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août 27, 2026

Devenir des machines ou rester vivants ?

Sommaire:

A) -  OpenAI et Anthropic craignent une perte de contrôle sur l'IA

B) -  Armes biologiques, piratage, guerre nucléaire… Comment une IA devenue incontrôlable pourrait anéantir l’humanité

C) - IA : aux machines les moyens, aux hommes de choisir leur destin

D) - C'est aujourd'hui que sort le livre 'The Nerd Reich', ouvrage qui a eu une couverture impressionnante avant même sa publication.

E) - Comment empêcher que certains de ces acteurs s'approprient des prérogatives qui n'ont, par nature, aucune raison de l'être, comme la monnaie ?

F) - L’avertissement sur l’IA lancé par Bill Gates en trois points clés

 

 


A) - OpenAI et Anthropic craignent une perte de contrôle sur l'IA 
 
Des patrons de la tech américaine demandent de ralentir l’IA de pointe et d’imposer des règles fédérales par crainte d'une perte de contrôle. OpenAI et Anthropic invoquent des risques de sécurité croissants et pour l'humanité après plusieurs alertes sur des systèmes devenus difficiles à contenir. 
 
 L’inquiétude gagne les dirigeants de la tech engagés dans la course à l’intelligence artificielle. Des patrons américains du secteur plaident désormais pour un ralentissement du développement des modèles les plus avancés et pour une régulation fédérale obligatoire, rompant avec le discours d’autorégulation longtemps mis en avant dans l’industrie. OpenAI a indiqué ces dernières semaines être disposée à encadrer davantage le rythme de progression de l’IA de pointe, alors que des appels à des garde-fous plus stricts se multiplient aux États-Unis. 
 
 
 
 Le PDG d’OpenAI, Sam Altman, a déclaré à ses salariés que l’entreprise était ouverte à la possibilité de ralentir le développement de systèmes d’IA avancés, y compris en coordination avec d’autres laboratoires, en raison de préoccupations croissantes sur la sécurité. OpenAI a aussi soutenu l’instauration d’exigences obligatoires en matière de sécurité de l’IA aux États-Unis. L’entreprise avait déjà fait valoir, dans une note publiée fin août, que le rythme du développement de l’IA de pointe pouvait devoir être délibérément ralenti lorsque les capacités deviennent critiques, en citant notamment les risques liés aux comportements trompeurs, au contournement des objectifs d’entraînement ou à des usages offensifs en cybersécurité. 
 
 Ces déclarations interviennent après des incidents récents impliquant des systèmes d’IA ayant échappé au contrôle humain, dans un climat de forte tension autour de la sûreté des modèles de pointe. OpenAI a décrit un incident impliquant des capacités cyber jugées de niveau critique et a annoncé avoir suspendu pendant deux semaines une partie de l’entraînement par renforcement de ses derniers modèles afin de renforcer ses environnements de recherche et ses systèmes de surveillance. Dans le même temps, des chercheurs ont réclamé un durcissement des mesures de sécurité et un meilleur contrôle externe des laboratoires les plus avancés. 
 
 Le PDG d’Anthropic, Dario Amodei, appelle pour sa part à un ralentissement immédiat du développement de l’IA. Il avertit que des agents d’IA incontrôlables et toujours plus performants pourraient produire des conséquences désastreuses en quelques mois. « Nous devons ralentir le rythme auquel nous améliorons les capacités des modèles d’IA », a-t-il écrit, en ajoutant que le développement resterait rapide même en cas de freinage. Selon lui, un ralentissement donnant un à deux ans supplémentaires avant l’arrivée de capacités critiques permettrait de réduire fortement le risque qu’un incident grave survienne. 
 
