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avril 05, 2026

Nouvelles de l'Iran !

Sommaire:

A) - Douze ans pour mourir : la République islamique, les enfants-soldats et le nationalisme sacrificiel

B) - L’Iran et le détroit d’Ormuz : une offensive silencieuse contre le pétrodollar ?

C) - Iran : Douze ans et déjà la guerre

D) - Golfe–Yémen : l’ouverture du front Houthi ou la nouvelle carte maîtresse de Téhéran

E) - Le discours de guerre de Trump sur l’Iran : fanfaronnades, déconnexion de la réalité et fin annoncée de l’OTAN 

 


 

A) - Douze ans pour mourir : la République islamique, les enfants-soldats et le nationalisme sacrificiel

Un État qui recrute des enfants de douze ans et l’annonce à la télévision nationale ne manifeste pas seulement sa brutalité ; il expose une logique. Plus inquiétante encore que la violence immédiate des faits, c’est cette logique qu’il faut saisir. À la fin de mars 2026, un responsable des Gardiens de la révolution a annoncé sur la chaîne d’État iranienne l’abaissement à douze ans de l’âge minimal pour certains volontaires affectés à des checkpoints et à des patrouilles urbaines. Confirmé le même jour par Human Rights Watch (HRW) et par plusieurs médias internationaux, ce fait frappe moins par l’acte lui-même que par la publicité qui lui est donnée. Celle-ci n’est pas l’effet d’une imprudence ; elle procède d’une décision. Un régime qui cache ses crimes reconnaît encore, fût-ce négativement, qu’ils doivent demeurer cachés. Un régime qui les proclame à l’antenne les a déjà convertis en langage politique. L’ostentation n’a ici rien d’accidentel ; elle appartient à la stratégie.

Le recours de la République islamique à des enfants dans des fonctions de guerre et de contrôle intérieur n’obéit pas seulement à une logique de renfort sécuritaire ni à une pénurie de combattants. Il met en œuvre un mécanisme plus profond : la conversion de l’enfant en ressource stratégique –voulu instrument de présence, d’émotion et de légitimation, mais aussi d’immunité symbolique et d’inversion de l’accusation contre l’adversaire, à l’intérieur comme à l’extérieur. Un tel mécanisme n’a rien d’irrationnel. Il procède au contraire d’une lecture froide du champ international, de ses asymétries morales, de sa sensibilité aux images, de sa difficulté à tenir ensemble le droit, la guerre et la cohérence politique. Réduire cette décision à la seule barbarie, c’est ne pas voir qu’elle obéit à une logique ; la réduire au seul cynisme, c’est ne pas voir ce qu’elle cherche à produire. Dans les deux cas, on se rend aveugle à ce qui s’y joue.

La question n’est pas de savoir si la République islamique viole le droit international en recrutant des enfants de douze ans comme « combattants défendant leur patrie » ; sur ce point, il n’y a pas d’ambiguïté. L’essentiel n’est pas là. Il est dans la publicité même de l’acte : pourquoi le fait-elle publiquement, à la télévision d’État, dans la langue de la légitimité nationale, sans même chercher à le voiler ? C’est cette publicité qui doit retenir l’attention. Elle indique que nous n’avons pas affaire à une transgression subie, honteuse ou provisoire, mais à une transgression assumée, revendiquée, mise au service d’un calcul. Le régime n’a manifestement pas vu dans ce coût un obstacle ; il l’a jugé politiquement utile. Comprendre cette utilité — ses ressorts, ses effets, sa fonction dans la guerre des récits — est au cœur de la réflexion. Non pour atténuer la faute, mais pour éviter l’erreur de lecture : on se condamne à mal lire une stratégie lorsqu’on n’y voit qu’un accès de sauvagerie.

Sur ce point, le droit laisse peu de place à l’ambiguïté. Le recrutement, l’enrôlement ou l’utilisation d’enfants de moins de quinze ans en vue de leur participation active aux hostilités constituent un crime de guerre. La jurisprudence internationale, notamment dans l’affaire Lubanga, a d’ailleurs établi que cette participation ne se réduit pas au seul usage des armes : guet, liaison, surveillance, escorte, transport, patrouille ou renseignement suffisent à faire entrer un mineur dans l’économie militaire du conflit. Les fonctions aujourd’hui évoquées par les autorités iraniennes relèvent donc pleinement de cette qualification. Ce point de droit doit être tenu avec fermeté, car il interdit toute atténuation morale du problème. Il faut aussi examiner avec rigueur si certaines de ces pratiques s’inscrivent dans ce que le droit qualifie d’attaque généralisée ou systématique contre la population civile, tant la militarisation de l’espace urbain et l’usage du Basij contre la dissidence intérieure brouillent la frontière entre ordre public et appareil de guerre. Mais ce débat plus large ne doit pas obscurcir l’essentiel : le cœur de la qualification pénale est déjà établi. Autrement dit, les fonctions ici en cause — surveillance, patrouille, contrôle, présence à des points de passage ou à proximité d’installations militaires — ne relèvent pas d’une zone grise. Elles relèvent pleinement des pratiques que le droit international pénal prohibe.

Mais le droit, à lui seul, ne dit pas encore tout ce qui se joue ici. Il qualifie l’acte ; il n’en épuise pas la portée. Car la publicité donnée au recrutement d’enfants ne se borne pas à signaler une transgression : elle en fait déjà un instrument. L’acte ne consiste pas seulement à mettre des enfants à disposition d’un appareil militaire ; il les inscrit dans une construction où la vulnérabilité de l’enfance, loin d’être un obstacle, devient une ressource politique. C’est à partir de là que la logique du régime apparaît dans toute sa netteté.

