11 Septembre, 25 ans après : la guerre perdue contre le terrorisme islamiste
Vingt-cinq ans ont passé, mais les
images n’ont pas vieilli. Un ciel bleu sur Manhattan, un avion qui
disparaît dans une tour, des hommes et des femmes aux fenêtres, puis
cette poussière grise qui avale New York. Le 11 septembre 2001, Al-Qaïda
ne frappa pas seulement l’Amérique : dix-neuf terroristes
transformèrent quatre avions de ligne en armes et firent près de 3 000
morts. La riposte était légitime. Elle était même inévitable. Mais
Washington transforma progressivement une guerre nécessaire contre une
organisation terroriste en projet idéologique de remodelage du
Moyen-Orient. L’Afghanistan devint une guerre de vingt ans ; l’Irak, qui
n’avait pas organisé le 11-Septembre, fut envahi en 2003 ; les États
furent déstabilisés, les sociétés fracturées et le djihadisme trouva de
nouveaux terrains. Un quart de siècle plus tard, l’Occident a tué Ben
Laden et détruit le califat territorial de Daech, mais il n’a pas
supprimé l’idéologie qui les avait produits. Pour l’Europe, la leçon est
désormais vitale : le danger djihadiste demeure, tandis que l’islam
politique pose un défi distinct, plus lent, idéologique et social. Le
nier par confort serait aussi imprudent que de confondre cette menace
avec l’ensemble des musulmans européens.

11 septembre 2001 : le jour où la puissance américaine découvrit sa vulnérabilité
À 8 h 46, le vol American Airlines 11
frappe la tour nord du World Trade Center. À 9 h 03, le vol United
Airlines 175 percute la tour sud. À 9 h 37, le vol American Airlines 77
s’écrase contre le Pentagone. À 10 h 03, le vol United Airlines 93 tombe
en Pennsylvanie après la révolte de passagers qui comprennent que
l’appareil doit servir d’arme. Les deux tours s’effondrent. New York
devient en quelques heures le théâtre d’une catastrophe que des
centaines de millions de personnes regardent presque en direct.
Les dix-neuf pirates de l’air ont été
formés par Al-Qaïda. Quinze sont Saoudiens ; les autres viennent des
Émirats arabes unis, d’Égypte et du Liban. Plusieurs membres clés du
complot sont passés par la cellule de Hambourg. Leur cible est moins un
territoire qu’un système de puissance : le World Trade Center représente
la centralité économique américaine ; le Pentagone, sa force militaire ;
le Capitole ou la Maison-Blanche, probablement visés par le quatrième
appareil, son pouvoir politique.
Le génie sinistre de l’opération tient à
cette économie de moyens. Quelques hommes, une préparation clandestine
et une idéologie capable de transformer la mort en instrument
stratégique suffisent à infliger à la première puissance mondiale un
choc historique. Le terrorisme réussit lorsqu’il obtient un effet
politique sans disposer de la puissance classique d’un État.
Al-Qaïda n’apparaît pourtant pas le 11
septembre. Ben Laden et son organisation ont déjà déclaré la guerre aux
États-Unis, frappé les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie en
1998 et attaqué l’USS Cole en 2000. Le rapport de la Commission sur le
11-Septembre montrera que la menace était connue mais que les
institutions américaines étaient mal adaptées à un adversaire
transnational et clandestin.
Le choc est donc double. L’Amérique
découvre qu’un océan ne la protège plus et qu’une organisation non
étatique peut frapper son territoire au cœur. L’OTAN invoque pour la
première fois l’article 5. Une immense solidarité internationale
accompagne les États-Unis. La question n’est alors pas de savoir s’il
faut répondre. Il faut répondre. La question décisive est : à quoi,
comment et jusqu’où ?
Une riposte légitime devenue projet de transformation du monde
L’intervention en Afghanistan répond à une
logique stratégique claire. Le régime taliban abrite Al-Qaïda et son
infrastructure. Détruire les sanctuaires, renverser le régime qui les
protège et empêcher la préparation de nouveaux attentats relève de la
légitime défense. En quelques semaines, le pouvoir taliban s’effondre.
Mais la victoire militaire initiale contient déjà le piège de la suite :
que faire d’un pays une fois l’ennemi chassé de sa capitale ?
Washington passe progressivement de la
destruction d’un sanctuaire terroriste à la reconstruction politique
d’un État. La mission s’élargit, les objectifs deviennent mouvants, la
présence occidentale s’installe. Les talibans, défaits mais non
détruits, se réorganisent. Vingt ans plus tard, en août 2021, ils
reprennent Kaboul. L’image des évacuations chaotiques à l’aéroport
résume l’écart entre la puissance militaire mobilisée et le résultat
politique obtenu.
