Affichage des articles dont le libellé est bureaucratie politique. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est bureaucratie politique. Afficher tous les articles

juin 15, 2026

Fourberie de la politique politicienne !

Sommaire:

A) - La collusion mortelle - Que pouvons-nous encore attendre des politiciens ?

B) - L’élection de vérité ?

C) - Glucksmann, la possibilité d’une gauche nouvelle

D) - Politique

 


 

A) - La collusion mortelle - Que pouvons-nous encore attendre des politiciens ?

Alors qu’une quarantaine (au moins…) candidats, allant des socialistes aux républicains, se disputent les voix de tous les électeurs les plus raisonnables, la France se prépare à un second tour de l’élection présidentielle de 2027 entre le candidat de La France Insoumise et le candidat du Rassemblement national. On sait d’avance qu’ils entreront tous deux dans la campagne alimentée par la haine envers tous ceux qui ont gouverné la France depuis 50 ans. Nous savons aussi d’avance qu’ils expliqueront (à juste titre) qu’une grande partie des problèmes du pays proviennent du manque de compétence, de préparation, de programme, de courage, d’action et de vision à long terme de leurs prédécesseurs. Si l’un des deux gagne – et c’est le résultat le plus probable – il ou elle, compte tenu de ses programmes, de sa personnalité, de son soutien politique et de son caractère, fera preuve du même manque de courage, de la même inaction, de la même incompétence, du même manque de préparation et du même manque de vision à long terme que ses prédécesseurs. Même s’ils habillent cela du langage du renouveau, avec tous les mots à la mode nécessaires : « nouveau départ », « relance nationale », « mettre fin au gaspillage », « restaurer la justice sociale », « restaurer la fierté de la France ». Et même s'ils présentent tous deux un spectacle de programmes, d'estimations de coûts et une liste impressionnante de partisans et d'experts plus ou moins autoproclamés. 

La similitude entre ces deux partis extrêmes ne se limite pas à cela. Cela va beaucoup plus profondément. Elle vient de ce qui semble en réalité les opposer le plus directement : leurs conceptions de la France. 

Pour le RN, la France court aujourd'hui un grave danger de perte de son identité, envahie par des hordes de musulmans et de Noirs venus d'Afrique et du Moyen-Orient, qui orchestrent le grand remplacement des Français, leur imposant cultures, coutumes, religions et langues étrangères, laissant régner le gangstérisme islamiste et le vandalisme généralisé, imposant la charia et le voile, et détruisant la laïcité, pierre angulaire de la République. Les déclarations de ses dirigeants sont innombrables en ce sens, parmi tant d'autres celle de Jordan Bardella : "Notre pays subit un flot migratoire insoutenable. Ce qui nous menace, si nous continuons dans cette voie, c'est l'éclatement de la France telle que nous la connaissons." 

Pour LFI, c’est au contraire l’occasion de voir la France retrouver une vitalité démographique, grâce aux étrangers de ses anciennes colonies, qui vont la « créoliser », lui donner une nouvelle énergie, lui permettre d’être plus à l’écoute des souffrances du Sud – et en particulier des anciennes colonies françaises et de la Palestine – et ainsi nouer de nouvelles alliances avec les peuples les plus dynamiques du monde. Les déclarations de ses dirigeants sont innombrables en ce sens. Un parmi tant d'autres de Jean-Luc Mélenchon : "Notre France est une France créolisée et métissée. Une France nouvelle composée de tous ceux qui veulent vivre ensemble." 

À première vue, rien de plus différent que ces deux points de vue. En réalité, ils sont d'accord sur l'essentiel : pour les deux, la France ne doit penser qu'à son identité et à sa souveraineté. Pour les deux, le mélange avec d’autres peuples européens est inacceptable. Pour les deux, le projet européen est diabolique. Pour les deux, une souveraineté européenne commune – voire même la création d’une nationalité continentale – est une horreur. Pour les deux, le seul pays européen qui soit, même de loin, acceptable est notre grand voisin de l’Est, la Russie. Pour les deux, l’avenir de la France doit donc être décidé par les Français seuls, libres de toute influence de pays tiers. Preuve? Marine Le Pen, Jordan Bardella et Jean-Luc Mélenchon l’ont tous trois dit mot pour mot : « Les règles européennes ne peuvent pas être imposées contre la volonté des Français. » 

Pourtant, la clé de la survie de la France, face à tous les ennemis qui l’entourent, est au contraire le renforcement de l’Union européenne ; et l'application de toutes ses règles, même celles décidées par une majorité de pays européens dont nous ne faisons pas partie, conformément notamment à l'article 52 de notre Constitution, qui affirme la suprématie des traités sur les lois. 

Cette haine partagée de l’Union européenne, qu’elle soit masquée dans un cas par la poursuite d’une épuration identitaire ethnique, dans l’autre par la promotion d’une ouverture à tous les vents du Sud, constitue la collusion la plus meurtrière qui puisse menacer la France en 2027. Celui des deux qui sera alors au pouvoir mettra fin à la solidarité budgétaire continentale, à l’intégration industrielle, à la protection commune des frontières, à la défense commune, à la politique agricole commune et à la préférence communautaire dans un très grand nombre de pays. secteurs. Cet agenda commun est exactement ce dont rêvent nos concurrents – ou ennemis – qu’ils soient russes, américains ou chinois. Il faut donc s’attendre à ce que tous les ministères des Affaires étrangères, toutes les plateformes de médias sociaux et tous les réseaux d’influence de ces trois pays unissent leurs forces pour faire élire M. Mélenchon, Mme Le Pen ou M. Bardella. Pour le grand malheur de la France. 


Que pouvons-nous encore attendre des politiciens ?

À l'heure où le monde traverse une crise multiforme dont peu osent reconnaître l'ampleur et la gravité, et où les technologies les plus étonnantes nous coupent du monde réel et du travail, dans la plupart des pays démocratiques, les dirigeants politiques continuent de faire à leurs électeurs des promesses qu'ils savent ne pouvoir tenir, de voter des lois qui vont à l'encontre des réalités implacables du monde, et de feindre de gouverner comme s'ils détenaient un pouvoir absolu sur les événements. 

Il n'est pas étonnant qu'ils échouent et que les électeurs finissent par se détourner de ces marionnettes pour se tourner vers des régimes autoritaires, voire dictatoriaux, où les tyrans ne font aucune promesse, ne votent aucune loi et imposent leur volonté, quitte à déformer la vérité. En France, en particulier, nous continuons de jouer la comédie d'une démocratie à part entière, et un nombre croissant de candidats se disputent les postes sans craindre le ridicule. Leurs programmes, quand ils existent, ne sont que des amas de mesures incohérentes : tout le monde – candidats et électeurs confondus – sait qu’ils ne seront jamais mis en œuvre ou que, s’ils le sont, ils n’auront aucun impact sur la réalité du pays. Il n’est donc pas surprenant qu’en France comme ailleurs, les électeurs se détournent des partis traditionnels pour se tourner vers les partis d’extrême droite, qui ne prétendent même pas proposer de programmes réalistes et se contentent de clamer ce que les gens veulent entendre : « justice et sécurité ». Qui pourrait s’y opposer ? 

