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mai 23, 2026

INFORMATIONS FRANÇAISES - MAI 2026

Sommaire:

A) - Déficit public : la Commission européenne alerte sur une possible dégradation à 5,7 % du PIB en 2027

B) - Interview de Christophe Eoche-Duval : La « folie normative » a désormais son thermomètre et c’est une initiative civique

C) - Emmanuel Macron et le malentendu d’un double quinquennat

D) - Le temps d’une décision… Ou d’une indécision

E) - L’indépendance de la presse ? 175 millions d’euros d’aides de l’État : la grande hypocrisie médiatique

 

 


 

A) - Déficit public : la Commission européenne alerte sur une possible dégradation à 5,7 % du PIB en 2027  

La Commission européenne a publié jeudi 21 mai ses nouvelles prévisions économiques, dans lesquelles elle anticipe un déficit public de la France stable à 5,1 % du produit intérieur brut cette année, avant une remontée à 5,7 % en 2027 en l’absence de mesures correctrices supplémentaires. Ces projections contredisent l’objectif affiché par le gouvernement français, qui espérait ramener le déficit à 5 % dès 2026.

La trajectoire française reste éloignée du seuil de 3 % fixé par le pacte de stabilité européen. La France fait déjà l’objet d’une procédure pour déficit excessif depuis l’été 2024, comme sept autres pays de la zone euro. La Commission doit présenter début juin ses évaluations détaillées des budgets nationaux, ce qui pourrait entraîner des recommandations contraignantes si la réduction du déficit est jugée trop lente.

Le chiffre de 5,1 % pour cette année intègre pourtant le plan d’économies de six milliards d’euros annoncé mi-avril par le Premier ministre Sébastien Lecornu, ainsi que des aides ciblées sur les secteurs les plus exposés à la hausse des prix de l’énergie. L’exécutif bruxellois précise que la projection de 5,7 % pour 2027 est calculée « à politique inchangée », c’est-à-dire sans tenir compte des futures mesures de redressement qui pourraient figurer dans le prochain projet de loi de finances, ni de la prolongation de certaines recettes fiscales temporaires.

La croissance française, elle, a été revue à la baisse, à 0,8 % cette année contre 0,9 % anticipé auparavant. La Commission souligne toutefois que la France résiste mieux que l’Allemagne et l’Italie au choc énergétique lié au conflit au Moyen-Orient, grâce à son parc nucléaire qui limite la dépendance aux énergies fossiles. L’inflation française, qui restait modérée avant l’embrasement régional, devrait atteindre 2,4 % en 2026 avant de redescendre à 1,8 %, un niveau inférieur à la moyenne de la zone euro.

Le Premier ministre Lecornu a maintenu jeudi l’engagement de ramener le déficit sous les 3 % d’ici 2029, tout en annonçant de nouvelles aides pour les entreprises et les ménages touchés par la crise énergétique. Il a insisté sur la nécessité de réaliser des économies en parallèle de ces soutiens, sans donner de détail immédiat sur leur financement. Le gouvernement doit transmettre à Bruxelles, d’ici la fin du printemps, un plan budgétaire pluriannuel crédible, sous peine de voir la procédure de déficit excessif durcie.

La dette publique française dépasse désormais 110 % du PIB et son coût de financement a augmenté avec la remontée des taux d’intérêt. Selon des données de l’Insee, la charge de la dette est devenue le deuxième poste de dépense de l’État, derrière l’éducation nationale.

Antoine

https://multipol360.com/deficit-public-la-commission-europeenne-alerte-sur-une-possible-degradation-a-57-du-pib-en-2027/ 

 


 

B) - Interview de Christophe Eoche-Duval : La « folie normative » a désormais son thermomètre et c’est une initiative civique

La NRP a demandé à Christophe Eoche-Duval, haut-fonctionnaire et expert, pourquoi faut-il se féliciter des efforts de mesurer la « folie normative » très franco-française, avec l’annonce du bilan 2025 par Vigienormes.

NRP : Pouvez-vous nous rappeler ce qu’est le baromètre Vigienormes ?

Christophe Eoche-Duval : Ce baromètre (vigienormes.fr) est une initiative de 2025 du think tank Contribuables associés auquel j’ai prêté mon expertise comme spécialiste de la « volumétrie normative ». Je me félicite de cette initiative civique qui montre aujourd’hui qu’une simple association de citoyens engagés fait plus et mieux qu’à la fois le Sénat, l’Assemblée nationale et Matignon. Pourquoi ? Parce qu’aucune de ces trois institutions n’est capable de tenir un baromètre officiel – au moins le mois – ni de la norme en général ni de la norme qu’ils produisent ou sont censés contrôler !

Cette lacune devrait interpeller davantage, dans une démocratie et un État modernes. Y aurait-il une politique publique crédible de lutte contre l’inflation des prix s’il n’avait été pris la décision depuis 1913 de mettre en place un « indice des prix » de plus en plus scientifique et indépendant ? On peut toujours discuter de l’indice des prix de l’INSEE, de son panier retenu, de la manière dont on a l’impression qu’il reflète bien ou imparfaitement ce que ressent la ménagère dans les achats de son caddie. Peu importe. Il existe, et il force à son tour – par sa transparence et son étalon – les efforts en matière de lutte contre l’inflation comme oblige à rendre compte politiquement. S’agissant de la production des normes, il n’y a rien. La « planche à normes » est sans contrôle, presque hors contrôle. On n’a pas encore assez pris conscience, non seulement de l’importance quantitative de la folie réglementaire, mais aussi de son interaction avec la courbe des prélèvements obligatoires et la courbe de l’endettement public. Jusqu’à l’initiative de Contribuables associés avec mon aide, aucun indicateur n’existait jusqu’en 2025 ! Jacques Chirac pouvait alerter en 1995 « trop de lois tue la loi », il exprimait, sans doute, une intuition d’un sentiment d’un « ras le bol » des normes, mais sans preuve, et, surtout, puisqu’il n’y avait pas eu d’indicateur de l’indice des « normes 1995 », à sa sortie du pouvoir en 2007, aucune confrontation de la réalité de ses efforts avec l’indice « 2007 », pour justifier avoir exécuté ses engagements. Les docteurs de la Politique n’ont pas de thermomètre.

NRP : Qu’est-ce qui a changé entre 1995 et 2025 ?

C.E.D : Grâce à la numérisation du Journal officiel (Légifrance), nous disposons maintenant de la preuve scientifique de la volumétrie, puisque tout texte juridique s’écrit forcément en « mots », seul indice fiable. Et les mots, on sait désormais les décompter grâce à vigienormes.

Vigienormes sert donc à rendre public, d’une part, l’évolution chaque mois de 20 codes témoins, qui sont les plus importants pour les administrés ou les entreprises, et, d’autre part, le compteur du volume global du droit national étatique en vigueur.

Ce qui vient de changer le 6 mai dernier, c’est que nous ne pouvions donner jusqu’ici que les données de l’évolution normative mensuelle de 20 codes témoins, c’est déjà un exploit, mais nous ne pouvions qu’avoir l’estimation (pour des raisons algorithmiques complexes sur lesquelles je n’ennuierai pas le lecteur) et non la réalité au mot près de la somme des 77 codes en vigueur et des environ 121 000 textes non codifiés. Désormais, avec Contribuables associés, cette somme vertigineuse est publiée – avant même Matignon – et il est ahurissant : 50 913 374 mots, soit 2828 heures de lectures en continu pour que, « nul n’étant censé ignorer la loi », le citoyen ou l’entreprise ne risque pas d’être en infraction et sanctionné. Un chiffre record auquel moi-même je ne m’attendais pas, qui, sur 2004-2026, aura grimpé à plus de 100 %.

NRP Pourquoi votre étonnement ?

