juin 12, 2026

Thierry Guinhut, libéral, écrivain et photographe...à découvrir ses livres !

Sommaire:

A) - Requiem pour nos libertés, Un essai de philosophie politique.

B) - Requiem pour la liberté d’expression : De la censure, entre Milton et Darnton, Charlie et Zemmour.

C) -  Thierry Guinhut

D) - L’orwellisation sociétale : regards appuyés sur les fausses nouvelles. À l’occasion de la nouvelle traduction de 1984 d’Orwell.


Thierry Guinhut :

Une vie d'écriture & de photographie.

        Après une maîtrise en Histoire de l'Art Contemporain, Thierry Guinhut, qui vit en Poitou, devient Agrégé de Lettres Modernes. Critique d'art et de littérature, il a animé une revue et collaboré à Art-Press, Europe, Calamar, La République des Lettres, La Revue des Deux Mondes, Encres Vagabondes, Edelweiss… Aujourd’hui, on lit ses articles et études principalement consacrés aux littératures étrangères dans Le Matricule des Anges et L’Atelier du roman. Il nourrit un blog littéraire et photographique qui réunit également sa réflexion dans les domaine de l'esthétique et de la philosophie politique, dont les articles sont parfois repris par Contrepoints et L'Institut des Libertés et dans des anthologies. Ecrivain, il a publié un roman, Voyages en archipel, et relaté quelques unes de ses expériences de marcheur dans des récits, Le Recours aux monts du Cantal et autres récits en Massif central, et dans Le Passage des sierras et autres récits pyrénéens et espagnols, à paraître. Photographe, il a réalisé des expositions sur les étangs de la Brenne et sur la Montagne noire : journal de marche, en y ajoutant les peintures et collages des triptyques géographiques. Salué par la presse, Le Marais poitevin fut couronné par le Grand prix Hippolyte Bayard de Photographie 1991 et lui valut de figurer parmi les 70 Modern Masters of Right Brain Left Brain Photography (Amphoto, New York, 1994). Après son abécédaire photographique Ré une île en paradis, ses seize semaines de marche photographiques entre Béarn, Bigorre et Aragon, Au coeur des Pyrénées, il fit le portrait du Parc naturel régional du Haut-Languedoc. Suite à ses trente-deux semaines de marche entre Haute Garonne, Ariège et Catalogne, Pyrénées entre Aneto et Canigou ferme un diptyque complet des Pyrénées. Après un vaste roman d'éducation polymorphe, La République des rêves, ce fut un roman mêlant fantastique et satire sociale :  Muses Academy. Enfin un essai d'esthétique Faillite et universalité de la beauté, de l'Antiquité à notre contemporain. Vient de paraître un roman mêlé de dialogue philosophique : Les Métamorphoses de Vivant, quand les sonnets d'À une jeune Aphrodite de marbre sont encore à paraître alors que La Bibliothèque du meurtrier est en cours d'écriture. Sans oublier un recueil d'essais de philosophie politique, Requiem pour les libertés.

 

A) - Requiem pour nos libertés, Un essai de philosophie politique.

Nos libertés disparaissent rarement en un jour. Elles reculent par degrés : une loi supplémentaire, une parole surveillée, un blasphème redevenu impossible, un livre écarté, un mot soupçonné avant même d’être prononcé. Chacune de ces capitulations paraît raisonnable lorsqu’on l’isole ; réunies, elles dessinent les contours d’une servitude nouvelle.

Thierry Guinhut retrace la mécanique de ce rétrécissement. Quatre forces, différentes par leur nature mais convergentes dans leurs effets, minent aujourd’hui les fondements de la liberté d’expression, de la liberté de conscience et de la liberté d’entreprendre : l’étatisme et sa sur-réglementation asphyxiante ; l’islamisme et le retour d’une logique du blasphème au cœur de l’espace public ; l’écologisme radical, lorsqu’il sanctifie l’interdit sous couvert d’urgence planétaire ; le wokisme, lorsqu’il transforme le langage en champ de mines moral.

De Milton à Hayek, de Voltaire à Tocqueville, de Bastiat à Popper, l’auteur convoque les grands défenseurs de la liberté comme des armes intellectuelles. Fruit de quinze années de réflexion, Requiem pour nos libertés est un essai de combat, d’alerte et de résistance libérale.

Car la liberté ne meurt pas seulement lorsqu’on nous interdit de parler. Elle meurt aussi lorsque nous ne savons même plus ce que nous avons appris à taire

I        Les plaies illibérales de notre temps

II       Requiem pour la liberté d’expression

III     Passions pour l’autodafé : livres et bibliothèque incendiés

IV     Éloge du blasphème et, in fine de la tolérance

V       Peut-on rire de tout ?

VI     Statues de l’Histoire et mémoire : pour l’annulation de la Cancel culture

VII    Pourquoi nous ne sommes pas religieux

VIII  Déséducation idéologique versus éducation libérale

IX     Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique

X       L’orwellisation sociétale

XI     Serions-nous plus libres sans l’État ? Et sans l’Europe ?

XII    Vers le paradis fiscal français ?

XIII  De l’humiliation électorale

XIV   Monstrum œcologicum et obscurantisme vert

XV    Éloge des péchés capitaux du capitalisme et des penseurs libéraux

XVI   Les obsolètes au risque de l’intelligence artificielle

XVII Conclusion : Sécurité et libertés 

 

Quelques extraits choisis

 

Un préalable indispensable à notre culture libérale fut écrit en 1644 par Milton : l’Areopagitica ou liberté d’imprimer sans autorisation ni censure. Le philosophe sait que les livres sont « aussi vifs, aussi puissamment féconds que les dents du Dragon de la fable : avec un champ ainsi tout ensemencé peut-être en jailliront des guerriers en armes. Toutefois réfléchissons aussi que si l’on opère sans circonspection, autant, presque, tuer un Homme que tuer un bon livre ». Ce père du libéralisme politique et précurseur des Lumières réclamait à l’acmé de son essai : « Par-dessus toutes autres libertés, donnez-moi celle de connaître, de m’exprimer, de discuter librement selon ma conscience[1] ». Phrase que reprendront à leur manière les grands classiques du libéralisme, de Voltaire à Tocqueville, en passant par Benjamin Constant, qui défendit les droits individuels : « Tous les Français possèdent des droits individuels, indépendants de toute autorité politique. Ces droits sont la liberté personnelle, les jugements par jurés, la liberté religieuse, la liberté d’industrie, l’inviolabilité de la propriété, la liberté de la presse[2] ».

En ce sens, la censure viole le droit naturel à la liberté d’expression. Si cette dernière s’arrête ou commence l’injonction publique à la violence et au meurtre, elle s’étend de la Déclaration universelle des droits de l’homme au premier amendement à la Constitution américaine. Rappelons à cet effet la loi française du 29 juillet 1881 sur la liberté d’expression, qui régit l’imprimerie, la librairie, la presse, et stipule dans son article premier que « la librairie et l’imprimerie sont libres. » En d’autres termes la liberté d’expression va jusqu’à englober celle de dire le faux, le scandaleux, l’inacceptable… Celui qui accepte d’entendre les erreurs, les offenses et les billevesées de l’autre, permet que l’autre accepte la liberté d’émettre ce que l’un pense être, peut-être à tort, judicieux.

La seule justification de la censure ne se trouve-t-elle pas dans la loi lorsqu’elle pénalise la diffamation ainsi que l’incitation à la violence et au meurtre ? Comme lorsque des rappeurs (NTM ou Jo le Phéno) furent poursuivis par la Justice, voire condamnés pour avoir appelé en leurs chansons à tuer des flics. De plus, l’article 421-2-5 du Code pénal dispose que « le fait de provoquer directement à des actes de terrorisme ou de faire publiquement l’apologie de ces actes est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 € d’amende ». Hélas, alors qu’une apologie ne soit pas en soi un acte criminel, il faut craindre que les tribunaux des banlieues chariaisées soient aussitôt encombrés et pris d’assaut. L’infraction pénale caractérisée par « l’association criminelle en relation avec une entreprise terroriste » est assez floue pour inculper celui qui n’est que susceptible d’agir sans avoir agi, quoiqu’il soit nécessaire de prévenir plutôt que de guérir l’inguérissable.

Quant aux « contenus islamophobes » qui devraient être « signalés » au gouvernement, faut-il en déduire que toute critique argumentée, fondée sur les textes du Coran et autres faits historiques, doive être soumise à la censure d’État ? Non seulement la liberté de la presse et du net serait alors bafoué, mais il s’agit là d’un déni d’intelligence ! Saurons-nous séparer les réelles incitations à la violence de la critique raisonnée ? Est-ce par ailleurs trop demander que d’enjoindre l’Islam à se réformer, d’abandonner ses versets et commandements mortifères et sexistes, comme l’ont fait les Chrétiens et les Juifs au sujet des bien plus rares occurrences que l’on trouve au détour du Deutéronome et du Lévitique ? Pendant ce temps la jeune Mila qui posta sur quelque réseau social une vulgaire insulte contre le Prophète, se voit menacée chaque instant de viol et d’assassinat, alors que ni l’Éducation Nationale, ni l’État ne garantissent sa sécurité…

[1] John Milton, Areopagitica ou liberté d’imprimer sans autorisation ni censure, traduit de l’anglais par O. Lutaud, Aubier, 1956, pp. 127, 211.

[2] Benjamin Constant, « Esquisse de constitution », Cours de politique constitutionnelle, Pierre Plancher, 1820, p. 144.

 

C’est avec les romans de San Antonio, ces saines et saintes parodies du genre policier, qu’il fait bon de rire de tout : des polices du KGB soviétique, des statues de Lénine, du drapeau français et franchouillard, des langues trop pendues menacées par le sabre et le turban… Certes, il n’est pas allé, comme un humoriste dont la vulgarité a bavé sa traînée putride, jusqu’à rire des camps de concentration, de ses Juifs étiques et finalement gazés. Une limite qu’il faut ou ne faut pas franchir ? Peut-on rire de tout ? Du bonheur de rire et du malheur de pleurer, d’Aristote et de Dieu, du rire cathartique et mimétique, d’Hannah Arendt à Jérusalem et des tartes à la crème chaplinesques, des pets de Bérurier et des pyjamas d’Auschwitz, du rire tolérable ou punissable, de Baudelaire et des contrepets, de la censure et de la liberté d’expression…

Dieu ne rit pas. En effet, remarque Charles Baudelaire, « le Sage par excellence, le Verbe Incarné, n’a jamais ri[1] ». Cependant celui de La Bible, dans la Genèse, est capable de demander : « Pourquoi ce rire de Sarah ? Abraham était centenaire à la naissance de son fils Isaac. Sarah dit : — Dieu m’a fait rire ! Je ferai rire qui l’apprendra. Elle dit aussi : — Qui aurait prédit à Abraham que Sarah allaiterait des fils ? J’ai pourtant donné un fils à ses vieux jours ! [2]» D’où la signification d’Isaac en hébreu : « Il rit ». De là à imaginer que Dieu puisse rire de lui-même et laisser les rieurs se railler de lui, il n’y a qu’un pas. Quand le Talmud peut savoir rire, à l’occasion des raisonnements insolites, voire de la risible érudition, les Juifs sont traditionnellement des humoristes impénitents, jusqu’à l’autodérision. Quand du Christ aux chrétiens, si l’on reste sérieux, l’on ne condamne pas le rire. Bouddha, lui, porte plus sereinement le sourire, sans compter l’humour plus franc quand le koan zen sait rire et faire rire.

En revanche, Allah prend le rire en horreur. Car Mahomet, ayant souffert de railleries diverses, dénie tout sens de l’humour, condamne explicitement le rire, et, cela va sans dire, le châtie : « Vous les avez pris pour objets de vos railleries, au point qu’ils vous ont permis d’oublier mes avertissements. Ils étaient l’objet de vos rires moqueurs » ; « Les criminels se moquaient des croyants. Quand ils passaient auprès d’eux, ils se faisaient avec les yeux des signes ironiques. De retour dans leurs maisons, ils les prenaient pour l’objet de leurs rires[3] ».

Les fidèles, et pire les fanatiques, de Dieu n’aiment ni n’imaginent que Dieu puisse rire. Alors que ces religions se rient de nous en nous liant dans des commandements parfois judicieux, souvent liberticides, en particulier dans le cas de l’Islam. Le Dieu sévère des intégristes médiévaux ne supporte pas la rigolade, il lance des « anathèmes contre le rire », au point que son thuriféraire, Jorge, le bibliothécaire, dans Le Nom de la rose, d’Umberto Eco, cache, empoisonne et brûle le deuxième livre de La Poétique d’Aristote, sur la comédie et le rire, aujourd’hui perdu, s’il n’a jamais existé. La « force positive » et « cognitive » du rire selon ce dernier, « atteint l’effet de ridicule en montrant, chez les hommes communs, les défauts et les vices ». Pourtant, Jorge voit dans le rire « une pollution diurne qui décharge les humeurs » ; il « libère le vilain de la peur du diable […] Quand il rit, tandis que le vin gargouille dans sa gorge, le vilain se sent le maître, car il renversé les rapports de domination ». Paraphrasant par avance tous nos censeurs des amuseurs, il commande : « Si le rire est le plaisir de la plèbe, que la licence de la plèbe soit tenue en bride et humiliée, et sévèrement menacée[4] ». Ainsi Jorge condamne-t-il l’existence du rire, d’essence satanique, car rire de tout serait rire de Dieu….

Si selon Aristote, dans Les Politiques, « l’homme est un animal politique », il est le seul animal qui sache rire, car, disait Rabelais, dans son « Avis au lecteur » de Gargantua, « le rire est le propre de l’homme ». Bergson ajoutant qu’il « n’y a pas de comique en dehors de ce qui est proprement humain[5] », le rire est une liberté naturelle et politique inaliénable. Car rire, même si cela fait mal aux sérieux et tristes sires qui se drapent dans la vérité inattaquable de leur religion, de leur idéologie

[1] Charles Baudelaire, « De l’essence du rire », Œuvres, Pléiade, Gallimard, T II, p. 527.

[2] Genèse 21, 4-7.

[3] Coran, XXIII « les Croyants », 111 ; LXXXIII « la Fausse mesure », 29-31.

[4] Umberto Eco, Le Nom de la rose, Bernard Grasset, 1982, pp. 477-479-481.

[5] Henri Bergson, Le Rire, France Loisirs, 1990, p. 24.

 

Le pire étant peut-être, au cœur de l’écologisme, cette « résurgence du spiritisme et de l’animisme », prétendant inscrire au centre des constitutions des États le crime — souvent prétendu — d’écocide, préparant ainsi un totalitarisme planétaire au nom de l’esprit des forêts, qui par ailleurs se portent de mieux en mieux lorsque science et économie permettent d’assurer la survie humaine sans avoir besoin de défricher et de brûler à tout va. Sans compter que les écologistes, antihumanistes, étant anti-voitures, contreviennent aux recherches qui les rendront moins gourmandes en énergies, mais aussi à l’indépendance et à l’individualisme. Visant à asservir le capitalisme à l’écologie, ce sont bien des collectivistes qui ont vêtu leur communisme d’une cape de mage vert.

Un nouveau lyssenkisme est à l’œuvre. Cette politique agricole fut formulée en l’Union soviétique par Trofim Denissovitch Lyssenko et ses affidés à la fin des années 1920, puis appliquée au cours des années 1930. Technicien agricole, il se pique d’une théorie génétique pseudo-scientifique, la « génétique mitchourinienne », qui devient en 1948, sous l’égide de Staline lui-même, la théorie officielle exclusive, évidemment opposée à une « science bourgeoise », jusqu’en 1964. Une fois reconnus dégâts et pénuries causés par une telle affabulation, l’on revint à la raison, si tant est que ce dernier mot eût un sens en Union soviétique. Or il n’est pas insensé de qualifier l’urgence climatique, le réchauffement d’origine anthropique, les taxes carbones, les éoliennes et à peu de choses près tout l’appareil de l’écologisme, comme un nouveau lyssenkisme, cependant plus grave que le précédent car largement international…

Hélas la puissance idéologique, l’endoctrinement subi par les élèves de l’Éducation nationale, la persuasion par la peur, l’apparence scientifique du discours et de la planification écologistes, le militantisme médiatique, gouvernent de fait à la place des citoyens, exercent une réelle et sournoise dictature, aux dépens des libertés et des avancées réellement scientifiques. La volonté de puissance des activistes forcenés et des politiques aussi incultes que démagogiques, associée au suivisme d’une part du public, risque de faire long feu. Il est à craindre que même le mur des réalités ne les arrête, tant la libido dominandi les encourage, tant le besoin de croire une pensée manichéenne et de s’enrégimenter taraude nos concitoyens. À moins que le château de cartes vert ne s’écroule et que la raison, pragmatique, capitaliste et créatrice, reprenne le dessus.

