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août 16, 2026

La France dans le classement mondial du PIB/hab en PPA - Maddison Project & Analyses !

Sommaire:

A) - La France en un graphique

B) - Keynésianisme

C) - Plan de relance

D) -  Parabole de la vitre cassée

E) - Bitur-Camember

 


 

A) - La France en un graphique 

 Il est des courbes qui en disent plus que de longs discours, non parce qu’elles expliquent tout, mais parce qu’elles obligent à regarder les faits dans leur continuité. Celle-ci retrace près de quatre-vingts ans d’histoire économique française à partir des données du Maddison Project. J’ai choisi de retenir le PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat plutôt que le PIB global, parce qu’il me semble mieux rendre compte de la prospérité réelle d’un pays. Une économie peut être vaste parce qu’elle compte beaucoup d’habitants ; ce qui importe davantage est la richesse qu’elle parvient à produire pour chacun d’eux. Pour éviter les biais liés à l’évolution du nombre de pays suivis depuis 1945, la France est ici comparée à un panel constant de cinquante nations disposant de données continues sur toute la période. 

 

Ce graphique fait apparaître trois grandes phases. La première est celle du relèvement puis du développement rapide. En 1945, la France sort de la guerre ruinée, meurtrie, avec une partie de son appareil productif détruit ou obsolète. Elle se situe alors au vingtième rang de ce panel. Pendant les trois décennies qui suivent, elle reconstruit, investit, équipe le territoire, développe ses infrastructures, modernise son agriculture, bâtit une industrie puissante et se dote de secteurs d’excellence dans l’automobile, l’aéronautique, le ferroviaire, l’énergie ou encore les télécommunications. Elle forme des ingénieurs, des techniciens et des ouvriers qualifiés, améliore très rapidement la productivité de son économie et rattrape une grande partie du retard accumulé pendant la première moitié du siècle. En 1978, elle atteint la sixième place du classement. C’est le meilleur résultat de toute la période. 

 Ce résultat n’est évidemment pas le fruit du hasard. La France de l’après-guerre ne manquait ni de conflits politiques ni de tensions sociales, mais elle partageait encore largement une conviction : l’avenir devait être construit. Le pays acceptait l’idée que la prospérité exigeait de l’investissement, du travail, de l’épargne, de la formation et parfois des sacrifices immédiats au bénéfice du long terme. L’État jouait un rôle considérable, parfois excessif, mais il était encore largement tourné vers la construction de capacités nouvelles : infrastructures, énergie, industrie, recherche, équipement du territoire. L’endettement public restait contenu et l’effort collectif servait d’abord à augmenter la capacité productive du pays. 

La deuxième phase commence à la fin des années 1970. Le monde change brutalement. Les chocs pétroliers frappent les économies occidentales, la concurrence internationale s’intensifie, des pans entiers de l’industrie traditionnelle entrent en crise : mines, textile, sidérurgie, construction navale. Il aurait fallu transformer rapidement l’économie, accepter la disparition de certaines activités, en faire émerger d’autres, déplacer les capitaux et les compétences, investir massivement dans les secteurs d’avenir. La France l’a fait en partie, mais beaucoup moins vigoureusement que d’autres pays. Face aux difficultés nouvelles, elle a progressivement privilégié l’amortissement du choc à l’adaptation, puis la protection du niveau de vie existant à la préparation de celui de demain. 

C’est alors que s’installe une mécanique dont nous ne sommes jamais véritablement sortis. Chaque difficulté économique appelle une dépense supplémentaire, chaque conflit social une concession, chaque secteur en crise une aide, chaque perte de pouvoir d’achat une compensation. Il ne s’agit pas de nier la nécessité de la solidarité, qui est une composante essentielle d’une société civilisée, mais de constater qu’à force de vouloir neutraliser toutes les conséquences du changement, on finit aussi par neutraliser une partie de la capacité du pays à s’y adapter. Peu à peu, nous avons consacré davantage de ressources à maintenir ce qui existait qu’à préparer ce qui devait venir, davantage à la consommation qu’à l’investissement, davantage à la redistribution de la richesse qu’à la création des conditions permettant d’en produire davantage. 

 Le déclin relatif qui apparaît alors est d’autant plus dangereux qu’il n’a rien de spectaculaire. Il n’y a ni effondrement, ni crise terminale, ni jour précis où tout bascule. La France continue de s’enrichir, les salaires progressent, les infrastructures restent bonnes, le système social protège largement la population et la vie quotidienne s’améliore encore sous bien des aspects. Mais d’autres avancent plus vite. De la sixième place atteinte en 1978, la France descend progressivement vers la quinzième. C’est sans doute la forme de déclassement la plus difficile à combattre, précisément parce qu’elle peut se poursuivre pendant des décennies sans produire le choc qui obligerait une nation à réagir. Lorsque le recul est lent, chaque génération peut encore se convaincre que rien de fondamental n’a changé. 

Depuis le milieu des années 2000, le graphique suggère une forme de stabilisation. Il serait cependant dangereux d’en conclure que le problème est réglé. Durant cette période, la dette publique française a continué de croître et notre pays s’est habitué à financer une partie de son niveau de dépenses par des déficits permanents. Nous avons ainsi, dans une certaine mesure, acheté du temps. Nous maintenons notre niveau de consommation, nos transferts sociaux et une partie de notre position économique en reportant une fraction croissante de la facture sur l’avenir. Tant que les marchés acceptent de nous prêter à des conditions supportables, le système peut durer ; mais il serait imprudent de confondre sa durée avec sa solidité. 

Car une nation ne peut durablement préserver sa prospérité par l’emprunt, pas davantage qu’elle ne peut la garantir par décret. À long terme, il n’existe pas de raccourci : il faut produire, travailler, investir, innover, former, prendre des risques et consacrer une partie suffisante des ressources présentes à la préparation de l’avenir. L’histoire économique n’accorde aucun droit acquis aux peuples qui ont été riches hier. Elle récompense ceux qui savent comprendre les transformations du monde et qui acceptent de s’y adapter suffisamment tôt. 

 C’est pourquoi je ne crois pas à la fatalité du déclin français. Le même graphique qui montre notre recul depuis la fin des années 1970 rappelle aussi ce dont la France a été capable auparavant. En un peu plus de trente ans, un pays sorti exsangue de la guerre est passé du vingtième au sixième rang de ce panel. Il n’existe aucune raison fondamentale pour que la France soit incapable d’un nouveau mouvement de cette ampleur. Mais un tel redressement ne viendra ni d’un dispositif supplémentaire, ni d’une taxe nouvelle, ni d’un énième plan destiné à différer les choix difficiles. Il supposera un changement beaucoup plus profond : retrouver le goût de l’effort, de la responsabilité, de l’investissement et du temps long, et accepter de remettre la production de richesse au cœur de notre projet collectif. 

