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juin 13, 2026

FRANCE TRADITION ET INNOVATION: Que restera-t-il ?

Sommaire:

A) - Petite histoire des grandes innovations : des craintes à la prospérité

B) -  Vin, terroirs, gastronomie : cet autre patrimoine que certains voudraient voir disparaître

C) - Choose France : un pays en mal d’innovation

 


 

A) - Petite histoire des grandes innovations : des craintes à la prospérité

L’émergence de technologies de rupture a toujours suscité, au cœur des sociétés, un puissant mélange de fascination et d’effroi. À chaque grande vague d’innovation, une angoisse récurrente s’empare de l’opinion publique : celle de l’obsolescence de l’homme, de la destruction massive des emplois et, in fine, de la fin du travail. Pourtant, l’histoire économique nous enseigne avec constance que ces craintes, bien que légitimes et souvent douloureuses à court terme, se heurtent systématiquement à une réalité plus complexe et fondamentalement créatrice de valeur. Mieux : l’histoire nous apprend comment identifier les effets indésirables et les risques, et comment les minimiser tout en bénéficiant des apports positifs de la technologie.

 


 

L’imprimerie : la première révolution de l’information

Les prémices de l’imprimerie à caractères mobiles en métal datent de 1450 à Mayence, sous l’impulsion de Gutenberg. Dès son apparition, l’angoisse est immense au sein des abbayes et des corporations. Les moines copistes et les scribes voient leur monopole s’effondrer et leur rôle évoluer. En 1492, l’abbé Johannes Trithemius rédige ainsi De laude scriptorum (paradoxalement imprimé par la suite), faisant l’apologie des scribes face à l’imprimerie et alertant sur le risque que les moines perdent leur discipline spirituelle liée au travail manuel.

Dans les faits, la baisse drastique du coût du livre a provoqué une explosion de la demande liée à l’alphabétisation et démocratisé l’accès à l’information. Si plusieurs milliers de postes de copistes ont disparu, l’imprimerie a jeté les bases de l’économie de la connaissance, augmentant le PIB européen par l’éducation, et engendrant des dizaines de milliers de nouveaux métiers dans la chaîne du livre – qu’il s’agisse d’auteurs ou d’ouvriers du livre.

La Machine à Tisser : L’étincelle industrielle

L’automatisation du tissage arrive en France avec le métier Jacquard en 1801. Les craintes sur l’emploi furent alors d’une violence inouïe : les artisans tisserands de la soie y voient la destruction de leur savoir-faire, ce qui conduit à la célèbre révolte des Canuts à Lyon en 1831. Toutefois, le paradoxe de Jevons, selon lequel la baisse du prix d’un produit peut entraîner une hausse de la demande telle qu’elle induit une hausse de l’activité et du chiffre d’affaires, s’est pleinement appliqué. La machine ayant rendu le textile moins cher, la demande de vêtements a fortement augmenté. Au lieu de détruire un secteur économique, l’industrie a embauché massivement, faisant du textile le premier moteur du PIB français au XIXᵉ siècle.

La Vapeur et le Train : la contraction de l’espace

Les travaux de Denis Papin (1690) et James Watt (1769) posent les bases. En France, le marquis de Jouffroy d’Abbans fait naviguer un bateau à vapeur dès 1776, mais le pays, riche en bois et en main-d’œuvre, tarde à l’adopter. L’arrivée massive dans l’industrie française se fait sous la Monarchie de Juillet (1830-1848) et sa démocratisation prendra environ 50 ans. La peur se concentre alors logiquement sur les métiers de la force motrice. Les meuniers traditionnels et les haleurs de bateaux redoutent l’obsolescence de leurs fonctions. Pourtant, la vapeur fut le cœur de la première révolution industrielle, générant une croissance inédite dans l’histoire humaine. Dans le même temps, la locomotive bouleverse les distances à partir de 1825. Les relais de poste et les cochers de diligences crient à la faillite. S’y ajoutent des craintes irrationnelles, l’homme politique Adolphe Thiers estimant que le train n’est qu’un « jouet », tandis que d’autres s’inquiètent des effets mortels des écarts de température dans les tunnels. La réalité fut la création d’un marché national unifié et une contribution monumentale au PIB via de gigantesques chantiers d’infrastructures.

L’électricité : la lumière et le confort

L’électricité a été découverte par Volta (1800) puis développée notamment par Edison. Elle frappe les esprits en France lors de l’Exposition internationale de l’Électricité à Paris en 1881 et la démocratisation, freinée par la Première Guerre mondiale, s’accélère grâce au programme d’électrification rurale dans les années 1930, pour s’achever dans les années 1950. À l’époque, le syndicat des gaziers mène de violentes campagnes de dénigrement contre ce développement, et la profession des allumeurs de réverbères, très présente à Paris, multiplie les grèves face à cet « ennemi invisible » accusé de causer des incendies mortels.

Tout le monde a oublié les 4000 allumeurs de réverbères parisiens. Ce dont on se souvient, c’est que l’électricité a accompagné la Seconde révolution industrielle et le développement du travail à la chaîne motorisé, ainsi que l’émergence du secteur de l’électroménager. L’éclairage électrique a permis l’allongement du temps de travail et de loisir nocturne. Au total, l’électricité est à l’origine d’une part significative des gains de productivité des Trente Glorieuses. L’effet indésirable fut la dépendance croissante aux ressources énergétiques.

Internet : la première révolution numérique

Internet est né avec ARPANET (1969) aux USA, et a également bénéficié de contributions françaises comme celle de Louis Pouzin. En France, son adoption est pourtant d’abord entravée par le succès national du Minitel, avant qu’apparaissent les premiers fournisseurs d’accès grand public en 1994. La démocratisation s’est accélérée avec l’arrivée de l’ADSL au début des années 2000.

