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juillet 18, 2026

Dérive des finances publiques !!

Sommaire:

A) - Dérive des finances publiques : mais QUI paie vraiment la lâcheté budgétaire française in fine ?

B) - Le désendettement doit peser sur la dépense et non sur le contribuable

C) -  Ces politiques publiques qui tuent la protection sociale

D) -  L’insoutenable légèreté des finances et des politiques publiques

E) - Finances publiques

 

 


 

A) - Dérive des finances publiques : mais QUI paie vraiment la lâcheté budgétaire française in fine ?

Depuis trente ans, les gouvernements successifs ont multiplié les promesses de redressement des finances publiques sans engager de réforme structurelle durable. Si la dette n'a cessé de progresser, cela souligne surtout les difficultés à maîtriser la dépense et à concilier impératifs budgétaires et contraintes politiques.

Ce qu'il faut en retenir : 
  • Dette en hausse continue : aucun retour durable à l'équilibre budgétaire depuis près de vingt ans, malgré des engagements répétés.

  • Des dépenses jugées peu efficaces : plusieurs experts estiment que le problème tient davantage à l'efficacité de la dépense qu'à son niveau.

  • Des arbitrages reportés : chaque majorité a privilégié des ajustements ponctuels plutôt qu'une réforme d'ensemble des finances publiques.

  • Une facture différée : les déficits successifs alimentent une dette dont le coût pèsera principalement sur les finances publiques futures.

Atlantico -  La question de la dette et du redressement des finances publiques a occupé quasi toutes les campagnes présidentielles depuis 30 ans : mais concrètement, qu'ont fait les gouvernements successifs de tous ces débats d'une part, de toutes ces dépenses d'autre part ?
Jean-Sébastien Ferjou : La réponse tient en une phrase : on a beaucoup parlé, peu tranché. Depuis les années 1990, l'ajustement français n'a jamais pris la forme d'une révision structurelle des dépenses — la voie canadienne ou suédoise — mais celle d'un mélange permanent de hausses de prélèvements diffuses (CSG, cotisations, fiscalité locale) et de rabots de crédits mal ciblés, sans vision d'ensemble. Résultat : le taux de prélèvements obligatoires est resté sur le podium européen — 43,6 % du PIB en 2025 — sans que la dépense, elle, soit jamais réellement passée au crible. Le dernier rapport commandé par Bercy à quatre économistes (Jaravel, Ragot, Tavernier, Valla) documente noir sur blanc ce qui arrive quand cette politique de l'esquive se poursuit : 126 milliards d'euros d'effort à trouver d'ici 2032 simplement pour stabiliser la dette, pas pour la réduire. Le vrai diagnostic n'est donc pas qu'on a trop dépensé : c'est qu'on dépense mal. La Cour des comptes le répète depuis 2017 — le niveau de dépense publique, l'un des plus élevés de l'OCDE, ne produit pas des résultats à la hauteur des moyens engagés.

Pierre Bentata : Il faut partir d'un constat simple : si l'on s'en tient aux chiffres de l'INSEE, qui font consensus, la France n'a pas connu de budget à l'équilibre ni d'excédent public depuis la fin du mandat de Chirac. Un consensus s'est donc installé dans le pays, à gauche comme à droite, dans tous les partis de gouvernement : augmenter la dépense publique par la dette, c'est-à-dire reporter la charge sur les générations futures, plutôt que de chercher à la maîtriser réellement.

On pourrait dire que ce sont des politiques irresponsables, mais c'est un argument populiste. Des candidats se sont régulièrement présentés en proposant des réformes, et ont gagné. Le thème de la dette leur permet de monter dans les sondages — il y a une forme de prise de conscience collective, mais elle est très temporaire, et ces candidats ne la mettent finalement pas en œuvre. Il y a donc aussi une réponse de l'offre politique à une demande d'illusion, à une volonté de mettre un voile pudique sur la dépense publique.

Sur la mauvaise dépense publique plus précisément : on débat toujours de ce qu'on appelle ainsi — il y aura toujours des gens pour dire que la dépense crée de la dynamique. Selon moi, la bonne façon de la définir, c'est par comparaison. Quand on regarde ce que l'on dépense dans les grands secteurs — aussi bien régaliens que sociaux, éducation, santé — par rapport à d'autres pays, on peut dire qu'on a une mauvaise dépense, dans le sens où l'on est souvent parmi les pays les plus dépensiers tout en étant inefficaces au regard des résultats. On le voit dans l'éducation : la dépense par élève y est plus élevée que dans la majorité des pays européens, sans que les résultats des élèves suivent. On le voit dans la santé : les catégories de population les plus pauvres y sont globalement moins bien soignées que dans d'autres pays européens — je pense en particulier aux Pays-Bas — alors que ces pays dépensent moins. Le problème n'est donc pas le périmètre de l'État, qui n'est pas si différent de celui des autres démocraties libérales. Le problème, c'est qu'on le fait avec une relative inefficacité, et ce n'est absolument pas l'objet d'un débat chez nous.

Marc de Basquiat : La démocratie, c'est formidable, mais avec l'inconvénient notable que les responsables politiques souffrent du même défaut : se faire élire est leur premier métier. Ce n'est pas le plus grave. Le pire, c'est qu'une fois en responsabilité de la conduite des affaires, ils veulent encore se faire réélire ! Et il est impossible de concilier cette priorité personnelle impérieuse avec la poursuite d'un véritable plan de redressement des finances publiques. Qui pourrait se présenter devant les électeurs avec un discours du type : « j'ai diminué le budget de la Nation de 100 milliards d'euros, en baissant les retraites, les allocations, en privatisant à tour de bras et en supprimant une multitude de dépenses publiques… J'ai encore plein d'idées… Votez pour moi pour que je continue ! ». Donc la situation est simple : nous attendons que la situation soit tellement désespérée que nous ne puissions plus nous payer le luxe d'un gouvernement élu. Un gouvernement technique sera mis en place — il y a des précédents, en Grèce, en Italie — totalement dégagé de la nécessité de plaire à qui que ce soit, chargé seulement de rétablir l'équilibre budgétaire et de commencer à apurer la dette.

Atlantico -   Si on fait le bilan des mandats Chirac, Sarkozy, Hollande et Macron : qui a vraiment payé la note de cette dérive des finances publiques ? Et qui, à l'inverse, a plutôt bénéficié de la grande lâcheté budgétaire française ? Que disent les apparences, que montre une analyse rigoureuse ?

Jean-Sébastien Ferjou : Quinquennat par quinquennat, ce n'est jamais le même arbitrage — ni la même victime.

Chirac (1995-2007) : la dette grimpe de 9 points, mais c'est la conjoncture — des taux d'intérêt élevés, entre 4 et 6 % — qui en explique la quasi-totalité, pas un choix budgétaire délibéré. Personne n'a vraiment « payé » ce quinquennat au sens d'un sacrifice imposé : le pays a plutôt laissé filer le temps sans rien trancher, pendant que les 35 heures et l'absence de réforme structurelle des retraites préparaient la facture des mandats suivants.

Sarkozy (2007-2012) : +26 points de dette, dont la moitié imputable à un choix assumé — le paquet fiscal de 2007 et le bouclier fiscal, qui allègent d'abord la charge des plus hauts patrimoines — et l'autre moitié à la crise des subprimes. Ceux qui paient : les classes moyennes et les contribuables ordinaires, qui financent par le déficit une baisse d'impôt dont ils n'ont capté qu'une fraction marginale.

Hollande (2012-2017) : progression apparente la plus faible (+8 points), mais deux temps bien distincts et contradictoires — un matraquage fiscal sur les ménages en début de mandat (hausse de la CSG, création de tranches d'IR), suivi d'allègements aux entreprises via le CICE. Qui paie ici : les ménages, en particulier les classes moyennes supérieures, en première ligne dès 2012 ; les entreprises, elles, sont plutôt bénéficiaires nettes sur la seconde partie du quinquennat.

Macron (2017-2027) : +17 points et la pente la plus raide en cours. La suppression de l'ISF et l'instauration de la flat tax allègent d'emblée la fiscalité du capital, sans économie de dépense en contrepartie — le manque à gagner est absorbé par le déficit. Le choc Covid puis énergétique est ensuite légitime en tant que tel, mais le déficit ne s'est jamais résorbé une fois la crise passée (5,8 % en 2024, 5,1 % en 2025). Qui paie : à court terme, tous les contribuables via un déficit qui ne se referme plus ; à moyen terme, les actifs et les générations futures, qui hériteront d'une charge de la dette alourdie sans que les allègements d'hier aient été financés par une réforme de la dépense.

Le fil commun à ces quatre mandats : chacun a transmis la facture au suivant, majorée, sans jamais la solder lui-même. Et dans chaque cas, ceux qui ont capté le bénéfice immédiat d'un allègement fiscal ou d'une dépense non financée ne sont, sauf exception, pas ceux qui en règlent la facture différée.

Pierre Bentata : Si l'on compare uniquement les courbes — dépense publique, déficit — sur des périodes correspondant à des successions de mandats, on ne voit aucune transformation radicale. L'alternance politique n'a ni infléchi la dépense ni ralenti son rythme. Il y a eu une légère inflexion au début du mandat de Macron, mais le moment où tout effort a été abandonné, c'est le Covid — et on vit toujours dans son sillage. L'addition finira par être payée par les citoyens, d'abord via une tension très forte sur la dette publique : les taux à 30 ans sont aujourd'hui plus élevés qu'ils ne l'ont jamais été. Et ceux qui paieront sont nécessairement les citoyens — a fortiori ceux qui bénéficient le plus de la dépense publique.

Sur les annonces, on a eu un Sarkozy qui, au départ, a laissé penser qu'il allait comprimer la dépense, et la première campagne de Macron, avec là aussi une volonté plus affirmée. Mais dans les deux cas, cela ne s'est pas traduit dans les faits : on ne voit ni rupture ni effet de ciseau où les recettes augmenteraient fortement pendant que la dépense baisserait, seulement un écart croissant entre les deux courbes.

À l'inverse, qui a bénéficié de la grande lâcheté budgétaire ? D'abord les fonctionnaires entrés en poste pendant cette période. La grande différence avec les pays qui ont réussi à maîtriser leur dette dans des situations pourtant catastrophiques — l'Allemagne il y a une vingtaine d'années, la Suède et les Pays-Bas dans les années 1990, l'Irlande — c'est que ces pays sont tous passés, à un moment, par une politique de suppression de postes dans la fonction publique. Nous, jamais. Les retraités aussi en ont bénéficié : partout ailleurs, on a eu ce débat sur le gel des pensions, l'allongement de la durée de cotisation — chez nous, cela n'a pas eu lieu non plus. Nous sommes l'un des seuls pays au monde où le pouvoir d'achat des retraités est si élevé par rapport au reste de la population que cela devient un vrai sujet de tension. Ce n'est pas un hasard si la majorité des partis — à l'exception de LFI — ne ciblent électoralement que les retraités, et si personne n'ose réformer ce système.

Il y a là quelque chose d'assez tragique dans ce conflit générationnel : les plus jeunes se disent qu'on crée une dette catastrophique pour préserver le pouvoir d'achat d'aînés qui ont déjà bien vécu. Les plus âgés répondent, non sans une certaine justesse, qu'ils n'ont rien « triché » : les règles étaient biaisées dès le départ, et on a simplement laissé filer une situation qu'on faisait passer pour tenable. D'autres pays, confrontés à la même situation, ont réformé. Nous ne l'avons pas fait.

Marc de Basquiat : Le métier des politiques étant de se faire élire, puis réélire, les dérives constatées au fil du temps ont toujours été au bénéfice de l'électorat de prédilection de la majorité au pouvoir. L'élu soigne ses électeurs, c'est un juste retour des choses. Les retraités sont ainsi préservés depuis des décennies, voyant leur niveau de vie régulièrement consolidé, alors que les classes moyennes en activité forment une catégorie « par défaut », nombreuse, qui ne bénéficie d'aucune mesure spécifique.

Atlantico -   Quelle est la part de Français bénéficiaires nets de la dépense publique ? N'y a-t-il pas aussi un coût invisible du dérapage de nos finances publiques, même pour des gens qui reçoivent plus d'argent public qu'ils ne contribuent au financement des budgets publics ou sociaux ?

Jean-Sébastien Ferjou : Selon l'Insee (comptes nationaux distribués, données 2023), 56 % des Français sont bénéficiaires nets de la redistribution élargie — c'est-à-dire qu'en intégrant prestations monétaires, retraites et services publics en nature (santé, éducation), ils reçoivent plus qu'ils ne versent en impôts, cotisations et taxes. Le détail par catégorie est instructif et loin d'être uniforme : 99 % des 10 % les plus modestes sont bénéficiaires nets, contre seulement 18 % des 10 % les plus aisés ; 96 % des ménages dont l'âge moyen des adultes est de 65 ans ou plus, portés par la retraite et la consommation de soins ; les familles avec enfants et les ménages les moins diplômés sont également structurellement bénéficiaires. À l'inverse, cadres, travailleurs indépendants et chefs d'entreprise sont contributeurs nets, tandis que le bilan des ouvriers et employés est quasiment neutre — ni gagnants ni perdants du système.

Mais voici le point que les chiffres officiels eux-mêmes révèlent, et qu'on esquive trop vite dans le débat public : sur les 653 milliards d'euros transférés chaque année vers les bénéficiaires nets, seuls 586 milliards proviennent effectivement des contributeurs nets d'aujourd'hui. Les 66 milliards manquants — plus de 10 % du total transféré — correspondent exactement au déficit public, c'est-à-dire à de la dette. Une partie de ce que touche un bénéficiaire net n'est donc pas un transfert de solidarité entre Français d'aujourd'hui, mais une avance sur l'avenir — la sienne, celle de ses enfants, ou celle de ménages qui ne sont pas encore nés.

Le coût invisible pour ces bénéficiaires nets, y compris les plus légitimement protégés, se loge à trois endroits : la qualité du service qu'ils consomment, qui cède avant le montant nominal des prestations ; la soutenabilité de leurs droits futurs, un système déjà partiellement financé par la dette étant plus fragile face à une remontée des taux ; et l'exposition macroéconomique commune à tous, une perte de contrôle des finances publiques faisant monter les taux d'intérêt pour l'ensemble de l'économie, sans distinction entre contributeur net et bénéficiaire net.

Marc de Basquiat : Le taux de 56 % avancé par l'Insee pour évaluer le nombre de ménages qui gagnent au système redistributif français est trompeur. Alors que nous grillons collectivement plus de 70 milliards d'intérêts sur la dette — qui atteindront inexorablement 100 milliards dans quelques années —, les 56 % sont les privilégiés d'un Titanic encore à flot. Nous connaissons la suite du film : le sauvetage de la Grèce entre 2010 et 2015 nous donne une idée du cocktail désagréable qui sera proposé à la France d'ici peu, le taux de « gagnants » s'écroulant rapidement.

Atlantico -   Si on se projette avec les mêmes politiques budgétaires de tergiversations dans l'avenir, qui devra in fine payer face à l'insoutenabilité grandissante de la dette publique française ? Et qui peut raisonnablement se dire que ça ne le concerne pas ?

Jean-Sébastien Ferjou : À politique inchangée, le rapport Jaravel-Ragot-Tavernier-Valla est sans ambiguïté : le déficit public atteindrait 6,8 % du PIB en 2030, la dette dépasserait 130 % du PIB, et la charge d'intérêts, déjà passée de 78 à un rythme qui frôlera 124 milliards d'euros en 2030, capterait une part croissante et irréversible du budget — cinq fois plus vite que la croissance potentielle du pays. Ce mécanisme, une fois enclenché au-delà d'un certain seuil, s'auto-entretient : plus la dette s'accumule, plus les investisseurs exigent une prime de risque, plus le service de la dette augmente, plus l'espace pour financer autre chose se réduit à due proportion. C'est cette spirale précise que la Cour des comptes qualifie de risque de « perte de contrôle ».

Personne n'est structurellement à l'abri de ce scénario, quand bien même certains peuvent légitimement s'en croire protégés : ni les détenteurs de capital, dont les actifs domestiques se dégraderaient aussi en cas de crise de confiance ; ni les bénéficiaires nets actuels de la protection sociale, dont les droits ont déjà été révisés à plusieurs reprises sous la contrainte budgétaire ; ni les jeunes actifs, qui hériteront simultanément d'une dette alourdie, d'un marché du travail pénalisé et d'un ratio actifs/retraités dégradé. Le passif ne se transmet pas par choix : il se transmet par défaut, à quiconque est encore en activité quand la facture arrive à échéance.

Pierre Bentata : Ce seront, pour des raisons différentes, tous les Français d'ici une dizaine d'années. Il ne reste presque plus personne pour prétendre que la dette n'est pas un problème. Il suffit de prolonger les tendances : les réactualisations du Conseil d'orientation des retraites, toutes les simulations, qu'elles viennent de l'iFRAP ou de l'Institut Molinari, aboutissent au même résultat — la trajectoire n'est pas tenable. D'ici dix ans, la dépense publique sera majoritairement absorbée par le remboursement de la dette, ce qui signifie qu'elle ne bénéficiera plus à personne ; le deuxième poste sacrifié sera les retraites.

