février 23, 2026

Quen tin homme est tué lâchement ! Quand on sème la guerre civile dans les mots, on ne maîtrise plus ceux qui la récoltent dans la rue !

Sommaire:

A) - Quand on sème la guerre civile dans les mots, on ne maîtrise plus ceux qui la récoltent dans la rue.

B) - Le parquet de Lyon requiert l’homicide volontaire dans le meurtre de Quentin Deranque : l’ombre de LFI et de ses affidés 

C) - Meurtre de Quentin Deranque : de l’ignorance devant la violence en politique

 


L’extrême droite et l’extrême gauche françaises, quels que soient les noms sous lesquelles elles se dissimulent, sont en réalité complices. Avec un but commun: s’opposer au deuxième tour de la prochaine élection présidentielle, pour favoriser la victoire de l’extrême-droite, faire disparaître ainsi les partis démocratiques et s’opposer ensuite par la violence sur les ruines de la démocratie . Trop de petits politiciens , de partis de droite et de gauche, leur servent de marchepied ..
Jacques Attali
@jattali
 


 

A) - Quand on sème la guerre civile dans les mots, on ne maîtrise plus ceux qui la récoltent dans la rue.

Les mots sont des briquets. La rue est l’essence.

Lyon, 12 février 2026. Un étudiant de vingt-trois ans, Quentin Deranque, converti récemment au catholicisme, passionné de mathématiques, meurt après une agression d’une violence extrême devant Sciences Po, dans un contexte de confrontation politique où l’antifascisme sert, depuis des années, de bannière et de justification à des pratiques de rue. Il y a, dans ce genre de scène, un détail toujours insoutenable : le banal — un sac à dos, une écharpe, un trottoir froid — qui survit à l’idéologie. On nous demandera de nous indigner, de pleurer, de tweeter notre « sidération ». Mais ce meurtre n’est ni un accident ni une surprise : c’est le produit terminal d’un ensauvagement politique installé, nourri, entretenu, dont les responsables ont une stratégie, des intérêts, une méthode. À commencer par La France insoumise et Jean-Luc Mélenchon, non pas comme commanditaires d’un acte, mais comme producteurs d’un climat. Ce qui s’est joué sur le bitume lyonnais n’est pas un « dérapage » isolé, c’est l’aboutissement logique d’une rhétorique de guerre civile patiemment installée, légitimée par un parti qui a fait de la désignation d’ennemis absolus son principal mode de mobilisation. L’enquête dira les noms. Moi, je décris le climat qui fabrique les coups. Entre l’hémicycle et la rixe, il n’y a pas un monde : il y a un escalier.


Mais il serait trop confortable de s’en tenir à ce constat. La responsabilité est plus large, plus diffuse, plus collective que le seul camp mélenchoniste. L’État a toléré pendant des années la professionnalisation de milices violentes, au prétexte qu’elles frappaient les « bons » ennemis. La droite a joué avec ses propres marges radicalisées tout en dénonçant celles d’en face. Les médias ont spectacularisé la violence de rue comme un folklore tant qu’il n’y avait pas de mort. Et nous tous – intellectuels, journalistes, universitaires, citoyens – avons accepté que la politique française devienne un théâtre de confrontation où l’adversaire est systématiquement réduit à un ennemi, où le conflit régulé cède la place à l’affrontement physique, où le visage de l’autre disparaît sous l’étiquette politique qu’on lui colle. Il n’y a pas de spectateurs dans une guerre civile : il n’y a que des retardataires. En tant que Juive, je sais où mènent les sociétés qui tolèrent le lynchage politique : elles finissent, tôt ou tard, par faire payer les Juifs. L’histoire européenne a une pente : quand la foule apprend à frapper, les Juifs finissent toujours par payer. Je refuse de me taire. Et je refuse le mensonge commode selon lequel « personne n’est vraiment responsable ». Tout le monde l’est. À commencer par Mélenchon. La neutralité, dans la violence politique, n’est pas une position : c’est une démission.

Hannah Arendt a établi une distinction fondamentale entre pouvoir et violence dans Du mensonge à la violence : le pouvoir naît de l’action concertée d’hommes libres dans un espace commun, tandis que la violence surgit précisément quand ce pouvoir s’effondre, quand plus personne ne croit aux institutions capables d’organiser le conflit. Ce qui s’est passé à Lyon ressemble à cela : une faillite du pouvoir, remplacé par la violence brute. Concrètement : quand le pouvoir recule, la violence prend la place. Toujours. Max Weber définissait l’État moderne par le monopole de la violence légitime sur un territoire donné, monopole qui n’est pas simple affaire de force mais garantie que la violence sera exercée selon des règles impersonnelles, prévisibles, égales pour tous. Le monopole, c’est la digue : quand elle cède, la rue devient tribunal. Ce monopole wébérien, l’État français l’a laissé se déliter, et parfois avec une étrange complaisance. Pendant des années, il a pratiqué une tolérance sélective envers des milieux d’ultragauche violents : la Jeune Garde a été associée, à répétition, à des agressions documentées, des mises en examen, des plaintes – Lyon, Paris, Strasbourg : une géographie de la violence politique. En mai 2024, huit de ses militants ont été mis en examen pour l’agression d’un adolescent de quinze ans dans le métro parisien, soupçonné d’être proche de la Ligue de défense juive, frappé et sommé de crier « Vive la Palestine ». Incapacité de travail : douze jours. L’agression est filmée, revendiquée. Et malgré cela, l’impression dominante fut longtemps celle d’une réponse lente, fragmentée, insuffisante. La dissolution intervenue ensuite n’a pas effacé les réseaux ; elle a rarement suffi à dissoudre les habitudes. La fermeté de plateau a remplacé la cohérence de terrain.

Pourquoi cette tolérance ? Parce que ces milices frappaient les « bons » ennemis : l’extrême droite, les identitaires, les nationalistes. L’État a sous-traité, de facto, une part de sa fonction répressive à des supplétifs privés, envoyant un message dévastateur : il existerait des zones grises où la violence politique devient acceptable si elle sert les bons objectifs. L’État n’a pas seulement fermé les yeux : il a donné l’habitude. Dans ces zones, le monopole wéberien n’existe plus. Des groupes privés s’installent, se professionnalisent, se croient autorisés à « faire la police » à la place de la police. La zone grise, c’est l’endroit où l’État remet ses clés à la foule. La responsabilité de l’État est donc double : il a renoncé à son monopole, et il a créé les conditions matérielles de la violence privée. Quentin Deranque est mort dans cette zone grise, là où l’État avait abdiqué. Mais cette abdication n’aurait pas suffi sans le discours qui l’a préparée, légitimée, rendue pensable. Ce discours a un nom : celui de Jean-Luc Mélenchon et de La France insoumise. On n’a pas besoin de donner un ordre pour donner une permission.

Carl Schmitt a théorisé au début du 20ᵉ siècle la distinction ami/ennemi comme essence du politique, montrant aussi que cette logique, poussée à son terme, transforme inévitablement la politique en guerre civile. C’est, depuis 2017, une dynamique que Mélenchon a alimentée, durcie, théâtralisée. Chaque discours, chaque rassemblement, chaque tweet construit méthodiquement une opposition binaire : « eux » – les riches, les policiers, les fascistes, les sionistes, les « chiens de garde médiatiques » – contre « nous », le peuple, les opprimés, les antifascistes. Ce n’est pas une simple polarisation électorale : c’est une grammaire de guerre civile où l’ennemi politique cesse d’être un adversaire avec qui l’on partage un monde commun pour devenir une menace existentielle qu’il faudrait « dégager », « neutraliser », « empêcher ». Schmittiser la politique, c’est militariser les esprits. « La police tue », répète Mélenchon en boucle, transformant toute intervention policière en violence illégitime. « Les riches se sont ensauvagés », assène-t-il, retournant l’accusation d’ensauvagement contre les classes dirigeantes. Le lexique, constamment, flirte avec l’insurrection : appels à la « mobilisation générale », à « ne plus obéir », à « renverser » le pouvoir. Transformer l’adversaire en ennemi, c’est transformer la politique en champ de tir.

Cette rhétorique n’est pas innocente. La science politique montre que la radicalisation discursive des élites peut produire, mécaniquement, une radicalisation pratique des bases. Quand un leader politique désigne des ennemis absolus, il autorise implicitement ses troupes à « neutraliser » ces ennemis. Mélenchon ne dit pas explicitement « frappez les fascistes ». Mais sa rhétorique construit un monde où « frapper les fascistes » devient un acte de légitime défense politique, presque un devoir moral. Les travaux de Sommier, Crettiez, Lebourg sur la violence politique montrent que les passages à l’acte ne sont jamais de simples accidents : ils résultent de processus de socialisation, d’environnements militants qui normalisent la violence, de discours qui la légitiment. La violence ne surgit pas : elle s’apprend. La radicalisation fonctionne souvent en quatre temps : socialisation dans un groupe fermé qui devient famille de substitution ; construction d’un ennemi déshumanisé (le « facho », le « collabo », un corps sans visage) ; normalisation progressive de la violence, d’abord verbale puis symbolique puis physique ; validation du passage à l’acte par le groupe et parfois, par l’impunité. LFI participe à ce schéma, constituant un environnement permissif : un écosystème où la violence n’est jamais explicitement ordonnée mais trop souvent implicitement autorisée. Désigner. Déshumaniser. Autoriser. Célébrer. Voilà la chaîne.