XVII

En guise de conclusion :

Sécurité et libertés

Se débarrasser des tyrannies étatiques, qu’elles soient issues du vote démocratique, du système grégaire des partis, des stratégies de l’envie, des résolutions constructivistes, entre régulations et surveillances, n’est pas tout. Il faut vivre en sécurité pour être libre, de ses pas, de sa féminité, de ses loisirs, de son économie et d’art. Or nombre de pays et a fortiori la France sombrent à la fois dans les tréfonds de la mexicanisation et du Dar el Darb. Soit d’une part la prolifération du narcotrafic et de la criminalité afférente, y compris féminicide, et d’autre part la conquête islamique ; car au contraire du Dar al Salam — ce territoire où l’islam assure son oppressive paix — le Dar al Darb — où celui-ci mène sa guerre d’éradication et de conversion — dévore l’Occident, en brûlant et vandalisant élises, synagogues et bibliothèques, en égorgeant et violant nos citoyens.

Sans céder à la gloriole vaniteuse du « yaqua fautqu’on », regardons comment d’autres ont réussi là où l’hexagone échoue. La Suisse, qui outre son score considérable en termes de libertés économiques et son Produit Intérieur Brut par habitant au double de la France, offre une sécurité enviable. Le Salvador qui, en quatre ans, a éradiqué le narcotrafic et sa criminalité en construisant et remplissant des prisons et en se gardant de tout laxisme. Le Japon qui ne laisse pas entrer l’islam sur son archipel… Notons à cet égard que la remigration des délinquants et criminels étrangers qui plombent nos prisons et nos rues, que l’expulsion des activistes et prêcheurs islamistes, fussent-ils de nationalité française, vers des contrées sableuses, serait hautement salutaire.

Mais toutes ces mesures, ne nous en cachons pas, se heurteraient au chantage au fascisme de la part des ignorants du sens réel de ce mot et le pratiquent cependant avec ardeur, aux cris d’orfraie des politiques, syndicats et fonctionnaires superfétatoires et nuisibles, de ceux qui usent de la politique de l’autruche en vantant un fictionnel vivre ensemble. Rétablir la démocratie libérale aussi bien du point de vue économique que de la liberté d’expression et d’action ne serait pas de tout repos ; cependant urgent et vital.

Depuis Machiavel et a fortiori Hobbes, l’on présuppose que l’État moderne, reposant sur un contrat social validé par le libre consentement des individus, favorise les droits fondamentaux, au premier chef la sécurité. Nous réclamons d’être efficacement protégés par le droit positif, avec l’appui de la force publique. Moins parfait qu’un illusoire et menteur règne de Dieu, l’État peut-être à même de préserver l’humanité des abominations délictueuses et criminelles. Toutefois, si nous devons exiger une paisible sécurité, gardons-nous de la perversion de l’État sécuritaire qui risquerait d’abuser de son droit à décider de l’État d’exception, frôlant dangereusement l’État totalitaire. Car l’État garant, constitutionnel, contractuel et surtout régalien, minimal, n’est pas le Léviathan exigé par Hobbes face à une société qu’il décrit comme un cauchemardesque chaos. Plutôt qu’un lugubre Requiem pour les libertés, nous aimerions entonner un serein et strictement laïc salvator mundi, quoique sans user du mythe de l’homme providentiel, de façon à contrer un effondrement civilisationnel, à promouvoir et voir œuvrer un réel courage civique, un libre esprit critique…

Thierry Guinhut

Thierry Guinhut : Requiem pour nos libertés,

Fyp éditions, 2026, 304 p, 24 €.

https://fypeditions.com/

Une vie d'écriture et de photographie

https://www.thierry-guinhut-litteratures.com/2026/06/requiem-pour-nos-libertes-un-essai-de-philosophie-politique.thierry-guinhut-requiem-pour-nos-libertes-fyp-editions-2026-304-p-24.html

 


B) - Requiem pour la liberté d’expression : De la censure, entre Milton et Darnton, Charlie et Zemmour.

Charlie Hebdo, Eric Zemmour, Michel Houellebecq, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélanchon, Anne Onyme, Salman Rushdie sont les garants de notre liberté d’expression. Ces joyeux et tristes sires ne rencontrent certes pas forcément  l’assentiment de tous, y compris de l’auteur de ces lignes, mais quelques soient leurs vérités et leurs erreurs, ils restent une espèce à préserver devant les ciseaux et les kalachnikovs de la censure. Censures qui peuvent être le fait de nos propres médias, de nos propres juges, de notre Etat, voire des individus et des associations maniant la cancel culture et ses annulations idéologiques, ou de l’autocensure que nous nous imposons à corps défendant, devant celle mortelle de l’Islam obscurantiste. Pour éclairer l’ombre de notre contemporain, ne faut-il pas recourir à deux livres fondamentaux : l’Areopagitica de Milton et le De la Censure de Robert Darnton, et ainsi mieux interroger la chronique d’une République vermoulue et menacée, autant de l’intérieur que de l’extérieur.

  Milton, fondateur de la liberté de la presse

         Un préalable indispensable à notre culture libérale et des Lumières fut écrit en 1644 par Milton : l’Areopagitica ou liberté d’imprimer sans autorisation ni censure. Le philosophe sait que les livres sont « aussi vifs, aussi puissamment féconds que les dents du Dragon de la fable : avec un champ ainsi tout ensemencé peut-être en jailliront des guerriers en armes. Toutefois réfléchissons aussi que si l’on opère sans circonspection, autant, presque, tuer un Homme que tuer un bon livre ». Ce père du libéralisme politique et précurseur des Lumières réclamait à l’acmé de son essai : « Par-dessus toutes autres libertés, donnez-moi celle de connaître, de m’exprimer, de discuter librement selon ma conscience[1] ». Phrase que reprendront à leur manière les grands classiques du libéralisme, de Voltaire à Tocqueville, en passant par Benjamin Constant…

        En ce sens, la censure viole le droit naturel à la liberté d’expression. Si cette dernière s’arrête là ou commence l’injonction publique à la violence et au meurtre, elle s’étend de la Déclaration universelle des droits de l’homme au premier amendement à la Constitution américaine. Rappelons à cet effet la loi française du 29 juillet 1881 sur la liberté d’expression, qui régit l’imprimerie, la librairie et la liberté de la presse, et stipule en son article premier que « la librairie et l’imprimerie sont libres. » En d’autres termes la liberté d’expression va jusqu’à englober celle de dire le faux, le scandaleux, l’inacceptable… Celui qui accepte d’entendre les erreurs, les offenses et les billevesées de l’autre, permet que l’autre accepte la liberté d’émettre ce que l’un pense être, peut-être à tort, judicieux.

Combien l’humour, même graveleux, indigne, reste une assurance contre la certitude des pisse-froids, puritains et fanatiques de tous bords ! Que ces derniers apprennent à le supporter, à rire malgré eux ! Si nous ne pouvons que pleurer les crayons de la liberté fauchés par le terrorisme islamiste, si nous ne dénions pas un instant le droit indéfectible de la satire, n’en oublions pas que le rire rabelaisien, grossier et à l’emporte-pièce de Charlie Hebdo, si fier de sa liberté d’expression caricaturale, n’en réclamait pas moins d’interdire le Front National, que leur amalgame, dans leurs charges tous azimuts contre les religions, n’en mettaient pas moins ces dernières toutes sur le même plan, alors qu’il est indéniable qu’elles n’ont pas toutes les mêmes qualités de tolérance, de paix et de civilisation[2]. Les Chrétiens ne se précipitent pas pour assassiner une poignée de dessinateurs ou de cinéastes (comme Théo Van Gogh en 2004 aux Pays-Bas) aux cris de « Christ Roi », ni les Juifs aux cris de « Moïse vaincra » ! On se demande par ailleurs si un tel attentat, au lieu de frapper Charlie Hebdo, avait frappé Minute ou La Croix, eût un tel retentissement nécessaire…

 
       Quelle que soit la teneur du blasphème, à l’occasion d’un coup de feutre ridiculisant Mahomet, ce chef d’accusation n’a pas un instant à être reconnu par quelque institution, association, Etat que ce soit ; à l’encontre par exemple de la Turquie ou du Pakistan, semi-théocraties de sinistre réputation. Hélas, le parlement français a voté une résolution en faveur de la reconnaissance d’un autre sinistre lieu, la Palestine, lieu terroriste s’il en est, 
qui n’a heureusement pas abouti, alors que l’antisémitisme, y-compris français, ne cesse de vilipender l’Etat d’Israël, rare démocratie libérale du Proche-Orient. Ce qui n’est pas sans contribuer, outre l’insécurité chronique, au départ de 7000 Juifs français, en 2014, vers Israël. La France, comme à peu près déjà la Suède, pour les mêmes raisons islamiques, serait-elle en passe de devenir « Juderein », c’est-à-dire sans Juifs, pour n’avoir pas su les protéger de l’intolérable ? Attentats, exactions ; bien plus que le blasphème contre ces derniers.

        Nous occidentaux, élevés au lait de Voltaire et des Lumières, du pardon du Christ et des sciences de l’interprétation du Judaïsme, nous avons, en notre tolérance béate, financé une pléthorique immigration arabo-musulmane, laissé le Quatar acheter le football, financer les banlieues, des imams prêcher à tort et à travers, nous avons toléré deux mille mosquées en France et autres associations culturelles musulmanes, qui n’étudient guère Les mille et une nuits[3], ni Al Fârâbî commentant ainsi Platon : « Puis il rechercha dans un de ses livres si l’homme doit ou non préférer la sécurité et la vie accompagnée de l’ignorance, un mode de vie bas et de mauvaises actions[4] ». Ces mosquées et associations qui ânonnent plutôt le Coran et les Hadiths, textes mortifères s’il en est. Nous n’avons pas su séparer le bon grain de l’ivraie, le Musulman adepte d’une religion intime, républicaine et réformée, du Musulman qui applique à la lettre les surabondantes injonctions coraniques et des hadiths au djihad et au meurtre des Juifs, Chrétiens, Athées, Apostats, Homosexuels, Femmes et autres individus libres. Car la vie du prophète Mahomet est profuse en assassinats d’opposants ; et en particulier d’un poète satirique qui le contestait, occurrence significative de la censure assassine en l’origine d’une religion totalitaire, incompatible avec la liberté d’expression occidentale. Ce que ne se privent pas de dénoncer des essayistes et des philosophes musulmans, comme Ibn Warraq, dans son Pourquoi je ne suis pas musulman[5]

        Pensez-vous que les caricatures contre l’Islam soient la seule motivation d’une frange de terroristes ? Oubliez-vous que les Chrétiens du Nigéria n’ont pas l’excuse du blasphème contre un prophète pour se faire massacrer par Boko Haram, que Malala ne voulait qu’étudier avant d’être outrageusement blessée au Pakistan ? Laïcaphobie et christianophobie meurtrières n’ont qu’un motif : la racine totalitaire de l’Islam. Qui ne supporte évidemment pas les interventions militaires françaises (peut-être inutiles d’ailleurs) au Mali, en Centrafrique, en Irak… De facto, l’Islam - pas tous les Musulmans, faut-il le répéter ? - est consubstantiellement, une censure.

Quant aux « contenus islamophobes » qui devraient être « signalés » au gouvernement, faut-il en déduire que toute critique argumentée, fondée sur les textes du Coran et autres publications voisines, doive être soumise à la censure d’Etat ? Non seulement la liberté de la presse et du net serait alors bafoué, mais il s’agit là d’un déni d’intelligence ! Saurons-nous séparer les réelles incitations à la violence de la critique raisonnée ? Est-ce par ailleurs trop demander que d’enjoindre l’Islam à se réformer, comme le réclament d’ailleurs bien des Arabes, d’abandonner ses versets et commandements mortifères et sexistes, comme l’ont fait les Chrétiens et les Juifs au sujet des bien plus rares occurrences semblables que l’on trouve au détour du Deutéronome et du Lévitique ?

        La seule justification de la censure ne se trouve-t-elle pas dans la loi lorsqu’elle pénalise la diffamation ainsi que l’incitation à la violence, comme lorsque des rappeurs furent condamnés pour avoir appelé en leurs chansons à tuer des « flics ». De plus, l'article 421-2-5 du Code pénal dispose que « le fait de provoquer directement à des actes de terrorisme ou de faire publiquement l'apologie de ces actes est puni de cinq ans d'emprisonnement et de 75 000 € d'amende », et précise que « les peines sont portées à sept ans d'emprisonnement et à 100 000 € d'amende lorsque les faits ont été commis en utilisant un service de communication au public en ligne ». Hélas, à ce dernier compte, alors qu’une apologie ne soit pas en soi un acte criminel, il faut craindre que les tribunaux des banlieues chariaisées soient aussitôt encombrés et pris d’assaut… L’infraction pénale caractérisée par « l’association criminelle en relation avec une entreprise terroriste » est déjà conceptuellement assez floue pour que l’on risque d’inculper quelqu’un qui n’est que susceptible d’agir sans avoir agi, quoiqu’il soit difficile de contester qu’en la matière il soit nécessaire de prévenir plutôt que de guérir l’inguérissable. N’omettons pas de craindre que l’on n’y surajoute de nouvelles et orwelliennes surveillances bridant la liberté et la confidentialité du citoyen non criminel sur le net[6].

        Hélas, le seul fait que l’on puisse, par le biais d’associations, porter plainte, voire aboutir à une condamnation pénale, pour incitation à la haine en fonction de la religion, du sexe, de l’ethnie, de l’orientation sexuelle ou du handicap, malgré les intentions louables, laisse à la porte ouverte à la censure ; donc ferme de fait le bec à la liberté d’expression. Or la haine est peut-être un sentiment moralement condamnable, un vice, mais pas un acte, pas un crime. Où ira-t-on si l’on peut faire condamner quelqu’un au motif qu’il vous offense par des mots, des images, dont la plus immense majorité ne leur est, qui plus est, pas personnellement adressée... L’Etat n’a pas vocation à criminaliser les mots, les images, sinon il est le complice des tyrannies, s’il n’en est pas déjà une.

        À cet égard, les lois Pleven, Gayssot, Taubira contribuent à rogner en France, patrie des droits de l’homme, la liberté d’expression. En 1972, la loi Pleven, qui se veut antiraciste, réprime « la provocation à la discrimination, à la haine ou la violence », assimilant mots et intentions à la violence en actes. En 1990, la loi Gayssot interdit le négationnisme des « crimes contre l’humanité », tout en ne s’appliquant qu’aux crimes du nazisme, et non à ceux du communisme et de l’Islam. Retouchée en 2010 et 2011, elle condamne la négation des génocides reconnus par la loi, comme le celui des Arméniens. En 2001, la loi Taubira, intime aux programmes scolaires et de recherche le devoir d’accorder « à la traite négrière et à l’esclavage la place conséquente qu’ils méritent », s’agissant de l’Amérique, de l’Afrique et des Caraïbes, en passant sous silence les autres occurrences de l’esclavage. Interventions intempestives de l’Etat dans la discipline des historiens, dans le langage, confusion de l’expression de sentiments et de pensées, quoique stupides, infondées et insultantes, avec des crimes, la loi française n’épargne pas ses intrusions parmi le champ de la liberté d’expression[7]. Y compris s’il s’agit de faire l’apologie du cannabis, certes désastreux, y compris lorsque que le syndicalement et politiquement corrects taisent le débat sur le monopole indu de la sécurité Sociale

        Ainsi la déjà citée loi Gayssot (du nom d’un député communiste) du 13 juillet 1990, permet-elle également de « réprimer tout propos raciste, antisémite ou xénophobe » : «  toute discrimination fondée sur l'appartenance ou la non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion est interdite ». Nous sommes évidemment consternés d’entendre des propos anti-juifs ou anti-arabes, résultats de préjugés ineptes et de généralisations infâmes. Mais combien de propos de comptoir faudrait-il condamner et ainsi encombrer nos tribunaux qui ont mieux à faire ? Il est évident alors qu’à gauche (et à droite, terrorisée par les diktats moralisants de la bonne conscience morale de gauche) l’on vise d’abord les personnalités politiques et médiatiques en vue qui doivent se poser un bâillon mental sur le cerveau dès lors qu’une constatation réaliste, qu’une analyse ou proposition frôle l’aire de l’immigration en nos douces banlieues. D’autant que le terrain de chasse d’associations subventionnées dont c’est le fond de pouvoir et de commerce (et qui évitent de s’attaquer au racisme anti-blanc et de faire siennes les préoccupations féministes et humanistes de Ni Putes ni Soumises) est tout tracé. Ainsi la Licra ou SOS Racisme deviennent, malgré leurs premières et honorables indignations, de nouveaux inquisiteurs. L’enfer -le sait-on ?- est pavé des meilleures intentions. Ces princes de la moralité, plus virulents qu’un clergé qu’ils ont évincé (tout en évitant de s’attaquer aux vitupérations des imams) veillent avec leurs affidés nombreux sur chaque demi-mot énoncé par les représentants politiques et autres journalistes. 

