janvier 25, 2026
Comment un membre de l'AFD d'Allemagne voit les libertariens comme des "gauchistes" !
décembre 07, 2025
Le grand voyage des idées politiques - Gauche libérale !
Comment des notions nées à gauche ou à droite se sont retrouvées de l’autre côté du paysage politique. De la Révolution française à nos jours, la carte idéologique des valeurs a souvent été rebattue quand elle ne s'est pas tout simplement inversée.
| Nationalisme | Égalité en droit |
| Individualisme | Égalité de fait |
| Collectivisme | Protectionnisme |
| Progressisme | Écologie |
| Cosmopolitisme | Religion |
| Conservatisme | Travail |
| Mérite | Puritanisme |
Nationalisme
À la Révolution française, le nationalisme est une idée de gauche.
Le peuple se libère du roi, forme une nation souveraine. C’est le peuple
qui se « réuni en nation » pour fonder la légitimité politique. Le
nationalisme y désigne le mécanisme de réunion du peuple autour d’un
idéal de liberté individuelle.
Un siècle et demi plus tard, le nationalisme est rejeté par la gauche et
par le gaullisme au nom d’un internationalisme bienveillant. « Le
patriotisme, c'est aimer son pays. Le nationalisme, c'est détester celui
des autres » (de Gaulle). « Le patriotisme, c'est l'amour des siens. Le
nationalisme, c'est la haine des autres » (Romain Gary).
Le nationalisme devient pour la gauche un marqueur de droite associé aux
notions d’enracinement, de protection et de devoir. Le terme est
aujourd’hui approprié par la droite mais certaines de ses composantes
extrêmes le rejettent toujours pour lui préférer le patriotisme qui lui,
n’a jamais été connoté à gauche.
Individualisme
L’individualisme naît à gauche : c’est l’émancipation de l’individu
face aux ordres, aux traditions, à l’Église, l’homme libre et éclairé,
maître de son destin.
Aujourd’hui, c’est la droite (au moins libérale) qui le revendique :
réussite personnelle, liberté de choix, responsabilité individuelle.
La gauche, elle, dénonce désormais ses excès au nom du bien collectif et
de l’intérêt général en oubliant son attachement passé à l'émancipation
individuelle.
Collectivisme
À l’origine, la collectivité est de droite : famille, clan, religion, ordre social, corporations.
La gauche révolutionnaire combat ces appartenances au nom de l’émancipation individuelle.
Puis, au XIXe siècle, le collectivisme envahit progressivement la gauche
jusque là libérale avec la montée du socialisme : propriété collective,
adhésion imposée à l’idéal révolutionnaire, valeurs universelles d’une
société sans classes, sortie de l’histoire.
Si le collectivisme est aujourd’hui une valeur phare de la gauche
socialisante, les valeurs du collectivisme de droite n’ont pas disparues
et retrouvent même un regain de vigueur avec les notions d’appartenance
civilisationnelles et religieuses.
Seule une petite minorité libérale résiste.
Progressisme
Le progrès est un grand marqueur de la gauche aux XIXe et XXe siècle.
La science, la technique et la raison servent la marche en avant de l’humanité et bousculent l’ordre établi conservateur.
Mais dans la seconde moitié du XXe siècle, les penseurs postmodernes
remettent cela en cause. Le progrès devient suspect : la science serait
une idéologie comme une autre.
La méfiance envers le progrès est accentuée par l’adhésion de la gauche à l’écologie politique.
La droite en profite pour s’approprier le progrès, la modernité, la
technologie, et en est devenue aujourd’hui la meilleure représentante.
Cosmopolitisme
Longtemps réservé aux élites de droite — aristocrates, diplomates,
marchands, intellectuels — le cosmopolitisme devient au XIXe siècle une
valeur de gauche avec Marx et l’internationalisme : « Prolétaires de
tous les pays, unissez-vous ! ».
En ce début de XXIe siècle, il est devenu sélectif à gauche : oui aux
migrations entrantes mais méfiance envers les expatriés, traîtres à la
nation.
Conservatisme
Le conservatisme : mot honni de la gauche révolutionnaire.
Pourtant, il revient en grâce à gauche avec l’écologie, les terroirs, le local, la lenteur, l’authentique.
La gauche défend aujourd’hui ce que la droite n’a jamais cessé d’aimer :
la préservation. Conservatisme vert, contre modernité libérale.
Mérite
Bien présent à droite, le mérite était dans l’ancien régime une des
conditions de l’anoblissement. Mais l’hérédité des titres l’a transformé
en privilèges de naissance.
Avec son mot d’ordre « La carrière ouverte aux talents », la gauche
révolutionnaire fait du mérite une valeur phare de la république.