Raphaël Arnault incarne, symboliquement, cette porosité entre radicalité de rue et vitrine institutionnelle. Fondateur de la Jeune Garde, présenté par des médias comme fiché S pour des faits liés à des violences et à des milieux radicaux, il est aujourd’hui député LFI. Son assistant parlementaire, Jacques-Élie Favrot, est mentionné dans des récits et signalements publics comme ayant été impliqué dans les faits autour de l’agression de Quentin. Si ces faits et ces liens sont confirmés, alors une ligne rouge est franchie : celle qui sépare l’ombre militante de la responsabilité institutionnelle. LFI ne pourra pas dire « nous ne savions pas ». Arnault n’est pas un militant anonyme : c’est un élu investi, défendu, maintenu. Quand certains révèlent son fichage, les cadres relativisent : « une fiche S n’est pas une condamnation ». Certes. Mais l’enjeu politique n’est pas seulement pénal : c’est la culture qu’on tolère, la symbolique qu’on valide, le message qu’on envoie. La présence d’Arnault au sein de LFI n’est pas un hasard : c’est une stratégie de lien avec des milieux capables de mobiliser la rue, d’intimider, de créer un rapport de force. La Jeune Garde n’est donc pas seulement un groupe « externe » : c’est, dans l’imaginaire, une force amie — tolérée, soutenue, valorisée comme rempart. Investir, c’est endosser. Défendre, c’est assumer. Ce n’est pas un dérapage quand c’est un casting.

 

Après chaque violence attribuée à l’ultragauche, LFI suit trop souvent le même script : silence initial ; condamnation molle et générique (« nous condamnons toutes les violences ») ; retournement victimaire (« le vrai problème, c’est la violence d’État », « on instrumentalise cette mort pour nous salir »). Jamais de rupture nette, jamais de désaveu clair, jamais d’autocritique sur la rhétorique qui nourrit ces violences. Silence. Formule. Renversement. Toujours la même mécanique. Quand Mélenchon finit par s’exprimer, sa parole s’accompagne d’une dénonciation des « calomniateurs » plus que d’une remise en question du discours qui rend cette violence pensable. La compassion utilisée comme bouclier, c’est une seconde violence.

La scène du 12 février n’oppose pas des anges à des démons, mais deux radicalités qui partagent le même langage de force, les mêmes codes, la même fascination pour la confrontation. Les responsabilités ne sont pas symétriques — mais les mécanismes se répondent. D’un côté, des jeunes nationalistes, identitaires, proches du collectif Némésis – ce féminisme identitaire qui articule protection des femmes et rejet de l’immigration –, venus « assurer la sécurité » d’une action contre Rima Hassan. Pour eux, défendre l’honneur du groupe – femmes, nation, foi – exige de tenir la rue. De l’autre, des antifas ancrés dans une culture de l’autodéfense antifasciste qui fait de l’affrontement un devoir moral : la présence d’identitaires devant Sciences Po devient une provocation insupportable, un territoire à défendre. Les travaux comparatifs sur les radicalités de gauche et de droite révèlent des trajectoires souvent similaires : jeunesse, socialisation militante intensive, groupe qui devient famille, goût du risque, virilisation par la violence, ritualisation du combat de rue. Les corps se ressemblent, les scripts se répondent. Les camps se haïssent, mais ils se ressemblent : même culte de la force, même ivresse du groupe.

Anthropologiquement, la scène lyonnaise ressemble à une vendetta moderne : une question d’honneur où l’autre camp incarne une souillure symbolique qu’il faudrait expulser. La violence collective suit une logique de vendetta : il ne s’agit pas de « punir » un individu pour ce qu’il a fait, mais de « venger » l’honneur du groupe en frappant un membre du groupe adverse. Quentin, ce soir-là, n’est plus un individu : il devient un signifiant – le « facho » – un corps sur lequel on règle un compte politique. Emmanuel Levinas a placé le visage d’autrui au cœur de l’éthique : le visage n’est pas une image, c’est une présence fragile qui commande « Tu ne tueras point ». Mais pour que le visage apparaisse, il faut accepter de voir l’autre comme un sujet singulier, irréductible à une étiquette. Quentin Deranque avait un visage : étudiant brillant, passionné de mathématiques, converti récent au catholicisme, pratiquant d’une paroisse lyonnaise, décrit par ses proches comme « joyeux », « calme », « intellectuel ». Pour ses agresseurs, ce visage n’existait pas. Il était une catégorie. Et la réduction de l’individu à une étiquette est la condition du lynchage. Le lynchage commence quand le prénom s’efface. Tant qu’il est Quentin, on hésite. Dès qu’il est “facho”, on frappe.

LFI fabrique méthodiquement cette disparition du visage. Quand Mélenchon et ses cadres parlent des « fascistes », des « collabos », des « chiens de garde », ils ne désignent pas des individus : ils créent des catégories déshumanisées qu’il devient légitime de « neutraliser ». Hannah Arendt a montré dans Eichmann à Jérusalem que la banalité du mal ne réside pas dans le sadisme, mais dans la capacité de personnes ordinaires à ne plus voir l’humanité de ceux qu’elles frappent lorsqu’un système idéologique leur dit que c’est légitime. Les militants qui ont frappé Quentin ne sont peut-être pas des monstres. Ce sont des jeunes gens persuadés que frapper un « fasciste » est un acte de justice. C’est cette banalité-là qui est terrifiante. Le pire n’est pas le monstre : c’est l’homme ordinaire persuadé d’être du bon côté. La pureté morale est l’excuse préférée des mains sales.

Le gouvernement et la droite hurlent aujourd’hui contre « l’ultragauche meurtrière ». Ils n’ont pas tort de nommer le phénomène. Mais leur indignation arrive après des années de laisser-faire, de tolérance sélective, d’hypocrisie structurelle. Les services savaient. Les rapports existaient. Les signaux s’accumulaient. Et pourtant : rien, ou si peu ; trop tard, trop fragmenté, trop opportuniste. Ils feignent de découvrir ce qu’ils ont laissé prospérer. Quand l’État arrive après la bataille, il ne gouverne plus : il commente.

Pourquoi ? Parce que dénoncer « l’ultragauche » est politiquement rentable sans être stratégiquement coûteux. On peut faire des discours de fermeté, mobiliser un électorat sans assumer une ligne claire : aucune milice, d’aucun bord, n’a sa place dans l’espace public. La science politique parle de tolérance répressive sélective : on frappe très vite certains groupuscules, on ferme les yeux sur d’autres tant qu’ils cognent les « bons » adversaires. Cette géométrie variable est dévastatrice : elle envoie le message qu’il existe des zones où la violence politique est admise, voire utile. Dans ces zones, les milices prospèrent. Ils veulent la peur, pas la paix : la peur vote, la paix s’oublie.

Et la droite ? Marine Le Pen et Marion Maréchal exigent « justice pour Quentin », dénoncent le « lynchage », accusent « la milice de Mélenchon ». Leur indignation est compréhensible. Mais elle bute sur leurs propres ambiguïtés : fascination pour la force, théâtralisation de la confrontation, complaisances passées avec des services d’ordre et des marges radicalisées. On ne peut pas passer sa vie à théâtraliser la guerre interne et découvrir un matin, stupéfait, que des jeunes y croient. Personne ne veut vraiment désarmer la violence politique, parce que tout le monde y trouve son compte : LFI mobilisée par l’antifascisme radical, la droite mobilisée par la peur de l’ultragauche, l’État produit des gesticulations répressives sans cohérence. Et pendant ce temps, des corps tombent. On ne combat pas les milices des autres en caressant les siennes. On ne joue pas à la guerre civile sans finir par la provoquer.

Je ne peux pas écrire cet article sans assumer ma position de parole. Je suis juive. Cette identité n’est pas accessoire : elle porte une mémoire, celle des sociétés qui tolèrent le lynchage politique. Les Juifs savent ce que signifie une société où des milices s’arrogent le droit de désigner l’ennemi et de le frapper. Cela commence toujours par d’autres – les « fascistes », les « traîtres », les « bourgeois », les « contre-révolutionnaires » – et cela finit toujours par nous atteindre. Je reconnais les signaux faibles : c’est notre métier de survivants. La Jeune Garde s’est déjà trouvée mêlée à une agression à tonalité antisémite : un adolescent frappé dans le métro parisien, sommé de crier « Vive la Palestine » parce qu’on le soupçonnait d’être proche de la LDJ. LFI a, trop souvent, banalisé un discours où l’antisionisme radical ouvre un espace ambigu : obsession contre Israël, soupçon de « lobby sioniste », glissement où « sioniste » devient synonyme d’ennemi absolu. Quand on admet que des groupes s’arrogent le droit d’expulser « les fascistes » de l’espace public, il ne faut qu’un pas pour qu’ils décident demain d’expulser « les sionistes », puis les Juifs identifiables. Aujourd’hui “facho”. Demain “sioniste”. Après-demain “Juif”. Les étiquettes changent, le geste reste.

