juillet 06, 2026

Dossier Raymond Aron !

Raymond Aron : le stratège lucide dans le siècle des illusions 

Par la rédaction du Diplomate média Le XXe siècle a produit ses prophètes, ses idoles et ses imposteurs. Raymond Aron fut autre chose, plus rare et moins flamboyant : un témoin exact. Philosophe, sociologue, journaliste, théoricien des relations internationales, les étiquettes glissent sur lui comme l’eau sur un rocher. Ce que l’on retient, c’est une posture, celle d’un homme qui refusa toujours de choisir entre l’intelligence et le courage. Dans un siècle dominé par les idéologies totalitaires, les enthousiasmes révolutionnaires et les capitulations intellectuelles, Aron incarna quelque chose d’aussi rare que précieux, la lucidité. Non comme repli ou comme cynisme, mais comme arme. Une arme au service d’une pensée géopolitique d’une puissance et d’une actualité qui n’ont pas pris une ride. Comprendre Aron, c’est comprendre pourquoi le monde résiste aux utopies, pourquoi les rapports de force survivent aux idéaux, et pourquoi la paix ne se décrète pas mais se construit, pierre par pierre, dans la dure matière de l’histoire réelle…

 


 

Raymond Aron : Le stratège lucide dans le siècle des illusions

Le XXe siècle a produit ses prophètes, ses idoles et ses imposteurs. Raymond Aron fut autre chose, plus rare et moins flamboyant : un témoin exact. Philosophe, sociologue, journaliste, théoricien des relations internationales, les étiquettes glissent sur lui comme l’eau sur un rocher. Ce que l’on retient, c’est une posture, celle d’un homme qui refusa toujours de choisir entre l’intelligence et le courage. Dans un siècle dominé par les idéologies totalitaires, les enthousiasmes révolutionnaires et les capitulations intellectuelles, Aron incarna quelque chose d’aussi rare que précieux, la lucidité. Non comme repli ou comme cynisme, mais comme arme. Une arme au service d’une pensée géopolitique d’une puissance et d’une actualité qui n’ont pas pris une ride. Comprendre Aron, c’est comprendre pourquoi le monde résiste aux utopies, pourquoi les rapports de force survivent aux idéaux, et pourquoi la paix ne se décrète pas mais se construit, pierre par pierre, dans la dure matière de l’histoire réelle.

L’enfant du siècle : naissance d’un regard sur le monde

L’Europe en feu, un étudiant à Berlin

Il est des rencontres avec l’Histoire qui vous marquent au fer rouge. Pour Raymond Aron, cette rencontre a lieu en 1930, à Berlin. Il a vingt-cinq ans, une agrégation de philosophie en poche, et il vient d’arriver en Allemagne pour parfaire sa formation intellectuelle. Il y découvre autre chose : la montée inexorable du nazisme. Pendant que ses camarades français débattent dans les cafés de Saint-Germain, Aron assiste en direct à l’effondrement de la République de Weimar. Il voit comment une démocratie meurt, non pas sous les coups d’un ennemi extérieur, mais rongée de l’intérieur, trahie par ses propres élites, abandonnée par une intelligence trop occupée à rêver pour voir.

Cette expérience berlinoise est fondatrice. Elle lui enseigne une leçon que peu de ses contemporains avaient le courage d’entendre : les idéologies ne sont pas des abstractions philosophiques. Elles tuent. Elles organisent des États, mobilisent des masses, transforment des hommes ordinaires en bourreaux ou en victimes. Ce réalisme viscéral, nourri d’une observation directe des forces à l’œuvre dans l’Europe des années 1930, ne le quittera plus jamais.

La guerre, l’exil, et la forge de la pensée stratégique

La Seconde Guerre mondiale complète cette éducation dans la dureté. Aron s’engage dans les Forces françaises libres à Londres, collabore à la revue La France libre, observe de près la politique alliée, les tensions entre De Gaulle et Churchill, les calculs stratégiques qui se jouent derrière les discours. La guerre lui révèle ce que la diplomatie dissimule, les relations internationales sont un jeu de puissance permanent, où les idéaux servent souvent de masque aux intérêts, et où la survie des États prime sur les proclamations morales.

De retour en France, il entame une carrière double, à la fois intellectuel de premier plan et journaliste politique dans les colonnes du Figaro, puis de L’Express. Cette posture hybride, que beaucoup lui reprocheront, est en réalité sa force. Elle l’oblige à ne jamais s’abstraire du réel, à soumettre ses théories à l’épreuve des faits, à accepter la complexité là où il serait si simple de simplifier.

La querelle avec Sartre, ou le choc de deux France

On ne peut comprendre Aron sans comprendre Sartre, ou plutôt, sans comprendre pourquoi les deux hommes, qui avaient été condisciples à l’École normale supérieure, ont représenté deux façons radicalement opposées d’habiter le siècle. Sartre, l’engagé total, le compagnon de route du communisme, l’homme des grandes causes et des anathèmes politiques. Aron, le sceptique méthodique, le contempteur des illusions révolutionnaires, l’analyste des réalités de pouvoir.

La France intellectuelle d’après-guerre leur a longtemps préféré Sartre. L’engagement total, la pensée ardente, la promesse révolutionnaire avaient quelque chose de romantiquement séduisant. La rigueur froide d’Aron, son refus du manichéisme, sa méfiance envers tout ce qui ressemblait à un prophétisme politique, tout cela paraissait presque suspect, presque réactionnaire. C’était, au contraire, la marque d’une pensée adulte, qui avait tiré les leçons du siècle sans se mentir à elle-même.

Le théoricien des relations internationales : réalisme, puissance et ordre mondial
Paix et Guerre entre les Nations : la bible du réalisme français

En 1962, Aron publie ce qui demeure son œuvre maîtresse en matière de pensée stratégique : Paix et Guerre entre les Nations. C’est un monument. Huit cents pages d’une rigueur sans concession, d’une érudition sans ostentation, qui posent les fondements d’une analyse réaliste des relations internationales à la française. Le livre paraît au moment même où le monde retient son souffle devant la crise des missiles de Cuba. Aron, lui, ne retient pas son souffle : il analyse, décortique, explique.

Sa thèse centrale est d’une clarté tranchante, les États sont des acteurs rationnels animés par deux motivations fondamentales ; la sécurité et la puissance. Les organisations internationales, le droit des gens, les traités de paix sont des constructions utiles mais fragiles, toujours susceptibles d’être renversées par les logiques de force dès lors que les équilibres se déplacent. Il n’y a pas de gouvernement mondial, pas d’autorité supérieure aux États capables de s’imposer à eux par la seule vertu des principes. Il y a des rapports de puissance, des équilibres précaires, et la volonté des acteurs de défendre leurs intérêts vitaux.

Cette vision, que l’on dirait aujourd’hui réaliste, n’a rien d’une capitulation devant la brutalité des faits. C’est au contraire une invitation à penser la paix avec les instruments adéquats, à construire des équilibres stables plutôt que de rêver à des utopies que la prochaine crise emportera. Aron croit à la paix, mais il la croit possible seulement si l’on comprend les ressorts réels de la conflictualité humaine.

La Guerre Froide vue par Aron : entre deux impérialismes

La Guerre Froide est le laboratoire grandeur nature où la pensée aronienne se déploie avec le plus d’acuité. Là où certains voyaient un combat entre le Bien et le Mal, entre la liberté et la servitude, Aron voit d’abord une rivalité de puissance entre deux super-états, deux empires organisés selon des logiques différentes mais tous deux animés par des ambitions hégémoniques.

Sa position est inconfortable pour les deux camps. Il n’est ni neutraliste ni atlantiste aveugle. Il soutient l’ancrage occidental de la France, il pense que la démocratie libérale, malgré ses imperfections, est infiniment préférable au totalitarisme soviétique, mais il refuse de transformer ce soutien en croisade idéologique. La politique étrangère doit servir les intérêts nationaux et la stabilité internationale, pas les intérêts d’une civilisation universelle imaginaire.

Dans Le Grand Schisme dès 1948, puis dans ses innombrables chroniques du Figaro, il déchiffre la logique de la confrontation Est-Ouest avec une acuité qui lui vaut autant d’admirateurs que d’ennemis. Il comprend avant presque tout le monde que l’Union soviétique n’est pas seulement un régime politique, mais une puissance impériale aux ambitions géographiques précises, héritière des tsars autant que de Lénine. Et que la réponse à cette puissance ne peut être que stratégique, et non simplement morale.

Le temps long contre les illusions du présent

Ce qui distingue Aron de la plupart de ses contemporains, c’est son sens du temps long. Il ne juge pas l’histoire à l’aune des événements de la semaine, mais à celle des structures profondes, des équilibres géopolitiques durables, des logiques civilisationnelles qui se déploient sur des décennies voire des siècles. Cette perspective, que l’on retrouvera plus tard chez des penseurs comme Fernand Braudel dans les sciences sociales, ou chez Hubert Védrine dans la diplomatie, lui permet d’éviter les emballements passagers et les désespoirs prématurés.

Les décolonisations, les crises du Tiers-Monde, la montée en puissance de l’Asie, Aron les lit non pas comme des ruptures imprévues mais comme les conséquences prévisibles de dynamiques historiques longtemps à l’œuvre. Il n’est pas surpris par l’effondrement des empires européens en Asie et en Afrique, au contraire, il l’avait vu venir, il comprit que le vieux monde colonial était condamné par ses propres contradictions, et qu’il fallait penser l’après avec lucidité plutôt que de s’agripper nostalgiquement à l’avant.