Il est loisible de ne pas apprécier le personnage d’Eric Zemmour et ses idées nettement réactionnaires et colbertistes, mais il est également le garant de nos libertés en perdition. Sa condamnation au nom de l’antiracisme fut une honte, le suicide de la liberté. Mais, au-delà du fusible qu’il représente, nombre d’opinions et analyses présupposées incorrectes sont la cible de l’ostracisme des associations, des juges, du et des pouvoirs. A l’occasion de la montée controversée de l’Islam, les ciseaux infâmes de la censure sont-ils de retour ? Que fait Amnesty International en ne dénonçant pas la France comme un pays attentatoire à la liberté d'expression ? Que penser de la récente décision d’i-Télé d’obtempérer à l’injonction du Parti Socialiste qui demanda la tête médiatique d’Eric Zemmour ? Légitime droit d’une chaîne privée à licencier qui ne lui convient pas, ou chasse aux sorcières, maccarthysme socialiste ?

  

      En effet, Eric Zemmour eut l’impertinence sur Canal Plus, le 6 mars 2010, de prononcer les phrases suivantes :
« Mais pourquoi on est contrôlé 17 fois? Pourquoi ? Parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes, c'est comme ça, c'est un fait ». Les employeurs « ont le droit » de refuser ces derniers. Il fut depuis condamné à verser 2000 euros d'amende pour « provocation à la discrimination raciale ». Vérité bâillonnée, selon les uns, déplorable racisme selon les autres. Certes, le chroniqueur doit sa condamnation à ce qui serait une incitation à la discrimination à l’embauche. Prenons-la plutôt pour une revendication de la liberté de choisir, même si des critères de couleur de peau et d’origine culturelle sont a priori ridicules, sans compter que l’on consentirait ainsi à se priver d’une éventuelle compétence… Mais au pays des bonnes intentions se propagent les faits têtus.

        L’on sait en effet que les délinquants originaires de l’Afrique du nord sont environ 70% des détenus de nos prisons françaises[8]. Ce qui ne contrarie pas bien sûr le fait avéré qu’une énorme majorité de descendants de cette aire géographique soit respectueuse des lois, et de plus excédée par les comportements inacceptables de leurs coreligionnaires. Un rapport du Sénat de 2008 ne dit pas autre chose[9]. Cette sur-délinquance, niée, minimisée, pour des raisons de mansuétude discriminative, doit être étudiée avec réalisme, mais aussi modestie, devant la complexité des phénomènes que nous avons, il faut l’avouer, bien du mal à percevoir avec objectivité, complétude et nuances.

        Certes on arguera non sans raisons des difficultés économiques et de la discrimination à l’emploi dont peuvent être victimes ces nouveaux arrivants. Mais s’ils sont de la 2° ou 3° génération ? Le bon sens doit remarquer que les immigrés d’origine chinoise ou portugaise n’ont pas le même profil. Sont-ils alors délinquants parce que génétiquement noirs ou Arabes ? Non, bien sûr. Il faut chercher alors dans des explications culturelles, liées à Islam et aux ethnies, ce qu’approcha le sociologue Hugues Lagrange[10] : l’autoritarisme paternel, le code d’honneur machiste imposé au garçon, le mépris du compromis, le fatalisme déresponsabilisant, le peu de liberté féminine sont à la racine du comportement délinquant, même s’il faut se garder des généralisations abusives. Il faut aussi interroger du côté du manque de personnel judiciaire[11] et de saines prisons. Que l’on sache, prévention, éducation et juste répression vont de pair. A moins de la trop française culture de l’excuse qui n’ose réprimer et reste victime du syndrome de Jean Valjean, ce héros hugolien qui vole parce que pauvre et affamé. Outre que nos jeunes voleurs volent plus de consoles de jeu que des miches de pain et que nos dealers de drogues se font quelques milliers d’euros en quelques heures, nous voilà loin d’une conception romantique du délinquant forcément victime des conditions économiques et du capitalisme bien entendu oppresseur. Ce qui permet à la pensée rose et marxiste de s’acoquiner avec ceux qui, croient-ils, sont leurs alliés naturels. Varlam Chalamov[12], qui connaissait  fort bien les prisonniers de droit commun, puisqu’ils étaient ses gardiens et tortionnaires au goulag, a battu en brèche ce cliché. Le délinquant est rarement une victime : il fait des victimes, y compris économiques.

        Reste que les statistiques ethniques sont interdites. Préfère-ton les rumeurs indémontrables, les allégations à l’emporte-pièce ? Certes, les origines métissées et le défilement des générations risqueraient de les rendre illisibles, mais elles pourraient être, non un outil de discrimination négative, mais un savoir qui, appuyé par les connaissances des historiens, des sociologues, ethnologues et criminologues, un outil de pensée et de remédiation fort pragmatique. S’il s’agit de conspuer en bloc les Roms ou les Maliens, la démarche est en effet moralement condamnable (ce qui ne signifie pas pénalement). Mais la connaissance statistique doit être au service de la connaissance des causes particulières et culturelles de la délinquance, de façon à penser autant la prévention que la répression de manière ciblée, au service donc de tous, y compris de ces populations d’origines diverses qui sont aussi les premières à souffrir des affronts répétés aux lois et aux populations. Pire, faute d’analyser, de comprendre et d’envisager des remédiations adaptées, les préjugés vont bon train, entre angélisation et diabolisation des immigrés. La voix du Front National et de Marine Le Pen devient hélas  alors la seule à peu-près audible sur ces questions. A force de s’interdire de penser avec sérénité, il ne reste plus place que pour les éructations, les arguments creux, la démagogie et ce populisme vulgaire, ce que les Grecs appelaient l’ochlocratie, le gouvernement par la populace…

         Comme en un écho d’Eric Zemmour, lundi 4 avril 2011, à Nantes, Claude Guéant, ministre de l’Intérieur, a expliqué qu’il y avait « très peu de musulmans en France » en 1905 et qu’aujourd’hui, «  on estime qu’il y a à peu près 5 ou 6 millions de musulmans en France ». Il ajouta :  « C’est vrai que l’accroissement du nombre des fidèles de cette religion, un certain nombre de comportements, posent problème » (…)  «  Je dirais tout simplement qu’il n’y a aucune raison pour que la République accorde à une religion particulière plus de droits qu’elle n’en a accordés en 1905 à des religions qui étaient anciennement ancrées dans notre pays  » (…) « il est clair que les prières dans les rues choquent un certain nombre de concitoyens. »  On peut encore une fois ne pas apprécier l’homme, sa pensée. Plutôt que de s’offusquer et de crier à la discrimination et au racisme, pourquoi ne pas contre-argumenter, pourquoi se voiler la face (on aura compris la volontaire allusion) devant de réels problèmes et des propos somme toute raisonnables et, espérons-le, préalables à un assainissement des mœurs profitables à tous, et non, comme le fantasme en court parfois, à un rejet des immigrés à la mer aussi stupide qu’inhumain.

        La censure étatique n’est aujourd’hui que la résultante logique d’une intimidante censure d’un consensus politique, social et intellectuel (donc forcément pseudo-intellectuel), des associations et d’un politiquement correct niveleur intégré au plus profond de la bonne conscience de nombre d’entre nous ; qui trouvent en Eric Zemmour un bouc émissaire d’autant plus révélateur qu’avec les centaines de milliers d’exemplaires vendus de son Suicide français[13] il focalise une sourde envie. Une fois de plus, ce sont le bon et le bien collectifs, après et dans la logique du fascisme et du communisme, aujourd’hui roses et verts, socialisants et écologiques, qui sont à l’origine de cette censure qui avance masquée. Comme une sorte de Big Brother intériorisé, l’oreiller de plume et de plomb qui endort notre pensée critique s’infiltre en tant de domaines, au risque de nous empêcher de penser notre contemporain et donc de remédier à ses dysfonctionnements.

        Quoique l’on pense de l’argumentation erratique et fourvoyée d’Eric Zemmour en son Suicide français, plutôt que de se contenter de polémiquer -non sans raison d’ailleurs- sur sa vision du régime de Pétain qui aurait contribué selon lui à sauver des Juifs, ne vaut-il pas mieux pointer sa nostalgie rétrograde qui inclue de Gaulle et Georges Marchais en une sorte de paradis perdu ? Si d’une manière trop souvent maladroite le polémiste dénonce l’immigration et la gestion pour le moins discutable des gouvernements successifs, on en oublie son antilibéralisme désastreux, tant dans le domaine des mœurs que de l’économie.

Deux poids et deux mesures de la presse et de l’opinion

      Alors que Charlie Hebdo fit une de ces couvertures en affublant impunément Christiane Taubira, Garde des sceaux, donc ministre de la Justice, d’un corps de singe, une internaute fut condamnée pour avoir sur Facebook pratiqué le même genre de délicate attention : hélas, cette dame était encartée au Front National, alors que les caricaturistes sont de mordants libertaires d’extrême-gauche. Non, il n’y a pas deux poids, deux mesures, vous dit-on ! Défendons haut le crayon le blasphème de ce même Charlie Hebdo montrant Mahomet sodomisé par le Pape, lui-même par un rabbin, et par une croix et un chandelier à six branches ; et condamnons Christine Tasin pour avoir proclamé -à l’occasion d’une manifestation contre un abattoir de l’Aïd- que « L’Islam est une saloperie » : elle fut en effet d’abord condamnée par le tribunal de Belfort à 3000 € d’amende, quoique relaxée en appel, pour « injure et provocation à la haine raciale ». Ce qui montre encore une fois la confusion pénale entre les actes et les mots. Non, il n’y a pas deux poids, deux mesures, vous dit-on ! Y compris si le grotesque Dieudonné antisémite est interdit de spectacle alors que Charlie Hebdo est plus largement antireligieux. Y compris lorsque les Femen furent relaxées pour la dégradation d’une cloche de Notre-Dame de Paris et que deux épouses de gendarmes, furent, en l’île de Mayotte, condamnées à neuf mois de prison, dont six avec sursis, pour avoir profané une mosquée en déposant une tête de porc. Alors que tant d’églises françaises sont profanées : autels couverts d’excréments, statues brisées… Y compris lorsque l’on appellerait volontiers à censurer Eric Zemmour, tout en sanctifiant nos dessinateurs. Y compris lorsqu’une manifestation de soutien national au journal satirique, donc à la liberté d’expression, dénie le droit au Front National et à Marine le Pen d’en être. Quoique nous pensions de ces derniers[14], la liberté d’expression n’est pas négociable selon les expressions.

      Les choix de l’information ne sont pas innocents. Gageons que l’indignation contre les terroristes islamistes fusillant cinq dessinateurs de Charlie Hebdo n’atteint pas le même retentissement que celle qui devrait s’élever lorsque des policiers ainsi que quatre otages juifs ont également été mitraillés lors de l’attentat contre une supérette kascher. Alors que les agressions antisémites, en particulier dans le XIXème arrondissement de Paris sont monnaie courante… Sans compter que les hurlements de joie pro-terroristes qui embrasent les quartiers nord de Marseille et autres banlieues ne seront guère stigmatisés. Sans compter les élèves qui contestèrent et raillèrent la minute de silence organisée dans des établissements scolaires. Ne soyons pas surpris par ailleurs qu’un tel massacre sur le sol parisien fasse mille fois plus de bruit que le génocide des Chrétiens en cours[15] de par le monde. Ainsi le cri d’alarme grotesque contre l’islamophobie a-t-il une presse qui laisse dans l’ombre judéophobie et christianophobie autrement meurtrières…

      Les tirs d’Israël sur la bande de Gaza font les gros titres, ceux des Gazaouis au mieux les entrefilets. Qui prendra le parti de la seule réelle démocratie libérale du Proche-Orient (malgré son imperfection) contre une bande de corrompus totalitaires islamistes et génocidaires, se verra vouer aux gémonies par la bien-pensance antisioniste (traduisez antisémite), cette fois non pas droitiste, mais gauchiste, quoique Jean-Marie Le Pen fût fort ami avec Sadam Hussein. Il n’est pas indifférent de noter que les Arabes israéliens vivent mieux que ceux de Gaza. Moralité : ces derniers feraient mieux de devenir Israéliens. On imagine qu’une telle proposition, pourtant au service des libertés de l’humanité, ferait hurler…

      De même, les choix historiques sont à examiner avec perspicacité. Un voyage scolaire à Auschwitz est à juste titre une merveille pédagogique et du devoir de mémoire. Mais quid de la Kolyma et des goulags qui, de Trotsky à Staline et au-delà (sans compter Mao, Castro et l’icône romantique du Che Guevara), ont été aussi radicalement abominables ? Mieux vaut alors aller à Buchenwald où le camp a servi d’abord à interner et laisser crever les opposants politiques au nazisme, puis, après 1945, les opposants politiques au communisme. La leçon d’Histoire y est enfin équilibrée.

      L’opinion devrait à juste titre être stupéfiée du traitement de l’information et de l’anathème plus qu’inégalement distribué. Eric Zemmour est un délicat enfant de chœur en face des manifestants pro-charia du 9 avril 2011 à Londres et Paris, rejetant l’application de la loi sur le voile et appelant à l’épuration des mécréants « avec des bombes atomiques ». « L'islam est venu pour dominer le monde y compris la France », annonce un de leur site internet. Ces suprématistes musulmans ne devraient-ils pas être poursuivis devant un tribunal pénal, pour incitation à la haine, à la violence, sans compter leur culte de l’oppression des femmes ? Soudain les âmes de l’antiracisme et de défense des droits de l’homme brillent par leur silence impétueux. Ils préfèrent cette grotesque et pusillanime facilité qui consiste à traquer tout propos susceptible d’islamophobie, à dénoncer les publications argumentées et discutables de « Riposte Laïque », ou les « apéros saucisson pinard », qui après tout ne sont qu’une juste revendication d’un innocent mode de vie, face à des codes alimentaires qui sont de l’ordre de la superstition tyrannique, face aux prières de rues illégales et musclées par des milices religieuses. Cette indignation affreusement sélective permet d’ostraciser à peu de frais quelques catholiques intégristes, certes excessifs, mais bien moins mortifères, sans compter tous ceux que la liberté anime. Ainsi, parler des racines judéo-chrétiennes et gréco-romaines de l’Europe, deviendrait un péché raciste. A quand la dénonciation des Lumières ?

Hélas, en ce siècle des Lumières, la censure n’abandonnait pas ses fers. Robert Darnton, qui ne manqua pas de faire l’Apologie du livre[16], y situe l’un de ses trois essais réunis sous le titre aussi bref que percutant : De la censure[17]. Comment se manifeste-elle ? Existe-t-il une civilisation, un siècle qui soit indemne des ciseaux et des munitions enclenchés contre la paix des opinions et des convictions ?

      En ce triptyque, le premier exemple choisi par l’historien Robert Darnton relève du XVIIIème siècle français : écrire un conte politique put valoir treize d’internement rigoureux en un couvent à une demoiselle Bonnafon. « Approbation » et « Privilège du Roy » étaient alors indispensables pour qu’un libraire puisse faire paraître un ouvrage. À moins de la faire sous le manteau, prétendument à Londres ou La Haye, avec les risques inhérents à l’exercice. Etonnamment, la censure ne veillait pas seulement à l’orthodoxie religieuse et monarchique, mais parfois aussi à la qualité du style et de l’argumentation. C’est alors que l’on découvre qu’une femme de chambre de Versailles est l’auteure d’un volume circulant en toute discrétion : Tanastès, conte de fée travestissant les amours du Roi d’une manière choquante, et « crime de lèse-majesté littéraire ». Mlle Bonnafon, l’imprimeur et quelques colporteurs furent embastillés. L’histoire est aussi savoureuse que terrible : « elle avait cherché à s’enrichir en diffamant la couronne ». Quoique remerciée par le mépris royal, notre Valérie Trierweiler est aujourd’hui plus chanceuse…

      Moins prestigieuse que les difficultés de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert à la rencontre de la « police du livre », cette affaire est pour Robert Darnton symptomatique de son siècle, à la marge des textes libertins ou athées traqués par le pouvoir. Aux qualités de l’essai d’investigation historique, s’ajoutent celles d’une saisissante galerie de personnages.

