Sommaire:
A) - La grammaire de la prospérité et la crise qui vient - Deux siècles d’histoire industrielle française
B) - Quel pays possède 100 000 tonnes de tungstène inexploité depuis 40 ans ?
C) - ILS VEULENT GÉRER LA FRANCE… MAIS COMMENT GÈRENT-ILS LEURS PROPRES PARTIS ?
D) - DOCTORAT, UNIVERSITAIRE, DÉPUTÉE : LE PARCOURS CACHÉ DU PHÉNOMÈNE DE LA GAUCHE
E) - Depuis les années 70, le futur a été volé.
F) - Constat, le factuel: Bilan des promesses non tenues par Emmanuel Macron!
G) - Divers textes imagés sur notre politique récente
A) - La grammaire de la prospérité et la crise qui vient - Deux siècles d’histoire industrielle française
On pourrait résumer la situation de façon très simple : quasi tous
les Français vivants aujourd’hui ont connu une France soit avec une
économie fonctionnelle, soit avec des capacités d’endettement qui ont
permis de cacher la misère à mesure que son économie devenait
dysfonctionnelle.
Maintenant que nos capacités d’endettement
arrivent à leur limite, nous nous retrouvons à être la première
génération en 3/4 de siècle à devoir repenser intégralement les
questions de puissance économique à partir des principes premiers. Et
tous ceux qui ont participé au redressement précédent et qui avaient un
peu de savoir-faire sont désormais morts. La transmission
générationnelle de la puissance et de la prospérité est désormais
rompue.
Il est donc indispensable que chaque Français apprenne ou
réapprenne l’histoire économique de son pays pour pouvoir juger en
conscience de ce qu’il convient de faire. Comprenne pourquoi depuis deux
siècles la France était un pays riche, pourquoi ce n’était pas une loi
de la Nature mais le fruit d’efforts et de stratégies, et surtout que
faire pour que nous ne perdions pas définitivement notre rang.
Trop peu de monde connaît encore la grammaire de la prospérité et comment elle s’est appliquée dans notre histoire.
Je
propose ici un cadre d’analyse simplifié fondé sur 4 piliers de la
puissance économique et comment ils s’appliquent sur les 7 séquences de
notre histoire industrielle.
4 piliers :
Le plus important, un État qui arbitre en faveur de la production et non de la rente
Une énergie abondante et bon marché
Un écosystème dédié à capter la technologie et la transformer en industrie
Une démographie dynamique, solvable, compétente
7 séquences :
1815-1848 : des débuts industriels difficiles
1848-1873 : le miracle du Second Empire
1873-1896 : l’Empereur parti, les rentiers dansent
1896-1929 : France puissance technologique
1929-1944 : le retour des vieux démons
1944-1974 : la remise en ordre totale gaullienne
1974-2026 : la rente, monstre increvable
(Piliers actifs 1/4 : rattrapage technologique)
État et arbitrage.
Après la geste napoléonienne qui a drainé toute l’énergie
révolutionnaire du pays, la France est prise d’une torpeur
conservatrice. L’argent va se loger dans la terre, les obligations
d’État. On sacralise le franc germinal, monnaie liée à l’or-argent de
façon intangible, qui garantit le rentier contre toute dépréciation
(mais est trop lourde pour dynamiser une économie). La Monarchie de
Juillet fonctionne sur le vote censitaire, c’est-à-dire que votent ceux
qui payent beaucoup d’impôts fonciers, donc les grands propriétaires
terriens, pas les commerçants et les entrepreneurs. La France passe
institutionnellement intégralement aux mains de ceux qui gèrent la
richesse, pas à ceux qui la créent.
Énergie.
La révolution industrielle est d’abord une affaire de charbon, qui
alimente machines à vapeur et hauts fourneaux. Or, la géologie française
est malheureusement ingrate (enfin, parce que nous venions de perdre la
rive gauche du Rhin, et avec elle les houillères de la Sarre) : nos
gisements sont rares, nos veines profondes et fracturées. Vers
1840-1845, la Grande-Bretagne extrait 31 millions de tonnes, la France
3,8. Nous sommes donc obligés d’importer le charbon, ce qui le rend plus
cher et désavantage toute notre industrie lourde. C’est un handicap
essentiel et fondamental de la France que seul Pierre Messmer, plus d’un
siècle plus tard, résoudra vraiment grâce au nucléaire, de façon
souveraine et pérenne (le pétrole pas cher des années 1950 reste à la
merci des États-Unis).
Technologie.
La France fait un beau travail de rattrapage du savoir-faire anglais,
dans des circonstances compliquées et pas toujours très légales, puisque
l’Angleterre interdit l’émigration de ses ouvriers qualifiés (jusqu’en
1825) et l’exportation de machines (jusqu’en 1843) : alors on débauche
clandestinement, comme Manby et Wilson qui montent la fonte au coke à
Charenton. (J’ai déjà beaucoup écrit sur la place oubliée et pourtant
absolument centrale du transfert un peu viril de technologie dans
l’histoire des rivalités géopolitiques. Si toute grande fortune cache un
grand crime, on peut dire que les grandes fortunes américaines et
chinoises - mais aussi françaises, japonaises et allemandes - cachent
des pillages technologiques systématisés.) Cette époque voit s’affirmer
une originalité française fondamentale : des institutions vouées à
développer le savoir technologique au service de la puissance. La France
dispose alors du meilleur appareil d’ingénieurs du monde :
Polytechnique et le Conservatoire des arts et métiers (créé comme dépôt
public des machines pour diffuser les techniques), les corps des Mines
et des Ponts hérités de l’Ancien Régime, rejoints par Centrale en 1829.
Tous ont pour objectif institutionnel de développer la puissance
industrielle française et envoient leurs élèves étudier outre-Manche.
Ailleurs le transfert passe le plus souvent par des entrepreneurs
isolés, en France, le premier appareil d’État dédié à la capitalisation
du savoir capté se met en place.
Démographie.
C’est la catastrophe. Si la saignée napoléonienne laisse des traces
immédiates, c’est notre transition démographique la plus précoce de la
planète qui devient le fardeau que nous nous traînerons jusqu’à
aujourd’hui. Nous tombons vers 3,5 naissances par femme dès les années
1830 quand l’Angleterre est à 5. Et comme la mortalité infantile fauche
encore un enfant sur quatre avant l’âge adulte, cela veut dire à peine 2
enfants survivants par femme : la France du XIXe siècle ne fait plus
que se maintenir, à l’unité près, pendant que la population anglaise
triple. Si nous avions suivi la même dynamique démographique que nos
voisins, nous aurions été un pays de 100 millions d’habitants dès le
début du XXe siècle. (Et les guerres mondiales auraient eu une tête un
peu différente). Ce destin brisé a fait de la France un pays au marché
intérieur durablement atrophié et avec une main d’œuvre structurellement
plus rare que chez nos concurrents.
Cette
première période de notre histoire économique industrielle est très
intéressante, comme toute période fondatrice, car elle révèle plusieurs
de nos faiblesses structurelles (peu d’énergie, un marché intérieur trop
petit, un État conservateur qui favorise la rente) et plusieurs de nos
qualités qui ont longtemps fait la différence (une capacité à rattraper
technologiquement, un talent pour institutionnaliser l’excellence).
Le premier chemin de fer de voyageurs
français, lithographie de 1837 (ligne Paris–Saint-Germain). Le
rattrapage technologique, seul pilier actif de la période.
(Piliers
actifs 3/4 : un État productiviste d’exception, du transfert
technologique qui s’accélère, un exode rural qui fournit le marché et la
main d’œuvre)État et arbitrage.
Le Second Empire est tout entier dévoué à la puissance industrielle. Il
est habité par une idéologie aujourd’hui oubliée, le saint-simonisme,
qui fait de la croissance industrielle la valeur morale suprême car elle
permet de sortir les masses de la pauvreté et fait de l’ingénieur sa
figure révérée. C’est l’idéologie anti-rente par excellence. Elle exige
que l’épargne abondante des Français cesse de dormir dans la pierre et
dans les champs - un trait de caractère national délétère qui survit
jusqu’à aujourd’hui - et soit canalisée de force vers l’équipement du
pays. Deux instruments principaux pour cela : le Crédit Mobilier des
frères Pereire (1852), banque conçue pour collecter l’épargne du public
et la placer en actions industrielles, et la garantie d’intérêt accordée
par l’État aux compagnies ferroviaires, qui rend l’action de chemin de
fer aussi sûre qu’une rente. Le régime démonte ensuite, un à un, les
verrous juridiques qui protégeaient le capital rentier. La liberté des
sociétés anonymes (1863, parachevée en 1867) supprime l’autorisation du
Conseil d’État exigée depuis 1807 pour créer une société par actions.