 La question qui nous est posée est donc moins celle de savoir si la France est condamnée au déclin que de savoir si elle a encore la volonté de s’y opposer. Notre pays conserve des atouts considérables, des infrastructures, des compétences, une épargne abondante, des entreprises remarquables et une capacité d’innovation réelle. Mais l’histoire ne se nourrit pas des atouts que l’on possède : elle se nourrit de ce que l’on décide d’en faire. À force de repousser les décisions, de financer les compromis par la dette et de croire que le temps travaillera pour nous, nous risquons de découvrir qu’il travaille surtout pour ceux qui avancent. 

 Le redressement demeure possible. Mais il ne viendra que d’un sursaut collectif, d’une ambition retrouvée et d’une volonté suffisamment forte pour accepter de regarder les réalités en face. Les nations ne sont jamais définitivement condamnées au déclin ; elles peuvent en revanche s’y installer lorsqu’elles cessent de vouloir en sortir.

Jean Mizrahi

Observations:

Sur ce graphique il serait bien de rajouter la crise pétrolière de 1979, les plans de relance Keynésiens de 1982-83 qui vont mettre en évidence le début de la fuite monétaire, la désindustrialisation & la fin de la construction du parc éléctro-nucléaire en 1988.

Le déclin est corrélé avec 14 années de Mitterrand en tant que président. La corrélation est-elle causalité ? 

Observez le profil sociologique de la France d’aujourd’hui : bien différent de celui de 1950, il ne permettra pas le sursaut de lucidité et de volonté nécessaire à la marche en avant. Nous sommes plus ou moins condamnés au déclin. 

https://x.com/JeanMizrahi/status/2088661880910848502

 


 

Attention, le mur approche !

 
Il fut un temps où, lorsqu’on parlait des taux d’intérêt de l’Italie ou de la Grèce, nous regardions cela avec la sérénité de celui qui observe les problèmes du voisin.
Aujourd’hui, c’est moins confortable.
Le taux auquel la France emprunte à dix ans tourne désormais autour de 4 %.
Dans cette course que nous aurions préféré ne jamais disputer, la France a désormais rejoint, et même légèrement dépassé, l’Italie sur les taux d’emprunt à dix ans. Et nous parlons de deux pays appartenant à une zone euro qui en compte désormais 21.
Nous voilà au coude à coude avec celui qui fut longtemps l’un des mauvais élèves de la classe. Et nous avons toujours le pied sur l’accélérateur.
Reste à savoir si nos pilotes ne voient pas le mur arriver… ou s’ils ont simplement décidé de fermer les yeux.
Car derrière quelques dixièmes de pourcentage apparemment abstraits se trouvent des milliards bien réels. Au premier semestre 2026, les intérêts de la dette française ont déjà coûté 34,5 milliards d’euros, soit 19 % de plus qu’un an auparavant.
Et notre dette atteint désormais environ 118 % du PIB.
Alors ma vieille cervelle de vieux con lucide se pose une question assez simple :
quand allons-nous enfin lever le pied de l’accélérateur ?
Je ne parle même pas encore de freiner.
Je ne dirai pas que le gouvernement ne fait rien. Ce serait faux : il annonce vouloir ramener progressivement le déficit.
Après tout, faire une annonce, c’est déjà faire quelque chose.
Mais entre annoncer une trajectoire et convaincre ceux qui nous prêtent leur argent, il existe manifestement une différence.
Et surtout, il reste désormais environ huit mois avant l’élection présidentielle.
Huit mois pendant lesquels chaque économie sera impopulaire, chaque réduction de dépense contestée et chaque réforme potentiellement coûteuse électoralement.
Alors une autre question me vient :
a-t-on encore politiquement intérêt à freiner, ou espère-t-on simplement que le mur sera suffisamment loin pour que ce soit le suivant qui le prenne ?
Et puis, en avril-mai prochain, il faudra choisir le prochain pilote.
À nous de regarder un peu moins la couleur de sa combinaison et un peu plus sa façon de conduire.
Certains des candidats au départ ont déjà été au volant. Pour ceux-là, inutile de nous contenter de leurs promesses : nous pouvons regarder leurs traces de freinage… ou constater leur absence.
Dans l’état de nos finances, mieux vaudrait peut-être choisir quelqu’un qui ait le pied lourd sur le frein et beaucoup plus léger sur l’accélérateur.
Quant à Emmanuel Macron, faute d’avoir été le Mozart de la finance, il finira peut-être en Senna de la dette : pied au plancher jusqu’au mur.
Parce qu’un mur, contrairement à une dette, se négocie assez mal.


Pierrick Chesnais 

 


B) - Keynésianisme

Le keynésianisme est une école de pensée économique fondée par l'économiste britannique John Maynard Keynes au début du XXe siècle, qui postule que les marchés ne conduisent pas forcément à l'optimum économique, que le rôle de l'État est nécessaire pour réguler l'économie. Par extension, on qualifie ainsi les nombreuses écoles économiques qui ont pu en dériver (néo-keynésiennes). Bien que populaire auprès des hommes politiques dont elle justifie largement l'action, cette école de pensée est largement contestée en économie. 

Concepts du keynésianisme

La thèse centrale des keynésiens est que le marché ne conduit pas nécessaire à l'optimum économique. Dès lors, une intervention de l’État est nécessaire afin de pallier les défaillances du marché. Pour justifier cette intervention publique, le keynésianisme part de plusieurs postulats sur l'économie :

  • C'est la demande qui détermine la croissance, et non l'offre comme l'énonce l'école de l'offre
  • Stimuler la demande permet de stimuler l'emploi plus rapidement et efficacement que cela ne fait augmenter les prix
  • Prix et salaires réagissent peu aux changements d'offre et de demande

Pour les keynésiens, l'économie est instable et seul l’État permet de stabiliser, à travers une stimulation de la demande via des plans de relance. Ils insistent particulièrement sur la stimulation de l'emploi, par opposition au respect d'une inflation faible (voir Courbe de Phillips).

Bilan du keynésianisme

Le keynésianisme a été la pensée dominante au lendemain de la Seconde Guerre mondiale mais a vite reflué en raison de son bilan. Dès les années 1970, la stagflation (combinaison de stagnation et d'inflation) vient démontrer l'échec de cette théorie qui ne parvient ni à stimuler l'emploi ni à contrôler l'inflation. Le keynésianisme, qui prévoyait un arbitrage entre inflation et chômage (principe erroné de la courbe de Phillips), et les politiques de relance qu'il préconisait, furent pris à contrepied et se révélèrent inefficaces. Ces politiques qui visaient à faire baisser le chômage (sans trop se préoccuper de l'inflation) n'y réussirent pas : il a même augmenté considérablement.

Plus récemment, la politique de soutien massif de la demande par des plans de relance sous la présidence de Donald Trump puis de Joe Biden nourrit là encore une inflation massive, qui culmine en 2023, et oblige les banques centrales à mener une politique de resserrement monétaire majeur, comme les tenants du monétarisme dans les années 1970.

Critique du keynésianisme

Le keynésianisme repose largement sur l'hypothèse du Multiplicateur keynésien qui voudrait que l'effet de la dépense publique sur l'économie soit supérieur au niveau de celle-ci. Autrement dit, la dépense publique créerait de la richesse. Ce postulat est largement contesté, et non vérifié en pratique.

