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septembre 28, 2026

Pape Léon XIV, automne 2026 & Président Macron....... !

Léon XIV à Paris : La foule à l’Étoile, Macron face à sa propre phrase…

Le 25 septembre 2026, premier jour d’une visite de quatre jours, Léon XIV n’est pas venu départager les partis. Il est venu occuper un espace que le politique français nourrit trop peu : celui des idéaux. France 2 titre sans détour : « Le pape en France, une visite très politique. » À l’Élysée puis à l’Unesco, le souverain pontife a réaffirmé son opposition à l’aide médicale à mourir et appelé à encadrer l’intelligence artificielle. Dans les rues, la papamobile a traversé 2,5 kilomètres de ferveur. À Notre-Dame, il a dit que « le cœur d’un peuple bat dans ce lieu ». Au Stade de France, près de 80 000 jeunes de 17 à 35 ans l’attendaient. Macron l’a reçu au palais ; il a fait savoir qu’il n’assisterait pas, le lendemain, à la messe en plein air, où il se ferait représenter par le Premier ministre et Brigitte Macron. Nicolas Sarkozy, lui, a déclaré que, président, il y serait allé. Pourtant, lorsqu’il était président en 2008, il n’avait pas assisté à la messe de Benoît XVI aux Invalides.

Le contraste dessine le propos. L’État offre le protocole, la sécurité, un huis clos de quinze minutes. Le pape offre une parole sur la vie, la machine, la guerre et la laïcité. Quand le politique administre encore et console rarement, la chaire parle à ceux qui, comme Natasha St-Pier le dit au JDD, ont besoin « d’une parole bienveillante, d’un regard bon, d’une pointe d’espoir » dans un monde « de plus en plus informatisé et de moins en moins humain ». La foule des rues le dit autrement : « Il faut le rencontrer à tout prix une fois. » Ce n’est pas un slogan de diocèse. C’est le symptôme d’un pays où l’éloquence publique s’est tarie, où les camps occupent l’espace que les idéaux ont quitté, et où une partie de la jeunesse — y compris des nouveaux convertis, des revenants et des curieux — cherche un langage qui ne soit ni le marketing identitaire ni l’abandon gêné des institutions.

Sur les réseaux, la séquence de l’Élysée a été aussitôt déformée. Un carton viral, massivement repris, titre : « Macron s’est fait remettre à sa place par le pape Léon devant tout le monde. » Le bandeau fait dire au pontife, « sans hausser le ton » : « Un président qui fait semblant de se désintéresser de l’Église et des catholiques manque à son devoir. » Le mot à mot du Vatican est autre. Léon XIV a cité les paroles de Macron aux évêques de France en 2018 : « une Église prétendant se désintéresser des questions temporelles n’irait pas au bout de sa vocation ; et qu’un Président de la République prétendant se désintéresser de l’Église et des catholiques manquerait à son devoir. » Puis la prière pour « votre belle Nation ». Le « fait semblant », le « devant tout le monde », la « remise à sa place » sont un montage interprétatif, pas le discours. L’écart n’est pas anodin : le fake transforme une citation réciproque en humiliation unilatérale. Il n’empêche pas d’analyser pourquoi le montage a pris : en 2026, le même président s’absente de la messe de masse. La phrase de 2018, rendue par le pape, sonne alors comme un boomerang — sans que Léon XIV ait eu besoin de forcer le trait.

Les images aériennes du lendemain montrent, elles, un fait. Une foule immense est partie de la place de la Concorde, a rempli les Champs-Élysées et a débordé jusqu’à l’Étoile et l’avenue de la Grande-Armée. Le Vatican l’estime à environ 800 000 personnes, après une première estimation de 700 000. Ce n’est pas seulement un succès logistique. C’est le retour, en plein air, d’une évidence que le débat public s’est employé, des années durant, à relativiser : la France ne s’est pas seulement administrée comme République ; elle s’est aussi formée dans une matrice chrétienne — liturgie, calendrier, hôpitaux, écoles, droits de la personne repris et sécularisés. Minimiser cette généalogie n’efface pas la foule. Cela la rend illisible aux yeux de ceux qui gouvernent encore comme si le pays n’avait plus de fond.

Une journée d’État et de foule : Orly, l’Élysée, l’Unesco, Notre-Dame, Saint-Denis

L’avion s’est posé à Orly un peu avant 10 heures. Le couple présidentiel attendait sur le tarmac. Des fidèles tenaient une banderole « Welcome in France ». Sur les t-shirts, le Vatican avait fait imprimer la devise du voyage, tirée de l’Évangile : « Pour que le monde ait la vie ». France 2 le note : la formule célèbre la vie abondante ; elle est aussi une référence à l’opposition de l’Église à la loi sur la fin de vie.

À l’Élysée, Garde républicaine, entretien à huis clos avec Emmanuel Macron, puis discours aux autorités, au corps diplomatique et à la société civile. « La France est très souvent au cœur de la prière du pape », a-t-il dit en préambule. Origines familiales « normandes et béarnaises ». Paris, « ville lumière », phare « culturel, artistique et spirituel ». Trois fois, la devise. Face aux « bruits de bottes » et aux « crises multiformes », vocation française : « artisan infatigable de paix et de multilatéralisme », « au sein de notre chère Europe ».

L’après-midi, passage à la nonciature, puis l’Unesco et Khaled El-Enany : discours sur l’intelligence artificielle. Vers 16 h 30, la papamobile — Notre-Dame-des-Champs, Port-Royal, boulevard Saint-Michel, parvis de Notre-Dame. Quarante minutes, haute sécurité, foule. Première entrée du pontificat sous les ogives. Mgr Laurent Ulrich. Reliques de la Sainte-Croix et de la couronne d’épines, ramenées d’Orient par saint Louis. Vêpres devant près de 8 000 clercs, religieuses et séminaristes. Puis le Stade de France, veillée vers 18 h 30. Nuit à la nonciature, avenue du Président-Wilson, saluts à la fenêtre.

Le calendrier n’est pas un ornement. Il dit la stratégie : d’abord l’État, ensuite l’institution mondiale de la culture et de la science, ensuite le peuple dans la rue, ensuite le clergé dans la pierre reconstruite, enfin la jeunesse dans l’enceinte sportive. Un pape « offensif, qui entend rassembler, mais aussi affirmer ses convictions », écrit France 2. La communication, disent les envoyés depuis Rome, est « parfaitement maîtrisée ».

La maîtrise n’explique pas à elle seule ce que les caméras ont filmé. La déambulation n’était pas une parenthèse folklorique entre deux discours. C’était le premier grand défilé pontifical de Léon XIV dans la capitale, une messe de fait avant la messe. Des milliers de visages le long des boulevards — quelque 300 000 personnes selon l’estimation des autorités locales reprise par le Vatican —, des téléphones levés, des silences soudains, des acclamations. France 2 parle de « ferveur des fidèles ». Le mot est faible si l’on compare à l’ordinaire des cortèges officiels parisiens, trop souvent escortés par l’indifférence ou la contestation. Ici, la rue n’a pas demandé un programme. Elle a demandé une présence. La messe collective du lendemain — celle dont le chef de l’État s’absente — devait donner à cette ferveur sa forme liturgique, en plein air, au cœur symbolique de la République. Les clichés pris du ciel montrent une place saturée, un parvis blanc de têtes, les Champs-Élysées comme une nef à ciel ouvert. Le pouvoir politique offre le périmètre de sécurité. Le pouvoir d’éloquence, ce jour-là, n’était pas à l’Élysée.

Consolation sociologique : Notre-Dame, Cassin, et le recul du politique

À l’Élysée, Léon XIV a salué la restauration de Notre-Dame : l’attention de Macron, les institutions publiques et privées, un savoir-faire « synonyme d’excellence », « tous les artisans et corps de métiers ». La réouverture n’est pas seulement « le couronnement d’une prouesse technique ». C’est « le symbole d’une espérance retrouvée, la preuve que ce que l’on croyait détruit à jamais peut renaître grâce à la collaboration de chacun, et le témoignage d’une unité réalisée dans l’effort commun ».

Le soir, sous les voûtes, l’homélie a donné à la métaphore son poids charnel. « J’ai souhaité vous rencontrer dans ce lieu symbolique. C’est une joie pour moi d’en avoir franchi le seuil. » « Sept années se sont écoulées depuis que le monde entier a retenu son souffle devant la cathédrale incendiée. À l’époque nous avions levé les yeux, déconcertés. Nous avons pris conscience en cette heure dramatique que Notre-Dame est plus qu’un monument. Aujourd’hui la splendeur du résultat révèle que le cœur d’un peuple bat dans ce lieu, que nous sommes au centre vital d’une civilisation. »

Sociologiquement, le geste est limpide. Un édifice brûlé, une société fracturée, un travail collectif qui défait le récit de l’irréparable. Ce n’est pas un miracle administratif. C’est une pédagogie de l’effort commun — précisément ce que les cycles électoraux et les niches parlementaires peinent à incarner. Le pape invite les acteurs politiques, sociaux et religieux à s’en inspirer pour « un nouvel élan […] dans un esprit d’unité, avec la force d’une vivante espérance ».

Il a nommé René Cassin et la Déclaration universelle, proclamée à Paris. Liberté, égalité, fraternité « ne sont pas de simples mots gravés sur les frontons » : ce sont des « exigences éthiques universelles » qui trouvent aussi dans l’Évangile « une source inépuisable ». Jean-Paul II : « pierre milliaire sur le chemin du progrès moral de l’humanité ». Toute menace contre les droits, biens matériels ou spirituels, « est également dangereuse pour la paix car elle touche toujours l’homme dans son intégralité ».

Consoler, ici, ce n’est pas endormir. C’est rappeler qu’une nation qui a donné au monde le langage des droits ne peut les traiter comme un décor — ni comme un stock de prestations.

Or c’est précisément ce traitement-là qui définit, depuis une génération, une certaine surdité française. Non pas une infirmité : une surdité organisée. Le sommet de l’État entend encore les flux — croissance, sondages, sécurité du cortège, représentation protocolaire. Il n’entend plus, ou feint de n’entendre plus, ce qui n’entre pas dans la grille : le besoin d’un récit, d’une filiation, d’une limite posée à la technique et à la mort administrée. On a appelé cela la modernité. On a souvent obtenu l’abandon. Abandon des idées au profit des éléments de langage. Abandon des valeurs au profit des procédures. Abandon du politique, au sens noble — dire ensemble ce qui vaut la peine d’être défendu — au profit de la gestion. La République continue d’imprimer devise et frontons. Elle hésite à les habiter. Quand 800 000 personnes remplissent l’axe Concorde–Étoile, ce n’est pas « le retour du cléricalisme ». C’est le pays qui parle une langue que le Palais a désapprise.

Natasha St-Pier chante « Pour que le monde ait la vie » avec Grégory Turpin devant 80 000 jeunes, puis à Lourdes. Elle formule le besoin social que le discours pontifical rencontre : « On vit dans un monde qui n’est pas facile […]. Il reste peut-être cet endroit, notre spiritualité, qui, elle, ne peut pas devenir digitale. » Dix-huit ans après Benoît XVI à Paris. La foule des rues dit autre chose que les sondages : « Il faut le rencontrer à tout prix une fois. »

Cette phrase éclaire le Stade de France mieux que les communiqués. Quatre-vingt mille jeunes de 17 à 35 ans dans une enceinte conçue pour le spectacle sportif : ce n’est pas le catholicisme sociologique des années 1960, hérité et tiède. C’est une jeunesse mixte — pratiquants, nouveaux convertis, baptisés tardifs, agnostiques en quête, enfants d’une France où l’école et la culture ont trop souvent remplacé la transmission par le soupçon, le récit national par la repentance permanente, le bien commun par les assignations identitaires. Le wokisme, comme grille, a promis l’émancipation et produit souvent la fatigue : chacun sommé de se classer, rarement invité à s’élever. Léon XIV ne prononce pas le mot. Il en désarme la logique. Il parle de personne, non de camp ; de dignité sacrée, non de statut ; de dialogue des consciences, non d’uniformité morale. Au Stade de France comme à l’Étoile, l’éloquence redevient un pouvoir : non celui de gouverner, celui de nommer ce qui manque — précisément ce que le politique, en recul, ne nomme plus.

Le recul n’est pas seulement électoral. Il est anthropologique. Une société qui ne sait plus dire pourquoi la vie mérite d’être protégée jusqu’au bout, pourquoi la machine ne doit pas devenir un maître, pourquoi la guerre n’est pas une destinée, laisse un vide. Ce vide attire les camps, les réseaux, les fakes, et parfois un pape. L’élan des Champs-Élysées n’efface pas les menaces — sociales, géopolitiques, morales — que le pays sent peser. Il montre qu’une part de la population refuse de les affronter sans boussole. L’espoir n’est pas un sondage. C’est le fait qu’un axe entier de la capitale puisse encore se remplir pour autre chose qu’une finale ou une colère.


