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juin 20, 2026

Comprendre l'État ou apprendre à faire sans État avec Arthur Homines !


Comprendre l'État

Il s’invite en permanence au sein de nos existences. Il est l’ombre portée sur chacun de nos actes. Pourtant, il demeure bien peu questionné. Le titre vous aura déjà informé, je parle de l’État. Lui que nous avons intégré comme une donnée évidente de la société. Or, le drame de notre condition provient précisément du fait que nous n’avons toujours pas compris quelle était la nature et les effets de l’État. De son côté, lui a bien cerné quelle était notre utilité. L’État sait comment extraire la valeur que nous générons. Il sait se perpétrer à travers notre assentiment. Pourtant nous restons là, apathiques.

 


L’érosion de la Liberté continue, et elle continuera tant que nous ne serons pas assez nombreux à faire les médiations qui s’imposent. Poser des constats sur le réel est une chose, encore faut-il savoir ce qui cause notre mal et comment s’en extraire. Comprendre l’État revient à briser le sortilège de son apparente nécessité et à se donner les moyens de son dépassement. Dans cet article, je vous propose un panorama de la nature de l’État, ainsi qu’un début de piste pour réussir à faire mieux, hors de lui.
 

I. Une nature bien particulière

L’État n’est pas une organisation comme les autres. Il ne procède d’aucune association volontaire. Il ne partage aucune caractéristique avec l’individu pacifique ou avec l’entrepreneur. Au contraire, l’État est le détenteur du monopole de la violence légale sur un territoire donné. En se proclamant arbitre ultime de tout litige sur son territoire, l’État s’extrait du droit privé pour fonder et s’approprier le droit public, domaine des privilèges et des exemptions.
 
L’État monopolise ce qu’on nomme les fonctions régaliennes. Il peut donc violenter, enfermer, contraindre, taxer et juger, tout en interdisant formellement aux individus de faire de même à son égard. Le crime privé est donc proscrit et poursuivi (à juste titre) tandis que le crime public est normalisé. Crime, dis-je ? Oui, crime ! L’État ne produit aucune richesse. Il est objectivement un parasite qui vit exclusivement de la nôtre. Par l’impôt, il vole. Et par la loi, il commande. À ce stade, nous commençons déjà à percevoir sa nature belliqueuse. Mais allons plus loin.
 
Historiquement, rappelons que l’État n’est pas le fruit d’un contrat social. Quel contrat aurions-nous bien signer ? Un contrat valide suppose une clause de sortie. Aucun lien juridique de ce type n’existe entre l’État et nous. En vérité, l’État est né de la conquête. Comme l’explique l’économiste Mancur Olson, l’État est passé du stade du “bandit itinérant” (qui pille et s’en va) à celui de “bandit stationnaire” (qui reste) à travers le temps. Le “bandit stationnaire” comprend qu’il doit protéger ses victimes contre d’autres pillards et leur laisser juste de quoi survivre pour les taxer durablement. Quoi de mieux qu’un tribut prévisible après tout !
 
La formule du sociologue Charles Tilly (à priori pas suspecté d’anarcho-capitalisme) va dans ce sens : "L’État a fait la guerre et la guerre a fait l’État". Cela résume bien comment les structures étatiques se sont hypertrophiées par la violence initiée, jusqu’à devoir financer des armées permanentes. C’est aussi ce qui fait dire à l’économiste Pascal Salin dans Libéralisme (2000) : "L’État n’a aucune justification morale ni scientifique, mais (...) constitue le pur produit de l’émergence de la violence dans les sociétés humaines". L’État est donc une entité qui s’approprie des privilèges par la violence initiée, brisant ainsi le principe d’universalité du Droit.
Comme l’ont souligné Franz Oppenheimer puis Murray Rothbard, l’État est l’organisation des moyens politiques, ce qui nous ramène à cette idée de puissance régalienne monopolisée. Au contraire, tout individu ou organisation non étatique vit à travers des moyens dits économiques. Nous épargnons, produisons et échangeons pour assurer notre survie, et plus encore notre développement. Nous respectons le consentement individuel, là où l’État l’outrepasse sans cesse pour exister.
 
