juin 15, 2026

Fourberie de la politique politicienne !

Sommaire:

A) - La collusion mortelle - Que pouvons-nous encore attendre des politiciens ?

B) - L’élection de vérité ?

C) - Glucksmann, la possibilité d’une gauche nouvelle

D) - Politique

 


 

A) - La collusion mortelle - Que pouvons-nous encore attendre des politiciens ?

Alors qu’une quarantaine (au moins…) candidats, allant des socialistes aux républicains, se disputent les voix de tous les électeurs les plus raisonnables, la France se prépare à un second tour de l’élection présidentielle de 2027 entre le candidat de La France Insoumise et le candidat du Rassemblement national. On sait d’avance qu’ils entreront tous deux dans la campagne alimentée par la haine envers tous ceux qui ont gouverné la France depuis 50 ans. Nous savons aussi d’avance qu’ils expliqueront (à juste titre) qu’une grande partie des problèmes du pays proviennent du manque de compétence, de préparation, de programme, de courage, d’action et de vision à long terme de leurs prédécesseurs. Si l’un des deux gagne – et c’est le résultat le plus probable – il ou elle, compte tenu de ses programmes, de sa personnalité, de son soutien politique et de son caractère, fera preuve du même manque de courage, de la même inaction, de la même incompétence, du même manque de préparation et du même manque de vision à long terme que ses prédécesseurs. Même s’ils habillent cela du langage du renouveau, avec tous les mots à la mode nécessaires : « nouveau départ », « relance nationale », « mettre fin au gaspillage », « restaurer la justice sociale », « restaurer la fierté de la France ». Et même s'ils présentent tous deux un spectacle de programmes, d'estimations de coûts et une liste impressionnante de partisans et d'experts plus ou moins autoproclamés. 

La similitude entre ces deux partis extrêmes ne se limite pas à cela. Cela va beaucoup plus profondément. Elle vient de ce qui semble en réalité les opposer le plus directement : leurs conceptions de la France. 

Pour le RN, la France court aujourd'hui un grave danger de perte de son identité, envahie par des hordes de musulmans et de Noirs venus d'Afrique et du Moyen-Orient, qui orchestrent le grand remplacement des Français, leur imposant cultures, coutumes, religions et langues étrangères, laissant régner le gangstérisme islamiste et le vandalisme généralisé, imposant la charia et le voile, et détruisant la laïcité, pierre angulaire de la République. Les déclarations de ses dirigeants sont innombrables en ce sens, parmi tant d'autres celle de Jordan Bardella : "Notre pays subit un flot migratoire insoutenable. Ce qui nous menace, si nous continuons dans cette voie, c'est l'éclatement de la France telle que nous la connaissons." 

Pour LFI, c’est au contraire l’occasion de voir la France retrouver une vitalité démographique, grâce aux étrangers de ses anciennes colonies, qui vont la « créoliser », lui donner une nouvelle énergie, lui permettre d’être plus à l’écoute des souffrances du Sud – et en particulier des anciennes colonies françaises et de la Palestine – et ainsi nouer de nouvelles alliances avec les peuples les plus dynamiques du monde. Les déclarations de ses dirigeants sont innombrables en ce sens. Un parmi tant d'autres de Jean-Luc Mélenchon : "Notre France est une France créolisée et métissée. Une France nouvelle composée de tous ceux qui veulent vivre ensemble." 

À première vue, rien de plus différent que ces deux points de vue. En réalité, ils sont d'accord sur l'essentiel : pour les deux, la France ne doit penser qu'à son identité et à sa souveraineté. Pour les deux, le mélange avec d’autres peuples européens est inacceptable. Pour les deux, le projet européen est diabolique. Pour les deux, une souveraineté européenne commune – voire même la création d’une nationalité continentale – est une horreur. Pour les deux, le seul pays européen qui soit, même de loin, acceptable est notre grand voisin de l’Est, la Russie. Pour les deux, l’avenir de la France doit donc être décidé par les Français seuls, libres de toute influence de pays tiers. Preuve? Marine Le Pen, Jordan Bardella et Jean-Luc Mélenchon l’ont tous trois dit mot pour mot : « Les règles européennes ne peuvent pas être imposées contre la volonté des Français. » 

Pourtant, la clé de la survie de la France, face à tous les ennemis qui l’entourent, est au contraire le renforcement de l’Union européenne ; et l'application de toutes ses règles, même celles décidées par une majorité de pays européens dont nous ne faisons pas partie, conformément notamment à l'article 52 de notre Constitution, qui affirme la suprématie des traités sur les lois. 

