Sommaire:
A) - Requiem pour nos libertés, Un essai de philosophie politique.
B) - Requiem pour la liberté d’expression : De la censure, entre Milton et Darnton, Charlie et Zemmour.
C) - Thierry Guinhut
Thierry Guinhut :
Une vie d'écriture & de photographie.
Après
une maîtrise en Histoire de l'Art Contemporain, Thierry Guinhut, qui
vit en Poitou, devient Agrégé de Lettres Modernes. Critique d'art et de
littérature, il a animé une revue et collaboré à Art-Press, Europe, Calamar, La République des Lettres, La Revue des Deux Mondes, Encres Vagabondes, Edelweiss… Aujourd’hui, on lit ses articles et études principalement consacrés aux littératures étrangères dans Le Matricule des Anges et L’Atelier du roman.
Il nourrit un blog littéraire et photographique qui réunit également sa
réflexion dans les domaine de l'esthétique et de la philosophie
politique, dont les articles sont parfois repris par Contrepoints et L'Institut des Libertés et dans des anthologies. Ecrivain, il a publié un roman, Voyages en archipel, et relaté quelques unes de ses expériences de marcheur dans des récits, Le Recours aux monts du Cantal et autres récits en Massif central, et dans Le Passage des sierras et autres récits pyrénéens et espagnols, à paraître. Photographe, il a réalisé des expositions sur les étangs de la Brenne et sur la Montagne noire : journal de marche, en y ajoutant les peintures et collages des triptyques géographiques. Salué par la presse, Le Marais poitevin fut couronné par le Grand prix Hippolyte Bayard de Photographie 1991 et lui valut de figurer parmi les 70 Modern Masters of Right Brain Left Brain Photography (Amphoto, New York, 1994). Après son abécédaire photographique Ré une île en paradis, ses seize semaines de marche photographiques entre Béarn, Bigorre et Aragon, Au coeur des Pyrénées, il fit le portrait du Parc naturel régional du Haut-Languedoc. Suite à ses trente-deux semaines de marche entre Haute Garonne, Ariège et Catalogne, Pyrénées entre Aneto et Canigou ferme un diptyque complet des Pyrénées. Après un vaste roman d'éducation polymorphe, La République des rêves, ce fut un roman mêlant fantastique et satire sociale : Muses Academy. Enfin un essai d'esthétique Faillite et universalité de la beauté, de l'Antiquité à notre contemporain. Vient de paraître un roman mêlé de dialogue philosophique : Les Métamorphoses de Vivant, quand les sonnets d'À une jeune Aphrodite de marbre sont encore à paraître alors que La Bibliothèque du meurtrier est en cours d'écriture. Sans oublier un recueil d'essais de philosophie politique, Requiem pour les libertés.
A) - Requiem pour nos libertés, Un essai de philosophie politique.
Nos
libertés disparaissent rarement en un jour. Elles reculent par degrés :
une loi supplémentaire, une parole surveillée, un blasphème redevenu
impossible, un livre écarté, un mot soupçonné avant même d’être
prononcé. Chacune de ces capitulations paraît raisonnable lorsqu’on
l’isole ; réunies, elles dessinent les contours d’une servitude
nouvelle.
Thierry
Guinhut retrace la mécanique de ce rétrécissement. Quatre forces,
différentes par leur nature mais convergentes dans leurs effets, minent
aujourd’hui les fondements de la liberté d’expression, de la liberté de
conscience et de la liberté d’entreprendre : l’étatisme et sa
sur-réglementation asphyxiante ; l’islamisme et le retour d’une logique
du blasphème au cœur de l’espace public ; l’écologisme radical,
lorsqu’il sanctifie l’interdit sous couvert d’urgence planétaire ; le
wokisme, lorsqu’il transforme le langage en champ de mines moral.
De
Milton à Hayek, de Voltaire à Tocqueville, de Bastiat à Popper,
l’auteur convoque les grands défenseurs de la liberté comme des armes
intellectuelles. Fruit de quinze années de réflexion, Requiem pour nos libertés est un essai de combat, d’alerte et de résistance libérale.
