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août 20, 2026

Une France déjà "foutue", la voilà piratée en son sein, l'État !

Sommaire:

A) - « Un scandale » : les vols de données à Bercy inquiètent les entreprises à l’approche de la facturation électronique

B) -  Bercy : comment se faire pirater deux fois en un mois

C) - « Il y a urgence » : Sébastien Lecornu souhaite la création d’une nouvelle unité cyber pour lutter plus efficacement contre les attaques informatiques

D) - Divers secteurs piratés en image 

E) - Berlin envisage l’attaque préventive : La guerre invisible pénètre dans les usines russes

 


A) - « Un scandale » : les vols de données à Bercy inquiètent les entreprises à l’approche de la facturation électronique

Les récents vols de données au sein de la DGFIP inquiètent syndicat et entreprises à quelques jours de la mise en place de la facturation électronique.

Le timing pouvait difficilement moins bien tomber pour le fisc. A quelques jours de la révolution de la facturation électronique, la direction générale des finances publiques (DGFIP) a confirmé mardi 18 août au moins trois intrusions malveillantes sur ses serveurs depuis le mois de juin dernier.

Au total, 678 000 personnes, dont 250 000 entreprises, sont concernées par ces attaques. Elles seront informées par mail à partir de la semaine prochaine. L’ampleur de ces intrusions reste toutefois à relativiser, selon l’administration fiscale. « Pour les professionnels, les données auxquelles l’attaquant a accédé étaient des données publiques ou quasi publiques », a souligné Amélie Verdier, à la tête de la DGFiP. « Il y a eu potentiellement des données fiscales pour certains messages qui auraient été divulguées, et ce point est en cours de vérification. » Suffisant pour rassurer les entreprises à l’approche de la facturation électronique dont le déploiement est prévu le 1er septembre ?

« Aucun lien avec la facturation électronique », selon Bercy

A compter de cette date, toutes les entreprises, associations ou autoentrepreneurs doivent être en mesure de recevoir une facture électronique via l’une des 137 plateformes agréées par la DGFIP et d’effectuer un e-reporting à l’administration fiscale. Des données potentiellement sensibles pour les entreprises — numéro SIREN, numéro de facture, montants, nature des opérations — transiteront alors par ces plateformes.

« Nous nous en sommes assurés dès le 14 août (après la découverte du vol de données), ce vol n’a aucun lien, aucun, avec la réforme de la facturation électronique », a assuré par ailleurs Amélie Verdier. Pour autant, des doutes demeurent. « C’est pour moi un scandale. Je n’ai aucune confiance dans les structures de l’Etat, peste Jean-Marc Barki PDG de la PME industrielle Stikoïa et conseiller municipal LR du 15e arrondissement de Paris. Je suis inquiet concernant la facturation électronique car je me demande comment je peux avoir confiance dans une administration qui reconnaît autant de fuites », s’interroge-t-il.

La DGFIP désormais pointée du doigt

Cédric Dumas, à la tête d’une TPE de trois salariés spécialisée dans les équipements industriels souhaite de son côté avoir des réponses concrètes. « Je me demande ce que la DGFIP va mettre en place pour ne pas que ça se reproduise. Dans nos entreprises, nous nous protégeons au maximum et j’ai aujourd’hui davantage confiance en notre solution de cybersécurité qu’en celle de l’Etat », tranche-t-il.

En matière de cybersécurité, Amélie Verdier a assuré que le risque zéro n’existe pas. Pour autant, la directrice du fisc a rappelé que, pour être agréées dans le cadre de la réforme, les 137 plateformes « ont toutes fait l’objet d’un audit de sécurité » qui sera régulièrement renouvelé. « Il y a aussi un problème de concentrateur de données puisque l’administration fiscale va collecter toutes ces données, ce qui constitue une autre possibilité d’attaque », pointe Loïc Valverde, syndicaliste au sein de Solidaires Finances Publiques.

En effet, l’e-reporting en temps réel des factures électroniques auprès de la DGFIP inquiète depuis plusieurs mois le syndicat majoritaire du fisc. En février, des alertes ont été effectuées sur la cyberdéfense après les vols de données des serveurs de Bercy. « Lorsque nous avons posé la question de la sécurité informatique des données, la direction nous a répondu que tout était sous contrôle », affirme Loïc Valverde. En juin dernier, un courrier avait également été adressé à la direction de l’administration fiscale sur le sujet. Il est resté sans réponse concrète.