Les grandes banques de dépôt naissent dans la foulée, Crédit Lyonnais en
1863, Société Générale en 1864, avec pour mission explicite de drainer
l’épargne des guichets de province vers l’industrie et le commerce. (On
peut se dire que cette mission a été depuis un peu oubliée.) L’État se
fait aussi client : les grands travaux haussmanniens, financés par un
endettement assumé contre l’avis des rentiers orthodoxes, offrent vingt
ans de commande continue aux industries des matériaux, de la fonte et de
l’équipement urbain. Le tout associé à l’école des Beaux Arts sera à
l’origine de la perfection urbaine ultime connue sous le nom de Paris.
Un dernier exemple emblématique est le traité Cobden-Chevalier (1860),
négocié en secret par Napoléon III, qui abaisse brutalement les droits
de douane : les maîtres de forges ne peuvent plus se permettre d’être
des rentiers protégés ; confrontés à la concurrence internationale, ils
doivent se moderniser ou disparaître.
Énergie.
Le charbon reste cher, mais le rail réduit le coût de son transport. La
production nationale de houille quadruple sur la période, mais sans
jamais combler l’écart anglais.
Technologie.
Se met en place en France un système qui deviendra le standard mondial
du rattrapage technologique : adopter des licences étrangères pour
accéder à la technologie, former ses ingénieurs, créer sa propre version
de la technologie licenciée de façon autonome, puis itérer et dépasser
la frontière. C’est la méthode utilisée par la Chine contemporaine. Sous
le Second Empire, le convertisseur Bessemer, qui produit l’acier bon
marché, est adopté sous licence anglaise dès 1858. Le four
Siemens-Martin est un cas d’école : invention des frères Siemens, des
Allemands, il sera adopté et profondément amélioré par Pierre-Émile
Martin, maître de forges charentais, qui à Sireuil en 1865 en tire
l’application décisive que les Siemens n’avaient pas trouvée : la fusion
de l’acier.
Démographie.
Toujours très molle, le déficit de naissances françaises est
temporairement compensé par le rail et l’urbanisation qui permettent un
exode rural massif. Les campagnes se vident pour fournir des bras aux
usines. Un très grand nombre de villages français ne retrouveront jamais
plus le même niveau de population. Aujourd’hui encore dans la diagonale
du vide, on traverse des villages aux ¾ abandonnés à cette époque.
C’était un fusil qui ne contenait que deux cartouches : le Second Empire
brûle la première, la France gaullienne brûlera la seconde, et après
1975 la réserve rurale sera vide.
Le
Second Empire est un âge d’or qui montre ce que la France peut accomplir
lorsque son État est poussé par la bonne idéologie, celle qui fait de
la construction et de l’innovation l’alpha et l’oméga de son action, qui
n’hésite pas à détruire rentes et rentiers. Lorsqu’aussi
l’épargne des Français ne s’accumule plus en choses inutiles comme
l’immobilier et Livret A mais se met au service de la puissance et la
prospérité du pays. Rappelons-nous avec une certaine fierté que la plus
grande réalisation industrielle du XIXe siècle, l’infrastructure
stratégique qui est toujours au cœur de l’économie mondiale en 2026, le
Canal de Suez, est une émanation totale du Second Empire. Entrepreneur
français, ingénieurs français, et - chose aujourd’hui inconcevable -
financé en majorité par l’épargne des Français.

Port-Saïd, 16 novembre 1869. Les marins saluent l'arrivée de l'impératrice Eugénie pour l'inauguration du canal de Suez. (Piliers actifs 0/4, plus rien ne fonctionne)
État et arbitrage.
Le miracle s’arrête net le 2 septembre 1870, à Sedan : Napoléon III est
capturé sur le champ de bataille, et avec l’empereur disparaît la seule
force qui tenait les rentiers en respect. Cela aussi a été oublié, mais
la Troisième République qui suit est à sa conception une république de
rentiers, par défaut congénital. Pour payer les 5 milliards de francs-or
dus à l’Allemagne au titre d’indemnités de guerre, elle lance deux
emprunts sursouscrits par des centaines de milliers de Français qui
deviennent alors créanciers de l’État : l’indemnité fabrique d’un coup
la classe sociale de rentiers qui tiendra le régime. Nous versons un
quart de notre revenu national en deux ans, la plus lourde indemnité
jamais payée par une nation, acquittée intégralement et en avance
(soldée dès septembre 1873, avec dix-huit mois d’avance sur le
calendrier du traité de Francfort). (L’Allemagne condamnée à Versailles
en 1918, elle, ne versera qu’une fraction de la sienne avant son
annulation pure et simple en 1932. À retenir quand on lit des bêtises
sur le fait que la dureté du traité de Versailles aurait provoqué la
Seconde Guerre mondiale.) Là où la monarchie de Juillet était un régime
de gros rentiers fonciers, la Troisième est un régime de petits
rentiers, des petits porteurs, paysans, boutiquiers, fonctionnaires,
pour qui le 3 % perpétuel, cette obligation d’État sans échéance qui
verse trois francs par an à jamais, est le placement sacré. De la même
façon que le régime actuel est prisonnier de la rente des retraites à
cause du poids électoral des retraités, la IIIe République devient
prisonnière électoralement du petit porteur. L’État, mené par un
parlementarisme de notables incapable de stratégie longue, accompagne le
triomphe de la rente au lieu de la combattre : le tarif protectionniste
Méline (1892) sanctuarise la rente agricole. Les banques orientent
l’épargne restante vers les emprunts d’État étrangers réputés sûrs. Les
emprunts russes capteront 13 à 15 milliards de francs-or auprès de 1,6
million d’épargnants. C’est le quart de tous les capitaux que la France a
placés à l’étranger. C’est près de 30 % du PIB. Engloutis à tout jamais
en 1917 quand la Russie bascule dans le bolchévisme.
Énergie.
Aucun soulagement : le charbon français demeure structurellement plus
cher, l’écart avec l’Angleterre et désormais la Ruhr se maintient, et
rien ne vient encore le compenser.
Technologie.
L’appareil scientifique académique et théorique tourne toujours (la
science française de Pasteur reste au premier rang mondial), mais comme
tout le capital fuit vers la rente, les laboratoires ne se transforment
pas en usine : c’est l’Allemagne qui industrialise la chimie et
l’électricité naissantes. Maladie française d’un pays où trop souvent
les capitaux fuient la production pour se loger dans la rente, nous
souffrirons longtemps et régulièrement de cette malédiction où nous
faisons les meilleurs prototypes sans réussir à récolter les fruits du
passage à l’industrialisation.
Démographie.
La catastrophe s’accentue, c’est le pilier le plus faible de l’époque.
D’une part la population française stagne, alors même que celles de
l’Allemagne et de la Grande Bretagne explosent. D’autre part le
phylloxéra, puceron venu d’Amérique, détruit le vignoble, et divise par 4
la production viticole française, ce qui fait s’effondrer les revenus
ruraux et donc le marché intérieur. Peu de croissance démographique, une
baisse de la consommation. Le marché intérieur français est plus
famélique que jamais.
Cette sombre période,
connue sous le nom de Grande Dépression ou Grande Déflation, voit tous
les piliers de la prospérité à zéro. Le plus intéressant est de se
rendre compte qu’une monarchie, la Monarchie de Juillet, et une
république, la troisième, peuvent être, malgré des traditions opposées,
au service de la rente.
Pourquoi ? Parce que seul un
exécutif fort, comme celui de Napoléon III peut imposer le sacrifice des
rentiers au profit des bâtisseurs. Sans cela, la rente dévore tout
jusqu’à la ruine qui force à remettre le système à plat.
À
noter qu’au XIXe siècle, la France aura perdra plus d’une année de PIB à
cause des circonstances : 20% de son PIB en indemnités et occupation
post-napoléonienne, 25% en indemnités post guerre prussienne, 40% dans
le phylloxéra, 30% dans les emprunts russes.
Obligation de l'Emprunt russe 4 % or,
1894. Croire que son argent est plus à l’abri en finançant la fortune
des autres que celle de son pays. Tout perdre.
(Piliers actifs 3/4 : un État forcé de s’adapter par la crise, la
découverte tant attendue d’une source d’énergie nationale, un
écosystème technologique de pointe)
État et arbitrage.
