La France flirte avec la récession, ses dirigeants avec la médiocrité. Et si 2027 ressemblait davantage à 1789 qu’à une élection ordinaire ?
La situation de la France est-elle prérévolutionnaire ?
L'édito de Franz-Olivier Giesbert
➡️ https://l.lepoint.fr/8dw
La France flirte avec la récession, ses dirigeants avec la médiocrité. Et si 2027 ressemblait davantage à 1789 qu’à une élection ordinaire ?
La campagne présidentielle n’est pas à la hauteur. Sans doute le serait-elle si notre pays était bien portant, comme dans les années 1960 ou 1970. Or, ce n’est pas le cas, il s’en faut. À une ou deux exceptions près, nous n’avons droit, pour l’heure, qu’à des boniments de boutiquiers ou de braillards du monde d’hier.
L’Histoire n’est pas un conte pour enfant qui finirait toujours bien. L’Insee venant de réviser à la baisse les chiffres de la croissance – négative au premier trimestre (– 0, 2 %) et nulle au deuxième (0 %) –, il ne fait plus de doute que la France est au bord de la récession. Déjà, le nombre de faillites d’entreprise bat des records, de même que le taux d’intérêt à dix ans pour notre dette publique, au plus haut depuis vingt ans après avoir franchi la barre des 4 %.
C’est une révolution qu’il nous faut, copernicienne s’entend, du nom de l’astronome Nicolas Copernic, qui avait placé à juste titre notre étoile, et non plus la
La garde nationale de Paris, rassemblée sur le pont Neuf, part pour l'armée en septembre 1792. Peinture de Leon Cogniet, 1833-1836. BRIDGEMAN IMAGES VIA AFP/
Terre, au centre du Système solaire. Eh bien, il s’agit maintenant de privilégier enfin la bonne gestion au lieu de boucler des budgets stupides, ultra-déficitaires et porteurs de récession, en augmentant, comme l’an dernier, à la fois les dépenses et les impôts pour complaire au PS. Gageons que ce sera encore le cas, faute de majorité, de la prochaine loi de finances.
Si nous continuons sur la voie de la facilité en 2027 avec d’autres gouvernants invertébrés sans vision ni courage, c’est peut-être une autre révolution qui nous attend, tragique celle-là, comme ces chamboule-tout qui frappent les vieilles sociétés vermoulues pour les asservir, au nom d’une prétendue « justice sociale », sous la tyrannie de minorités agissantes. Même si l’Histoire ne repasse pas toujours les plats, on peut considérer que pas mal d’éléments déclencheurs sont en place, en cet automne, pour une énième resucée de la Révolution française, après celles de Juillet (1830), de Février (1848) ou de la Commune (1871).
Sommes-nous vraiment en 1789 ? Comme il y a deux cent trente-sept ans, notre pays est confronté à au moins cinq défis. Le spectre d’une crise financière provoquée par un endettement faramineux – la moitié des rentrées fiscales étant, à la fin de l’Ancien Régime, affectée au service de la dette. La paralysie d’une monarchie croulant sous les institutions, impôts, réglementations inutiles. La plus haute cour de justice, jadis le Parlement de Paris, qui se dresse contre l’État. La marmelade idéologique qui tient lieu de cervelle à une partie de l’opinion et de notre jeunesse. Sans parler du dérèglement climatique avec des canicules délirantes suivies par des intempéries démentielles comme celles qui, en 1788, un an avant l’explosion, ravageaient les récoltes. Que de similitudes dans cette convergence des crises !