Car
la liberté ne meurt pas seulement lorsqu’on nous interdit de parler.
Elle meurt aussi lorsque nous ne savons même plus ce que nous avons
appris à taire
I Les plaies illibérales de notre temps
II Requiem pour la liberté d’expression
III Passions pour l’autodafé : livres et bibliothèque incendiés
IV Éloge du blasphème et, in fine de la tolérance
V Peut-on rire de tout ?
VI Statues de l’Histoire et mémoire : pour l’annulation de la Cancel culture
VII Pourquoi nous ne sommes pas religieux
VIII Déséducation idéologique versus éducation libérale
IX Euphémisme et cliché euphorisant, novlangue politique
X L’orwellisation sociétale
XI Serions-nous plus libres sans l’État ? Et sans l’Europe ?
XII Vers le paradis fiscal français ?
XIII De l’humiliation électorale
XIV Monstrum œcologicum et obscurantisme vert
XV Éloge des péchés capitaux du capitalisme et des penseurs libéraux
XVI Les obsolètes au risque de l’intelligence artificielle
XVII Conclusion : Sécurité et libertés
Quelques extraits choisis
Un préalable indispensable à notre culture libérale fut écrit en 1644 par Milton : l’Areopagitica
ou liberté d’imprimer sans autorisation ni censure. Le philosophe sait
que les livres sont « aussi vifs, aussi puissamment féconds que les
dents du Dragon de la fable : avec un champ ainsi tout ensemencé
peut-être en jailliront des guerriers en armes. Toutefois réfléchissons
aussi que si l’on opère sans circonspection, autant, presque, tuer un
Homme que tuer un bon livre ». Ce père du libéralisme politique et
précurseur des Lumières réclamait à l’acmé de son essai : « Par-dessus
toutes autres libertés, donnez-moi celle de connaître, de m’exprimer, de
discuter librement selon ma conscience[1] ».
Phrase que reprendront à leur manière les grands classiques du
libéralisme, de Voltaire à Tocqueville, en passant par Benjamin
Constant, qui défendit les droits individuels : « Tous les Français
possèdent des droits individuels, indépendants de toute autorité
politique. Ces droits sont la liberté personnelle, les jugements par
jurés, la liberté religieuse, la liberté d’industrie, l’inviolabilité de
la propriété, la liberté de la presse[2] ».
En
ce sens, la censure viole le droit naturel à la liberté d’expression.
Si cette dernière s’arrête ou commence l’injonction publique à la
violence et au meurtre, elle s’étend de la Déclaration universelle des
droits de l’homme au premier amendement à la Constitution américaine.
Rappelons à cet effet la loi française du 29 juillet 1881 sur la liberté
d’expression, qui régit l’imprimerie, la librairie, la presse, et
stipule dans son article premier que « la librairie et l’imprimerie sont
libres. » En d’autres termes la liberté d’expression va jusqu’à
englober celle de dire le faux, le scandaleux, l’inacceptable… Celui qui
accepte d’entendre les erreurs, les offenses et les billevesées de
l’autre, permet que l’autre accepte la liberté d’émettre ce que l’un
pense être, peut-être à tort, judicieux.
La
seule justification de la censure ne se trouve-t-elle pas dans la loi
lorsqu’elle pénalise la diffamation ainsi que l’incitation à la violence
et au meurtre ? Comme lorsque des rappeurs (NTM ou Jo le Phéno) furent
poursuivis par la Justice, voire condamnés pour avoir appelé en leurs
chansons à tuer des flics. De plus, l’article 421-2-5 du Code pénal
dispose que « le fait de provoquer directement à des actes de terrorisme
ou de faire publiquement l’apologie de ces actes est puni de cinq ans
d’emprisonnement et de 75 000 € d’amende ». Hélas, alors qu’une apologie
ne soit pas en soi un acte criminel, il faut craindre que les tribunaux
des banlieues chariaisées soient aussitôt encombrés et pris d’assaut.