Dans un article de 1974, « Ricardian Equivalence Hypothesis », le macro-économiste Robert Barro a ainsi montré que le multiplicateur keynésien ne pouvait pas avoir les vertus que lui prêtent les keynésiens. Financer un plan de relance par de la dette ou des impôts publics ne change rien : la dette est un impôt futur, et les ménages épargnent davantage pour se prémunir de ces hausses d'impôts futures, au détriment de la consommation. Le multiplicateur est, au mieux, égal à un. Il ne suscite au mieux aucune richesse. La question de l'équivalence ricardienne a suscité de nombreux débats et études depuis 1974. Une étude de Matthew Shapiro et Joel Slemrod a montré ainsi qu'en 2001, les baisses d'impôts temporaires du gouvernement américain avaient été très largement utilisées pour épargner en prévision de la hausse des impôts future[1].

Il serait cependant faux de dire que personne ne gagne grâce au keynésianisme : la dette n'étant remboursée que plus tard, ceux qui meurent avant ce remboursement ont récolté les bénéfices sans les coûts. C'est ce qui fait dire à l'économiste Tim Harford qu'un plan de relance n'est rien d'autre qu'une « taxe sur les adolescents »[1].

Le keynésianisme, une pratique ancienne

Si le keynésianisme est conceptualisé par Keynes, on en trouve des prémices de très longue date. Sous l'Ancien régime en France, Charles-Alexandre de Calonne tente de « relancer » l'économie française à la peine sous Louis XVI à travers plan de relance, emprunts et dépense étatique) ; cependant le déficit augmente inexorablement et oblige Calonne à envisager des réformes impopulaires, ce qui conduira à sa disgrâce.

Dès 1815 au Royaume-Uni, un équivalent du keynésianisme est tenté et laisse le pays au bord du gouffre. Seul le retour à l'étalon-or permettra alors de sortir le pays de l'ornière[2].

Citations

  • « Le keynésianisme militaire soutenu par les conservateurs et les progressistes conduit à dépenser l'argent du contribuable à hauteur de montants indécents, qui dépassent maintenant les dépenses militaires de toutes les autres nations réunies. Et les politiciens en sont très fiers. Ils peuvent se vanter de leur « conservatisme », alors qu'ils dépensent comme jamais auparavant. La menace qu'un pays envahisse les États-Unis est strictement nulle, et pourtant nous ne cessons de dépenser massivement en armement. La culture militaire a fait de notre pays le plus gros marchand d'armes au monde, et le plus gros de toute l'histoire. » (Ron Paul, Keynesianism in Liberty Defined)
  • « Le keynésianisme produit en cercle vicieux autoreproducteur le socialisme fabien, ce socialisme du grand capital qui appauvrit les classes moyennes, qui donne le pouvoir à la social-démocratie alliée des riches et des banquiers. Il produit des fonctionnaires/ponctionnaires. Il donne justification aux pertes de libertés, aux impôts et contrôles sans cesse croissants. Il creuse les inégalités de la société à trois vitesses. La Grande Alliance d’un côté, de l’autre, les classes de moins en moins moyennes, et enfin, les ultra-pauvres dont on achète le calme avec les miettes du système. » (L'Agefi, 19 octobre 2013)
  • « Si je devais devenir économiste, je choisirais d'être keynésien. C'est le groupe d'économistes le plus idiot de toute l'histoire. Ils croient tout ce qu'on leur montre sur un graphique. Je pourrais écrire n'importe quoi et ils le goberaient. Je ferais un malheur ! » (Donald Trump, People Magazine, 1998)
  • « L’ignorance en matière d’économie est monnaie courante. Le keynésianisme continue à prospérer, même si aujourd’hui il est confronté à des réfutations saines et enthousiastes. Les adeptes du keynésianisme militaire et du keynésianisme national continuent désespérément à promouvoir leurs politiques, qui ont pourtant échoué, alors que l’économie se languit en un profond sommeil. » (Ron Paul, discours d'adieu au Congrès, 14 novembre 2012)
  • « Le keynésianisme, merveilleuse doctrine économique qui soutient que pour faire de bonnes récoltes, il est nécessaire de bouffer les semences avant même de les avoir mis en terre et qu’il suffit ensuite d’emprunter à son voisin qui, lui, a semé en temps et en heure de quoi se nourrir et que ce faisant ils font le bonheur du voisin qui, sans cela, n’aurait eu personne à qui vendre sa récolte. » (Charles Gave[3])
  • « Aucune des constructions théoriques de Keynes ne peut être prise comme un point de départ solide pour de nouveaux progrès. Il est d’ailleurs inutile de les discuter, d'en préciser les obscurités, les contradictions et les erreurs... La théorie keynésienne n'a cessé de se caractériser que par une rare confusion de pensée et une totale incohérence qui seraient vraiment incompréhensibles si nous ne savions pas combien la logique a peu de poids lorsqu'il s'agit de justifier théoriquement certaines positions idéologiques. Bien des discussions qui au premier abord apparaissent au lecteur peu averti comme particulièrement obscures s'éclaireraient singulièrement si les textes pouvaient être accompagnés d'annotations où seraient clairement explicitées les arrière-pensées.... Avec le recul du temps on ne tardera pas à reconnaître qu'avec Keynes la théorie économique s'est fourvoyée pour de nombreuses années dans une voie erronée. » (Maurice Allais[4])

Informations complémentaires

Notes et références

  • Tim Harford, « Why a tax cut just isn’t fair on teenagers », Financial Times, 31 mai 2008, [lire en ligne]

  • Keynésianisme : la leçon britannique de 1815, Contrepoints

  • Le Sapeur Camember, grand précurseur de Keynes, Contrepoints

    1. Les fondements comptables de la macroéconomie, 1954

    Bibliographie

    • 2016,
      • David Simpson, "What’s wrong with Keynesian economics?", In: Steven Kates, dir., "What's wrong with Keynesian economic theory?", Northampton: Edward Elgar, pp201-217
      • Peter Smith, "The conclusive fault line in Keynesian economics", In: Steven Kates, dir., "What's wrong with Keynesian economic theory?", Northampton: Edward Elgar, pp235-250

    Voir aussi


    C) - Plan de relance

    Un plan de relance désigne, dans la terminologie keynésienne, les dépenses publiques supplémentaires engagées par un État dans les périodes de crise afin de « stimuler » l'activité économique. 

    Une réponse inappropriée

    Milton Friedman

    Le Prix Nobel d'économie Milton Friedman a montré que des mesures de relance keynésiennes n'avaient qu'un effet amplificateur sur les crises et les périodes d'expansion. Friedman étudia cette question dans ses Essays in Positive Economics de 1953, dans lesquels se trouve en particulier un texte, "The Effects of a Full-Employment Policy on Economic Stability", écrit en 1951. Il y montre que, loin d'atténuer les variations de l'activité économique, les mesures keynésiennes ne font que les augmenter car l'action publique souffre de lags ou délais :

    «  There is likely to be a lag between the need for action and government recognition of the need ; a further lag between recognition of the need for action and the taking of action ; and a still further lag between the action and its effects »
        — Milton Friedman, Capitalisme et liberté

    Conséquence, quand l'État agit enfin, il est trop tard car la machine économique est repartie et la relance ne sert qu'à amplifier l'expansion de manière irraisonnée.

