L'UNIVERSITÉ LIBERTÉ

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octobre 21, 2014

Monsieur Delanoë et son "libéralisme" relatif, soudain...

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Quelle est la part de sincérité, quelle est la part de tactique dans la soudaine affection de Bertrand Delanoë pour le libéralisme ? Je suis bien incapable de le dire. Mais pour ces propos prudemment iconoclastes, si je puis oser cet oxymore, il attire l’attention sur l’origine du libéralisme et personnellement je m’en réjouis. 
François GOULARD
Pour l’opinion, pour une large partie de la classe politique, dont la culture ne s’est jamais alimentée qu’à la seule source médiatique, le libéralisme se réduit à une acception purement économique du terme. Il se confond, à peu près, avec le libre marché, avec le capitalisme pour utiliser un terme qui n’est plus guère à la mode. Or le libéralisme est d’abord une doctrine politique, fondée sur une conception de l’homme, considéré comme libre et responsable et que les institutions politiques doivent protéger contre les abus du pouvoir. La démocratie libérale, en science politique, s’oppose à la démocratie populaire, en ce qu’elle protège l’individu et les minorités de l’emprise d’un pouvoir, qui, même à supposer qu’il soit majoritaire, doit respecter les principes fondamentaux que sont les droits de l’homme. Le libéralisme est inséparable de la séparation des pouvoirs et du respect de l’Etat de droit. Comme les droits de l’homme incluent le droit de propriété, le libéralisme respecte le libre marché, c’est-à-dire le droit des individus, seuls ou groupés en sociétés, de disposer de leurs biens. 

La figure emblématique du libéralisme est donc beaucoup plus le juge intègre que le banquier à cigare, contrairement aux caricatures coutumières. Mais si le libéralisme est d’abord politique, il est aussi économique, et il serait malhonnête, intellectuellement incohérent, de se réclamer de l’un tout en rejetant l’autre. 

Fondamentalement, libéralisme et socialisme s’opposent. On peut, pour simplifier, dire que le premier tire des conséquences économiques de conceptions d’abord morales et politiques et que le second partant de nécessités économiques et sociales est conduit à reléguer au second plan les droits des individus. 

Voilà pour les idées qu’il convient d’avoir à l’esprit. Elles sont à la fois fondatrices et révélatrices. On ne devrait pas innocemment se réclamer du libéralisme et du socialisme. Conceptuellement, mais aussi pratiquement, les deux idéologies reposent sur des conceptions différentes de l’homme, qui sous-tendent des conceptions différentes de la politique. Le libéralisme, c’est Tocqueville et Bastiat, et non Tocqueville sans Bastiat. 

Cela signifie-t-il qu’un libéral rejette toujours et systématiquement toute intervention de l’Etat qui contrecarre le libre fonctionnement du marché ? Bien sûr non. Cela signifie-t-il qu’un socialiste est toujours et systématiquement, un ennemi des libertés ? Il serait absurde de le prétendre. 

En réalité, il est arrivé que les socialistes soient sensiblement plus libéraux que la droite : en matière de mœurs, par exemple, dans certaines circonstances dans le domaine de la liberté de l’information, la gauche a été libérale alors que la droite ne l’était pas. Et la droite mettant en œuvre le droit opposable au logement a battu la gauche sur un terrain à proprement parler socialiste. 

Cependant, il faut dire à Monsieur Delanoë que son libéralisme est très relatif. Il appartient à un parti qui prône en matière économique et social une irresponsabilité qui est foncièrement anti-libérale. Sa gestion des affaires parisiennes n’est pas non plus un modèle de libéralisme : il a instauré une sorte de totalitarisme municipal, selon lequel les loisirs bénéficient d’une préférence de principe, au détriment de l’activité. 

Quant à la droite, elle est loin d’être constamment libérale, y compris sur le plan économique, où elle le dispute à la gauche en fait d’interventionnisme brouillon. Une partie de la droite française est autoritaire s’agissant des libertés publiques, et corporatiste en matière économique, c’est-à-dire absolument non libérale. 


« Les idées libérales ne sont pas suffisamment portées dans le débat électoral, notamment par l'UMP. Or on ne gagnera la présidentielle que si les Français qui se reconnaissent dans une modernité..." F.G.


François Goulard, né le 21 septembre 1953 à Vannes (Morbihan), est un homme politique français, membre de Démocratie libérale puis de l'UMP à partir de 2002. Député du Morbihan de 1997 à 2012, maire de Vannes de 2001 à 2004 et de 2006 à 2011, il a été secrétaire d'État aux Transports et à la mer de 2004 à 2005 et ministre de l'Enseignement supérieur et de la recherche de 2005 à 2007. En juin 2012, il est battu aux élections législatives et perd son siège de député. Il est président du Conseil général du Morbihan depuis avril 2011.

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