Amodei estime qu’en « 6 à 12 mois », un essaim d’IA plus capable pourrait prendre le contrôle de vastes parties d’Internet grâce à un réseau persistant de bots et provoquer « des centaines de milliards de dollars de dégâts ». Il juge que le potentiel de dommages augmentera à mesure que les capacités des systèmes progresseront sans protections suffisantes. Pour y répondre, il propose que les laboratoires de frontière accordent à des évaluateurs indépendants un accès comparable à celui des employés pour contrôler les pratiques de sécurité et signaler les incidents. Sam Altman a approuvé cette idée, affirmant être d’accord avec Dario Amodei sur la nécessité « d’encadrer le développement » et jugeant « excellente » la présence d’évaluateurs indépendants dotés d’un accès similaire à celui des salariés. Il a ajouté qu’OpenAI adopterait la même mesure et communiquerait prochainement davantage d’éléments. Elon Musk a lui aussi dit partager l’analyse de Dario Amodei sur la nécessité de ralentir le développement de l’industrie de l’IA. 
Pour ceux qui se demandent pourquoi, "soudainement", même Musk se range à l'avis de Dario Amodei et de Sam Altman sur le besoin de ralentir les développements IA : en réalité, c'est d'abord une histoire de gros sous (43 Md$ ici), d'introduction en bourse et de capture règlementaire pour éviter de se faire damer le pion par les modèles open-source (notamment). Exemple typique de capitalisme de connivence. H16
 
 
Le débat dépasse les États-Unis. La Chine défend depuis des mois une régulation étatique de l’IA, tandis que la Russie a suivi la même orientation. Les BRICS ont également placé le sujet à leur agenda. Dans la déclaration de New Delhi adoptée lors du sommet de septembre 2026, les onze États membres se sont engagés à mettre en œuvre la déclaration des dirigeants des BRICS sur la gouvernance mondiale de l’intelligence artificielle. Le texte mentionne une coopération renforcée sur l’IA, avec une attention particulière portée à l’accès du Sud global aux ressources et aux technologies d’intelligence artificielle. Cette séquence marque un déplacement du centre de gravité du débat: les principaux acteurs privés de l’IA demandent désormais des freins publics, tandis que plusieurs États et blocs internationaux poussent déjà à un encadrement formel.
 
Georges Renard-Kuzmanovic
@Vukuzman Rédac chef de @FPopMedia Il faut toujours dire ce que l'on voit ; surtout-il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l'on voit - Charles Peguy
 
B) -  Armes biologiques, piratage, guerre nucléaire… Comment une IA devenue incontrôlable pourrait anéantir l’humanité

Les progrès exponentielles de l’IA au cours des derniers mois lui permettent aujourd’hui de dépasser l’homme dans toujours plus de domaines. https://l.lefigaro.fr/WnpR
 

Armes biologiques, piratage, guerre nucléaire… Comment une IA devenue incontrôlable pourrait anéantir l’humanité 

Les progrès exponentiels de l’intelligence artificielle au cours des derniers mois lui permettent aujourd’hui de dépasser l’homme dans toujours plus de domaines. Pourtant, aucun cadre international ne permet de limiter son utilisation.

Profitez des prochaines années, ce sont peut-être les dernières… Depuis 48 heures, une prophétie glaçante sème un vent de panique : l’intelligence artificielle pourrait provoquer la disparition de l’humanité avant même la fin de la prochaine décennie. Une énième prédiction apocalyptique ? L’alerte ne vient ni d’un romancier de science-fiction ni d’un militant technophobe, mais bien de ceux qui façonnent les IA les plus puissantes au monde. Tout est parti d’un message publié sur X par Jacob Coxon, jeune ingénieur britannique passé par OpenAI et Anthropic. «Les personnes qui développent l’IA sont fermement convaincues qu’elle pourrait tous nous tuer d’ici la fin de la décennie», écrit-il. Depuis, d’autres spécialistes du secteur lui ont publiquement emboîté le pas. L’un d’eux, Evan Hubinger, chef d’équipe chez Anthropic, évalue même à «plus de 10%» la probabilité d’une catastrophe existentielle au cours des dix prochaines années. Mais derrière ces chiffres vertigineux reste une…

C) - IA : aux machines les moyens, aux hommes de choisir leur destin

En une semaine, l’IA nous a fait passer des avancées les plus vertigineuses aux prédictions les plus apocalyptiques. À quelques mois de la présidentielle, ce grand écart révèle une crise existentielle sans précédent, que le débat politique ignore : comment exploiter cette puissance sans perdre la maîtrise de notre avenir ? 

