de sa souveraineté énergétique. Cette situation illustre de manière exemplaire la tension entre la logique de concurrence stricte et les impératifs stratégiques de sécurité d’approvisionnement et de décarbonation, soulignés dans la partie précédente.

A. Actions juridiques et institutionnelles

Face à l’enquête de la DG Concurrence en aides d’Etat, plusieurs pistes juridiques peuvent être envisagées. 

La France peut engager des consultations préalables auprès de la Commission, conformément à l’article 108 TFUE,[36] pour clarifier le cadre admissible des aides à EDF et anticiper les objections de la Commission. Elle peut également préparer un recours devant le Tribunal de l’Union européenne, s’appuyant sur l’argument que la politique nucléaire française constitue un investissement stratégique indispensable pour l’indépendance énergétique et industrielle.[37] Cette démarche s’inspire notamment de l’expérience acquise à l’occasion de la jurisprudence européenne sur le projet Hinkley Point.[38] Cette jurisprudence énonce les critères retenus pour l’évaluation des aides d’État à des infrastructures stratégiques, mais elle illustre aussi la perte de temps considérable d’une dizaine d’années de procédures extrêmement onéreuses directement (en coûts de procédures) et indirectement (en manque à gagner extrêmement considérable de production énergétique).

Parallèlement, un dialogue renforcé avec les États membres pronucléaires (Belgique, République tchèque, Finlande, Hongrie, Pays‑Bas, Roumanie, Slovaquie, Slovénie, Suède, Espagne et France)[39] permettrait de constituer un front commun pour défendre le nucléaire comme infrastructure critique à l’échelle européenne. Ce lobbying coordonné comprend des réunions bilatérales et multilatérales, ainsi que des positions communes dans les conseils de l’énergie de l’UE, et peut neutraliser l’influence potentielle des États anti‑nucléaires, de moins en moins nombreux comme l’Autriche et l’Allemagne.[40]

Enfin, la France peut anticiper la détermination de la Commission sur la compatibilité des aides en renforçant le dossier technique et économique d’EDF, incluant les coûts, délais et avantages environnementaux des nouvelles centrales.[41] Cela permet de démontrer que les aides sont proportionnées et nécessaires pour atteindre les objectifs de sécurité énergétique et de transition bas carbone, sans préjudice de la position dominante qui sera reprochée par la DG Concurrence à EDF sur le marché français, pour l’instant toujours arrimé à un marché européen de l’énergie mais qui pourrait en sortir si des entraves préjudiciables devaient être apportées au développement du plan nucléaire d’EDF. Une entrave juridique pourrait se transformer en crise politique pour l’UE.

B. Actions stratégiques, géopolitiques et communication politique

Au‑delà du juridique, une stratégie politique et diplomatique proactiveest en effet indispensable. Le développement des centrales nucléaires françaises vise à réduire la dépendance aux énergies fossiles, fortement exposées aux aléas géopolitiques et aux crises des hydrocarbures.[42] La France, avec ses dix alliés auxquels elle peut tenter d’y réunir une douzaine d’autres, doit donc mobiliser l’opinion publique et les instances européennes sur la dimension stratégique vitale du nucléaire. Le développement des centrales vise à réduire la dépendance aux énergies fossiles, aggravée par la crise ukrainienne et la volatilité des marchés hydrocarbonés, tout en garantissant un coût de l’électricité maîtrisé et un mix énergétique décarboné.

La communication devrait s’appuyer sur des éléments factuels et diplomatiques, citant par exemple les déclarations récentes de dirigeants européens : le président français a rappelé que « le nucléaire civil est un pilier de notre sécurité énergétique et un levier essentiel face aux crises géopolitiques »[43] et le Premier ministre hongrois a souligné que pour son pays « investir dans l’atome est un choix de souveraineté et de stabilité pour nos industries et nos citoyens ».[44] Ces interventions mettent en avant l’argument selon lequel retarder les projets d’EDF reviendrait à compromettre la résilience énergétique européenne d’une manière très préjudiciables à nos industries notamment électro-intensives (industries lourdes comme d’économie digitale, très fortes consommatrices d’énergie).

Des actions politiques proactives peuvent, également, compléter le dispositif : (1) la diffusion d’études comparatives sur les coûts et délais des énergies alternatives, montrant la nécessité de recourir à la production énergétique nucléaire pour atteindre les objectifs climatiques et industriels;[45] (2) l’animation d’un groupe de travail européen des États pronucléaires, coordonnant les positions sur la compatibilité des aides d’État avec le marché intérieur;[46] (3) la mobilisation de financements européens pour soutenir la transition énergétique et réduire la vulnérabilité aux critiques concurrentielles.[47]

Enfin, la France peut tirer parti de dossiers lourds actuellement suivis par l’Autriche, l’Allemagne et l’Espagne auprès de la Commission, tels que les aides dans les infrastructures gazières, les énergies renouvelables et les projets industriels stratégiques (cf. annexe 2). Une coordination multilatérale autour de ces dossiers pourrait créer des leviers pour négocier un apaisement des contestations visant les aides à EDF.[48]

Ces mesures combinées devraient permettre à la France de défendre le développement de ses centrales tout en respectant le cadre juridique de l’Union, transformant la menace de l’enquête DG Concurrence en opportunité de leadership stratégique sur la souveraineté énergétique européenne.

C. Enseignements tirés de l’antécédent britannique de Hinkley Point pour la France et EDF

L’expérience de Hinkley Point C, dont le retard considérable d’exécution a été provoqué par l’action d’un État membre (l’Autriche) qui a mobilisé la Commission contre la construction du complexe nucléaire en question (par EDF déjà !). Dans cette affaire, la Commission a fini par autoriser au terme d’une longue saga procédurale – avec confirmation par la CJUE – des aides d’État malgré des objections d’États membres,[49] montrant l’importance d’un dossier robuste. La France pourrait également mobiliser le soutien au Conseil Européen des États pronucléaires — Belgique, République tchèque, Finlande, Hongrie, Pays-Bas, Roumanie, Slovaquie, Slovénie, Suède et Bulgarie — pour former une coalition capable d’atténuer la pression sur la Commission des États hostiles, notamment l’Espagne (Mme Ribera est espagnole), l’Autriche et l’Allemagne (Mme von der Leyen est allemande).[50]

Malgré sa fin heureuse par une autorisation, cette affaire offre plusieurs leçons importantes et d’actualité pour la France : (1) la durée des procédures de la Commission peut s’étendre sur plusieurs années lorsqu’un État membre soulève des objections. (2) les recours devant le Tribunal de l’UE ou la CJUE sont possibles mais les décisions finales peuvent confirmer la compatibilité des aides stratégiques. (3) Il est donc essentiel de préparer un dossier robuste, juridiquement et économiquement, tout en mobilisant, dès le départ, un soutien diplomatique auprès des États pronucléaires pour limiter le risque de blocages ou de retards dans le calendrier des projets nucléaires. Il faut aussi envisager une action de conviction auprès de la douzaine d’Etats européens qui ne sont pas opposés à la production nucléaire et les rallier à la cause de la souveraineté énergétique européenne. Ces points sont illustrés dans l’encadré ci‑dessous.