L’héritage aronien : une boussole pour le XXIe siècle
L’opium des intellectuels, ou la critique des idolâtries modernes

En 1955, Aron publie L’Opium des intellectuels, l’un de ses livres les plus polémiques et les plus durables. La cible est claire : l’intelligence française de gauche, fascinée par le communisme soviétique au point de fermer les yeux sur le Goulag, les procès staliniens, la terreur de masse. Mais au-delà de la polémique conjoncturelle, le propos est d’une portée bien plus large.

Aron y développe une critique fondamentale des idéologies politiques modernes comprises comme religions séculières. Le marxisme, le nationalisme, le progressisme messianique, toutes ces constructions intellectuelles partagent selon lui une même structure, et offrent une vision du sens de l’histoire, une promesse de rédemption collective, et un ennemi à désigner comme responsable de tous les maux. Ce faisant, elles dispensent leurs adeptes de penser que les réalités complexes et souvent décevantes du monde réel.

Cette critique, formulée dans les années 1950, n’a jamais été aussi pertinente qu’aujourd’hui, à l’heure où les idéologies de toutes sortes, identitaires, wokistes, nationalistes, écologistes apocalyptiques, reproduisent exactement les mêmes structures cognitives que les grandes religions politiques du XXe siècle. Aron aurait regardé tout cela avec son calme légèrement ironique et son implacable rigueur analytique. Il aurait demandé, comme toujours : quels sont les faits ? quels sont les rapports de force ? et que disent-ils réellement ?

Aron et la France : le patriote sans illusions

La relation d’Aron à la France est une relation d’amour lucide, la plus difficile et la plus durable des formes d’amour. Il aime son pays. Il s’est battu pour lui. Il a refusé la capitulation intellectuelle dans un milieu où elle était tentante et souvent récompensée. Mais il n’a jamais cessé de lui dire ses vérités, sur ses illusions gaullistes, sur sa propension à se croire le centre du monde, et sur les risques de la construction européenne menée sans base stratégique solide.

Sur l’Europe, sa pensée est d’une modernité troublante. Il croit à la réconciliation franco-allemande, à la construction d’un espace de paix et de prospérité, mais il se méfie profondément d’une intégration qui confondrait la fin des États et la fin des nations. Pour Aron, les nations ne disparaissent pas par décret technocratique. Elles restent les cadres fondamentaux à l’intérieur desquels les individus construisent leur identité, leurs loyautés, leurs sacrifices. Nier cette réalité, c’est construire des institutions sans enracinement, des traités sans légitimité, des politiques sans peuple.

L’actualité brûlante d’une pensée pour temps difficiles

Nous vivons une époque qui aurait fasciné et inquiété Raymond Aron à parts égales. Le retour de la guerre en Europe avec le conflit russo-ukrainien, la montée en puissance de la Chine comme rival systémique de l’Occident, la fragmentation du monde en zones d’influence concurrentes, le doute sur la durabilité de l’ordre libéral international construit après 194, tout cela, Aron l’avait non pas prévu dans le détail, mais compris dans ses structures profondes.

Il aurait regardé la guerre en Ukraine comme ce qu’elle est, non pas une anomalie scandaleuse que l’on pourra éradiquer par de bons sentiments, mais le retour du refoulé géopolitique européen, la résurgence des logiques impériales russes, et la fragilité d’un ordre post-Guerre Froide qui avait voulu ignorer les réalités de la puissance. Il aurait dit que les démocraties occidentales avaient eu tort de croire que la fin de la Guerre Froide signifiait la fin de l’histoire. Il l’avait écrit, d’une certaine façon, bien avant Francis Fukuyama.

Et face à la Chine, il aurait refusé les deux simplifications symétriques, notamment la naïveté du dialogue sans limite et la paranoïa de la guerre froide inévitable. Il aurait cherché le chemin étroit entre l’illusion et la capitulation. Ce chemin, il l’appelait dans Paix et Guerre entre les Nations la « prudence », cette vertu cardinale du réalisme politique, qui n’est ni couardise ni témérité, mais intelligence des situations et respect de leurs contraintes.

Le dernier des Romains ou le premier des modernes ?

Raymond Aron est mort en 1983, au sortir d’une audience au cours de laquelle il avait plaidé pour un ami menacé d’expulsion. Une mort à sa mesure : debout, engagé, fidèle à ses amitiés comme à ses principes. Il laisse derrière lui une œuvre considérable, philosophique, sociologique, journalistique, stratégique, et surtout une méthode de pensée que l’on ne peut qualifier que de nécessaire.

Dans un monde saturé d’émotions, d’indignations performatives et de certitudes idéologiques, sa voix résonne avec une actualité presque douloureuse. Non parce qu’il aurait toujours eu raison sur tout, lui-même s’y serait opposé, lui qui croyait si profondément à l’incertitude constitutive des affaires humaines. Mais parce qu’il incarnait une façon d’être intellectuellement honnête face au monde : voir les faits tels qu’ils sont, comprendre les rapports de force sans les nier ni s’y soumettre, et agir avec la conscience que les bonnes intentions ne suffisent pas, la politique est l’art du possible, non du souhaitable.

À l’heure où les démocraties occidentales cherchent leurs repères dans un monde multipolaire imprévisible, où les équilibres d’après-guerre s’effritent et où de nouvelles puissances réécrivent les règles du jeu international, relire Aron n’est pas un exercice d’histoire intellectuelle. C’est une nécessité stratégique. Parce que les questions qu’il posait ; Comment maintenir la paix entre des puissances inégales ? Comment défendre des valeurs sans sombrer dans le messianisme ? Comment penser l’ordre mondial sans se leurrer sur la nature humaine ? sont exactement les nôtres.

L’opium des intellectuels est toujours là, changeant de formule mais gardant sa structure. Le siècle des illusions n’est pas terminé. Et la lucidité d’Aron reste, aujourd’hui plus que jamais, une forme rare et précieuse de courage.

Le Diplomate

https://lediplomate.media/portrait-raymond-aron-stratege-lucide-siecle-illusions/ 

À lire aussi : HISTOIRE – La réflexion de Raymond Aron sur Richelieu et Mazarin : Une analyse de la raison d’État et du réalisme politique

 

 

Raymond Aron

Raymond Aron, né le 14 mars 1905 et mort le 17 octobre 1983, est un sociologue, politologue et philosophe français. Il est également un théoricien réaliste des relations internationales.  

Raymond Aron philosophe

Sa célébrité, très tardive, ne s’est pas étendue à sa pensée philosophique. Pourtant, sa problématique s’est formée dans une ambiance philosophique. C’est à partir de la philosophie que l’œuvre a pris son essor et c’est d’elle qu’elle tire, au-delà de ses avatars, son unité. Le sociologue a trouvé des disciples, le « spectateur engagé » des lecteurs et des amis. Mais l’Introduction à la philosophie de l’histoire et ses annexes postérieures ne sont guère évoquées, malgré l’exception notable de Pierre Manent (« Raymond Aron éducateur », in Commentaire, n°28-29). La nouveauté pour la France de certaines vues, de certains concepts empruntés à la réflexion allemande en a souvent masqué l’intention profonde : un dévoilement de la condition humaine déchirée entre une rationalité limitée mais effective et une altérité essentielle où, fuyante, elle s’obscurcit. 

 


 

Cette tension tragique fait l’unité d’une quête qui vise d’abord l’expérience des hommes entre eux, soit dans leurs réactions singulières (R. Aron étudiait rarement un acteur ou un auteur sans tracer au moins une esquisse d’idiographie), soit, plus souvent, dans les organisations qui leur confèrent un sens collectif. Ici, la philosophie de l’histoire ne se distingue que par abstraction, pour la commodité de l’exposé. Comme les idées et les faits sont toujours saisis dans leur variété et dans leurs variations, les concepts les plus finement et rigoureusement analysés étonnent par leur fluidité : ainsi, dans Les Étapes de la pensée sociologique, la pensée sociologique elle-même progresse et se dissout à la fois dans une inconsistance lumineuse. Rien de plus contraire à la manie idéologique des Français dans les années 1950. Rien de plus opposé au pathos littéraire que l’auteur, fort sévère sur ce point, démasquait pourtant dans sa thèse.

Ses adversaires ont daubé à l’excès sur son « manque de style ». En fait, si l’on exclut une expression tout à fait en situation, mais malheureuse (du type : « personnellement, je... »), il écrit une langue plus claire et mieux rythmée que celle de ses détracteurs. La rhétorique en est tout à fait absente. On s’étonne qu’une description pathétique, où l’écrivain se met toujours en question en face d’autrui, adopte la froideur du récit d’analyse pure. C’est le ton du spectateur engagé dont le dessein s’exécutera sous une figure paradoxale : dans l’extériorité apparente de livres de sociologie, dans l’actualité publique du journalisme, et en secret tout près de l’auteur en quête d’une liberté fuyante.