C’est pourquoi La Révolution française*, le livre de Jean-Christian Petitfils, tombe à pic. Après plusieurs biographies de référence – notamment son Jésus ou son Louis XVI –, l’auteur nous donne un bel exemple d’histoire totale, comme si on y était, où se mêle, dans un grand récit fluvial, tout ce qu’il a pu dénicher au terme d’un travail titanesque dans les trous de serrure, les ouvrages de l’époque, les publications officielles, les journaux personnels, etc. Chapeau, l’historien ! N’étant pas une sensibilité de gauche, il se veut objectif, ménageant ses (nombreux) collègues robespierristes qu’il cite souvent. Il est certes moins virulent qu’Hippolyte Taine dans son sublime chef-d’œuvre Les Origines de la France contemporaine (Bouquins). Mais, à la fin, le bilan de la Révolution, bonne et mauvaise conscience de notre héritage politique, n’en est pas moins cruel.
C’est ainsi que nous vivons depuis, au rythme d’une guerre civile froide qui, le terrorisme intellectuel aidant, atteint des niveaux paroxysmiques. D’où, observe Jean-Christian Petitfils, « ce cancer de la jalousie » et la haine obsessionnelle des « riches ». D’où la volonté de « faire taire l’adversaire au nom de la loi », à défaut de pouvoir le guillotiner. L’Histoire bégaye et, sous les drapeaux rouges de La France insoumise, les sans-culottes sont revenus, comme les tristement célèbres « exagérés » et « enragés » de 1793. La famille Addams est de toutes les époques. C’est pourquoi on ne peut lire cette fresque sans un léger malaise, comme si elle nous parlait de nous aujourd’hui. Comme disait Elie Wiesel, « ceux qui ne connaissent pas l’Histoire s’exposent à ce qu’elle recommence ».
* La Révolution française, de Jean-Christian Petitfils (Perrin, 960 p., 29,90 €).
Quand le centre et la droite font tout pour perdre la présidentielle de 2027…
À moins d’un an de l’échéance, le « bloc central » se voit en challenger
et cherche un chemin vers le second tour. Sans forcément bien s’y
prendre.
Le « bloc central », expression valise mélangeant choux et carottes, pro et anti-Macron, ne part pas favori, loin de là, pour 2027 : à moins d’un an du scrutin, la France porte aux nues le RN et tout ce qui est à droite de la droite. Le soi-disant « bloc » a cependant l’espoir, comme les socialistes, de se qualifier pour le second tour à la place de Mélenchon.
Ce qui ne l’empêche pas d’aligner au moins trois candidats à la présidentielle, comme s’il avait décidé de zapper 2027. Avec son profil de rassembleur, Édouard Philippe, qui fait la course en tête, a un « atout » : c’est le chouchou des médias, ce qui, dans le passé, porta malheur à Balladur (en 1995) ou à Jospin (en 2002). Apparemment, il a tout pour lui. Sauf la dynamique.
Édouard Philippe doit encore prouver qu’il pourrait avoir un jour du courage après avoir consenti, sur instruction du président, quand il était à Matignon, à saborder le nucléaire, annonçant même fièrement la fermeture de Fessenheim. Certes, il est le seul à avoir osé se prononcer pour un allongement de l’âge de la retraite à 67 ans, qui réglerait une partie de notre surendettement, mais depuis, il se tortille plus ou moins. Pourquoi, à la fin, avoir proposé sur cette question un référendum qui, s’il était perdu, ruinerait d’emblée son mandat ?
Gabriel Attal, lui, parle beaucoup mais ne dit pas grand-chose. Après Macron, les Français n’en ont-ils pas soupé de la fringance pour la fringance ? Si doué soit-il, et il l’est, Attal semble faire un tour de chauffe avant les scrutins de… 2032, 37, 42 ou 47. Même s’il a rompu avec son ex-mentor, dont il a été le Premier ministre pendant sept mois et vingt-sept jours, il reste perçu comme un héritier de Macron dont il partage la passion pour le tout-à-la-com. Il y a quelque chose en lui du Petit Prince, auquel Saint-Exupéry fait dire : « J’ai appris que le monde est le miroir de mon âme. »
Malgré ses qualités d’homme d’État, Bruno Retailleau n’a pas fait la percée, sous son plafond de verre à 10 %. Politique à l’ancienne, c’est-à-dire cultivé, le président des Républicains, apparaît comme le moins bien placé des trois candidats. La nature l’ayant doté d’une vraie bienveillance, le pas de deux de Laurent Wauquiez avec Philippe aura été pour lui une aubaine ; il s’est fait les dents en déclarant qu’il ne voulait pas « suffisamment de mal » au maire du Havre pour que Wauquiez le soutienne, lequel, ajouta-t-il, « le rend un peu plus sympathique ». Son obstination de moine-soldat peut finir par payer. Mais la situation actuelle peut encourager aussi d’autres candidatures.