En annonçant publiquement l’enrôlement d’enfants de douze ans, la République islamique sait qu’elle s’expose. Si elle consent néanmoins à une telle exposition, c’est qu’elle en attend un profit politique supérieur au coût de la condamnation. Ce profit repose sur un mécanisme d’inversion accusatoire : le régime se sert de la condamnation qu’il suscite pour mettre en accusation ceux qui la portent. En désignant ces enfants comme des « combattants défendant la patrie », le régime accomplit deux opérations à la fois : il place leur enrôlement sous le signe de la défense légitime, et il donne à voir une nation si menacée qu’elle en viendrait à mobiliser jusqu’à ses enfants. L’enfant cesse alors d’être simplement mobilisé : il devient une preuve — preuve de l’urgence, preuve de la menace, preuve, surtout, de la violence première que le régime entend imputer à ses ennemis. Il ne s’agit pas d’un simple effet de langage. C’est la scène même de la condamnation qui se trouve déplacée. La présence d’enfants aux checkpoints, dans les patrouilles ou à proximité d’installations stratégiques n’apparaît plus alors comme le signe d’une illégalité, mais comme celui d’une nécessité. La transgression devient la preuve de ce qui la justifie ; et cette justification permet de renvoyer la faute vers ceux qui, selon le régime, auraient créé la situation. Le cercle se referme avec méthode : la transgression du droit n’y contredit pas la légitimité ; elle s’y donne au contraire comme la preuve extrême d’une légitimité blessée.

On manquerait l’essentiel si l’on ne voyait dans cette violence qu’une suite de contraintes, de blessures et de morts. Car elle consiste aussi à rendre certaines mises en scène vraisemblables, certaines pertes honorables, certaines morts dicibles. Un pouvoir de cette nature ne se borne pas à disposer des corps : il impose le langage dans lequel ces corps pourront être lus comme sacrifice, comme fidélité, comme dette acquittée envers la nation. L’efficacité stratégique du recrutement d’enfants ne tient donc pas seulement à l’usage matériel qui peut être fait d’eux ; elle tient à l’univers moral dans lequel cet usage devient visible, recevable et justifiable. Dans une telle configuration, la mort éventuelle de ces enfants — à un checkpoint, dans une caserne, aux abords d’un site militaire, ou dans tout autre lieu que le régime aura lui-même livré au risque — ne relève plus du seul dommage collatéral au sens ordinaire du terme. Cette mort-là appartient déjà au prévisible et, par là même, à l’exploitable. Il ne s’agit pas d’affirmer que chaque mort serait voulue pour elle-même ; il s’agit de constater qu’elle peut d’avance être intégrée à un récit, à une imagerie, à une économie de la preuve politique. L’enfant vivant sert à montrer la mobilisation ; l’enfant mort, à donner corps à l’accusation.

Ce renversement vise d’abord ceux qui, hors d’Iran, prétendent parler au nom du droit. Si la mort de ces enfants survient, elle n’est pas seulement destinée à être absorbée dans un récit intérieur ; elle doit aussi produire un effet sur les institutions et les États qui se réclament du droit international humanitaire tout en soutenant ailleurs des politiques ou des opérations dont la cohérence morale est contestée, parfois à juste titre. La République islamique n’a pas besoin d’inventer cette faille ; il lui suffit d’en tirer parti. Elle sait que l’autorité de ceux qui parlent au nom du droit se fragilise dès lors que leur propre conduite demeure exposée au soupçon de l’incohérence. Son calcul consiste alors à préparer une scène dans laquelle toute frappe américaine ou israélienne causant la mort de ces enfants pourra être convertie en grief juridique et politique contre ses auteurs, jusqu’à nourrir l’accusation de crimes de guerre portée contre eux. En exposant publiquement l’enrôlement de ses enfants-soldats, le régime suscite donc une condamnation dont il a déjà préparé le renversement. L’accusation ne disparaît pas ; elle se retourne. C’est dans ce retournement même que réside l’un des ressorts les plus redoutables de l’opération.

Ce qui se joue ici s’inscrit dans une histoire plus ancienne. Au fil du temps, la République islamique a appris à faire de la jeunesse sacrifiée non un scandale à dissimuler, mais un principe de légitimation. De la guerre Iran-Irak aux figures plus récentes des « défenseurs du sanctuaire », elle a constitué un répertoire dans lequel la mort du jeune cesse d’être une simple perte pour devenir image, dette, exemple, injonction adressée aux vivants. La nouveauté de la séquence actuelle ne tient donc pas à l’existence de ce langage, mais au degré de visibilité et de dureté qu’il atteint désormais. Un seuil est franchi : l’enfant n’est plus seulement recueilli après coup dans une liturgie du sacrifice ; il apparaît plus ouvertement comme une figure déjà appelée par elle. La transgression n’est plus seulement absorbée par le récit ; elle est préparée de manière à pouvoir y trouver sa place. Cette continuité ne se loge pas dans les mots seuls. Elle s’inscrit dans des formes, dans des images, dans des rites : dans les commémorations répétées, dans la présence durable des figures du martyr au cœur de l’espace urbain, dans la place faite aux récits de deuil élevés en exemples, dans la manière enfin dont la jeunesse sacrifiée est installée au centre de la mémoire politique du régime. L’opération présente relève de cet héritage : loin d’inventer ses propres formes, elle réactive et durcit un répertoire déjà constitué. Celui-ci ne sert pas seulement à donner sens après coup ; il prépare les esprits en amont. Il ne s’agit pas simplement de transmettre des slogans à des enfants, mais de faire advenir peu à peu un horizon moral dans lequel l’exposition de l’enfant à la violence peut cesser d’apparaître comme un scandale pour prendre le visage d’une grandeur, d’un devoir ou d’un honneur. Un tel horizon ne se décrète pas : il se forme dans la durée, par l’école, par les images, par les commémorations, par l’inscription des figures du martyr dans l’espace urbain, par les récits de deuil et par les formes imposées de l’honneur. C’est cette lente élaboration qui rend aujourd’hui recevable ce qui devrait demeurer inavouable.