Je ne peux pas me taire face à la mort de Quentin Deranque. Non pas parce qu’il serait « mon camp » mais précisément parce que je sais où mène l’acceptation du lynchage politique. Si l’on tolère qu’un jeune catholique nationaliste soit lynché pour ce qu’il pense, alors on accepte le principe même que des identités politiques, religieuses, nationales deviennent des motifs de mise à mort. Dans ce monde-là, il n’y a plus de garantie pour personne. Et nous, les Juifs, le savons mieux que quiconque : nous sommes toujours parmi les premières cibles quand la violence politique devient normale. Le visage de Quentin Deranque doit être le dernier à disparaître sous les coups. Si nous laissons passer ce meurtre sans exiger une rupture radicale avec toutes les cultures de la violence politique, nous aurons perdu le droit de nous dire civilisés. Je refuse le tri des morts. Je refuse le confort des camps. Je refuse qu’on apprenne à tuer au nom d’un slogan.

Quentin Deranque est mort parce que des militants d’ultragauche l’ont frappé jusqu’à ce que son crâne cède. Mais ces militants n’ont pas agi dans le vide : ils ont agi dans un environnement politique qui rend cette violence pensable, valorisable, justifiable. Mélenchon porte une responsabilité politique directe : il a installé une rhétorique où l’ennemi politique devient menace existentielle ; il a trop souvent refusé une condamnation claire des violences de son camp idéologique ; il a accepté la porosité avec des figures radicales ; et, au moment du drame, sa parole a semblé davantage préoccupée par la défense de son image que par l’interrogation de sa stratégie. La justice dira les auteurs. La politique, elle, a déjà écrit le décor. Le crime a ses mains. L’époque a ses phrases.

Mais d’autres sont aussi responsables. L’État, qui a toléré la professionnalisation de milices violentes par calcul ; la droite, qui peine à regarder ses propres ambiguïtés ; les médias, qui ont théâtralisé la violence de rue ; nous tous, qui avons accepté que la politique devienne guerre et que le visage de l’autre disparaisse sous l’étiquette. Ici, la responsabilité a plusieurs visages : le calcul, la lâcheté, le cynisme, le confort. Ce n’est pas un incident : c’est un écosystème.

Quentin, il y a quelque chose qui manque dans nos tribunes : l’humilité. Alors je vais la poser là, nue, comme un aveu. Pardon.

Pardon de n’avoir pas su — parce que nous avons appelé “folklore” ce qui était déjà une méthode ; nous avons appelé “tension” ce qui était déjà une guerre ; nous avons appelé “radicalité” ce qui était déjà une permission de frapper.

Pardon de n’avoir pas pu — parce qu’un État qui tolère des zones grises fabrique des zones noires, et qu’un pays qui hésite à dire non finit par ne plus savoir empêcher.
Mais le pire, Quentin, c’est le troisième : pardon de n’avoir pas voulu.
Pardon d’avoir préféré nos prudences à ta sécurité. Pardon d’avoir préféré nos camps à ta vie.

Pardon d’avoir préféré nos postures à ton visage.

On ne tue pas seulement avec des poings : on tue avec des lâchetés accumulées.
Et si je te demande pardon, ce n’est pas pour effacer la faute de ceux qui t’ont frappé. C’est pour rappeler ceci : il n’y a pas d’innocence confortable quand la violence politique devient une langue.
Quentin, pardon de n’avoir pas su, pas pu, pas voulu. Et que ce pardon devienne enfin une exigence : plus jamais.

Car ce qui est exigible maintenant n’est pas une indignation de circonstance, mais une rupture : LFI doit rompre clairement avec toute forme de violence politique, assumer une ligne de séparation nette avec les milieux violents, désavouer publiquement la Jeune Garde et ses héritiers, exclure Raphaël Arnault ; l’État doit démanteler toutes les milices sans tolérance sélective. La droite doit assumer une ligne cohérente contre toutes les cultures de confrontation physique. Nous devons tous refuser la disparition du visage : arrêter de réduire nos adversaires à des étiquettes, exiger que chaque personne reste un sujet singulier, même quand on combat ses idées. Le mot « ensauvagement », si galvaudé, désigne précisément cela : la destruction des normes qui rendent possible la vie en commun, la régression vers un état où seul compte le rapport de force, où la parole cède devant le coup. Refuser l’ensauvagement, ce n’est pas réclamer un consensus mou : c’est imposer une ligne infranchissable. Aucun camp n’a le droit de tuer. Aucun discours politique ne peut préparer, excuser ou minimiser le lynchage. Tant que nous ne le dirons pas à tous, avec la même force, nous continuerons à compter les morts. Et les prochains ne seront peut-être pas des nationalistes catholiques. Ce seront peut-être des Juifs, des militants, des étudiants, des policiers. Peu importe : dans une société ensauvagée, personne n’est à l’abri. Les prochains cadavres seront sur nos consciences à tous. À commencer par celle de Mélenchon.

Même règle. Même fermeté. Même honte. Zéro milice, zéro excuse, zéro double standard. La civilisation, c’est une ligne. On la tient, ou on tombe.

Fundji Benedict

Fundji M. Benedict-Van Limbergen*, fondatrice et directrice générale de la Liberty Values ​​& Strategy Foundation, est reconnue pour son expertise multidisciplinaire exceptionnelle et son intégrité sans faille. Polyglotte accomplie, elle maîtrise plusieurs langues et possède des connaissances d'une rare étendue, couvrant les sciences politiques, l'anthropologie, la linguistique, le droit international, les droits humains, les affaires européennes, les études africaines et l'administration des affaires. Forte d'une expérience remarquable à des postes de direction au sein d'entreprises de premier plan aux États-Unis et au Canada, elle a élaboré des stratégies transformatrices pour des organisations multinationales, tirant parti de sa profonde compréhension des dynamiques internationales complexes et relevant des défis multiformes avec une précision stratégique et une clarté éthique exemplaires. Soumise régulièrement à la sollicitation d'experts pour ses analyses pertinentes des enjeux mondiaux pressants et pour sa position inébranlable contre l'antisémitisme et le terrorisme, ainsi que pour sa fine compréhension des réalités géopolitiques, elle est une voix de confiance dans le domaine du plaidoyer international. Dans chacune de ses entreprises, elle incarne la force de l'expertise multidisciplinaire, d'un leadership intègre et d'une perspective globale grâce à une vision stratégique, une vaste expérience professionnelle et une excellence académique. La Dre Benedict ne se contente pas d'influencer les débats ; elle impulse un changement transformateur avec intégrité et excellence, au carrefour du monde universitaire, des politiques publiques et des droits humains internationaux. *La Dre Fundji M. Benedict-Van Limbergen est reconnue professionnellement sous le nom abrégé de Dre Benedict, sous lequel elle a publié de nombreux articles scientifiques. Cette appellation est conforme aux conventions académiques en matière d'abréviation des noms, tout en préservant sa reconnaissance scientifique sur toutes les plateformes.



 B) - Le parquet de Lyon requiert l’homicide volontaire dans le meurtre de Quentin Deranque : l’ombre de LFI et de ses affidés 

Des réquisitions lourdes qui exposent un crime politique

Le parquet de Lyon a requis ce 19 février la mise en examen pour homicide volontaire de sept suspects, ainsi que leur placement en détention provisoire.

Parmi eux, deux sont directement visés pour les coups mortels, tandis que Jacques-Élie Favrot, alias Jeff, ancien assistant parlementaire du député LFI Raphaël Arnault, est mis en examen pour complicité d’homicide volontaire par instigation. Il reconnaît sa présence sur les lieux et des violences, mais nie avoir porté les coups fatals. L’enquête, ouverte pour violences aggravées en réunion, dissimulation du visage et association de malfaiteurs, confirme la nature politique du lynchage du jeune militant patriote de 23 ans, survenu le 12 février en marge d’une conférence de l’eurodéputée LFI Rima Hassan à Sciences Po Lyon.

Les ramifications directes avec La France Insoumise

Parmi les interpellés figurent plusieurs membres ou proches de la Jeune Garde antifasciste, groupe dissous en juin 2025 mais qui agissait comme partenaire régulier de LFI et du Nouveau Front Populaire. Jacques-Élie Favrot, cofondateur de ce groupe à Lyon, y occupait un rôle de cadre loyal, formé à la violence de rue et chargé de « frapper » lors des confrontations avec les patriotes. Un témoignage recueilli par la presse révèle le fonctionnement interne : la Jeune Garde assurait souvent le service d’ordre des événements insoumis, coordonné par Favrot, et ses membres étaient récompensés par des postes parlementaires. La phrase choc du témoin résume le système : « On fait le sale boulot et on est remercié avec des postes. » (voir ici).

Un système de complaisance à l’Assemblée nationale

L’affaire met au jour un traitement de faveur inédit au sein de l’institution. Un autre collaborateur de Raphaël Arnault, Robin Chalendard, apparaissait sur le site de l’Assemblée sous le pseudonyme Robin Michel, une démarche exceptionnelle accordée à la demande du député et validée par la division de la gestion financière.

Ce pseudonyme n’a pas été déclaré à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), soulevant des questions sur une transparence à deux vitesses réservée à l’extrême gauche.