Cette haine partagée de l’Union européenne, qu’elle soit masquée dans un cas par la poursuite d’une épuration identitaire ethnique, dans l’autre par la promotion d’une ouverture à tous les vents du Sud, constitue la collusion la plus meurtrière qui puisse menacer la France en 2027. Celui des deux qui sera alors au pouvoir mettra fin à la solidarité budgétaire continentale, à l’intégration industrielle, à la protection commune des frontières, à la défense commune, à la politique agricole commune et à la préférence communautaire dans un très grand nombre de pays. secteurs. Cet agenda commun est exactement ce dont rêvent nos concurrents – ou ennemis – qu’ils soient russes, américains ou chinois. Il faut donc s’attendre à ce que tous les ministères des Affaires étrangères, toutes les plateformes de médias sociaux et tous les réseaux d’influence de ces trois pays unissent leurs forces pour faire élire M. Mélenchon, Mme Le Pen ou M. Bardella. Pour le grand malheur de la France. 


Que pouvons-nous encore attendre des politiciens ?

À l'heure où le monde traverse une crise multiforme dont peu osent reconnaître l'ampleur et la gravité, et où les technologies les plus étonnantes nous coupent du monde réel et du travail, dans la plupart des pays démocratiques, les dirigeants politiques continuent de faire à leurs électeurs des promesses qu'ils savent ne pouvoir tenir, de voter des lois qui vont à l'encontre des réalités implacables du monde, et de feindre de gouverner comme s'ils détenaient un pouvoir absolu sur les événements. 

Il n'est pas étonnant qu'ils échouent et que les électeurs finissent par se détourner de ces marionnettes pour se tourner vers des régimes autoritaires, voire dictatoriaux, où les tyrans ne font aucune promesse, ne votent aucune loi et imposent leur volonté, quitte à déformer la vérité. En France, en particulier, nous continuons de jouer la comédie d'une démocratie à part entière, et un nombre croissant de candidats se disputent les postes sans craindre le ridicule. Leurs programmes, quand ils existent, ne sont que des amas de mesures incohérentes : tout le monde – candidats et électeurs confondus – sait qu’ils ne seront jamais mis en œuvre ou que, s’ils le sont, ils n’auront aucun impact sur la réalité du pays. Il n’est donc pas surprenant qu’en France comme ailleurs, les électeurs se détournent des partis traditionnels pour se tourner vers les partis d’extrême droite, qui ne prétendent même pas proposer de programmes réalistes et se contentent de clamer ce que les gens veulent entendre : « justice et sécurité ». Qui pourrait s’y opposer ? 

À l’heure où nous avons si désespérément besoin d’hommes et de femmes d’État – des personnes soucieuses du bien commun, capables d’assumer leurs responsabilités et de dire la vérité –, cette situation nous conduit tout droit au désastre. Il est donc temps de revenir à des questions simples : la politique peut-elle vraiment changer la vie des gens ? Peut-on, en démocratie, faire accepter des décisions impopulaires ? Et sur quels leviers les responsables politiques doivent-ils concentrer leurs efforts ? Sérieusement, les programmes politiques devraient d'abord reconnaître leurs limites face aux réalités concrètes : nous ne pouvons pas nous endetter indéfiniment ; nous ne pouvons pas faire supporter à une population jeune en constante diminution le fardeau d'un nombre croissant de retraités ; nous ne pouvons pas conserver des capitaux sans les rémunérer ; nous ne pouvons pas nourrir un pays sans agriculteurs ; nous ne pouvons pas avoir un environnement vivable si nous le détruisons. 

 De plus, il est clair que les décideurs politiques sont impuissants face au progrès technologique : ceux qui ont tenté de retarder la mise en œuvre d'une technologie (sous prétexte qu'elle menacerait un secteur dominant ou nuirait à l'emploi) n'ont fait que plonger leur pays dans une grave récession. En particulier, il est aujourd'hui inutile de retarder la mise en œuvre de l'intelligence artificielle ; au contraire, nous devons l'accélérer, notamment dans l'industrie, et privilégier son utilisation pour moderniser les secteurs jugés stratégiques. Enfin, à moins de nous couper du monde, nous ne pouvons pas nous opposer à l'application des traités internationaux signés par le pays, à moins de décider de nous en retirer et d'en payer le prix. Nous devons donc nous y conformer jusqu'à l'obtention des modifications nécessaires.  