Biographie

Berlin, 10 mai 1933. Les livres brûlent. Des étudiants les jettent au feu par milliers. La culture allemande se tord dans les flammes à quelques pas de l'Université, sur la belle avenue Unter der Linden. Silencieux, à l'écart, Raymond Aron assiste à l'autodafé. Cette catastrophe de la pensée lui confirme sa perception du nazisme qui, déjà, porte en lui les germes de la guerre. Voilà quatre ans qu'il réside en Allemagne, et quatre ans qu'il s'est assigné pour tâche d'être un « spectateur engagé ». On le trouve insupportable parce qu'il ne pense jamais comme on s'y attend. Il n'écoute ni les courants de la mode ni les sirènes du pouvoir, pendant la guerre, à Londres, par exemple. Raymond Aron est patriote, rejeton d'une vieille famille juive alsacienne - un de ses ancêtres a soigné Louis XIV. Il n'a jamais été pacifiste face à l'Allemagne hitlérienne. Il passe en Angleterre dès le 23 juin 1940, s'engage dans les Forces françaises libres. Mais il ne condamne pas la position du maréchal Pétain : si finalement l'Angleterre gagne, l'armistice aura l'avantage d'éviter les camps de prisonniers à des milliers de soldats. Ses paradoxes déroutent. La guerre n'est pas l'art des nuances. La philosophie, si, toujours. L'approbation inconditionnelle à de Gaulle et le culte de la personnalité déplaisent à Aron. Il garde son sens critique, qu'il a fort développé, et voit chez le général de l'ambition personnelle. L'expression la plus forte de son antigaullisme reste un article de 1943 intitulé « L'ombre des Bonaparte », où il réfléchit au renouveau politique qui suivra la libération de la France. Il le publie dans la revue qu'il a fondée, qu'il dirige en fait, La France libre. Le philosophe compare la genèse des carrières de Napoléon III et du général Boulanger ; et il définit en cinq points la situation favorable au « césarisme populaire ». Il pense que la même cristallisation sentimentale et politique peut se produire autour d'un chef sans ascendance glorieuse, nul besoin d'être neveu de Napoléon 1er. Le mythe du héros national naît sur le patriotisme blessé, expose-t-il. L'article ne cite jamais le nom du général de Gaulle mais le lecteur ne peut que faire le parallèle insinué par l'auteur. Aron poursuit son analyse historique jusqu'au XXe siècle, jusqu'aux années 1920 en Allemagne, aux années 1930 en Italie: « Le bonapartisme est donc tout à la fois l'anticipation et la version française du fascisme ». Il insiste : « Le bonapartisme escamote la souveraineté du peuple dont il prétend émaner. » La dernière phrase est pour Napoléon III : « Comme tant de fois dans l'Histoire, l'aventure d'un homme s'acheva en tragédie d'une nation. » Scandale chez les gaullistes.

La tentation politique

Voilà un intellectuel qui n'a pas courtisé le chef pour se faire attribuer une place. Certains ne laisseraient pas passer pareille occasion, surtout en temps électoraux. En dehors des mouvements de girouettes notoires, il est des tentations politiques respectables. Les plus rugueux des intellectuels peuvent vouloir mettre eux-mêmes leurs réflexions et leur savoir en pratique. Rueff se serait bien vu ministre des Finances. Glucksmann n'aurait pas dédaigné, à la chute du Mur, une ambassade à l'Est. D'autres estiment que leur alacrité de jugement, leur culture, leur intelligence serviraient mieux l'État que la médiocrité d'untel ou untel. Raymond Aron aurait-il aimé être ministre ? Aurait-il dû l'être ? Après tout, il y a eu André Malraux. Ou Léon Blum, écrivain et politicien. François-Régis Bastide, écrivain nommé ambassadeur. Mais Nicolas Machiavel n'a écrit sur la politique qu'après avoir été en charge des affaires de l'État. Il expose au début du Prince : « Comme ceux qui ont à dessiner des pays montagneux se placent dans la plaine, et sur des lieux élevés lorsqu'ils veulent lever la carte d'un pays plat, de même, je pense qu'il faut être prince pour bien connaître la nature des peuples, et peuple pour bien connaître celle des princes. » Peut-on paraphraser ? Il se peut que l'intellectuel connaisse bien la nature de la politique parce qu'il l'observe d'une position extérieure. Lorsqu'il sera descendu dans le pays plat ou qu'il aura gravi le pays montagneux, bref, lorsqu'il fera de la politique, il ne pourra plus utiliser son excellente vue et sa pertinente analyse. Il devra pratiquer là les mêmes méthodes que ceux qu'il observait avant, y compris celles qu'il méprise : la ruse, la brutalité, l'audace, le pifomètre, le rêve, l'enthousiasme, la foi, la fidélité et la trahison. Est-il préparé à cela ? Certains de ceux qui ont connu Aron sont persuadés qu'il aurait aimé être ministre. Jamais de la vie, répond un proche qui cite Aron : « solliciter un emploi politique, c'est une forme subtile de la modestie, et je n'ai pas cette modestie », ironisait-il devant des politiciens vexés. En fait, Raymond Aron a fait une brève incursion dans la politique réelle, au cabinet de son ami Malraux nommé ministre de l'Information à la Libération. La tâche d'Aron consiste à délivrer des contingents de papier aux journaux qui sollicitent l'autorisation de reparaître. Le philosophe n'éprouve là aucun vertige de puissance. Il lui semble surtout qu'il ne s'agit pas d'un vrai travail, et que de participer à des réunions et donner des coups de téléphone, c'est beaucoup moins dur que de commenter Kant. Opinion qu'il gardera.

« Aron aurait refusé un ministère si on lui en avait proposé un. Mais il n'a pas eu, au contraire de Chateaubriand, la chance qu'on lui propose un ministère à refuser », dit Jean d'Ormesson.

Comprendre son époque

Raymond Aron a décidé autrement de sa vie. Voici la résolution qu'il a prise en 1930, à l'âge de 25 ans : « Comprendre ou connaître mon époque aussi honnêtement que possible ; me détacher de l'actuel sans pourtant me contenter du rôle de spectateur. » Comprendre, connaître, détacher, ce ne sont pas là les termes qui définissent l'action politique, ils conviennent mieux à la philosophie critique. Cette décision jaillit chez Aron d'une méditation sur les bords du Rhin, à Cologne. Il tient toute sa vie cet engagement pris sur les lieux du romantisme. Que fait-il là ? Agrégé de philosophie, il commence sa carrière par le séjour initiatique en Allemagne, traditionnel dans sa discipline. Durant un an et demi, il est lecteur à l'Université de Cologne. Il s'adonne à la philosophie, lit Le Capital. Mais le monde dans lequel il prend place lui offre un champ d'études plus vaste encore et lui administre des leçons qu'il retiendra. La république allemande va, sous ses yeux, basculer vers la dictature nazie. La famille bourgeoise à qui il loue une chambre se montre cordiale, mais déjà marquée par le nationalisme. Au début du séjour d'Aron, les députés hitlériens sont douze. Quelques mois plus tard, les élections en amènent 107 au Reichstag. Le parti d'Adolf Hitler devient le deuxième du pays. Aron s'installe ensuite à Berlin pour passer deux ans à l'Institut français. Il découvre Husserl et la phénoménologie, lit Clausewitz. La ville est en proie aux manifestations, aux défilés des SA, à la violence. Certains croient le danger écarté quand Hitler échoue à la présidence du Reich, battu par le vieux maréchal Hindenburg. En France, par exemple, Léon Blum respire. Le jeune Aron, lui, voit à peu près juste.

Plongé dans la déliquescence de la culture allemande, Aron comprend l'Histoire qui se fait devant lui. Il écoute les discours, voit la foule perdre la raison, il perçoit ce qu'il nomme « le caractère satanique d'Hitler ». Aspect qui saute aux yeux un demi-siècle plus tard, mais que les contemporains ont mis du temps à discerner. Jean-Paul Sartre succède, à l'Institut français, à son « petit camarade », comme ils l'appellent depuis Normale, mais ne voit rien dans la montée du nazisme. Sartre ne tire aucune leçon politique de son séjour en Allemagne, ne comprend rien à l'Histoire en train de se faire. Aron note en 1932 : « L'Allemagne est devenue à peu près impossible à gouverner de manière démocratique », et il est persuadé que la guerre éclatera. Cette certitude le détache de l'empreinte du pacifisme d'Alain. La génération qui a eu 20 ans après la tuerie de 1914-18 adhère facilement à son idéal de paix. La Grande Guerre serait vraiment la der' des der'. Mais l'effet pervers du traité de Versailles, cette humiliation qui transforme un peuple de culture en adeptes fanatisés des discours de Goebbels, offre à Raymond Aron l'occasion de mesurer ses idées politiques à l'effrayante réalité. Les maux que l'on prétend éviter par la guerre sont pires que la guerre elle-même, la fausseté du credo pacifiste lui apparaît.

La vie va fournir au jeune homme l'occasion de progresser encore dans l'art de la critique. Quelque temps avant l'autodafé de 1933, lors d'un séjour en France, on le présente à un sous-secrétaire d'État aux Affaires étrangères. Aron lui décrit la tragédie allemande. Il lui dépeint l'angoissante fureur nationaliste et annonce la menace de guerre contenue dans l'arrivée d'Hitler au pouvoir. À la fin de son brillant discours, la réponse tombe, polie et enrubannée : « Je vous suis obligé de m'avoir donné tant d'objets de méditation », dit le ministre. Il précise que le président du Conseil, Henriot, « dispose d'une autorité exceptionnelle » et pose la question que Raymond Aron n'oubliera jamais : « Que feriez-vous si vous étiez à sa place ? » Aron forgera de cette interrogation un outil de réflexion. « Le souhaitable est-il possible ? » Chez lui, cette inquiétude domine. Là réside peut-être sa différence fondamentale avec Sartre, à la pensée de qui il a tant mesuré la sienne. En cela, au fond, Aron est le plus politique des deux.