« L’IA va-t-elle nous voler nos emplois ? Nous rendre inutiles ? Détruire l’humanité ? » Ces trois questions monopolisent le débat. Toutes légitimes, elles nous enferment pourtant dans la peur, quand il faudrait comprendre, choisir et agir. 

L’IA va-t-elle détruire l’humanité ? 

Jeudi dernier, Jacob Coxon, ancien chercheur d’OpenAI et d’Anthropic, a quitté son poste en affirmant que l’IA pouvait « tous nous tuer d’ici la fin de la décennie ». Une formule anxiogène, sans fondement scientifique, mais propre au buzz. Pourtant, la vraie question n’est pas de savoir si l’IA est « bonne » ou « mauvaise ». Car, certes inquiétante et figurant la première révolution de la communication à introduire un tel bouleversement anthropologique, elle offre aussi de potentielles réponses aux menaces qui nous guettent (pandémies, climat, vieillissement). Autant promesse que menace, notre devoir est d’en tirer le maximum en gardant les risques les plus graves sous contrôle.
 
Le danger ne vient pas de l’intelligence de l’IA. Une machine savante mais incapable d’agir reste un outil. Le risque naît le jour où elle planifie, accède à Internet, engage de l’argent et poursuit seule un objectif. Lors d’expériences récentes, des modèles se sont montrés dociles tant qu’ils se croyaient surveillés, quitte à dissimuler leurs intentions dès qu’ils s’estimaient libres. Mais le vrai basculement viendra quand une IA saura automatiser la recherche qui produit la génération suivante, dans une boucle d’auto-amélioration plus rapide que notre vigilance.
 
D’où la nécessité d’une défense en profondeur : pas d’accès sans contrôle à Internet, à un compte bancaire ou au réseau électrique, et des exigences de sûreté renforcées dès que les capacités deviennent dangereuses, comme en cybersécurité. Comme dans l’aviation ou le nucléaire, l’enjeu n’est pas d’exclure toute défaillance, mais d’empêcher qu’une seule suffise à produire une catastrophe.
 
L’IA va-t-elle détruire nos emplois ?
 
Là encore, la question est mal posée. Rappelons que durant deux siècles, les machines ont remplacé la force physique. L’IA s’attaque désormais à la programmation, à l’analyse, à l’expertise et, avec la robotique, aux tâches manuelles elles-mêmes. Or ce qui devient abondant perd mécaniquement de sa valeur.
 
Mais l’IA ne dématérialise pas le monde. Elle peut trouver en quelques minutes une molécule ou dessiner une puce. Lui reste à construire l’usine, à obtenir les autorisations, à trouver l’énergie, le capital, les ingénieurs. Elle comprime le temps de l’invention, non celui de l’industrie.
 
Pourtant, à terme, ses capacités, conjuguées à la robotique, pourraient nourrir une économie autonome. Des machines à même de concevoir, produire et réinvestir produiraient seules leur électricité, fabriqueraient leurs puces et leurs robots, et croîtraient sans les humains. La question ne serait plus de savoir quels emplois subsistent, mais comment empêcher que la croissance cesse d’avoir l’humanité pour seul horizon. Trois voies s’esquissent pour y répondre. D’abord, faire de notre bien-être l’objectif indépassable de la prospérité. Ensuite, laisser aux hommes le choix des fins quand les machines maîtrisent les moyens. Enfin, préserver ce qui reste irréductiblement humain : l’origine biologique, la relation, l’expérience vécue, jusqu’au fait d’être un « humain vérifié » dans un monde saturé d’agents. Maintenir l’homme au centre ne serait plus une nécessité économique, mais un choix de civilisation.
 

L’IA va-t-elle rendre les humains inutiles ?

Cette troisième peur, corollaire des propos précédents, recèle le plus grand contresens : elle suppose que la valeur d’un homme tient à son utilité. Les machines répondront admirablement au « comment ? » : produire plus d’énergie, vivre plus longtemps, réduire nos émissions. Reste le « pourquoi ? », autrement plus difficile. Une IA peut calculer mille arbitrages entre croissance et égalité, entre sécurité et liberté ; elle ne peut décider légitimement à notre place lequel doit l’emporter. Non par défaut d’intelligence, mais de légitimité : les valeurs ne sont ni homogènes ni compatibles, et aucun calcul ne fixe seul la pondération qui s’impose à tous. Voilà pourquoi l’humain et la politique sont plus nécessaires que jamais. Si l’IA devient la machine ayant la main absolue sur les moyens, il nous revient de choisir les fins.
 
