Qu’est-ce qui mène au populisme violent ?
Au-delà de la tentative d’assassinat très médiatisée visant Charlie Kirk, le niveau de violence politique a considérablement augmenté. Qu’est-ce qui pousse la violence politique à devenir « populaire » ? Heureusement, les libertariens ont attiré l’attention sur cette violence, sur la division politique et sur le chaos engendré par l’État ; ils en expliquent également les causes et montrent comment l’école autrichienne d’économie propose des solutions.
Cela fait quelque temps que j’aborde la question de la violence politique intérieure, que ce soit dans ce podcast ou lors d’entretiens. Je me suis concentré non pas sur des tentatives d’assassinat spectaculaires, mais sur les affrontements violents, de plus en plus fréquents, entre les citoyens et leur gouvernement. Je peux vous dire que le public n’aime guère entendre parler de guerre ou de violence civile ; c’est un sujet qui plombe l’ambiance. Par ailleurs, les partisans inconditionnels de Trump croient que je m’en prends au président et aux « conservateurs » ; pourtant, je tiens à vous assurer qu’il s’agit d’un problème qui transcende les clivages partisans. Les républicains sont tout autant détestés que les démocrates. La violence politique ne connaît pas de camp politique !
Parallèlement à l’insatisfaction croissante et à la division politique en Amérique, les statistiques révèlent une montée de la violence politique, à des niveaux bien plus élevés qu’on ne pourrait le penser. Tout porte à croire que la violence politique pourrait devenir un enjeu majeur lors des élections de mi-mandat, de l’installation du nouveau Congrès en janvier, et au-delà — autant d’épreuves cruciales pour l’Amérique. Si cette dynamique n’est pas désamorcée, elle pourrait constituer la menace la plus grave jamais pesée sur le mode de vie américain.
Le professeur Robert A. Pape, du prestigieux département de science politique de l’université de Chicago, vient de publier un ouvrage sur ce sujet : *Our Own Worst Enemies: America in the Age of Violent Populism* (« Nos pires ennemis : l’Amérique à l’ère du populisme violent »). Cet auteur reconnu a travaillé sur des thématiques telles que la stratégie militaire — notamment le rôle de la puissance aérienne —, la sécurité nationale et le terrorisme ; il est toutefois surtout connu pour ses interventions en tant qu’expert invité dans de nombreuses émissions de premier plan, notamment au sujet de la guerre du Golfe.
Cet article propose un aperçu de cet ouvrage, qui s’appuie en grande partie sur des travaux de science politique empirique démontrant que la violence politique s’est normalisée au sein de la « conscience publique » américaine. Cette évolution idéologique sous-jacente nous amène au concept de « populisme violent » : lorsque la violence politique devient un instrument accepté de la lutte démocratique. J’examinerai ensuite un chapitre en particulier afin d’en dégager les réponses apportées par l’école autrichienne et la pensée libertarienne au dilemme posé ; on y trouve à la fois l’identification de la cause et une solution tout à fait plausible.
Autrefois, quiconque se réclamait du « libéralisme » — qu’il soit libertarien ou même progressiste — aurait jugé impensable le recours à la violence physique pour atteindre des objectifs politiques. Or, cette pratique est désormais banalisée au sein d’une minorité significative, tant à gauche qu’à droite. Ce phénomène émane, pour une large part, de milieux éduqués, issus des classes moyennes et résidant en banlieue, et non — comme on pourrait le croire — des franges les plus démunies ou les moins instruites de la société, qu’elles soient urbaines ou rurales. Pour ma part, j’ai été consterné de voir des amis de gauche, par ailleurs tout à fait épanouis, prôner le recours à la violence politique.
Bien entendu, les facteurs habituels entrent en ligne de compte : évolutions démographiques, minorités, immigration, ainsi que tout un éventail de politiques publiques — protection sociale, politique migratoire, enseignement public, fiscalité, subventions, partis politiques, classe politique, accès aux emplois publics ou aux universités d’État, bouleversements économiques, sans oublier les mécanismes politiques tels que le vote, le redécoupage électoral ou le rôle des tribunaux. Le professeur Pape conclut, preuves à l’appui, que nous sommes entrés dans une nouvelle ère de violence politique, celle-ci devenant — tant à gauche qu’à droite — une « composante persistante » de la vie politique américaine, de plus en plus largement acceptée.
