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décembre 22, 2025

Les partis politiques : une étude sociologique des tendances oligarchiques de la démocratie moderne

L’illusion de la démocratie : la « loi d’airain de l’oligarchie » 
 
 Le danger est évident : la révolution sociale ne transformerait pas la classe dirigeante tangible et visible d’aujourd’hui, ouvertement reconnue comme telle, en une oligarchie démagogique secrète, opérant sous couvert d’égalité. 
ROBERT MICHELS 
 

En 1911, le sociologue germano-italien Robert Michels (1876-1936) publiait son ouvrage *Zur Soziologie des Parteiwesens in der modernen Demokratie: Untersuchungen über die oligarchischen Tendenzen des Gruppenlebens* (Les partis politiques : une étude sociologique des tendances oligarchiques de la démocratie moderne). Il y formule la « loi d’airain de l’oligarchie ». Selon Michels, les démocraties tendent vers l'oligarchie : le pouvoir d'une minorité sur la majorité.<sup>1</sup> Tôt ou tard, un petit groupe, les élites partisanes, rusées et avides de pouvoir, prend le pouvoir. S'instaure alors le règne des élus sur les électeurs. Croire que la démocratie confère aux électeurs l'autonomie est donc une illusion. Michels avance trois raisons pour expliquer ce transfert de pouvoir des électeurs, de la base partisane, vers les élus. 
 
 

 
 
Premièrement, l'autogouvernement des masses est impossible, même en théorie. La démocratie a besoin de partis. Les partis sont des organisations et, comme toute organisation, un parti a besoin d'une direction ferme. Cela permet de placer à des postes clés des personnes possédant les aptitudes nécessaires (expertise, leadership, affirmation de soi, etc.). Un leadership professionnel émerge. Deuxièmement, la masse des électeurs est ignorante et n'est pas souveraine dans son propre destin. La majorité des gens ne sont pas en mesure de formuler leur volonté politique de manière rationnelle. Ils recherchent un leadership politique. Troisièmement, les membres des élites du parti possèdent la supériorité personnelle, intellectuelle et charismatique nécessaire pour rallier les masses et les délégués du parti et se constituer un réseau d'influence. 
 
Une fois que ce groupe relativement restreint d'élites a atteint les centres du pouvoir – une fois qu'une oligarchie partisane s'est développée –, elle commence, selon Michels, à s'isoler et à se protéger de la concurrence. Grâce à leur supériorité intellectuelle, leur volonté d'affirmer leur autorité et leur accès aux ressources financières, les membres de l'élite peuvent consolider leur notoriété en tant que représentants élus, donner l'apparence d'agir pour le bien commun, se rendre inviolables et faire taire toute contestation politique.² Les oligarques du parti utilisent leur position de pouvoir incontestable à leurs propres fins. Ils se mettent à poursuivre des objectifs qui ne correspondent plus à la base du parti ni à la volonté des électeurs. 
 
Les thèses de Michels sont-elles transposables à l'époque actuelle ? Offrent-elles un cadre d'interprétation pertinent pour les événements sociopolitiques contemporains ? On pourrait de prime abord penser que l’« oligarchisation de la démocratie » est contenue s’il existe une réelle concurrence entre les partis pour le pouvoir. Tant que les électeurs peuvent voter pour des partis concurrents, une oligarchisation peut se produire au sein de chaque parti, mais pas une oligarchisation du pouvoir gouvernemental en tant que tel. Or, cet espoir se révèle illusoire.
 
Tous les partis courtisent les électeurs. Et ces derniers votent pour les partis dont ils espèrent que les programmes et les politiques amélioreront leur situation personnelle. Les partis ont donc intérêt non seulement à répondre aux aspirations des électeurs à une redistribution des richesses, mais aussi à les encourager. Dans la course au pouvoir, ceux qui aspirent à être élus rivalisent d'ingéniosité pour gagner le plus de voix possible grâce à des « cadeaux électoraux ». C'est précisément cet achat de votes, qui a lieu en démocratie, qui étaye la thèse de Michels. 
 