L'autre point crucial de la pensée politique d'Aron tient à sa liberté envers les dogmes. Le premier, il développe le concept de « religion séculière », en deux articles parus en 1944 dans La France libre. Athée, il décèle ce que contiennent de religieux les trois grands mouvements païens et antireligieux du siècle : il analyse socialisme, communisme et nazisme comme des « religions de salut collectif ». Aron étudiera encore longuement les totalitarismes, notamment dans L'Opium des intellectuels (1955). Ce livre déclenche la haine des existentialistes et réjouit les gaullistes. Ces mêmes gaullistes si choqués qu'Aron renâcle devant la notion de foi que revêt chez certains l'adhésion à de Gaulle. En matière de haine politique, Aron s'est attiré celle des gaullistes dès 1940, lorsqu'il appartient au cercle des Français libres qui refusent de « penser au pas cadencé », comme l'écrit l'une d'entre eux, la journaliste Renée Gosset. C'est avec un certain Labarthe qu'Aron fonde la revue La France libre, dans laquelle, au début, de Gaulle relit et annote quelques articles. L'audience internationale de la revue croît rapidement, tandis que s'exacerbent à Londres les querelles de personnes. Labarthe, étrange et pittoresque, affiche ses sympathies politiques pour le général Giraud et l'amiral Muselier qui font chacun, un temps, de l'ombre à de Gaulle. Les gaullistes purs et durs reprochent l'amiral et le général à Labarthe, et Labarthe à Aron. Aron publie l'article dont il est question plus haut. Le porte-parole à la BBC du mouvement de la France libre et futur ministre, Maurice Schumann, crie à la « mauvaise action ». Schumann, si passionnément gaulliste que le petit cercle des Français libres irrespectueux le surnomme « la Transe combattante ». Un demi-siècle plus tard, questionné en mars 1995 sur Aron, il s'écrie tout d'abord : « Vous savez qu'il n'était pas gaulliste à Londres : il était avec Labarthe ! Et puis il a écrit cet article ! » Après ce préambule, il confie tout le bien qu'il a pensé d'Aron par la suite. Nombreux sont les gaullistes qui n'ont pas pardonné et ont poursuivi Aron de leur haine. Certains lui ont barré la route autant qu'ils l'ont pu tout au long de sa carrière, ce qui l'a dissuadé de se présenter à l'Académie française.

Gaulliste à contretemps

Raymond Aron se reproche de ne pas avoir été assez gaulliste à Londres, de n'avoir pas compris l'ambition historique du Général. Il se jette donc dans le gaullisme dès que possible. L'occasion se présente en 1947, avec la fondation de l'éphémère Rassemblement pour le peuple français (RPF). Aron retourne volontiers sur ses prises de position passées, les pèse et les juge puis adopte une nouvelle ligne pour corriger la précédente. C'est ainsi qu'il va au RPF en compensation de son attitude à Londres, qu'il prend position pour l'indépendance de l'Algérie à cause du silence qu'il se reproche sur la décolonisation de l'Indochine, qu'il écrit Penser la guerre, Clausewitz à cause de ses oublis dans Paix et guerre entre les nations. Attitude à rebours de nombre d'intellectuels, dont Sartre notamment. Sartre ne retourne jamais sur le passé de ses idées, il les jette, elles n'existent plus pour lui.

En 1957, Raymond Aron expose dans une brochure, La Tragédie algérienne, un point de vue que peu des gens qu'il fréquente osent s'avouer à eux-mêmes. Le colonialisme n'a plus bonne conscience, l'empire n'est pas une bonne affaire économiquement parlant, l'intégration n'est plus praticable à cause des différences de croissance démographique. Il écrit que l'indépendance de l'Algérie s'annonce inévitable, et que si l'on ne veut pas intensifier la guerre, il faut bien négocier avec le FLN. Droite et gauche le couvrent d'insultes, François Mauriac l'attaque dans L'Express, tandis que Soustelle le traite de « Mauriac de la sidérurgie ». Dans le même temps, Michel Debré proclame le devoir de révolte contre le gouvernement qui laisserait mettre en cause la souveraineté de la France en Algérie. Quatre ans plus tard, lorsque de Gaulle laisse entendre, dans une conférence de presse, que l'abandon de l'Algérie est envisageable, Aron s'amuse devant le sociologue Henri Mendras : « Je vais écrire à Debré : Alors, Michel, c'est la Haute Cour ? ». Au lieu de cela, Aron écrit, dans un article intitulé « Adieu au gaullisme » : « Bidault aurait fait jusqu'au bout la guerre pour sauver l'empire français. Le général de Gaulle fait la guerre pour sauver le style de l'abandon. » Le Général laisse tomber : « Il n'a jamais été gaulliste. »

De Gaulle lit assidûment Aron dans Le Figaro. Certains hommes politiques de moindre envergure peinent parfois à comprendre ses articles ardus, tous n'étant pas aussi versés que lui en finances ou en stratégie internationale. Les gaullistes répètent une boutade du Général, proférée au cours d'un déjeuner à l'Élysée, un jour qu'un autre éditorial lui a déplu : « Raymond Aron, journaliste à la Sorbonne et professeur au Figaro. » À propos de Sorbonne, Jean d'Ormesson qui a passé de nombreuses années avec Aron au Figaro dit qu'il était « un universitaire égaré dans le journalisme ». Égaré ? S'égare-t-on 35 années durant ? Dans une note rédigée aux derniers jours de sa vie et où il résume sa carrière, Aron ne mentionne pas le journalisme. Mais, d'autre part, on réédite actuellement en trois épais volumes ses articles de politique internationale. Pour quel autre journaliste a-t-on fait cela, plus de dix ans après sa mort ?

Qui s'y frotte s'y pique

Aron adore la polémique et, à défaut de croix de Lorraine, répète volontiers la devise de la Lorraine : « Qui s'y frotte s'y pique ». Mordant, insolent avec les puissants, il lui arrive souvent d'attaquer le premier. Un jour, le ministre Missoffe (célèbre en 1968 pour ses démêlés avec une autre langue bien pendue, Daniel Cohn-Bendit) conseille Aron, qui se rend au Japon, sur ce qu'il doit dire au Premier ministre japonais. Aron le pulvérise: « Je ne le dirai pas pour deux raisons - premièrement, c'est dans tous les journaux, deuxièmement, c'est idiot. »

« Finalement, je me suis brouillé avec tous les chefs d'État de la IVe et de la Ve République, à part Giscard d'Estaing », constate-t-il un jour (Giscard, ainsi que Raymond Barre, a été l'élève d'Aron). Ils ne sont pas brouillés mais se voient fort peu. Entre eux, une lente incompréhension. Giscard confie à Aron et à quelques généraux qu'il n'arrive pas à se figurer dans quelles circonstances il devrait appuyer sur le bouton de la force de frappe. Le philosophe spécialiste en art militaire, capable de dessiner tous les mouvements de la bataille de Waterloo, s'inquiète : un président peut penser cela, non le dire. Plus tard, c'est le drame des boat people qui fuient le Viêt Nam. Aron, Sartre et Glucksmann demandent des visas supplémentaires pour les réfugiés. Giscard les accorde mais s'enquiert naïvement de la raison qui peut bien pousser ces gens à risquer leur vie en mer de Chine. Aron déplore en sortant de l'Élysée : « Les hommes politiques d'aujourd'hui n'ont pas le sens du tragique. »

Aron et Mendès France : une estime réciproque

D'Ormesson a écrit : « Aron s'étonnait volontiers de n'avoir pas été le Kissinger français. [...] J'aurais été de Gaulle, Pompidou ou Giscard, j'aurais choisi Aron comme conseiller du Prince. » L'homme avait tout pour cela : intelligence analytique, compréhension de l'économie, des relations internationales, de l'Histoire, tout sauf la manière. « De Gaulle trouvait qu'Aron ne le servait pas assez, Aron trouvait que de Gaulle ne le consultait pas », résume aujourd'hui Jean d'Ormesson. « Entre Giscard et lui, c'était le choc des orgueils », se rappelle Glucksmann. Kissinger, intellectuel américain, nommé conseiller puis ministre de plusieurs présidents, négociateur de la paix au Viêt Nam, a été l'élève d'Aron aux États-Unis. « Personne n'a eu sur moi une plus grande influence intellectuelle, écrit-il. Il fut un critique bienveillant lorsque j'occupais des fonctions officielles. Son approbation m'encourageait, les critiques qu'il m'adressait parfois me freinaient. » Ce qui fait dire à Henri Mendras : « Auprès de Kissinger, Aron a été le conseiller du conseiller du Prince. » Aron trouve, à la fin de sa vie, que la politique a été trop sérieuse et trop tragique, dans sa génération, pour que les amitiés résistent aux divergences dans ce domaine, avec Malraux comme avec Sartre. Pour Malraux, il y avait du sacré dans la politique, c'était de Gaulle ; pour Sartre, il y avait du sacré dans la politique, c'était la gauche. Pour Aron, ce qu'il y a de plus sacré, c'est la « décision raisonnable ».

En 1981, Raymond Aron optait pour Giscard d'Estaing. S'il vivait encore, vers qui irait aujourd'hui sa décision raisonnable ? Dans Le spectateur engagé, livre d'entretiens publié à l'époque, les candidats d'aujourd'hui peuvent piocher quelques phrases et voir à qui les appliquer.

Aron et Marx

Aron va pendant longtemps étudier Marx. Il l'estime mais rejette les interprétations marxistes.[1] Il se qualifie ainsi de « marxien ».

