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mars 09, 2026

Alain Madelin et le droit à la simplification & Dossier historique Madelin

Depuis 30 ans, tous les gouvernements promettent de simplifier.
 
Mais le niveau des normes continue de monter.
Et si l’on changeait de logique ?
Donnons le pouvoir aux citoyens et aux entreprises de demander la suppression d’une norme inutile.
C’est le « droit à la simplification » que je propose.
C’est un renversement de la charge de la preuve : si l’administration ne peut pas justifier une norme, elle doit être modifiée ou supprimée.
𝐋𝐞 « 𝐝𝐫𝐨𝐢𝐭 𝐚̀ 𝐥𝐚 𝐬𝐢𝐦𝐩𝐥𝐢𝐟𝐢𝐜𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 » 𝐞𝐬𝐭 𝐝𝐞́𝐬𝐨𝐫𝐦𝐚𝐢𝐬 𝐬𝐮𝐫 𝐥𝐚 𝐭𝐚𝐛𝐥𝐞.
Merci à ceux qui ont réagi.
Dans un premier post, j’ai esquissé une idée simple mais radicale :
 - faire de la simplification 𝐮𝐧 𝐝𝐫𝐨𝐢𝐭,
 - 𝐮𝐧𝐞 𝐫𝐞́𝐯𝐨𝐥𝐮𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐩𝐚𝐫 𝐥𝐞 𝐛𝐚𝐬,
 - 𝐪𝐮𝐢 𝐫𝐞𝐝𝐨𝐧𝐧𝐞 𝐝𝐮 𝐩𝐨𝐮𝐯𝐨𝐢𝐫 𝐚̀ 𝐜𝐞𝐮𝐱 𝐪𝐮𝐢 𝐯𝐢𝐯𝐞𝐧𝐭 𝐥𝐞𝐬 𝐧𝐨𝐫𝐦𝐞𝐬 𝐚𝐮 𝐪𝐮𝐨𝐭𝐢𝐝𝐢𝐞𝐧.
Cette esquisse a suscité beaucoup d’intérêt. Et aussi beaucoup de questions légitimes.
? Est-ce une proclamation sans lendemain ? Un “yaka-fokon” de plus ?
Le « 𝐝𝐫𝐨𝐢𝐭 𝐚̀ 𝐥𝐚 𝐬𝐢𝐦𝐩𝐥𝐢𝐟𝐢𝐜𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 » n’est pas un slogan. C’est une proposition solide, travaillée, juridiquement fondée.
 

 
📄🌐 Vous trouverez l’intégralité de la proposition ici : https://jesimplifie.fr/le-droit-a-la-simplification
Juristes, élus, entrepreneurs, fonctionnaires, citoyens : travaillons ensemble pour faire progresser cette cause nationale.
Une exigence suffisamment forte pour devenir incontournable dans les quatorze prochains mois et s’imposer au prochain gouvernement comme à la prochaine Assemblée nationale.

Pour découvrir l’initiative ou suivre notre campagne :
Et vous : quelle est la norme la plus absurde à laquelle vous avez été confronté ?
 




 
 

 
 
 

 
 
Merci à Anne de Guigné et Le Figaro pour cette analyse consacrée à notre proposition de « 𝐝𝐫𝐨𝐢𝐭 𝐚̀ 𝐥𝐚 𝐬𝐢𝐦𝐩𝐥𝐢𝐟𝐢𝐜𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 ».
Tout le monde voudrait un choc de simplification. Les politiques le promettent mais très peu de choses se passent.
Comme si l’on tentait de vider la mer avec une petite cuillère tout en laissant les vannes grandes ouvertes.

Notre conviction est simple :

👉 La simplification ne viendra pas d’en haut.

👉 Elle doit devenir un droit concret pour les citoyens, les entreprises, les acteurs de terrain.

Le « 𝐝𝐫𝐨𝐢𝐭 𝐚̀ 𝐥𝐚 𝐬𝐢𝐦𝐩𝐥𝐢𝐟𝐢𝐜𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 » est la possibilité de contester une norme inutile, d’exiger son réexamen par l’administration qui devra prouver son utilité.
Si la norme ne réussit pas cet examen, la norme sera réécrite ou supprimée.
Ce n’est pas une déclaration d’intention. C’est un mécanisme opérationnel. 
 

 

👉 𝐀𝐩𝐫𝐞̀𝐬 𝐥𝐞 𝐛𝐮𝐝𝐠𝐞𝐭, 𝐥’𝐡𝐞𝐮𝐫𝐞 𝐝𝐞𝐬 𝐜𝐨𝐧𝐯𝐢𝐜𝐭𝐢𝐨𝐧𝐬.
Le #budget a été adopté au prix de compromis lourds. La page se tourne.
Il est temps d’ouvrir une nouvelle séquence politique.
👉 𝐅𝐚𝐢𝐬𝐨𝐧𝐬 𝐝𝐞 𝟐𝟎𝟐𝟔 𝐮𝐧𝐞 “𝐚𝐧𝐧𝐞́𝐞 𝐮𝐭𝐢𝐥𝐞”.
Une année où l’on cesse de subir l’impuissance publique.
Une année où l’on prouve, par des actes concrets, que la France sait réussir vite quand elle se libère de ses entraves.
La reconstruction de Notre-Dame l’a montré : lorsque l’urgence est là, l’État, les entrepreneurs, les agents publics et les territoires savent faire. Cet esprit doit devenir la règle, pas l’exception.
📄 J’ai voulu poser, dans cette tribune pour Les Echos, quelques pistes concrètes pour y parvenir.
𝐋'𝐢𝐝𝐞́𝐞 𝐜𝐞𝐧𝐭𝐫𝐚𝐥𝐞
➡️ 2026 doit être une année de démonstration, pas de discours.
 


𝐐𝐮𝐚𝐭𝐫𝐞 𝐥𝐞𝐯𝐢𝐞𝐫𝐬 𝐢𝐦𝐦𝐞́𝐝𝐢𝐚𝐭𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐚𝐜𝐭𝐢𝐯𝐚𝐛𝐥𝐞𝐬 :
🔓 𝐃𝐞́𝐯𝐞𝐫𝐫𝐨𝐮𝐢𝐥𝐥𝐞𝐫 𝐥’𝐢𝐧𝐢𝐭𝐢𝐚𝐭𝐢𝐯𝐞
Le Premier ministre dispose déjà d’outils puissants : dérogations, expérimentations, mobilisation des préfets. Et d'une procédure de délégalisation (article 37). Utilisons-les pour lancer des projets concrets, grands et petits.
🏗️ 𝐌𝐮𝐥𝐭𝐢𝐩𝐥𝐢𝐞𝐫 𝐥𝐞𝐬 𝐩𝐫𝐨𝐣𝐞𝐭𝐬 “𝐍𝐨𝐭𝐫𝐞-𝐃𝐚𝐦𝐞”
Des projets exemplaires qui montrent que, lorsque l’on allège les normes et que l’on fait confiance aux acteurs, la France sait aller vite et bien.
🤝 𝐂𝐨𝐧𝐟𝐢𝐞𝐫 𝐝𝐞𝐬 𝐦𝐢𝐬𝐬𝐢𝐨𝐧𝐬 𝐩𝐮𝐛𝐥𝐢𝐜𝐬 𝐚𝐮𝐱 𝐞𝐧𝐭𝐫𝐞𝐩𝐫𝐞𝐧𝐞𝐮𝐫𝐬
Des partenariats public privé à l’initiative des entrepreneurs pour exercer telle ou telle mission de l’Etat mieux que lui.
🤝 𝐂𝐫𝐞́𝐞𝐫 𝐝𝐞𝐬 𝐬𝐭𝐚𝐫𝐭𝐮𝐩𝐬 𝐚𝐮 𝐬𝐞𝐢𝐧 𝐝𝐞 𝐥’𝐚𝐝𝐦𝐢𝐧𝐢𝐬𝐭𝐫𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧
L’efficacité de l’action publique passe par l’innovation interne pour tirer parti de l’IA et améliorer les services rendus.
-
𝐏𝐫𝐞́𝐩𝐚𝐫𝐞𝐫 𝐝𝐞̀𝐬 𝐦𝐚𝐢𝐧𝐭𝐞𝐧𝐚𝐧𝐭 𝐥𝐞𝐬 𝐫𝐞́𝐟𝐨𝐫𝐦𝐞𝐬 𝐝𝐞 𝐟𝐨𝐧𝐝 :
🔄 𝐋𝐞 “𝐠𝐫𝐚𝐧𝐝 𝐭𝐫𝐨𝐜” 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐥𝐞𝐬 𝐞𝐧𝐭𝐫𝐞𝐩𝐫𝐢𝐬𝐞𝐬
Moins de subventions, moins d’aides, en échange de baisses pérennes des impôts. Un échange gagnant à préparer sérieusement dès aujourd’hui.
💡 𝐔𝐧 𝐜𝐡𝐨𝐜 𝐝𝐞 𝐬𝐢𝐦𝐩𝐥𝐢𝐟𝐢𝐜𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧
On ne vide pas la mer avec une petite cuillère. Il faut changer de méthode : simplifier les normes par le bas.
🏛️ 𝐔𝐧𝐞 𝐫𝐞𝐦𝐢𝐬𝐞 𝐚̀ 𝐩𝐥𝐚𝐭 𝐝𝐞𝐬 𝐟𝐨𝐧𝐜𝐭𝐢𝐨𝐧𝐬 𝐝𝐞 𝐥’𝐄́𝐭𝐚𝐭 𝐞𝐭 𝐮𝐧𝐞 𝐫𝐞𝐟𝐨𝐧𝐭𝐞 𝐝𝐞𝐬 𝐩𝐫𝐨𝐭𝐞𝐜𝐭𝐢𝐨𝐧𝐬 𝐬𝐨𝐜𝐢𝐚𝐥𝐞𝐬
Clarifier les missions, les responsabilités, les financements. Distinguer clairement solidarité nationale et assurance.
-
➡️ Les solutions de liberté ne se proclament pas.
➡️ 𝐄𝐥𝐥𝐞𝐬 𝐬𝐞 𝐩𝐫𝐞́𝐩𝐚𝐫𝐞𝐧𝐭
➡️ 2026 peut – et doit – être cette année utile qui redonne confiance à ceux qui croient la France irréformable.

