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février 27, 2026

La France Insoumise...PS...NFP, et alors ?

Sommaire:

A) - La France Insoumise : liturgie des bouffons de la République

B) - Après la tragédie de Lyon, Jusqu'où le Ps ira dans sa liaison avec LFI ?

C) - Les derniers rebondissements dans l’affaire Quentin Deranque : une violence qui met LFI face à ses contradictions


A) - La France Insoumise : liturgie des bouffons de la République

Dans une démocratie saturée de scènes, le rire n’est pas un divertissement : c’est un régulateur moral. À travers la figure du bouffon — dont Jean-Luc Mélenchon offre, à bien des égards, une version contemporaine — se lit une dynamique : l’intensité remplace la preuve, la disqualification remplace l’argument, et l’ennemi devient carburant. L’enjeu n’est pas d’interdire la conflictualité, mais d’empêcher sa mue en théâtrocratie : le scandale comme énergie, la fatigue comme stratégie, la cité comme camp. Distinguer clown et bouffon, rire avec et rire contre, c’est déjà défendre une frontière vitale : celle qui sépare le pluralisme de la fracture.

Certaines époques s’écrivent dans le marbre des lois ; d’autres se trahissent dans les réflexes du quotidien. La nôtre, ivre d’images, d’algorithmes et d’indignations, se laisse surprendre par une chose qu’on croit légère : le rire. Il passe pour un divertissement ; il est une boussole. Il ressemble à un bruit ; il est une règle. Il révèle moins la noblesse des principes qu’une vérité plus cruelle : ce que la cité tolère, ce qu’elle excuse, ce qu’elle finit — par fatigue — par sanctifier. La maxime de Pagnol n’a rien d’innocent : « Dis-moi de quoi tu ris, et je te dirai qui tu es ». Car le rire, cette mécanique intime et collective, distribue des permissions ; il fabrique des statuts ; il dessine la frontière entre l’adversaire et la proie. Une démocratie se proclame dans des textes ; elle se défait dans des habitudes.

Jean-Luc Mélenchon, tribun excessif et polémiste aguerri dans l’art du scandale, n’est pas seulement une voix forte ; il est, pour une partie croissante du débat public, une figure de régime : le bouffon, celui qui règne non par la force des preuves, mais par l’empire de la scène. Il n’argumente pas seulement : il installe une dramaturgie. Il ne polémique pas seulement : il organise une température morale. Et lorsque l’intensité tient lieu de démonstration, lorsque la disqualification devient une seconde nature, l’ennemi cesse d’être un accident — il devient une condition d’existence. Il ne s’agit pas de sonder des consciences mais d’observer une structure. Dans les démocraties où l’attention est monnaie, la surenchère est rémunérée ; dans celles où l’indignation se monétise, la nuance apparaît comme une défaite. C’est ainsi que naît une théâtrocratie : on ne gouverne plus tant des choses que des nerfs, on ne construit plus tant du commun que des affects. Or le rire, précisément, est l’un des grands distributeurs d’affects ; et l’on peut lire notre époque à travers ses deux rires, incompatibles : rire avec et rire contre.

Le clown appartient à une vieille sagesse : celle des sociétés qui savent suspendre, un instant, l’ordre du monde pour mieux le rendre vivable. Le carnavalesque, Bakhtine l’a dit, n’est pas destruction : c’est respiration. Le clown s’offre en victime volontaire pour qu’aucun voisin n’ait à devenir victime réelle ; il exhibe sa maladresse pour rappeler que l’humain est fait de défauts, donc que la cité doit être faite d’indulgence. Son rire est un rire avec : il relie sans fusionner, il désarme sans nier le conflit, il remet l’adversaire à hauteur d’homme — c’est-à-dire à hauteur de concitoyen. Dans les périodes de crise, lorsque les nerfs collectifs deviennent inflammables, ce rire de « guérison » empêche que la politique ne se transforme en tribunal permanent, évite que la passion ne devienne l’unique langue. Il permet aux sociétés soumises à des tensions fortes et dangereuses de rebondir, de se reconstituer, de retrouver cette concorde sans laquelle aucune vie commune n’est possible. Le bouffon moderne, lui, ne rit plus : il grince. Son rictus n’ouvre pas un espace commun : il ouvre une cible. Il ne dégonfle pas l’orgueil : il l’arme. Là où le clown accepte la fin du numéro, le bouffon abolit le rideau : il lui faut un spectacle sans fin, parce que son pouvoir dépend d’une tension sans repos. Il réclame la liberté d’invectiver et parle d’insolence, mais s’indigne d’être contredit ; il se dit persécuté dès qu’on le contrôle, mais se rêve procureur dès qu’il juge. Il ne rassemble pas : il fracture — puis il se nourrit de la fracture. Ce déplacement n’est pas une fantaisie. Dans l’ordre médiatique, l’outrance a un rendement ; dans l’ordre algorithmique, la colère a une prime ; dans l’ordre tribal, l’ennemi est une colle. Le bouffon cesse alors d’être un personnage et ne se cantonne plus au rôle de contre-pouvoir moqueur : il devient une forme d’organisation. Il ne se contente plus de commenter le pouvoir : il devient le pouvoir du commentaire, cette capacité à gouverner l’attention, à discipliner la colère, à fabriquer l’unanimité de cour. Dans cette théâtrocratie, la question n’est pas de sonder des consciences, mais d’observer une dynamique : comment une organisation fabrique-t-elle de la cohésion interne par la fracture externe, jusqu’à ce que le rictus devienne identité — et que l’identité normalise l’inacceptable ?

Reste à quitter la parabole pour l’architecture car l’allégorie du clown et du bouffon ne vaut que si elle se traduit en mécanismes observables : rôles, rites, sanctions ; économie du scandale ; discipline des affects. C’est dans cette clé que peut se comprendre LFI comme idéal-type d’une secte des bouffons : une forme d’organisation politique qui substitue au pluralisme démocratique une liturgie d’indignation, au débat une dramaturgie d’assignation, à la délibération un charivari permanent. Car le danger n’est pas l’excès ponctuel : c’est l’excès devenu habitude, puis norme ; c’est la cité qui, peu à peu, confond la violence verbale avec la lucidité, le vacarme avec la preuve, l’humiliation avec le courage.

La Cour du Grand Bouffon

Toute bouffonnerie veut une cour : une société intérieure, avec ses prêtres, ses intendants, ses éclaireurs, ses excommuniés. Elle ne tient pas d’abord par des idées, mais par des loyautés ; pas d’abord par des démonstrations, mais par des rites. Le parti devient liturgie : l’appartenance devient vérité. Une cour n’existe pas pour faire joli : elle est là pour administrer une orthodoxie, pour convertir l’intensité en discipline, et pour rendre la dissidence coûteuse. La cour ne déroge pas à cette loi : elle l’exacerbe à ceci près que le théâtre n’est plus celui d’une place publique mais celui de la République. Au centre, Mélenchon : tribun-scène, voix qui cherche moins à convaincre qu’à saturer. Le crescendo est sa loi : plus fort, plus moral, plus accusatoire parce que la cour ne survit qu’en état d’urgence affective dans lequel la nuance y est moins prudence que trahison. L’adversaire n’est plus une thèse : il devient suspect ; la contradiction n’est plus un bien : elle devient une offense. Ici, on ne réfute pas : on disqualifie. On ne débat pas : on classe. Dans ce régime, l’intimidation n’a même plus besoin d’être explicite : elle est contenue dans la logique même de la scène. La scène remplace la preuve, et la surenchère devient la condition même de l’existence politique. C’est la marque des cours : elles transforment la politique en fidélité. Autour, des fonctions : et la fonction compte plus que l’homme. Certains organisent l’appareil, d’autres martèlent l’indignation, d’autres donnent au geste une patine conceptuelle, d’autres testent les limites puis déplacent le seuil de l’acceptable. Qu’on cite des noms n’ajoute qu’une couleur ; la structure, elle, demeure : la cour adore la cohésion interne et la fracture externe. La nuance n’est tolérée qu’à condition d’être décorative.

Les controverses qui remontent parfois des coulisses ne valent pas, ici, comme verdicts ; elles valent comme carburant. Car la défiance est convertible : elle transforme tout contrôle en persécution, toute question en hostilité du « système ». C’est ainsi qu’une dramaturgie devient stable — et qu’une stabilité, lorsqu’elle déplace les seuils, finit par ressembler à une pente. Ce qui hisse la bouffonnerie souveraine au rang de phénomène véritablement inquiétant, c’est que le grotesque, lorsqu’il se fait système, cesse d’être simple comédie pour devenir trajectoire — et toute trajectoire dangereuse se reconnaît à ceci : elle déplace les seuils sans l’avouer, d’abord par le langage, ensuite par la matière, enfin par l’horizon de la force.

Les cercles de l’abîme

La première entaille se fait dans le langage et pour cette raison dans la morale. Une démocratie tient parce que ses mots, même disputés, conservent une frontière morale minimale : certaines violences doivent rester disqualifiées sans ruse. Quand l’ingénierie lexicale s’installe – contextualiser à l’infini, hésiter à nommer, déplacer la qualification vers des catégories moins univoques –, ce n’est pas seulement un débat : c’est une exception qui s’introduit. Et, en démocratie, l’exception apprend aux citoyens que l’horreur est négociable et que certains crimes peuvent être enveloppés dans une rhétorique qui les rend fréquentables. Les controverses ouvertes après le 7 octobre 2023, notamment autour des termes employés pour qualifier le Hamas, ont rendu ce mécanisme visible au grand jour. Cette plasticité lexicale s’adosse à des réseaux, des collaborations et des proximités revendiquées ou tolérées, qui servent d’écosystème discursif à une inversion des polarités morales. Nous assistons à ce que Hannah Arendt identifiait comme la banalisation du mal : non pas sa négation frontale mais sa réinscription dans des catégories qui le rendent acceptable voire noble.

Le bouffon, en cela, est un artiste de la saturation. Il ment « à tire-larigot » et ne cherche pas tant le vrai que le camp ; il ne clarifie pas, il épaissit. Le réel devient pâte, et la pâte devient scène. Cette logorrhée compensatoire masque l’indigence programmatique derrière l’abondance performative. Alors celui qui demande précision passe pour hostile ; celui qui pointe les glissements est aussitôt assigné au mauvais camp. C’est ainsi qu’on fabrique des tribus : en transformant le discernement en offense dans un brouillage qui devient méthode et fracture le langage commun. Et c’est bien là que le bouffon révèle sa nature profonde : dans sa capacité à renommer le réel pour en inverser les polarités morales. Le terroriste peut devenir résistant, l’antisémite peut se retrancher derrière l’antisioniste, le complice devient « solidaire » ; la novlangue insoumise est l’instrument premier d’une entreprise de falsification du réel dont les conséquences pour la vie démocratique sont incalculables. Puis viennent les matières troubles : associations, prestataires, subventions, structures satellites, circuits d’influence, controverses, procédures, enquêtes, soupçons, mises en examen. Dans une démocratie, les coulisses devraient rester distinctes du sacré civique de la représentation ; quand elles envahissent la scène, la confiance se fissure — et la fissure devient ressource. L’actualité récente a offert un exemple : Le 21 février 2026, la presse a rapporté des mises en examen dans un dossier instruit par le Parquet national antiterroriste (PNAT) autour d’associations françaises, sur des soupçons de transferts de fonds au Hamas. Autant de braises dont une cour sait faire feu, ou dont elle sait faire persécution. Cela ne dit “la vérité d’un camp” ; cela dit un climat, où l’opacité devient elle-même un matériau politique. Qu’on ne se méprenne pas : l’analyse n’est pas un tribunal. Mais sociologiquement, une organisation peut convertir l’ambiguïté en force : plus la confiance s’effrite, plus elle s’offre comme pureté. Le scandale, même lorsqu’il se dégonfle, a servi : il a soudé, mobilisé, transformé l’examen démocratique en agression. La cour prospère sur le soupçon qu’elle entretient : cercle parfait, donc redoutable. Ainsi le bouffon parasite, au sens sociologique, l’institution qu’il dénonce : il se nourrit de ses garanties tout en corrodant la confiance qui les fonde.