Encadré 

 Leçons pour la France des retards du projet Hinkley Point et action d’un État membre

Le projet Hinkley Point C au Royaume‑Uni illustre les mécanismes et délais auxquels peut donner lieu une enquête de la Commission européenne sur les aides d’État :

PhasesDescriptionDurée / Impact
1. Intervention initiale d’un État membreL’Autriche a formellement exprimé ses préoccupations sur la compatibilité des aides d’État britanniques pour Hinkley Point C avec le marché intérieur. Elle contestait le niveau et les modalités de garantie des prix de l’électricité, estimant que cela pouvait créer une distorsion de concurrence. Cette action a servi de déclencheur pour l’instruction par la Commission.[51]2012 : ouverture de l’examen préliminaire.
2. Instruction par la Commission européenneLa Commission a ouvert une enquête approfondie pour analyser la légalité des aides et leur compatibilité avec le marché intérieur. Le processus a inclus des consultations avec le Royaume‑Uni, EDF et les autres États membres, et l’examen des impacts économiques et environnementaux.[52]2012‑2014 : enquête approfondie, analyses et échanges.
3. Décision de la CommissionAprès examen des ajustements proposés et garanties apportées par le Royaume‑Uni, la Commission a autorisé le soutien à Hinkley Point C en 2014.[53] Cette décision a été conditionnée à la conformité avec les règles de proportionnalité et de transparence.Décision finale : 2014, environ 2 ans après la notification initiale.
4. Contestation devant le Tribunal / CJUEUn État membre a déposé un recours formel auprès du Tribunal de l’UE, contestant la décision de la Commission. Le Tribunal a confirmé la légalité de l’aide, reconnaissant que les aides d’État à des infrastructures énergétiques stratégiques peuvent être compatibles avec le marché intérieur si elles respectent les conditions légales[54]Décision finale : 2016, autorisation définitive du projet.

Conclusion 

L’hypothèse d’une ouverture d’enquête par la Commission européenne sur les mesures de soutien envisagées au bénéfice d’EDF ne saurait être appréhendée comme un simple contentieux technique relevant du droit des aides d’État. Elle s’inscrit dans une dynamique plus large de redéfinition des rapports entre politique de concurrence, politique industrielle et souveraineté énergétique au sein de l’Union.

Le cadre juridique issu de l’article 107 TFUE, tel qu’interprété par la Commission et le juge de l’Union, a certes démontré sa capacité d’adaptation, notamment dans le cadre de l’interminable affaire Hinkley Point C – soit quatre ans de procédures juridiques, très perturbantes au plan industriel.[55] Cette adaptabilité demeure toutefois conditionnée par des procédures longues et complexes, génératrices d’incertitudes difficilement conciliables avec l’urgence des investissements requis dans le secteur énergétique.

Dans le même temps, l’évolution du contexte géopolitique et économique a conduit à une revalorisation du rôle de l’État dans la structuration de certaines filières stratégiques, au premier rang desquelles figure le nucléaire, en raison de son intensité capitalistique et de sa contribution à la sécurité d’approvisionnement. Il en résulte une tension croissante entre les instruments traditionnels du droit de la concurrence et les exigences d’une politique énergétique fondée sur la stabilité, la sécurité et la décarbonation, tension d’autant plus marquée que l’Union poursuit parallèlement des objectifs ambitieux d’électrification des usages.

Dans ce contexte, les marges de manœuvre juridiques et politiques dont dispose la France apparaissent réelles, à condition d’être mobilisées de manière cohérente et coordonnée, tant dans le cadre des instruments du droit de l’Union que dans celui des rapports institutionnels entre États membres et Commission. L’enjeu réside, en définitive, moins dans une remise en cause du contrôle des aides d’État que dans son adaptation aux impératifs contemporains de souveraineté énergétique.

L’affaire en devenir relative au soutien à EDF pourrait ainsi constituer un moment charnière, révélateur des limites du cadre actuel mais aussi des capacités d’évolution du droit de l’Union. À défaut d’une telle adaptation, le risque serait celui d’un décalage croissant entre les objectifs stratégiques poursuivis par l’Union et les instruments juridiques mobilisés pour les atteindre, au détriment de la cohérence de son action et de sa position dans la compétition énergétique mondiale. L’absence d’un consensus rapide préservant la capacité opérationnelle de l’outil industriel nucléaire rendu impératif par l’accumulation des crises géopolitiques au cœur desquelles figure l’énergie, pourrait conduire – voire obliger – la France à des choix nettement plus antagonistes par rapport à l’Union européenne.

Annexe 1 – Tableau méthodique des actions à entreprendre face à une enquête DG Concurrence sur EDF
Étape / CatégorieObjectifActions concrètesNotes stratégiques / compléments
1. Consultations préalables auprès de la CommissionClarifier le cadre légal des aides et limiter le risque de sanction– Déposer un dossier complet sur les aides envisagées à EDF conformément à l’article 108 TFUE¹ 
– Argumenter sur la dimension stratégique des centrales pour la sécurité énergétique
Permet de préparer la défense juridique et d’identifier les objections potentielles de la Commission avant toute enquête formelle
2. Mobilisation diplomatique auprès des États pro‑nucléairesCréer un front commun favorable au nucléaire– Réunions bilatérales et multilatérales avec Belgique, République tchèque, Finlande, Hongrie, Pays‑Bas, Roumanie, Slovaquie, Slovénie, Suède 
– Déclarations communes dans les conseils de l’énergie UE
Utiliser le poids politique des alliés pour influencer la Commission et neutraliser l’opposition d’États hostiles
3. Renforcement du dossier technique et économique d’EDFMontrer la légitimité économique et stratégique des projets– Études sur coûts, délais et impact carbone des nouvelles centrales 
– Comparaison avec les alternatives (énergies renouvelables intermittentes, importations fossiles)
Argumentaire pour démontrer que les aides sont proportionnées et justifiées par des objectifs européens de transition énergétique
4. Communication publique et diplomatiqueInfluencer l’opinion publique européenne et internationale– Communiqués sur l’importance du nucléaire pour la sécurité énergétique
– Conférences et articles dans médias spécialisés et think tanks
– Citations de dirigeants européens favorables (ex. président français, Premier ministre hongrois)
Permet de montrer que l’enquête pourrait retarder un projet stratégique crucial et d’amener les États hostiles à modérer leurs positions
5. Coordination juridique et recours possiblesPréparer des réponses formelles et anticiper le contentieux– Préparation d’un éventuel recours devant le Tribunal de l’UE si décision de la Commission défavorable 
– Appui sur jurisprudence (ex. Hinkley Point, arrêt T‑912/19)
Permet d’anticiper la durée et les contraintes d’une procédure judiciaire et de limiter les impacts sur le calendrier des projets
6. Actions complémentaires européennes et financièresRéduire les vulnérabilités et maximiser l’acceptabilité des aides– Mobilisation de financements européens pour transition énergétique 
– Création d’un groupe de travail des États pro‑nucléaires pour aligner les positions sur la compatibilité avec le marché intérieur
Assure une couverture politique et financière supplémentaire, tout en intégrant les projets dans un cadre de coopération européenne
7. Surveillance et ajustements continusS’assurer de la cohérence de la stratégie et réagir aux évolutions– Suivi régulier des communications DG Concurrence et positions des États membres 
– Ajustement des dossiers et de la communication selon les réactions
Permet de garder la maîtrise du calendrier et de réduire le risque de blocages imprévus
Annexe 2 – Dossiers lourds et leviers diplomatiques face aux actions de l’Autriche, de l’Allemagne et de l’Espagne
DossierÉtat(s) en pointeNature de l’intervention auprès de la CommissionLevier stratégique pour coalition d’autres États
Marché du gaz et infrastructures fossilesAllemagne, EspagneContestation de certaines aides à des projets gaziers et infrastructures LNGUtiliser la pression pour obtenir la modération de la contestation des aides EDF et rappeler la cohérence réglementaire sur les aides énergétiques
Transition énergétique et renouvelablesAutriche, AllemagneSurveillance des régimes de soutien aux renouvelables, critique des subventions jugées excessivesMettre en avant la complémentarité nucléaire-renouvelables et exiger un traitement équilibré des aides
Subventions industrielles et relocalisationsAllemagne, EspagneContestation des aides à des projets industriels stratégiques (chimie, batteries, automobile)Proposer des compromis diplomatiques : limiter contestations sur EDF en échange d’engagements de transparence dans les aides industrielles
Infrastructures énergétiques stratégiquesAutriche, AllemagneContestation des aides aux projets hydroélectriques et interconnexionsSouligner l’importance des infrastructures nucléaires pour la souveraineté énergétique et demander la suspension des objections sur EDF
Tarification carbone et ETSAllemagne, EspagneInfluence sur les révisions de l’EU ETS pouvant limiter les avantages compétitifs de certains ÉtatsNégocier des compromis sur l’ETS afin de créer un climat favorable à la poursuite des projets nucléaires français