À l’heure où nous avons si désespérément besoin d’hommes et de femmes d’État – des personnes soucieuses du bien commun, capables d’assumer leurs responsabilités et de dire la vérité –, cette situation nous conduit tout droit au désastre. Il est donc temps de revenir à des questions simples : la politique peut-elle vraiment changer la vie des gens ? Peut-on, en démocratie, faire accepter des décisions impopulaires ? Et sur quels leviers les responsables politiques doivent-ils concentrer leurs efforts ? Sérieusement, les programmes politiques devraient d'abord reconnaître leurs limites face aux réalités concrètes : nous ne pouvons pas nous endetter indéfiniment ; nous ne pouvons pas faire supporter à une population jeune en constante diminution le fardeau d'un nombre croissant de retraités ; nous ne pouvons pas conserver des capitaux sans les rémunérer ; nous ne pouvons pas nourrir un pays sans agriculteurs ; nous ne pouvons pas avoir un environnement vivable si nous le détruisons. 

 De plus, il est clair que les décideurs politiques sont impuissants face au progrès technologique : ceux qui ont tenté de retarder la mise en œuvre d'une technologie (sous prétexte qu'elle menacerait un secteur dominant ou nuirait à l'emploi) n'ont fait que plonger leur pays dans une grave récession. En particulier, il est aujourd'hui inutile de retarder la mise en œuvre de l'intelligence artificielle ; au contraire, nous devons l'accélérer, notamment dans l'industrie, et privilégier son utilisation pour moderniser les secteurs jugés stratégiques. Enfin, à moins de nous couper du monde, nous ne pouvons pas nous opposer à l'application des traités internationaux signés par le pays, à moins de décider de nous en retirer et d'en payer le prix. Nous devons donc nous y conformer jusqu'à l'obtention des modifications nécessaires.  

En Europe, cela implique des obligations très strictes qui limitent considérablement les pouvoirs des responsables politiques, et dont ils ne parlent jamais : nous ne pouvons déroger aux décisions de la Convention européenne des droits de l'homme, ni à celles de la Cour de justice de l'Union européenne, ni à celles des institutions européennes lorsque leurs décisions sont conformes aux traités ; à moins de proposer de quitter l'Union européenne (comme le menacent régulièrement de faire le Fidesz (Hongrie), la Lega (Italie), le FPÖ (Autriche), le PVV (Pays-Bas) et l'AfD (Allemagne)) et comme le feraient inévitablement le Rassemblement national ou La France insoumise s'ils mettaient en œuvre leurs programmes.

Pourtant, malgré ces limitations, les dirigeants démocratiques conservent, notamment en Europe, des pouvoirs souverains considérables : ils peuvent formuler un projet de contrat social et en garantir le respect ; ils peuvent décider de la fiscalité (directe), de leur vision de l’éducation, du financement des soins de santé et des systèmes de protection sociale, de la politique culturelle, du droit du travail, des droits des minorités, de la protection des femmes et des enfants, de la laïcité, de la protection de l’environnement, de la politique étrangère et de défense, et du droit pénal (dans la plupart des cas). Ils peuvent également chercher à influencer le droit international en mobilisant pleinement la puissance de leur pays, sans pour autant se soustraire au droit. Pour ce faire, les décideurs politiques seront d’autant plus crédibles qu’ils réduisent d’abord la nécessité d’emprunter auprès du reste du monde : une démocratie n’est forte que si elle n’est pas à la merci de ses créanciers. Et ce, même lorsque chacun ne fait pas tout son possible pour contribuer à la société.  

Jacques Attali

Jacques Attali est docteur en sciences économiques, diplômé de l'École Polytechnique et conseiller d'État. Conseiller spécial du président français François Mitterrand pendant dix ans, il est le fondateur de quatre institutions internationales : Action contre la Faim, Eureka, la BERD et Positive Planet. Jacques Attali est l'auteur de 86 ouvrages (dont plus de 30 consacrés à la prospective), vendus à plus de 10 millions d'exemplaires et traduits en 22 langues. Il est chroniqueur pour les quotidiens économiques Les Echos et Nikkei, après avoir également collaboré avec L'Express. Jacques Attali dirige régulièrement des orchestres à travers le monde. 

https://www.attali.com/en/geopolitics/the-deadly-collusion/ 

https://www.attali.com/en/geopolitics/what-can-we-still-expect-from-politicians/ 

 

 

B) - L’élection de vérité ?

Tout se met en place pour que la présidentielle à venir ne ressemble à aucune de celles l’ayant précédée : la profusion de candidatures annoncées, la fragmentation inégalée de l’offre partisane, la montée en puissance des artifices de communication, la radicalisation médiatique de toute part, la frénésie des sondages qui rythmera les dispositions tactiques des postulants, l’effervescence numérique, l’impact du judiciaire, sans parler d’un environnement géopolitique incertain, instable, inquiétant. La fiction n’en demanderait pas autant avec un réel aussi polarisé, désordonné, fractionné et peu prévisible. La démocratie apaisée, argumentative, contenue dans sa ritualisation est sortie de son lit. Tout est possible, y compris le pire : le spectacle se construit sous nos yeux, exacerbant les passions inhérentes à la politique et dont l’histoire nous enseigne qu’elles ont toujours existé mais qu’elles furent d’abord arrimées par le passé à de grands récits doctrinaux, bien plus qu’à des scénographies bousculées par les embardées d’une météo médiatique irrévocablement erratique.

Symptôme du chaos qui s’annonce, la multiplicité des ambitions décomplexées, sans frein, témoigne quelque part de la démonétisation de la fonction présidentielle, de sa désacralisation. Pensée par le constituant de la Vᵉ République comme une transcendance issue des tréfonds monarchiques, cette dernière était censée en imposer de telle sorte que peu se sentaient habilités à y prétendre, sauf après avoir gravi les échelons d’une longue et éprouvante expérience. L’immensité de la charge, sa symbolique limitaient les aspirations, imposaient une forme de mesure et d’humilité. L’élection inattendue d’Emmanuel Macron en 2017 aura rebattu les cartes, créant un appel d’air pour des vocations qui, quelques années auparavant, ne se seraient pas reconnu la compétence, ni la légitimité. Élu à moins de 40 ans, sans autre appareil partisan que celui qu’il aura improvisé sur le tas, à la « va-vite », le jeune Président a ainsi ouvert une brèche et créé un précédent. Le ticket d’entrée dans la course aux responsabilités politiques s’est considérablement infléchi : comme l’observait avec raison le directeur de la rédaction du Figaro, Vincent Trémolet de Villers, dans un récent éditorial sur Europe 1, « le niveau a tellement baissé que beaucoup de ministres d’aujourd’hui seraient à peine assistants parlementaires dans les années 1980… ». Dès lors, mécaniquement, la course élyséenne intègre désormais des profils qui, il y a une à deux décennies, n’auraient jamais pu espérer y concourir ou même y préconcourir. On ne reviendra pas sur les déterminants immédiats de cette déréliction : déclassement des « humanités », culte de l’individu-roi, expérience lointaine de l’histoire et de ses drames, etc. Mais si l’on plonge le regard plus loin encore, c’est dans la perte d’efficience de la fonction même du politique qu’il faut rechercher les raisons profondes de cette dégradation. La politique ne pouvant plus beaucoup, beaucoup s’imaginent endosser un costume où la représentation et l’image prédominent au détriment du faire et de l’agir. En fin de compte, inconsciemment ou pas, d’aucuns de ces prétendants s’imaginent qu’à contraintes constantes, juridictionnelles, économiques, technocratiques, la com’ fera bien l’affaire pour remplir la charge, un peu comme ce « chevalier inexistant » dont Italo Calvino loue les désillusions et les prodiges dans son roman éponyme. Or la nature, et la nature politique a fortiori, a encore plus horreur du vide… C’est au moment où la demande de politique se manifeste avec le plus d’exigence et d’urgence surtout, que la théâtrocratie communicante bat son plein, confondant le pouvoir agissant et son ersatz, au risque de laisser en jachère les espoirs d’une Nation qui se morfond dans une interminable crise démocratique intensifiée par dix années de macronisme. Tout l’enjeu de l’échéance à venir sera de sortir de cette béance, en redonnant à la politique sa vocation première : regarder le réel, le dire sans peur, et prendre les mesures qui permettront de l’affronter, loin des postures et des artefacts de communication. Plus qu’un défi, une épreuve de vérité !