Reste la question la plus grave : celle de la force. Elle n’a pas besoin de proclamation ; elle avance par habituation. On commence par traiter l’adversaire comme impureté ; on finit par traiter la contradiction comme violence, la nuance comme lâcheté, la retenue comme complicité. L’indignation, parce qu’elle ne connaît pas de fin, réclame des scènes plus fortes ; et à force de monter, elle rend plausible ce qui, hier, choquait. C’est à ce seuil que la bouffonnerie cesse d’être comique et devient dangereuse : humilier, finir par excuser, rire contre et enfin agir contre. Entre les deux, il y a la fatigue démocratique et les citoyens, épuisés par le scandale continu, de cesser de distinguer, de cesser d’exiger, de cesser d’opposer à l’outrance une frontière morale. Le bouffon LFI installe lentement une panarchie, un charivari car il ne supporte pas la critique tout en faisant de la critique des autres sa profession de foi. Lorsque le dehors rejoint le dedans — lorsque des relais militants extra-institutionnels comme La Jeune Garde deviennent prolongement de la scène — le seuil se rapproche. La question n’est pas de tout confondre, mais d’admettre que certaines formes d’intimidation, lorsqu’elles sont perçues comme tolérées ou excusées, déplacent le possible. Quand le possible se déplace, le grotesque cesse d’être grotesque : il devient menace. La violence n’est plus métaphorique ; elle devient organisationnelle, puis potentiellement insurrectionnelle. Dans ce contexte, la dissolution de La Jeune Garde par décret du 12 juin 2025, puis l’ouverture d’une enquête à Paris le 25 février 2026 pour une possible reconstitution, ont rappelé que l’État lui-même lit ces phénomènes comme des enjeux de l’ordre public. Là où le clown rassemble, le bouffon divise ; là où le rire salvateur crée du lien, le rictus sectaire creuse de l’abîme. Alors le débat change de nature : on n’est plus dans le goût d’un style, mais dans la santé d’un régime. À partir de quand la contestation, intégrable, se mue-t-elle en sécession symbolique : rester dans l’institution tout en travaillant à rendre le commun inhabitable ?

Hors de l’arc républicain

La démocratie est généreuse : elle accepte qu’on la critique. Mais elle n’est pas suicidaire : elle suppose une contrepartie silencieuse — que l’adversaire demeure concitoyen, que le langage garde une décence minimale, que l’institution reste bien commun. Quand ces piliers cèdent, la démocratie ne meurt pas forcément : elle se vide, elle devient décor. Et dans les décors, les bouffons règnent facilement. LFI, dans cette lecture, n’est pas seulement un parti conflictuel, une composante contestataire de l’arc républicain qui pousserait les limites du débat démocratique : elle est le lieu où se condensent des controverses qui, mises bout à bout, dessinent un seuil — langage, coulisses, intimidation, scène permanente. Autrement dit : proximités revendiquées ou tolérées avec des réseaux radicalisés et des acteurs controversés, accusations récurrentes d’antisémitisme et des ambiguïtés parfois entretenues, habilement drapées dans les plis de l’antisionisme, habileté à soutenir des écosystèmes militants dont le financement et la transparence font polémique, tolérance accordée à des dispositifs d’intimidation extra-institutionnels. À partir de là, la question devient civique : jusqu’où tolérer, au cœur du régime démocratique, un dispositif qui fabrique la fatigue comme stratégie et la fracture comme cohésion ?

L’urgence d’un rire retrouvé

Le clown, quand il salue, rend au public sa liberté : il accepte la fin, donc la reprise de la vie commune. Son rire restitue ; il n’annexe pas. Il rappelle que la cité n’est pas tenue seulement par des règles, mais par une capacité à supporter l’imperfection — donc l’autre. Il rend le conflit habitable et protège ce qui permet à des opposants de rester des voisins. Le bouffon, lui, ne salue jamais : il prélève. Il vole l’attention, ronge la confiance, transforme le désaccord en offense. Son œuvre n’est pas un programme : c’est une fatigue. Et la fatigue est la condition des capitulations, parce qu’elle fait disparaître l’art de distinguer. Le clown ouvre l’esprit, renvoie à notre intelligence et à notre responsabilité ; le bouffon le ferme, renvoie à notre peur et à notre démission. Il fascine — et c’est précisément pour cela qu’il faut s’en défier et le rejeter. Non par censure, mais par hygiène démocratique : refuser que la brutalité passe pour vérité, que l’outrance passe pour courage, que l’humiliation passe pour critique, que la théâtralité passe pour politique, que la vie publique passe pour charivari. Alors la phrase de Pagnol devient sévère. Rire avec le bouffon, c’est consentir à sa fracture ; rire de lui, c’est restaurer la distance critique. Mais si la cité ne rit plus — si elle se contente de trembler ou de haïr —, ce n’est pas seulement le bouffon qui gagne : c’est la démocratie qui commence à perdre son âme. Il n’est pas trop tard pour reprendre la scène. Mais le temps presse : quand le rictus devient langage unique, la démocratie rend son dernier souffle et s’éteint sans bruit dans l’indifférence de ceux qui auront confondu spectacle et politique, clown et bouffon, rire et tremblement. « Dis-moi de quoi tu ris… » : la formule dit tout, parce que ce que nous tolérons comme spectacle finit par devenir une norme. Quand la démocratie tremble, c’est que le bouffon a cessé d’être figure : il est devenu institution.

F. Benedic

https://nouvellerevuepolitique.fr/f-benedict-la-france-insoumise-liturgie-des-bouffons-de-la-republique/

 


 

B) - Après la tragédie de Lyon, Jusqu'où le Ps ira dans sa liaison avec LFI ?

Le lynchage à mort du jeune Quentin à Lyon par des membres de « la Jeune Garde » constitue vraisemblablement un moment de bascule. Dans quelques semaines, le premier tour des élections municipales nous fournira un premier indicateur sur l’impact de ce drame sur les comportements électoraux et les rapports de forces partisans.

D’ores et déjà, il est possible d’extraire plusieurs enseignements d’une affaire qui rappelle combien la violence est historiquement consubstantielle, selon les circonstances, à l’extrême gauche, mais que, par une ruse idéologique, elle est sous-estimée, voire parfois excusée. Pour autant, jamais comme après le drame lyonnais la question des alliances à gauche ne s’était autant posée en des termes moraux. En assumant ouvertement ses liens organiques avec un mouvement en cours de dissolution comme « la Jeune Garde », Jean-Luc Mélenchon surrinfecte le sujet. Il le fait sciemment, légitimant de la sorte des méthodes extrêmes, factieuses, qui ne paraissent en aucun cas solubles dans un cadre républicain. Or, force est de constater qu’à ce stade les réponses des gauches réformistes sont frappées d’une troublante et préoccupante ambivalence. Entre François Hollande, qui, semblant découvrir la radicalité de LFI, proclame qu’il ne saurait y avoir à l’avenir de convergences avec les insoumis, Monsieur Guedj, qui, après avoir été un pourfendeur des insoumis, se dit prêt à voter pour ces derniers en cas de second tour face à un candidat du RN aux présidentielles, et Olivier Faure, qui demande timidement une clarification des positions mélenchonistes sans dire lesquelles de ces positions lui paraissent incompatibles avec les valeurs des sociaux-démocrates, l’ambiguïté domine. Dans le même temps, un sondage Odoxa révèle que 61 % des Français sont prêts à faire barrage à LFI en cas de possibilité de victoire d’une liste de cette formation à l’occasion des élections municipales, quand 71 % se disent défavorables à une alliance du PS avec les Insoumis.

C’est là le second enseignement de ce dramatique événement. Le curseur de la diabolisation se déplace à gauche. Ce renversement, dont l’opinion témoigne, explique les discours d’équivalence développés tant à gauche qu’au centre pour renvoyer dos à dos le RN d’un côté et LFI de l’autre. Le Président de la République lui-même s’est fait le vecteur de cette rhétorique, comme s’il fallait, à l’épreuve de la montée en puissance du premier, ne pas insulter l’avenir avec le second au cas où. Or cette équivalence, qui vaut relativisation et minoration, vise à occulter un autre phénomène : à proportion que le RN se recentre, sous l’effet de sa stratégie de dédiabolisation, LFI se radicalise au point de ne rien renier des pratiques extrémistes des agrégats gauchistes avec lesquels sont noués des liens organiques. Ce contraste infirme toute symétrie, mais il s’inscrit dans cette filiation historique toxique selon laquelle il n’y aurait pas d’ennemis de la République à gauche, et jusqu’aux confins les plus éloignés de cette dernière dans sa version réformiste. C’est d’ailleurs le pari de Jean-Luc Mélenchon que de miser sur ce réflexe pavlovien de l’immunité prétendue morale du « progressisme » pour continuer à pousser son agenda de radicalité. Nonobstant la tragique actualité de Lyon, tout se passe comme s’il ne fallait pas couper les ponts entre toutes les parties prenantes de la galaxie progressiste. Reste à savoir si cette anomalie démocratique peut encore conserver son efficience dès lors que le pôle extrémiste est aussi puissant, voire dominant électoralement. L’esprit de calcul des uns, dernier vestige corrosif du mitterrandisme, n’est pas éteint, tant s’en faut. Le secrétaire général du PS, en annonçant qu’il pourrait y avoir encore « quelques rares arrangements électoraux » avec LFI à l’occasion des municipales, confirme l’existence du maintien de ce fil ténu dont d’aucuns anticiperont qu’avec le temps et, à mesure que l’échéance présidentielle se rapprochera, il pourrait à nouveau se renforcer. Un jeu dont le cynisme le dispute à la radicalisation et dont les socialistes, en escomptant en tirer profit, pourraient être à terme doublement perdants : électoralement et moralement surtout…

Arnaud Benedetti

Ancien rédacteur en chef de la Revue politique et parlementaire, Arnaud Benedetti est professeur associé à Sorbonne-Université, essayiste et spécialiste de communication politique. Il intervient régulièrement dans les médias (Le Figaro, Valeurs actuelles, Atlantico, CNews, Radio France) pour analyser les stratégies de pouvoir et les mécanismes de communication. Parmi ses ouvrages figurent Le Coup de com’ permanent (Cerf, 2018), Comment sont morts les politiques ? Le grand malaise du pouvoir (Cerf, 2021), ainsi qu’Aux portes du pouvoir : RN, l’inéluctable victoire ? (Michel Lafon, 2024). Ses travaux portent sur les transformations du discours public et les évolutions de la vie politique française.

https://nouvellerevuepolitique.fr/apres-la-tragedie-de-lyon-jusquou-le-ps-ira-dans-sa-liaison-avec-lfi/

 


C) - Les derniers rebondissements dans l’affaire Quentin Deranque : une violence qui met LFI face à ses contradictions

L’affaire de la mort de Quentin Deranque, militant identitaire de 23 ans lynché le 12 février 2026 à Lyon en marge d’une conférence de l’eurodéputée LFI Rima Hassan, continue de faire des vagues. Alors que l’enquête judiciaire progresse, les rebondissements politiques et médiatiques s’enchaînent, révélant une polarisation extrême. Sept personnes, dont Jacques-Élie Favrot, ancien assistant parlementaire du député LFI Raphaël Arnault et figure de la Jeune Garde « antifasciste », ont été mises en examen pour homicide volontaire ou complicité.