Toute forme de gouvernement – ​​dictature, aristocratie ou démocratie – repose sur l'approbation, ou du moins la tolérance, de l'opinion publique. Les gouvernants sont minoritaires face aux gouvernés. Si la conviction se répandait parmi les gouvernés qu'ils doivent se débarrasser des dirigeants, un renversement serait inévitable. Les partis et leurs oligarques le savent. Afin de conserver leur pouvoir, ils misent donc sur la « persuasion », par exemple en veillant à ce que l'éducation et la formation enseignent à la population l'indispensabilité du système démocratique des partis. De plus, ils appliquent le principe du « diviser pour régner ». Les recettes fiscales servent à acheter des votes. Et pour éviter toute résistance, tout est mis en œuvre pour dissiper les soupçons concernant l'existence de « victimes nettes de l'impôt » et de « profiteurs nets de l'impôt ». 
 
Cependant, comme tous les partis rivalisent de la même manière pour obtenir les faveurs de la majorité, le contenu de leurs programmes converge plus ou moins. De fait, un cartel de partis se forme, ouvrant la voie à l'oligarchisation de la démocratie. Une fois la concurrence entre les partis paralysée, les oligarques politiques disposent d'une grande marge de manœuvre. Des politiques extrêmes peuvent alors être mises en œuvre relativement facilement, ce qui serait beaucoup plus difficile si la démocratie participative fonctionnait réellement – ​​comme le démantèlement de la souveraineté nationale au profit d'autorités supranationales ou la « politique d'ouverture des frontières ». 
 
 Le « mondialisme politique » porte la marque indéniable d'un socialisme démocratique oligarchisé : de petits groupes prennent des décisions de grande envergure, souvent en catimini ; des intérêts particuliers (banques et grandes entreprises) obtiennent des privilèges ; Les parlementaires facilitent volontairement le développement du pouvoir oligarchique. Si l'on suit Michels, rien ne permet de croire qu'en démocratie (plus précisément, en socialisme démocratique), la volonté des électeurs détermine le gouvernement. Au contraire, le pouvoir revient à une élite oligarchique. 
 
Un autre aspect mérite d'être abordé : le rôle des professionnels au sein des institutions que le socialisme démocratique engendre en grand nombre. Ces institutions – qu'il s'agisse de sécurité sociale, de retraite, d'assurance maladie, de banques centrales ou d'autorités de surveillance financière – ont un point commun : elles se caractérisent par une complexité et une confusion croissantes. La raison ? Toutes ces institutions étatiques sont développées, gérées et modifiées par des soi-disant experts, spécialistes de leur domaine. Les personnes extérieures ne peuvent y apporter aucune contribution. 
 
Ainsi, ce sont les experts que les politiciens consultent lorsqu'un système dysfonctionne et que des solutions sont recherchées. Or, ces experts ne se distinguent pas seulement par leur expertise. Ils se différencient surtout par leur soutien inconditionnel aux principes fondateurs de ces institutions. Face aux problèmes, les institutions s'adaptent et se transforment, tout en respectant les principes fondateurs : « Une fois l'appareil en place, son développement futur sera déterminé par ce que ceux qui ont choisi de le servir considèrent comme ses besoins. »³ 
 
 Ce sont surtout les experts qui créent une dépendance au sentier : une fois prises, les décisions limitent le champ des décisions futures ; il devient de plus en plus difficile de les réviser ou de les abandonner. Comment le socialisme démocratique et son leadership oligarchique peuvent-ils tirer profit de cette dépendance au sentier ? Comme l'a montré le chapitre précédent, la tentative de construire un socialisme démocratique mondial en unifiant, par la langue, la culture et la religion, les populations des différentes nations du monde grâce aux migrations, se heurterait à des obstacles considérables, apparemment insurmontables.
 
Une autre possibilité, plus prometteuse pour les socialistes démocrates, consiste à créer une monnaie mondiale unique. Cela présenterait deux avantages. En effet, une monnaie unique pour le monde est économiquement optimale, comme démontré au chapitre 8. Par ailleurs, le système actuel de monnaies fiduciaires nationales peut être facilement, du moins d'un point de vue technique, converti en une monnaie mondiale unique, gérée par une banque centrale mondiale. Ainsi, le développement économique et social mondial serait soumis à un pouvoir politique central d'une ampleur inédite. 
 
 Pour les partisans du socialisme démocratique, la création d'une monnaie mondiale unifiée représente donc une stratégie extrêmement séduisante pour concrétiser leur vision constructiviste d'une ère où ils peuvent orienter les événements socio-économiques de la planète selon leurs exigences politiques. L'histoire monétaire récente, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, illustre clairement l'influence considérable des idées du socialisme démocratique sur le système monétaire mondial. Ce point sera examiné plus en détail dans le chapitre suivant. 
 
