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avril 03, 2026

« Moi, l'État, je suis le Peuple. » Nietzsche.....Un MYTHE son DÉCLIN ?

LE MYTHE DU DÉCLIN DE L’ÉTAT : 40 ANS DE FONCTIONNARISATION FRANÇAISE 

On entend souvent que l’État « se retire ». Que le privé « prend le relais ». Que les fonctionnaires « stagnent » voire « disparaissent ». Mais que disent les chiffres ?


 

Entre 1982 et 2021, la population française est passée de 55,6 à 67,9 millions.  Soit une hausse de 22 %. Rien de délirant. Mais observons ce qu’a fait la fonction publique sur la même période

👮‍♂️ En 1982 : 4,03 millions de fonctionnaires 👨‍💼 En 2021 : 5,67 millions Soit une hausse de 41 %. ➕ 1,64 million d’agents publics en plus 📌 Sans réforme majeure, sans gain d'efficacité, sans révolution technologique absorbée.


Et ce n’est pas « toute l’économie » qui a grossi : 👷‍♂️ Le nombre total d’employés (publics + privés) est passé de 22,65 à 28,1 millions, soit +24 %. Donc : · Population : +22 % · Emplois : +24 % · Fonction publique : +41 %

En clair : 📌 L’État a recruté deux fois plus vite que la population n’a crû. Et beaucoup plus que le reste du monde du travail. Mais pourtant, on continue à entendre… que "le public recule".


Certains rétorquent : « Oui mais Sarkozy a réduit les effectifs, Macron fait des réformes, l’État s’allège… » Alors regardons les chiffres présidentiels ⬇️

Depuis Mitterrand, aucune présidence n’a réduit les effectifs publics. 🏆 Les champions ? · Mitterrand : +13 % · Chirac : +17 % ➡️ Soit une moyenne de +1,55 % par an Suivent : · Macron : +3 % (jusqu’en 2022) · Hollande : +2 % · Sarkozy : +2 %


Et ce, malgré les discours de modernisation, les promesses de rationalisation, la dématérialisation… 📎 La logique reste la même : ➕ Nouveaux dispositifs = ➕ Nouveaux postes ➕ Nouvelles lois = ➕ Nouvelles structures
 
« Mais, on externalise ! » C’est vrai. On a confié le ménage, la sécurité, l’infogérance à des boîtes privées… Mais ça n’a pas freiné la machine publique. Le nombre de fonctionnaires, lui, continue d’augmenter.
Et ce n’est pas une question de perception. Oui, les enseignants, policiers ou agents municipaux sont visibles. Mais ce qui est invisible, c’est la masse des directions, agences, comités, inspections, structures parallèles…
 
 
Dans de nombreux départements, l’État structure tout le tissu économique. Cela devient une forme de clientélisme moderne : 📍 Là où l’économie privée s’efface, l’emploi public devient la norme.  
 

 
Et la facture suit : Les dépenses publiques en % du PIB ont explosé. La France reste championne du monde, sans résultats proportionnels. 
 

 
Ce n’est pas qu’il y ait trop de fonctionnaires. C’est qu’il y en a toujours plus, sans débat de fond, sans réévaluation, sans exigence de résultats. Un État qui grossit par inertie. Et qu’on ne vienne pas parler d’exception passagère. 🔍 Comparons. 
La France reste un cas à part : ➕ de fonctionnaires ➕ de dépenses ➕ d’impôts Mais… 📉 - de résultats, - d’efficacité, - de satisfaction.
 

 
Un pays moderne n’est pas celui qui « protège tout », mais celui qui fait mieux avec moins. 📌 Réformer l’État, ce n’est pas le détruire. C’est le rendre responsable, ciblé, limité. 👋  
 




Étatisme

L'étatisme désigne la doctrine et pratique politiques par lesquelles l'État intervient (voir interventionnisme) et s’impose en tant qu'appareil de coercition, dans l'ensemble de la vie économique et sociale d'un territoire donné. Même si l'interventionnisme est la pratique la plus courante de l'étatisme, l'octroi de privilèges ou de faux droits relève également de l'étatisme, de même l'absence d'intervention là où la justice l'imposerait pour rétablir le droit.

« L'étatisme assigne à l'État le devoir de guider les citoyens et de les tenir en tutelle », a écrit Ludwig von Mises en 1944 dans Omnipotent Government, où il explique la "nouvelle mentalité" qui inspire la subordination complète de l'individu à l'État.

On parle ainsi de « système » étatique pour les pays où ces pratiques deviennent la dominante de l'organisation économique et sociale. 