Le retournement de 1896 vient d’abord de la monnaie. Pendant la Grande
Déflation, la baisse continue des prix enrichissait mécaniquement le
porteur de 3 % perpétuel. Puis l’or du Transvaal en Afrique du Sud
(1886) et du Klondike au Yukon canadien (1896) se déverse massivement
dans un système où la création monétaire dépend des réserves
métalliques. Les prix repartent à la hausse pour dix-huit ans. Cette
inflation ronge le rendement des rentes fixes et regonfle les profits,
au moment même où l’automobile et l’électricité offrent à l’épargne des
rendements à plus de 3 %. La guerre finit d’achever le rentier en créant
une forte inflation. Quand Poincaré stabilise le franc en 1926-1928,
c’est au cinquième de sa valeur de 1914 : le rentier d’avant-guerre a
perdu les quatre cinquièmes de son capital réel. L’État est aussi
contraint de devenir productiviste sous la pression guerrière.
L’Allemagne unifiée est en pleine expansion, et sa démographie galopante
inquiète. Dès 1909, l’armée commande des avions en série et fait de la
France la première puissance aéronautique militaire du monde. La Grande
Guerre force à produire à la chaîne et en masse. Citroën fabrique des
obus quai de Javel, et les mêmes chaînes produiront ensuite ses
voitures.
Énergie. Pour la
première fois depuis 1815, la France dispose d’une énergie abondante et
compétitive sur son sol. On l’appelle la houille blanche, c’est le
fantasme français ultime, ce qui nous avait manqué depuis un siècle : un
charbon qui coule des montagnes, l’hydroélectricité. L’ingénieur
Aristide Bergès, qui turbine dès les années 1870 les chutes de Lancey
pour ses papeteries, en popularise l’idée à l’Exposition de 1889. Là où
le charbon manquait, les Alpes et les Pyrénées fournissent une
électricité massive et bon marché. Électrochimie, électrométallurgie et
aluminium de Péchiney s’installent dans les vallées, et la France se
hisse parmi les tout premiers producteurs mondiaux d’aluminium. Elle
avait d’ailleurs été, sous Napoléon III, la première nation à en
produire industriellement grâce au procédé de Sainte-Claire Deville, il
ne lui manquait que l’énergie pour changer d’échelle. La houille blanche
la lui donne quarante ans plus tard. Il faut toutefois mesurer la
portée exacte de la percée : la houille blanche ne coule que dans les
vallées et ne fait tourner que ce qui marche à l’électricité,
précisément les industries neuves de la deuxième révolution
industrielle. La sidérurgie, le rail, le chauffage restent au charbon,
qui pèse toujours les trois quarts du bilan énergétique et dont la
France importe entre le tiers et 40 % de sa consommation. La France de
1929 a donc deux économies énergétiques, l’une électrique et compétitive
dans les vallées, l’autre charbonnière et importatrice partout
ailleurs.
Technologie. Le
seul épisode de notre Histoire industrielle où notre écosystème produit
durablement de l’avance technologique endogène. Automobile, aviation,
électrométallurgie naissent du croisement entre ingénieurs-entrepreneurs
formés par les Grandes Écoles (Levassor est centralien, Breguet passe
par Supélec) et science académique (le procédé Héroult de l’aluminium
sort des travaux de Sainte-Claire Deville). La France est premier
producteur mondial d’automobiles jusque vers 1904-1905, avec près de la
moitié de la production mondiale en 1903, puis premier exportateur
mondial jusqu’en 1914 ; Blériot traverse la Manche en 1909, les moteurs
Gnome équipent une bonne partie des avions de la planète. Paris devient
la Silicon Valley de l’époque, et des ingénieurs-entrepreneurs de toute
l’Europe viennent s’y établir. L’importation technologique bat son plein
en parallèle : brevets allemands de chimie captés à Versailles,
méthodes fordistes rapportées des États-Unis par Renault et Citroën.
L’écosystème français est rodé, la recherche, les écoles, les
entrepreneurs, l’État, travaillent ensemble à la production
industrielle. Un âge d’or où l’industrie française croît autour de 5 %
par an dans ses meilleures séquences, 1906-1913 puis les années 1920.
Démographie.
C’est le grand absent de la période, la grande souffrance. Un nadir
dans une séquence d’effondrement démographique qui a déjà un siècle. Des
naissances toujours en berne, et surtout 1,4 million de morts, qui
créeront des classes creuses durables, des générations amputées qui
manqueront à l’appel des décennies durant. La France de l’après-guerre
est totalement dépeuplée. Elle a recours à l’immigration massive. La
France des années 1920 est le premier pays d’immigration au monde en
proportion. C’est un expédient qui ne résout aucun problème de fond.
La
caractéristique de la période est que le sacrifice du rentier n’est
venu d’aucune décision politique, d’aucun homme providentiel : l’or du
Transvaal, la guerre et l’inflation l’ont imposé de l’extérieur, et la
prospérité a suivi. Dès que le capital a cessé de dormir, l’écosystème
patiemment construit depuis 1815, les écoles, les corps, les labos,
s’est mis à produire de l’avance technologique mondiale en quelques
années à peine. La décennie 1920, avec ses coûts allégés et son franc
compétitif, sera la meilleure période industrielle du siècle, environ 5 %
de croissance par an, portée par un pays saigné, dépeuplé, endetté.
Il
faut retenir une chose qui devrait nous terrifier et nous emplir
d’espoir : la France en ruine de 1919 a surclassé industriellement la
France opulente de 1880, parce que la ruine avait tué la rente.
Louis Blériot à Douvres, 25 juillet
1909, quelques minutes après la première traversée de la Manche en
avion. Photographie du jour même.
(Piliers actifs 0/4, tout se remet à l’arrêt)
État et arbitrage.
C’est un retournement complet, ou plutôt un retour aux vieux démons de
la Troisième République. Le productivisme de la période précédente avait
été imposé du dehors, par l’or du Transvaal puis par la guerre, à un
régime resté structurellement celui du petit porteur. La guerre finie,
le rentier spolié des quatre cinquièmes de son capital redevient le
personnage central de la vie politique, et la stabilisation Poincaré de
1926-1928 est une espèce de serment collectif que pareille spoliation ne
se reproduira jamais : défendre le franc devient le tabou suprême,
au-dessus de la production, au-dessus de l’emploi. Quand la crise
arrive, le réglage d’usine de la IIIe République reprend simplement le
dessus. En 1931 la livre dévalue, en 1933 le dollar. Rester au franc-or
signifie vendre 20 à 30 % plus cher que ses concurrents sur tous les
marchés. Mais la France s’y accroche jusqu’en 1936, parce que dévaluer
serait spolier l’épargnant. Tout pour protéger le patrimoine, quitte à
sacrifier la production, et à aller jusqu’à la déflation Laval de 1935,
baisse autoritaire de 10 % des dépenses publiques et des loyers. Le
franc n’est que la pièce centrale d’une panoplie complète. Dès 1931, la
France généralise les contingentements d’importation, quotas produit par
produit : l’exact contraire du traité Cobden-Chevalier, là où Napoléon
III exposait ses maîtres de forges à la concurrence pour les forcer à se
moderniser, la IIIe République met chaque rente sectorielle à l’abri.
L’État organise ensuite ce que Sauvy baptisera le malthusianisme
économique, la restriction volontaire de la production pour faire
remonter les prix : primes à l’arrachage des vignes, quotas sucriers,
cartels encouragés, jusqu’à la loi de 1936 qui interdit d’ouvrir ou
d’agrandir une usine de chaussures pour protéger les fabricants
installés contre Bata, et au moratoire sur les magasins à prix unique
pour sauver le boutiquier. (Ça fait beaucoup trop d’échos contemporains
d’étudier l’économie qui a mené à la plus grande déroute de l’Histoire
de France, n’est-ce pas ? L’éternel recommencement de nos mêmes
erreurs.) Pendant ce temps, la Banque de France thésaurise : sa part de
l’or mondial passe d’environ 7 % en 1927 à un quart en 1932, l’épargne
nationale est stérilisée en métal pendant que les usines ferment. Le
pays entier est configuré contre la production. Sans surprise, les
résultats sont catastrophiques : la production recule sur la décennie
1929-1939 de 24 % quand elle progresse de 20 % en Angleterre et de 16 %
en Allemagne (cf. Alfred Sauvy dans son Histoire économique de la France
entre les deux guerres). La France par amour maternel envers ses
rentiers est la seule grande puissance à ne pas avoir retrouvé son pic
quand vient la guerre. La sanction tombe en mai 1940 : la Wehrmacht qui
perce à Sedan, encore Sedan, roule sur dix ans d’écart industriel
accumulé pour défendre le patrimoine. L’Occupation finit d’achever
l’économie française : production ramenée à 40 % de l’avant-guerre,
frais d’occupation de 400 millions de francs par jour (plus du double du
budget entier de l’État de 1939), machines et main-d’œuvre pompées vers
le Reich.