Dans les années 1990, des ouvrages comme La Fin du travail de Jeremy Rifkin (1995) prédisent un chômage massif. D’autres craignent la disparition des agents de voyage, des postiers (concurrencés par l’e-mail) ou du petit commerce face à la naissance du e-commerce. Enfin, l’arrivée d’Uber sur le marché du transport se heurte à l’opposition des syndicats de taxi. À l’aube des années 2000, la révolution semblait immédiate : des milliards étaient injectés dans la « convergence des médias » par Vivendi, et des « pure players » internet menaçaient de remplacer épiceries, magasins de prêt-à-porter et même le Père Noël (à l’image de la société pere-noel.fr, dont les promesses extravagantes et la gestion approximative ont été sanctionnées par la justice[1]).

Certaines promesses se sont bel et bien réalisées, mais beaucoup plus tard, et avec des gagnants différents – Netflix plutôt que Vivendi. Et la disparition de l’emploi attendue n’a pas eu lieu : la France a actuellement un taux de chômage inférieur à 8%, très loin de celui de la fin des années 90 (proche de 10%). L’impact sur le secteur du transport permet de mieux comprendre comment cela est arrivé : si le nombre de taxis a peu évolué (environ 60.000), la valeur de revente de la « plaque » de taxi a été divisée par 3 et on voit clairement les files s’allonger dans les gares. A côté de cela, on compte 70.000 emplois de VTC en plus, et des situations courantes il y a 30 ans (se retrouver à 2 heures du matin au centre de Paris sans pouvoir trouver de taxi) paraissent désormais anachroniques. L’éviction fiscale a changé de nature : avant c’était la machine à carte bleue du taxi qui était étonnamment souvent en panne, désormais les courses sont comptabilisées précisément mais la marge des plateformes fuit hors de portée du fisc français (Luxembourg notamment).

À la fin des années 80, Solow avait énoncé le paradoxe qui porte son nom : on voyait les ordinateurs partout, sauf dans les statistiques de productivité. Avec le recul, on voit cette productivité : on estime désormais qu’elle représente environ 20 points de PIB, qui ont été gagnés en 25 ans – soit 0,8 % par an. Les changements que l’on imaginait immédiats en 2000 se sont produits, mais plus tardivement, ce qui a rendu l’adaptation de l’emploi et de l’économie plus simple qu’anticipé. Si l’on avait annoncé à n’importe lequel d’entre nous en 2000 qu’il faudrait attendre 20 ans pour que la prise de rendez-vous avec un médecin puisse se faire de façon informatique, personne n’y aurait cru ! Autre phénomène : ce gain de productivité est arrivé à une époque où le reste de la productivité s’est effondré : loin de provoquer un cataclysme sur l’emploi, la productivité d’internet nous a évité l’affaissement de pouvoir d’achat que nous aurions subi sans cette technologie.

Enfin notons qu’internet a apporté de nombreux bénéfices non monétaires (perdre moins de temps pour s’orienter dans une ville que l’on ne connaît pas, échanger avec ses proches) ainsi que quelques effets indésirables (notamment le fonctionnement de notre démocratie, dont les règles définies à l’ère du cheval et du papier font l’objet d’attaques régulières[2] de puissances étrangères plus agiles que nous pour utiliser le numérique contre nous).

L’Intelligence Artificielle : Le choc cognitif et le paradoxe de la productivité

L’idée que l’ordinateur puisse reproduire la pensée humaine n’est pas nouvelle et depuis le tout début de l’informatique, l’intelligence artificielle a connu plusieurs phases de développement suivies de déception avant de prendre l’importance qu’on lui connaît actuellement.

Le premier espoir nait dans les années 1950 avec le perceptron de Frank Rosenblatt en 1957, premier réseau de neurones artificiels dont les applications concrètes se limitaient à la classification visuelle de formes simples, avant que ses limites ne conduisent au premier « hiver de l’intelligence artificielle ». Il est matérialisé par un ouvrage publié en 1969 par Minsky et Papert, qui démontre l’impossibilité pour le perceptron de réaliser des opérations mathématiques simples.

Une autre approche a été l’intelligence artificielle symbolique et les langages de résolution de clauses comme Prolog (1972), qui permettent de décrire certains types de problèmes et d’en obtenir une solution. On peut également citer le programme ELIZA (Joseph Weizenbaum, 1966), utilisant des reconnaissances de patterns pour simuler un psychothérapeute en service client, ou le système de diagnostic médical MYCIN. Mais passé les premiers espoirs, ces solutions montrent rapidement leurs limites et restent loin du « test de Turing » : confronté à ces « intelligences », tout utilisateur comprend vite qu’il parle à une machine.

Une voie nouvelle s’ouvre en 1989 lorsque Yann LeCun applique avec succès l’algorithme de rétropropagation à des réseaux de neurones convolutifs (CNN) pour la reconnaissance de chiffres manuscrits (tels que les codes postaux sur les enveloppes), une technologie immédiatement déployée dans la vie réelle pour le tri automatisé des chèques bancaires et du courrier postal. Parallèlement, d’autres formes de réseaux de neurones tels que les réseaux de neurones récurrents (RNN) sont développées, et permettent des progrès significatifs au début des années 2000 pour des applications comme la reconnaissance vocale.

Au-delà de ces découvertes de nouvelles techniques, la véritable explosion des performances de l’intelligence artificielle s’explique par la « Leçon Amère » (The Bitter Lesson) théorisée par Richard Sutton en 2019. Il constate que la méthode la plus efficace pour résoudre un problème est moins de trouver des algorithmes sophistiqués que d’attendre que les coûts des ordinateurs baissent suffisamment pour pouvoir résoudre ce problème « par la force brute » avec une puissance de calcul massive. C’est une leçon amère, car l’histoire récente de l’intelligence artificielle nous enseigne que la force brute bat l’ingéniosité, et qu’une technologie initialement médiocre (comme l’était ChatGPT 2) deviendra rapidement beaucoup plus efficace.

Ainsi le coût d’un TERAFLOP de calcul, c’est-à-dire la réalisation de mille milliards d’opérations mathématiques, est passé de plusieurs millions de dollars il y a trente ans à quelques dizaines de dollars actuellement. Un téléphone mobile haut de gamme peut en faire 6 par seconde et on peut louer une puissance bien supérieure sur le cloud sans rien avoir à investir.