En Europe, cela implique des obligations très strictes qui limitent considérablement les pouvoirs des responsables politiques, et dont ils ne parlent jamais : nous ne pouvons déroger aux décisions de la Convention européenne des droits de l'homme, ni à celles de la Cour de justice de l'Union européenne, ni à celles des institutions européennes lorsque leurs décisions sont conformes aux traités ; à moins de proposer de quitter l'Union européenne (comme le menacent régulièrement de faire le Fidesz (Hongrie), la Lega (Italie), le FPÖ (Autriche), le PVV (Pays-Bas) et l'AfD (Allemagne)) et comme le feraient inévitablement le Rassemblement national ou La France insoumise s'ils mettaient en œuvre leurs programmes.

Pourtant, malgré ces limitations, les dirigeants démocratiques conservent, notamment en Europe, des pouvoirs souverains considérables : ils peuvent formuler un projet de contrat social et en garantir le respect ; ils peuvent décider de la fiscalité (directe), de leur vision de l’éducation, du financement des soins de santé et des systèmes de protection sociale, de la politique culturelle, du droit du travail, des droits des minorités, de la protection des femmes et des enfants, de la laïcité, de la protection de l’environnement, de la politique étrangère et de défense, et du droit pénal (dans la plupart des cas). Ils peuvent également chercher à influencer le droit international en mobilisant pleinement la puissance de leur pays, sans pour autant se soustraire au droit. Pour ce faire, les décideurs politiques seront d’autant plus crédibles qu’ils réduisent d’abord la nécessité d’emprunter auprès du reste du monde : une démocratie n’est forte que si elle n’est pas à la merci de ses créanciers. Et ce, même lorsque chacun ne fait pas tout son possible pour contribuer à la société.  

Jacques Attali

Jacques Attali est docteur en sciences économiques, diplômé de l'École Polytechnique et conseiller d'État. Conseiller spécial du président français François Mitterrand pendant dix ans, il est le fondateur de quatre institutions internationales : Action contre la Faim, Eureka, la BERD et Positive Planet. Jacques Attali est l'auteur de 86 ouvrages (dont plus de 30 consacrés à la prospective), vendus à plus de 10 millions d'exemplaires et traduits en 22 langues. Il est chroniqueur pour les quotidiens économiques Les Echos et Nikkei, après avoir également collaboré avec L'Express. Jacques Attali dirige régulièrement des orchestres à travers le monde. 

https://www.attali.com/en/geopolitics/the-deadly-collusion/ 

https://www.attali.com/en/geopolitics/what-can-we-still-expect-from-politicians/ 

 

 

B) - L’élection de vérité ?

Tout se met en place pour que la présidentielle à venir ne ressemble à aucune de celles l’ayant précédée : la profusion de candidatures annoncées, la fragmentation inégalée de l’offre partisane, la montée en puissance des artifices de communication, la radicalisation médiatique de toute part, la frénésie des sondages qui rythmera les dispositions tactiques des postulants, l’effervescence numérique, l’impact du judiciaire, sans parler d’un environnement géopolitique incertain, instable, inquiétant. La fiction n’en demanderait pas autant avec un réel aussi polarisé, désordonné, fractionné et peu prévisible. La démocratie apaisée, argumentative, contenue dans sa ritualisation est sortie de son lit. Tout est possible, y compris le pire : le spectacle se construit sous nos yeux, exacerbant les passions inhérentes à la politique et dont l’histoire nous enseigne qu’elles ont toujours existé mais qu’elles furent d’abord arrimées par le passé à de grands récits doctrinaux, bien plus qu’à des scénographies bousculées par les embardées d’une météo médiatique irrévocablement erratique.