Cet article est adapté du chapitre 15 de *The Global Currency Plot*.

 

Dr. Thorsten Polleit is Honorary Professor of Economics at the University of Bayreuth and President of the Ludwig von... 
 



  • 1

    In addition to Michels, Vilfredo Pareto (1848–1923), Gaetano Mosca (1858–1941) and José Ortega y Gasset (1883–1955) are among the most important thinkers who have dealt with elite rule. The British historian Niall Ferguson (b. 1964) has recently subjected the topic to a new perspective in his book The Square and the Tower: Networks, Hierarchies and the Struggle for Global Power (London: Penguin Random House UK, 2017) as competition between hierarchies and networks.

  • 2

    F. A. Hayek dealt with the question in detail as early as 1944: Why do the worst reach the top in socialist apparatuses? See Hayek, The Road to Serfdom, chap. 10.

  • 3

    F. A. Hayek, The Constitution of Liberty (Chicago: University of Chicago Press, 1960), p. 291.

     

     


 

Oligarchie

L'oligarchie (du grec ὀλιγαρχία, de ὀλίγος, peu nombreux, et ἄρχω, commandement) est une forme de gouvernement où le pouvoir repose effectivement sur un petit nombre de personnes. 

Le sociologue italien Robert Michels (élève de Max Weber) formula une Loi d'airain de l'oligarchie, selon laquelle toute organisation politique aboutit à une division entre une minorité dirigeante et une majorité dirigée, la démocratie n'étant ainsi qu'une illusion :

«  Qui dit organisation dit tendance à l’oligarchie. Dans chaque organisation, qu’il s’agisse d’un parti, d’une union de métier, etc., le penchant aristocratique se manifeste d’une façon très prononcée. Le mécanisme de l’organisation, en même temps qu’il donne à celle-ci une structure solide, provoque dans la masse organisée de graves changements. Il intervertit complètement les positions respectives des chefs et de la masse. L’organisation a pour effet de diviser tout parti ou tout syndicat professionnel en une minorité dirigeante et une majorité dirigée. »
    — Robert Michels, Les Partis Politiques, Essai sur les tendances oligarchiques des démocraties

Bertrand de Jouvenel rappelle que « le Pouvoir est commandement, et tous ne peuvent commander. La souveraineté du peuple n'est donc qu'une fiction et c'est une fiction qui ne peut être à la longue que destructrice des libertés individuelles. » (Du Pouvoir, 1945)

Le marxisme-léninisme, malgré sa prétention à représenter la classe ouvrière, est une illustration de la prise du pouvoir par une oligarchie en URSS : le concept léniniste d'unité de la volonté et le centralisme démocratique conduisent inéluctablement à un pouvoir oligarchique dictatorial confié à ceux qui sont à la tête du parti. Cette nécessité de l'unité de la volonté se retrouve également dans les partis démocratiques, ce qui avantage les professionnels de la manipulation de la parole et des combines partisanes au détriment des simples militants.

Pour Mencius Moldbug, tous les États occidentaux sont devenus des oligarchies bureaucratiques, la démocratie ne pouvant, en pratique, qu'osciller entre une oligarchie pratiquant l'auto-sélection et une ochlocratie (la loi de la masse). 