Dans ce contexte, si vous êtes actif demain, ou si vous appartenez aux populations les plus dépendantes de la dépense publique, vous serez mécaniquement confrontés à un problème — la situation que la Grèce a connue à la sortie de la crise des subprimes, ou le Portugal quelques années plus tard. Au pied du mur de la dette, tous ceux qui vivent de la dépense publique seront en situation dramatique si l'on ne redresse pas la barre rapidement. C'est la grande erreur des partis centristes, en particulier de centre-gauche : faire croire que rembourser la dette aujourd'hui serait un sacrifice, alors que le vrai sacrifice pour les populations les plus fragiles, c'est justement de ne pas le faire.

Atlantico -   Le vrai problème français est-il le montant de l'impôt, ou ce qu'il frappe ?

Jean-Sébastien Ferjou : Ce qu'il frappe, très largement. La France n'est pas isolée dans le peloton de tête européen des prélèvements obligatoires — le Danemark et la Belgique la talonnent ou la dépassent. Ce qui la distingue, c'est la structure : l'essentiel de l'ajustement budgétaire est passé, depuis les années 1990, par les cotisations sociales et la CSG plutôt que par une remise à plat de la dépense elle-même. Le coin fiscalo-social qui en résulte reste l'un des plus lourds d'Europe, avec un effet mesurable et documenté : un chômage des 15-24 ans structurellement bien plus élevé qu'en Allemagne — de l'ordre de 18 à 20 % contre 6 à 7 % selon les mois. Ce n'est pas une fatalité géographique ou culturelle — c'est le prix d'un choix reconduit d'année en année, celui de financer la dérive par ce qui pèse sur le travail plutôt que par une réforme sérieuse de ce que l'État dépense.

Pierre Bentata : Les deux. Au départ, on peut considérer que les impôts sont mal ciblés. Si l'on compare la fiscalité des entreprises en France et en Allemagne, on voit bien que les Allemands ont construit un avantage comparatif, une compétitivité qui tient en grande partie à leur fiscalité — les impôts de production y sont quasi nuls, alors qu'ils sont énormes chez nous. Bruno Le Maire avait tenté d'en réduire une partie, mais sur les 60 milliards d'écart, il n'en a résorbé qu'une dizaine.

Nos impôts sont donc mal conçus. On en a aussi beaucoup trop, avec beaucoup trop d'administrations derrière. On a des impôts qui ne rapportent rien : pensez à l'impôt sur les yachts — quand un impôt est très ciblé et son taux très élevé, l'assiette disparaît. Nos impôts vont à l'inverse de ce que recommandent les économistes, de gauche comme de droite : un taux faible et une assiette large, pour limiter l'illusion fiscale et minimiser les distorsions de comportement. Chez nous, c'est l'inverse. Et par-dessus tout cela, ils se sont multipliés au point que le budget est devenu incompréhensible : tant d'impôts qu'on ne sait plus à quoi ils servent, ce qui empêche toute évaluation d'efficacité et crée une situation très commode pour l'administration fiscale — à chaque problème, il suffit d'augmenter les impôts.

Marc de Basquiat : Il semble difficile de partager un consensus permettant de supprimer les prélèvements les plus nocifs pour le développement économique du pays, tout en renforçant ceux — ils existent ! — dont les effets pervers sont plus limités. La TVA est un impôt efficace et non distorsif, décrié à gauche au prétexte qu'il frappe plus ceux qui consomment l'ensemble de leurs revenus. Passer son taux à 25 %, en supprimant autant que possible les taux réduits, financerait la suppression des « impôts de production » qui alourdissent stupidement le coût du travail en France. La fiscalité sur le patrimoine réel — l'immobilier en premier lieu — est également un gisement qui mériterait d'être mieux exploité, en contrepartie de l'élimination des droits de mutation et des prélèvements sur les loyers qui nuisent gravement à l'efficacité du marché. De manière générale, un gouvernement de droite aura à cœur de réformer la fiscalité afin de privilégier la rentabilité des investissements et du travail. Mais la diminution des dépenses publiques est clairement la priorité.

Atlantico -   Dominique de Villepin a déclaré le 16 juillet, lors d'une conférence de presse, que « tous ceux qui seront élus [augmenteront les impôts], c'est aussi simple que ça. Donc il y a des menteurs, et puis il y a des gens qui essaient d'anticiper la vérité. » A-t-il raison de poser le débat en ces termes ? Augmenter les impôts est-il vraiment inévitable, ou est-ce déjà, en soi, une façon d'esquiver la vraie question — celle de la dépense ?

Pierre Bentata : Il a raison, à condition d'accepter une hypothèse implicite : celle d'un périmètre de dépense constant, voire en augmentation. Mais dans ce cas, Villepin devrait logiquement rejoindre LFI, puisque c'est exactement leur projet : il n'y aurait plus d'autre choix que de nationaliser, avec les conséquences que l'on connaît partout où les héritiers de cette politique ont exercé le pouvoir.

Si l'on ne touche pas à la dépense, la seule option qui reste est d'augmenter encore les impôts — jusqu'au moment où, dans un monde ouvert et un État de droit, les gens partent, travaillent moins, ou où un marché noir se développe. Le vrai problème reste ce tabou français : on ne peut pas réfléchir au périmètre d'action de l'État ni à son efficacité. Avoir un État efficace n'a rien à voir avec le libéralisme — c'est une question pragmatique, pas idéologique. Un État efficace est un État plus protecteur : face à une canicule ou à une crise pétrolière, un État qui a maîtrisé ses dépenses a les moyens d'accompagner l'activité économique. Mais si l'on est déjà en situation de surendettement à ce moment-là, on ne peut plus rien faire. La vraie question qu'on ne pose jamais dans le débat politique, c'est : qui crée la richesse que l'État va pouvoir dépenser ? Pour créer cette richesse, il faut des impôts faibles — il n'y a pas d'autre solution.

Atlantico -  Y a-t-il des pays qui ont réussi à redresser sereinement leurs finances publiques sans « casse » politique ?

Jean-Sébastien Ferjou : Oui, et leurs exemples sont connus depuis trente ans sans jamais avoir été suivis en France. Le Canada des années Chrétien-Martin a fait passer sa dette de 100 à 80 % du PIB par une révision systématique des dépenses (« Program Review »), mais pas sans effet distributif : les inégalités de revenu après impôt, restées stables depuis les années 1970 grâce à la redistribution, ont recommencé à augmenter à partir du milieu des années 1990, la baisse de la dépense sociale ayant alors pesé plus lourd que ne l'a rapporté le désendettement. La Suède, confrontée dans les années 1990 à une crise bancaire et immobilière sévère, a réduit ses dépenses publiques d'une dizaine de points de PIB — d'un pic d'environ 61 % du PIB à un niveau aujourd'hui proche de 48-50 % — tout en préservant l'essentiel de son modèle social, congé parental compris, grâce à une maximisation de l'efficacité de la dépense plutôt qu'à des coupes aveugles. Le point commun de ces redressements réussis : un ajustement porté d'abord par la dépense, mené tôt, avec constance, et une franchise politique sur l'ampleur de l'effort — l'exact inverse de la méthode française. Le contre-exemple, la Grèce, montre ce qui se passe quand l'ajustement arrive trop tard et sans crédibilité : la spirale récessive, elle, se paie en vraie casse sociale et politique. La France a le choix de la méthode qu'elle veut suivre. Elle ne l'a simplement, depuis trente ans, jamais fait.

Pierre Bentata : Il ne faut pas se flageller : il existe une tendance de fond dans les démocraties libérales, qui tient à la mécanique démocratique elle-même — il est très difficile d'engager des réformes de grande ampleur avant d'être au pied du mur, parce que mécaniquement, les citoyens ne votent pas contre leurs propres intérêts immédiats. Sauf en Suisse, où cela arrive régulièrement. Mais dans la plupart des démocraties, on l'a vu : en Grèce, il a fallu, d'une certaine manière, court-circuiter la démocratie via la troïka. Le Portugal a dû frôler la faillite. L'Espagne aussi. Les démocraties se réforment et se pilotent donc mieux au bord du gouffre.

Cela dit, certains pays ont réussi à agir avant d'y être contraints. L'Allemagne s'est réformée alors qu'elle traversait, dans les années 1990-2000, une situation comparable à la nôtre aujourd'hui. Les Pays-Bas dans les années 1990. L'Irlande, avec une stratégie différente. La Suède aussi — et ce ne sont pas des pays qu'on peut taxer de libéralisme échevelé : quiconque a vécu en Suède sait que l'État y est très protecteur. Ce sont pourtant des pays qui se sont réformés, chacun à sa manière. Certaines approches reviennent partout : supprimer des postes dans la fonction publique, rationaliser la dépense par référendum ou par des programmes clairs, donner plus d'autonomie aux collectivités locales — une forme de fédéralisme économique qu'on retrouve dans presque tous ces pays qui fonctionnent.

Peut-être que la vraie question qui devrait être au cœur de notre débat, c'est : quelle image voulons-nous avoir de l'État français aujourd'hui ? Nous sommes sans doute le pays où la représentation de l'État est la plus « sacrée ». Un exemple pour illustrer cela : nous sommes le seul pays où existent des « journées du patrimoine » — le seul jour de l'année où les lieux que les contribuables financent leur sont ouverts. Tant qu'on continuera de considérer l'État comme une forme de noblesse avec un statut à part, on ne pourra jamais lui demander de comptes — et on restera condamnés à la dérive qu'on connaît.

Marc de Basquiat : Les pays nordiques sont depuis longtemps des références pour les politiques sociales. Ils ont connu des situations budgétaires difficiles, mais ont su réagir, en particulier par la privatisation de pans entiers de leurs services publics tout en améliorant la satisfaction des utilisateurs. La France pourrait certainement s'en inspirer.

Jean-Sébastien Ferjou est l'un des fondateurs d'Atlantico dont il est aussi le directeur de la publication. Il a notamment travaillé à LCI, pour TF1 et fait de la production télévisuelle.

Pierre Bentata  Marc de Basquiat 

https://atlantico.fr/article/decryptage/derive-des-finances-publiques-mais-qui-paie-vraiment-la-lachete-budgetaire-francaise-in-fine-reforme-durable-dette-depenses-politiques



B) - Le désendettement doit peser sur la dépense et non sur le contribuable

La Cour des comptes nous offre un dernier rapport qui résonne un peu comme un aveu. Sobrement intitulé « La situation des finances publiques début 2026 », il nous révèle en termes élégants que s’il n’est peut-être pas encore trop tard, il faut en tout état de cause siffler la fin de la récréation. Le contribuable ne doit plus être un punching-ball.

Les chiffres et les avertissements se suivent dans un document dont la forme, adoucie par le choix des termes, ne saurait éluder la gravité du fond.

La Cour des comptes nous demande de tirer trois leçons de ses travaux :

  • Les efforts sont jusqu’à présent restés insuffisants pour redresser les comptes publics.
  • Il faudra très longtemps pour seulement rattraper les dérives des dernières années.
  • Il est temps de cesser, par une hausse sans fin des impôts, de faire porter la charge des efforts sur les contribuables et d’enclencher enfin la baisse des dépenses.

Contrairement à toutes les promesses des derniers gouvernements à répétition, le déficit public de la France a encore connu une nette aggravation en 2023 et 2024 pour atteindre 5,8 % du PIB, rendant illusoire tout redressement à court terme. L’objectif dressé par la Cour des comptes est pourtant raisonnable puisqu’il n’est même pas question de revenir à un déficit nul mais juste au chiffre totémique d’un déficit limité à 3 % du PIB, comme s’il était possible pour un État de vivre éternellement à découvert. Quoi qu’il en soit, trois gouvernements se sont succédé pour proposer aux Français un projet 2025 de budget de rigueur (relative…) avec un déficit ramené à 5 % du PIB. Promesse, bien entendu, non tenue, puisque la loi de finances a finalement retenu un déficit cible de 5,4 % du PIB que le gouvernement actuel se targue d’avoir respecté. Dommage qu’il n’ait pas le triomphe aussi modeste que ses ambitions.

Le pire dans l’affaire est toutefois que l’on promettait un effort portant aux deux tiers sur la dépense (avec un ralentissement de la hausse et non une baisse…), soit 40 Md€, et pour un tiers sur une hausse (une vraie…) des impôts, soit 20 Md€. À l’arrivée, la hausse des dépenses n’a pas ralenti et l’effort n’a donc porté que sur les impôts, avec en plus une hausse finale majorée à 23 Md€. Il est décidément plus facile en France d’augmenter les impôts que de baisser les dépenses, comme le reconnaît d’ailleurs elle-même la Cour des comptes, pour qui la hausse d’impôt constitue « l’ajustement le plus abordable », et ce d’autant plus que cette hausse qui devait être temporaire s’est pérennisée comme à chaque fois…

Mais la Cour des comptes alerte : « Le plus difficile reste à accomplir pour assurer la soutenabilité de la dette publique ». Ce n’est donc plus un avertissement, c’est un cri d’alarme. Et si la mission est aussi difficile à accomplir, c’est parce qu’il ne s’agit plus cette fois-ci de continuer à augmenter les impôts mais d’enclencher concrètement la baisse des dépenses. Les magistrats de la rue Cambon reconnaissent en effet qu’une nouvelle hausse de nos prélèvements obligatoires, déjà les plus élevés d’Europe, comporterait un risque en termes d’acceptabilité sociale, voire de remise en cause du sacro-saint principe du consentement à l’impôt. L’effort doit donc maintenant reposer avant tout sur la dépense, même s’il n’est finalement demandé qu’une pudique « hausse ralentie » des dépenses…

Malgré la gravité des chiffres, le ton de la Cour des comptes dans son discours laisse pourtant pointer un doute quant à ses chances d’être entendue. Tirant le bilan des dernières années, les magistrats déplorent à mots à peine couverts que les concessions accordées à la gauche pour faire voter la loi de financement de la sécurité sociale, avec 6,8 Md€ de dépenses sociales en plus, ont réduit à néant l’espoir d’un déficit réduit en 2026 à 4,7 % du PIB. L’objectif le plus optimiste est aujourd’hui ramené à 5 % avec évidemment des prélèvements obligatoires toujours en hausse, les concessions à ladite gauche ayant même fait passer cette hausse de 10 à 12 Md€ en cours de débat budgétaire. Autrement dit, on offre aux citoyens des dépenses sociales payées par le contribuable qui n’en a pourtant plus les moyens. D’autant que le citoyen est rarement le contribuable qui sortirait de sa poche droite ce qui rentrerait dans sa poche gauche. Le plus souvent, le citoyen (ou plutôt l’allocataire…) dans la poche de qui l’argent rentre n’a que très peu à voir avec le contribuable dont on continue de vider les poches.

Si la Cour des comptes demande à demi-mots que l’on arrête de presser le contribuable, ce n’est pas seulement parce qu’il a atteint le seuil limite d’acceptation et de consentement. C’est aussi parce que seule la dépense constitue désormais un levier d’action. Les intérêts de la dette publique ont coûté 65 Md€ en 2025 et coûteront en 2029 plus de 100 Md€. En effet, si l’État français a pu profiter ces dernières années de l’argent presque gratuit offert par des taux d’intérêt quasiment nuls, il doit aujourd’hui revenir à de meilleures habitudes. À force de trop emprunter, la qualité de sa dette a diminué et l’État se retrouve donc contraint de refinancer sa dette à des taux beaucoup plus élevés. L’augmentation de sa charge est donc inéluctable et ne pourra être assumée que par une baisse drastique des autres dépenses s’il veut sortir de ce cercle vicieux.

Notons en conclusion que la Cour des comptes a calculé qu’une réduction du déficit public de 0,6 point par an permettrait tout juste de revenir en 2035 au ratio de dette de 2025. Sachant que seul 0,4 point a été atteint en 2025 et est encore attendu pour 2026, le chemin vers l’équilibre sera long. Soyons donc attentifs à décourager les gouvernements de faire payer les indemnités kilométriques au contribuable…

Benoît Perrin

Benoît Perrin est titulaire d’un master I en droit public à l’université Bordeaux IV, d’un master II à l’Institut Français de Presse délivré par l’université Panthéon-Assas, ainsi que d’un master en Management des Hommes et des organisations suivi à l’ESCP. Son parcours professionnel est à la fois ancré dans l’univers économique et dans l’engagement associatif. Consultant en organisation de 2006 à 2016 dans différents cabinets de conseil (Sia Partners, Accenture, Ayming), il met ses compétences au service des collectivités locales, des ministères et des hôpitaux pour améliorer la gestion des finances et des service publics. Désireux de participer au redressement de son pays, il s’engage fin 2016 comme directeur opérationnel de l’IFP, école de l’engagement civique où il accompagne les jeunes désireux de défendre les libertés dans les associations, la politique et les médias. En décembre 2022, il prend la direction de Contribuables Associés, première association de contribuables de France avec 350 000 membres. Apolitique, non partisane et non subventionnée, Contribuables Associés milite activement pour une gestion saine des deniers publics et lutte contre les gaspillages (rendez-vous auprès des décideurs, publication d’études, passages médiatiques, campagnes dans la presse, sur les réseaux sociaux, pétitions…). https://nouvellerevuepolitique.fr/le-desendettement-doit-peser-sur-la-depense-et-non-sur-le-contribuable/

 


 C) -  Ces politiques publiques qui tuent la protection sociale

En 1981, le rapport « L’État-protecteur en crise » de l’OCDE alertait sur la crise de l’État-providence. Nous n’avons pas compris que la crise de l’État-protecteur était la conséquence de celle de l’Économie. À la suite de la première crise du pétrole, à la suite des restructurations « sociales » de la sidérurgie, nous n’avons pas vu qu’en ce début des années 80, pour sauver le modèle social, il fallait commencer par sauver le modèle de production. Des politiques de redéveloppement économique insuffisantes ont fait privilégier des politiques d’accompagnement social des restructurations qui n’auront été que des déstructurations Du FNE – Fonds national pour l’emploi, qui visait à l’origine à « faciliter aux travailleurs salariés la continuité de leur activité à travers les transformations qu’implique le développement économique… », on ne retenait que le dispositif des préretraites. Le traitement social de la crise ne suffisant pas, il fallait soutenir le moral collectif par de nouveaux acquis sociaux avec, dans un premier temps, la cinquième semaine de congés payés, l’augmentation du SMIC, la retraite à 60 ans, les 39 heures.