Cette abondance inouïe de calcul abordable a permis l’émergence en 2017 de l’architecture Transformer (publiée par Ashish Vaswani et son équipe chez Google), qui a levé les goulots d’étranglement séquentiels des RNN et servi de fondation directe aux grands modèles de langage (LLM).

Aujourd’hui, le succès des solutions comme ChatGPT-4 d’OpenAI repose sur l’accès à des masses d’informations considérables sur internet (parfois en prenant quelques libertés avec le droit d’auteur, ou en appliquant la version anglo-saxonne de ce droit, plus permissive) sur la capacité à réaliser des volumes de calculs astronomiques à la demande sur le cloud et sur la possibilité de proposer une application à des milliards d’utilisateurs de façon quasi instantanée.

Les investissements mondiaux dans l’IA atteignent désormais des sommets vertigineux : 1000 milliards par an, si l’on additionne le capital-risque, les infrastructures (datacenters, processeurs) des géants technologiques et la transformation des entreprises aux Etats-Unis, en Chine et dans une moindre mesure ailleurs. Pourtant, trois ans après l’irruption de ChatGPT, on n’en voit toujours pas l’impact macroéconomique dans les statistiques de productivité. Une étude de février 2026, portant sur des milliers de dirigeants et pilotée par le très sérieux National Bureau of Economic Research (NBER), ne constate ainsi aucun gain de productivité sur le passé et estime à seulement 1 ou 2 % d’ici trois ans les gains à venir. Si cette tendance se confirme dans les années à venir, on serait sur une courbe comparable à celle d’internet : un impact important sur la productivité, mais plus long à venir que ne l’affirment les gourous de la tech et les consultants à la recherche de la prochaine mission.

Pour l’IA comme dans le cas d’Internet, l’économiste Erik Brynjolfsson explique cette inertie par le temps nécessaire à la réalisation de « co-investissements » : on peut commander un serveur ou souscrire une licence logicielle en un clic, mais il est beaucoup plus long et coûteux de réorganiser les processus de l’entreprise, de former ses équipes ou d’inventer de nouveaux modèles d’affaires. En outre, ces efforts coûtent massivement avant de rapporter, ce qui fait d’abord baisser la productivité avant qu’elle n’augmente.

Ceux qui pilotent aujourd’hui des projets d’IA sur le terrain constatent ces mêmes frictions, et l’enquête de la NBER citée plus haut ne dit pas autre chose. Tout ceci pousse à l’humilité résumée par la loi d’Amara : nous surestimons systématiquement l’impact de la technologie à court terme, mais nous le sous-estimons dramatiquement à long terme.

Naviguer entre confiance et vigilance

À la lecture des siècles passés, nous pouvons et nous devons aborder les ruptures technologiques en cours avec une confiance globale. Toute innovation majeure, malgré les perturbations et les angoisses initiales, s’avère fondamentalement positive pour le développement et la création de richesse collective.

Cependant, cette confiance macroéconomique ne doit pas occulter la brutalité des transitions, et l’existence d’effets indésirables qui méritent d’être régulés. Dans ce contexte, notre attention doit se focaliser sur deux risques critiques.

Le premier risque concerne les secteurs menacés et le « déversement ». La théorie du déversement économique d’Alfred Sauvy stipule que les gains de productivité nécessitent que l’on accompagne le passage des emplois des secteurs où ils sont rendus sans objet par la technologie, vers ceux où ils répondent à de réels besoins. En matière de santé, de justice ou de sécurité, les besoins sont considérables. Et il est préférable pour les Français de payer des emplois qui leur sont utiles plutôt que des tâches largement mécanisables. L’enjeu majeur est d’organiser et de financer la reconversion des professionnels touchés pour éviter une fracture sociale. C’est le vieux sujet, qui a étonnamment peu progressé depuis trente ans, du passage d’un modèle social centré sur la dépense passive (qui utilise ses moyens pour les allouer à ceux qui sont dans une situation de sous-emploi) à un modèle plus proche du modèle « nordique » centré sur la dépense active (qui met des moyens plus importants pour accompagner le passage d’une situation de sous-emploi ou de sous-productivité vers un emploi de meilleure qualité).

Le deuxième risque est le risque du retard technologique. Dans une économie isolée, on peut ralentir le progrès sans que personne n’en prenne conscience. Dans une économie mondialisée, l’hésitation se paie au prix fort et se traduit rapidement en décrochage économique. Une nation ou une entreprise qui tarde à adopter, à intégrer et à co-investir dans la réorganisation de ses processus s’expose à un décrochage fatal face à ses concurrents plus agiles. La question pour la France n’est pas de décider si elle veut vivre dans un monde où l’on n’utilise ni l’intelligence artificielle ni internet. Son seul choix est de décider si elle veut utiliser les opportunités de ce monde et capitaliser sur ses propres forces pour augmenter sa productivité autant que possible – et donc son pouvoir d’achat mais aussi son pouvoir d’influence dans le monde. Et de noter que fermer la porte au progrès, ce serait à la fois appauvrir ceux qui auraient pu en tirer des opportunités, et se priver de la richesse nécessaire pour financer les fameuses politiques actives évoquées plus haut.

L’innovation demeure un moteur incontestable de notre prospérité future. Son succès ne réside pas dans un rejet craintif, mais dans notre capacité collective à en contrôler les risques tout en s’organisant avec pragmatisme pour en extraire la valeur.

Vincent Champain

Vincent Champain est dirigeant d’entreprise et président de l’Observatoire du Long Terme (www.longterme.org), think tank dédié aux stratégies et aux enjeux de long terme.