L'anti-étatisme libéral

Les libertariens et les libéraux sont opposés à l'étatisme parce que :

L'étatisme cherche son auto-justification dans des théories ad hoc, telle que la théorie des biens publics, ou dans des affirmations qui tiennent du sophisme par lesquelles il prétend représenter la société — sophismes dénoncés aussi bien par les libertariens que par les philosophes :

  • «  Les défenseurs de l’État, y compris les philosophes aristotéliciens et thomistes classiques, sont tombés dans cet énorme non sequitur qui consiste à sauter de la nécessité de la société à la nécessité de l’État. Alors qu’en fait, comme nous l’avons montré, l’État est un facteur anti-social qui empêche l’échange volontaire entre les Hommes, la créativité individuelle et la division du travail. La « société » est une étiquette commode pour décrire la libre interaction entre les personnes dans les échanges volontaires. Il convient ici de rappeler la distinction éclairante établie par Albert Jay Nock entre le « pouvoir social », fruit de l’échange volontaire qui caractérise l’économie et la civilisation, et le « pouvoir étatique », qui consiste dans l’interférence coercitive et l’exploitation de ces avantages. »
        — Murray Rothbard, L'Éthique de la liberté‎, chap. 24

  • «  L'État, c'est le plus froid de tous les monstres froids : il ment froidement et voici le mensonge qui rampe de sa bouche : « Moi, l'État, je suis le Peuple. » »
        — Nietzsche

Liens avec des doctrines plus construites

  • Le libéralisme est partiellement incompatible, il conteste l'efficacité d'une telle démarche et se décharge de nombreuses responsabilités inhérentes à l'État-providence » (charities, recherche privée, retraites, ...).
  • Le libertarianisme est opposé à l'État (anarcho-capitalisme) ou se contente d'un État minimal (minarchisme).
  • L'anarchisme est fondamentalement incompatible, rejetant toute autorité coercitive (État ou autre).
  • Les constructivistes, qui proclament que les choix publics doivent être guidés par la volonté de construire un certain type de société définie préalablement.
  • L'utilitarisme, qui proclame que le bien-être des individus est la raison d'être de la société, se sert lui aussi en général de l'État. Voir social-démocratie.
  • Le mercantilisme pour lequel l'économie, et notamment le commerce extérieur, d'un pays aurait pour but essentiel d'accumuler des moyens financiers assurant sa puissance sur le plan international.
  • Le pragmatisme, doctrine de l'instrumentalisation des doctrines aux services des buts poursuivis. Ces buts peuvent être très divers (gain d'une guerre, paix sociale, richesse collective, bien-être du plus mal loti, etc.) mais toujours utilitaires. Le pragmatisme ne rejette donc pas ni n'impose l'étatisme, mais comme celui-ci est un instrument puissant, il est rare qu'il ne soit pas étatiste.
  • Le collectivisme, qui subordonne l'individu au groupe en matière de choix et de responsabilités, en prétendant que cela améliore aussi les conditions de vie de l'individu lui-même.
  • Le totalitarisme, forme extrême de l'étatisme, contrôle totalement la vie des individus par la fusion de l'État, de la société, et des structures de pouvoir et de contrôle (voir Fascisme).

 

Le libéralisme comme source d'étatisme

Un reproche fait parfois au libéralisme est qu'il peut, paradoxalement, être source d'étatisme[1]. Par exemple, le libre échange intégral, s'il était instauré selon les conceptions du libéralisme, pourrait entraîner la disparition de secteurs économiques entiers d'un pays ; il faudrait donc instaurer des protections (et donc renforcer l'étatisme) pour sauvegarder ces secteurs.

Ce raisonnement n'est pas libéral, il est en réalité de type collectiviste et corporatiste, car on décrète arbitrairement qu'il faut protéger un secteur, qui souffrirait sinon d'une "concurrence déloyale", au détriment d'une partie de la population, empêchée d'acheter des produits meilleurs ou moins coûteux venant de l'étranger, et obligée de consommer des produits locaux.