Le politique que l’Élysée n’écrit plus seul : fin de vie, machines, laïcité, armes

France 2 a raison sur le calendrier. Deux mois après l’adoption définitive de la loi créant un droit à « l’aide à mourir », Léon XIV dénonce, à l’Élysée, les dérives qui transforment science et technologie en entreprises lucratives favorisant « les manipulations génétiques, la gestation pour autrui, l’achat d’organes ou l’offre d’une mort programmée ». « Je réaffirme avec force que la protection du droit à la vie constitue le fondement incontournable de tout autre droit humain. » Même martèlement à l’Unesco, organisation des Nations unies. Ce n’est pas une parenthèse spirituelle. C’est une contestation frontale d’un vote parlementaire, prononcée dans la maison du président de la République — là où le politique a tranché et où il refuse désormais d’entendre la contestation sous forme liturgique.

Le « paradis des machines » prolonge le diagnostic. Encyclique Magnifica Humanitas, mai 2026. Le progrès technique a amélioré les conditions de vie ; chaque étape révèle « la face ambiguë d’outils susceptibles de causer du tort lorsqu’ils ne sont pas mis au service du bien ». Bernanos : risque que l’obéissance aveugle et l’irresponsabilité deviennent maîtres du « Paradis des Machines ». La France, elle, avait formé des siècles durant « des hommes libres, pleinement responsables de leurs actes ». Urgence : « replacer la personne humaine au cœur de toute réflexion » pour « ne pas perdre notre humanité au milieu du “paradis de machines” qui envahissent et conditionnent notre quotidien ». Discernement éthique. Liberté intérieure. Dignité sacrée.

À l’Unesco, le registre devient opérationnel. Le pape prononce ce passage en anglais ; France 2 en retient : « Je voudrais attirer l’attention sur les défis qui surgissent dans le vaste champ de la technologie. Nos efforts dans ce domaine doivent garantir que les nouvelles technologies demeurent au service de la personne humaine, au lieu de devenir un instrument supplémentaire de domination et d’injustice. » À l’Élysée, le matin même, il avait posé le cadre. Une société « authentiquement libre n’impose pas l’uniformité, mais protège la diversité des consciences, en prévenant les dérives autoritaires » ; il reprenait là sa propre formule du discours au corps diplomatique du 9 janvier 2026. Dialogue « urgent » entre appartenances culturelles et religieuses. La science et la technologie, lorsqu’elles « ne sont pas éclairées par la conscience », proposent des solutions immédiates qui « peuvent gravement les détourner du bien ». Entreprises lucratives : manipulations génétiques, GPA, achat d’organes, « mort programmée ».

Vincent de Paul, le XVIIᵉ siècle caritatif, les soignants : « école d’humanité ». Accueillir la vie sans condition. « Défendre avec courage et compassion ceux qui n’ont pas de voix. » Le politique promet le soin comme prestation. Le pape le replace comme vocation. Là où l’État gère des flux, l’Église, dans son récit, « se [fait] le visage vivant de la tendresse et de la compassion de Dieu ».

Sur la laïcité, il refuse le piège que Sarkozy, le matin même à la télévision, a rappelé à sa manière. L’ancien président : « chrétien de naissance », « de culture », « de croyance » — « trois raisons d’être à la messe du pape ». Macron absent de la messe de masse : décision « très personnelle ». « Certains disent “au nom de la laïcité, on ne doit pas y aller”, ça n’a aucun sens. La laïcité, ce n’est pas une interdiction. La laïcité, c’est un droit. Le droit de croire ou de ne pas croire. » « Si j’avais été président de la République, j’aurais assisté à la messe du pape. » Il a lui-même rappelé qu’Emmanuel Macron avait assisté, en 2023, à la messe du pape François au Vélodrome de Marseille. Absent des Invalides en 2008, Sarkozy était cette fois à la Concorde.

Léon XIV, à l’Élysée, dit presque la même chose dans la langue de Rome. L’engagement au service d’autrui est « l’expression de la juste laïcité de la Cité terrestre ». « Le chrétien impliqué dans la vie publique […] ne peut être considéré comme un prosélyte ou une menace à l’unité de la patrie. » « La véritable laïcité n’exclut pas la dimension religieuse, mais sait au contraire en tirer parti comme d’une ressource éducative. » L’école catholique « a toute sa place ». La juste laïcité ne consiste pas à « exclure la religion de l’espace public ou de l’éducation », mais à faire dialoguer État et Église « au service du bien commun, pour que le monde ait la vie ». Instance de dialogue Saint-Siège–Église de France–gouvernement. Vatican II : saine coopération.

Puis la citation de 2018, rendue à son auteur. Pas un clash inventé. Un miroir. Le président de 2018 théorise encore le devoir d’attention aux catholiques. Le président de 2026 s’absente de la messe — et, selon l’Élysée, de tout temps religieux de la visite. Deux mois après la loi sur l’aide à mourir. Au moment où la foule déborde jusqu’à l’Étoile. Le fake viral (« fait semblant », « remise à sa place ») surinterprète ; il révèle aussi une attente : une fraction du pays voulait entendre un rappel, et l’a fabriqué quand le texte officiel lui semblait trop courtois. Souhaiter prier pour « votre belle Nation » n’est ni une caresse ni une gifle. C’est la clôture liturgique d’un rappel civique que Macron avait lui-même formulé. La surdité consiste ici à traiter ce rappel comme une affaire privée, alors que 800 000 personnes en ont fait une affaire publique.

Le Moyen-Orient et la guerre ferment le discours de puissance. Aide à l’Église en Détresse, Œuvre d’Orient, Fonds pour les écoles d’Orient depuis 2021 : plus de 260 établissements, sept universités au Liban, Bethléem. « Nous ne pouvons pas rester indifférents devant de telles souffrances qui blessent la dignité humaine et crient justice à Dieu. » Civilisation de l’amour. Jean XXIII : arrêter la course aux armements, réduire parallèlement, proscrire l’atome, contrôler. Conviction « erronée » que l’arme nucléaire est « un gage de sécurité ». « La paix n’est pas un équilibre des forces, elle se construit chaque jour par le dialogue et la justice. » « Je vous exhorte donc à ne jamais vous résigner à la perspective d’une guerre en la considérant comme “inévitable”. » Paix « désarmée et désarmante ». La France, « dans la fidélité à ses valeurs », doit « creuser le sillon ».

La phrase tombe dans un monde où pèse encore la guerre lancée fin février par Washington et Israël contre l’Iran, où les alliés européens résistent à l’implication directe. C’est aussi un monde où le même Léon XIV a été qualifié, en avril, de « terrible » en politique étrangère par Donald Trump. Le pape ne nomme pas ce conflit-là à l’Élysée. Il nomme le principe. C’est assez pour que la visite soit politique sans être partisane.

L’éloquence, ici, n’est pas un ornement. C’est un acte de souveraineté symbolique. Pendant que le débat français s’épuise en lignes de fracture — fin de vie, identité, école, frontières — le pape reconstitue une grammaire : la personne avant le dispositif, le bien commun avant le camp, la paix avant l’équilibre de la peur. Il ne gagne pas une élection. Il rappelle qu’une nation peut encore être parlée autrement qu’en parts de marché électoral. La ferveur des boulevards, du Stade de France et de l’Étoile n’est pas la preuve d’un raz-de-marée confessionnel. Elle est la preuve d’une soif. Une jeunesse que l’on a trop souvent formée à déconstruire plutôt qu’à habiter cherche, fût-ce une soirée, un lieu qui « ne peut pas devenir digital ». Les nouveaux convertis n’y sont pas une statistique officielle du jour ; ils sont le signe que la transmission, ailleurs en panne, reprend parfois par le bas — par la rue, par le stade, par une homélie, par une place saturée vue du ciel — lorsque le haut de l’État choisit le huis clos et s’épargne la messe.



Léon XIV n’est pas venu gouverner la France. Il est venu dire ce que le calendrier parlementaire, deux mois après une loi de fin de vie, et le calendrier diplomatique, au milieu des « bruits de bottes », nourrissent trop peu. Un peuple blessé a besoin d’une image de renaissance (Notre-Dame, « cœur d’un peuple »), d’un langage de dignité (Cassin) et d’un garde-fou contre la machine (Bernanos, Unesco). Il a besoin d’un soin qui n’est pas un marché (Vincent de Paul), d’une laïcité qui n’expulse pas la conscience (contre l’absence à la messe autant que contre le cléricalisme), et d’une paix qui n’est pas un équilibre de terreur.

Le message sociologique est celui-ci. Les institutions civiles gèrent encore les flux — hôpitaux, écoles, frontières, lois, dispositifs de sécurité autour du cortège. Elles peinent à dire pourquoi vivre ensemble. C’est cela, l’abandon : non la disparition de l’État, mais le recul du politique comme producteur d’idéaux. Une partie du pays, et surtout de sa jeunesse, a cessé d’attendre cette phrase du Palais. Elle l’a cherchée dans un défilé de 2,5 kilomètres, dans une cathédrale relevée, dans une veillée de 80 000 âmes à Saint-Denis, dans une messe de masse dont les vues aériennes montrent l’Étoile comme une assemblée. Les réseaux ont fabriqué un président « remis à sa place ». Le Vatican a rendu à ce président sa phrase de 2018. Il ne faut pas confondre les deux. Il faut voir ce qui les relie : l’indifférence perçue aux catholiques n’est plus, pour une fraction du pays, un détail de laïcité ; elle est lue comme un manquement — et, plus largement, comme la preuve que le sommet n’entend plus le fond. Le pape a reparlé le « pour que le monde ait la vie » comme un idéal que la République a gravé et qu’elle n’incarne plus seule. On pourra lui objecter le dogme, la bioéthique, le nucléaire. On ne pourra pas dire qu’il a parlé dans le vide. Il a parlé dans le creux laissé par une politique qui offre encore le tarmac et refuse parfois la messe — et qui console rarement. La foule, elle, n’a pas demandé la permission. Elle a rempli la place. Malgré les menaces. Parce que l’espoir, ici, n’était plus dans le communiqué : il était dans l’axe.

 

Angélique Bouchard 

Diplômée de la Business School de La Rochelle (Excelia - Bachelor Communication et Stratégies Digitales) et du CELSA - Sorbonne Université, Angélique Bouchard, 25 ans, est titulaire d’un Master 2 de recherche, spécialisation « Géopolitique des médias ». Elle est journaliste indépendante et travaille pour de nombreux médias. Elle est en charge des grands entretiens pour Le Dialogue.

 https://lediplomate.media/leon-xiv-paris-foule-etoile-macron/





À Metz, Emmanuel Macron s’est permis d'arriver en retard et de faire attendre le Pape avant de prendre une nouvelle leçon de philosophie politique sur la guerre, la paix et l’Europe.
 
Notre président pervers narcissique manipulateur a cessé spontanément de bouder pour venir instrumentaliser honteusement cette visite du Pape à Metz, sur une terre de frontières, de blessures et de cicatrices, là où nous savons du fait de l’histoire, après trop de sang versé, que la paix et la réconciliation ne doivent pas être de vains mots, que ça doit être un choix à un moment donné, et du courage.
 
Emmanuel Macron est donc venu à Metz pour nous revendre son discours politique euro-fanatique et répugnant avec son Europe fédérale, technocratique, distante, autoritariste, liberticide, progressiste, immigrationniste, belliciste et ruineuse. 
 
L’Europe d’Emmanuel Macron, de Gabriel Attal et d'Édouard Philippe, c’est une Europe sans frontières, sans valeurs, qui ne défend plus notre civilisation et qui brûle norte argent pour servir des causes lointaines et des intérêts étrangers avec notre argent. 
 
Le pape a appelé à arrêter la guerre en Ukraine immédiatement car elle est un « MASSACRE INUTILE » ! Il a souligné que la Paix en Ukraine exigeait un dialogue patient, des sacrifices et des renoncements, sous entendant, notamment, que le régime corrompu de Kiev devait apprendre à accepter sa défaite. 
 
Léon XIV a encore parlé des racines chrétiennes de l’Europe, sans arrogance, comme un héritage qu’on n’a pas le droit d’oublier. 
 
Enfin, plutôt que de parler de "souveraineté européenne" (qui n’a pas de réalité politique et juridique), le Pape a évoqué notre bonne et nécessaire souveraineté nationale. 
 
Ça fait davantage de bien d'entendre le Pape rassurant qu’Emmanuel Macron, angoissant. Notre président ne va rien régler d’ici demain, bien sûr, car il doit se nourrir du chaos (comme devant nos Lycées). 
 
Mais le positionnement du Pape replace les choses à leur juste place et surtout à l’endroit : la paix ne tombe pas du ciel toute faite. Elle se décide. Elle se prépare. Elle se discute. Elle se négocie. Et, tôt ou tard, elle se signe. 