      Qualités que l’on retrouve avec plaisir lors de la seconde affaire de censure, située entre « libéralisme et impérialisme » : en Inde britannique du XIXème siècle. Songez qu’en entonnant l’allégorique « Chanson du rat blanc », qui laissait entendre que « les dirigeants anglais ont tout dérobé au pays », Mukunda Las Das écopa de trois ans d’ « emprisonnement rigoureux ». Bien que les Anglais vissent dans le livre « une force civilisatrice », qu’ils dussent promouvoir la liberté de la presse, les chansons bengalies parurent « répugnantes et corruptrices ». Si pouvait y couver la révolte contre l’occupant britannique, les poèmes étaient dits « séditieux » et réprimés comme tels.

      Le dernier volet du triptyque, consacré au XXème siècle, se penche, non, comme on l’aurait trop facilement attendu, sur les noirceurs du nazisme, mais sur celles, symétriques de l’ex-Allemagne de l’Est. C’est alors que, « sept mois après la chute du Mur », Robert Darnton peut rencontrer « deux authentiques censeurs en chair et en os, tout disposés à parler ». Ce sont « des membres loyaux du parti communiste est-allemand et des vétérans de la machine d’Etat à rendre conformes les livres à la ligne du parti ». Tout cela en dépit d’une constitution qui « garantissait la liberté d’expression » ! Las, un certain Walter Janka subit « cinq ans d’isolement carcéral » pour avoir publié Luckas, un auteur pourtant fort marxiste, cependant soudain réprouvé. La « planification » littéraire ne plaisantait pas un instant, afin d’éviter la souillure du modèle communiste et la corruption de l’Ouest capitaliste. On préfère alors le « kitsch socialiste » : « Quand des amants s’embrassent ou se maquillent, ils rendent hommage à la profonde qualité des relations personnelles dans un système affranchi du caractère superficiel engendré par le consumérisme ». Ce serait à pouffer de rire, si ce dernier argument n’était pas encore celui de tant d’anticapitalistes et autres écologistes ! Cette « lutte contre vents et marées pour maintenir un niveau élevé de culture tout en bâtissant le socialisme » est si édifiante, quand les auteurs, adeptes du « Bourgeois tardif », « pouvaient être expédiés en prison ou condamnées aux travaux forcés -l’équivalent du goulag ». On sait combien la Stasi, police politique, était omniprésente ; ce dont témoigne la polémique selon laquelle Christa Wolf elle-même, « qui ne dévia jamais de son adhésion aux idéaux socialistes de la RDA », fut forcée de renseigner le régime…

      Relativisons néanmoins -tant que nous pouvons encore le faire, semble dire Robert Darnton en sa conclusion- notre petite censure qui s’adresserait à un Eric Zemmour. Les trois auteurs pris en cas d’école auraient pu subir bien pire, entre tortures et morts. Cependant notre historien parvient à une thèse fort pertinente : Leo Strauss, dans La Persécution et l’art d’écrire[18], penchait pour la stupidité des censeurs, lui affirme leur « raffinement intellectuel ». Comme en sont capables les fonctionnaires de nos Etats, « en particulier en des temps où il semblerait que l’Etat surveille le moindre de nos faits et gestes ». Ne doutons pas que l’historien du passé et du présent, voire du futur, fasse allusion à la surveillance informatique généralisée qui, si elle doit se renforcer pour traquer le terrorisme, ne doit pas traquer le citoyen libre.

      Avec intelligence, Robert Darnton a mis en scène et fouillé trois curieuses occurrences de la censure d’Etat. Reste un quatrième volet à écrire en appendice à son essai, celui d’une censure mondialisée, la kalachnikov et le couteau d'égorgeur à la main, qui s’appuie sur une injonction sacrée. Citons le Coran qui parait en la sourate cinquième fort bien commencer, alors que la suite est bien moins chez nous citée : « Voici, qui tue quelqu’un qui n’a tué personne ni semé de violence sur terre est comme s’il avait tué tous les hommes. […] Mais voici, après cela, il est sur terre un grand nombre de transgresseurs. Mais ceux qui guerroient contre Allah et ses envoyés, semant sur terre la violence, auront pour salaire d’être tués ou crucifiés[19] ». Les armes sont bien celles de la Folie de Dieu, pour reprendre le titre de Peter Sloterdijk, qui analyse sans ambages le comportement islamiste : « Bien qu’ils ne détiennent aucune autorité savante, les activistes des organisations guerrières actuelles savent se référer aux sourates adaptées. Leurs actes peuvent être bien répugnants, leurs citations sont sans erreurs[20] ». Ces dernières citations étant également sans erreurs, elles n’ont pourtant que le caractère inoffensif de la liberté d’expression et de la réflexion raisonnée…

Le spectre de l’autocensure


      A la censure jadis -pas toujours jadis pourtant- d’Etat, s’est substituée une autocensure, qui à l’occasion de l’assassinat des dessinateurs de Charlie Hebdo n’est pas sans avancer son mufle spectral. C’est après de multiples interrogations internes que de nombreux médias étrangers, en particuliers américains, se sont résolus à couvrir l’événement en publiant des photographies contenant des images floutées des couvertures controversées du magazine. Certes, personne n’a le devoir de les publier, et les journaux peuvent légitimement s’appuyer sur l’argument qui consiste à vouloir se protéger et protéger la vie de leurs employés. Ainsi un journal de Hambourg qui vient de les publier vit ses locaux aussitôt incendiés. Il est également loisible de ne pas apprécier l’humour grossier et scatologique, sans oublier encore une fois l’amalgame indigne qui est fait en ces caricatures entre les religions. Mais n’est-ce pas assurer l’avantage de la censure au bout du canon que d’accepter le diktat de l’impubliable ? Ainsi, sous la contrainte criminelle, nous acceptons qu’une liberté soit éradiquée…

      Cette autocensure va jusqu’à confier à des juristes des maisons d’édition les textes à polir et ébarber pour ne pas risquer de contrevenir au politiquement correct, aux lois sur le racisme, aux diktats des associations féministes… Censure populaire et autocensure marchent la main dans la main, dhimmiitude et lâcheté dans le même sac à burqa, lorsqu’en septembre 2014 un spectacle anima la ville d’Angers, présentant des humanoïdes au comportement de primates enfermés dans des cages. Brandissant des Corans, une douzaine de Musulmans insultèrent les comédiens, en les traitant d’ « impurs », au point que le spectacle fut interrompu par le maire UMP, arguant du « désordre public », suspendant du même coup les représentations des autres troupes flouées. De même l'on déprogramme des films qui risqueraient de déplaire à la tyrannie islamique, sous couvert de prudence...

      Inquisiteurs politiques et censeurs puritains relèvent ainsi du même coup leur nez en forme de ciseaux. Notre Etat sait trop bien que sa censure serait impopulaire, quoique s’il savait répondre aux aspirations populaires il ne se gênerait pas pour y recourir. Alors, l'Etat-carpette l’a déléguée en accordant à des associations et autres communautés le droit de traîner en justice le contrevenant à la pensée au nom du préjudice moral et de la nouvelle moralité en marche. Mais c’est aussi une censure volontaire par le peuple lui-même -du moins une intelligentsia à laquelle il faudrait peut-être retirer cette dignité-, donc par un pire pouvoir que le pouvoir lui-même qui le craint, une réplique aberrante de la « servitude volontaire » de La Boétie. L’on demande de ne pas penser, de ne pas penser mal, selon une partisane conception (à laquelle nous n’échappons peut-être pas) du bien, donc forcément de ne pas penser le réel qui n’est, lui, intrinsèquement, ni bien ni mal. Ce réel alors devenu invisible, inanalysable, irrémédiable, n’est plus alors soumis à la critique nécessaire et constructive. On ne l’améliorera plus, on le condamnera à pourrir. Et s’il parait anesthésié, ce sera certainement, en un retour implacable de la vérité des faits, en un retour du refoulé, un réel plus dangereux encore. Lorsque les analystes sereins, les pragmatiques qui se doivent d’œuvrer sur nos réalités pour leur porter remède, doivent se taire, ce sont les démagogues anti-libéraux, du Front national au Front de gauche qui ont le front de nous asséner leurs vérités pré-totalitaires. Ainsi, ne pas vouloir penser l’immigration, l’Islam et les freins étatiques à l’expansion économique et à la liberté d’entreprendre, c’est pratiquer la politique de l’autruche, se mettre la tête dans un sable mouvant, cacher le thermomètre pour ne pas voir monter la fièvre. L’agressivité des associations, des politiques, des intellectuels et des grands soumis à la bien-pensance n’est que le reflet de leur désir d’abattre (quelque soit leur allié provisoire) le capitalisme libéral et d’y substituer leur tyrannie. A moins que la terreur de l’affrontement avec l’islamisme et avec tous ceux qui monopolisent la délinquance soit leur motivation profonde. Il est plus facile d’être vigilant contre les islamophobes, surtout prétendus tels, que contre les islamistes. Contrevenir aux formules de la pensée magique, prononcer certaines opinions ou analyses -certes toujours discutables et dignes d’être si besoin réfutées- est aussitôt susceptible d’une réaction pavlovienne au vocabulaire, taxé au mieux de provocation, au pire de reductio ad hitlerum, jamais de reductio ad stalinum ou reductio ad islamum… Employer des expressions comme « la bombe démographique musulmane », même si l’on appelle de ses vœux un Islam des Lumières, fondé sur une religion privée et non politique et compatible avec la démocratie libérale, suffit pour vous vouer aux gémonies d’une « novlangue[21] » qui ne dit pas son nom, mais qu’Orwell n’aurait pas désavouée.

      Le Léviathan de Hobbes[22] était composé d’une multitude de gens qui s’accolaient pour tenir entre leurs mains les attributs du pouvoir spirituel et temporel. Ce sont ces mille tyrans assemblés sous leur Servitude volontaire qui nous soumettent et nous entravent aujourd’hui aux moyens de leurs injonctions politiques et terroristes. Faudra-t-il imaginer une judicieuse (car elles ne le sont pas toutes) désobéissance civile[23] ? La Boétie décrivait ainsi la condition de qui se soumet volontairement au tyran ; ce que nous dirons au tyran polymorphe de la bien-pensance, religieuse et politique : « Ce n’est pas tout à eux de lui obéir, il faut encore lui complaire ; il faut qu’ils se rompent, qu’ils se tourmentent, qu’ils se tuent à travailler en ses affaires, et puis qu’ils se plaisent de son plaisir, qu’ils laissent leur goût pour le sien […] qu’ils prennent garde à ses paroles, à sa voix, à ses signes, à ses yeux, qu’ils n’aient ni yeux, ni pieds, ni mains, que tout soit au guet pour épier ses volontés et pour découvrir ses pensées. Cela est-ce vivre heureusement ? Cela s’appelle-t-il vivre ?[24] ». Pensons que La Boétie, l’ami de Montaigne, écrivait cela en 1549, à l’âge de dix-huit ans, toujours jeune précurseur du libéralisme politique. Qu’il faut conserver et lire, auprès de Montesquieu et d’Orwell, dans l'intelligence de la bibliothèque universelle, espace de liberté tant qu'il est encore possible. Aux côtés de laquelle Facebook, nos blogs et nos sites internet, où écrire autant des sonnets lyriques que des essais politiques, sont de formidables instruments de liberté d’expression, une revendication de libre création face aux asservissements religieux et politiques de tous bords.

En 2019, la situation ne fait que s’aggraver. La philosophe, pourtant de gauche, Sylviane Agacinski, entendant disserter sur les risques éthiques de la Procréation Médicale Assistée et de la Gestation pour autrui, est interdite de conférence à l’Université de Bordeaux par un courant féministe outrageusement sûr de lui, la courageuse et sensée journaliste et polémiste Zineb el Rhazoui menacée de mort par le fanatisme islamisme, Eric Zemmour chassé par une meute d’activistes et journalistes-procureurs, par les annonceurs publicitaires, au mépris de la liberté académique, de penser, d’écrire... Le tableau de la liberté d’expression est chaque jour insulté, lacéré, déchiré, bientôt effacé par un bâillon tyrannique.

      Jusqu’à la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH), qui a conclu un arrêt le 25 octobre 2018, énonçant que les critiques à l'encontre de Mahomet, fondateur de l'Islam, étaient constitutives d'une incitation à la haine et ne relevaient pas du droit à la liberté d'expression ! En l’occurrence, il s’agit d’Elisabeth Sabaditsch-Wolff, condamnée en Autriche, en première instance et en appel, en 2011, pour « dénigrement de doctrines religieuses » dans le cadre de conférences qu'elle donnait sur les dangers de l'Islam fondamentaliste. Avec un tel arrêt inique et sans précédent, la Cour de Strasbourg - qui a juridiction sur 47 pays européens et dont les décisions sont juridiquement contraignantes pour les 28 États membres de l'Union européenne – vient non seulement de légitimer la fin de la critique intellectuelle venue de l’humanisme et des Lumières, mais aussi de légitimer en Europe le blasphème, qui plus est islamique, afin de « préserver la paix religieuse », c’est-à-dire la soumission et la charia.

 

Mille exemples peuvent être fournis de cette rage contre la liberté d’expression. Lorsque Pauline Harmange publie un Moi les hommes, je les déteste[25], elle se livre à un éloge de la misandrie contre la misogynie. Grand bien lui fasse. Si stupidité il y a, qu’on la discute. Mais, sans probablement l’avoir lu, un chargé de mission au Ministère de l’égalité femmes-hommes menace les éditeurs de saisir la justice si l’ouvrage n’est pas retiré de la vente, au motif que la provocation à la haine à raison du sexe est un délit pénal. La haine a bon dos, et il faut lui renvoyer dos à dos celle de la liberté d’expression.

La « Cancel culture[26] », ou « culture de l’annulation », ou encore de « l’effacement », use, entre autres, des réseaux sociaux. Cette anti-culture en fait n’aime rien tant que d’abattre et censurer au nom des luttes féministes, gays, antiracistes. Aux Etats-Unis, le « name and shame », condamne des paroles, des opinions, des analyses, pour effacer leur auteur à coups de pétitions, cyberharcèlement et autres pressions, de façons à proprement effacer l’individu coupable de pensées offensantes. Ainsi se sentir offensé, avoir l’incapacité d’y résister ou de l’ignorer, vaut un brevet de respectabilité et de devoir de censure. Jusqu’à forcer à la démission, au licenciement. Adolph Reed, professeur noir émérite de l’université de Pennsylvanie, qui arguait que la gauche privilégiait les débats sur la race au rebours des inégalités sociales, vit son intervention au débat, menacée de piratages, annulée. L’ostracisme condamne à l’effacement la représentation à la Sorbonne de la pièce d’Eschyle, Les Suppliantes, dont le metteur en scène et les acteurs devaient exhiber leur « blackface ». L’appropriation culturelle étant devenue un péché mortel contre la race. Aussi la presse elle-même, voire l’édition peuvent craindre de publier un texte qui ne réponde pas aux clichés attendus, aux militantismes consacrés par une desintelligenstia. Comme le dénonce Bari Weiss, la journaliste en charge des pages « Opinions » du New-York Times, harcelée par ses pairs, la guerre contre le pluralisme ronge un journal qui prétendit à rester une référence culturelle.

Au nom d’une vérité militante, activiste - autant de noms pour l’aube d’une tyrannie - la cancel culture, soit celle de l’effacement de toute pensée contraire, une censure politique, historique, artistique et sociale, balaie notre présent pour étoufer le futur et assurer le règne de tyrans, qu’ils soient racialistes, décolonialistes, écologistes, féministes, jusqu’à interdire la musique de Beethoven, parait-il symbole du mâle blanc occidental !