Arnaud Benedetti

Ancien rédacteur en chef de la Revue politique et parlementaire, Arnaud Benedetti est professeur associé à Sorbonne-Université, essayiste et spécialiste de communication politique. Il intervient régulièrement dans les médias (Le Figaro, Valeurs actuelles, Atlantico, CNews, Radio France) pour analyser les stratégies de pouvoir et les mécanismes de communication. Parmi ses ouvrages figurent Le Coup de com’ permanent (Cerf, 2018), Comment sont morts les politiques ? Le grand malaise du pouvoir (Cerf, 2021), ainsi qu’Aux portes du pouvoir : RN, l’inéluctable victoire ? (Michel Lafon, 2024). Ses travaux portent sur les transformations du discours public et les évolutions de la vie politique française.

https://nouvellerevuepolitique.fr/lelection-de-verite/ 

 

 

C) - Glucksmann, la possibilité d’une gauche nouvelle

Livre, interviews, premier grand meeting hier soir : le candidat « pas encore » Raphaël Glucksmann fait le forcing pour s’imposer. Au-delà de ses forces et faiblesses réelles, qu’on peut répertorier, il y a pour lui peut-être un sillon à creuser, qu’il semble avoir repéré. Entreprise très ambitieuse mais qui ne tente rien…

Beaucoup s’acharnent à ne pas vouloir y croire, ni le voir. Mais pourtant, Raphaël Glucksmann a des atouts dans cette précampagne qu’aucun de ses concurrents de son « camp » ne réunit à la fois. Une notoriété conquise par deux élections européennes, avec un dernier résultat encourageant (14 %). Être une cible de LFI, c’est aussi un grand atout : cela lui épargne les contorsions de nombre de socialistes pour s’en distinguer, eux qui s’y sont alliés avec constance, dès que leur siège était menacé. Et ne pas être membre du PS en est un autre, plus encore : n’avoir trempé ni dans l’échec du quinquennat Hollande, ni dans les affres de l’après-Hollande, le rend extérieur aux divisions, trahisons, démissions de ce marigot d’eaux trop stagnantes. Ajoutons une personnalité qui a son histoire et une cohérence spécifiques, celle d’un héritier par son père de la gauche antitotalitaire et humanitaire (B. Kouchner, présent, en était un rappel hier soir) ; d’un acteur de la gauche anti-autoritaire d’aujourd’hui par son engagement en Géorgie et en Ukraine (que des drapeaux rappelaient aussi hier soir). Voilà qui rend plus audible que d’autres, dans une situation géopolitique et une Europe sous menace prédatrice des Poutine, Xi et Trump. Une histoire personnelle et politique donc, distincte du traditionnel profil socialiste, énarque ou élu local. Dans une démocratie « post-partisane », où les partis traditionnels ne produisent plus guère de personnalités susceptibles d’entraîner l’électeur déprimé par la faillite du système politico-administratif, dont ces partis ont été, de facto, les cogérants (avant le macronisme en bouquet final).

Ce capital personnel et politique de Glucksmann explique sans doute ses intentions de vote actuelles, supérieures à celles de tous ses rivaux au sein de la gauche dite « non melenchoniste ». Et l’assistance nombreuse et visiblement motivée hier soir à Aubervilliers montre que son organisation est loin d’être amateure.

Reste le scepticisme de beaucoup, pour des raisons diverses, devant cet « intellectuel » lancé dans la course longue, parsemée d’épreuves, et souvent tordue, des plus gros égos politiques du pays. Scepticisme car Glucksmann n’est pas encore un tribun – mais ça se travaille : son discours d’hier soir était un peu convenu et encore emprunté. Méfiance des gardiens du temple socialiste, obsédés par la survie de leur parti, or Glucksmann a besoin de leur soutien (et de leur budget). Réticences des boutiquiers de l’union de la gauche encore, qui raisonnent pour une présidentielle comme pour des législatives, en voulant rassembler par une « primaire » qui ne satisferait personne.

Interrogations enfin, plus légitimes, de ceux qui jugent Glucksmann trop éloigné de la « France profonde » car trop candidat des « métropoles mondialisées », trop distant des « préoccupations » quotidiennes des Français, pouvoir d’achat et sécurité. Trop novice aussi sur quelques sujets décisifs pour le pays, son éducation en déclin, sa fonction régalienne débordée, sa production insuffisante et ses finances publiques vides.

Tout cela est vrai : ce n’est pas sur ces sujets que Glucksmann donne des assurances de compétence et d’expérience. Sa crédibilité ici reste à construire, d’autant que le logiciel traditionnel de la gauche (toujours plus de dépenses et plus d’impôts) sera de peu de secours, et même le ramènerait à un ronron rédhibitoire. Il lui faudra ici inventer pour convaincre, sans désorienter : pas facile…

Mais relevons tout de même que Glucksmann a compris une chose décisive : qu’une présidentielle se gagne sur un diagnostic – on dit « narratif » de nos jours, pour faire chic – qui touche en profondeur les Français, leur révèle qu’un candidat a enfin saisi quelque chose du pays et de leur désarroi. Or lui a repéré, et souhaitons-le, éprouvé, que la fierté française était blessée, que le patriotisme avait besoin d’être réhabilité – sa proposition de « nouveau contrat patriotique » touche juste. Tel est bien le fond de décor de la dépression française et de cette présidentielle : un pays qui se sait des atouts et une histoire, mais qui glisse dans le déclin. Qui a besoin d’un leader de rupture qui lui redonne l’énergie pour renouer avec l’estime d’elle-même ? En laissant la France et son drapeau au RN, à ne brandir qu’une Europe inadaptée et décevante, les partis de gouvernement ont commis une faute grave, que leurs invocations abstraites aux mânes de la République ne compensent plus.

Gluksmann parviendra-t-il à creuser ce sillon de la fierté patriotique, pour inventer une nouvelle gauche dénonçant les dérives de la gauche radicale, mais dépassant enfin les impasses de la gauche qui a gouverné ? Car on n’attend pas un « social-démocrate » pour 2027 : cette étiquette ne veut plus dire grand-chose de précis ni d’opérant (hormis pour le microcosme). On attend du nouveau, du sérieux, mais du nouveau.

Là est le défi difficile de sa candidature, pour toucher au-delà des clientèles militantes et échapper aux boutiquiers partisans. Pour rompre avec le sectarisme et les dénis récurrents de la gauche. Pour rencontrer et l’entraîner, une attente latente chez nombre de Français orphelins.

Difficile, mais sait-on jamais ?

Philippe Guibert

Philippe Guibert est consultant, enseignant et chroniqueur TV. Il a publié en 2024 Gulliver Enchainé, le déclin du chef politique en France (Cerf). Il a été directeur du service d information du gouvernement (SIG) et directeur de la communication dans diverses structures publiques. Il a dirigé la rédaction de la revue Medium de Régis Debray.

https://nouvellerevuepolitique.fr/glucksmann-la-possibilite-dune-gauche-nouvelle/ 



D) - Politique

On définit le plus souvent la politique comme l'organisation du pouvoir dans l'État. On s'intéressera à l'origine de ce pouvoir (autorité, parti politique...) ainsi qu'à la forme qu'il revêt (cratie).