Énergie. La
guerre révèle qu’une énergie ne doit pas seulement être abondante et bon
marché, elle doit aussi être souveraine. Le charbon anglais dont
dépendait l’industrie française est coupé dès juin 1940 ; les mines du
Nord, rattachées au commandement allemand de Bruxelles, sont
réquisitionnées par le Reich ; la houille blanche de la zone sud demeure
à peu près la seule énergie disponible du pays.
Technologie.
L’appareil de savoir survit (la France est à la pointe de la recherche
nucléaire grâce à Curie et Joliot) mais quand tout le capital est sous
la forme de lingots d’or entassés à la Banque de France, ce savoir ne se
transforme pas en puissance. En outre, un autre élément de l’écosystème
se grippe : la commande publique, qui avait fait de la France la
première puissance aéronautique en 1909, passe aux mains d’un
commandement conservateur sans vision. L’aviation est sacrifiée par le
sous-investissement de 1933-1938, et le réarmement remonte les cadences
trop tard, alors que la guerre moderne se joue sur des escadrilles
complètes. Marc Bloch fait l’autopsie de ce commandement nullissime dès
l’été 1940 dans L’Étrange Défaite : des chefs préparant « la guerre de
la veille », un état-major rétif aux chars, aux avions, au téléphone.
Des technophobes, qui pensaient que s’équiper en technologies modernes
était verser dans le technosolutionnisme.
Démographie.
Le fond du gouffre. En 1936, comme déjà brièvement en 1907, 1911 et
1929, les décès l’emportent sur les naissances, phénomène alors inconnu
du reste de l’Europe occidentale en temps de paix. (Depuis 2025, nous y
sommes retombés : 6 000 décès de plus que de naissances, une première
depuis 1945.) Phénomène peu connu, le Baby Boom ne commence pas à la
Libération, mais un peu avant. C’est le Code de la famille de 1939, voté
par une République agonisante qui pose les fondations de la politique
nataliste qui portera le baby-boom et sera renforcée par l’œuvre du CNR.
J’ai déjà raconté ailleurs cette incroyable histoire. La France est le
premier pays du monde à faire sa transition démographique, le premier à
se lancer dans des études démographiques poussées pour comprendre ce qui
se passe, et le premier à mettre en place des mesures efficaces. Le
problème est qu’entre la naissance du problème et son diagnostic, il se
sera écoulé un siècle, et entre le diagnostic et sa mise en œuvre, un
demi-siècle.
Cette séquence est une des plus douloureuses à raconter.
La
France sacrifie son industrie au profit de la rente. Elle qui était
pendant les premières décennies du siècle la première puissance
technologique mondiale se met à douter de l’intérêt de la technologie.
Après
avoir fait le plus grand des sacrifices humains qui soit pendant la
Grande Guerre, elle s’offre toute entière vulnérable au revanchisme
allemand et connaît l’humiliation de 1940.
La IIIe
République, sans exécutif fort, n’avait pas les moyens de lutter contre
les rentiers. Lorsque ceux-ci étaient affaiblis par les circonstances,
la République brillait, dès que les circonstances changèrent, la
République s’affaissa.
Laisser gouverner la rente,
croire que l’on peut tenir les avancées technologiques à distance, est
une faute contre la prospérité dans les périodes de paix. Mais quand les
périls commencent à monter, comme aujourd’hui, c’est la survie même de
la Nation que de telles tendances remettent en cause.
Soupe populaire offerte aux chômeurs, Paris, 1932, Agence Mondial Photo-Presse (fonds BnF).
(Piliers
actifs 4/4 : la seule fois de notre Histoire où tout s’aligne, d’un
État obsédé par l’industrie et le rattrapage technologique, à une
démographie qui redémarre pour la première fois depuis le 18e siècle, à
une énergie, le pétrole, qui ne coûte rien et coule à flots)
État et arbitrage. Le Sandwich De Gaulle.
Premier temps, 1944-1946 : la base.
En dix-huit mois, le Gouvernement provisoire de De Gaulle remet
l’économie au service de la production, chaque mesure étant une pièce
anti-rente. Le crédit nationalisé (décembre 1945) confisque le nerf de
la guerre : l’épargne des guichets cesse d’aller où le banquier la juge
sûre, elle est canalisée d’office vers l’équipement. C’est le Crédit
Mobilier version étatisée. La Sécurité sociale par répartition, qui nous
fait si mal aujourd’hui et a créé une nouvelle classe de rentiers, est à
l’origine une arme anti-rentier, en adossant la protection au flux des
salaires au lieu du stock d’épargne ; le CEA (octobre 1945) et le Plan
(janvier 1946, Monnet) installent la technologie de rupture et
l’investissement programmé. Par-dessus, l’inflation à 50 % par an lamine
rentes et dette. C’est ce que le grand économiste de l’époque, Sauvy,
appelle le sacrifice du rentier. Une bien belle politique.
Deuxième temps, 1946-1958 : gestion erratique.
La IVe fait tourner la machine sans savoir la régler : vingt-quatre
gouvernements en douze ans, guerres coloniales qui dévorent le budget,
commerce protégé qui dispense du test de la concurrence. Faute de
compétitivité, on compense par le social et les subventions, rustines à
crédit dont chaque bénéficiaire devient un nouveau rentier, plus
intéressé par le maintien de ses droits que par l’accélération de la
production. En 1958, la France doit quémander un prêt sous conditions au
FMI pour payer ses importations.
Troisième temps, 1958 : le retour du Roi.
Face à la crise, De Gaulle obtient six mois de pleins pouvoirs, et
impose le plan Rueff adopté intégralement le 27 décembre 1958 contre son
propre ministre des Finances. Double action : arracher les rustines qui
coûtent une fortune et créent des rentiers (subventions, boucliers
tarifaires, indexations, retraites des anciens combattants comprises),
rendre les coûts de production compétitifs d’un coup (dévaluation de
17,5 %, la seconde en deux ans, et ouverture à la concurrence du Marché
commun). Dès 1959 la balance des paiements est excédentaire, la dette
extérieure remboursée dans l’année. La Ve ajoute ce qui manquait depuis
la chute du Second Empire : un exécutif fort qui peut imposer le
sacrifice des rentiers au profit des bâtisseurs, dans la durée.
Énergie.
C’est le pactole de l’après-guerre : l’énergie centrale devient le
pétrole, qui s’échange à 2 dollars le baril. Ajouter à cela de nouveaux
grands barrages achevés et la contrainte énergétique est levée pour la
première fois de l’Histoire industrielle de la France. La seule ombre au
tableau étant que le pétrole est d’importation. Une vulnérabilité qu’il
faudra payer en 1973.
Technologie.
L’appareil d’assimilation technologique est reconstruit puis porté à
son sommet. Le CEA (Commissariat à l’Energie Atomique) de 1945 et
l’ONERA (Office national d'études et de recherches aérospatiales) de
1946 rouvrent les laboratoires ; les missions de productivité envoient
des milliers de patrons, d’ingénieurs et de syndicalistes étudier les
usines américaines : le plus grand transfert technologique de l’histoire
française est absorbé en une décennie. Les grands programmes gaulliens
capitalisent ensuite tout l’édifice : dissuasion nucléaire, satellite
Astérix en 1965 sur une fusée entièrement française, Concorde, Airbus en
préparation. Derrière les grands programmes, l’appareil scientifique
triple : les chercheurs passent de 9 000 à 31 000 sous le règne
gaullien, la R&D de 2,5 à plus de 6 % du budget de l’État. Le
transfert de technologie le plus rentable de l’histoire de France a lieu
avec le nucléaire civil qui naît de la licence américaine Westinghouse.
Une fois la technologie maîtrisée au sein de Framatome, la France vend
sa maîtrise nucléaire au monde entier. Licencier, apprendre, améliorer,
exporter. Comme au bon vieux temps de Napoléon III.
Démographie.