L’utilisation présumée de moyens parlementaires pour coordonner des actions de rue et des services d’ordre violents interroge directement sur la frontière entre mandat public et militantisme : emplois fictifs ? Financement indirect de la violence ?

L’hypocrisie du maire écologiste de Lyon

Dans ce climat, le maire EELV de Lyon, Grégory Doucet – allié électoral de LFI en 2022 –, demande à la préfecture d’interdire la marche d’hommage à Quentin prévue samedi, invoquant des « risques de troubles à l’ordre public ». Pourtant, la mairie a elle-même collaboré avec la Jeune Garde et d’autres organisations d’extrême gauche, qualifiées de « camarades de combat » par le maire lui-même, notamment avec le Planning familial.

Refuser un hommage serein aux victimes tout en ayant travaillé main dans la main avec les milices présumées responsables du lynchage révèle une hypocrisie moralisatrice flagrante.

L’extrême gauche, faux rempart de la démocratie et vraie machine à violence

Ce drame n’est pas un fait divers isolé. Il incarne l’ultra-violence systémique d’une extrême gauche qui se pare du manteau de la démocratie tout en organisant des guet-apens mortels contre ses opposants politiques. Dissoute sur le papier, la Jeune Garde continue d’agir à travers ses réseaux et ses relais parlementaires. LFI, qui condamnait mollement le meurtre tout en maintenant son soutien à ces « alliés », se retrouve prise à son propre piège : celui d’une complaisance structurelle envers la violence de rue, financée et protégée par des postes publics. Le pouvoir centriste, par son silence complice ou son refus de nommer clairement les responsabilités, laisse prospérer cette machine à broyer les dissidents.

Un signal d’alarme pour la République

Le parquet a fait son travail en requérant des qualifications lourdes et des détentions. Mais le vrai scandale dépasse le judiciaire :

il est dans ce système où des assistants parlementaires financés par l’argent public orchestrent potentiellement des agressions mortelles, où une mairie « citoyenne » protège ses anciens partenaires violents tout en interdisant l’hommage aux victimes, où l’extrême gauche tue au nom de l’antifascisme sans jamais être inquiétée durablement.

Quentin Deranque, étudiant en mathématiques de 23 ans, n’est pas mort d’un banal règlement de comptes. Il est mort pour ses idées, lynché par une milice politique tolérée par ceux qui prétendent défendre la démocratie. L’heure n’est plus aux demi-mesures : la transparence totale sur les liens LFI-Jeune Garde, la fin des traitements de faveur à l’Assemblée et la dissolution réelle de ces réseaux sont désormais des exigences minimales de l’État de droit.

https://multipol360.com/le-parquet-de-lyon-requiert-lhomicide-volontaire-dans-le-meurtre-de-quentin-deranque-lombre-de-lfi-et-de-ses-affides/



C) - Meurtre de Quentin Deranque : de l’ignorance devant la violence en politique

Ce n’est ni la première ni la dernière fois qu’un jeune homme dans la vingtaine laisse sa vie sur le pavé à l’occasion d’une séquence de violence politique. Âge des passions, âge de l’engagement, âge de l’amour de l’absolu. L’ensemble des réactions publiques à ce meurtre jette l’observateur dans la consternation pour deux raisons : les leçons de morale, ou plus exactement de moraline, ce jus de cadavre de la morale, tiennent lieu d’analyse, d’une part, l’étonnement généralisé, d’autre part. Je m’étonne qu’on s’étonne du surgissement de la violence politique. La droite ne se souvient pas de Pierre Overney, ce jeune militant de la Gauche prolétarienne, abattu en 1972 par un employé de la sécurité de l’usine Renault à Billancourt où sévissait une milice patronale aux ordres de la direction.

 

Sottise et inhumanité du moralisme.

De fait, les cris et récriminations des uns et des autres devant la violence dans laquelle Quentin Deranque a été broyé sonnent faux. Quand ils semblent sincères, c’est encore pire : ils trahissent l’inculture et la sottise. Dans cette affaire, la morale n’est que de la « com », de l’affichage : elle appartient au jeu politique, au même titre que la violence. Je le dis avec plus de justesse : dans ces discours, la morale n’est qu’un déguisement que prend la politique, autrement dit elle est une violence faite à l’honnêteté intellectuelle. Ne perdons pas de vue la leçon de Julien Freund : la violence est analytiquement contenue dans l’essence de la politique. Le philosophe range la violence dont Quentin Deranque fut la victime la plus récente dans la quatrième catégorie des violences politiques, celle des « formes les plus spontanées, mais aussi les plus tumultueuses et les plus désordonnées, souvent les plus innocentes (…), troubles qui sont pour ainsi dire propres à la vie des collectivités qui tout à coup s’agitent pour toutes sortes de raisons » (Julien Freund, L’Essence du politique, p. 516). Attention : il ne faut pas voir dans l’affirmation de l’instrumentalisation, qui fonctionne à plein régime ces jours-ci, de la morale par la politique, une condamnation (qui ne pourrait être prononcée que d’un point de vue moral, et dont la démagogie saute immédiatement aux yeux) de la politique. Pareille posture, trop fréquente aujourd’hui, de rejet de la politique à partir de la morale, serait plus qu’imbécile, inhumaine ; en effet, arguer de la morale pour récuser la politique en raison de la participation de la violence à son essence revient à ignorer que l’homme est l’animal politique, autrement dit ce serait empêcher les hommes d’accéder à leur humanité.

Ce n’est pas la mort de Quentin Deranque qui est instrumentalisée par la politique, c’est la morale.

 

Les dangers de la censure.

La stabilité d’un système politique repose sur le refoulement de la violence. De nos jours – ce n’était le cas ni jadis ni naguère – la violence verbale se trouve criminalisée, c’est-à-dire refoulée, autant que la violence physique. Un danger apparaît : si des conceptions dites violentes, dites plus ou moins arbitrairement haineuses, des rapports humains, de la cité, se voient privées de leur droit à l’expression, elles justifieront un jour ou l’autre, quand on ne s’y attendra pas, des violences physiques. Imaginez que l’on décrète haineuses les idées antirépublicaines, celles de Joseph de Maistre par exemple, les idées monarchistes donc, alors qu’en quinze siècles la France n’a vécu que cent cinquante ans en République, la violence qui suivrait inévitablement ici ou là de cette forfaiture ne serait pas illégitime. Le même raisonnement vaut pour les théories politiques marxistes et anarchistes, dont le système pourrait très bien décréter qu’elles sont antirépublicaines, haineuses, etc. On a bien le droit d’être antirépublicain, non ? Ou de proclamer que la propriété c’est le vol, non ? Il se pourrait que l’on proclame la pensée de Marx haineuse parce qu’elle contient une critique des droits de l’homme, l’espoir de l’abolition de la division du travail et de la destruction de l’État. Pareille excommunication serait monstrueuse ; la pente pourtant en est prise. Et que dire de l’éventuel classement comme haineux des discours anti-avortement (que tenait pourtant le philosophe Marcel Conche dans son ouvrage Le Sens de la philosophie, pages 34 et 35), anti-climato-réchauffiste, ou anti-féministe ? L’énergie contenue dans les idées politiques est trop puissante pour qu’il ne soit pas d’une imprudence folle – imprudence dans laquelle, souvent en opposition avec l’opinion publique, comme le montre le projet de loi sur l’euthanasie, l’on se jette comme dans un brasier encore invisible – de les réduire au silence au nom d’arguments moraux.

 

Refoulement de la violence et retour du refoulé.

Revenons sur cette vérité : tout système politique repose sur le refoulement par censure de la violence qui le fonde. Malgré quelques signaux annonciateurs de dérèglements plus graves – les violences dans le cours de certaines manifestations syndicales ou écologistes, et lors de l’épisode, sorte de bande-annonce des jacqueries de demain, des Gilets jaunes –, cette censure a fonctionné de façon satisfaisante ces trente dernières années. Assagi, peut-être trop, notre pays vieillissant paraissait hier matin encore pacifié : la violence politique dans les années soixante et soixante-dix était bien plus courante. Souvenez-vous de l’appel de Sartre en novembre 1968 : « Le pouvoir se prend dans les entreprises et dans la rue » (Situations VIII, Gallimard 2023, p. 129). Ce refoulement est celui d’une partie de son essence par la politique. Nous le savons depuis Freud, auteur que notre époque a tort de ne plus lire : Bien qu’indispensable, car fondamentalement l’homme est un loup pour l’homme, le refoulement se paie cher, généralement par la névrose, souvent par l’explosion de violence, parfois par un gigantesque incendie de violences. L’atonie politique, l’indifférence des Français à la politique, l’incivisme et l’égotisme (qui se remarquent dans l’obsession de la consommation, dans la clôture de chacun sur sa bulle, dans l’éparpillement relevé par Jérôme Fourquet, et dans l’écroulement démographique) sont cette névrose. L’affrontement entre groupuscules d’extrême droite et d’extrême gauche est, en attendant d’autres événements aussi tragiques qu’inévitables, cette violence. Le refoulé profite de crises de la sociabilité, de l’être ensemble, du tissage du Même et de l’Autre qui définit la politique, pour revenir de façon éruptive.