Alain Madelin

 

« Le gouvernement devrait se garder d'augmenter la TVA ou la CSG pour financer les caisses percées de la Sécurité sociale. [...] J'ai offert depuis longtemps un prix d'un million d'euros si on me montre un produit importé qui paie une taxe. Comme le dit la sagesse fiscale, ce n'est pas parce que vous mettez un impôt sur les vaches que ce sont les vaches qui paient l'impôt. Au final, ce sont les consommateurs de produits importés qui paient les taxes. Ce ne sont donc pas les Chinois qui paieront la protection sociale des Français, mais bien les Français eux-mêmes. »

Alain Madelin[ "La TVA sociale est une manipulation fiscale" ]

 


𝐋’𝐈𝐀 𝐯𝐚 𝐝𝐞́𝐭𝐫𝐮𝐢𝐫𝐞 𝐝𝐞𝐬 𝐞𝐦𝐩𝐥𝐨𝐢𝐬. 𝐌𝐚𝐢𝐬 𝐞𝐥𝐥𝐞 𝐩𝐞𝐮𝐭 𝐚𝐮𝐬𝐬𝐢 𝐟𝐚𝐢𝐫𝐞 𝐞𝐱𝐩𝐥𝐨𝐬𝐞𝐫 𝐥𝐚 𝐜𝐫𝐞́𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝’𝐚𝐜𝐭𝐢𝐯𝐢𝐭𝐞́𝐬 𝐧𝐨𝐮𝐯𝐞𝐥𝐥𝐞𝐬.
Comment ? Grâce à l’agentique qui permet de créer - à partir d’une simple idée - une véritable entreprise avec les meilleurs talents pour un coût quasi nul.
Une entreprise que l’on peut piloter depuis son smartphone.
C’est la révolution des « 𝐩𝐨𝐜𝐤𝐞𝐭 𝐜𝐨𝐦𝐩𝐚𝐧𝐢𝐞𝐬 » qui aujourd’hui est une extraordinaire opportunité pour la jeunesse.
En France aussi, 𝐢𝐥 𝐟𝐚𝐮𝐭 𝐬𝐞 𝐦𝐨𝐛𝐢𝐥𝐢𝐬𝐞𝐫 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐩𝐞𝐫𝐦𝐞𝐭𝐭𝐫𝐞 𝐚𝐮𝐱 𝐣𝐞𝐮𝐧𝐞𝐬 𝐝𝐞 𝐝𝐞́𝐜𝐨𝐮𝐯𝐫𝐢𝐫 𝐥𝐞𝐬 𝐢𝐦𝐦𝐞𝐧𝐬𝐞𝐬 𝐩𝐨𝐬𝐬𝐢𝐛𝐢𝐥𝐢𝐭𝐞́𝐬 𝐭𝐞𝐜𝐡𝐧𝐨𝐥𝐨𝐠𝐢𝐪𝐮𝐞𝐬 𝐪𝐮𝐢 𝐬𝐨𝐧𝐭 𝐚𝐮 𝐟𝐨𝐧𝐝 𝐝𝐞 𝐥𝐞𝐮𝐫𝐬 𝐩𝐨𝐜𝐡𝐞𝐬.
Au-delà des frontières partisanes, c’est un projet positif, optimiste et surement très utile.
 


« Homo creator n’aura jamais autant créé en si peu de temps » Alain Madelin (Entretien de Jean-Paul Oury)  

Ancien ministre de l’Économie et des Finances (1995), ministre de l’Industrie (1986-1988) puis des Entreprises et du Développement économique (1993-1995), fondateur d’Idées Action et président de Démocratie libérale de 1997 à 2002, Alain Madelin répète que les dix prochaines années seront « les plus fabuleuses de toute l’histoire de l’humanité ». Un récit qu’il a placé au cœur du campus « Laissez-nous faire », organisé en juillet à Aix-en-Provence. Exponentielle technologique, abondance énergétique, principe de précaution, retard européen, IA et emploi, recherche, jeunesse : dans cet entretien avec The European Scientist, il plaide pour « permettre au futur d’apparaître ».

La « décennie fabuleuse »

The European Scientist : Vous répétez que les dix prochaines années seront les plus fabuleuses de toute l’histoire de l’humanité, au point d’en avoir fait un spectacle présenté en juillet au campus « Laissez-nous faire ». D’où vient ce projet, et pourquoi porter ce récit maintenant ?

Alain Madelin : La conviction que les dix prochaines années seront les plus fabuleuses de toute l’histoire de l’humanité me vient tout simplement d’une observation toute bête de ce qui se passait dans la Silicon Valley il y a un peu plus de vingt ans. À l’époque, d’ailleurs, la vedette était moins l’intelligence artificielle que la génétique. Mais il y avait déjà Ray Kurzweil, Peter Diamandis, toute une équipe qui allait devenir la Singularity University. Avec cette idée que le progrès technologique, lié non pas à une intelligence artificielle mais à la puissance de l’informatique, allait conduire à une exponentielle, à une explosion des capacités de calcul aux conséquences extraordinaires.

Le point de départ de cette explosion, si l’on regarde bien, c’est 1970. C’est 1970, juste après le premier homme sur la Lune. C’est aussi Le Choc du futur d’Alvin Toffler, qui m’avait beaucoup marqué : il voit venir un changement majeur, presque de civilisation – il le dira plus tard –, et il voit apparaître la connaissance. 1970, c’est enfin le premier microprocesseur, le petit cerveau sur une puce, l’Intel 4004, et la fameuse loi de Moore : on va doubler grosso modo tous les deux ans.

Kurzweil plaçait en 2045 l’explosion de la connaissance et l’avènement d’une civilisation nouvelle. J’ai fait bêtement le calcul de 1970 à 2045 – je l’ai même écrit il y a vingt ans, et plus récemment encore : le moment où l’exponentielle tourne pour devenir presque verticale tombait au milieu de la décennie 2020-2030. Je me suis dit : c’est là, et à partir de là, nous allons vivre une période tout à fait fabuleuse. L’idée de « décennie fabuleuse » est plus récente, parce qu’on s’aperçoit que ce que Kurzweil annonçait pour 2045 arrivera sans doute bien avant. C’est pourquoi je dis : 2026-2036, c’est vraiment la décennie fabuleuse. Homo creator n’aura jamais autant créé en si peu de temps que dans la période où nous sommes, sans aucun doute dans toute l’histoire de l’humanité. 

TES : Vous invoquez la loi de Moore et une singularité bien avant 2045. Or, dès 1958, dans Les Limites du progrès humain, Raymond Ruyer voyait le progrès technique comme une explosion accélérée vouée à s’arrêter : la courbe d’accélération deviendrait une courbe en S menant à un palier indéfini. Gilbert Simondon lui répondait qu’on ne peut pas confondre progrès humain et progrès technique : « Rien ne nous permet de penser qu’après avoir conduit à saturation le développement technique, […] l’espèce humaine ne trouvera pas à s’engager dans un nouveau domaine de progrès. » Selon vous, quelle forme a la courbe : l’exponentielle de Kurzweil, la sigmoïde de Ruyer ou les cycles successifs de Simondon ? Où en sommes-nous aujourd’hui ?

AM : Tout cela est compliqué ! Je me suis penché sur la question il y a déjà bien longtemps, pardon si j’ai un peu oublié ce que j’avais trouvé à l’époque ; j’ai le souvenir de Ruyer, un peu moins de Simondon. Mais la première idée, sans besoin de références savantes, relève du bon sens : peut-on avoir une exponentielle infinie ? La réponse est non. 