Citations

  • «  Le pouvoir, vaste corps organisé et vivant, tend naturellement à s'agrandir. Il se trouve à l'étroit dans sa mission de surveillance. Or, il n'y a pas pour lui d'agrandissements possibles en dehors d'empiètements successifs sur le domaine des facultés individuelles. Extension du pouvoir, cela signifie usurpation de quelque mode d'activité privée, transgression de la limite (...) entre ce qui est et ce qui n'est pas son attribution essentielle. Le pouvoir sort de sa mission quand, par exemple, il impose une forme de culte à nos consciences, une méthode d'enseignement à notre esprit, une direction à notre travail ou à nos capitaux, une impulsion envahissante à nos relations internationales, etc. Et veuillez remarquer, messieurs, que le pouvoir devient coûteux à mesure qu'il devient oppressif. Car il n'y a pas d'usurpations qu'il puisse réaliser autrement que par des agents salariés. Chacun de ses envahissements implique donc la création d'une administration nouvelle, l'établissement d'un nouvel impôt ; en sorte qu'il y a entre nos libertés et nos bourses une inévitable communauté de destinées. »
        — Frédéric Bastiat

  • «  On a maintenant tâté de toutes les variantes de l’étatisme et elles ont toutes échoué. Partout dans le monde occidental au début du 20è siècle les chefs d’entreprise, les politiciens et intellectuels s’étaient mis à appeler de leurs voeux un "nouveau" système d’économie mixte, de domination étatique, à la place du laissez-faire relatif du siècle précédent. De nouvelles panacées, attrayantes à première vue, comme le socialisme, l’État corporatiste, l’État-Providence-Gendarme du monde, etc. ont été essayées et toutes ont manifestement échoué. Les argumentaires en faveur du socialisme et de la planification étatique apparaissent maintenant comme des plaidoyers pour un système vieilli, épuisé et raté. Que reste-t-il à essayer sinon la liberté ? »
        — Murray Rothbard

  • «  Croire que les hommes ne sont pas assez intelligents pour s'entendre en société sans l'intervention de l'État relève d'une conception archaïque de la condition humaine. »
        — Alain Dumait

  • «  Je crois que notre Léviathan Tout Puissant est une infinie source de sagesse, qui apporte la Confiance là où elle serait inimaginable sans Lui, qui fournit des Services Publics qui seraient inimaginables sans Lui. Je crois que la solution ultime à chacun et à tous les problèmes de la vie est que l'État devrait débloquer les fonds nécessaires en insérant les lignes appropriées dans le livre sacré du budget. Alléluia ! »
        — Faré, Le Credo Citoyen

  • «  Le socialisme triomphera sous la forme du socialisme d'État. La bourgeoisie, au lieu de s'opposer aux progrès de ce dernier, le favorise autant qu'il est en son pouvoir. Chacun tâche de happer un morceau du budget, les citoyens ne voient dans les administrations de l'État, des provinces et des communes que des instruments pour se dépouiller les uns les autres. Quelqu'un voudrait-il s'en abstenir qu'il ne pourrait pas. Toutes les fois que les citoyens se sont réunis dans le simple but de résister à une spoliation dont ils étaient les victimes, ils ont échoué. Quand, au contraire, ils se réunissent pour obtenir leur part du gâteau, le succès couronne assez généralement leurs efforts. C'est la fable du chien qui portait le dîner de son maître. […] Tant que subsistera le sentiment qui porte les hommes à s'entre dépouiller au moyen des administrations publiques, les budgets augmenteront, jusqu'à ce qu'enfin, ils produisent la ruine des peuples et qu'un gros dogue prenne la place de cette meute affamée. Il mangera pour quatre, mais il pourra encore y avoir économie, s'il empêche de dévorer ceux qui mangeaient pour huit. »
        — Vilfredo Pareto

  • «  L’étatiste est un homme qui est en train de devenir socialiste, et s’il meurt sans le devenir, c’est qu’il n’a pas assez vécu pour le devenir. »
        — Émile Faguet

  • «  Je crois bien qu’il n’y a pas de libéraux en France. On croit qu’il y a plusieurs partis en France ; c’est une erreur. Il n’y en a qu’un : c’est l’Étatisme. Tous les Français sont étatistes. À ce compte là, la fameuse unité morale devrait exister ; seulement, si tous les Français sont étatistes, chacun veut l’État pour lui et au service de ses intérêts et de ses passions ; et cela ne fait qu’un seul parti en théorie, mais en fait beaucoup en pratique. »
        — Émile Faguet, Le libéralisme

  • «  L’étatisme est la croyance en l'État (c'est-à-dire la coercition par un monopole) comme la solution magique à tous les problèmes ; la superstition selon laquelle il suffit que le gouvernement "débloque" des fonds, pour que n'importe quel problème soit résolu, comme si ces fonds tombaient du ciel, et que le gouvernement était un plombier appelé par Dieu pour réparer la tuyauterie défaillante par laquelle Il nous alimente de sa manne céleste. »
        — Faré

  • «  Votre système est une guerre civile légale, où les hommes se constituent en groupes antagonistes et se battent entre eux pour s’emparer de la machine à fabriquer les lois, laquelle leur sert à écraser leurs rivaux jusqu’à ce qu’un autre gang s’en empare à son tour pour les évincer, le tout dans une protestation perpétuelle d’attachement au bien non spécifié d’un public non précisé. »
        — Ayn Rand, Atlas Shrugged, Discours de John Galt