 

Mélenchon est notre Maurras.

Au cœur de ce triste fait divers, qui n’a rien d’exceptionnel, les médias installent, avec quelques bons arguments, sur le trône du diable manipulateur Jean-Luc Mélenchon. Le seul politicien de grand style que possède la France, le seul à prendre la politique au sérieux – je le dis tout en lui étant hostile, et en affirmant haut et fort que je ne voterai jamais pour lui ni pour son parti, en le tenant pour un danger public – est comme la copie en négatif de Charles Maurras entre les deux guerres. Mélenchon incarne une figure désormais rarissime dans le champ politique : une intelligence supérieure, engagée dans la lutte pour le pouvoir compris comme rupture radicale. Maurras : rupture avec ce qu’est la France depuis 1789. Mélenchon : rupture avec ce qu’est la France depuis Hugues Capet. Pour Maurras, il s’agit de retrouver la France, perdue. De la ramener dans l’actuel. Pour Mélenchon, il s’agit de la perdre à jamais. Que nul ne la ramène, qu’elle ne revienne surtout pas. Mais le rapprochement entre ces deux hommes remarquables peut être poussé plus loin. Il ne suffit pas de noter la communauté entre la stratégie de la violence dans la rue dont usa l’Action française et de nombreuses déclarations des hiérarques de LFI à ce propos. La dérive de Mélenchon passe par le racialisme et un rapport troublé aux Juifs. Exactement comme Maurras. La rhétorique de Mélenchon se maurrassise à vue d’œil. La couleur de peau, l’origine ethnique et l’appartenance religieuse sont devenus, dans la phraséologie de Mélenchon, des déterminants de la plus haute importance pour la construction de la France nouvelle, l’élaboration du « nouveau peuple ». Toute son affaire est celle de cette nouvelle France habitée par un peuple nouveau créolisé. Immensément cultivé, penseur passionnant, de haute volée, Maurras tourna son action vers un passé périmé ; plus intelligemment, animé par quelques thèmes communs avec feu le leader maximo de l’Action française, vraisemblablement habité comme lui par une violence intérieure tempétueuse, Mélenchon la tourne vers l’avenir en prenant pour matériau vivant les mutations ethnoculturelles de notre pays. Mélenchon est notre Maurras, à nous, Français du XXIᵉ siècle.

Les Français méritent mieux. La plupart des commentaires des politiques et des médias n’éclairent que peu nos concitoyens. On reste dans le spectaculaire. On désigne le diable – sans se rendre compte qu’on le transforme en futur refuge pour tous les déshérités de l’après-2027, que celui que l’on érige aujourd’hui si fortement en repoussoir encourt la chance de devenir un jour, par le fait même de cette opération d’exorciste, l’asile commun de tous les déçus, de tous ceux qui n’auront plus rien à perdre. Dans une réponse à Emmanuel d’Astier de la Vigerie, Albert Camus estimait que « la violence est à la fois inévitable et injustifiable ». Plutôt que de médiocres leçons de morale et un exercice convenu de diabolisation, la démocratie exige que l’on propose à la réflexion de nos concitoyens des analyses de fond – par exemple, à partir de ce dilemme inévitabilité/injustifiabilité posé par Camus, ou de l’essence du politique chez Freund, ou de la normalité du crime chez Lévy-Bruhl. Oui, la violence est normale en politique, comme le crime l’est en société – ce qui ne revient en rien à les justifier. C’est à partir de là qu’il faut penser : ni rire, ni pleurer, mais comprendre.

Robert Redeker
 
Robert Redeker est un philosophe et professeur agrégé de philosophie. Auteur notamment de Le Déshumain (2001), L’Éclipse de la mort (2017), Les Sentinelles d’humanité (2020) ou Descartes. Le miroir aux fantômes (2025), sa réflexion interroge la condition humaine dans la modernité, la disparition du sens du tragique et l’effacement de la transmission culturelle.

Agrégé de philosophie, Robert Redeker est né en 1954 de parents allemands dans une ferme du Couserans, au cœur des montagnes de l’Ariège. Il a été une quinzaine années durant membre du comité de rédaction de la revue Les Temps Modernes. Il fut chroniqueur à Libération Livres, Le Monde des Livres, L’Humanité, Bücher/Livres le supplément littéraire du Tageblatt, à Marianne, collaborant aussi au Figaro et au Figaro Magazine. Il produit l’émission L’Entretien Infini sur Radio Kol Aviv. Il est l’auteur de nombreux livres, dont certains sont traduits en italien, en danois, en espagnol, en anglais, et en arabe. Il aimerait qu’ils le soient un jour (avant de mourir) en hébreu et en occitan. Parmi ceux-ci citons : Egobody, Le Soldat impossible, L’Eclipse de la Mort, L’Abolition de l’âme, Éloge spirituel de l’attention, Descartes : le miroir aux fantômes.

https://nouvellerevuepolitique.fr/robert-redeker-meurtre-de-quentin-deranque-de-lignorance-devant-la-violence-en-politique/

 


 

 


 

 

février 22, 2026

L'Eurocratie et le contrôle de l'information DSA(Règlement sur les services numériques)

DSA : autopsie d'un scandale mondial contre nos libertés

Ou comment la Commission européenne s'est arrogée le pouvoir de censurer Internet à l'échelle mondiale. Le cerveau de cette machine ? Un Français. Plongée au cœur d'un scandale qui menace la liberté d'expression de 450 millions d'Européens et que les médias traditionnels passent sous silence — mais que vous aurez lu ici.
En 2022, le Parlement européen a voté une loi de 102 pages pour réguler les plateformes numériques. En deux ans, la Commission européenne — un organe non élu — y a ajouté 153 pages de réglementation contraignante sans aucun vote, ouvert 14 enquêtes, prononcé la première amende de l'histoire du texte, et annoncé un « Bouclier de la démocratie » promettant des dizaines de mesures supplémentaires. Le père de cet édifice ? Thierry Breton, ancien commissaire français au Marché intérieur, celui-là même qui est aujourd'hui interdit de territoire aux États-Unis pour son rôle dans ce que le secrétaire d'État Marco Rubio appelle le « complexe industriel mondial de la censure ». 
 
 

 
 
Guide de lecture — Prenez le temps de le lire, c'est dense et complet mais indispensable pour poser le cadre, contredire le narratif officiel et donner matière à réfléchir. Vous y trouverez quelques révélations surprenantes. Les sections marquées [COMPLÉMENT] posent le cadre factuel et juridique du DSA. Si vous êtes pressé, survolez-les.
Voici donc comment une loi européenne est devenue une machine à censurer qui grandit toute seule.

I. Qu'est-ce que le DSA ?

Le Digital Services Act — en français, le Règlement sur les services numériques — est un règlement européen entré en vigueur le 16 novembre 2022. Le texte couvre 93 articles et 156 considérants, soit 102 pages dans sa version consolidée.
Le DSA s'applique à tous les « fournisseurs de services intermédiaires » qui offrent leurs services à des destinataires situés dans l'Union européenne, qu'ils soient établis dans l'UE ou en dehors. Le champ est vaste. Le règlement distingue quatre catégories de services, soumises à des obligations croissantes selon un principe de proportionnalité — du moins en théorie.
En théorie, car le DSA a été voté par le Parlement européen le 5 juillet 2022, approuvé par le Conseil le 4 octobre 2022, et publié au Journal officiel le 27 octobre 2022. C'est le dernier moment où les représentants des peuples européens ont eu leur mot à dire sur son contenu. Tout ce qui s'est passé depuis — et il s'est passé beaucoup de choses — est l'œuvre exclusive de la Commission européenne, sans aucun contrôle parlementaire.