 

François Souty 

François Souty est Président exécutif du Cabinet LRACG Conseil en stratégies européennes et droit de la concurrence, enseignant à Excelia Business School (La Rochelle-Tours-Cachan), à l’Université Catholique de l’Ouest (Niort) et chargé d’enseignements à la Faculté de Droit de l’Université de Nantes. Auparavant Expert National Détaché auprès de la Commission Européenne (rapporteur antitrust sur les marchés financier de 2018 à 2021 et chargé d’affaires internationales de concurrence à la DG Concurrence de 2021 à 2024), il a été conseiller économique européen pour la politique de la concurrence auprès du gouvernement de Géorgie à Tbilisi en 2017-2018. Longtemps Directeur départemental de la DGCCRF au ministère de l’Économie et des Finances (1982 à 2024), il a été également professeur-associé à l’Université de La Rochelle (1996-2018). Membre des comités d’experts de la concurrence de l’OCDE et de la CNUCED de 1992 à 2018, il a participé aux travaux de l’OMC sur le commerce international et la politique de la concurrence de 1997 à 2004. Un des fondateurs du Cercle Jefferson, du Cercle K2, de la revue Concurrences en 2004, il est auteur d’une douzaine de livres ou rapports internationaux et de plus d’une centaine d’articles académiques en droit et politique de la concurrence et en histoire économique. Il prépare actuellement la 5e édition de «Droit et politique de la concurrence de l’Union Européenne »  chez LGDJ-Montchrestien (coll. Clefs). Il est auteur d’une thèse de doctorat en histoire économique à l’Université de Paris III sur les monopoles des Compagnies des Indes néerlandaises au XVIIIe siècle. François Souty est Officier de l’Ordre National du Mérite.

https://lediplomate.media/analyse-aides-etat-souverainete-energetique-renaissance-nucleaire-union-europeenne-epreuve-edf-reponses-etatiques/

 

Sources : Commission européenne, State Aid Scoreboard, 2025‑2026 ; European Energy Policy Review, 2025, Key State Interventions in Strategic Energy Projects Ministère de la Transition énergétique, France, Analyse stratégique des dossiers UE 2026 Reuters, Austria, Germany and Spain push on EU state aid cases, mars 2026 ; European Industrial Alliance, Leveraging state aid negotiations : strategic report, 2025.


[1] Reuters, « EU may investigate French support for EDF nuclear build », dépêche du 10 mars 2026, Reuters (source en ligne, consultée le 10 mars 2026)

[2] Commission européenne, REPowerEU Plan, COM(2022) 230 final, 18 mai 2022 ; Conseil européen, conclusions des 23-24 mars 2023.

[3] Agence internationale de l’énergie, World Energy Outlook 2023, 2023 ; IMF, Global Energy Market Developments, 2024.

[4] Art. 107, §1 TFUE ; CJUE, 21 mars 1991, Italie c/ Commission, aff. C-303/88 ; CJUE, 24 juill. 2003, Altmark, aff. C-280/00.

[5] Commission européenne, déc. SA.34947, 8 oct. 2014 ; Tribunal, 12 juill. 2018, aff. T-356/15 ; CJUE, 22 sept. 2020, aff. C-594/18 P.

[6] Vestager, M., discours, 2022 ; Marty, F., « Aides d’État et transition énergétique »Revue trimestrielle de droit européen (RTDE)2023, n° 2p. 215–236.

[7] Règlement (UE) 2023/851 du 19 avril 2023.

[8] Commission européenne, Temporary Crisis and Transition Framework, 2023.

[9] EDF, Présentation financière et plan d’investissement nucléaire, 2025, p. 12.

[10] OCDE/NEA, Nuclear Energy Outlook 2023, p. 45 ; AIE, World Energy Outlook 2023, p. 112.

[11] Ministère de l’Économie, Rapport sur la stratégie énergétique nationale, 2025, p. 28.

[12] Nicolaides, P., « Financing Large-Scale Nuclear Projects », European State Aid Law Quarterly, 21(3), 2022, p. 307–318; Commission européenne, State Aid Scoreboard, 2023.

[13] Draghi, M. The Future of European Competitiveness, Bruxelles, 2024, p. 28-30. V. Aussi Souty, F., « L’Union européenne, le rapport Draghi sur l’avenir de la compétitivité européenne : quelles conséquences stratégiques inspirantes pour la France », Le Diplomate Média, 9 décembre 2025, 17 p.  

[14] Commission européenne, REPowerEU Plan, COM (2022) 230 final ; Conseil européen, conclusions des 23-24 mars 2023.

[15] International Energy Agency (IEA), Nuclear Power and Secure Energy Transitions, 2022.

[16] Union européenne, Règlement (UE) 2019/631 du Parlement européen et du Conseil du 17 avril 2019, relatif aux normes d’émission de CO₂ pour les voitures et camionnettes, JOUE L 111, 25.4.2019 et Directive 2009/72/CE du Parlement européen et du Conseil du 13 juillet 2009 concernant les règles communes pour le marché intérieur de l’électricité, JOUE L 211, 14.8.2009, art. 7.

[17] International Energy Agency, World Energy Outlook 2023, Paris, 2023. Voir l’Executive Summary à https://www.iea.org/reports/world-energy-outlook-2023/executive-summary

[18] Ibid.

[19] Draghi, M., op. cit.  p. 28-30.

[20] OCDE/NEA, préc. ; P. Nicolaides, préc., p. 81.