Bibliographie

  • 2019 : La loi de fer de l’oligarchie, Dalmacio Negro Pavón, l’Artilleur/Toucan

Voir aussi

Citations

  • Le gouvernement par une élite est peut-être inévitable. Mais cela ne signifie pas que l'on doive jeter l'illusion d'une démocratie pure dans les poubelles de l'histoire. Au contraire, la loi d'airain de l'oligarchie elle-même fournit la meilleure raison de conserver vivante l'illusion démocratique. Le pragmatisme américain a depuis longtemps reconnu qu'une idée peut être une illusion et cependant jouer un rôle vital et très positif pour motiver les gens à agir selon elle. (Lee Harris)
  • Le but d'un homme d'État n'est pas de supprimer les sources de son pouvoir, mais bien au contraire de les augmenter et de les concentrer dans les mains de quelques-uns. (Bertrand Lemennicier)
  • Ils veulent être bergers, ils veulent que nous soyons troupeau. Cet arrangement présuppose en eux une supériorité de nature, dont nous avons bien le droit de demander la preuve préalable. (Frédéric Bastiat, La Loi)
  • L’État est le plus beau type de l’égoïsme individuel, et ce serait un leurre de croire, en nos temps où le gouvernement se proclame émané du peuple, que les deux volontés populaire et gouvernementale soient coïncidantes. Il est manifeste que l’État a une volonté distincte, absolument propre et d’autant plus puissante qu’elle est plus individuelle ; car si elle n’était que la moyenne des volontés individuelles, elle serait quelque chose d’indéterminé, d’essentiellement fluctuant, indécis, et qui aboutirait à l’immobilité. Il a une volonté d’individu, parce que, derrière le concept État, il y a effectivement des oligarques en nombre déterminé qui lui donnent sa vie réelle. (Henri Lasvignes, Max Stirner)
  • Tout pouvoir politique institue nécessairement une cheiristocratie, pouvoir détenu par les pires éléments de la société, les plus parasites, les plus manipulateurs, les plus dénués de scrupules, etc. Pour autant qu'on pourra appeler les membres de la classe dominante une aristocratie, ce sera donc une aristocratie du parasitisme politique. (Faré)
  • Qu’on soit en monarchie, ou en démocratie, peu importe. C’est toujours une oligarchie qui est maîtresse. Parler d’une démocratie véritable, c’est parler d’une sphère carrée, d’un bâton sans bout. (Georges Palante, Combat pour l’individu)

 

 

 

 

 

 

décembre 10, 2025

Et si l'argent devenait obsolète via Elon Musk ?

Elon Musk affirme que l'argent deviendra obsolète. A-t-il raison ?

Lors du Forum d'investissement américano-saoudien du 19 novembre 2025, le géant de l'entrepreneuriat Elon Musk a partagé avec son auditoire sa vision d'un avenir façonné par les progrès de l'intelligence artificielle (IA) et de la robotique. Il a notamment déclaré : « À mon avis, si l'on attend suffisamment longtemps – en supposant que l'IA et la robotique continuent de progresser, ce qui semble probable – l'argent perdra toute pertinence. » 

 


 

Un avenir où l'argent n'aura plus sa place ? Est-ce vraiment possible, ou du moins probable ? Pour répondre à ces questions, rappelons-nous d'abord pourquoi l'humanité a besoin d'argent depuis des millénaires. 

Les manuels d'économie classiques recensent trois raisons principales de détenir de la monnaie : son rôle d'intermédiaire des échanges, d'unité de compte et de réserve de valeur. Pourtant, une raison plus profonde précède et détermine en définitive toutes ces raisons : l'incertitude (ou l'imprévisibilité) de l'action humaine. 

Si tout était parfaitement prévisible, l'humanité n'aurait effectivement plus besoin d'argent. Aujourd'hui, chacun connaîtrait déjà tous ses objectifs futurs, ses besoins, les ressources disponibles, les prix, etc. Dans un tel monde, nous pourrions tout organiser dès aujourd'hui afin que l'offre de biens disponibles à l'avenir corresponde parfaitement à la demande future. 

Mais comme l'avenir est incertain, les êtres humains sont incapables de savoir aujourd'hui ce dont ils auront besoin ou envie demain. Ils doivent donc se préparer dès maintenant aux changements futurs qu'ils ne peuvent ni prévoir ni évaluer pleinement. Et c'est précisément cette incertitude quant à l'avenir qui explique la demande de monnaie. Ludwig von Mises (1881-1973) l'exprimait ainsi (p. 377) : « C'est uniquement parce qu'il y a du changement, et parce que la nature et l'ampleur de ce changement sont incertaines, que l'individu doit détenir de l'argent liquide.» 

Détenir de l'argent permet aux individus de faire face à l'incertitude. Cela les rend plus aptes à l'échange et leur permet de réagir aux changements de circonstances de la manière qui leur convient le mieux. Bien sûr, on peut aussi se préparer aux événements futurs incertains en détenant des biens de consommation courante (nourriture, vêtements, etc.). Mais détenir de l'argent est particulièrement simple et efficace, car il s'agit du moyen d'échange universellement accepté, le bien le plus facilement commercialisable. 

L'affirmation de Musk selon laquelle l'argent pourrait devenir superflu (et donc perdre son pouvoir d'achat) présuppose par conséquent que l'incertitude quant à l'avenir des actions humaines peut (ou va) disparaître. À première vue, on pourrait penser que cela pourrait être une conséquence de l'IA, de la robotique ou d'autres avancées technologiques. 