« Nous comprenons parfaitement les interrogations », mais « on est techniquement prêts pour cette réforme, on l’est depuis avant l’été », a assuré Amélie Verdier devant les journalistes. Enthousiastes ou non, les entreprises n’ont d’autre choix que de s’y plier. La réforme doit permettre à terme de faire rentrer quelque trois milliards d’euros de TVA supplémentaires chaque année dans les caisses de l’État.

https://www.challenges.fr/entreprise/un-scandale-les-vols-de-donnees-a-bercy-inquietent-les-entreprises-a-lapproche-de-la-facturation-electronique_645275 

Facturation électronique obligatoire : combien les entreprises vont-elles devoir payer ?

 


B) -  Bercy : comment se faire pirater deux fois en un mois

Aujourd’hui, revoyons nos conjugaisons et notamment le Futur Simple, avec par exemple le communiqué publié par Bercy le 13 août. On y lit ainsi que la Direction générale des Finances publiques « notifiera » l’incident à la CNIL, « déposera » plainte et « communiquera » de nouveaux éléments à mesure de l’avancée des investigations.

Voilà un bien beau triplet de futurs simples alignés dans la même phrase, pour un accès illégitime survenu fin juin !

Au fait, le RGPD, ce texte appliqué sans flexibilité dès qu’il s’agit du fichier client d’un garagiste de Vierzon, prévoit normalement une réaction en 72 heures. Le compteur pour Bercy est à 7 semaines et la Direction n’use encore que du futur : pas de doute, ils sont assez détendus de la fuite souveraine.

Notons que ce qui a déclenché cette soudaine bouffée de transparence n’est ni un scrupule, ni un audit mais ce message sur un forum, le 12 août, déposé par un individu opérant sous le pseudonyme de ZeroBytes, qui revendique l’extraction de 678 438 lignes de données fiscales et met la base en vente.

Bercy, vaguement gêné, confirme le lendemain, sans préciser du tout ni la nature des données, ni le nombre de personnes concernées. Les chiffres, ce sont les bénévoles du site FrenchBreaches qui les fournissent (392.867 particuliers, 285.570 professionnels) et que l’AFP reprend faute de mieux. L’administration fiscale, qui sait à l’euro près ce que vous avez déclaré en 2019, s’est révélée incapable de chiffrer sa propre fuite. Il a fallu attendre qu’un site amateur le fasse à sa place.

Puisqu’on parle conjugaisons, le communiqué comporte tout de même une affirmation au passé (plus-que-parfait ici) : l’accès, écrit Bercy, « avait été coupé fin juin dans le cadre du contrôle opéré ». Ah, ouf. 

Bon, n’empêche que le 14 août, le même ZeroBytes revendique une seconde intrusion, sur le Serveur Professionnel de Données Cadastrales de la DGFiP, datée du 29 juillet, soit un mois entier après cette fameuse coupure, et 2 semaines donc avant que le public n’apprenne quoi que ce soit. Il dit avoir contourné le mécanisme d’authentification multifacteur et extrait 252.149 lignes, correspondant à 2.041.778 personnes.

Ah zut, Bercy a fermé une porte en laissant la fenêtre ouverte et s’est contenté de vaguement serrer les fesses.

On pourrait se rassurer en notant que le pirate s’est arrêté à quelques centaines de milliers de lignes et n’a pas exfiltré l’intégralité de la base. Malheureusement, le pirate n’a pas été détecté, ni bloqué, ni arrêté mais s’est lassé : pour lui, l’extraction était trop lente, une récupération complète lui aurait demandé plusieurs mois et il a alors cessé de son propre chef.

Accessoirement, il estime que le service auquel il avait accès permet de retrouver les informations d’environ 20 millions de citoyens. En somme, en 2026, la seule protection réellement efficace du fichier fiscal français est sa latence.

Un décor déjà bien planté

On pourrait, à la rigueur, plaider l’imprévisible mais ça risque d’être compliqué : Solidaires Finances Publiques indique avoir interpellé la directrice générale dès juin (voire mai) sur les risques « à très court terme » de « piratage, d’usurpation d’identité ou d’hameçonnage ciblé ».

Bref, sans la revendication publique du pirate, les usagers auraient-ils été informés du vol de leurs données ?

Les mois passés offraient pourtant quelques indices.