Les données de sondages démographiques présentées sont très instructives, tout comme les études de cas examinées. Les deux périodes antérieures de violence politique que nous allons réexaminer sont les années 1920 et les années 1960.
Le professeur Pape résume le problème par l’expression « légitimité fracturée » et appelle les modérés à rétablir cette légitimité. Pour ma part, j’interprète ce problème comme le résultat d’un basculement idéologique et de l’expansion de l’appareil étatique, amorcés dans les décennies précédant les années 1920 — durant l’ère progressiste et la Première Guerre mondiale. Les progressistes ont protégé leur programme par des amendements constitutionnels et des législations adoptées au niveau des États, leur conférant ainsi une forme de légitimité. Le siècle dernier a été marqué par une croissance incessante de la violence économique exercée par l’État à l’encontre des individus et de leurs biens, par le biais d’impôts, de réglementations, de l’inflation, d’obligations légales, etc.
Plus significativement encore, le pouvoir présidentiel a connu une croissance exponentielle, entraînant des guerres permanentes, la mainmise du gouvernement fédéral sur l’éducation et les soins de santé, une politique monétaire discrétionnaire, et bien plus encore. Chaque intervention étatique est, par essence, violente. Certes, il existe souvent des bénéficiaires autres que les politiciens, mais il y a, de toute évidence, une multitude de perdants ; et comme l’État ne peut rien produire qu’il n’ait préalablement confisqué, le nombre de perdants excède mécaniquement celui des bénéficiaires — surtout si l’on prend en compte le coût exorbitant de la lourdeur administrative.
À mon sens, la légitimité politique en Amérique reposait sur un consensus idéologique selon lequel le gouvernement central devait demeurer restreint — en taille, en pouvoir et en budget — et être limité, voire bridé, par des contraintes constitutionnelles et républicaines. Tel était le consensus qui prévalait à l’époque des « Articles de la Confédération » et de la Convention constitutionnelle. Ce consensus repose sur l’idée que toute activité étatique est, par nature, violente et moralement condamnable ; elle doit donc être juridiquement encadrée. Ceux qui perçoivent la nature coercitive et moralement injustifiable de l’État acceptent néanmoins de composer avec un système républicain et constitutionnel, dans un souci de consensus et de stabilité : le meilleur gouvernement est celui qui gouverne le moins.
Des idéologies néfastes, contraires à l’esprit « américain », ont érodé cette idéologie originelle, ce consensus général et la légitimité sur laquelle repose l’État. À tous égards, la taille, l’étendue et le pouvoir de l’État — en particulier de l’État fédéral centralisateur — sont bien plus considérables, englobants et autoritaires qu’avant l’ère progressiste et la guerre hispano-américaine. En effet, il s’immisce plus profondément que jamais dans les finances personnelles et dans les détails de la vie quotidienne ; il exerce une marge de manœuvre et un contrôle accrus, tout en donnant l’impression de ne guère se soucier de représenter les citoyens ou de défendre la Constitution et l’État de droit. Par conséquent, si les libertariens ne cautionnent pas la montée de la violence politique en tant que réponse civile à l’hypertrophie de l’État, ils n’en sont pas pour autant surpris.
Le professeur Pape évoque deux périodes antérieures de populisme violent — les années 1920 et les années 1960 — dont les caractéristiques historiques s’accordent parfaitement avec une analyse économique. Avant les années 1920, le protectionnisme en faveur de l’industrie américaine a favorisé une immigration massive de catholiques européens, tandis que la Première Guerre mondiale a entraîné d’importants flux migratoires de populations noires du Sud rural vers les centres industriels du Nord. L’élément central de la vague de violence qui a alors surgi fut le second Ku Klux Klan, devenu une force politique puissante et un vecteur de violence populaire dirigée contre les populations noires et les immigrés.
À l’inverse, la violence populiste des années 1960 était orientée à gauche. Elle résultait d’une combinaison d’émeutes de protestation menées par des populations noires et de manifestations contre la guerre du Vietnam, auxquelles prenaient part des populations blanches. Tout comme les années 1920, cette période fut marquée par un progrès économique notable ; toutefois, selon Pape, la représentation politique n’a pas su suivre l’évolution et les déplacements de la population. Une coquille figure à la page 164, indiquant que les populations noires représentaient 1 % de la population en 1965 ; en réalité, ce chiffre était plus proche de 11 %, alors même que les élus noirs n’occupaient que six sièges au Congrès.