Ces acquis sociaux ont anticipé sur les gains de productivité. Ils ont été autant de mauvais coups portés à l’outil de production d’abord, au modèle de protection sociale ensuite. Les économistes s’inquiétaient de l’essoufflement de la croissance, les comptables publics, eux, de l’essoufflement des recettes publiques et succombaient à l’illusion budgétaire de l’endettement. L’action publique a eu sur le malade le même effet que les saignées que pratiquaient les médecins de Molière, les exécutifs successifs et les docteurs de Bercy (qui logeaient encore à Rivoli) ont saigné encore davantage l’outil de production. L’aggravation du mal justifiait l’intervention renouvelée de l’État.

Des politiques publiques déconnectées de l’économie

En subsidiarisant les politiques de soutien et de développement de l’outil de production, la redistribution était privilégiée au détriment de la distribution primaire à la production. Le cercle vicieux s’est mis en branle jusqu’à asphyxier l’économie. À défaut de volontarisme économique, l’État a inventé un keynésianisme social dont le seul multiplicateur observable affecte les prélèvements obligatoires, les aides et subventions publiques et la dette.

Tout se passe comme si la finance publique était un « outil » autonome, déconnecté de l’activité économique qui l’alimente, comme si les prélèvements obligatoires étaient sans effets sur la capacité de l’économie à produire. Tout se passe, ensuite, comme si la dépense sociale était étanche aux politiques publiques malthusiennes qui entretiennent le besoin de protection sociale. Le système de protection sociale n’est pas un « objet » autonome et neutre. Encastré dans un système politique court-termiste qui s’illusionne sur son affranchissement de l’économie, il « encaisse » les conséquences sociales des politiques publiques, sociales ou non.

Le social, placebo et bouc émissaire des politiques économiques malthusiennes

La protection sociale est devenue ce système de protection économique « qui se propose de protéger des individus ou des groupes contre la diminution de leurs revenus » (Friedrich Hayek). L’État est devenu cette grande fiction qui, au motif de la sécurité économique des individus, s’exonère, et nous exonère aussi, de la contrainte de l’économie. Cette grande fiction fait prendre la conséquence pour la cause et fait de la dette sociale le secret de famille que nous révèle « La dette sociale de la France, 1974-2024 » (Nicolas Dufourcq) : c’est elle qui explique les deux tiers de la dette publique.

Le comptable public a comptablement raison, il y a corrélation entre l’évolution de la dette publique et celle de la dépense sociale, mais, a-t-il économiquement raison ? Si les comptes publics donnent une image fidèle (certifiée avec réserves par la Cour des comptes) des recettes et dépenses publiques, donnent-ils une image fidèle de l’action publique, disent-ils la part des politiques publiques malthusiennes pour l’économie qui pèse sur les budgets sociaux ?

La politique d’aides à l’emploi et la microentreprise donnent une idée de ce que sont les conséquences, pour la dépense sociale, de l’action publique dans le champ de l’économie.

Les allègements et exonérations de cotisations sociales. Ces mesures de soutien à l’emploi ont eu des effets positifs de création ou de préservation d’emplois peu qualifiés. En 2024, le rapport Bozio-Wasmer (Les politiques d’exonérations de cotisations sociales : une inflexion nécessaire) observe que ces mesures ont accompagné une hausse du taux d’emploi et que leur efficacité diminue sur la longue période. Ces mesures d’allégement des cotisations sociales ciblées sur le bas de la distribution salariale ont démontré que l’élasticité de l’emploi au coût du travail est forte pour les plus bas revenus. En faisant jouer cette surélasticté favorable à la création et à la préservation d’emplois peu qualifiés, ces mesures ont aggravé le risque de piège à bas salaire et favorisé la smicardisation du salariat à laquelle ont participé le passage aux 35 heures et les coups de pouce au SMIC (Bozio-Wasmer).

Le coût pour les finances publiques, de l’ordre de 75 à 90 mds €, résulte, en premier niveau, des moindres recettes sur les emplois existants préservés (moindre recette sociale compensée par plus d’impôt) et, en deuxième niveau, de la création d’emplois peu ou pas contributifs au financement des budgets sociaux. Au troisième niveau, le coût de ces dispositifs, c’est celui des aides aux bas revenus qui résultent des aides aux emplois peu qualifiés. Le cercle est, vraiment, vicieux : la politique pour l’emploi conduit à une surdépense sociale.

Le cercle n’en a pas fini d’être vicieux, le mal métastase. En compensant la moindre recette sociale par l’impôt (les ITAf, impôts et taxes affectées à la Sécurité sociale), l’État pénètre un peu plus encore le champ de la protection sociale en modifiant la source de son financement par la substitution de la fiscalité aux cotisations sociales. Pour le comptable public qui raisonne en taux de prélèvements obligatoires, ce mouvement est neutre : moins de cotisations sociales et plus d’impôts, c’est, pour lui, « toutes choses égales par ailleurs ». Ce raisonnement alimente le débat sur la dépense sociale, dont le niveau oblige à recourir à l’impôt et grossit ainsi la dette publique, jusqu’à la voir comme sa principale cause. Le piège se referme sur la dépense sociale dont on ne voit plus que son augmentation résulte des subventions et aides aux emplois peu qualifiés.

La micro-entreprise. Créé par la loi de modernisation de l’économie du 4 août 2008, le statut du micro-entrepreneur visait l’objectif de simplifier l’accès à l’entrepreneuriat et, selon les mots de son créateur Hervé Novelli, allait réconcilier patrons et salariés et faire se retourner Karl Marx dans sa tombe. Cette réforme de modernisation de l’économie a des conséquences sur les budgets sociaux en recette, c’est heureux, et en dépense, ça l’est moins.

L’effet positif de la micro-entreprise est d’inciter à la déclaration d’activités jusqu’alors dissimulées. Ces activités déclarées élargissent l’assiette fiscalo-sociale. L’incitation à déclarer résulte des plus faibles taux de cotisation et d’imposition que ceux appliqués au salariat et à l’entreprise. Ces faibles taux, c’est le prix (la dépense fiscalo-sociale) qu’il faut payer pour socialiser le travail non déclaré. S’il y a élargissement de l’assiette fiscale et sociale, chaque emploi de micro-entrepreneur génère d’abord un manque à gagner pour l’État puis, à terme, un coût. Le manque à gagner, ce sont les moindres recettes fiscales et sociales par emploi. Le coût à terme, c’est celui des aides à l’individu (RSA, indemnité chômage, prime d’activité, retraite…), qui compensent la faible rémunération de la micro-activité.

Le succès du statut de micro-entrepreneur a été dopé par l’émergence des « plateformes ». Si Marx se retourne dans sa tombe, peut-être est-ce parce que le statut du micro-entrepreneur est, souvent, le retour à celui du « journalier » ou du « manouvrier » qui se loue à la journée. Une fois encore, la sur-élasticité des bas revenus aux incitations fiscalo-sociales joue pleinement !

Le vrai « secret de famille », c’est l’échec des politiques économiques

Les allègements de cotisations sociales et le statut de micro-entrepreneur, les politiques pour l’emploi et la modernisation de l’économie, en facilitant la création d’emplois faiblement rémunérés et bénéficiant d’une couverture sociale réduite, ont ajouté au besoin de protection économique et sociale « ex post ». L’amélioration du marché du travail qui en a résulté n’a pas profité aux moins qualifiés (Bozio-Wasmer). Le ministère du Travail et des Solidarités le formule sans nuance en présentant la réforme de la prime d’activité comme « un effort inédit pour le pouvoir d’achat de ceux qui travaillent ». Quand le ministère est en même temps celui du Travail et des Solidarités, les solidarités semblent primer sur le travail et ce ministère se fait le champion de la dépense publique pour soutenir le pouvoir d’achat de ceux qui travaillent !

Quand la dépense sociale compte pour un tiers du PIB, elle devient effectivement insoutenable. Pour la rendre soutenable, il n’y a que deux solutions : celle malthusiano-comptable et « paramétrique » de la réduction des prestations, et celle d’un volontarisme économique qui favorise la création d’emplois qualifiés, rémunérateurs et contributeurs aux charges publiques. Il faut craindre que la rigueur comptable et ses résultats immédiats ne l’emportent sur l’ambition économique.

 

D) -  L’insoutenable légèreté des finances et des politiques publiques

L’insoutenable légèreté des finances et politiques publiques c’est d’avoir, depuis une cinquantaine d’années, redistribué de la dette au prétexte de redistribuer du revenu. C’est l’extension continue du champ de l’action publique au motif d’un État toujours plus providence qui se révèle État édredon, confortable mais qui finit par nous étouffer aussi. À défaut d’être stratège, l’action publique a transformé la protection sociale en un système d’assistance économique.

Le secret de famille de l’inévitable insoutenabilité du système a été bien gardé, dissimulé sous une offre de prestations sociales constamment enrichie. Les faux fuyants n’ont pas manqué pour nous rassurer d’une trajectoire maîtrisée des finances publiques. La maîtrise de la dépense publique et des prélèvements obligatoires était garantie par la diminution de l’augmentation tendancielle de la dépense publique. Les plus grands experts des comptes publics ont expliqué la surélasticté de la dépense publique au PIB par la loi dite de Wagner selon laquelle la part des dépenses publiques dans le produit intérieur brut augmente tendanciellement avec le niveau de vie. Un masque a été mis sur le dérapage continu de la dépense publique. La faible augmentation du poids des prélèvements obligatoires par rapport au PIB cachait un dérapage incontrôlé. Le déficit du budget de l’État s’il est de 5 % rapporté au PIB est de 36,8 % rapporté aux recettes de l’État ! De ce fol endettement, il est difficile de voir quels investissements d’avenir il a financés.

Une « touche finale » a été mise aux artifices comptables quand, en 2024, la Commission européenne mettait la France sous procédure pour déficit excessif. Les responsables des comptes publics nous ont expliqué que la cause n’en était pas le niveau de la dépense mais l’insuffisance des recettes fiscales. Le déficit n’est pas uniquement celui des comptes publics, c’est aussi un déficit de crédibilité des comptables publics.

L’exemple des dividendes de la paix illustre cette insoutenable légèreté des finances publiques. La moindre dépense de Défense n’a été ni « capitalisée », ni ne s’est traduite par une baisse de la dépense publique. Elle s’est perdue dans la diminution de l’augmentation tendancielle de la dépense publique. La baisse des effectifs militaires a permis de recruter des effectifs civils : les effectifs de l’État s’affichent ainsi stabilisés et toujours plus fonctionnarisés.

L’exemple des déremboursements opérés par la branche maladie, transférés sur les mutuelles (dont on critique ensuite les coûts de gestion), participe de cet habillage de la maîtrise de la dépense publique.

Les réformes de l’indemnisation du chômage sont, elles aussi, à ranger avec les illusions de maîtrise de la dépense publique. Les économies qu’elles génèrent ne sont pas traduites dans une baisse du coût du chômage pour la collectivité : elles sont « captées » par l’État qui les affecte à d’autres dépenses. Ni le coût du travail, ni la dette publique, ni la dette sociale n’en bénéficient.

À ce stade, proche de celui du « défaut », l’argumentation évolue. La cause de tous nos maux, c’est, à l’évidence, la dépense sociale. Son poids rapporté au PIB, le vieillissement de la population et la générosité du système[1] en font le bouc émissaire. Les experts disent de façon savante ce que les « Nicolas » disent à leur façon : le modèle social n’est plus soutenable ni en dépense ni en financement. Mais les experts ont tort. En faisant de la dette sociale la cause première de notre endettement, ils considèrent la protection sociale comme cause alors qu’elle est conséquence de l’échec des politiques publiques. La dette sociale devient ce chiffon rouge qui fait éviter le débat sur l’échec des politiques publiques et sur l’illusion de la maîtrise de la dépense publique. Ils ont tort parce que le système social n’est pas étanche aux politiques publiques dont il subit les effets négatifs. Les politiques d’aide aux emplois les moins qualifiés, qui sont des politiques d’allègements ou d’exonération de cotisations sociales, dont les économistes ont du mal à évaluer les effets sur l’emploi, ont pour effets immédiats de priver la « Sécu » de ressources, de créer des « pièges à bas salaires » et de participer à la « smicardisation » du salariat. L’inefficacité de ces aides ouvre alors un cercle vicieux : l’insuffisant revenu du travail fait inventer des « primes à l’emploi » et un dispositif de « dépense fiscale » s’ajoute ainsi au transfert de cotisations sociales sur l’impôt. Les experts ont tort parce que les impôts et taxes affectés, par l’État, au financement de la Sécurité sociale ne couvrent que de façon résiduelle le déficit social : ils compensent d’abord les moindres ressources sociales résultant d’exonérations et allègements et financent les prestations de solidarité.

Ces mouvements de transferts, simples transferts techniques pour les comptables publics, qui les comptabilisent à bilan nul en termes de niveau de prélèvements obligatoires, sont d’abord un changement de nature des prestations sociales et ajoutent à l’amalgame qui est fait de la fiscalité et des cotisations sociales. La nature des prestations servies change : d’assurantielles, elles deviennent de solidarité. La substitution d’une part de CSG à la cotisation salariée à l’assurance chômage illustre ce changement de nature : l’allocation de chômage n’est plus une prestation d’assurance mais de solidarité et son financement fiscalisé légitime des indemnisations différenciées selon le niveau du revenu.

Au niveau de prélèvements obligatoires aujourd’hui atteints, l’entier système de l’action publique et de la protection est socialisé. C’est le résultat d’une politique de l’offre de prestations sociales censées pallier l’insuffisance de revenu primaire. C’est le résultat de l’aveuglement d’un appareil d’État dont la raison d’être est celle de percepteur-redistributeur. Le coût du social est la conséquence de notre déclassement économique : sixième ou septième économie mondiale, nous sommes au vingt-cinquième rang en PIB par habitant. Le déficit et la dette du social ne résultent pas de politiques publiques qui privilégient la redistribution à la distribution primaire à la production.

Avec notre suradministration, nous ne sortirons de l’incurable débat sur le trou de la Sécu que par l’entière fiscalisation du système. La dépense sociale sera variable d’ajustement budgétaire et la réforme de l’action publique continuera d’être une Arlésienne. Dans cette perspective, l’Allocation sociale unifiée, qui vise l’objectif de simplification pour les bénéficiaires et de meilleure gestion pour l’appareil de l’État, peut aussi être vue comme les prémices d’un revenu universel, ce nouvel horizon de l’État providence. Le prélèvement de l’impôt à la source a, déjà, ajouté à la socialisation du travail. Le salaire net est « super net » de la charge de solidarité qui pèse sur les « Nicolas », qui ne savent plus s’ils payent de l’impôt ou des assurances sociales.

Le point où nous en sommes rendu était prévisible. Un État centralisé, et toujours centralisateur (cf. suppression de la taxe d’habitation qui fait compenser la perte de ressource des collectivités locales par l’État), ne pouvait pas laisser prospérer les assurances sociales issues des accords des partenaires sociaux. Le point où nous sommes rendus était prévisible et annoncé dès 1850 par Frédéric Bastiat (in Harmonies économiques) qui, observant la gestion et la surveillance des sociétés de secours mutuel, alertait : « Supposez que le gouvernement intervienne. Il est aisé de deviner le rôle qu’il s’attribuera. Son premier soin sera de s’emparer de toutes ces caisses sous prétexte de les centraliser ; et pour colorer cette entreprise, il promettra de les grossir avec des ressources prises sur le contribuable. Ensuite, sous prétexte d’unité, de solidarité (que sais-je ?), il s’avisera de fondre toutes les associations en une seule soumise à un règlement uniforme : « Nul, si ce n’est quelque bureaucrate, n’aura intérêt à défendre le fonds commun ». Bastiat concluait que « L’État se verra contraint de demander sans cesse des subventions au budget », il serait aujourd’hui, à coup sûr, un commentateur expert sur les plateaux télé !

L’insoutenable légèreté des finances publiques aura été un tour de magie comme les réussissent les illusionnistes. Ils sortent du chapeau la dette sociale, avatar malheureux de politiques publiques économiquement malthusiennes. Pour nombre d’entre elles, les analyses de la dette sociale restent dans le registre de l’illusion. La nécessaire refondation du modèle social ne suffira pas à maîtriser la dépense publique si l’État ne réforme pas ses politiques d’intervention économiques et sociales. Le totem du modèle du CNR ne tient plus, celui de l’omni-intervention de l’État ne tient pas davantage.