    Llewellyn H. Rockwell Jr.

    Pour Llewellyn H. Rockwell[1], la relance ne sert qu'à relancer l'État, qui s'emploie à transférer des ressources dans un jeu à somme nulle ou à augmenter la dette publique, sans possibilité de créer des richesses. Le seul qui y gagne est le gouvernement, aux dépens du reste de la société :

    «  La source du problème est une défaillance intellectuelle. Voyez la façon dont l'administration invoque la théorie économique pour défendre sa politique de pillage national à grande échelle. La mauvaise théorie économique sert de prétexte à des actes de despotisme. Au final, les erreurs théoriques de Keynes sont très utiles aux gouvernements. »

    Robert Barro

    George Reisman

    Pour George Reisman le redressement économique passe par la reconstitution du capital, non par des « plans de relance » étatiques. Les récessions et les dépressions, avec les pertes qui y sont associées, sont le résultat des tentatives pour créer du capital à partir d'une expansion du crédit en lieu et place de l'épargne. Comme une personne qui se croit enrichie au cours d'une bulle financière, et que cela conduit à adopter un niveau de vie qui est au-delà de ses véritables moyens, les entreprises sont amenées à entreprendre des projets qui sont au delà de leurs moyens réels. En reprenant Ludwig von Mises, « l'essence du keynésianisme est son incapacité complète à concevoir le rôle que jouent l'épargne et l'accumulation du capital dans l'amélioration de la situation économique », George Reisman affirme, qu'à l'image des keynésiens, la majorité des gens sont profondément convaincus que la consommation est la clé de tout.

    Reisman cite par ailleurs comme exemple les dernières bulles immobilières pour illustrer les mauvais investissements et la surconsommation causés par l'expansion du crédit. En particulier, les hommes de l’État ont également beaucoup contribué à ce qu’on accorde ces prêts à des acheteurs qui n’étaient pas capables de rembourser leurs crédits. Ils l’ont fait par le biais de leurs différents programmes de garantie de prêt, attribués par Fannie Mae, Freddie Mac et le Ministère du logement et du développement urbain, et même au moyen de l'extorsion pure et simple, par l’intermédiaire du Community Reinvestment Act, qui exigeait des banques qu’elles fassent suffisamment de prêts de ce genre pour que certains « groupes communautaires » s’en trouvent satisfaits.

    Quelles sont les mesures les moins mauvaises ?

    Si malgré tout une politique de relance est adoptée, quelle devrait-elle être ? Pour la majorité des économistes, la plus efficace des mesures est non d'investir directement, mais de rendre leur argent aux contribuables par des baisses d'impôts. En effet, qui est mieux à même de dépenser de la façon la plus efficace son argent ? Quelqu'un qui le dépense pour soi, ou quelqu'un qui le dépense pour d'autres sur le fondement de ses croyances ou de son idéologie ? Voir par exemple les travaux d'Alberto Alesina[2].

    Notes et références

  • Stimulation by Government

  • Voir aussi

    Citations

    • «  Voulez-vous connaître le plus grand programme de relance de tous les temps ? La Seconde Guerre mondiale. Oui, vous lisez bien. Il est largement reconnu que la guerre a sorti l’économie américaine de la Grande Dépression. Oui, la Seconde Guerre mondiale était un plan de relance classique. Des milliers de milliards de dollars ont été dépensés. Des milliers de milliards de dollars ont été perdus. Et à la fin, le monde était appauvri. »
          — Bill Bonner

    • «  Les dépenses de relance n’augmentent pas la demande totale : elles la remanient simplement, en laissant l’économie aussi faible qu’avant — si ce n’est plus. Après quatre décennies de chômage massif et de multiples « plans » de relance, pourquoi ces recettes produiraient-elles soudain un résultat différent ? »
          — Véronique de Rugy, Relance et Dépense Publique, Libres ! 100 idées, 100 auteurs

    • «  Des plans d’irrigation pendant le déluge. »
          — Jacques Rueff, Titre de son article dans Le Monde du 24 septembre 1965

    Liens externes

    En anglais

    D) -  Parabole de la vitre cassée

    La parabole de la vitre cassée constitue le premier chapitre de Ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas, essai écrit par Frédéric Bastiat en 1850. Son objet est de combattre le sophisme économique du même nom, selon lequel le bris d'une vitre se ferait au bénéfice de l'intérêt général, en ce qu'elle donne du travail au vitrier et provoque ainsi une réaction en chaîne vertueuse. Certains économistes soutiennent en effet qu'une catastrophe naturelle ou une guerre ont des effets positifs sur la société en favorisant la croissance ou l'emploi

    Nocivité de l'interventionnisme étatique

    Ce sophisme et ses corollaires, que Bastiat combat dans le reste de son texte et dans de nombreux autres écrits, participe de l'ignorance économique qui, à la fois, favorise l'application de politiques financièrement et humainement coûteuses et laisse le champ libre aux démagogues pour traiter les questions économiques.

    L'idée se trouve déjà chez Jean-Baptiste Say, qui réfute par avance les sophismes de type keynésien, très prisés par les hommes politiques, qui prétendent que l'endettement de l'État encourage l'économie, et que la dépense publique produit de la croissance :

    Voltaire avait dit : « un État qui ne doit qu'à lui-même ne s'appauvrit pas, et ses dettes même sont un nouvel encouragement pour l'industrie. » [...] Voltaire, qui était en ceci l'organe de l'opinion générale de son époque, ne voit pas que la valeur empruntée, si elle n'avait pas été dépensée par le gouvernement, l'aurait été par le capitaliste qui la lui a prêtée ; même quand il l'aurait dépensée reproductivement » [c'est-à-dire de manière à reproduire ce qui est consommé] », puisque dans ce cas même il en aurait acheté de la main-d'œuvre ou des matériaux, et n'aurait pas donné à l'industrie moins d'encouragements que le gouvernement dépensant la même somme. » (Cours complet d'économie politique pratique, 1829, tome 6, p 130-131) »

    La perte causée par une destruction ou par un vol (d'origine fiscale ou non) est toujours une perte nette : sa réparation a un coût. En matière fiscale, la loi de Bitur-camember explique que ce coût est amplifié, quel que soit l'emploi des fonds prélevés par la fiscalité : il y a, comme l'exprimait Bastiat, « un gain pour deux pertes ».

    La parabole de la vitre brisée s'applique à tous les domaines de l'interventionnisme étatique. On voit l'usage qui est fait des fonds prélevés sur le contribuable, on ne voit pas ce que le contribuable aurait pu faire avec cet argent si on lui en avait laissé l'usage. L'étatisme suscite ainsi un sophisme comptable qui permet de justifier n'importe quelle action de l'État : plus il prélève, plus il est utile à la société. Cette illusion est très répandue : les plans de relance, l'assistanat, la guerre contre la drogue, les divers projets publics (infrastructures, science, environnement, etc.), rencontrent peu de contestation parce qu'ils semblent utiles, et qu'on refuse d'examiner leur coût. La destruction nette de valeur est cachée par l'apparente utilité et par le discours étatique à la fois rassurant et vague (évoquant les retombées de l'action étatique, le soutien au commerce ou à l'industrie, le prestige du pays, etc., toutes choses non mesurables, mais convaincantes en apparence).