Pour le montrer, je prends souvent un exemple. Je suis la maman de Jésus-Christ il y a 2026 ans : à la naissance de mon fils, je place une petite pièce d’or romaine – l’aureus –, celles qui circulaient à l’époque. Elle faisait 8 grammes d’or. Si je l’avais placée à 2 % ou 3 %, aujourd’hui, à 2 %, cela ferait 9,5 millions de fois tout le stock d’or extrait depuis l’humanité ; à 3 %, cela ferait 3,6 millions de milliards de fois le même stock d’or. C’était donc, par nature et par bon sens, rigoureusement impossible. Sans besoin des explications mathématiques complexes qui existent, c’était en soi impossible : sur la route de cette exponentielle, il y aurait eu les pillages, les grandes pestes, les enfants prodigues… ou tout simplement le fisc. Il y a ensuite toute une série d’explications : économiques, humaines, institutionnelles, la rareté des ressources… et puis l’explication de Ruyer. Elle est intéressante – Dieu sait si Ruyer est mon maître et si je l’aime beaucoup –, mais il n’avait pas l’intuition de l’économie de la connaissance. Il raisonnait en ingénieur, en cybernéticien, dans le cadre d’une économie de la rareté. C’est un peu moins le cas, je crois, de Simondon.

Cela dit, l’idée de la courbe en S est une idée intelligente, et je l’achète volontiers. J’avais travaillé sur ce sujet, parce que l’exponentielle est fascinante : on peut avoir une exponentielle, puis à un moment donné cela se calme, et l’on repart ailleurs. Ce n’est plus la même courbe que l’on suit, on repart sur une autre aventure. C’est un très beau sujet de réflexion, même s’il ne nous concerne pas aujourd’hui : nous sommes encore, semble-t-il, pour un bon moment sur la partie exponentielle de la courbe, ne serait-ce que parce que la connaissance est quasi illimitée. J’échange ma connaissance contre la tienne, nous nous enrichissons mutuellement, et ceci à coût nul.

TES : Votre optimisme suppose-t-il que l’avenir est écrit d’avance, ou dépend-il de choix politiques qui peuvent être remis en cause ? Y a-t-il, selon vous, un déterminisme technologique ?

AM : Je pense qu’il y a une trajectoire inhérente à l’homme : c’est l’histoire d’Homo creator. Il n’y a pas de limite au génie créatif propre, à sa volonté d’aller toujours plus haut et toujours plus loin. Mais, bien sûr, on dépend aussi des choix politiques. Si M. Poutine décide demain de déclencher une guerre nucléaire, c’est un événement qui bouleversera sans doute pas mal la loi de Moore en matière de connaissance ! Rien n’est écrit d’avance : en permanence, l’action humaine peut aller du bon ou du mauvais côté. C’est une réalité.

L’abondance plutôt que la décroissance

TES : Vous décrivez, après Alvin Toffler, le passage d’une économie de la rareté à une économie de l’abondance. Vaclav Smil reproche justement à Kurzweil d’oublier la biosphère : notre civilisation reste soumise aux mêmes contraintes que les précédentes, et la croissance est limitée par les conditions physiques de la biosphère et par une gamme restreinte de possibilités métaboliques. Dans Growth (2019), il résume ce clivage par l’opposition entre l’économiste, qui voit dans la croissance une création de valeur, et le biologiste, qui y voit une destruction du monde naturel. Marian Tupy, lui, tranche : les atomes sont finis, mais la connaissance est infinie. De quel côté vous placez-vous ? Comment l’abondance promise répond-elle aux besoins très concrets de l’IA en électricité, en puces, en data centers ? Et quelle place y donnez-vous au nucléaire ?

AM : L’abondance est un terme récent, lancé par Peter Diamandis et aujourd’hui beaucoup repris. C’est l’idée qu’à un moment donné la rareté disparaît, et que l’on peut distribuer quasi gratuitement toute une série de biens et de services. Il y a une certaine exaltation de l’abondance, mais il est vrai que le progrès s’annonce comme fortement « déflationniste » et que l’on peut envisager la quasi-gratuité de biens et de services ; certains objecteront que l’on se heurtera à la production d’électricité. D’où l’importance de ce que vous dites sur le nucléaire. Mais une source infinie d’électricité, c’est le soleil – au moins jusqu’à la disparition de la Terre, puis du Soleil. Pour l’instant, c’est quand même la bonne piste.

Le soleil, on peut le consommer de deux façons : avec des panneaux solaires, ou en le reproduisant par la fusion nucléaire. Sur le solaire, nous sommes déjà dans une exponentielle inversée : sans doute y a-t-il des limites. Et la fusion nucléaire est sans doute plus proche que l’on imaginait : a priori, le premier réacteur de fusion est prévu pour 2028, dans le cadre d’un contrat conclu entre Microsoft et un constructeur de taille moyenne. Sans argent public. On verra ce que cela donne. Mais que ce soit en 2028, en 2035, en 2045 ou en 2055, l’abondance énergétique sera la meilleure réponse à tous nos problèmes. C’est une question de calendrier. Les partisans de la décroissance disent : « On n’aura jamais assez d’énergie. » C’est faux : l’abondance sera bientôt au rendez-vous. L’homme a toujours inventé des choses pour aller plus loin.

Peut-il y avoir, à un moment donné, une limite purement physique ? Une pénurie de matériaux, par exemple ? Très bien, mais avec les progrès des nanomatériaux, qui me dit que je ne pourrai pas refaire des tas de matériaux, existants ou nouveaux, molécule par molécule ? L’intelligence humaine est illimitée, quelles que soient les ressources : on peut avoir des ressources limitées, mais on trouvera le moyen de contourner ces limites. Je crois en Homo creator, ce qui fait de moi un optimiste. Et si par hasard nous butions sur des limites planétaires, ce n’est pas grave : il y a l’interplanétaire. Il y a d’abord les astéroïdes, qui sont des ressources de matériaux absolument exceptionnelles, et puis la possibilité d’envoyer l’homme dans l’espace. Là, je fais du Musk, ou du Jeff Bezos. Bon, revenons sur Terre.

TES : Sans parler des millions, voire des milliards de robots humanoïdes qu’Elon Musk veut mettre sur le marché comme main-d’œuvre…

AM : Oui, bien sûr. Je ne sais pas s’ils seront mis sur le marché par Musk ou par d’autres, mais assurément, on va vers un ou deux robots par humain. Dans quel délai ? Sans doute moins vite que ne le pense Elon Musk, mais il sera atteint.

Je prends un exemple concret. On parle beaucoup de modifier la retraite par répartition – il faut bien sûr, par ailleurs, une retraite par capitalisation, et même des fonds de capitalisation indépendamment de la retraite, mais c’est une autre histoire. Les gens sont en train de s’étriper pour savoir comment on paiera la retraite par répartition dans 45 ans : faudra-t-il la fixer à 64, 65 ou 67 ans ? Nous n’avons aucune idée de ce que sera la longévité dans 45 ans. Sera-t-on à 85 ans, à 150 ans ou plus ? Personne n’en a idée. Et je parle d’une longévité en bonne santé, parce que les progrès médicaux permettent aujourd’hui d’imaginer d’être vieux très, très longtemps, tout en restant jeune sur le plan de la santé. Et sait-on combien de millions, ou de dizaines de millions, de robots travailleront en France dans 45 ans ?

Je prends cet exemple pour montrer à quel point ces débats sont dépassés. Aujourd’hui, on se demande s’il faut plus d’enseignants, s’il faut construire ou rénover des lycées. C’est absolument dingue ! On sait très bien que le plus important, c’est de réfléchir à la transformation de la façon d’éduquer. Le débat doit être là, pas dans les heures supplémentaires des enseignants ou le papier toilette des établissements. D’ailleurs la modification de la façon d’enseigner va entraîner ipso facto la modification de l’architecture de nos bâtiments scolaires. On pourrait faire les deux, à condition de mener au moins le débat essentiel.

TES : Dans Greta a tué Einstein, j’oppose la science des ingénieurs, qui repousse les limites, à la science des législateurs, qui les transforme en normes, en interdits et en taxes. Sous vos posts, beaucoup de commentaires vous opposent la sécheresse et le climat. L’innovation peut-elle gagner la bataille culturelle contre la décroissance et le discours des limites planétaires ?

AM : Si je comprends bien, la question est celle du rapport entre, d’un côté, les progrès des sciences et des technologies et, de l’autre, la politique ? Ce que je crains, c’est la science des ingénieurs sociaux, de ceux qui prétendent être les architectes ou les ingénieurs de la société. C’est la prétention scientiste de régler la société, de dresser les plans de la société, ce qui conduit certains à dire : « Vous avez droit à trois minutes de douche par jour, mais pas quatre. »

TES : Ou à quatre vols par vie et par adulte.

AM : Là, on est chez les dingues !

Nous sommes dans une période de mutation. Nous sommes passés de la civilisation agricole, qui avait commencé il y a près de 10 millénaires, à la civilisation industrielle, au milieu du XVIIIᵉ siècle. Et nous sommes maintenant en train de passer à la civilisation de la connaissance numérisée. C’est une période extrêmement difficile, parce que le vieux peine à mourir et le neuf peine à apparaître. Entre les deux, il y a beaucoup de conflits, en particulier avec ceux qui sont, entre guillemets, les ingénieurs sociaux, porteurs d’une pensée étatiste, qui ont du mal à comprendre la nécessité de ce qu’on pourrait appeler un ordre spontané. Nous n’allons pas inventer le futur : il s’invente tout seul. Il s’agit de le permettre, éventuellement d’en corriger ici ou là quelques effets de bord, mais fondamentalement, il s’agit de permettre au futur d’apparaître.