Aujourd’hui, la gauche critique le mérite comme justification des inégalités.
La réussite devient suspecte ; l’échec, une preuve d’injustice. La
notion de « justice sociale » désigne des coupables et des victimes.
Le mérite est clairement redevenu une valeur de droite étendue à l’ensemble de la société sous l’action de la gauche.
Égalité en droit
L’égalité devant la loi est une grande conquête de la gauche
révolutionnaire. Plus de castes, plus de privilèges et l’égalité des
chances.
Après s’y être opposée : privilèges, suffrage censitaire, la droite finit par se rallier à ce nouveau concept.
Mais à partir du milieu du XXe, la gauche socialiste conteste l’égalité
de droit pour corriger les inégalités de fait. Au XXIe siècle la
discrimination positive parachève le divorce de la gauche avec l’égalité
en droit.
L’égalité des droits cède donc le pas à l’équité des résultats à gauche
tandis que la droite lui reste fidèle et l’utilise comme rempart contre
l’interventionnisme redistributeur.
Égalité de fait
Ignorée par la gauche de 1789 et de la première partie du XIXe siècle
qui récompense le talent et le mérite, l’égalité de fait est également
ignorée par la droite.
La gauche, libérale jusqu’à la fin du XIXe, se fait socialiste, puis
communiste. L’égalité de conditions devient centrale avec Marx : « De
chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins. »
La voie discordante de John Rawls tentera de rétablir l’inégalité de fait à gauche dans les années 1970, sans succès.
Au cours du XXe siècle la droite sociale chrétienne tolère de moins en moins les inégalités de fait les plus flagrantes.
Protectionnisme
Le protectionnisme est une doctrine typiquement de droite au XIXe
siècle, attachée à la patrie et à l’industrie. La gauche libérale la
combat tout au long de cette période et jusqu’au début du XXe siècle.
Fin XIXe, la gauche socialiste l’introduit dans son camp pour protéger les ouvriers.
Au XXIe siècle, la tendance s’accentue : localisme, relocalisation,
circuits courts ; le protectionnisme devient une revendication de gauche
tout en restant réclamé par une partie de la droite.
Écologie
L’écologie naît à l’extrême droite au XIXe siècle en Allemagne.
Vision organiciste, nostalgie du sol et du sang, refus du cosmopolitisme, xénophobie.
À partir des années 1970, l’écologie politique migre à gauche : critique
du capitalisme, défense des communs, altermondialisme, décroissantisme.
Aujourd’hui, elle est devenue un marqueur conservateur de la gauche.
La droite, devenue progressiste, est plus méfiante à son égard mais ne la rejette pas en tant que science.
Religion
La religion a longtemps été le bastion de la droite et l’adversaire de la gauche républicaine et laïque.
Une première brèche est ouverte dans la 2e moitié du XXe siècle avec le ralliement de chrétiens au socialisme.
Mais au XXIe siècle, la gauche redécouvre la religion sous un autre
angle : relativisme culturel, défense des minorités, respect des
croyances. Son adhésion à l’écologie comprend également une composante
religieuse panthéiste qui attribue des vertus à une nature déifiée.
La droite reste attachée à la foi pour d’autres raisons : héritage, tradition, identité.
Travail
Travail : totalement méprisé dans les valeurs de la droite avant la
révolution – on ne travaille pas, on « exerce » ses talents innés- , le
travail revient progressivement en grâce au sein de la droite au cours
du XIXe siècle. Il incarne aujourd’hui pour elle l’effort qui doit être
récompensé.
La gauche, avec Marx, en fait le pilier de la valeur et veut le
soustraire à l’exploitation capitaliste. Passée par l’exaltation du
stakhanovisme au milieu du XXe siècle, la gauche est devenue plus
méfiante à son égard. Difficile pour elle de concilier les aides
sociales et la rémunération due au travail.
Au sein des libéraux, passés de gauche au XIXe à droite au XXe, le
travail est une notion respectable mais ne peut servir d’étalon à la
valeur, qui se crée uniquement lors de l’échange.
Puritanisme
Contrairement aux idées reçues le puritanisme est d’abord né à
gauche. Si on admet l’anachronisme, le protestantisme rigoriste qui
rejette la hiérarchie et les ors de l’Église, peut être assimilé à la
gauche. Cette quête de pureté intransigeante se retrouve à la révolution
française dans le culte de l’être suprême. La bourgeoisie montante - à
gauche début XIXe - moralise les mœurs, codifie le travail, la famille,
la respectabilité. Elle emportera ces valeurs à droite lorsqu’elle sera
chassée de la gauche par la marée socialiste.