Favrot a reconnu son rôle de leader, des cris incitatifs comme « Allez, Lyon Antifa, on tient ! » et potentiellement « Butez-le, tuez-le ! », ainsi que des coups portés, selon des exclusivités d’Europe 1 et du JDD.

Mais au-delà des faits, c’est l’hypocrisie présumée de La France Insoumise (LFI) qui fait scandale : le parti accuse régulièrement les autres de violence, en particulier le Rassemblement National (RN), tout en refusant de reconnaître sa propre « hyper violence » liée à des groupes radicaux.


Les avancées judiciaires : des mises en examen et des aveux accablants

L’enquête, qualifiée d’homicide volontaire, a connu des développements rapides. Le 19 février, sept jeunes hommes – âgés de 20 à 25 ans et majoritairement liés à l’ultragauche lyonnaise – ont été placés en détention provisoire. Parmi eux, six pour homicide volontaire et un (Favrot) pour complicité par instigation.

Tous nient avoir porté les coups mortels, mais l’autopsie confirme que Quentin Deranque a succombé à un déluge de coups au sol, impliquant au moins six agresseurs masqués.

Le procureur de Lyon, Thierry Dran, a tenu une conférence de presse le 19 février pour détailler les faits, soulignant que l’agression s’est étalée sur 1,5 km et 1h30, un « chemin de croix » pour la victime.

Des témoignages et vidéos amateurs ont permis d’identifier les suspects, dont des membres de la Jeune Garde, dissoute en 2024 pour apologie de la violence mais toujours active dans les milieux « antifascistes ». Le 23 février, Le Monde a révélé des profils radicaux : ces militants, issus d’une « génération violente », justifient leurs actes par l’antifascisme, mais l’enquête pointe une escalade préméditée. Aucune nouvelle interpellation n’a été annoncée depuis, mais les juges d’instruction poursuivent les auditions.

La marche d’hommage et ses dérives : peur d’un engrenage

Le 21 février, une marche en hommage à Quentin Deranque a réuni 3.200 personnes à Lyon, sous haute surveillance policière. Organisée par des groupes d’extrême droite, elle s’est déroulée dans un calme parfait, sans aucun incident ni affrontement. Seul bémol : un ou deux imbéciles ont fait un salut nazi (un seul clairement visible sur la vidéo virale, avec la personne à côté qui lui dit immédiatement d’arrêter).

Ce geste isolé a été repris en boucle par l’ensemble de la presse mainstream et instrumentalisé pour tenter de discréditer toute la manifestation.

Collaboration habituelle avec le pouvoir en place : la préfecture et le parquet ont aussitôt ouvert deux enquêtes pour « apologie de crime contre l’humanité » et « injures racistes et homophobes » sur la base de ces images. Les bras levés poing fermé, nombreux dans la foule, n’ont strictement rien à voir avec un salut nazi : c’est un geste classique de colère et de désapprobation. Une hirondelle ne fait pas le printemps. La famille de Quentin, par la voix de son avocat Fabien Rajon, a d’ailleurs condamné fermement la « récupération politique » de l’événement et rappelé qu’elle n’en était pas à l’initiative.

Cette mobilisation a ravivé les craintes d’un « engrenage de violences » à Lyon, où extrême droite et ultragauche s’affrontent depuis des années. Des habitants ont déposé des fleurs sur les lieux du drame, mais la ville redoute des représailles.

L’hypocrisie de LFI : accuser les autres tout en niant sa propre violence

C’est ici que les propos de LFI font scandale. Le parti, prompt à dénoncer la « violence fasciste » du RN, refuse de reconnaître toute responsabilité dans l’affaire, malgré les liens évidents avec la Jeune Garde cofondée par Raphaël Arnault. Jean-Luc Mélenchon a qualifié l’incident de « traquenard » monté par l’extrême droite, sans condamner explicitement les actes de ses alliés. Mathilde Panot, présidente du groupe LFI à l’Assemblée, s’est dite « choquée » par les accusations, affirmant que « ni LFI, ni Rima Hassan, ni notre service d’ordre n’ont été au contact d’aucun problème ». Sandrine Rousseau va plus loin : LFI est « victime d’une espèce de cabale incroyable ».

Ces déclarations sont qualifiées d’« ignobles » et « abjectes » par Sébastien Lecornu, qui somme LFI de « faire le ménage ». Laurent Wauquiez accuse directement : « Cette violence ne vient pas de nulle part, l’extrême gauche a du sang sur les mains […] L’impunité dont bénéficie LFI doit cesser ! » Sur X, des députés RN comme Matthias Renault dénoncent : « LFI justifie la violence politique […] Aujourd’hui, LFI a du sang sur les mains. » Alice Cordier, de Némésis, parle d’« hypocrisie alarmante » de Mélenchon, pointant des attaques violentes contre des médias par des activistes LFI.

Gérald Darmanin note que « LFI ne se désolidarise en rien du travail de violence de la Jeune Garde », accumulant des faits « très importants ». Des appels à un « cordon sanitaire » contre LFI émergent, la sommant de clarifier sa position sur la violence politique.

Une affaire qui polarise et interroge la démocratie

À l’approche des élections municipales de 2026, cette affaire expose les fractures françaises. LFI, en niant toute « hyper violence » chez elle tout en accusant les « fachos » du RN, risque de perdre le peu de crédibilité qui lui restait. Les enquêtes judiciaires trancheront sur les faits, mais le débat public est déjà enflammé : peut-on tolérer un parti qui parle de violence chez les autres sans balayer devant sa porte ?

https://multipol360.com/les-derniers-rebondissements-dans-laffaire-quentin-deranque-une-violence-qui-met-lfi-face-a-ses-contradictions/

 

 

février 23, 2026

Quen tin homme est tué lâchement ! Quand on sème la guerre civile dans les mots, on ne maîtrise plus ceux qui la récoltent dans la rue !

Sommaire:

A) - Quand on sème la guerre civile dans les mots, on ne maîtrise plus ceux qui la récoltent dans la rue.

B) - Le parquet de Lyon requiert l’homicide volontaire dans le meurtre de Quentin Deranque : l’ombre de LFI et de ses affidés 

C) - Meurtre de Quentin Deranque : de l’ignorance devant la violence en politique

 


L’extrême droite et l’extrême gauche françaises, quels que soient les noms sous lesquelles elles se dissimulent, sont en réalité complices. Avec un but commun: s’opposer au deuxième tour de la prochaine élection présidentielle, pour favoriser la victoire de l’extrême-droite, faire disparaître ainsi les partis démocratiques et s’opposer ensuite par la violence sur les ruines de la démocratie . Trop de petits politiciens , de partis de droite et de gauche, leur servent de marchepied ..
Jacques Attali
@jattali
 


 

A) - Quand on sème la guerre civile dans les mots, on ne maîtrise plus ceux qui la récoltent dans la rue.

Les mots sont des briquets. La rue est l’essence.

Lyon, 12 février 2026. Un étudiant de vingt-trois ans, Quentin Deranque, converti récemment au catholicisme, passionné de mathématiques, meurt après une agression d’une violence extrême devant Sciences Po, dans un contexte de confrontation politique où l’antifascisme sert, depuis des années, de bannière et de justification à des pratiques de rue. Il y a, dans ce genre de scène, un détail toujours insoutenable : le banal — un sac à dos, une écharpe, un trottoir froid — qui survit à l’idéologie. On nous demandera de nous indigner, de pleurer, de tweeter notre « sidération ». Mais ce meurtre n’est ni un accident ni une surprise : c’est le produit terminal d’un ensauvagement politique installé, nourri, entretenu, dont les responsables ont une stratégie, des intérêts, une méthode. À commencer par La France insoumise et Jean-Luc Mélenchon, non pas comme commanditaires d’un acte, mais comme producteurs d’un climat. Ce qui s’est joué sur le bitume lyonnais n’est pas un « dérapage » isolé, c’est l’aboutissement logique d’une rhétorique de guerre civile patiemment installée, légitimée par un parti qui a fait de la désignation d’ennemis absolus son principal mode de mobilisation. L’enquête dira les noms. Moi, je décris le climat qui fabrique les coups. Entre l’hémicycle et la rixe, il n’y a pas un monde : il y a un escalier.


Mais il serait trop confortable de s’en tenir à ce constat. La responsabilité est plus large, plus diffuse, plus collective que le seul camp mélenchoniste. L’État a toléré pendant des années la professionnalisation de milices violentes, au prétexte qu’elles frappaient les « bons » ennemis. La droite a joué avec ses propres marges radicalisées tout en dénonçant celles d’en face. Les médias ont spectacularisé la violence de rue comme un folklore tant qu’il n’y avait pas de mort. Et nous tous – intellectuels, journalistes, universitaires, citoyens – avons accepté que la politique française devienne un théâtre de confrontation où l’adversaire est systématiquement réduit à un ennemi, où le conflit régulé cède la place à l’affrontement physique, où le visage de l’autre disparaît sous l’étiquette politique qu’on lui colle. Il n’y a pas de spectateurs dans une guerre civile : il n’y a que des retardataires. En tant que Juive, je sais où mènent les sociétés qui tolèrent le lynchage politique : elles finissent, tôt ou tard, par faire payer les Juifs. L’histoire européenne a une pente : quand la foule apprend à frapper, les Juifs finissent toujours par payer. Je refuse de me taire. Et je refuse le mensonge commode selon lequel « personne n’est vraiment responsable ». Tout le monde l’est. À commencer par Mélenchon. La neutralité, dans la violence politique, n’est pas une position : c’est une démission.