Yann Bizien 

 
 
21 Septembre 2026 , à quelques jours de l'arrivée du saint Père Léon XIV en France , l'Elysée annonce que le président Macron n'assistera pas aux messes du pape Léon XIV 
 
24 Septembre 2026 , le stade de France accueille 80 000 pèlerins dans un spectacle d'une beauté fracassante mêlant , religion , croyance , histoire et allégresse .
 
25 Septembre 2026 , 1 million de personnes s'amassent place de l'étoile , le long des 2 km des Champs Elysées et place de la Concorde , pour une messe pontificale qui surpris le saint père lui même .
 
27 Septembre 2026 , 150 000 pèlerins valides et en position de handicap , accueillent le pape Léon XIV pour une messe à la grotte de Massabielle à Lourdes . 
 
28 Septembre 2026 , près de 100 000 personnes accueillent le pape Léon XIV pour une rencontre et une messe à Metz , carrefour des religions . 
 
28 Septembre 2026 , à la vue de l'ampleur de l'accueil des chrétiens français réservé à leur saint père Léon XIV et le retentissement sociétal de la visite papale , Emmanuel Macron annonce qu'il se rendra à Metz , assistera à la messe papale en la cathédrale de Metz 
 
Le dernier miracle de la visite papale aura été de faire comprendre à un pseudo président français , que les dix dernières années de la France , les 10 années de sa présidence , n'auront servi à rien , dix en de perdus , 10 ans qui ne feront pas une ligne dans l'histoire de France , 10 années de négation de l'esprit français ......
 
28 Septembre 2026 , le jour où un pseudo président de la république française se rendit compte qu'il porte des habits bien trop grands pour sa petite personne ......

 


 

Léon XIV en France : les messages du pape mettent Emmanuel Macron face à un débat sur la paix et l’Europe

 

La visite de Léon XIV en France, du 25 au 28 septembre, s’est achevée lundi soir après quatre journées particulièrement denses à Paris, Lourdes et Metz. Présenté par certains commentateurs comme un épisode difficile pour Emmanuel Macron, ce déplacement a surtout fait émerger plusieurs débats sensibles autour de la place du christianisme, de l’identité française, de la paix et de l’avenir européen.

Le président de la République a accueilli le pape au palais de l’Élysée le 25 septembre. Les deux hommes ont échangé sur les relations entre la France et le Saint-Siège ainsi que sur plusieurs dossiers internationaux, notamment la guerre en Ukraine, la situation au Proche-Orient, les partenariats avec l’Afrique, le climat et l’intelligence artificielle. L’Élysée a également insisté sur une volonté commune de travailler en faveur de la paix et du dialogue.

La séquence parisienne a toutefois donné lieu à une configuration institutionnelle particulière. Emmanuel Macron n’était pas présent à la messe célébrée place de la Concorde le 26 septembre. Il était représenté par son épouse, Brigitte Macron, aux côtés notamment du Premier ministre Sébastien Lecornu. La cérémonie a réuni plusieurs centaines de milliers de personnes venues assister à la messe présidée par Léon XIV.

Cette absence a rapidement nourri les commentaires politiques. Pour certains observateurs critiques du chef de l’État, elle symboliserait une distance entre Emmanuel Macron et la dimension religieuse de la visite. Il faut toutefois rappeler qu’il s’agit d’une interprétation politique et non d’une conclusion établie sur les intentions du président. 

La mobilisation populaire a, elle, constitué l’un des éléments les plus visibles du déplacement. Dès le vendredi soir, environ 80 000 jeunes étaient réunis au Stade de France pour une veillée avec le pape. Léon XIV leur a parlé de foi, de vocation, de fraternité et d’espérance, en insistant notamment sur le fait que le combat chrétien ne devait pas être compris comme un affrontement contre les autres.

Le lendemain, place de la Concorde, la messe a attiré une foule considérable. Dans son homélie, le pape a notamment appelé les catholiques français à retrouver un horizon d’espérance et à contribuer à une société renouvelée à partir de ses racines spirituelles. 

Cette dimension française du discours pontifical occupe une place importante dans la lecture proposée par la vidéo à l’origine de cet article. Son auteur estime que Léon XIV aurait mis particulièrement en valeur l’histoire, la culture et les racines chrétiennes de la France, en contraste avec ce qu’il considère comme la politique menée depuis plusieurs années par Emmanuel Macron.

Sur ce point, le voyage comportait effectivement une forte dimension historique et culturelle. Le programme officiel prévoyait notamment Notre-Dame, l’UNESCO, le Stade de France, Lourdes et enfin Metz, ville associée à la mémoire de Robert Schuman et à l’histoire de la construction européenne.

 À Notre-Dame, Léon XIV a présenté la cathédrale comme davantage qu’un simple monument. Il a établi un parallèle entre sa reconstruction après l’incendie de 2019 et la capacité de l’Église française à se renouveler. Devant les responsables religieux réunis dans la cathédrale, il a appelé à une Église « vivante, multiforme et proche », capable de transmettre son héritage tout en regardant vers l’avenir.

 Mais c’est surtout la question de la paix qui a pris une place centrale dans les déclarations du pape. Dès son arrivée en France, Léon XIV avait présenté son déplacement comme une occasion de porter un message de paix. Le thème a ensuite traversé ses différentes interventions, jusqu’à la dernière journée à Metz. 

À Metz, ce message est devenu particulièrement explicite. Lors de la rencontre « Aux racines de l’Europe pour la paix et l’unité », Léon XIV a appelé les responsables politiques à privilégier le dialogue et la négociation. Il a également invité à être prêts à « sacrifier certaines positions pour le bien supérieur » de la paix.

Le pape a par ailleurs mis en garde contre une vision selon laquelle l’augmentation des dépenses militaires constituerait à elle seule une réponse suffisante aux menaces internationales. Son discours évoquait la nécessité d’« efforts créatifs » pour construire la paix et soulignait les limites d’une logique reposant uniquement sur le réarmement. 

Ces propos peuvent naturellement être lus à travers le contexte européen actuel, notamment la guerre en Ukraine et les débats sur la défense européenne. Mais ils ne constituent pas, en eux-mêmes, une attaque directe contre Emmanuel Macron. Le président français défendait lui aussi à Metz une Europe capable d’agir, de renforcer sa souveraineté et de garantir sa sécurité.

Dans son propre discours, Emmanuel Macron a justement insisté sur une Europe « puissance de paix, d’indépendance et de démocratie ». Il a évoqué l’héritage de Robert Schuman, Alcide De Gasperi et Konrad Adenauer et défendu l’idée d’une Europe souveraine et démocratique. 

La rencontre de Metz montre donc davantage une différence de priorité et de formulation qu’un affrontement ouvert entre le pape et le président français. Léon XIV a placé l’accent sur la négociation, le dialogue et la paix, tandis qu’Emmanuel Macron a davantage insisté sur la souveraineté, la sécurité et la capacité d’action européenne.

La vidéo dont est issu le transcript présente pourtant cette séquence comme un désaveu politique du chef de l’État. Son auteur estime notamment que le pape aurait refusé de s’inscrire dans une vision strictement européenne attendue par Emmanuel Macron. Cette interprétation doit être distinguée du contenu réel des discours. 

Un autre élément avancé dans la vidéo concerne la présence des dirigeants européens à Metz. L’événement avait bien été conçu avec une dimension européenne et s’est tenu au Centre des Congrès Robert Schuman, en présence de représentants politiques européens. Le pape y a ensuite prononcé un discours consacré aux racines de l’Europe, à la paix et à l’unité.

Le point culminant de la journée a finalement été la messe célébrée dans la cathédrale Saint-Étienne de Metz. Contrairement à ce qui avait été prévu initialement, Emmanuel Macron a finalement décidé d’y assister. Le protocole a été modifié dans la nuit afin de permettre sa présence aux côtés du pape.

Ce changement est intéressant car il nuance également le récit d’un président totalement tenu à distance pendant la visite. Emmanuel Macron a finalement accompagné Léon XIV jusqu’à la fin de son séjour. À l’aéroport de Metz-Nancy-Lorraine, les deux hommes ont encore eu un entretien privé d’environ trente minutes avant la cérémonie officielle de départ.

Le pape a quitté la France lundi soir après quatre jours de rencontres, de célébrations religieuses et de discussions consacrées à des questions françaises mais aussi internationales. Son voyage aura donc mêlé religion, culture, jeunesse, politique internationale, Europe et paix. 

Pour les soutiens du mouvement Les Patriotes, cette visite constitue néanmoins une occasion de défendre une certaine conception de la France. Dans la vidéo, son auteur parle d’une « France heureuse », attachée à son histoire et à sa souveraineté, et oppose cette vision à la politique européenne et gouvernementale actuelle.

Cette lecture relève du positionnement politique de l’auteur et ne peut pas être confondue avec le message officiel du Vatican. Léon XIV n’a pas appelé les Français à soutenir un parti ou un mouvement politique français. Ses interventions ont plutôt porté sur la foi, la paix, la dignité humaine, le dialogue et les responsabilités des sociétés européennes. 

La visite aura néanmoins produit une séquence politique particulièrement visible. L’ampleur des rassemblements, les discours sur les racines chrétiennes de la France, l’absence de Macron à la messe de la Concorde, puis son retour à Metz et les appels du pape à la négociation ont alimenté de nombreuses interprétations.

Au terme de ce déplacement, le principal contraste n’est donc peut-être pas celui d’une confrontation personnelle entre Emmanuel Macron et Léon XIV, mais celui entre deux registres de discours. D’un côté, un président qui insiste sur la construction européenne, la souveraineté et la sécurité collective. De l’autre, un pape qui place au centre de son message la paix, le dialogue, la réconciliation et la recherche d’un bien commun dépassant les rapports de force.

C’est précisément cette différence qui pourrait continuer à nourrir le débat français et européen dans les prochaines semaines. La visite de Léon XIV est terminée, mais les questions qu’elle a soulevées sur les racines de la France, la place du christianisme, l’avenir de l’Europe et la manière de rechercher la paix restent, elles, pleinement ouvertes.

 https://telex.danhngon.pro/blog/leon-xiv-en-france-les-messages-du-pape-mettent-emmanuel-macron-face-a-un-debat-sur-la-paix-et-leurope-mycay?

août 13, 2026

Les six mécanismes distincts, à l'encontre de la souveraineté familiale

Sommaire:

A) - Les six nœuds coulants : comment l’interventionnisme étouffe la volonté de procréation de la famille

B) - Il est temps de mettre à jour les cerveaux français.

 

 


 

A) - Les six nœuds coulants : comment l’interventionnisme étouffe la volonté de procréation de la famille

Alors que le taux de natalité diminue aux États-Unis et dans d’autres pays industrialisés, nous constatons que l’intervention du gouvernement dans l’économie et la vie familiale est l’une des principales raisons de cette situation. 

Félix Yang

Le taux de fécondité total nécessaire au renouvellement de la population est de 2,1. En moyenne, sur la période 2020-2024, ce taux s'établit à 0,78 pour la Corée du Sud, 0,89 pour Taïwan et 0,79 pour Hong Kong. La démographie dominante continue de considérer ces chiffres comme des anomalies culturelles, alors qu'il s'agit en réalité des résultats ultimes d'une expérience séculaire d'interventionnisme administratif. 

L'explication classique met en cause le coût du logement, l'évolution des valeurs ou la charge que représente l'éducation des enfants dans une économie moderne. Toutefois, lorsqu'on examine la question sous l'angle de la praxéologie — la logique déductive de l'action humaine —, cette explication inverse le rapport de causalité. 

La procréation constitue, au fond, un investissement à long terme : un acteur rationnel accepte une faible préférence temporelle et consacre deux décennies de capital et de travail à un rendement qui ne se concrétise qu'au fil des générations. Ce calcul repose entièrement sur un environnement institutionnel stable, garantissant le lien entre le sacrifice consenti et la récompense attendue. L'interventionnisme moderne — ce mécanisme d'auto-renforcement identifié par Mises, où les effets secondaires d'une intervention servent de prétexte à la suivante — a rompu ce lien par le biais de six mécanismes distincts. 

 Le premier est l'inflation liée aux monnaies fiduciaires.  

Depuis la création de la Réserve fédérale en 1913, le dollar a perdu plus de 96 % de son pouvoir d'achat. La fonction traditionnelle de la monnaie comme réserve de valeur dans le temps a cédé la place à une simple reconnaissance de dette bureaucratique, conçue pour se déprécier. Une famille ne peut rationnellement investir vingt ans de capital dans un enfant si la monnaie dans laquelle ce capital est libellé subit une dévaluation insidieuse année après année. 

Le second mécanisme est la socialisation de la prise en charge du grand âge.  