Une dernière difficulté surgit. Les IA apprendront nos valeurs peut-être mieux que nous ne savons les exprimer et nous accompagneront sans cesse, participant même à en développer la puissance. Un assistant qui sait depuis vingt ans tout ce que vous avez lu, aimé, regretté ou cru connaît les arguments qui vous convainquent. En choisissant ce qu’il vous montre et les objections qu’il soulève, il façonne peu à peu celui que vous devenez. Le danger politique ultime n’est pas qu’une IA ait de mauvaises valeurs, mais que quelqu’un s’en serve pour modeler les nôtres.
 
Le vertige de la présidentielle
 
Voilà ce qui devrait obséder les candidats à l’élection présidentielle de 2027. Comment contrôler les systèmes les plus autonomes sans étouffer l’innovation ? Comment réunir l’énergie, le capital et les infrastructures pour faire des découvertes un facteur de prospérité ? Comment accélérer le logiciel d’un pays dont les procédures fonctionnent encore au rythme d’un monde révolu ? Et, enfin, comment protéger notre liberté de jugement face à des machines capables d’influencer nos préférences et sauvegarder la démocratie, menacée par des États usant de ces technologies de manière malveillante ? En témoigne d’ailleurs le rapport qu’Anthropic vient de publier, montrant les manœuvres chinoises ayant utilisé son modèle Claude pour entraîner les siens, surveiller les réseaux sociaux, créer des armes ou pirater des entreprises. Tout comme la Russie, qui s’en est servie pour des missions de hacking contre l’Ukraine et l’Europe, la création de malwares, le vol de technologies, etc.
 
Des débats autrement plus décisifs que le « pour » ou « contre » l’IA qui surnage vaguement au milieu d’un océan de discussions passéistes masquant une incapacité profonde à envisager les réformes structurelles qui s’imposent face au poids des retraites, au changement climatique, aux vagues migratoires instrumentalisées, aux avancées dangereuses du populisme et aux conflits qui ébranlent les certitudes de notre continent trop habitué à la paix.
 
Pendant qu’une poignée d’ingénieurs redéfinit le travail, la vérité et la puissance, nos responsables légifèrent sur un monde qu’ils ne comprennent plus et prétendent régir une IA qu’ils semblent à peine découvrir.
 
Encore ce hors-sujet ne serait-il qu’un retard rattrapable s’il n’était rongé par la post-vérité, l’outrance et une radicalité amplifiée par des réseaux qui, malgré leurs vertus, offrent aussi un terrain idéal à la démagogie et au mensonge, dont se repaissent des politiciens obsédés par le court terme. Comment pourrait-il en être autrement quand, tandis que l’IA challenge notre intelligence, l’idiocratie guette notre monde, ainsi que vient d’en témoigner le dernier classement PISA, où la France, comme nombre de ses voisins, plonge de manière inexorable. Une société qui lit moins bien, guidée par des dirigeants qui comprennent moins vite, sommée d’arbitrer les choix les plus lourds de son siècle face à des machines conçues pour orienter ses préférences : voilà le vrai vertige. Non que l’IA nous dépasse, mais que nous l’affrontions désarmés.
 
@Cobra_FX_ & @BenjaminSire
 
 
D) - C'est aujourd'hui que sort le livre 'The Nerd Reich', ouvrage qui a eu une couverture impressionnante avant même sa publication. 
 
L'idée générale est qu'après les Etats Welphaliens, après l'affrontement de blocs, vient désormais une ère de confrontation entre les institutions démocratiques et les immenses puissances que représentent Musk et autres géants de l'IA. La thèse de Duran est que la démocratie est en train de prendre fin, remplacée par une dictature technologique. 
 