En décembre 2025, le ministère de l’Intérieur se fait pénétrer par sa messagerie, avec consultation du traitement d’antécédents judiciaires et du fichier des personnes recherchées ; le ministre évoque « des imprudences », les identifiants circulant en clair dans des courriels.

En février, Bercy annonce un accès illégitime au FICOBA, le fichier national des comptes bancaires, après usurpation des identifiants d’un fonctionnaire : 1,2 million de comptes, avec RIB, identité, adresse et parfois identifiant fiscal.

En avril, l’ANTS expose 11,7 millions de comptes par une faille consistant à modifier un chiffre dans une requête.

En juin, c’est Tchap, la messagerie chiffrée de l’État, qui se fait visiter.

En août, Bloctel se fait siphonner trois millions de numéros via un compte professionnel dépourvu de double authentification, offrant aux démarcheurs la liste exacte des gens qui demandaient qu’on leur fiche la paix.

La DGFiP en est, pour la seule année 2026, à sa troisième violation.

Le calendrier ne lasse pas de surprendren : le 29 janvier 2026, la ministre déléguée au Numérique dévoile en grande pompe la Stratégie nationale de cybersécurité 2026-2030, plaçant la cybersécurité « au rang de priorité stratégique pour la souveraineté, la sécurité nationale et la protection de la démocratie ». L’encre de cette Stratégie nationale bidule-truc n’a même pas eu le temps de sécher puisque c’est « à compter de la fin janvier 2026 » que débute l’intrusion dans le FICOBA.

De la ligne de tableur au palier d’immeuble

Ces aventures numériques ont potentiellement des conséquences très graves dans le monde réel, et il n’est même pas nécessaire de spéculer : une agente des impôts de Bobigny a été mise en examen et écrouée pour avoir tripatouillé dans le logiciel fiscal Mira pour localiser un surveillant de la maison d’arrêt de la Santé, aboutissant, le 26 septembre 2024, à son agression à son domicile de Montreuil. L’instruction a révélé qu’elle avait également effectué des recherches sur un juge d’application des peines, sur des investisseurs en cryptomonnaie et sur Vincent Bolloré. Elle était rétribuée par Western Union et les exécutants avaient été recrutés pour 800 euros.

Bref, ce qu’une fonctionnaire vendait au détail circule désormais en gros sur un forum.

Les autorités recensaient déjà, à la mi-avril 2026, plus d’une quarantaine de séquestrations et d’enlèvements liés aux cryptomonnaies pour la seule année en cours, et le mois de juillet a vu 18 665 logements cambriolés, en hausse de 7,1 % sur un an.

Vive l’égalité : grâce aux dernières fuites, le sort jusqu’à présent réservé aux détenteurs de cryptomonnaies est étendu à tous les Français. Bercy transforme le prélèvement à source en prélèvement à l’open-source…

Et la sanction, donc ?

Ah ah ah.

Dans un cadre normal, rappelons que le 22 janvier 2026, la CNIL infligeait 5 millions d’euros d’amende à France Travail pour la fuite touchant 36,8 millions de personnes. En septembre 2025, Google écopait de 325 millions d’euros pour des traceurs de pub non sollicités.

Mais voilà, la DGFiP ne paiera rien car c’est juridiquement impossible : l’article 20 de la loi Informatique et Libertés réserve ces amendes administratives à tout le monde « à l’exception des cas où le traitement est mis en œuvre par l’État ». Quant au défaut de notification d’une violation de données, il est puni de 5 ans d’emprisonnement et de 300.000 euros d’amende, qui ne seront jamais appliqués.

Le contribuable, lui, notifiera, déclarera, et paiera. 


 


 

 


 C) - « Il y a urgence » : Sébastien Lecornu souhaite la création d’une nouvelle unité cyber pour lutter plus efficacement contre les attaques informatiques

Sous pression après une série de cyberattaques visant le site des impôts, le gouvernement veut passer à la vitesse supérieure. Sébastien Lecornu demande à l’Anssi de créer une unité capable d’intervenir en première ligne et de riposter plus rapidement. Un aveu implicite des lacunes de la France qui figure parmi les pays les plus visés d’Europe.

Trouver une porte de sortie le plus rapidement possible. Alors que le gouvernement est pointé du doigt depuis plusieurs jours pour son incapacité à faire face aux cyberattaques, le Premier ministre prend les choses en main. Sébastien Lecornu a demandé ce mercredi à l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi) de constituer une « nouvelle unité cyber » pour offrir une « réponse opérationnelle plus réactive » aux cyberattaques qui visent la France, comme le récent vol des données du Fisc.