La bascule la plus spectaculaire des quatre piliers. La politique
familiale de la Libération prolonge et amplifie le Code de 1939, et le
baby-boom s’installe avec plus de 800 000 naissances qui survivront
jusqu’à l’âge adulte par an. Record jamais dépasse pour notre pays ni
avant ni après. Les classes pleines entrent sur le marché du travail au
milieu des années 1960, et la seconde cartouche rurale fournit le reste :
l’agriculture passe d’environ un tiers des actifs en 1946 à moins d’un
dixième en 1975, la réserve rurale est vidée pour de bon. Le marché
intérieur croît en têtes et en pouvoir d’achat à la fois, les salaires
réels doublant sur la période. En trente ans, le pilier démographique
passe du pire niveau de l’histoire nationale au meilleur.
Les
Trente Glorieuses rendent nostalgique à raison, car il s’agit de la
seule période de notre histoire récente où tous les piliers de la
puissance économique s’alignent. Un État fort pro-tech
pro-production comme sous le Second Empire, une machine à faire du
transfert technologique et à produire de la tech ressuscitée sur une
base de savoir-faire historique, et deux faiblesses séculaires
structurelles enfin comblées : la démographie et l’énergie.
Diamant A, 1965. Le 26 novembre, elle
place le satellite Astérix en orbite depuis Hammaguir : la France
devient la troisième puissance spatiale, avec une fusée entièrement
française.
(Piliers actifs 0/4 en fin de période : la configuration de 1873-1896, aggravée par la dette)
État et arbitrage.
Pendant cinquante ans, pièce par pièce, chaque étape paraissant
anodine, la France a reconstitué une classe de rentiers, en trois
mouvements conjoints.
Premier mouvement : la dette, qui met l’État à genoux devant ses créanciers.
Jusqu’aux années 1980, l’État se finançait chez lui, en obligeant
l’épargne des Français à lui prêter à bas prix. Quand la croissance se
divise par deux après 1974 et que les dépenses continuent de croître, il
choisit la facilité d’emprunter plutôt que de faire de la peine à
certaines catégories de la population ; l’épargne nationale n’y
suffisant plus, il ouvre sa dette aux capitaux du monde entier, et
aujourd’hui un créancier sur deux est étranger. Or un créancier libre de
refuser, cela se choie, et le choyer impose très exactement tout ce qui
nuit à la production. Lui verser des intérêts réels positifs : plus de
60 milliards par an, prélevés sur l’appareil productif. Sanctuariser la
créance et faire de l’investissement de long terme la variable
d’ajustement : quand il faut couper, on coupe le grand projet, la
politique familiale. Le rassurer par des impôts plutôt que par des
réformes, et des impôts assis sur ce qui ne peut pas fuir, c’est-à-dire
la production. S’interdire enfin tout grand programme financé par
l’emprunt : un plan Messmer d’aujourd’hui serait coté comme un risque.
Enfin la France s’est intégrée volontairement à une Europe monétaire
construite pour protéger l’épargnant, l’Allemagne de 1923 ayant tiré de
son hyperinflation la leçon inverse de la France de 1945. L’arbitrage en
faveur de la rente à l’échelle française a permis le basculement à
l’échelle européenne. On accuse souvent l’Allemagne d’avoir imposé à la
France sa politique de rentier, en oubliant que la France était une
victime tout à fait consentante.
Deuxième mouvement : l’État social, qui fabrique des rentiers par millions.
Les prestations sociales passent de 15 % du PIB en 1960 à 32 %, l’État
n’est plus une machine à produire de la richesse mais à distribuer des
aides. Au premier rang, même s’il n’aime pas qu’on lui rappelle qu’il
est avant tout un bénéficiaire d’allocations sociales, le retraité. La
répartition de 1945 était une machine anti-rente : la pension suivait
les salaires, le retraité de 1970 gagnait quand les actifs gagnaient, et
donc quand la production suivait. Le passage à l’indexation sur les
prix, en 1987, qui était pourtant une mesure d’économie, inverse le
mouvement : la pension devient une créance garantie, protégée contre les
actifs au lieu d’être liée à eux. Quatorze points de PIB sont désormais
servis à un créancier dont la rationalité est parfaitement
anti-productive : préserver le versement et le pouvoir d’achat de sa
rente prime sur tout, et l’usine, dont il ne tirera aucun salaire mais
toutes les nuisances, n’a rien à faire près de chez lui. La IIIe
République était prisonnière du petit porteur de 3 % perpétuel ; le
régime actuel est prisonnier du retraité.
Troisième mouvement : la pierre, devenue le coffre-fort national.
L’inflation des années 1970 chasse l’épargnant de l’obligation ; la
libéralisation du crédit des années 1980 réoriente le prêt bancaire de
l’entreprise vers l’hypothèque ; la baisse continue des taux de 2000 à
2020 double la capacité d’emprunt des ménages, donc les prix, pendant
que les salaires stagnent ; les niches locatives et les aides à la
demande solvabilisent la hausse. Et le verrou se referme : des maires
élus par des propriétaires refusent les permis qui feraient baisser le
prix. Plus de la moitié du patrimoine des ménages est désormais
immobilisée dans le logement, épargne stérilisée, similaire aux lingots
d’or de la Banque de France des années 30. Le cours de la pierre est
défendu comme jadis le cours du 3 % perpétuel, jusqu’à préférer la
pénurie de logements à la baisse des prix. Le propriétaire souvent âgé
s’enrichit, le jeune actif qui veut se rapprocher de son bassin d’emploi
pour produire plus se fait éviscérer.
Les
trois mouvements créent le pire des cercles vicieux : la dette finance
les transferts, les transferts fabriquent les rentiers, les rentiers
votent, et leur vote interdit de toucher aux transferts, de financer la
production, la construction de logements, ce qui oblige à un plus grand
recours à la dette. La Monarchie de Juillet réservait le
vote aux propriétaires ; notre démographie électorale produit le même
résultat sans le cens, le plus gros électorat de France étant constitué
de retraités propriétaires de leur logement. Le tout est financé par des
prélèvements assis sur l’appareil productif, impôts de production de
3,5 à 4 % de la valeur ajoutée malgré les baisses récentes, contre
environ 1 % en Allemagne, la déflation Laval à bas bruit, étalée sur
quarante ans. Au moins la IIIe République finançait sa
rente avec l’épargne réelle des vivants ; la nôtre est financée à
crédit, par les Français qui ne sont pas encore nés.
Énergie.
Les chocs pétroliers frappent un pays dépendant à 75 % du pétrole
importé. La réponse est magistrale, portée par Pierre Messmer, gaulliste
de la première heure, compagnon de la Libération, digné héritier du
Général : une cinquantaine de réacteurs en vingt ans, trente ans
d’électricité parmi les moins chères d’Europe. Puis la rente nucléaire
est dilapidée pièce par pièce : le surgénérateur Superphénix arrêté en
1997, la R&D de quatrième génération abandonnée (Astrid, 2019),
Fessenheim fermée en 2020, le mécanisme Arenh forçant EDF à céder son
électricité bon marché à des concurrents qui n’ont rien construit.
Pourquoi ce démantèlement ? D’abord parce que le nucléaire est l’objet
de l’obsession d’un parti politique. Superphénix est le prix de
l’alliance avec les Verts en 1997, le plafonnement du nucléaire et
Fessenheim celui de la même alliance en 2011, l’atome servant deux fois
de monnaie d’appoint électorale. Ensuite la doctrine concurrentielle
européenne, qui traite un parc intégré comme une anomalie de marché :
l’Arenh est né au nom de la concurrence. Enfin, le plus profond,
l’assoupissement du rentier : l’électricité étant abondante et bon
marché, aucun chantier de réacteur n’est ouvert entre 1991 et 2007, les
compétences industrielles s’évaporent, et Astrid est sacrifié à
l’équilibre budgétaire, un chantier coupé pour préserver les rentiers.
Et puisqu’on ne produit plus et qu’il n’y a plus de croissance
industrielle, à quoi bon augmenter la production d’énergie ? La France a
géré l’héritage de Messmer comme ses épargnants gèrent leur patrimoine :
en rentière, consommant le stock sans entretenir le flux. Le
démantèlement s’est drapé dans un mirage, celui des renouvelables. Plus
de 120 milliards d’euros ont été engagés pour du vent et du soleil
intermittents, qui ne décarbonent à peu près rien dans un pays déjà
décarboné par l’atome, qui appellent du gaz en secours les soirs sans
vent, et dont la fonction fut d’abord politique : justifier le
plafonnement du nucléaire par la loi de 2015, puis la fermeture de
Fessenheim. La crise de 2022, réacteurs à l’arrêt pour corrosion et prix
européen indexé sur le gaz, a rendu la France à son statut de 1815 :
pays à énergie chère face à des rivaux mieux dotés, les États-Unis du
gaz de schiste ayant remplacé l’Angleterre du charbon. Avec une
circonstance aggravante et enrageante que ne connaissait aucune période
précédente : le handicap de 1815 était géologique, celui de 2022 a été
construit de nos mains, par démantèlement volontaire de l’avantage que
Messmer nous avait légué.