Michel Monier

Pour C: https://nouvellerevuepolitique.fr/michel-monier-ces-politiques-publiques-qui-tuent-la-protection-sociale/

Pour D: https://nouvellerevuepolitique.fr/michel-monier-linsoutenable-legerete-des-finances-et-des-politiques-publiques/

[1] La référence aux pensions de retraites d’un moindre niveau en Allemagne est souvent présentée comme argument de la générosité du système français. Ce que l’on discute moins, c’est qu’une part seulement des pensions de retraites allemandes est soumise à l’impôt sur le revenu. C’est à l’horizon de… 2058 que les pensions de retraite seront imposées en totalité. Sauf à comparer l’entier système socio-fiscal, comparaison n’est pas raison.

 


 E) - Finances publiques

Les finances publiques, discipline essentielle du droit public financier, jouent un rôle crucial dans la gestion des ressources financières d'un État et de ses entités territoriales. Cette discipline repose sur plusieurs branches fondamentales qui structurent la gestion des ressources et des dépenses publiques : le droit fiscal public, le droit de la comptabilité publique, le droit budgétaire et les finances sociales. 

Les fondements des finances publiques

Le droit fiscal public : gestion des revenus de l'État

Le droit fiscal public constitue la première branche des finances publiques. Il s'agit de l'ensemble des règles et des régulations qui régissent la collecte des revenus de l'État et des entités publiques. Les impôts, les taxes et les contributions sont les principaux instruments utilisés pour générer ces revenus. Le droit fiscal public détermine les modalités de perception, les taux d'imposition, les déductions fiscales et les régimes spéciaux, le tout dans le but d'assurer un financement adéquat des activités et des projets publics.

Le droit de la comptabilité publique : transparence et gestion des dépenses

La deuxième branche majeure des finances publiques est le droit de la comptabilité publique. Cette branche est chargée de garantir la transparence et la traçabilité des dépenses publiques. Elle établit les règles comptables spécifiques aux entités publiques, fixe les procédures de contrôle des dépenses et assure la reddition des comptes envers les citoyens. Le droit de la comptabilité publique joue un rôle essentiel dans la prévention de la mauvaise gestion financière et dans la lutte contre la corruption.

Le droit budgétaire : planification et contrôle des finances

La troisième branche des finances publiques est le droit budgétaire. Cette branche se concentre sur la planification et le contrôle des finances de l'État et des collectivités territoriales. Elle régit la manière dont les budgets sont élaborés, examinés, adoptés et exécutés. Le droit budgétaire vise à assurer une allocation efficace et équilibrée des ressources financières pour les différents secteurs de l'administration publique. Il favorise également la responsabilisation en définissant les règles de suivi et d'évaluation des dépenses publiques.

Évolutions récentes : finances sociales comme expansion du champ des finances publiques

Traditionnellement centrées sur les ressources de l'État et des collectivités territoriales, les finances publiques ont évolué pour inclure de nouveaux domaines. Par exemple, les lois de financement de la sécurité sociale ont élargi le champ des finances publiques aux finances sociales. Cela implique que les ressources et les dépenses liées à la sécurité sociale sont désormais régies par les principes et les mécanismes des finances publiques.

Cadre européen : surveillance budgétaire et coopération

Le contexte européen joue également un rôle majeur dans les finances publiques françaises. Les mécanismes européens de surveillance budgétaire sont en place pour encadrer les politiques financières des États membres, y compris la France. Ces mécanismes visent à garantir la stabilité économique et budgétaire de la zone euro, en surveillant les niveaux d'endettement, les déficits budgétaires et les réformes structurelles.

Influence sur le budget de l'Union européenne

Les règles régissant le budget de l'Union européenne sont étroitement inspirées des pratiques en vigueur dans les États membres, y compris le droit français. Les principes de responsabilité budgétaire, de transparence et de maîtrise des dépenses sont des éléments essentiels qui influencent la manière dont le budget de l'Union européenne est élaboré et exécuté.

En somme, les finances publiques constituent un pilier central de la gestion financière des États et des entités publiques. Elles englobent le droit fiscal public, le droit de la comptabilité publique et le droit budgétaire, et leur champ d'application s'est élargi pour inclure les finances sociales. L'influence européenne et les mécanismes de surveillance jouent également un rôle crucial dans la manière dont les finances publiques sont gérées en France et au sein de l'Union européenne.

Informations complémentaires

Bibliographie

  • 1979, Domenico Da Empoli, dir., "Finanza pubblica e Contabilita nazionale su base trimestrale [1954-1975]" ("Finances publiques et comptabilité nationale fondée sur une base trimestrielle [1954-1975]"), Cedam
  • 2003, Domenicantonio Fausto, "An Outline of the Main Italian Contributions to the Theory of Public Finance", Pensiero Economico Italiano, Vol 11, n°1, pp11–41

 

juillet 16, 2026

Ursula von der Leyen - Albrecht, une vie de luxe, d’aristocratie. & L' UE ??

Sommaire:

A) - Ursula von der Leyen, une vie de luxe, d’aristocratie et pleine de vanité.

B) - La première femme présidente de la Commission européenne

C) - Quelle est la Fortune de Ursula von der Leyen en 2025 ?

D) - L'UNION EUROPÉENNE EST-ELLE VRAIMENT LIBÉRALE ?

E) - Union européenne

 



A) - Ursula von der Leyen, une vie de luxe, d’aristocratie et pleine de vanité. 

Descendante privilégiée d’anciens nazis… 

Présidente de l’UE Ursula von der Leyen, née Albrecht. Fille d’Ernst Albrecht. Petite-fille de Carl Albrecht. Le grand-père Carl était un nazi éminent, médecin et collègue de Joseph Mengele, et psychologue et collègue de Joseph Goebbels. Il faisait partie de la délégation avec Ribbentrop qui a signé le pacte Molotov-Ribbentrop, également connu sous le nom de pacte Hitler-Staline. 

Pas un joueur insignifiant dans le Troisième Reich. Le père Ernst était un président de province allemande qui a réhabilité d’innombrables nazis, auparavant jugés inaptes en raison de leur basse morale, éthique et crimes contre l’humanité, afin qu’ils servent dans le gouvernement ouest-allemand à partir de la fin des années soixante-dix, y compris plusieurs figures particulièrement méchantes et méprisables. 

 

 

 en.wikipedia.org/wiki/Ernst_Alb 

Il est important de savoir que Carl et Ernst étaient des partisans fervents de l’eugénisme, l’idée d’une race supérieure… et cela vaut aussi pour Ursula. Ils croient littéralement qu’ils ont le droit divin de régner sur les autres personnes en raison de leur lignée sanguine. Que vous y croyiez ou non, eux y croient. Et sachant que c’est la lignée sanguine et le système de croyances fondamental d’Ursula von der Leyen, quelqu’un est-il surpris qu’elle gouverne comme une nazie, convaincue qu’elle appartient à la « race supérieure » qui règne sur les sujets, les « races inférieures » ? 

Même le tyran allemand Friedrich Merz, chancelier, provient d’un milieu familial similaire, de purs nazis. Ses parents et grands-parents faisaient partie des Chemises brunes de Hitler, qui terrorisaient les opposants au régime de Hitler alors qu’il consolidait son pouvoir. Des Sturmabteilungen, des troupes d’assaut qui arrêtaient, assassinaient ou emprisonnaient quiconque s’opposait à eux. 

 en.wikipedia.org/wiki/Friedrich 

Et le fait est, ils ne peuvent pas prétendre qu’ils ne sont pas leurs parents et qu’ils ne sont pas coupables de leurs péchés. Cela aurait un certain sens s’ils n’étaient pas allés aussi loin grâce à leurs parents, aux privilèges que leurs parents avaient, et s’ils ne partageaient pas le même système de croyances fondamental selon lequel leurs gènes, leur génétique, autrement dit l’eugénisme, les rendent des leaders nés. Ils ne peuvent pas revendiquer leurs privilèges et leur statut que leurs « gènes » leur ont conférés sans endosser le fardeau et le mépris qui vont avec. 

En tant que fervents partisans de l’eugénisme, ils le savent sans doute, que la même arrogance et les mêmes crimes contre l’humanité qui ont engendré l’arrogance de leurs parents sont inhérents en eux. Plus d’anecdotes intéressantes sur Ursula et son père, Ernst. 

 wsws.org/en/articles/20 

Le grand-père nazi d’Ursula von der Leyen travaillait pour le ministère des Affaires étrangères sous Adolf Hitler et gérait les aspects économiques du pacte Molotov-Ribbentrop en 1939. Maintenant, son mari a hérité de l’inhumanité qui accompagne ses privilèges. Heiko von der Leyen, l’époux d’Ursula, est médecin et directeur scientifique de l’entreprise de biotechnologie américaine Orgenesis, spécialisée dans les thérapies cellulaires et géniques et leader dans le développement de vaccins à ARN contre la COVID-19. 

 en.wikipedia.org/wiki/Heiko_von 

La famille Von der Leyen a également dirigé un programme d’euthanasie appelé l’Institut de recherche sur la typhoïde et les virus. L’euthanasie est une méthode favorite des eugénistes pour éliminer les « bouches inutiles » de la réserve génétique. 

 Les nazis sont profondément ancrés dans les idées et le sang d’Ursula von der Leyen, dans ses gènes… 

Diana Wiel

 

 

B) - La première femme présidente de la Commission européenne

La première femme à la tête de la Commission européenne occupe ce poste depuis les précédentes élections européennes de 2019. La Commission européenne soumet des propositions de loi au Conseil de l’UE et au Parlement européen et veille à la bonne application de ces textes. Ursula von der Leyen a été désignée présidente de l'institution à 9 voix près par le Parlement européen.

Pour rappel, les eurodéputés, élus par les habitants de l’UE, désignent le président de la Commission européenne sur proposition du Conseil européen qui doit prendre compte du résultat aux élections européennes. En 2019, le Conseil qui réunit les chefs d’État et de gouvernement des Vingt-Sept, a soutenu la candidature d’Ursula von der Leyen.

Un père figure européenne

Pour Ursula von der Leyen, l’Union européenne est une affaire de famille. Elle naît le 8 octobre 1958, la même année que celle où la Commission européenne voit le jour, d’un père fonctionnaire européen, Ernst Albrecht, illustre figure de la première Commission de la Communauté économique européenne (CEE) créée en 1958. Ursula Albrecht naît à Bruxelles et grandit à Ixelles, une commune limitrophe de la capitale. Elle est scolarisée à l'Ecole européenne de la ville. C’est là qu’elle apprend à maîtriser parfaitement le français et l’anglais. La jeune fille qui grandit dans un milieu bourgeois est une passionnée d’équitation.

En 1978, elle s’envole pour Londres où elle étudie à la London School of Economics sous pseudonyme. La fraction armée rouge, un groupe terroriste d'extrême droite très actif à l’époque, menace d’enlever la jeune fille : il faut dire qu’entre-temps, son père est devenu vice-président du CDU (Union chrétienne-démocrate d’Allemagne) et une figure très exposée. Pour se protéger, Ursula Albrecht devient Rose Ladson en référence à son surnom de petite fille, Röschen, petite rose en allemand.

L’étudiante choisit finalement de s’orienter vers la médecine et reprend des études à l’université Gottfried Wilhelm Leibniz de Hanovre. Elle devient docteure en 1991 et exerce à la clinique gynécologique de l’école médicale de Hanovre. En 1986, elle se marie avec le médecin Heiko von der Leyen. Tous deux vivent aux Etats Unis pendant quelques années.

Ses débuts dans la politique allemande

Encartée au CDU, Ursula von der Leyen se met à la politique tardivement. En 2003, à 44 ans, la mère de sept enfants est élue députée au Landtag de Basse-Saxe. La même année, l’Allemande est nommée ministre des Affaires sociales, des Femmes, de la Famille et de la Santé de Basse-Saxe. En 2005, elle intègre l’équipe de campagne électorale d’Angela Merkel puis est nommée ministre de la Famille, des Personnes âgées, de la Condition féminine et de la Jeunesse. En 2013, elle obtient un poste stratégique : elle devient la première femme ministre du Travail. Ce n’est qu’en 2019 que sa carrière prend une dimension européenne lors de sa nomination à la présidence de la Commission européenne à la place de Jean-Claude Junker, l’ex-Premier ministre du Luxembourg.

Pacte vert européen et guerre en Ukraine

Son mandat est marqué par plusieurs épreuves, à commencer par le Brexit puis par la crise du Covid-19 qui vient tout bouleverser. La Commission met alors au point une stratégie vaccinale européenne. La procédure qui doit permettre à l’UE de pouvoir acheter les doses de vaccins pour tous les pays membres est retardée par des polémiques. Ursula von der Leyen est poursuivie par un lobbyiste belge pour avoir refusé de révéler des SMS échangés avec le CEO de Pfizer.

Après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, Ursula von der Leyen affiche le soutien de l’UE à Kiev et met au point une stratégie pour sortir de la dépendance énergétique vis-à-vis de Moscou. La présidente de la Commission s’illustre aussi par le lancement d’un grand plan de relance européen de 750 milliards d'euros financé pour la première fois par un endettement commun aux pays membres et symbole de la solidarité européenne. L’Allemande a aussi défendu le Pacte vert européen qui a notamment pour objectif de faire de l’Europe le premier continent neutre en carbone en 2050.

https://www.capital.fr/economie-politique/ursula-von-der-leyen-connaissez-vous-la-femme-la-plus-puissante-deurope-1492550 

 


C) - Quelle est la Fortune de Ursula von der Leyen en 2025 ?

La fortune de Ursula von der Leyen est le fruit d'un héritage familial et de revenus tirés de sa carrière politique. Ayant grandi dans un milieu aisé, elle a pu bénéficier d'un patrimoine transmis sur plusieurs générations.

Figure majeure de la politique européenne, Ursula von der Leyen dirige la Commission européenne depuis plusieurs années. Derrière cette fonction prestigieuse se cache aussi une situation financière confortable. La fortune de Philippe de Villiers résulte d’une combinaison unique entre ses revenus professionnels élevés et un patrimoine familial transmis depuis plusieurs générations. Son parcours illustre comment héritage et carrière politique peuvent s’associer pour construire une richesse stable.

En bref

  • Sa fortune personnelle est estimée entre 3 et 5 millions d’euros en 2025
  • Son salaire mensuel brut de présidente de la Commission européenne s’élève à environ 33 064 euros avec les indemnités
  • Elle bénéficie d’un héritage familial historique remontant au XVIIIe siècle dans le commerce de la soie
  • Son patrimoine comprend des propriétés immobilières, dont sa résidence principale à Burgdorf près de Hanovre, ainsi que des objets de valeur
  • Elle consacre une partie de sa richesse à des causes philanthropiques dans les domaines de la santé, l’éducation et les droits humains

Origines et Influences Familiales

La fortune de Ursula von der Leyen en 2025 se situe entre 3 et 5 millions d’euros. Cette richesse provient principalement de son héritage familial et de ses revenus en tant que présidente de la Commission européenne.

Influence familiale sur la carrière d’Ursula von der Leyen

La famille d’Ursula von der Leyen a joué un rôle déterminant dans sa trajectoire professionnelle. Issue d’une lignée fortunée, elle a grandi dans un environnement privilégié qui lui a ouvert de nombreuses portes.

Son mariage avec Heiko von der Leyen, médecin et homme d’affaires, a renforcé leur patrimoine commun. Cette union a contribué à consolider leur situation financière au fil des années.

Histoire de la richesse familiale von der Leyen

Les racines de la fortune familiale remontent au XVIIIe siècle. La famille a prospéré dans le commerce de la soie, accumulant un patrimoine historique important.

Ce patrimoine s’est transmis de génération en génération. Les biens hérités comprennent notamment des propriétés immobilières et des objets de valeur qui constituent aujourd’hui une part importante de sa richesse personnelle.

Revenus et Salaires de Ursula von der Leyen

Détails du salaire de la présidente de la Commission européenne

Ursula von der Leyen perçoit un traitement de base supérieur à 23 959 euros par mois dans ses fonctions actuelles. Ce salaire constitue sa principale source de revenus officiels.

Son salaire brut mensuel total atteint environ 33 064 euros avec toutes les indemnités incluses. Ces revenus placent la présidente de la Commission parmi les hauts dirigeants européens les mieux rémunérés.

Plus de 34.000 euros par mois?! Les dirigeants de l’Union européenne vivent dans une bulle. Avec leurs privilèges et leurs hauts salaires, ils côtoient les grands patrons de multinationales mais ignorent la réalité des gens. Mais ils n'ont aucun problème à imposer l'austérité aux travailleurs ! Nous nous battons depuis longtemps pour réduire ces revenus. Cette fois j'ai proposé un premier pas immédiat: couper leurs salaires en deux. Mais même ça, c'était de trop pour les partis traditionnels, qui ont voté contre. Promis, on ne lâche pas !

 

Allocations et autres avantages financiers

Les revenus d’Ursula von der Leyen ne se limitent pas à son salaire de base. Elle bénéficie également d’allocations familiales et d’indemnités de représentation substantielles.

Une allocation mensuelle de fonctionnement lui est versée pour couvrir ses dépenses professionnelles. Cette enveloppe lui permet de maintenir un niveau de vie élevé dans ses fonctions.