Ce que l’on appelait le quatrième pouvoir, autrefois la presse, aujourd’hui celui des médias, serait-il devenu le premier ? Facebook ferme des groupes, par exemple « Didier Raoult versus coronavirus », en s’érigeant en censeur scientifique, interdit, à l’instar de Twitwer, la mention des corruptions de Joe Biden et de son fils Hunter stipendiés par le gaz ukrainien et la Chine, s’érigeant en censeur politique anti-Trump, au mépris de la constitution américaine et de son premier amendement sur la liberté d’expression. Pour continuer avec l’alarmant exemple américain, des chaines comme CNN coupent un discours du Président encore en exercice, usant de la censure politique à vocation totalitaire, à l’instar de réseaux sociaux comme Twitter et Facebook, jusqu’au moteur de recherche Google. Ces derniers évacuent les informations relatives à de tels corrompus notoires, ainsi que des contenus de ce même Président et des soixante-dix millions d’électeurs qu’il représente, réseaux qui se targuent de savoir et ordonner ce qu’il est politiquement juste et bon de dire, de laisser paraître. Au point que les bonnes âmes de la vérité médiatique chapeautent tout curieux qui aurait l’insolence d’imaginer penser par lui-même, ce du haut de leur application à minimiser, nier, faire disparaitre tout allégation, toute preuve des fraudes électorales généralisées comme une machine de guerre. La recherche de la vérité devient a priori complotisme et post-vérité admonestés avec la dernière vigueur par une doxocratie…

Le cours apparemment paisible de l’Histoire subit soudain des accélérations surprenantes, imprévues - du moins si l’on n’avait perçu les convulsions de souterraines excavations -, tant de nouvelles bulles vénéneuses de censure éclatent. Ce sont les réseaux sociaux, là où nous avions trouvé de fabuleux espaces de communication, de créativité et de liberté, qui démentent leur vocation originelle en fauchant toute une frange de leurs clients et contributeurs pour de sinistres raisons idéologiques. Outre la cancel inculture, il s’agit d’une évacuation politique. Le président républicain Donald Trump se voit éjecté de Twitter, de Facebook, donc de Messenger, lui qui drainait des dizaines de millions d’abonnés. À la suite, des partisans de ce dernier se voient également virés sans autre forme de procès.

Amazon pratique la censure en déréférençant des livres, en bloquant Parler.com dont il détient le serveur, ce pour péché de trumpisme. Youtube ferme des chaines et censure, Odysee, Vimeo, Mailchimp, Researchgate censurent, Facebook également, que ce soit pour nudité ou fausses informations selon sa bonne doxa, sa filiale Instagram idem… Certes il s’agit là, non d’Etats et de sphères publiques, mais d’entreprises privées, libres en cela d’accepter ou refuser qui bon lui semble, d’expulser qui ne correspond pas à sa politique, son éthique, voire son caprice. Néanmoins elles vivent des informations, des opinions (fussent-elles délétères et pitoyables) de leurs adhérents, dont elles exploitent le bon vouloir par le biais de la publicité. Or, autant face à des personnalités individuelles qu’à des masses faites de millions de citoyens, elles acquièrent une responsabilité morale qui devrait pour le moins les conduire à respecter leur pluralité. Le risque de la concentration monopolistique, de la confusion avec un organe idéologique tel que peut l’être un média, voilà qui en outre concourt au glissement vers un totalitarisme dangereux.

Heureusement, ce qu’il reste d’économie libérale et concurrentielle permet que la sanction du public, et par voie de conséquence de la bourse, tombe. Facebook et Twitter par exemple perdent nombre d’abonnés, qui migrent vers des cieux plus nettement respectueux de la liberté d’expression et par ailleurs dénués de publicités invasives : MeWe, Minds, Signal, par exemple. Donald Trump fomenterait avec Elon Musk un réseau social plus clément envers les Républicains trumpistes. Fort bien, les répliques sont judicieuses. À la réserve près - et d’importance - que nous risquons d’évoluer dans des réseaux bulles recelant les partisans d’une cause ou d’une autre, alors que sur Facebook l’on pouvait croiser et fréquenter des « amis », voire nouer des amitiés virtuelles, avec des gens dont les convictions politiques sont à des hémisphères l’une de l’autre. Là nous pouvions parler avec bonheur de poésie avec un tenant du communisme, par exemple ! Nous serions alors libres de nous exprimer dans une ruche, mais inlibres (pour jouer avec le novlangue orwellien) de croiser les abeilles de ruches lointaines…


 

     Connaissons-nous le mot attribué à Voltaire : « Je ne suis pas d'accord avec vous, mais je me battrai pour que vous puissiez le dire » ? Ce pauvre homme des Lumières dont on ne plus aujourd’hui représenter sa virulente tragédie à charge : Le fanatisme ou Mahomet le prophète [27], pourtant magnifique liberté d’expression et de critique en actes et en cinq actes… Relisons donc son Traité sur la tolérance à l’occasion de la mort de Jean Calas[28]… Et n’oublions pas que liberté d’expression rime non seulement avec argumentation, mais aussi avec le rire[29], la satire, la caricature, le blasphème, quoique ce dernier doive s’arrêter aux portes des lieux de culte qui méritent en leur sein le respect. Certes, ce titre « Requiem pour la liberté d’expression », qui n’a pas le talent de Voltaire, est une hyperbole ; souhaitons qu’il ne devienne pas réalité. Qui nous protégera de l’imminence de ce Requiem ?

Thierry Guinhut

https://www.thierry-guinhut-litteratures.com/article-requiem-pour-la-liberte-d-expression-de-la-censure-entre-milton-et-darnton-charlie-et-zemmour-125366179.html

[1] John Milton : Areopagitica ou liberté d’imprimer sans autorisation ni censure, traduit de l’anglais par O. Lutaud, Aubier, 1956, p 127 et 211.

[4] Al Fârâbî : La Philosophie de Platon, traduit de l’arabe par Olivier Seyden et Nassim Levy, Allia, 2002, p 30.

[5] Ibn Warraq : Pourquoi je ne suis pas musulman, traduit de l’anglais, L’Âge d’homme, 1999. Voir : Pourquoi nous ne sommes pas religieux

[8] Farhad Khosrokhavar : L'islam dans les prisons, Balland, 2004.

[9] Dans un article du Monde, du 16 mars 2010, les rapports des RG sur les bandes violentes montraient que 87 % étaient de nationalité française, 67 % d'origine maghrébine et 17 % d'origine africaine.

[10] Hugues Lagrange : Le déni des cultures, Seuil, 2010.

[11] L’Allemagne a deux fois plus de juges que la France et deux fois moins de délinquance.

[12] Essai sur le monde du crime, traduit du russe par Sophie Benech, Récit de la Kolyma, Verdier, 2003.

[13] Eric Zemmour : Le Suicide français, Albin Michel, 2014.

[14] Voir : Front Socialiste National et antilibéralisme, le cancer français

[15] Voir : Christianophobie et désir de barbarie : Le Livre noir de la condition des Chretiens

[16]  Voir : Destins du livre : du papyrus à google-books

[17]  Robert Darnton : De la censure, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean-François Séné, Gallimard, 2014.

[18]  Leo Strauss : La Persécution et l’art d’écrire, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Olivier Seyden, Tel, Gallimard, 2009.

[19]  Le Coran, 5. 32-33, traduit de l’arabe par André Chouraqui, Robert Laffont, 1990, p 225-226.

[20] Peter Sloterdijk : La Folie de Dieu, traduit de l’allemand par Olivier Mannoni, Libella-Maren Sell, 2008, p 96.

[21]  George Orwell : 1984, Gallimard, 1972.

[22]  Thomas Hobbes : Léviathan, Gallimard, folio, 2000.

[23] Voir : Thoreau : le Journal de la désobéissance civile en question

[24]  La Boétie : De la Servitude volontaire, Montaigne, Essais, t IV, Charpentier, 1862, p 436.

[25]  Pauline Harmange : Moi les hommes, je les déteste, Seuil 2020.

[26] Voir : Pour l'annulation de la Cancel culture

[27] Voltaire : Le fanatisme ou Mahomet le prophète, Garnier, sans date.

[28]  Voltaire : Mélanges, Pléiade, Gallimard, 1961.

[29]  Voir : Peut-on rire de tout ? D'Aristote à San-Antonio


C) -  Thierry Guinhut

Né en 1956 à Poitiers, Thierry Guinhut vit à Niort. Il fait partie des 100 auteurs des livres Libres ! 100 idées, 100 auteurs et Libres !! - 100 idées / 100 auteurs / 100 feuillets.

Après une maîtrise en Histoire de l'Art contemporain, il est agrégé de lettres modernes. Critique d'art et de littérature, il a animé une revue et collaboré à Art-Press, Calamar, La République des Lettres, La Revue des Deux Mondes, Encres Vagabondes, Edelweiss… Aujourd’hui, on lit ses articles et études principalement consacrés aux littératures étrangères dans Le Matricule des Anges, Europe et L’Atelier du roman.

Écrivain, il a publié un roman et relaté quelques-unes de ses expériences de marcheur en Massif central et dans Le Passage des sierras et autres récits pyrénéens et espagnols à paraître.

Photographe, il a réalisé des expositions sur les étangs de la Brenne et sur la montagne Noire, en y ajoutant les peintures et collages des « triptyques géographiques ». Salué par la presse, Le Marais poitevin fut couronné par le Grand prix Hippolyte Bayard de Photographie 1991 et lui valut de figurer parmi les 70 Modern Masters of Right Brain Left Brain Photography (Amphoto, New York, 1994). Après ses abécédaires photographiques sur l'île de Ré, ses seize semaines de marche entre Béarn et Aragon, il fit le portrait du Parc naturel régional du Haut-Languedoc.

Il prépare un vaste roman polymorphe, La République des rêves, et un roman mêlant fantastique, critique sociale et dialogue philosophique : Les Métamorphoses de Vivant. Suite à ses trente-deux semaines de marche entre Haute-Garonne et Catalogne, il travaille à une édition revue et considérablement augmentée de Pyrénées entre Anie et Aneto, en vue de proposer un diptyque complet des Pyrénées. Et bientôt un nouveau roman : Muses Academy. On découvrira ses travaux, entre critiques littéraires, extraits de romans, photographie, sonnets, chroniques et essais de philosophie politique libérale sur son blog : thierry-guinhut-litteratures.over-blog.com, et plus précisément la partie philosophie politique : [1]

Œuvres

  • Voyages en archipel, roman, Noël Blandin. 1988
  • Ré entre terre et mer, journal et photographies, G .E.R. Rupella, 1988
  • Montagne Noire, journal et photographies, Presses du Languedoc, 1990
  • Le Marais poitevin, récit et photographies, Duculot, 1991, rééd. La Renaissance du Livre, 1998, 2003
  • Le Recours aux monts du Cantal et autre récits en Massif Central, Actes Sud, 1991

*Ré, une île en paradis, essai et photographies, Patrimoines et Médias, 1995

  • Au cœur des Pyrénées, entre Anie et Aneto, récit et photographies, La Renaissance du Livre, 1999
  • Haut-Languedoc, récit et photographies, La Renaissance du Livre, 2000
  • Pyrénées entre Aneto et Canigou, textes et 400 photographies, Rando-Editions, 2008

Liens externes


 

D) - L’orwellisation sociétale : regards appuyés sur les fausses nouvelles. À l’occasion de la nouvelle traduction de 1984 d’Orwell.

L’orwellisation sociétale :

regards appuyés sur les fausses nouvelles.

À l’occasion de la nouvelle traduction de

1984 d’Orwell.

 

 

George Orwell : 1984, traduit de l’anglais (Royaume-Uni)

par Josée Kamoun, Gallimard 384 p, 21 €.

 

 

 

 

      Non content de harceler fiscalement ses concitoyens et de les laisser aux prises avec le harcèlement de la délinquance, de la racaille et de la criminalité, notre gouvernement, épaulé par un Parlement fidèle, légifère sur le harcèlement sexuel qu’il est impératif de réprimer. Cette dernière initiative sécuritaire pourrait être bienvenue, si les regards appuyés de l’Etat qui voit rouge et de la force publique stipendiée n’avaient la prétention de tout contrôler, pour le meilleur et pour le pire. Prétention orwellienne d’autant plus aberrante qu’il s’agit, au travers d’un non-dit Ministère de la Vérité, d’interdire les fausses nouvelles, ou les « fake news », comme le dit la vulgarité paresseuse de l’anglicisme. Sauf que ce « Big Brother is watching you » est fameusement borgne tant il ne voit ni ne veut voir la réalité des manipulations rhétoriques idéologiques et des quartiers entiers où toutes les paupières de l’Etat sont non seulement grand fermées, mais absentes, tant ils puent la sueur de la délinquance et de la charia, et tant ils exsudent leurs rumeurs et leurs crimes jusque dans nos villes et nos campagnes. Comme dans 1984, de George Orwell, l’on ferme les yeux sur les agissements du bas peuple, quand les radars de la surveillance généralisée, même si l’on n'en est pas encore aux extrémités du contrôle social chinois, obèrent la vitalité et la créativité de la population. Une nouvelle traduction de l’œuvre iconique de l’auteur anglais vient à point nommé pour user d’un regard appuyé sur la fausse et désastreuse nouvelle qu’est l’Etat[1].

      La rumeur fut persistante : les regards appuyés allaient être pénalisés, sanctionnés par une amende d’au minimum 90 euros, jusqu’à 750 €, voire en cas de récidive ou de circonstances aggravantes (en réunion par exemple) jusqu’à 3000 euros. Le goujat sexiste « is watching you » ! Sauf que pas un instant l’expression « regard insistant » ou « regard appuyé » n’est explicite parmi le projet de loi présenté par Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes, et Nicole Belloubet, ministre de la justice, pas plus dans le texte voté au Parlement le 1er août dernier et publiée le 5 août au Journal officiel, sanctionnant le harcèlement de rue, qui n’est cependant pas tout à fait le harcèlement sexuel. Il s’agit précisément de sanctionner les outrages sexistes. En d’autres termes, ceux imposant à une personne tout propos ou comportement à connotation sexuelle ou sexiste qui, soit porte atteinte à sa dignité en raison de son caractère dégradant ou humiliant, soit crée à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante. Quels en sont les exemples concrets, sinon les sifflements, les poursuites, les quolibets, les invitations sexuelles vulgaires, voire, justement, les « regards appuyés », de ceux qui engendrent le malaise ?

      On admirera le flou d’une telle disposition législative, devinant l’inapplicabilité de la loi, entre les insultes sexistes indubitables et les comportements plus ou moins discrets, entre obscénité et galanterie, selon la subjectivité de la victime ou prétendue victime. Actes et attitudes par ailleurs rarement susceptibles de flagrant délit devant les « télécrans »  orwelliens de l’Etat, à moins de prendre modèle sur la Chine dont nous reparlerons.

      Il y a deux versants à cette loi. L’un – et c’est justice – vise à réprimer la violence sexiste, l’autre instaure une surveillance généralisée des mœurs tout en enfonçant la victime, réelle ou supposée, dans un processus de victimisation a priori, qui n’est pas loin d’être sexiste. Il est entendu qu’elle ne saurait se défendre, ni pratiquer une saine indifférence, une revigorante ironie, voire un sport de combat.

 

Autre billevesée orwellienne, la loi votée le 4 juillet dernier prétend mettre en place un « tribunal » des « fake news » (puisque l’on s’obstine dans l’anglicisme qui signe la démission de la langue) publiées dans la presse et sur les réseaux sociaux. Distingo byzantin, il s’agirait de batailler non contre les «fausses informations », mais plutôt contre « la manipulation de l’information», afin de ne pas pénaliser les propos humoristiques, satiriques ou diffusés par erreur sans intention de nuire. La pure intention de l’Etat et du législateur prétend permettre à la justice d’interdire la diffusion des fausses nouvelles en période d’élections nationales, de nature à biaiser ces dernières. Sauf que balancer une nouvelle qui n’est pas fausse au moment choisi et de concert médiatique peut avoir un effet délétère peut-être indu sur le destin d’un candidat présidentiel, François Fillon pour ne pas le nommer.

      Qu’il soit candidat ou électeur, tout citoyen pourrait saisir un magistrat en demandant la suppression d'une publication. Ce dernier aurait 48 heures pour en interdire la diffusion, en vertu de l'absence d'éléments vérifiables de nature à la rendre vraisemblable. Cependant, vérifier, séparer le vrai du faux, ne risque-t-il pas d’exiger bien plus de temps, sans compter la jugeote et la neutralité idéologique ? Où glisser la frontière entre un mensonge digne d’être rejeté et la censure d’une vérité déplaisante ? Où placer le curseur entre exigence salutaire de vérité et liberté de la presse d’une part et liberté d’expression d’autre part, y compris sur les réseaux sociaux ?

      La commission des Affaires culturelles a ainsi défini une fausse information : « toute allégation ou imputation d'un fait dépourvue d'éléments vérifiables de nature à la rendre vraisemblable ». Mais qu'est-ce qu'un élément vérifiable ? Le juge ne pourra par exemple statuer que si une fausse information est « diffusée de mauvaise foi, de manière artificielle ou automatisée et massive », c’est-à-dire si elle est le produit d’une stratégie délibérée. Voilà qui reste à prouver en sondant les reins et les cœurs, grâce aux neurologiques instruments d’un orwellien « Ministère de la Vérité ».