Si l’État partageait la même nature que nous, il n’aurait ni besoin de propagande pour nous conditionner, ni d’un monopole de la force pour nous soumettre. Toute entité légitime devrait être un acteur de marché soumis à la concurrence, et en droit de faire sécession. Nous parlons de souveraineté individuelle pour évoquer ce respect intégral du droit naturel de chaque individu. Or, l’État interdit toute concurrence à ses fonctions régaliennes, tout comme la sécession. Il est l’incarnation de l’exception, celle de la violence institutionnalisée. Il est celui qui se place de facto au-dessus de nous, sans besoin de se justifier rationnellement et sans jamais demander la permission. L’État s’impose, et c’est tout.

2. La préservation par la domination

Pour assurer sa pérennité, l’État a forgé et entretenu différents mythes. L’un d’eux est déniché par Murray Rothbard dans L’Anatomie de l’État : l’idée que "l’État, c’est nous". Un écran de fumée destiné à dissoudre la responsabilité de gouvernants illégitimes dans une abstraction nommée “bien commun”. En prétendant que l’État serait synonyme d’une volonté populaire unifiée, la transmutation sémantique opère sous notre seuil de conscience. Le pillage se change en solidarité. La fiscalité conditionne les services publics. L’obéissance revient à accomplir son devoir citoyen.
 
De la colonisation des mots découle la colonisation de l’espace social. J’ai parlé du bien commun. Mais pensez aux termes comme justice sociale, minorités opprimées, Nation à sauver, etc. Autant d'expressions qui servent à justifier l’étatisme au sein de partis (ou d’autres entités collectives) cherchant à créer des "droits à" (= des "obligation de" pour d'autres) et des ressources. C'est donc un mode d’organisation qui colonise l’espace social par la conflictualité qu’elle suppose. Tout le monde est amené à désigner un ennemi et à lui faire perdre du terrain.
 
Mais puisque la force est coûteuse et génératrice de révoltes, l’État doit faire de notre obéissance une habitude. Il règne donc avant tout par les idées et la mystification. Ce "nous" associé à l’État en fait partie. C’est pourquoi l’État utilise la richesse qu’il extrait pour financer sa propre validation populaire. C’est un circuit fermé l’individu finance malgré lui des personnes payées pour le convaincre de se laisser voler et contraindre. La propagande infuse à travers l’information et la culture à grande échelle, et en devient presque invisible.
 
Tout cela n’est pas nouveau. Le pouvoir a depuis longtemps compris qu’il avait besoin de porte-paroles rétribués par l’impôt. Les intellectuels de plateau, les experts en tout genre et les fonctionnaires occupent cette fonction de légitimation, qu’ils en aient conscience ou pas. Le deal est simple : en échange d’un statut protégé et de subsides, ils justifieront l’intervention étatique. L’État sera présenté comme le garant de la justice, de l’éducation et de la paix, occultant alors sa nature prédatrice. La culture n’y échappe pas. Combien de fois dans l’Histoire avons-nous vu des artistes partager les valeurs de l’institution qui les nourrissait ?
 
L’État entretient également des intérêts économiques. Il crée autour de lui un effectif de grandes entreprises qui ne vivent pas de la satisfaction du client (via les moyens économiques), mais de la proximité avec son Pouvoir (via les moyens politiques). Le deal est le même. L’État offre des législations favorables, des niches fiscales et/ou des marchés captifs. Les entreprises offrent du capital, privatisent les gains et socialisent les pertes. Les entreprises publiques et les grandes industries (souvent prises à tort comme étant 100% privées) deviennent alors des défenseurs acharnés du système étatique. Qu’importe sa forme finale (ou désirée), l’étatisme est alors pérennisé.
 
La finalité d’une telle stratégie n’est pas tant d’obtenir un large soutien des foules, mais d’obtenir une forme de résignation inconsciente. L’individu doit percevoir l’État comme un invariant de sa réalité, aussi inévitable que la gravité ou le cycle des saisons. Une fois l’alternative sociale devenue impensable au niveau des concepts, comment celle-ci pourrait-elle bien se réaliser en pratique ? Moins l’État a besoin de sortir les armes face à son propre bétail, mieux c’est. Il préfère largement gérer sa cour et maintenir ses mythes. Tout cela est moins coûteux, et moins dangereux.
 
À ce stade, certains pourraient me dire que l’État est tout de même contenu par des lois, des constitutions ou des principes. Que la démocratie vaut bien mieux que la dictature. C’est une illusion. Vous oubliez la nature dont je vous ait parlé plus haut. On aime à croire que la démocratie est un rempart contre l’arbitraire. Pourtant, cette confiance repose sur une erreur de diagnostic. On ne peut pas limiter durablement une entité qui détient le monopole de la violence… et donc de l’interprétation de ses propres règles ! Si l’État est celui qui définit, interprète et applique la loi, alors la loi n’est pas un frein, mais un outil qu’il ajuste à ses besoins.
 