Technologie.
C’est la débandade. L’écosystème français s’effondre. Après avoir
acquis et développé des technologies, la France se les fait désormais
dérober. Turbines Alstom vendues à GE en 2014 (celles des centrales
nucléaires et des sous-marins), Alcatel absorbé par Nokia, transferts
contraints vers la Chine dans le nucléaire et le ferroviaire dont les
EPR et TGV chinois sont les enfants directs, le photovoltaïque disparu
alors que la France en fut pionnière mondiale, Photowatt fabriquant des
cellules dès 1979, quinze ans avant que la Chine ne s’y mette. R&D
privée durablement inférieure à l’allemande, décrochage des chercheurs
publics, grands programmes remplacés par des appels à projets
fragmentés.
Pourquoi cette débandade ? Quand l’État se
focalise sur être un guichet social et rassurer les marchés financiers
pour financer ses dépenses quotidiennes il ne fait plus de grands
projets de long terme. Quand toute l’épargne est dans la pierre, il n’y a
plus rien pour les usines. Et surtout, quelque chose d’idéologique,
l’idée qu’il fallait que la France s’intègre mieux dans l’Europe et dans
la mondialisation, et que cela réclamait un retrait important de l’État
des affaires technologiques et industrielles. Pas de capitaux, pas de
commande publique et un État immobilisé par trop de rentiers. Nous
sommes redevenus la France de 1873-1896 : capables de produire des
chercheurs de rang mondial, d’empiler les médailles Fields, et pas de
sous ni de moyens politiques pour produire un géant de la tech. Les
génies du prototype d’exception qui ne passe jamais à l’échelle
industrielle.
J’ai plus écrit en détail sur ces mécanismes ici, ici et ici.
Démographie.
Fin du baby-boom : la fécondité chute de 2,9 à 1,8 entre 1964 et 1976,
puis la politique familiale tient un plateau proche de 2 enfants par
femme qui donne à la France la meilleure fécondité d’Europe pendant
trois décennies.
Mais la politique familiale française a été ensuite sciemment détruite.
Conçu
en 1939-1945 comme une politique nataliste et universelle, versée à
tous parce que chaque enfant était un investissement de la nation, la
politique familiale est requalifiée en outil de lutte contre les
inégalités : plafonnement du quotient familial en 2013-2014, modulation
des allocations selon le revenu en 2015, première rupture de
l’universalité depuis 1945. L’enfant cesse d’y être un investissement
national. Une politique qui ne vise plus les naissances cesse assez
logiquement d’en produire. Le décrochage suit, accompagné par un
mouvement mondial que le démantèlement de la politique familiale
française amplifie, jusqu’à 1,56 enfant par femme en 2025, le plus bas
niveau depuis 1919. Contrairement à ce que l’on croit souvent, si la
démographie est bien influencée par des causes complexes structurelles,
elle répond tout de même en partie à la volonté politique dans les deux
sens, comme l’a montré le Code de 1939 à la hausse, et la décennie 2010 à
la baisse.
Ce démantèlement fut idéologique et
financier. D’une part on n’investit plus dans le futur de la Nation mais
dans la lutte contre les inégalités, d’autre part pour payer des
pensions massives, il est naturel de s’attaquer à la politique familiale
dont les conséquences ne sont pas visibles immédiatement.
Notre marché intérieur est désormais triplement déprimé :
- par le manque de naissance
-
par le pouvoir d’achat des actifs dévoré par les coûts de logement et
les cotisations sociales nécessaires au paiement des retraites
- par l’émigration des forces vives qui fuient un pays sans croissance et au nombre de rentiers à nourrir toujours plus élevé.
Après les Trente Glorieuses, les cinquante piteuses.
Tout
se dérègle simultanément, avec pour origine un État qui par maints
renoncements devient l’otage des rentiers et oublie l’intégralité des
leçons du passé sur ce qui est nécessaire à une nation prospère.
Persuadé
que la fin de l’Histoire est là, que le bien-être économique est une
chose acquise définitivement et non pas un combat de tous les instants,
l’État se focalise sur la distribution de prébendes plutôt que sur la
création de richesse.
Il démantèle les
politiques natalistes au moment où une crise mondiale des naissances
frappe et fait revenir ainsi un problème que la France avait mis 150 ans
à résoudre.
Il oublie ce qu’il doit à l’énergie nucléaire et oublie qu’elle résolvait une question elle aussi ouverte depuis 150 ans.
Ce
qui enrage le plus dans la séquence actuelle, c’est qu’elle nous fait à
la fois retomber dans nos vieux travers et détruit ce que nous avions
construit par maints sacrifices sur des générations.
Notre
emploi industriel est passé d’environ 5,5 à moins de 3 millions. Part
manufacturière du PIB : de 22 à 10 %. Ce sont les chiffres d’une Grande
Dépression, la nôtre, vécue au ralenti et anesthésiée par l’emprunt
massif rendu possible par l’euro et la pax Americana.
Mais la protection de l’euro n’est pas éternelle, et la pax Americana se désagrège.
Le haut-fourneau U4 d'Uckange, éteint en 1991, carcasse rouillée dominant la vallée de la Fensch. (par Benjism89).Deux
siècles d’histoire économique française dévoilent une mécanique simple
et perverse : naturellement, les humains cherchent la rente. Qui
pourrait leur en vouloir ? Il est toujours plus agréable et rassurant de
vivre de droits que d’efforts dont la récompense n’est pas toujours
assurée.
Et un État peut très facilement être capturé
par des rentiers. Que ce soit parce qu’il leur doit de l’argent pour se
financer, ou que ce soit parce que ces derniers votent en masse.
Un
État capturé par la rente finit par tout lui sacrifier, y compris les
investissements de long terme qui permettent à la machine productive de
prospérer.
L’argent qui va à la rente ne va pas aux
trois forces indispensables de l’économie que sont la technologie,
l’énergie et la démographie.
Ainsi, on observe dans
l’Histoire de France un cycle malheureux. La rente s’installe, vit sur
le système productif jusqu’à l’affaiblir, alors survient la crise, soit
financière, soit militaire, et, si les circonstances sont bonnes, un
nouveau système balaie les rentiers pour favoriser le système productif
indispensable à la survie.
Mais toute crise ne crée pas les conditions du redressement.
La
crise de 1929 au contraire renforce les rentiers. Ceux-ci sont
tellement puissants qu’ils obtiennent que le gouvernement sacrifie tout
le reste, investissements technologiques, aides productives, soutiens
aux actifs, pour maintenir leur rente.
Au bout, c’est la débacle de 1940.
Une
crise financière est une occasion que doivent saisir des élites
éclairées pour prendre le pouvoir, pas un mécanisme automatique de
correction.
L’humiliation de 1940 ne crée pas non
plus de conditions du redressement. La France est envahie, son industrie
détruite. Toute guerre n’est pas comme celle de 14-18 une machine à
euthanasier les rentiers et à amplifier l’industrie. Pour cela, il faut
déjà avoir un appareil industriel en état de marche et des élites prêtes
à aller au combat.
J’ai discuté avec une bonne
partie de la classe politique française, et parmi ceux qui sont
conscients du danger, presque tous regardent vers le FMI ou la BCE en
espérant que la contrainte extérieure vienne enfin nous forcer à faire
le ménage.
Mais ce que l’on voit poindre
avec la loi de finance de cette année, ce n’est pas une remise à plat du
système pour le mettre au service de la prospérité. C’est simplement
des coupes aveugles et des augmentations d’impôts qui ne s’embarrassent
pas de penser notre puissance économique. Elles cherchent simplement à
régler une logique financière en frappant là où c’est le plus facile. Et
le plus facile n’est jamais de frapper la rente.
Nous risquons donc de sortir de la crise encore plus mal en point que nous y entrerons.
De
plus en plus aussi, le spectre d’une guerre mondiale est discuté en
haut lieu. Avec une armée exsangue et une machine industrielle à
l’arrêt, il est clair que la France n’est absolument pas prête à sortir
par le haut d’une si terrible éventualité.
Reste
enfin le Deus Ex Machina, auquel s’accrochent beaucoup, l’équivalant de
l’or canadien de 1896, la révolution IA/robotique. En créant des besoins
industriels massifs de centres de calculs, de centrales nucléaires et
toute la chaîne de valeur qui va avec, elle pourrait créer des
rendements suffisamment élevés à même de faire sortir l’épargne de la
rente et augmenter les salaires plus rapidement que les pensions.