Hannah Arendt a établi une distinction fondamentale entre pouvoir et violence dans Du mensonge à la violence : le pouvoir naît de l’action concertée d’hommes libres dans un espace commun, tandis que la violence surgit précisément quand ce pouvoir s’effondre, quand plus personne ne croit aux institutions capables d’organiser le conflit. Ce qui s’est passé à Lyon ressemble à cela : une faillite du pouvoir, remplacé par la violence brute. Concrètement : quand le pouvoir recule, la violence prend la place. Toujours. Max Weber définissait l’État moderne par le monopole de la violence légitime sur un territoire donné, monopole qui n’est pas simple affaire de force mais garantie que la violence sera exercée selon des règles impersonnelles, prévisibles, égales pour tous. Le monopole, c’est la digue : quand elle cède, la rue devient tribunal. Ce monopole wébérien, l’État français l’a laissé se déliter, et parfois avec une étrange complaisance. Pendant des années, il a pratiqué une tolérance sélective envers des milieux d’ultragauche violents : la Jeune Garde a été associée, à répétition, à des agressions documentées, des mises en examen, des plaintes – Lyon, Paris, Strasbourg : une géographie de la violence politique. En mai 2024, huit de ses militants ont été mis en examen pour l’agression d’un adolescent de quinze ans dans le métro parisien, soupçonné d’être proche de la Ligue de défense juive, frappé et sommé de crier « Vive la Palestine ». Incapacité de travail : douze jours. L’agression est filmée, revendiquée. Et malgré cela, l’impression dominante fut longtemps celle d’une réponse lente, fragmentée, insuffisante. La dissolution intervenue ensuite n’a pas effacé les réseaux ; elle a rarement suffi à dissoudre les habitudes. La fermeté de plateau a remplacé la cohérence de terrain.

Pourquoi cette tolérance ? Parce que ces milices frappaient les « bons » ennemis : l’extrême droite, les identitaires, les nationalistes. L’État a sous-traité, de facto, une part de sa fonction répressive à des supplétifs privés, envoyant un message dévastateur : il existerait des zones grises où la violence politique devient acceptable si elle sert les bons objectifs. L’État n’a pas seulement fermé les yeux : il a donné l’habitude. Dans ces zones, le monopole wéberien n’existe plus. Des groupes privés s’installent, se professionnalisent, se croient autorisés à « faire la police » à la place de la police. La zone grise, c’est l’endroit où l’État remet ses clés à la foule. La responsabilité de l’État est donc double : il a renoncé à son monopole, et il a créé les conditions matérielles de la violence privée. Quentin Deranque est mort dans cette zone grise, là où l’État avait abdiqué. Mais cette abdication n’aurait pas suffi sans le discours qui l’a préparée, légitimée, rendue pensable. Ce discours a un nom : celui de Jean-Luc Mélenchon et de La France insoumise. On n’a pas besoin de donner un ordre pour donner une permission.

Carl Schmitt a théorisé au début du 20ᵉ siècle la distinction ami/ennemi comme essence du politique, montrant aussi que cette logique, poussée à son terme, transforme inévitablement la politique en guerre civile. C’est, depuis 2017, une dynamique que Mélenchon a alimentée, durcie, théâtralisée. Chaque discours, chaque rassemblement, chaque tweet construit méthodiquement une opposition binaire : « eux » – les riches, les policiers, les fascistes, les sionistes, les « chiens de garde médiatiques » – contre « nous », le peuple, les opprimés, les antifascistes. Ce n’est pas une simple polarisation électorale : c’est une grammaire de guerre civile où l’ennemi politique cesse d’être un adversaire avec qui l’on partage un monde commun pour devenir une menace existentielle qu’il faudrait « dégager », « neutraliser », « empêcher ». Schmittiser la politique, c’est militariser les esprits. « La police tue », répète Mélenchon en boucle, transformant toute intervention policière en violence illégitime. « Les riches se sont ensauvagés », assène-t-il, retournant l’accusation d’ensauvagement contre les classes dirigeantes. Le lexique, constamment, flirte avec l’insurrection : appels à la « mobilisation générale », à « ne plus obéir », à « renverser » le pouvoir. Transformer l’adversaire en ennemi, c’est transformer la politique en champ de tir.

Cette rhétorique n’est pas innocente. La science politique montre que la radicalisation discursive des élites peut produire, mécaniquement, une radicalisation pratique des bases. Quand un leader politique désigne des ennemis absolus, il autorise implicitement ses troupes à « neutraliser » ces ennemis. Mélenchon ne dit pas explicitement « frappez les fascistes ». Mais sa rhétorique construit un monde où « frapper les fascistes » devient un acte de légitime défense politique, presque un devoir moral. Les travaux de Sommier, Crettiez, Lebourg sur la violence politique montrent que les passages à l’acte ne sont jamais de simples accidents : ils résultent de processus de socialisation, d’environnements militants qui normalisent la violence, de discours qui la légitiment. La violence ne surgit pas : elle s’apprend. La radicalisation fonctionne souvent en quatre temps : socialisation dans un groupe fermé qui devient famille de substitution ; construction d’un ennemi déshumanisé (le « facho », le « collabo », un corps sans visage) ; normalisation progressive de la violence, d’abord verbale puis symbolique puis physique ; validation du passage à l’acte par le groupe et parfois, par l’impunité. LFI participe à ce schéma, constituant un environnement permissif : un écosystème où la violence n’est jamais explicitement ordonnée mais trop souvent implicitement autorisée. Désigner. Déshumaniser. Autoriser. Célébrer. Voilà la chaîne.

Raphaël Arnault incarne, symboliquement, cette porosité entre radicalité de rue et vitrine institutionnelle. Fondateur de la Jeune Garde, présenté par des médias comme fiché S pour des faits liés à des violences et à des milieux radicaux, il est aujourd’hui député LFI. Son assistant parlementaire, Jacques-Élie Favrot, est mentionné dans des récits et signalements publics comme ayant été impliqué dans les faits autour de l’agression de Quentin. Si ces faits et ces liens sont confirmés, alors une ligne rouge est franchie : celle qui sépare l’ombre militante de la responsabilité institutionnelle. LFI ne pourra pas dire « nous ne savions pas ». Arnault n’est pas un militant anonyme : c’est un élu investi, défendu, maintenu. Quand certains révèlent son fichage, les cadres relativisent : « une fiche S n’est pas une condamnation ». Certes. Mais l’enjeu politique n’est pas seulement pénal : c’est la culture qu’on tolère, la symbolique qu’on valide, le message qu’on envoie. La présence d’Arnault au sein de LFI n’est pas un hasard : c’est une stratégie de lien avec des milieux capables de mobiliser la rue, d’intimider, de créer un rapport de force. La Jeune Garde n’est donc pas seulement un groupe « externe » : c’est, dans l’imaginaire, une force amie — tolérée, soutenue, valorisée comme rempart. Investir, c’est endosser. Défendre, c’est assumer. Ce n’est pas un dérapage quand c’est un casting.

 

Après chaque violence attribuée à l’ultragauche, LFI suit trop souvent le même script : silence initial ; condamnation molle et générique (« nous condamnons toutes les violences ») ; retournement victimaire (« le vrai problème, c’est la violence d’État », « on instrumentalise cette mort pour nous salir »). Jamais de rupture nette, jamais de désaveu clair, jamais d’autocritique sur la rhétorique qui nourrit ces violences. Silence. Formule. Renversement. Toujours la même mécanique. Quand Mélenchon finit par s’exprimer, sa parole s’accompagne d’une dénonciation des « calomniateurs » plus que d’une remise en question du discours qui rend cette violence pensable. La compassion utilisée comme bouclier, c’est une seconde violence.

La scène du 12 février n’oppose pas des anges à des démons, mais deux radicalités qui partagent le même langage de force, les mêmes codes, la même fascination pour la confrontation. Les responsabilités ne sont pas symétriques — mais les mécanismes se répondent. D’un côté, des jeunes nationalistes, identitaires, proches du collectif Némésis – ce féminisme identitaire qui articule protection des femmes et rejet de l’immigration –, venus « assurer la sécurité » d’une action contre Rima Hassan. Pour eux, défendre l’honneur du groupe – femmes, nation, foi – exige de tenir la rue. De l’autre, des antifas ancrés dans une culture de l’autodéfense antifasciste qui fait de l’affrontement un devoir moral : la présence d’identitaires devant Sciences Po devient une provocation insupportable, un territoire à défendre. Les travaux comparatifs sur les radicalités de gauche et de droite révèlent des trajectoires souvent similaires : jeunesse, socialisation militante intensive, groupe qui devient famille, goût du risque, virilisation par la violence, ritualisation du combat de rue. Les corps se ressemblent, les scripts se répondent. Les camps se haïssent, mais ils se ressemblent : même culte de la force, même ivresse du groupe.

Anthropologiquement, la scène lyonnaise ressemble à une vendetta moderne : une question d’honneur où l’autre camp incarne une souillure symbolique qu’il faudrait expulser. La violence collective suit une logique de vendetta : il ne s’agit pas de « punir » un individu pour ce qu’il a fait, mais de « venger » l’honneur du groupe en frappant un membre du groupe adverse. Quentin, ce soir-là, n’est plus un individu : il devient un signifiant – le « facho » – un corps sur lequel on règle un compte politique. Emmanuel Levinas a placé le visage d’autrui au cœur de l’éthique : le visage n’est pas une image, c’est une présence fragile qui commande « Tu ne tueras point ». Mais pour que le visage apparaisse, il faut accepter de voir l’autre comme un sujet singulier, irréductible à une étiquette. Quentin Deranque avait un visage : étudiant brillant, passionné de mathématiques, converti récent au catholicisme, pratiquant d’une paroisse lyonnaise, décrit par ses proches comme « joyeux », « calme », « intellectuel ». Pour ses agresseurs, ce visage n’existait pas. Il était une catégorie. Et la réduction de l’individu à une étiquette est la condition du lynchage. Le lynchage commence quand le prénom s’efface. Tant qu’il est Quentin, on hésite. Dès qu’il est “facho”, on frappe.

LFI fabrique méthodiquement cette disparition du visage. Quand Mélenchon et ses cadres parlent des « fascistes », des « collabos », des « chiens de garde », ils ne désignent pas des individus : ils créent des catégories déshumanisées qu’il devient légitime de « neutraliser ». Hannah Arendt a montré dans Eichmann à Jérusalem que la banalité du mal ne réside pas dans le sadisme, mais dans la capacité de personnes ordinaires à ne plus voir l’humanité de ceux qu’elles frappent lorsqu’un système idéologique leur dit que c’est légitime. Les militants qui ont frappé Quentin ne sont peut-être pas des monstres. Ce sont des jeunes gens persuadés que frapper un « fasciste » est un acte de justice. C’est cette banalité-là qui est terrifiante. Le pire n’est pas le monstre : c’est l’homme ordinaire persuadé d’être du bon côté. La pureté morale est l’excuse préférée des mains sales.