Chaque tentative historique de borner l’État finit par être stoppée ou contournée. Les constitutions finissent par protéger l’État des individus, alors même qu’elles étaient censées protéger les individus des dérives de l’État. Réalisez ce renversement total. Ce sont les juges nommés par l’État qui interprètent ces textes. Il est donc illusoire d’attendre d’eux qu’ils en fassent une lecture qui affaiblirait leur employeur, tout comme il est vain d’espérer une libéralisation spontanée du régalien de la part des hommes de l’État. Quant à la notion de contre-pouvoir, c'est une ruse sémantique. Ce qui se manifeste concrètement, c’est une répartition des tâches au sein d’une même structure coercitive. Le législatif, l’exécutif et le judiciaire ne sont que les extensions d’un même corps cherchant à se préserver à notre détriment.
 
Cette nature tournée vers l’exploitation régit aussi bien l’ordre intérieur que l’ordre extérieur. Les relations entre États sont donc motivées par le Pouvoir lui-même. Ce qu’on nomme souvent diplomatie n’est rien d’autre qu’une guerre discrète menée contre les individus productifs et pacifiques. Nous voyons donc se déployer des alliances de passage pour mutualiser les coûts de la coercition et se partager des zones d’influence, mais aussi des affrontements quand les avantages escomptés par les attaquants semblent justifiés. Lorsqu’un État se déploie, que ce soit par des pressions économiques, la subversion culturelle ou l’agression militaire, il ne fait qu’obéir à sa fonction primaire de domination.
 
L’État bombarde des populations civiles, renverse des régimes et colonise des territoires au nom de ladémocratie”, des “droits de l’homme” ou de la “sécurité collective”. C’est ce qu’il fait depuis toujours. À titre d’exemple, les États-Unis et Israël se sont montrés particulièrement agressifs ces dernières années. Mais la démocratie et les autres prétextes invoqués ne sont que des mots-vortex destinés à rendre l’agression acceptable auprès de l’opinion publique, laquelle est indispensable à l’État si vous m’avez suivi jusque-là. Les technologies de destruction et les récits se sont peut-être sophistiqués au fil du temps, reste que la nature de l’État n’a jamais changé. La réalité demeure celle d’un brigandage à grande échelle.

3. Une tension continue entre esclavagisme et Liberté

L’État ne se soucie ni d’éthique individuelle, ni de notre prospérité. Son unique préoccupation est la préservation de son monopole de la violence. L’État ne peut donc pas supporter la perte de contrôle, qu’il s’agisse d’une délégitimation populaire ou d’actions rendant ses services obsolètes. La désobéissance, la grève fiscale ou l’émergence d’organisations parallèles sont donc pour lui des menaces existentielles. C’est pourquoi l’État resserre son emprise lorsqu’il se sent menacé, s’octroyant toujours plus de droits exceptionnels au nom de l’urgence nationale, lesquels deviennent la norme une fois la tempête passée.
Au final, l’Histoire est celle d’une tension continue entre deux forces antagonistes :
  1. Les Forces Sociales : l’ensemble des individus et des organisations légitimes reposant sur la coopération volontaire. Il s’agit de la source de toute évolution positive, désirée par les individus eux-mêmes à travers leurs échanges.
  2. Le Pouvoir : la force étatique qui ne produit rien par elle-même, mais parasite les fruits de la créativité humaine
     
     
    Chaque avancée du génie humain a été suivie une capture par le Pouvoir. Le XXe siècle en fut l’illustration tragique, puisqu’il fut celui de la montée progressive des taux d’imposition et de la prolifération des réglementations. C’est aussi le siècle de la mainmise des banques centrales et de l’immixtion de l’État dans les moindres recoins de nos vies. Pourtant, c’est malgré l’État et jamais grâce à lui que l’Humanité a continué d’avancer. Nous sommes donc créateurs, envers et contre tout. Cette tension historique entre la capacité des individus à réinventer des espaces de Liberté et l’acharnement du Léviathan à les refermer a depuis toujours configuré la morphologie des sociétés humaines.
     