Les systèmes de retraite par répartition s'apparentent, selon leur propre logique actuarielle, à des systèmes de Ponzi intergénérationnels : ils n'accumulent aucun actif réel et dépendent entièrement de l'arrivée de nouveaux cotisants pour honorer les engagements existants. Les administrateurs de la Sécurité sociale américaine prévoient que le fonds de réserve OASI épuisera ses ressources d'ici 2033 ; à ce stade, le montant des prestations chutera automatiquement à 77 % des sommes promises. Dès lors que la prise en charge de la vieillesse dépend de la solvabilité politique d'un fonds mutualisé plutôt que du nombre ou de la qualité des enfants élevés, l'éducation des enfants perd sa justification économique en tant que contrat intergénérationnel.

Le troisième point concerne le monopole médical.  

Les systèmes d'autorisation administrative et de contrôle des prix substituent le rationnement par l'attente au rationnement par les prix dans le secteur de la santé ; la pénurie demeure, elle change simplement de nom. Au Canada, le délai médian entre l'orientation vers un spécialiste et le traitement dépasse désormais trente semaines — la durée la plus longue jamais enregistrée par le Fraser Institute en trente-trois ans de suivi ; on estime que 24 000 Canadiens sont décédés l'an dernier alors qu'ils attendaient toujours un traitement qui leur avait été promis gratuitement. Lorsque la survie elle-même devient tributaire d'une liste d'attente bureaucratique, la planification familiale relève davantage d'un acte de foi que d'un calcul rationnel. 

Le quatrième point est la nationalisation de l'éducation.  

Avant l'instauration de l'école publique obligatoire, l'enseignement privé et communautaire avait déjà permis à environ 85 à 90 % de la population de Grande-Bretagne et des États-Unis de maîtriser la lecture et l'écriture en anglais. L'école obligatoire n'a pas été introduite pour remédier à une défaillance du marché ; les architectes prussiens de ce système affirmaient ouvertement que son but était de soumettre la volonté individuelle aux besoins de l'État. Les systèmes modernes d'éducation publique — dépourvus de tout mécanisme de prix ou de discipline liée au profit et à la perte — tendent vers la médiocrité, contraignant les familles à se tourner vers un second marché, celui de l'enseignement privé, simplement pour préserver la compétitivité de leurs enfants. La théorie des flux de richesse du démographe John Caldwell démontre que la fécondité s'effondre précisément lorsque le sens du transfert de richesse intergénérationnelle s'inverse : on passe d'une situation où les enfants soutiennent leurs parents à une autre où les parents subventionnent indéfiniment leurs enfants, un basculement provoqué avant tout par la généralisation de l'école obligatoire. 

 Le cinquième point concerne la perte de souveraineté en matière de logement. 

Les réglementations de zonage et d'aménagement du territoire créent une pénurie artificielle, transférant la richesse des jeunes familles vers les propriétaires déjà installés, au nom de la protection des communautés contre les externalités. Une expérience naturelle comparant deux villes américaines illustre parfaitement ce point. Houston a rejeté le zonage par référendum populaire à trois reprises — en 1948, 1962 et 1993 ; son ratio prix/loyer mensuel (prix de vente divisé par le loyer mensuel) avoisine 108, et son indice de fécondité se maintient à 1,98. À l'inverse, San Francisco — ville soumise à une réglementation stricte en vertu du *California Environmental Quality Act* — affiche un ratio prix/loyer supérieur à 360 et un taux de fécondité de 1,49. Même les résultats relativement favorables de Houston restent inférieurs au seuil de renouvellement des générations, car la liberté en matière de logement ne suffit pas, à elle seule, à compenser les cinq autres contraintes qui pèsent au niveau fédéral. 

Le sixième point concerne les mesures d'allègement administratif.  

Lorsque l’État nationalise une fonction qui relevait autrefois d’un contrat d’entraide communautaire fondé sur des savoirs locaux, il ne supprime pas la pauvreté ; il engendre une classe administrative qui s’auto-perpétue et a tout intérêt à gérer la pauvreté plutôt qu’à y mettre fin, tout en favorisant une sélection adverse bien documentée. Aux États-Unis, l’octroi d’aides sociales conditionnées au maintien du célibat joue un rôle direct dans ce phénomène. Selon les travaux de Thomas Sowell, la proportion de familles monoparentales au sein de la population noire américaine est passée d’environ 22 % à 67 % entre 1960 et 1985. 

 Ces six mécanismes se renforcent mutuellement plutôt que d’agir de manière isolée, refermant ainsi un piège systémique qui affecte quatre dimensions de la souveraineté familiale : financière, physique, temporelle et spirituelle. Rome a mené la même expérience il y a deux mille ans.

Une politique sociale fondée sur le « pain et les jeux », l’avilissement de la monnaie — passant d’un denier d’argent quasi pur à un disque contenant à peine 5 % de métal précieux — et la mainmise administrative sur la classe des petits propriétaires terriens ont abouti, en quatre siècles, à la même issue fatale : l’abandon d’enfants attesté par les papyrus de l’Égypte romaine et une métropole d’un million d’habitants réduite à quelque 100 000 résidents au VIe siècle. 

La conclusion ne consiste pas à réclamer des subventions mieux conçues.  

Toute subvention n’est que le prolongement de cette même logique interventionniste qui a provoqué l’effondrement initial. Chacun de ces six « nœuds coulants » fut, en son temps, présenté aux familles comme un marché : cédez une part de votre souveraineté, et l’État vous garantira en échange la sécurité. 

 Les mots de Benjamin Franklin — repris plus tard par Hayek dans *La Route de la servitude* — mettaient en lumière l’aboutissement inéluctable de ce genre de transaction : ceux qui sont prêts à sacrifier leur liberté pour un peu de sécurité temporaire ne méritent ni la liberté ni la sécurité. La famille a accepté ce marché à six reprises, pour ne récolter qu’une baisse de la natalité : la sécurité promise n’a jamais été assurée, et la liberté a disparu. 

 La seule voie pour inverser la tendance réside dans le rétablissement de la propriété privée et de la souveraineté de la famille sur ses décisions financières, matérielles et intergénérationnelles.

Felix Yang

Felix Yang est l'auteur de *Why the Cradle Stands Empty: How Interventionism Strangles Fertility*, ouvrage qui développe une argumentation praxéologique contre l'interventionnisme — et contre l'offensive que celui-ci mène, via six mécanismes distincts, à l'encontre de la souveraineté familiale.

https://mises.org/mises-wire/six-nooses-how-interventionism-strangling-familys-will-reproduce 

 

B) - Il est temps de mettre à jour les cerveaux français.  

Obsédés par la comparaison avec les États-Unis, les Français ne se rendent pas compte de deux choses essentielles :




-Nous avions le même niveau de vie que les Américains en 1996. Aujourd’hui, ils sont deux fois plus riches que nous. L’État le plus pauvre des USA, le Mississippi, a un PIB par habitant plus élevé que la France.

-Non, les Américains ne voient pas tous leurs revenus partir en frais médicaux, frais scolaires et autres assurances. Non, notre système de protection sociale ne compense pas l’écart. Non, les gens ne meurent pas du cancer dans les rues de New York. Après prise en compte de toutes ces dépenses, le revenu disponible pour la consommation des ménages est 50% plus élevé aux USA qu’en France.

C’est simple, depuis 30 ans nous avons arrêté de croître. Alors que les USA ont un rythme moyen de 2,45% par an. En une génération, cela créé un écart tel que nous sommes quasiment devenus un continent sous-développé aux yeux des Américains.

Les Mileistes Français

 

 

juillet 18, 2026

Dérive des finances publiques !!

Sommaire:

A) - Dérive des finances publiques : mais QUI paie vraiment la lâcheté budgétaire française in fine ?

B) - Le désendettement doit peser sur la dépense et non sur le contribuable

C) -  Ces politiques publiques qui tuent la protection sociale

D) -  L’insoutenable légèreté des finances et des politiques publiques

E) - Finances publiques

 

 


 

A) - Dérive des finances publiques : mais QUI paie vraiment la lâcheté budgétaire française in fine ?

Depuis trente ans, les gouvernements successifs ont multiplié les promesses de redressement des finances publiques sans engager de réforme structurelle durable. Si la dette n'a cessé de progresser, cela souligne surtout les difficultés à maîtriser la dépense et à concilier impératifs budgétaires et contraintes politiques.

Ce qu'il faut en retenir : 
  • Dette en hausse continue : aucun retour durable à l'équilibre budgétaire depuis près de vingt ans, malgré des engagements répétés.

  • Des dépenses jugées peu efficaces : plusieurs experts estiment que le problème tient davantage à l'efficacité de la dépense qu'à son niveau.

  • Des arbitrages reportés : chaque majorité a privilégié des ajustements ponctuels plutôt qu'une réforme d'ensemble des finances publiques.

  • Une facture différée : les déficits successifs alimentent une dette dont le coût pèsera principalement sur les finances publiques futures.

Atlantico -  La question de la dette et du redressement des finances publiques a occupé quasi toutes les campagnes présidentielles depuis 30 ans : mais concrètement, qu'ont fait les gouvernements successifs de tous ces débats d'une part, de toutes ces dépenses d'autre part ?
Jean-Sébastien Ferjou : La réponse tient en une phrase : on a beaucoup parlé, peu tranché. Depuis les années 1990, l'ajustement français n'a jamais pris la forme d'une révision structurelle des dépenses — la voie canadienne ou suédoise — mais celle d'un mélange permanent de hausses de prélèvements diffuses (CSG, cotisations, fiscalité locale) et de rabots de crédits mal ciblés, sans vision d'ensemble. Résultat : le taux de prélèvements obligatoires est resté sur le podium européen — 43,6 % du PIB en 2025 — sans que la dépense, elle, soit jamais réellement passée au crible. Le dernier rapport commandé par Bercy à quatre économistes (Jaravel, Ragot, Tavernier, Valla) documente noir sur blanc ce qui arrive quand cette politique de l'esquive se poursuit : 126 milliards d'euros d'effort à trouver d'ici 2032 simplement pour stabiliser la dette, pas pour la réduire. Le vrai diagnostic n'est donc pas qu'on a trop dépensé : c'est qu'on dépense mal. La Cour des comptes le répète depuis 2017 — le niveau de dépense publique, l'un des plus élevés de l'OCDE, ne produit pas des résultats à la hauteur des moyens engagés.

Pierre Bentata : Il faut partir d'un constat simple : si l'on s'en tient aux chiffres de l'INSEE, qui font consensus, la France n'a pas connu de budget à l'équilibre ni d'excédent public depuis la fin du mandat de Chirac. Un consensus s'est donc installé dans le pays, à gauche comme à droite, dans tous les partis de gouvernement : augmenter la dépense publique par la dette, c'est-à-dire reporter la charge sur les générations futures, plutôt que de chercher à la maîtriser réellement.

On pourrait dire que ce sont des politiques irresponsables, mais c'est un argument populiste. Des candidats se sont régulièrement présentés en proposant des réformes, et ont gagné. Le thème de la dette leur permet de monter dans les sondages — il y a une forme de prise de conscience collective, mais elle est très temporaire, et ces candidats ne la mettent finalement pas en œuvre. Il y a donc aussi une réponse de l'offre politique à une demande d'illusion, à une volonté de mettre un voile pudique sur la dépense publique.

Sur la mauvaise dépense publique plus précisément : on débat toujours de ce qu'on appelle ainsi — il y aura toujours des gens pour dire que la dépense crée de la dynamique. Selon moi, la bonne façon de la définir, c'est par comparaison. Quand on regarde ce que l'on dépense dans les grands secteurs — aussi bien régaliens que sociaux, éducation, santé — par rapport à d'autres pays, on peut dire qu'on a une mauvaise dépense, dans le sens où l'on est souvent parmi les pays les plus dépensiers tout en étant inefficaces au regard des résultats. On le voit dans l'éducation : la dépense par élève y est plus élevée que dans la majorité des pays européens, sans que les résultats des élèves suivent. On le voit dans la santé : les catégories de population les plus pauvres y sont globalement moins bien soignées que dans d'autres pays européens — je pense en particulier aux Pays-Bas — alors que ces pays dépensent moins. Le problème n'est donc pas le périmètre de l'État, qui n'est pas si différent de celui des autres démocraties libérales. Le problème, c'est qu'on le fait avec une relative inefficacité, et ce n'est absolument pas l'objet d'un débat chez nous.

Marc de Basquiat : La démocratie, c'est formidable, mais avec l'inconvénient notable que les responsables politiques souffrent du même défaut : se faire élire est leur premier métier. Ce n'est pas le plus grave. Le pire, c'est qu'une fois en responsabilité de la conduite des affaires, ils veulent encore se faire réélire ! Et il est impossible de concilier cette priorité personnelle impérieuse avec la poursuite d'un véritable plan de redressement des finances publiques. Qui pourrait se présenter devant les électeurs avec un discours du type : « j'ai diminué le budget de la Nation de 100 milliards d'euros, en baissant les retraites, les allocations, en privatisant à tour de bras et en supprimant une multitude de dépenses publiques… J'ai encore plein d'idées… Votez pour moi pour que je continue ! ». Donc la situation est simple : nous attendons que la situation soit tellement désespérée que nous ne puissions plus nous payer le luxe d'un gouvernement élu. Un gouvernement technique sera mis en place — il y a des précédents, en Grèce, en Italie — totalement dégagé de la nécessité de plaire à qui que ce soit, chargé seulement de rétablir l'équilibre budgétaire et de commencer à apurer la dette.