Le gouvernement et la droite hurlent aujourd’hui contre « l’ultragauche meurtrière ». Ils n’ont pas tort de nommer le phénomène. Mais leur indignation arrive après des années de laisser-faire, de tolérance sélective, d’hypocrisie structurelle. Les services savaient. Les rapports existaient. Les signaux s’accumulaient. Et pourtant : rien, ou si peu ; trop tard, trop fragmenté, trop opportuniste. Ils feignent de découvrir ce qu’ils ont laissé prospérer. Quand l’État arrive après la bataille, il ne gouverne plus : il commente.

Pourquoi ? Parce que dénoncer « l’ultragauche » est politiquement rentable sans être stratégiquement coûteux. On peut faire des discours de fermeté, mobiliser un électorat sans assumer une ligne claire : aucune milice, d’aucun bord, n’a sa place dans l’espace public. La science politique parle de tolérance répressive sélective : on frappe très vite certains groupuscules, on ferme les yeux sur d’autres tant qu’ils cognent les « bons » adversaires. Cette géométrie variable est dévastatrice : elle envoie le message qu’il existe des zones où la violence politique est admise, voire utile. Dans ces zones, les milices prospèrent. Ils veulent la peur, pas la paix : la peur vote, la paix s’oublie.

Et la droite ? Marine Le Pen et Marion Maréchal exigent « justice pour Quentin », dénoncent le « lynchage », accusent « la milice de Mélenchon ». Leur indignation est compréhensible. Mais elle bute sur leurs propres ambiguïtés : fascination pour la force, théâtralisation de la confrontation, complaisances passées avec des services d’ordre et des marges radicalisées. On ne peut pas passer sa vie à théâtraliser la guerre interne et découvrir un matin, stupéfait, que des jeunes y croient. Personne ne veut vraiment désarmer la violence politique, parce que tout le monde y trouve son compte : LFI mobilisée par l’antifascisme radical, la droite mobilisée par la peur de l’ultragauche, l’État produit des gesticulations répressives sans cohérence. Et pendant ce temps, des corps tombent. On ne combat pas les milices des autres en caressant les siennes. On ne joue pas à la guerre civile sans finir par la provoquer.

Je ne peux pas écrire cet article sans assumer ma position de parole. Je suis juive. Cette identité n’est pas accessoire : elle porte une mémoire, celle des sociétés qui tolèrent le lynchage politique. Les Juifs savent ce que signifie une société où des milices s’arrogent le droit de désigner l’ennemi et de le frapper. Cela commence toujours par d’autres – les « fascistes », les « traîtres », les « bourgeois », les « contre-révolutionnaires » – et cela finit toujours par nous atteindre. Je reconnais les signaux faibles : c’est notre métier de survivants. La Jeune Garde s’est déjà trouvée mêlée à une agression à tonalité antisémite : un adolescent frappé dans le métro parisien, sommé de crier « Vive la Palestine » parce qu’on le soupçonnait d’être proche de la LDJ. LFI a, trop souvent, banalisé un discours où l’antisionisme radical ouvre un espace ambigu : obsession contre Israël, soupçon de « lobby sioniste », glissement où « sioniste » devient synonyme d’ennemi absolu. Quand on admet que des groupes s’arrogent le droit d’expulser « les fascistes » de l’espace public, il ne faut qu’un pas pour qu’ils décident demain d’expulser « les sionistes », puis les Juifs identifiables. Aujourd’hui “facho”. Demain “sioniste”. Après-demain “Juif”. Les étiquettes changent, le geste reste.

Je ne peux pas me taire face à la mort de Quentin Deranque. Non pas parce qu’il serait « mon camp » mais précisément parce que je sais où mène l’acceptation du lynchage politique. Si l’on tolère qu’un jeune catholique nationaliste soit lynché pour ce qu’il pense, alors on accepte le principe même que des identités politiques, religieuses, nationales deviennent des motifs de mise à mort. Dans ce monde-là, il n’y a plus de garantie pour personne. Et nous, les Juifs, le savons mieux que quiconque : nous sommes toujours parmi les premières cibles quand la violence politique devient normale. Le visage de Quentin Deranque doit être le dernier à disparaître sous les coups. Si nous laissons passer ce meurtre sans exiger une rupture radicale avec toutes les cultures de la violence politique, nous aurons perdu le droit de nous dire civilisés. Je refuse le tri des morts. Je refuse le confort des camps. Je refuse qu’on apprenne à tuer au nom d’un slogan.

Quentin Deranque est mort parce que des militants d’ultragauche l’ont frappé jusqu’à ce que son crâne cède. Mais ces militants n’ont pas agi dans le vide : ils ont agi dans un environnement politique qui rend cette violence pensable, valorisable, justifiable. Mélenchon porte une responsabilité politique directe : il a installé une rhétorique où l’ennemi politique devient menace existentielle ; il a trop souvent refusé une condamnation claire des violences de son camp idéologique ; il a accepté la porosité avec des figures radicales ; et, au moment du drame, sa parole a semblé davantage préoccupée par la défense de son image que par l’interrogation de sa stratégie. La justice dira les auteurs. La politique, elle, a déjà écrit le décor. Le crime a ses mains. L’époque a ses phrases.

Mais d’autres sont aussi responsables. L’État, qui a toléré la professionnalisation de milices violentes par calcul ; la droite, qui peine à regarder ses propres ambiguïtés ; les médias, qui ont théâtralisé la violence de rue ; nous tous, qui avons accepté que la politique devienne guerre et que le visage de l’autre disparaisse sous l’étiquette. Ici, la responsabilité a plusieurs visages : le calcul, la lâcheté, le cynisme, le confort. Ce n’est pas un incident : c’est un écosystème.

Quentin, il y a quelque chose qui manque dans nos tribunes : l’humilité. Alors je vais la poser là, nue, comme un aveu. Pardon.

Pardon de n’avoir pas su — parce que nous avons appelé “folklore” ce qui était déjà une méthode ; nous avons appelé “tension” ce qui était déjà une guerre ; nous avons appelé “radicalité” ce qui était déjà une permission de frapper.

Pardon de n’avoir pas pu — parce qu’un État qui tolère des zones grises fabrique des zones noires, et qu’un pays qui hésite à dire non finit par ne plus savoir empêcher.
Mais le pire, Quentin, c’est le troisième : pardon de n’avoir pas voulu.
Pardon d’avoir préféré nos prudences à ta sécurité. Pardon d’avoir préféré nos camps à ta vie.

Pardon d’avoir préféré nos postures à ton visage.

On ne tue pas seulement avec des poings : on tue avec des lâchetés accumulées.
Et si je te demande pardon, ce n’est pas pour effacer la faute de ceux qui t’ont frappé. C’est pour rappeler ceci : il n’y a pas d’innocence confortable quand la violence politique devient une langue.
Quentin, pardon de n’avoir pas su, pas pu, pas voulu. Et que ce pardon devienne enfin une exigence : plus jamais.

Car ce qui est exigible maintenant n’est pas une indignation de circonstance, mais une rupture : LFI doit rompre clairement avec toute forme de violence politique, assumer une ligne de séparation nette avec les milieux violents, désavouer publiquement la Jeune Garde et ses héritiers, exclure Raphaël Arnault ; l’État doit démanteler toutes les milices sans tolérance sélective. La droite doit assumer une ligne cohérente contre toutes les cultures de confrontation physique. Nous devons tous refuser la disparition du visage : arrêter de réduire nos adversaires à des étiquettes, exiger que chaque personne reste un sujet singulier, même quand on combat ses idées. Le mot « ensauvagement », si galvaudé, désigne précisément cela : la destruction des normes qui rendent possible la vie en commun, la régression vers un état où seul compte le rapport de force, où la parole cède devant le coup. Refuser l’ensauvagement, ce n’est pas réclamer un consensus mou : c’est imposer une ligne infranchissable. Aucun camp n’a le droit de tuer. Aucun discours politique ne peut préparer, excuser ou minimiser le lynchage. Tant que nous ne le dirons pas à tous, avec la même force, nous continuerons à compter les morts. Et les prochains ne seront peut-être pas des nationalistes catholiques. Ce seront peut-être des Juifs, des militants, des étudiants, des policiers. Peu importe : dans une société ensauvagée, personne n’est à l’abri. Les prochains cadavres seront sur nos consciences à tous. À commencer par celle de Mélenchon.

Même règle. Même fermeté. Même honte. Zéro milice, zéro excuse, zéro double standard. La civilisation, c’est une ligne. On la tient, ou on tombe.

Fundji Benedict

Fundji M. Benedict-Van Limbergen*, fondatrice et directrice générale de la Liberty Values ​​& Strategy Foundation, est reconnue pour son expertise multidisciplinaire exceptionnelle et son intégrité sans faille. Polyglotte accomplie, elle maîtrise plusieurs langues et possède des connaissances d'une rare étendue, couvrant les sciences politiques, l'anthropologie, la linguistique, le droit international, les droits humains, les affaires européennes, les études africaines et l'administration des affaires. Forte d'une expérience remarquable à des postes de direction au sein d'entreprises de premier plan aux États-Unis et au Canada, elle a élaboré des stratégies transformatrices pour des organisations multinationales, tirant parti de sa profonde compréhension des dynamiques internationales complexes et relevant des défis multiformes avec une précision stratégique et une clarté éthique exemplaires. Soumise régulièrement à la sollicitation d'experts pour ses analyses pertinentes des enjeux mondiaux pressants et pour sa position inébranlable contre l'antisémitisme et le terrorisme, ainsi que pour sa fine compréhension des réalités géopolitiques, elle est une voix de confiance dans le domaine du plaidoyer international. Dans chacune de ses entreprises, elle incarne la force de l'expertise multidisciplinaire, d'un leadership intègre et d'une perspective globale grâce à une vision stratégique, une vaste expérience professionnelle et une excellence académique. La Dre Benedict ne se contente pas d'influencer les débats ; elle impulse un changement transformateur avec intégrité et excellence, au carrefour du monde universitaire, des politiques publiques et des droits humains internationaux. *La Dre Fundji M. Benedict-Van Limbergen est reconnue professionnellement sous le nom abrégé de Dre Benedict, sous lequel elle a publié de nombreux articles scientifiques. Cette appellation est conforme aux conventions académiques en matière d'abréviation des noms, tout en préservant sa reconnaissance scientifique sur toutes les plateformes.



 B) - Le parquet de Lyon requiert l’homicide volontaire dans le meurtre de Quentin Deranque : l’ombre de LFI et de ses affidés 

Des réquisitions lourdes qui exposent un crime politique

Le parquet de Lyon a requis ce 19 février la mise en examen pour homicide volontaire de sept suspects, ainsi que leur placement en détention provisoire.

Parmi eux, deux sont directement visés pour les coups mortels, tandis que Jacques-Élie Favrot, alias Jeff, ancien assistant parlementaire du député LFI Raphaël Arnault, est mis en examen pour complicité d’homicide volontaire par instigation. Il reconnaît sa présence sur les lieux et des violences, mais nie avoir porté les coups fatals. L’enquête, ouverte pour violences aggravées en réunion, dissimulation du visage et association de malfaiteurs, confirme la nature politique du lynchage du jeune militant patriote de 23 ans, survenu le 12 février en marge d’une conférence de l’eurodéputée LFI Rima Hassan à Sciences Po Lyon.