Cependant, à y regarder de plus près, cette conclusion ne tient pas. Deux raisons principales l'expliquent : premièrement, la nature, dans laquelle vivent les humains, ne peut (d'après toute l'expérience) être parfaitement prévisible. Les circonstances changent, souvent de manière totalement imprévisible : des catastrophes naturelles (éruptions volcaniques, inondations, etc.) surviennent de façon inattendue, ou des régions auparavant inhabitables deviennent soudainement habitables en raison de changements climatiques. La nature engendre constamment une incertitude à laquelle les humains doivent faire face. 

 La seconde raison, et la plus déterminante pour cette question, est la suivante : les actions humaines elles-mêmes ne peuvent être prédites par des méthodes scientifiques. Ludwig von Mises (1881-1973) avait déjà souligné que l'action humaine ne peut être expliquée, n'est pas prévisible, par exemple, sur la base de facteurs biologiques ou chimiques externes ou internes :

Les sciences de l'action humaine partent du constat que l'homme poursuit délibérément des fins qu'il a choisies. C'est précisément ce que toutes les formes de positivisme, de béhaviorisme et de panphysicalisme s'efforcent soit de nier complètement, soit de passer sous silence. Or, il serait absurde de nier que l'homme se comporte manifestement comme s'il poursuivait réellement des fins précises. Ainsi, le déni de la finalité des attitudes humaines ne peut se maintenir que si l'on suppose que le choix des fins et des moyens n'est qu'apparent et que le comportement humain est en définitive déterminé par des phénomènes physiologiques pleinement descriptibles par la physique et la chimie.

 

Même les plus fervents défenseurs de la « Science unifiée » hésitent à affirmer sans ambiguïté cette formulation abrupte de leur thèse fondamentale. Cette réticence se justifie. Tant qu'aucune relation précise n'est établie entre les idées et les événements physiques ou chimiques dont elles constitueraient la suite logique, la thèse positiviste demeure un postulat épistémologique issu non d'une expérience scientifiquement validée, mais d'une vision métaphysique du monde. Les positivistes nous annoncent qu'un jour une nouvelle discipline scientifique verra le jour, qui tiendra leurs promesses et décrira en détail les processus physiques et chimiques produisant dans le corps humain des idées précises. Ne nous querellons pas aujourd'hui sur de telles questions d'avenir. Il est toutefois évident qu'une telle proposition métaphysique ne saurait invalider les résultats du raisonnement discursif des sciences de l'action humaine. 

Hans-Hermann Hoppe a par la suite donné à l'argument de Mises un fondement action-logique rigoureux : l'être humain se caractérise par sa capacité d'apprendre (Lernfähigkeit). Apprendre signifie, avant tout, qu'une personne agissante ne peut connaître d'emblée son propre stock futur de connaissances – ni celui de tous les autres – qui déterminera ses actions futures. 

La raison : on ne peut nier de manière contradictoire la capacité d’apprentissage humaine ; la négation de l’affirmation « Je peux apprendre » est logiquement contradictoire, car elle est vraie a priori. Dire « Les humains ne peuvent pas apprendre » revient à commettre une contradiction performative : en faisant cette affirmation, vous présupposez que votre interlocuteur ne le sait pas encore, mais qu’il peut l’apprendre – sinon, vous ne prendriez pas la peine de le dire. 

 (D’ailleurs, les enseignants, les professeurs et les scientifiques, en particulier, présupposent tous que les humains peuvent apprendre. Autrement, ils ne chercheraient même pas à découvrir et à diffuser de nouvelles connaissances, ni pour eux-mêmes ni pour les autres. Tout professeur qui nierait la capacité d’apprendre serait un cynique, voire un charlatan.) 

 Et dire « Les humains peuvent apprendre à ne pas apprendre » revient à présupposer la capacité d’apprendre – c’est-à-dire qu’on peut apprendre qu’on ne peut pas apprendre – ce qui est manifestement faux et constitue une contradiction flagrante. Puisque la capacité d’apprendre des êtres humains en action ne peut être niée sans contradiction — et est donc logiquement vraie a priori —, on ne peut pas non plus savoir aujourd’hui comment les gens agiront à l’avenir : l’acteur ne connaît ni sa propre connaissance future qui déterminera ses actions, ni la connaissance future des autres qui façonnera leurs actions.