L’infraction pénale caractérisée par « l’association criminelle en
relation avec une entreprise terroriste » est assez floue pour inculper
celui qui n’est que susceptible d’agir sans avoir agi, quoiqu’il soit
nécessaire de prévenir plutôt que de guérir l’inguérissable.
Quant
aux « contenus islamophobes » qui devraient être « signalés » au
gouvernement, faut-il en déduire que toute critique argumentée, fondée
sur les textes du Coran et autres faits historiques, doive être
soumise à la censure d’État ? Non seulement la liberté de la presse et
du net serait alors bafoué, mais il s’agit là d’un déni d’intelligence !
Saurons-nous séparer les réelles incitations à la violence de la
critique raisonnée ? Est-ce par ailleurs trop demander que d’enjoindre
l’Islam à se réformer, d’abandonner ses versets et commandements
mortifères et sexistes, comme l’ont fait les Chrétiens et les Juifs au
sujet des bien plus rares occurrences que l’on trouve au détour du
Deutéronome et du Lévitique ? Pendant ce temps la jeune Mila qui posta
sur quelque réseau social une vulgaire insulte contre le Prophète, se
voit menacée chaque instant de viol et d’assassinat, alors que ni
l’Éducation Nationale, ni l’État ne garantissent sa sécurité…
John Milton, Areopagitica ou liberté d’imprimer sans autorisation ni censure, traduit de l’anglais par O. Lutaud, Aubier, 1956, pp. 127, 211.
Benjamin Constant, « Esquisse de constitution », Cours de politique constitutionnelle, Pierre Plancher, 1820, p. 144.
C’est
avec les romans de San Antonio, ces saines et saintes parodies du genre
policier, qu’il fait bon de rire de tout : des polices du KGB
soviétique, des statues de Lénine, du drapeau français et
franchouillard, des langues trop pendues menacées par le sabre et le
turban… Certes, il n’est pas allé, comme un humoriste dont la vulgarité a
bavé sa traînée putride, jusqu’à rire des camps de concentration, de
ses Juifs étiques et finalement gazés. Une limite qu’il faut ou ne faut
pas franchir ? Peut-on rire de tout ? Du bonheur de rire et du malheur
de pleurer, d’Aristote et de Dieu, du rire cathartique et mimétique,
d’Hannah Arendt à Jérusalem et des tartes à la crème chaplinesques, des
pets de Bérurier et des pyjamas d’Auschwitz, du rire tolérable ou
punissable, de Baudelaire et des contrepets, de la censure et de la
liberté d’expression…
Dieu ne rit pas. En effet, remarque Charles Baudelaire, « le Sage par excellence, le Verbe Incarné, n’a jamais ri[1] ». Cependant celui de La Bible,
dans la Genèse, est capable de demander : « Pourquoi ce rire de Sarah ?
Abraham était centenaire à la naissance de son fils Isaac. Sarah dit :
— Dieu m’a fait rire ! Je ferai rire qui l’apprendra. Elle dit aussi :
— Qui aurait prédit à Abraham que Sarah allaiterait des fils ? J’ai
pourtant donné un fils à ses vieux jours ! [2]»
D’où la signification d’Isaac en hébreu : « Il rit ». De là à imaginer
que Dieu puisse rire de lui-même et laisser les rieurs se railler de
lui, il n’y a qu’un pas. Quand le Talmud peut savoir rire, à l’occasion
des raisonnements insolites, voire de la risible érudition, les Juifs
sont traditionnellement des humoristes impénitents, jusqu’à
l’autodérision. Quand du Christ aux chrétiens, si l’on reste sérieux,
l’on ne condamne pas le rire. Bouddha, lui, porte plus sereinement le
sourire, sans compter l’humour plus franc quand le koan zen sait rire et
faire rire.