C’est peut-être dans le sort fait aux enfants morts et blessés que ce mécanisme se laisse le plus nettement saisir. Funérailles ordonnées, portraits uniformisés, lexique du « martyr » imposé aux familles, cérémonies où l’enfant est élevé au rang d’offrande à la patrie : tout concourt à faire d’une disparition un message. La douleur privée y est reprise, infléchie, versée dans un récit public où le prestige du sacrifice vient consacrer l’autorité du régime. La séquence actuelle prolonge ce travail en amont : il ne s’agit plus seulement de capter symboliquement les morts, mais de placer des enfants au point même où la violence physique et son appropriation politique pourront, le moment venu, se confondre.

Le plus grave, ici, n’est pas seulement dans l’acte ; il est dans la forme politique qui lui est donnée. Recruter des enfants est un crime. Le proclamer à l’antenne nationale, dans la langue de la patrie et du devoir, est un acte d’une autre portée : c’est faire de la faute elle-même une ressource, de la transgression un grief retourné, de la condamnation attendue une pièce déjà intégrée au calcul. À ce niveau, la République islamique ne viole plus seulement une norme ; elle travaille à convertir cette violation en épreuve infligée à la cohérence de ses adversaires. Toute frappe américaine ou israélienne tuant ces enfants pourra dès lors être réinscrite, par avance, dans une accusation dirigée contre ses auteurs. C’est peut-être là le trait le plus sombre de cette séquence. Les pouvoirs les plus dangereux ne sont pas seulement ceux qui commettent l’inadmissible, mais ceux qui savent l’exposer de telle sorte que l’accusation se trouble, que l’indignation se divise et que la faute se déplace. Il ne suffit donc pas de condamner ; il faut encore refuser la scène qu’un tel pouvoir organise. Nommer le crime avec une rigueur sans faiblesse, et voir lucidement la logique politique qui le travaille : telle est l’exigence. Car ce qui se donne ici à voir n’est ni un dérapage ni un aveu d’impuissance. C’est une méthode.

Fundji Benedict

Dr. Fundji Benedict, Fondatrice et Présidente de Liberty Values & Strategy Foundation, est spécialisée en sciences politiques, anthropologie, droit international et études africaines. Sa triple identité – afrikaner, franco-éthiopienne et juive – nourrit une perspective unique sur les dynamiques géopolitiques et les questions identitaires contemporaines.

Polyglotte, elle a occupé des postes de direction dans des entreprises internationales aux États-Unis et au Canada avant de créer sa fondation. Ses recherches portent sur les conflits identitaires, les droits des minorités, la décolonisation et l’État de droit, avec un focus particulier sur le Moyen-Orient et la Corne de l’Afrique.

Elle intervient régulièrement sur l’antisémitisme, le terrorisme et les réalités géopolitiques complexes qui façonnent notre époque. Son approche combine rigueur académique et engagement de terrain auprès des communautés concernées.

https://nouvellerevuepolitique.fr/fundji-benedict-douze-ans-pour-mourir-la-republique-islamique-les-enfants-soldats-et-le-nationalisme-sacrificiel/ 

 


 

B) - L’Iran et le détroit d’Ormuz : une offensive silencieuse contre le pétrodollar ?

Alors que la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran entre dans son deuxième mois, un nouveau front s’ouvre, discret mais potentiellement dévastateur pour l’hégémonie monétaire américaine. Le 2 avril 2026, Téhéran a officiellement proposé des accords bilatéraux sur le détroit d’Ormuz aux pays européens, asiatiques et arabes.

L’idée est simple, mais explosive : rouvrir le passage stratégique – par lequel transite près de 20 % du pétrole mondial – en échange d’un paiement en euros ou en yuans, et non plus en dollars américains. 

Pour l’Iran, c’est une réponse pragmatique à la crise. Face aux frappes américaines et israéliennes, Téhéran transforme son contrôle géographique du détroit en levier économique et politique. En autorisant le passage des navires sous conditions, tout en excluant ou en pénalisant ceux liés aux États-Unis, l’Iran ne ferme pas totalement la voie maritime : il la monétise à son avantage. Les premiers signes sont déjà visibles : au moins deux tankers ont récemment transité après paiement en yuans chinois, selon des données de Lloyd’s List. 

Cette proposition n’est pas seulement une tactique de survie en temps de guerre. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large de contournement du système pétrodollar, ce pilier invisible qui a permis aux États-Unis de dominer l’économie mondiale depuis un demi-siècle.

Le pétrodollar, pilier invisible de la puissance américaine

Depuis les années 1970, le commerce mondial du pétrole est presque entièrement libellé en dollars. Ce système, né d’un accord stratégique entre Washington et l’Arabie saoudite après la fin de la convertibilité du dollar en or en 1971, impose à toutes les économies dépendantes du pétrole d’accumuler des dollars pour importer leur énergie. Les pays exportateurs, quant à eux, recyclent ces « pétrodollars » en achetant des obligations du Trésor américain, des actions de Wall Street ou de l’immobilier aux États-Unis. 