Il y a donc un conflit fondamental avec la vieille science politique étatiste qui voudrait tout diriger, alors qu’il faut une extrême liberté – on corrigera plus tard, on verra – pour aller aussi vite et aussi bien que possible dans tous les domaines. Nous parlions de l’éducation ; je pourrais parler de la maladie, de tous les parents qui attendent des soins pour leurs enfants atteints de maladies très graves, dont la vie est en péril. Il faut aller vite. Là, je suis totalement Silicon Valley, Peter Thiel, Musk… On n’a pas le droit de freiner le progrès que des tas de gens attendent. On a le devoir d’être prudent, c’est autre chose.

Mais il y a aujourd’hui un conflit avec les vieux étatistes qui aimaient tout régenter, qui sentent que ce nouveau monde n’est pas le leur, et qui ont compris que la peur du progrès – elle existe – était une bonne chose pour eux, et qu’il fallait l’entretenir. Car pour un homme politique, qui dit peur dit : « Heureusement, je suis là. N’ayez pas peur, c’est moi qui vais vous donner la sécurité. » La peur crée un marché de la sécurité, et le marché de la sécurité ramène les politiques étatistes d’hier et d’avant-hier : « Heureusement, il y a moi, heureusement, il y a l’État. » C’est le gros problème que nous rencontrons aujourd’hui. Il ne se pose pas de la même manière dans tous les pays, mais la France étant par nature plus étatiste que les autres, il est normal que notre culture étatiste pose beaucoup plus de problèmes qu’ailleurs.

L’Europe, arrière-boutique de la peur

TES : L’Europe peut être décrite comme l’arrière-boutique mondiale de la peur du progrès scientifique et technique : Green Deal, AI Act, principe de précaution… La décennie fabuleuse ne risque-t-elle pas d’être américaine et chinoise ? Que faudrait-il démanteler en priorité ?

AM : On le voit bien avec toutes les tentatives européennes de régulation de tout ce qui arrive : ce n’est pas encore arrivé chez nous qu’on l’a déjà régulé. Et l’on voit les problèmes que cela pose quand des progrès fantastiques ne peuvent pas être commercialisés en Europe à cause de la réglementation européenne. Dans certains cas, on peut dire qu’après tout, la réglementation européenne est une bonne chose. Mais dans beaucoup de cas, elle est absurde. Il faut continuer, il faut innover : il n’y a aucune raison de voir le progrès passer, que la Chine et les États-Unis innovent et que nous soyons en retard. Si cela devait se généraliser, si l’on avait vraiment le sentiment que le progrès se fait ailleurs, des tas de gens s’expatrieraient, et d’autres se révolteraient peut-être en disant : « On ne peut pas rester en panne. »

Une anecdote : je suis actionnaire d’une belle start-up. Un jour, sans que nous ayons sollicité personne, un fonds américain est venu nous voir pour nous dire : « C’est formidable, ce que vous faites. Vous voulez vraiment faire ça en France ? » Il ne nous disait pas de venir aux États-Unis, mais : « Allez n’importe où, mais ne faites pas ça en France. » Et, compte tenu de mon passé, j’ai eu la surprise d’entendre : « La France, monsieur, c’est un pays communiste. On ne peut pas travailler avec un pays communiste. »

TES : Faut-il retirer le principe de précaution de la Constitution ? Et comment expliquez-vous que ce soit la droite qui soit à l’origine de cette hérésie ?

AM : D’abord une précision : il ne fallait pas l’y mettre, et je suis le seul député à avoir été contre. J’ai fait campagne contre cette hérésie. C’est d’abord une hérésie sur le plan technologique, c’est une évidence au regard de ce que nous venons de dire. Qu’il y ait un principe de précaution dans la loi, d’accord. Mais quand on le met dans la Constitution, cela devient grave. La Constitution, de par les valeurs dont elle est héritière, est construite autour d’un principe : « la liberté responsable ». Si l’on y introduit, à valeur égale, sans hiérarchie entre les deux, le principe de la « liberté présumée coupable », c’est un peu comme si l’on mettait l’eau et le feu en leur demandant de cohabiter gentiment ensemble. Ce n’est pas possible ! Le juge constitutionnel ne sait pas se débrouiller de cela. Selon les tendances, les groupes de pression, etc., il ira dans un sens ou dans l’autre – généralement dans le sens du principe de précaution, parce que, comme nous l’avons dit, la peur se vend bien.

C’est vraiment une hérésie, et je ne sais pas très bien comment revenir en arrière, d’autant qu’on a fait une autre monstruosité : on a mis dans la Constitution la Charte de l’environnement, qui est un catalogue d’atteintes aux libertés.

TES : Grâce à la droite…

AM : Bien sûr, grâce à la droite. Ce sont des erreurs extrêmement compliquées à corriger. Comme l’ensemble de notre droit constitutionnel, qui a été totalement perverti par rapport à nos valeurs fondamentales. Les droits dont nous sommes les héritiers sont des « droits de » : des droits-libertés, la liberté de…, avec pour limite de ne pas porter atteinte à la liberté d’autrui, ce qui fait un équilibre et un ordre juridique bien clair. Or on a rajouté des « droits à », à nos « droits de ». Si j’inscris le « droit au logement », cela ne donne évidemment pas le pouvoir de chacun à avoir un logement, mais cela donne au gouvernement le droit de réglementer à l’excès la politique du logement. Les constitutions des démocraties populaires d’Europe de l’Est étaient d’ailleurs bourrées de « droits à » : à chaque fois, c’étaient des pouvoirs donnés au gouvernement.

L’IA, outil de liberté ou de contrôle ?

TES : L’IA peut libérer, mais elle peut aussi rationner – par exemple avec une carte bancaire qui plafonnerait notre empreinte carbone : cela existe. Comment un libéral empêche-t-il ces outils de devenir ceux d’une planification verte, voire de dystopies du type Sesame Credit en Chine ?

AM : L’IA peut devenir un moyen de surveillance entre les mains d’un pays totalitaire, on le voit bien en Chine ; elle peut être un moyen d’extirper la liberté. Avec de nouvelles méthodes d’enseignement, elle pourrait servir à obliger à penser comme le régime le veut. Il y a énormément de problèmes avec l’IA, mais c’est le cas de toutes les technologies. L’Église catholique voyait dans l’apparition du livre la monstruosité des monstruosités : on allait mettre des livres entre les mains de tout le monde, et cela allait peut-être aboutir à la liberté de penser. Quelle horreur ! Bien sûr, un couteau de cuisine peut servir à égorger, entre les mains d’un djihadiste.

Il y a une petite histoire que je raconte parfois. C’est celle de Félix Fénéon, un anarchiste assez célèbre au début du siècle dernier, qui était aussi critique d’art, un esthète brillant. Lié à des milieux anarchistes virulents, il était régulièrement arrêté, et chaque nouvelle arrestation de Fénéon était un régal pour le Tout-Paris, qui allait au tribunal écouter ses saillies devant les juges. Un jour, le président du tribunal lui dit : « Monsieur Fénéon, vous aviez un couteau sur vous. Vous saviez que vous auriez pu tuer quelqu’un ? » Fénéon se tourne vers lui : « Monsieur le président, savez-vous que vous avez sur vous de quoi commettre un viol ? » Pour dire qu’on ne peut pas tout mettre en cage.

TES : Vous évoquez vous-même les côtés sombres de ce nouveau monde : emploi, cohésion sociale, longévité. À quelles conditions le progrès technique se traduit-il en progrès pour chacun ?

AM : La destruction d’emplois ? Oui, bien sûr. Mais je pense que si la vitesse du progrès détruit des emplois, elle va aussi, et peut-être même davantage, en créer de nouveaux. Par nature, le travail est illimité : il n’y a que des obstacles. Nous allons connaître une formidable créativité en matière de travail et d’activités nouvelles. Saurons-nous en profiter, ou essaierons-nous de faire entrer tout cela dans le vieux Code du travail, conçu pour la civilisation de l’usine ? Il y a là un risque politique : celui que l’on privilégie le passé.

Un exemple de transformation : au début de cette année est apparu quelque chose de nouveau : les agents d’intelligence artificielle. À partir de son smartphone, on peut créer tout un projet et lever toute une équipe : les meilleurs ingénieurs, les meilleurs spécialistes du marketing, les meilleurs talents. Ils vont travailler pour vous, se coordonner entre eux 365 jours par an, 24 heures sur 24… Ils travaillent pour vous pendant que vous dormez. On va faire naître de nouvelles formes d’entreprises. Ce qui est nouveau, c’est que le coût de création et de fonctionnement de l’entreprise tombe à presque zéro. Et quand ce coût s’effondre, on va multiplier le nombre des entrepreneurs. Multiplier, je l’espère, ce nombre de jeunes tentés par l’aventure. Surtout, d’innombrables activités que l’on ne pouvait pas mener lorsqu’elles étaient extrêmement coûteuses deviennent possibles. Nous allons découvrir de nouvelles terres, jusqu’ici en friche : plein d’activités nouvelles, liées aux besoins nouveaux de ce nouveau monde.