    À ce stade, la question n’est plus de savoir si l’État va s’arrêter de lui-même. La question est de savoir quelle forme nous souhaitons donner à notre propre résistance. Face à une entité qui détient le monopole de la force, la lutte frontale semble vaine. Elle est de plus très dangereuse, et non adaptée à notre éthique. Nous cherchons à quitter la sphère du Pouvoir, non à recréer des violences dans le monde. La seule transformation sera donc silencieuse. Elle s’appuiera sur un retrait méthodique vis-à-vis des structures dominantes. D’une part, nul ne change une culture sans faire évoluer ses idées et ses réflexes. Il faudra donc d’abord briser les chaînes mentales qui nous font croire que l’État est un horizon indépassable. Cet article s’inscrit dans cette volonté de ré-instruction populaire.
    D’autre part, il s’agira de construire des systèmes sociaux si fluides et si performants (en fonction de besoin réels, pas fantasmés ni décidés par quelques-uns) que l’État en deviendra obsolète. Si le marché libre propose une monnaie stable, une éducation variée et une sécurité fiable, l’illusion de la nécessité étatique s’effondrera d’elle-même. En déplaçant nos activités de la sphère publique vers des réseaux privés et décentralisés, nous affamerons la Bête. Nous n’avons pas besoin de faire la révolution. Nous avons besoin d'apprendre à faire sans État.
     
    Soyons lucides, cette transition sera longue. Les premiers États datent de 3500 av. J.-C. dans la région d’Uruk (actuel Irak) et prenaient la forme de cités-États esclavagistes. On ne se débarrasse pas d’une institution plurimillénaire comme ça. La Liberté est exigeante, d’autant plus quand on constate que l’Humanité a été collectivement dressée à ne plus savoir vivre sans tuteurs officiels. Passer du statut de citoyens esclavagisés à celui d’adultes souverains constituera un défi immense. Mais l’étatisme n’est pas une fatalité tant que l’Homme sera. À nous de faire la différence.
     
    Arthur Homines 
     

    @arthurhomines 
    Puisque le Pouvoir se nourrit de notre servitude, osons la Liberté ! - Droit, Économie, Culture. Pour me suivre au quotidien :
     
     

mai 31, 2026

Mort d’Edgar Morin à 104 ans, un « penseur-monde »

Edgar Morin

Edgar Morin, de son vrai nom Edgar Nahoum, est un philosophe et sociologue français né le 8 juillet 1921 à Paris. Il est connu pour ses travaux sur la complexité et la pensée systémique, qui ont eu une grande influence dans de nombreux domaines, de la sociologie à la biologie en passant par la politique et l'éducation. Il est reconnu pour ses travaux[1]

 


 

Edgar Morin a commencé sa carrière comme sociologue, travaillant notamment sur la question de la modernisation de la société française dans les années 1950 et 1960. Il s'est ensuite intéressé à la pensée systémique et à la théorie de la complexité, cherchant à comprendre comment les systèmes complexes, qu'ils soient biologiques, sociaux ou culturels, fonctionnent et interagissent entre eux.

Parmi ses ouvrages les plus connus, on peut citer La méthode, une réflexion sur la nécessité d'une pensée systémique pour comprendre la complexité du monde, La complexité humaine, qui explore les différentes dimensions de la condition humaine, ou encore Les sept savoirs nécessaires à l'éducation du futur, dans lequel il propose une réforme de l'éducation pour répondre aux défis de la complexité du monde contemporain. 

La théorie de la complexité chez Edgar Morin

Edgar Morin a proposé une théorie de la complexité dans les années 1970. Cette théorie se concentre sur la compréhension des systèmes complexes dans tous les domaines, y compris les sciences sociales, la biologie, la physique et les sciences de l'information.

Selon Edgar Morin, la complexité est caractérisée par trois dimensions : la multidimensionnalité, la relationnalité et l'incertitude. La multidimensionnalité se réfère au fait que tout système complexe est composé de multiples éléments qui interagissent entre eux. La relationnalité fait référence à la façon dont ces éléments sont connectés et interdépendants, formant un réseau complexe de relations. L'incertitude se réfère à la difficulté de prédire le comportement d'un système complexe en raison de sa nature dynamique et imprévisible.

Edgar Morin soutient également que les systèmes complexes ont des propriétés émergentes qui ne peuvent pas être expliquées par les propriétés de leurs parties constitutives. Par exemple, le comportement d'un troupeau de moutons ne peut pas être entièrement compris en examinant le comportement individuel de chaque mouton.