Atlantico -   Si on fait le bilan des mandats Chirac, Sarkozy, Hollande et Macron : qui a vraiment payé la note de cette dérive des finances publiques ? Et qui, à l'inverse, a plutôt bénéficié de la grande lâcheté budgétaire française ? Que disent les apparences, que montre une analyse rigoureuse ?

Jean-Sébastien Ferjou : Quinquennat par quinquennat, ce n'est jamais le même arbitrage — ni la même victime.

Chirac (1995-2007) : la dette grimpe de 9 points, mais c'est la conjoncture — des taux d'intérêt élevés, entre 4 et 6 % — qui en explique la quasi-totalité, pas un choix budgétaire délibéré. Personne n'a vraiment « payé » ce quinquennat au sens d'un sacrifice imposé : le pays a plutôt laissé filer le temps sans rien trancher, pendant que les 35 heures et l'absence de réforme structurelle des retraites préparaient la facture des mandats suivants.

Sarkozy (2007-2012) : +26 points de dette, dont la moitié imputable à un choix assumé — le paquet fiscal de 2007 et le bouclier fiscal, qui allègent d'abord la charge des plus hauts patrimoines — et l'autre moitié à la crise des subprimes. Ceux qui paient : les classes moyennes et les contribuables ordinaires, qui financent par le déficit une baisse d'impôt dont ils n'ont capté qu'une fraction marginale.

Hollande (2012-2017) : progression apparente la plus faible (+8 points), mais deux temps bien distincts et contradictoires — un matraquage fiscal sur les ménages en début de mandat (hausse de la CSG, création de tranches d'IR), suivi d'allègements aux entreprises via le CICE. Qui paie ici : les ménages, en particulier les classes moyennes supérieures, en première ligne dès 2012 ; les entreprises, elles, sont plutôt bénéficiaires nettes sur la seconde partie du quinquennat.

Macron (2017-2027) : +17 points et la pente la plus raide en cours. La suppression de l'ISF et l'instauration de la flat tax allègent d'emblée la fiscalité du capital, sans économie de dépense en contrepartie — le manque à gagner est absorbé par le déficit. Le choc Covid puis énergétique est ensuite légitime en tant que tel, mais le déficit ne s'est jamais résorbé une fois la crise passée (5,8 % en 2024, 5,1 % en 2025). Qui paie : à court terme, tous les contribuables via un déficit qui ne se referme plus ; à moyen terme, les actifs et les générations futures, qui hériteront d'une charge de la dette alourdie sans que les allègements d'hier aient été financés par une réforme de la dépense.

Le fil commun à ces quatre mandats : chacun a transmis la facture au suivant, majorée, sans jamais la solder lui-même. Et dans chaque cas, ceux qui ont capté le bénéfice immédiat d'un allègement fiscal ou d'une dépense non financée ne sont, sauf exception, pas ceux qui en règlent la facture différée.

Pierre Bentata : Si l'on compare uniquement les courbes — dépense publique, déficit — sur des périodes correspondant à des successions de mandats, on ne voit aucune transformation radicale. L'alternance politique n'a ni infléchi la dépense ni ralenti son rythme. Il y a eu une légère inflexion au début du mandat de Macron, mais le moment où tout effort a été abandonné, c'est le Covid — et on vit toujours dans son sillage. L'addition finira par être payée par les citoyens, d'abord via une tension très forte sur la dette publique : les taux à 30 ans sont aujourd'hui plus élevés qu'ils ne l'ont jamais été. Et ceux qui paieront sont nécessairement les citoyens — a fortiori ceux qui bénéficient le plus de la dépense publique.

Sur les annonces, on a eu un Sarkozy qui, au départ, a laissé penser qu'il allait comprimer la dépense, et la première campagne de Macron, avec là aussi une volonté plus affirmée. Mais dans les deux cas, cela ne s'est pas traduit dans les faits : on ne voit ni rupture ni effet de ciseau où les recettes augmenteraient fortement pendant que la dépense baisserait, seulement un écart croissant entre les deux courbes.

À l'inverse, qui a bénéficié de la grande lâcheté budgétaire ? D'abord les fonctionnaires entrés en poste pendant cette période. La grande différence avec les pays qui ont réussi à maîtriser leur dette dans des situations pourtant catastrophiques — l'Allemagne il y a une vingtaine d'années, la Suède et les Pays-Bas dans les années 1990, l'Irlande — c'est que ces pays sont tous passés, à un moment, par une politique de suppression de postes dans la fonction publique. Nous, jamais. Les retraités aussi en ont bénéficié : partout ailleurs, on a eu ce débat sur le gel des pensions, l'allongement de la durée de cotisation — chez nous, cela n'a pas eu lieu non plus. Nous sommes l'un des seuls pays au monde où le pouvoir d'achat des retraités est si élevé par rapport au reste de la population que cela devient un vrai sujet de tension. Ce n'est pas un hasard si la majorité des partis — à l'exception de LFI — ne ciblent électoralement que les retraités, et si personne n'ose réformer ce système.

Il y a là quelque chose d'assez tragique dans ce conflit générationnel : les plus jeunes se disent qu'on crée une dette catastrophique pour préserver le pouvoir d'achat d'aînés qui ont déjà bien vécu. Les plus âgés répondent, non sans une certaine justesse, qu'ils n'ont rien « triché » : les règles étaient biaisées dès le départ, et on a simplement laissé filer une situation qu'on faisait passer pour tenable. D'autres pays, confrontés à la même situation, ont réformé. Nous ne l'avons pas fait.

Marc de Basquiat : Le métier des politiques étant de se faire élire, puis réélire, les dérives constatées au fil du temps ont toujours été au bénéfice de l'électorat de prédilection de la majorité au pouvoir. L'élu soigne ses électeurs, c'est un juste retour des choses. Les retraités sont ainsi préservés depuis des décennies, voyant leur niveau de vie régulièrement consolidé, alors que les classes moyennes en activité forment une catégorie « par défaut », nombreuse, qui ne bénéficie d'aucune mesure spécifique.

Atlantico -   Quelle est la part de Français bénéficiaires nets de la dépense publique ? N'y a-t-il pas aussi un coût invisible du dérapage de nos finances publiques, même pour des gens qui reçoivent plus d'argent public qu'ils ne contribuent au financement des budgets publics ou sociaux ?

Jean-Sébastien Ferjou : Selon l'Insee (comptes nationaux distribués, données 2023), 56 % des Français sont bénéficiaires nets de la redistribution élargie — c'est-à-dire qu'en intégrant prestations monétaires, retraites et services publics en nature (santé, éducation), ils reçoivent plus qu'ils ne versent en impôts, cotisations et taxes. Le détail par catégorie est instructif et loin d'être uniforme : 99 % des 10 % les plus modestes sont bénéficiaires nets, contre seulement 18 % des 10 % les plus aisés ; 96 % des ménages dont l'âge moyen des adultes est de 65 ans ou plus, portés par la retraite et la consommation de soins ; les familles avec enfants et les ménages les moins diplômés sont également structurellement bénéficiaires. À l'inverse, cadres, travailleurs indépendants et chefs d'entreprise sont contributeurs nets, tandis que le bilan des ouvriers et employés est quasiment neutre — ni gagnants ni perdants du système.

Mais voici le point que les chiffres officiels eux-mêmes révèlent, et qu'on esquive trop vite dans le débat public : sur les 653 milliards d'euros transférés chaque année vers les bénéficiaires nets, seuls 586 milliards proviennent effectivement des contributeurs nets d'aujourd'hui. Les 66 milliards manquants — plus de 10 % du total transféré — correspondent exactement au déficit public, c'est-à-dire à de la dette. Une partie de ce que touche un bénéficiaire net n'est donc pas un transfert de solidarité entre Français d'aujourd'hui, mais une avance sur l'avenir — la sienne, celle de ses enfants, ou celle de ménages qui ne sont pas encore nés.

Le coût invisible pour ces bénéficiaires nets, y compris les plus légitimement protégés, se loge à trois endroits : la qualité du service qu'ils consomment, qui cède avant le montant nominal des prestations ; la soutenabilité de leurs droits futurs, un système déjà partiellement financé par la dette étant plus fragile face à une remontée des taux ; et l'exposition macroéconomique commune à tous, une perte de contrôle des finances publiques faisant monter les taux d'intérêt pour l'ensemble de l'économie, sans distinction entre contributeur net et bénéficiaire net.

Marc de Basquiat : Le taux de 56 % avancé par l'Insee pour évaluer le nombre de ménages qui gagnent au système redistributif français est trompeur. Alors que nous grillons collectivement plus de 70 milliards d'intérêts sur la dette — qui atteindront inexorablement 100 milliards dans quelques années —, les 56 % sont les privilégiés d'un Titanic encore à flot. Nous connaissons la suite du film : le sauvetage de la Grèce entre 2010 et 2015 nous donne une idée du cocktail désagréable qui sera proposé à la France d'ici peu, le taux de « gagnants » s'écroulant rapidement.

Atlantico -   Si on se projette avec les mêmes politiques budgétaires de tergiversations dans l'avenir, qui devra in fine payer face à l'insoutenabilité grandissante de la dette publique française ? Et qui peut raisonnablement se dire que ça ne le concerne pas ?

Jean-Sébastien Ferjou : À politique inchangée, le rapport Jaravel-Ragot-Tavernier-Valla est sans ambiguïté : le déficit public atteindrait 6,8 % du PIB en 2030, la dette dépasserait 130 % du PIB, et la charge d'intérêts, déjà passée de 78 à un rythme qui frôlera 124 milliards d'euros en 2030, capterait une part croissante et irréversible du budget — cinq fois plus vite que la croissance potentielle du pays. Ce mécanisme, une fois enclenché au-delà d'un certain seuil, s'auto-entretient : plus la dette s'accumule, plus les investisseurs exigent une prime de risque, plus le service de la dette augmente, plus l'espace pour financer autre chose se réduit à due proportion. C'est cette spirale précise que la Cour des comptes qualifie de risque de « perte de contrôle ».

Personne n'est structurellement à l'abri de ce scénario, quand bien même certains peuvent légitimement s'en croire protégés : ni les détenteurs de capital, dont les actifs domestiques se dégraderaient aussi en cas de crise de confiance ; ni les bénéficiaires nets actuels de la protection sociale, dont les droits ont déjà été révisés à plusieurs reprises sous la contrainte budgétaire ; ni les jeunes actifs, qui hériteront simultanément d'une dette alourdie, d'un marché du travail pénalisé et d'un ratio actifs/retraités dégradé. Le passif ne se transmet pas par choix : il se transmet par défaut, à quiconque est encore en activité quand la facture arrive à échéance.

Pierre Bentata : Ce seront, pour des raisons différentes, tous les Français d'ici une dizaine d'années. Il ne reste presque plus personne pour prétendre que la dette n'est pas un problème. Il suffit de prolonger les tendances : les réactualisations du Conseil d'orientation des retraites, toutes les simulations, qu'elles viennent de l'iFRAP ou de l'Institut Molinari, aboutissent au même résultat — la trajectoire n'est pas tenable. D'ici dix ans, la dépense publique sera majoritairement absorbée par le remboursement de la dette, ce qui signifie qu'elle ne bénéficiera plus à personne ; le deuxième poste sacrifié sera les retraites.

Dans ce contexte, si vous êtes actif demain, ou si vous appartenez aux populations les plus dépendantes de la dépense publique, vous serez mécaniquement confrontés à un problème — la situation que la Grèce a connue à la sortie de la crise des subprimes, ou le Portugal quelques années plus tard. Au pied du mur de la dette, tous ceux qui vivent de la dépense publique seront en situation dramatique si l'on ne redresse pas la barre rapidement. C'est la grande erreur des partis centristes, en particulier de centre-gauche : faire croire que rembourser la dette aujourd'hui serait un sacrifice, alors que le vrai sacrifice pour les populations les plus fragiles, c'est justement de ne pas le faire.

Atlantico -   Le vrai problème français est-il le montant de l'impôt, ou ce qu'il frappe ?