« Je suis arrivé à Tocqueville à partir du marxisme, de la philosophie allemande et de l'observation du monde présent... Je pense presque malgré moi à prendre plus d'intérêt aux mystères du Capital qu'à la prose limpide et triste de la Démocratie en Amérique. Mes conclusions appartiennent à l'école anglaise, ma formation vient de l'école allemande », a-t-il écrit. Tout cela parce que « j'ai lu et relu les livres de Marx depuis 35 ans » (Les étapes de la pensée sociologique, Introduction) »

Informations complémentaires

Citations

  • « En politique, les mythes jouent un rôle considérable. »
  • « Il faut gagner en politique, ou bien il ne faut pas en faire. »
  • « Personne n'a jamais nié la lutte des classes. »
  • « Moins l'intelligence adhère au réel, plus elle rêve de révolution. »
  • « Pour ma part, la justification qui me paraît la plus forte de la démocratie, ce n’est pas l’efficacité du gouvernement que se donnent les hommes lorsqu’ils se gouvernent eux-mêmes, mais la protection qu’apporte la démocratie contre les excès des gouvernants. »
  • « Il ne suffit pas de comprendre pour excuser. Il s’agit de comprendre et d’expliquer. Ça ne signifie pas que l’on ne condamne pas. Mais je n’aime pas jouer la conscience universelle. Je trouve ça indécent. » (Le spectateur engagé, 1981)
  • « Jamais les hommes n’ont eu autant de motifs de ne plus s’entretuer. Jamais ils n’ont eu autant de motifs de se sentir associés dans une seule et même entreprise. Je n’en conclus pas que l’âge de l’histoire universelle sera pacifique. Nous le savons, l’homme est un être raisonnable, mais les hommes le sont-ils ? »
  • « À la longue, la propagande totalitaire s’épuise. Les militants se lassent de bâtir une cité nouvelle et le repli sur la vie privée refoule peu à peu l’exaltation partisane. » (Les désillusions du progrès, 1965)
  • « Aujourd’hui, on est révolutionnaire ou on est antirévolutionnaire. Et si l’on est antirévolutionnaire, on est libéral et démocrate, ainsi que je le suis. » (France Culture, 1975)
  • « Nos libertés se définissent à la fois grâce à l’État et contre lui. Les libertés des individus ont été pendant des siècles conçues comme des résistances aux abus de l’État, des limites à sa toute-puissance, mais simultanément, dans les sociétés dans lesquelles nous vivons, nous attendons de l’État la garantie de certaines de nos libertés [...]. La condition, c’est que l’État soit du type démocratique, c’est-à-dire qu’il ne soit pas un État partisan et qu’il ne se confonde ni avec une religion ni avec une idéologie. » (Liberté et égalité, 1978)
  • « J’ai eu tendance souvent à penser que l’ignorance et la bêtise sont des facteurs considérables de l’Histoire. Et souvent je dis que le dernier livre que je voudrais écrire vers la fin porterait sur le rôle de la bêtise dans l’Histoire. » (Le spectateur engagé, 1981)
  • « Présenter pendant des années et des années le régime stalinien comme un régime de gauche, cela veut dire que les âmes de gauche qui, traditionnellement, se réclament de l’humanisme, de la liberté et du peuple, ont considéré que le régime qui avait supprimé toutes les libertés, mis des millions et des millions de gens dans des camps de concentration, leur paraissait, à elles, faire partie du vague ensemble qu’elles appellent la gauche. » (France Culture, 1975)

Citations sur Raymond Aron

  • « Le coup de génie d’Aron (qui lui a valu d’être tellement détesté par la gauche, mais jamais contesté sur le fond) a été d’appliquer au communisme la grille de lecture que Marx déposait sur le phénomène religieux… et de comprendre, par une lecture marxiste du communisme et de ses représentants, que le communisme était lui-même une religion ! [...] La philosophie critique de l’Histoire que développe Raymond Aron et la constance avec laquelle il assume la position paradoxale de « spectateur engagé » (immergé dans l’Histoire qu’il voudrait connaître au-delà de lui-même) guérissent de la tentation de tout savoir comme de la mauvaise foi. » (Raphaël Enthoven, dans Le Figaro magazine, 8 février 2019)

Notes et références


  1. Cf. cet extrait de l'Introduction à la philosophie politique publié sur catallaxia où il dénonce le millénarisme marxiste

Publications

Pour une liste détaillée des œuvres de Raymond Aron, voir Raymond Aron (bibliographie)

Littérature secondaire

  • 1966, Roy Pierce, "Raymond Aron: The Sociology of Politics", In: Roy Pierce, "Contemporary French Political Thought", Oxford Univ. Press., pp216-249
  • 1971,
    • Jean-Claude Casanova, Edward Schills, Manes Sperber, dir., "Science et conscience de la société: Mélanges en l'honneur de Raymond Aron", 2 vols, Paris: Calmann-Levy
    • Gaston Fessard, "Raymond Aron, philosophe de l'histoire et la politique", In: Jean-Claude Casanova, Edward Schills, Manes Sperber, dir., "Science et conscience de la société: Mélanges en l'honneur de Raymond Aron", Paris: Calmann-Levy
    • Bertrand de Jouvenel, "Raymond Aron et l’autonomie de l’ordre politique", In: Jean-Claude Casanova, Edward Schills, Manes Sperber, dir., "Science et conscience de la société: Mélanges en l'honneur de Raymond Aron", Paris: Calmann-Levy, pp233-247
    • Kenneth W. Thompson, "Raymond Aron and the Study of International Relations", In: Jean-Claude Casanova, Edward Schills, Manes Sperber, dir., "Science et conscience de la société: Mélanges en l'honneur de Raymond Aron", Paris: Calmann-Levy, pp387-404
  • 1976,
    • Julien Freund, "Guerre et politique. De Karl von Clausewitz à Raymond Aron", Revue française de sociologie, Vol XVII, n°4, pp643-651
    • Ghita lonescu, "Raymond Aron: a modern classicist", In: Anthony de Crespigny, Kenneth Minogue, dir., "Contemporary Political Philosophers", London: Methuen
  • 1978, Miriam Bernheim Conant, dir., "Politics and History: Selected Essays by Raymond Aron", New York: Free Press
  • 1979, Miriam Bernheim Conant, "Aron, Raymond", In: David L. Sills, dir., "International Encyclopedia of the Social Sciences: Bilgraphical Supplement", Vol 18, New York: Free Press, pp25-29
  • 1983, Stanley Hoffmann, "Raymond Aron et la théorie des relations internationales", Politique étrangère, n°4, pp841-857
  • 1984,
    • Franciszek Draus, "Raymond Aron et la politique", Revue française de science politique, vol 34, n°6, pp1198-1210
    • Óscar Godoy A., "Orden anárquico y proyecto liberal de sociedad global en el pensamiento de Raymond Aron" (Ordre anarchique et projet libéral de la société globale dans la pensée de Raymond Aron), Estudios Públicos, n°16
    • Marcel Merle, "Le dernier message de Raymond Aron : système interétatique ou société internationale ?", Revue française de science politique, vol 34, n°6, pp1181-1197
    • Melvin Richter, "Raymond Aron as a Political Theorist", Political Theory, vol 12, n°2, pp147-151
  • 1986,
    • Robert Colquhoun, "Raymond Aron: the Philosopher in History, 1905–1955", London: Sage
    • Robert Colquhoun, "Raymond Aron: the Sociologist in Society, 1955–1983", London: Sage
    • Emmanuel Terray, "Violence et calcul : Raymond Aron lecteur de Clausewitz", Revue française de science politique, vol 36, n°2, pp248-267
  • 1989,
    • Stuart L. Campbell, "Raymond Aron: The Making of a Cold Warrior", The Historian, vol LI, n°4, pp551-573
    • Philippe Raynaud, "Raymond Aron et le droit international", Cahiers de philosophie politique et juridique, Université de Caen, n°15, pp115-127
  • 1991,
    • Georges-Henri Soutou, "Raymond Aron et la guerre froide", Les Cahiers de Saint-Martin, n°3, pp127-136
    • Michel Winock, "Au temps de la guerre froide : Raymond Aron et le schisme idéologique", Commentaire, vol 14, n°56, pp741-748
  • 1995, Stephen Launay, "La pensée politique de Raymond Aron", Paris: Presses universitaires de France
  • 1996, Bryan-Paul Frost, "Raymond Aron’s Peace and War, Thirty Years Later", International Journal, Vol 51, Spring, pp339–361
  • 1997, Bryan-Paul Frost, "Resurrecting a Neglected Theorist: The Philosophical Foundations of Raymond Aron’s Theory of International Relations", Review of International Studies, Vol 23, Spring, pp143–166
  • 1998,
    • Daniel Mahoney, "Le libéralisme de Raymond Aron", Paris: Éditions de Fallois
    • Piet Tommissen, "Raymond Aron e Carl Schmitt", Studi perugini, vol 6, pp171-187
  • 2002,
    • Alessandro Campi, "Raymond Aron et la tradition du réalisme politique"In; Colloque, dir., "Raymond Aron et la liberté politique", Paris: Éditions de Fallois, pp235-248
    • Daniel Mahoney, "Dépasser le nihilisme. Raymond Aron et la morale de la sagesse", In: Colloque, dir., "Raymond Aron et la liberté politique", Paris! Éditions de Fallois, pp133-147
    • Philippe Raynaud, "Raymond Aron et le jugement politique. Entre Aristote et Kant", In: Ch. Bachelier, É. Dutartre, dir., "Raymond Aron et la liberté politique", Paris, Éditions de Fallois
  • 2003, Émile Perreau-Saussine, "Raymond Aron et Carl Schmitt lecteurs de Clausewitz", Commentaire, vol 26, n°103, pp617-622
  • 2004, Muriel Cozette, "Realistic Realism ? American Political Realism, Clausewitz and Raymond Aron on the Problem of Means and Ends in International Politics", The Journal of Strategic Studies, vol 27, n°3, septembre, pp428-453
  • 2006,
    • Bryan-Paul Frost, "Better Late Than Never: Raymond Aron’s Theory of International Relations and Its Prospects in the 21st Century", Politics and Policy; Vol 34, September, pp506–531
    • Bryan-Paul Frost, "Raymond Aron on the End of the History of International Relations", Perspectives on Political Science, Vol 35, Spring, pp75–82
    • S. Paugam, dir., "R. Aron, Les sociétés modernes", Paris, Presses universitaires de France
  • 2007,
    • Bryan-Paul Frost, Daniel Mahoney, dir., "Political Reason in the Age of Ideology: Essays in Honor of Raymond Aron", New Brunswick, NJ: Transaction Publisher
    • Pierre Hassner, "Raymond Aron: Too Realistic to Be A Realist ?", Constellations, vol 14, n°4
    • Stephen Launay, "Raymond Aron: From the Philosophy of History to the Theory of International Relations", In: D. Mahoney, B. J. Frost, dir., "Political Reason in the Age of Ideology: Essays in Honor of Raymond Aron on the 100th Anniversary of His Birth", New Brunswick / Londres, Transaction Publishers, pp195-210
    • Pierre Manent, "Aron éducateur", In: Pierre Manent, "Enquête sur la démocratie. Études de philosophie politique", Paris, Gallimard, pp217-248
  • 2008, Pierre Hassner, "Raymond Aron et la philosophie des relations internationales", In: S. Audier, B. Olivier, P. Simon-Nahum, dir., "Raymond Aron philosophe dans l’histoire", Paris, Éditions de Fallois, pp63-69
  • 2009, Marco Cesa, "Realist Visions of The End of The Cold War: Morgenthau, Aron and Waltz", Bristish Journal of Politics and International Relations, vol 11, pp177-191
  • 2011,
    • Matthias Oppermann, "Im Kampf gegen die modernen Tyranneien. Ein Raymond-Aron-Brevier" ("Dans la lutte contre les tyrannies modernes. Raymond Aron : Un bréviaire"), Nzz Libro; ISBN 3038237140
    • Jean-Jacques Roche, "Raymond Aron, un demi-siècle après Paix et guerre entre les nations (1re partie)", Revue de défense nationale, n°736, pp7-18
    • Jean-Jacques Roche, "Raymond Aron, un demi-siècle après Paix et guerre entre les nations (2e partie)", Revue de défense nationale, n°737, pp11-22
  • 2013,
    • Bryan-Paul Frost, "Realism Meets Historical Sociology: Raymond Aron’s Peace and War", In: H. Bliddal, C. Sylvest, P. Wilson, dir., "Classics of International Relations", London: Routledge
    • Bryan-Paul Frost, "Raymond’s Aron’s Pedagogical Constitution, and the Pursuit of Liberal Education", In: John von Heyking, Lee Trepanier, dir., "Teaching in an Age of Ideology: Studies in Thinking in Action", Lexington Press
  • 2014, Scott B. Nelson, “Scientist or Seer? Raymond Aron’s Critique of Vulgar Marxism in Introduction à la philosophie de l’histoire", Kairos Revista de Filosofia & Ciência, Vol 9, April, pp29-44
  • 2017,
    • José Colen, Élisabeth Dutartre-Michaut, dir., "La pensée de Raymond Aron : Essais et interprétations", Paris/Vienna: Presses Universitaires à Vienne
    • José Colen, Scott B. Nelson, “Art de gouverner et éthique. Aron, Max Weber et la vocation du politique", In: José Colen and Elisabeth Dutartre-Michaut, dir., "La pensée de Raymond Aron. Essais et interpretations", Paris/Vienna: Presses Universitaires à Vienne
  • 2019, Scott B. Nelson, "Tragedy and History: The German Influence on Raymond Aron’s Political Thought", Peter Lang Publishing