On peut croire que l'humanité sera un jour capable de prédire parfaitement les forces naturelles futures – une proposition discutable. Ce qui est indéniable, en revanche, c'est que l'action humaine future deviendra prévisible ou pourra être modélisée comme une fonction impulsion-réponse (« si A se produit, alors B s'ensuit »). 

Bien sûr, cela ne signifie pas que tout dans l'action humaine soit incertain et imprévisible – ni que tout soit certain. Au contraire, pour des raisons purement logiques, là où il y a certitude, il y a forcément incertitude ; et là où il y a incertitude, il y a forcément certitude. La logique de l'action humaine nous apprend qu'il existe des choses dans l'action humaine que nous savons avec une certitude absolue : que les humains agissent ; que l'acteur poursuit les objectifs qu'il cherche à atteindre avec des moyens limités ; que l'action requiert nécessairement du temps, faisant du temps un moyen indispensable pour l'acteur ; et bien d'autres choses encore. Mais la logique de l'action humaine nous apprend aussi : scientifiquement, nous ne pouvons pas savoir avec certitude comment et quand les humains agiront à l'avenir – et la raison en est que les humains peuvent apprendre, une affirmation qu'on ne peut nier sans contradiction et qui est donc vraie a priori. 

Tant que l'action humaine future se déroulera dans un climat d'incertitude – tant qu'il existera des aspects de l'action humaine soumis à l'incertitude – la raison pour laquelle les gens continueront à réclamer de l'argent à l'avenir (aussi avancé technologiquement soit-il) demeure. C'est pourquoi l'argent conservera sa valeur et ne deviendra jamais obsolète. 

Ou bien Elon Musk croit-il peut-être que les humains du futur fonctionneront selon une « logique différente » de la nôtre ? Cela serait difficile, voire impossible, à concevoir. Car notre logique est la condition préalable à toute pensée cohérente. On ne peut même pas formuler l'idée que « la logique pourrait changer » sans s'appuyer sur notre logique actuelle – et plus précisément sur le principe de non-contradiction (selon lequel une même affirmation ne peut être à la fois vraie et fausse, dans le même sens). 


 

Tout être futur (humain, post-humain, IA, extraterrestre, etc.) que nous considérons capable de pensée cohérente, de communication ou de science devrait utiliser les mêmes principes logiques fondamentaux que nous – car ce sont ces principes qui rendent la pensée cohérente possible pour nous. On pourrait spéculer : peut-être que des IA super intelligentes ou des consciences téléchargées penseront un jour d'une manière littéralement inimaginable pour nous, opérant selon une « nouvelle logique ». Mais même une telle pensée repose sur la logique que nous connaissons : tout être qui affirme que « notre logique est différente de la vôtre » présuppose déjà nos catégories logiques d'identité, de non-contradiction et de différence. 

Si un homologue possédait réellement une logique différente, il est fort probable que nous serions incapables de la comprendre, et encore moins de communiquer avec lui. En fait, on pourrait même se demander si un tel homologue nous apparaîtrait comme humain. Par conséquent, si Elon Musk pense réellement que l'argent deviendra un jour superflu pour les humains, cela ne pourrait se produire que dans un monde incompréhensible pour nous, un monde où la logique et l'action humaine n'auraient plus cours.

Thorsten Polleit


 

Dr. Thorsten Polleit is Honorary Professor of Economics at the University of Bayreuth and President of the Ludwig von Mises...

https://mises.org/mises-wire/elon-musk-claims-money-will-become-irrelevant-he-right


Focus : Elon Musk prédit la fin de l’argent et un avenir en or pour le Bitcoin face à une « crise » de 38,3 billions de dollars 

Elon Musk a dévoilé une vision radicale de l’avenir économique. Il s’exprimait le 1er décembre 2025 lors d’un podcast avec l’entrepreneur Nikhil Kamath. Le PDG de Tesla et SpaceX prédit la fin de l’argent. La monnaie fiduciaire disparaîtra progressivement. L’énergie deviendra la « vraie monnaie » fondamentale. Il voit une crise imminente de la dette américaine. Celle-ci a franchi 38,3 billions de dollars. Dans ce scénario, Elon Musk estime que le Bitcoin (BTC) est le principal bénéficiaire. Il le positionne comme un pont énergétique vers ce nouvel ordre économique.