En généralisant, on appelle politique tout ce qui concerne la structure et le fonctionnement d'une communauté, d'une société, d'un groupe social. 

Point de vue libéral

Pour un libéral, qu'elle soit légitimée ou non par des thèses contractualistes, la politique a un objet précis et strictement délimité : le respect des droits de chacun, qui n'est pas autre chose que la définition exacte de l'intérêt général. Comme le précise l’article 2 de la Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen :

Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme. Ces droits sont la liberté, la propriété et la résistance à l'oppression.

Une politique réellement libérale devrait donc se garder de tout constructivisme.

Point de vue libertarien

Le problème central que pose la politique, d'un point de vue libertarien, est que certains décident à notre place, avec notre argent, de sujets qui ne les concernent pas (ou qui, prétendent-ils, concernent tout le monde). Les politiciens et leurs agents (les fonctionnaires, hommes de cette machine qui s'appelle l’État) se substituent à la société civile dans toutes les tâches qu'ils prennent en charge - sauf dans certaines tâches prédatrices, nuisibles ou inutiles (taxation, douanes, etc.).

Pour les libertariens, la politique est ainsi le principe selon lequel certains (les politiciens ou les hommes de l'État) se donnent le droit d'imposer à tous leur volonté, en la faisant éventuellement passer pour volonté générale, choix du peuple, etc. Dans les démocraties sociales, la politique est l'art de créer des problèmes qui donneront aux hommes de l'État l'occasion de se faire passer pour des personnes utiles, en prétendant résoudre ou pallier les inconvénients qu'ils ont eux-mêmes créés.

Or, par définition, quand l'un en impose à l'autre, cet un est le plus fort, et cet autre le plus faible ; la politique est donc par définition la loi du plus fort, et l'antithèse de la liberté. Les politiciens cherchent à changer l'identité du plus fort, pas le fait que le plus fort fasse sa loi ; ce sont tous des esclavagistes, voulant chacun être le plus fort et imposer sa loi.

Au contraire, le libéralisme consiste justement à reconnaître à chacun une sphère qui lui est propre, où nul autre n'a le droit de lui imposer sa volonté, et qui s'étendra ou se rétrécira selon l'exercice responsable de sa liberté.

Du point de vue économique, le jeu de la politique est un jeu à somme négative, dont le coût total pour la société est directement mesurable par l'ensemble des avantages visibles pour les privilégiés du système : lobbies, associations et entreprises subventionnées, assistés en tous genres... (voir la loi de Bitur-camember).

Le politicien est aussi le révélateur de l’irresponsabilité personnelle de l’électeur, soit que ce dernier attende de la politique des avantages tangibles (au détriment bien sûr des électeurs du camp adverse), soit qu’il préfère confier à d’autres (les élus) des missions qu’il ne veut pas prendre en charge lui-même (guerre, protectionnisme, solidarité, etc). La politique est une forme de la lutte des classes, et le vote est immoral puisqu'il s'agit pour chacun d'imposer à ses semblables un pouvoir qui n'a d'autre légitimité que d'être celui choisi par une majorité.

Ne pas confondre avec le libéralisme politique, qui est la philosophie politique du libéralisme classique.

Point de vue étatiste

Le point de vue étatiste, très partagé, repose sur la notion collective d'une identité partagée par les individus d'un peuple formant ainsi une communauté politique. Le politique (plutôt que LA politique) est alors une dimension de l'existence sociale, qui s'organise très fréquemment selon le dualisme ami / ennemi (Carl Schmitt) contrairement au paradigme libéral, qui est individualiste et pacifiste :

Il n'y a pas de politique libérale sui generis, il n'y a qu'une critique libérale de la politique. (Carl Schmitt)

L'étatisme, avec ses prétentions à exprimer la souveraineté du peuple (que ce soit par la démocratie représentative, le plébiscite ou même la dictature), devient ipso facto un collectivisme, qui subordonne l'individu au collectif. En pratique, il tourne dans le meilleur des cas à l'oligarchie (illusion démocratique), et dans le pire au totalitarisme.

Théorie des choix publics

La théorie des choix publics (public choice theory) étudie le comportement des électeurs, des politiciens et du gouvernement, en partant du principe que tous ces acteurs sont des êtres humains agissant rationnellement et enclins à considérer avant tout leur propre intérêt. Ainsi, les décideurs ne sont pas libres de leurs choix, ils sont en fait tributaires de groupes d’intérêt, ces derniers cherchant à bénéficier de la tendance redistributive de l'État qui justifie la fonction et l'existence même des premiers.

Selon Bertrand Lemennicier ([1]), cette théorie a développé deux propositions importantes applicables aux élections :

  1. Il n'est pas rationnel pour un électeur (contrairement au consommateur) de s'informer sur les programmes des candidats. S'informer a un coût d'opportunité qui excède le gain attendu du vote. Le gain attendu est le produit de la prébende qu'un électeur escompte, en votant pour son candidat favori, multipliée par la probabilité que son bulletin de vote influence le résultat. Mais dès que le nombre d'électeurs augmente sensiblement, la probabilité pour que le vote d'un électeur quelconque influence le résultat de l'élection est nulle. Il est donc irrationnel pour un électeur de s'informer sur les idées et programmes des candidats et les conséquences de ces programmes sur son propre bien être, y compris sur le programme et ses conséquences du candidat qu'il soutient. Il est donc normal que les électeurs choisissent des candidats sous l'influence de l'émotion et de la passion. Les électeurs, rationnellement ignorants, forment leurs opinions en se conformant aux croyances des autres pour conforter leur jugement personnel ou leurs informations privées (cascades d'information).
  2. Il n'est pas rationnel pour un électeur d'aller voter, pour des raisons identiques. Le gain attendu du vote est faible si les autres votent alors que le coût d'opportunité est élevé. En revanche, si les autres ne votent pas, il est important d'aller voter. C'est le paradoxe du votant. Chaque électeur est incité à aller voter pour empêcher que l'autre clan fasse passer ses candidats. Il en résulte que la politique adoptée n'est pas celle d'une majorité d'électeurs, mais un moyen terme qui ne satisfait personne (théorème de l'électeur médian). Le taux d'abstention varie en fonction des anticipations des uns et des autres sur le comportement des autres électeurs.

Selon la théorie des choix publics, l'électeur n'a donc aucune incitation à contrôler l'action gouvernementale, puisque, même s'il est bien informé des enjeux politiques, l'impact de son vote est quasi nul. En revanche, l'argent public finissant toujours dans des poches privées, les bureaucrates en place au gouvernement sont capturés par des groupes d'intérêt de toutes sortes (lobbies industriels, associations écologistes, syndicats, groupes politiques, capitalisme de connivence). L'action d'un gouvernement social-démocrate consiste ainsi à édicter des règlementations ou opérer des redistributions sous le paravent de la démocratie représentative, qui apparaît comme un simulacre de démocratie seulement destiné à légitimer son action. La subsidiarité est vue par certains libéraux comme un moyen de limiter cette tendance.

Articles connexes

Notes et références


Liens externes



 

 

 

 

 

décembre 28, 2025

Affaire Jacques Baud et la liberté d'expression en Europe - Entre réalités et complotisme ?

