250 milliards d’euros d’économies sur cinq ans : le plan du Parti de la Liberté
À l’occasion du lancement du débat budgétaire pour 2027 à l’Assemblée nationale, Guillaume Kasbarian présente un plan de plus de 250 milliards d’euros d’économies cumulées sur cinq ans.
Une quarantaine de mesures, réparties en cinq grands axes, pour réduire durablement la dépense publique. Les amendements correspondants sont rédigés et prêts à être défendus au Parlement.
Dans un entretien accordé au Point le 7 octobre 2026, Guillaume Kasbarian a présenté sa réponse à la situation des finances publiques : faire refluer la dépense publique partout où elle n’est pas nécessaire et recentrer l’État sur ses missions essentielles. Le plan prévoit 30 milliards d’euros d’économies dès 2027 et plus de 250 milliards d’euros cumulés sur cinq ans.
Son principe est clair : toutes les dépenses publiques doivent pouvoir être interrogées, sans tabou. État et administrations, prestations sociales et santé, retraites, aides sociales des étrangers extra-communautaires, subventions et niches fiscales : le plan passe en revue les grands postes de dépense.
Découvrez ci-dessous le détail du plan, mesure par mesure :
Pour Guillaume Kasbarian, l’objectif est de montrer qu’il est possible de réduire réellement la dépense publique sans se limiter à quelques mesures symboliques, et de dégager des marges pour désendetter le pays ou rendre aux Français une partie du fruit de leur travail.
Guillaume Kasbarian : « J’ai sorti la serpe, pas la tronçonneuse ! »
Le Point : Tout d’abord, quelle est votre lecture de la situation budgétaire en France ?
Guillaume Kasbarian : On va droit dans le mur. Les taux d’intérêt sont proches des 5 %, un niveau très élevé. L’écart avec l’Allemagne est alarmant, avec une accélération phénoménale ces dernières semaines. Nous sommes soumis à des taux largement supérieurs à ceux de pays dont la dette est notée au même niveau que nous. Pourtant, des responsables politiques ne veulent pas appuyer sur le frein, car ce ne serait pas électoralement porteur. D’autres vous disent : « Ce mur n’existe pas, puisqu’on peut annuler la dette. »
Mais si on n’appuie pas sur le frein maintenant, le choc va être extrêmement violent. En 2011, quand Jean-Claude Trichet et Mario Draghi ont mis la pression aux Italiens pour redresser leurs comptes, la dette italienne était à 120 % du PIB, comparable à celle de la France aujourd’hui, et son déficit était de 3,9 %. Nous sommes aujourd’hui au-delà du déficit des Italiens en 2011. Il n’y a donc aucune raison pour que ce qui s’est passé en Italie en 2011 ne nous pende pas au nez du côté français en 2026.
" C’est l’idéal des libéraux : restituer aux Français les fruits de leur travail."
Comment jugez-vous la copie du gouvernement ?
D’abord, elle repose sur des hypothèses de croissance et d’inflation optimistes. Ensuite, la dépense publique ne baisse pas. En 2026, elle est estimée à 1 742 milliards d’euros. L’année prochaine, elle est projetée à 1 782 milliards. Les dépenses augmentent de 40 milliards d’euros. Ce n’est donc pas un plan de rigueur. Certes, le gouvernement réduit l’accélération, mais il ne freine pas. Après, tout ce qui va dans le sens de plus d’économies budgétaires, évidemment, je le soutiens. Le gouvernement a eu le courage de désindexer une partie des pensions et de réduire le plafond d’abattement fiscal de 10 % des retraités. C’est déjà un premier geste. Mais on n’a pas encore appuyé sur le frein. Il faut aller beaucoup plus loin.
Comment mettre le frein face au mur budgétaire ?
Cette crise peut être une opportunité pour changer de paradigme, libérer les Français d’un certain nombre de contraintes, recentrer l’État sur ses vraies missions régaliennes.
