Le ras-le-bol des industriels de l'aéronautique française contre les prélèvements fiscaux record
Selon le représentant des industriels français, Olivier Andriès,
l'industrie aéronautique française est la plus taxée d'Europe, à raison
de 12,5 milliards d'euros de prélèvements fiscaux par an. Une menace
pour la compétitivité des entreprises tricolores.
La chaîne d'assemblage Safran de moteurs d'avions de Villaroche est un
des symboles de l'excellence aéronautique française. (Photo GONZALO
FUENTES/AFP)
L'exercice tient du rituel. A chaque début année, d'éminents
représentants de l'association des industries françaises aéronautiques
et spatiales (le Gifas), formulent des voeux pour la nouvelle année, en
promettant de la croissance et des embauches, pour peu que le
gouvernement n'alourdisse pas leur fardeau fiscal. Et chaque année, le
secteur continue néanmoins de croître, tandis que les prélèvements de
l'Etat continuent d'augmenter.
Le nouveau président du Gifas,
Olivier Andriès, n'a pas dérogé à la règle, ce jeudi. Tout en soulignant
« l'exceptionnelle résilience » de l'aéronautique française, dont
l'activité a encore progressé « de 10 % à 15 % », l'an dernier, et qui a
recruté « entre 25.000 à 30.000 personnes », le directeur général de
Safran a, une fois encore, mis en garde contre les menaces pesant sur sa
compétitivité. Un coup de gueule qui n'est pas sans rappeler celui du
patron d'Airbus en janvier 2025.
Un « concours Lépine »
« Nos
parlementaires ont perdu la boussole, a-t-il estimé. C'est, tous les
jours, un concours Lépine pour taxer plus et travailler moins. Ce n'est
pas comme ça que nous allons nous en sortir. Pour créer de la richesse,
Il faut encourager l'investissement et non pas le décourager ».
Selon
le président du Gifas, l'industrie aéronautique française, qui est le
premier contributeur à la balance commerciale hexagonale, avec un
excédent de 30 milliards d'euros en 2024, est déjà celle qui supporte
les prélèvements fiscaux les plus importants en Europe. « L'Etat et les
collectivités locales prélèvent 12,5 milliards d'euros par an sur le
secteur, pour un milliard d'euros d'aides publiques, souligne-t-il.
C'est un beau taux de rentabilité. »
Or, plusieurs amendements débattus au Parlement dans le cadre du
projet de loi de finances 2026 tendent à réduire les aides, tout en
augmentant encore les prélèvements, à travers différentes mesures comme
le maintien de la taxe exceptionnelle sur les grandes entreprises, la
taxation des « super dividendes » et des rachats d'actions, ou la remise
en cause de la baisse des impôts de production.
A elle seule, la
hausse de l'impôt sur les sociétés, décidée en 2025, représenterait un
surcoût de 800 millions d'euros par an pour l'aéronautique française.
Mais deux autres menaces plus spécifiques au secteur se profilent
pour 2026. La première est la tentative des précédents gouvernements de
réduire les aides versées à la recherche aéronautique, fixées à
300 millions par an. Début 2025, les grands patrons français de
l'aéronautique étaient déjà montés au créneau collectivement pour défendre cette enveloppe.
« Nous
avons un grand rendez-vous vers 2030, quand Airbus et Boeing lanceront
les successeurs des A320 et du B737, a expliqué Olivier Andriès. La
filière française doit s'y préparer en investissant massivement sur les
cinq prochaines années. Le président de la République s'est engagé, à
deux reprises, à accompagner les efforts de la filière. La moindre des
choses, c'est que ces engagements soient tenus », a-t-il souligné.
Le second « sujet de préoccupation » est la volonté de restreindre
les conditions d'application du crédit d'impôt recherche (CIR), qui
permet aux entreprises de déduire de leurs impôts une partie de leurs
dépenses de recherche et développement, à hauteur de 30 % des dépenses
jusqu'à 100 millions d'euros et de 5 % au-delà de ce seuil.
« C'est
le crédit impôt recherche qui nous permet d'avoir une activité de
R&D compétitive en France, assure le patron de Safran. Si on
démantèle cet outil, on compromet le maintien des bureaux d'études en
France et des chaînes industrielles. »
Une part croissante de l'activité hors de France
Ce
risque de voir partir à l'étranger une partie de l'activité
aéronautique est déjà bien réel. Entre les demandes de « retour
industriel » de certains gros clients dans leurs pays d'origine et la
nécessité de réduire les coûts pour satisfaire les exigences des grands
donneurs d'ordre, de nombreuses entreprises françaises ont déjà dû
transférer à l'étranger une part de leur production, notamment vers des
pays à bas coûts, comme le Maroc ou le Mexique.
C'est le cas de
Safran, dont 40 % des effectifs sont aujourd'hui situés hors de France,
contre 20 % au début des années 2000, avant la fusion entre Snecma et
Sagem. Et ce n'est pas fini. Parmi les principaux investissements
annoncés l'an dernier par Safran figurent ainsi l'ouverture d'un nouveau
centre de maintenance de moteurs d'avions et l'annonce d'une chaîne
d'assemblage de moteurs LEAP à Casablanca.
Officiellement,
il ne s'agit que de « dérisquer » l'assemblage des moteurs LEAP (ceux
des Airbus A320 et des Boeing 737), sans rien enlever à la chaîne
d'assemblage française de Villaroche. Il ne s'agit donc pas de
délocalisation. Mais dans les faits, c'est une partie de la croissance
qui partira au Maroc. Un pays où Safran est déjà bien présent et où les
compétences ne manquent pas, mais où le salaire minimum est de 317 euros
par mois, l'électricité 30 % moins chère qu'en France, où l'on peut
construire une usine en quelques mois, et où les entreprises étrangères
bénéficient d'une exonération totale d'impôt pendant cinq ans.
Bruno Trévidic
https://trib.al/MFvXQun
Impôts : malgré les aides, la France taxe plus ses entreprises que la plupart des pays européens
La
France reste le troisième pays européen qui taxe le plus ses
entreprises, même une fois que les aides sont déduites, calcule le
spécialiste des finances publiques François Ecalle.
C'est un calcul très utile auquel s'est livré le spécialiste des
finances publiques François Ecalle, dans une note dont « Les Echos » ont
pris connaissance. En pleine dernière ligne droite budgétaire, le
fondateur du site Fipeco a repris les chiffres publiés par Eurostat,
l'organisme statistique de la Commission européenne, pour comparer les
prélèvements nets sur les entreprises, c'est-à-dire ce qu'elles règlent
en impôts et cotisations, une fois déduites les aides publiques qu'elles
perçoivent sous forme de subventions ou de crédits d'impôt.
Selon
ses calculs, les prélèvements nets sur les entreprises
françaises atteignaient 309 milliards d'euros en 2024, soit environ 20 %
de leur valeur ajoutée, ce qui place la France en troisième position
sur 27. Seuls Chypre (27 %) et la Suède (23 %) affichent un ratio plus
élevé. L'Allemagne est loin