Ce cercle vertueux a offert à Washington des avantages colossaux : la capacité d’emprunter à des taux extrêmement bas malgré une dette publique qui dépasse aujourd’hui les 34.000 milliards de dollars, un financement illimité de son appareil militaire (avec près de 800 bases dans le monde), et un pouvoir de sanction sans précédent. Couper un pays du système bancaire en dollars revient souvent à le priver d’accès au pétrole, provoquant un effondrement économique rapide. 

Ce mécanisme a longtemps été perçu comme une règle naturelle du commerce international. Pourtant, il repose sur une confiance fragile dans le dollar comme monnaie de réserve mondiale. Toute tentative de vendre ou d’acheter du pétrole en dehors du dollar a historiquement été considérée comme une menace existentielle par Washington, entraînant parfois des réponses musclées.

La dédollarisation s’accélère

La proposition iranienne arrive à un moment où le mouvement de dédollarisation, déjà en cours depuis plusieurs années, prend une nouvelle ampleur. La Russie et la Chine ont multiplié les transactions pétrolières en yuans. L’Inde, le Brésil et d’autres membres des BRICS développent des mécanismes de paiement alternatifs. Même certains pays du Golfe commencent à explorer des options non-dollar pour une partie de leurs exportations. 

En offrant aux Européens et aux Asiatiques un accès au pétrole via Ormuz contre des paiements en euros ou en yuans, l’Iran accélère ce basculement.

L’Europe, déjà frappée de plein fouet par l’explosion des prix de l’énergie (+60 % pour le pétrole et +100 % pour le gaz en un mois selon certaines estimations), se trouve face à un choix cornélien : continuer à dépendre du dollar et des routes maritimes contrôlées par les États-Unis, ou accepter un système parallèle qui contourne Washington. 

Fabio Panetta, membre du conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne, l’a reconnu sans détour le 2 avril : « Même si la guerre avec l’Iran se termine, le mal est déjà fait. » Les perturbations actuelles sur les marchés énergétiques risquent d’avoir des effets durables sur la structure même du commerce international.

Conséquences géopolitiques et économiques

Pour les États-Unis, les enjeux sont majeurs. Le pétrodollar n’est pas seulement un outil économique : c’est le fondement de leur suprématie.

Une réduction significative de la demande mondiale en dollars affaiblirait la capacité de Washington à financer sa dette à bas coût et limiterait son pouvoir de sanction. Les marchés financiers américains, pourtant les plus profonds et liquides du monde, pourraient voir leur attractivité diminuer si les excédents pétroliers ne reviennent plus systématiquement aux États-Unis. 

L’Europe, quant à elle, se retrouve prise entre deux feux. D’un côté, la pression américaine pour qu’elle « fasse sa part » dans la crise du détroit d’Ormuz ; de l’autre, la nécessité urgente de sécuriser ses approvisionnements énergétiques à un coût supportable. Accepter des paiements en euros pourrait sembler une solution rationnelle à court terme, mais elle signerait un alignement progressif sur un ordre multipolaire. 

Pour la Chine et la Russie, c’est une opportunité historique. Pékin renforce son influence au Moyen-Orient, tandis que Moscou apparaît comme un acteur stable offrant une alternative raisonnable au chaos provoqué par le conflit. Les BRICS, déjà en pleine expansion, pourraient voir leur projet de dédollarisation passer d’une ambition théorique à une réalité concrète.

Un tournant irréversible ?

L’offensive iranienne sur Ormuz n’est pas seulement militaire ou diplomatique : elle est monétaire. En transformant un goulet d’étranglement géographique en outil de dédollarisation, Téhéran frappe au cœur du système qui a structuré la géopolitique mondiale depuis cinquante ans. 

Bien sûr, remplacer complètement le dollar reste complexe.

Les marchés financiers américains restent dominants et la transition vers d’autres devises demandera du temps et de la coordination internationale.

Pourtant, chaque tanker qui traverse Ormuz contre des euros ou des yuans représente une petite fissure supplémentaire dans l’édifice du pétrodollar. 

À l’heure où le président Trump martèle que « d’autres doivent faire leur part » dans le détroit, l’Iran répond en proposant un nouveau jeu : un jeu où le dollar n’est plus la seule règle. Si cette initiative se concrétise, elle pourrait marquer non seulement un tournant dans la guerre en cours, mais aussi un accélérateur décisif de la dédollarisation mondiale. 

L’avenir du système monétaire international se joue peut-être aujourd’hui, entre les eaux chaudes du golfe Persique et les salles de marché de Londres, Francfort et Pékin.

https://multipol360.com/liran-et-le-detroit-dormuz-une-offensive-silencieuse-contre-le-petrodollar/

 


C) - Iran : Douze ans et déjà la guerre

À douze ans, on compte encore sur ses doigts. C’est l’âge des jeux, des cahiers froissés, des genoux écorchés. Pas celui des armes et des milices. Sauf en Iran. Crime de guerre ?

Rahim Nadali est un responsable des Gardiens de la révolution islamique. On imagine très bien que dans sa tête de gradé de la branche armée du régime, tout est bien rangé, tout s’aligne sans état d’âme ni frémissement de conscience. Si la cause est juste – et elle l’est forcément, car chez ces gens-là le doute est blasphématoire –, tout est permis.

Il y a quelques jours, il a annoncé l’enrôlement d’enfants de douze ans dans les milices bassidj, cette force paramilitaire en partie responsable des massacres de janvier dernier. Leur mission consistera à collecter des données de sécurité et à assurer des patrouilles opérationnelles, notamment de surveillance des quartiers. À douze ans !