[1] https://www.zdnet.fr/actualites/pere-noelfr-les-anciens-dirigeants-ecopent-de-30-et-6-mois-de-prison-ferme-39130971.htm

[2] Voir notamment https://longterme.org/2025/08/manipulation-et-polarisation-de-lopinion-sur-bfm-la-librairie-de-leco.html

 

 

B) -  Vin, terroirs, gastronomie : cet autre patrimoine que certains voudraient voir disparaître

Depuis plusieurs mois, les alertes se multiplient sur l’état du patrimoine religieux français. Églises vandalisées, chapelles abandonnées, cimetières profanés : les atteintes à notre héritage matériel suscitent enfin l’émotion qu’elles méritent. La sénatrice Valérie Boyer appelle à juste titre à un sursaut national. Mais un autre patrimoine, moins visible parce qu’il demeure vivant, est lui aussi fragilisé : celui du vin.

 


 

Car le vin n’est pas seulement une boisson. Il est un paysage, une histoire, un savoir-faire, une mémoire collective. Il est une part de ce que la France a été, de ce qu’elle est encore et de ce qu’elle pourrait cesser d’être si nous continuons à le considérer avec gêne, voire avec mépris.

La vigne a façonné la France bien avant la naissance de l’État moderne. Des générations de moines bénédictins et cisterciens ont défriché les coteaux, bâti les terrasses, sélectionné les cépages, perfectionné les méthodes de vinification. Du Jura à la Champagne, de la vallée du Rhône au Languedoc, ils ont sculpté les paysages que des millions de touristes admirent aujourd’hui. Les climats bourguignons inscrits au patrimoine mondial ne sont pas seulement un exploit agricole : ils sont l’aboutissement de siècles de travail patient, d’observation et de transmission.

Le vin est également indissociable de l’histoire spirituelle de l’Europe. Il occupe une place centrale dans le judaïsme comme dans le christianisme. Il accompagne le shabbat, les fêtes, les bénédictions. Il devient, dans l’eucharistie, le signe même de l’alliance entre Dieu et les hommes. Même dans l’islam, souvent présenté de manière monolithique, l’histoire est plus complexe. Les grands poètes soufis ont fréquemment utilisé l’ivresse comme métaphore de l’union mystique. Le vin y symbolisait parfois l’abandon de soi devant le divin.

Or, depuis plusieurs années, le regard porté sur le vin change. La baisse de sa consommation résulte évidemment de phénomènes multiples : évolution des modes de vie, urbanisation, préoccupations sanitaires, nouvelles habitudes de loisirs. Mais un autre facteur demeure souvent absent du débat public : la progression d’un discours rigoriste qui tend à présenter toute consommation d’alcool comme moralement suspecte et culturellement condamnable.

Il faut être clair : chacun est libre de boire ou de ne pas boire. Cette liberté est l’un des fondements de notre société. Beaucoup de Français de culture musulmane ne consomment pas d’alcool et personne ne songe à le leur reprocher. Beaucoup d’autres en consomment occasionnellement. Des milliers travaillent dans la viticulture, la restauration ou l’hôtellerie. Les cafés kabyles font partie depuis longtemps du paysage social français. La réalité du pays est celle du brassage, de la coexistence et de la diversité des pratiques.

Ce qui devient problématique, en revanche, c’est lorsque certains prétendent transformer un choix personnel en norme collective et présentent les symboles culturels français comme autant d’instruments d’exclusion. Nul n’est obligé de boire du vin, pas plus qu’il n’est obligé de manger du porc, d’assister à une messe ou de participer à une fête traditionnelle. Mais considérer que la simple existence de ces pratiques constituerait une agression revient à nier ce qu’est une civilisation : un héritage commun que chacun est libre d’adopter, de critiquer ou d’ignorer, mais non d’effacer.

La France demeure l’une des premières destinations touristiques au monde. Sa gastronomie participe largement à son rayonnement. Ses chefs sont célébrés sur tous les continents. Ses grands crus s’échangent à des prix qui témoignent autant de leur rareté que de leur prestige. Certaines bouteilles sont même devenues des placements recherchés par les collectionneurs internationaux. Derrière ces succès se trouvent des centaines de milliers d’emplois : vignerons, tonneliers, pépiniéristes, cavistes, restaurateurs, transporteurs, sommeliers, exportateurs.

Pourtant, un discours de dénigrement s’installe progressivement. Le vin, le fromage, la ruralité, l’agriculture deviennent parfois les symboles d’une France prétendument ringarde, provinciale ou dépassée. Je repense souvent à cette polémique où l’on expliquait que la gastronomie française ne pouvait être réduite au vin et au fromage puisque les Français mangent désormais des sushis. Certes. Mais il n’existe pas en France une filière économique, agricole, paysagère, culturelle et patrimoniale du sushi comparable à celle du vin. Confondre une mode culinaire avec un héritage millénaire relève d’une étrange amnésie.

Cette condescendance frappe d’ailleurs souvent les mêmes catégories : les agriculteurs, les éleveurs, les vignerons, les habitants des campagnes. Ceux qui entretiennent les paysages que d’autres photographient le week-end. Ceux qui préservent les terroirs dont l’existence paraît évidente à ceux qui n’ont jamais taillé une vigne ni travaillé une terre. Ceux qui produisent ce que les citadins consomment quotidiennement tout en leur reprochant parfois d’exister.

La France possède pourtant cette singularité admirable : être simultanément populaire et raffinée, paysanne et savante, conviviale et sophistiquée. Le vin en est l’une des expressions les plus accomplies. Il est à la fois le verre partagé lors d’un repas familial et le sujet d’études infinies sur les terroirs, les cépages, les millésimes et les méthodes de vinification.

Je viens moi-même d’un milieu où l’on buvait peu de vin. Je me souviens de mon embarras devant les conversations savantes chez les cavistes ou lors de certains dîners. Puis j’ai découvert un univers de savoirs, de gestes, de paysages et de traditions. Comme toute culture, celle du vin s’apprend. On peut l’aimer ou non. Mais elle mérite le respect.

Car le vin n’est pas seulement un produit de consommation. Il est une archive vivante ; la mémoire du territoire. Une forme de sacré, au sens où il relie les générations entre elles (c’est l’étymologie de religio) et rappelle que certaines œuvres humaines nécessitent du temps, de la patience et de l’humilité.