II. Les VLOPs et VLOSEs : les cibles principales

Les Very Large Online Platforms (VLOPs) et les Very Large Online Search Engines (VLOSEs) sont les services qui dépassent le seuil de 45 millions d'utilisateurs actifs mensuels dans l'Union européenne, soit environ 10 % de la population de l'UE. Ce seuil est défini à l'article 33 du DSA.
Le mécanisme de désignation fonctionne ainsi. Depuis le 17 février 2023, tous les fournisseurs de plateformes en ligne et de moteurs de recherche — quelle que soit leur taille — doivent publier le nombre de leurs utilisateurs actifs mensuels dans l'UE et mettre à jour ce chiffre tous les six mois.
Le 25 avril 2023, la Commission a publié sa première liste de 19 services désignés — 17 VLOPs et 2 VLOSEs. La liste a été ensuite étendue par vagues successives. Au total, les services désignés à ce jour sont les suivants.
Très grandes plateformes en ligne (VLOPs) :
  • AliExpress (104,3 millions d'utilisateurs actifs mensuels — Pays-Bas)
  • Amazon Store (181,3 millions — Luxembourg)
  • App Store / Apple (123 millions — Irlande)
  • (Pays-Bas)
  • Facebook (Irlande)
  • Instagram (Irlande)
  • LinkedIn (Irlande)
  • Pinterest (Irlande)
  • Pornhub (Chypre)
  • Shein (désigné en avril 2024)
  • Snapchat (Pays-Bas)
  • Temu (désigné en mai 2024)
  • TikTok (Irlande)
  • WhatsApp (Irlande)
  • Wikipedia (désigné sous réserve du statut spécifique de la Wikimedia Foundation)
  • 𝕏, ex-Twitter (Irlande)
  • XVideos (République tchèque)
  • XNXX (République tchèque, désigné en juillet 2024)
  • YouTube (Irlande)
  • Zalando (Allemagne)
Très grands moteurs de recherche en ligne (VLOSEs) :
  • Bing / Microsoft (Irlande)
  • Google Search (Irlande)
C'est un point crucial : la désignation est un acte discrétionnaire de la Commission. Il n'y a pas de vote. Amazon et Zalando ont contesté leur désignation devant le Tribunal général de l'UE, arguant que leur activité principale était le commerce de détail et non la distribution de contenus tiers. Le Tribunal a rejeté les deux recours fin 2025.
Google est le groupe le plus touché, avec cinq services désignés : Google Search (VLOSE), YouTube, Google Maps, Google Play et Google Shopping (VLOPs). Meta suit avec Facebook et Instagram. L'écrasante majorité de ces entreprises sont américaines. Les seuls acteurs non-américains de la liste sont des plateformes chinoises (AliExpress, TikTok, Shein, Temu) et quelques entreprises européennes (Booking.com , Zalando, ainsi que les plateformes de contenu pour adultes).
Ce n'est pas un hasard. Sur les 22 services désignés, 12 sont exploités par des entreprises américaines. Le DSA est, dans les faits, un instrument de régulation des Big Tech américaines par la bureaucratie européenne. C'est exactement ce que le président de la FTC Andrew Ferguson (@AFergusonFTC) a qualifié d'« atteinte aux droits des entreprises et des citoyens américains », ce que le secrétaire d'État Marco Rubio (@SecRubio) a dénoncé comme le produit d'un « complexe industriel mondial de la censure », et ce que l'administration Trump a résumé par une question simple : pourquoi des bureaucrates européens décident-ils de ce que les Américains peuvent lire sur des plateformes américaines ?

[COMPLÉMENT] Ce que les VLOPs et VLOSEs doivent faire

En plus de toutes les obligations applicables aux plateformes ordinaires, les VLOPs et VLOSEs sont soumis aux obligations suivantes, prévues aux articles 34 à 42 du DSA.
Évaluation annuelle des risques systémiques (article 34). Chaque année, les VLOPs et VLOSEs doivent identifier, analyser et évaluer les « risques systémiques » liés à leurs services. La liste des risques à évaluer est volontairement large : diffusion de contenus illicites, atteintes aux droits fondamentaux (liberté d'expression, pluralisme des médias, non-discrimination, protection des consommateurs, droits de l'enfant), effets négatifs sur le discours civique et les processus électoraux, effets négatifs sur la santé publique, la sécurité publique, et le bien-être des mineurs. Un résumé public de cette évaluation doit être publié chaque année.
Mesures d'atténuation des risques (article 35). Sur la base de cette évaluation, les VLOPs et VLOSEs doivent mettre en place des mesures « raisonnables, proportionnées et efficaces » pour atténuer les risques identifiés. Cela peut inclure la modification du design ou du fonctionnement de leurs services, la modification de leurs systèmes de recommandation, le renforcement des équipes de modération, ou — et c'est ici que le piège se referme — l'adhésion à des codes de conduite.
Audit indépendant annuel (article 37). Un audit externe, réalisé par un organisme indépendant, doit vérifier chaque année la conformité du VLOP ou VLOSE avec l'ensemble de ses obligations, y compris les engagements pris dans le cadre de codes de conduite.
Fonction de conformité interne (article 41). Les VLOPs et VLOSEs doivent nommer un responsable de la conformité et mettre en place une structure interne dédiée.
Transparence publicitaire (article 39). Ils doivent maintenir un registre public de toutes les publicités diffusées sur leur service, accessible pendant un an après la dernière diffusion.
Accès aux données pour les chercheurs (article 40). Les VLOPs et VLOSEs doivent fournir un accès à leurs données aux chercheurs agréés, lorsque la recherche contribue à l'identification des risques systémiques.
Droit à un système de recommandation non profilé (article 38). Les utilisateurs doivent disposer d'une option de recommandation de contenu qui ne soit pas fondée sur le profilage.
Rapports de transparence semestriels. En plus du rapport annuel obligatoire pour toutes les plateformes, les VLOPs et VLOSEs doivent publier des rapports tous les six mois, incluant des informations détaillées sur les ressources humaines consacrées à la modération de contenu, les qualifications du personnel, et la précision des outils automatisés.
Supervision directe par la Commission européenne. Contrairement aux autres services, qui sont supervisés par les autorités nationales (les « coordinateurs pour les services numériques » ou DSC, un par État membre), les VLOPs et VLOSEs sont supervisés directement par la Commission européenne. C'est un choix politique majeur, adopté après les critiques à l'encontre du commissaire irlandais à la protection des données, accusé de ne pas avoir appliqué correctement le RGPD contre les plateformes domiciliées en Irlande.
Sanctions. En cas de non-conformité, la Commission peut infliger des amendes allant jusqu'à 6 % du chiffre d'affaires mondial annuel du fournisseur, assorties d'astreintes pouvant atteindre 5 % du chiffre d'affaires quotidien. En décembre 2025, la Commission a infligé à X (ex-Twitter) une amende de 120 millions d'euros — la première amende du DSA.
 
Autrement dit : la Commission européenne est à la fois celle qui écrit les règles, celle qui désigne les entreprises soumises aux règles, celle qui enquête sur leur respect, et celle qui prononce les sanctions. Comme l'a formulé l'Alliance Defending Freedom International, qui représente 𝕏 dans son recours déposé le 16 février 2026 : la Commission est « régulateur, procureur et juge » — un cumul de pouvoirs sans aucun équivalent dans les démocraties libérales.

III. Extension du domaine du DSA

En février 2026, la Commission a ouvert 14 enquêtes formelles contre des VLOPs et VLOSEs, visant notamment AliExpress, Facebook, Instagram, Temu, TikTok, 𝕏, Shein, ainsi que plusieurs plateformes de contenu pour adultes. Ce cadre d'application est remarquablement actif pour un règlement qui n'a que deux ans d'existence complète.
Mais le plus remarquable n'est pas l'application du texte tel qu'il a été voté. C'est sa capacité à grandir tout seul sans repasser par le processus démocratique.
Deux dispositions, enfouies dans le texte, confèrent à la Commission européenne le pouvoir d'étendre indéfiniment le périmètre du règlement. L'article 35(3) l'autorise à émettre des « lignes directrices » (guidelines). L'article 45 l'autorise à faciliter l'élaboration de « codes de conduite ». Ces instruments s'ajoutent au DSA comme des annexes — mais ne nécessitent aucun vote du Parlement européen ni des États membres. Ils sont adoptés par la Commission, point final.
Voici les dispositions exactes du Règlement (UE) 2022/2065.
Article 35(3) — Les lignes directrices :
« La Commission, en coopération avec les coordinateurs pour les services numériques, peut publier des lignes directrices relatives à l'application du paragraphe 1 en ce qui concerne des risques spécifiques, notamment pour présenter les meilleures pratiques et recommander d'éventuelles mesures, en tenant dûment compte des conséquences possibles de ces mesures sur les droits fondamentaux consacrés par la Charte de toutes les parties concernées. »
Article 45(1) — Les codes de conduite :
« La Commission et le comité encouragent et facilitent l'élaboration de codes de conduite volontaires au niveau de l'Union afin de contribuer à la bonne application du présent règlement, en tenant compte en particulier des difficultés spécifiques liées à la lutte contre différents types de contenus illicites et de risques systémiques. »
Article 45(2) — Le vrai levier :
« Lorsque des risques systémiques significatifs au sens de l'article 34, paragraphe 1, apparaissent [...] la Commission peut inviter les fournisseurs de très grandes plateformes en ligne [...] à participer à l'élaboration de codes de conduite, notamment en définissant des engagements à prendre des mesures spécifiques d'atténuation des risques, ainsi qu'un cadre régulier de comptes rendus. »
En deux ans d'existence, la Commission a ajouté au DSA les instruments suivants :
1. Code de conduite sur la désinformation. Initialement un « code de bonnes pratiques » de 2018, révisé en 2022, officiellement intégré au cadre du DSA le 13 février 2025. Plus de 40 signataires, dont Google, Meta, TikTok, Microsoft, et les principaux VLOPs. L'adhésion au code constitue désormais « un critère significatif et pertinent pour déterminer la conformité au DSA ».
2. Lignes directrices sur les processus électoraux. Publiées le 26 mars 2024, en vertu de l'article 35(3), à l'approche des élections européennes de juin 2024. Elles recommandent des mesures de mitigation des risques avant, pendant et après les élections : modération de contenu renforcée, équipes internes dédiées, étiquetage des contenus générés par IA, coopération avec les autorités nationales, rapports post-électoraux.
3. Lignes directrices sur la protection des mineurs. Publiées le 14 juillet 2025, en vertu de l'article 28(4). Elles couvrent la vérification d'âge, la conception des systèmes de recommandation, les contrôles parentaux, les garde-fous pour les chatbots IA, la modération de contenu, la conception d'interface (interdiction du scroll infini, des dark patterns, des incitations à l'urgence). La Commission a précisé qu'elle utiliserait ces lignes directrices comme « référence significative et pertinente » pour évaluer la conformité des plateformes.
4. Code de conduite sur la lutte contre les discours de haine illégaux en ligne. Héritier d'un code de 2016, intégré au cadre du DSA le 20 janvier 2025. 12 signataires, dont sept VLOPs désignés : Facebook, Instagram, LinkedIn, Snapchat, TikTok, X et YouTube. 
 