[21] TFUE, art. 107.

[22] Commission européenne, Lignes directrices sur les aides d’État à finalité régionale, 2022, p. 15-18

[23] Commission européenne, State Aid SA. 35347 (2014/N), Hinkley Point C, 2014.

[24] Commission européenne, State Aid SA. 35347 (2014/N), Décision finale, 2014.

[25] Giusti, F., « Nuclear State Aid and Competition Law », European Competition Journal, 2020, p. 112.

[26] Voir note 1.

[27] Voir notamment Maulin, Romain, « Innovation : La Commission européenne publie, le rapport Draghi lequel appelle à une refonte de la politique de concurrence de l’Union européenne, avec pour objectif d’adapter les règles existantes aux nouveaux enjeux économiques et technologiques, tout en renforçant la compétitivité des Etats membres », 9 septembre 2024, Concurrences N° 4-2024, Art. N° 121729, pp. 88-90.

[28] P. Nicolaides, op. cit., p. 83 ; Lamy, P. (2024). L’Europe a besoin d’une nouvelle stratégie commune de sécurité énergétique. Tribune/Note publiée sur le site de Pascal Lamy. voir https://pascallamy.eu/2024/01/09/leurope-a-besoin-dune-nouvelle-strategie-commune-de-securite-energetique/.

[29] Euronews, Énergie nucléaire : quels pays européens la soutiennent et lesquels s’y opposent, 9 févr. 2026, présentant les positions nationales divergentes.

[30] Discours du président de la République française, Sommet AIEA sur l’énergie nucléaire, Paris, 10 mars 2026, Le nucléaire civil comme levier d’indépendance énergétique.

[31] Ursula von der Leyen, Discours au Sommet sur l’énergie nucléaire, Paris, 10 mars 2026, texte intégral publié sur World Nuclear News, “Von der Leyen: It was strategic mistake to turn against nuclear”, https://www.world-nuclear-news.org/articles/von-der-leyen-it-was-strategic-mistake-to-turn-against-nuclear

[32] Déclaration de l’Alliance européenne du nucléaire, European Nuclear Alliance Leaders’ declaration, 21 mars 2024.

[33] TFUE, art. 101‑109 (principes du droit de la concurrence et aides d’État).

[34] Règlement (UE) 2023/851 modifiant le règlement 2019/631 (objectif d’interdiction des véhicules thermiques 2035) ; Commission européenne, Fit for 55, COM(2021) 550 final.

[35] Lors d’une conférence à Bruxelles en 2024, onze États membres ont signé une déclaration commune en faveur du développement du nucléaire civil, appelant à « libérer pleinement le potentiel du nucléaire » pour renforcer la sécurité énergétique, la décarbonation et l’indépendance industrielle (Euronews, 21 mars 2024). Les onze États pronucléaires, qui considèrent l’atome comme une solution stable et compétitive à long terme, comprennent la Belgique, la Bulgarie, la République tchèque, la Finlande, la France, la Hongrie, les Pays‑Bas, la Roumanie, la Slovaquie, la Slovénie et la Suède (Communiqué de l’Alliance européenne du nucléaire, 4 mars 2024). Les treize États « agnostiques », n’ayant ni politique fermement pronucléaire ni opposition déclarée et pouvant envisager un recours futur au nucléaire, comprennent l’Italie, le Danemark, le Luxembourg, Chypre, l’Estonie, l’Irlande, la Lettonie, la Lituanie, Malte, le Portugal, la Pologne, la Grèce et la Croatie (Euronews, 9 févr. 2026 ; Reuters, 10 mars 2026). Enfin, les trois États résolument anti‑nucléaires, défendant cette position au niveau européen, et doivent être clairement contournés par une majorité pronucléaire sont l’Allemagne, l’Autriche et l’Espagne (Euronews, 21 mars 2024 ; Euronews, juin 2025). Cette classification couvre l’ensemble des 27 États membres de l’UE ; elle illustre la diversité des positions et souligne les enjeux stratégiques pour la France face à l’enquête de la Commission sur les aides d’État à EDF.

[36] Moreau, Pierre, Droit de la concurrence et politique énergétique, LGDJ, Paris, 2024, p. 87‑102.

[37] Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE), art. 108 : Traités de l’Union européenne annotés, dir. Jean‑Marc Thouvenin, 8e éd., Dalloz, Paris, 2023, n° 45 et suiv.

[38] Isabelle Durant, « Souveraineté énergétique et droit des aides d’État », Revue trimestrielle de droit européen, 2025, p. 315‑337.

[39] Commission européenne, décision C(2014) 4520 final, State aid SA.35456 (UK – Hinkley Point C), JOUE C 109, 28 avril 2015, p. 1‑25 ; Tribunal de l’UE, 12 juillet 2018, Bundesrepublik Deutschland c/ Commission européenne, aff. T‑85/15, Rec. p. I‑0000 ; CJUE, 22 septembre 2020, Bundesrepublik Deutschland c/ Commission européenne, aff. C‑594/18 P, Rec. p. I‑0000.

[40] Communiqué Alliance européenne du nucléaire, European Nuclear Alliance Leaders’ Declaration, Bruxelles, 21 mars 2024 ; Claire Leclerc, « Les États pro‑nucléaires dans l’Union européenne », Revue du marché intérieur européen, nov. 2025, p. 78‑92.

[41] États membres opposés au nucléaire : Autriche et Allemagne, in Analyse comparative des politiques énergétiques européennes, dir. Sophie Laurent, Presses universitaires de France, Paris, 2025, p. 155‑179.

[42] Voir notamment : Commission de régulation de l’énergie, Évaluation des coûts complets de production de l’électricité nucléaire historique, 2023-2025, disponible à https://www.cre.fr/fileadmin/Documents/Rapports_et_etudes/2025/Rapport_CRE_Couts_du_nucleaire.pdf  ; 

Cour des comptes, La filière EPR : une dynamique nouvelle, des risques persistants, 2020 et actualisations https://www.vie-publique.fr/catalogue/275616-la-filiere-epr ; Direction générale du Trésor, Les enjeux économiques de la transition bas-carbone, 2024 disponible à https://www.vie-publique.fr/rapport/296839-cour-des-comptes-filiere-epr-dynamique-nouvelle-risques-persistants?utm_source=chatgpt.com.   Ces analyses convergent pour souligner que les nouveaux projets nucléaires se caractérisent par des coûts d’investissement élevés, des délais de réalisation longs et une forte sensibilité au coût du capital, ce qui rend leur évaluation coût-bénéfice incertaine et dépendante de mécanismes de soutien public.

[43] Discours d’Emmanuel Macron, Président de la République Française, au Conseil européen de l’énergie, Strasbourg, 25 juin 2025 (texte officiel site Élysée).

[44] Déclaration de Viktor Orbán, Ministre-Président de la République de Hongrie, au Forum européen de l’énergie, Budapest, 14 février 2025.

[45] Commission européenne, notification initiale SA.35456 (UK – Hinkley Point C), 2012.

[46] Commission européenne, notification initiale SA.35456 (UK – Hinkley Point C), 2012.

[47] Pierre Monet & Hélène Perret, « Aides d’État stratégiques et concurrence dans l’énergie », Revue du droit de l’énergie, 2026, p. 213‑245.