Il est indéniable que les institutions politiques, quelles qu’elles soient, sont par nature statiques et lentes à évoluer, contrairement au dynamisme rationnel qui caractérise les formes d’organisation et de coopération volontaires au sein du marché. Si l’on peut faire confiance aux marchés libres pour s’autoréguler, la « régulation » étatique des marchés et des structures sociales engendre, de manière quasi systématique, un chaos croissant — que ce soit dans les domaines de la finance, de la santé, de l’éducation ou de la défense nationale. C’est pourquoi le consensus initial a si bien fonctionné de 1790 à 1890 : l’État était restreint et limité, et il parvenait à gérer de manière acceptable les services postaux, l’académie militaire de West Point et la perception des droits de douane.
Les véritables problèmes des années 1920 et 1960, tout comme le défi majeur auquel nous sommes confrontés aujourd'hui, partagent une cause commune ainsi qu'une cause immédiate — ce qui ne remet nullement en question les mécanismes de science politique mis en avant par le professeur Pape.
La cause commune réside dans la rupture du consensus initial, entraînant une expansion gouvernementale ininterrompue. Ce phénomène se traduit par une intensification de la coercition étatique sous diverses formes ; chaque modalité crée des gagnants et des perdants, tout en favorisant l'émergence de réactions violentes. La cause immédiate est un élément omniprésent, pourtant ignoré de tous alors qu'il se trouve sous nos yeux : la Réserve fédérale. La création d'une banque centrale en 1913 a constitué la pierre angulaire de la législation de l'ère progressiste — une mesure qui fait d'ailleurs écho au *Manifeste du parti communiste* de Karl Marx. Une banque centrale rend possible toutes sortes d'extensions du pouvoir étatique : financement de guerres, accroissement massif des dépenses publiques, explosion de la dette nationale, et même suppression d'impôts rationnels, bien qu'impopulaires.
Les années 1920, les années 1960 et la période actuelle correspondent aux phases où la Réserve fédérale a été la plus active et la plus inflationniste. Dans les années 1920, la Fed — tout juste créée — a rapidement accru la masse monétaire pour financer la Première Guerre mondiale, avant de stimuler massivement la monnaie et le crédit tout au long de la décennie. Cela a conduit au krach boursier de 1929, contribuant ainsi à déclencher la Grande Dépression — fruit du progressisme — sous les administrations Hoover et Roosevelt. Les années 1960, marquées par l'apogée de l'économie keynésienne, ont été celles d'une politique budgétaire expansionniste — alliant « canons et beurre » — doublée d'une expansion monétaire. Cette dynamique a provoqué une fuite de l'or, menant finalement le président Nixon à abandonner l'étalon-or de Bretton Woods en 1971.
J'ai longuement analysé et débattu de notre situation économique actuelle. À l'instar des deux périodes précédentes, on observe une expansion considérable de la masse monétaire, du crédit et des dépenses publiques. Cette expansion monétaire entraîne une hausse des prix, ainsi qu'une érosion des salaires réels (ajustés à l'inflation). L’expansion du crédit profite aux détenteurs de richesses et d’actifs ; elle constitue une aubaine pour les plus riches. Par ailleurs, l’expansion de l’action publique accroît une violence souvent insidieuse, créant ainsi des gagnants et des perdants. L’inflation monétaire est la cause profonde de la montée de la violence politique. Ce sont là des résultats prévisibles selon la théorie économique — en particulier la théorie des cycles économiques de l’École autrichienne, qui explique l’ensemble des phénomènes fondamentaux comme un mécanisme cohérent et intégré.
Cette approche nous offre également une solution politique au problème : un programme visant à renouer avec le consensus américain originel, en commençant par le rétablissement d’une monnaie saine.