Au total : 153 pages de réglementation supplémentaire ajoutées aux 102 pages du texte de base. Soit une augmentation de 150 % en deux ans. Aucune de ces pages n'a été soumise au vote du Parlement européen ou des parlements nationaux.
On ne saurait trop insister sur ce point. Le Parlement européen — la seule institution de l'UE directement élue par les citoyens — a voté une loi de 102 pages. La Commission — un organe exécutif dont les membres ne sont pas élus — a unilatéralement ajouté 153 pages de réglementation contraignante à cette loi. C'est un coup d'État réglementaire au ralenti.
 
 

 

[COMPLÉMENT] Volontaire ou Obligatoire ? C'est pareil...

La Commission « invite ». Mais décliner l'invitation a un coût.
Le mécanisme est le suivant. En vertu des articles 34 et 35 du DSA, les très grandes plateformes en ligne (VLOPs) et les très grands moteurs de recherche (VLOSEs) doivent évaluer et atténuer les « risques systémiques » liés à leurs services, sous peine d'amendes pouvant atteindre 6 % de leur chiffre d'affaires mondial.
Parmi les mesures d'atténuation reconnues, l'article 35(1)(h) cite explicitement :
« engager ou adapter une coopération avec d'autres fournisseurs de plateformes en ligne ou de moteurs de recherche en ligne par l'intermédiaire des codes de conduite et des protocoles de crise visés aux articles 45 et 48 respectivement »
Et la page officielle de la Commission sur les codes de conduite précise :
« Pour les signataires qui sont désignés comme VLOPs et VLOSEs, cela peut contribuer à garantir une atténuation appropriée des risques. En outre, les VLOPs et VLOSEs sont soumis à un audit annuel obligatoire en vertu du DSA pour vérifier leur conformité aux engagements pris dans le cadre de ces codes de conduite. »
Autrement dit : les codes sont « volontaires » au sens où personne n'est formellement obligé de les signer. Mais si vous ne les signez pas, vous perdez votre meilleure ligne de défense contre une amende de plusieurs milliards d'euros. Et si vous les signez, vous êtes audité chaque année sur votre conformité.
C'est ce que la littérature académique appelle un « cadre réglementaire hybride : des codes de droit souple sont adossés à des obligations de droit dur, tandis que ces dispositions de droit dur s'appuient en retour sur ces instruments de droit souple pour leur mise en œuvre concrète. »
Pour comprendre la nature réelle de ces instruments « volontaires », il suffit de lire ce que les commissaires européens ont dit lorsque Twitter (devenu 𝕏) a quitté le Code de bonnes pratiques contre la désinformation en mai 2023.
Thierry Breton, alors commissaire au Marché intérieur, le 1er juin 2023 :
« Twitter leaves EU voluntary Code of Practice against disinformation. But obligations remain. You can run but you can't hide. Beyond voluntary commitments, fighting disinformation will be legal obligation under #DSA as of August 25. Our teams will be ready for enforcement. »
Věra Jourová, vice-présidente de la Commission chargée des Valeurs et de la Transparence, le 5 juin 2023, en conférence de presse à Bruxelles :
« We believe this is a mistake of Twitter. Twitter has chosen the hard way. They chose confrontation. This was noticed very much in the Commission. I know the code is voluntary, but make no mistake, by leaving the code Twitter has attracted a lot of attention, and its actions and compliance with EU law will be scrutinized vigorously and urgently. »
Jourová a ajouté :
« There is an interplay between the code of practice, which is a voluntary agreement, and the Digital Services Act, which is enforceable. »
Et : les signataires du code bénéficieraient d'une « situation plus facile » car ils auraient déjà rempli la « charge de la preuve »
Reformulons : conformez-vous à nos règles « volontaires », ou portez seuls le fardeau de prouver votre conformité au titre de la loi contraignante. Le chemin « volontaire » est plus léger. Le chemin involontaire est plus lourd. Ce n'est pas un choix. C'est de la coercition avec des étapes supplémentaires.

IV. Thierry Breton, le cerveau du DSA

Le 23 août 2024, à la veille d'un entretien en direct entre Elon Musk et le candidat à la présidence Donald Trump sur 𝕏, le commissaire Thierry Breton a adressé une lettre publique à Musk, l'avertissant que la diffusion de cet échange pourrait constituer une « amplification de contenus potentiellement préjudiciables » et rappelant que 𝕏 faisait l'objet de « procédures formelles en cours » au titre du DSA. La menace était à peine voilée : diffusez cette interview, et nous sévissons.
Le message était si grotesque que même la présidence de la Commission s'en est distanciée. Breton a été poussé à la démission deux semaines plus tard, remplacé par Henna Virkkunen. Mais le mal était fait. Le commissaire avait montré, en temps réel et devant le monde entier, à quoi servait vraiment le DSA : non pas à protéger les citoyens européens, mais à intimider une plateforme de libre expression à la veille d'un événement politique majeur dans un pays tiers. Bien sur, lui qui est désormais sur tous les plateaux TV en France n'est jamais interrogé sur ce sujet...
Cet épisode n'est pas un dérapage isolé. Comme l'ont révélé les documents non publics obtenus sous assignation par la commission judiciaire de la Chambre des représentants américaine (House Judiciary Committee), la Commission européenne a tenu depuis 2020 plus de 100 réunions à huis clos avec les grandes plateformes pour les pousser à modifier leurs règles de modération de contenu — des règles qui, parce qu'elles s'appliquent mondialement, affectent directement les citoyens américains.
 
Le rapport détaille comment, lors d'un atelier DSA tenu en mai 2025 à huis clos, les régulateurs de la Commission ont explicitement indiqué aux plateformes que la « révision continue des règles communautaires mondiales » constituait une bonne pratique de conformité au DSA. Lors de ces mêmes exercices, un message hypothétique de réseau social affirmant « we need to take back our country » — une expression politique courante et anodine — a été qualifié de « discours de haine illégal » que les plateformes seraient tenues de censurer.

V. Le « Bouclier européen de la démocratie » : la prochaine étape

Et la Commission ne s'arrête pas là. Le 12 novembre 2025, elle a publié une communication intitulée « European Democracy Shield: Empowering Strong and Resilient Democracies » — le « Bouclier européen de la démocratie ». Ce document, juridiquement non contraignant mais politiquement programmatique, annonce une cinquantaine de mesures supplémentaires qui viendront s'ajouter au cadre du DSA.
Parmi les mesures annoncées :
  • La préparation d'un « protocole d'incidents et de crise » au titre de l'article 48 du DSA, pour « assurer des réactions rapides aux opérations d'information transnationales de grande ampleur ».
  • La création d'un « Réseau européen indépendant de vérificateurs de faits » (fact-checkers), doté de 5 millions d'euros.
  • Le renforcement du Code de conduite sur la désinformation, avec des « dialogues réglementaires » pour les signataires jugés insuffisamment engagés.
  • La mise à jour du « DSA Elections Toolkit », utilisé par les coordinateurs nationaux pour encadrer la modération de contenu autour des élections.
  • La création d'un « Centre » dédié à la lutte contre la « manipulation de l'information et l'ingérence étrangère » (FIMI), doté d'une « plateforme de parties prenantes » incluant des ONG.
  • L'exploration de « futures voies pour l'environnement technologique de l'UE », avec un « focus initial sur les futures plateformes de réseaux sociaux ».
 Résumons. La Commission européenne annonce maintenant un programme de 50 mesures supplémentaires — toujours sans vote — sous un titre orwellien qui assimile le contrôle de l'information en ligne à la « protection de la démocratie ».
Quand une institution non élue se donne le droit de définir ce qui est de la « désinformation », de financer les fact-checkers qui la qualifient, de sanctionner les plateformes qui ne la censurent pas, et d'appeler tout cela un « bouclier démocratique », nous ne sommes plus dans la régulation. Nous sommes dans le ministère de la Vérité.