Liens externes

https://www.wikiberal.org/wiki/Raymond_Aron

Raymond Aron (bibliographie)

Cet article présente la liste des œuvres de Raymond Aron, de façon aussi exhaustive que possible. Pour une présentation de l'auteur et de sa pensée, voir l'article dédié

De 1934 à 1949

  • 1934, "De l’objection de conscience", Revue de métaphysique et de morale, vol XLI, pp133-145
  • 1935, "La sociologie allemande contemporaine"
    • 3ème édition en 1966, "La sociologie allemande contemporaine", Paris: Presses Universitaires de France
    • Traduction en anglais en 1957, "German Sociology", Free Press and Heinemann
  • 1938,
    • a. Introduction à la philosophie de l'histoire. Essai sur les limites de l'objectivité historique
      • Traduction en anglais en 1961, "Introduction to the Philosophy of History: An Essay on the Limits of Historical Objectivity", Boston: Beacon ; London: Weidenfeld & Nicolson
    • b. "La philosophie critique de l'histoire. Essai sur une théorie de l'histoire dans l'Allemagne contemporaine", Paris: Editions du Seuil
  • 1945,
    • De l'armistice à l'insurrection nationale
    • L'âge des empires et l'avenir de la France
  • 1946, "L'homme contre les tyrans", Paris: Gallimard
    • Repris en 2005, In: "Penser la liberté, penser la démocratie", Paris: Gallimard, « Quarto »
  • 1948,
    • a. "Le grand schisme", Paris: Gallimard
    • b. "Introduction à la philosophie de l’histoire", Paris: Gallimard

De 1950 à 1959

  • 1951, "Les guerres en chaîne ",
    • Traduit en anglais en 1954, "The Century of Total War", Garden City, N.Y.: Doubleday
      • Edition paperback en 1968, Beacon
  • 1952, Introduction à la philosophie politique
    • Traduction en anglais en 1961, "Introduction to the Philosophy of History: an Essay on the Limits of Historical Objectivity", London: Weidenfeld & Nicolson
  • 1957,
    • a. "La tragédie algérienne", Paris: Plon
    • b. "Espoir et peur du siècle. Essais non partisans", Paris: Calmann-Levy
      • Extrait, "De la guerre", traduit en anglais en 1968, "On War", Norton
  • 1958, L'Algérie et la République
  • 1959
    • a. "La société industrielle et la guerre", Paris: Plon
    • b. "Immuable et changeante. De la IVe à la Ve République"
      • Traduit en anglais en 1960, "France, Steadfast and Changing: The Fourth to the Fifth Republic", Cambridge, Mass.: Harvard Univ. Press

De 1960 à 1969

  • 1960,
    • a. "Idées politiques et vision historique de Tocqueville", Revue française de science politique, Vol 10, septembre, pp509–526
    • b. "Science et conscience de la société", European Journal of Sociology / Archives Européennes de Sociologie / Europäisches Archiv für Soziologie, Vol 1, n°1, pp1-30
  • 1961,
    • a. "Dimensions de la conscience historique", Paris: Plon
    • b. "La définition libérale de la liberté", Archives Européennes de Sociologie (Archiv europäischer Sociologen), Vol 2, n°2, pp199–218 (L'auteur critique la position de Friedrich Hayek)
  • 1962,
    • a. "Paix et guerre entre les nations"
      • Nouvelle édition en 2004, "Paix et guerre entre les nations", Paris: Calmann-Lévy
      • Traduit en anglais en 1966, "Peace and War: A Theory of International Relations", London: Weidenfeld & Nicolson; Garden City, N.Y.: Doubleday
        • Edition d'une version abrégée en 1973, Anchor Books
    • b. "18 leçons sur le société industrielle"
      • Traduit en anglais en 1967, "18 Lectures on Industrial Society", London: Weidenfeld & Nicolson
  • 1963, "Le grand débat : Introduction à la stratégie atomique", Paris: Calmann-Lévy
    • Traduction en anglais en 1965, "The Great Debate: Theories of Nuclear Strategy", Garden City, N.Y.: Doubleday
  • 1964, "La Lutte des classes. Nouvelles leçons sur les sociétés industrielles", Paris: Gallimard
  • 1965,
    • a. Essai sur les libertés, Acheter en ligne, Paris: Calmann-Lévy
      • Traduction en anglais en 1970, "An Essay on Freedom", New York: World Books
    • b. "Démocratie et totalitarisme", Acheter en ligne
      • Traduction en anglais en 1968, "Democracy and Totalitarianism", London: Weidenfeld & Nicolson
        • Nouvelle édition en 1969, "Democracy and Totalitarianism", New York: Praeger
    • c. "Trois essais sur l'âge industriel"
      • Traduit en anglais en 1967, "The Industrial Society: Three Essays on Ideology and Development", New York: Praeger
  • 1967, "Les Étapes de la pensée sociologique", Paris, Gallimard
    • Traduit en anglais en 1968, "Main Currents in Sociological Thought", London: Penguin
      • Nouvelle édition en 1970, "Main Currents in Sociological Thought", Garden City, N.Y.: Anchor Books
      • Nouvelle édition en 2019, "Main Currents in Sociological Thought", Volume One, London and New York: Routledge
    • Traduction en italien en 1976, "Le tappe del pensiero sociologico. Montesquieu, Comte, Marx, Tocqueville, Durkheim, Pareto, Weber", Mondadori, Milano
  • 1968,
    • a. "De Gaulle"
      • Traduit en anglais en 1969, "De Gaulle, Israel, and the Jews", New York: Praeger; London: Deutsch
    • b. "La Révolution introuvable: Réflexions sur la Revolution de mai"
      • Traduit en anglais en 1969, "The Elusive Revolution: Anatomy of a Student Revolt", London: Pall Mall Press; New York: Praeger
  • 1969,
    • a. "Les Désillusions du progrès", Paris: Calmann-Lévy, Acheter en ligne
      • Traduit en anglais en 1969, "Progress and Disillusion: The Dialectics of Modern Society", New York: Praeger
    • b. "D'une Sainte Famille à l'autre: Essai sur les marxismes imaginaires", Paris: Gallimard
      • Nouvelle édition en 1970, "Marxismes imaginaires. D'une Sainte famille à une autre", ISBN 2070404919, Acheter en ligne (articles et conférences sur les marxismes de Sartre, Merleau-Ponty et Althusser, 1946 à 1968.)