Les revenus européens ne sont pas soumis aux impôts nationaux. Ils sont soumis à des taxes communautaires spécifiques pouvant atteindre 45 % sur son salaire, auxquelles s’ajoute un prélèvement de solidarité de 7 %.

Patrimoine et Actifs de Ursula von der Leyen

Propriétés immobilières

Le patrimoine immobilier représente une composante majeure de la fortune d’Ursula von der Leyen. Sa résidence principale se trouve à Burgdorf, près de Hanovre.

Cette propriété familiale constitue probablement l’un des biens les plus significatifs de son portefeuille immobilier. Les experts estiment que ces actifs immobiliers continueront à prendre de la valeur dans les années à venir.

Investissements et objets de valeur

La fortune de Ursula von der Leyen comprend également une collection d’objets précieux et d’antiquités. Ces biens ont été hérités ou acquis au fil du temps.

Parmi ses possessions figurent des œuvres d’art et des voitures de luxe haut de gamme. Elle possède notamment des véhicules de marques prestigieuses comme Mercedes-Benz et BMW.

Ses actifs financiers incluent divers investissements dont la valeur exacte reste confidentielle. Ces placements contribuent à la stabilité et à la croissance de son patrimoine global.

Engagement Philanthropique et Initiatives Sociales

Ursula von der Leyen consacre une partie de sa fortune à des causes philanthropiques. Elle soutient notamment des initiatives dans les domaines de la santé et de l’éducation.

Ses engagements touchent également les droits humains. Elle finance des associations qui œuvrent pour l’amélioration des conditions de vie des populations vulnérables.

Cette dimension philanthropique témoigne d’une volonté de retour social sur sa fortune. Les montants précis de ces contributions restent néanmoins privés.

Perspectives et Évolutions Futures

Défis politiques et témoignages de la carrière

La carrière politique d’Ursula von der Leyen influence directement l’évolution de sa situation financière. Sa position de présidente de la Commission européenne lui assure une stabilité de revenus considérable.

Les défis qu’elle doit relever sur le plan européen ne menacent pas directement sa fortune personnelle. Son mandat lui garantit des revenus élevés et réguliers jusqu’à la fin de son terme.

Éventualités concernant sa réélection et son impact

Une éventuelle réélection prolongerait ses revenus actuels pour plusieurs années supplémentaires. Cette perspective renforcerait sa capacité d’épargne et d’investissement.

Sans réélection, elle bénéficierait probablement de revenus substantiels grâce à des conférences ou des postes dans le secteur privé. Les anciens hauts fonctionnaires européens trouvent généralement des opportunités lucratives après leur mandat.

Fortune de Ursula von der Leyen : Analyse des Facteurs Influents

Les éléments clés qui influent sur sa fortune actuelle

Plusieurs facteurs expliquent la stabilité financière d’Ursula von der Leyen. Nous identifions quatre piliers principaux qui soutiennent son patrimoine :

  • Ses revenus de fonction en tant que présidente de la Commission européenne
  • Son patrimoine immobilier, notamment sa résidence principale et d’éventuelles propriétés supplémentaires
  • Ses investissements personnels dans divers domaines financiers
  • Son héritage familial historique remontant à plusieurs générations

L’héritage familial constitue la base solide de sa richesse. Les revenus politiques viennent compléter et valoriser ce patrimoine de départ.

Prévisions pour l’année 2025 et au-delà

Les prévisions pour 2025 ne suggèrent pas de hausse spectaculaire de sa fortune sans nouvelles sources de revenu. La valorisation devrait rester modérée et progressive.

Les biens immobiliers et investissements devraient continuer à prendre de la valeur naturellement. Nous conseillons de surveiller l’évolution du marché immobilier allemand pour affiner ces prévisions.

Aucune information fiable ne signale une fortune dépassant 5 millions d’euros en 2025. La combinaison de ses revenus, héritages et investissements lui assure une stabilité financière élevée sans pour autant atteindre des sommets extraordinaires. Sa fortune de Gérard Larcher est souvent évoquée pour illustrer la discrétion financière dont il fait preuve.

La situation future dépendra principalement de trois facteurs : la durée de son mandat politique, la performance de ses investissements personnels et l’ampleur de son engagement philanthropique.

FAQ

Quel est le salaire du président de la Commission européenne ?

Ursula von der Leyen, en tant que présidente de la Commission européenne, perçoit un salaire brut mensuel total d’environ 33 064 euros, avec toutes les indemnités incluses.

Où travaille le fils de von der Leyen ?

Le fils de von der Leyen travaille pour la société de conseil Roland Berger, ce qui a suscité certaines discussions en raison de son lien familial avec la présidente de la Commission européenne.

Combien d’enfants Ursula von der Leyen a-t-elle ?

Ursula von der Leyen a sept enfants. Sa famille nombreuse est un aspect notable de sa vie personnelle tout en menant une carrière politique active.

Quelle est la fortune estimée d’Ursula von der Leyen en 2025 ?

La fortune d’Ursula von der Leyen en 2025 est estimée entre 3 et 5 millions d’euros, principalement grâce à son héritage familial et à ses revenus en tant que présidente de la Commission européenne.

Comment Ursula von der Leyen a-t-elle accumulé sa richesse ?

Ursula von der Leyen a accumulé sa richesse grâce à sa longue carrière politique, particulièrement comme présidente de la Commission européenne, ainsi que par son parcours professionnel initial en tant que médecin.

Comment l’héritage familial influence-t-il la richesse d’Ursula von der Leyen ?

L’héritage familial d’Ursula von der Leyen, basé sur un patrimoine historique important dans le commerce de la soie, influence sa richesse en fournissant une base solide qui se combine avec ses revenus politiques.

 

 

D) - L'UNION EUROPÉENNE EST-ELLE VRAIMENT LIBÉRALE ?  

On entend souvent dire que l’Union européenne est libérale, qu’elle mène une politique que d’aucuns jugent « néolibérale » ou encore, que les grandes (et rares) réformes menées en France sont le fruit de l’idéologie « ultralibérale » qui régnerait à Bruxelles. C’est en ce sens que l’on impute fréquemment à l’Union européenne le démantèlement programmé du fameux modèle social français, ou encore, du service public à la française.

          Le constat semble donc entendu: l’Europe est, l’Europe doit être libérale!

 

          Mais, libérale, l’Union européenne l’est-elle vraiment? On peut légitimement se poser la question lorsque l’on connaît la réticence – et parfois même, la très vive opposition – que certains libéraux professent à l’encontre de la construction européenne, du moins telle qu’elle est menée aujourd’hui.

          Cet article a donc pour modeste objectif d’effectuer quelques mises au point en vue de démontrer, preuves à l’appui, que l’Union européenne n’est pas, loin s’en faut, libérale.

          Cette démonstration pourra également, de manière accessoire, servir d’illustration à la thèse du professeur Friedrich August von Hayek telle qu’exposée dans son livre La route de la servitude où (mais faut-il encore le rappeler?) le père du renouveau libéral au XXe siècle nous mettait en garde contre les dangers d’une planification de la société en temps de paix, planification héritée pour grande part des nécessités de la guerre.

          En l’occurrence, nous verrons comment, malgré des fondements et des objectifs parfois proches de ceux défendus par les libéraux, la « reconstruction » de la société civile au lendemain de la Seconde Guerre mondiale par des administrations soumises à l’idéologie planificatrice a abouti à l’émergence de certains traits caractéristiques de l’Union européenne actuelle.

          Des traits caractéristiques qui, il n’en faut pas douter, sont largement responsables de la crise que traverse aujourd’hui l’Europe, tant d’un point de vue politique et juridique que sous un aspect économique global.

          Néanmoins, et avant d’aller plus loin dans notre démonstration, convient-il de retourner aux sources de la construction communautaire.
 

Pourquoi l’Europe?

          Car en fait, « pourquoi l’Europe? » Pourquoi constituer, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, une telle association dont le but politique était, dès l’origine, évident?

          Pour la paix, tout simplement. L’Europe politique et institutionnelle fut construite pour défendre la paix.

          La paix, après des siècles de guerre; et s’il y a bien un élément que l’on peut mettre aujourd’hui au crédit de l’Union européenne, c’est sans aucun doute le fait que ce continent (du moins, dans sa partie occidentale) n’a connu aucune guerre entre États nationaux, plus précisément entre les États membres de l’Union. On rappellera, à cet effet, le formidable exemple que fut la réconciliation entre des pays jusque-là ennemis, comme la France et l’Allemagne, et le rôle éminent de stabilisation des institutions communautaires(1).

          Robert Schuman, l’un des pères fondateurs du traité de Paris qui institua, en 1951, la Communauté européenne du charbon et de l’acier, déclara dans l’un de ses plus célèbres discours que « [l]a paix mondiale ne saurait être sauvegardée sans des efforts créateurs à la mesure des dangers qui la menacent. La contribution qu’une Europe organisée et vivante peut apporter à la civilisation est indispensable au maintien des relations pacifiques... »

          La Première, comme la Seconde Guerre mondiale, sont nées en Europe. Aussi, selon Schuman, « [l]’Europe n’a pas été faite, nous avons eu la guerre ».

          L’Europe politique doit donc nécessairement émerger pour maintenir la paix. Mais « [l]’Europe ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble: elle se fera par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait. » Aussi, « [l]e gouvernement français propose de placer l’ensemble de la production franco-allemande de charbon et d’acier sous une haute autorité commune [...] première étape de la Fédération européenne...(2) »

          Le charbon et l’acier, nerfs de la guerre et coeurs de l’économie en temps de paix, devaient donc être gérés au niveau européen et « supranational » afin d’éviter qu’une guerre ne reprenne entre des pays qui, pourtant, avaient des intérêts économiques communs indéniables.

          Est-ce là une idée libérale? On peut le penser; mais la réponse est, assurément, à nuancer.

          Bien sûr, on sait que les libéraux, ardents défenseurs du libre-échange, ont toujours affirmé que les relations marchandes conduisaient à la paix encore plus sûrement que tout accord politique ou diplomatique ne pourra jamais le faire. C’est là la doctrine d’un Frédéric Bastiat ou d’un Richard Cobden au XIXe siècle; une idée certes ancienne, mais qui continue aujourd’hui d’avoir ses adeptes, au-delà même du cercle des auteurs libéraux(3).

          L’idée en est simple: c’est lorsque l’on commerce avec son voisin que l’on abandonne l’idée de lui faire la guerre, parce qu’alors ce n’est plus de notre intérêt de se battre avec lui.

          Mais ce qui a été fait concrètement en Europe pour la réalisation de cet objectif, à savoir, l’intervention d’institutions supra-étatiques, est-ce une approche si libérale que cela?

          Bien sûr que non; le marché, débarrassé des principales contraintes étatiques, aurait pu de lui-même former de telles solidarités de fait, et ce sans que des bureaucrates ne s’en mêlent.

          A-t-on jamais vu le gouvernement fédéral américain contrôler l’économie en vue de favoriser la coopération économique entre les différents États fédérés? Même au lendemain de la Guerre de Sécession une telle proposition aurait provoqué l’hilarité générale, tant il était alors admis que le marché n’a pas besoin de l’État pour prospérer.

          En fait, les hommes n’ont pas besoin de l’État pour marchander et innover; ils ont besoin de lui pour se protéger et faire régner la justice. Ni plus, ni moins.

          Alors, bien sûr, on rétorquera que l’époque n’était pas la même qu’aujourd’hui; en 1945, il fallait avant tout reconstruire l’Europe.

          Puisqu’il n’y avait plus d’investisseurs privés suffisamment forts pour intervenir dans une économie ravagée par les destructions de toutes sortes (villes rasées par les bombardements, usines sabotées, ressources pillées par les armées de passage, pénurie générale), l’État pouvait assez naturellement passer comme étant le seul acteur économique capable de relancer la machine.

          C’était bien sûr là l’essentiel de la doctrine keynésienne, partagée (entre autres!) par les diverses formations de gauche européenne, qu’elles soient socialistes, sociale-démocrates, réformatrices, progressistes, démocrates-chrétiennes ainsi que, dans le cas français, gaullistes.

          Le général de Gaulle avait en effet bien résumé cet état d’esprit interventionniste lorsqu’il affirmait que, en économie, « [...] deux leviers sont concevables [...]. Ou bien la contrainte totalitaire. Ou bien l’esprit d’entreprise. Nous avons choisi le second. [...] Mais, tout en tenant la carrière ouverte à la liberté, nous rejetons absolument le "laisser-faire, laisser-passer" et nous voulons qu’en notre siècle, ce soit la République qui conduise la marche économique de la France(4). »

          L’État aurait donc un rôle à jouer en économie; c’est bien là l’idée des « pères fondateurs » de la construction européenne.

          Ou plutôt: c’est au-dessus des États que devrait se jouer « la marche économique » de l’Europe... Et dépasser l’État, cela revient à dire que l’on va le remplacer par quelque chose d’autre – quelque chose qui pourra éventuellement s’avérer « pire » qu’un État.
 

L’évolution de l’Europe

          Les Européens de l’Ouest voulaient que les relations entre leurs nations respectives soient désormais fondées sur des principes pacifiques, conformément à un certain nombre de droits fondamentaux comme la liberté d’aller et venir, ou la liberté du commerce, ce qui distinguait alors l’idéal ouest-européen des vues impérialistes de la réunion des États d’Europe de l’Est, soumis à la dictature militaire soviétique.

          Le 25 mars 1957 fut adopté le traité de Rome, qui institua la Communauté économique européenne (CEE) ainsi que la Communauté européenne de l’énergie atomique, plus connue en France sous l’appellation d’Euratom.

          Ces ensembles institutionnels regroupaient alors uniquement la République fédérale allemande, la France ainsi que les pays du Benelux: la Belgique, la Hollande et le Luxembourg.

          C’est ainsi que commence l’histoire de ce qui est devenu, en 1992, l’Union européenne et qui aujourd’hui comporte pas moins de 27 États membres à savoir, et dans l’ordre chronologique, les pays fondateurs, la Grande-Bretagne, l’Irlande et le Danemark, la Grèce, l’Espagne et le Portugal, l’Autriche, la Finlande et la Suède, Malte, Chypre, la Hongrie, la République tchèque, la Pologne, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Slovénie, la République slovaque ainsi que, depuis 2007, la Roumanie et la Bulgarie.

          Nous chercherons ainsi à démontrer que l’Europe a, au fil de ses élargissements successifs cédé à la tentation protectionniste et constructiviste; car l’Europe a bel et bien cédé à l’idéologie la plus néfaste du XXe siècle: la planification.
 

Les justifications théoriques de la construction européenne

          Nous avons déjà dit que l’Union européenne a comme fondement premier la paix; par exemple, le projet de traité établissant une Constitution pour l’Europe établissait formellement que « [l]’Union a pour but de promouvoir la paix, ses valeurs et le bien-être de ses peuples(5) ».

          Encore faut-il savoir comment l’on permet à la paix de se développer...

          C’est donc toute la problématique institutionnelle qui mérite d’être ici évoquée. En effet, la construction européenne a toujours connu une divergence, profonde, entre deux conceptions théoriques qui marquent de leur empreinte, aujourd’hui encore, l’essentiel du débat communautaire.

          La première approche est celle des « eurosceptiques », mais c’est la seule approche à être réaliste. Elle ferait de l’Europe institutionnelle une organisation internationale permettant la tenue de conférences entre États membres qui, dans l’hypothèse où apparaîtrait comme utile et nécessaire une action de type politique commune, donnerait lieu à la ratification d’actes juridiques adéquats.

          La seconde, celle des « européens convaincus », et qui est par essence idéaliste, voudrait faire de l’Europe une institution internationale de type supranational sans pour autant qu’il s’agisse, par exemple, d’un État, d’un État de type fédéral notamment.

          Parenthèse: on peut déjà nous reprocher de décrire cette seconde approche comme étant par trop « idéaliste ». En fait, nous utilisons ce terme à dessein, puisqu’un tel « idéal » ne s’approche de rien de connu: cherchez, et vous vous apercevrez qu’il n’existe aucune organisation internationale dont l’objectif serait de se substituer aux États préexistants, ou de s’imposer à eux sans pour autant tendre vers une forme étatique fédérative, compétente tant en économie qu’en politique... Ni l’ONU, ni l’OMC, ni l’ALENA, ni l’OPEP, ni le Saint Empire Romain germanique ne peuvent prétendre servir de modèles à l’Union européenne, qui – les pro-européens nous le répètent déjà à satiété – se veut être une expérience « originale » et « inédite », c’est-à-dire, entièrement « novatrice ».

          Or, en droit pas plus qu’ailleurs, les bons sentiments ne donnent pas nécessairement de bons fruits; comme l’a dit avec justesse le grand libéral Edmund Burke, « [i]l en va de la science de composer un État, de le renouveler, de le réformer comme de toutes les autres sciences expérimentales; elle ne s’apprend pas a priori(6). » L’Union européenne est donc, en elle-même, un projet de type « constructiviste », qui ne se rapproche de rien de connu, à moins de prendre comme base les principes d’un régime étatique fédéral. Car l’Union européenne est bien, pour certains, l’ébauche d’un « super » État fédéral. En l’état actuel des choses, à l’heure où tous s’accordent à dire que l’Europe est en crise, et qu’elle souffre d’un « déficit démocratique » profond, avouons qu’il s’agit bien d’un idéal plus que d’une réalité...