C. E.D : Je pensais qu’on serait davantage autour de 1,8 à 2 % d’inflation entre 2024/2025 car les observateurs constatent qu’à la suite de la dissolution, et du temps venu des « majorités relatives » (ou comme on préfère des « majorités absolues impossibles »), la production de lois ralentit. Faute de trouver des majorités suffisantes. Par voie de conséquence, le nombre de décrets d’application des lois ralentit, tout va ensemble. Mais finalement, l’inflation définitive de 2,72 % montre, au contraire, que la dynamique, malgré le contexte, ne freine pas. Deux raisons. Ancien marin, je l’illustre par cette première image. Si le porte-avions Charles de Gaulle décide de stopper les machines, on dit qu’il continue d’avancer « sur son erre » sur plusieurs milles. Pour le « freiner », il faut battre en retraite. C’est la même chose pour les normes : le volume est tel que la technocratie a de quoi continuer à l’auto-alimenter. Qu’est-ce que cela aurait été si le gouvernement Attal, Barnier et Lecornu avait continué, comme par le passé, à jouir de majorités législatives « presse-bouton » acceptant tout ce qui leur est soumis au vote ?! Seconde raison que mes travaux ont démontrée : le paradoxe des années 2000 est moins de textes, mais des textes de plus en plus « bavards ». L’un compense l’autre, en mal.

Force est de le constater, il n’y a aucune volonté politique de baisser la pression normative. D’ailleurs, je mets au défi le Premier ministre de citer une instruction ou une circulaire adressée à ces ministres et à ses administrations depuis le 9 septembre 2025 de réduire la pression, en abrogeant significativement des normes inutiles, bureaucratiques, coûteuses et en le prouvant par une baisse mesurable, avant et après. Il y a un discours de façade sur la « simplification » administrative, ce discours de façade ressort de ce que j’appelle une forme de « clientélisme anti-normatif ». De Chirac à Macron en passant par le « choc de simplification » de Hollande, on surfe sur l’impopularité des normes pour faire croire qu’on va s’en occuper. Du bout des doigts, sans indicateur de reporting, s’empilent des projets décousus de fil rouge, à pure communication politique : tel le projet de loi « simplification de la vie de l’entreprise », encore encalminé à cause du refus du gouvernement de laisser la main au Parlement sur la simplification des « ZFE-m », comme tel le projet « simplification des normes des collectivités territoriales », qui vient d’être déposé, qui a déjà fait sourire l’AMF. Ces projets rabotent le micro du millimètre du roc de la montagne normative.

NRP : Quelles conséquences tirez-vous d’un point de vue de science politique ?

C.E.-D : Ce qui arrive à notre pays est particulièrement grave et inquiétant. L’ensemble de la littérature comparée accrédite une exception française. Grande-Bretagne, Allemagne, Pays-Bas feraient plus et mieux que nous en réduction de leur pression normative. Or ils ont les mêmes contraintes que nous (excepté la Grande-Bretagne) des normes européennes. La question européenne n’est donc pas uniquement la faute de la folie normative française. Cette folie normative a deux conséquences : elle entraîne des charges pour les entreprises et décourage l’entrepreneuriat, fait peser des contraintes sur la liberté d’action des administrés et même prend un caractère illibéral, engendre des charges administratives pour l’État et les collectivités locales, coûts qui se traduisent à leur tour par une baisse de compétitivité et une hausse des prélèvements obligatoires. Lesquels à leur tour se traduisent par de l’endettement public, quand – et à cause des normes pénalisant l’activité – il faut recourir à l’emprunt pour maintenir le « train de vie » de l’État, plutôt que la baisse des dépenses publiques. Tout est lié. C’est un cercle vicieux. Si demain, en 2027, on vient nous dire : « Je m’attaquerai à la dette publique », sans s’attaquer à la courbe de l’inflation des normes, je mets en garde contre le caractère soit mensonger soit irréaliste de cette promesse électorale. Baisser la folie normative, et non « simplifier » ou « ripoliner » les codes, doit être une des priorités publiques nᵒ Pour recouvrer d’abord la maîtrise démocratique de la création de norme, dans un pays largement devenu une « technocratie à mode électif », et ensuite des marges de compétitivité économique.

Je n’attends qu’une chose : que le Parlement « nationalise » vigienormes, cela voudrait dire – au-delà de l’hommage rendu à ce site de contribuables associés – qu’enfin l’État commence à s’engager sur des objectifs chiffrés de freiner, réduire, supprimer, alléger des normes. Je crois à l’objectif de réduction de 25 % de ces 50 millions de mots sur un quinquennat. Sinon, à la fin 2032, on fêtera les 100 millions ? L’URSS en a rêvé, la France l’aura fait.

https://nouvellerevuepolitique.fr/la-folie-normative-a-desormais-son-thermometre-et-cest-une-initiative-civique/



 

C) - Emmanuel Macron et le malentendu d’un double quinquennat

Il reste un an avant que la France ne se donne un successeur à Emmanuel Macron. Une longue année que l’actuel président entendra sans doute mettre à profit pour parfaire l’image qu’il entend laisser à l’histoire de son double quinquennat.


En Afrique, d’Alexandrie à Nairobi, le chef de l’État a voulu valoriser son action à l’international, et démontrer que dans un contexte de reflux de l’influence française sur le grand continent la France gardait sa capacité d’attractivité tout en étant à l’écoute des aspirations identitaires des jeunes Africains. À voir pour la première, quand la façon dont le Président théorise les secondes pose un problème fondamental à la conception qu’il se fait de l’appartenance commune à notre Nation. Lorsqu’il affirme que l’on peut être tout à la fois à 100 % français, et se réclamer tout autant et avec autant d’engagement d’une autre fidélité, Emmanuel Macron mélange la question de la citoyenneté avec celle des origines, sous couvert de la défense de la binationalité qui, au demeurant, ne constitue qu’une partie du problème qu’il entend traiter. Pour autant, Emmanuel Macron boucle en quelque sorte sa boucle, lui qui, candidat en 2017, se faisait le chantre des communautés dans un discours de campagne à Marseille, et qui, à Lyon, toujours dans sa conquête de l’Élysée, niait l’existence d’une culture française. S’il est un domaine où l’hôte élyséen, en dépit de nombreux “allers-retours”, aura néanmoins marqué une forme de relative constance, c’est bien celui de sa conviction que la France a vocation à devenir un “ hub” où les identités transitent et in fine acculturent la citoyenneté à une vision communautariste de la cité. Après des décennies de dérégulation migratoire, accélérée par des jurisprudences contraignant toujours plus les politiques de maîtrise et de contrôle, les Français ne l’avaient certainement pas élu pour qu’il acte le décès de leur modèle universaliste de citoyenneté, au travers d’une sémantique objectivant le communautarisme et dévitalisant encore plus qu’il ne l’était déjà le paradigme assimilationniste. En quelque sorte, le Président aura répondu à une question qui ne lui était pas posée, ou dans tous les cas qui ne lui était pas posée dans ces termes, prenant par ses propos le parti d’une pensée “postcoloniale“” orthogonale de notre forge républicaine.


Le moteur de sa victoire électorale était principalement porté par le crédit dont il jouissait dans le domaine économique : les enjeux de relance de la croissance, de gestion des finances publiques, de défense de l’initiative et du tissu entrepreneurial constituaient au demeurant à ses yeux les facteurs-clés pour combattre les logiques d’assignation qu’il dénonçait à juste titre. À quelques mois d’une échéance présidentielle capitale, les indicateurs après 10 années de macronisme sont, hélas, en berne : un déficit public de près de 6 % et une dette publique de 122 % du PIB, un service de celle-ci en hausse, un risque non négligeable de récession, un record de près de 70 000 faillites d’entreprises sur douze mois, une pression inflationniste persistante et un retour du chômage à plus de 8 %… Le marqueur existentiel des forces de gouvernement qu’il entendait incarner, c’est-à-dire l’alliage du réalisme et de la compétence, est en fin de quinquennat collisionné par un bilan dont ses opposants tant à droite qu’à gauche ne manqueront pas de souligner le passif. Ce faisant, le bloc centriste qu’il a fait tenir non sans habileté toutes ces années est lui-même profondément affecté par un inventaire dont tous les candidats probables de son camp apparaîtront, de Monsieur Philippe à Monsieur Attal, comme solidairement comptables…