Lorsque nous laissons se déliter ce patrimoine immatériel, nous commettons finalement la même erreur que lorsque nous abandonnons nos églises, nos chapelles ou nos monuments. Nous oublions que l’héritage ne survit que si chaque génération accepte d’en devenir la dépositaire.

Le vin n’est pas un obstacle à l’intégration. Il n’est pas un marqueur d’exclusion. C’est une invitation. Libre à chacun de l’accepter ou non. Mais cessons de présenter comme oppressif ce qui constitue l’une des plus belles expressions de notre histoire collective.

À force de considérer nos traditions comme des fautes, nous finirions par croire que la France elle-même doit s’excuser d’exister. Et ce serait sans doute la plus grave des intoxications.

Charlotte Touati


 

Charlotte Touati, historienne et vigneronne

https://nouvellerevuepolitique.fr/charlotte-touati-vin-terroirs-gastronomie-cet-autre-patrimoine-que-certains-voudraient-voir-disparaitre/

 

 

 

C) - Choose France : un pays en mal d’innovation

C'est l'événement de l'année pour les investisseurs : le sommet Choose France est de retour, mais pour quelles retombées concrètes ? Face à la crise économique, le sommet parviendra-t-il à relancer la productivité et l'innovation des entreprises françaises ? 

Alors que l'actualité titre régulièrement sur l'appauvrissement de la France et sa perte de productivité, les économistes réfléchissent aux moyens que le pays peuvent mettre en place pour faire face à ces constats pessimistes pour l'avenir.

 


 

La France et l'Europe en perte de productivité

Antonin Bergeaud travaille sur l'innovation technologique et a observé la baisse de la productivité en France : "Il y a eu des graphiques impressionnants où l'on voyait vraiment la productivité française dégringoler, même par rapport à l'Europe, encore plus par rapport aux États-Unis. Ce qui est étonnant, c'est que ce décrochage, il est conjoncturel et a commencé bien avant la covid, à peu près à la fin des années 1990." Dans les débats de la société, la productivité est parfois méconnue, ou sous-estimée, explique Antonin Bergeaud, alors même qu'elle est un point central de notre économie : "Sans productivité ou sans gain de productivité, on va avoir des difficultés à augmenter le PIB chaque année. Le problème est que notre modèle social, et notre budget notamment, sont construits sur l'idée que le PIB augmente chaque année. Le PIB n'augmente sur longue période qu'avec la productivité pratiquement. Donc, il faut concevoir, si l'on décide d'abandonner l'idée de faire des gains de productivité, un monde dans lequel le PIB va rester constant ou presque constant. Mais à partir du moment où le PIB reste constant, on ne crée pas plus de valeur d'une année sur l'autre, et quand on doit investir ou augmenter un poste budgétaire, on est obligé d'enlever ailleurs."

Le virage numérique et technologique : l'échec de la France ?

Ce qui interpelle, c'est l'impression de décrochage de la productivité, alors qu'il n'est pas si brutal que cela. Mais on observe néanmoins un recul bien visible, notamment par le facteur d'un retard technologique : "Une source d'augmentation de la productivité est la technologie, en utilisant des ordinateurs, du matériel de plus en plus perfectionné, qui permet de plus en plus efficace. Le décrochage technologique en Europe est assez net depuis les années 1990 quand on compare aux États-Unis. C'est un peu paradoxal, parce qu'on a l'impression qu'on a adopté les ordinateurs, Internet, les technologies numériques de la même manière partout. Mais il se trouve qu'en Europe, on a été beaucoup plus lents, car il y a eu beaucoup plus de réticence, et il y a toujours beaucoup plus de réticence, à adopter des technologies et à former les gens pour les utiliser. Ce qui fait que, évidemment, la productivité a augmenté, mais beaucoup plus lentement qu'aux États-Unis."

Antonin Bergeaud considère alors que la France a raté le virage numérique, comme d'autres pays en Europe. La stratégie mise en place consistait à instaurer une politique de subventions, en baissant le coût du travail qualifié et de la R&D pour les entreprises : l'inconvénient, selon Antonin Bergeaud, est que cela n'a pas permis de privilégier certains secteurs en priorité, ce qui revient à dépenser massivement sans viser les domaines plus stratégiques.

Innover à l'heure du changement climatique : comment mieux investir ?

La quête d'innovation pour favoriser la productivité soulève des questions environnementales. Bruno Bonnell, ancien député pour le parti présidentiel jusqu'en 2022, juge nécessaire de réévaluer les directives environnementales qui freineraient la productivité, en soumettant les entreprises à des contraintes règlementaires trop élevées : "Il y a une demande forte de simplification, mais il y a un courage à dire que, pour la simplification, il faut repartir parfois de zéro. La directive que veut supprimer Emmanuel Macron partait sur une mauvaise direction, donc il faut la changer et avancer. En tout cas, ce serait ma position, mais cela ne veut absolument pas dire que, fondamentalement, il faut abandonner le combat de la décarbonation." Antonin Bergeaud observe une dynamique mondiale de recul des normes environnementales, notamment aux États-Unis, tout en reconnaissant que certaines règles ont peu d'efficacité : "C'est un peu à nous, Européens, de trouver notre équilibre. On veut être pionnier, et on l'est, sur l'environnement. En même temps, on veut aussi développer les technologies du futur, l'IA, et rattraper les États-Unis et la Chine. Cela me paraît compliqué d'avoir tout en même temps, en tout cas, on n'a pas vraiment trouvé la solution."

Au vu de la situation actuelle, l'enjeu pour les entrepreneurs est de trouver des filières productives qui permettraient à la France, et l'Europe, d'augmenter la compétitivité. C'est notamment un des objectifs du plan "France 2023" que dirige Bruno Bonnell, qui a poussé à la création de 17 000 emplois à Dunkerque pour la production de batteries électriques. Le rapport Draghi sur la compétitivité en Europe recommandait, en septembre 2024, d'investir 800 milliards d'euros supplémentaires : "Il faut les mettre. Aussi, il faudrait faire un plan 'Europe 2050', comme on a fait un plan 'France 2030', qui est un modèle qui fonctionne, avec 7500 entreprises innovantes qui, aujourd'hui, sont soutenues par le gouvernement en France."