Il y a quelque chose de révélateur dans le fait qu'une vaste bureaucratie politique décide de sanctionner un simple analyste suisse pour avoir contredit le discours officiel sur l'Ukraine. Si vos arguments sont solides, vous débattez avec lui. Si votre légitimité est incontestable, vous l'ignorez. Recourir à une liste de sanctions, c'est signaler autre chose : que le récit que Bruxelles fait de cette guerre – et de son propre rôle – n'est peut-être pas assez solide pour résister à un examen ouvert et sans filtre.
L'UE a commencé à utiliser son régime de sanctions contre la Russie non seulement contre les oligarques et les responsables, mais aussi contre les analystes occidentaux. En décembre, Bruxelles a inscrit Jacques Baud – un citoyen suisse résidant en Belgique – sur sa liste de sanctions. Non pas pour avoir financé la guerre ou dirigé des unités cybernétiques, mais pour ses commentaires sur l'Ukraine et l'OTAN, qualifiés de « propagande pro-russe » et de « désinformation ». Gel des avoirs, interdiction de voyager dans toute l'UE, aucune condamnation pénale, aucun procès. Il n'est pas nécessaire d'être d'accord avec Baud pour constater le problème. Lorsqu'un organe politique peut sanctionner la liberté d'expression par décret de politique étrangère, la frontière entre défense de la démocratie et gestion de l'orthodoxie s'estompe. Mon nouvel article analyse les conséquences de ce précédent pour les citoyens européens ordinaires, qui subissent déjà le coût financier de la guerre et qui voient désormais se restreindre progressivement ce qu'ils peuvent dire sans risque sur les événements qui nous ont menés à cette situation. 
 
 Kristian Thyregod 


L'affaire Jacques Baud : la liberté d'expression est-elle en train de mourir en Europe ?

Les sanctions, quasi saluées par les médias romands, témoignent du mépris croissant pour la liberté d'expression des élites continentales. Et me rappellent une autre affaire, vieille de presque 50 ans


“Un individu controversé, apprécié des médias complotistes”

Jacques Baud, ancien colonel de l’Armée suisse, analyste en stratégie et ancien membre du renseignement stratégique suisse, vient donc d’être sanctionné, par le Conseil de l’Union Européenne. Vous en aurez peut-être entendu parler à la RTS, dans l’émission Forum, où il était décrit comme “un individu controversé”, qui se voit sanctionner “après la propagandiste suisso-camerounaise Nathalie Yamb”.

“Apprécié des sites complotistes, (…) l’ancien fonctionnaire est aussi apparu dans un congrès antivaccins et conspirationniste à Winterthour”

Le ton y était donné très rapidement :

“L’UE le qualifie de “porte-parole de la propagande pro-russe” et l’accuse de diffuser des théories du complot, comme l’idée que Kiev aurait orchestré sa propre invasion pour rejoindre l’OTAN. Présent dans des médias complotistes ou pro-russes…”

Le tout présenté avec une photo du Kremlin à l’arrière-plan, du meilleur goût, comme vous le verrez dans cet extrait, dans lequel on précise que Jacques Baud a refusé de répondre aux questions de la rédaction :

On notera que Jacques Baud conteste avoir “refusé de répondre”. Il était simplement indisponible quand ils lui ont demandé de commenter, et ils ne l’ont jamais rappelé, ce qui est tout de même, comment le dire poliment, très différent de ce qui était affirmé ci-dessus.

Mais peut-être préférez-vous lire la presse ? Le quotidien 24 Heures, par exemple?

Vous y aurez lu la même information, et surtout trouvé le même vocabulaire. Morceaux choisis :

“Apprécié des sites complotistes, (…) l’ancien fonctionnaire est aussi apparu dans un congrès antivaccins et conspirationniste à Winterthour”

Le ton est donné : si la décision de sanctionner Jacques Baud est présentée de façon plutôt objective et neutre, le vocabulaire choisi pour qualifier l’analyste, lui, ne l’est pas du tout.

On ne sent guère de sympathie pour Jacques Baud.

De la sympathie, il en aurait pourtant besoin. Ce qui l’attend risque d’être difficile.

“Impossible de payer mon loyer, mes assurances, mes impôts…”

Les sanctions européennes, qui incluent blocage de l’accès aux comptes bancaires et interdiction de voyage ou de survol au sein de l’UE, sont très loin d’être symboliques. Pour s’en faire une idée, le mieux est sans doute de lire ou d’écouter le témoignage de Nathalie Yamb, la “propagandiste suisso-camerounaise” (on appréciera une fois de plus le vocabulaire choisi) dont il était question plus haut, sanctionnée, elle, depuis juin 2025 :

Il est techniquement interdit à quiconque de l’aider financièrement, même pour un café ou un cadeau, sous peine de risquer la prison pour « contournement des sanctions », une infraction pénale. L’État allemand ne lui accorde l’accès qu’à environ 56 euros par mois

“L'une après l'autre, mes cartes de crédit sur des comptes en Suisse, en Afrique et dans des banques en ligne ont été bloquées. Mes comptes eux-mêmes ? Bloqués. Mes cryptos, inaccessibles.

Mes comptes PayPal et GoFundMe, fermés. Tout comme mes comptes Amazon, Airbnb, Booking, eBay. (…)


Impossible de payer mon loyer, mes assurances. mes impôts, mes avocats, mes médicaments. Impossible d'acheter un billet d'avion, d'écouter de la musique, de regarder Netflix, de prendre un Uber, de passer une commande en ligne, de régler une note d'hôtel.

Mais il y a mieux : impossible de retourner en Suisse pour gérer les urgences puisque les sanctions comprennent une interdiction de survol du territoire de l'Union européenne alors que la Suisse y est complètement enclavée, entourée par la France, l'Autriche, l'Allemagne et l'Italie. une dinguerie.”

C’est cette “dinguerie” qui est promise à Jacques Baud : être prisonnier d’un seul pays, celui où il réside actuellement, la Belgique, sans possibilité de revenir en Suisse (qui “étudie” la possibilité de reprendre les sanctions), et connaître une détresse économique à peu près inévitable.

Hüseyin Doğru, citoyen allemand résidant à Berlin, sanctionné, lui, en mai de cette année, décrit une situation où lui et sa famille (dont les avoirs ont aussi été gelés) sont complètement privés de revenus. Il explique qu’il est techniquement interdit à quiconque de l’aider financièrement, même pour un café ou un cadeau, sous peine de risquer la prison pour « contournement des sanctions », une infraction pénale. L’État allemand ne lui accorde l’accès qu’à environ 56 euros par mois de ses propres fonds, une somme évidemment incompatible avec une vie normale pour un père de famille à Berlin.

Pire, chaque paiement (comme des frais médicaux ou un loyer) nécessite une permission spéciale des banques centrales ou des ministères, qui peuvent arbitrairement refuser des demandes légales, comme le paiement pour le remplacement d’une carte d’identité.

C’est d’une violence inouïe.

Existe-t-il des voies de recours ?

Pas vraiment. Puisqu’il n’existe aucune loi interdisant d’être “propagandiste”, aucune infraction n’a été commise, aucun procès n’a eu lieu, aucun jugement n’a été rendu. Il s’agit d’une décision politique et administrative, basée sur une conception de la “guerre hybride” qui permet d’assimiler la parole à une arme.

Saisir la Cour de Justice de l’UE n’entraînera aucun effet suspensif. Pire encore, les sanctions, même si elles étaient levées, pourraient être rétablies immédiatement après (c’est déjà arrivé). Ces sanctions sont conçues pour conduire à la mort sociale et économique de la personne qu’elles visent, et pour un citoyen suisse résidant en Belgique, leur efficacité risque d’être redoutable.


“Un porte-parole de la propagande pro-russe” ?