    Réfutation d'une objection

    Les keynésiens tentent parfois de réfuter la parabole de la vitre cassée en expliquant qu'elle n'est valide qu'en situation de plein emploi. Une destruction pourrait donner du travail à des ouvriers en situation de chômage et donc être bénéfique. Cependant, il ne faut pas confondre emploi et richesse :

    Mais pour les économistes, qui rejettent cette idée et pensent au contraire que les marchés peuvent utiliser les ressources de façon efficace pour peu qu’on les laisse tranquilles, il n’y a aucun avantage aux événements destructeurs. Même si nous pouvons imaginer des situations dans lesquelles ces événements peuvent procurer des bénéfices à des groupes particuliers, la société en net est toujours appauvrie, car la nécessité d’utiliser davantage de travail – simplement pour retrouver le statu quo en termes de richesse – est un coût et non un bénéfice. Toutes choses égales par ailleurs, nous nous portons mieux si les gens doivent travailler moins pour atteindre un certain niveau de richesse ou un certain flux de consommation.[1] (Robert P. Murphy)

    Extrait

    « À quelque chose malheur est bon. De tels accidents font aller l'industrie. Il faut que tout le monde vive. Que deviendraient les vitriers, si l'on ne cassait jamais de vitres? »
    « ... La vitre étant cassée, l'industrie vitrière est encouragée dans la mesure de six francs ; c'est ce qu'on voit. Si la vitre n'eût pas été cassée, l'industrie cordonnière (ou toute autre) eût été encouragée dans la mesure de six francs ; c'est ce qu'on ne voit pas.
    « Et si l'on prenait en considération ce qu'on ne voit pas parce que c'est un fait négatif, aussi bien que ce que l'on voit, parce que c'est un fait positif, on comprendrait qu'il n'y a aucun intérêt pour l'industrie en général, ou pour l'ensemble du travail national, à ce que des vitres se cassent ou ne se cassent pas. »

    Notes et références


    Bibliographie

    • 2019, Joël J. van der Weele, Mataka P. Flynn, Rogier J. van der Wolk, "Broken Window Effect", In: Alain Marciano, Giovanni Battista Ramello, dir., "Encyclopedia of Law and Economics", New York: Springer, pp151-154

    Citations

    • Dans son essai intitulé Ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas, Bastiat avance l'idée suivante : on voit ce que font les gouvernements, et on chante leurs louanges en conséquence, mais on ne voit pas le revers de la médaille. Et pourtant, il existe bel et bien ; simplement, il est moins évident et demeure invisible. [...] Si les conséquences tant positives que négatives d'une action retombaient sur leur auteur, nous apprendrions vite. Mais, comme elles sont visibles, les retombées positives ne bénéficient souvent qu'à leur auteur, tandis que les conséquences négatives, invisibles, retombent sur les autres, et c'est la société qui en paie le prix fort. (Nassim Nicholas Taleb, Le Cygne noir, 2007)
    • Entre un mauvais et un bon économiste, voici toute la différence : l'un s'en tient à l'effet visible ; l'autre tient compte et de l'effet qu'on voit et de ceux qu'il faut prévoir. (Frédéric Bastiat, 1850)
    • C'est une opinion désastreuse que celle qui représente tout emploi de capitaux comme indifférent. Cette opinion est favorisée par tous ceux qui profitent des dilapidations des gouvernements, et par tous ceux encore qui répètent sur parole des maximes qu'ils n'entendent pas. Sans doute, le numéraire, signe des richesses, ne fait que passer dans tous les cas d'une main à l'autre ; mais lorsqu'il est employé en consommations reproductives, pour une valeur il y en a deux : lorsque sa consommation est improductive, au lieu de deux valeurs il n'y en a jamais qu'une. De plus, comme pour être dissipé en consommations improductives il est arraché à la classe qui l'eût employé productivement, la nation, si elle ne s'appauvrit pas de son numéraire, s'appauvrit de toute la production qui n'a pas eu lieu. ("Principes de politique", Benjamin Constant)

    Liens externes

     


    E) - Bitur-Camember

    La loi de Bitur-Camember, énoncée par François Guillaumat et Georges Lane et reprise par François-René Rideau, est une loi logique qui établit que la redistribution politique et la spoliation légale détruisent en tendance une richesse équivalente à celle qu'elles confisquent.

    C'est une illustration de ce que la sagesse populaire admet depuis bien longtemps : bien mal acquis ne profite jamais. Une formulation plus longue de la loi de Bitur-Camember est la suivante :

    Pour toute richesse volée et redistribuée par les hommes de l’État, une richesse équivalente devra être détournée de la production réelle pour être pseudo-investie dans la lutte pour ce butin, c'est-à-dire dans les démarches, l'intrigue, la propagande, la corruption et la violence nécessaires pour affronter la rivalité des autres prétendants : de sorte que la quasi-totalité des avantages de l'action politique doivent être dissipés en coûts subis pour les obtenir.

    Démonstration

    Comme l'explique François Guillaumat, la démonstration de Bitur-Camember est purement logique, a priori : elle n'implique aucune de ces « comparaisons interpersonnelles d’utilité » chères aux utilitaristes. Elle ne peut non plus être constatée empiriquement, « étant donné la multiplicité des formes que peuvent prendre les pseudo-investissements ».

    La spoliation légale (celle qu'opère l'État par l'impôt et les prélèvements sociaux) s'effectue dans l'impunité, à la différence de la spoliation illégale (celle de la criminalité de droit commun). Elle semble constituer un avantage net : il est plus facile de s'emparer du travail d'autrui que d'être soi-même producteur ; le prédateur semble ainsi obtenir un gain sans effort ni investissement préalable de sa part, à la différence de toutes les autres activités économiques. Dans un monde cleptocratique idéal, on pourrait croire qu'il s'agit là d'un jeu à somme nulle : ce qui est perdu par le spolié est gagné par le spoliateur, et le coût de la prédation passe inaperçu, en raison de l'impunité apparente dont jouit le spoliateur.

    Cependant, cette impunité de la spoliation attire davantage de prédateurs et de receleurs du butin : « les avantages apparents de l’impunité, un surcroît de rivalité pour le butin doit forcément les compenser ». En fin de compte, il n'y a pas nécessairement d'avantage net, l'action politique pour s'emparer du butin (ou au contraire pour se protéger des prédateurs) a elle aussi un coût. Tout comme dans la vie économique courante, il n'y a pas de profit certain, même dans la spoliation.

    Mais la richesse dont on s'empare par la violence a été produite par d'autres ; ce n'est pas une nouvelle production. Voler ne produit rien et a un coût, appelé pseudo-investissement : le voleur ou le receleur investit, tant qu'une source de profit lui apporte plus que le coût pour l'obtenir. Le montant de tous ces pseudo-investissements constitue donc une perte économique nette (on a sacrifié des ressources qui ne produiront rien), une destruction de richesse, difficile à évaluer précisément mais qui aura tendance à s'approcher du gain obtenu par la spoliation.