      Il existe déjà un arsenal législatif contre les fausses informations : notre loi de 1881 sur la liberté de la presse. Il y est d’ores et déjà question de réprimer les « nouvelles fausses ». Voici l’article 27 de cette loi, modifié par une ordonnance en 2000 : « La publication, la diffusion ou la reproduction, par quelque moyen que ce soit, de nouvelles fausses, de pièces fabriquées, falsifiées ou mensongèrement attribuées à des tiers, lorsque, faite de mauvaise foi, elle aura troublé la paix publique, ou aura été susceptible de la troubler, sera punie d'une amende de 45 000 euros. Les mêmes faits seront punis de 135 000 euros d'amende, lorsque la publication, la diffusion ou la reproduction faite de mauvaise foi sera de nature à ébranler la discipline ou le moral des armées ou à entraver l'effort de guerre de la nation. »

      En ce sens la loi nouvelle est tout aussi superfétatoire que caractéristique d’une dommageable propension à la suréaction immédiate et émotionnelle, de façon à donner l’impression que le Gouvernement et ses magistrats aux ordres savent veiller de leurs gros yeux et agir dans le sens de la vérité…

      Gare aux manipulations de l’information, surtout si elles viennent de la méchante Russie, théorie du complot en tête, et non de la bande de Gaza… Gare aux fausses nouvelles, le regard appuyé des radars va flasher celles qui dépassent 80 km h pour renflouer en pure perte les caisses de l’Etat !

      Quant aux « territoires perdus de la République », pour reprendre le titre d’Emmanuel Brenner[2], banlieues racailleuses et chariaisées, sachez bien que l’Etat n’ira pas y jeter un œil. D’ailleurs le viol et le voile se chargent d’y faire respecter les regards appuyés de la loi islamique, la vérité théocratique est y garante du désordre, les rugissants rodéos automobiles se rient des radars inexistants, quand la police s’y assure des pavés dans les pare-brises et des cocktails molotov entre les gencives, quand des couteaux notoirement déséquilibrés égorgent jour après jour le paisible citoyen. Ainsi l’Etat borgne veille d’un œil vif sur ses concitoyens corvéables à merci, et ferme grand sa paupière politiquement correcte sur les dissidentes zones de non-droit, pour employer son euphémisme coupable...

 

Autres regards appuyés : sachons que Facebook, grâce à ses inquisiteurs algorithmes, attribue à chacun de ses utilisateurs un score de fiabilité. On ne peut que s’interroger sur les critères sous-jacents, lorsque l’on sait qu’un fessier de Canova du Musée de Genève[3] s’est vu soumis à censure, assortie en la demeure une interdiction de commenter et de publier pendant 24 heures. « Fake news », puisqu’en Facebookie l’on anglicise, signifie pour la firme sociale une marque infamante au sein du réseau, que l’on peut craindre de voir disqualifier une réputation, y compris par ses utilisateurs mêmes, animés par le seul goût de nuire, ou en conformité avec un politiquement correct orienté et aseptisé, voire l’assaut concerté d’un mouvement idéologique. Il suffit, nous direz-vous, de fermer son compte et d’utiliser des réseaux sociaux apparemment plus soucieux de la protection des données et de la neutralité, tels Minds par exemple. À condition qu’ils échappent réellement à l’intrusion d’organismes étatiques, comme l’américaine NSA (National Security Agency), dont Edward Snowden révéla en 2013le programme de surveillance massif et les outrageuses capacités d’une illégale collecte d’informations.

      La France n’offre pas une image brillante : elle n’est qu’à la neuvième place européenne parmi les pays les moins frappés par la cybercensure. De plus, si l’on excepte le blocage des pages encourageant au terrorisme (ou au jihad, il y aurait matière), d’après un site peut-être soumis à caution[4], notre charmant pays bloquerait 37 990 pages, elles qualifiées de « nationalistes », alors que la Turquie n’en compterait que 6 574 et la Russie du pourtant autocrate Poutine seulement 84…

      Certes, l’on est loin de la Chine qui, grâce à d’omniprésentes caméras de surveillance et de reconnaissance faciale, sans oublier un pléthorique mixer à données globales (le « big-data », puis qu’il faut le barbariser ainsi), note son milliard quatre cents millions de concitoyens afin de les inclure ou exclure des bonnes grâces de l’Etat. Les comportements individuels, a fortiori de fonctionnaires et d’entreprises, sont non seulement évalués mais aboutissent à une attribution ou une ablation de droits, par le biais d’une batterie de crédits sociaux. Il n’est pas douteux que la criminalité, la corruption, la contrefaçon et autres délits écologiques, sanitaires et caetera, altèrent la société chinoise, mais déduire des achats via les cartes de crédits la moralité citoyenne des comportements pose un problème éthique et politique considérable, d’autant qu’en conséquence déjà la liberté d’achats en devient obérée. L’on peut être fiché pour avoir fumé dans le train, ce qui entraîne de ne plus pouvoir acheter de billet, et figurer sur une liste noire consultable sur Internet. Pire être taxé de « crime économique », de « crime par la pensée », pour reprendre une expression de l’auteur de 1984. Comme dans Rapport minoritaire de Philip K. Dick[5], l’Etat chinois pratique les arrestations préventives…

      Ce qui pourrait être un outil efficace de lutte contre délinquance et crimes réels ne devrait être manié que sous l’égide d’une juste législation, et non d’un totalitarisme exponentiel et tatillon. Il est évident que le communisme chinois pratique à grande échelle (macroscopique au sens continental et démographique, et microscopique au sens neuronal) une orwellisation éhontée, quand un communisme hexagonal qui ne dit pas son nom avance à pas orwelliens feutrés.

 

1984, le roman-phare de George Orwell, est une de ces icônes qui paraissent intouchables. L’inertie de l’habitude nous faisait considérer que la traduction française d’Amélie Audiberti restait canonique. Josée Kamoun, émérite traductrice de Philip Roth, relève un défi : dépoussiérer un classique. Sauf un parti-pris peu orthodoxe, sinon saugrenu : pourquoi utiliser le présent de narration, alors que l’original est au prétérit, donc au passé ? Imaginons qu’il s’agit d’une hypotypose, cette figure de rhétorique descriptive qui vise à rendre plus saisissante une scène théâtrale. Sauf que le passé inscrit le récit dans une sorte de passé fondateur, dans un apologue dont la leçon politique ne se discute plus.

      À moins de le lire en son anglaise authenticité, il faut admettre que le roman en ressort comme nettoyé, plus rugueux : l’on se sent encore plus pris dans l’étau d’une Angleterre qui n’en a jamais fini avec les bombardements du blitzkrieg, avec le rationnement et la crasse de la guerre. À la différence que le « sociang », socialisme anglais, est une brutale dictature, un précipité du fascisme hitlérien et du communisme soviétique, d’où la moustache de « Big Brother ». Cette expression n’est pas ici traduite, tant elle est devenue proverbiale et si peu juste serait l’expression « Grand frère », sujette à des interprétations inadéquates.

      C’est surtout le vocabulaire du novlangue, opposé à l’« ancilangue », qui est nettoyé jusqu’à l’os, peut-être plus efficace. Le « newspeech » devient après le novlangue le « néoparler », ce qui lui donne une coloration enfantine et balbutiante bienvenue. De même « Minivrai » pour « Ministère de la vérité » qui était « Minitrue ». Il n’est pas sûr cependant que le « Liberté est servitude » soit judicieux pour « slavery ». Quant à préférer « Big Brother te regarde » pour plus de proximité, car le « you » anglais est ambigu sans un contexte explicite, au précédent « Big Brother vous regarde », c’est faire abstraction de la dimension collectiviste du totalitarisme.

      Le contraste entre les rares moments lumineux et  lyriques, comme les rencontres amoureuses de Winston avec Julia, dans une clairière ou dans la chambre au-dessus de la brocante où se cache le télécran, et la terreur ordinaire qui sourd comme la sueur dont sont couverts nombre de personnages est rendu avec une glaçante prégnance. L’ironie rebelle de la jeune femme, hélas provisoire, brille de toute sa vanité devant la torture et la « vaporisation » des êtres. Le travail du héros, bientôt anti-héros, qui consiste à sans cesse réécrire l'histoire selon les injonctions officielles, lui promet son propre effacement mental…

      Reste à savoir si en ranimant une lecture vieille de quelques décennies, le lecteur n’a pas faussement cru que cette nouvelle traduction permettait une révélation. La morale en serait plutôt que quelque soit le talent des traducteurs, certes doués de compétence réelle, un roman comme 1984 résiste infiniment, garde la noirceur de son monde et la verdeur de son action. Revenons à la précédente traduction. De surcroit, les expressions orwelliennes se sont tellement cristallisées dans la langue française que toucher au « Ministère de la vérité », au « novlangue », parait une trahison.

      L’apologue politique anti-utopique, mieux que toutes les fantasy matinées de science-fiction, est terriblement proche des expériences totalitaires nazies et surtout communistes, en même temps que des actualités et des potentialités de notre présent. Il reste un indépassable avertisseur ; à moins de le considérer comme un manuel : l’on saura comment briser l’individualisme, comme annihiler l’amour entre les êtres au profit de l’ultime et glaçant : « La lutte était terminée, il avait remporté la victoire sur lui-même. Il aimait Big Brother »…

      Il faut cependant prendre garde à cet olibrius anti-utopien[6], qui s’isola de manière anti-sociale sur l’île écossaise de Jura pour écrire son manuel de surveillance. L’impertinent auteur de La Ferme des animaux ne prétendait-il pas jouer un irrespectueux tour de cochon sans se préoccuper de la sensibilité des thuriféraires de l’espérance stalinienne du Parti Communiste Français, ni des fidèles d’une religion alternative ? Présomptueux, il laissait traîner un œil trop perspicace sur le regard appuyé et le ministère des vérités officielles pour être laissé sans surveillance. D’ailleurs il serait bon que les associations de défense des minorités, des LGBT, comme le clinquant et déshumanisant acronyme les appelle, que les polices de la pensée, jettent un œil noir sur cet écrivaillon anglais : il fut en effet passablement homophobe, traitant de « tapette » ceux qu’il n’aimait guère, sans omettre que son féminisme fût un peu mou du genou. Ces « mentocrimes » vaudraient bien un déboulonnage de statue, non ?

 

Thierry Guinhut



 


[2] Emmanuel Brenner : Les Territoires perdus de la République, Pluriel, 2015.

[4] lesobservateurs.ch, 13-08-2017

[5] Philip K. Dick : Rapport minoritaire, Folio, 2009.

[6]  Voir : Après Thomas More, l'utopie politique d'Aymeric Caron

 

 

https://www.thierry-guinhut-litteratures.com/2018/08/regards-appuyes-sur-les-fausses-nouvelles-ou-l-orwellisation-societale.a-l-occasion-de-la-nouvelle-traduction-de-1984-d-orwell.html

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

juin 10, 2026

Les comptes Trump remplaceront-ils la Sécurité sociale ou créeront-ils une économie de la propriété ?


Améliorer les comptes de Trump - Les comptes Trump remplaceront-ils la Sécurité sociale ou créeront-ils une économie de la propriété ?

 

 

Les comptes Trump ne sont pas parfaits, mais leur principe de base est juste : le système d’épargne américain est défaillant et les comptes Trump peuvent être réformés pour répondre aux besoins réels d’un plus grand nombre d’Américains, affirme Adam Michel de l’institut Cato dans son nouveau rapport : https://ow.ly/MclB50Z9wwL

Les comptes Trump sont de nouveaux comptes d'épargne destinés aux jeunes adultes. Ils comprennent un investissement initial de 1 000 $ financé par le gouvernement pour les Américains nés entre 2025 et 2028. Ces comptes permettent également des contributions supplémentaires de la part des familles, des employeurs et des organismes caritatifs. Les comptes Trump sont la dernière nouveauté d'un code des impôts qui comprend déjà plus d'une douzaine de comptes d'épargne qualifiés similaires, chacun avec ses propres critères d'admissibilité, limites de contribution et restrictions de retrait. 

Cette analyse révèle que les comptes Trump fonctionnent principalement comme un programme d'aide sociale plutôt que comme un instrument d'investissement fiscalement neutre. Pour la plupart des familles, les comptes Trump sont moins avantageux fiscalement que les alternatives existantes et complexifient considérablement un système déjà fragmenté, limitant ainsi la participation. L'analyse conclut en proposant des réformes qui s'appuient sur les points forts des comptes Trump en adoptant la structure d'un compte d'épargne universel et en consolidant le reste du système en options plus simples et plus flexibles, afin d'élargir l'accès et de réduire la complexité. 

Introduction 

Le code des impôts propose plus d'une douzaine de comptes d'épargne qualifiés, chacun avec ses propres critères d'admissibilité, limites de contribution et restrictions de retrait. Il en résulte un système complexe qui avantage de manière disproportionnée les ménages financièrement avertis et stables, capables de s'y retrouver. Les nouveaux comptes Trump, qui incluent un investissement initial de 1 000 $ financé par le gouvernement pour les Américains nés entre 2025 et 2028, constituent le dernier ajout à ce labyrinthe. Ils introduisent une structure inédite permettant l'épargne dès le plus jeune âge grâce à des contributions supplémentaires des familles, des employeurs et des organismes caritatifs. Cependant, dans de nombreux cas, les comptes Trump offrent moins d'avantages fiscaux que les alternatives existantes. 

 Cette analyse politique évalue les comptes Trump dans le cadre plus large des produits d'épargne qualifiés. Elle conclut que, pour la plupart des Américains, les comptes Trump constituent un programme d'aide sociale, et non un compte d'investissement fiscalement avantageux. Ceci contraste avec d'autres comptes qualifiés qui améliorent principalement le traitement fiscal de l'épargne personnelle. Les comptes Trump ajoutent une couche de complexité supplémentaire à un système déjà fragmenté, ce qui limitera la participation. Les objectifs politiques plus ambitieux de ces comptes – réduire la dépendance à la sécurité sociale ou encourager l'émergence d'une nouvelle génération de capitalistes – ne sont pas étayés par des données probantes. 

L'analyse conclut en présentant un programme de réformes visant à supprimer les subventions directes et à consolider le système actuel de comptes disparates en un nombre réduit de produits d'investissement, notamment un Compte d'épargne universel plus neutre et flexible, s'appuyant sur les atouts des comptes Trump. En privilégiant la simplicité et la liquidité, ces réformes permettraient d'élargir l'accès à l'épargne pour un plus grand nombre d'Américains et de contrer les incitations politiques des législateurs à étendre les subventions actuellement limitées.

Présentation des comptes Trump 

Les comptes Trump sont des comptes d'investissement sous tutelle ouverts pour les enfants dès leur naissance ou durant leur petite enfance et transférés au bénéficiaire à sa majorité. Ils combinent les avantages fiscaux des placements d'épargne et des programmes d'aide sociale gouvernementaux. Conçus pour encourager l'épargne dès le plus jeune âge, ces comptes imposent toutefois des règles complexes pour bénéficier d'avantages fiscaux et y accéder. Ils permettent les contributions de la famille, des employeurs, d'organismes caritatifs et des gouvernements, et se transforment en un compte de retraite individuel (IRA) classique le 1er janvier de l'année des 18 ans du bénéficiaire. Les comptes Trump accepteront les contributions à partir du 4 juillet 2026. 

Principales caractéristiques : 

 Contribution gouvernementale : Un versement unique de 1 000 $ pour les enfants nés aux États-Unis entre le 1er janvier 2025 et le 31 décembre 2028, quel que soit le statut d'immigration des parents. Un parent ou tuteur doit ouvrir un compte Trump au nom de l'enfant.² 

Contributions familiales : Les parents, les proches et les amis peuvent verser jusqu'à 5 000 $ par an (après impôt, non déductibles) jusqu'au 1er janvier de l'année où le bénéficiaire atteint l'âge de 18 ans. 

Contributions de l'employeur : Les employeurs peuvent verser jusqu'à 2 500 $ par an et par employé sur les comptes des personnes à charge.³ Ces contributions sont déductibles pour l'employeur et exclues du revenu imposable de l'employé. Les employeurs peuvent également faciliter les contributions avant impôt des employés sur le compte d'une personne à charge par le biais d'un plan de type « cafétéria » (article 125).⁴ Les contributions de l'employeur et de l'employé, correctement structurées, peuvent être exonérées d'impôt sur le revenu et de cotisations sociales, sous réserve de précisions du Trésor américain.⁵ Les contributions de l'employeur et de l'employé sont prises en compte dans le plafond annuel de 5 000 $. 

Contributions des organismes sans but lucratif et des administrations publiques : Les contributions des organismes de bienfaisance et des entités gouvernementales, y compris les États, ne sont pas prises en compte dans le plafond annuel de 5 000 $. Restrictions d'investissement : Les fonds doivent être investis dans des fonds indiciels diversifiés à faibles frais, composés principalement d'actions américaines. 