Jean-Sébastien Ferjou : Ce qu'il frappe, très largement. La France n'est pas isolée dans le peloton de tête européen des prélèvements obligatoires — le Danemark et la Belgique la talonnent ou la dépassent. Ce qui la distingue, c'est la structure : l'essentiel de l'ajustement budgétaire est passé, depuis les années 1990, par les cotisations sociales et la CSG plutôt que par une remise à plat de la dépense elle-même. Le coin fiscalo-social qui en résulte reste l'un des plus lourds d'Europe, avec un effet mesurable et documenté : un chômage des 15-24 ans structurellement bien plus élevé qu'en Allemagne — de l'ordre de 18 à 20 % contre 6 à 7 % selon les mois. Ce n'est pas une fatalité géographique ou culturelle — c'est le prix d'un choix reconduit d'année en année, celui de financer la dérive par ce qui pèse sur le travail plutôt que par une réforme sérieuse de ce que l'État dépense.

Pierre Bentata : Les deux. Au départ, on peut considérer que les impôts sont mal ciblés. Si l'on compare la fiscalité des entreprises en France et en Allemagne, on voit bien que les Allemands ont construit un avantage comparatif, une compétitivité qui tient en grande partie à leur fiscalité — les impôts de production y sont quasi nuls, alors qu'ils sont énormes chez nous. Bruno Le Maire avait tenté d'en réduire une partie, mais sur les 60 milliards d'écart, il n'en a résorbé qu'une dizaine.

Nos impôts sont donc mal conçus. On en a aussi beaucoup trop, avec beaucoup trop d'administrations derrière. On a des impôts qui ne rapportent rien : pensez à l'impôt sur les yachts — quand un impôt est très ciblé et son taux très élevé, l'assiette disparaît. Nos impôts vont à l'inverse de ce que recommandent les économistes, de gauche comme de droite : un taux faible et une assiette large, pour limiter l'illusion fiscale et minimiser les distorsions de comportement. Chez nous, c'est l'inverse. Et par-dessus tout cela, ils se sont multipliés au point que le budget est devenu incompréhensible : tant d'impôts qu'on ne sait plus à quoi ils servent, ce qui empêche toute évaluation d'efficacité et crée une situation très commode pour l'administration fiscale — à chaque problème, il suffit d'augmenter les impôts.

Marc de Basquiat : Il semble difficile de partager un consensus permettant de supprimer les prélèvements les plus nocifs pour le développement économique du pays, tout en renforçant ceux — ils existent ! — dont les effets pervers sont plus limités. La TVA est un impôt efficace et non distorsif, décrié à gauche au prétexte qu'il frappe plus ceux qui consomment l'ensemble de leurs revenus. Passer son taux à 25 %, en supprimant autant que possible les taux réduits, financerait la suppression des « impôts de production » qui alourdissent stupidement le coût du travail en France. La fiscalité sur le patrimoine réel — l'immobilier en premier lieu — est également un gisement qui mériterait d'être mieux exploité, en contrepartie de l'élimination des droits de mutation et des prélèvements sur les loyers qui nuisent gravement à l'efficacité du marché. De manière générale, un gouvernement de droite aura à cœur de réformer la fiscalité afin de privilégier la rentabilité des investissements et du travail. Mais la diminution des dépenses publiques est clairement la priorité.

Atlantico -   Dominique de Villepin a déclaré le 16 juillet, lors d'une conférence de presse, que « tous ceux qui seront élus [augmenteront les impôts], c'est aussi simple que ça. Donc il y a des menteurs, et puis il y a des gens qui essaient d'anticiper la vérité. » A-t-il raison de poser le débat en ces termes ? Augmenter les impôts est-il vraiment inévitable, ou est-ce déjà, en soi, une façon d'esquiver la vraie question — celle de la dépense ?

Pierre Bentata : Il a raison, à condition d'accepter une hypothèse implicite : celle d'un périmètre de dépense constant, voire en augmentation. Mais dans ce cas, Villepin devrait logiquement rejoindre LFI, puisque c'est exactement leur projet : il n'y aurait plus d'autre choix que de nationaliser, avec les conséquences que l'on connaît partout où les héritiers de cette politique ont exercé le pouvoir.

Si l'on ne touche pas à la dépense, la seule option qui reste est d'augmenter encore les impôts — jusqu'au moment où, dans un monde ouvert et un État de droit, les gens partent, travaillent moins, ou où un marché noir se développe. Le vrai problème reste ce tabou français : on ne peut pas réfléchir au périmètre d'action de l'État ni à son efficacité. Avoir un État efficace n'a rien à voir avec le libéralisme — c'est une question pragmatique, pas idéologique. Un État efficace est un État plus protecteur : face à une canicule ou à une crise pétrolière, un État qui a maîtrisé ses dépenses a les moyens d'accompagner l'activité économique. Mais si l'on est déjà en situation de surendettement à ce moment-là, on ne peut plus rien faire. La vraie question qu'on ne pose jamais dans le débat politique, c'est : qui crée la richesse que l'État va pouvoir dépenser ? Pour créer cette richesse, il faut des impôts faibles — il n'y a pas d'autre solution.

Atlantico -  Y a-t-il des pays qui ont réussi à redresser sereinement leurs finances publiques sans « casse » politique ?

Jean-Sébastien Ferjou : Oui, et leurs exemples sont connus depuis trente ans sans jamais avoir été suivis en France. Le Canada des années Chrétien-Martin a fait passer sa dette de 100 à 80 % du PIB par une révision systématique des dépenses (« Program Review »), mais pas sans effet distributif : les inégalités de revenu après impôt, restées stables depuis les années 1970 grâce à la redistribution, ont recommencé à augmenter à partir du milieu des années 1990, la baisse de la dépense sociale ayant alors pesé plus lourd que ne l'a rapporté le désendettement. La Suède, confrontée dans les années 1990 à une crise bancaire et immobilière sévère, a réduit ses dépenses publiques d'une dizaine de points de PIB — d'un pic d'environ 61 % du PIB à un niveau aujourd'hui proche de 48-50 % — tout en préservant l'essentiel de son modèle social, congé parental compris, grâce à une maximisation de l'efficacité de la dépense plutôt qu'à des coupes aveugles. Le point commun de ces redressements réussis : un ajustement porté d'abord par la dépense, mené tôt, avec constance, et une franchise politique sur l'ampleur de l'effort — l'exact inverse de la méthode française. Le contre-exemple, la Grèce, montre ce qui se passe quand l'ajustement arrive trop tard et sans crédibilité : la spirale récessive, elle, se paie en vraie casse sociale et politique. La France a le choix de la méthode qu'elle veut suivre. Elle ne l'a simplement, depuis trente ans, jamais fait.

Pierre Bentata : Il ne faut pas se flageller : il existe une tendance de fond dans les démocraties libérales, qui tient à la mécanique démocratique elle-même — il est très difficile d'engager des réformes de grande ampleur avant d'être au pied du mur, parce que mécaniquement, les citoyens ne votent pas contre leurs propres intérêts immédiats. Sauf en Suisse, où cela arrive régulièrement. Mais dans la plupart des démocraties, on l'a vu : en Grèce, il a fallu, d'une certaine manière, court-circuiter la démocratie via la troïka. Le Portugal a dû frôler la faillite. L'Espagne aussi. Les démocraties se réforment et se pilotent donc mieux au bord du gouffre.

Cela dit, certains pays ont réussi à agir avant d'y être contraints. L'Allemagne s'est réformée alors qu'elle traversait, dans les années 1990-2000, une situation comparable à la nôtre aujourd'hui. Les Pays-Bas dans les années 1990. L'Irlande, avec une stratégie différente. La Suède aussi — et ce ne sont pas des pays qu'on peut taxer de libéralisme échevelé : quiconque a vécu en Suède sait que l'État y est très protecteur. Ce sont pourtant des pays qui se sont réformés, chacun à sa manière. Certaines approches reviennent partout : supprimer des postes dans la fonction publique, rationaliser la dépense par référendum ou par des programmes clairs, donner plus d'autonomie aux collectivités locales — une forme de fédéralisme économique qu'on retrouve dans presque tous ces pays qui fonctionnent.

Peut-être que la vraie question qui devrait être au cœur de notre débat, c'est : quelle image voulons-nous avoir de l'État français aujourd'hui ? Nous sommes sans doute le pays où la représentation de l'État est la plus « sacrée ». Un exemple pour illustrer cela : nous sommes le seul pays où existent des « journées du patrimoine » — le seul jour de l'année où les lieux que les contribuables financent leur sont ouverts. Tant qu'on continuera de considérer l'État comme une forme de noblesse avec un statut à part, on ne pourra jamais lui demander de comptes — et on restera condamnés à la dérive qu'on connaît.

Marc de Basquiat : Les pays nordiques sont depuis longtemps des références pour les politiques sociales. Ils ont connu des situations budgétaires difficiles, mais ont su réagir, en particulier par la privatisation de pans entiers de leurs services publics tout en améliorant la satisfaction des utilisateurs. La France pourrait certainement s'en inspirer.

Jean-Sébastien Ferjou est l'un des fondateurs d'Atlantico dont il est aussi le directeur de la publication. Il a notamment travaillé à LCI, pour TF1 et fait de la production télévisuelle.

Pierre Bentata  Marc de Basquiat 

https://atlantico.fr/article/decryptage/derive-des-finances-publiques-mais-qui-paie-vraiment-la-lachete-budgetaire-francaise-in-fine-reforme-durable-dette-depenses-politiques



B) - Le désendettement doit peser sur la dépense et non sur le contribuable

La Cour des comptes nous offre un dernier rapport qui résonne un peu comme un aveu. Sobrement intitulé « La situation des finances publiques début 2026 », il nous révèle en termes élégants que s’il n’est peut-être pas encore trop tard, il faut en tout état de cause siffler la fin de la récréation. Le contribuable ne doit plus être un punching-ball.

Les chiffres et les avertissements se suivent dans un document dont la forme, adoucie par le choix des termes, ne saurait éluder la gravité du fond.

La Cour des comptes nous demande de tirer trois leçons de ses travaux :

  • Les efforts sont jusqu’à présent restés insuffisants pour redresser les comptes publics.
  • Il faudra très longtemps pour seulement rattraper les dérives des dernières années.
  • Il est temps de cesser, par une hausse sans fin des impôts, de faire porter la charge des efforts sur les contribuables et d’enclencher enfin la baisse des dépenses.

Contrairement à toutes les promesses des derniers gouvernements à répétition, le déficit public de la France a encore connu une nette aggravation en 2023 et 2024 pour atteindre 5,8 % du PIB, rendant illusoire tout redressement à court terme. L’objectif dressé par la Cour des comptes est pourtant raisonnable puisqu’il n’est même pas question de revenir à un déficit nul mais juste au chiffre totémique d’un déficit limité à 3 % du PIB, comme s’il était possible pour un État de vivre éternellement à découvert. Quoi qu’il en soit, trois gouvernements se sont succédé pour proposer aux Français un projet 2025 de budget de rigueur (relative…) avec un déficit ramené à 5 % du PIB. Promesse, bien entendu, non tenue, puisque la loi de finances a finalement retenu un déficit cible de 5,4 % du PIB que le gouvernement actuel se targue d’avoir respecté. Dommage qu’il n’ait pas le triomphe aussi modeste que ses ambitions.

Le pire dans l’affaire est toutefois que l’on promettait un effort portant aux deux tiers sur la dépense (avec un ralentissement de la hausse et non une baisse…), soit 40 Md€, et pour un tiers sur une hausse (une vraie…) des impôts, soit 20 Md€. À l’arrivée, la hausse des dépenses n’a pas ralenti et l’effort n’a donc porté que sur les impôts, avec en plus une hausse finale majorée à 23 Md€. Il est décidément plus facile en France d’augmenter les impôts que de baisser les dépenses, comme le reconnaît d’ailleurs elle-même la Cour des comptes, pour qui la hausse d’impôt constitue « l’ajustement le plus abordable », et ce d’autant plus que cette hausse qui devait être temporaire s’est pérennisée comme à chaque fois…

Mais la Cour des comptes alerte : « Le plus difficile reste à accomplir pour assurer la soutenabilité de la dette publique ». Ce n’est donc plus un avertissement, c’est un cri d’alarme. Et si la mission est aussi difficile à accomplir, c’est parce qu’il ne s’agit plus cette fois-ci de continuer à augmenter les impôts mais d’enclencher concrètement la baisse des dépenses. Les magistrats de la rue Cambon reconnaissent en effet qu’une nouvelle hausse de nos prélèvements obligatoires, déjà les plus élevés d’Europe, comporterait un risque en termes d’acceptabilité sociale, voire de remise en cause du sacro-saint principe du consentement à l’impôt. L’effort doit donc maintenant reposer avant tout sur la dépense, même s’il n’est finalement demandé qu’une pudique « hausse ralentie » des dépenses…

Malgré la gravité des chiffres, le ton de la Cour des comptes dans son discours laisse pourtant pointer un doute quant à ses chances d’être entendue. Tirant le bilan des dernières années, les magistrats déplorent à mots à peine couverts que les concessions accordées à la gauche pour faire voter la loi de financement de la sécurité sociale, avec 6,8 Md€ de dépenses sociales en plus, ont réduit à néant l’espoir d’un déficit réduit en 2026 à 4,7 % du PIB. L’objectif le plus optimiste est aujourd’hui ramené à 5 % avec évidemment des prélèvements obligatoires toujours en hausse, les concessions à ladite gauche ayant même fait passer cette hausse de 10 à 12 Md€ en cours de débat budgétaire. Autrement dit, on offre aux citoyens des dépenses sociales payées par le contribuable qui n’en a pourtant plus les moyens. D’autant que le citoyen est rarement le contribuable qui sortirait de sa poche droite ce qui rentrerait dans sa poche gauche. Le plus souvent, le citoyen (ou plutôt l’allocataire…) dans la poche de qui l’argent rentre n’a que très peu à voir avec le contribuable dont on continue de vider les poches.