Douze ans, c’est parfait. À cet âge-là, on n’est pas encore abîmé par le doute, pas encore contaminé par la nuance. À douze ans, c’est de la bonne graine à faire pousser droit !

Rahim Nadali pense certainement que c’est une chance qu’il donne à ces gamins : la milice, c’est un bon moyen de les former, de les éduquer, de les dresser et de leur donner une mission. Une enfance utile pour le régime, en quelque sorte, où l’on apprend à surveiller, à regarder l’autre comme une menace, à désigner l’ennemi. L’enfant ne discute pas. Il apprend vite quand on lui donne des mots simples : ami, ennemi, Dieu, Satan. On lui met des slogans dans la tête à la place de la pensée. Il fait et devient ce qu’on lui dit de faire et d’être. Bien dressé, avec une cause bien nette, bien simple, il ne conteste pas le pouvoir : il le prolonge.

Les autorités de Téhéran parlent évidemment de “participation” et d’”engagement” de la jeunesse. Mais derrière ces mots propres et bien repassés, il y a une enfance volée.

La place d’un garçon de douze ans n’est pas en premières lignes, pas dans une milice, ni sur un checkpoint ou derrière la mitrailleuse d’un véhicule de patrouille. Jamais. Le rôle d’un gouvernement est de protéger les enfants. Toujours. Pas de les sacrifier.

On peut tortiller, tourner autour, changer les mots, adoucir les phrases et trouver des nuances, il reste une chose simple : un régime qui tombe si bas qu’il en est à recruter des enfants, à les habiller en héros pour mieux les utiliser, c’est un régime sans humanité et sans avenir. C’est un régime qui n’a plus assez d’adultes pour le croire.

Et c’est un régime qui piétine, une fois de plus, le Droit international pourtant très clair : envoyer ou recruter des enfants dans des activités militaires est interdit. Le Statut de Rome de la Cour pénale internationale considère même comme “crime de guerre” le fait d’enrôler des enfants de moins de quinze ans, ou de les faire participer activement à des hostilités. Lorsque le droit parle de “participation directe” et d’”hostilités”, les autorités de Téhéran parlent de “surveillance”, de “maintien de l’ordre », de “volontariat”. Des mots ! Du maquillage, de la propagande et du mensonge ! Ces enfants, quoi qu’en disent les mollahs, sont intégrés à une structure armée. Ils agissent sous commandement et sont forcément exposés à la violence. Recruter des enfants de douze ans dans une milice armée de la dictature n’est pas seulement une atteinte aux droits fondamentaux de l’enfant : ça pourrait parfaitement être lié à un crime de guerre.

Un gouvernement digne de ce nom doit protéger les enfants de la guerre, pas les enrôler et les intégrer dans les forces armées, même s’ils restent à la périphérie des combats. C’est une ligne qui ne devrait jamais être franchie.

Ça ne gêne pas la République islamique d’Iran. Pendant la guerre Iran-Irak, les mollahs envoyaient déjà leurs enfants au front, en cohorte de petits sacrifiés. Avec parfois autour du cou, une clé en plastique – dorée –, pour ouvrir les portes du paradis. Avance, petit ! Marche ! Et si tu sautes, tant mieux, c’est la promesse de la vie éternelle. Ils appelaient ça “sacrifice”, au nom de la “foi”. Mais c’étaient juste des gamins qu’on envoyait mourir avant même qu’ils aient compris pourquoi.

Toutes les dictatures vacillantes finissent par regarder du côté des enfants. L’Histoire, et pas seulement celle de l’Iran, est pleine de gosses en uniforme La Jeunesse hitlérienne, dressée pour un Reich déjà en train de s’effondrer. Les Khmers rouges qui ont fait de leurs enfants des soldats, des gardiens de camps, parfois des bourreaux. Les seigneurs de guerre en Afrique qui envoient l’enfance face à la mort. Les chemises noires, les chemises rouges, les chemises brunes, le bandeau du martyr autour du front ou la clé du paradis autour du cou : les tyrans ont tous cette obsession de prendre l’humanité avant qu’elle ne devienne libre. La république islamique d’Iran ne fait pas exception : elle patauge dans le sang de ses enfants.

Cela n’a pas l’air de beaucoup secouer nos belles consciences.

Jean-Marie Montali

Jean-Marie Montali est journaliste, auteur et réalisateur. Il débute sa carrière de journaliste aux DNA à Colmar dans les années 80. Il intègre le Groupe Le Figaro en 1991 et occupera le poste de Grand Reporter jusqu’en 2000. Il est nommé Rédacteur en chef au Figaro Régions pour assurer la relance du Figaro Méditerranée et du Figaro Rhône Alpes, fonction qu’il occupera jusqu’en 2002.  De 2002 à 2004, il est Directeur adjoint de la rédaction du Figaro Magazine aux côtés de Patrick de Carolis et de Joseph Mace-Scaron. Dès 2005, il est nommé Directeur exécutif de la rédaction du Figaro Magazine. En 2010, il rejoint France Soir comme Directeur adjoint de la rédaction. En février 2013, Jean-Marie Mointali rejoint l’équipe de Rédaction en chef du Parisien – Aujourd’hui en France. Il a aussi réalisé une dizaine de documentaires pour la télévision et est auteur de plusieurs ouvrages.  

https://nouvellerevuepolitique.fr/jean-marie-montali-iran-douze-ans-et-deja-la-guerre/ 

 


 

D) - Golfe–Yémen : l’ouverture du front Houthi ou la nouvelle carte maîtresse de Téhéran

Ce matin, les Houthis ont revendiqué le tir d’un premier missile en direction du sud d’Israël. Un signal clair après un mois de discrétion de leur part au Yémen. Un mois jour pour jour après le déclenchement, le 28 février, de l’offensive américaine et israélienne contre l’Iran, le conflit change de nature depuis plusieurs jours. Ce qui devait être une campagne rapide de frappes ciblées pour affaiblir durablement Téhéran s’installe désormais dans une logique d’extension et d’usure à moins que Trump ne conclue rapidement un accord.