 


 

Musk prédit la fin de l’argent et l’avènement de l’énergie

Elon Musk a partagé sa vision économique lundi. Selon le PDG de Tesla, l’argent disparaîtra en tant que concept. Cela se produira dans les décennies à venir. L’intelligence artificielle (IA) et la robotique avancée satisferont tous les besoins humains.

Musk a été très clair sur ce point. « Si l’IA et la robotique sont suffisantes, alors l’argent n’existe plus ». Sa pertinence diminue fortement dans ce cas. Son raisonnement est économique. La monnaie sert à allouer le travail. Elle distribue les ressources. Dans un monde post-pénurie, ce mécanisme devient superflu.

Il a même cité la série de science-fiction « Culture » (Iain Banks). Cette civilisation vit sans système monétaire.

Musk a toutefois précisé un point. Toute forme de valeur ne disparaîtra pas. Il affirme que l’énergie deviendra la véritable monnaie fondamentale. C’est la base de ce nouvel ordre économique. « L’énergie est la vraie monnaie. Tu ne peux pas décréter l’énergie ». Le milliardaire insiste sur la physique. Les gouvernements peuvent imprimer la monnaie. Il est très difficile de générer de l’énergie utile. Le contrôle des sources d’énergie deviendra le fondement du pouvoir.

Le Bitcoin face à la crise de la dette américaine

C’est ici que Musk positionne le Bitcoin. Il le voit comme l’instrument de transition idéal. Le système de Preuve de Travail (Proof of Work) du Bitcoin fonctionne. Il lie directement la valeur numérique à la consommation d’électricité. « C’est pourquoi je dis que Bitcoin repose sur l’énergie », a insisté Musk.

Il oppose le Bitcoin à l’or ou au fiat. Les gouvernements « peuvent éditer [le fiat] à volonté ». Le Bitcoin offre une protection contre cette manipulation. Son ancrage énergétique le rend plus proche de la physique que de la politique.

Ces prédictions interviennent dans un contexte d’urgence fiscale. La dette nationale américaine a franchi un seuil historique. Elle a atteint 38,34 billions de dollars le 26 novembre 2025. C’est plus du double de sa valeur d’il y a dix ans.

Les intérêts servis sur cette dette s’accélèrent. Maintenir la dette coûte 104 milliards de dollars par mois (depuis octobre). Cela représente 15% des dépenses fédérales prévues pour 2026. Pour l’année 2024, le total des paiements d’intérêts a atteint 1,22 billion de dollars.

L’IA comme solution et le « trade de la dépréciation »

Pour Elon Musk, la solution à cette crise est claire. Elle réside dans une explosion de productivité. L’IA et la robotique doivent la générer. « C’est à peu près la seule chose qui va résoudre la crise de la dette américaine ».

Le milliardaire anticipe une échéance courte. Dans trois ans ou moins, la production de biens dépassera l’inflation. Cette dynamique pourrait déboucher sur une « déflation substantielle ». Cela réduirait mécaniquement le poids de la dette existante.

« Après cela, la déflation s’installera probablement », a prédit Musk. Les taux d’intérêt tomberont à zéro. La dette deviendra un problème moins pressant.

Ces déclarations soutiennent une stratégie d’investissement. Le Bitcoin et l’or connaissent une dynamique haussière. On l’appelle le « trade de la dépréciation ». Cette stratégie parie contre les devises conventionnelles. Elle investit dans des actifs à offre limitée.

Musk lui-même supervise près de 2 milliards de dollars en Bitcoin. Ces fonds sont détenus par Tesla et SpaceX. Il continue de soutenir le Bitcoin. Il apprécie aussi sa cryptomonnaie favorite, le Dogecoin. En août 2025, il avait annoncé que son « America Party » prioriserait le Bitcoin sur le dollar.

Pour conclure Elon Musk et le Bitcoin

En définitive, Elon Musk dessine un avenir en deux temps. D’abord, une crise de la dette à court terme (38,3 billions). Ensuite, une révolution de l’IA menant à la déflation. Le Bitcoin est positionné comme une assurance. Il sert de pont entre notre monde fiduciaire et un futur basé sur l’énergie. Ces prédictions dépendent de progrès technologiques majeurs. Leur réalisation reste incertaine. Pour l’instant, les monnaies nationales dominent. Le Bitcoin fonctionne comme un actif spéculatif. Il est aussi une alternative monétaire émergente pour ceux qui partagent cette vision.


 

 

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