Mais la rupture stratégique majeure
survient en Irak. Saddam Hussein est un dictateur brutal et un
adversaire des États-Unis ; son régime n’a cependant pas organisé les
attentats du 11-Septembre. En 2003, l’administration Bush choisit
pourtant l’invasion au nom notamment des armes de destruction massive
qui ne seront pas trouvées et dans un climat intellectuel marqué par
l’idée qu’un changement de régime pourrait transformer le Moyen-Orient.
C’est ici que l’influence néoconservatrice
devient déterminante. Une partie des élites de Washington croit que la
supériorité américaine peut être convertie en ingénierie politique :
abattre les dictatures, installer des institutions démocratiques et
provoquer un effet d’entraînement régional. Le raisonnement contient une
intuition généreuse, les peuples ne sont pas condamnés à
l’autoritarisme, mais une erreur géopolitique considérable : les
sociétés ne sont pas des pages blanches.
L’Irak possède une histoire, des
communautés, des rivalités confessionnelles, des réseaux tribaux, un
appareil d’État et des équilibres régionaux. La destruction du régime
baasiste et la dissolution de l’armée créent aussi du vide, de
l’humiliation, du chômage armé et une compétition féroce pour l’État.
L’insurrection se développe, Al-Qaïda en Irak prospère et les fractures
sunnites-chiites s’aggravent. Plus tard, une partie de ce chaos nourrira
l’essor de l’organisation État islamique.
Le paradoxe est cruel. La guerre lancée
pour empêcher la répétition du 11-Septembre contribue, par certains de
ses choix, à élargir les espaces de radicalisation et de guerre. Elle
renforce également l’Iran en supprimant à Bagdad un adversaire qui
contenait sa puissance. La première puissance mondiale remporte
rapidement la guerre conventionnelle et découvre ensuite qu’elle ne
maîtrise pas la géopolitique produite par sa victoire.
Le coût est gigantesque. Le projet Costs of War
de Brown University estime à environ 8 000 milliards de dollars le coût
des guerres américaines de l’après-11-Septembre. Plus de 940 000
personnes auraient été tuées directement dans les principaux théâtres
concernés ; les estimations incluant les morts indirectes atteignent
plusieurs millions. Plus de 38 millions de personnes ont été déplacées.
Ces chiffres couvrent des conflits différents et ne signifient
évidemment pas que toutes ces morts seraient imputables aux seules
forces occidentales. Ils donnent la mesure d’un cycle de guerres dont
les conséquences ont largement dépassé les objectifs initiaux.
Le bilan ne doit pas être caricaturé.
Al-Qaïda a été profondément affaiblie, Ben Laden a été tué en 2011, de
nombreux attentats ont été empêchés et le califat territorial de Daech a
été détruit. Les services de renseignement occidentaux ont
considérablement amélioré leur coopération. Mais la victoire tactique
n’a pas produit la victoire stratégique annoncée. Le djihadisme a muté,
essaimé et trouvé de nouveaux foyers.
2026 : le djihadisme n’a pas disparu, et l’Europe ne peut plus se payer le déni
Vingt-cinq ans après Manhattan, l’erreur
serait de croire que le terrorisme islamiste appartient à une époque
révolue. Les organisations ont changé de forme. Elles exploitent les
États fragiles, les guerres civiles, les réseaux numériques et les
trajectoires individuelles de radicalisation. L’idéologie circule
désormais à une vitesse et avec une décentralisation que Ben Laden
lui-même n’aurait pu imaginer.
Les données européennes invitent à la
vigilance sans céder à la panique. Dans son rapport 2026, Europol
recense 45 attaques terroristes dans l’Union européenne en 2025, toutes
idéologies confondues, dont 22 commises, 20 déjouées et 3 échouées. Sur
486 arrestations liées au terrorisme, 71 % concernent le djihadisme. Les
attaques djihadistes ont causé cinq morts et 81 blessés. Europol
souligne surtout une menace plus fragmentée et plus difficile à
détecter, dans laquelle les écosystèmes numériques facilitent la
radicalisation de petits groupes ou d’individus autonomes.

À l’échelle mondiale, la menace reste
structurée. L’évaluation américaine des menaces pour 2026 estime
qu’Al-Qaïda compterait entre 15 000 et 28 000 membres et l’État
islamique entre 12 000 et 18 000, avec une croissance particulièrement
concentrée dans les conflits africains. Daech-Khorasan, Al-Qaïda dans la
péninsule Arabique et des réseaux liés à l’État islamique en Syrie
figurent parmi les acteurs susceptibles de soutenir des projets
extérieurs. Cela ne signifie pas qu’un nouveau 11-Septembre soit annoncé
ou inévitable. Cela signifie que la capacité, l’intention et
l’écosystème idéologique n’ont pas disparu.