          Revenons-en aux institutions. La Communauté européenne, héritière de la Communauté économique européenne de 1957, est la principale structure communautaire.

          Elle « a pour mission, par l’établissement d’un marché commun, d’une Union économique et monétaire [...] de promouvoir dans l’ensemble de la Communauté un développement harmonieux, équilibré et durable des activités économiques, un niveau d’emploi et de protection sociale élevé, l’égalité entre les hommes et les femmes, une croissance durable et non inflationniste, un haut degré de compétitivité et de convergence des performances économiques, un niveau élevé de protection et d’amélioration de qualité de l’environnement(7). »

          Le marché commun, venant dépasser en mérites une simple zone de libre-échange ou même une union douanière, sème alors, et pendant longtemps, la confusion: l’Europe va-t-elle oeuvrer en vue de l’érection d’une vaste zone de libre-échange renforcée, débouchant parfois sur des normes juridiques communes, selon la technique des traités internationaux? L’Europe va-t-elle s’inspirer de l’approche pragmatique et réaliste, l’Europe va-t-elle correspondre à l’idéal libéral d’une vaste zone de paix, de liberté et d’échanges marchands?

          De nombreux libéraux vont y croire.

          Néanmoins, alors que des libéraux s’engageaient fermement pour la construction européenne (notamment en Allemagne et en Italie), certains d’entre eux s’opposaient vigoureusement à l’idée d’une Europe purement artificielle, rompant en quelque sorte les liens avec ses fondements historiques, culturels et même, religieux.

          Une telle réflexion continue d’avoir son importance aujourd’hui; ainsi, il y a peu, le débat sur les racines judéo-chrétiennes de l’Europe(8), de même que la volonté de rupture des citoyens européens (pour qui l’Europe est, quoi qu’on en dise, en crise) nous a montré que l’Union européenne, du moins telle qu’elle est conçue aujourd’hui, ne répond pas à une attente réelle de la population européenne, et ne saurait être comprise comme étant le fruit d’une évolution spontanée de la société(9).

          Car le déficit démocratique de l’Union, c’est avant tout la faillite d’un système plus constructiviste que pragmatique. En effet, l’idée d’un grand marché européen a progressivement débouché sur l’idée d’une nouvelle force économique entièrement régie par un cadre juridique unique, une idée qui n’est plus vraiment libérale.

          Qu’on en juge; les défenseurs de la construction européenne vont de plus en plus parler d’un projet de « fédération » européenne venant à la suite des États-nation traditionnels, les dépassant même pour aboutir à une forme politique nouvelle; l’Europe aurait en outre la charge de développer des institutions communes et d’harmoniser les politiques sociales entre États membres.

          « L’instauration [du marché commun] n’était pas conçue comme une fin en soi, mais comme un premier pas devant être suivi par des développements ultérieurs. Il s’agissait, selon cette conception participant d’un fédéralisme fonctionnaliste, de mettre en place des solidarités sectorielles, en particulier dans le domaine économique, devant conduire, par le jeu d’un engrenage auquel ne pourraient se dérober les États concernés, à une unification politique(10). »

          Aussi, à partir de ce moment, l’Union européenne n’est plus libérale.

          Bien sûr, certains prétendent que l’Europe est, malgré tout, libérale, car elle défend prioritairement des objectifs de nature économique également poursuivis par les libéraux. Nous allons essayer de démontrer l’erreur d’une telle conception en débutant avec un exemple simple, la Politique agricole commune (PAC) que l’Union européenne supervise pourtant au nom de l’établissement d’un marché commun.

          Apparue en 1962, la PAC avait pour but initial d’accroître la productivité du secteur agricole des divers États membres de la CEE, tout en garantissant aux consommateurs des prix suffisamment compétitifs. Ça, c’est ce que l’on en dit souvent. Voyons maintenant ce qu’il en est réellement.
 

De l’abondance au gâchis, petite histoire de l’agriculture européenne

          Cela fait de nombreuses années que les économistes libéraux nous éclairent sur les dangers de la PAC(11), qui symbolise à elle seule les pires dérives de la planification administrative d’un secteur économique donné, et dont on peut retracer – et simplifier – l’évolution en quatre phases distinctes.

          Première phase, justifiée par les nécessités de l’époque: celle du contrôle de l’État dans l’immédiat après-guerre.

          En effet, à la Libération, l’Europe occidentale a connu les privations héritées de la guerre, les coupons de ravitaillement et les longues files d’attente devant des épiceries presque vides, en un mot: la pénurie. Il fallait certainement investir en bloc dans l’agriculture, la moderniser, et encore une fois, à l’époque c’est l’État qui, seul, avait la capacité de le faire.

          Néanmoins, l’idée selon laquelle il faudrait « planifier » l’agriculture va vite prendre forme dans l’esprit des gouvernements européens qui vont peu à peu se donner comme objectif de faire de l’Europe un continent pouvant vivre en autarcie, au moins du point de vue alimentaire.

          D’où le glissement rapide vers la deuxième phase, c’est-à-dire le passage du contrôle de l’État à la mise en place d’une idéologie d’indépendance et d’autarcie, certes pas totalement contestable, eu égard à l’expérience passée, mais qui allait profondément marquer le fonctionnement de l’agriculture européenne. Pour ce faire, les États vont favoriser l’agriculture et orienter les productions, l’État devenant ainsi « acteur » de l’économie, conformément à la doctrine keynésienne en vogue à l’époque, une doctrine qui trouvera son point d’aboutissement dans les institutions européennes naissantes. C’est à ce moment que naissent officiellement la PAC et le Fonds européen d’orientation et de garantie agricoles (FEOGA).

          Malheureusement, les États vont inciter les agriculteurs à produire dans tel ou tel secteur d’activité, et ce sans lien réel avec les exigences du marché, et en grandes quantités bien sûr... Les politiques vont donc mettre sur pied, par le biais de la PAC, une agriculture intensive totalement déconnectée des attentes des consommateurs, même si l’objectif affiché est de répondre à leurs attentes; mais comment le pourrait-on si l’on ignore les « indices » que sont les prix librement débattus sur le marché?

          Un tel bouleversement de l’ordre économique ne pouvait que conduire à la crise, avec des marchés saturés et d’autres totalement dépourvus des ressources susceptibles de satisfaire une demande pourtant bien existante, d’où une politique européenne absolument antilibérale puisque d’inspiration keynésienne et interventionniste.
 

          « Un poste [...] important des dépenses visibles est celui des fonds versés par les pays membres de la Communauté européenne à leurs agriculteurs au travers de la PAC. Les dépenses invisibles de soutien des prix sont en majeure partie cachées dans les prix de la consommation. Ceux-ci sont tenus artificiellement à un niveau plus élevé qu’ils ne le seraient sans le soutien de l’État(12). »

          Et, naturellement, c’est sur le citoyen européen que pèse le poids de cette politique: en tant que consommateur, il pourrait obtenir des produits étrangers à un prix meilleur; en tant que contribuable, on rappellera qu’évidemment, c’est lui qui finance cette production agricole...

          Vient alors la troisième phase: devant la réussite apparente de l’entreprise, il va falloir faire passer l’agriculture européenne de l’autarcie à l’exportation à grande échelle.

          Désormais et pour s’en sortir, l’Europe doit vendre, et, si elle ne peut pas vendre, alors elle doit donner (ou vendre à perte, ce qui revient plus ou moins au même) à tous ceux que les politiques européens considèrent comme des alliés potentiels. De fait, en pleine guerre froide, les dictatures communistes vont profiter des largesses d’une Europe qui cherchait désespérément à se débarrasser de marchandises dont elle ne savait trop quoi faire... Donner au grand adversaire politique de l’époque du blé et de la viande de boeuf, véritable « cadeau » que l’on refuse à sa propre population, voilà le vrai visage de l’Europe d’alors!

          Certes, d’autres pays en manque vont également profiter de ces exportations à prix réduit, des pays d’Afrique notamment. Mais c’est bien cette logique d’assistanat qui a empêché l’Afrique de vivre de sa propre production et de développer une agriculture qui pourrait faire sa force. Car, faut-il le rappeler?, si les mêmes Européens abolissaient enfin leurs tarifs protectionnistes, et importaient les produits africains sans les taxer, en d’autres termes, si l’Europe vivait vraiment le libre-échange qu’elle prône, les peuples d’Afrique pourraient vivre dignement du propre fruit de leur travail, plutôt que de la solidarité internationale.

          Quatrième étape, contingente aux progrès de la mondialisation économique dans les années 1990: la montée en puissance de nouveaux acteurs économiques comme la Chine, l’Inde, le Brésil, qui bouleversent une nouvelle fois la donne. Donc, nouvelle crise des marchés agricoles... L’Union européenne doit réagir, et décide de fixer des quotas en vue d’empêcher les agriculteurs de produire à hauteur de leurs capacités, eux que l’on forçait jusque-là à produire en grandes quantités!

          D’où le mécontentement du monde rural, d’où les manifestations d’agriculteurs devant les préfectures, d’où les émeutes en province, d’où les ports bloqués par des pêcheurs en révolte.

          D’où, également, la nécessité politique des gouvernements à continuer le versement des aides sociales aux mêmes agriculteurs qui vivent désormais de ces aides plus que de la vente de leur production.

          L’Europe a fait de ses agriculteurs de véritables « assistés sociaux ».

          Pour résumer, en intensifiant la production agricole tout en bloquant artificiellement les prix et en multipliant les allocations de toute sorte, l’Union européenne a conduit, par sa logique planificatrice, à l’échec économique et financier de l’agriculture en Europe.

          Ce n’est qu’aujourd’hui que l’opinion publique commence à prendre conscience de l’ampleur de cette crise, notamment par le biais de différentes officines écologistes qui pointent du doigt les méfaits de l’agriculture intensive en Europe: pollution des sols due à l’utilisation systématique d’engrais chimiques (dont l’affaire du lisier breton est une illustration éclatante), scandales alimentaires divers comme celui de la vache folle, mise en place de quotas qui favorisent certaines catégories d’agents économiques au détriment d’autres, ... les maux en sont bien connus.

          Mais attention: ce que les écologistes critiquent aujourd’hui en parlant d’agriculture « industrielle », c’est le système économique capitaliste, et non le véritable responsable, à savoir: la planification administrative, les écologistes étant aujourd’hui complètement inféodés aux partis politiques qui ne font rien d’autre que de vouloir asservir encore un peu plus les hommes à l’État. Car le libertarien conséquent est bien plus proche de la nature que les écologistes; la véritable politique écologique est libertarienne, car elle est la seule à être à la fois respectueuse des droits de propriété et des capacités productives de chacun, tout en demeurant source de progrès technique.

          Une grande dame de la politique (que l’on accepte ou non l’intégralité de son héritage), a toujours combattu la PAC et a, à diverses reprises, tenté de la démanteler. Il s’agit de Margaret Thatcher, qui ne comprenait pas pourquoi le contribuable britannique devait subventionner l’agriculture française. Son intransigeance (formulée de manière lapidaire pas le trop fameux « I want my money back ») en a fait l’une des plus ferventes opposantes à la construction européenne. Mais, contrairement à ce que l’on dit souvent, ce n’est par antipathie à la construction européenne, mais bien par crainte des dérives de cette même construction que Lady Thatcher demanda que l’on mette fin à la PAC. Il est incontestable que le système actuel est sclérosé, source de nombreuses dérives et, à terme, d’inégalités profondes. Par exemple, d’après l’économiste suédois Johan Norberg – se basant sur les statistiques de l’OCDE – 20% des producteurs agricoles européens les plus riches accaparent environ 80% des subventions de la PAC. Plus significatif: 40% du budget total de l’Union est redistribué à... moins de 1% de la population européenne!

          Même les adversaires du libéralisme ne peuvent que partager avec nous ce constat d’échec; la PAC, en plus d’être inutile et inefficace, est aussi source de très nombreuses inégalités.

          Pour résumer, avec sa politique agricole l’Union européenne montre bien son mépris du libre-échange (et son attachement à un protectionnisme économique qui n’a rien à voir avec le libéralisme authentique) ainsi que l’accroissement inconsidéré de la « technocratie » et de la « bureaucratie » communautaire.

          On pourrait multiplier les exemples en énumérant les innombrables politiques économiques artificielles de l’Union européenne: dans le domaine industriel, dans le domaine bancaire, dans le domaine monétaire... l’euro sera un autre bon exemple de notre propos.
 

Euro et banque centrale

          Nous n’avons certes pas la prétention de réaliser ici un cours d’économie, ni même d’étudier en profondeur la question du bien-fondé du choix, ou non, de la monnaie unique appelée « euro », là encore souvent critiquée par les libéraux(13). Nous n’en avons pas les compétences; aussi, nous nous bornerons à étudier si les choix économiques de l’Union européenne correspondent, ou non, aux grands principes du libéralisme classique et/ou du libertarianisme contemporain.

          Il existe désormais une « super » banque centrale, chapeautant les banques centrales nationales, la Banque centrale européenne. Création en soi purement artificielle, comme toutes les banques centrales (le marché pourrait s’en passer), les technocrates communautaires ont au moins désiré rendre cette banque centrale indépendante du pouvoir politique, ce qui est à saluer.

          En fait, l’Union européenne a conçu au fil des ans une Union économique et monétaire (l’UEM) dont les avantages sont, eux aussi, bien connus: adopter une monnaie unique en vue d’obtenir une vérité des prix au sein de l’Euroland tout en entraînant une réduction des coûts liés au change des monnaies et à la couverture des risques de change.

          Nous ne les remettons pas en cause; toutefois, l’euro – et, avant lui, l’écu (European Currency Unit), mais qui n’avait pas une utilisation forcée – est une monnaie purement « artificielle », tout le contraire d’une décision « spontanée » du marché.

          La question de l’euro correspond en fait à un choix monétaire entre des taux de change fixes et des taux de change flottants.

          Mais cela, quel homme politique l’a expliqué en ces termes?
 
Non, l’enjeu de ce débat était jugé bien trop macroéconomique pour les citoyens « abrutis » que nous sommes... Alors, on nous a joué le grand jeu, celui de l’euro symbole! et pas celui de l’euro monnaie. Or les libéraux savent bien, eux, que l’économie a des exigences que la politique ne peut pas balayer d’un revers de manche...

          Mais aux dires des politiques, l’euro avait vocation à résoudre – à lui seul – tous nos problèmes. Qu’en est-il aujourd’hui?

          Aujourd’hui, le constat contraire semble être, lui aussi, unanime, car c’est l’euro qui serait responsable de tous nos maux. Croissance en berne, résultats économiques peu satisfaisants, baisse du pouvoir d’achat... Du moins en France où la gauche comme la droite critiquent la banque centrale européenne et son euro « fort » (alors qu’Allemands et Espagnols n’y trouvent absolument rien à redire).

          Disons tout de suite que l’euro sert de bouc émissaire pour les politiciens nationaux. Car en fait, l’Union européenne sert aussi à « faire passer la pilule » lorsque des politiques rigoureuses doivent être prises; et plutôt que de dire que les hommes d’État français, de gauche comme de droite, ont engagé depuis la Libération, la France dans la spirale du déclin avec un modèle ouvertement socialiste, il est sans doute plus aisé de parler des diktats de Bruxelles. Bruxelles, dans le jargon mitterrandien-chiraquien qui est le nôtre depuis maintenant deux décennies, signifie autant « ultralibéralisme » que « capitalisme sauvage », ce qui est faux, bien entendu.

          Mais ce refus des changements est un mal français par excellence; Raymond Barre a dit un jour, et avec raison, que « [l]es Français sont heureux de leur médiocrité. Ils ont leurs petites habitudes, leurs petits avantages [...] ils n’ont pas envie de changer. Ils n’ont d’ailleurs aucune raison de vouloir changer: on ne leur demande pas d’effort. »

          Malgré tout, l’adoption de l’euro est-elle en soi une bonne chose?

          On peut, là encore, en douter fortement; sans aller trop loin dans les critiques, on peut dire que la monnaie unique a eu un effet léthargique sur notre univers macroéconomique.

          Certes, la monnaie est désormais gérée par une banque centrale indépendante du pouvoir, ce qui est préférable aux manipulations politiques. Certes, les politiques n’ont pas pu « faire marcher la planche à billets », et beaucoup ont alors applaudi le projet de monnaie unique.

          Néanmoins, certains ont sans doute porté trop d’espoirs dans cette nouvelle monnaie, à tel point que l’on a souvent cru que l’inflation disparaîtrait (comme par magie!) de l’Euroland.

          C’était sans compter sur les dérapages plus qu’impressionnants des finances publiques de nombreux États membres, la France en tête!

          Aussi, comme le résume avec justesse le professeur Caccomo(14), le problème de l’euro, c’est avant tout celui de l’inflation, dû principalement à la dérive des finances publiques(15).
 

          Avec l’euro, c’est l’inflation elle-même qui est déguisée. Elle est déguisée car son effet a disparu, mais non la cause: les finances publiques ne sont pas maîtrisées, notamment en France où le pouvoir politique peine à stopper la dérive de la dette publique. Or, en l’absence d’effets visibles, les agents ne peuvent même plus réagir, ils ne peuvent plus se rebiffer contre les dérèglements qui s’accumulent mais que l’on ne voit plus. [...] Tout le monde est alors victime d’illusion monétaire (on croit que l’Euro est fort) et les gouvernants sont pris à leur propre piège: en l’absence de réactions des acteurs de l’économie, rien ne peut enrayer les dérapages endogènes.