Si la Cour des comptes demande à demi-mots que l’on arrête de presser le contribuable, ce n’est pas seulement parce qu’il a atteint le seuil limite d’acceptation et de consentement. C’est aussi parce que seule la dépense constitue désormais un levier d’action. Les intérêts de la dette publique ont coûté 65 Md€ en 2025 et coûteront en 2029 plus de 100 Md€. En effet, si l’État français a pu profiter ces dernières années de l’argent presque gratuit offert par des taux d’intérêt quasiment nuls, il doit aujourd’hui revenir à de meilleures habitudes. À force de trop emprunter, la qualité de sa dette a diminué et l’État se retrouve donc contraint de refinancer sa dette à des taux beaucoup plus élevés. L’augmentation de sa charge est donc inéluctable et ne pourra être assumée que par une baisse drastique des autres dépenses s’il veut sortir de ce cercle vicieux.

Notons en conclusion que la Cour des comptes a calculé qu’une réduction du déficit public de 0,6 point par an permettrait tout juste de revenir en 2035 au ratio de dette de 2025. Sachant que seul 0,4 point a été atteint en 2025 et est encore attendu pour 2026, le chemin vers l’équilibre sera long. Soyons donc attentifs à décourager les gouvernements de faire payer les indemnités kilométriques au contribuable…

Benoît Perrin

Benoît Perrin est titulaire d’un master I en droit public à l’université Bordeaux IV, d’un master II à l’Institut Français de Presse délivré par l’université Panthéon-Assas, ainsi que d’un master en Management des Hommes et des organisations suivi à l’ESCP. Son parcours professionnel est à la fois ancré dans l’univers économique et dans l’engagement associatif. Consultant en organisation de 2006 à 2016 dans différents cabinets de conseil (Sia Partners, Accenture, Ayming), il met ses compétences au service des collectivités locales, des ministères et des hôpitaux pour améliorer la gestion des finances et des service publics. Désireux de participer au redressement de son pays, il s’engage fin 2016 comme directeur opérationnel de l’IFP, école de l’engagement civique où il accompagne les jeunes désireux de défendre les libertés dans les associations, la politique et les médias. En décembre 2022, il prend la direction de Contribuables Associés, première association de contribuables de France avec 350 000 membres. Apolitique, non partisane et non subventionnée, Contribuables Associés milite activement pour une gestion saine des deniers publics et lutte contre les gaspillages (rendez-vous auprès des décideurs, publication d’études, passages médiatiques, campagnes dans la presse, sur les réseaux sociaux, pétitions…). https://nouvellerevuepolitique.fr/le-desendettement-doit-peser-sur-la-depense-et-non-sur-le-contribuable/

 


 C) -  Ces politiques publiques qui tuent la protection sociale

En 1981, le rapport « L’État-protecteur en crise » de l’OCDE alertait sur la crise de l’État-providence. Nous n’avons pas compris que la crise de l’État-protecteur était la conséquence de celle de l’Économie. À la suite de la première crise du pétrole, à la suite des restructurations « sociales » de la sidérurgie, nous n’avons pas vu qu’en ce début des années 80, pour sauver le modèle social, il fallait commencer par sauver le modèle de production. Des politiques de redéveloppement économique insuffisantes ont fait privilégier des politiques d’accompagnement social des restructurations qui n’auront été que des déstructurations Du FNE – Fonds national pour l’emploi, qui visait à l’origine à « faciliter aux travailleurs salariés la continuité de leur activité à travers les transformations qu’implique le développement économique… », on ne retenait que le dispositif des préretraites. Le traitement social de la crise ne suffisant pas, il fallait soutenir le moral collectif par de nouveaux acquis sociaux avec, dans un premier temps, la cinquième semaine de congés payés, l’augmentation du SMIC, la retraite à 60 ans, les 39 heures.

Ces acquis sociaux ont anticipé sur les gains de productivité. Ils ont été autant de mauvais coups portés à l’outil de production d’abord, au modèle de protection sociale ensuite. Les économistes s’inquiétaient de l’essoufflement de la croissance, les comptables publics, eux, de l’essoufflement des recettes publiques et succombaient à l’illusion budgétaire de l’endettement. L’action publique a eu sur le malade le même effet que les saignées que pratiquaient les médecins de Molière, les exécutifs successifs et les docteurs de Bercy (qui logeaient encore à Rivoli) ont saigné encore davantage l’outil de production. L’aggravation du mal justifiait l’intervention renouvelée de l’État.

Des politiques publiques déconnectées de l’économie

En subsidiarisant les politiques de soutien et de développement de l’outil de production, la redistribution était privilégiée au détriment de la distribution primaire à la production. Le cercle vicieux s’est mis en branle jusqu’à asphyxier l’économie. À défaut de volontarisme économique, l’État a inventé un keynésianisme social dont le seul multiplicateur observable affecte les prélèvements obligatoires, les aides et subventions publiques et la dette.

Tout se passe comme si la finance publique était un « outil » autonome, déconnecté de l’activité économique qui l’alimente, comme si les prélèvements obligatoires étaient sans effets sur la capacité de l’économie à produire. Tout se passe, ensuite, comme si la dépense sociale était étanche aux politiques publiques malthusiennes qui entretiennent le besoin de protection sociale. Le système de protection sociale n’est pas un « objet » autonome et neutre. Encastré dans un système politique court-termiste qui s’illusionne sur son affranchissement de l’économie, il « encaisse » les conséquences sociales des politiques publiques, sociales ou non.

Le social, placebo et bouc émissaire des politiques économiques malthusiennes

La protection sociale est devenue ce système de protection économique « qui se propose de protéger des individus ou des groupes contre la diminution de leurs revenus » (Friedrich Hayek). L’État est devenu cette grande fiction qui, au motif de la sécurité économique des individus, s’exonère, et nous exonère aussi, de la contrainte de l’économie. Cette grande fiction fait prendre la conséquence pour la cause et fait de la dette sociale le secret de famille que nous révèle « La dette sociale de la France, 1974-2024 » (Nicolas Dufourcq) : c’est elle qui explique les deux tiers de la dette publique.

Le comptable public a comptablement raison, il y a corrélation entre l’évolution de la dette publique et celle de la dépense sociale, mais, a-t-il économiquement raison ? Si les comptes publics donnent une image fidèle (certifiée avec réserves par la Cour des comptes) des recettes et dépenses publiques, donnent-ils une image fidèle de l’action publique, disent-ils la part des politiques publiques malthusiennes pour l’économie qui pèse sur les budgets sociaux ?

La politique d’aides à l’emploi et la microentreprise donnent une idée de ce que sont les conséquences, pour la dépense sociale, de l’action publique dans le champ de l’économie.

Les allègements et exonérations de cotisations sociales. Ces mesures de soutien à l’emploi ont eu des effets positifs de création ou de préservation d’emplois peu qualifiés. En 2024, le rapport Bozio-Wasmer (Les politiques d’exonérations de cotisations sociales : une inflexion nécessaire) observe que ces mesures ont accompagné une hausse du taux d’emploi et que leur efficacité diminue sur la longue période. Ces mesures d’allégement des cotisations sociales ciblées sur le bas de la distribution salariale ont démontré que l’élasticité de l’emploi au coût du travail est forte pour les plus bas revenus. En faisant jouer cette surélasticté favorable à la création et à la préservation d’emplois peu qualifiés, ces mesures ont aggravé le risque de piège à bas salaire et favorisé la smicardisation du salariat à laquelle ont participé le passage aux 35 heures et les coups de pouce au SMIC (Bozio-Wasmer).

Le coût pour les finances publiques, de l’ordre de 75 à 90 mds €, résulte, en premier niveau, des moindres recettes sur les emplois existants préservés (moindre recette sociale compensée par plus d’impôt) et, en deuxième niveau, de la création d’emplois peu ou pas contributifs au financement des budgets sociaux. Au troisième niveau, le coût de ces dispositifs, c’est celui des aides aux bas revenus qui résultent des aides aux emplois peu qualifiés. Le cercle est, vraiment, vicieux : la politique pour l’emploi conduit à une surdépense sociale.

Le cercle n’en a pas fini d’être vicieux, le mal métastase. En compensant la moindre recette sociale par l’impôt (les ITAf, impôts et taxes affectées à la Sécurité sociale), l’État pénètre un peu plus encore le champ de la protection sociale en modifiant la source de son financement par la substitution de la fiscalité aux cotisations sociales. Pour le comptable public qui raisonne en taux de prélèvements obligatoires, ce mouvement est neutre : moins de cotisations sociales et plus d’impôts, c’est, pour lui, « toutes choses égales par ailleurs ». Ce raisonnement alimente le débat sur la dépense sociale, dont le niveau oblige à recourir à l’impôt et grossit ainsi la dette publique, jusqu’à la voir comme sa principale cause. Le piège se referme sur la dépense sociale dont on ne voit plus que son augmentation résulte des subventions et aides aux emplois peu qualifiés.

La micro-entreprise. Créé par la loi de modernisation de l’économie du 4 août 2008, le statut du micro-entrepreneur visait l’objectif de simplifier l’accès à l’entrepreneuriat et, selon les mots de son créateur Hervé Novelli, allait réconcilier patrons et salariés et faire se retourner Karl Marx dans sa tombe. Cette réforme de modernisation de l’économie a des conséquences sur les budgets sociaux en recette, c’est heureux, et en dépense, ça l’est moins.

L’effet positif de la micro-entreprise est d’inciter à la déclaration d’activités jusqu’alors dissimulées. Ces activités déclarées élargissent l’assiette fiscalo-sociale. L’incitation à déclarer résulte des plus faibles taux de cotisation et d’imposition que ceux appliqués au salariat et à l’entreprise. Ces faibles taux, c’est le prix (la dépense fiscalo-sociale) qu’il faut payer pour socialiser le travail non déclaré. S’il y a élargissement de l’assiette fiscale et sociale, chaque emploi de micro-entrepreneur génère d’abord un manque à gagner pour l’État puis, à terme, un coût. Le manque à gagner, ce sont les moindres recettes fiscales et sociales par emploi. Le coût à terme, c’est celui des aides à l’individu (RSA, indemnité chômage, prime d’activité, retraite…), qui compensent la faible rémunération de la micro-activité.

Le succès du statut de micro-entrepreneur a été dopé par l’émergence des « plateformes ». Si Marx se retourne dans sa tombe, peut-être est-ce parce que le statut du micro-entrepreneur est, souvent, le retour à celui du « journalier » ou du « manouvrier » qui se loue à la journée. Une fois encore, la sur-élasticité des bas revenus aux incitations fiscalo-sociales joue pleinement !

Le vrai « secret de famille », c’est l’échec des politiques économiques

Les allègements de cotisations sociales et le statut de micro-entrepreneur, les politiques pour l’emploi et la modernisation de l’économie, en facilitant la création d’emplois faiblement rémunérés et bénéficiant d’une couverture sociale réduite, ont ajouté au besoin de protection économique et sociale « ex post ». L’amélioration du marché du travail qui en a résulté n’a pas profité aux moins qualifiés (Bozio-Wasmer). Le ministère du Travail et des Solidarités le formule sans nuance en présentant la réforme de la prime d’activité comme « un effort inédit pour le pouvoir d’achat de ceux qui travaillent ». Quand le ministère est en même temps celui du Travail et des Solidarités, les solidarités semblent primer sur le travail et ce ministère se fait le champion de la dépense publique pour soutenir le pouvoir d’achat de ceux qui travaillent !

Quand la dépense sociale compte pour un tiers du PIB, elle devient effectivement insoutenable. Pour la rendre soutenable, il n’y a que deux solutions : celle malthusiano-comptable et « paramétrique » de la réduction des prestations, et celle d’un volontarisme économique qui favorise la création d’emplois qualifiés, rémunérateurs et contributeurs aux charges publiques. Il faut craindre que la rigueur comptable et ses résultats immédiats ne l’emportent sur l’ambition économique.