Symptôme du chaos qui s’annonce, la multiplicité des ambitions décomplexées, sans frein, témoigne quelque part de la démonétisation de la fonction présidentielle, de sa désacralisation. Pensée par le constituant de la Vᵉ République comme une transcendance issue des tréfonds monarchiques, cette dernière était censée en imposer de telle sorte que peu se sentaient habilités à y prétendre, sauf après avoir gravi les échelons d’une longue et éprouvante expérience. L’immensité de la charge, sa symbolique limitaient les aspirations, imposaient une forme de mesure et d’humilité. L’élection inattendue d’Emmanuel Macron en 2017 aura rebattu les cartes, créant un appel d’air pour des vocations qui, quelques années auparavant, ne se seraient pas reconnu la compétence, ni la légitimité. Élu à moins de 40 ans, sans autre appareil partisan que celui qu’il aura improvisé sur le tas, à la « va-vite », le jeune Président a ainsi ouvert une brèche et créé un précédent. Le ticket d’entrée dans la course aux responsabilités politiques s’est considérablement infléchi : comme l’observait avec raison le directeur de la rédaction du Figaro, Vincent Trémolet de Villers, dans un récent éditorial sur Europe 1, « le niveau a tellement baissé que beaucoup de ministres d’aujourd’hui seraient à peine assistants parlementaires dans les années 1980… ». Dès lors, mécaniquement, la course élyséenne intègre désormais des profils qui, il y a une à deux décennies, n’auraient jamais pu espérer y concourir ou même y préconcourir. On ne reviendra pas sur les déterminants immédiats de cette déréliction : déclassement des « humanités », culte de l’individu-roi, expérience lointaine de l’histoire et de ses drames, etc. Mais si l’on plonge le regard plus loin encore, c’est dans la perte d’efficience de la fonction même du politique qu’il faut rechercher les raisons profondes de cette dégradation. La politique ne pouvant plus beaucoup, beaucoup s’imaginent endosser un costume où la représentation et l’image prédominent au détriment du faire et de l’agir. En fin de compte, inconsciemment ou pas, d’aucuns de ces prétendants s’imaginent qu’à contraintes constantes, juridictionnelles, économiques, technocratiques, la com’ fera bien l’affaire pour remplir la charge, un peu comme ce « chevalier inexistant » dont Italo Calvino loue les désillusions et les prodiges dans son roman éponyme. Or la nature, et la nature politique a fortiori, a encore plus horreur du vide… C’est au moment où la demande de politique se manifeste avec le plus d’exigence et d’urgence surtout, que la théâtrocratie communicante bat son plein, confondant le pouvoir agissant et son ersatz, au risque de laisser en jachère les espoirs d’une Nation qui se morfond dans une interminable crise démocratique intensifiée par dix années de macronisme. Tout l’enjeu de l’échéance à venir sera de sortir de cette béance, en redonnant à la politique sa vocation première : regarder le réel, le dire sans peur, et prendre les mesures qui permettront de l’affronter, loin des postures et des artefacts de communication. Plus qu’un défi, une épreuve de vérité !

Arnaud Benedetti

Ancien rédacteur en chef de la Revue politique et parlementaire, Arnaud Benedetti est professeur associé à Sorbonne-Université, essayiste et spécialiste de communication politique. Il intervient régulièrement dans les médias (Le Figaro, Valeurs actuelles, Atlantico, CNews, Radio France) pour analyser les stratégies de pouvoir et les mécanismes de communication. Parmi ses ouvrages figurent Le Coup de com’ permanent (Cerf, 2018), Comment sont morts les politiques ? Le grand malaise du pouvoir (Cerf, 2021), ainsi qu’Aux portes du pouvoir : RN, l’inéluctable victoire ? (Michel Lafon, 2024). Ses travaux portent sur les transformations du discours public et les évolutions de la vie politique française.

https://nouvellerevuepolitique.fr/lelection-de-verite/ 

 

 

C) - Glucksmann, la possibilité d’une gauche nouvelle

Livre, interviews, premier grand meeting hier soir : le candidat « pas encore » Raphaël Glucksmann fait le forcing pour s’imposer. Au-delà de ses forces et faiblesses réelles, qu’on peut répertorier, il y a pour lui peut-être un sillon à creuser, qu’il semble avoir repéré. Entreprise très ambitieuse mais qui ne tente rien…