David Lisnard et Robert Ménard, deux ovnis hors système, sont fondés à faire prévaloir quelques prétentions. Forts de leurs résultats impressionnants aux municipales - respectivement réélus dès le premier tour à Cannes (81,1 %) et à Béziers (63,6 %)-, ils ont montré, sur le plan local, une réelle capacité à rassembler large, bien au-delà de leur pré carré idéologique : le libéralisme économique pour le Cannois, le rétablissement de l’autorité pour le Biterrois. Armés d’un mélange de punch et de parler vrai, ils incarnent une sensibilité de la droite qui peut séduire une partie de la gauche ou du centre et qui devra être représentée, d’une manière ou d’une autre, à la présidentielle.
Les socialistes n’ont pas dit leur dernier mot. Même si Olivier Faure, le gardien de cimetière aux commandes du PS, manœuvre pour se présenter, François Hollande est, selon les derniers sondages, placé en tête par les électeurs de la gauche non éléfiste, talonné par Raphaël Glucksmann. Rien n’est joué, mais la force de l’ancien président est toujours d’être… sous-estimé. Il semble pourtant fait pour les temps de crise. La preuve, une étude du sérieux institut Fipeco, de l’excellent François Ecalle : dans son classement des gouvernements de la Ve qui ont fait le plus d’efforts structurels, hors conjoncture, pour rétablir les comptes, ceux du mandat de Hollande (mais oui!) sont arrivés en deuxième position – certes en augmentant les impôts !- derrière l’assainissement de Juppé au début du premier septennat de Chirac. Lanterne rouge, Macron, avec Philippe, son Premier ministre de 2017 à 2020, fait figure de cancre avéré.
Sismiques sont les défis qu’auront à relever les vainqueurs de 2027 qui sera, selon Bruno Retailleau, « l’élection de la dernière chance ». C’est ce qu’on dit avant chaque scrutin. Mais, alors que se multiplient les crises systémiques – dette, immigration, justice, désindustrialisation, etc. -, on est fondé à croire que ça n’a jamais été aussi vrai.
Franz-Olivier Giesbert
https://www.lepoint.fr/editos-du-point/quand-le-centre-et-la-droite-font-tout-pour-perdre-la-presidentielle-de-2027-X6IW6CRNWVEZBFJIQRUMG6UBFU/
Coincée entre une conjoncture mondiale défavorable et une situation budgétaire inquiétante, la France se retrouve contrainte de payer toujours plus cher pour financer ses dépenses publiques. → https://l.lefigaro.fr/FPrQ
Bonnet d’âne de la zone euro, la France voit son taux d’emprunt à 10 ans atteindre 4,27%, au plus haut depuis 2008
L’indicateur est suivi comme le lait sur le feu par les experts de Bercy et il vient de largement déborder. Le taux d’intérêt payé par la France sur ses emprunts à 10 ans a atteint 4,27% ce mercredi. Il s’agit du chiffre le plus élevé depuis la crise financière de 2008. Concrètement, cela signifie que le prix payé par Paris pour obtenir l’argent nécessaire afin de combler son déficit et faire face à ses échéances de dette va grimper. Une mauvaise nouvelle de plus, alors que le pays fait face à une situation budgétaire très dégradée et que la préparation du budget 2027 s’annonce comme un long chemin de croix.
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