Après avoir déserté la gauche durant la deuxième moitié du XXe siècle,
le puritanisme y revient au XXIe : contrôle du langage, morale de la
faute, surveillance des comportements, voile islamique, « cancel »
culture.
La droite du XIXᵉ siècle, héritière de la noblesse et de l’église, est
jouisseuse, mondaine, attachée à la fête, à l’apparat, à la tradition.
Ce n’est qu’après 1945 (et surtout après 1968) que le puritanisme
devient de droite en réaction à la libération sexuelle à
l’individualisme hédoniste et à la perte des sens civique et religieux.
Il est aujourd’hui partagé entre la droite et la gauche.
Alain Cohen-Dumouchel
Alain Cohen-Dumouchel est ingénieur et entrepreneur dans le domaine IT. Il anime le site www.gaucheliberale.org. Ancien conseiller national d'Alternative Libérale, passionné de philosophie politique, il est convaincu que la pensée libérale doit retrouver sa place à gauche.
https://www.gaucheliberale.org/post/2025/12/03/Le-grand-voyage-des-id%C3%A9es-politiques
Gauche libérale
La Gauche libérale est une association qui vise à incarner le courant des libéraux de gauche dans le paysage politique français. Ses membres fondateurs sont pour l'essentiel des transfuges d'Alternative libérale, autour de David Poryngier. Celui-ci dit, à propos d'Alternative libérale :
| “ | Il n'y a pourtant pas grand-chose de commun entre des contribuables en colère, dont la seule préoccupation est de payer moins d'impôts, et d'authentiques progressistes attachés aux libertés individuelles, voire très en avance sur une grande partie de la gauche sur des thèmes comme la légalisation du cannabis, l'adoption par les couples homosexuels, l'immigration ou la mise en place d'un revenu universel… | ” |
| “ | Nous ne voulons surtout pas nous retrouver dans une posture caricaturalement libérale-libertaire, qui ferait de nous des gens de droite au plan économique et de gauche sur les questions sociétales. Nous avons au contraire des points de vue assez radicaux à exposer sur la crise financière, le système bancaire, les oligopoles industriels, les relations entre le pouvoir et certains grands groupes, voire les paradis fiscaux qui ne sont que rarement exposés. C'est peut-être le moment de le faire… | ” |
Manifeste
| “ | Les valeurs de la gauche : égalité des chances, laïcité, solidarité et accès au travail sans le boulet de l'économie et de la morale socialiste-communiste.
Une démocratie qui repose sur la liberté et sur la tolérance. Une pratique politique dans laquelle on ne prétend pas gouverner au nom de Sa Morale, encore moins au nom de La Morale, mais dans laquelle on essaye de limiter, autant que faire se peut, la dictature de la majorité. Un État recentré sur ses fonctions les plus essentielles. Un État fort et sûr, garant des libertés individuelles et capable de faire appliquer la loi sans faiblesse ni compromission. La réforme en profondeur de notre société pour, dans tous les domaines, aller vers une économie de marché, valoriser la prise de responsabilité et le goût d'entreprendre. Pourquoi la gauche serait-elle indéfiniment prisonnière du modèle économique dit socialiste au sens large ? Les idées de gauche : tolérance, progrès, solidarité, égalité des chances, laïcité doivent elles rester accrochées à un modèle économique et social qui n'a jamais fonctionné correctement, qui entraine inéluctablement la société vers l’appauvrissement et la restriction des libertés individuelles, quand ce n'est pas la misère les épurations politiques, la dictature puis le totalitarisme ? Pourquoi la droite, dans le but louable de défendre le dynamisme économique et la création de richesse devrait-elle hériter de toutes les valeurs réactionnaires et passéistes qui y sont traditionnellement associées : immobilisme culturel, rejet des immigrés, affairisme, refus de partage du travail, rigidité des valeurs morales ? Gauche libérale défend des idées de gauche, progressistes et modernes, applicables dans le cadre d'une éthique libérale et d'une économie de marché. Rien ne sert de se voiler la face. C'est bien le modèle libéral qui est le plus efficace, qui se marie au mieux avec la démocratie, qui génère le dynamisme économique et une amélioration des conditions matérielles. La droite libérale n'a jamais réussi à faire prospérer le modèle libéral. La théorie libérale de droite, si éloignée des conservatismes et si solide soit-elle, n'a pu dissiper le malentendu de la loi de la jungle et du chacun pour soi, que ses adversaires lui opposent à tort. Contrairement aux affirmations de la droite libérale, ce modèle ne se régule pas toujours de lui-même. Pour