L’ouverture d’un nouveau front au Yémen confirme ce que beaucoup ont peut-être sous-estimé au déclenchement de la guerre : l’Iran n’est pas seulement un acteur militaire direct, c’est une architecture régionale de guerre, patiemment construite, capable d’activer plusieurs théâtres simultanément. Même affaiblis, les proxies sèment toujours la zizanie dans tout le Moyen-Orient.

Depuis un mois, la riposte iranienne ne s’est pas limitée à un face-à-face classique et conventionnel. Elle a pris des formes multiples : drones, missiles balistiques de longue portée comme les Sejjil, pressions sur le détroit d’Ormuz, cyberattaques contre des intérêts occidentaux. À cela s’est ajoutée une montée en puissance coordonnée de ses relais régionaux qu’on croyait à l’arrêt : le Hezbollah au Liban, le Hamas à Gaza qui reprend pied, et désormais les Houthis au Yémen. L’ouverture de ce nouveau front n’est pas un épiphénomène. Elle marque une étape supplémentaire dans une stratégie de saturation, pensée pour diluer la puissance de frappe américaine et israélienne et rendre toute victoire militaire décisive de plus en plus illusoire.

Une stratégie iranienne de démultiplication des fronts

L’erreur d’analyse initiale a été de croire que l’Iran répondrait de manière symétrique et qu’il s’essoufflerait rapidement. Ça a été le cas sur le plan de l’armée conventionnelle, certes. Or, Téhéran ne joue pas sur le même registre militaire que ses adversaires. Là où Washington et Tel-Aviv privilégient la supériorité technologique et les frappes ciblées, l’Iran mise sur la profondeur stratégique et la multiplication des foyers de tension. En activant plusieurs fronts à la fois, il transforme un conflit localisé en crise régionale diffuse.

Cette stratégie complique considérablement la tâche des États-Unis et d’Israël. Chaque nouveau théâtre impose des arbitrages militaires, logistiques et politiques. Peut-on frapper partout en même temps sans s’enliser ? Peut-on contenir une guerre qui se déplace en permanence ? À mesure que les fronts se multiplient, le coût de la guerre augmente, et la perspective d’un contrôle rapide s’éloigne.

Dans ce contexte, la position de Donald Trump apparaît de plus en plus contrainte. Après avoir revendiqué un affaiblissement significatif de l’Iran, il cherche désormais une porte de sortie politique, entre désengagement progressif et ouverture de négociations. Mais cette volonté se heurte à une réalité stratégique : l’Iran n’a pas été neutralisé, il a simplement changé de tempo et d’espace et continue à résister.

Les Houthis, le proxy que personne n’a réussi à vaincre

L’activation du front yéménite n’est pas anodine. Les Houthis constituent un cas à part dans l’écosystème des proxies iraniens. Depuis plus d’une décennie, ils ont résisté à une coalition menée par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, pourtant dotée de moyens militaires considérables. Malgré les bombardements intensifs, les opérations terrestres et le soutien occidental, ils n’ont jamais été éradiqués depuis 2014.

Cette résilience tient à plusieurs facteurs : une implantation locale forte, une capacité d’adaptation militaire, et un soutien iranien calibré mais constant. Les Houthis ne sont pas une simple milice. Ils sont devenus un acteur politico-militaire structuré, capable de mener des opérations complexes, y compris contre des cibles stratégiques.

Leur retour au premier plan dans le conflit actuel illustre la profondeur du dispositif iranien. Là où certains voyaient des groupes dispersés et affaiblis, Téhéran dispose en réalité de relais opérationnels prêts à être activés en fonction des besoins. Le Yémen n’est donc pas un front secondaire mais bien un levier stratégique majeur.

Bab el-Mandeb : vers une nouvelle asphyxie énergétique ?

L’implication accrue des Houthis fait peser une menace directe sur le détroit de Bab el-Mandeb, point de passage essentiel entre la mer Rouge et l’océan Indien. Après les tensions sur le détroit d’Ormuz, c’est l’autre verrou maritime de la région qui se retrouve sous pression.

Les conséquences potentielles sont considérables. Une perturbation durable de Bab el-Mandeb affecterait immédiatement les flux énergétiques à destination de l’Europe, via le canal de Suez. Pétrole, gaz naturel liquéfié, commerce maritime global : tout serait impacté. L’effet serait cumulatif avec les tensions déjà existantes, créant un choc énergétique et logistique majeur.

Pour les Occidentaux, le risque est double. D’un côté, une hausse des prix de l’énergie et une désorganisation des chaînes d’approvisionnement. De l’autre, une extension du conflit à des zones maritimes vitales, difficilement sécurisables sur la durée. La guerre sort du champ militaire classique pour devenir un conflit systémique, touchant directement les économies.

Une guerre préparée de longue date, une sortie incertaine

Ce qui se joue aujourd’hui n’est pas une improvisation iranienne. C’est l’activation progressive d’un dispositif construit sur le temps long, dans l’anticipation d’une confrontation avec Israël et les États-Unis. L’Iran n’avait sans doute pas les moyens d’une guerre frontale. Il a donc préparé une guerre fragmentée, indirecte, capable de durer.