Les ramifications directes avec La France Insoumise

Parmi les interpellés figurent plusieurs membres ou proches de la Jeune Garde antifasciste, groupe dissous en juin 2025 mais qui agissait comme partenaire régulier de LFI et du Nouveau Front Populaire. Jacques-Élie Favrot, cofondateur de ce groupe à Lyon, y occupait un rôle de cadre loyal, formé à la violence de rue et chargé de « frapper » lors des confrontations avec les patriotes. Un témoignage recueilli par la presse révèle le fonctionnement interne : la Jeune Garde assurait souvent le service d’ordre des événements insoumis, coordonné par Favrot, et ses membres étaient récompensés par des postes parlementaires. La phrase choc du témoin résume le système : « On fait le sale boulot et on est remercié avec des postes. » (voir ici).

Un système de complaisance à l’Assemblée nationale

L’affaire met au jour un traitement de faveur inédit au sein de l’institution. Un autre collaborateur de Raphaël Arnault, Robin Chalendard, apparaissait sur le site de l’Assemblée sous le pseudonyme Robin Michel, une démarche exceptionnelle accordée à la demande du député et validée par la division de la gestion financière.

Ce pseudonyme n’a pas été déclaré à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), soulevant des questions sur une transparence à deux vitesses réservée à l’extrême gauche.

L’utilisation présumée de moyens parlementaires pour coordonner des actions de rue et des services d’ordre violents interroge directement sur la frontière entre mandat public et militantisme : emplois fictifs ? Financement indirect de la violence ?

L’hypocrisie du maire écologiste de Lyon

Dans ce climat, le maire EELV de Lyon, Grégory Doucet – allié électoral de LFI en 2022 –, demande à la préfecture d’interdire la marche d’hommage à Quentin prévue samedi, invoquant des « risques de troubles à l’ordre public ». Pourtant, la mairie a elle-même collaboré avec la Jeune Garde et d’autres organisations d’extrême gauche, qualifiées de « camarades de combat » par le maire lui-même, notamment avec le Planning familial.

Refuser un hommage serein aux victimes tout en ayant travaillé main dans la main avec les milices présumées responsables du lynchage révèle une hypocrisie moralisatrice flagrante.

L’extrême gauche, faux rempart de la démocratie et vraie machine à violence

Ce drame n’est pas un fait divers isolé. Il incarne l’ultra-violence systémique d’une extrême gauche qui se pare du manteau de la démocratie tout en organisant des guet-apens mortels contre ses opposants politiques. Dissoute sur le papier, la Jeune Garde continue d’agir à travers ses réseaux et ses relais parlementaires. LFI, qui condamnait mollement le meurtre tout en maintenant son soutien à ces « alliés », se retrouve prise à son propre piège : celui d’une complaisance structurelle envers la violence de rue, financée et protégée par des postes publics. Le pouvoir centriste, par son silence complice ou son refus de nommer clairement les responsabilités, laisse prospérer cette machine à broyer les dissidents.

Un signal d’alarme pour la République

Le parquet a fait son travail en requérant des qualifications lourdes et des détentions. Mais le vrai scandale dépasse le judiciaire :

il est dans ce système où des assistants parlementaires financés par l’argent public orchestrent potentiellement des agressions mortelles, où une mairie « citoyenne » protège ses anciens partenaires violents tout en interdisant l’hommage aux victimes, où l’extrême gauche tue au nom de l’antifascisme sans jamais être inquiétée durablement.

Quentin Deranque, étudiant en mathématiques de 23 ans, n’est pas mort d’un banal règlement de comptes. Il est mort pour ses idées, lynché par une milice politique tolérée par ceux qui prétendent défendre la démocratie. L’heure n’est plus aux demi-mesures : la transparence totale sur les liens LFI-Jeune Garde, la fin des traitements de faveur à l’Assemblée et la dissolution réelle de ces réseaux sont désormais des exigences minimales de l’État de droit.

https://multipol360.com/le-parquet-de-lyon-requiert-lhomicide-volontaire-dans-le-meurtre-de-quentin-deranque-lombre-de-lfi-et-de-ses-affides/



C) - Meurtre de Quentin Deranque : de l’ignorance devant la violence en politique

Ce n’est ni la première ni la dernière fois qu’un jeune homme dans la vingtaine laisse sa vie sur le pavé à l’occasion d’une séquence de violence politique. Âge des passions, âge de l’engagement, âge de l’amour de l’absolu. L’ensemble des réactions publiques à ce meurtre jette l’observateur dans la consternation pour deux raisons : les leçons de morale, ou plus exactement de moraline, ce jus de cadavre de la morale, tiennent lieu d’analyse, d’une part, l’étonnement généralisé, d’autre part. Je m’étonne qu’on s’étonne du surgissement de la violence politique. La droite ne se souvient pas de Pierre Overney, ce jeune militant de la Gauche prolétarienne, abattu en 1972 par un employé de la sécurité de l’usine Renault à Billancourt où sévissait une milice patronale aux ordres de la direction.

 

Sottise et inhumanité du moralisme.

De fait, les cris et récriminations des uns et des autres devant la violence dans laquelle Quentin Deranque a été broyé sonnent faux. Quand ils semblent sincères, c’est encore pire : ils trahissent l’inculture et la sottise. Dans cette affaire, la morale n’est que de la « com », de l’affichage : elle appartient au jeu politique, au même titre que la violence. Je le dis avec plus de justesse : dans ces discours, la morale n’est qu’un déguisement que prend la politique, autrement dit elle est une violence faite à l’honnêteté intellectuelle. Ne perdons pas de vue la leçon de Julien Freund : la violence est analytiquement contenue dans l’essence de la politique. Le philosophe range la violence dont Quentin Deranque fut la victime la plus récente dans la quatrième catégorie des violences politiques, celle des « formes les plus spontanées, mais aussi les plus tumultueuses et les plus désordonnées, souvent les plus innocentes (…), troubles qui sont pour ainsi dire propres à la vie des collectivités qui tout à coup s’agitent pour toutes sortes de raisons » (Julien Freund, L’Essence du politique, p. 516). Attention : il ne faut pas voir dans l’affirmation de l’instrumentalisation, qui fonctionne à plein régime ces jours-ci, de la morale par la politique, une condamnation (qui ne pourrait être prononcée que d’un point de vue moral, et dont la démagogie saute immédiatement aux yeux) de la politique. Pareille posture, trop fréquente aujourd’hui, de rejet de la politique à partir de la morale, serait plus qu’imbécile, inhumaine ; en effet, arguer de la morale pour récuser la politique en raison de la participation de la violence à son essence revient à ignorer que l’homme est l’animal politique, autrement dit ce serait empêcher les hommes d’accéder à leur humanité.

Ce n’est pas la mort de Quentin Deranque qui est instrumentalisée par la politique, c’est la morale.

 

Les dangers de la censure.

La stabilité d’un système politique repose sur le refoulement de la violence. De nos jours – ce n’était le cas ni jadis ni naguère – la violence verbale se trouve criminalisée, c’est-à-dire refoulée, autant que la violence physique. Un danger apparaît : si des conceptions dites violentes, dites plus ou moins arbitrairement haineuses, des rapports humains, de la cité, se voient privées de leur droit à l’expression, elles justifieront un jour ou l’autre, quand on ne s’y attendra pas, des violences physiques. Imaginez que l’on décrète haineuses les idées antirépublicaines, celles de Joseph de Maistre par exemple, les idées monarchistes donc, alors qu’en quinze siècles la France n’a vécu que cent cinquante ans en République, la violence qui suivrait inévitablement ici ou là de cette forfaiture ne serait pas illégitime. Le même raisonnement vaut pour les théories politiques marxistes et anarchistes, dont le système pourrait très bien décréter qu’elles sont antirépublicaines, haineuses, etc. On a bien le droit d’être antirépublicain, non ? Ou de proclamer que la propriété c’est le vol, non ? Il se pourrait que l’on proclame la pensée de Marx haineuse parce qu’elle contient une critique des droits de l’homme, l’espoir de l’abolition de la division du travail et de la destruction de l’État. Pareille excommunication serait monstrueuse ; la pente pourtant en est prise. Et que dire de l’éventuel classement comme haineux des discours anti-avortement (que tenait pourtant le philosophe Marcel Conche dans son ouvrage Le Sens de la philosophie, pages 34 et 35), anti-climato-réchauffiste, ou anti-féministe ? L’énergie contenue dans les idées politiques est trop puissante pour qu’il ne soit pas d’une imprudence folle – imprudence dans laquelle, souvent en opposition avec l’opinion publique, comme le montre le projet de loi sur l’euthanasie, l’on se jette comme dans un brasier encore invisible – de les réduire au silence au nom d’arguments moraux.

 

Refoulement de la violence et retour du refoulé.

Revenons sur cette vérité : tout système politique repose sur le refoulement par censure de la violence qui le fonde. Malgré quelques signaux annonciateurs de dérèglements plus graves – les violences dans le cours de certaines manifestations syndicales ou écologistes, et lors de l’épisode, sorte de bande-annonce des jacqueries de demain, des Gilets jaunes –, cette censure a fonctionné de façon satisfaisante ces trente dernières années. Assagi, peut-être trop, notre pays vieillissant paraissait hier matin encore pacifié : la violence politique dans les années soixante et soixante-dix était bien plus courante. Souvenez-vous de l’appel de Sartre en novembre 1968 : « Le pouvoir se prend dans les entreprises et dans la rue » (Situations VIII, Gallimard 2023, p. 129). Ce refoulement est celui d’une partie de son essence par la politique. Nous le savons depuis Freud, auteur que notre époque a tort de ne plus lire : Bien qu’indispensable, car fondamentalement l’homme est un loup pour l’homme, le refoulement se paie cher, généralement par la névrose, souvent par l’explosion de violence, parfois par un gigantesque incendie de violences. L’atonie politique, l’indifférence des Français à la politique, l’incivisme et l’égotisme (qui se remarquent dans l’obsession de la consommation, dans la clôture de chacun sur sa bulle, dans l’éparpillement relevé par Jérôme Fourquet, et dans l’écroulement démographique) sont cette névrose. L’affrontement entre groupuscules d’extrême droite et d’extrême gauche est, en attendant d’autres événements aussi tragiques qu’inévitables, cette violence. Le refoulé profite de crises de la sociabilité, de l’être ensemble, du tissage du Même et de l’Autre qui définit la politique, pour revenir de façon éruptive.

 

Mélenchon est notre Maurras.