Avec mes équipes et le Parti de la liberté, nous voulons faire refluer la dépense publique partout où elle n’est pas nécessaire. Nous avons travaillé à des amendements qui vont dans ce sens. Nous proposons des économies massives à hauteur de 30 milliards dès 2027. Et, à l’horizon 2031, ce sera 250 milliards en cumulé. Cette somme peut être utilisée de deux manières : soit comme outil de désendettement, soit en restituant ces économies. Et c’est l’idéal des libéraux : restituer aux Français le fruit de leur travail.
Si, aujourd’hui, les Français ne s’en sortent pas, c’est qu’ils ne gagnent pas assez en net quand ils travaillent. Pourquoi ne gagnent-ils pas assez en net ? Parce qu’une part significative de leur salaire est ponctionnée par l’État et donc ce qu’ils reçoivent sur leur compte en banque est faible. Rien que pour l’année prochaine, si on restituait les 30 milliards d’euros d’économies aux travailleurs, cela représenterait 1 000 euros par personne et par an.
Quels sont les grands axes que vous envisagez pour réaliser des économies structurelles ?
Nous avons travaillé sur cinq grands axes et une quarantaine de mesures d’économies. Sur l’État, d’abord, je propose qu’on reprenne le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux qui part à la retraite, sauf pour les missions régaliennes. Les libéraux ne sont pas contre l’État du tout. Ils sont pour un État fort sur la sécurité, la justice, la défense, les affaires étrangères… Par ailleurs, je préfère qu’on ait moins de fonctionnaires et qu’on soit en mesure d’avoir une politique de rémunération plus attractive.
Expliquer qu’on va faire des économies en supprimant deux agences et trois comités sans toucher à la question des retraites, c’est comme si j’expliquais que pour équilibrer votre budget en tant que ménage, il faut supprimer votre café une fois par mois ! C’est pour ça que je trouve que la classe politique n’est pas honnête avec les Français. Certains font miroiter des économies qui ont un rendement extrêmement faible, et écartent totalement, pour des raisons purement électoralistes, la question des retraites.
Le risque, sinon, c’est de se prendre le mur dans la tête. Le sujet ne sera alors plus le gel : les institutions financières proposeront la baisse brutale des pensions. Il faut qu’on se rende compte que si le frein d’urgence n’est pas activé, on se prend l’accident en pleine face.
Vous avez raison de souligner qu’à l’époque, en 2017, Emmanuel Macron était le seul à porter une mesure intergénérationnelle sur la CSG. Moi, j’ai soutenu cette mesure. Je me rappelle avoir eu des personnes âgées qui n’étaient pas contentes de cette proposition d’Emmanuel Macron, ce qui ne l’a pas empêché de gagner. Preuve en est que les jeunes voient très bien le problème des retraites et que des personnes à la retraite se disent que tout l’effort ne peut pas reposer sur leurs enfants et petits-enfants.
Il m’arrive de croiser des retraités qui me disent : « Les 10 % d’abattement pour frais professionnels, ça ne nous choque pas que vous vouliez revenir dessus. » D’autres disent : « Même si je n’ai pas une énorme retraite, je ne paie pas de loyer, j’ai payé ma maison, je suis propriétaire et je n’ai donc pas la même charge que mes enfants et petits-enfants qui galèrent avec des taux d’intérêt à 5 % sur le marché immobilier. »
Personne n’est mis de côté dans l’effort global. Je ne mets pas coup de frein à main sélectif sur une roue et pas sur les quatre. C’est ça qui rend les choses justes : se dire que tout le monde fait un effort de redressement, et pas seulement certains.
Si on ne prend pas ces mesures maintenant, d’autres bien plus drastiques nous seront imposées par nos créanciers et partenaires.
Quels autres leviers identifiez-vous ?
On peut aussi baisser certaines aides économiques des régions aux entreprises. Une pratique qui tord la concurrence locale, avec certaines entreprises qui sont devenues spécialistes de la subvention et d’autres qui ne les obtiennent pas. En outre, certaines exonérations fiscales accordées à quelques secteurs peuvent interroger. C’est le cas pour les bailleurs sociaux, qui bénéficient d’avantages sur l’impôt sur les sociétés et la taxe foncière. Je pense qu’il faut revenir dessus.