Dans l'ensemble, la théorie de la complexité d'Edgar Morin propose une approche holistique pour comprendre les systèmes complexes en reconnaissant la nature interconnectée et dynamique de ces systèmes.

Comparaison de la complexité chez Edgar Morin et chez Friedrich Hayek

La théorie de la complexité chez Edgar Morin et chez Friedrich Hayek présente plusieurs différences, bien qu'ils partagent une vision du monde complexe et imprévisible.

Edgar Morin est un penseur français, sociologue et philosophe, qui a développé la théorie de la complexité en tant que paradigme permettant de comprendre les phénomènes sociaux, culturels et naturels dans leur globalité et leur interaction. Selon Morin, la complexité est caractérisée par l'interconnexion des éléments, leur autonomie relative, leur interdépendance, leur organisation hiérarchique et leur émergence. Cette vision holistique de la complexité conduit à une approche multidimensionnelle et transdisciplinaire, qui implique une ouverture à la diversité, à l'incertitude et à l'ambiguïté.

Friedrich Hayek, quant à lui, est un économiste autrichien qui a développé une théorie de la complexité en tant que fondement de sa théorie de l'ordre spontané et de l'économie de marché. Selon Hayek, la complexité est caractérisée par la diversité, l'ignorance, l'incertitude et la décentralisation. Cette vision décentralisée de la complexité conduit à une approche évolutionniste et spontanée, qui met l'accent sur les processus d'adaptation et d'apprentissage distribué à travers le marché.

Bien que Morin et Hayek partagent une vision de la complexité, leurs approches diffèrent sur plusieurs points. Morin insiste sur la nécessité d'une approche transdisciplinaire, alors que Hayek se concentre sur la spécificité de l'économie de marché. Morin insiste sur l'importance de l'ambiguïté et de l'incertitude, tandis que Hayek insiste sur l'importance de l'information décentralisée. Enfin, Morin insiste sur la nécessité d'une vision globale et holistique de la complexité, tandis que Hayek insiste sur la spécificité des processus évolutifs de l'économie de marché.

En conclusion, bien que Morin et Hayek partagent une vision de la complexité, leurs approches diffèrent sur plusieurs points importants. Ces différences reflètent les contextes disciplinaires, culturels et politiques dans lesquels ils ont développé leur vision de la complexité, ainsi que les problématiques et les enjeux auxquels ils ont cherché à répondre.

La pensée systémique chez Edgar Morin

La pensée systémique est un concept clé dans la théorie de la complexité d'Edgar Morin. La pensée systémique est une approche de résolution de problèmes qui considère un système dans son ensemble plutôt que ses parties isolées. Pour Edgar Morin, la pensée systémique est un outil pour comprendre la complexité du monde et pour s'attaquer aux problèmes mondiaux qui nécessitent une approche globale.

Edgar Morin soutient que la pensée systémique est essentielle pour comprendre les systèmes complexes et pour élaborer des solutions efficaces aux problèmes sociaux et environnementaux. Elle implique de reconnaître la nature interconnectée et dynamique des systèmes, de prendre en compte les interactions entre les différents éléments du système et d'anticiper les effets en cascade qui peuvent se produire en raison des changements apportés à un élément du système.

Pour Edgar Morin, la pensée systémique nécessite une ouverture d'esprit et une capacité à penser de manière transdisciplinaire. Il soutient que nous devons être capables de comprendre la complexité des systèmes en utilisant une variété de perspectives et d'outils conceptuels provenant de différents domaines de connaissance.

En résumé, pour Edgar Morin, la pensée systémique est un outil essentiel pour comprendre et résoudre les problèmes complexes de notre monde, en reconnaissant la nature interconnectée et dynamique des systèmes et en utilisant une approche transdisciplinaire.

L'incertitude chez Edgar Morin

Dans son livre, Introduction à la pensée complexe, (1990), Edgar Morin explique qu'il existe une incertitude fondamentale entre le système cérébral humain et son environnement. Cette incertitude se reflète dans la capacité limitée de notre cerveau à distinguer la perception de l'hallucination, le réel de l'imaginaire. De plus, il souligne que la connaissance du monde extérieur est limitée par notre organisation innée et que cela crée également de l'incertitude. En somme, il met en évidence la complexité de la nature humaine et la façon dont nous percevons et comprenons le monde qui nous entoure.