Au cœur de ce triste fait divers, qui n’a rien d’exceptionnel, les médias installent, avec quelques bons arguments, sur le trône du diable manipulateur Jean-Luc Mélenchon. Le seul politicien de grand style que possède la France, le seul à prendre la politique au sérieux – je le dis tout en lui étant hostile, et en affirmant haut et fort que je ne voterai jamais pour lui ni pour son parti, en le tenant pour un danger public – est comme la copie en négatif de Charles Maurras entre les deux guerres. Mélenchon incarne une figure désormais rarissime dans le champ politique : une intelligence supérieure, engagée dans la lutte pour le pouvoir compris comme rupture radicale. Maurras : rupture avec ce qu’est la France depuis 1789. Mélenchon : rupture avec ce qu’est la France depuis Hugues Capet. Pour Maurras, il s’agit de retrouver la France, perdue. De la ramener dans l’actuel. Pour Mélenchon, il s’agit de la perdre à jamais. Que nul ne la ramène, qu’elle ne revienne surtout pas. Mais le rapprochement entre ces deux hommes remarquables peut être poussé plus loin. Il ne suffit pas de noter la communauté entre la stratégie de la violence dans la rue dont usa l’Action française et de nombreuses déclarations des hiérarques de LFI à ce propos. La dérive de Mélenchon passe par le racialisme et un rapport troublé aux Juifs. Exactement comme Maurras. La rhétorique de Mélenchon se maurrassise à vue d’œil. La couleur de peau, l’origine ethnique et l’appartenance religieuse sont devenus, dans la phraséologie de Mélenchon, des déterminants de la plus haute importance pour la construction de la France nouvelle, l’élaboration du « nouveau peuple ». Toute son affaire est celle de cette nouvelle France habitée par un peuple nouveau créolisé. Immensément cultivé, penseur passionnant, de haute volée, Maurras tourna son action vers un passé périmé ; plus intelligemment, animé par quelques thèmes communs avec feu le leader maximo de l’Action française, vraisemblablement habité comme lui par une violence intérieure tempétueuse, Mélenchon la tourne vers l’avenir en prenant pour matériau vivant les mutations ethnoculturelles de notre pays. Mélenchon est notre Maurras, à nous, Français du XXIᵉ siècle.

Les Français méritent mieux. La plupart des commentaires des politiques et des médias n’éclairent que peu nos concitoyens. On reste dans le spectaculaire. On désigne le diable – sans se rendre compte qu’on le transforme en futur refuge pour tous les déshérités de l’après-2027, que celui que l’on érige aujourd’hui si fortement en repoussoir encourt la chance de devenir un jour, par le fait même de cette opération d’exorciste, l’asile commun de tous les déçus, de tous ceux qui n’auront plus rien à perdre. Dans une réponse à Emmanuel d’Astier de la Vigerie, Albert Camus estimait que « la violence est à la fois inévitable et injustifiable ». Plutôt que de médiocres leçons de morale et un exercice convenu de diabolisation, la démocratie exige que l’on propose à la réflexion de nos concitoyens des analyses de fond – par exemple, à partir de ce dilemme inévitabilité/injustifiabilité posé par Camus, ou de l’essence du politique chez Freund, ou de la normalité du crime chez Lévy-Bruhl. Oui, la violence est normale en politique, comme le crime l’est en société – ce qui ne revient en rien à les justifier. C’est à partir de là qu’il faut penser : ni rire, ni pleurer, mais comprendre.

Robert Redeker
 
Robert Redeker est un philosophe et professeur agrégé de philosophie. Auteur notamment de Le Déshumain (2001), L’Éclipse de la mort (2017), Les Sentinelles d’humanité (2020) ou Descartes. Le miroir aux fantômes (2025), sa réflexion interroge la condition humaine dans la modernité, la disparition du sens du tragique et l’effacement de la transmission culturelle.

Agrégé de philosophie, Robert Redeker est né en 1954 de parents allemands dans une ferme du Couserans, au cœur des montagnes de l’Ariège. Il a été une quinzaine années durant membre du comité de rédaction de la revue Les Temps Modernes. Il fut chroniqueur à Libération Livres, Le Monde des Livres, L’Humanité, Bücher/Livres le supplément littéraire du Tageblatt, à Marianne, collaborant aussi au Figaro et au Figaro Magazine. Il produit l’émission L’Entretien Infini sur Radio Kol Aviv. Il est l’auteur de nombreux livres, dont certains sont traduits en italien, en danois, en espagnol, en anglais, et en arabe. Il aimerait qu’ils le soient un jour (avant de mourir) en hébreu et en occitan. Parmi ceux-ci citons : Egobody, Le Soldat impossible, L’Eclipse de la Mort, L’Abolition de l’âme, Éloge spirituel de l’attention, Descartes : le miroir aux fantômes.

https://nouvellerevuepolitique.fr/robert-redeker-meurtre-de-quentin-deranque-de-lignorance-devant-la-violence-en-politique/

 


 

 


 

 

décembre 25, 2025

Le rôle des intellectuels et des intellectuels libertariens anti-intellectuels - Hans-Hermann Hoppe

"Les États ne gouvernent pas uniquement par la force ; ils achètent le prestige, les subventions et le pouvoir des intellectuels pour qu’ils colportent des mythes comme celui des « biens publics » et des chimères égalitaires, légitimant ainsi leur monopole sur la violence et la fiscalité. L’antidote ? Des intellectuels libertariens « anti-intellectuels » qui déconstruisent ces sophismes et révèlent la véritable nature de l’État. « La majorité doit accepter votre autorité de son plein gré » – et les intellectuels sont essentiels pour obtenir ce consentement. 
Lire l’article complet :"
Sean Gabb 


 
Le rôle des intellectuels et des intellectuels anti-intellectuels 
 
Commençons par la définition d'un État. Que doit pouvoir faire un agent pour être considéré comme un État ? Cet agent doit pouvoir exiger que tous les conflits entre les habitants d'un territoire donné lui soient soumis pour décision finale ou pour examen ultime. Plus précisément, il doit pouvoir exiger que tous les conflits le concernant soient tranchés par lui ou son représentant. Et, implicitement, dans le pouvoir d'exclure quiconque du rôle de juge suprême, seconde caractéristique déterminante d'un État, se trouve le pouvoir de lever des impôts : celui de déterminer unilatéralement le prix que les demandeurs de justice doivent payer pour ses services. 
 
 À partir de cette définition, on comprend aisément pourquoi le désir de contrôler un État peut exister. Car celui qui détient le monopole de l'arbitrage final sur un territoire donné peut légiférer. Et celui qui peut légiférer peut aussi lever des impôts. Il s'agit assurément d'une position enviable. 
 
 Plus difficile à comprendre est comment quiconque peut impunément contrôler un État. Pourquoi certains toléreraient-ils une telle institution ? 
 
Je souhaite aborder la question indirectement. Imaginez que vous et vos amis contrôliez une telle institution hors du commun. Que feriez-vous pour vous maintenir au pouvoir (en supposant que vous n'ayez aucun scrupule) ? Vous utiliseriez certainement une partie de vos recettes fiscales pour engager des hommes de main. D'abord, pour maintenir la paix parmi vos sujets afin qu'ils restent productifs et qu'il y ait des recettes fiscales à l'avenir. Mais surtout, vous pourriez avoir besoin de ces hommes pour votre propre protection si le peuple sortait de sa torpeur dogmatique et vous contestait. 
 
Cependant, cette solution ne fonctionnera pas, en particulier si vous et vos amis représentez une petite minorité par rapport au nombre de sujets. Car une minorité ne peut pas gouverner durablement une majorité par la seule force brute. Elle doit gouverner par l'opinion. La majorité de la population doit être amenée à accepter volontairement votre autorité. Cela ne signifie pas que la majorité doive approuver chacune de vos mesures. En effet, elle pourrait très bien penser que nombre de vos politiques sont erronées. Toutefois, il faut croire en la légitimité de l'institution étatique en tant que telle, et donc considérer que même si une politique particulière s'avère erronée, une telle erreur est un « accident » qu'il faut tolérer au regard du bien supérieur que l'État œuvre. 
 
Mais comment persuader la majorité de la population de cette idée ? La réponse est simple : uniquement grâce aux intellectuels.

Comment s'assurer la collaboration des intellectuels ? La réponse est simple. La demande du marché pour les services intellectuels est loin d'être forte et stable. Les intellectuels seraient à la merci des valeurs éphémères des masses, lesquelles se désintéressent des questions intellectuelles et philosophiques. L'État, en revanche, peut accommoder l'ego souvent démesuré des intellectuels et leur offrir une place confortable, sûre et permanente au sein de son appareil. 
 
Cependant, il ne suffit pas d'employer quelques intellectuels. Il faut les employer tous, même ceux qui travaillent dans des domaines très éloignés de vos principales préoccupations : la philosophie, les sciences sociales et les lettres. Car même les intellectuels travaillant en mathématiques ou en sciences naturelles, par exemple, peuvent penser par eux-mêmes et devenir potentiellement dangereux. Il est donc important de s'assurer de leur loyauté envers l'État. Autrement dit : il faut devenir un monopole. Le meilleur moyen d'y parvenir est de placer toutes les institutions « éducatives », de la maternelle à l'université, sous contrôle étatique et de faire certifier tout le personnel enseignant et de recherche par l'État. 
 
Mais que se passe-t-il si la population ne souhaite pas s'instruire ? Dans ce cas, l'« éducation » doit être rendue obligatoire ; et afin de soumettre la population à un système éducatif étatisé le plus longtemps possible, il faut déclarer chacun également « éduquable ». Les intellectuels savent pertinemment qu'un tel égalitarisme est illusoire. Pourtant, proclamer des absurdités telles que « chacun est un Einstein en puissance s'il bénéficie d'une attention éducative suffisante » séduit les masses et, par conséquent, alimente une demande quasi illimitée de services intellectuels. 
 
Bien entendu, rien de tout cela ne garantit une pensée étatique « correcte ». Il est certes utile, pour parvenir à la « bonne » conclusion, de réaliser que sans l'État, on risquerait de se retrouver au chômage et de devoir se reconvertir dans la mécanique des pompes à essence plutôt que de se préoccuper de problèmes aussi urgents que l'aliénation, l'équité, l'exploitation, la déconstruction des rôles de genre et sexuels, ou encore la culture des Inuits, des Hopis et des Zoulous. 
 
Quoi qu'il en soit, même si les intellectuels se sentent sous-estimés par vous – c'est-à-dire par une administration étatique particulière –, ils savent que l'aide ne peut venir que d'une autre administration, et non d'une attaque intellectuelle contre l'institution étatique en tant que telle. Dès lors, il n'est guère surprenant que, de fait, l'immense majorité des intellectuels contemporains, y compris la plupart des intellectuels conservateurs ou dits libéraux, soient fondamentalement et philosophiquement étatistes. 
 
Le travail des intellectuels a-t-il été bénéfique à l'État ? Je le crois. Si l'on demandait à la population si l'institution de l'État est nécessaire, je ne crois pas exagérer en disant que 99 % des gens répondraient sans hésiter par l'affirmative. Pourtant, ce succès repose sur des fondements plutôt fragiles, et tout l'édifice étatique peut s'effondrer – pourvu que l'action des intellectuels soit contrée par celle des « anti-intellectuels intellectuels », comme j'aime à les appeler. 
 