    Une comparaison plus parlante : le cambrioleur qui pille les appartements, bien qu'il puisse s'enrichir de la sorte, est un nuisible, une charge pour la société dont il détourne la richesse. Plus il y a de voleurs et de receleurs, plus la richesse diminue, et il s'agit là non pas de la richesse qui change de mains par l'action des voleurs, mais de tous les efforts improductifs de tous les voleurs et receleurs réunis (improductifs même quand le voleur réussit son coup puisque rien n'est produit en réalité). À l'extrême, une société (même très riche) constituée uniquement de voleurs et de receleurs se détruirait très rapidement (les sociétés collectivistes illustrent constamment ce fait).

    Conséquences

    Une première conséquence de la loi de Bitur-Camember est qu'il est absurde de prétendre que la spoliation, même légale, puisse avoir un quelconque effet global positif sur la société. Les quelques effets positifs, s'ils existent, sont largement contrebalancés par les effets négatifs, non visibles, causés par la spoliation : soustraction de richesse à la sphère productive, coûts de mise en œuvre de la spoliation elle-même par les spoliateurs, voleurs et receleurs (pseudo-investissements), auxquels on peut ajouter les coûts de protection contre la spoliation (contre-investissements). Cela réfute toutes les pseudo-théories étatistes qui chantent les vertus de l'impôt, de la redistribution et de la subvention. Le vol étatique n'est même pas un jeu à somme nulle : c'est une destruction nette de richesse.

    À l'objection étatique d'une arrogance éhontée, que le spoliateur, dans sa grande sagesse, procède à une meilleure allocation des biens au bénéfice des voleurs et receleurs et au détriment du spolié, la réponse est évidente : du fait de la subjectivité de la valeur, il est incapable d'évaluer l'utilité ou l'ophélimité des ressources volées. Son action coercitive n'est Pareto-optimale que par pur hasard (en outre, si elle était vraiment Pareto-optimale, elle se produirait probablement sans intervention de l’État, intervention qui a un coût). L'incomparabilité des préférences interdit d'affirmer qu'on a le droit de faire du bien aux uns au détriment des autres.

    Une seconde conséquence de la loi de Bitur-Camember est qu'il est impossible de définir a priori une politique qui apporte un avantage net à un groupe prédéterminé de personnes, même s'il est toujours possible de recenser a posteriori les quelques individus qui ont pu profiter de l'agression des hommes de l’État.

    L'action politique est par conséquent :

    1. globalement nuisible (destruction nette de richesse, par non-respect du droit de propriété), le gaspillage politique est égal au pillage dont il procède ;
    2. jamais assurée d'atteindre ses buts (incertitude quant à ses résultats, car même la coercition n'offre pas de garantie de profit) : loi d'impossibilité de Bitur-Camember.

    Par inversion de la loi, on peut affirmer que « toute baisse simultanée des impôts et dépenses publiques engendre une augmentation de la production d’égale ampleur » (théorème d’Omlevaah). De même, toute dérèglementation ou abolition de loi liberticide profite à la société :

    Toute tentative d'imposer un ordre artificiel venu d'en haut n'aboutit en fin de compte qu'à créer un désordre plus grand, auquel s'ajoute toutes les souffrances dues à cette imposition. (Faré, De la Justice privée : justice rétributive contre justice collective, 18/01/2010)

    Origine de l'expression

    Elle met à contribution la bande dessinée créée par Christophe (de son vrai nom Georges Colomb, 1856-1945). Dans un épisode (On ne pense pas à tout), le sergent Bitur demande au sapeur Camember de boucher un trou à partir de la terre qu'il aura obtenue en creusant un premier trou qu'il devra boucher avec la terre d'un deuxième trou. Camember est puni pour « n'avoir pas creusé le deuxième trou assez grand pour pouvoir y mettre sa terre avec celle du premier trou ». L'épisode illustre l'absurdité de l'autoritarisme qui édicte des tâches improductives. Il existe un conte de Nasr Eddin Hodja qui est similaire (et peut-être antérieur à l'histoire du sapeur Camember), mais qui se termine différemment :

    - Très ingénieux, Nasr Eddin ! Mais dis-moi, la terre que tu auras retirée du deuxième trou, qu'en feras-tu ? La mettras-tu dans un troisième ?

    - Allons, laisse-moi tranquille maintenant. Je n'ai pas le temps de t'expliquer mon plan dans tous les détails.[1]

    Tout comme creuser un trou, spolier quelqu'un par l'impôt ou les charges « sociales » coûte des efforts (ne serait-ce que parce que le spolié aura tendance à résister) ; à mesure que les spoliateurs et les profiteurs de la spoliation entrent en concurrence entre eux, cet effort devient de moins en moins payant pour chacun, et la somme des efforts consentis s'approchera progressivement de la valeur du butin extorqué. Le trou qui ne peut jamais être comblé symbolise l'injustice initiale de la spoliation, qui ne peut être effacée par aucune manipulation qui vise à la cacher.

    Il y a donc, comme le disait Bastiat, « un profit contre deux pertes » [2] : voler la richesse d'autrui et la redistribuer entraîne une perte en efforts pour l'obtenir ajoutée à la perte pour celui qui en a été spolié. C'est toute la différence avec l'échange volontaire qui est au cœur de l'économie libérale, échange par définition profitable à toutes les parties.

    La tromperie étatique, génératrice d'illusion, consiste comme l'explique Frédéric Bastiat à dissimuler la « main rude », celle qui vole, pour attirer exclusivement l’attention sur la « main douce », celle qui distribue les privilèges.

    Vanité de la redistribution

    Le montant d'argent à prendre aux riches serait insuffisant pour enrichir les pauvres. L'État prend donc d'une main au peuple et il redonne un peu moins à ce même peuple de l'autre main. Mais il y a pire. À cause des lois de l'incidence, les véritables bénéficiaires de la redistribution ne sont jamais ceux que l'État visait.

    Pseudo-investissement

    Le pseudo-investissement désigne l'effort politique et fiscal qui vise à s'emparer du butin. On parle de pseudo-investissement, plutôt que d'investissement tout court, parce que la richesse convoitée n'est en réalité pas produite par cet investissement dans la spoliation mais par un autre investissement, l'investissement véritable, celui de la victime de la spoliation, qui voit le fruit de son travail ou de son épargne ainsi perdu.

    Les pseudo-investissements destinés à la distribution ont tendance à augmenter tant qu'ils sont rentables. L'État pseudo-investit dans la récupération d'impôts jusqu'au moment où le coût de son pseudo-investissement serait supérieur au montant des impôts perçus. Ces impôts perçus sont ensuite un butin que convoitent de nombreux bénéficiaires.