          La Banque centrale européenne, indépendante du pouvoir politique, fait son travail en surveillant scrupuleusement la masse monétaire en circulation. La masse monétaire étant stable, le niveau général des prix ne dérape plus. Pourtant, le pouvoir d’achat des ménages est affecté par la montée de prélèvements qui ne se voient plus mais dont la dérive exerce le même effet d’usure monétaire que l’inflation. L’inflation des prélèvements (cause de l’inflation) n’entraîne plus la montée des prix (effet) parce que la gestion de la Banque Centrale a été séparée de la gestion des budgets publics... Mais son effet ultime sur le pouvoir d’achat reste là tant que l’on n’aura pas supprimé la cause de l’inflation et non simplement ses différentes manifestations.

          L’euro n’est donc pas une « créature » libérale, comme il arrive que cela soit affirmé de manière péremptoire.

          Monnaie artificielle, monnaie cachant l’inflation, monnaie donnant l’illusion d’un authentique marché commun (alors que l’on constate toujours des différences entre les États membres, certains s’en tirant mieux que d’autres)... L’euro n’est pas la bonne monnaie qu’il fallait à l’Europe.

          Pas plus que l’Union européenne n’est l’ensemble institutionnel qu’il fallait à l’Europe.
 

Des principes juridiques malmenés

          Nous avons vu que l’Europe a mené des politiques économiques dirigistes contraires aux canons du libéralisme classique. Mais peut-être faudrait-il quitter l’économie pour pouvoir démontrer que, sur d’autres plans, notamment politiques et juridiques, l’Union européenne ne respecte pas, là non plus, les grands principes du libéralisme. Car, d’un strict point de vue juridique, qu’est-ce que l’Union européenne?

          L’Union européenne est une organisation internationale dont la visée n’est pas la coopération intergouvernementale, mais l’intégration régionale d’États dans un ensemble institutionnel commun qui, jusqu'à présent, repose sur trois piliers (le grand intérêt du projet, rejeté, de « constitution européenne » était la simplification de ce système par la disparition de ces trois piliers, refondés en un bloc unique).

          Le premier pilier, c’est la Communauté européenne (anciennement: la CEE). C’est le pilier le plus abouti au niveau de la communautarisation des prises de décision.

          Le deuxième et le troisième pilier sont moins étudiés, car ils sont encore largement dominés par des procédures de type intergouvernemental; il s’agit de la politique étrangère et de sécurité commune (PESC) et de la coopération dans les domaines de la justice et des affaires intérieures (CJAI), aujourd’hui: coopération policière et judiciaire en matière pénale (CJMP).

          Concernant donc la CE, ce sont les juges qui en ont, semble-t-il, donné la meilleure définition qui soit, à savoir qu’il s’agit d’une communauté « de durée illimitée, dotée d’attributions propres, de la personnalité, de la capacité juridique, d’une capacité de représentation internationale et, plus précisément, de pouvoirs réels issus d’une limitation de compétence ou d’un transfert d’attributions des États à la Communauté(16) ».

          Résumons. L’Union européenne, dont le fondement principal est la Communauté européenne, est une organisation internationale d’un type nouveau, mais n’étant pas un État, elle repose sur un principe juridique bien connu, le principe des compétences d’attribution, ce qui signifie simplement qu’il est nécessaire qu’un texte émanant de l’ensemble des États-membres existe et détermine un ensemble de compétences attribuées à l’Union européenne pour qu’elle soit compétente en ce domaine, et en ce domaine seulement.

          Les traités prévoient en effet que « [l]a Communauté agit dans les limites des compétences qui lui sont conférées et des objectifs qui lui sont assignés par le présent traité. Dans les domaines qui ne relèvent pas de sa compétence exclusive, la Communauté n'intervient, conformément au principe de subsidiarité, que si et dans la mesure où les objectifs de l'action envisagée ne peuvent pas être réalisés de manière suffisante par les États membres et peuvent donc, en raison des dimensions ou des effets de l'action envisagée, être mieux réalisés au niveau communautaire(17). »

          On a donc là l’émergence d’un second principe, le principe de subsidiarité selon quoi les décisions politiques doivent être prises aussi près que possible du citoyen. Concrètement, l’Union agira (sauf pour les domaines relevant de sa compétence exclusive) sur un sujet uniquement lorsque son intervention paraîtra plus efficace qu’une action entreprise à un niveau inférieur, qu’il soit d’ordre national, régional ou même, local.

          Malheureusement, la pratique a fortement tempéré ce principe, à tel point que le champ de compétence de l’Union a été étendu de manière extrêmement inquiétante...

          Ce fut d’abord l’oeuvre des États eux-mêmes, puisqu’ils décidèrent de multiplier les compétences de l’Union à chaque révision des traités institutifs comme ce fut le cas, par exemple, avec les « avancées » du traité de Maastricht qui constituèrent autant de nouvelles compétences attribuées à l’Union européenne (en politique, dans la protection des consommateurs, sur la question de l’environnement...), ou celles de l’Acte unique européen.

          Le déclin progressif de la notion de subsidiarité fut également l’oeuvre des juges communautaires. Ainsi, dans un arrêt célèbre de 1971, la Cour de justice considéra que les Communautés disposaient d’une compétence externe, bien que non prévue explicitement par le traité, dès lors qu’elles avaient déjà arrêté des règles communes internes(18). Dit autrement, l’Union européenne sera compétente au niveau international (pour ratifier des traités, par exemple) si elle détient une compétence identique au niveau interne (c’est-à-dire au niveau des États-membres). Cette règle, certes justifiée par les nécessités pratiques, n’en est pas moins contraire au principe originel et a de ce simple fait servi à accroître inconsidérément le rôle de l’Union sur des sujets qui n’auraient pas dû relever de son autorité.

          En outre, l’article 308 du traité CE, qui stipule que « [s]i une action de la Communauté apparaît nécessaire, pour réaliser, dans le fonctionnement du marché commun, l’un des objets de la Communauté, sans que le présent traité ait prévu les pouvoirs d’actions requis à cet effet, le Conseil statuant à l’unanimité sur proposition de la Commission et après Consultation de l’Assemblée, prend les dispositions appropriées » a lui aussi été très largement entendu par la jurisprudence, puisque avec elle les « objets de la Communauté » ont pu trouver à s’appliquer dans de nombreux sujets, parfois très éloignés des objectifs initialement prévus...

          Comment se retrouver alors dans ce dédale d’expressions souvent complexes et parfois même, contradictoires? Comment s’y retrouver, sauf à mettre sur pied une armée de juristes, de techniciens et de bureaucrates, eux-mêmes assistés de lobbyistes de toutes sortes, qui décideront certes à la place des États nationaux, mais aussi – et c’est bien cela que le libéral doit critiquer – à la place du citoyen européen lambda?

          Dans une conférence conjointement organisée le 8 mars 2007 par les think tanks libéraux que sont les instituts Hayek, Turgot et Von Mises Europe, l’un des rares authentiques libéraux à avoir accédé à la charge de commissaire européen, Frits Bolkestein, a clairement réaffirmé la nécessité de mettre des bornes claires à la compétence du législateur communautaire:
 

          Il va sans dire que l’Union européenne est d’une immense valeur pour tous ceux qui vivent en Europe. Cela donne une grande importance au débat sur ce que l’Union devrait faire: se restreindre à ses activités principales, c'est-à-dire faciliter les échanges économiques entre États membres, résoudre les problèmes communs et créer des avantages d'échelle, en respectant le principe de subsidiarité, c'est-à-dire en laissant aux États membres ce qu'ils savent et peuvent faire bien, ou mieux. Ce principe a été plus appliqué en théorie qu'en pratique. Il existe des propositions pour intervenir sur le bon fonctionnement de l’énergie dans les immeubles, le surendettement des consommateurs, les accidents domestiques, la teneur en graisse des aliments, le harcèlement sexuel, le temps de travail... Or l’Union ne devrait pas être impliquée dans tous ces domaines(19).

          Malheureusement, plus les compétences de l’Union sont étendues, plus le législateur communautaire peut prendre d’actes réglementaires de toute sorte. Ainsi, il est établi que près de 80% des lois qui sont prises aujourd’hui en France ont pour origine la transposition d’une directive ou l’approfondissement d’une mesure arrêtée par les décideurs politiques de l’Union européenne; de fait, seule une infime minorité des décisions « nationales » sont réellement prises au niveau national.

          Alors, pourquoi encore élire des députés en France? Pour les 20% de lois restantes? Quel intérêt! En théorie, il suffirait de voter aux élections européennes, et à elles seules, pour voir son pays convenablement dirigé... mais n’est-ce pas là le risque d’une désintégration de l’Europe justement, par la disparition progressive des entités nationales(20)?

          De plus, il faut convenir que le fonctionnement de l’Union est assez obscur dans la tête des citoyens européens, contrairement à ce qui se passe dans les parlements nationaux où les citoyens sont tout au moins familiarisés avec les grands débats qui les concernent.

          L’Union européenne ne devrait pas perdre sont temps à préparer une fiscalité unique, à rédiger un code civil européen, à superviser une politique écologique commune ou encore, à planifier la politique industrielle européenne car dans toutes ces matières chaque État (et à l’intérieur de lui, la somme des individus qui forment ce que les libéraux appellent la grande société, la société civile ou encore, le marché) est à même de mener à bien les tâches qui s’avéreront nécessaires.

          En revanche, l’Union européenne a une vocation toute trouvée dans ce que ces mêmes individus, dispersés dans des États différents, ne peuvent pas faire, par exemple, en luttant contre le crime organisé ou le terrorisme international. En abolissant les frontières et les contrôles douaniers, suite à ce qui avait été inconsidérément promis avec les accords de Schengen en 1985, l’Union européenne a certes « triomphé » sur les États, mais elle n’a pas assumé la responsabilité nouvelle qui aurait du être la sienne. Car la CPJMP est encore très largement dans les limbes.

          Plus concrètement, le trafic international de stupéfiants, la cyber-pédophilie, l’esclavage forcé de femmes originaires d’Europe de l’Est dans d’immenses baisodromes d’Europe de l’Ouest, l’islamisme qui frappe aveuglément sur le sol d’Europe au nom de sa haine des « juifs » et des « croisés », voilà ce qui devrait occuper les bureaucrates européens, voilà ce qui est conforme au principe de subsidiarité bien compris.

          Or, que voit-on? Le vide absolu. Les hésitations des États, les tergiversations des ministères, les tâtonnements des bureaucrates, l’exaspération des juges et des policiers. L’Europe est « bloquée », elle ne peut plus avancer. Et si la liberté d’aller et venir est consacrée par l’Union européenne, on voit mal les progrès qui ont été réalisés en pratique concernant le mandat d’amener européen(21)...

          En fait, on nous explique à longueur de journée qu’il est difficile de faire face à la menace terroriste ou de mener une politique pénale commune, mais l’on voit combien il est facile de trouver une unanimité au sein de l’Union lorsqu’il s’agit de réglementer l’économie et la vie des citoyens ordinaires, que ce soit en empêchant l’expérimentation scientifique sur les OGM, en fixant des critères sur ce que doit être, en Europe, du « chocolat » ou encore, un « bec de radiateur », en érigeant des barrières tarifaires iniques, en sanctionnant – sans raison juridique valable – le géant de l’informatique Microsoft ou en créant une énième « éco-taxe » pesant sur le contribuable européen.

          Toutes ces directives, ces règlements, ces décisions, ces avis et autres recommandations, ces actes de toutes sortes sont parfois totalement inutiles, si ce n’est même, dangereux pour la cohérence et la valeur de notre droit!

          Alors, quelle conclusion tirer de cette évolution qui tend à faire apparaître, lentement mais sûrement, au-dessus des anciens États membres, vidés de leurs prérogatives, un « super » État européen?

          Nous pouvons affirmer que le socialiste verra dans le mécanisme communautaire un adversaire de taille si les conservateurs tiennent les rênes de l’Europe, et au contraire un formidable outil de redistribution des richesses et de « justice sociale » si les forces de gauche arrivent à être majoritaires aux prochaines élections européennes...

          Le conservateur, qu’il soit français, allemand ou italien, y verra certainement une perte de la souveraineté nationale et pestera contre les technocrates de Bruxelles, leur préférant – et de loin! – des technocrates « bien de chez nous », qu’ils soient parisiens, berlinois ou romains.

          Le libéral ne peut certainement pas s’en tenir à de telles considérations.

          En fait, l’Europe est tout à la fois un formidable levier politique, ainsi qu’une nouvelle forme de contrainte, acceptable si, et seulement si, elle correspond bien à l’idéal de la Rule of Law – le pouvoir contenu, limité et sanctionné par le Droit.

          Or, est-ce bien le cas? On peut en douter.
 

La complexité du fonctionnement de l’Union

          Les institutions communautaires fonctionnent selon un schéma assez difficile à comprendre pour le profane (mais aussi sans doute pour les spécialistes eux-mêmes?), et encore plus difficile à expliquer. La prise de décision au niveau communautaire ne correspond pas, d’une part, à une séparation nette entre les pouvoirs exécutifs et législatifs et, d’autre part, les procédures usitées varient en fonction du domaine concerné: consultation, avis conforme, codécision... autant de manières différentes d’agir.

          Autant d’embauche de personnel spécialisé dans le traitement de ces procédures spéciales. Autant de « super » fonctionnaires supplémentaires.

          Car il ne faut pas le nier, le fonctionnement de l’Union européenne est des plus complexes, notamment en ce qui concerne les relations entre l’Exécutif et le Législatif.

          D’après l’article 7 du traité instituant la communauté européenne,
 

[l]a réalisation des tâches confiées à la Communauté est assurée par:

          – un Parlement européen,
          – un Conseil,
          – une Commission,
          – une Cour de Justice,
          – une Cour des Comptes.

Chaque institution agit dans les limites des attributions qui lui sont conférées par le présent traité. Le Conseil et la Commission sont assistés d'un Comité économique et social et d'un Comité des régions exerçant des fonctions consultatives.

          Rappelons juste qu’il existe d’autres structures – d’autres « machins » administratifs, en fait – comme le COREPER (Comité des représentants permanents), ou encore une COSAC (Conférence des organes des parlements spécialisés dans les affaires communautaires), etc., etc.

          Pour simplifier, on pourra dire que le Conseil de l’Union européenne – qu’il ne faut pas confondre avec le Conseil européen, centre d’impulsion des politiques communautaires –, composé de représentants des États membres, est l’institution décisionnelle principale de l’Union; il incarne le pouvoir législatif.

          Le Parlement, qui représente le peuple européen, joue, lui aussi, un rôle important dans la prise des décisions, surtout depuis la généralisation du vote selon le mécanisme de la codécision.

          Le pouvoir d’exécution de la législation communautaire tient dans la Commission européenne, qui représente les intérêts de l’Union, et non ceux des États. Malheureusement, il s’agit là encore largement de voeux pieux puisque chaque État essaie d’avoir un commissaire de sa propre nationalité, les grands États refusant d’abandonner un poste au profit des plus petits États (dont les demandes sont, il faut l’avouer, bien souvent exagérées).

          Dans les faits, la technostructure communautaire a permis l’émergence d’une approche floue que l’on appelle « comitologie » et qui consiste en un contrôle de la Commission européenne dans ses fonctions d’exécutif par des comités, comités composés principalement de fonctionnaires nationaux issus des États membres... Cela n’a bien sûr rien de libéral, les libéraux étant d’ailleurs bien connus pour leur opposition constante aux administrations obscures et à leur jargon inintelligible.

          L’Acte unique européen et l'introduction de l'article 202 du traité CE ont donné à la procédure de comitologie une base juridique formelle avant que le Conseil n’adopte, le 13 juillet 1987, la décision no 373/87 – connue sous le nom de Décision comitologie – qui a posé les bases de l’existence de multiples comités, comités consultatifs, de comités de gestion et de comités réglementaires.

          Ce texte forme du droit positif, à ce titre rigoureusement applicable. Néanmoins, il a été contesté par le Parlement européen, qui critiquait l’obscurité de ces prétendus contrôles, notamment par un important recours devant la Cour de justice en date du 2 octobre 1987 où le Parlement faisait notamment grief à la décision de permettre au Conseil de maintenir la structure – qu’elle jugeait « chaotique » – de plus de trois cents comités(22), dont le citoyen européen ne sait, à vrai dire, pas grand-chose. Contre toute attente, ce recours a été déclaré irrecevable par les juges(23).

          Bon exemple de « l’État de droit » communautaire!
 

Conclusion

          Cet exposé est bien évidemment incomplet.

          Nous n’avons pas fait part des « bons côtés » de la politique communautaire, et pourtant il y en a: c’est le cas du principe de sécurité juridique ou de certaines directives nécessaires (quand elles sont conformes au principe de subsidiarité). Sans compter que, face aux dérives surprenantes des gouvernements des États « classiques », notamment en matière budgétaire, l’Union européenne pourrait même surprendre par son intégrité, due en partie à des exigences extrêmement sévères en la matière, que de nombreux États devraient prendre en exemple. Que l’on pense, tout simplement, à l’obligation de l’équilibre budgétaire(24), qui ne saurait que ravir les libéraux!