Beaucoup s’acharnent à ne pas vouloir y croire, ni le voir. Mais pourtant, Raphaël Glucksmann a des atouts dans cette précampagne qu’aucun de ses concurrents de son « camp » ne réunit à la fois. Une notoriété conquise par deux élections européennes, avec un dernier résultat encourageant (14 %). Être une cible de LFI, c’est aussi un grand atout : cela lui épargne les contorsions de nombre de socialistes pour s’en distinguer, eux qui s’y sont alliés avec constance, dès que leur siège était menacé. Et ne pas être membre du PS en est un autre, plus encore : n’avoir trempé ni dans l’échec du quinquennat Hollande, ni dans les affres de l’après-Hollande, le rend extérieur aux divisions, trahisons, démissions de ce marigot d’eaux trop stagnantes. Ajoutons une personnalité qui a son histoire et une cohérence spécifiques, celle d’un héritier par son père de la gauche antitotalitaire et humanitaire (B. Kouchner, présent, en était un rappel hier soir) ; d’un acteur de la gauche anti-autoritaire d’aujourd’hui par son engagement en Géorgie et en Ukraine (que des drapeaux rappelaient aussi hier soir). Voilà qui rend plus audible que d’autres, dans une situation géopolitique et une Europe sous menace prédatrice des Poutine, Xi et Trump. Une histoire personnelle et politique donc, distincte du traditionnel profil socialiste, énarque ou élu local. Dans une démocratie « post-partisane », où les partis traditionnels ne produisent plus guère de personnalités susceptibles d’entraîner l’électeur déprimé par la faillite du système politico-administratif, dont ces partis ont été, de facto, les cogérants (avant le macronisme en bouquet final).

Ce capital personnel et politique de Glucksmann explique sans doute ses intentions de vote actuelles, supérieures à celles de tous ses rivaux au sein de la gauche dite « non melenchoniste ». Et l’assistance nombreuse et visiblement motivée hier soir à Aubervilliers montre que son organisation est loin d’être amateure.

Reste le scepticisme de beaucoup, pour des raisons diverses, devant cet « intellectuel » lancé dans la course longue, parsemée d’épreuves, et souvent tordue, des plus gros égos politiques du pays. Scepticisme car Glucksmann n’est pas encore un tribun – mais ça se travaille : son discours d’hier soir était un peu convenu et encore emprunté. Méfiance des gardiens du temple socialiste, obsédés par la survie de leur parti, or Glucksmann a besoin de leur soutien (et de leur budget). Réticences des boutiquiers de l’union de la gauche encore, qui raisonnent pour une présidentielle comme pour des législatives, en voulant rassembler par une « primaire » qui ne satisferait personne.

Interrogations enfin, plus légitimes, de ceux qui jugent Glucksmann trop éloigné de la « France profonde » car trop candidat des « métropoles mondialisées », trop distant des « préoccupations » quotidiennes des Français, pouvoir d’achat et sécurité. Trop novice aussi sur quelques sujets décisifs pour le pays, son éducation en déclin, sa fonction régalienne débordée, sa production insuffisante et ses finances publiques vides.

Tout cela est vrai : ce n’est pas sur ces sujets que Glucksmann donne des assurances de compétence et d’expérience. Sa crédibilité ici reste à construire, d’autant que le logiciel traditionnel de la gauche (toujours plus de dépenses et plus d’impôts) sera de peu de secours, et même le ramènerait à un ronron rédhibitoire. Il lui faudra ici inventer pour convaincre, sans désorienter : pas facile…

Mais relevons tout de même que Glucksmann a compris une chose décisive : qu’une présidentielle se gagne sur un diagnostic – on dit « narratif » de nos jours, pour faire chic – qui touche en profondeur les Français, leur révèle qu’un candidat a enfin saisi quelque chose du pays et de leur désarroi. Or lui a repéré, et souhaitons-le, éprouvé, que la fierté française était blessée, que le patriotisme avait besoin d’être réhabilité – sa proposition de « nouveau contrat patriotique » touche juste. Tel est bien le fond de décor de la dépression française et de cette présidentielle : un pays qui se sait des atouts et une histoire, mais qui glisse dans le déclin. Qui a besoin d’un leader de rupture qui lui redonne l’énergie pour renouer avec l’estime d’elle-même ? En laissant la France et son drapeau au RN, à ne brandir qu’une Europe inadaptée et décevante, les partis de gouvernement ont commis une faute grave, que leurs invocations abstraites aux mânes de la République ne compensent plus.