Mais cette stratégie a un coût. Elle expose d’abord les populations de la région, à commencer par les Iraniens eux-mêmes, pris dans une logique d’escalade dont ils paient le prix économique et humain. Elle fragilise également l’ensemble du Moyen-Orient, déjà marqué par des années de conflits. Et elle finit par toucher les Occidentaux, à travers l’énergie, le commerce et la sécurité globale.

Une chose apparaît désormais clairement : le régime iranien est loin de s’effondrer. La perspective d’une transition démocratique reste, à court terme, hors de portée. Et plus la guerre s’installe dans la durée, plus elle risque de se transformer en conflit d’usure généralisé.

Sébastien Boussois

Sébastien Boussois est docteur en sciences politiques, chercheur associé à l’ULB (Belgique) et l’UQAM (Canada). Il a publié récemment, Pays du Golfe, les dessous d’une crise mondiale (Armand Colin).

https://nouvellerevuepolitique.fr/sebastien-boussois-golfe-yemen-louverture-du-front-houthi-ou-la-nouvelle-carte-maitresse-de-teheran/

 


 


 

E) - Le discours de guerre de Trump sur l’Iran : fanfaronnades, déconnexion de la réalité et fin annoncée de l’OTAN  

Le 1er avril 2026, le président Donald Trump s’est adressé à la nation américaine dans un discours très attendu sur l’évolution de la guerre contre l’Iran. Annoncé à l’avance, ce discours était censé apporter des clarifications décisives sur une opération militaire qui entre dans son deuxième mois. Pourtant, pour le lieutenant-colonel Daniel Davis, vétéran de combat à quatre reprises et animateur de la chaîne Daniel Davis Deep Dive, l’allocution n’a rien apporté de nouveau.

Au contraire, elle a révélé une profonde déconnexion entre la rhétorique triomphante de la Maison-Blanche et une réalité militaire et géopolitique de plus en plus préoccupante.

Dans une interview accordée à Glenn Diesen le 2 avril 2026, Daniel Davis décortique avec une franchise rare les contradictions du discours, les échecs stratégiques américains et les risques d’une escalade incontrôlable.

Un discours répétitif et contradictoire

Dès les premières minutes de son intervention, Trump a martelé un message ambivalent : l’Iran serait « vaincu », mais refuserait de capituler. Si Téhéran ne cède pas, les États-Unis le ramèneraient « à l’âge de pierre ». Concernant le détroit d’Ormuz, vital pour le commerce mondial du pétrole, Trump a affirmé qu’il devait être rouvert, tout en déclarant que ce n’était pas vraiment le problème des États-Unis et que d’autres nations devraient s’en charger. Quant à l’OTAN, l’administration a alterné entre reproches (« ils ne veulent pas aider ») et indifférence (« nous n’avons pas besoin d’eux »). Pour Davis, ce discours n’est qu’une répétition des déclarations faites la veille sur Truth Social. « Nous n’avons rien entendu de nouveau », constate-t-il. Pire, ces déclarations masquent une incertitude croissante derrière des fanfaronnades qui ne correspondent plus à la réalité du terrain.

Les retombées économiques immédiates

Le vétéran pointe immédiatement les conséquences économiques immédiates. Contrairement aux précédentes interventions qui avaient calmé les marchés, celle-ci a eu l’effet inverse : les cours du pétrole ont bondi tandis que les bourses mondiales ont chuté. « Les gens du monde entier comprennent désormais ce qui se passe avec le pétrole », explique Daniel Davis. Le détroit d’Ormuz reste fermé, et aucune force navale, même conjointe avec l’OTAN, ne peut le rouvrir par la seule puissance de feu. Toute tentative transformerait le passage en « champ de tir » pour les navires.

L’échec des objectifs militaires face à une Iran résiliente

Les frappes américaines et israéliennes n’ont pas non plus atteint leurs objectifs stratégiques. Le gouvernement iranien demeure solidement en place malgré l’assassinat de plusieurs dirigeants. Les missiles balistiques conservent leur capacité opérationnelle, comme l’ont démontré les tirs récents sur Israël. La marine iranienne, composée essentiellement de vedettes rapides, de drones de surface et de sous-marins, est largement intacte. Davis rappelle que des milliers d’embarcations légères cachées dans des tunnels et des abris pourraient être déployées à tout moment. 

Surtout, les groupes proxies – Hezbollah libanais, Kata’ib Hezbollah irakien et autres milices – ont intensifié leurs actions. « Ils participent tous désormais à un degré ou à un autre », note l’analyste.

La destruction du pont civil : un glissement vers les cibles non militaires

Face à cette résilience, Donald Trump a brandi la menace de bombardements massifs. Mais Daniel Davis juge cette rhétorique irréaliste. L’Iran est un pays quatre fois plus grand que l’Irak, avec 93 millions d’habitants dispersés sur un terrain accidenté. Les États-Unis manquent déjà de munitions pour une telle campagne. Pire, bombarder massivement ne ferait que durcir la détermination du peuple iranien. 

L’exemple récent d’un grand pont civil iranien détruit – présenté par Donald Trump comme une victoire – illustre ce glissement dangereux. Pour Daniel Davis, il s’agit d’une cible non militaire, donc potentiellement d’un crime de guerre. Un ami iranien expatrié, farouchement opposé au régime, a réagi avec colère : « C’est un crime de guerre. » Loin d’intimider, ces frappes renforcent la cohésion nationale et ferment les portes à toute négociation.