Accès restreint : Les fonds sont inaccessibles avant l'âge de 18 ans. Le 1er janvier de l'année où le bénéficiaire atteint l'âge de 18 ans, le compte est converti en un IRA traditionnel, et les règles qui en découlent s'appliquent. 

Pénalités pour retrait anticipé : Les retraits effectués entre 18 et 59 ans et demi sont majorés d'une pénalité de 10 %, sauf s'ils correspondent à une exemption prévue par l'IRA, par exemple pour le paiement des frais de scolarité et des dépenses connexes pour des études supérieures, ou jusqu'à 10 000 $ pour l'achat d'une première résidence principale.⁶ 

Traitement fiscal du retrait : Les distributions sont généralement imposées au taux d'imposition sur le revenu (et non au taux réduit des gains en capital), mais le traitement varie selon le type de contribution. Les contributions des employeurs, des gouvernements et des organismes de bienfaisance sont entièrement imposables au moment du retrait. Pour les contributions après impôt des parents, des proches ou des amis, la contribution initiale (base) peut être retirée sans impôt, tandis que les revenus de placement sont imposés comme un revenu ordinaire.⁷

Aperçu des autres comptes admissibles 

Les systèmes d'imposition traditionnels incitent à la consommation plutôt qu'à l'épargne en imposant plusieurs niveaux d'imposition sur les intérêts et les rendements des placements. Les comptes de placement admissibles permettent de supprimer ces niveaux d'imposition à des degrés divers. 

Les salaires sont d'abord imposés par l'impôt sur le revenu et les cotisations sociales. Les particuliers choisissent ensuite de dépenser ou d'épargner leur revenu net. L'épargne correspond simplement à une consommation différée, mise de côté pour être dépensée ultérieurement. Les intérêts perçus ou les rendements des placements constituent la rémunération versée par le marché pour inciter les individus à reporter leur consommation. Dans le cadre du système d'imposition sur le revenu, la plus-value des placements est à nouveau imposée sous forme d'intérêts, de gains en capital réalisés, de dividendes et de successions. 

 L'impôt sur les sociétés ajoute un niveau d'imposition supplémentaire sur les revenus provenant des placements en actions. L'imposition des rendements des placements réduit le rendement net de l'épargne, diminuant ainsi l'incitation du marché à reporter la consommation.⁸ Comparés aux taux d'imposition sur les salaires, les taux plus bas d'imposition sur les sociétés, les gains en capital et les dividendes, ainsi qu'une importante exonération de droits de succession, sont des mesures visant à atténuer ce biais défavorable à l'épargne. 

Un autre moyen pour le code des impôts de réduire le biais inhérent au système d'imposition sur le revenu qui défavorise l'épargne consiste à utiliser les comptes d'épargne qualifiés, tels que les plans d'épargne retraite 401(k) gérés par l'employeur, les comptes IRA et les comptes d'épargne-études 529. Ces comptes d'investissement qualifiés exonèrent d'impôt les gains en capital, les dividendes et les intérêts. L'impôt sur les sociétés continue toutefois de réduire le rendement des investissements. Dans ces comptes, les épargnants peuvent acheter une vaste gamme d'actions, d'obligations, de fonds communs de placement et de fonds négociés en bourse (ETF), bien que les règles varient. 

 En protégeant les rendements des investissements de multiples impositions, les comptes qualifiés rapprochent le système fiscal d'un traitement neutre de la consommation et de l'épargne. Les études montrent systématiquement que les comptes bénéficiant d'avantages fiscaux augmentent l'épargne privée.9 Et, à long terme, même de faibles augmentations de l'épargne privée contribuent à un stock de capital plus important, à une offre de travail accrue et à une économie plus dynamique. 

Les comptes qualifiés permettent aux contribuables de verser soit un revenu à imposition différée (comptes traditionnels), soit un revenu après impôt (comptes Roth). Les cotisations aux comptes d'épargne traditionnels sont déduites du revenu imposable ; par conséquent, aucun impôt sur le revenu n'est dû au moment du versement. Les fonds fructifient alors sans impôt et sont soumis à l'impôt sur le revenu au moment du retrait. Les comptes Roth reçoivent des cotisations après impôt, fructifient sans impôt et aucun impôt n'est dû au retrait. Si la cotisation et le retrait sont effectués alors que le contribuable se situe dans la même tranche d'imposition, le taux d'imposition effectif d'un placement dans un compte d'épargne Roth ou traditionnel est identique.10 D'autres comptes admissibles étendent ces mêmes principes de base à des types spécifiques de dépenses futures. Le tableau 1 résume les principales caractéristiques des principaux comptes d'épargne admissibles.11 (voir tableau en cliquant sur le lien originel)

Les comptes d'épargne-études de type 529 permettent aux cotisations après impôt de fructifier sans imposition, les retraits étant exonérés d'impôt lorsqu'ils sont utilisés pour des dépenses d'éducation admissibles.12 De nombreux autres types de comptes spécialisés fonctionnent selon des principes similaires, notamment les comptes d'épargne-études Coverdell, les comptes d'épargne-invalidité ABLE et les comptes spécialisés pour petites entreprises, travailleurs indépendants et actionnaires. 

Les comptes d'épargne santé (CES) offrent des avantages fiscaux supplémentaires qui compensent le biais de l'impôt sur le revenu défavorable à l'épargne, créant ainsi une subvention fiscale implicite pour l'épargne-santé admissible.13 Dans un CES, les cotisations sont déductibles de l'impôt sur le revenu et des cotisations sociales, et les retraits admissibles sont exonérés d'impôt. Les CES éliminent tous les impôts sur l'épargne-santé admissible, contrairement aux comptes d'investissement admissibles, qui n'éliminent les impôts que sur les gains en capital, les dividendes et les intérêts. 

Traitement fiscal comparatif de l'épargne 

Le tableau 2 présente une comparaison simplifiée de l'incidence des différentes structures de compte sur la valeur après impôt de l'épargne personnelle. L'illustration maintient constants le montant du revenu avant impôt disponible pour l'épargne, les rendements annuels et la durée de l'investissement ; elle ne fait varier que le traitement fiscal des cotisations. Cet exemple repose sur un versement unique de 5 000 $ avant impôt, un rendement réel annuel constant de 7 % et une durée d'investissement de 30 ans. Il applique un taux d'imposition sur le revenu de 24 % aux retraits de revenus ordinaires et un taux d'imposition sur les gains en capital de 15 %. Les résultats permettent d'isoler l'effet mécanique de chaque régime fiscal sur le rendement de l'épargne. (voir tableau en cliquant sur le lien originel)

Le compte imposable sert de référence pour la comparaison. Les cotisations sont effectuées avec le revenu après impôt, et les gains d'investissement sont imposés une seconde fois lors de leur réalisation. 

Dans ces conditions, les comptes traditionnels et Roth produisent des résultats identiques après impôt. Le compte traditionnel permet d'investir la totalité des 5 000 $ dès la première année et applique les taux d'imposition sur le revenu ordinaires au retrait total. La cotisation au compte Roth est réduite par l'impôt sur le revenu, mais le capital après impôt croît en franchise d'impôt. L'impôt payé d'avance représente de l'argent qui n'est jamais investi ; s'il avait été investi, il aurait fructifié au même rythme que le reste, ce qui explique pourquoi imposer l'argent avant ou après capitalisation aboutit au même résultat. 

 Les comptes HSA permettent d'exonérer totalement d'impôt les dépenses de santé admissibles. Les cotisations sont déductibles d'impôt et les retraits admissibles sont exonérés d'impôt. Les cotisations aux comptes HSA sont également exonérées des cotisations sociales, qui ne figurent pas dans le tableau 2. 

 Le traitement des cotisations personnelles aux comptes Trump diffère à la fois de celui des produits d'épargne neutres et de celui du compte imposable de référence. Les contributions de la famille et des amis sont prélevées sur le revenu après impôt, comme pour un compte-titres imposable, mais les gains en capital sont imposés comme un revenu ordinaire lors du retrait, et non au taux réduit des plus-values. De ce fait, les comptes Trump présentent le résultat après impôt le moins avantageux de toutes les options présentées dans le tableau 2. Une famille qui épargne 5 000 $ sur un compte Trump au lieu d'un compte-titres imposable classique se retrouverait avec 2 451 $ de moins après 30 ans, uniquement en raison du traitement fiscal moins favorable au retrait. 

L'atout majeur d'un compte Trump ne réside pas dans le traitement des contributions personnelles, mais dans la possibilité de recevoir des transferts de la part des gouvernements, des employeurs et des organismes sans but lucratif. Ces contributions représentent des subventions publiques directes ou des contributions exonérées d'impôt de la part des employeurs ou des organismes sans but lucratif. Dans ce contexte, ces comptes fonctionnent moins comme un instrument d'investissement visant à renforcer la neutralité fiscale que comme un programme d'aide sociale.14 Tout avantage financier de ces comptes découle donc principalement de la présence de ces contributions externes, et non d'un traitement fiscal plus favorable des contributions versées par la famille ou les amis du bénéficiaire. 

 L'exemple simplifié du tableau 2 fait abstraction de choix de portefeuille importants, tels que les placements rémunérés (soumis à l'impôt sur le revenu ordinaire dans les comptes imposables classiques) et les versements de dividendes annuels ou les plus-values ​​réalisées à moyen terme. Les comptes Trump peuvent offrir des avantages fiscaux spécifiques pour certaines stratégies d'investissement, notamment le report des impôts à moyen terme dus sur les revenus d'intérêts, les dividendes et autres plus-values ​​réalisées, ainsi que des techniques de conversion Roth plus complexes (détaillées ci-dessous). Cependant, pour une famille type effectuant des versements simples, le calcul fiscal de base est défavorable. 

 L'une des utilisations les plus sophistiquées des comptes Trump illustre comment la complexité influence les bénéficiaires. Après la conversion du compte en IRA traditionnel à l'âge de 18 ans, il devient éligible à la conversion en Roth IRA. Cette stratégie permet aux familles de payer l'impôt sur les retraits lorsque le revenu et le taux d'imposition du bénéficiaire sont faibles, afin que les fonds puissent ensuite fructifier sans impôt et éviter une imposition plus élevée sur le revenu ordinaire plus tard. En pratique, la conversion Roth permet d'exploiter les différences de taux marginaux d'imposition tout au long de la vie.

La mise en œuvre de cette approche exige de maîtriser les multiples subtilités du droit fiscal. Le principal obstacle est l’impôt sur les revenus des enfants non salariés, qui impose les revenus non salariaux d’un enfant au-delà de 2 700 $ (en 2026) au taux marginal d’imposition des parents.15 Comme une conversion en Roth IRA génère des revenus non salariaux, elle peut déclencher cet impôt et être imposée au taux supérieur des parents, ce qui annule l’intérêt de la conversion lorsque les revenus de l’enfant sont faibles. Les familles doivent également gérer l’impôt induit par la conversion, ce qui peut nécessiter l’accès à des fonds supplémentaires provenant de l’extérieur du compte afin d’éviter de réduire le solde investi et de payer des pénalités. L’optimisation de la stratégie peut également impliquer d’étaler les conversions sur plusieurs années de faibles revenus et de les coordonner avec d’autres sources de revenus.16 

 Bien qu’une telle planification puisse offrir des avantages à long terme, elle est coûteuse, chronophage et, pour la plupart des gens, exige un accès régulier à des conseils fiscaux spécialisés. Elle comporte également le risque que le bénéficiaire retire des fonds à 18 ans à des fins non admissibles et paie la pénalité de 10 %, ce qui compromet les avantages de cette planification complexe. Pour la plupart des ménages, la complexité et les coûts initiaux rendent ces stratégies impraticables. Le plan 529 existant (avec transferts vers un IRA) et les comptes de courtage imposables restent les meilleures options d'investissement pour les enfants. 

La complexité des comptes qualifiés les rend moins intéressants. 

La complexité des critères d'admissibilité, des limites de cotisation, des seuils de revenus et des règles de retrait, répartis sur plus d'une douzaine de comptes, décourage la participation, notamment chez les ménages disposant de peu de temps, de faibles connaissances financières ou d'une épargne insuffisante pour les imprévus. Il en résulte un système principalement utilisé par ceux qui sont les mieux à même de le maîtriser. 

Pour les jeunes ménages et ceux dont les revenus sont faibles ou instables, un accès libre à l'épargne est souvent primordial. Les comptes qualifiés conditionnent un traitement fiscal avantageux au maintien des fonds inutilisés pendant de longues périodes ou à la restriction de leur utilisation à des fins approuvées par le gouvernement. Le non-respect des règles entraîne des pénalités fiscales. Les personnes qui ne souhaitent pas s'engager dans un blocage à long terme choisissent rationnellement de ne pas utiliser ces comptes et renoncent ainsi aux avantages fiscaux. 

Les ménages à faibles revenus sont nettement plus susceptibles d'effectuer des retraits anticipés en cas de choc de revenus, de perte d'emploi ou de dépenses imprévues. Un rapport du Government Accountability Office (GAO) révèle que les ménages les plus modestes présentent les taux les plus élevés de retraits anticipés et de pénalités associées. Par exemple, 12 % des ménages dont le revenu est inférieur à 25 000 $ ont été soumis à une pénalité de 10 % pour retrait anticipé.17 

 Les pénalités appliquées aux retraits anticipés ou non autorisés visent à préserver les objectifs d'épargne. En pratique, elles peuvent pénaliser davantage les ménages que s'ils n'avaient pas utilisé ces comptes. Les données de l'IRS pour les années d'imposition 2017 à 2019 montrent que pour les contribuables dont le revenu brut ajusté (RBA) est inférieur à 5 000 $, 43 % de l'impôt total payé a servi à payer les pénalités liées à l'utilisation de leur épargne. Pour ceux dont le RBA est inférieur à 25 000 $, environ 19 % de l'impôt sur le revenu payé a été consacré aux pénalités.18 

 L'épargne est souvent irrégulière et perturbée par les aléas de la vie. Subordonner les avantages fiscaux à des conditions d'utilisation strictes revient à taxer les ménages qui répondent à leurs propres besoins financiers, notamment en cas d'urgence. 

À l'autre extrémité de l'échelle des revenus, les ménages aux finances stables et ayant accès à des conseils professionnels peuvent optimiser leurs finances de manière à maximiser les avantages fiscaux, ce qui est inaccessible aux autres. Les épargnants aux revenus les plus élevés sont plus susceptibles de conserver une épargne liquide distincte, ce qui leur permet d'éviter toute pénalité. Ils utilisent également couramment des stratégies telles que les conversions Roth (décrites précédemment dans le contexte des comptes Trump) pour transférer des actifs de comptes traditionnels pendant les années de faibles revenus afin de garantir une croissance non imposable lorsque leurs revenus seront plus élevés.19 Les propriétaires de petites entreprises et les travailleurs indépendants disposent d'encore plus d'options de planification grâce à des comptes spécialisés supplémentaires. Il en résulte un système dans lequel ceux qui disposent des plus grandes ressources financières sont les mieux placés pour capter les avantages fiscaux les plus importants, tandis que ceux qui sont confrontés à des contraintes de liquidités sont les moins à même d'en profiter. 

Des comptes plus simples et universels : 

le cas à l’international L’expérience internationale montre que des comptes d’investissement plus simples et plus flexibles constituent une alternative populaire et largement utilisée au système américain actuel de comptes à usage spécifique. Le Canada et le Royaume-Uni ont adopté des systèmes de type compte d’épargne universel qui permettent des cotisations après impôt, une croissance des investissements non imposable et des retraits sans restriction.20 Il en résulte un outil d’épargne et d’investissement que les ménages peuvent utiliser à toutes fins sans avoir à se conformer à des règles complexes. 