Tout le malentendu de la présidence Macron n’aura-t-il pas dès lors été de cocher les cases d’un agenda dont la Nation n’exigeait pas la mise en œuvre quand le mandat qu’il avait reçu des Français, redresser notre économie pour restaurer la puissance française et affermir notre modèle républicain, sera non seulement resté lettre morte mais plus encore aura conduit à une aggravation de la situation ? L’année préélectorale dans laquelle nous sommes d’ores et déjà entrés ne suffira pas à effacer cette impression d’un “en même temps“ inversé où Emmanuel Macron aura fait ce que le peuple n’exigeait pas de lui et oublié de répondre à ce que les Français attendaient principalement de son exercice du pouvoir ainsi que de ses politiques publiques. Plus qu’un malentendu : un détournement de la mission qui lui avait été confiée…

Arnaud Benedetti

Ancien rédacteur en chef de la Revue politique et parlementaire, Arnaud Benedetti est professeur associé à Sorbonne-Université, essayiste et spécialiste de communication politique. Il intervient régulièrement dans les médias (Le Figaro, Valeurs actuelles, Atlantico, CNews, Radio France) pour analyser les stratégies de pouvoir et les mécanismes de communication. Parmi ses ouvrages figurent Le Coup de com’ permanent (Cerf, 2018), Comment sont morts les politiques ? Le grand malaise du pouvoir (Cerf, 2021), ainsi qu’Aux portes du pouvoir : RN, l’inéluctable victoire ? (Michel Lafon, 2024). Ses travaux portent sur les transformations du discours public et les évolutions de la vie politique française.

https://nouvellerevuepolitique.fr/emmanuel-macron-et-le-malentendu-dun-double-quinquennat/ 

 


 

D) - Le temps d’une décision… Ou d’une indécision

« Cet échec reste pour moi une blessure profonde. Elle a beau se refermer, elle laisse toujours une cicatrice ».
 IREF: https://contrepoints.org/bruno-le-maire-pretend-vouloir-chasser-la-dette-publique-mais-son-bilan-budgetaire-est-desastreux/

Ainsi parle Bruno Le Maire, prolixe écrivain, ex-Ministre quasi-indéboulonnable de l’Économie et des Finances de Jupiter, dans son dernier récit au titre évocateur, Le temps d’une décision[1]. Ainsi, avons-nous rendez-vous avec l’Homme, sa passionnante vie, la Grande Histoire qu’il fait et la Petite Histoire dont il est la malheureuse victime, tout au long de ces trois cents pages de ce récit à vous couper le souffle. Comme toujours, avant d’appréhender la substance de son dernier opus magnum, il est essentiel de rappeler le parcours exceptionnel de ce brillant homme politique, rarement effleuré par le doute cartésien. Une fois levé le voile sur ce destin hors-normes, nous sommes en mesure d’apprécier la densité de ce brillant récit d’expert es-politique intérieure et extérieure qu’il est manifestement, contre vents et marées. Enfin, nous pourrons porter un jugement sur ce brillant exercice de style qui s’apparente à maints égards à un bibelot d’inanité sonore.

Qui est Bruno Le Maire ? Un brillant homme politique bardé de certitudes

Bruno Le Maire, né le 15 avril 1969 à Neuilly-sur-Seine, est un homme politique et écrivain français. Normalien et énarque (sorti au Quai d’Orsay où il ne fait qu’un passage éclair et remarqué), il est directeur de cabinet du Premier ministre Dominique de Villepin entre 2006 et 2007, puis est élu député sous la bannière de l’Union pour un mouvement populaire (UMP) dans l’Eure à partir de cette dernière année.

Il occupe les fonctions de secrétaire d’État aux Affaires européennes de 2008 à 2009, puis de ministre de l’Agriculture pendant près de trois ans au sein des deuxième et troisième gouvernements de François Fillon. Il est de nouveau élu député en 2012, et brigue sans succès la présidence de l’UMP en 2014 face à Nicolas Sarkozy. Il se présente à la primaire de la droite et du centre en vue de l’élection présidentielle de 2017, et obtient 2,4 % des voix. En 2017, il devient ministre de l’Économie dans le premier gouvernement Philippe, sous la présidence d’Emmanuel Macron. Son portefeuille est élargi aux Finances le mois suivant, dans le second gouvernement Philippe, puis à la Relance dans le gouvernement Castex. En 2022, après la réélection d’Emmanuel Macron, il reste à Bercy avec l’intitulé « ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique », dans le gouvernement Borne ; il est reconduit en 2024 dans le gouvernement Attal. Sa principale réforme durant cette période est la loi relative à la croissance et la transformation des entreprises (dite « loi PACTE »), adoptée en 2019.

Après son départ du gouvernement français en 2024, il commence à enseigner les politiques publiques et la géopolitique à l’université de Lausanne. Alors qu’il a été ministre de l’Économie et des Finances pendant plus de sept ans, un record, il devient le ministre le plus éphémère de la Ve République en devenant ministre des Armées dans le gouvernement Lecornu I durant à peine une journée en octobre 2025[2].

De ce brillant parcours exceptionnel, Bruno Le Maire en tire une analyse de notre monde et de notre France ! Une authentique histoire française qu’il nous relate dans son dernier ouvrage

Qu’écrit Bruno Le Maire ? Un brillant récit d’expert es-politique intérieure et extérieure

Le moins que l’on soit autorisé à dire est que Bruno Le Maire a une excellente plume. Nul ne le conteste. Il dispose également d’indéniables talents de portraitistes des grands de ce monde qu’il fréquente régulièrement au cours de ces dernières années avant qu’il ne quitte, bien malgré lui, les allées du pouvoir et les ors de la République. Nul ne le met en doute. Il nous narre par le menu ses rencontres avec des quidams à Chamonix, à Dax et dans d’autres villes de France et de Navarre. Nul ne met en doute sa sincérité d’élu proche du peuple. Il pose un diagnostic pertinent sur notre société : « La décision est l’essence de la politique. Elle est devenue le talon d’Achille des démocraties ». Nul ne peut critiquer sa capacité de jugement.

Son récit est parfaitement structuré autour de quelques idées simples qu’il expose clairement en introduction de son opus magnum (Qui décide ? Comment ?) qu’il présente à jet continu sur les plateaux de télévision où il semble tout à fait à l’aise.

Au titre du Thème I, il se livre à un panorama exhaustif du monde d’aujourd’hui à travers un exposé détaillé de l’évolution des relations internationales de 2003 à 2025 : « l’aube carnivore » ; le « panthéon noir » ; le « labyrinthe technologique » ; la relation entre pouvoir et de l’argent et les sociétés secrètes que sont Davos, le Bilderberg, le Vatican. Le tableau est ainsi planté. Bruno Le Maire peut alors dérouler son raisonnement dans ses deux thèmes suivants.

Sous le titre du Thème II, après un détour par Ligardes dans le Gers, notre grand homme nous rappelle les trois actes de la grande paix avec les illusions de la Fin de l’histoire chère à Francis Fukuyama après la chute du Mur de Berlin critiquées par Samuel Huntington avec son Choc des civilisations ; la proie facile européenne, la machine technocratique tournant à vide ; l’éclipse et l’impuissance européenne. Le jugement est sans concession tant tout va mal en ce bas monde.

Suivons le fil de sa pensée et de sa plume pour mesurer le fossé existant entre la théorie et la pratique !

Que retenir de ce brillant exercice de style ? Un bibelot d’inanité sonore

S’il est un parfait analyste de la vie politique française et de la scène internationale, Bruno Le Maire est un piètre prévisionniste clairvoyant. S’il excelle dans les descriptions de l’Histoire passée qu’il émaille de très nombreux souvenirs personnels à l’intérêt limité, son sens de la prospective apparait aujourd’hui comme une asymptote de zéro. À plusieurs reprises, notre homme reconnait, aujourd’hui, implicitement ou explicitement, ses erreurs d’appréciation passées.