L'anarchie spontanée dans l'ancienne URSS

Lorsqu'Edgar Morin évoque l'anarchie spontanée en URSS[2], il fait référence à des situations où les citoyens ont agi de manière autonome et spontanée pour surmonter les problèmes auxquels ils étaient confrontés, en dehors des structures gouvernementales et institutionnelles.

Pendant la période de l'Union soviétique, le système socialiste était très centralisé et bureaucratique, ce qui signifie que l'État avait un contrôle strict sur les aspects de la vie quotidienne. Cependant, il y a eu des moments où les gens ont dû faire face à des problèmes auxquels l'État n'a pas réussi à répondre, par exemple lors de catastrophes naturelles ou de pénuries alimentaires.

Dans ces situations, Edgar Morin affirme que les gens ont montré une grande capacité à s'organiser et à s'entraider de manière autonome. Ils ont créé des réseaux d'entraide, partagé des ressources et se sont soutenus mutuellement pour faire face aux difficultés, sans avoir besoin d'une intervention gouvernementale.

Pour Edgar Morin, l'anarchie spontanée en URSS est un exemple de la capacité des gens à travailler ensemble et à s'entraider de manière autonome, même dans des situations où le gouvernement ne peut pas répondre aux besoins de la population. C'est aussi un exemple de la résilience humaine et de la capacité des gens à s'adapter à des situations difficiles.

En somme, l'anarchie spontanée en URSS est une illustration de la capacité de l'être humain à agir de manière autonome et à s'organiser de manière collective en dehors des structures étatiques, lorsque cela est nécessaire pour faire face aux difficultés.

Informations complémentaires

Notes et commentaires

  • Edgar Morin a reçu de nombreuses distinctions tout au long de sa carrière, notamment le Prix européen de l'essai Charles Veillon en 1986 et le Prix de la Pensée française en 2012. Il est également membre de l'Académie des sciences morales et politiques depuis 2008.

    1. Introduction à la pensée complexe, (1990)

    Publications

    • 1999, "La cabeza bien puesta: Repensar la reforma, reformar el pensamiento", Buenos Aires, Nueva Visión
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    Mort d’Edgar Morin, un « penseur-monde »

    Le sociologue est décédé à 104 ans ce vendredi 29 mai, a annoncé sa famille par communiqué. Il laisse une œuvre immense.

    Il avait eu 100 ans le 8 juin 2021. Edgar Morin (David-Simon Nahoum, de son vrai nom) est mort le 29 mai à 104 ans. Fils de Vidal Nahoum, originaire comme la famille du romancier Albert Cohen de l’île de Salonique, l’homme se définissait comme un petit poulbot. « J’ai grandi dans les rues de Paris, passant beaucoup de temps à jouer sur le trottoir devant le petit commerce de bonneterie de mon père, dans le quartier du Sentier », confiait-il.

    Jeune garçon, Edgar Morin avait été profondément marqué par la mort de sa mère, le 26 juin 1931. Le décès de cette femme d’origine italienne, Luna Beressi, d’une crise cardiaque alors qu’elle n’avait que 34 ans avait été un « Hiroshima intérieur », comme il le disait lui-même. Le coup avait été d’autant plus rude pour lui que son père et sa tante lui avaient dissimulé le drame pendant plusieurs semaines. « On m’a fait croire qu’elle était partie en cure », expliquait-il.

    L’enfant avait vécu ce mensonge comme « une trahison des adultes ». Ce drame intime devait le marquer au fer rouge. Il constitua la trame de son unique roman (1), paru en 2017. Un ouvrage écrit en secret, avec grande difficulté, pendant plus de quarante ans. Un livre qu’il envisageait comme une forme d’exorcisme.

    Replié à Toulouse pendant la guerre, c’est dans cette ville que le jeune Edgar, tout juste bachelier, s’était lié d’amitié avec les philosophes Vladimir Jankélévitch (1903-1985) et Julien Benda (1867-1956). Mais aussi avec le sociologue Georges Friedmann (1902-1977). Tous fuyaient, comme lui, les persécutions anti-juives. Il y avait également fait la connaissance du romancier Jean Cassou (1897-1986), conservateur au musée d’Art moderne, révoqué par Vichy.