La longévité va créer plein d’emplois nouveaux. L’éducation aussi. On va vouloir apprendre à bien penser. On apprend donc la rhétorique, on apprend à lutter contre les sophismes ; d’autres vont cultiver les humanités. Bref, ce sont une quantité de nouveaux métiers : des métiers pour l’humain, des métiers pour l’intelligence artificielle, et des métiers pour l’humain armé de l’intelligence artificielle, tout cela grâce à l’agentique.

Je regarde ce qu’on fait à l’étranger : dès la classe de seconde, on apprend aux jeunes à s’en servir pour des projets, pour créer des entreprises, etc. J’ai même vu des photos, en Chine, de gens qui donnaient ce genre de cours, qui apprenaient à s’en servir dans les rues sur les stands. Et que fait-on en France ? Rien. Il faut se mobiliser. Il y a en France une peur du progrès assez forte. Les exploitants de ces peurs sont très puissants, ils se développent d’autant plus volontiers que nous subissons une panne totale de croissance. Avec 0,4 ou 0,5 % de croissance, il me faudra 150 ans ou plus pour doubler mon revenu. On a le sentiment d’être totalement en panne, et quand on a ce sentiment, on a peur de tout, on se replie sur soi.

Dans cette situation, je crois que les militants du progrès, comme vous, comme moi, comme d’autres, doivent dire : « Ce n’est pas possible, il y a des chances extraordinaires, des fenêtres vont s’ouvrir, bougez-vous ! » Nous avons une responsabilité : faire aimer le futur. On peut faire des discours, comme je le fais là, mais on n’est pas forcément crédible. En revanche, si je montre concrètement à un jeune ce qu’il peut faire avec l’agentique, on lui ouvre les portes du progrès… C’est même ludique, en réalité : on peut tester trois projets par jour, tellement c’est amusant. Cela va remplacer les jeux vidéo. Les jeunes comprennent très vite. Il y a là un devoir collectif des acteurs du progrès pour montrer que l’IA est leur amie.

TES : Pouvez-vous nous parler de votre projet Kairos ? Il s’appuie sur des intelligences artificielles capables de tester les messages, de préparer les reposts et de diffuser massivement des contenus. Où placez-vous la frontière entre la persuasion et la manipulation ?

AM : Kairos est une structure que nous avons montée avec quelques amis pour incuber des projets. Nous avons incubé un film sur le futur, des projets sur la simplification administrative, etc. Nous voulons aujourd’hui incuber l’idée des entreprises de poche avec l’intelligence artificielle, l’usage de l’agentique. Kairos est un mot grec : il y a des moments dans l’histoire où quelque chose passe, qu’il faut saisir. Je pense que nous sommes dans un tel moment : il y a une opportunité à saisir pour ceux qui aiment la liberté, la responsabilité, et qui croient au futur. Je voulais faire quelque chose qui utilise pleinement l’intelligence artificielle, pour aller aussi loin que possible. J’ai quelques mois de retard.

Vous me demandez quelle est la frontière entre la persuasion et la manipulation : pour moi, la limite, c’est l’éthique. Tout ce que je suis en train de dire, l’IA, on peut l’utiliser pour mentir ou pour rétablir la vérité. C’est comme mon couteau de cuisine. Je prends un exemple. J’utilise une intelligence artificielle spécialisée dans l’art du raisonnement, la rhétorique, les sophismes, la théorie des jeux – pour faire simple, l’art de bien penser. J’y ai mis un grand discours de Mélenchon en lui demandant une analyse rhétorique. Elle m’a fait une superbe analyse, vraiment chapeau, dans tous les détails ; j’étais émerveillé. À la fin, elle m’a proposé : « Veux-tu que je te fasse un discours punchy en réponse ? » Très bonne idée. Elle m’a fait un discours vraiment fantastique : on n’y parlait plus de rhétorique ni de figures de sophisme, mais le discours était vraiment bien fait. Cela, je crois, c’est une intelligence utile. Je ne truque rien : je reste vraiment dans les clous des règles de la pensée, en l’occurrence l’utilisation des sophismes pour mentir. Je démonte, et je m’interdis – ceux qui me connaissent le savent – les facilités de la démagogie.

Déverrouiller le futur

TES : Concrètement, que devrait porter un candidat à la présidentielle de 2027 pour déverrouiller le futur ? Quels seraient selon vous les bons principes d’une politique scientifique ?

AM : Je ne sais pas très bien répondre à cela, sinon par une généralité. Ce que je demande à un président de la République, c’est : « Arrêtez de nous dire ce que vous prétendez vouloir faire. L’essentiel est de déverrouiller le futur pour permettre aux constructeurs du futur d’avancer à la vitesse du futur. »

Sur la recherche scientifique, il y a bien sûr des problèmes de budget, mais aussi des problèmes de structure. Vous connaissez peut-être, comme moi, des chercheurs qui sont allés s’épanouir dans la Silicon Valley. Que nous disent ces chercheurs du CNRS partis là-bas ? Bien sûr, ils gagnent de l’argent, mais ils me disent surtout : « Quel bol d’air frais ! À la cafétéria, je peux rencontrer un prix Nobel et parler avec lui, alors que chez moi, je n’ai même pas de prix Nobel au-dessus de moi, mais j’ai déjà des échelons de hiérarchie. Alors qu’en France, j’ai un millefeuille de hiérarchie au-dessus de moi. » La recherche, c’est avant tout un écosystème.

Personne n’a fait la Silicon Valley. Tout le monde en France rêve de créer sa Silicon Valley. Mais franchement, la Silicon Valley, c’est quoi ? C’est la rencontre d’une grande université privée et des inventeurs du private equity. Ce n’est pas une invention bureaucratique.

Faire aimer le futur

TES : Que diriez-vous à un jeune Européen qui a grandi dans l’éco-anxiété, et désormais dans l’anxiété face à l’IA, pour le convaincre que le futur est une promesse et non une menace ?

AM : Pour le convaincre, j’utiliserais ce que j’ai dit tout à l’heure : « Tiens, sors ton téléphone de ta poche, et voilà ce que tu peux faire maintenant. » Et là, il ouvrira grand les yeux sur le futur.

Entretien réalisé par Jean-Paul Oury avec The European Scientist le 7 octobre 2026.


 

https://www.europeanscientist.com/fr/opinion/homo-creator-naura-jamais-autant-cree-en-si-peu-de-temps-alain-madelin-entretien/?




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Le terme "libéral" banni - LA FAILLITE DU CRYPTO-LIBÉRALISME par Faré !

"La vraie facture de l’assistanat c'est celle des entreprises (150 milliards de subventions)" A Madelin

Alain MADELIN et le "Libéralisme" en 2014/15 - Un "Libéral complet" !!

L’antilibéralisme France ?

Alain Madelin son programme entier pour 2017, s'il se présentait ! + réponses diverses de mars

Alain Madelin: l'ISF, le bouclier fiscal, et l'hyper croissance 2020

Alain Madelin, ses visions pour aider les entreprises !

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𝐋𝐀 𝐍𝐎𝐔𝐕𝐄𝐋𝐋𝐄 𝐅𝐀𝐑𝐂𝐄 𝐅𝐈𝐒𝐂𝐀𝐋𝐄 : 𝐋’𝐄𝐌𝐏𝐑𝐔𝐍𝐓 𝐅𝐎𝐑𝐂𝐄́

 

 

 

 

décembre 19, 2025

Comment endormir avec duplicité nos agriculteurs alors qu'une opportunité se présente à eux !

Les débats autour du MERCOSUR sont affligeants. 

La démagogie politique, toutes tendances confondues, qui exploite et entretient les peurs des agriculteurs n’est pas digne de la politique. 

Non le MERCOSUR n’est pas le raz de marée qui va détruire l’élevage européen et empoisonner nos assiettes. D’abord, la réalité des chiffres. Les importations de viandes concernées représentent 99 000 tonnes maximum, soit 1,5 % de la consommation européenne. Rapporté à la France, cela représente 300 grammes par an et par Français. De quelle viande parle-t-on ? Pas des morceaux nobles mais de la viande hachée, des abats,… destinés pour large part à l’industrie et même aux pâtés pour nos chiens et nos chats. 

 


C’est un quota « maximum » qui est rarement atteint comme l’ont montré tous les autres accords de libre-échange qui, comme le MERCOSUR, avaient suscité des peurs disproportionnées avant leur mise en œuvre par rapport à la réalité qui a suivi. Il n’y a pas de quoi déstabiliser tout un secteur. Et pour le cas où les importations perturberaient les prix et les marchés, le MERCOSUR prévoit des mécanismes de sauvegarde. 