Vers une opération terrestre risquée ?

Donald Trump semble désormais dos au mur. Faute de cibles militaires significatives restantes, la stratégie se recentre sur la souffrance civile pour forcer un accord. Daniel Davis y voit le dernier recours d’une guerre de choix mal engagée. 

Ces dernières semaines, les États-Unis ont déployé environ 20.000 soldats supplémentaires : avions d’attaque A-10 pour l’appui aérien rapproché, hélicoptères d’assaut, éléments de la 82e division aéroportée, unités expéditionnaires de Marines, Rangers et forces spéciales.

Pour Daniel Davis, cette concentration de forces au sol révèle une conviction désespérée : puisque l’aviation, la marine et les missiles n’ont pas suffi, peut-être qu’une opération terrestre changera la donne.

Pourtant, il compare cette décision à une partie de poker à très haut risque jouée contre un adversaire expérimenté sur son propre terrain. Les Iraniens ont mobilisé leurs réserves, disposent de volontaires nombreux et connaissent parfaitement leur territoire. « C’est comme miser la ferme avec un 2 et un 6 contre quelqu’un qui a des figures », ironise-t-il. Tactiquement, une telle opération serait déjà extrêmement risquée ; stratégiquement, elle frôle l’impossible.

La mort annoncée de l’OTAN

Le discours de Trump a également révélé une fracture profonde avec les alliés européens. Il a reproché à l’OTAN son manque de soutien, soulignant que les Européens ont fermé leur espace aérien et refusé d’envoyer des systèmes Patriot.

Daniel Davis va plus loin : pour lui, l’OTAN est déjà morte.

Il rappelle que l’expansion de l’Alliance après la Guerre froide était militairement irrationnelle et perçue comme une provocation par la Russie. Donald Trump, lui, considère l’OTAN non comme une alliance de sécurité collective (article 5), mais comme un « jouet » américain : les Européens doivent payer davantage et obéir aux ordres, même pour une guerre de choix à laquelle ils n’ont pas été consultés. « Cela montre clairement que l’OTAN n’est qu’une extension des forces armées américaines », estime Daniel Davis. Même si la guerre en Iran s’achevait rapidement, les dommages sont irréversibles. L’Europe devra trouver une nouvelle architecture de sécurité. L’Ukraine, déjà en difficulté, paiera le prix fort de cette rupture.

Les vrais vainqueurs géopolitiques : Russie et Chine

Sur le plan géopolitique, les grands gagnants de ce conflit sont la Russie et la Chine. Moscou apparaît comme un acteur raisonnable, offrant de la stabilité énergétique au milieu du chaos moyen-oriental. Pékin renforce discrètement son influence. Quant à l’Iran, son ministre des Affaires étrangères maintient une porte ouverte aux négociations, mais à ses conditions : réouverture contrôlée du détroit d’Ormuz en échange de garanties de sécurité. Donald Trump, cependant, semble prisonnier d’un raisonnement analogique simpliste, inspiré de la situation vénézuélienne : imposer une reddition totale et installer un gouvernement favorable pour contrôler le pétrole. Daniel Davis juge cette vision « complètement infondée et déconnectée ».

Les risques d’escalade extrême

Le risque le plus inquiétant reste l’escalade.

Si une opération terrestre tourne au désastre – pertes massives ou captures –, Trump ou Netanyahu pourraient envisager l’utilisation d’armes nucléaires « tactiques ».

Daniel Davis rappelle que, rhétoriquement, les menaces de « retour à l’âge de pierre » et les tweets de Pete Hegseth vont dans ce sens. Il craint que la stratégie américaine ne soit pas pensée plusieurs coups à l’avance, mais réactive et impulsive. « Il lance quelque chose contre le mur pour voir si ça tient », résume-t-il. Israël, de son côté, ne montre aucun signe de doute. Malgré les dommages subis,

Tel-Aviv semble convaincu de pouvoir l’emporter dans une guerre d’usure contre un pays de 93 millions d’habitants.

Daniel Davis juge cette posture irrationnelle, mais elle pousse Trump à maintenir la pression.

Le lieutenant-colonel Daniel Davis est un vétéran de combat à quatre reprises, lauréat du prix Ridenhour pour la recherche de la vérité, et animateur de la chaîne YouTube *Daniel Davis Deep Dive*. Le lieutenant-colonel Davis aborde l’escalade continue et le vide stratégique dans la guerre en Iran, ainsi que la probable disparition de l’OTAN. Enregistré le 2 avril 2026.
 

Un retrait urgent recommandé

Au terme de l’entretien, Daniel Davis livre un conseil clair :

mieux vaut se retirer maintenant plutôt que de sacrifier des vies américaines dans une opération terrestre vouée à l’échec.

« Peu importe ce qu’il a fait, il ne faut pas sacrifier un tas d’Américains pour des morts inutiles. » Le discours de Donald Trump, loin d’annoncer une victoire imminente, révèle surtout une stratégie en bout de course, portée par l’espoir plutôt que par une analyse réaliste. À l’heure où le pétrole flambe et où les alliances se fissurent, l’administration américaine semble jouer son va-tout dans une guerre dont les contours militaires restent flous et les conséquences géopolitiques potentiellement catastrophiques. L’avenir proche dira si la raison l’emportera ou si l’escalade, comme le craint Daniel Davis, conduira à un point de non-retour.

https://multipol360.com/le-discours-de-guerre-de-trump-sur-liran-fanfaronnades-deconnexion-de-la-realite-et-fin-annoncee-de-lotan/

 

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