Le risque d’attentats de masse doit donc
être pris au sérieux, mais formulé avec rigueur. Aucun service sérieux
ne peut prédire la répétition d’un 11-Septembre à une date donnée. En
revanche, l’histoire de 2001 enseigne que l’absence d’attaque
spectaculaire pendant plusieurs années ne prouve pas l’absence de
préparation. La sécurité consiste à penser le scénario grave avant qu’il
ne devienne probable.
L’Europe affronte en outre un problème qui
ne se confond pas avec le terrorisme : l’islam politique. Tous les
musulmans ne sont évidemment pas islamistes, et l’immense majorité des
citoyens européens de confession musulmane n’a rien à voir avec le
terrorisme. Confondre une religion, des populations diverses et une
idéologie politique serait intellectuellement faux et stratégiquement
désastreux. Mais l’erreur inverse consiste à nier l’existence de
mouvements qui cherchent à faire de la norme religieuse un principe
d’organisation politique et sociale.
Le défi est alors moins spectaculaire
qu’un attentat, mais plus diffus : influence associative, séparatisme
social, pressions communautaires, propagande numérique, financement
extérieur, intimidation de ceux qui contestent les normes religieuses et
exploitation des libertés démocratiques contre la société ouverte
elle-même. Une démocratie doit combattre ces phénomènes par le droit, le
renseignement, la transparence financière, l’école et la défense de la
liberté individuelle, sans transformer des millions de citoyens en
suspects collectifs.

La politique migratoire entre dans cette
équation, mais elle doit être pensée avec précision. Une frontière mal
contrôlée constitue une vulnérabilité parmi d’autres ; elle n’est pas
l’explication unique du terrorisme européen, dont plusieurs auteurs sont
nés ou ont grandi sur le continent. Contrôler les entrées, identifier
les personnes présentant un risque, exécuter les décisions d’éloignement
légalement prononcées et mieux partager le renseignement relèvent de la
souveraineté élémentaire. Mais la prévention passe tout autant par le
traitement de la radicalisation intérieure.
Une politique sérieuse doit simultanément
protéger les frontières, surveiller les réseaux violents, combattre les
organisations qui cherchent à subvertir l’ordre démocratique et
préserver l’adhésion des citoyens musulmans qui refusent l’islamisme. La
sécurité nationale ne se construit pas par la stigmatisation ; elle se
détruit tout autant par le déni.
Faut-il pour autant affirmer que cette
menace est « plus grave que la Russie » ? La comparaison brute serait
trompeuse. La Russie est une puissance nucléaire engagée dans une guerre
majeure en Europe et dispose de capacités militaires, cybernétiques et
de déstabilisation sans commune mesure avec celles d’un réseau
terroriste. Le djihadisme relève d’une autre catégorie stratégique : il
menace directement les sociétés de l’intérieur, exploite leurs
vulnérabilités et peut frapper sans préavis des populations civiles.
Pour l’Europe, les deux menaces sont réelles mais de nature différente.
Les opposer risquerait précisément de reproduire l’erreur de 2001 :
laisser une obsession stratégique rendre aveugle à d’autres dangers.
À lire aussi : Djihadisme et Radicalisation : Meilleure Analyse Engagée
Ne pas refaire l’erreur du 10 septembre
Le 11 septembre 2001 a montré qu’une
puissance pouvait être frappée au cœur par un adversaire qu’elle avait
trop longtemps regardé comme périphérique. Les États-Unis ont ensuite
commis l’erreur inverse : donner à cet adversaire une réponse si vaste
qu’elle finit par transformer une opération de sécurité nécessaire en
guerre idéologique sans limites claires.
Vingt-cinq ans plus
tard, la leçon devrait être double. Il ne faut ni sous-estimer le
terrorisme islamiste ni lui déclarer une guerre abstraite contre des
sociétés entières. Il faut identifier précisément l’ennemi, ses réseaux,
ses sanctuaires, ses financements, ses relais idéologiques et ses
vulnérabilités, puis agir avec constance, proportion et lucidité.
Pour
l’Europe, cette exigence est d’autant plus forte que la menace se joue
aussi sur son propre territoire. Le contrôle des frontières, la maîtrise
des flux migratoires, la lutte contre les filières clandestines, la
surveillance des réseaux djihadistes et la résistance aux entreprises de
l’islam politique sont, lorsqu’ils sont conduits dans le cadre de
l’État de droit, des fonctions normales de la souveraineté.
Mais
la lucidité impose également de refuser les amalgames. L’islamisme
politique n’est pas l’islam ; le terroriste n’est pas l’immigré ; et
aucune société ne se protège durablement en désignant une population
entière comme ennemie. L’enjeu est au contraire de séparer ceux qui
acceptent la loi commune de ceux qui veulent la subordonner à un projet
théologico-politique.