« Il y a urgence à concevoir et conduire sans délai une réponse opérationnelle plus réactive et plus forte aux cyberattaques que l’Etat rencontre actuellement. Il faut reprendre l’initiative sur le terrain », écrit le Premier ministre dans un courrier adressé au secrétaire général de la Défense et de la Sécurité nationale, dont les services chapeautent l’Anssi. « Je vous demande de constituer une équipe de contact composée d’agents de l’Anssi et chargée d’intervenir en première ligne en cas de suspicion d’atteinte grave à l’intégrité du système d’information de l’Etat », appuie Sébastien Lecornu dans ce courrier dont l’AFP a obtenu copie.

Le chef du gouvernement demande également au secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale, Nicolas Roche, qu’une « proposition d’organisation et de règle d’engagement de cette nouvelle unité », qui vise à accélérer le travail d’investigation, lui soit présentée d’ici vendredi.

Le Premier ministre reconnaît et déplore qu’en termes de cybersécurité, « peu de ministères sont au niveau requis » en France. « Ce n’est pas acceptable », ajoute-t-il. « La cybersécurité n’est pas qu’une affaire de crédits. C’est aussi une discipline », a insisté M. Lecornu sur X, en appelant à la bonne « hygiène numérique de chacun ».


Lundi, le Premier ministre avait déjà demandé à cette agence, créée en 2009 et chargée de coordonner le champ de la défense et de la protection des systèmes d’information français, de réaliser un « audit approfondi » sur le vol de données ayant affecté la Direction générale des finances publiques (DGFiP). La DGFiP a confirmé le 14 août deux intrusions, survenues fin juin et fin juillet, ainsi que le vol de données concernant au moins 678 000 particuliers et professionnels et environ 200 000 comptes présents dans ses fichiers cadastraux. Parmi les informations fiscales des particuliers dérobées figurent les noms et prénoms, le revenu fiscal de référence, le quotient familial ou encore le taux de prélèvement à la source. ZeroBytes a également affirmé sur un forum avoir mis la main sur des données personnelles de plusieurs millions d’élèves français et des dizaines de milliers d’enseignants. Ils revendiquent avoir des numéros de téléphones, des adresses mails et des adresses de domicile notamment, remontant parfois jusqu’aux années 2000. Une enquête judiciaire est en cours, selon le ministère de l’Education nationale.

Commission d’enquête parlementaire

Face à ces attaques informatiques, les réactions politiques ne se sont pas fait attendre. Les sénateurs socialistes ont réclamé la création d’une commission d’enquête parlementaire, pointant du doigt la répétition des failles de sécurité au sein du ministère de l’Économie. La présidente du groupe La France insoumise à l’Assemblée nationale Mathilde Panot a abondé en ce sens ce mercredi matin sur France Inter pour qui il faut désormais « donner des moyens à la fois à l’Agence nationale de sécurité des systèmes informatiques (Anssi) et à la Cnil (Commission nationale de l’informatique et des libertés) ».

Lors d’une conférence de presse lundi et en réponse à ces trois cyberattaques, Amélie Verdier, la directrice générale des finances publiques, a tenu à préciser que « plus de 100 emplois » étaient dédiés à la cybersécurité sur les « plus de 5 300 informaticiens de la DGFiP ». David Amiel, le ministre de l’Action et des Comptes publics, a reconnu de son côté : « Nos systèmes d’information comportent des faiblesses. » Le ministre a évoqué un plan d’action en plusieurs phases, dont « la lutte contre la compromission des comptes des agents » et un renforcement « de la formation cyber des agents ».

La France particulièrement visée

Un renforcement nécessaire puisque la France figure ainsi parmi les pays les plus ciblés par des cyberattaques, en raison de l’attractivité de ses données mais aussi de certaines faiblesses de ses défenses. Une étude de l’entreprise de cybersécurité Surfshark publiée en juillet place la France en tête des pays les plus touchés par des violations de données en Europe, avec 43,4 millions de comptes compromis au premier semestre 2026 - en hausse de plus de 62 % par rapport à la deuxième moitié de 2025. Selon le bilan annuel publié par l’autorité nationale de protection des données (Cnil), le pays a connu plus de 6 100 violations de données en 2025, touchant pour certaines des millions d’usagers, un record. « C’est 50 % de plus sur ces trois dernières années », avait déploré en mai auprès de l’AFP Marie-Laure Denis, la présidente de la Cnil, regrettant que certains organismes, institutions et entreprises ne soient toujours « pas assez » protégés.