Qu’a fait Jacques Baud pour mériter restriction de ses mouvements et pauvreté ?

Consultons sa fiche sur le site officiel :

Il sert de porte-parole à la propagande pro-russe et élabore des théories du complot, accusant par exemple l’Ukraine d’avoir orchestré sa propre invasion afin de rejoindre l’OTAN.

Très bien, prenons ces accusations l’une après l’autre.

Est-il un “porte-parole de la propagande russe” ?

On voit mal comment cette accusation pourrait être défendue face à un juge ou un jury. Heureusement pour le Conseil de l’UE, il n’aura pas à se justifier devant quelque instance juridique que ce soit.

Dans plusieurs interviews récentes (1, 2), Jacques Baud s’en défend. Il affirme n’avoir aucune connexion avec la Russie, aucun bien en Russie, n’avoir jamais reçu d’argent de la Russie. Il évite soigneusement d’apparaître dans des médias russes, refusant toutes les invitations, pourtant nombreuses. Finalement, Il utilise exclusivement, dans ses analyses, des sources occidentales ou ukrainiennes. Si le Conseil de l’Union Européenne devait défendre cette accusation devant un tribunal, gageons que la tâche serait impossible, parce que c’est tout simplement faux.

A-t-il au moins “accusé l’Ukraine d’avoir orchestré sa propre invasion afin de rejoindre l’OTAN ?”

Il s’en défend aussi. Il se serait contenté, comme beaucoup d’autres d’ailleurs, d’attirer l’attention sur une déclaration d’un conseiller de Zelenski, Oleksiy Arestovych, datant de 2019 et largement partagée sur les réseaux sociaux.

C’est Arestovytch lui-même qui avait, donc, déclaré :

“Avec une probabilité de 99,9%, le prix à payer pour rejoindre l’OTAN est une guerre totale avec la Russie.”

Jacques Baud n’accuse pas, il présente seulement un témoignage, venant d’une source crédible. Ici aussi, on voit mal comment cette accusation pourrait être défendue face à un juge ou un jury.

Heureusement pour le Conseil de l’UE, il n’aura pas à se justifier devant quelque instance juridique que ce soit.

Un coupable manque d’enthousiasme pour la stratégie européenne

S’il n’est pas “porte-parole de la propagande pro-russe”, que reproche-t-on vraiment à Jacques Baud ? Excellente question. L’explication la plus plausible, c’est que Jacques Baud est avant tout condamné pour son rejet, argumenté et, surtout, persuasif, de la stratégie occidentale, en particulier européenne, face à la guerre entre l’Ukraine et la Russie, qu’il voit comme une aventure sans issue favorable possible pour la population ukrainienne.

“sur l’Ukraine, avoir eu raison quand tant d’autres se sont plantés, c’est être dans le camp de Poutine. “

Depuis 2022, l’ancien officier n’a cessé d’argumenter, au travers d’interviews, d’articles et de livres, que l’impasse sanglante actuelle est le fruit d’un aveuglement stratégique occidental. Il soutient que le conflit était évitable si les accords de Minsk n’avaient pas été instrumentalisés pour préparer la confrontation, et accuse Washington et ses alliés d’avoir sciemment bloqué les opportunités de paix au printemps 2022 dans le seul but d’affaiblir le Kremlin. Il dénonce aussi une arrogance occidentale qui, en sous-estimant la résilience économique et militaire russe et en gommant la réalité complexe du Donbass, a fini par sacrifier l’Ukraine dans une guerre par procuration inefficace.

Comme le soulignait, dans un article antérieur aux sanctions, le Journal du Dimanche, Jacques Baud a, souvent, eu raison contre et surtout avant tout le monde, se montrant beaucoup plus réaliste que des médias occidentaux qui présentaient constamment l’armée russe comme étant au bord de l’effondrement.

Le JDD concluait :

En d’autres termes, sur l’Ukraine, avoir eu raison quand tant d’autres se sont plantés, c’est être dans le camp de Poutine.

C’est plutôt bien résumé.

Jacques Baud est donc puni pour avoir rejeté une guerre dont la poursuite à tout prix est voulue par des dirigeants européens qui ne semblent guère se préoccuper des morts ukrainiens. “J’ai de la peine avec les gens qui font la guerre avec le sang des autres”, a-t-il notamment déclaré.

Il est absurde d’affirmer qu’un homme sans aucun lien financier avec la Russie soit un porte-parole de la propagande russe. Et comme nous l’avons vu, il n’a pas non plus “accusé l’Ukraine d’avoir orchestré sa propre invasion”. Tout est faux. Jacques Baud est en réalité sanctionné pour avoir exercé sa liberté d’expression, pour avoir dénoncé sans relâche l’absurdité de la stratégie occidentale en Ukraine, et pour l’avoir fait d’une façon sourcée, argumentée, et, malheureusement pour lui, persuasive.

Dans l’indifférence complète des médias traditionnels, la RTS se permettant même d’être mollement hostile à cet “individu controversé” “présent dans les médias complotistes”, les autorités européennes viennent en somme, tout simplement, de punir un citoyen suisse pour ses opinions.

Il n’a pas été averti à l’avance des sanctions, n’a pas pu défendre son point de vue. Il n’a pas non plus de réelle possibilité de recours. L’Etat veut, et va, peut-être, détruire la vie d’un homme, limitant ses déplacements, bloquant ses sources de revenus, simplement parce qu’il dénonce une stratégie guerrière qu’il juge insensée.

Cela ne vous rappelle rien ?

Moi, si.

Un très vieux souvenir venu d’une autre époque.

Andrei Sakharov, des différences importantes, et… des similitudes inquiétantes

                        RIA Novosti archive, image #25981 / Vladimir Fedorenko / CC-BY-SA 3.0
 

Nous sommes en 1980, début janvier. En pleine guerre froide. Un autre homme, Andrei Sakharov, est sur le point, lui aussi, de commettre le crime de s’opposer au récit officiel concernant une autre guerre, l’invasion de l’Afghanistan par l’URSS.

Ce jour-là, bravant la doctrine officielle du Kremlin, le physicien dissident et prix Nobel soviétique appelle publiquement l'ONU et le gouvernement soviétique à organiser le retrait des troupes d'Afghanistan. Il avertit que cette rupture de l'équilibre des forces en Asie centrale risque de provoquer une escalade incontrôlable menant à une troisième guerre mondiale nucléaire.

Il faut toutefois souligner évidemment un point fondamental : si la logique de la sanction est comparable (neutraliser une voix dissidente par des moyens administratifs), l’intensité de la coercition est incomparablement plus brutale dans le cas soviétique (comme on s’y attend).

Sakharov, comme Jacques Baud, dispose d’une expertise reconnue. Il est le père de la bombe H, et à ce titre comprend mieux que quiconque les risques d’une escalade militaire. Comme Baud également, il conteste la vision proposée par son gouvernement de la guerre (une aide fraternelle à un régime allié). Selon lui, c’est évidemment une guerre d’agression. Enfin, comme Baud toujours, il ne cherche pas la polémique, mais conteste posément le calcul cynique de ses dirigeants, qui misent sur un gain géopolitique permanent au prix de dommages diplomatiques jugés temporaires. Il propose une désescalade pour restaurer la stabilité stratégique régionale.

Les réactions ne se font pas attendre, et, comme prévu, elles sont très différentes selon de quel côté du rideau de fer on se place. Pour les médias publics soviétiques, Sakharov est un traître. Pour une majorité des médias occidentaux, il devient “la conscience morale de l’URSS”.