  • «  Le terme "étatisme" s'applique à un système de pouvoir caractérisé par le contrôle et la domination (absolue ou relative) de l'État par rapport à chaque réalité et activité, avec la suppression ou la soumission de chaque corps intermédiaire ou antagoniste. Clairement, il n'y a aucune entité physique appelée "État" mais des bureaucrates de tout genre dans les différents secteurs (politique, administratif, judiciaire, militaire, financier, etc.) qui travaillent en plein accord à l'alimentation des couches parasitaires dont eux-mêmes sont le noyau central. »
        — Gian Piero de Bellis

  • «  Qui veut diaboliser le marché s'entend à angéliser l'État… »
        — Jean-Louis Caccomo

  • «  L'étatisme n'est pas une philosophie, il n'est pas fondé sur des preuves historiques ni sur des principes rationnels. L'étatisme est une justification a posteriori de la détention de bétail humain. C'est une excuse pour la violence, c'est une idéologie, et toutes les idéologies sont des variantes sur la façon de gérer le bétail humain. »
        — Stefan Molyneux

  • «  L’État ne peut pas créer quoi que ce soit ; ses ordres ne peuvent même pas retirer quoi que ce soit du monde de la réalité, mais ils peuvent le retirer du monde des possibles. L’État ne peut pas rendre l’homme plus riche, mais il peut le rendre plus pauvre. »
        — Ludwig von Mises, Critique of Interventionnism

Informations complémentaires

Notes et références

  1. Voir par exemple L’étatisme libéral.

Voir aussi

Liens externes

 

février 02, 2026

L’Etat pour un retour obligé à l'efficience !

Régis Passerieux - L’Etat et la performance

Nous étions fiers de notre Etat. Il puisait à une mythologie ancienne et populaire de la toute-puissance travailleuse, sage et austère, des Sully, des Mazarin et des Richelieu, des Colbert et des Necker. Après les hésitations idéologiques et les errements doctrinaux de l’entre-deux guerre, il avait été restauré en 1945 par une génération de grands fonctionnaires issus de la résistance, sans qu’ils ne renient quelques acquis notables de Vichy, puis été sublimé par un imaginaire gaullien re-fusionnant l’Etat et la Nation.

 


 

La question de sa performance ne se posait pas. Son efficience était présumée, érigée en une évidence populaire, qui ne se discutait pas, et ses grands serviteurs gratifiés d’une révérence déférente. Les premiers coups de griffe sont venus de l’extérieur, en 1973, avec le premier choc pétrolier, et son impact sur les comptes internes et externes, l’emploi, et l’appareil productif. En dessous, la géopolitique avait déjà miné le terrain avec la déconnexion unilatérale, en 1971, du dollar et de l’once d’or. De la combinaison des deux événements résultera l’accumulation d’une masse flottante de pétrodollars générant un lourd poids de domination, par les arbitrages et les actifs financiers, sur les puissances financières étatiques européennes, au bénéfice des pétromonarchies et des Etats-Unis. Mais les coups sont aussi venus de l’intérieur : une idéologie libérale à la française avait été pensée en France en août 1938, lors d’un colloque discret rassemblant à Paris la fine fleur des économistes et hauts-fonctionnaires européens et français autour du penseur américain Walter Lippmann. Mais la réalisation de son ambitieux programme de libéralisation avait été ajournée par l’économie de guerre et de reconstruction. Le départ de De Gaulle en 1969, et la fin du cycle de l’après-guerre, va donner les coudées franches à l’un des principales chevilles ouvrières de l’évènement Lippmann, le haut-fonctionnaire des finances Jacque Rueff, relayé sur l’avant-scène politique par Georges Pompidou et Valery Giscard D’Estaing.

Sous l’apparente continuité de la Vème République sourd alors un nouveau régime qui ne dit pas son nom et qui transforme considérablement le jeu des rouages de l’appareil d’Etat : l’Inspection des finances prend la main, et établit un pont continu, sur lequel fluent les décisions quotidiennes essentielles, entre le ministère des finances, l’Europe et la banque. Le néo-libéralisme à la française est né, qui, sans rien à envier à la consanguinité du complexe militaro-industriel et pétrolier américain, va financiariser et libéraliser l’économie sous la férule des hauts-fonctionnaires de Bercy. L’alternance de 1981, rapidement jugulée par la crise des paiements, et la décision Mitterrandienne, sous sa pression, d’opter pour le système monétaire européen, bien au contraire de le freiner, ne fera qu’amplifier le mouvement : la nationalisation des banques institutionnalisera le va et vient des hauts-commis entre Bercy et les établissements financiers ; les choix européens consolideront la libre-concurrence ; la décentralisation préparera un déshabillement de la composante non régalienne et financière de l’Etat ; la financiarisation de la dette publique par l’abandon du circuit du Trésor permettra enfin tout à la fois de consolider le pouvoir des banques, chapeautées par l’inspection des finances, et d’injecter de l’argent dans le fonctionnement d’un Etat social non plus assurantiel mais infirmier de couches sociales fragilisées par l’abandon productif, garantissant au passage la pérennité des « partis de gouvernement ».