En
revanche, Allah prend le rire en horreur. Car Mahomet, ayant souffert
de railleries diverses, dénie tout sens de l’humour, condamne
explicitement le rire, et, cela va sans dire, le châtie : « Vous les
avez pris pour objets de vos railleries, au point qu’ils vous ont permis
d’oublier mes avertissements. Ils étaient l’objet de vos rires
moqueurs » ; « Les criminels se moquaient des croyants. Quand ils
passaient auprès d’eux, ils se faisaient avec les yeux des signes
ironiques. De retour dans leurs maisons, ils les prenaient pour l’objet
de leurs rires[3] ».
Les
fidèles, et pire les fanatiques, de Dieu n’aiment ni n’imaginent que
Dieu puisse rire. Alors que ces religions se rient de nous en nous liant
dans des commandements parfois judicieux, souvent liberticides, en
particulier dans le cas de l’Islam. Le Dieu sévère des intégristes
médiévaux ne supporte pas la rigolade, il lance des « anathèmes contre
le rire », au point que son thuriféraire, Jorge, le bibliothécaire, dans
Le Nom de la rose, d’Umberto Eco, cache, empoisonne et brûle le
deuxième livre de La Poétique d’Aristote, sur la comédie et le rire,
aujourd’hui perdu, s’il n’a jamais existé. La « force positive » et
« cognitive » du rire selon ce dernier, « atteint l’effet de ridicule en
montrant, chez les hommes communs, les défauts et les vices ».
Pourtant, Jorge voit dans le rire « une pollution diurne qui décharge
les humeurs » ; il « libère le vilain de la peur du diable […] Quand il
rit, tandis que le vin gargouille dans sa gorge, le vilain se sent le
maître, car il renversé les rapports de domination ». Paraphrasant par
avance tous nos censeurs des amuseurs, il commande : « Si le rire est le
plaisir de la plèbe, que la licence de la plèbe soit tenue en bride et
humiliée, et sévèrement menacée[4] ». Ainsi Jorge condamne-t-il l’existence du rire, d’essence satanique, car rire de tout serait rire de Dieu….
Si selon Aristote, dans Les Politiques,
« l’homme est un animal politique », il est le seul animal qui sache
rire, car, disait Rabelais, dans son « Avis au lecteur » de Gargantua,
« le rire est le propre de l’homme ». Bergson ajoutant qu’il « n’y a pas
de comique en dehors de ce qui est proprement humain[5] »,
le rire est une liberté naturelle et politique inaliénable. Car rire,
même si cela fait mal aux sérieux et tristes sires qui se drapent dans
la vérité inattaquable de leur religion, de leur idéologie
Charles Baudelaire, « De l’essence du rire », Œuvres, Pléiade, Gallimard, T II, p. 527.
Coran, XXIII « les Croyants », 111 ; LXXXIII « la Fausse mesure », 29-31.
Umberto Eco, Le Nom de la rose, Bernard Grasset, 1982, pp. 477-479-481.
Henri Bergson, Le Rire, France Loisirs, 1990, p. 24.
Le
pire étant peut-être, au cœur de l’écologisme, cette « résurgence du
spiritisme et de l’animisme », prétendant inscrire au centre des
constitutions des États le crime — souvent prétendu — d’écocide,
préparant ainsi un totalitarisme planétaire au nom de l’esprit des
forêts, qui par ailleurs se portent de mieux en mieux lorsque science et
économie permettent d’assurer la survie humaine sans avoir besoin de
défricher et de brûler à tout va. Sans compter que les écologistes,
antihumanistes, étant anti-voitures, contreviennent aux recherches qui
les rendront moins gourmandes en énergies, mais aussi à l’indépendance
et à l’individualisme. Visant à asservir le capitalisme à l’écologie, ce
sont bien des collectivistes qui ont vêtu leur communisme d’une cape de
mage vert.