Dernier point : la solidarité nationale. Il ne faut pas avoir de tabou. Une majorité de Français estiment que, pour bénéficier de la solidarité nationale, il faut vivre sur le territoire et cotiser au pot commun depuis un certain temps. Certaines aides sociales, comme les APL, doivent être conditionnées. Personne ne comprend qu’un étranger qui arrive en France touche immédiatement des aides sociales. Ce sujet-là, il faut y faire face à froid, calmement.
Sur l’hébergement d’urgence, je propose une réduction du budget consacré aux migrants irréguliers. Je comprends que l’on recueille quiconque souffre du froid dans la rue. En revanche, je ne comprends pas que l’on héberge à l’hôtel pendant plus de trente jours quelqu’un qui ne justifie pas de son statut régulier. Il est anormal que les deux tiers des chambres soient occupées par des migrants irréguliers pendant trois ans en moyenne. Il faut y mettre fin. C’est une mesure qui représente 4,5 milliards d’euros sur cinq ans.
Parmi la quarantaine de propositions, je préconise également de mettre fin au complément familial à partir du troisième enfant. C’est à ce moment-là que certaines familles peuvent toucher plus que des gens qui travaillent, puisque cette aide est versée sous condition de ressources. Cela coûte 2,2 milliards d’euros par an.
Sur l’allocation de rentrée scolaire, on propose également une diminution du montant et un fléchage de son utilisation vers les dépenses qui relèvent vraiment des fournitures scolaires. Elle ne doit pas être un chèque d’un montant plus important que le coût moyen de la rentrée scolaire.
Quid de l’acceptabilité sociale de ces mesures ? Sur l’allocation de rentrée scolaire, par exemple, des familles monoparentales ne peuvent pas faire sans !
Je ne dis pas : « On supprime totalement l’allocation de rentrée scolaire. » Je parle d’une diminution de l’allocation et d’un recentrage sur son objectif initial. J’ai sorti la serpe, pas la tronçonneuse ! Ce que je propose est parfaitement réaliste et faisable. Le gel de prestations ou des pensions, des gouvernements précédents, même de gauche, l’avaient mis en place.
Si on ne prend pas de telles mesures maintenant, d’autres bien plus drastiques nous seront imposées par nos créanciers et partenaires. Vous croyez que, socialement, ce sera acceptable de se voir imposer une baisse de 15 % les retraites en 2028 ? Ou une baisse de 15 % des prestations sociales ? Ou une augmentation massive d’impôts pour éponger la dette ? Ce que je propose permet d’éviter d’en arriver là.
Toutes les économies que je préconise permettent aux travailleurs de mieux vivre au quotidien, sans dépendre d’un chèque ou d’une aide de l’État, puisqu’ils tireraient davantage de revenus de leur travail.
L’an dernier, vous avez porté des mesures budgétaires qui n’ont pas été retenues. Quel est le but de ce plan ? Crier seul dans le désert ou montrer que des économies sont possibles et devenir une source d’inspiration pour des candidats à la présidentielle ?
Je veux montrer qu’il est possible de proposer des mesures sans être dans la caricature ou dans la communication symbolique. C’est un plan honnête, qui ne fait pas croire aux Français que l’on peut faire des économies sans que personne soit touché. C’est un plan juste, qui montre que toutes les dépenses publiques sont concernées.
Si des candidats à la présidentielle veulent se saisir de certaines de ces baisses de dépenses, j’en serai très heureux. Il n’y a aucun copyright sur mes propositions. Je souhaite faire œuvre utile. Et si, à la fin – ce que je ne souhaite absolument pas –, on se prend vraiment le mur, je serai du côté de ceux qui avaient le courage de proposer des baisses de dépenses, plutôt que du côté de ceux qui voulaient les augmenter. Je pourrai me regarder dans la glace en me disant que j’ai tout fait pour que la France évite d’en arriver là.
J’ai toujours milité pour une société plus libre, où la puissance publique ne prend pas une place délirante dans notre vie de tous les jours, où les élus ne sont pas des distributeurs de subventions, de chèques et d’aides financés par des contribuables qui n’en peuvent plus. Cela tranche avec d’autres ? Tant mieux.