« On a un système d’information de l’État qui est tellement complexe, qui représente des milliers et des milliers d’applications dont le pilotage n’est pas uniformisé, dont les choix technologiques sont d’une très grande hétérogénéité », avait détaillé en mai le directeur général de l’Anssi, Vincent Strubel, lors d’une audition à l’Assemblée nationale par la commission de la Défense nationale et des Forces armées. « C’est là-dessus qu’il faut agir en priorité pour mieux sécuriser l’État, reprendre la maîtrise », avait-il ajouté. Dans cette optique, Sébastien Lecornu avait annoncé en mai la création d’une nouvelle Autorité du numérique et de l’intelligence artificielle de l’Etat et une enveloppe de 200 millions d’euros pour muscler et unifier la stratégie de cybersécurité de l’Etat. Ce qui a semblé malgré tout insuffisant.

(avec AFP)

https://www.challenges.fr/la-verticale-cyber/il-y-a-urgence-sebastien-lecornu-souhaite-la-creation-dune-nouvelle-unite-cyber-pour-lutter-plus-efficacement-contre-les-attaques-informatiques_645274

DGFIP piratée : revenu fiscal, prélèvement à la source… L’hémorragie des données personnelles des Français se poursuit à grande échelle

Piratage du fisc : les 678 000 particuliers et entreprises concernés informés à partir de ce lundi

Être particulièrement méfiant » : ce qui guette les 350 000 particuliers touchés par la vaste cyberattaque contre la DGFiP 

 

D) - Divers secteurs piratés en image  




 


 

E) - Berlin envisage l’attaque préventive : La guerre invisible pénètre dans les usines russes

De la collecte des renseignements au sabotage

L’Allemagne envisage une évolution qui dépasse largement une simple réforme des services de renseignement. Marc Henrichmann, président de la commission parlementaire de contrôle et membre de l’Union chrétienne-démocrate, propose d’autoriser le Service fédéral de renseignement et l’Office fédéral de protection de la Constitution à mener des attaques informatiques préventives contre les usines russes produisant des aéronefs sans pilote.

La formule employée par le responsable allemand est efficace : le meilleur aéronef d’attaque serait celui qui ne parvient jamais à décoller. Derrière cette apparente évidence se cache cependant une transformation profonde. Un service chargé de recueillir des renseignements deviendrait également un instrument offensif, autorisé à endommager des installations industrielles situées sur le territoire d’une autre puissance.

La distinction entre espionnage, sabotage et opération militaire deviendrait ainsi toujours plus ténue. Désactiver à distance les systèmes de conception d’une usine, corrompre les programmes qui commandent les machines ou compromettre les composants électroniques ne signifie pas seulement prévenir une menace : cela revient à intervenir directement sur les capacités productives du pays adverse.

L’incident de Leipzig et le problème de l’attribution

La proposition intervient après le grave incident survenu le 4 août à l’aéroport de Leipzig. Un appareil télécommandé, équipé d’un explosif Semtex et d’un détonateur, aurait frappé l’aile d’un avion de transport ukrainien Antonov An-124, à proximité des réservoirs de carburant. L’engin n’a pas explosé et est resté au sol pendant quatre heures avant d’être découvert par hasard par le conducteur d’un autocar.

Selon les enquêteurs allemands, il se serait agi d’une attaque intentionnelle, tandis que les services américains auraient identifié un lien avec des structures russes. Moscou rejette l’accusation et dénonce une provocation artificiellement fabriquée.

C’est précisément ici qu’apparaît la première difficulté stratégique. Dans le domaine informatique, l’attribution est rarement immédiate et incontestable. Les codes, les connexions et les infrastructures peuvent être copiés, dissimulés ou faire transiter leurs opérations par des pays tiers. Une opération préventive fondée sur des preuves incomplètes pourrait frapper la mauvaise cible ou être interprétée comme une agression délibérée.

L’Allemagne devrait donc déterminer qui peut autoriser l’attaque, quel niveau de preuve doit être exigé et comment doit s’exercer le contrôle parlementaire. Dans le cas contraire, le principe de prévention risquerait de se transformer en autorisation permanente pour des opérations clandestines.