Nous voilà donc déjà loin de la vision gaullienne de l’Etat consubstantielle à la Vème République. Le logiciel institutionnel ne pouvait plus fonctionner. Le système d’exploitation n’a tenu que le temps que nos marges d’endettement nous laissaient : quelques décennies. Et nous voici à leur issue. Moment de vérité : il n’y a pas de hasard à ce que le budget de l’Etat soit le point focal de la crise institutionnelle. C’est une règle politique constante et multiséculaire.

Resurgit alors, culpabilisatrice pour le peuple, au fur et à mesure que le goulot se resserre l’idée de performance de l’Etat. L’auto-exonération de la classe administrative est à cet égard sidérante, qui probablement atteint son point d’orgue avec la salve d’ouvrages d’un grand banquier public, qui découvre benoitement, à la manière du retour d’URSS d’André Gide, que nous avons livré notre industrie à la Chine et que nous avons utilisé la dette publique comme une perfusion sociale. Mais sur le fond, nul ne s’ose à une réelle alternative. Et pour cause : chacun gère sa rente. Les hauts-fonctionnaires souhaitent conserver le rythme confortable de leur mercato de carrière, où la performance et la responsabilité ne sont pas à l’ordre du jour. Les grands élus, en synchronie avec les nouveaux dirigeants de la fonction publique territoriale, ont constitué des micro-bureaucratie locales et, cherchant de nouveaux marchés de « blocs de compétence », s’arrangent du dépérissement d’un Etat réduit aux acquêts. Les politiques vendent l’Europe pour le plat de lentille d’une France en miettes, ou espèrent bénéficier du chaos, ne voulant, ni ne sachant imaginer un nouvel Etat, réinventé, dans le casting duquel leur profil ne « match » pas.

Cette réinvention de l’Etat est pourtant le seul chemin. Elle doit prendre en compte toutes les dimensions d’une dure réalité : la fossilisation des procédures publiques, l’hyper-normalisation produit d’administrations centrales et d’agences centrales en sureffectif et coupées du terrain, la déresponsabilisation individuelle érigée en système, l’impasse financière, et des besoins, sociaux liés à la démographiques, et militaires, urgents. L’Etat prorogeant un centralisme pyramidal impavide et un juridisme byzantin, est décalé face à une société en réseau. Et pour finir, voilà qu’il va être confronté, à échéance immédiate, à la bombe à fragmentation de l’Intelligence Artificielle dont les effets sur l’éclatement des métiers est totalement sous-évalué. Face à ces nouveaux paradigmes, la performance quantitativiste, érigée en modèle par le « new public management » des années 80, est décalée et ne vaut pas plus que les ronds de cuir d’antan. Autour d’un principe d’action qui doit devenir clef, la subsidiarité, l’Etat doit donc totalement se repositionner, devenir facilitateur, co-contractant des acteurs de la société civile et de l’économie, et rentrer dans un rôle modeste mais noble d’accoucheur et de mobilisateur des richesses du pays, et consacrer une part importante de son énergie à nous défendre vis-à-vis de nos ennemis comme de nos « amis » extérieurs. Ce n’est plus une question d’argent. L’impasse financière est la résultante de son archaïsme et non la cause de son délitement. Un Etat sagace, au regard des immenses capacités du pays, aurait tôt faire de devenir riche. Reste une question : qui va porter ce projet de transformation et où aura lieu le débat ? L’Institut pour la Refondation Publique y contribuera en tout cas ardemment ici même en tant que partenaire éditorial de la Nouvelle Revue Politique.

Régis Passerieux

Président de l’Institut pour la Refondation Publique, partenaire éditorial de la NRP déconstruit le mythe d’une performance de l’État devenue injonction tardive et culpabilisante. A l’aune d’un lecture historique et politique, il plaide pour un repositionnement de l’État fondé sur la subsidiarité et la responsabilité.

https://nouvellerevuepolitique.fr/regis-passerieux-letat-et-la-performance/ 


 

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