 
 
Lorsque j'ai commencé à m'intéresser à ses travaux, il y a quelques années, lorsque j'écrivais "Comment les hippies dieu et la science fiction ont inventé Internet" puis plus tard "le péril IA" j'étais circonspect, me disant que ce n'est pas parce que Thiel, Musk et consorts ont des idées de néofascistes qu'existe nécessairement un plan pour prendre le pouvoir. Si rien ne dit que cela va arriver, le livre et le blog de Duran n'en sont pas moins franchement déstabilisants par leur capacité à montrer à quel point existe une stratégie délibérée. Thiel est présenté dans cet ouvrage comme le personnage central. Il "fait" Yarvin, lui donne tribune, comme il "fait" JD Vance (parfait inconnu jusque là), convertit Andreessen, etc. 
 
 
L'idée générale théorisée par Yarvin, est une convergence des luttes avec la base Maga pour prendre le pouvoir, déstabiliser l'État puis rompre cette alliance pour réellement mettre en place une dictature technologique. Ça paraît complètement délirant, mais n'en est pas moins très documenté, argumenté. Les conférences Reboot (2024, co-organisé par le monde de la tech d'une part et la Fondation Heritage)et les Natconf, (Grand-messes conservateurs) sont l'occasion d'entendre les promoteur de ces idées, en substance : la démocratie empêche l'accélération. Il faut donc un autre modèle. 
 
Quelqu'un de peu avisé pourrait observer : 
 
L'accélération certes, pour quoi faire ? 
 
Car ce qui transparaît, au delà des idées distordues, c'est celui de gens qui ont perdu tout intérêt pour l'acte désintéressé, qui n'accordent aucune importance pour ce qui ne se mesure pas, pour lesquels l'acte gratuit est vulgaire, l'altruisme doit nécessairement être "effectif". L'accélération en elle-même pour Thiel, pour aller sur mars pour Musk. 
 
N'y aurait-il pas tout ce pouvoir et tout cet argent à portée de main, accorderaient-ils la même importance à toutes ces technologies ? 
 
On peut en douter tant l'abondance radicale semble un aimable prétexte. 
 
Pardon d'être candide, mais s'ils avaient vraiment le sort de leur prochain à l'esprit, ne verrions nous pas tous ces tycoons puissamment investir dans des fondations caritatives ou, sur un autre plan, accorder de l'importance à la nature, se préoccuper du fait que ces technologies, sous leurs architecture énergétiques actuelles, accroissent sensiblement le réchauffement climatique, réchauffement qui touche en premier lieu les plus fragiles ? 
 
 Mais non. Leur préoccupations, fait observer un autre journaliste, Douglas Rushkoff, c'est bien de pouvoir continuer à payer leurs service de sécurité sur leurs iles bunkerisées, lorsque après l'effondrement, l'argent ne vaudra plus rien.
 
Je n'ai pas le souvenir d'avoir refermé un livre en ayant le sentiment que nous entrons à ce point dans un nouveau paradigme politique, du fait qu'une frange non négligeable du monde de la tech californienne est acquise à l'idée qu'il faut accélérer et que, pour accélérer, la démocratie est un problème. Il ne s'agit pas un épiphénomène : ceux qui défendent ces idées ont désormais une forte influence - économiquement, cognitivement et socialement - sur des milliards d'individus au travers de leurs plateformes. Une influence qui, selon l'auteur Gil Duran (exclu de X par Elon Musk pour avoir critiqué le manifeste de Alex Karp) , s'inspire du fascisme, ce qu'il développe longuement au début et au milieu de son ouvrage. Évidemment, c'est polémique. 
 