Encore
faut-il que la France ait de quoi s’accrocher à cette potentielle vague
montante. Un demi siècle de désindustrialisation ne lui a pas laissé
grand chose, et ce sont plutôt les Pays-Bas et l’Allemagne qui en
profiteraient aujourd’hui le plus.
Une seule certitude.
La crise est de plus en plus proche.
Donnera-t-elle
naissance à une France qui renoue avec ses plus grandes heures de
gloire ou bien sera-t-elle la fossoyeuse durable de sa prospérité ?
Tout dépendra du travail préparatoire que nous accomplirons.
Arriverons-nous à rappeler à tous les fondamentaux de la grammaire de la prospérité ?
Arriverons-nous à détourner les capitaux de la rente vers la technologie, la démographie et l’énergie ?
Il est déjà très tard. Mais, je l’espère et le crois, pas trop tard.
Joan Larroumec
If I am occasionally a little overdressed, I make up for it by always being immensely overeducated.
https://larroumec.substack.com/p/la-grammaire-de-la-prosperite-et?just_subscribed=true
B) - Quel pays possède 100 000 tonnes de tungstène inexploité depuis 40 ans ?
🤔 Quel pays possède 100 000 tonnes de tungstène inexploité depuis 40 ans ? La France ! 🇫🇷
⛏️
Ce métal ultra-résistant, essentiel pour l’aéronautique, la défense et les outils industriels, n’est plus extrait en France depuis la fermeture de la mine de Salau en 1986.
🇨🇳 Pendant ce temps, la Chine contrôle 80 % du marché mondial et ses restrictions ont fait exploser le prix de l’APT (forme intermédiaire du métal) au-delà de 3 000 dollars.
🏭 Avec ses 22 sites identifiés, la France pourrait théoriquement couvrir près de 50 ans de sa consommation nationale.
⚠️Mais les oppositions locales et les freins juridiques empêchent toute relance de l’exploitation.
🤔 Que faut-il pour que la France réouvre ses mines ?
Alex Xplore
@AlexXplore
C) - ILS VEULENT GÉRER LA FRANCE… MAIS COMMENT GÈRENT-ILS LEURS PROPRES PARTIS ?
Voici les dettes déclarées fin 2024 par ces formations politiques.
Les comptes plus récent ne seront publiés que début 2027.
Formation politique, Dettes 2024
Renaissance. ≈ 19 300 000€
RN 18 913 105 €
LR. 12 292671€
Les Écologistes 7 912 847€
PS 7 911 998€
LFI 5 890 845€
PCF 5 297 288 €
Reconquête ! 1 387 018 €
Horizons. ≈ 300 000 €
Place Publique À l’équilibre
Nouvelle Énergie. À l’équilibre
Le constat interpelle.
Quand la France croule déjà sous la dette, regarder la manière dont les formations qui prétendent la gouverner tiennent leurs propres comptes n’a rien d’anecdotique.
Administrer n’est pas gérer. Dépenser n’est pas réformer. Et gouverner, c’est aussi savoir compter.
À l’ENA, on a longtemps formé les futurs dirigeants à administrer l’État. Quelques solides cours de comptabilité et de gestion n’auraient peut-être pas été superflus…
Avant de demander les clés des comptes de la France, encore faut-il montrer ce que l’on fait des siens.
J.K.
D) - DOCTORAT, UNIVERSITAIRE, DÉPUTÉE : LE PARCOURS CACHÉ DU PHÉNOMÈNE DE LA GAUCHE
Derrière ses tirades sur le « devoir de paresse », la fin du capitalisme ou les « hommes déconstruits », Sandrine Rousseau cache un profil académique bien plus solide qu'il n'y paraît.
🎓UN CV DE CHERCHEUSE DE HAUT NIVEAU (SI SI...)
Avant de devenir la coqueluche des médias et de déchaîner les passions, Sandrine Rousseau a mené une véritable carrière universitaire :
• Titulaire d'un Doctorat en Sciences Économiques.
• Enseignante-chercheuse spécialisée sur les thématiques du travail et de l'environnement.
• Vice-présidente d'université pendant plus de dix ans.
🔥 SORTIR DU CAPITALISME & L'ÉCOLOGIE RADICALE Au-delà de son parcours classique, c'est son logiciel politique qui en fait une figure unique et polarisante :
• Anti-capitaliste assumée : Elle prône ouvertement la sortie du productivisme et qualifie la recherche de croissance économique permanente d'aberration.
• Éco-féminisme radical : Pour elle, la lutte contre la destruction de la planète et le patriarcat sont indissociables.
• La décroissance comme modèle : Elle défend une réorganisation totale de nos modes de vie, loin du modèle de consommation traditionnelle.
🎙️ L'OVNI DE LA SCÈNE POLITIQUE FRANÇAISE
Qu'on soit en accord ou en désaccord total avec sa vision de la société, elle s'est imposée comme une figure à part du paysage républicain :
• Sans filtre et assumée : Elle incarne cette radicalité sans concession, loin du formatage habituel des cabinets ministériels.
• Zéro hypocrisie : Là où d'autres se réfugient derrière la langue de bois, elle assène ses idées brutes de décoffrage, même quand elles bousculent ou paraissent totalement décalées.
• Drôle malgré elle : Ses sorties inattendues et ses phrases choc s'accroissent à chaque passage télévisuel des débats endiablés.
Qu'on la soutienne ou qu'elle agace, une chose reste certaine : Sandrine Rousseau ne laisse personne indifférent !
🌿✨
Que pensez-vous de la vision de Sandrine Rousseau sur le capitalisme et la décroissance ? Préférez-vous la sincérité sans filtre ou la retenue politique ?
Patrice Bouche
E) - Depuis les années 70, le futur a été volé.
On devait avoir des voitures volantes.
De l’énergie abondante.
Des bonds vertigineux en physique, en biologie, en matériaux.
Une civilisation qui multiplie.
On a eu autre chose.
Des ministères de la rareté.
De la décroissance présentée comme vertu.
De la frugalité obligatoire.
De la culpabilité permanente.
J’ai toujours senti que quelque chose clochait.
Parce que l’histoire humaine n’a jamais été celle de la pénurie volontaire.
C’est celle de la puissance. De la construction. De la multiplication.
Ce qui s’est passé est simple.
Les communistes ont perdu la bataille économique.
Ils ont gagné la bataille culturelle et institutionnelle.
Ils n’ont plus besoin de prendre les usines.
Ils ont pris les autorisations.
Les normes.
Les universités.
Les esprits.
Ils ont transformé chaque problème d’ingénierie en drame moral.
Chaque ambition en péché.
Chaque abondance en menace.
On te vend la soif sur une planète d’océans.
On te vend la pénurie sur une planète d’abondance.
Le même logiciel partout.
Résultat : les systèmes sont capturés.
L’État est orchestré par des gens structurellement incapables d’innover.
Pas parce qu’ils sont mauvais.
Parce que le logiciel qu’ils ont reçu depuis cinquante ans leur apprend à gérer la rareté, pas à la détruire.
Dans un autre contexte, les mêmes cerveaux pourraient créer.
Dans celui-ci, ils bloquent.
Sauf une anomalie.
Elon Musk.
Il a fait le pari fou.
Il a refusé le script.
Il a construit.
Dans un monde qui n’aurait pas été capturé, on en aurait des dizaines comme lui.
Lui a tenu.
Il est devenu l’homme le plus riche du monde en produisant de l’abondance au lieu de la rationner.
Il est un peu comme Moïse.
Il montre la sortie du désert.
La voie où l’on arrête de gouverner la pénurie et où l’on pose les tuyaux.
Où la puissance rend tout possible.
Ce monde est en train de finir.
Quand il tombe, les bonds seront absurdes.
En physique. En biologie. En énergie. En matériaux.
Tout ce qui a été bloqué pendant cinquante ans va exploser.
On ne manque pas de ressources.
On manque de bâtisseurs.
Allez construire.
Suivez ceux qui refusent le script.
Le futur n’a pas disparu.
Il attendait juste qu’on arrête de le voler.

Tout coûte plus cher.
Pas à cause de la « crise ».
Pas à cause du marché.
À cause de ceux qui ont décidé que l’abondance était un problème.
Regarde les prix depuis 25 ans.
Télévisions, logiciels, jouets, vêtements : -70 % à -98 %.
Santé, éducation, logement, garde d’enfants : +140 % à +250 %.
Deux économies.
Une où la tech est libre.