[48] Tribunal de l’UE, 12 juillet 2018, Bundesrepublik Deutschland c/ Commission européenne, aff. T‑85/15.

[49] Voir note 39.

[50] Macron, E., Déclaration sur l’énergie nucléaire, Sommet sur l’énergie nucléaire (AIEA), Paris (La Seine Musicale), 10 mars 2026, texte intégral disponible sur Vie-publique : https://www.vie-publique.fr/discours/302404-emmanuel-macron-10032026-energie-nucleaire.et Viktor Orbán, déclarations du Ministre Président (Premier ministre) de Hongrie relatives à la politique énergétique hongroise et au développement du projet Centrale nucléaire de Paks (Paks II), soulignant le rôle du nucléaire dans la souveraineté énergétique nationale ; v. notamment Reuters, Hungary presses ahead with Paks nuclear project despite EU tensions, dépêches 2023-2025.

[51] Commission européenne, State aid SA. 35456 (UK – Hinkley Point C), notification initiale 2012, intervention formelle de l’Autriche.

[52] Commission européenne, Instruction préliminaire sur Hinkley Point C, 2012‑2014.

[53] Commission européenne, Décision sur la compatibilité des aides pour Hinkley Point C, C(2014) 4520 final.

[54] Tribunal de l’UE, T‑85/15, Challenger State v Commission, 2016.

[55] Commission européenne, déc. SA.34947 (2013/C), 8 oct. 2014, Royaume-Uni – Aide en faveur de la centrale nucléaire de Hinkley Point C, JOUE L 109, 28 avr. 2015 ; Tribunal, 12 juill. 2018, Autriche c/ Commission, aff. T-356/15 ; CJUE, 22 sept. 2020, Autriche c/ Commission, aff. C-594/18 P.

 


 

C) -  87 milliards gâchés : Le scandale ENR que personne ne veut voir

Apparemment, c’est la saison des rapports de la Cour des comptes que la presse enterre très vite. Après celui sur les fraudes aux cartes grises où l’on découvrait les astucieuses méthodes pour transformer, sur le papier, une Porsche Cayenne en baraque à frites, voici celui sur le soutien public aux énergies renouvelables, publié le 17 mars dernier. Et sans surprise, c’est encore une fois un festival.

D’après la Cour, entre 2016 et 2024, le soutien aux énergies renouvelables a coûté au contribuable français la bagatelle de 26,3 milliards d’euros, soit un coût annuel moyen de 2,9 milliards. Solide dépense moyenne qui cache l’augmentation des dernières années : pour 2025, la facture est estimée à 7,3 milliards d’euros, quasiment le double de 2024. Et le pic, prévu pour 2027 avec la mise en service de l’éolien en mer, culminera à 8,3 milliards, avec des contrats déjà signés engageant l’État pour 87 milliards d’euros(!) hors bilan, irrévocables, courant jusqu’en 2051.

Comme toute collectivisation d’un système mafieux, le mécanisme est d’une perversité achevée puisque l’État garantit aux producteurs d’ENR un tarif de rachat fixe sur 15 à 20 ans, indépendamment du prix de marché, i.e. quand le prix de gros de l’électricité est bas (la plupart du temps), le contribuable raque. 

Certains contrats photovoltaïques signés avant 2011 coûtent encore environ 2 milliards d’euros par an jusqu’en 2029 (!), avec des tarifs atteignant les 700 €/MWh grâce à une indexation généreuse (le prix de marché est dix fois inférieur). L’électricité « verte » est en réalité plaquée or puisque l’État la rachète entre 5 et 14 fois son prix réel. 

C’est ce qu’on appelle la transition écologique vers la pauvreté.

Le seul moment où le dispositif a « fonctionné » (i.e. l’État ne perdait pas d’argent), c’est pendant la crise énergétique de 2022-2023, en pleine hausse des prix, soit lorsque les Français se font littéralement extorquer avec leurs factures d’énergie. En somme, non seulement ces énergies sont extrêmement coûteuses, mais elles accroissent de façon catastrophique notre dépendance à la conjoncture internationale et aux prix des hydrocarbures. Bien joué, non ?

On admirera au passage le timing diabolique de la parution de ce rapport : la Cour publie ses conclusions la semaine même où les tensions au détroit d’Ormuz sont au plus fort, et qu’on va une fois encore assister à une explosion des prix du gaz, qu’il faut importer en masse pour compenser l’intermittence de l’éolien et du solaire.

La Cour va plus loin puisqu’elle expose aussi comment et à quel point le Français se fait plumer. Elle décrit ainsi un contrôle dramatiquement lacunaire des installations subventionnées, avec une Direction générale de l’Énergie et du Climat n’ayant tout simplement aucune vue d’ensemble consolidée des manquements et des non-conformités. Aucun bilan centralisé n’existe, dans une sorte de « on ne sait pas combien on dépense mais on continue quand même » particulièrement audacieux.

Les sanctions sont quasi-inexistantes : pas de doctrine claire, un traitement disparate selon les régions et, quand par miracle une fraude est détectée, l’administration manque d’outils pour récupérer les aides indûment perçues. On distribue donc des milliards, on ne vérifie rien, et quand on chope des fraudeurs, on ne récupère rien. 

Si cela rappelle furieusement le système des cartes grises, ce n’est pas un hasard : c’est une méthode.

Ajoutez à cela le système de « guichet ouvert » pour le petit photovoltaïque et le biométhane, où tout candidat éligible obtient un tarif fixé à l’avance sans aucune mise en concurrence, et vous obtenez un afflux massif de demandes que personne n’a su endiguer, des effets d’aubaine colossaux, et une facture qui explose mécaniquement. Quant aux appels d’offres censés introduire un peu de concurrence, ils sont chroniquement sous-souscrits : les industriels n’ont donc aucune raison de baisser leurs prix, puisque l’État accepte de toute façon de payer.

Mieux encore, les exploitants ENR sont poussés à produire à plein régime même avec une faible demande et des prix « négatifs » : puisque leur rémunération est garantie par l’État, pourquoi arrêter les turbines ? Ils déstabilisent donc le réseau, amplifient la chute des prix, et coûtent une fortune à la collectivité.

Tout en prétendant sauver la planète, hein, n’est-ce pas.

Malgré le côté éminemment officiel de ces constats, les autorités et les politiciens ne prennent aucunement la mesure de l’ampleur du désastre, aidés en cela par une minimisation systématique des médias, au travers d’une discrétion gênée leur permettant de pousser le sujet le plus loin possible de leurs Unes. Personne n’en parle vraiment, mais il en va réellement de l’avenir énergétique du pays dont tout le monde semble se foutre complètement.

Les 87 milliards d’engagements hors bilan constituent une bombe à retardement irrévocable : l’État ne peut pas renégocier les tarifs en cours de route (la Cour réclame d’ailleurs l’introduction de clauses de révision dans les futurs contrats pour rattraper cette énorme bourde). La charge annuelle va plus que doubler entre 2024 (3,9 milliards) et 2027 (8,3 milliards). En un an seulement, la Commission de régulation de l’énergie a rehaussé de 2 milliards sa prévision pour 2025. 

L’improvisation est complète.