  • Antonin Bergeaud

    Professeur d’économie à HEC Paris

  • Bruno Bonnell

    Entrepreneur, député LREM du Rhône

 

 

 

 

 

 

 

 

 

novembre 28, 2025

Thanksgiving, ode à la Famille !!

Thanksgiving : Célébration de la vie familiale 

Joyeux Thanksgiving à tous les Américains ! 

Aujourd'hui, nous rendons hommage aux nombreuses richesses de notre GRANDE nation et remercions les hommes et les femmes héroïques qui servent à protéger nos libertés. Toute la nation est de tout cœur avec les deux membres de la Garde nationale et leurs familles. 

La Maison Blanche

 


 

Si l'on se fie aux dernières années, nous aurons droit, une fois de plus, à une poignée d'articles sur les prétendues instrumentalisations politiques de Thanksgiving, et sur la façon dont les « méchants » (de gauche comme de droite) s'opposent à toute forme de bienséance en refusant de célébrer cette fête selon leur agenda politique. D'un côté, la gauche se sent obligée d'utiliser Thanksgiving comme un prolongement du Columbus Day, qui nous rappelle que le pillage des peuples autochtones est une chose répréhensible. De l'autre, les conservateurs insistent pour faire de Thanksgiving une journée célébrant l'histoire des origines de la nation. Le 4 juillet, semble-t-il, ne leur suffit pas. 
 
Malheureusement, ces deux tentatives de récupération politique de la fête persistent. Heureusement, il semble que la grande majorité des Américains s'en moquent et prévoient pour la plupart de profiter de Thanksgiving comme on le fait depuis environ 150 ans : comme une célébration de la vie familiale et de la prospérité économique.
 
L'évolution de Thanksgiving 
 
 La fête de Thanksgiving a revêtu plusieurs formes. Comme le décrit James Baker dans son étude intitulée « Thanksgiving : The Biography of An American Holiday », diverses traditions étaient pratiquées à travers les États-Unis, mais peu ressemblaient à la fête que nous connaissons aujourd'hui. 
 
De plus, les activités adoptées pour commémorer cette fête ont considérablement évolué au fil du temps. Selon Baker, à ses débuts, Thanksgiving servait de « substitut puritain à Noël (une fête qu'ils rejetaient comme non canonique et païenne), un moment de festin et d'espoir avant les longs mois d'hiver, marqués par le froid et les privations ». 
 
 Bien qu'un repas copieux fût souvent servi lors de la célébration, la fête conservait un caractère essentiellement religieux. Le point culminant de la journée était un long sermon solennel, probablement prononcé par un pasteur calviniste. 
 
Cette fête était célébrée depuis longtemps en Nouvelle-Angleterre et dans d'autres régions comme une sorte de fête des récoltes, mais elle n'évoquait généralement pas les Pèlerins. Ce genre de récits était réservé à la « Fête des Ancêtres », commémorée en Nouvelle-Angleterre le 21 décembre. Inutile de préciser que le reste du pays — et surtout les régions peu liées à la Nouvelle-Angleterre — ne célébrait pas avec enthousiasme la fondation de la colonie de Plymouth.
 
En effet, le recours aux récits du « premier Thanksgiving » des Pèlerins ne s'est généralisé qu'au début du XXe siècle. Il s'agissait d'une invention des écoles publiques qui, hier comme aujourd'hui, consacraient peu de temps aux apprentissages scolaires, préférant se concentrer sur des tâches répétitives et un endoctrinement culturel.  
 
 
Selon Baker : 
 
« L'inculcation de ces images de Thanksgiving à des générations d'écoliers a probablement été un facteur déterminant du succès de l'iconographie du Thanksgiving des Pèlerins. Ce cycle familier n'occupait pas une place importante dans l'éducation américaine avant la fin du XIXe siècle. Certes, des activités et des livres pour enfants, comme Red-Letter Days in Applethorpe (1866) de Hamilton, expliquaient déjà les fondements des célébrations, mais l'intégration complète du calendrier civique dans les programmes scolaires résultait d'une nouvelle approche progressiste de l'éducation, en phase avec la tendance contemporaine à créer de nouvelles fêtes pour célébrer tout, du travail aux drapeaux, en passant par les oiseaux et les arbres. » Cette adaptation des rituels civiques dans les écoles primaires n'a pas seulement exposé les élèves aux leçons de l'« américanisme », mais a également transformé des récits traditionnels comme celui des Pèlerins en histoires pour enfants. 
 
Cependant, au moment où les écoles publiques ont fait de Thanksgiving une journée consacrée aux Pèlerins, les rituels annuels de cette fête – qui perdurent encore aujourd'hui – étaient déjà établis indépendamment de tout agenda politique. Loin d'être une journée nationale célébrant les « ancêtres » ou la colonie de Plymouth, Thanksgiving était déjà devenu une célébration de la vie familiale et des moments de joie partagés en famille.
 
L'essor de Thanksgiving comme fête familiale et consumériste Dans son ouvrage sur l'Amérique victorienne, *La Féminisation de la culture américaine*, Ann Douglas explique la transformation qui s'est opérée lorsque la culture américaine s'est éloignée de la théologie et de la philosophie rigides du XVIIIe siècle pour adopter une approche radicalement différente.<sup>1</sup> Baker note : 
 
Comme l'a démontré Ann Douglas, les femmes de la classe moyenne impliquées dans cette « révolution domestique » ont trouvé des alliés de poids parmi les ecclésiastiques libéraux de l'époque, privés de l'influence politique et sociale de leurs prédécesseurs puritains. S'appropriant la conscience sociale de leur génération, elles ont instauré un système de valeurs « sentimentales » en remplacement de la rationalité pragmatique des Lumières et de la théologie calviniste intransigeante et agressive de l'époque précédente.
 