Sur le plan extérieur, le défenseur de l’Union européenne qu’il fut, émet de vives réserves sur son fonctionnement. Bonne dans la défense, elle est défaillante dans l’attaque. Mais, nous n’avons encore rien vu. Nous découvrons, sidérés, qu’à Bruxelles, ce que lui dit l’un de ses homologues étrangers : « Nous sommes ici pour échanger, pas pour décider ». Nous apprenons, avec stupeur, que « L’Union européenne et la France ont brutalement en partie de leur puissance en ratant la révolution numérique ». Et, le reste est à l’avenant. On en apprend plus sur le fonctionnement de l’Europe en ouvrant ses oreilles et en écarquillant ses yeux qu’en découvrant la prose le mairienne. Ceux qui, hier, osaient émettre la moindre critique sur la machine à normes bruxelloise étaient immédiatement cloués au pilori pour nationalisme, souverainisme et autres quolibets du même acabit. Auraient-ils eu raison trop tôt ? Auraient-ils fait preuve de bon sens, qualité qui fait tant défaut à notre normalien-énarque ? Même chose pour le multilatéralisme, mantra de la diplomatie jupitérienne, à propos duquel notre vedette hors-pair écrit : « … le chuchotement des enceintes multilatérales … les institutions multilatérales, empêtrées dans la lenteur de leur processus de décision et dans la complexité de leur organisation … ». En un mot comme en cent, vénérée hier avec dévotion, la gouvernance mondiale et européenne est aujourd’hui vouée aux gémonies. Dont acte.

Sur le plan intérieur, le réquisitoire de notre technocrate de haut-vol est sans appel sur le fonctionnement de la « monarchie présidentielle », version Jupiter qu’il a servi fidèlement aussi longtemps. Tout y passe dans ce registre tout au long du Thème III. Après un coup de chapeau à la « Grande Nation » dont il est fier, il se livre à une charge brutale contre la manie des gouvernements pléthoriques ; l’omnipotence et le poids de l’administration ; la vénération de la norme ; de la mécanique de la dette ; l’obsolescence du modèle économique français ; le monarque républicain (il propose, lui qui en a été le serviteur fidèle, la fin de la « monarchie présidentielle »[3]) ….

Sa pensée est parfaitement résumée quand il écrit que : « Nous avons en France un art consommé de créer des querelles sur des prétextes (futiles) pour éviter des débats sur nos problèmes (réels) ». Pourquoi n’en a-t-il rien dit et n’a-t-il pas démissionné lorsque le déficit des finances publiques se creusait d’une manière inquiétante ? Il ne le pouvait pas pour ne pas quitter le navire qui sombrait. Et, il ne le regrette pas. Comme aimait à le rappeler, Jean-Pierre Chevènement : « Un ministre, ça ferme sa gueule ; si ça veut l’ouvrir, ça démissionne ». Bruno Le Maire a fermé sa gueule et n’a pas démissionné. Bonjour le courage de cet homme orgueilleux au point de courber l’échine pour un maroquin ministériel, voire Premier ministériel (projet avorté) qui flatte son tout à l’égo.

Sa démonstration constitue un morceau d’anthologie de la pleutrerie de notre technocratie qui ne veut pas dire ce qu’elle voit mais que le monde entier nous envie.

Courage fuyons !

« La politique est une question de mots. Qui trouve les mots gagne la partie et donne la possibilité de décider ». Comment mieux résumer la pensée profonde de notre romancier à succès régulièrement publié chez le prestigieux éditeur, Gallimard que ne le fait Bruno Le Maire, ex-diplomate, ex-conseiller de ministre, de Premier ministre, lui-même ministre à plusieurs reprises et, aujourd’hui, en quête d’un improbable avenir hexagonal ? On l’aura compris. Avec Bruno, c’est du sérieux ! L’homme ne doute de rien. De ses multiples talents d’universitaire (ENS et ENA), d’érudit, d’écrivain, de diplomate, d’éminence grise sous divers Présidents, d’homme politique à l’échine souple, de futur Président de la République, d’homme de conviction, d’homme qui appelle à décider mais qui ne décide pas lorsqu’il le faudrait. Le lecteur l’aura compris. Nous ne lui conseillons pas la lecture de ce roman de guerre dénué d’épaisseur stratégique que nous serions en droit d’attendre de lui. En dernière analyse, le temps d’une décision ressemble à s’y méprendre à celui d’une indécision.

[1] Bruno Le Maire, Le temps d’une décision, Récit, Gallimard, 2026.

[2] https://fr.wikipedia.org/wiki/Bruno_Le_Maire

[3] Marie Pouzadoux, Bruno Le Maire plaide pour la fin de la « monarchie présidentielle », Le Monde, 28 avril 2026, p. 9.

https://lediplomate.media/tribune-le-temps-dune-decision-ou-dune-indecision/

 E) - L’indépendance de la presse ? 175 millions d’euros d’aides de l’État : la grande hypocrisie médiatique 

Une « indépendance » payée par le peuple pour enrichir les milliardaires

Ils se présentent comme les gardiens farouches de la liberté d’expression. Ils dénoncent les « ingérences » et les « pressions du pouvoir ». Ils se drapent dans le noble manteau de l’indépendance journalistique. Pourtant, en 2024, la presse française a encaissé 175,2 millions d’euros d’aides directes de l’État. Argent public, donc argent du contribuable.

Et qui en profite le plus ? Les groupes détenus par une poignée de milliardaires.

L’État français, c’est-à-dire vous et moi, finance grassement les médias contrôlés par les plus grandes fortunes du pays. L’indépendance ? Une vaste blague. La réalité, c’est une dépendance totale aux subventions publiques versées aux empires médiatiques des ultra-riches.

La carte qui dit tout : le « Parti de la Presse et de l’Argent »

La célèbre carte interactive du Monde diplomatique (« Médias français, qui possède quoi ? » – dernière mise à jour décembre 2025) expose sans fard cette réalité explosive.

La quasi-totalité des médias d’information qui « font l’opinion » est entre les mains d’une dizaine de milliardaires et de grands groupes industriels :

Bernard Arnault, Vincent Bolloré, la famille Dassault, Xavier Niel, Patrick Drahi… Le peuple n’a plus voix au chapitre dans les médias qu’il finance pourtant massivement.

Les grands gagnants : des millions pour les empires des milliardaires

Comme l’a révélé Jules Torres dans Le JDNews du 17 mai 2026, les chiffres officiels du ministère de la Culture (publiés en 2025 pour l’année 2024) sont édifiants :
  • Le Parisien / Aujourd’hui en France (Bernard Arnault, première fortune mondiale via LVMH) : 12,2 millions d’euros.
  • Le Figaro (famille Dassault) : 9,9 millions d’euros.
  • Le Monde et ses satellites (contrôlé par Xavier Niel et associés) : 7,8 millions d’euros.
  • Libération (Patrick Drahi) : 6,6 millions d’euros.
  • Ouest-France et d’autres grands groupes : plusieurs millions chacun. 

Au total, 527 titres ont touché ces aides, mais ce sont les grands groupes des milliardaires qui raflent la mise. Comme le soulignent régulièrement Acrimed, Oxfam et d’autres observateurs, plus de la moitié des aides profite à six ou sept grands groupes détenus par ces mêmes ultra-riches. Le contribuable modeste paie pour que les milliardaires puissent continuer à façonner l’opinion publique.

Une dépendance qui tue toute vraie liberté

Comment parler d’indépendance quand l’essentiel des revenus de nombreux titres vient directement de Bercy ?

Ces aides (pluralisme, diffusion, modernisation) sont censées préserver la diversité. En réalité, elles créent une chaîne de dépendance : les médias critiquent mollement le pouvoir… tant que les chèques continuent d’arriver. Pendant ce temps, les Français voient leurs impôts servir à subventionner des journaux qui souvent les méprisent, les traitent de « populistes » ou ignorent volontairement leurs préoccupations (immigration, pouvoir d’achat, insécurité). C’est le même schéma que pour les ZFE, les mariages sous OQTF ou le remplacement de population : on impose une narrative, et on finance ceux qui la relaient.

Le peuple finance ses propres chaînes

Le scandale est total. L’État prend l’argent des contribuables – artisans, ouvriers, familles modestes – pour le reverser aux empires médiatiques de milliardaires qui, par ailleurs, ne payent pas toujours leur juste part d’impôts ou délocalisent leurs profits. La carte du Monde diplomatique le montre noir sur blanc :

la presse n’est plus un contre-pouvoir, elle est devenue un outil de pouvoir entre les mains d’une oligarchie. Et c’est le peuple qui règle l’addition.