Au-delà des chiffres, il y les normes sanitaires dont on laisse volontiers entendre qu’elles ne seraient pas respectées. Bien évidemment, c’est faux. Tout produit importé dans l’UE doit respecter ses normes. Reste la question des normes de production. C’est l’objet des clauses miroirs qui visent à garantir que les produits importés respectent des exigences équivalentes à celles imposées aux producteurs européens. Le principe est acté mais convenons qu’il ne doit pas être simple d’imposer aux éleveurs des pays du MERCOSUR le constant alourdissement des charges, des contraintes et des normes imposées à nos agriculteurs par l’Europe. 

Le MERCOSUR ne doit pas détourner notre regard sur nos propres responsabilités. Le problème ici est moins importé d’Argentine que fabriqué à Bruxelles ou à Paris. J’ai été pendant 30 ans député d’une circonscription agricole. Je connais bien et j’aime les éleveurs. Je sais toutes les difficultés de leur travail. Et ils sont admirables. Et c’est justement pour cela que je trouve indigne de leur mentir. 

D’entretenir et d’exploiter leurs peurs. Cela en dit long sur le triste état du débat public.

Alain Madelin

Accord UE-Mercosur : le face-à-face décisif des agriculteurs français avec Emmanuel Macron


Le Président de la République a convié ce mardi les représentants du monde paysan pour une rencontre cruciale, à l’heure où la colère gronde contre le traité commercial avec l’Amérique du Sud.

Dans un contexte de crise aiguë pour l’élevage national, la rencontre organisée ce mardi  à l’Élysée revêtait un caractère exceptionnel. Pour la première fois depuis le début de l’épidémie de dermatose nodulaire bovine en décembre, Emmanuel Macron a reçu les dirigeants des quatre principaux syndicats agricoles — la FNSEA, Jeunes Agriculteurs, la Coordination rurale et la Confédération paysanne. L’ordre du jour était sans ambiguïté : l’épineux projet d’accord entre l’Union européenne et le Mercosur, qui cristallise les craintes de tout un secteur.

La mobilisation, loin de faiblir, s’intensifie. La preuve, jeudi dernier, par plusieurs milliers d’éleveurs et céréaliers convergeant vers Bruxelles avec leurs tracteurs pour bloquer les institutions européennes. Leur crainte ? Voir le marché inondé de viande, de sucre, de riz et de soja en provenance du Brésil, de l’Argentine, du Paraguay et de l’Uruguay, produits dont les normes de production sont perçues comme moins exigeantes.

« Le message de la FNSEA au Président de la République restera inchangé, ferme et clair : Mercosur = Non », avait tonné le syndicat majoritaire avant l’entrevue.

Une position qui, malgré des divergences de stratégie, fait l’unanimité chez les agriculteurs français, des plus modérés aux plus radicaux.

Une signature reportée sous la pression

Face à cette fronde transfrontalière, notamment en France et en Italie, le calendrier diplomatique a dû être bousculé. Alors qu’une signature était initialement espérée samedi dernier à Foz do Iguaçu, en présence d’Ursula von der Leyen, elle a été purement et simplement reportée. Une victoire temporaire pour les opposants, mais l’échéance reste menaçante : selon plusieurs sources diplomatiques, une nouvelle tentative est désormais visée pour le 12 janvier au Paraguay.

Le gouvernement français tente de naviguer en eaux troubles. Interrogé mardi à l’Assemblée nationale, le ministre délégué aux Affaires européennes, Jean-Noël Barrot, a tenté de rassurer en brandissant des « concessions inédites ».

« Nous obtenons des mesures miroir pour garantir la réciprocité, des contrôles douaniers renforcés et des clauses de sauvegarde », a-t-il assuré.

Des promesses jugées largement insuffisantes sur le terrain, où les syndicats promettent déjà une remobilisation massive dès début janvier.

Au-delà du commerce, un modèle en question

L’enjeu dépasse la simple concurrence commerciale. Pour les agriculteurs français, c’est la crédibilité même du « modèle européen » qui est sur la table. Comment justifier des normes environnementales et sanitaires strictes — et coûteuses — face à des importations qui n’y seraient pas soumises avec la même rigueur ? L’accord, s’il ouvre des débouchés pour les vins, les spiritueux et les produits industriels européens, est perçu dans les campagnes comme un coup de massue sur des filières déjà exsangues.

La réception à l’Élysée n’a donc rien d’une simple formalité. Elle intervient à un moment où la patience des éleveurs est à bout, entre la gestion contestée de l’épidémie animale et cette menace économique lointaine. La présence conjointe d’organisations aussi différentes que la FNSEA et la Confédération paysanne, pourtant « opposants historiques au traité », en dit long sur l’ampleur de la défiance.

L’heure des choix

Alors que l’exécutif européen semble pressé de conclure un accord vieux de plus de vingt ans de négociations, Emmanuel Macron se trouve dans une posture délicate. Peut-il imposer à ses partenaires européens un veto français, au risque d’entraver une grande ambition géopolitique ? Peut-il, à l’inverse, passer en force et affronter une colère paysanne qui pourrait embraser l’hiver ? Les concessions techniques évoquées par M. Barrot paraissent bien minces face à l’exigence catégorique d’abandon pur et simple du texte. Le bras de fer ne fait que commencer.

https://multipol360.com/accord-ue-mercosur-le-face-a-face-decisif-des-agriculteurs-francais-avec-emmanuel-macron/

 

Le Mercosur, ce bouc émissaire de nos politiques agricoles 

 Déforestation, bœuf aux hormones, trahison de nos agriculteurs. Le Mercosur, accusé de tous les maux, fait l’unanimité contre lui. Pourtant, cet accord pourrait être une opportunité pour notre industrie, sans pour autant sacrifier notre souveraineté alimentaire. 

 


 

 Le Mercosur, c’est en quelque sorte la version sud-américaine de notre marché commun, un espace de libre circulation des biens et des services. Il regroupe l’Argentine, le Brésil, le Paraguay, l’Uruguay et, depuis l’an dernier, la Bolivie. Le Venezuela en a été exclu en 2016. Après deux décennies de négociations, l’Union européenne et le Mercosur ont conclu, en juin 2019, un traité instaurant une zone de libre-échange. Ou plutôt un accord commercial, car le terme, qui suggère une libéralisation sans contraintes, est trompeur : les règles restent nombreuses et certaines importations limitées. Aujourd’hui, il demeure suspendu à la ratification des 27 États européens. La France est l’un des rares pays à avoir des réserves. À tort ou à raison ? 

Concrètement, la suppression de 4 milliards de droits de douane rendrait nos exportations beaucoup plus compétitives. Le prix des voitures et des vêtements pourrait baisser de 35 %, celui des machines-outils, produits chimiques et pharmaceutiques de 14 à 20 %. Les fournisseurs de services — télécommunications, transports, numérique — accéderaient aux marchés publics locaux. L’industrie automobile européenne, en grande difficulté, appelle évidemment l’accord de ses vœux : il relancerait ses ventes de véhicules thermiques, au moins pour un temps. Au total, Bruxelles projette près de 50 milliards d’euros d’exportations supplémentaires vers le Mercosur, pour seulement 9 milliards d’importations en plus. Des importations qui pourraient bien profiter aux industries européennes. Le Brésil, en particulier, est un important fournisseur de matières premières critiques comme le nickel, le cuivre, l’aluminium, l’acier ou le titane. 

L’erreur est en effet de réduire exportations et importations à une lecture comptable. On croit trop souvent que seule la production locale enrichit, quand les importations appauvrissent. L’exemple du CETA, l’accord entre l’Europe et le Canada, montre l’inverse : les entreprises françaises ont pu importer hydrocarbures et minerais à des prix plus avantageux. Si ces flux semblent peser négativement sur la balance commerciale, ils sont économiquement bénéfiques. Des matières premières moins chères permettent à nos entreprises de réduire leurs coûts et de gagner en compétitivité. Aujourd’hui, qu’importe-t-on majoritairement depuis l’Amérique latine ? Des hydrocarbures, des produits miniers… et des produits agricoles. 

Les agriculteurs européens sont-ils vraiment sacrifiés sur l’autel du commerce ? 

L’agriculture des pays du Mercosur fait peur. Avec 238 millions de bovins , le Brésil possède le plus grand cheptel au monde et assure à lui seul près d’un quart des exportations mondiales. L’Argentine n’est pas en reste, avec 54 millions de bêtes et des troupeaux en moyenne quatre fois plus grands qu’en France. En Amazonie ou dans le Cerrado brésilien, certaines exploitations dépassent même les 100 000 têtes de bétail. À titre de comparaison, la « ferme des mille vaches » picarde, fugace symbole tricolore de l’élevage intensif, n’a jamais compté plus de 900 bovins. Mais le gigantisme ne s’arrête pas à l’élevage. Au Brésil, SLC Agrícola exploite plus de 460 000 hectares de céréales. Deux cents fois plus que la plus grande exploitation française. Les vergers sont quatre fois plus étendus de l’autre côté de l’Atlantique. Sucre, maïs, soja… les agriculteurs européens font face à un géant. Sans jouer avec les mêmes cartes : si les produits importés devront répondre aux normes de consommation européennes, les règles de production ne sont pas identiques. Notamment concernant l’utilisation des pesticides, qui fait tant débat en Europe. Pour les agriculteurs français, difficile de se départir de l’impression de concourir face à des V12 avec un 3 cylindres.