L'immense majorité des partisans de l'État ne sont pas des étatistes philosophiques, c'est-à-dire qu'ils n'ont pas réfléchi à la question. La plupart des gens ne se préoccupent guère de questions « philosophiques ». Ils vaquent à leurs occupations quotidiennes, et c'est tout. Ainsi, le soutien le plus fréquent découle du simple fait qu'un État existe, et a toujours existé, aussi loin que l'on se souvienne (et cela ne dépasse généralement pas l'âge de notre propre vie). Autrement dit, le plus grand succès des intellectuels étatistes est d'avoir cultivé la paresse intellectuelle (ou l'incapacité intellectuelle) naturelle des masses et de ne jamais avoir permis que « le sujet » fasse l'objet d'un débat sérieux. L'État est considéré comme une composante incontestable du tissu social. 
 
La première et principale tâche des intellectuels anti-intellectuels est donc de contrer cette torpeur dogmatique des masses en proposant une définition précise de l'État, comme je l'ai fait d'emblée, puis de se demander s'il n'y a pas quelque chose de véritablement remarquable, d'étrange, de bizarre, de maladroit, de ridicule, voire de grotesque, dans une institution comme celle-ci. Je suis convaincu que ce travail de définition, aussi simple soit-il, suscitera un premier doute, certes, mais sérieux, à l'égard d'une institution que l'on tenait jusqu'alors pour acquise – un bon début. 
 
Pour passer des arguments pro-étatiques les moins sophistiqués (mais, ce n'est pas un hasard, les plus répandus) aux plus élaborés : dans la mesure où les intellectuels ont jugé nécessaire de défendre l'État, leur argument le plus courant, rencontré dès la maternelle, se résume ainsi : on cite quelques actions de l'État : il construit des routes, des crèches, des écoles ; il distribue le courrier et assure la sécurité des rues. Imaginons un monde sans État. Nous n'aurions alors pas accès à ces services. L'État est donc nécessaire.

Au niveau universitaire, une version légèrement plus élaborée de ce même argument est présentée. Le raisonnement est le suivant : certes, les marchés sont les plus performants pour fournir de nombreux biens, voire la plupart ; mais il existe d’autres biens que les marchés ne peuvent fournir, ou pas en quantité ou en qualité suffisantes. Ces autres biens, dits « biens publics », sont des biens qui procurent des avantages à la population, au-delà de ceux qui les ont produits ou financés. Parmi ces biens, l’éducation et la recherche occupent généralement une place prépondérante. L’éducation et la recherche, par exemple, sont, selon nous, des biens extrêmement précieux. Elles seraient toutefois sous-produites en raison de « passagers clandestins », c’est-à-dire de « tricheurs », qui bénéficient – ​​par le biais d’effets de voisinage – de l’éducation et de la recherche sans y contribuer financièrement. Ainsi, l’État est nécessaire pour fournir les biens publics, tels que l’éducation et la recherche, qui seraient autrement non produits ou sous-produits. 
 
Ces arguments étatistes peuvent être réfutés par la combinaison de trois constats fondamentaux : premièrement, concernant l’argument simpliste, le fait que l’État fournisse des routes et des écoles n’implique pas que seul l’État puisse fournir de tels biens. Il est aisé de reconnaître qu’il s’agit d’un sophisme. De même, le fait que les singes puissent faire du vélo n’implique pas que seuls les singes puissent en faire. Deuxièmement, et c’est immédiatement le cas, il convient de rappeler que l’État est une institution qui peut légiférer et lever des impôts ; par conséquent, ses agents sont peu incités à produire efficacement. Les routes et les écoles publiques seront donc plus coûteuses et de moindre qualité. En effet, les agents de l’État ont toujours tendance à consommer un maximum de ressources dans leurs activités, tout en minimisant leur effort. 
 
Troisièmement, concernant l’argument étatiste plus élaboré, il repose sur le même sophisme que celui rencontré à l’échelle de l’argumentation simpliste. Car même en admettant le reste de l’argument, il reste erroné de conclure, du fait que les États fournissent des biens publics, que seuls les États peuvent le faire. 
 
Plus important encore, il faut souligner que cet argument témoigne d'une méconnaissance totale du fait le plus fondamental de la vie humaine : la rareté. Certes, les marchés ne peuvent pourvoir à tous les besoins. Il y aura toujours des besoins insatisfaits tant que nous ne vivrons pas au jardin d'Éden. Mais la production de ces biens non encore créés exige l'utilisation de ressources rares, qui, de ce fait, ne peuvent plus servir à produire d'autres biens tout aussi désirables. La coexistence de biens publics et privés est ici sans importance : la rareté demeure le principe même de la rareté : l'augmentation des biens « publics » se fait nécessairement au détriment des biens « privés ». Or, il est nécessaire de démontrer qu'un bien est plus important et plus précieux qu'un autre. C'est ce que l'on entend par « économiser ». 
 
Mais l'État peut-il contribuer à économiser les ressources rares ? Voilà la question à laquelle il faut répondre. En réalité, il existe une preuve irréfutable que l'État ne réalise pas et ne peut pas réaliser d'économies : pour produire quoi que ce soit, il doit recourir à l'impôt (ou à la législation), ce qui démontre sans équivoque que ses citoyens ne désirent pas ce qu'il produit, mais préfèrent autre chose qu'ils jugent plus important. Plutôt que de réaliser des économies, l'État ne peut que redistribuer : il peut produire davantage de ce qu'il souhaite et moins de ce que le peuple désire – et, rappelons-le, toute production étatique sera de toute façon inefficace.
 
 

 

Enfin, il convient d'examiner brièvement l'argument le plus sophistiqué en faveur de l'État. Depuis Hobbes, cet argument a été maintes fois répété. Il se résume ainsi : à l'état de nature – avant l'établissement d'un État – règne un conflit permanent. Chacun revendique un droit sur tout, ce qui engendre des guerres sans fin. Aucun accord ne saurait sortir de cette impasse ; car qui les ferait respecter ? Dès que la situation semble avantageuse, l'une ou l'autre des parties, voire les deux, rompent l'accord. Dès lors, on reconnaît qu'il n'existe qu'une seule solution à l'idéal de paix : l'établissement, par voie d'accord, d'un État, c'est-à-dire d'une tierce partie indépendante faisant office de juge et d'autorité suprême. Or, si cette thèse est juste et que les accords requièrent l'intervention d'un autorité extérieure pour être contraignants, alors un État fondé sur un accord ne peut jamais voir le jour. Car pour faire respecter l'accord même qui doit aboutir à la formation d'un État (pour rendre cet accord contraignant), il faudrait déjà qu'un autre autorité extérieure, un État préexistant, existe. Pour que cet État ait pu exister, il faut postuler un autre État encore antérieur, et ainsi de suite, dans une régression à l'infini. 
 
Or, si l'on admet l'existence des États (et ils existent bel et bien), ce fait même contredit le récit hobbesien. L'État lui-même a émergé sans intervention extérieure. Vraisemblablement, au moment de l'accord supposé, aucun État antérieur n'existait. De plus, une fois qu'un État issu d'un accord existe, l'ordre social qui en résulte demeure auto-imposé. Certes, si A et B s'entendent sur un point, leurs accords sont rendus contraignants par une partie extérieure. Cependant, l'État lui-même n'est soumis à aucune autorité extérieure. Il n'existe aucun tiers extérieur en ce qui concerne les conflits entre agents et sujets de l'État ; et de même, aucun tiers extérieur n'existe pour les conflits entre différents agents ou organismes de l'État. En ce qui concerne les accords conclus entre l'État et ses citoyens, ou entre deux organismes étatiques, ces accords ne peuvent engager que l'État lui-même. L'État n'est lié par rien d'autre que par ses propres règles, qu'il accepte et applique, c'est-à-dire les contraintes qu'il s'impose. En quelque sorte, vis-à-vis de lui-même, l'État demeure dans un état d'anarchie naturelle, caractérisé par l'autonomie et l'auto-application des règles, puisqu'aucun État supérieur ne pourrait le contraindre. 
 
De plus, si l'on accepte l'idée hobbesienne selon laquelle l'application de règles mutuellement convenues requiert l'intervention d'un tiers indépendant, cela exclurait de fait l'établissement d'un État. En réalité, cela constituerait un argument irréfutable contre l'institution d'un État, c'est-à-dire d'un monopole du pouvoir de décision et d'arbitrage ultime. Car alors, il doit également exister un tiers indépendant pour trancher tout conflit entre moi (citoyen) et un agent de l'État, et de même, un tiers indépendant doit exister pour tout conflit interne à un État (et il doit y avoir un autre tiers indépendant pour les conflits entre différents tiers) ; or, cela signifie bien sûr qu'un tel « État » (ou tout tiers indépendant) ne serait pas un État tel que je l'ai défini au départ, mais simplement l'un des nombreux arbitres de conflits tiers librement concurrents.
 
Je conclurai donc ainsi : l'argumentation intellectuelle contre l'État semble simple et directe. Mais cela ne signifie pas qu'elle le soit en pratique. En effet, presque tout le monde est convaincu que l'État est une institution nécessaire, pour les raisons que j'ai exposées. Il est donc fort douteux que la bataille contre l'étatisme puisse être gagnée, aussi facile qu'elle puisse paraître sur le plan purement théorique et intellectuel. Cependant, même si cela s'avérait impossible, amusons-nous au moins un peu aux dépens de nos adversaires étatistes. 
 
Et pour cela, je vous suggère de les confronter systématiquement et avec insistance à l'énigme suivante. Imaginez un groupe de personnes, conscientes de la possibilité de conflits entre elles. Quelqu'un propose alors, comme solution à ce problème humain, de se faire arbitrer en dernier ressort dans tout conflit de ce type, y compris ceux dans lesquels il est impliqué. Accepteriez-vous un tel marché ? Je suis certain qu'on le prendrait pour un plaisantin ou un déséquilibré. Pourtant, c'est précisément ce que proposent tous les étatistes.
 
Hans-Hermann Hoppe

 
Note : Nous avons publié cet article en 2008. Malheureusement, il a disparu sans laisser de trace lors d'une refonte de notre site web. Nous sommes heureux de le republier aujourd'hui. AB 
 
The Libertarian Alliance 
 
 
 
 
Le schéma indique qu'il tient un compte nommé « Afueriste » sur Instagram. En vérifiant, on voit qu'il s'affiche avec des droitards libéraux et partage des capsules de personnalités politiques de droite. En réalité, la plupart des nouveaux libertariens que nous voyons évoluer depuis deux ans sur les réseaux s'affilient à la droite/l'extrême droite (selon les catégorisations). Le problème étant qu'ils s'en satisfont très bien. Tout comme Milei exprime de la connivence auprès de Meloni, de Trump, de Netanyahu, etc.

Dès lors, il n'est pas étonnant que les gauchistes se vautrent dans l'amalgame « libertarianisme = extrême droite ». C'est déjà compliqué de défendre nos idées dans cette mare socialiste qu'est la France, n'en rajoutons pas en créant toujours plus de confusions. Donc au lieu de créer des comptes « Bouli » anti-arabes sans le moindre intérêt culturel ni intellectuel, il serait judicieux de se former aux idées anarcaps et d'adopter la bonne démarche. Parce que pour l'heure tout cela est minable, futile, et dommageable pour ceux qui transmettent la tradition de la Liberté.
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