Le moment de vérité

175 millions d’euros par an. Voilà le vrai prix de cette prétendue indépendance. Le jour où ces aides seront supprimées ou strictement réservées à des médias réellement indépendants du pouvoir de l’argent, on verra enfin qui tient debout par ses seules ventes… et qui s’effondre comme un château de cartes. 

Le peuple n’est plus dupe. Il voit la connivence, il voit les biais, il voit les silences complices. Et il en a assez de financer une presse qui le regarde de haut tout en vivant à ses crochets. La vraie indépendance ne naîtra pas des subventions de l’État aux milliardaires. Elle naîtra quand les médias devront enfin choisir : servir le peuple… ou continuer à servir ceux qui les achètent. Le contribuable attend ce jour avec impatience.

https://multipol360.com/lindependance-de-la-presse-175-millions-deuros-daides-de-letat-la-grande-hypocrisie-mediatique/

 

 

avril 29, 2026

Une opération de transparence en trompe-l'œil pour sauver la soldate Ernotte

Sous la pression de la Commission d'enquête parlementaire, France Télévisions lance aujourd'hui une grande opération de "transparence financière" annoncée par Delphine Ernotte. Cinq rubriques, des graphiques colorés, des infographies en bulles pastel. Les chiffres publiés sont réels. Ce qu'ils taisent l'est tout autant. 
ℹ️ Soulignons d'abord que c'est la 1ʳᵉ fois en dix ans de mandat que le public peut accéder à des chiffres réels avec sources datées. Bien, mais insuffisant. J'ai le rapport de la Cour des comptes sous la main, ça tombe bien nous allons pouvoir comparer dans le détail. 
🙊 Spoiler : Le cadrage est entièrement défensif. Chaque donnée est accompagnée d'un narratif qui l'atténue, et les angles morts sont précisément ceux qui permettraient d'évaluer l'efficacité de la gestion. C'est de la transparence au sens où une vitrine de magasin est transparente : on voit ce qu'on a décidé de montrer.
 

 
 
I. Financement
 

Ce que dit France Télévisions 
Les ressources du groupe s'élèvent à 2 856 M€ en 2025, dont 86% de dotation publique (2 454 M€), 10% de publicité (285 M€) et 4% d'autres activités commerciales (117 M€). 
La France consacre 4,2€ par habitant et par mois à son audiovisuel public, soit "proche de la moyenne européenne" de 3,62€ — et moins que le Royaume-Uni (6,1€), le Danemark (7,3€) ou l'Allemagne (8,7€). En euros constants, FTV "coûterait 650 M€ de moins aux Français qu'il y a dix ans." 
 
Lecture critique 
La comparaison européenne est soigneusement tronquée. L'Italie (2,6€) et la Suède disparaissent du graphique. Surtout, comparer le coût par habitant sans comparer les ratios de productivité, les effectifs d'encadrement ou les coûts de structure, c'est comparer le prix au litre sans regarder la consommation du moteur. Le chiffre "650 M€ de moins en euros constants" est construit en intégrant l'inflation de +20% côté dépenses, mais sans jamais appliquer le même raisonnement à la valeur des missions accomplies. 
 
Ce que dit la Cour des comptes


Le tableau est nettement moins rose. La Cour relève que les concours publics ont subi "une baisse programmée" (c'est à dire prévisible) de 160 M€ entre 2018 et 2022. Mais surtout : sur la période 2017-2024, les déficits nets cumulés du groupe atteignent 81 M€, malgré un résultat d'exploitation officiellement présenté "à l'équilibre" chaque année — grâce à la neutralisation comptable d'opérations qualifiées d'"exceptionnelles" avec l'aval des commissaires aux comptes. 
La Cour est explicite : "Jusqu'en 2024, France Télévisions a systématiquement présenté des prévisions budgétaires reposant sur un équilibre de son résultat d'exploitation, en neutralisant des opérations considérées comme exceptionnelles." 
Résultat mécanique : les capitaux propres sont passés de 294 à 179 M€ en huit ans — sous le seuil légal de la moitié du capital social depuis 2021, seuil en dessous duquel le code de commerce impose à l'État actionnaire d'agir avant le 31 décembre 2026 sous peine de dissolution. 
📌 À retenir : les comptes présentés au Parlement et à l'Arcom pendant huit ans reflétaient une réalité arrangée. France Télévisions est bien dans une situation de faillite. 
 
II. Budget

Ce que dit France Télévisions 
Le coût total des antennes et programmes s'élève à 2 738 M€. La ventilation présentée valorise l'offre de service public : information régionale (434 M€), information nationale (335 M€), séries et fiction (288 M€), documentaires (95 M€), cinéma (82 M€). Les "frais de structure — RH, finance, juridique" sont affichés à 125 M€, soit "0,4€ sur 10 investis." Un chiffre présenté comme la preuve d'une gestion sobre. 
Lecture critique 
Le chiffre de 125 M€ est un tour de passe-passe par omission. Il exclut le poste "Conception et pilotage des offres, communication" — 210 M€ — qui recouvre précisément les coûts de direction éditoriale, de stratégie et de communication institutionnelle, autrement dit ce qu'une entreprise privée comptabiliserait sans hésitation en frais de structure. En les additionnant : 335 M€ de coûts non-programmes, soit 12,2% du budget total — près de trois fois le chiffre mis en avant. Mais le problème est plus profond encore. La page "transparence" reproduit exactement le mode de présentation que FTV utilise en interne depuis des années : le budget par "coût de grille", c'est-à-dire par activité éditoriale, jamais par nature de charges. Ce choix de présentation rend structurellement impossible toute évaluation externe des coûts de structure réels. 
Ce que dit la Cour des comptes

C'est précisément ce point que la Cour cible dans sa section sur le pilotage financier — et c'est l'une des critiques les plus cinglantes du rapport. La Cour constate que FTV "présente invariablement ses prévisions budgétaires par métier et non par nature de charges (achats, charges de personnel, provisions etc.)." 
Cette présentation "présente le défaut de rendre peu lisibles les évolutions de masse salariale et les charges d'exploitation hors dépenses de personnels." 
Le plus accablant : "la direction du budget et le contrôle général économique et financier ont à maintes reprises demandé à l'entreprise de présenter son budget prévisionnel en nature, pour mieux identifier les charges sur lesquelles des économies seront portées, sans que France Télévisions ait jamais donné suite à cette demande, également formulée par l'inspection générale des finances et la Cour." 
En clair : depuis des années, les tutelles réclament la ventilation par nature de charges. FTV refuse. Et sa page "transparence" de mars 2026 reproduit exactement ce refus — en ajoutant des infographies en bulles colorées. 
Les chiffres de la Cour confirment l'ampleur de ce que la présentation par "coût de grille" dissimule. Pour l'année 2024 : masse salariale 658,5 M€, dépenses de personnel totales 962,2 M€ — un écart de 303 M€ qui correspond aux charges patronales, aux indemnités et aux avantages sociaux, jamais visibles dans la présentation FTV. Le coût de la grille lui-même a été ramené de 1 010 M€ à 898 M€ entre 2019 et 2023 — effort réel — mais les économies réalisées sur les programmes ont été absorbées par la dérive de la masse salariale et des frais de mission. 
La Cour pointe également que les frais de mission s'établissent en moyenne à 42,8 M€ par an hors Covid, avec un pic à 46 M€ en 2024. Ces frais sont totalement absents de la page "transparence". 
Quant aux "économies" annoncées pour 2025 — 80 M€ affichés — la Cour note que 42 M€ visent à compenser l'inflation, soit des "économies" qui ne font que maintenir les charges constantes en euros réels. 
📌 À retenir : FTV refuse depuis des années de présenter son budget par nature de charges, malgré les demandes répétées de ses tutelles, de l'IGF et de la Cour. Sa page "transparence" perpétue exactement ce refus. On ne sait toujours pas combien coûte réellement l'appareil administratif — on sait seulement ce que FTV a décidé de ne pas montrer. 
 