De 1970 à 1979

  • 1970, "Avez-vous lu Veblen ?", In: "Thorstein Veblen. Théorie de la classe de loisir", Paris: Gallimard, ppvii-xli
  • 1971,
    • a. De la condition historique du sociologue, Paris
    • b. "Machiavel et Marx", Contrepoint, N°4, pp9-23
  • 1972, "Etudes politiques", Paris Gallimard
  • 1973,
    • a. "Histoire et dialectique de la violence", Paris, Gallimard
      • Traduction en anglais en 1975, "History and the Dialectic of Violence: An Analysis of Sartre's Critique de la raison dialectique", Oxford: Blackwell; New York; Harper
    • b. "La république impériale"
      • Traduction en anglais en 1974, "The Imperial Republic: The United States and the World, 1945-1973", Englewood Cliffs, N.J.: Prentice-Hall
  • 1976, "Penser la guerre, Clausewitz", 2 vols. Paris: Gallimard (Volume 1: L'Age européen. Volume 2: L'Age planétaire)
  • 1977, "Plaidoyer pour l'Europe décadente", Paris, Laffont
    • Traduction en anglais en 1979, "In Defense of Decadent Europe", South Bend IN: Regnery/Gateway
  • 1978, "Les Elections de Mars et la Ve République", Paris: Julliard

De 1980 à 2019

  • 1981, "Le spectateur engagé"
    • Nouvelle édition en 2004, Paris: Éditions de Fallois
  • 1984, Les dernières années du siècle, Paris, Julliard
  • 2002, Le Marxisme de Marx, ISBN 2253108006
  • 2006,
    • "Une sociologie des relations internationales", In: S. Paugam, dir., "R. Aron, Les sociétés modernes", Paris, Presses universitaires de France, pp1049-1066 (texte écrit en 1963)
    • "Qu’est-ce qu’une théorie des relations internationales ?", In: S. Paugam, dir., "R. Aron, Les sociétés modernes", Paris, Presses universitaires de France, pp853-875 (texte écrit en 1967)
    • "Les tensions et les guerres du point de vue de la sociologie historique", In: S. Paugam, dir., "R. Aron, Les sociétés modernes", Paris, Presses universitaires de France, pp877-903 (texte écrit en 1967)

 

 

 

 

 

 

juillet 05, 2026

« Que représente le 4 juillet pour l'esclave ? » Que représente le 250e « 4 juillet » pour les Noirs américains ?

Que représente le 250e « 4 juillet » pour les Noirs américains ?

Ces dernières années, sur les réseaux sociaux (peut-être depuis que *Juneteenth* a commencé à gagner en importance et à être reconnu comme fête nationale au-delà du Texas), je vois passer, à chaque 4 juillet, des articles et des publications mettant en avant le discours de Frederick Douglass intitulé « Que représente le 4 juillet pour l’esclave ? ». 

Ce discours fut marquant pour son époque — prononcé le 5 juillet 1852 à Rochester (État de New York) devant la *Rochester Ladies’ Anti-Slavery Society* (Société des femmes de Rochester contre l’esclavage) et un auditoire de 500 à 600 abolitionnistes — et constitue une contribution majeure à notre histoire nationale commune. Toutefois, la mouvance américaine des « guerriers de la justice sociale » (*social justice warriors*) s’en est servie pour attaquer l’indépendance et l’identité nationales américaines, ainsi que pour attiser les divisions. Tout comme avec l’hymne national noir. Tout comme avec *Juneteenth*, érigé en réponse au 4 juillet pour offrir une identité nationale noire distincte et séparée. 


 

Douglass a maintes fois souligné que ses critiques étaient motivées par le patriotisme plutôt que par la haine. Dès 1852, il expliquait :

« Je ne désespère pas de ce pays. » 

Il croyait que les principes fondateurs de la nation offraient la référence morale à l’aune de laquelle l’esclavage pouvait — et devait — être jugé et aboli. 

 Douglass faisait la distinction entre les idéaux de l’Amérique et ses échecs. S’il condamnait avec véhémence l’esclavage et l’injustice, il louait constamment les principes de liberté et d’égalité énoncés dans la Déclaration d’indépendance américaine et, plus tard, dans la Constitution telle qu’il en était venu à l’interpréter. 

Douglass admirait et respectait le génie et le courage des Pères fondateurs, qui avaient tout mis en jeu. Douze d’entre eux virent leur maison incendiée. Dix-sept perdirent tout. L’un vit les Britanniques jeter son épouse en prison. Un autre refusa un marché qui aurait permis de libérer ses fils capturés. Pas un seul des cinquante-six hommes ayant signé la Déclaration d’indépendance ne fit défection.

 

« Concitoyens, je ne manque pas de respect pour les pères de cette république. Les signataires de la Déclaration d’indépendance étaient des hommes courageux. C’étaient aussi de grands hommes, assez grands pour donner forme à une époque grandiose. Il arrive rarement à une nation de voir surgir, à une même période, un tel nombre d’hommes véritablement grands. Le point de vue depuis lequel je suis contraint de les considérer n’est certes pas le plus favorable ; et pourtant, je ne peux contempler leurs hauts faits sans éprouver de l’admiration. C’étaient des hommes d’État, des patriotes et des héros ; et pour le bien qu’ils ont accompli ainsi que pour les principes qu’ils ont défendus, je m’associe à vous pour honorer leur mémoire. » 

 Et encore : « J’ai dit que la Déclaration d’indépendance était le maillon clé de la chaîne du destin de votre nation ; c’est bien ainsi que je la considère. Les principes contenus dans ce texte sont des principes salvateurs. Défendez ces principes, soyez-leur fidèles en toutes circonstances, en tous lieux, face à tous les adversaires et quel qu’en soit le prix. » 

Dans son brillant discours intitulé « Que représente le 4 juillet pour l’esclave ? », Frederick Douglass soulignait à juste titre cette hypocrisie. Toutefois, il ne prônait pas la ségrégation des Noirs américains vis-à-vis de la société américaine ; il reprochait plutôt à cette société de ne pas leur faire une place à la table commune. 

Douglass a souvent critiqué la politique américaine ainsi que l’existence de cette « institution particulière » qu’était l’esclavage. Il croyait toutefois que les principes de la Déclaration d’indépendance — et son affirmation sans équivoque selon laquelle tous les hommes sont « créés égaux » — finiraient par mener à l’abolition de l’esclavage (ce qui fut effectivement le cas). Il souhaitait que les droits et les avantages du rêve américain soient accessibles à tous les Américains. Il comprenait que le système se corrigerait de lui-même en adoptant les principes fondateurs du pays, et non en les rejetant. 

 Il encouragea les Noirs américains à s’engager et à combattre pour l’Union sous le drapeau américain. Il joua un rôle clé dans le recrutement et convainquit de nombreux anciens esclaves de servir dans l’armée et de voir en les États-Unis le vecteur — et non l’obstacle — de la liberté. « 

Les Pères fondateurs reconnaissaient ouvertement que l’esclavage était incompatible avec les principes américains. Ils fondèrent la première société abolitionniste au monde en 1775 ; Benjamin Franklin en était membre. Durant la guerre d’Indépendance, Thomas Jefferson déclara que "rien n’est plus certainement inscrit dans le livre du destin que le fait que ce peuple doit être libre". Quant à John Adams, en lisant les propos abolitionnistes de Jefferson, il affirma qu’ils "valaient des diamants". » 

 Douglass qualifiait la Déclaration de « cheville maîtresse de la chaîne du destin de votre nation ».

Quant à la Constitution, il la qualifiait de « glorieux document de liberté ». Elle ne contenait même pas le mot « esclavage » — à l'insistance de James Madison, qui estimait qu'il serait « mal d'admettre dans la Constitution l'idée que l'homme puisse être une propriété ». Loin de pérenniser cette pratique, elle n'offrait aucune protection explicite à l'esclavage ; des abolitionnistes comme Frederick Douglass soutenaient avec conviction que la Constitution, correctement interprétée, conférait en réalité aux autorités fédérales le pouvoir d'abolir l'esclavage, pour peu qu'elles en aient la volonté. Douglass estima avoir eu raison lorsque, en 1861, les Sudistes ne purent protéger l'esclavage qu'en tournant le dos à la Constitution et en proclamant leur indépendance. america/patriotism-unity/celebrate-liberty-for-all-on-juneteenth-and-reject-race-based-separatism 

Les Noirs font partie intégrante de cette nation. Ils sont partie prenante de son passé, de son présent et de son avenir. 

« Nous vivons ici — nous y avons vécu — nous avons le droit d'y vivre, et nous avons l'intention d'y vivre. » 

 Il a rejeté l'offre de l'American Colonization Society visant à envoyer des Noirs en Afrique pour y fonder leur propre pays, le Liberia. 

 ChatGPT : 

Pourquoi Lincoln a-t-il soutenu l'envoi d'Américains noirs au Liberia ? 

 Avant la guerre de Sécession et durant ses premières années, Lincoln a soutenu diverses formes de « colonisation » — l'idée selon laquelle des Américains noirs autrefois réduits en esclavage pourraient s'installer volontairement hors des États-Unis, souvent au Liberia ou dans d'autres colonies envisagées. 