Efficacité militaire et limites techniques

D’un point de vue militaire, le sabotage d’une usine russe pourrait retarder la production, altérer les systèmes de contrôle de la qualité ou compromettre une série précise de composants. L’avantage de l’attaque informatique réside dans la possibilité d’obtenir des résultats sans traverser physiquement les défenses antiaériennes russes et sans exposer directement des soldats allemands.

Son efficacité n’est toutefois pas garantie. Les installations militaires les plus importantes peuvent utiliser des réseaux isolés, des procédures manuelles et des systèmes de réserve. La production d’aéronefs sans pilote est en outre répartie entre de grands complexes industriels, des entreprises civiles, des laboratoires et des ateliers décentralisés. La paralysie d’un seul établissement n’éliminerait donc pas l’ensemble des capacités russes.

Moscou pourrait remplacer les programmes compromis, transférer la production ou recourir davantage à des composants provenant de Chine, d’Iran et d’autres fournisseurs. L’attaque aurait probablement un effet temporaire, tout en révélant à l’adversaire les capacités techniques et les méthodes opérationnelles allemandes.

La riposte russe

Le risque principal concerne la réponse de Moscou. Si Berlin revendiquait son intervention ou laissait clairement comprendre sa responsabilité, la Russie pourrait considérer comme légitime de frapper les industries, les réseaux électriques, les chemins de fer, les ports, les banques et les aéroports allemands.

L’Allemagne présente de nombreux points vulnérables : des infrastructures fortement interconnectées, une industrie automatisée, une dépendance à l’égard des communications numériques et un vaste réseau logistique utilisé pour soutenir l’Ukraine. Une interruption prolongée des transports ou de la production automobile pourrait provoquer des dommages économiques bien supérieurs à ceux infligés à une usine russe.

La dissuasion informatique est particulièrement instable, car il n’existe aucune proportion communément admise entre une attaque et sa riposte. Le sabotage d’un programme industriel pourrait recevoir pour réponse le blocage d’un hôpital, d’une centrale électrique ou du système de paiement. L’escalade pourrait se développer sans déclaration de guerre et sans que l’opinion publique comprenne immédiatement qui l’a déclenchée.

Les coûts économiques de la guerre numérique

Pour l’industrie allemande, déjà confrontée au coût de l’énergie, à la concurrence asiatique et à la diminution des échanges avec la Russie, l’ouverture d’un affrontement informatique permanent entraînerait de nouvelles dépenses en matière de sécurité, d’assurance et de protection des chaînes de production.

Les entreprises devraient séparer leurs réseaux, multiplier les systèmes de réserve et renforcer la surveillance de leurs fournisseurs. Les risques pesant sur les investissements et sur le commerce avec les pays soupçonnés de collaborer avec Moscou augmenteraient également. Une guerre apparemment immatérielle aurait donc des conséquences très concrètes sur les prix, les finances publiques et la compétitivité européenne.

Dans le même temps, cette évolution favoriserait le secteur allemand de la sécurité informatique, les entreprises électroniques et les programmes militaires européens. La menace russe deviendrait un moteur supplémentaire de la transformation industrielle de l’Allemagne, qui passerait d’une puissance essentiellement commerciale à une puissance stratégique.

Une nouvelle Allemagne au sein de l’Alliance atlantique

Sur le plan géopolitique, cette proposition indique que Berlin ne se considère plus seulement comme la base logistique arrière de l’Alliance atlantique. L’Allemagne souhaite acquérir la capacité d’intervenir directement contre les structures militaires et industrielles russes avant qu’une menace n’atteigne son territoire.

Cette évolution pourrait encourager d’autres pays européens à adopter la même doctrine, multipliant ainsi les opérations non coordonnées et difficiles à contrôler. Il reste également à déterminer si une attaque préventive allemande engagerait politiquement les alliés et si une riposte russe consécutive devrait être considérée comme une agression contre l’ensemble de l’Alliance.

La réforme présente donc une ambiguïté fondamentale : elle cherche à renforcer la sécurité allemande, mais pourrait abaisser le seuil d’un affrontement direct avec Moscou. Empêcher le décollage d’un aéronef hostile est certainement souhaitable. Déterminer qui possède le droit d’attaquer une usine étrangère, sur la base de quelles preuves et avec quelles conséquences, constitue en revanche la question dont pourrait dépendre la paix européenne.

Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec

Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie) 

 


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