Le récit alternatif de la guerre qu’il propose est naturellement rejeté par les autorités soviétiques, tout comme l’est, aujourd’hui, celui de Baud par les autorités européennes. Et il se voit, comme Baud, sanctionné. Il faut toutefois souligner immédiatement un point fondamental : si la logique de la sanction est comparable (neutraliser une voix dissidente par des moyens administratifs), l'intensité de la coercition est incomparablement plus brutale dans le cas soviétique (comme on s’y attend de la part d’un régime totalitaire avéré), même si la comparaison de la sévérité des mesures, révèle, comme on le verra, quelques surprises.

Assigné à résidence à Gorki, Sakharov n’est pas seulement limité dans ses mouvements, comme Baud, mais prisonnier de son propre domicile. Son accès à l’information se voit strictement limité. Et il sera à plusieurs reprises, notamment lors de ses grèves de la faim, maltraité physiquement. Son intégrité physique n’était pas respectée par les autorités soviétiques, ce qui n’est pas le cas de Jacques Baud et de ses compagnons suspendus.

Sur le plan financier, en revanche, on pourrait argumenter qu’Andrei Sakharov a été mieux traité que Jacques Baud. Certes, on lui retire par décret ses titres de «Héros du travail socialiste», lui donnant accès à des primes mensuelles substantielles, une retraite dorée, l’accès aux magasins Beryozka (produits occidentaux), une datcha et une voiture avec chauffeur. Il perd aussi l’accès à ses économies en devises étrangères (les droits d’auteur de ses livres à l’Ouest et son prix Nobel), bloquées par la Vneshtorgbank, la banque du commerce extérieur. En revanche, resté membre de l’Académie des sciences, il continuera à toucher son salaire d’académicien (400 roubles) et ne sera jamais exclu du système monétaire. Il pouvait payer en liquide n’importe où et accéder à son salaire librement.

Il faudra attendre plus de 6 ans pour qu’Andrei Sakharov soit finalement réhabilité par Mikhaïl Gorbatchev.

Autre époque, même intolérance à la critique

Je suppose qu’il ne se trouve pas beaucoup de journalistes à la RTS parmi mes lecteurs. S’il y en avait, il est probable qu’ils glousseraient et poufferaient en découvrant ma comparaison entre Jacques Baud et Andrei Sakharov.

Qu’on en arrive à trouver, sans trop d’effort de notre imagination, des similitudes entre l’URSS de 1980 et l’Union Européenne de 2025 devrait, dans un monde normal, suffire à nous alarmer.

Quoi, comparer une “conscience morale” à un “individu controversé” ? Comparer un homme brutalisé et assigné à résidence à un homme dont l’intégrité physique n’a jamais été menacée, et qui peut se déplacer librement en Belgique, où il réside?

Je n’affirme pas que les deux situations soient semblables. Elles ne le sont pas. Je me borne à signaler que le motif des sanctions, lui, est exactement le même : ces deux hommes sont punis pour avoir eu le culot d’exercer leur liberté d’expression en contestant la stratégie guerrière de leurs autorités politiques respectives.

Qu’on en arrive à trouver, sans trop d’effort, des similitudes entre l’URSS de 1980 et l’Union Européenne de 2025 devrait, dans un monde normal, suffire à nous alarmer. D’autant que ce régime de sanctions administratives n’est, et de loin, pas la seule menace qui pèse sur la liberté d’expression en Europe.

La liberté d’expression est en danger en Europe

Il y a aussi le Digital Services Act, ou DSA, qui impose aux plateformes des obligations de suppression de contenus jugés “nocifs” (désinformation, discours de haine), avec des amendes massives (jusqu’à 6% du chiffre d’affaires mondial). Les contenus à censurer sont signalés en priorité par des ONG, désignées de façon très orwellienne comme “signaleurs de confiance” (évidemment) triées sur le volet.

Lucy Connolly, une femme d’une quarantaine d’années, a ainsi été condamnée à 31 mois de prison pour un tweet

Il y a enfin le projet Chat Control, qui menaçait de rendre obligatoire le scan systématique de tous les messages, y compris sur des messageries encryptées, mettant un terme définitif à la protection de la sphère privée en ligne en Europe. Fortement contesté, le texte est en voie de révision, mais il n’a pas été retiré.

On observe plus généralement, sur tout le continent, une désacralisation de la liberté d’expression, qui se manifeste aussi bien dans les discours que dans les actes. La France arrête Pavel Durov, le fondateur de la messagerie cryptée Telegram. En Allemagne, le rédacteur en chef du média conservateur Deutschland-Kurier est condamné à sept mois de prison avec sursis pour un tweet satirique visant la ministre de l’Intérieur qu’il accusait de… détester la liberté d’expression !

C’est probablement au Royaume-Uni que la répression est la plus massive. Des dizaines de milliers de personnes y sont arrêtées pour des tweets chaque année. Lucy Connolly, une femme d’une quarantaine d’années, a ainsi été condamnée à 31 mois de prison pour un tweet impulsif, raciste et violent, pourtant vite regretté et effacé. Isabel Vaughan-Spruce, militante pro-life, a été arrêtée et inculpée pour avoir simplement prié silencieusement, à distance d’un centre qui pratique des IVG, sans tenir aucune pancarte ni avoir adressé la parole à qui que ce soit. Quant à Graham Linehan, célèbre scénariste irlandais il a été arrêté à son arrivée à l’aéroport d’Heathrow à Londres par cinq policiers armés et placé en détention pendant plus de 12 heures , interrogé et menotté, pour… trois tweets critiquant l’idéologie transgenre.

Andreï Sakharov, père de la bombe H soviétique, est passé de savant du régime à dissident emblématique de l’URSS. Après avoir contribué à l’arme la plus destructrice de l’histoire, il a risqué sa vie pour dénoncer les dérives du pouvoir soviétique et défendre les droits humains.
 

Une résistance inattendue venue des Etats-Unis

On attendra en vain une prise de conscience des élites européennes, qui, depuis des années, sont tout autant acquises que les journalistes de la RTS à l’idée que la liberté d’expression doit être strictement contrôlée pour éviter désinformation (notamment antivax), propagande (notamment russe), et discours de haine (dont la définition ne cesse de s’élargir pour inclure un nombre croissant de groupes protégés).

Ironie suprême, cette toute petite sanction a transformé les plus fervents disciples européens de la censure et du contrôle en ardents défenseurs des libertés

Le salut viendra-t-il, alors, des Etats-Unis ? L’administration Trump, qui est elle-même loin d’être exemplaire dans son respect de la liberté d’expression, se montre pourtant de plus en plus critique à l’encontre des velléités européennes de censure des plateformes numériques , et vient tout juste de sanctionner plusieurs de ses principaux architectes, dont le français Thierry Breton, qui, loin de voir, lui, sa vie détruite par des sanctions, se fait simplement interdire d’entrer sur le sol américain.

Ironie suprême, cette toute petite sanction, qui aura été, elle, rapportée avec la plus digne des sobriétés par la RTS, a soudain transformé les plus fervents disciples européens de la censure et du contrôle en ardents défenseurs des libertés ! Thierry Breton dénonce ainsi un “vent de McCarthysme”, tandis qu’Ursula Von der Leyen fait la leçon aux Etats-Unis, leur rappelant fermement que “la liberté d’expression est le fondement de notre forte et vive démocratie européenne” (il fallait oser).

J’ai d’abord beaucoup ri.

(On me jure que c’est encore permis. Pour l’instant.)