La Russie, la Chine, les rivalités de
puissances et la guerre en Ukraine occupent légitimement les
états-majors européens. Pourtant, une stratégie continentale digne de ce
nom ne choisit pas une menace pour oublier les autres. La Russie peut
menacer des frontières et l’équilibre militaire européen ; le djihadisme
peut frapper les sociétés en leur cœur. L’un appelle dissuasion,
défense et diplomatie ; l’autre renseignement, police, frontières,
coopération internationale et bataille idéologique.
Le véritable
hommage aux morts du 11-Septembre n’est donc ni la peur ni la vengeance.
C’est la mémoire stratégique. Se souvenir qu’avant les tours en
flammes, il y eut des signaux, des attentats, des rapports et des
avertissements que l’on ne sut pas assembler. Se souvenir aussi qu’après
les tours, l’émotion d’une nation blessée permit des décisions dont le
prix fut immense.
Le 10 septembre 2001, le danger existait déjà.
Il était simplement plus confortable de ne pas mesurer jusqu’où il
pouvait aller. Vingt-cinq ans plus tard, l’Europe n’a plus le droit de
commettre cette erreur, ni celle, symétrique, de perdre sa raison en
prétendant se défendre.
Le Diplomate
Mes jumelles !
Je me souviens de ce jour écrit à l'encre de sang dans ma mémoire.
Le matin était beau, baigné de lumière et j'allais insouciante prendre mon avion.
J'étais heureuse. Sept heures de vol m'attendait alors j'étais joyeuse de quitter le sol.
Jamais je n'ai été heureuse collée au sol.
Mes idées volent au rythme haletant de mon coeur qui bât la chamade. Je suis comme une enfant chaque fois. Car chaque fois est nouveau. Je m'émerveille car chaque fois redevient la première fois.
Le matin était si lumineux…
Et puis soudain, l'autoroute de Toulouse est bloquée.
Quid ?
Quelques heures plus tard, je dois prendre mon avion qui me mènera à Montréal.
Je vais à Laval et je n'oublierai jamais ce jour.
Un jour qui a endeuillé le monde par sa brutalité.
Des jumelles sont tombées, entrainant des milliers de vies avec elles.
Je me remémore ce jour comme un état de barbarie qui ensauvage nos pays.
Le monde civilisé est en deuil.
Les morts ne sont que des occidentaux qui allaient ou étaient au travail.
Un acte de barbarie tel que l'absence des jumelles signent en lettres de sang.
De la poussière et du sang signe cet acte de guerre.
Et aujourd'hui, où en sommes nous ?
Sommes-nous racistes ou islamophobes de crier à l'infamie Pour ce sang des innocents versés pour une idéologie de haine.
Et aujourd'hui où en sommes nous ?
On pleure et on oublie.
On pleure et on oublie.
On pleure et on oublie.
Les deuils effacent lentement les pleurs des innocents.
On pleure et on oublie.
On reconstruit ce que la barbarie a détruit.
On refait le monde par petits bouts.
On pleure et on s'indigne,
mais on oublie.
Il a fallu que des barbares, des sauvages versent le sang innocent des occidentaux pour comprendre et oublier.
On pleure et on oublie.
La mort fait recette, des centaines et des milliers de morts envahissent les journaux… Cela fait de beaux clichés.
On pleure et on oublie.
Et encore et encore des occidentaux sont harcelés par la mort qui s'invite chez eux.
Chaque jour, la barbarie d'une idéologie meurtrière vient frapper sur nos sols
Le sang des innocents arrose nos terres, nos villes, nos pays.
Mais on pleure et on oublie.
On pleure et on pardonne.
Je n'ai pas cette capacité de pardonner l'impardonnable
Que Dieu me pardonne, mais je reste fidèle et loyale
À la force de nos convictions, à la joie de nos libertés.
Si on y prend garde, elles nous seront confisquées par une meute hurlante qui se déchaine dans nos rues.
Ils transpirent la haine et le dégout ces enfants de la liberté.
Une liberté qu'ils n'ont pas acquise, ils l'ont reçu gratuitement, sans heurts ni malheur, ils l'ont reçu des mains des anciens.
Ils ont reçu la liberté en héritage, et ils bouffent cette donation en hurlant comme des sauvages.
Brulez tout, on reconstruira encore…
Si on y prend garde, nos civilisations vont descendre dans la grotte de la barbarie.
Et qui se lèvera pour reconquérir nos libertés, nos avancées sociétales,
Qui ?
Tant que l'on pleurera et qu'on oubliera les conquêtes faites par nos ancêtres, sur l'infamie de l'invasion castratrice de nos libertés, on continuera de pleurer et d'oublier. De pleurer et de pardonner
comme si sur cette terre de France, une assemblée de lâches criaient en chœur "pardonnez ces saigneurs, ils savent ce qu'ils font"
On pleure, on reconstruit et on oublie.