Le plus vertigineux dans ce tas fumant de débilités écoloïdes dispendieuses, c’est qu’on empile ceci sur un pays au mix électrique le plus vertueux du monde. Dans ce contexte, investir 87 milliards pour des moulins à vent n’a aucun impact significatif sur les émissions de CO2

Et pendant que la France crème le contribuable pour subventionner des âneries, elle refuse d’exploiter son gaz de schiste, ferme des réacteurs nucléaires et se retrouve dépendante du GNL américain et qatari dont le prix vient justement de tripler avec la crise d’Ormuz. C’est diaboliquement stupide : non seulement, ces efforts coûtent une fortune au contribuable (26 milliards déjà engloutis, 87 milliards engagés, une facture qui double d’ici 2027) mais ils mettent directement en danger l’avenir énergétique du pays en accroissant sa vulnérabilité aux chocs extérieurs. 

Pour un impact parfaitement nul sur la pollution et le climat. Un net zéro. 

Et c’est pire que nul si l’on regarde Outre-Rhin où l’Energiewende a servi d’excuse à une augmentation consternante de la pollution atmosphérique, l’Allemagne devenant l’un des plus gros pollueurs du continent.

Heureusement, ce rapport est passé inaperçu et tout le monde s’en tamponne. Rendormez-vous. 

De toute façon, ce pays est foutu.

À lire aussi : ÉNERGIE – Crise énergétique : L’Europe assiégée

H 16 

"H16 tient le blog Hashtable et avoue volontiers être tombé dans le libéralisme et les mocassins à glands dès sa plus tendre enfance.

Avoir multiplié les expériences hors de France l'a convaincu que son pays s'éloigne tous les jours des Lumières et de la Liberté. C'est donc depuis l'étranger qu'il constate quotidiennement les coups de canifs répétés que les politiciens portent à l'idée qu'on pouvait se faire de la France il y a encore quarante ans.

Il est également l'auteur de "Égalité, Taxes, Bisous" et de "Petit traité d'anti-écologie: à l'usage des lecteurs méchants" parus aux éditions Les Belles Lettres."

 

 


 

D) - Eoliennes – La face noire de la transition écologique

En 2019, Fabien Bouglé, auteur de Eoliennes – La face noire de la transition écologique : vers un scandale environnemental mondial, alarme la société sur un véritable danger pour l’écologie : le secteur éolien. Depuis 10 années, Fabien Bouglé se bat contre ce que l’on attendait tous comme le grand remède à notre transition énergétique et écologique. Qu’est ce qui explique cette prise de conscience contre l’éolien, moyen énergétique anti-écologique ?


Entretien réalisé par Louis de la Houplière

Votre livre remet en question tout ce que l’école et les pouvoirs publics ont de plus cher : la transition énergétique et écologique, via le projet éolien. Quel est le but de vos recherches, qui vous placent à contre-courant de la doxa dominante ?

Depuis une vingtaine d’années, les pouvoirs publics français, mais aussi étrangers, ont fait de l’installation d’éoliennes le symbole absolu de la politique de transition écologique et son corollaire de transition énergétique. Visibles de très loin, les éoliennes, par leur aspect totémique, ont permis de faire croire aux populations que les états s’engageaient réellement dans une politique écologique devenue emblématique après le tsunami à Fukushima, mais aussi en raison des scores électoraux des partis dits « écologistes ».

Les campagnes médiatiques des promoteurs éoliens, facilitées par la manne financière gigantesque consacrée à cette filière, la diffusion de ce symbole dans la communication institutionnelle, la propagande dans les écoles ont fini par créer un dogme : les éoliennes allaient sauver la planète… et il fallait d’urgence les multiplier. Elles ont même fini par incarner un symbole quasi mystique.

Malgré cela et après des années de lutte pour éclairer les esprits sur leur danger tant d’un point de vue écologique qu’en termes de finances publiques, on peut constater une modification importante de leur perception par les médias et les institutions. Juste avent la crise sanitaire du covid, le président Emmanuel Macron avait déclaré le 21 janvier 2020, que « la capacité à développer massivement l’éolien est réduite », car « le consensus sur l’éolien est en train de nettement s’affaiblir dans notre pays ».

La publication de mon livre – sorti en octobre 2019 – qui a été transmis à de nombreux représentants de l’état a joué ce rôle d’électrochoc et remis en cause ce que vous nommez « la doxa dominante ». Mais cela n’a pas empêché le gouvernement, profitant de la crise sanitaire, de décider l’installation de 12 000 éoliennes supplémentaires en France d’ici à 2028. (NDLR : à ce jour 8 000 éoliennes sont installées en France).

Les écologistes font la guerre au nucléaire et défendent l’énergie éolienne. Vous parlez dans votre livre d’une face cachée de l’éolien, qui obscurcit cette quasi-religion autour de l’énergie liée au vent ; en quoi consiste ce grand paradoxe ?

Il existe des chiffres officiels incontestables. La France est d’abord et avant tout un pays dont la production d’électricité est à 90 % décarbonée par le nucléaire et l’hydroélectrique. Notre pays est donc l’un des meilleurs élèves au monde en termes de décarbonation. Installer des éoliennes c’est diminuer une production nucléaire décarbonée par une production électrique intermittente. Or, le facteur de charge des éoliennes n’étant que de 22 %, lorsqu’elles ne tournent pas, EDF doit faire fonctionner des usines au gaz ou au pétrole fortement émetteurs de gaz à effet de serre. Cet aspect a été rappelé par la commission de régulation de l’énergie lors de la commission d’enquête parlementaire créée par le député Julien Aubert en 2019.

Non seulement les éoliennes n’augmentent pas la décarbonation de notre pays qui est déjà exceptionnelle, mais en plus elle contribue à l’augmentation des émissions des gaz à effet de serre par l’utilisation d’usines aux énergies fossiles lorsqu’elles ne tournent pas. En Allemagne, ce sont les usines au charbon qui sont couplées aux éoliennes. La cour fédérale allemande a dénoncé en 2019 le fait que, malgré 500 milliards d’euros consacrés aux énergies renouvelables, dont l’éolien, elle n’a pas connu de baisse de ses émissions des gaz à effet de serre. La politique éolienne germanique est un échec retentissant et on voudrait prendre ce pays en modèle.

En outre les matériaux utilisés par les constructeurs éoliens sont soit non recyclables soit négatifs pour l’environnement. Les pales d’éoliennes sont en fibre de verre ou de carbone non recyclable. Les fumées produites par leur incinération sont cancérigènes. Lors de leur démantèlement, les pales d’éoliennes doivent être enfouies dans des décharges. Depuis la sortie de mon livre où j’évoque ce sujet, Bloomberg a réalisé un reportage très intéressant en mettant en avant des photographies spectaculaires de décharges d’éoliennes aux États-Unis.

Par ailleurs, les mécanismes des nacelles d’éoliennes contiennent des terres rares en quantité, en particulier le néodyme, dont l’extraction est réalisée en Chine notamment à Baotou. Selon les chiffres du Bureau de recherches géologiques et minières et le ministère de l’Écologie, il faut 200 kilos de terres rares pour une petite éolienne et une tonne pour une éolienne en mer. Ces métaux nécessitent 10 bains d’acide sulfurique et oxalique et les déchets contiennent des éléments hautement radioactifs. On est loin de l’image idyllique des éoliennes assimilées par l’ONG Greenpeace à de jolies fleurs dans les paysages pour sauver la planète.