éviter ses dérives : enrichissement excessif de quelques-uns au détriment des autres, création de monopoles, ententes illicites, il faut des interventions intelligentes et limitées mais fermes. L'État doit veiller au libre fonctionnement des marchés. Il ne doit intervenir que pour briser les monopoles, et pour s'assurer du libre accès de tous aux marchés (et non pas au Marché). Le laissez faire des libéraux classiques doit être complété par la création artificielle de marchés destinés à résoudre des problèmes de société. Le marché ne résoudra pas seul les problèmes d'environnement, mais on peut résoudre les problèmes d'environnement avec une mécanique apparentée au marché. Au lieu de créer des monstres monolithiques et étatiques pour affronter chaque problème (chomage, logement, intégration, enseignement), il faut créer des marchés, au besoin aidés par l'État mais ouverts à tous, entreprises, associations, individus, sans clientélisme ni favoritisme. Il est temps pour la gauche progressiste d'admettre les erreurs du passé et d'arrêter de mentir par orgueil. L'étatisme, le dirigisme, l'interventionnisme sont devenus des valeurs rétrogrades et passéistes qui sont d'ailleurs largement partagées par la gauche et la droite. Gauche libérale se veut le porte-parole d'une gauche honnête, généreuse et dynamique. Elle rejette la gauche revendicative devenue synonyme d'immobilisme, de défense des avantages acquis de protectionnisme économique et culturel. |
” |
Liens externes
novembre 19, 2025
Rhôooo, bah à chaque fois que le socialisme échoue, c'est que les libéraux complotent.
Complot libéral
Le discours antilibéral se réfère régulièrement à un supposé « complot libéral » ou « complot ultralibéral » qui dirigerait le monde et aurait pour objectif la destruction des « acquis sociaux » des travailleurs[1].
Cette désignation d'un ennemi inexistant permet aux antilibéraux de s'imaginer un ennemi contre lequel se battre, tout en reflétant la méconnaissance de concepts essentiels de la doctrine libérale tel l'ordre spontané. Ce complotisme est indissociable des doctrines collectivistes : à chaque fois que le socialisme échoue, c'est que les libéraux complotent.
Illustrations
Lors de la directive Bolkenstein ou du référendum sur le traité européen de 2004, certains ont brocardé un soi-disant « complot libéral » voire « ultra-libéral » mené « contre les peuples » depuis Bruxelles. Ainsi, pour l'écrivain et journaliste Stéphane Denis, dans cette vision des choses, « l’Europe est le foyer d’un complot libéral »[2]. Plus généralement, selon le rédacteur en chef des Échos, les opposants aux réformes en France « restent persuadés qu'un grand complot libéral les menace »[3]. Des auteurs marqués à l'extrême gauche comme la militante altermondialiste canadienne Naomi Klein soutiennent quant à eux, au prix d'une déformation des idées d'auteurs comme Milton Friedman, que le libéralisme a besoin de chocs traumatisants sur la population pour être imposé contre son gré, et que les libéraux chercheraient guerres et conflits pour assurer leur domination. Théorie largement discréditée par les faits : bien loin de diminuer, le rôle de l'État s'accroît avec les crises et les guerres, y compris la guerre en Irak.
Chez les catholiques traditionalistes, dans la lignée de l'opposition catholique au libéralisme au XIXe siècle, un auteur comme Mgr Lefebvre voit un « complot libéral de Satan contre l’Église et la papauté »[4]. Des pamphlets comme Le libéralisme est un péché de Don Félix Sarda y Salvany (préfacé par Mgr Lefebvre) dénoncent davantage la franc-maçonnerie, la libre-pensée, l'athéisme, le rationalisme, le principe de souveraineté de l'individu, etc. que le libéralisme politique à proprement parler, car les gouvernements libéraux « peuvent être parfaitement et intégralement catholiques [...] s'ils reconnaissent comme base du droit public la suprématie morale de l'Église »...
Dans le milieu éducatif, habituellement très politisé, la baisse du niveau des élèves et tous les problèmes de l'Éducation nationale sont mis sur le compte, non pas de l'État et de l'administration publique, mais du néolibéralisme qui chercherait à transformer l'école en entreprise (voir par exemple J.-P. Brighelli, La fabrique du crétin).
On constate au final une entente entre extrême gauche et extrême droite pour critiquer le libéralisme. Ces deux collectivismes et constructivismes sont des protectionnismes étatistes et nationalistes, visant à l’assujettissement de l'individu sous la férule de l’État-Nation, et donc nient la liberté et la responsabilité des personnes.
