France 2030 est-il efficace ?
Oui, carrément. L'investissement se rembourse en 3 ans.
Pourquoi l'État doit participer au financement de l'innovation, et pas les entreprises seules ?
Parce qu'une entreprise qui innove n'en capte jamais tous les bénéfices : une partie profite à ses concurrents, à ses fournisseurs, à l'économie entière. Les entreprises investissent donc structurellement moins que ce qui serait bon pour le pays. L'action de l'État doit se juger à l'aune de son impact sur l'économie dans son ensemble, pas seulement sur l'entreprise aidée.
C'est ce que mesure la dernière évaluation du Conseil d'Analyse Économique (CAE), en comparant, pour chaque appel à projets, la trajectoire des lauréats à celle des candidats non retenus la même année. C'est le contrefactuel le plus solide pour isoler l'effet réel de l'aide.
111 appels à projets portés par Bpifrance, 7,5 milliards d'euros d'aides, dont 3,6 milliards au titre de France 2030, sont ainsi étudiés. Voici ce qu'enregistrent les entreprises lauréates, 3 ans après un financement Bpifrance (PIA ou France 2030), par rapport aux candidats non retenus :
1- elles emploient 10 personnes de plus en moyenne (+8%), majoritairement dans des fonctions qualifiées, ingénieurs et cadres techniques en tête
2- elles dépensent 51% de plus en R&D et déposent plus de
3 familles de brevets supplémentaires 3- elles disposent de 15% de capital productif en plus
4- elles génèrent 12% de chiffre d'affaires et 11% de valeur ajoutée en plus
Ces entreprises versent aussi, en cumulé sur 3 ans, 218 000 € de prélèvements sociaux et fiscaux supplémentaires pour 100 000 € d'aide reçue.
Comme l'écrivent les chercheurs : "Très rares sont les politiques autofinancées" dans des délais aussi courts. Ils recommandent de pérenniser et renforcer ce mode d'intervention via un nouveau programme, doté d'au moins 0,2 point de PIB par an.
À l'heure où la maîtrise des finances publiques est une priorité, il n'est pas inintéressant d'analyser l'efficacité de tous les outils de soutien à l'innovation. Les chercheurs comparent ces appels à projets à un autre pilier du financement de la R&D, le Crédit d'Impôt Recherche : utile pour les PME, il représente surtout un effet d'aubaine pour les grandes entreprises, sans être autofinancé. Ils recommandent de le resserrer au-delà de 100 millions d'euros de R&D par entreprise, au profit d'appels à projets comme #France2030.
Merci au CAE et aux chercheurs mobilisés :