    Au côté de ces figures de l’intelligentsia parisienne, où évoluait aussi Clara Goldschmidt (1897-1982), première femme d’André Malraux, il s’était engagé dans la Résistance, prenant le nom de code d’Edgar Morin. Il avait alors adhéré au Parti communiste (en 1942) et en était devenu un membre actif. Il devait quitter l’organisation en 1950, se mettant, selon ses propres termes, en « hibernation politique » mais demeurer, jusqu’au soir de sa vie, très engagé à gauche. Il devait ainsi s’engager publiquement contre la guerre d’Algérie et, plus généralement, prendre fait et cause en faveur de tous les mouvements décoloniaux.

    Intellectuel engagé

    Ses études d’histoire-géographie ayant été écourtées à cause de la guerre, il avait commencé à travailler comme journaliste avant de faire son service militaire. Appelé sous les drapeaux, il avait été nommé porte-parole de l’état-major de la Première armée française à Baden-Baden.

    Profitant de ce séjour outre-Rhin pour écrire un essai, L’An zéro de l’Allemagne, il avait publié son premier livre aux éditions de la Cité universelle en 1946. Edgar Morin y affirmait une qualité d’observation aiguisée – ses descriptions de l’état de somnambulisme des Allemands sont saisissantes –, et un intérêt particulier pour les rumeurs qui circulaient, à l’époque, au sein de la population civile, déboussolée.

    C’est à son retour en 1950 qu’il intègre, comme stagiaire, le Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Il s’y passionne pour « la culture de masse », et plus singulièrement pour le cinéma, au sein du Centre d’études sociologiques. Il publiera consécutivement Le Cinéma ou l’homme imaginaire, aux éditions de Minuit, en 1956, et Les Stars (Seuil), en 1957. Les succès éditoriaux de ces deux ouvrages lui assurent, par-delà la controverse académique, une première reconnaissance publique. Le CNRS le titularise. Il y effectue toute sa carrière. Une carrière en marge de laquelle il multiplie films, à partir du documentaire qu’il coréalise avec Jean Rouch en 1961, Chronique d’un été, et livres.

    Devenu médiatique, le sociologue semble prendre plaisir au débat d’idées, surtout s’il est polémique. Il utilise la revue qu’il a créée, en 1956, Argument, comme une tribune. Edgar Morin multiplie dans le même temps les cours à travers le monde : aux États-Unis comme en Amérique latine. Mais un problème de santé le pousse à lever le pied en 1962. Sa longue convalescence le conduit alors à réorienter sa vie.

    Sociologie du présent

    Ce nouveau chemin prend la forme d’un approfondissement de ce qu’il appelle la « sociologie du présent », une discipline phénoménologique en ce sens qu’elle se concentre sur des événements contemporains et se fonde sur une méthode d’observation participante qu’Edgar Morin qualifie de « méthode in vivo » dans son ouvrage Sociologie, paru en 1984 chez Fayard.

    Cette démarche « transdisciplinaire et multidimensionnelle », qui permet au chercheur d’atteindre une « pensée complexe », constituera le programme du Centre d’études des communications de masse, laboratoire qu’il dirigera pendant de longues années, d’abord avec Georges Friedmann (1902-1977), puis avec Roland Barthes (1973-1983), enfin avec Claude Lefort (1983-1990).

    Edgar Morin se penche, en 1963, sur le « phénomène yéyé », comme il baptise ce mouvement musical correspondant à une « génération » née après guerre et bercée par le rock débarqué avec les GI’s américains. Il passe une grande partie de l’année 1965 dans la commune bretonne de Plozévet, dans le Finistère, pour y scruter avec son équipe la métamorphose de ce village et décrypter la modernisation du monde rural.

    Il fera de même à Paris avec les manifestations de Mai 68 (« la commune étudiante ») et avec « la Rumeur d’Orléans », en 1969. Cette rumeur prétend que des jeunes femmes disparaissent dans les cabines d’essayage des magasins de vêtements de la préfecture du Loiret.

    « Les boutiques ciblées par cette rumeur étaient toutes tenues par des juifs. La dimension antisémite de cette histoire m’a beaucoup intéressé. Je voulais comprendre comment des gens raisonnables finissent par croire sérieusement qu’un sous-marin, immergé dans la Loire, emmène les jeunes femmes kidnappées pour alimenter une prétendue traite des Blanches », nous avait-il confié pour les quarante ans de la publication de cet ouvrage qui fit date dans l’histoire de la sociologie.