 Plusieurs raisons ont influencé cette position : 

 La conviction que les préjugés raciaux seraient difficiles à surmonter Lincoln doutait que les Américains blancs acceptent facilement l'égalité raciale. Il craignait que, même après l'émancipation, les Américains noirs ne soient confrontés à une discrimination et à une violence sévères. Une idée largement répandue parmi de nombreux Américains blancs L'idée de colonisation n'était pas propre à Lincoln. Elle était promue depuis des décennies par l'American Colonization Society. Parmi ses partisans figuraient certains propriétaires d'esclaves, des Blancs opposés à l'esclavage et d'autres personnes estimant que les races ne pouvaient coexister pacifiquement. Des considérations politiques Lincoln voyait parfois la colonisation comme un moyen de rendre l'émancipation plus acceptable aux yeux des électeurs blancs sceptiques et des propriétaires d'esclaves des États frontaliers. 

Il est important de noter que les opinions de Lincoln ont évolué avec le temps. Vers la fin de la guerre de Sécession, il s'est davantage concentré sur l'émancipation, le service militaire des Noirs et l'octroi d'un droit de vote limité aux Noirs. Les historiens s'accordent généralement à dire que la colonisation a perdu de son importance dans sa réflexion après 1863 et qu'aucun projet de réinstallation à grande échelle n'a vu le jour. 

Frederick Douglass s'opposait-il à la colonisation ? 

 Oui. Douglass s'y opposait fermement. 

Douglass soutenait que les Américains noirs étaient Américains de naissance et de droit. Il rejetait l'idée qu'ils dussent quitter le pays en raison du racisme. 

Ses objections comprenaient notamment :

L'Amérique était leur patrie. De nombreux Noirs américains vivaient aux États-Unis depuis des générations et n'entretenaient aucun lien avec l'Afrique, si ce n'est par le biais d'ancêtres lointains. Le projet de colonisation (le retour vers l'Afrique) faisait porter la responsabilité aux victimes plutôt qu'au racisme. 

Douglass soutenait que le problème ne résidait pas dans la présence des Noirs, mais dans les préjugés et l'injustice de la société blanche. Les Noirs américains avaient contribué à bâtir la nation. 

Par leur travail — en grande partie forcé sous le régime de l'esclavage — ils avaient acquis le droit à une citoyenneté pleine et entière ainsi qu'à l'égalité des droits. 

Douglass critiquait les projets de colonisation, les jugeant injustes et irréalisables ; il exhortait la nation à rechercher l'égalité plutôt que la séparation. 

« Douglass ne mâchait pas ses mots pour dénoncer l'esclavage comme une contradiction majeure de la vie américaine, mais il comprenait que les maux du système seraient corrigés en embrassant les origines du pays plutôt qu'en les rejetant. Il encouragea les Noirs américains à s'engager et à combattre pour l'Union sous le drapeau américain durant la guerre de Sécession, joua un rôle crucial dans le recrutement et convainquit de nombreux anciens esclaves de servir dans l'armée et de voir en les États-Unis le vecteur — et non l'obstacle — de la liberté. 


Unlike the NFL’s Colin Kaepernick, Frederick Douglass Loved ‘The Star-Spangled Banner’

National Football League player Colin Kaepernick created a stir on Friday when he refused to stand for the national anthem at the start of a preseason game. The San Francisco 49ers quarterback cited the prevalence of racism and oppression in America as the primary reasons he sat during the playing of the song. The Bay … Continue reading

 

 On sait que Douglass jouait fréquemment *The Star-Spangled Banner* au violon pour ses petits-enfants dans les années qui suivirent la guerre. Lors d'un discours prononcé en 1871 au cimetière national d'Arlington, il déclara : "Si la bannière étoilée flotte uniquement au-dessus de citoyens américains libres aux quatre coins du pays, et si notre pays a devant lui une longue et glorieuse carrière placée sous le signe de la justice, de la liberté et de la civilisation, nous le devons au dévouement désintéressé de cette noble armée." »

Douglass soutenait que les États-Unis manquaient à leurs principes idéalistes en raison de l'esclavage et de la discrimination raciale. 

« Que représente le 4 juillet pour l'esclave ? » est un plaidoyer pro-américain ; il ne s'agit pas d'un rejet de l'Amérique. Douglass condamnait l'esclavage et reprochait à la nation de célébrer la liberté alors que des millions de personnes étaient encore réduites en esclavage. Parallèlement, il louait les idéaux de la Déclaration. Il qualifiait les principes de ce texte de « principes salvateurs » et estimait qu'ils offraient une référence morale permettant aux Américains de juger leur pays et de le réformer. La position de Douglass différait de celle de certains abolitionnistes, comme William Lloyd Garrison, qui soutenaient parfois que la Constitution était fondamentalement favorable à l'esclavage. Douglass finit par considérer que la Constitution et la Déclaration pouvaient toutes deux être interprétées comme des textes anti-esclavagistes, dès lors qu'on les lisait à la lumière de leurs principes fondamentaux de liberté et d'égalité. 

 Douglass ne rejetait donc pas la Déclaration ; il exhortait les Américains à prendre ses termes au sérieux et à étendre ses promesses aux Noirs américains. Il voyait dans la Déclaration un argument puissant contre l'esclavage, et non un simple document historique. 

 Chaque individu possède des droits naturels sur son corps, son travail et sa liberté, droits qu'aucun gouvernement, aucune majorité et aucune tradition ne peut légitimement révoquer. 

Une fois ce principe clairement énoncé, l'esclavage devenait logiquement indéfendable. Michael Medved : 

 « Lorsque des critiques qualifient les Pères fondateurs de la nation de racistes irrécupérables, ils négligent la "bombe à retardement" contre l'esclavage que recelait la Constitution. 

 Tout en dénigrant les concessions faites à l'esclavage dans ce document, ces détracteurs oublient également le coup de massue porté à cette institution odieuse quelques semaines seulement avant la réunion décisive de Philadelphie visant à instaurer un nouveau gouvernement. 

Loin de considérer l'esclavage comme un élément essentiel et pérenne de la République qu'ils concevaient, les dirigeants de la génération fondatrice partageaient l'espoir exprimé par Lincoln 71 ans plus tard : que "les adversaires de l'esclavage en stoppent la propagation et le placent dans une situation telle que l'opinion publique soit convaincue qu'il est voué à une disparition inéluctable". » 

https://www.usatoday.com/story/opinion/2021/05/15/constitution-founders-path-end-slavery/5061098001/ 

Après la guerre de Sécession, Douglass a célébré le 4 juillet : celebrated the Fourth of July

Douglass souhaitait effectivement que le 4 juillet soit célébré ; il voyait dans les Pères fondateurs des figures à honorer dans la mémoire nationale, déclarant : « Je ne peux contempler leurs grandes actions sans éprouver de l'admiration. C'étaient des hommes d'État, des patriotes et des héros ; pour le bien qu'ils ont accompli et les principes qu'ils ont défendus, je m'associe à vous pour honorer leur mémoire. » 

Mais, poursuivait Douglass, « vos pères, qui n'avaient pas adopté l'idée alors en vogue de l'infaillibilité du gouvernement et du caractère absolu de ses actes... sont allés jusqu'à qualifier les mesures gouvernementales d'injustes, de déraisonnables et d'oppressives, estimant qu'il ne fallait pas s'y soumettre passivement. » Douglass relevait la complaisance qui s'était emparée du pays à peine 76 ans après la Déclaration d'indépendance. Il fustigeait les politiciens de l'époque, tout en soulignant que la responsabilité ultime incombait aux citoyens, et non au gouvernement. 

Une fois l'esclavage aboli par le treizième amendement de la Constitution des États-Unis, Douglass a commencé à voir dans le jour de l'Indépendance une célébration du progrès, tout en exhortant la nation à concrétiser ses idéaux fondateurs. S'il ne croyait pas que les États-Unis étaient devenus parfaits, il estimait que le pays avait accompli un pas immense vers le respect des principes énoncés dans la Déclaration d'indépendance américaine.  

Dans son discours de 1869 intitulé « Notre nationalité composite », Douglass a exprimé son optimisme quant aux États-Unis :

« Il n’est pas de pays mieux qualifié, par sa richesse, son esprit d’entreprise, son génie et ses institutions, pour résoudre le problème de la civilisation que les États-Unis. » 

 Il imaginait l’Amérique devenir une nation modèle en accueillant des personnes de toutes origines. 

Si Frederick Douglass était encore en vie aujourd’hui, il reconnaîtrait sans doute l’importance de Juneteenth pour certains et le considérerait à sa juste valeur ; toutefois, il n’en ferait ni une fête alternative ni un substitut au 4 juillet. 

Il s’est trop battu pour cela. Il célébrerait les réalisations et les progrès accomplis par les États-Unis au cours de leurs 250 années d’histoire. Il y a de quoi être fier. 

Joyeux 250e anniversaire à tous les Américains.

En complément du post UL: 

250e anniversaire de l'Amérique, génération Z socialiste, jadis une révolution libertarienne !


A former fetus, the “wordsmith from nantucket” was born in Phoenix, Arizona in 1968. Adopted at birth, wordsmith grew up a military brat. He achieved his B.A. in English from the University of California, Los Angeles (graduating in the top 97% of his class), where he also competed rings for the UCLA mens gymnastics team. The events of 9/11 woke him from his political slumber and malaise. Currently a personal trainer and gymnastics coach.

The wordsmith has never been to Nantucket.

 Publié dans : Exceptionnalisme américain, Antiaméricanisme, Constitution, Culture, Éducation, Liberté, Histoire, Jours fériés, Indépendance, Ce jour-là, Race, Esclavage, Réseaux sociaux, Ce jour dans l'histoire

https://floppingaces.net/2026/07/04/what-to-the-black-american-is-the-250th-fourth-of-july/

 

 

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