Vous soulevez le danger de l’éolienne pour le monde animal et l’environnement. Peut-on dire que ce projet à visée écologique est en train de tuer l’écologie ?

Oui, là encore les études internationales sérieuses et universitaires sur les conséquences des éoliennes sur le monde animal sont édifiantes. Nouveau-Mexique, Inde, île de Man, France, Australie, partout dans le monde, les spécialistes de la biodiversité alertent sur leurs conséquences désastreuses sur la nature : diminution des populations d’oiseaux marins par deux ou trois au large de l’île de Man, pertes importantes des rapaces et en particulier du milan royal relevées en Inde, en Suisse ou au Luxembourg, échouages de baleines à proximité de centrales éoliennes au large du Rhode Island ou en mer du Nord en Europe, mortalité inexpliquée de vaches dans différentes exploitations en France, décès de visons au Danemark, et hécatombe mondiale de chauves-souris pourtant essentielles à nos écosystèmes.

Les études se multiplient sur l’impact en particulier des infrasons produits par les éoliennes sur les animaux et malgré cela les ONG environnementales ou de défense des oiseaux (WWF, LPO, FNE, GreenPeace, etc.) font la sourde oreille, se rendant complices de ce massacre.

Leurs sources de financement expliquent en grande partie leur silence voire leur approbation à cette atteinte à la biodiversité sous prétexte de sauver la planète. On assiste là à une véritable négation du projet écologique par les associations qui s’érigent en gardiennes morales de l’environnement et des animaux. Aujourd’hui, les soi-disant associations écologistes se sont placées du côté des industriels qui détruisent la nature sous prétexte d’écologie. Il y a un mois Mickael Moore a sorti un documentaire très intéressant – déjà vu 8,5 millions de fois –, Planet for Human, qui fait ce constat aux États-Unis. La prise de conscience que l’écologie est tuée par de soi-disant écologistes devient un phénomène mondial.

Le problème est d’ordre écologique, mais aussi économique ; quels sont les coûts générés par cette « énergie verte », qui auraient amorcé, en partie, la crise des gilets jaunes ?

Là encore, de nombreuses institutions ont alerté sur le coût astronomique des éoliennes. La Commission de régulation de l’énergie, la cour des comptes en 2018, la commission des finances de l’assemblée nationale en 2019, toutes ont évalué le coût futur de la politique des éoliennes (en mer et sur terre) entre 80 et 120 milliards d’euros pour les prochaines années sans compter les dépenses passées qui se chiffrent en dizaines de milliards d’euros. À cela, il convient d’ajouter le coût de modification des réseaux électriques évalué par RTE à environ 35 milliards d’euros.

Toutes ces dépenses sont payées par les consommateurs sur leur facture d’électricité ou sur leur facture d’essence via la taxe carbone. Des taxes servent à payer les subventions des promoteurs éoliens qui touchent 83 euros le mégawattheure pour les éoliennes sur terre et environ 180 euros le mégawattheure pour les 6 projets d’éoliennes en mer alors que le prix de marché est de l’ordre de 40 euros le mégawattheure. Avec la crise du covid, ce prix de marché s’est même effondré : il était fixé à 18 euros le jeudi 27 mai.

Avec la crise sanitaire, les promoteurs éoliens qui bénéficient d’un prix garanti voient leurs subventions fortement augmenter puisque la différence entre le prix garanti et le prix de marché est beaucoup plus forte, cela risque de faire augmenter d’autant la masse financière considérable que doivent payer les français en particulier sur leur facture d’essence.

En effet, la Commission de régulation de l’énergie a expliqué il y a un an que ces subventions aux promoteurs éoliens étaient financées par un compte d’affectation spéciale (CAS) alimenté par la taxe carbone dont l’augmentation est à l’origine de la crise des gilets jaunes. Il y a un lien très étroit entre la politique éolienne de notre pays et la crise des gilets jaunes…

Ce qu’il faut retenir c’est que les milliards d’euros ponctionnés aux Français servent en réalité à alimenter les profits considérables des fonds de pension étrangers propriétaires de ces centrales éoliennes. En fait, l’argent des Français sert à financer la retraite des pays étrangers. C’est un incroyable constat, mais c’est la pure vérité, car une grande partie des centrales éoliennes n’appartiennent pas à des groupes énergétiques français.

Votre livre critique le pouvoir des lobbyistes sur les décisions de l’État. En tant qu’élu municipal, pensez-vous que les élus locaux disposent d’une marge de manœuvre suffisante pour faire stopper le projet éolien ?

Par des réformes successives, le gouvernement et en particulier les différents ministres de l’écologie ont dans le domaine éolien supprimé des voies de recours, testé la suppression des commissaires enquêteurs, supprimé le premier degré de juridiction, supprimé les avis préalables du conseil national de la protection de la nature, et diminué le pouvoir décisionnel des élus et maires …

Bref toutes ces mesures ont été prises pour accélérer les installations des éoliennes en dépit des résistances citoyennes ou même des élus. Cela rend la situation intenable et effectivement les élus mêmes dans la majorité ont bien du mal à lutter contre les projets éoliens qui leur sont imposés avec la complicité des préfets aux ordres.

Nous sommes dans une situation que j’ai nommée dans mon livre de « dictature verte ». La décision doit s’imposer coûte que coûte et la population n’a plus son mot à dire. Sur le terrain, cela devient insupportable et cela explique la radicalisation du monde rural de plus en plus remonté contre les éoliennes.

A lire aussi : Les grands marchés de l’énergie aujourd’hui et demain

La construction des éoliennes requiert des matériaux dont la France ne peut assumer l’approvisionnement. Finalement, le grand projet écologique de l’éolienne est entravé par l’importation d’éléments nécessaires venant de Chine. Ce phénomène de dépendance est-il contesté en France ?

Les terres rares constituent l’élément de fabrication de l’éolienne ayant le plus d’enjeux géostratégiques à l’échelle mondiale. En effet, la chine a conquis un quasi-monopole mondial de l’extraction de terres rares. Les seules mines de Baotou en Mongolie réalisent à elles seules 70 % de la production mondiale de terres rares. Ces métaux sont d’ailleurs au cœur du conflit commercial opposant les États-Unis et la Chine qui profite de sa position monopolistique pour s’affirmer sur la scène politique et commerciale mondiale.

Nos sociétés écologiquement correctes sont très dépendantes de ces terres rares qui causent, nous l’avons vu par ailleurs, de véritables désastres environnementaux. C’est la raison pour laquelle nos sociétés occidentales ont préféré délocaliser la pollution générée par ces terres rares loin en Chine. La fabrication des voitures électriques, des ordinateurs, des téléphones et bien sûr des éoliennes est, comme je l’ai dit précédemment, très consommatrice de terres rares. Contrôlant le marché des terres rares, la Chine peut évidemment imposer ces éoliennes manufacturées dans ces usines.