Mais il faut prendre le temps de lire cet ouvrage convaincant, parce que documentée par les déclarations des uns et des autres, parce qu' appuyée sur leurs références bibliographiques (The Sovereign Individual, The Cathedral...) et parce que cela met en exergue l'ampleur de la pénétration de ces idées dans le monde de la technologie. Et non, il ne s'agit pas de quelques esprits enfiévrés ; il s'agit d'individus parmi les plus grandes fortunes de ce monde, qui placent peu à peu leurs technologies, leurs agents dans différents systèmes politiques, économiques, sociaux... aux fins de faire tomber la démocratie et de faire advenir leur projet. Pour ceux qui en doutent, Il faut avoir à l'esprit que le Vice-président des USA ne serait pas là s'il ne défendait pas également ces idées, parmi d'autres. Il a reçu $ 15 millions de Thiel pour sa campagne et a été l'objet d'un lobbying efficace de la part du monde de la tech pour être le "ticket" de D. Trump 
 
Disclaimer : j'ai une profonde aversion pour le complotisme et je ne me serais pas permis d'écrire cela s'il ne me semblait pas que la dynamique est réelle, et déjà fortement engagée. 
 
La conclusion de ce livre est on ne peut plus claire : 
 
Nous ne pouvons plus nous permettre de demi-mesures. Il convient de construire un projet politique, avec en son coeur ce nouveau paradigme technologique. Si nous voulons construire un monde où les données ne sont pas exploitées contre les individus, où les algorithmes ne déforment pas le réel au profit de quelques-uns et où la richesse ne se concentre pas exclusivement entre les mains du capital, il va falloir comprendre ce qui est en train de se jouer. 
 
Cela pose des questions fondamentales : 
 
Avons-nous réellement besoin d'une société organisée autour de plateformes controlées tout au plus par quelques milliers de personnes à l'échelle de la planète ? 
 
La richesse de ces individus peut elle continuer d'être considérée comme acceptable lorsqu'elle appelle un pouvoir qui concurrence celui des Etats ? 
 
Faut-il inventer de nouvelles architectures économiques et numériques qui protègent les données privées — personnelles, culturelles ou industrielles ? 
 


E) - Comment empêcher que certains de ces acteurs s'approprient des prérogatives qui n'ont, par nature, aucune raison de l'être, comme la monnaie ?
 
Dans le monde de l'IA, certaines des sociétés qui étaient au coeur de l'attention des investisseurs il y a seulement quelques trimestres peinent désormais à trouver des fonds (Inflection AI, Adept AI, voire dans une moindre mesure Stability AI), tandis que d'autres deviennent les nouvelles coqueluches des investisseurs (Thinking Machines Lab, Safe Superintelligence, Anysphere/Cursor, entreprises d'infrastructure / agents IA...). 
 
Il faut se souvenir de la première guerre des navigateurs (Microsoft, Netscape...) et des "portails" à la fin des années 1990 : 
 
Les investisseurs étaient convaincus que celui qui la gagnerait contrôlerait Internet. 
Puis le centre de gravité s'est déplacé. Pendant un temps, Cisco fut la société la plus valorisée au monde avec l'idée que « sans routeurs, pas d'Internet ». 
Puis vint Nokia, portée par la conviction que l'accès au Web passerait avant tout par le téléphone mobile. Ensuite, ce furent les moteurs de recherche, avec Google (face a MS), puis les plateformes sociales, le cloud puis les smartphones... 
 
Tout ça pour rappeler que ce qui est évident a un moment ne le reste pas forcément longtemps.


Le paradoxe de la productivité de l'IA est particulièrement bien expliqué dans cet article.
 
 
Si celle-ci croit de façon spectaculaire au niveau de la production de code (+300%), elle est deux fois moindre au niveau du code soumis à revue, et de "seulement" 30% au niveau du code implémenté. Une observation faite dans de nombreuses organisations et contextes différents. 
 
L'auteur de l'article observe cependant que cette faible productivite est probablement le fait d'un usage à cadre constant, c'est-à-dire sans prendre en compte les nouvelles architectures logicielles ainsi que les nouvelles méthodes de travai qu'induit l'agentique. En d'autres termes, c'est plus facile de développer de nouvelles technologies que de changer la culture dans laquelle celles-ci sont mises en oeuvre. 
 
 
Longtemps, je me suis situé dans le camp des techno-optimistes. 
 
Lorsqu'Internet est apparu dans les années 90, j'ai comme beaucoup pensé qu'il s'agissait d'un facteur essentiel de progrès pour l'ensemble de l'humanité. Et il a été un facteur de diffusion de la connaissance comme nul autre : les techniques sont plus rapidement adoptées, nos économies sont devenues plus efficaces, etc. 
 