Pour d'autres enfin, ce serait la Société du Mont-Pèlerin qui tirerait les ficelles dans les coulisses pour imposer le libéralisme. Un syndicat suisse la décrivait ainsi comme (sic) « une secte occulte de la mondialisation ultra-libérale [...] infiltrant la pensée unique auprès d'un maximum de chercheurs, penseurs, universitaires »[5]. Cette affirmation ne résiste pas à l'analyse : la Société du Mont-Pèlerin est une simple société de pensée, un lieu d'échanges et de débats. Le relatif secret de ce qui s'y dit exactement suffit cependant à nourrir les fantasmes les plus fous, malgré la publication de nombreuses contributions d'auteurs devant la Société et des études détaillées. En outre, si l'on imagine un instant la possibilité d'un complot, la très longue durée pendant laquelle les idées de la Société du Mont-Pèlerin ont été marginalisées montre bien l'inefficacité totale de ce supposé complot. Et peut-on sérieusement croire que Karl Popper et Ludwig von Mises ou Jacques Rueff, aux idées si différentes, puissent s'allier dans un complot secret démoniaque ?
La variante plus récente de ce complotisme antilibéral voit dans l'Atlas Economic Research Foundation la maison mère de la machination libérale visant à dominer le monde[6]. Illustration de la qualité toute relative de l'analyse, l'article confond l'IREF, un think tank libéral, et un autre IREF, réseau européen de la franchise.
Analyses du conspirationnisme
Ce genre de complots a été qualifié de « fantasme » par l'économiste Serge Schweitzer[7], tandis que le journaliste Jean Quatremer de Libération rend responsable des associations comme Acrimed de cette idée de complot[8].
Alain Wolfelsperger, professeur à Sciences Po Paris, voit plus généralement dans l'antilibéralisme une vision paranoïde qui procède de la théorie du complot[9]. Wolfelsperger qualifie d'« inusable et typiquement paranoïde » la mise en cause du libéralisme et de la démocratie libérale dans ce qui serait pour certains antilibéraux une « omnimarchandisation » du monde. L'économiste français Pierre Cahuc regrette pour sa part que « le complot libéral et anglo-saxon surdétermine toute prise de position », empêchant toute réflexion[10].
Quant à Naomi Klein, l'essayiste suédois Johan Norberg montre la déformation des faits orchestrée par l'auteur pour faire croire à des « catastrophes fabriquées de toutes pièces et appelées à consolider les pouvoirs et les réformes impopulaires ». Prenant l'exemple chinois, il écrit : « par exemple, Klein allègue que la répression de la Place Tiananmen a été destinée à écraser l'opposition aux réformes pro-marchés, quand en fait elle a ralenti la libéralisation pendant des années ».
Murray Rothbard distingue deux types de théories du complot[11] : les théories superficielles, qui cherchent les bénéficiaires directs des actions incriminées (à qui profite le crime ?), et les théories profondes, fondées sur le soupçon et la paranoïa, qui cherchent d'abord qui tire les ficelles et qui s'alimentent d'elles-mêmes par des analyses fouillées et la découverte incessante de preuves (syndrome du vrai croyant).
Le conspirationnisme extrême
Poussée à l'extrême, la thèse du complot libéral rejoint un certain nombre de théories complotistes très en vogue sur Internet, bien qu'elles aient toujours existé auparavant. Ces théories expliquent toutes, à leur façon, que le monde est dominé par une cryptocratie, une petite élite de riches (the Cabal, the powers that be, etc.) :
- la franc-maçonnerie, après avoir été accusée d'avoir favorisé au XVIIIe siècle les idées libérales et combattu la monarchie, puis promu les idées républicaines et la laïcité au cours des siècles suivants, reste soupçonnée, par son secret, d'alimenter la connivence entre le monde politique et le monde des affaires ;
- les « Illuminati », organisation contrôlant prétendument les affaires du monde au travers des gouvernements et des grandes multinationales, visant à l'établissement d'un Nouvel ordre mondial ;
- les diverses thèses liées à l'antisémitisme, théories du complot juif ou du complot sioniste, par exemple les « Protocoles des Sages de Sion », plan de conquête du monde établi par les Juifs et les francs-maçons ;
- le groupe Bilderberg, élément supposé d'une conspiration mondiale visant à instaurer un gouvernement mondial dirigé par les États-Unis ;
- la Commission Trilatérale, partisane d'une doctrine mondialiste, auquel certains attribuent l'orchestration de la mondialisation économique ;
- de la même façon, le CFR (Council on Foreign Relations) serait contrôlé par un groupe de personnes issues de sociétés secrètes d'étudiants des universités Yale et Harvard, il œuvrerait à la formation d'un gouvernement mondial ;
- impliquant à la fois la finance, la politique et la franc-maçonnerie, la Synarchie serait une élite mondiale agissant dans le secret pour imposer ses vues ;
- en liaison possible avec ces groupes secrets, il y a plusieurs théories exposant l'influence supposée des Nazis après-guerre, tant d'un point de vue scientifique que financier (par exemple Joseph P. Farrell) ;
- en ufologie, la principale thèse conspirationniste est celle du Majestic 12, ou MJ-12, groupe secret supposément établi en 1947 par Harry Truman, après l'incident de Roswell ; ce groupe aurait secrètement mené pour son propre bénéfice privé une rétro-ingénierie de la technologie extraterrestre, il garderait ses découvertes secrètes (ou à la disposition uniquement de l'armée US)[12] ; ces découvertes seraient tellement avancées qu'elles ne pourraient être divulguées de crainte d'une rupture civilisationnelle, elles doivent donc rester aux mains d'une élite compartimentée (breakaway civilization) ;
- à la fois les Jésuites (ou les chevaliers de Malte) et des hominidés non sapiens (de type Homo Capensis, communément surnommés coneheads) sont mis en cause par une whistleblower de la World Bank, Karen Hudes, qui explique que d'énormes stocks d'or seraient délibérément soustraits de la circulation depuis des décennies par une élite cachée au Vatican. La Fed, la BRI, le FMI et d'autres entités internationales fausseraient les marchés et endetteraient délibérément les pays.