 
Cette révolution domestique décrite par Douglas s'est déroulée en parallèle de l'essor de la culture victorienne aux États-Unis. Conjuguée à la nouvelle économie de production de masse et de mécanisation, elle a contribué à créer l'événement nostalgique, sentimental et consumériste que nous connaissons aujourd'hui sous le nom de Thanksgiving. Le repas, la réunion de famille et le cadre domestique des festivités, autant d'éléments désormais familiers, ont été instaurés durant cette période victorienne. Le changement le plus important au fil des ans a été l'ajout du football américain – d'abord vu au stade, puis à la télévision – comme activité familiale supplémentaire. 
 
La prospérité de la seconde moitié du XIXe siècle a rendu cela possible. Bien que l'Âge d'or soit aujourd'hui décrié comme une époque où les travailleurs souffraient sous la coupe de magnats de l'industrie, c'est durant cette période que d'innombrables Américains ont pu sortir de la pauvreté et accéder pour la première fois à la classe moyenne. 
 
 Ces changements ont permis aux familles de recréer plus facilement une expérience familiale chaleureuse, avec tous les éléments que les Victoriens appréciaient et qui sont aujourd'hui les caractéristiques de la célébration traditionnelle de Thanksgiving aux États-Unis. Non seulement la nourriture devenait plus abordable pour beaucoup, mais de plus en plus d'Américains pouvaient s'offrir des couverts, de la vaisselle, des vêtements et des meubles en plus grande quantité et de meilleure qualité. Ils pouvaient s'offrir davantage de matériaux de construction pour des maisons plus jolies et — comme c'était également le cas en Europe — davantage de travailleurs pouvaient se permettre de prendre du temps libre pour pratiquer des sports d'équipe récréatifs, passer une journée au parc et s'adonner à d'autres loisirs.
 
Thanksgiving n'était plus une fête religieuse – où les Américains méditaient sur des vérités théologiques complexes – mais bien plus une fête de consommation, de loisirs et de vie familiale. 
 
Ce nouveau phénomène d'achat de biens produits en masse pour agrémenter le quotidien s'est amplifié au début du XXe siècle, si bien que, dans les années 1920, Thanksgiving ressemblait de plus en plus à une fête axée sur la consommation. 
 

 
Baker poursuit : 
 
Un nouvel événement festif a émergé dans les années 1920 : le défilé de Thanksgiving. À proprement parler, les défilés de Thanksgiving ne concernent pas Thanksgiving mais Noël, mais ils offrent néanmoins une activité appréciée par des millions d'Américains, que ce soit en personne ou devant leur télévision. … Le premier défilé de Thanksgiving a été organisé par le grand magasin Gimbel Brothers à Philadelphie le 25 novembre 1920. Il était composé de cinquante personnes, quinze voitures et d'un pompier déguisé en Père Noël qui a défilé avant d'entrer dans le rayon jouets de Gimbels par une échelle. L'élément central du défilé de Thanksgiving de Gimbels, comme de tous les défilés similaires, était l'arrivée officielle du Père Noël sous son apparence la plus attrayante de saint patron du commerce des fêtes. 
 
Bien sûr, les grands magasins étaient eux-mêmes une création de la culture victorienne, d'abord en Angleterre, puis aux États-Unis. Sur le plan économique, ils offraient un niveau de vie plus élevé à leurs clients et proposaient de nombreux produits introuvables ailleurs. De plus, ces produits étaient souvent proposés à des prix inférieurs à ceux des petits commerces. Sur le plan culturel, les grands magasins étaient également importants. Ils offraient une liberté sans précédent aux femmes, qui pouvaient s'y retrouver en toute sécurité dans des lieux publics, sans être accompagnées d'hommes. Travailler dans ces magasins permettait aussi à de nombreuses jeunes femmes d'échapper au travail agricole et industriel. Et, bien sûr, pour les principales gestionnaires du budget familial – ce qu'étaient beaucoup de femmes de la classe moyenne victorienne – les grands magasins offraient un lieu neuf, propre et confortable pour faire leurs achats. 
 
Il n'est donc pas étonnant que notre tradition moderne de Thanksgiving soit si étroitement liée à la version victorienne de cette fête. Elle est née de la diffusion des biens de consommation au XIXe siècle et des libertés sociales qui en ont découlé. La fête de Thanksgiving que nous connaissons, et que la plupart de nos grands-parents ont connue, est une fête apolitique née dans le contexte du monde moderne d'abondance relative rendu possible par l'économie industrielle moderne.
 
N’espérez pas que ces faits dissuadent les croisés qui tenteront de gâcher Thanksgiving en évoquant sans cesse le « premier Thanksgiving » et en se demandant s’il s’agissait d’un repas sacré ou d’un prélude à un génocide. Depuis 150 ans, Thanksgiving est avant tout un moment de partage en famille et entre amis autour d’un copieux repas. C’est une chose que nous ne devons pas laisser les guerriers culturels nous voler. 
 

 
Ryan McMaken (@ryanmcmaken) est rédacteur en chef du Mises Institute, ancien économiste de l'État du Colorado...
 
 
 
1 - J’analyse plus en détail l’ouvrage de Douglas dans mon livre *Commmie Cowboys*, et j’y souligne comment le western d’après-guerre rejetait le mode de vie bourgeois et domestique prôné à l’époque victorienne en Amérique.
 


 

 

 

décembre 20, 2014

American happy new year story !! (french and english)

L'Université Liberté, vous convie à lire ce nouveau message. Des commentaires seraient souhaitables, notamment sur les posts référencés: à débattre, réflexions...Merci de vos lectures, et de vos analyses.


 N-Y
Les fêtes aux États-Unis

Un nouveau départ
Aux États-Unis, le jour de l'An est l'occasion de tourner la page, d'espérer en un avenir meilleur et de prendre de bonnes résolutions.

Les célébrations du 1er janvier commencent en fait la veille, dans la nuit du 31 décembre, avec toutes sortes d'activités : des fêtes, des concerts, des feux d'artifice, etc. Dans beaucoup de villes des États-Unis, la journée du Nouvel An est prétexte à des défilés et à des matchs de football américain entre des équipes universitaires.