III. Fournisseurs 

Ce que dit France Télévisions 
En 2024, FTV a investi 864 M€ en programmes auprès de 743 fournisseurs différents. La diversité est affichée comme preuve de pluralisme éditorial. France TV Studio, filiale de production interne, est citée comme "deuxième fournisseur" — résultat d'une "stratégie de développement des recettes propres." La part de production dépendante est passée de 5% à 20% en dix ans, présentée comme un "rééquilibrage." Lecture critique 
Les 743 noms masquent deux logiques de concentration radicalement opposées dans leur nature mais convergentes dans leur effet. D'un côté, les groupes intégrés type Mediawan, Banijay et Newen qui captent une part croissante du marché sous des dizaines de marques indépendantes en apparence. Le groupe Mediawan représente à lui seul 12,8% du CA programmes, fédérant 28 sociétés de production sous une même holding. De l'autre — et c'est le fait le plus structurel — la part de "production dépendante" allouée à France TV Studio est passée de 5% à 20% en dix ans, soit jusqu'à 88 M€ par an sur 2025-2027, par accord signé avec le secteur en 2024. Quadruplement de la captivité interne. FTV présente cela comme un "succès industriel" ; c'est aussi, juridiquement, une dérogation croissante à l'obligation de recourir à la production indépendante — obligation qui fonde précisément le modèle de diversité qu'elle affiche. Les données 2025 sur les fournisseurs, elles, "seront disponibles d'ici fin mars 2026" : la page transparence ouvre donc avec des chiffres vieux d'un an sur ce point précis. 
Ce que dit la Cour des comptes 
Le rapport de la Cour contient une analyse beaucoup plus précise et plus dérangeante que ce que FTV veut bien montrer. Sur la concentration des fournisseurs : "la part du chiffre d'affaires des dix premiers fournisseurs dans le chiffre d'affaires total de France Télévisions est passée de 37 à 41% entre 2017 et 2023" — soit une concentration notable en six ans, que FTV qualifie pudiquement de "légère." Le secteur est "structuré autour de très grands acteurs tels que Mediawan, Banijay et Newen", dont les "refacturations intra-groupes" sont "souvent peu transparentes" — au point que les auditeurs internes "n'ont pas toujours accès aux comptes de produits et ne peuvent pas vérifier l'exhaustivité des recettes perçues par le producteur." Sur France TV Studio, la Cour est précise là où FTV est vague. La filiale a vu ses effectifs passer de 323 ETP en 2018 à 636 en 2024 — doublement en six ans. Son chiffre d'affaires atteint 114 M€ en 2024, mais son potentiel contractuel en "production dépendante" est de 88 M€ au titre de la création seule (fictions, documentaires, captations) — soit 46,9 M€ réalisés sur ce segment en 2024. La "marge de progression reste importante", note la Cour — ce qui signifie que FTV se donne encore de la place pour augmenter la part captée en interne. Pendant ce temps, le budget du programme national a été comprimé sous la barre des 900 M€ en 2023 — contre plus de 1 Md€ en 2019 — et FTV a imposé aux producteurs indépendants une ristourne de 5% acceptée par 80% d'entre eux, "l'économie escomptée se situant entre 15 et 20 M€." En d'autres termes : on comprime les indépendants tout en élargissant la part de la filiale captive. La Cour soulève enfin un problème de gouvernance que FTV ne mentionne nulle part : la direction de l'audit interne chargée du contrôle des producteurs ne comprend que cinq personnes — "en réalité quatre de février 2022 à octobre 2023" après un départ non remplacé pendant 18 mois. C'est cette structure sous-dimensionnée qui est censée contrôler 743 fournisseurs et des enveloppes de plus de 860 M€. Le taux de mise en œuvre des recommandations d'audit s'établit à 35%, 51% et 75% selon les audits de suivi de 2024 — quand les taux d'acceptation affichés sont de 70%, 82% et 88%. Accepter les recommandations sans les appliquer : l'écart dit tout. 
📌 À retenir : Derrière les 743 noms, deux dynamiques de concentration convergentes que FTV ne nomme pas : la consolidation du secteur autour de Mediawan, Banijay et Newen d'un côté, le quadruplement de la part captée par sa propre filiale de l'autre. La "diversité des fournisseurs" est le paravent d'un marché qui se concentre aux deux extrémités — et FTV en est acteur, pas spectateur. 
 
IV. Équipes

Ce que dit France Télévisions 
8 720 salariés en 2025, répartis en 190 métiers sur 130 implantations. Réduction de 1 200 ETP en dix ans (-12%), présentée comme "un effort avec très peu d'exemples similaires dans la sphère publique." Salaire moyen contractuel : 61 000 € brut annuel. Salaire médian : 57 000 €. Rémunération PDG : 322 000 € fixe + variable jusqu'à 78 000 € — "fixée depuis 2010, inchangée." Comité de direction (13 membres) : rémunération moyenne 151 000 €, avec variable de 12,5% à 20%. 
Lecture critique 
FTV présente la réduction de 1 200 ETP comme une prouesse de gestion. Elle omet deux choses. D'abord, que cette réduction a été financée par l'État à hauteur de 78 M€ via le plan de recomposition des effectifs (2019-2022) — et qu'elle n'a produit qu'une "stabilisation ponctuelle de la masse salariale", selon la Cour.
Ensuite, que si les effectifs ont baissé de 12%, les dotations publiques n'ont baissé que de 7% en nominal : les effectifs ont donc été réduits presque deux fois plus vite que les budgets. La question que FTV n'abordera jamais : où est parti l'écart ? Dans la masse salariale par tête, dans la sous-traitance externalisée vers France TV Studio et France TV Publicité — ou dans les deux. Sur les rémunérations, FTV choisit soigneusement son indicateur : le "salaire moyen contractuel" à 61 000 € plutôt que le Salaire Moyen Par Tête (SMPT) à 73 690 € en 2024, calculé par le Contrôle général économique et financier. L'écart de 21% correspond à des indemnités de licenciement, de départ en retraite, de primes et avantages — sommes bien réelles, versées à des salariés bien réels avec de l'argent public bien réel. Sur le comité de direction : 13 membres pour 8 720 salariés, soit un pour 671. FTV publie leurs fourchettes de rémunération mais ne publie pas le nombre total de cadres dirigeants au-delà du comdir. Ce chiffre — que j'avais établi dans une précédente analyse — reste absent. L'accord collectif de 2013 a été dénoncé par la direction en juillet 2025 et est en cours de renégociation — fait mentionné sans explication ni contexte. C'est pourtant l'aveu que le modèle social de l'entreprise est à reconstruire de fond en comble. 
Ce que dit la Cour des comptes


Le rapport est dévastateur sur ce point — c'est son chapitre le plus dense et le plus documenté. Le constat de base : entre 2017 et 2023, les effectifs ont baissé de 10,3% mais la masse salariale n'a baissé que de 1,95%. La Cour documente la mécanique de cette déconnexion : l'accord collectif de 2013 a été rédigé en systématisant "la clause la plus avantageuse" des trois références applicables (code du travail, convention collective télédiffusion, convention journalistes), créant une structure salariale rigide où l'ancienneté génère une augmentation mécanique et continue des charges. Résultat : 22 écarts identifiés par l'IGF par rapport à la convention collective nationale, représentant un surcoût total théorique de 61,9 M€ — dont 26,6 M€ pour la seule prime d'ancienneté, 19,9 M€ pour l'indexation Outre-mer, 4,7 M€ pour la compensation forfait-jour.
 