    Edgar Morin avait vu « avec inquiétude » resurgir cette rumeur, au printemps 2019, à Bobigny (Seine-Saint-Denis), lorsque des Roms avaient été accusés, à tort, de kidnapper des enfants.

    Toujours désireux de tisser des liens entre les disciplines, Edgar Morin avait créé, au début des années 1970, avec les biologistes Jacques Monod (1910-1976) et François Jacob (1920-2013), le Centre international d’études bioanthropologiques et d’anthropologie fondamentale (CIEBAF), devenu ensuite le Centre Royaumont pour une science de l’homme, ambitionnant de réfléchir aux grands enjeux de la société : l’écologie, l’éducation, puis le transhumanisme.

    Fervent militant pacifiste, Edgar Morin avait multiplié, ces dernières années, les prises de parole en faveur de la tribu amérindienne des Kayapos qui rêvaient de reconquérir l’Amazonie. Il s’était également mis au service de la cause palestinienne. Certaines de ses déclarations particulièrement virulentes sur le sujet, avaient d’ailleurs fait polémique. Notamment une tribune parue dans Le Monde en 2002, intitulée « Israël-Palestine : le cancer » dont des formulations discutables lui avaient valu des accusations d’antisémitisme.

    On y lisait notamment cette phrase : « On a peine à imaginer qu’une nation de fugitifs issus du peuple le plus longtemps persécuté dans l’histoire de l’humanité, ayant subi les pires humiliations et le pire mépris, soit capable de se transformer en deux générations en peuple dominateur et sûr de lui. »

    À près de 103 ans, le sociologue avait consacré ses dernières apparitions publiques à la dénonciation de l’État hébreu. En février 2024, lors d’un salon du livre au Maroc d’où est originaire sa dernière femme, il avait repris à son compte les accusations de « génocide » portées à l’encontre du gouvernement Netanyahou. Edgar Morin avait, ce jour-là, dénoncé « le silence du monde » face aux massacres commis à Gaza par l’armée israélienne, après les attaques terroristes du Hamas.

    Était-il encore conscient de la portée de ces mots ? Edgar Morin s’énervait quand on lui posait la question. Il s’emportait de la même manière quand on suggérait que, valétudinaire, il puisse être sous la coupe de son entourage. Il estimait, au contraire, être resté fidèle au jeune homme qu’il avait été, répétant en boucle le même argument : « La haine engendre le délire de la culpabilité collective du peuple ennemi, laquelle suscite les pires cruautés et massacres y compris pour femmes, enfants et vieillards ».

    (1) L’Île de Luna, d’Edgar Morin, Actes Sud, 192 pages, 18 euros.

    Baudouin Eschapasse

     https://l.lepoint.fr/bu9 

     
    VISION LIBERTARIENNE
     
    Edgar Morin est mort. C'est un penseur qui a passé sa vie à expliquer que le monde est systémique, interconnecté, imprévisible, et qu'on ne peut pas le réduire à des équations. À partir d'une telle base, l'on aurait pu penser qu'il aurait adopté une pensée libérale. Si le monde est complexe, alors l'on peut d'autant plus lâcher prise sur le contrôle de masse et laisser l'individu agir dans le cadre des droits de propriété, non ? Et bien non ! Morin est resté toute sa vie un bon social-démocrate appelant de ses vœux à une gouvernance mondiale. Il a vu la complexité depuis son prisme de lecture sociologique, mais il n'a jamais traduit sa pensée politiquement vers le libéralisme. 
     
    Comme la plupart des intellectuels de sa génération, il est resté prisonnier d'un exécrable logiciel socialiste. Nous expliquer qu'il fallait abandonner la pensée réductionniste et linéaire sans être en mesure de voir que l'État est la structure réductionniste et linéaire par excellence fait quelque peu sourire. Morin a répondu à la complexité par la centralisation. Sa "conscience planétaire" et son gouvernement mondial (à supposer qu'on prenne l'hypothèse au sérieux) sont un cauchemar absolu pour qui saisit la mécanique de l'État. 
     
    L'anarcho-capitaliste prône tout l'inverse de Morin à travers les droits naturels, la sécession, la multiplication des micro-souverainetés concurrentes, etc. Je crois que la déification du Pouvoir est simplement trop forte chez ces intellectuels "progressistes" du XXe siècle. Le marché libre a toujours été synonyme de chaos chez eux. Ils n'arrivent pas à concevoir que l'ordre légitime naît de la Liberté.
     

     

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