Mais ensuite, j’ai pensé à Jacques Baud et à toutes les personnes suspendues, privées de leur liberté de mouvement et de leurs moyens de subsistance parce que la détestation par l’Etat de la liberté de dire et de penser est exactement la même en 2025 qu’en 1980.

Pensée pour eux. Je vous laisse avec une petite biographie de Sakharov, qui, surtout si vous êtes moins vieux que moi, vous apprendra sûrement quelque chose :

 Lire aussi:

https://universite-liberte.blogspot.com/2025/10/vie-privee-sauvegardee-lue-renonce-au.html

 


Jacques Baud, ancien colonel suisse, affirme être ciblé par l'Union européenne pour ses analyses controversées sur le conflit en Ukraine. Sanctionné depuis le 15 décembre 2025, il est bloqué à Bruxelles et dénonce une atteinte à sa liberté d'expression.

L'ex-colonel Jacques Baud sanctionné par l'UE
A quel point ce retraité suisse est-il dangereux?

Jacques Baud, ancien colonel suisse, affirme être ciblé par l'Union européenne pour ses analyses controversées sur le conflit en Ukraine. Sanctionné depuis le 15 décembre 2025, il est bloqué à Bruxelles et dénonce une atteinte à sa liberté d'expression.
 

Jacques Baud, ancien colonel de l'armée suisse et ex-collaborateur du Service de renseignement stratégique, affirme que l'on cherche à le faire taire parce que ses analyses seraient politiquement indésirables. Lors d'un entretien avec un vidéoblogueur français, il s'est comparé à Julian Assange, le fondateur de Wikileaks, poursuivi et détenu durant des années par les autorités américaines après la publication de documents secrets.

Mais, dans le cas de Jacques Baud, le «persécuteur» ne serait pas les Etats-Unis, mais l'Union européenne. Et au lieu d'être emprisonné, il se retrouve bloqué à Bruxelles. Le 15 décembre, l'UE a inscrit le ressortissant suisse sur sa liste de sanctions liées à la Russie. Bruxelles lui reproche de servir de relais à la propagande russe, d'apparaître régulièrement dans des médias prorusses et de diffuser des récits émanant de Moscou.

Les Russes présentés comme des libérateurs

Depuis le début de la guerre en Ukraine, en février 2022, de nombreuses interviews et prises de position de Jacques Baud circulent sur les réseaux sociaux, les forums et les canaux Telegram. Il a notamment affirmé que l'invasion russe n'était «certainement pas dirigée contre la population ukrainienne» et qu'elle aurait été provoquée par de prétendues attaques ukrainiennes dans les régions de Lougansk et de Donetsk. Il a également remis en question publiquement le massacre de Boutcha.

L'Union européenne lui reproche en outre de diffuser des théories du complot, par exemple l'idée selon laquelle l'Ukraine aurait elle-même mis en scène la guerre afin d'obtenir son adhésion à l'OTAN. Jacques Baud conteste ces accusations et affirme n'avoir fait que citer une source ukrainienne.

Les sanctions prises à son encontre sont lourdes: ses comptes ont été gelés, toute aide financière dans l'UE est interdite, et une interdiction d'entrée et de transit est en vigueur. Se trouvant actuellement en Belgique, il n'est pas certain qu'il puisse rentrer en Suisse. Ses avocats ont déposé des recours auprès du Conseil européen et de la Cour de justice de l'Union européenne. Dans la «Weltwoche», Jacques Baud qualifie sa situation de «pire que la prison».

«Comme un roi au Moyen Age»

Pour les détracteurs de l'Union européenne, en Suisse comme à l'étranger, l'affaire est une aubaine. Jacques Baud est présenté comme un symbole du prétendu recul de la liberté d'expression en Europe. Lui-même soigne sa mise en scène: dans les «médias alternatifs», sur YouTube et sur les réseaux sociaux, il met en garde contre des dérives autoritaires et multiplie les comparaisons radicales. Comme au Moyen Age, affirme-t-il, un «roi» déciderait seul de qui est coupable. Dans son cas, ce «roi» serait le Conseil européen.

Jacques Baud déplore l'absence du droit d'être entendu et parle d'une condamnation sans procès. Il omet toutefois de préciser que l'efficacité des sanctions repose précisément sur leur mise en oeuvre sans avertissement préalable, notamment lorsqu'elles concernent des avoirs financiers.

Il s'est également exprimé dans une longue interview de 90 minutes accordée à Roger Köppel, son soutien médiatique et rédacteur en chef de la «Weltwoche». Il y a dénoncé le manque de soutien de la Suisse, affirmant bénéficier d'appuis dans tous les pays, sauf le sien. Selon lui, son cas ferait l'objet de discussions ministérielles à l'étranger et serait même suivi aux Etats-Unis par la directrice des services de renseignement. Aucun élément ne vient étayer ces affirmations. Le Département fédéral des affaires étrangères indique par ailleurs que Jacques Baud n'a, jusqu'ici, pas sollicité la protection consulaire suisse.

Des reproches peu détaillés

Face aux autres rédactions suisses, Jacques Baud se montre nettement plus discret. Il n'a notamment pas répondu à une sollicitation de Blick. Les accusations précises formulées par l'Union européenne restent floues. Les informations communiquées depuis Bruxelles sont succinctes et aucun détail n'est fourni sur d'éventuels flux financiers ou des contacts directs avec Moscou. Selon la «NZZ am Sonntag», les reproches détaillés figureraient dans un document classifié.

De son côté, Jacques Baud nie avoir diffusé de la propagande. Il affirme d'ailleurs ne jamais être apparu dans les médias russes afin d'éviter toute instrumentalisation. Cette affirmation est toutefois incomplète. La chaîne internationale Russia Today ne s'est pas contentée de reprendre ses déclarations: Jacques Baud a également été invité à deux reprises dans l'émission «Going Underground», intégrée aux plateformes de Russia Today.

Durant l'été 2024, il a par ailleurs déclaré que la Russie ne cherchait pas à conquérir de nouveaux territoires en Ukraine. Selon lui, l'unique objectif de l'«intervention» serait de protéger la population du Donbass contre les forces armées ukrainiennes. Il reprenait ainsi des arguments centraux avancés par Vladimir Poutine pour justifier l'invasion de l'Ukraine en février 2022.

L'UE entend poursuivre sa politique de sanctions

Jacques Baud n'est pas le seul en Europe à relayer ce type de récits. Reste à savoir ce que signifie l'élargissement de la politique de sanctions de l'UE aux présumés propagandistes. Le gouvernement allemand a en tout cas annoncé vouloir poursuivre sa lutte contre la désinformation. «Toute personne qui s'engage sur ce terrain doit s'attendre à ce que ce qui est arrivé à Jacques Baud puisse lui arriver également», a déclaré un porte-parole du ministère allemand des Affaires étrangères lors d'une conférence de presse.

Cette position alimente les spéculations. Le rédacteur en chef de la «Weltwoche», Roger Köppel, pourrait lui aussi être concerné. Depuis le début de la guerre, il s'est rendu à plusieurs reprises en Russie et a rencontré des propagandistes d'Etat. Certains médias allemands évoquent une «connexion suisse à Moscou».

Reste enfin la question de la réaction de la Suisse face à une éventuelle nouvelle intervention de ce type de la part de l'Union européenne. Dans le cas de Jacques Baud, les autorités fédérales se sont jusqu'ici abstenues de tout commentaire public.

https://www.blick.ch/fr/suisse/russie-jacques-baud-ex-colonel-suisse-sanctionne-par-lue-id21553361.html

 

 

 

 

Powered By Blogger