Gluksmann parviendra-t-il à creuser ce sillon de la fierté patriotique, pour inventer une nouvelle gauche dénonçant les dérives de la gauche radicale, mais dépassant enfin les impasses de la gauche qui a gouverné ? Car on n’attend pas un « social-démocrate » pour 2027 : cette étiquette ne veut plus dire grand-chose de précis ni d’opérant (hormis pour le microcosme). On attend du nouveau, du sérieux, mais du nouveau.

Là est le défi difficile de sa candidature, pour toucher au-delà des clientèles militantes et échapper aux boutiquiers partisans. Pour rompre avec le sectarisme et les dénis récurrents de la gauche. Pour rencontrer et l’entraîner, une attente latente chez nombre de Français orphelins.

Difficile, mais sait-on jamais ?

Philippe Guibert

Philippe Guibert est consultant, enseignant et chroniqueur TV. Il a publié en 2024 Gulliver Enchainé, le déclin du chef politique en France (Cerf). Il a été directeur du service d information du gouvernement (SIG) et directeur de la communication dans diverses structures publiques. Il a dirigé la rédaction de la revue Medium de Régis Debray.

https://nouvellerevuepolitique.fr/glucksmann-la-possibilite-dune-gauche-nouvelle/ 



D) - Politique

On définit le plus souvent la politique comme l'organisation du pouvoir dans l'État. On s'intéressera à l'origine de ce pouvoir (autorité, parti politique...) ainsi qu'à la forme qu'il revêt (cratie).

En généralisant, on appelle politique tout ce qui concerne la structure et le fonctionnement d'une communauté, d'une société, d'un groupe social. 

Point de vue libéral

Pour un libéral, qu'elle soit légitimée ou non par des thèses contractualistes, la politique a un objet précis et strictement délimité : le respect des droits de chacun, qui n'est pas autre chose que la définition exacte de l'intérêt général. Comme le précise l’article 2 de la Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen :

Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme. Ces droits sont la liberté, la propriété et la résistance à l'oppression.

Une politique réellement libérale devrait donc se garder de tout constructivisme.

Point de vue libertarien

Le problème central que pose la politique, d'un point de vue libertarien, est que certains décident à notre place, avec notre argent, de sujets qui ne les concernent pas (ou qui, prétendent-ils, concernent tout le monde). Les politiciens et leurs agents (les fonctionnaires, hommes de cette machine qui s'appelle l’État) se substituent à la société civile dans toutes les tâches qu'ils prennent en charge - sauf dans certaines tâches prédatrices, nuisibles ou inutiles (taxation, douanes, etc.).

Pour les libertariens, la politique est ainsi le principe selon lequel certains (les politiciens ou les hommes de l'État) se donnent le droit d'imposer à tous leur volonté, en la faisant éventuellement passer pour volonté générale, choix du peuple, etc. Dans les démocraties sociales, la politique est l'art de créer des problèmes qui donneront aux hommes de l'État l'occasion de se faire passer pour des personnes utiles, en prétendant résoudre ou pallier les inconvénients qu'ils ont eux-mêmes créés.

Or, par définition, quand l'un en impose à l'autre, cet un est le plus fort, et cet autre le plus faible ; la politique est donc par définition la loi du plus fort, et l'antithèse de la liberté. Les politiciens cherchent à changer l'identité du plus fort, pas le fait que le plus fort fasse sa loi ; ce sont tous des esclavagistes, voulant chacun être le plus fort et imposer sa loi.

Au contraire, le libéralisme consiste justement à reconnaître à chacun une sphère qui lui est propre, où nul autre n'a le droit de lui imposer sa volonté, et qui s'étendra ou se rétrécira selon l'exercice responsable de sa liberté.

Du point de vue économique, le jeu de la politique est un jeu à somme négative, dont le coût total pour la société est directement mesurable par l'ensemble des avantages visibles pour les privilégiés du système : lobbies, associations et entreprises subventionnées, assistés en tous genres... (voir la loi de Bitur-camember).

Le politicien est aussi le révélateur de l’irresponsabilité personnelle de l’électeur, soit que ce dernier attende de la politique des avantages tangibles (au détriment bien sûr des électeurs du camp adverse), soit qu’il préfère confier à d’autres (les élus) des missions qu’il ne veut pas prendre en charge lui-même (guerre, protectionnisme, solidarité, etc). La politique est une forme de la lutte des classes, et le vote est immoral puisqu'il s'agit pour chacun d'imposer à ses semblables un pouvoir qui n'a d'autre légitimité que d'être celui choisi par une majorité.