À cet égard on remarquera que la France subventionne une industrie qui lui a totalement échappé. En effet, notre pays ne dispose d’aucun, je ne dis bien d’aucun constructeur d’éoliennes. Si bien que pour installer nos centrales éoliennes, il nous faut utiliser des éoliennes danoises (Vestas), hispano-allemandes (Siemens-Gamesa), ou chinoises (Godwind). En France nous nous contentons juste de mettre en place des chaînes d’assemblage comme un pays sous-traitant.

Là encore cela pose d’énormes problèmes de balance commerciale puisque nous subventionnons une filière dont les retombées industrielles ne bénéficient qu’à la marge à notre pays. Cet aspect commence à être dévoilé, mais constitue une importante « anomalie » dont les représentants de l’État ont peine à se rendre compte. Nous finançons à fonds perdu l’industrie étrangère et cela devient très grave.

Quel est l’impact des éoliennes sur le territoire ? Peut-on dire que l’on assiste à une baisse d’attractivité progressive du terroir français, pourtant réputé pour la qualité de ses paysages ? Cela doit avoir des conséquences sur le tourisme, à n’en pas douter…

Partout où les éoliennes sont installées, on assiste à une multiplication des résistances populaires. Les décisions prises à Paris de multiplier les éoliennes ont créé une rupture sociologique entre le monde rural ou littoral qui subit de plein fouet les conséquences dramatiques de l’installation des centrales éoliennes et le monde urbain et en particulier parisien qui rêve d’une société écologique, mais laisse aux ruraux le soin de subir les conséquences d’une telle politique.

Les éoliennes sur terres peuvent faire jusqu’à 240 mètres de haut pales comprises et la distance d’implantation est d’au minimum 500 mètres. Dans les campagnes, il y a des ruraux en situation de détresse, des suicides, des dépressions. Le monde des pêcheurs doit laisser la place au promoteur éolien et cela de manière autoritaire. Du Tréport à Saint-Brieuc et jusqu’à Noirmoutier, la pêche traditionnelle est en grand danger. Partout où les éoliennes ont été installées, le tourisme baisse. Là encore des études détaillées ont montré que les touristes ne veulent pas s’installer dans un lieu de villégiature qui donne directement sur une centrale éolienne.

Un projet de 22 éoliennes est prévu sur la montagne Sainte-Victoire, emblématique de l’œuvre du peintre Cézanne. Les promoteurs éoliens, avec la complicité d’un état aveuglé, sont prêts à tout détruire pour imposer leurs machines infernales. La tension est à son comble dans les campagnes et sur les côtes.

Finalement, à vous lire, on a l’impression de se trouver au cœur d’une véritable guerre économique. Les éoliennes seraient-elles le symbole d’un conflit économique mondial ?

Oui, nous sommes en guerre, une guerre d’un nouveau genre où les acteurs industriels s’imposent dans un paysage en détruisant le cadre de vie de nos concitoyens et cela dans toutes les régions. Mais nous sommes également dans une guerre économique dont peu de nos gouvernants ont conscience, aveuglés qu’ils sont par la nécessité de « plaire » aux leaders d’opinion écologiques qui sont main dans la main avec les promoteurs éoliens.

L’Allemagne a intérêt à voir réduire en France notre parc nucléaire non seulement dans la mesure où elle profite du marché des éoliennes dont elle est un des leaders mondiaux, mais aussi parce que, en accroissant le coût de notre électricité, elle permet de baisser la compétitivité de notre industrie. Ne parlons pas des États-Unis qui ont toujours en sous-main œuvré pour la destruction de notre avancée technologique dans le domaine du nucléaire. Bref, certains pays ont tout intérêt à nous affaiblir économiquement en nous vendant des solutions électriques archaïques et polluantes avec les éoliennes tout en détruisant notre nucléaire qui constitue un élément phare de notre souveraineté électrique.

Ce n’est pas étonnant dans ce contexte que l’Allemagne ait réussi à installer au sein même des locaux du ministère de l’Écologie un organisme de lobbying de droit allemand, l’OFATE (Office Franco-Allemands pour la transition écologique), ayant pour vocation notamment de développer la filière éolienne. Une véritable hiérarchie parallèle s’est ainsi créée au sein même de nos institutions. Alors, oui, nous sommes en guerre, mais encore une fois nos gouvernants n’en ont pas encore conscience ou font semblant de ne pas le voir.

https://www.revueconflits.com/eolienne-face-noire-ecologie-fabien-bougle/ 

 


 


E) - Facture salée - Énergies renouvelables : la facture publique dépassera 18 milliards d’euros en 2026 et 2027

Le soutien à l’électricité renouvelable et au biométhane coûtera 8,4 milliards d’euros en 2026, puis 9,8 milliards en 2027, annonce la Commission de régulation de l’énergie. Une hausse portée par de nouvelles installations bénéficiant de prix garantis.


La parenthèse aura été courte… Seulement deux ans. En 2022 et 2023, la flambée des prix de l’électricité avait transformé les aides aux énergies renouvelables en recettes pour l’État, lui offrant une manne inattendue de près de 5 milliards d’euros. Las… Les cours sont depuis retombés. Les contrats à prix garanti redeviennent une dépense publique, et celle-ci augmente. Rapidement.

Selon les nouvelles prévisions de la Commission de régulation de l’énergie, le soutien à l’électricité renouvelable produite en métropole coûtera 7,29 milliards d’euros en 2026, puis 8,38 milliards en 2027. Le biométhane ajoutera 1,11 milliard cette année et 1,37 milliard l’an prochain. Soit, au total, quelque 18,15 milliards d’euros en deux ans.

Le principe de ces contrats est simple. L’État promet aux producteurs une rémunération fixée à l’avance, souvent pour quinze ou vingt ans. Lorsque leur électricité se vend moins cher sur le marché, la puissance publique paie la différence… Lorsque les cours dépassent le prix garanti, les producteurs reversent l’excédent. C’est donc ce qui s’est produit au plus fort de la crise énergétique, en 2022 et 2023 – deux années qui auront été une exception dans une série historique presque entièrement composée de dépenses.

Depuis 2003, ces contrats ont presque toujours coûté de l’argent à l’État. En additionnant les soutiens à l’électricité renouvelable et au biométhane, la facture nette atteint 56,6 milliards d’euros entre 2003 et 2025. Elle approchera 74,8 milliards à la fin de 2027, selon les prévisions de la CRE. Ces sommes tiennent compte des recettes exceptionnelles encaissées pendant la crise.

Près de 10 milliards en 2027

Électricité : un rapport confidentiel d’EDF anticipe une explosion des coûts et des risquesÉnergie : 

Énergie : RTE temporise et préconise un coup de frein sur les renouvelables 

https://www.lepoint.fr/societe/energies-renouvelables-la-facture-publique-depassera-18-milliards-deuros-en-2026-et-2027-FWQPJFCF7ZAUZD4FSXQ43PVRIA/

Énergies renouvelables : la facture publique dépassera 18 milliards d’euros en 2026 et 2027 - La facture nette des soutiens publics à l'électricité renouvelable atteint 56,6 milliards d’euros entre 2003 et 2025. Elle approchera 74,8 milliards à la fin de 2027, selon les prévisions de la CRE. 

Géraldine Woessner



 

 

 

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