 
Sur les licenciements : les indemnités versées sur la période 2017-2024 atteignent 133 M€ au total, soit une moyenne de 16,7 M€ par an — un régime "largement plus favorable aux salariés de France Télévisions" que le code du travail, avec des grilles d'indemnisation allant jusqu'à trois quarts de mois de salaire par année d'ancienneté pour les personnels techniques. Sur les départs en retraite : 27,5 M€ d'indemnités versés sur la période. Le plan de recomposition des effectifs (1 238 départs en rupture conventionnelle collective), financé à 78 M€ par l'État, n'a "eu que des effets limités" et n'a "conduit qu'à une stabilisation ponctuelle de la masse salariale" — les personnes parties étant remplacées par des salariés plus jeunes mais dont l'ancienneté, mécaniquement, augmente chaque année. Sur les avantages en nature, la Cour va plus loin que FTV. Les 53 véhicules de fonction recensés au 1er janvier 2025 représentent un loyer mensuel cumulé de 21 466 € et un montant total de location de 1 727 658 €, avec des modèles allant jusqu'à 53 000 €. La Cour note que "l'importance du parc de véhicules de fonction n'a pas d'équivalent chez d'autres entreprises publiques ni même chez la plupart des ministères." Sur les comités sociaux et économiques (13 CSE) : la dotation annuelle aux activités sociales et culturelles représente 2,2% de la masse salariale brute, soit 14,2 M€ en 2024 — dont 63% vont au comité interentreprises ex-ORTF, propriétaire du château de Lalinde en Dordogne (115 hectares, piscine ayant coûté 1 M€). Sur les salaires cumulés : la Cour pointe que "certains niveaux de salaires chez France Télévisions étonnent au regard de la disponibilité des personnes concernées dans l'entreprise et de leur charge de travail" — une formulation administrative qui signifie, en langage clair, que des cadres touchent un plein salaire pour une présence partielle. La conclusion de la Cour sur l'accord collectif résume tout : "Depuis sa mise en œuvre en 2013, l'accord collectif a conduit mécaniquement à alourdir les charges et à creuser le déficit d'exploitation." FTV l'a dénoncé en juillet 2025 — soit douze ans après sa signature, neuf ans après que la Cour l'avait déjà qualifié en 2016 d'"accord contenant des dispositions généreuses, source de surcoûts pérennes." La dénonciation est la recommandation n°5 du rapport de la Cour : "Renégocier dans les meilleurs délais l'accord collectif du 28 mai 2013 en cours de dénonciation." 
📌 À retenir : La Cour l'écrit noir sur blanc : l'accord collectif de 2013 "a conduit mécaniquement à alourdir les charges et à creuser le déficit d'exploitation." Il a fallu douze ans, 376 M€ de déficits d'exploitation cumulés sur la seule SA, et une recommandation explicite de la Cour pour que la direction le dénonce. Ce que FTV présente comme une réforme courageuse est l'exécution tardive d'un constat formulé dès 2016. La masse salariale, elle, n'a attendu personne pour continuer à croître.

 V. CONCLUSION 

Ce dossier, publié le 17 mars 2026 — soit aujourd'hui, en pleine séquence parlementaire sur l'audiovisuel public — n'est pas un exercice de transparence. C'est une plaidoirie. Chaque rubrique répond point par point aux critiques du rapport de la Cour des comptes de septembre 2025. Chaque chiffre est réel mais encadré d'un narratif qui l'atténue. Chaque angle mort est précisément celui qui permettrait d'évaluer l'efficacité managériale : nombre total de cadres au-delà du comité de direction, masse salariale ventilée par catégorie, évolution du ratio encadrement/production, conditions exactes du barter de Cannes, détail des 150 M€ d'économies annoncées pour 2026. La Cour des comptes, elle, ne plaide pas. Elle constate : des capitaux propres tombés de 294 à 179 M€ en huit ans, passés "en dessous de la moitié du capital social" depuis 2021 — seuil légal en dessous duquel la pérennité de l'entreprise est considérée comme non assurée, obligeant l'État actionnaire à agir. Elle constate des déficits d'exploitation cumulés de 376 M€ sur la seule société anonyme. Elle constate une masse salariale qui ne baisse pas malgré la réduction des effectifs, structurellement rigidifiée par un accord collectif que la direction elle-même a finalement dénoncé en juillet 2025. France Télévisions a publié ce matin ce qu'elle était contrainte de publier. Ce qu'elle ne publie pas, c'est ce qui dérange : pas les chiffres bruts, mais leur mise en relation. Le ratio entre la réduction des effectifs (-12%) et la quasi-stagnation de la masse salariale (-1,95%). Le quadruplement de la part de production interne — de 5% à 20%, soit jusqu'à 88 M€ captés par la filiale France TV Studio. Les 46 M€ de frais de mission en année olympique. Les capitaux propres sous le seuil d'alerte légal depuis 2021. 


 

Une dernière question qui mérite d'être posée 

Le rapport de la Cour des comptes a été délibéré le 10 juillet 2025 — deux mois après la reconduction de Delphine Ernotte par l'Arcom le 14 mai. Calendrier normal, assure la Cour. 

Sauf que la commission d'enquête Alloncle a produit un mail — dont l'existence n'a été ni confirmée ni démentie sous serment par la Cour ni par Christophe Tardieu, secrétaire général de France Télévisions — dans lequel la direction aurait demandé à reporter la publication du pré-rapport "non plus en mars 2025, mais après la reconduction de la présidente", au motif qu'un envoi avant "risquait de modifier les termes du débat" et aurait pu "heurter la sincérité de cette compétition." Tardieu, auditionné, n'a pas dit qu'il n'avait pas envoyé ce mail. Il a dit qu'il ne l'avait "pas trouvé" dans sa messagerie. Si ce rapport avait été publié en mars 2025 comme initialement prévu, l'Arcom aurait-elle pu, en toute connaissance de cause, reconduire Delphine Ernotte pour un troisième mandat ?
 
JBG 
 

 
Le Président de la commission d'enquête, Jérémie Patrier-Leitus, ne serait PAS IMPARTIAL mais "favorable" aux cadres de France Télévision selon une note de cadrage de France Télévisions. Cette note a été remise à  toutes celles et ceux convoquées à la commission d'enquête sur l'Audiovisuel public. « Les services de FTV ont établi une note de cadrage pour préparer les auditions des cadres convoqués par la commission d'enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l'AVP Extraits Commission créée à l'initiative du groupe UDR en réaction à l'affaire Cohen-Legrand et en se fondant sur les déclarations selon lesquelles "on ne représente pas la France telle qu'elle est ...mais on essaie de représenter la France telle qu'on voudrait qu'elle soit." Élargissement du champ d'enquête à la faveur de la publication du rapport de la Cour des Comptes. Nous aurons tout intérêt à être très factuel pour objectiver ce que nous cherchons à démontrer = contribuer à faire dégonfler le caractère polémique de l'initiative et ne pas nous aliéner les autres groupes plutôt réservés. Composition de la CE (31 députés dont 12 connus pour leurs positions plutôt favorable à FTV) Vigilance pour toutes les Auditions Le questionnaire qui nous est transmis au nom du rapporteur en amont des auditions est indicatif. Durée 1h30 / 2 h max avec liminaire de 15 min autorisé. Hors audition présidente. Obligation pour toutes les personnes dont la commission d'enquête a jugé l'audition utile de se rendre à la convocation Obligation de d'écluses liens d'intérêts Obligation de répondre aux questions posées et sous serment. Possibilité de poursuite pour faux témoignage En pratique les suites judiciaires données par le parquet ( qui ne peut-être saisi que par le président de la CE -qui nous est plutôt favorable en l'espèce -) sont très rares.» Source : Blog CGC des Medias
 
Aussi lire:

L’audiovisuel public et la gauche, une histoire d'amour pour une liberté d'expression du camp du bien !

Sommaire:

A) - Mainmise de la gauche sur l’audiovisuel public

B) - Il faut supprimer le service public d’audiovisuel

C) - L’Entretien du Diplomate avec Claude Chollet (OJIM) – L’affaire Legrand–Cohen : « En termes de grand banditisme, ça s’appelle un flagrant délit ! »

 


 

Audiovisuel public : le rapport Alloncle censuré par la caste ?

27 avril 2026. À 14h30, dans une salle à huis clos de l’Assemblée nationale, trente députés vont décider si le rapport de la commission d’enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public sera publié ou enterré à jamais. Ce rapport, fruit de six mois de travaux menés par le député UDR Charles Alloncle, met au jour un scandale d’État : un service public financé par 4 milliards d’euros par an – soit près de 100 euros par foyer français, qu’on ait une télévision ou non – transformé en outil de propagande idéologique au service d’une seule famille politique et de quelques cercles d’influence.