Plusieurs de ces théories du complot sont parfois défendues par des personnalités de premier plan, par exemple Paul T. Hellyer, ancien ministre de la Défense canadien, les soutient dans son livre The Money Mafia - A World in Crisis (2014), un mélange détonnant entre Bilderberg, Trilatérale, extraterrestres, etc. Il affirme que la mondialisation est un complot pour éliminer la classe moyenne au profit des multinationales.
On peut également rattacher à une forme de conspirationnisme les thèses modernes sur ce que Peter Dale Scott appelle « supramonde » ou « État profond » : un cercle informel et non hiérarchisé de contacts de haut niveau, souvent personnels, où le pouvoir politique est contrôlé par des gens très riches. En découle la « politique profonde », caractérisée par des événements non expliqués, tels que l'assassinat de Kennedy, le Watergate, les attentats du 11 septembre 2001.
Un autre type de théories du complot, entre économie et science, met en cause certaines sociétés multinationales (voire certains États) qui feraient obstacle par tous les moyens à la diffusion d'inventions révolutionnaires : moteur à eau, énergie libre ou énergie du vide, antigravité, traitements miracles contre le cancer ou le SIDA, etc.
Certaines thèses conspirationnistes ne sont pas nécessairement fausses, mais elles sont improuvables. Elles s'alimentent elles-mêmes sur le marché cognitif par mise en œuvre de divers procédés : méthode hypercritique, renversement de la charge de la preuve, biais de confirmation d'hypothèse, sources non vérifiables, hyper-rationalisation, importance du soupçon. Les différentes théories du complot se confirment entre elles (les unes exploitant ou rejoignant les hypothèses des autres) ou s'opposent entre elles (ainsi une théorie du complot explique que l'homme n'est jamais allé sur la Lune, une autre affirme qu'il y était déjà allé bien avant 1969).
Par ailleurs, même si certaines de ces théories étaient vraies, ce n'est pas du libéralisme qu'elles relèveraient, mais du capitalisme de connivence ou de la corruption.
Qu'est ce qui pousse vraiment à l'adoption de réformes libérales ?
Cette idée d'un complot libéral étant fausse, qu'est ce qui pousse vraiment tant de pays à travers le monde sur la voie de la libéralisation ? Norberg nous fournit la réponse : ces réformes d'inspiration libérale fonctionnent au profit de chacun, à l'opposé des mesures planificatrices qui appauvrissent la situation de tous. Ce qui explique, à rebours du présupposé conspirationniste de Naomi Klein sur la nécessité de complots secrets pour imposer le libéralisme, la popularité de l'économie de marché, qu'elle se manifeste par des sondages[13] ou quand les individus votent avec leurs pieds.
Un fantasme révélateur
Ce fantasme, contemporain ou plus ancien, d'un complot libéral, permet de réaliser la difficulté de certains à saisir la spécificité d'un ordre libéral ou ordre spontané.
De nombreux penseurs ont développé cette notion d'un ordre spontané d'une société fondée sur la liberté, fruit de l'interaction des hommes et non d'un dessein planificateur visible ou invisible (le fameux complot). Parmi ceux-ci, Zhuangzi au IIIe siècle avant J.C., Bernard Mandeville au XVIIIe siècle avec La Fable des abeilles, suivi par les philosophes des Lumières écossaises, David Hume, Adam Ferguson et Adam Smith (avec l'image souvent caricaturée de la main invisible) puis Frédéric Bastiat avec ses Harmonies économiques au début du XIXe siècle, c'est avec Friedrich Hayek qu'il trouve son exposé le plus complet.