VI. L'axe transatlantique de la censure

Il serait naïf de penser que la Commission européenne agit seule. Le DSA est le produit d'une convergence idéologique entre la bureaucratie bruxelloise et l'appareil démocrate américain, forgée dans la panique qui a suivi l'élection de Trump en 2016 et le vote du Brexit.
La chronologie est éloquente :
  • 2016 : La Commission crée le premier « Code de conduite sur les discours de haine », en réaction au référendum britannique et à la montée des mouvements populistes en Europe.
  • 2018 : Elle lance le « Code de bonnes pratiques contre la désinformation », explicitement motivé par les récits d'ingérence russe dans l'élection américaine de 2016 et la présidentielle française de 2017.
  • 2020-2021 : Pendant la pandémie, la Commission et l'administration Biden coordonnent leurs efforts de « lutte contre la désinformation » sur le Covid-19. Les documents obtenus par le House Judiciary Committee montrent que les mêmes organisations — le Centre for Countering Digital Hate (CCDH), le Global Disinformation Index (GDI), HateAid — travaillent simultanément avec la Commission européenne et l'administration Biden pour pousser les plateformes à censurer des contenus qualifiés de « désinformation ».
  • 2022 : Le DSA est voté. Parallèlement, l'administration Biden crée puis dissout (sous la pression) le « Disinformation Governance Board » du Department of Homeland Security — le même concept, mais sans l'enrobage réglementaire européen.
  • 2023-2025 : La Commission met le DSA en application, ciblant en priorité 𝕏 — la seule grande plateforme à avoir rompu le consensus de la censure en publiant les « Twitter Files » et en restaurant la liberté d'expression.
Le rapport du House Judiciary Committee de juillet 2025 documente cette convergence avec des documents internes des plateformes obtenus sous assignation. Il montre que la Commission a spécifiquement ciblé des contenus politiques américains — sur l'immigration, le Covid, les questions de genre — et a poussé les plateformes à modifier leurs règles de modération mondiales pour s'y conformer. Puisque les grandes plateformes appliquent un jeu unique de règles à l'échelle mondiale, ce que la Commission interdit à Bruxelles disparaît aussi à New York.
Le secrétaire d'État Marco Rubio a posé les mots justes sur cette réalité le 23 décembre 2025, en annonçant des restrictions de visa contre Thierry Breton et quatre responsables d'ONG anti-désinformation :
« For far too long, ideologues in Europe have led organized efforts to coerce American platforms to punish American viewpoints they oppose. The Trump Administration will no longer tolerate these egregious acts of extraterritorial censorship. »
Sarah Rogers, sous-secrétaire d'État à la diplomatie publique, a qualifié Breton de « cerveau » (mastermind) du DSA et a explicitement dénoncé la lettre envoyée à Musk avant l'interview de Trump comme un acte d'intimidation.

VII. 𝕏 : première amende, premier procès

Le 5 décembre 2025, la Commission a prononcé la première amende de l'histoire du DSA : 120 millions d'euros contre 𝕏. Trois griefs :
1. La coche bleue serait « trompeuse ». Avant le rachat par Musk, Twitter attribuait la coche bleue à des journalistes et personnalités après vérification de leur identité. Musk a ouvert l'accès à tous les abonnés Premium. La Commission juge ce système « trompeur ». L'ironie : on reproche à 𝕏 d'avoir démocratisé l'accès à un symbole autrefois réservé à une élite médiatique.
2. Le registre publicitaire serait insuffisant. Critique plus recevable sur le fond — mais TikTok, poursuivi pour les mêmes lacunes, a échappé à toute amende en acceptant des « engagements contraignants ». Même infraction, deux traitements.
3. L'accès des chercheurs aux données serait entravé. La Commission reproche à 𝕏 de limiter le scraping. Paradoxe : 𝕏 est la seule grande plateforme à avoir publié l'intégralité du code source de son algorithme de recommandation. Celles qui n'ont rien ouvert ne sont pas inquiétées.
Le 16 février 2026, 𝕏 a déposé un recours devant le Tribunal de l'Union européenne, soutenu par l'Alliance Defending Freedom International. C'est la première contestation judiciaire d'une amende DSA. La plateforme dénonce une « enquête incomplète et superficielle », des « erreurs procédurales graves » et un « biais de poursuite ». Son conseil, Adina Portaru (@Adina_Portaru), a déclaré :
« 𝕏 is being targeted by the European Commission because it is a free speech platform. Social media platforms are today's public square, and the DSA threatens speech in that public square. »
Et :
« Under the DSA, the Commission is able to define the rules for so-called 'content moderation,' launch investigations, enforce them, and impose massive penalties for noncompliance, all with no meaningful checks and balances. The threat to free speech is se Ce qu'il faut retenir

VIII. Ce qu'il faut retenir

Le DSA n'est pas ce que ses promoteurs prétendent. Ce n'est pas un instrument de protection des consommateurs ou de lutte contre les contenus illégaux. C'est un mécanisme d'extension indéfinie du pouvoir de la Commission européenne sur l'espace numérique mondial, construit sur trois piliers :
  1. Un cadre légal voté une seule fois, qui confère à la Commission le pouvoir d'ajouter des obligations sans repasser par le Parlement.
  2. Des instruments « volontaires » adossés à des sanctions « obligatoires », qui rendent le volontariat illusoire.
  3. Une application sélective et politisée, qui cible en priorité la seule plateforme ayant choisi la liberté d'expression.
En deux ans, la Commission a ajouté 153 pages de réglementation sans vote, ouvert 14 enquêtes, prononcé sa première amende, et annoncé un « Bouclier de la démocratie » qui promet des dizaines de mesures supplémentaires. Le Parlement européen n'a pas eu son mot à dire sur une seule de ces décisions.
Quand Thierry Breton affirmait que « 90 % du Parlement européen a voté le DSA », il avait raison — sur les 102 premières pages. Les 153 suivantes, personne ne les a votées. Et les 50 mesures du « Bouclier de la démocratie » non plus. C'est exactement le problème.
Les peuples européens n'ont jamais consenti à ce que leur espace numérique soit régulé par des lignes directrices, des codes de conduite et des protocoles de crise rédigés à huis clos par des fonctionnaires non élus, en coordination avec des ONG dont les dirigeants sont désormais interdits de territoire aux États-Unis pour leur rôle dans un « complexe industriel mondial de la censure ».
La question n'est plus de savoir si le DSA est une bonne ou une mauvaise loi. La question est de savoir qui décide de son contenu — et la réponse, en février 2026, est : pas les peuples.
Mais l'histoire ne s'arrête pas là. Dans les semaines et les mois qui viennent, plusieurs fronts vont s'ouvrir simultanément — et chacun d'entre eux pourrait faire basculer l'édifice.
Le procès 𝕏. Le recours déposé le 16 février 2026 par 𝕏 devant le Tribunal de l'Union européenne est la première contestation judiciaire d'une amende DSA. Si le Tribunal annule tout ou partie de la décision, c'est le pouvoir de sanction de la Commission qui sera remis en cause — et avec lui, tout le mécanisme de coercition « volontaire » décrit dans cet article. L'enjeu dépasse 𝕏 : c'est la question de savoir si un organe non élu peut cumuler les rôles de législateur, enquêteur, procureur et juge sans violer l'État de droit.
L'escalade américaine. L'administration Trump a déjà interdit Thierry Breton de territoire, menacé de représailles tarifaires pouvant atteindre 200 milliards de dollars sur les produits européens, et lancé une enquête parlementaire documentant ce qu'elle appelle une « campagne de censure d'une décennie ». Le House Judiciary Committee a assigné dix entreprises technologiques à produire leurs échanges avec la Commission européenne. Chaque lot de documents rendu public révèle de nouvelles réunions à huis clos, de nouvelles pressions sur les règles de modération mondiales. L'administration américaine a explicitement chargé ses diplomates en Europe de collecter des preuves de censure liée au DSA et de pousser les gouvernements européens à modifier la loi.
L'opacité croissante de la Commission. Signe que la pression porte, Politico a révélé en février 2026 que les ateliers DSA de la Commission se tiennent désormais à huis clos à la demande des plateformes, et que l'équipe d'application du DSA, dirigée par Prabhat Agarwal, utilise désormais des messages éphémères sur Signal pour communiquer. Le Médiateur européen a ouvert une enquête sur le « blackout informationnel quasi total » imposé par la Commission sur l'application du DSA. Quand le régulateur se met à communiquer en messages qui disparaissent, ce n'est plus de la régulation — c'est de la conspiration.
Le Bouclier de la démocratie. Les cinquante mesures annoncées en novembre 2025 commencent à se déployer. Le réseau de fact-checkers est en cours de constitution. Le protocole de crise de l'article 48 est en préparation. La mise à jour du « DSA Elections Toolkit » est prévue pour les prochaines échéances électorales. Chaque mesure ajoute une couche supplémentaire de pouvoir discrétionnaire à la Commission — toujours sans vote parlementaire.
La résistance intérieure. En janvier 2026, le président polonais Karol Nawrocki a refusé de signer la loi désignant l'autorité nationale chargée d'appliquer le DSA en Pologne — un veto de fait. C'est le premier acte de résistance d'un État membre contre l'architecture d'application du règlement. D'autres pourraient suivre si la pression américaine se conjugue avec le scepticisme croissant de certains gouvernements européens face à l'expansion incontrôlée du pouvoir de la Commission.
Nous sommes à un point de bascule. D'un côté, la Commission européenne tente d'accélérer le déploiement de son appareil de contrôle de l'information avant que la fenêtre politique ne se referme. De l'autre, une coalition hétéroclite — l'administration Trump, des gouvernements d'États membres récalcitrants, des plateformes en procès, des chercheurs lanceurs d'alerte — commence à tirer sur les coutures d'un édifice construit à la hâte et en catimini.
 
 
 

 

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