Une où l’État a tout verrouillé.
Qui a verrouillé ?
Les mêmes qui ont transformé chaque problème d’ingénierie en drame moral.
- Les ministères de la Santé et de l’Éducation
- La Commission européenne et ses 40 000 fonctionnaires
- L’ANSES, la HAS, l’ARS
- L’ADEME et les normes énergétiques
- Les universités et leurs comités d’éthique
- Les syndicats de la fonction publique
- Les ONG financées pour inventer de nouvelles interdictions
Ils n’ont plus besoin de nationaliser les usines.
Ils ont nationalisé les autorisations.
Les normes.
Les permis.
Les certifications.
Chaque ambition devient un dossier.
Chaque innovation une menace.
Chaque abondance une culpabilité.
Résultat :
On te vend la pénurie sur une planète d’abondance.
On te vend la soif sur une planète d’océans.
Ils gèrent la rareté.
Ils ne savent plus la détruire.
Le jour où on arrête de leur demander la permission,
les prix s’effondrent.
Allez construire.
Sans eux.
Brivael Le Pogam
@brivael
F) - Constat, le factuel: Bilan des promesses non tenues par Emmanuel Macron!
Que nous soyons pour ou contre ses projets, qu'est-ce qui a tenu de ses propositions ?
🔸 Suppression de 120 000 postes de fonctionnaires
🔸 Plan d’économies de 60 milliards d’euros par an
🔸Protéger davantage les Français et une justice qui fonctionne mieux
🔸 Ramener le déficit public sous 3 % du PIB de façon durable
🔸 Stabiliser puis baisser la dette publique de l’État
🔸 Plein-emploi / taux de chômage à 7 % puis objectif 5 %
🔸 Système universel de retraite par points (fin des régimes spéciaux)
🔸 Choc de l’offre du logement et construction massive (dont 80 000 logements pour les jeunes)
🔸 Éradiquer la grande pauvreté « à hauteur d’une génération »
🔸 Plus aucun SDF dans les rues ni de demandeurs d’asiles à la rue
🔸 Plan d’investissement dans les compétences (PIC) : transformation structurelle et ciblage des peu qualifiés
🔸 Modulation des péages selon le nombre d’occupants
🔸 Billets d’avion aidés massifs pour les ultramarins
🔸 Congé maternité unique et aligné sur le régime le plus avantageux pour toutes les femmes
🔸 Alignement complet de la fiscalité du diesel sur l’essence
🔸 Revenu universel d’activité (RUA) / fusion simplifiée des prestations sociales
🔸 Bonus-malus assurance-chômage pleinement appliqué aux employeurs pour lutter contre la précarité
🔸 Garantie jeunes généralisée de façon pérenne (remplacée puis transformée)
Institutions et vie démocratique
🔸 Dose significative de proportionnelle aux législatives
🔸 Obligation de casier judiciaire vierge pour toute candidature au suffrage universel (version stricte)
🔸 Interdiction totale des activités de conseil pour les parlementaires
🔸 Rendre compte chaque année du bilan devant le Parlement de façon systématique
🔸 Tirage au sort permanent ou institutionnalisé de citoyens dans les instances de décision
🔸 Convention citoyenne pour le climat : reprise « sans filtre » de toutes les propositions
🔸 Placer la France en tête du combat contre les pesticides et perturbateurs endocriniens
🔸 Réduction de 25 % (ou plus) de l’usage des produits phytosanitaires
🔸 Aider les agriculteurs à être payés au « prix juste »
🔸 Objectif de 50 % de nucléaire dans le mix électrique en 2025 (reporté puis abandonné)
🔸 Construction massive de logements étudiants et pour jeunes actifs
🔸 Généralisation effective du droit à l’assurance-chômage pour les démissionnaires
🔸 Augmentation significative du nombre de places de prison / nouvelles prisons construites à grande échelle
🔸 Créations massives de postes d’enseignants selon les objectifs initiaux
🔸 Affectation prioritaire des enseignants néotitulaires dans certains établissements
🔸 Référendum ou grande consultation citoyenne annoncée dans certains vœux
🔸 Poursuite de la trajectoire de réduction structurelle de la dépense publique
Différents liens sur le programme de M. Macron:
A) La société avec Emmanuel MACRON (Les 35 heures - Le clivage Gauche/Droite - Renouvellement du personnel politique - Le rôle du politique - La Laïcité - Une nouvelle offre politique - La lutte contre le terrorisme - De la défiance à la confiance - Le travail le dimanche - L’identité française - La lutte contre les discriminations - Les causes sociales du terrorisme - La justice du travail ) - http://vision-macron.fr
B) L' Économie avec Emmanuel MACRON ( La stratégie industrielle - La robotisation de l’économie - L’épargne des Français - Lever les freins à l’entrepreneuriat - L’épargne des Français - L’intégration dans la mondialisation - La flexi-sécurité du marché du travail - Le financement des entreprises - L’économie circulaire - Une économie 2.0 - La lutte contre le chômage - Encourager l’innovation - Les bus Macron - L’accès aux professions réglementées - La compétitivité française - Libérer le pays, sortir des corporatismes - Promouvoir le risque face à la rente - La loi Macron - Les dépenses publiques - Un capitalisme de long terme - Une nouvelle politique de l’offre - L’actionnariat salarié -
C) L'État avec Emmanuel MACRON ( Assurer notre sécurité - Gouvernance et pragmatisme - L’Etat, actionnaire stratège
D) L' enseignement avec Emmanuel MACRON ( Repenser l’Ecole )
E) L' environnement avec Emmanuel MACRON ( La transition énergétique - Le nucléaire - La filière alimentaire )
F) L'international avec Emmanuel MACRON ( Le conflit Syrien - Les réfugiés en Europe )
G) L'Europe avec Emmanuel MACRON ( Le couple Franco-Allemand - La politique monétaire européenne - Le Brexit - La politique budgétaire européenne - Les institutions européennes - Une Europe à deux vitesses - Le projet européen - Le sentiment d’appartenance à l’UE - La crise grecque)
H) La solidarité avec Emmanuel MACRON ( L’Egalité des Opportunités - L’accès au logement - La pénibilité au travail - De la protection par le statut à la protection de l’individu)
La Macronomie !! (a) L’impossibilité d’un fédéralisme européen - Jacques Sapir - sputniknews b) Macron: la zone euro doit changer ou mourir c) Loi Macron: une solution anti-crise controversée, un rappel :) d) Divers liens sur la "Macronomie" notamment sur Contrepoints
La "Macronomie" version J-Y.Naudet - A. Madelin - Jyrki Katainen ( sommaire) + infos sur Macron. (A) - LOI MACRON : LIBERALISATION OU REGULATION ? Aleps - par Jean Yves Naudet
B) - La loi Macron : véritable révolution ou opération politique ? Aleps - par Jean Yves Naudet
C) - PROFESSIONS REGLEMENTEES : LA PEUR DE LA CONCURRENCE Aleps - par Jean Yves Naudet
D) - Les professions réglementées (info - synthèse) par L'Université Liberté E) - PROFESSIONS FERMÉES : LE CLIENT EST-IL ROI ? Aleps - par Jean Yves NaudetF) -
PROFESSIONS FERMÉES : L’OUVERTURE A DURE DEUX JOURS ! Aleps - par Jean Yves Naudet G) - "La vraie facture de l’assistanat c'est celle des entreprises (150 milliards de subventions)" Alain Madelin - Atlantico - Alain Madelin par L'Université Liberté H) - La laitière et le pot au lait de Jean de la Fontaine ou la France qui tombe ? par L'Université Liberté I) - Biographie, missions, cabinet, actions d' Emmanuel Macron J) - Jean-Yves Naudet par Wikibéral K) - La page de la Macronomie chez Contrepoints L) - Infos dernières)
Que s'est-il passé en France ? Mars 2026 ( C) - La trahison nucléaire de Macron : un scandale qui menace la souveraineté française)
ACTUALITÉS POLITIQUES en FRANCE (Avril 2026) - ( A) - Ces politiques publiques qui tuent la protection sociale B) - La santé du Président au-dessus de la Constitution ? C) - Macron viole Notre-Dame : un président païen impose sa marque sur le patrimoine religieux français D) - Présidentielle 2027 : faut-il espérer l’homme providentiel ou le redouter ?)
INFORMATIONS FRANÇAISES - MAI 2026 ( C) - Emmanuel Macron et le malentendu d’un double quinquennat D) - Le temps d’une décision… Ou d’une indécision )
etc......
G) - Divers textes imagés sur notre politique récente