Le post viral de ce matin sur X résume l’affaire en une phrase : le rapport ne serait pas publié, mais les vidéos des auditions resteraient en ligne. Une demi-mesure qui sent le compromis de couloir. Une manipulation classique pour étouffer les faits tout en feignant la transparence. Car ce que révèle ce travail parlementaire inédit est explosif : une mainmise totale de la gauche sur l’audiovisuel public, doublée d’une concentration sans précédent des médias français aux mains d’une poignée de milliardaires et d’intérêts industriels. Le tout payé par le contribuable.

Une commission qui a osé poser les questions que tout le monde évite

Créée à l’initiative du groupe UDR, cette commission est historique : jamais l’Assemblée n’avait scruté avec une telle intensité le fonctionnement de France Télévisions et Radio France. Dans une interview récente, Charles Alloncle, rapporteur, expliquait sans détour pourquoi il fallait agir :

« On a par exemple madame Adèle Van Reeth qui est directrice de France Inter qui assume que France Inter doit être une radio résolument progressiste. Première rupture majeure avec cette obligation légale […] Madame Ernotte à la tête de l’une des premières rédactions européennes […] nous explique qu’en fait France Télévisions n’a pas un devoir de retranscrire le réel […] mais plutôt de présenter la France telle qu’elle voudrait qu’elle soit. »

Delphine Ernotte elle-même l’a dit sans fard : « Nous voulons montrer la France telle qu’on voudrait qu’elle soit et non pas la France telle qu’elle est. » Patrick Cohen et Thomas Legrand, journalistes vedettes de France Inter, ont été filmés en train de comploter dans un café de Montparnasse avec des hiérarques du Parti socialiste pour « amener » des invités et préparer la campagne. Des échanges payés par l’argent public. L’audimat est là : une audience captive, majoritairement de gauche, que l’on flatte pour ne pas la perdre.

Les chiffres sont accablants. Une étude de l’institut Thomas More (février 2024) montrait que moins de 4 % des intervenants sur les chaînes et radios publiques pouvaient être classés à droite ou libéraux. Sur certaines matinales de France Inter ou France Info, la proportion d’invités de gauche frôle les 70 %. Le pluralisme, principe constitutionnel rappelé par le Conseil constitutionnel et inscrit dans la loi Léotard de 1986, n’est plus qu’un slogan. La diversité ? On la brandit partout sauf quand il s’agit d’idées divergentes.

La caste intouchable : conflits d’intérêts, portes tournantes et enrichissement

Mais le scandale ne s’arrête pas à l’idéologie. Il est aussi financier et structurel. Alloncle l’a détaillé point par point :

« J’ai auditionné le président de l’ARCOM […] ce monsieur s’est présenté mais il a omis un élément : il était passé par un certain nombre de cabinets ministériels. […] Il n’a travaillé que pour des ministres socialistes. »

Le collège de l’ARCOM, censé garantir l’indépendance, est truffé de profils militants. Un membre nommé en juillet 2025 avait appelé publiquement à une manifestation « antifasciste » contre Vincent Bolloré quelques mois plus tôt. L’omerta règne. Les cadres de France Télévisions qui osent parler en off à Alloncle exigent l’anonymat total : « Il y a un système de pression, une omerta. »

Les conflits d’intérêts avec les sociétés de production sont édifiants. Nathalie Darrigrand, ancienne directrice des programmes de France Télévisions, signe des contrats massifs pour la société de production de Renaud Le Van Kim, puis se fait licencier avec une indemnité de 300 à 400.000 euros payée par le contribuable… avant de reprendre la tête des mêmes émissions dans cette même société. Même schéma avec d’autres grands noms.

Des centaines de millions d’euros d’argent public qui atterrissent dans les poches d’un petit cercle d’amis politiques.

La Cour des comptes, dans un rapport récent, a été accablante. Déficit cumulé de 81 millions d’euros sous Delphine Arnault, qui pourtant se félicite chaque année d’équilibrer les comptes. Salaire moyen chez France Télévisions : 72.000 euros par an. Une trentaine de directeurs mieux payés que le président de la République. Cinquante voitures de fonction avec chauffeur pour un avantage en nature de 30 à 40.000 euros par an chacune. 126.000 euros par jour de frais de réception et de mission. Un CSE (Comité Social et Économique) avec piscine rénovée pour 1 million d’euros. Des frais de taxi à 10.000 euros par jour.

Alloncle compare sans détour :

« 4 milliards d’euros par an, c’est 400 écoles, 8 hôpitaux, le salaire de 100.000 professeurs. »

Ou encore de quoi réhabiliter des centaines de monuments historiques en ruine ou sécuriser le Louvre. Pendant ce temps, la France peine à boucler son budget et augmente les impôts des classes moyennes.

La carte qui dit tout : 11 milliardaires contrôlent l’essentiel de la presse française

Cette mainmise idéologique sur le service public n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans une concentration extrême de l’ensemble des médias français. La carte célèbre du Monde diplomatique (mise à jour régulièrement avec Acrimed) est implacable :

une poignée de milliardaires et d’intérêts industriels contrôle l’immense majorité des médias qui « font l’opinion ».

Vincent Bolloré (Vivendi, CNews, Europe 1), Bernard Arnault (Les Échos, Le Parisien), Xavier Niel (Le Monde, L’Obs), Rodolphe Saadé (BFM, RMC), Matthieu Pigasse…

Au total, 11 grandes fortunes détiennent 81 % des ventes de la presse quotidienne nationale et 95 % des hebdomadaires généralistes.

L’audiovisuel public, censé être le contre-pouvoir financé par tous, est en réalité le prolongement de cette même logique : une caste qui se sert de l’argent public pour imposer son récit.

On est en plein cycle orwellien : on parle de « diversité » tout en pratiquant l’uniformité idéologique ; on invoque la « liberté d’expression » tout en labellisant les médias « bons » ou « mauvais » ; on prétend défendre la démocratie tout en enterrant les rapports qui la dérangent.

Pourquoi ce rapport doit être publié

Le vote d’aujourd’hui n’est pas technique. Il est politique. La gauche et une partie du centre, majoritaires dans la commission, ont déjà qualifié le rapport de « pamphlet politique organisé par l’extrême droite ». Thomas Portes (LFI) l’a dit clairement. Ils veulent le faire disparaître dans les archives confidentielles. Pourtant, les auditions ont été filmées. Les Français ont vu. Les faits sont là.

Charles Alloncle l’a rappelé avec force : les personnes auditionnées ont prêté serment. Mentir expose à des sanctions pénales. Le rapporteur dispose de pouvoirs de contrôle sur pièces et sur place. Si des mensonges, des prises illégales d’intérêt ou des pressions sur la Cour des comptes sont avérés, l’article 40 du Code de procédure pénale peut être activé. La justice peut se saisir.

Ce qui se joue dépasse l’audiovisuel public. C’est la question de la souveraineté informationnelle des Français. Peut-on encore tolérer que 4 milliards d’euros par an – prélevés sur tous les foyers via la TVA depuis la suppression de la redevance – servent à financer une machine idéologique qui méprise la moitié du pays ?

La caste se sent intouchable. Elle vit grassement pendant que les Français se serrent la ceinture. Elle censure les voix dissidentes pendant qu’elle prêche la tolérance.


 

Le rapport est adopté… mais le combat continue

Ce lundi 27 avril 2026, les députés ont donc choisi, de justesse, de ne pas confirmer que l’audiovisuel public est une chasse gardée. Les Français regardent. Et ils n’oublieront pas.Le temps de la vérité est venu. Le temps de la réforme aussi.

Car quand l’information est verrouillée par une seule famille politique et quelques milliardaires, ce n’est plus une démocratie. C’est une oligarchie médiatique financée par le peuple.

Partagez cet article. Exigez la publication intégrale du rapport Alloncle le 4 mai. Et rappelez-vous : l’information n’appartient ni à la gauche, ni aux milliardaires. Elle appartient au peuple qui la paie.

https://multipol360.com/audiovisuel-public-le-rapport-alloncle-censure-par-la-caste/

 

 

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