          Nous n’avons pas non plus cité les innombrables errements dont l’Union européenne est la seule responsable, que ce soit concernant la frénésie législative et, paradoxalement, la codification extrêmement lente du droit européen, les dangers de l’harmonisation juridique, les effets doublons, les innombrables « machins » administratifs qui empiètent sur les compétences les unes des autres ou encore, les abus quotidiens (pensez simplement aux frais liés à la traduction obligatoire de tous les traités dans toutes les langues de l’Union...).

          Objectivement, il ne s’agit pas de blâmer l’Union européenne pour ce qu’elle est; il s’agit de bien comprendre tout ce qu’implique une telle construction politique aujourd’hui: les planificateurs modernes, qu’ils se disent socialistes ou parfois même, conservateurs, entendent ôter aux individus leur liberté et leur responsabilité. Mais comme l’heure n’est plus aux rêves totalitaires d’un État surpuissant, ils ont décidé d’agir de manière moins catégorique, mais plus insidieuse: la réglementation, l’organisation, l’harmonisation, l’orientation, l’assistance, une logorrhée bureaucratique faite d’agences et d’organismes spécialisés qui ont remplacé le terme, aujourd’hui odieux, de « planification ».

          Pourtant, rien n’a changé. Et, bien que notre marge de manoeuvres soit assez limitée, il faut au moins être conscient d’une chose: l’Union européenne peut être un incroyable levier de libertés nouvelles, mais elle est aussi un nouvel adversaire tendant à étouffer chaque jour un peu plus les individus sous la réglementation contraignante de l’État, témoin une inflation législative que l’on pourra difficilement contenir par la suite.

          Pour conclure, comment ne pas citer cet aphorisme de Friedman: « L'économie libre donne aux gens ce qu'ils veulent, et non pas ce que tel groupe particulier pense qu'ils devraient vouloir; en fait, ce qui se cache derrière la plupart des arguments contre le marché libre, c'est le manque de foi dans la liberté elle-même. »

          Les partisans de l’Union européenne n’ont-ils pas confiance dans les mérites de la liberté?
 
  Philippe Jaunet

Philippe Jaunet est étudiant en droit à la Faculté de Bordeaux, en France (2007)

http://www.quebecoislibre.org/07/070923-4.htm

1. Il est à noter que d’autres facteurs ont eu une importance toute aussi importante, si ce n’est plus: par exemple, la logique de la guerre froide, si bien résumée par Raymond AARON dans son fameux « paix impossible, guerre improbable », et qui correspondait à « l’équilibre de la terreur » entre l’OTAN, d’une part, et les États réunis par le Pacte de Varsovie, d’autre part, ne doit pas être oubliée.
2. Robert SCHUMAN: déclaration, 9 mai 1950.
3. C’est effectivement là le fondement de nombreuses thèses de science politique telle que celle, défendue aujourd’hui par le professeur Michael DOYLE pour qui une guerre opposant des démocraties reposant sur un système économique de marché libre est virtuellement impossible.
4. Charles de GAULLE: conférence de presse, Paris, 16 mai 1967.
5. Projet de traité établissant une Constitution pour l’Europe, art. I-3 § 1.
6. Edmund BURKE: Reflections on the Revolution in France, 1790.
7. Version consolidée du traité instituant la Communauté européenne, première partie, art. 2.
8. Au moment de la rédaction d’un traité international appelé « Constitution européenne », une controverse est née sur le point de savoir si le préambule du traité devait indiquer, ou non, que l’Europe reconnaissait (à côté de l’Antiquité et des acquis du siècle des Lumières) ses « racines judéo-chrétiennes ». Assez étrangement, et bien que cette proposition soit de l’ordre de la constatation historique la plus banale, certains y ont vu un moyen d’inféoder l’Europe à la chose religieuse... Le débat a donc principalement porté sur la question de savoir s’il était judicieux de rappeler les racines historiques et culturelles de l’Europe; plus largement, il s’agissait de savoir si l’Europe était le produit d’une histoire multiséculaire, plutôt que le produit de la seule volonté de quelques technocrates et de politiciens. Bien sûr, les partisans de la seconde approche ont gagné!
9. Pour élargir ce sujet, Philippe NEMO: Qu’est-ce l’Occident? P.U.F., 2004. L’auteur est l’un des meilleurs connaisseurs français de Friedrich A. von HAYEK.
10. Joël RIDAU: Droit institutionnel de l’Union et des Communautés européennes
, 2006.
11. Voir, par exemple, le rapport des ordo-libéraux allemands de l’Institut de recherche de politique économique de Francfort, le KRONBERGER KREIS: Pour une nouvelle orientation de la PAC, 1985. Ils affirmaient notamment que « [l]a PAC ne s’est pas révélée être un trait d’union, mais une charge explosive au sein de la Communauté ». L’avenir leur a donné raison (voyez leurs craintes concernant la bureaucratie croissante, les dégâts environnementaux et les dépenses irréfléchies).
12. KRONBERGER KREIS: Pour une nouvelle orientation de la PAC, 1985.
13. On consultera avec intérêt, sur le site du Québécois libre, l’article de Thibaut ANDRE: « L’euro, aspiration réelle des peuples européens? » ainsi que l’oeuvre de l’économiste Charles GAVE (libéral opposé à l’euro).
14. Jean-Louis CACCOMO: « Histoire des relations tumultueuses entre monnaie et finances publiques », revue Sociétal, publication 2007.
15. À titre d’exemple, les dépenses publiques en France représentent 53,4% du PIB contre 40,8% pour la moyenne de l’OCDE. En revanche, le chômage en France atteint les 10% quand la moyenne OCDE se stabilise autour de 6% (chiffres 2004).
16. Cour de Justice des communautés européennes: arrêt Flamino Costa c. ENEL, Aff. 6/64, 15 juillet 1964.
17. Version consolidée du traité instituant la Communauté européenne, première partie, art. 5 § 1 et 2.
18. CJCE: arrêt Commission c. Conseil, dit Accord Européen sur les Transports Routiers, ou « arrêt AETR », Aff. 22/70, 31 mars 1971.
19. Frits BOLKESTEIN: L'Union européenne aujourd'hui, 2007.
20. Dans son discours précité, M. BOLKESTEIN affirmait que « [l]’Union européenne est un groupe d'États qui ont décidé de mener à bien certaines tâches de façon fédérale, comme le commerce et la politique de concurrence. Le cadre fédéral s'applique, bien sûr, au Parlement européen, à la Cour européenne de justice et à la BCE. Mais l’Union ne deviendra jamais une fédération avec un gouvernement fédéral, une armée fédérale et une personnalité internationale unique. Les États membres ne le veulent pas [...] même si Joschka Fischer [...] a parlé il y a quelques années d'une "fédération d'États-nations", un concept contradictoire dans les termes. En l’utilisant, M. Fischer a sous-estimé son public. C'est un exemple de l’euro-babillage que d'autres politiciens ont malheureusement imité. Il serait risqué de travailler à une Europe fédérale car elle pourrait, par réaction, aller vers la désintégration. »
21. Il s’agit d’une excellente mesure procédurale qui tend à se substituer aux anciennes procédures d’extradition. Cependant, il s’agit d’une attente déjà ancienne des professionnels du droit, récemment mise en oeuvre mais dont les critères sont, il faut l’avouer, assez restrictifs, et qui en outre est assez marginale. Par exemple, les magistrats français n’hésitent pas à empêcher à la justice espagnole de juger chez elle un activiste basque de nationalité espagnole reconnu comme appartenant à l’ETA, association terroriste, au motif qu’il a commis une partie des délits qui lui sont reprochés au pays basque français...
22. Ce qui n’est guère étonnant lorsque l’on sait que, en plus des multiples comités originels (Comité spécial de l’agriculture, de la recherche, de l’éducation, des affaires culturelles, des transports, de la protection de santé sur les lieux de travail, des douanes...), le Conseil crée librement des comités dans le cadre de ses délégations de pouvoir qu’il opère au profit de la Commission des Communautés européennes!
23. CJCE: arrêt Parlement c. Conseil, Aff. 302/87, 27 septembre 1988. On notera toutefois qu’une nouvelle décision Comitologie 1999/468/CE a été adoptée le 28 juin 1999, mais nombre de ses dispositions ne sont pas juridiquement contraignantes. En outre, c’est un texte de compromis uniquement... Le sujet n’a donc pas été éclairci, et surtout pas par les juges.
24. Voir, art. 286 § 2, traité CE, selon quoi « [l]e budget doit être équilibré en recettes et en dépenses ». Un pays comme la France, par exemple, n’a pas constitutionnalisé ce principe.

 
 
 

E) - Union européenne

L'Union européenne (UE) est une association sui generis de vingt-sept États européens qui délèguent par traité l'exercice de certaines compétences à des organes communs. Elle s’étend sur un territoire d'environ 4,5 millions de km², est peuplée de 503,7 millions d'habitants et est la première puissance économique mondiale.  

Une Europe libérale ?

L'Union européenne telle que constituée depuis au moins le traité de Maastricht est la pire construction (crypto-)étatique pour un libéral - à l'exception de toutes celles qui se sont succédé par le passé.

En tant que construction hybride, elle ne correspond certes pas à un État libéral idéal, chose d'ailleurs impossible ; et il est possible comme Nigel Farage d'être libéral mais aussi nationaliste et donc hostile à la construction européenne.

Parmi les aspects favorables, citons néanmoins :

  • le primat du droit sur le politique
  • la libre circulation des marchandises, des services et des capitaux est constitutionnellement mise à l'abri de la dictature de la majorité et sur un égal plan de dignité que la libre circulation des personnes
  • une monnaie, l'euro, dont les statuts, immuables (au moins en apparence), correspondaient à ses débuts aux canons du monétarisme
  • la concurrence fiscale généralisée et protégée par la possibilité pour chaque État de mettre son veto aux volontés collectivistes d'imposer l'harmonisation fiscale et sociale
  • d'une manière générale, le fait qu'elle amenuise singulièrement le pouvoir de nuisance de la puissance publique : le niveau fédéré est bien souvent impuissant face au marché rendu transnational, tandis que le pouvoir central (ou fédéral) est singulièrement affaibli par le jeu de la règle de l'unanimité, ou des règles de la "majorité qualifiée" byzantines du traité de Nice (hélas révisées depuis)
  • des lois appréciées telle que la Directive Bolkestein
  • des conséquences favorables à la liberté au plan national telles que l'abrogation du monopole de la Sécurité sociale en France.

États membres de l'Union européenne

Pays candidats

Pays périphériques ayant des relations étroites avec l'UE

Autres cas de figure

  • Régions ultrapériphériques : territoires de l'Union européenne en dehors du continent européen (Açores, Canaries, Guadeloupe, Saint-Martin, Guyane, Madère, Martinique, Mayotte, Réunion)
  • Pays et territoires d'outre-mer : dépendances et territoires d'outre-mer des États membres, non intégrés à l'Union européenne (Groenland ; Nouvelle-Calédonie, Polynésie française ; anciennes Antilles néerlandaises ; Anguilla, Bermudes, Caïmans, Malouines et autres territoires dépendants du Royaume-Uni)

Citations

  • Quand j'entre dans cet immeuble à Bruxelles, j’ai l’impression d’être entouré par des adeptes de la scientologie, des adeptes d’une secte étrange, qui continuent de croire en leur projet alors même que le désastre est général. (Nigel Farage)
  • Cette Union européenne est un nouveau communisme. C'est un pouvoir sans limites. Elle crée une marée de misère humaine, et plus tôt elle sera balayée, mieux ce sera. (Nigel Farage, 17/04/2013)
  • Quand les gens se seront vraiment rendu compte de qui vous êtes, il ne leur faudra pas longtemps pour prendre cette Chambre d’assaut et vous pendre. Et ils auront raison. (Godfrey William Bloom, eurodéputé, discours au Parlement européen, 21/11/2013).
  • (Ce) système économique européen, avec sa surrégulation, sa fiscalité élevée et sa redistribution, ses mécanismes d’État-providence et sa fascination pour toutes les mesures hostiles au marché (qui sont de nos jours surtout liées au mouvement écologiste). (Václav Klaus, L'AGEFI, 26/10/2015)
  • L'Union européenne est le vieux modèle soviétique habillé à l'occidentale. Mais comme l'URSS, l'Union européenne porte en elle les germes de sa propre disparition. Malheureusement, quand elle s'écroulera - et elle s'écroulera - elle laissera d'immenses destructions derrière elle, et de gigantesques problèmes économiques et ethniques. L'ancien système soviétique était irréformable, il en est de même pour l'Union européenne. (...) J'ai vécu dans votre futur, et ça n'a pas marché. (Vladimir Boukovsky)
  • Leur mode de pensée [aux leaders politiques européens] est fondé sur un type de raisonnement de nature quasiment communiste : il n'y a pas de lois économiques. Les gens comme moi ont grandi à une époque où ce mode de raisonnement dominait toute la vie de nos pays d'Europe centrale ou orientale. A l'époque, nous étions quelques-uns à exprimer notre désaccord avec une telle vision. On nous considérait alors comme des ennemis. (Vaclav Klaus)
  • Le mouvement en faveur de la formation d'une fédération d'États européens vient de la reconnaissance correcte que toutes les formes de nationalisme chauvin sont intenables. Mais ce que les partisans de ce mouvement veulent leur substituer est impossible à mettre en œuvre car il y manque cette base vitale dans la conscience des peuples. Et même si le but du mouvement paneuropéen pouvait être atteint, le monde ne s'en trouverait nullement mieux. Le combat d'un continent européen uni contre les grandes puissances du monde situées hors de l'Europe serait tout aussi ruineux que le combat actuel des pays d'Europe entre eux. (Ludwig von Mises, Le Libéralisme, 1927)
  • Il a été parlé maintes fois, parmi les démocrates de France, d’une confédération européenne, en autres termes, des États Unis de l’Europe. Sous cette désignation, on ne parait pas avoir jamais compris autre chose qu’une alliance de tous les États, grands et petits, existant actuellement en Europe, sous la présidence permanente d’un Congrès. Il est sous-entendu que chaque État conserverait la forme de gouvernement qui lui conviendrait le mieux. Or, chaque Etat disposant dans le Congrès d’un nombre de voix proportionnel à sa population et à son territoire, les petits États se trouveraient bientôt, dans cette prétendue confédération, inféodés aux grands ; bien plus, s’il était possible que cette nouvelle Sainte-Alliance pût être animée d’un principe d’évolution collective, on la verrait promptement dégénérer après une conflagration intérieure, en une puissance unique, ou grande monarchie européenne. Une fédération ne serait donc qu’un piège ou n’aurait aucun sens. (Pierre-Joseph Proudhon, Du principe fédératif, 1863)
  • L’UE, dans son projet de créer une identité transnationale, a lamentablement échoué. (Francis Fukuyama, interview à la NZZ, 2018)
  • L’Union européenne est morte, elle court sur son erre, n’existant plus que par la nécessité de nourrir des armées d’apparatchiks surnuméraires. Quant aux peuples, de Londres à Budapest, sitôt qu’ils en ont l’occasion, ils se « replient frileusement » sur le seul cadre où ils se reconnaissent encore : le cadre national. (Slobodan Despot, 11/11/2018)
  • Dans l’histoire récente de la France, il y a quelque chose qui relève non pas du suicide, mais bel et bien de l’assassinat. Et le coupable de cet assassinat n’est guère difficile à découvrir : c’est l’Union européenne. (...) À l'intérieur du monde occidental, l'Europe a choisi un mode de suicide particulier, qui inclut le fait d'assassiner les nations qui la composent. (Michel Houellebecq, discours de remise du prix Oswald Spengler, 2018)
  • L’Europe, hormis au sens géographique, est une construction totalement artificielle. Cela n’a aucun sens d’agglomérer Beethoven et Debussy, Voltaire et Burke, Vermeer et Picasso, Notre-Dame et Saint-Paul, le bœuf bouilli et la bouillabaisse, et de les dépeindre comme les éléments d’une réalité musicale, philosophique, artistique, architecturale ou gastronomique européenne. Si l’Europe nous enchante, comme elle m’a si souvent enchantée, c’est précisément par ses contrastes et ses contradictions, et non par sa cohérence et sa continuité. (Margaret Thatcher)

Bibliograhie

Liens externes

https://www.wikiberal.org/wiki/Union_europ%C3%A9enne 

 

 


Le programme Jean Monnet de l’UE ( Toute une histoire parfois oublié, entre ses États Unis de l'Europe et sa divergence avec De Gaulle ) & l’affaire Evghenia Gutul

Que se passe t-il en Europe, d'une histoire à une autre...Qu'elle en serait la différence ?

Sommaire:

A - l’UE : une machine impériale qui écrase les souverainetés nationales 

B - Histoire: Europa ! Les projets européens de l’Allemagne nazie et de l’Italie fasciste

Guerre en Ukraine : quels sont les montants des aides de l'Union européenne depuis 2022 ?
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C - Joute verbale entre Viktor Orbán (Hongrie) et Donald Tusk (Pologne)

D - «1200 milliards d’euros d’investissements en dix ans» : comment Bruxelles veut mobiliser l’épargne des Européens

 


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