Heureusement, l’Union européenne a prévu des garde-fous. Les importations de bœuf, notamment, sont limitées à 99 000 tonnes par an, soit l’équivalent d’un gros steak par habitant. Cela ne représente, comme pour la volaille ou le sucre, que moins de 1,5 % de la production du continent. Aucune chance, dans ces conditions, d’être submergé par l’afflux de produits agricoles sud-américains. Et si jamais c’était le cas, une procédure de sauvegarde, qui stopperait net les importations, pourrait être enclenchée. 
 
« En France comme en Europe, les cheptels bovins ont reculé d’environ 10 % en dix ans, et cette concurrence n’y est pour rien », souligne Vincent Chatellier, ingénieur de recherche à l’Inrae. Selon lui, les pays du Mercosur disposent déjà d’un client de poids avec la Chine, beaucoup plus simple à approvisionner. L’Europe, au contraire, impose des normes strictes et chaque exploitation doit être agréée individuellement. « On l’a vu avec le CETA : dans ces conditions, rien ne garantit même que les quotas soient atteints », ajoute-t-il. 
 
Café, oranges, soja… À l’heure actuelle, le Mercosur vend surtout à l’Europe des produits qu’elle ne cultive pas. La seule filière réellement exposée semble être celle du maïs. Massivement OGM, la production brésilienne échappe à tout quota. Elle représente bien la schizophrénie des normes : un maïs impossible à cultiver en Europe peut nourrir nos animaux d’élevage. 
 
L’accord pourrait même ouvrir de nouvelles perspectives à certains agriculteurs européens. Bruxelles table sur 1,2 milliard d’euros d’exportations supplémentaires. Les viticulteurs seraient les premiers bénéficiaires : leurs vins gagneraient en compétitivité et leurs appellations, comme celles de plusieurs fromages, seraient enfin reconnues outre-Atlantique. Exit le « Champagne » argentin ou le camembert brésilien. Dans une moindre mesure, les fruits et légumes, les huiles végétales et les produits laitiers devraient eux aussi profiter de nouveaux débouchés commerciaux. 
 
Quand l’écologie gagne à commercer avec le bout du monde 
 
Pour beaucoup, faciliter le commerce transatlantique est vu comme une aberration environnementale. Pourtant, les accords commerciaux sont des outils puissants pour convertir le reste du monde à la vision européenne du mieux-disant écologique et social. Ils permettent de façonner les règles du commerce mondial conformément aux normes européennes les plus élevées, de projeter nos valeurs à travers des obligations détaillées en matière de commerce, d’emploi et de développement durable. Les signer, c’est ratifier les conventions de l’Organisation internationale du travail et les accords multilatéraux sur l’environnement, de l’Accord de Paris aux conventions biodiversité. Toute violation pouvant justifier une suspension, totale ou partielle. Ainsi, en 2020, le Cambodge a perdu ses privilèges unilatéraux, du fait des dérives autoritaires du Premier ministre Hun Sen.
 
La culture du soja, importante cause de déforestation, est souvent évoquée. Pourtant, l’accord avec le Mercosur ne change rien à l’affaire, les importations de tourteaux étant déjà exemptes de toute taxation douanière. Le rôle de l’Union européenne, qui n’importe que 14 millions de tonnes par an , contre 112 millions pour la Chine, est de toute façon minime. L’accord entraîne par ailleurs la ratification du Protocole de Glasgow, qui prohibe toute déforestation à partir de 2030. Pour la transition énergétique, c’est aussi un enjeu majeur : le Brésil détient 20 % des réserves mondiales de graphite, de nickel et de manganèse. L’Argentine regorge de lithium. De quoi nourrir notre industrie verte… 
 
Reste la question du contrôle. Croire que les contrôleurs de l’Union puissent éviter toute entorse aux règles est évidemment illusoire. Mais croire qu’ils sont aveugles n’est pas moins excessif. L’an dernier, une enquête a dévoilé la présence d’hormones dans le régime alimentaire des bœufs au Brésil. Pas à des fins d’engraissement, comme on l’a souvent suggéré, mais à des fins thérapeutiques … ce qui est aussi possible en Europe. Les mêmes craintes étaient brandies lors de la signature du CETA. Huit ans plus tard, aucun bœuf aux hormones n’est importé du Canada. 
 
 

 
 
En creux, l’amertume du deux poids, deux mesures 
 
Alors que toutes les pratiques agricoles sont remises en question, que des militants n’hésitent pas à les accuser d’empoisonnement, ni à fantasmer sur une chimérique agriculture sans intrants, l’opposition au Mercosur semble bien dérisoire. Nos agriculteurs ont-ils baissé les bras face aux ennemis de l’intérieur, au point de ne plus s’autoriser d’autre combat que celui contre leurs concurrents étrangers ? Pensent-ils trouver dans la mondialisation un ennemi commun leur assurant la miséricorde des gardiens du dogme ? 
 
Signer l’accord avec le Mercosur serait un signal puissant, un acte de confiance et de détermination, à contre-courant du repli américain. Mais après des années d’agri-bashing, de surtransposition des normes, on comprend que les agriculteurs se sentent fragilisés face à la concurrence — même si, dans les faits, elle vient bien plus de l’Ukraine ou des autres pays européens que du Mercosur. Après le raz-de-marée médiatique contre la loi Duplomb cet été, difficile de ne pas comprendre non plus leur sentiment d’impuissance. C’est pourtant là que sont les vrais enjeux : redonner aux agriculteurs le goût du possible. Qu’ils puissent à nouveau se projeter dans un avenir à la fois serein et conquérant. Nous en sommes loin. Mais ne baissons pas les bras : la souveraineté se construit plus solidement dans la compétitivité que dans le repli sur soi.
 
Antoine Copra 
@Cobra_FX_ 
 


Dernière information:

"Je rentre du Conseil européen où nous avons travaillé d’arrache-pied avec une seule boussole : une Europe qui protège ses citoyens. C’est une double avancée pour la France et l’Europe. 1. Pour nos agriculteurs et tous les Européens. La France a obtenu le report de la signature de l’accord avec le Mercosur car aujourd’hui le compte n’y est pas. Nous portons des exigences de bon sens, légitimement demandées par nos agriculteurs : clause de sauvegarde robuste, réciprocité avec les clauses miroirs et contrôles efficaces sur les produits importés. Ces exigences doivent être garanties et effectives. Nous avons besoin d’avoir ces avancées pour que l’accord change de nature. Nous ne lâchons rien. En parallèle, nous nous battons pour préserver le revenu de nos agriculteurs dans la future PAC."

Emmanuel Macron

 

Agriculture

L'agriculture désigne une activité ou « processus par lequel les êtres humains aménagent leurs écosystèmes et contrôlent le cycle biologique d'espèces domestiquées, dans le but de produire des aliments et d'autres ressources utiles à leurs sociétés ». Ce secteur économique est en déclin rapide dans le monde occidental, en particulier en termes de part dans la main-d’œuvre totale, grâce aux avancées techniques et technologiques.

L'agriculture est à l'origine de la percée humaine parmi l'étendue des espèces vivantes sur Terre. Elle a connu son développement grâce à l'adaptation des règles de propriété qui lui ont été favorables pour son développement. Pour les chasseurs-cueilleurs, la propriété de la terre n'était pas importante. Pourtant, lorsque les humains ont commencé à cultiver des céréales, il est devenu de plus en plus important d'avoir la propriété de la terre pour motiver le travail nécessaire long et attentionné, fixé à un espace de terre, afin de pouvoir cultiver les graines. Dans ce cas, il est probable que des règles sur la propriété foncière sont apparues en réponse à l'avènement de nouvelles technologies comme les outils agricoles. 

L’émergence de l’agriculture

À partir du second âge du Fer une transition s'opère dans le mode de vie des communautés de chasseurs-cueilleurs.

Révolution agricole

Connue aussi comme la révolution néolithique, cette période a connu une forte augmentation des ressources alimentaires contribuant aussi à l'accroissement démographique.

Domestication des animaux et culture des plantes

Enjeux économiques et politiques

L'agriculture est l'un des secteurs les plus subventionnés par l'État, ce qui est source de multiples rigidités et dysfonctionnements. Les politiques agricoles, incluant le commerce également, fournissent la meilleure illustration des thèses de la théorie du choix public selon lesquelles une partie de la population, dite population agricole, bénéficie d'avantages aux dépens d'une autre partie, les contribuables et les consommateurs.

Face au protectionnisme des pays occidentaux qui empêche le développement des agricultures des pays du Sud tout en renchérissant le coût de l'alimentation pour les habitants des pays riches, les libéraux soutiennent le libre-échange auquel tout le monde serait gagnant.