 

D) -  L’insoutenable légèreté des finances et des politiques publiques

L’insoutenable légèreté des finances et politiques publiques c’est d’avoir, depuis une cinquantaine d’années, redistribué de la dette au prétexte de redistribuer du revenu. C’est l’extension continue du champ de l’action publique au motif d’un État toujours plus providence qui se révèle État édredon, confortable mais qui finit par nous étouffer aussi. À défaut d’être stratège, l’action publique a transformé la protection sociale en un système d’assistance économique.

Le secret de famille de l’inévitable insoutenabilité du système a été bien gardé, dissimulé sous une offre de prestations sociales constamment enrichie. Les faux fuyants n’ont pas manqué pour nous rassurer d’une trajectoire maîtrisée des finances publiques. La maîtrise de la dépense publique et des prélèvements obligatoires était garantie par la diminution de l’augmentation tendancielle de la dépense publique. Les plus grands experts des comptes publics ont expliqué la surélasticté de la dépense publique au PIB par la loi dite de Wagner selon laquelle la part des dépenses publiques dans le produit intérieur brut augmente tendanciellement avec le niveau de vie. Un masque a été mis sur le dérapage continu de la dépense publique. La faible augmentation du poids des prélèvements obligatoires par rapport au PIB cachait un dérapage incontrôlé. Le déficit du budget de l’État s’il est de 5 % rapporté au PIB est de 36,8 % rapporté aux recettes de l’État ! De ce fol endettement, il est difficile de voir quels investissements d’avenir il a financés.

Une « touche finale » a été mise aux artifices comptables quand, en 2024, la Commission européenne mettait la France sous procédure pour déficit excessif. Les responsables des comptes publics nous ont expliqué que la cause n’en était pas le niveau de la dépense mais l’insuffisance des recettes fiscales. Le déficit n’est pas uniquement celui des comptes publics, c’est aussi un déficit de crédibilité des comptables publics.

L’exemple des dividendes de la paix illustre cette insoutenable légèreté des finances publiques. La moindre dépense de Défense n’a été ni « capitalisée », ni ne s’est traduite par une baisse de la dépense publique. Elle s’est perdue dans la diminution de l’augmentation tendancielle de la dépense publique. La baisse des effectifs militaires a permis de recruter des effectifs civils : les effectifs de l’État s’affichent ainsi stabilisés et toujours plus fonctionnarisés.

L’exemple des déremboursements opérés par la branche maladie, transférés sur les mutuelles (dont on critique ensuite les coûts de gestion), participe de cet habillage de la maîtrise de la dépense publique.

Les réformes de l’indemnisation du chômage sont, elles aussi, à ranger avec les illusions de maîtrise de la dépense publique. Les économies qu’elles génèrent ne sont pas traduites dans une baisse du coût du chômage pour la collectivité : elles sont « captées » par l’État qui les affecte à d’autres dépenses. Ni le coût du travail, ni la dette publique, ni la dette sociale n’en bénéficient.

À ce stade, proche de celui du « défaut », l’argumentation évolue. La cause de tous nos maux, c’est, à l’évidence, la dépense sociale. Son poids rapporté au PIB, le vieillissement de la population et la générosité du système[1] en font le bouc émissaire. Les experts disent de façon savante ce que les « Nicolas » disent à leur façon : le modèle social n’est plus soutenable ni en dépense ni en financement. Mais les experts ont tort. En faisant de la dette sociale la cause première de notre endettement, ils considèrent la protection sociale comme cause alors qu’elle est conséquence de l’échec des politiques publiques. La dette sociale devient ce chiffon rouge qui fait éviter le débat sur l’échec des politiques publiques et sur l’illusion de la maîtrise de la dépense publique. Ils ont tort parce que le système social n’est pas étanche aux politiques publiques dont il subit les effets négatifs. Les politiques d’aide aux emplois les moins qualifiés, qui sont des politiques d’allègements ou d’exonération de cotisations sociales, dont les économistes ont du mal à évaluer les effets sur l’emploi, ont pour effets immédiats de priver la « Sécu » de ressources, de créer des « pièges à bas salaires » et de participer à la « smicardisation » du salariat. L’inefficacité de ces aides ouvre alors un cercle vicieux : l’insuffisant revenu du travail fait inventer des « primes à l’emploi » et un dispositif de « dépense fiscale » s’ajoute ainsi au transfert de cotisations sociales sur l’impôt. Les experts ont tort parce que les impôts et taxes affectés, par l’État, au financement de la Sécurité sociale ne couvrent que de façon résiduelle le déficit social : ils compensent d’abord les moindres ressources sociales résultant d’exonérations et allègements et financent les prestations de solidarité.

Ces mouvements de transferts, simples transferts techniques pour les comptables publics, qui les comptabilisent à bilan nul en termes de niveau de prélèvements obligatoires, sont d’abord un changement de nature des prestations sociales et ajoutent à l’amalgame qui est fait de la fiscalité et des cotisations sociales. La nature des prestations servies change : d’assurantielles, elles deviennent de solidarité. La substitution d’une part de CSG à la cotisation salariée à l’assurance chômage illustre ce changement de nature : l’allocation de chômage n’est plus une prestation d’assurance mais de solidarité et son financement fiscalisé légitime des indemnisations différenciées selon le niveau du revenu.

Au niveau de prélèvements obligatoires aujourd’hui atteints, l’entier système de l’action publique et de la protection est socialisé. C’est le résultat d’une politique de l’offre de prestations sociales censées pallier l’insuffisance de revenu primaire. C’est le résultat de l’aveuglement d’un appareil d’État dont la raison d’être est celle de percepteur-redistributeur. Le coût du social est la conséquence de notre déclassement économique : sixième ou septième économie mondiale, nous sommes au vingt-cinquième rang en PIB par habitant. Le déficit et la dette du social ne résultent pas de politiques publiques qui privilégient la redistribution à la distribution primaire à la production.

Avec notre suradministration, nous ne sortirons de l’incurable débat sur le trou de la Sécu que par l’entière fiscalisation du système. La dépense sociale sera variable d’ajustement budgétaire et la réforme de l’action publique continuera d’être une Arlésienne. Dans cette perspective, l’Allocation sociale unifiée, qui vise l’objectif de simplification pour les bénéficiaires et de meilleure gestion pour l’appareil de l’État, peut aussi être vue comme les prémices d’un revenu universel, ce nouvel horizon de l’État providence. Le prélèvement de l’impôt à la source a, déjà, ajouté à la socialisation du travail. Le salaire net est « super net » de la charge de solidarité qui pèse sur les « Nicolas », qui ne savent plus s’ils payent de l’impôt ou des assurances sociales.

Le point où nous en sommes rendu était prévisible. Un État centralisé, et toujours centralisateur (cf. suppression de la taxe d’habitation qui fait compenser la perte de ressource des collectivités locales par l’État), ne pouvait pas laisser prospérer les assurances sociales issues des accords des partenaires sociaux. Le point où nous sommes rendus était prévisible et annoncé dès 1850 par Frédéric Bastiat (in Harmonies économiques) qui, observant la gestion et la surveillance des sociétés de secours mutuel, alertait : « Supposez que le gouvernement intervienne. Il est aisé de deviner le rôle qu’il s’attribuera. Son premier soin sera de s’emparer de toutes ces caisses sous prétexte de les centraliser ; et pour colorer cette entreprise, il promettra de les grossir avec des ressources prises sur le contribuable. Ensuite, sous prétexte d’unité, de solidarité (que sais-je ?), il s’avisera de fondre toutes les associations en une seule soumise à un règlement uniforme : « Nul, si ce n’est quelque bureaucrate, n’aura intérêt à défendre le fonds commun ». Bastiat concluait que « L’État se verra contraint de demander sans cesse des subventions au budget », il serait aujourd’hui, à coup sûr, un commentateur expert sur les plateaux télé !

L’insoutenable légèreté des finances publiques aura été un tour de magie comme les réussissent les illusionnistes. Ils sortent du chapeau la dette sociale, avatar malheureux de politiques publiques économiquement malthusiennes. Pour nombre d’entre elles, les analyses de la dette sociale restent dans le registre de l’illusion. La nécessaire refondation du modèle social ne suffira pas à maîtriser la dépense publique si l’État ne réforme pas ses politiques d’intervention économiques et sociales. Le totem du modèle du CNR ne tient plus, celui de l’omni-intervention de l’État ne tient pas davantage.

Michel Monier

Pour C: https://nouvellerevuepolitique.fr/michel-monier-ces-politiques-publiques-qui-tuent-la-protection-sociale/

Pour D: https://nouvellerevuepolitique.fr/michel-monier-linsoutenable-legerete-des-finances-et-des-politiques-publiques/

[1] La référence aux pensions de retraites d’un moindre niveau en Allemagne est souvent présentée comme argument de la générosité du système français. Ce que l’on discute moins, c’est qu’une part seulement des pensions de retraites allemandes est soumise à l’impôt sur le revenu. C’est à l’horizon de… 2058 que les pensions de retraite seront imposées en totalité. Sauf à comparer l’entier système socio-fiscal, comparaison n’est pas raison.

 


 E) - Finances publiques

Les finances publiques, discipline essentielle du droit public financier, jouent un rôle crucial dans la gestion des ressources financières d'un État et de ses entités territoriales. Cette discipline repose sur plusieurs branches fondamentales qui structurent la gestion des ressources et des dépenses publiques : le droit fiscal public, le droit de la comptabilité publique, le droit budgétaire et les finances sociales. 

Les fondements des finances publiques

Le droit fiscal public : gestion des revenus de l'État

Le droit fiscal public constitue la première branche des finances publiques. Il s'agit de l'ensemble des règles et des régulations qui régissent la collecte des revenus de l'État et des entités publiques. Les impôts, les taxes et les contributions sont les principaux instruments utilisés pour générer ces revenus. Le droit fiscal public détermine les modalités de perception, les taux d'imposition, les déductions fiscales et les régimes spéciaux, le tout dans le but d'assurer un financement adéquat des activités et des projets publics.

Le droit de la comptabilité publique : transparence et gestion des dépenses

La deuxième branche majeure des finances publiques est le droit de la comptabilité publique. Cette branche est chargée de garantir la transparence et la traçabilité des dépenses publiques. Elle établit les règles comptables spécifiques aux entités publiques, fixe les procédures de contrôle des dépenses et assure la reddition des comptes envers les citoyens. Le droit de la comptabilité publique joue un rôle essentiel dans la prévention de la mauvaise gestion financière et dans la lutte contre la corruption.

Le droit budgétaire : planification et contrôle des finances

La troisième branche des finances publiques est le droit budgétaire. Cette branche se concentre sur la planification et le contrôle des finances de l'État et des collectivités territoriales. Elle régit la manière dont les budgets sont élaborés, examinés, adoptés et exécutés. Le droit budgétaire vise à assurer une allocation efficace et équilibrée des ressources financières pour les différents secteurs de l'administration publique. Il favorise également la responsabilisation en définissant les règles de suivi et d'évaluation des dépenses publiques.

Évolutions récentes : finances sociales comme expansion du champ des finances publiques

Traditionnellement centrées sur les ressources de l'État et des collectivités territoriales, les finances publiques ont évolué pour inclure de nouveaux domaines. Par exemple, les lois de financement de la sécurité sociale ont élargi le champ des finances publiques aux finances sociales. Cela implique que les ressources et les dépenses liées à la sécurité sociale sont désormais régies par les principes et les mécanismes des finances publiques.

Cadre européen : surveillance budgétaire et coopération

Le contexte européen joue également un rôle majeur dans les finances publiques françaises. Les mécanismes européens de surveillance budgétaire sont en place pour encadrer les politiques financières des États membres, y compris la France. Ces mécanismes visent à garantir la stabilité économique et budgétaire de la zone euro, en surveillant les niveaux d'endettement, les déficits budgétaires et les réformes structurelles.

Influence sur le budget de l'Union européenne

Les règles régissant le budget de l'Union européenne sont étroitement inspirées des pratiques en vigueur dans les États membres, y compris le droit français. Les principes de responsabilité budgétaire, de transparence et de maîtrise des dépenses sont des éléments essentiels qui influencent la manière dont le budget de l'Union européenne est élaboré et exécuté.

En somme, les finances publiques constituent un pilier central de la gestion financière des États et des entités publiques. Elles englobent le droit fiscal public, le droit de la comptabilité publique et le droit budgétaire, et leur champ d'application s'est élargi pour inclure les finances sociales. L'influence européenne et les mécanismes de surveillance jouent également un rôle crucial dans la manière dont les finances publiques sont gérées en France et au sein de l'Union européenne.

Informations complémentaires

Bibliographie

  • 1979, Domenico Da Empoli, dir., "Finanza pubblica e Contabilita nazionale su base trimestrale [1954-1975]" ("Finances publiques et comptabilité nationale fondée sur une base trimestrielle [1954-1975]"), Cedam
  • 2003, Domenicantonio Fausto, "An Outline of the Main Italian Contributions to the Theory of Public Finance", Pensiero Economico Italiano, Vol 11, n°1, pp11–41

 

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