Tous insistent sur cet ordre qui naît spontanément, sans dessein mais de la libre interaction entre les individus. Vouloir plaquer dessus un complot est donc une absurdité complète. Absurdité qui a cependant l'avantage pour ses tenants de permettre la désignation d'un bouc émissaire plus facile à combattre.
Complot antilibéral
De même que les antilibéraux affirment l'existence d'un complot libéral, les libertariens pourraient affirmer l'existence d'un complot antilibéral, qui tente de répandre la fiction selon laquelle l'action politique serait utile et indispensable. Ce complot antilibéral repose sur :
- les médias subventionnés, qui évoquent constamment les réalisations, voire les succès politiques des uns et des autres, droite comme gauche, et attire l'attention sur la politique politicienne plutôt que sur l'échec permanent de l'action politique coercitive ;
- le corporatisme syndical qui prétend promouvoir les acquis sociaux existants ou futurs ;
- le capitalisme de connivence, qui prétend que l'intérêt du pays passe par les grandes entreprises et grandes banques, qui à ce titre doivent bénéficier de privilèges, du protectionnisme ou d'un planisme étatique.
Bibliographie
- Thierry Leterre, La gauche et la peur libérale, Presses de Sciences Po
- Monique Canto-Sperber et Nicolas Tenzer, Faut-il avoir peur du libéralisme
- Karl Popper, La Société ouverte et ses ennemis
Voir aussi
Liens externes
https://www.wikiberal.org/wiki/Complot_lib%C3%A9ral
Le fantasme du complot libéral
Les pourfendeurs de la pensée unique ne se
rendent-ils pas compte qu'ils sont précisément les agents et les promoteurs
de ladite pensée unique ? Qu'ils soient chroniqueurs, humoristes, journalistes,
politologues, experts officiels, ils sont partout, sur tous les plateaux de
télévision, sur les ondes radios et distillent en permanence la pensée convenue
et conformiste qui consiste à réciter tous les couplets de l'antilibéralisme.
Se croyant originaux et impertinents, ils se conforment en fait tous au même
moule. Ils croient dépasser les bornes et jouent à merveille le rôle de gardien
de la pensée conforme. Car le conformiste est antilibéral.
Dans le milieu académique, c'est encore plus flagrant. Il existe notamment un débat récurrent consistant à dénoncer la formalisation outrancière de la science économique en y voyant le signe de l'hégémonie de la "pensée ultralibérale". C'est un des traits singuliers de la pensée conformiste que de voir un " complot libéral " partout, notamment camouflé dans les équations des modèles macroéconomiques.
Les mathématiques seraient le cheval de
Troie du grand satan libéral. Pourtant, le besoin de mesure, de formalisation
et d'abstraction de la science économique est en grande partie le résultat de
la volonté de planification et d'expérimentation de politiques économiques et
de réglementations.
Pour prévoir et évaluer les rentrées fiscales liées à l'adoption d'un nouvel
impôt, encore faut-il disposer d'un modèle macroéconomique fondé sur des hypothèses
très précises. Ceux qui modélisent ont toujours la prétention, pour ne pas dire
la vanité, de contrôler les phénomènes économiques et sociaux. Et ils iront
jusqu'à s'en prendre aux individus réels si ces derniers ne se comportent pas
comme leurs équations l'auraient prévu.
Voyez comment le pouvoir politique s'en prend aux restaurateurs qui n'ont pas
joué le jeu de la répercussion de la baisse de la TVA dans le prix des menus
parce que les modèles avaient sans doute prévu un tel effet.
Quand un acteur de l'économie ne se comporte pas comme les équations l'avaient prévu, ne faut-il pas revoir les équations plutôt que de contraindre les acteurs ? Un chercheur ne construit pas un modèle en fonction des résultats qu'il désire ; il se doit de formaliser une réalité qui lui est extérieure et qui échappe à sa volonté.
Tout le programme de recherche actuel de la "nouvelle micro-économie" est d'établir qu'il n'est pas optimal de laisser des individus libres de prendre des décisions en fonction de leurs intérêts privés. Et toute la formalisation est orientée en ce sens. Un chercheur qui tenterait de prendre une direction opposée ne trouverait plus de financement ni de laboratoire d'accueil. Pourtant, nous sommes à la limite du scientisme car l'intention est contenue dans les hypothèses : exit la main invisible. D'ailleurs, pour le prix Nobel Joseph Stiglitz, si elle est invisible cette fameuse main, c'est probablement qu'elle n'existe pas ! Si les physiciens raisonnaient ainsi, alors les ondes ou les trous noirs n'existeraient pas. Les manuels modernes d'économie présentent " les défaillances du marché " comme des postulats que l'on ne saurait remettre en question, et qui rendent l'action publique autant indispensable que providentielle. Car c'est bien connu que l'action publique n'est frappée d'aucune de ces défaillances inhérentes à l'action privée… Et l'économiste qui prendrait le risque de prétendre le contraire ne peut plus prétendre faire carrière.