    L'État pseudo-investit tant qu'un gain est possible. De même, les bénéficiaires pseudo-investissent tant que leur gain est possible. Tant que le coût du pseudo-investissement est inférieur au gain, le pseudo-investisseur pseudo-investira. Il s'ensuit que les pseudo-investissements sont proches du montant total des impôts.

    Dispositifs de prédation

    Les dispositifs de prélèvement étatique sont entretenus par une propagande financée par des subventions publiques. Ce sont les spectacles médiatiques qui entourent les actions de l'État. D'une manière plus générale, c'est la fabrication d'une illusion fiscale pour chacune des actions de prédation de l'État. Cette illusion fiscale passe souvent par des distributions économiquement nuisibles, mais qui donnent de l'État une image avantageuse.

    Les dispositifs de prédation sont aussi des dispositifs légaux. Ce sont aussi des pressions diplomatiques sur des pays ayant une fiscalité différente. Ce sont les fonctionnaires qui gèrent les dispositifs, qui les adaptent.

    Pseudo-investissement des receleurs

    Le partage d'un butin entre les voleurs est une source d'incertitude et de coût. Le coût de distribution du butin est important. Plus le montant est grand, plus nombreux seront les prétendants à recevoir cet argent. Plus la compétition sera rude entre les bénéficiaires. Plus l'État devra consacrer des soins à consulter et à évaluer les choix qui lui sembleront les meilleurs. Plus chacun consacrera du temps pour influer sur des décisions de redistributions. Le personnel politique consacre tout son temps à tenter d'influencer la redistribution étatique.

    Lobbies subventionnés

    Les lobbies susceptibles d'influencer les décisions de l'État sont nombreux. Ils sont financés par l'État. Ils se répandent dans les journaux et animent les spectacles médiatiques pour donner l'illusion que le corps social tout entier, par le biais de ses prétendus représentants, exprimerait un débat démocratique. Ces lobbies sont les syndicats, les nombreuses associations diverses que l'État choisit d'écouter, ainsi que les sponsors des campagnes électorales (particulièrement aux États-Unis). L'État fabrique l'illusion d'être à l'écoute des citoyens en feignant d'écouter les divers lobbies. Le combat subventionné des lobbies est le plus souvent vain. Chaque prétendu débat démocratique se résume à une agitation dans un verre d'eau.

    Pseudo-investissement des fonctionnaires

    Le fonctionnaire s'engage dans une carrière dans laquelle il imagine servir le bien commun. La réalité est que son action est vouée à être, par nature, destructrice nette de valeur. Le fonctionnaire vit d'argent volé, mais l'illusion fiscale est telle que la plupart jugent que l'argent venant de l'État serait propre, neutre, dépourvu d'envie lucrative.

    Et selon cette croyance étatique, l'argent provenant des agents économiques privés proviendrait d'une envie de lucre et donc dépourvu d'honnêteté intellectuelle. Bien sûr, ces préjugés sont faux : l'argent de l'État est de l'argent volé, et l'argent provenant de celui qui l'a honnêtement gagné est respectable. Cette interversion du Bien et du Mal est un succès populaire de la puissance de l'illusion fiscale.

    Monopole, source d'illusion fiscale

    L'État interdit la concurrence des activités de l'État. Cette interdiction est parfois, mais rarement, formelle. L'État surtaxe toute éventuelle concurrence. Ou bien l'État tue la concurrence en vendant des services à moindre coût.

    Le but de ce monopole étatique est de donner l'illusion que l'État est généreux. C'est une des formes de l'illusion fiscale. L'État est ainsi le seul à fournir tant de services indispensables aux populations. Nombreux sont ceux qui se sentent redevables de l'apparente générosité de l'État envers eux. Ils cultivent alors un sentiment de gratitude envers leur prétendu bienfaiteur.

    Valeur des services étatiques

    La valeur d'un service ne peut être évaluée que par le jugement monétaire des usagers. L'usager d'un service mesure la valeur d'un service par l'argent qu'il est disposé à dépenser pour ce service. Il n'existe donc pas de preuve formelle qu'un service vendu gratuitement par l'État aurait une valeur non nulle. L'utilisation par un individu d'un tel service monopolistique ne prouve pas qu'il en obtient une satisfaction. Elle prouve seulement que son insatisfaction est moindre qu'en s'abstenant de l'utiliser.

    Le service étatique interdit que des concurrents proposent des services mieux adaptés. Ces services étatiques monopolistiques détruisent une valeur égale aux services non rendus par l'inexistence d'entreprises concurrentes. Le monopole crée une destruction de richesse égale à la production qu'auraient eue des entreprises concurrentes.

    Sous cet angle, tout monopole étatique est une source de destruction nette de richesses.

    Destinataire de redistribution

    Toute dépense de l'État est une redistribution. Le bénéficiaire d'une redistribution n'est pas celui que l'État avait souhaité qu'il soit. En effet, les lois de l'incidence montrent que toute subvention durable induit une modification des prix du marché. Celui qui reçoit la redistribution la repayera sous une autre forme à un autre agent économique. Un autre agent économique non prévu sera le véritable bénéficiaire de cette subvention.

    Contre-investissement des victimes

    L’État prélève aux victimes la moitié de leur production. La plupart des victimes se comportent comme si ce prélèvement étatique était une spoliation, ou comme si elles ne consentaient pas à l’impôt qui les frappe. Elles réagissent à cette apparente spoliation qui les frappe. Elles travaillent alors moins et produisent donc moins. Elles réduisent ainsi les prélèvements de l'État. Cette réduction de travail est une perte sèche de création de richesse.

    La victime investit alors son temps et son argent en tenant compte du prélèvement de l’État. Cette différence d'investissement traduit une perte de valeur pour la victime. Chaque échange enrichit le vendeur et l'acheteur. Certains agents économiques auraient gagné aux échanges avec une telle victime. Ils perdent ainsi une occasion de profit, de création de richesse.

    Le gain d'un contre-investissement se mesure par la réduction des prélèvements dont l'investisseur aurait été victime. La victime investira dans des contre-investissements jusqu'à ce que son gain net soit optimal. Elle aurait investi autrement sans cette prédation. Le coût subi par la victime est ainsi le coût d'opportunité dont elle est privée par le prélèvement étatique.

    Solde de la redistribution

    L'État pseudo-investit pour obtenir le montant des impôts. Les bénéficiaires du butin pseudo-investissent pour en obtenir une partie. Les victimes subissent un coût du fait du prélèvement qu'elles subissent. Elles subissent un coût d’opportunité en tentant de réduire le montant de ce prélèvement. La somme de ces dépenses est égale, en tendance, au montant des impôts. Cette présentation de la loi de Bitur-Camember est différente de celle de l'auteur, François Guillaumat.

    Critique de la loi de Bitur-Camember

    Cette loi ne fait qu'exprimer la nocivité de toute action étatique, du fait qu'elle est menée sans le consentement des acteurs concernés (tant les spoliés, que les bénéficiaires directs ou indirects) : il y a égalité entre prédation et destruction. Du fait de l'incomparabilité des préférences, il est impossible d'évaluer les pertes subies, ni de comparer les avantages aux inconvénients. On ne peut que raisonner en lieu et place d'un individu donné, dont la valeur de la mise (s'il est rationnel) ne dépassera pas celle du bénéfice espéré en retour.