Ne pas confondre avec le libéralisme politique, qui est la philosophie politique du libéralisme classique.

Point de vue étatiste

Le point de vue étatiste, très partagé, repose sur la notion collective d'une identité partagée par les individus d'un peuple formant ainsi une communauté politique. Le politique (plutôt que LA politique) est alors une dimension de l'existence sociale, qui s'organise très fréquemment selon le dualisme ami / ennemi (Carl Schmitt) contrairement au paradigme libéral, qui est individualiste et pacifiste :

Il n'y a pas de politique libérale sui generis, il n'y a qu'une critique libérale de la politique. (Carl Schmitt)

L'étatisme, avec ses prétentions à exprimer la souveraineté du peuple (que ce soit par la démocratie représentative, le plébiscite ou même la dictature), devient ipso facto un collectivisme, qui subordonne l'individu au collectif. En pratique, il tourne dans le meilleur des cas à l'oligarchie (illusion démocratique), et dans le pire au totalitarisme.

Théorie des choix publics

La théorie des choix publics (public choice theory) étudie le comportement des électeurs, des politiciens et du gouvernement, en partant du principe que tous ces acteurs sont des êtres humains agissant rationnellement et enclins à considérer avant tout leur propre intérêt. Ainsi, les décideurs ne sont pas libres de leurs choix, ils sont en fait tributaires de groupes d’intérêt, ces derniers cherchant à bénéficier de la tendance redistributive de l'État qui justifie la fonction et l'existence même des premiers.

Selon Bertrand Lemennicier ([1]), cette théorie a développé deux propositions importantes applicables aux élections :

  1. Il n'est pas rationnel pour un électeur (contrairement au consommateur) de s'informer sur les programmes des candidats. S'informer a un coût d'opportunité qui excède le gain attendu du vote. Le gain attendu est le produit de la prébende qu'un électeur escompte, en votant pour son candidat favori, multipliée par la probabilité que son bulletin de vote influence le résultat. Mais dès que le nombre d'électeurs augmente sensiblement, la probabilité pour que le vote d'un électeur quelconque influence le résultat de l'élection est nulle. Il est donc irrationnel pour un électeur de s'informer sur les idées et programmes des candidats et les conséquences de ces programmes sur son propre bien être, y compris sur le programme et ses conséquences du candidat qu'il soutient. Il est donc normal que les électeurs choisissent des candidats sous l'influence de l'émotion et de la passion. Les électeurs, rationnellement ignorants, forment leurs opinions en se conformant aux croyances des autres pour conforter leur jugement personnel ou leurs informations privées (cascades d'information).
  2. Il n'est pas rationnel pour un électeur d'aller voter, pour des raisons identiques. Le gain attendu du vote est faible si les autres votent alors que le coût d'opportunité est élevé. En revanche, si les autres ne votent pas, il est important d'aller voter. C'est le paradoxe du votant. Chaque électeur est incité à aller voter pour empêcher que l'autre clan fasse passer ses candidats. Il en résulte que la politique adoptée n'est pas celle d'une majorité d'électeurs, mais un moyen terme qui ne satisfait personne (théorème de l'électeur médian). Le taux d'abstention varie en fonction des anticipations des uns et des autres sur le comportement des autres électeurs.

Selon la théorie des choix publics, l'électeur n'a donc aucune incitation à contrôler l'action gouvernementale, puisque, même s'il est bien informé des enjeux politiques, l'impact de son vote est quasi nul. En revanche, l'argent public finissant toujours dans des poches privées, les bureaucrates en place au gouvernement sont capturés par des groupes d'intérêt de toutes sortes (lobbies industriels, associations écologistes, syndicats, groupes politiques, capitalisme de connivence). L'action d'un gouvernement social-démocrate consiste ainsi à édicter des règlementations ou opérer des redistributions sous le paravent de la démocratie représentative, qui apparaît comme un simulacre de démocratie seulement destiné à légitimer son action. La subsidiarité est vue par certains libéraux comme un moyen de limiter cette tendance.

Articles connexes

Notes et références


Liens externes



 

 

 

 

 

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