La "nouvelle théorie du commerce international
s'inscrit dans cet élan similaire pour démontrer que l'on ne saurait faire confiance
au libre-échange pour obtenir des échanges internationaux harmonieux. Il n'aura
en effet échappé à personne que les négociations collectives organisées sous
l'égide de l'O.M.C., qui voient s'affronter les corporatismes nationaux au risque
de dégénérer en guerre économique larvée, constituent un modèle d'harmonie internationale.
Rappelons que l'OMC est issue d'une transformation du G.A.T.T. Mais les missions
du GATT étaient claires : il s'agissait d'abaisser les tarifs douaniers - ce
qui a été accompli essentiellement dans l'industrie - en vue de fluidifier le
commerce international. L'OMC prétend " réguler " le commerce entre les nations
en imposant des normes qualitatives (environnementales, sociales, sanitaires)
qui font ressurgir les tentations protectionnistes. Mais la définition de pareilles
normes est bien plus problématique et leur généralisation est perçue par les
pays moins avancés comme un protectionnisme déguisé mis en œuvre par les pays
développés.
Pareillement, la "nouvelle économie du travail" montre que le chômage n'est pas le résultat d'entrave au libre fonctionnement du marché. Les théoriciens ont alors inventé le concept de "chômage d'équilibre" selon lequel le chômage résulte du jeu des décisions d'agents rationnels. Il en découle qu'il n'est pas " optimal " pour la collectivité de laisser des individus rationnels s'entendre autour d'un contrat de travail librement négocié en vertu de ces imperfections concurrentielles qui aboutissent à générer du chômage structurel. Là aussi, les négociations collectives encadrées par les partenaires sociaux - qui n'ont qu'un seul leitmotiv : la grève générale - constituent sans doute un modèle qui nous permet d'éviter ce chômage imputable aux forces du marché et il n'aura échappé à personne que le " dialogue social " à la française est un modèle d'harmonie collective.
Enfin, la "nouvelle théorie de la croissance" repose sur des modèles dynamiques dits de " croissance endogène " qui font de l'Etat un "planificateur bienveillant" indispensable à la régulation d'ensemble. Ces quelques exemples montrent que, loin d'assister à une hégémonie de la pensée libérale dans les milieux académiques, c'est à un retour en force des conceptions interventionnistes - relookées sous le vernis de fondements microéconomiques savants et de bons sentiments - que nous assistons depuis plus de 25 ans. Et les derniers prix Nobel d'économie (Stiglitz, Krugman, Williamson et Ostrom) confirment cette tendance lourde. Dans ce contexte, il est pour le moins cocasse de parler de libéralisme triomphant. Le libéralisme recule - et ses ennemis s'en réjouissent - sans doute parce que les hommes ne sont plus à la hauteur des valeurs exigeantes qu'il implique. Les " idiots utiles " nous racontent que le capitalisme n'obéit à aucune valeur ni morale. En fait, l'économie ne fonctionne plus quand les hommes oublient les valeurs hautement morales qu'une économie de liberté et de responsabilité implique.
Jean-Louis Caccomo, Perpignan, le 28 octobre 2009
http://libertariens.chez.com/fantasme.htm
Radio libre Rothbard ( https://cdn.mises.org/20_2_2.pdf )
Dans presque tous les débats concernant la FCC en particulier, ou la politique américaine du spectre en général, quelqu'un affirme que le spectre radioélectrique est une ressource unique appartenant au public. Cette affirmation est présentée comme une évidence, un point de départ plutôt que la conséquence historique de groupes d'intérêts particuliers feignant de méconnaître les lois de l'économie.
On a causé plus de tort au public au nom de « l'intérêt général » que les intérêts privés n'auraient jamais pu en causer dans un marché libre. Pourtant, le public a tendance à réclamer davantage d'intervention, et non moins. Le cas de la radio en est un exemple typique. Je me propose d'examiner, dans une perspective rothbardienne, l'histoire, l'économie et l'avenir potentiel des technologies sans fil américaines.
https://mises.org/journal-libertarian-studies/radio-free-rothbard?d7_alias_migrate=1
septembre 08, 2025
l’État doit baisser ses dépenses publiques !
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