    Il n'est pas exact non plus que « la quasi-totalité des avantages de l'action politique doivent être dissipés en coûts subis pour les obtenir », les coûts pourraient être même largement supérieurs aux avantages si l'on tient compte de tous les efforts de tous les lobbyistes réunis et de tous les contre-investissements requis pour se prémunir contre la prédation ou l'interventionnisme étatique. Cela ressemble à une sorte de multiplicateur keynésien inversé où un impôt de 1 unité monétaire appauvrit le pays de n unités monétaires. L'espoir d'un gain peut induire des efforts dont le coût dépasse le montant à distribuer, comme l'illustrent les loteries (qui ne se financent précisément que par l'espoir du gain). De la même façon, le privilège de monopole peut être chiffré (par exemple l'achat d'une plaque de taxi dans les villes où il y a un numerus clausus : ce coût est une dépense inutile et absurde, qui disparaîtrait en situation de réelle concurrence).

    La loi de Bitur-Camember a donc seulement un intérêt rhétorique, réexposant et reformulant de façon plus frappante le vice inhérent à l'interventionnisme et à la taxation, que les économistes passés avaient déjà signalé. Elle souligne combien la redistribution politique attise la convoitise et génère pour cette raison des coûts que l'on oublie de comptabiliser, mais qui compensent largement les avantages apparents qu'elle promet.

    Notes et références

  • Pour poursuivre dans la veine humoristique, on peut ainsi formuler le corollaire de Nasr Eddin Hodja à la loi de Bitur-Camember : l'art de la politique consiste à masquer la destruction de richesse par l'enfumage des victimes.

  • Voir aussi

    Citations

    • Au fur et à mesure que le domaine de l’État s'étend, il devient plus profitable pour les entrepreneurs d'« acheter » le personnel politique plutôt que d'« acheter » leurs clients en leur offrant ce qu'ils demandent. [...] en intervenant dans la vie économique, de façon toujours de plus en plus étendue, l’État crée lui-même les conditions nécessaires à une manipulation croissante des lois du marché au profit de groupes d'intérêts particuliers. (Henri Lepage, Demain le capitalisme, 1978)
    • Une fois qu'une richesse peut être volée elle est soumise à toutes les lois de la spoliation légale : notamment, les ressources, une fois livrées à la décision politique, sont désormais l'objet de la rivalité des puissants, et ces puissants-là doivent se battre pour en obtenir leur part : en effet, il n'y a jamais de profit garanti, pas plus dans le domaine du vol que dans celui de la production. (Georges Lane et François Guillaumat, 2002)
    • Ce qui limite la spoliation, c'est rarement la résistance des spoliés ; c'est plutôt les pertes qu'elle inflige à tout le pays et qui retombent en partie sur les spoliateurs. (Vilfredo Pareto)
    • La tentation est irrésistible pour les politiciens d’un régime démocratique de mettre au service de leur clientèle les pouvoirs du gouvernement. De leur côté, les électeurs, pourvu qu’ils soient bien organisés, ont vite mesuré le chantage qu’ils pouvaient exercer sur des hommes ambitieux en mal d’élection. À l’Etat-arbitre succède l’État-enjeu... Chacun se bat, non plus pour accroître la production totale de richesses, mais pour capter le fruit du travail d’autrui que l’État collecte et redistribue. (Christian Michel)
    • Les gens ont tendance à oublier que pour obtenir de l'argent le gouvernement doit taxer, emprunter ou créer de la monnaie. Les dépenses du gouvernement ne sont jamais gratuites. L'argent emprunté ou taxé est sorti du secteur privé, là où il aurait pu être utilisé de manière plus productive. (Peter Schiff)
    • Ainsi, le peuple n’est pas misérable seulement parce qu’il paie au-delà de ses moyens, mais il est misérable encore par l’usage que l’on fait de ce qu’il paie. (Benjamin Constant)
    • Piller : arracher les biens de A au profit de B, en laissant C se lamenter sur l'occasion perdue. (Ambrose Bierce, Le Dictionnaire du Diable)
    • Le recours à l'impôt pour financer des dépenses publiques conduit à une double destruction de richesses par rapport à ce qui se passerait si l'on avait plutôt recours au contrat libre et à la liberté d'entreprendre. En effet, ceux qui paient l'impôt sont incités à faire moins d'efforts - de travail, d'innovation, d'épargne ou d'investissement. Mais, par ailleurs, ceux qui bénéficient des largesses étatiques sont aussi moins incités à faire des efforts puisqu'ils peuvent obtenir gratuitement - ou presque gratuitement - ce qu'ils désirent et qu'ils ne pourraient normalement obtenir que par le travail et l'effort. (Pascal Salin, Libérons-nous, 2014)
    • Il est difficile d'imaginer une façon plus stupide ou plus dangereuse de prendre des décisions qu'en laissant ces décisions entre les mains de gens qui ne paient jamais les conséquences de leurs erreurs. (Thomas Sowell)
    • À chaque dépense du gouvernement correspond un dommage global pour la société exactement équivalent en valeur à ladite dépense, excepté pour une petite part qui ne profite qu'aux politiciens. C'est la fameuse règle de la double incidence de la perte qui est bien connue depuis le XIXe siècle comme s'appliquant au protectionnisme (voir le texte Un profit contre deux pertes de Bastiat), mais qui s'applique tout aussi bien à toute forme d'État-providence. (Faré, 2004)
    • La spoliation ne déplace pas seulement la richesse, elle en détruit toujours une partie. (Frédéric Bastiat)
    • C'est une opinion désastreuse que celle qui représente tout emploi de capitaux comme indifférent. Cette opinion est favorisée par tous ceux qui profitent des dilapidations des gouvernements, et par tous ceux encore qui répètent sur parole des maximes qu'ils n'entendent pas. Sans doute, le numéraire, signe des richesses, ne fait que passer dans tous les cas d'une main à l'autre ; mais lorsqu'il est employé en consommations reproductives, pour une valeur il y en a deux : lorsque sa consommation est improductive, au lieu de deux valeurs il n'y en a jamais qu'une. De plus, comme pour être dissipé en consommations improductives il est arraché à la classe qui l'eût employé productivement, la nation, si elle ne s'appauvrit pas de son numéraire, s'appauvrit de toute la production qui n'a pas eu lieu. (Principes de politique, Benjamin Constant)
    • Mais quand même, en s’emparant de la partie la plus claire de tous les revenus d’un pays, un gouvernement parviendrait à prévenir ou à réprimer tout attentat privé contre les fortunes, il ne serait encore pas vrai de dire assurément qu’il garantit la propriété. Que vous importe, en effet, que tel gouvernement défende votre bien contre les voleurs, s’il vous enlève tous les ans en impôts plus que les voleurs ne pourraient vous prendre ? s’il faut lui donner plus que ne pourraient vous ravir les brigands contre lesquels il s’efforce de vous protéger ? (Charles Dunoyer)

    Liens externes

    https://www.wikiberal.org/wiki/Bitur-Camember


     


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