Un
nouveau lyssenkisme est à l’œuvre. Cette politique agricole fut
formulée en l’Union soviétique par Trofim Denissovitch Lyssenko et ses
affidés à la fin des années 1920, puis appliquée au cours des
années 1930. Technicien agricole, il se pique d’une théorie génétique
pseudo-scientifique, la « génétique mitchourinienne », qui devient en
1948, sous l’égide de Staline lui-même, la théorie officielle exclusive,
évidemment opposée à une « science bourgeoise », jusqu’en 1964. Une
fois reconnus dégâts et pénuries causés par une telle affabulation, l’on
revint à la raison, si tant est que ce dernier mot eût un sens en Union
soviétique. Or il n’est pas insensé de qualifier l’urgence climatique,
le réchauffement d’origine anthropique, les taxes carbones, les
éoliennes et à peu de choses près tout l’appareil de l’écologisme, comme
un nouveau lyssenkisme, cependant plus grave que le précédent car
largement international…
Hélas
la puissance idéologique, l’endoctrinement subi par les élèves de
l’Éducation nationale, la persuasion par la peur, l’apparence
scientifique du discours et de la planification écologistes, le
militantisme médiatique, gouvernent de fait à la place des citoyens,
exercent une réelle et sournoise dictature, aux dépens des libertés et
des avancées réellement scientifiques. La volonté de puissance des
activistes forcenés et des politiques aussi incultes que démagogiques,
associée au suivisme d’une part du public, risque de faire long feu. Il
est à craindre que même le mur des réalités ne les arrête, tant la
libido dominandi les encourage, tant le besoin de croire une
pensée manichéenne et de s’enrégimenter taraude nos concitoyens. À moins
que le château de cartes vert ne s’écroule et que la raison,
pragmatique, capitaliste et créatrice, reprenne le dessus.
XVII
En guise de conclusion :
Sécurité et libertés
Se
débarrasser des tyrannies étatiques, qu’elles soient issues du vote
démocratique, du système grégaire des partis, des stratégies de l’envie,
des résolutions constructivistes, entre régulations et surveillances,
n’est pas tout. Il faut vivre en sécurité pour être libre, de ses pas,
de sa féminité, de ses loisirs, de son économie et d’art. Or nombre de
pays et a fortiori la France sombrent à la fois dans les tréfonds de la
mexicanisation et du Dar el Darb. Soit d’une part la prolifération du
narcotrafic et de la criminalité afférente, y compris féminicide, et
d’autre part la conquête islamique ; car au contraire du Dar al Salam
— ce territoire où l’islam assure son oppressive paix — le Dar al Darb
— où celui-ci mène sa guerre d’éradication et de conversion — dévore
l’Occident, en brûlant et vandalisant élises, synagogues et
bibliothèques, en égorgeant et violant nos citoyens.
Sans
céder à la gloriole vaniteuse du « yaqua fautqu’on », regardons comment
d’autres ont réussi là où l’hexagone échoue. La Suisse, qui outre son
score considérable en termes de libertés économiques et son Produit
Intérieur Brut par habitant au double de la France, offre une sécurité
enviable. Le Salvador qui, en quatre ans, a éradiqué le narcotrafic et
sa criminalité en construisant et remplissant des prisons et en se
gardant de tout laxisme. Le Japon qui ne laisse pas entrer l’islam sur
son archipel… Notons à cet égard que la remigration des délinquants et
criminels étrangers qui plombent nos prisons et nos rues, que
l’expulsion des activistes et prêcheurs islamistes, fussent-ils de
nationalité française, vers des contrées sableuses, serait hautement
salutaire.
Mais
toutes ces mesures, ne nous en cachons pas, se heurteraient au chantage
au fascisme de la part des ignorants du sens réel de ce mot et le
pratiquent cependant avec ardeur, aux cris d’orfraie des politiques,
syndicats et fonctionnaires superfétatoires et nuisibles, de ceux qui
usent de la politique de l’autruche en vantant un fictionnel vivre
ensemble. Rétablir la démocratie libérale aussi bien du point de vue
économique que de la liberté d’expression et d’action ne serait pas de
tout repos ; cependant urgent et vital.