L'interventionnisme étatique en matière d'agriculture consiste principalement en barrières douanières (le consommateur paie) et en subventions (le contribuable paie). Dans tous les cas, ces mesures se font au détriment du consommateur et au bénéfice de domaines économiques non rentables. Comme l'exprime Nicolas Baverez[1] :

« Droguée à la PAC, l’agriculture française a déserté les marchés, à l’exception de quelques filières comme la viticulture, qui revit en trouvant de nouveaux clients dans les pays émergents. Pour le reste, nous avons transformé les paysans en jardiniers du paysage qui vivent de subventions destinées à se tarir, en s’étant détachés de la production et des consommateurs. »

L'argument classique de l'intérêt général (parfois décliné en « souveraineté alimentaire » du pays) ressemble ainsi fortement à un mensonge utile, permettant de justifier le transfert d'argent de la grande majorité des citoyens vers les agriculteurs. Soit la population est prête à payer plus cher les productions locales, et en ce cas les mesures protectionnistes ou les subventions sont injustifiées et absurdes ; soit elle n'y est pas prête, et en ce cas ces mesures ne sont qu'une coercition étatique qui va à l'encontre des vœux du citoyen, au bénéfice d'un secteur particulier de l'économie du pays, qui se trouve indûment privilégié.

La règlementation et la bureaucratie ont largement envahi l'agriculture et transformé la plupart des agriculteurs en fonctionnaires. Par exemple, la règlementation européenne impose à l'agriculteur de semer des jachères, et ceci en respectant des dates réglementaires, sans préoccuper de l'intérêt de la chose ni de son efficacité.

En pratique, le discours libéral se heurte au lobby agricole, qui réclame toujours davantage de subventions et de protections. Ainsi, en Suisse, « îlot de cherté » où existe (comme dans le reste de l'Europe) un fort protectionnisme agricole (qui renchérit le prix des produits alimentaires d'environ 30 % en comparaison avec le reste de l'Europe), le conseiller fédéral Christoph Blocher a choqué en 2004 en demandant l'ouverture des frontières, la fin des subventions, et un comportement entrepreneurial de la part des agriculteurs[2] :

« La Suisse est devenue une victime de sa propre bureaucratie agricole. [...] Nous sommes allés trop loin dans les interventions bien intentionnées de l’État. Laissons les agriculteurs devenir à nouveau des entrepreneurs ! »

Un autre argument fréquent est que sans subventions et sans protectionnisme, l'agriculture disparaîtrait en Europe faute d'être suffisamment compétitive par rapport au reste du monde. En réalité, la loi des avantages comparatifs s'applique aussi en matière agricole, et doit permettre aux agriculteurs de se spécialiser dans les créneaux les plus porteurs, plutôt que de se transformer en jardiniers du paysage ou en conservateurs du patrimoine rural. La Nouvelle-Zélande, pays plus isolé que la Suisse, subventionne très peu son agriculture[3] en comparaison avec la Suisse ; or, l'agriculture reste l'industrie d'exportation la plus importante du pays. 

Citations

  • « Des romantiques condamnent les théories économiques concernant le sol, comme entachées d'un esprit étroitement utilitaire. Les économistes, disent-ils, regardent la terre avec les yeux du spéculateur insensible qui dégrade toutes les valeurs éternelles en parlant de monnaie et de profits. Et pourtant, la glèbe est bien davantage qu'un simple facteur de production. Elle est la source intarissable de l'énergie humaine, de la vie humaine. L'agriculture n'est pas simplement une branche de production parmi bien d'autres. C'est la seule activité naturelle et respectable de l'homme, la seule condition digne d'une existence vraiment humaine. Il est inique d'en juger seulement en fonction des revenus nets que l'on peut extorquer au sol. La terre ne fait pas que porter les fruits qui nourrissent notre corps ; elle produit avant tout les forces morales et spirituelles de la civilisation. » Ludwig von Mises, L'Action humaine, Chapitre XXII
  • « Il ne faut pas acheter français ; il faut produire en France pour les consommateurs de la société ouverte du XXIe siècle. » (Nicolas Baverez)
  • « On a trouvé, en bonne politique, le secret de faire mourir de faim ceux qui, en cultivant la terre, font vivre les autres. » (Voltaire)
  • « Les pays ne sont pas cultivés en raison de leur fertilité mais en raison de leur liberté. » (Montesquieu)
  • « C’est la permaculture qui m’a permis cette transition entre le socialisme, sa perpétuelle volonté de remédier aux supposées défaillances du système économique, et le libéralisme, sa philosophie du laissez-faire, sa confiance en la viabilité d’un système économique libre, en la liberté individuelle. » (Rémy Poix)
  • « La législation n'a point à protéger l'agriculture. L'agriculture est efficacement protégée, quand toutes les classes ont leurs garanties et sont à l'abri des vexations. » (Benjamin Constant, Commentaire sur l'ouvrage de Filangieri)

Notes et références


  1. Orsenna et Baverez : la France qu'on voudrait !, La Tribune, 4 mai 2012.

  2. Der regulierte Bauer, discours du conseiller fédéral Blocher à la cérémonie d'ouverture de l'OLMA, foire suisse de l'agriculture et l'alimentation, 7 octobre 2004, Saint-Gall.

  3. Bibliographie

    • 1993, Robert L. Thompson, "Agricultural Price Supports", In: David R. Henderson, dir., The Fortune Encyclopedia of Economics: 141 Top Economists Explain the Theories, Mechanics, and Institutions of Money, Trade, and Markets, New York: Warner Books, Inc.
    • 2019, Sjoerd Wartena, "Agricultural Land: Management in common, from concepts to implementation", (" Gestion agricole en commun : du concept à la mise en œuvre"), In: Jean-Pierre Chamoux, Max Falque, dir., "Environnement : le temps de l’entrepreneur/ Environment and Entrepreneurship", Nice, Editions Libre Echange, pp42-48

    Voir aussi

    Liens externes

 https://www.wikiberal.org/wiki/Agriculture

 


Question vaccin :

Je remercie le service de presse du Ministère de l'Agriculture de m'avoir communiqué officiellement le nom du vaccin anti-DNC utilisé en France et qu'on ne trouve pas sur son site. Il s'agit bien du vaccin de Merck, le Bovilis-Lumpyvax qui ne bénéficie pas d'une AMM (Autorisation de mise sur le marché), mais d'une ATU (autorisation temporaire d'utilisation). C'est donc bien l'Anses (l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentaiton ...) qui a accordé du bout des lèvres cette autorisation en précisant bien que le produit ne bénéficie que " d'un faible niveau de preuve". Cela signifie qu'il y a donc beaucoup d'incertitude sur ce vaccin. Le site officiel du Ministère de l'Agriculture, ainsi que ceux des préfectures concernées, vont donc certainement se mettre à jour... 

https://www.anses.fr/fr/content/bovilis-lumpyvax-e-lyophilisat-et-solvant-pour-suspension-injectable-pour-bovins

Savez-vous seulement que ces vaccins ont pour principe actif des virus vivants atténués de la dermatose nodulaire et que ... 

1- Ils ne fonctionnent que sur une partie du troupeau. « Le vaccin ne confère pas nécessairement une immunité complète chez tous les animaux. » (Anses, Agence nationale de sécurité sanitaire.) 

 2-Ils provoquent chez certains animaux une forme de dermatose avec des nodules remplis de virus qui se répliquent. Anses : « Les nodules peuvent contenir des virus Neethling vaccinaux non pathogènes. » (Anses) 

3-Les bovins vaccinés peuvent répandre ces virus vaccinaux. (Shedding) 

4-Dans les pays comme israël qui ont connu des campagnes de vaccination, la dermatose n'a pas été éradiquée.( Efsa, Autorité européenne de sécurité des aliments) 

5-Les anticorps provoqués par le vaccin sont provisoires et décroissent en quelques mois. 

6-Il vous sera ensuite proposé de vacciner les bovins tous les ans pour maintenir la "protection". 

7-Les virus vaccinaux de la dermatose se retrouvent dans le sang, le lait et la viande. 

 8-On retrouve des tissus nécrosés autour du point d'injection pouvant aller jusqu'à plusieurs kilos. 

 9-Vous ne pourrez pas garantir aux consommateurs que vos produits seront indemnes de ces virus vaccinaux. 

10-Ces vaccins ne possèdent qu'une autorisation temporaire d'utilisation accordée par l'Anses avec une réserve sérieuse stipulée dans le titre : "les informations fournies ont « un niveau de preuve limité ». 

11-La seule justification de cette campagne est commerciale et politique mais ni sanitaire, ni scientifique. 

Voici les sources : -ANSES : anses.fr/fr/content/med -Évaluation comparative des vaccins vivants atténués à base du virus de la dermatose nodulaire contagieuse par Andy Haegeman. mdpi.com/2076-393X/9/5/ -Efsa: Rapport épidémiologique IV sur les dermatoses nodulaires : collecte et analyse des données - 2020 - EFSA Journal - Bibliothèque en ligne Wiley efsa.onlinelibrary.wiley.com/doi/10.2903/j. - Hélène Banoun : Vaccins contre la dermatose nodulaire contagieuse aimsib.org/2025/11/08/vac

Corinne Lalo

 

 

 

 

 

 

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