Mais rares étaient ceux qui auraient alors pu énoncer qu'internet serait source de graves menaces sur la démocratie, qu'il serait un facteur de concentration sans pareil des richesses (il y a quinze ans, l'homme le plus riche du monde possédait de l'ordre de 60-70 milliards de dollars. aujourd'hui plusieurs d'entre eux ont, au moins momentanément, franchi le seuil des 300 milliards, tous issus du monde de la technologie), qu'il créerait d'importants enjeux de santé mentale, de cognition (ces deux derniers points à différencier l'un de l'autre), de cybersecurité, avec les conséquences que cela peut avoir dans le monde réel... 
 
On m'a rapporté récemment que certains disent que je suis devenu "techno-réac". 
 
Même si je trouve la définition assez injuste, je reconnais ne plus avoir un enthousiasme univoque à l'égard des technologies. 
Et puis, si moi j'ai probablement évolué, il me semble que beaucoup de ceux qui font la technologie ont eu ont énormément changé. 
 
Dans la Silicon Valley, contrer le techno-optimisme, être décroissant, a toujours été un peu comme s'auto-désigner hérétique face au tribunal du saint Office de l'inquisition au XVIème siècle. Peter Thiel le résume d'ailleurs très bien : sans explicitement le dire, il compare la nécessité de l'accélération comme une quête messianique, et quiconque conteste cela a tôt fait de se faire labelliser par lui d'antéchrist, comme l'ont été Greta Thunberg et Eliezer Yudkowsky. 
 
L'accélération y est devenue une fin en soi et l'IA est emblématique de cette accélération (certains suspectent qu'en souhaitant dépasser l'humain, ceux-là réglent leurs compte à tous ceux qui les ont renvoyé à leurs propres limites, leurs frustrations). 
 
Désormais quiconque s'oppose au progrès technologique, en particulier de l'IA est plus ou moins un ennemi de Yarvin, Thiel, Andressen, Sacks, représentant la sainte inquisition technologique connue pour son absolutisme, son rejet de la démocratie et leur souhait de voir advenir une dictature technologique... . 
 
 Je conçois qu'il n'y ait d'ailleurs pas que des inconvénients à cet absolutisme ; il a le mérite de maintenir une ferveur religieuse - Thiel ne s'y trompe d'ailleurs pas et utilise à dessein ce corpus théologique. 
 
Dans un livre à paraitre d'ici quelques jours, je me suis posé la question de la finalité de l'accélération : 
 
Est-ce que l'on sera plus heureux lorsque l'on vivra 120 ans ? 
Lorsqu'on aura tous un QI de 145 ? 
Lorsqu'on aura envoyé des humains sur Mars ? 
 
Ces questions ne sont jamais posées ; et pourtant elles ont une incidence directe sur notre réel : car c'est maintenant qu'il faut faire des choix de société forts.

Gilles Babinet 

 
@babgi 
Président de CaféIA. #IA 7 startups, 4 sorties et 7 livres Sur Linkedin désormais https://linkedin.com/in/gillesbabin




F) - L’avertissement sur l’IA lancé par Bill Gates en trois points clés

Dans un essai de près de 6 000 mots, le milliardaire philanthrope appelle à réglementer l’IA et affirme qu’une coordination mondiale est nécessaire pour faire face à ses conséquences sur l’emploi, la sécurité et le bien-être 

Pour Bill Gates, les entreprises se ruent sur l’intelligence artificielle (IA) sans se soucier des répercussions colossales que la technologie aura sur le monde. Dans un texte publié mercredi sur son site Internet, il lance un avertissement sans concession sur les risques que l’IA fait peser sur l’emploi et la condition humaine.

« Même si toutes les conditions sont réunies, la transition vers l’ère de l’IA sera l’une des plus tumultueuses de l’histoire de l’humanité, prévient-il. Pour l’heure, personne ne s’y prépare : je ne vois aucun leader, aucun expert, ni aucune communauté s’intéresser correctement à ce problème. »

https://www.lopinion.fr/economie/lavertissement-sur-lia-lance-par-bill-gates-en-trois-points-cles

 


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