Dans certaines communautés, le premier nouveau-né de l'année reçoit des cadeaux, et l’attention des médias. Le Nouvel An lui-même est souvent représenté par l'image d'un bébé qui a pour tout vêtement une couche, un chapeau festif et, sur la poitrine, une banderole indiquant l'année. L'année sortante, elle, « la vieille année », est représentée par l'image d'un vieillard vêtu d'une toge et arborant une longue barbe blanche. Dénommé Father Time, il tient un sablier dans une main et une faux dans l’autre.



Histoire et coutumes
La célébration du jour de l’An dans les cultures occidentales remonte au moins à l’époque romaine lorsque cette journée était consacrée à Janus, le dieu aux deux visages, symbole des transitions et des commencements — un visage tourné vers l’avenir, l’autre vers le passé. Le mois de janvier tire son nom de cette divinité.

De nos jours, aux États-Unis, le 1er janvier demeure un moment de réflexion sur l’année qui vient de s’achever. Les journaux et les émissions télévisées présentent la rétrospective des principaux événements de l’année écoulée et rendent hommage aux célébrités disparues.

Le jour de l’An s’accompagne de toutes sortes de rituels et de superstitions apportés aux États-Unis par les immigrés. Par exemple, les habitants des États du sud pensent que manger des doliques le jour de l’An porte bonheur, une tradition qui prend ses racines en Asie et en Afrique. La dégustation ce jour-là de choux et de choucroute, synonymes de prospérité et de longévité, est une coutume qui nous vient de l’Europe de l’Est.



Les immigrés de diverses nationalités croyaient que les bruits de forte intensité — ceux des pétards ou des coups de feu —chassaient les esprits maléfiques de l’année écoulée et délivraient la population du mal pour l’année à venir. Cette tradition était devenue si populaire auprès des Américains qu’au milieu du XVIIIe siècle certaines localités l’ont interdite pour atténuer le vacarme et le danger. Mais c'est ce même principe qu'on retrouve dans les célébrations d'aujourd'hui, sous la forme de feux d'artifice, de sifflets et de mirlitons.

Le célèbre compte à rebours de minuit sur Times Square, dans la ville de New York, attire tous les ans des milliers de personnes qui viennent admirer la descente de la boule à facettes de cristal à l’heure tant attendue. Cette tradition remonte à 1907.

La foule entonne “Auld Lang Syne” (Ce n’est qu’un au revoir), dont les paroles furent écrites par le poète écossais Robert Burns et mises en musique sur une ancienne mélodie populaire pour accueillir la nouvelle année. Sabler le champagne pour fêter l’occasion est une tradition très répandue. Il est d’usage également d’embrasser un être cher sur le coup de minuit, lors du réveillon de la Saint-Sylvestre.


Depuis 1890, un grand défilé annuel organisé le 1er janvier à Pasadena en Californie, dit « Tournoi du défilé des roses », met en scène des chars décorés avec des millions de fleurs. Il est suivi du match de football universitaire du Rose Bowl, un double spectacle retransmis au petit écran pour le plus grand plaisir des téléspectateurs.

Des traditions adoptées des cultures d’immigrés venus d’Europe, d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine enrichissent les célébrations annuelles du jour de l’An et sont appréciées par tous aux États-Unis.

 DÉPARTEMENT D’ÉTAT DES ÉTATS-UNIS



 Las Végas

U.S. Holidays
New Beginnings

New Year’s Day in the United States is a time for fresh beginnings: hope for a better future and resolutions to improve one’s behavior.
Observed January 1, New Year’s celebrations actually begin the night of December 31 with parties, concerts, fireworks and special events of all kinds. The day is marked in many American towns and cities with parades and U.S.-style football games.
In some communities the first baby to be born on New Year’s Day is honored with gifts and media coverage. The New Year itself is often symbolized by a baby wearing just a diaper, a festive hat and a sash imprinted with the year. In contrast, the concluding “old year” is depicted by illustrations of “Father Time,” an old, white-bearded man in a robe, carrying an hourglass and a scythe.


History and Customs
The celebration of New Year’s Day in Western cultures goes back at least to Roman times, when the day was dedicated to Janus, the two-faced god of transitions and beginnings — one face looks forward and the other backward. January is named for Janus.
In the United States today, the first of January remains a time to reflect on the year just completed. Newspapers and television shows review the main events of the previous year and memorialize famous people who died.
New Year’s Day abounds with rituals and superstitions brought to the United States by immigrants. For example, it is considered good luck to eat black-eyed peas on New Year’s Day in southern states, a tradition with roots in Asia and Africa. Cabbage and sauerkraut, to represent prosperity and long life, are Eastern European contributions to New Year’s dinner.
Immigrants of various nationalities believed that loud noises — firecrackers or gunfire — drive away the bad spirits of the past year and ensure a new year free of evil. “Shooting away bad spirits” became so popular with early Americans that by the mid-1700s some localities banned it to minimize the noise and the danger. But noise to herald the New Year remains ingrained in New Year’s celebrations, in the form of fireworks, whistles and party noisemakers.
New York City famously counts down to the midnight hour in Times Square, where thousands gather to watch a faceted crystal ball drop at the appointed hour. The tradition dates from 1907.
People sing “Auld Lang Syne,” lyrics from Scottish poet Robert Burns set to an old folk tune, to usher in the New Year. It is a widespread custom to toast the New Year with champagne. Another custom is kissing a loved one at the stroke of midnight on New Year’s Eve.
Millions of flowers are used to fabricate parade floats for the Tournament of Roses Parade, staged annually since 1890 in Pasadena, California, on New Year’s Day. The Rose Bowl collegiate football game usually follows the parade. Viewing the parade and game on television is a long-established New Year pastime.
Customs adopted from the diverse immigrant cultures of Europe, Asia, Africa and Latin America enhance annual New Year celebrations, which are enjoyed by all, across the United States.

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