Mark Thornton est chercheur associé principal (« Senior Fellow ») au Mises Institute ; il a occupé la chaire Peterson-Luddy en économie autrichienne de 2021 à 2023. Il anime deux podcasts, *Minor Issues* et *Unanimity*, et est responsable de la rubrique des comptes rendus de lecture au sein du *Quarterly Journal of Austrian Economics*. Parmi ses publications, on peut citer : *The Economics of Prohibition* (1991), *Tariffs, Blockades, and Inflation: The Economics of the Civil War* (2004), *The Quotable Mises* (2005), *The Bastiat Collection* (2007), *An Essay on Economic Theory* (2010), *The Bastiat Reader* (2014) et *The Skyscraper Curse and How Austrian Economists Predicted Every Major Crisis of the Last Century* (2018). [photo haute résolution] Le Dr Thornton a été rédacteur en chef de l’*Austrian Economics Newsletter* et a siégé au comité de rédaction du *Journal of Libertarian Studies* ainsi que de plusieurs autres revues universitaires. Il a enseigné au niveau des cycles supérieurs à l’université d’Auburn et à la Columbus State University. Il a également enseigné l’économie à l’université d’Auburn à Montgomery et à l’université Trinity, au Texas. Mark Thornton a occupé les fonctions de surintendant adjoint des banques et de conseiller économique auprès du gouverneur de l’Alabama, Fob James (1997-1999) ; en 2002, il a reçu le prix de la recherche universitaire (« University Research Award ») à la Columbus State University. Diplômé de l’université St. Bonaventure, il est titulaire d’un doctorat en économie obtenu à l’université d’Auburn. En 2014, il a participé à un débat à l’Oxford Union, où il s’est prononcé contre la « guerre contre la drogue ». Les travaux et les interventions du Dr Thornton ont été relayés dans de nombreux médias, notamment : *American Spectator*, *Barron’s*, *Bloomberg*, *Christian Science Monitor*, *The Economist*, *Forbes*, *Investors’ Business Daily*, *Le Monde*, *New York Post*, *New York Times*, *USA Today*, *Wall Street Journal*, *Economic Times* (Inde), *Financial Times* (Norvège) et *Tejarat-e-Farda* (Iran). Il est également intervenu à de nombreuses reprises sur Russia Today et Press TV. Ses éditoriaux et ses entretiens ont été publiés dans plusieurs journaux régionaux de premier plan, notamment : *Apple Daily* (Hong Kong), *Atlanta Constitution*, *Birmingham News*, *Business Alabama*, *Chicago Sun-Times*, *Houston Chronicle*, *Mobile Press Register*, *Minneapolis-St. Paul Star Tribune*, *Montgomery Advertiser*, *New York Post*, *Orange County Register*, *Richmond Times-Dispatch*, *Tampa Tribune* et *Washington Times*. Ses analyses sont régulièrement publiées dans *Mises Daily* et *Mises Wire*. Il intervient par ailleurs fréquemment dans des émissions et sur des plateformes telles que *Boom-Bust*, RT, *Butler on Business*, *Tom Woods Show*, *Thom Hartmann Show*, *Scott Horton Show*, Press TV et FreedomWorks.
https://mises.org/mises-wire/what-leads-violent-populism
Mark Thornton est un économiste américain qui adhère aux principes de l'école autrichienne d'économie. Il est un grand spécialiste de l'économiste Richard Cantillon, souvent présenté comme un précurseur de l'école autrichienne d'économie. Libéral et scientifique, Mark Thornton fait partie du bureau éditorial du Journal of Libertarian Studies. Il est également membre du réseau de la faculté "FEE" (Foundation for Economic Education).
Il est diplômé de l'université de St Bonaventure en 1982 (BS) et de l'université d'Auburn en 1989 (Ph.D.). Ses thèmes de recherche portent sur les finances publiques, le Droit, la règlementation, la croissance de l'État, l'esclavage et la guerre civile.
Publications
- Pour une liste détaillée des œuvres de Mark Thornton, voir Mark Thornton (bibliographie)
Littérature secondaire
- 2006, John Majewski, commentaire du livre de Mark Thornton, Robert B. Ekelund, "Tariffs, Blockades, and Inflation : The Economics of the Civil War", The Freeman, Vol 56, n°2, March, pp45-46
Liens externes
- (en)Introduction de son livre 'The Economics of Prohibition'
- (en)Extraits supplémentaires de 'The Economics of Prohibition'
- (fr)Entretien avec Mark Thornton par Grégoire Canlorbe
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