Depuis
Machiavel et a fortiori Hobbes, l’on présuppose que l’État moderne,
reposant sur un contrat social validé par le libre consentement des
individus, favorise les droits fondamentaux, au premier chef la
sécurité. Nous réclamons d’être efficacement protégés par le droit
positif, avec l’appui de la force publique. Moins parfait qu’un
illusoire et menteur règne de Dieu, l’État peut-être à même de préserver
l’humanité des abominations délictueuses et criminelles. Toutefois, si
nous devons exiger une paisible sécurité, gardons-nous de la perversion
de l’État sécuritaire qui risquerait d’abuser de son droit à décider de
l’État d’exception, frôlant dangereusement l’État totalitaire. Car
l’État garant, constitutionnel, contractuel et surtout régalien,
minimal, n’est pas le Léviathan exigé par Hobbes face à une société
qu’il décrit comme un cauchemardesque chaos. Plutôt qu’un lugubre
Requiem pour les libertés, nous aimerions entonner un serein et
strictement laïc salvator mundi, quoique sans user du mythe de
l’homme providentiel, de façon à contrer un effondrement
civilisationnel, à promouvoir et voir œuvrer un réel courage civique, un
libre esprit critique… Thierry Guinhut
Thierry Guinhut : Requiem pour nos libertés,
Fyp éditions, 2026, 304 p, 24 €.
https://fypeditions.com/
Une vie d'écriture et de photographie
https://www.thierry-guinhut-litteratures.com/2026/06/requiem-pour-nos-libertes-un-essai-de-philosophie-politique.thierry-guinhut-requiem-pour-nos-libertes-fyp-editions-2026-304-p-24.html
B) - Requiem pour la liberté d’expression : De la censure, entre Milton et Darnton, Charlie et Zemmour.
Charlie
Hebdo, Eric Zemmour, Michel Houellebecq, Marine Le Pen, Jean-Luc
Mélanchon, Anne Onyme, Salman Rushdie sont les garants de notre liberté
d’expression. Ces joyeux et tristes sires ne rencontrent certes pas
forcément l’assentiment de tous, y compris de l’auteur de ces lignes,
mais quelques soient leurs vérités et leurs erreurs, ils restent une
espèce à préserver devant les ciseaux et les kalachnikovs de la censure.
Censures qui peuvent être le fait de nos propres médias, de nos propres
juges, de notre Etat, voire des individus et des associations maniant la cancel culture et ses annulations idéologiques, ou
de l’autocensure que nous nous imposons à corps défendant, devant celle
mortelle de l’Islam obscurantiste. Pour éclairer l’ombre de notre
contemporain, ne faut-il pas recourir à deux livres fondamentaux : l’Areopagitica de Milton et le De la Censure
de Robert Darnton, et ainsi mieux interroger la chronique d’une
République vermoulue et menacée, autant de l’intérieur que de
l’extérieur.
Milton, fondateur de la liberté de la presse
Un préalable indispensable à notre culture libérale et des Lumières fut écrit en 1644 par Milton : l’Areopagitica ou liberté d’imprimer sans autorisation ni censure.
Le philosophe sait que les livres sont « aussi vifs, aussi puissamment
féconds que les dents du Dragon de la fable : avec un champ ainsi tout
ensemencé peut-être en jailliront des guerriers en armes. Toutefois
réfléchissons aussi que si l’on opère sans circonspection, autant,
presque, tuer un Homme que tuer un bon livre ». Ce père du libéralisme
politique et précurseur des Lumières réclamait à l’acmé de son essai :
« Par-dessus toutes autres libertés, donnez-moi celle de connaître, de
m’exprimer, de discuter librement selon ma conscience ».