Les comptes d’épargne individuels (ISA) du Royaume-Uni illustrent l’attrait de cette approche. Les ISA permettent des cotisations annuelles allant jusqu’à 20 000 £ (environ 27 000 USD) sans plafond de revenus, et les fonds peuvent être retirés à tout moment, pour quelque raison que ce soit, sans pénalité. Ces comptes sont très répandus. Environ 40 % des adultes britanniques éligibles détiennent un compte ISA, et les taux de cotisation y sont plus élevés qu'aux États-Unis pour les Roth IRA.21 Plus de 60 % des titulaires d'ISA gagnent moins de 30 000 £ par an (environ 40 500 USD), et, comme le montre la figure 1, les ménages à faibles revenus ont tendance à détenir une part plus importante de leurs ISA par rapport à leurs revenus que les ménages aux revenus plus élevés.22 La valeur marchande moyenne des ISA dépasse le revenu annuel des quatre premières tranches de revenus. Ces tendances suggèrent que des comptes simples, offrant un accès facile, peuvent attirer une large participation sans qu'il soit nécessaire de mettre en place des subventions ou des restrictions ciblées. (voir tableau en cliquant sur le lien originel)

Les comptes d’épargne libres d’impôt (CELI) du Canada offrent des preuves tout aussi convaincantes. Lancés en 2009, les CELI permettent des cotisations après impôt, une croissance à l’abri de l’impôt et des retraits sans restriction. Les Canadiens peuvent cotiser jusqu'à 7 000 $ CA (environ 5 100 $ US) par année en 2026. Dès l'âge de 18 ans, les plafonds de cotisation annuels sont reportables aux années suivantes. Ainsi, une personne admissible qui avait au moins 18 ans en 2009 et qui ouvre un compte pour la première fois en 2026 pourrait cotiser jusqu'à 109 000 $ CA (environ 80 000 $ US) l'année de l'ouverture du compte.23 

Grâce notamment au soutien et au marketing efficaces des institutions financières privées, la participation a connu une croissance rapide : en 2023, 62 % des contribuables canadiens détenaient un compte, contre 42 % en 2013. 24 Les CELI sont particulièrement populaires auprès des jeunes et des épargnants à faible revenu, qui apprécient la possibilité d'accéder à des fonds en cas d'imprévus susceptibles de mettre à rude épreuve leurs autres ressources disponibles. La figure 2 l'illustre clairement : pour presque toutes les tranches d'âge, les taux de cotisation aux CELI dépassent ceux des régimes d'épargne-retraite dédiés. L’écart est le plus important pour les épargnants les plus jeunes et se réduit jusqu’à l’âge de la retraite. Fait remarquable, les taux de cotisation annuels au CELI sont relativement uniformes chez les contribuables de 25 ans et plus.25 (voir tableau en cliquant sur le lien originel)

Les données relatives aux CELI montrent également que même les ménages à très faible revenu maintiennent des soldes importants, dépassant souvent leur revenu annuel.²⁶ Ces comptes servent à la fois de véhicules d’épargne à long terme et de réserve financière à court terme, améliorant ainsi la résilience financière des Canadiens, quel que soit leur niveau de revenu. 

 Le gouvernement devrait-il subventionner l’épargne? 

 Les comptes d’épargne admissibles suppriment une pénalité fiscale existante sur l’épargne. Les comptes Trump vont plus loin grâce à des subventions gouvernementales directes de 1 000 $ par enfant. Leurs partisans justifient souvent cette subvention par un argument simple : si les actions rapportent en moyenne 9 % de rendement nominal et que le gouvernement peut emprunter à 4 %, il peut alors compenser la différence en finançant des investissements à long terme par l’intermédiaire des comptes des ménages. 

 Cet argument repose sur une mauvaise compréhension de la nature des rendements financiers et des contraintes des finances publiques. 

Premièrement, des rendements plus élevés s’accompagnent de risques plus élevés. Des rendements boursiers plus élevés compensent l’incertitude des investisseurs, tandis que les emprunts du gouvernement doivent être remboursés, quel que soit le résultat. Financer un transfert de 1 000 $ par l’emprunt déplace ce risque. Les ménages profitent des hausses lorsque les rendements sont élevés, mais les contribuables restent responsables du service de la dette, indépendamment de la performance des investissements. Cette politique ne crée pas tant de richesse qu'elle ne redistribue le risque dans le temps et entre les contribuables, sans aucune garantie que les rendements seront supérieurs aux coûts d'emprunt. 

Deuxièmement, les rendements du marché et les coûts d'emprunt ne sont pas fixes. Si l'État emprunte pour financer les comptes d'investissement privés, il peut faire monter les taux d'intérêt et réduire l'investissement privé, annulant ainsi tout avantage supposé.27 

Cet argument contredit également la contrainte budgétaire intertemporelle du gouvernement, qui l'oblige à rembourser ses emprunts en augmentant les impôts futurs ou en réduisant les dépenses ailleurs. Ces coûts sont immédiats et certains, tandis que les gains d'investissement sont incertains et différés, ce qui diminue l'avantage réel de la subvention. Cette exposition budgétaire ne se limite pas à la contribution initiale de 1 000 $ (estimée à environ 3,5 milliards de dollars par an par le Comité mixte sur la fiscalité).²⁸ Une fois mis en place, de tels programmes créent une incitation politique claire à accroître les subventions au fil du temps. 

Un problème connexe est que cette politique substitue de fait l'épargne publique à l'épargne privée. Si les ménages considèrent la contribution de 1 000 $ comme faisant partie de leur patrimoine à vie, ils peuvent réduire d'autres formes d'épargne ou ajuster leur consommation en conséquence. Dans ce cas, le programme n'augmente pas la formation globale de capital, mais redistribue la composition de l'épargne, en particulier parmi les ménages à faibles revenus, le gouvernement empruntant pour financer des actifs qui auraient été accumulés de toute façon. Contrairement aux incitations fiscales à l'épargne, un versement unique n'affecte pas le prix relatif de la consommation actuelle par rapport à la consommation future et ne modifie donc pas directement l'incitation marginale à épargner d'un individu. 

Les politiques qui encouragent ou subventionnent explicitement l'épargne peuvent pénaliser de nombreux ménages. La structure du compte Trump pourrait se prêter à de futurs élargissements prévoyant des subventions explicites à l'épargne, similaires au crédit d'impôt pour épargne-retraite existant.29 Des propositions existantes, telles que la loi sur les comptes d'épargne 401Kids, ajouteraient une contribution gouvernementale à l'épargne pour certains contribuables à faibles revenus 30 Comme l'a largement démontré Andrew Biggs, spécialiste des retraites, les travailleurs à faibles revenus inscrits automatiquement à des régimes de retraite peuvent compenser les nouvelles cotisations en augmentant leurs emprunts ou en réduisant d'autres formes d'épargne. Il en résulte une augmentation du solde brut des comptes de retraite, mais une diminution du patrimoine net des ménages. Parallèlement, les ménages peuvent être confrontés à un risque accru en cas d'urgence, du fait d'un accès réduit aux liquidités.31 Même les politiques encourageant l'épargne chez les jeunes actifs à fort potentiel de gains futurs induisent des habitudes de consommation sous-optimales tout au long de leur vie. 32 Lorsque l'État subventionne l'épargne, il appauvrit la population. 

Les comptes Trump remplaceront-ils la Sécurité sociale ou créeront-ils une économie de la propriété ? 

 L'une des défenses les plus ambitieuses des comptes Trump s'appuie sur la culture politique plutôt que sur la politique budgétaire directe. Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a qualifié les comptes Trump de « porte dérobée pour privatiser la Sécurité sociale ».33 L'économiste Alex Tabarrok a partagé cet avis, suggérant que « ces comptes pourraient réduire la dépendance à l'égard de la Sécurité sociale » et compenser une partie du coût budgétaire du nouveau programme. 34 Il en découle que l'accumulation de patrimoine privé pourrait progressivement rendre superflues les prestations de retraite publiques, permettant ainsi une réforme. 

Cet argument surestime la portée réelle de ces comptes. Les comptes Trump sont juridiquement et financièrement indépendants de la Sécurité sociale. Ils ne modifient ni la formule de calcul des prestations, ni les cotisations sociales, ni l'âge de la retraite. Ils créent simplement un nouveau produit d'épargne parallèlement au système de répartition existant. Bessent lui-même a précisé par la suite que ces comptes « compléteraient » la sécurité sociale plutôt que de la remplacer.35 

L'argument politique est encore plus fragile. Les États-Unis disposent déjà d'un système d'épargne-retraite privé vaste et bien établi. En 2024, 70 % des ménages proches de la retraite possédaient un compte d'épargne-retraite privé, et la croissance des plans 401(k) et des comptes IRA au cours des dernières décennies n'a pas permis de réduire significativement la Sécurité sociale.36 Les Américains âgés constituent la tranche d'âge la plus aisée financièrement, avec la plus grande exposition aux marchés financiers tout au long de leur vie. Pourtant, en tant que bénéficiaires du système actuel, ils figurent parmi les opposants les plus virulents à la réforme de la Sécurité sociale.37 Compte tenu de ces antécédents, il y a peu de raisons de croire qu'un nouveau programme fédéral de transferts sociaux permettra de réduire les dépenses publiques actuelles sans un déclencheur politique spécifique. 

 Un argument plus général avance que les comptes Trump « créeront une nouvelle génération de capitalistes » et instaureront « une économie de la propriété ».38 Si la participation au marché boursier et la constitution d'un patrimoine sont des objectifs louables, rien ne prouve, ni au niveau national ni au niveau international, que les comptes d'investissement, financés par des fonds publics ou privés, aient un impact positif significatif sur la perception du marché ou du système capitaliste. Par exemple, l’adoption des plans 401(k) a considérablement augmenté ces dernières décennies, tandis que l’opinion des Américains sur le capitalisme s’est dégradée.39 Le Chili présente un constat similaire. Après plus de quarante ans de comptes d’investissement privés obligatoires, les Chiliens ne sont pas devenus des capitalistes enthousiastes. En 2021, ils ont élu un socialiste qui a promis d’« enterrer le néolibéralisme ».40 Le système de retraite privé était lui-même la principale source de mécontentement lors des manifestations de masse de 2019, et en 2025, le Congrès chilien l’a réformé en profondeur afin de renforcer le rôle de l’État. 41 Le système de retraite par capitalisation australien offre un exemple similaire : près des deux tiers des Australiens se disent modérément ou fortement mécontents que le système économique soit truqué au profit des plus riches.42 

Réformes 

Les comptes Trump orientent les réformes vers deux directions : soit vers un système d’épargne plus simple et plus flexible, susceptible d’assurer la réussite financière d’un plus grand nombre d’Américains, soit vers une protection sociale accrue et une complexité accrue. La réforme devrait privilégier la première voie. 

 L'innovation majeure du compte Trump ne réside pas dans son régime fiscal, mais dans sa structure. Il permet la création de comptes d'investissement pour enfants pouvant recevoir des contributions de sources multiples. Ces caractéristiques méritent d'être développées. En revanche, la subvention gouvernementale est superflue. Les contributions directes de l'État n'augmentent pas durablement l'épargne globale, nécessitent des règles strictes pour prévenir les abus et présentent des risques budgétaires inutiles, notamment si les subventions augmentent avec le temps. Supprimer cette subvention permettrait de simplifier ces comptes et de les repenser comme des outils d'épargne flexibles plutôt que comme des programmes de transferts conditionnels. 

Un système réformé devrait conserver la structure des comptes de début de vie tout en supprimant les fonctionnalités qui génèrent de la complexité et des distorsions. Les familles, les employeurs et les organisations caritatives devraient être autorisés à contribuer aux comptes ouverts à la naissance. Toutes les cotisations pourraient être versées avant impôt, déduites par le contributeur, les fonds s'accumulant à impôt différé et imposés aux taux ordinaires de l'impôt sur le revenu lors du retrait. Étant donné que tous les fonds sont finalement imposés, cette structure reporte simplement l’imposition et permet un partage plus flexible des ressources entre les générations. 

 Le choix clé en matière de conception concerne l’accès. L’approche la plus simple et la plus neutre sur le plan économique consiste à accorder une flexibilité totale, permettant aux familles et aux bénéficiaires de déterminer comment et quand les fonds doivent être utilisés. La suppression des restrictions d’âge et d’utilisation éliminerait le besoin de sanctions, réduirait les charges administratives et garantirait que l’épargne puisse répondre à l’évolution des besoins des ménages. Cependant, pour encourager les contributions des employeurs et des tiers, une période de blocage limitée, telle que la restriction de l'accès jusqu'à 18 ans par compte Trump actuel, peut constituer un compromis raisonnable. Passé ce délai, les fonds devraient être entièrement liquides, sans pénalités ni restrictions quant à leur utilisation. 

Une fois que les bénéficiaires auront atteint l'âge adulte, les comptes pourraient passer à un compte d'épargne universel qui permet le maintien de cotisations déductibles d'impôt de n'importe quelle source et des retraits sans restrictions. Les options d’investissement ne devraient plus être soumises à aucune restriction après la transition vers le compte d’épargne universel. Cela préserverait l’objectif initial d’encourager l’épargne précoce tout en alignant le compte sur un cadre neutre et simplifié à l’âge adulte. Les comptes pourraient également être conçus comme le compte d’épargne universel proposé par le sénateur Ted Cruz (R‑TX) et la représentante Diana Harshbarger (R‑TN) pour permettre des cotisations après impôt et des retraits en franchise d’impôt (traitement Roth).43 Cependant, la structure traditionnelle (à impôt différé) maintiendrait dans la plus grande mesure possible la cohérence avec les règles existantes du compte Trump. 

Le Congrès a pris des mesures modestes en faveur d'épargnes d'urgence flexibles au sein du système de retraite parrainé par l'employeur. La loi SECURE 2.0 de 2022 a créé des comptes d’épargne d’urgence liés à la retraite (PLESA), qui permettent aux employés à faible revenu de verser des cotisations après impôt allant jusqu’à 2 500 $ sur un compte annexe lié au régime de retraite de leur employeur, avec des retraits sans pénalité autorisés à tout moment.44 Ce nouvel outil reflète la reconnaissance bipartite selon laquelle des règles de retrait rigides réduisent la participation et aggravent la situation des ménages en cas de chocs financiers. Cependant, le side-car a une portée étroite, limité au contexte parrainé par l’employeur, et ne touche pas à l’architecture plus large des sanctions et des restrictions d’utilisation qui découragent l’épargne parmi les ménages n’ayant pas accès aux plans d’entreprise. Au contraire, cela ajoute simplement plus de complexité au système. Les PLESA sont une preuve de concept utile pour un plan d’épargne plus significatif et plus flexible tel que les comptes d’épargne universels. 

Une réforme plus large pourrait étendre la logique des comptes d’épargne universels à tous les comptes qualifiés. Le système actuel, qui compte plus d'une douzaine de comptes à vocation spéciale, devrait être consolidé en un petit nombre de véhicules d'investissement neutres et à vocation générale. Un système simplifié pourrait inclure un compte de retraite traditionnel et un compte de retraite Roth avec un plafond de cotisation annuel combiné (par exemple, 40 000 $ par personne, plus les cotisations de l'employeur), ainsi qu'un compte d'épargne universel avec un modeste plafond annuel de 10 000 $. Ces comptes devraient être détenus par des individus, transférables d’un emploi à l’autre et exempts de restrictions superposées et de règles de non-discrimination qui compliquent excessivement la législation actuelle.45 Les comptes existants pourraient bénéficier de droits acquis, les nouvelles cotisations étant dirigées vers le système simplifié et les roulements facultatifs autorisés au fil du temps. 

Cette approche s’appuie sur une proposition formulée dans le budget de l’exercice 2005 de l’ancien président George W. Bush visant à consolider les comptes existants en un système simplifié de comptes d’épargne-retraite pour l’épargne à long terme, de comptes d’épargne à vie pour une utilisation sans restriction et de comptes d’épargne-retraite d’employeur pour les régimes professionnels.46 En maintenant un régime de retraite parrainé par l’employeur, la proposition reconnaît que le système 401(k) existant est étroitement lié à des lois du travail et fiscales complexes, notamment les tests de non-discrimination, les règles de couverture et les exigences fiduciaires en vertu de la Loi sur la sécurité du revenu de retraite des employés de 1974 (ERISA).47 Ces règles sont destinées à façonner le comportement des employeurs, mais dans la pratique, elles ajoutent une complexité significative, limitent la flexibilité, réduisent l'accès et rendent difficile l'intégration des régimes parrainés par l'employeur dans un système entièrement individuel et portable. Même si une véritable simplification nécessite de séparer le système de comptes d’épargne des règles gouvernementales conçues pour façonner le comportement des individus ou des entreprises, la proposition de 2005 représenterait néanmoins un pas important vers cet objectif. 

Le principe organisateur de ces réformes est la neutralité et la simplicité. Plutôt que d'alourdir un système déjà complexe de nouvelles subventions et restrictions, le code des impôts devrait permettre aux particuliers d'épargner pour leurs propres priorités avec un minimum de distorsion économique. En supprimant les contributions financées par l'État et en remplaçant les comptes à usage spécifique par des alternatives flexibles, les décideurs politiques peuvent élargir l'accès à l'épargne tout en réduisant la complexité et en améliorant l'efficacité économique.
 

Photo recadrée d'Adam N. Michel Adam N. Michel 


 

Directeur des études de politique fiscale, Cato Institute ; ancien directeur adjoint du personnel du Comité économique mixte du Congrès américain  Citation Michel, Adam N. « Improving Trump Savings Accounts », Policy Analysis n° 1019, Cato Institute, Washington, DC, 9 juin 2026. https://www.cato.org/policy-analysis/improving-trump-accounts? 

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