Phrase que reprendront à leur manière les grands classiques du
libéralisme, de Voltaire à Tocqueville, en passant par Benjamin
Constant…
En ce sens, la censure viole le droit naturel à la liberté
d’expression. Si cette dernière s’arrête là ou commence l’injonction
publique à la violence et au meurtre, elle s’étend de la Déclaration
universelle des droits de l’homme au premier amendement à la
Constitution américaine. Rappelons à cet effet la loi française du 29
juillet 1881 sur la liberté d’expression, qui régit l’imprimerie, la
librairie et la liberté de la presse, et stipule en son article premier
que « la librairie et l’imprimerie sont libres. » En d’autres termes la
liberté d’expression va jusqu’à englober celle de dire le faux, le
scandaleux, l’inacceptable… Celui qui accepte d’entendre les erreurs,
les offenses et les billevesées de l’autre, permet que l’autre accepte
la liberté d’émettre ce que l’un pense être, peut-être à tort,
judicieux.
Combien
l’humour, même graveleux, indigne, reste une assurance contre la
certitude des pisse-froids, puritains et fanatiques de tous bords ! Que
ces derniers apprennent à le supporter, à rire malgré eux ! Si nous ne
pouvons que pleurer les crayons de la liberté fauchés par le terrorisme
islamiste, si nous ne dénions pas un instant le droit indéfectible de la
satire, n’en oublions pas que le rire rabelaisien, grossier et à
l’emporte-pièce de Charlie Hebdo, si fier de sa liberté
d’expression caricaturale, n’en réclamait pas moins d’interdire le Front
National, que leur amalgame, dans leurs charges tous azimuts contre les
religions, n’en mettaient pas moins ces dernières toutes sur le même
plan, alors qu’il est indéniable qu’elles n’ont pas toutes les mêmes
qualités de tolérance, de paix et de civilisation.
Les Chrétiens ne se précipitent pas pour assassiner une poignée de
dessinateurs ou de cinéastes (comme Théo Van Gogh en 2004 aux Pays-Bas)
aux cris de « Christ Roi », ni les Juifs aux cris de « Moïse vaincra » !
On se demande par ailleurs si un tel attentat, au lieu de frapper Charlie Hebdo, avait frappé Minute ou La Croix, eût un tel retentissement nécessaire…
Quelle que soit la teneur du blasphème, à l’occasion d’un coup de
feutre ridiculisant Mahomet, ce chef d’accusation n’a pas un instant à
être reconnu par quelque institution, association, Etat que ce soit ; à
l’encontre par exemple de la Turquie ou du Pakistan, semi-théocraties de
sinistre réputation. Hélas, le parlement français a voté une résolution
en faveur de la reconnaissance d’un autre sinistre lieu, la Palestine,
lieu terroriste s’il en est, qui n’a heureusement pas abouti, alors que l’antisémitisme, y-compris français, ne cesse de vilipender l’Etat
d’Israël, rare démocratie libérale du Proche-Orient. Ce qui n’est pas
sans contribuer, outre l’insécurité chronique, au départ de 7000 Juifs
français, en 2014, vers Israël. La France, comme à peu près déjà la
Suède, pour les mêmes raisons islamiques, serait-elle en passe de
devenir « Juderein », c’est-à-dire sans Juifs, pour n’avoir pas su les
protéger de l’intolérable ? Attentats, exactions ; bien plus que le
blasphème contre ces derniers.
Nous occidentaux, élevés au lait de Voltaire et des Lumières, du pardon
du Christ et des sciences de l’interprétation du Judaïsme, nous avons,
en notre tolérance béate, financé une pléthorique immigration
arabo-musulmane, laissé le Quatar acheter le football, financer les
banlieues, des imams prêcher à tort et à travers, nous avons toléré deux
mille mosquées en France et autres associations culturelles musulmanes,
qui n’étudient guère Les mille et une nuits,
ni Al Fârâbî commentant ainsi Platon : « Puis il rechercha dans un de
ses livres si l’homme doit ou non préférer la sécurité et la vie
accompagnée de l’ignorance, un mode de vie bas et de mauvaises actions ». Ces mosquées et associations qui ânonnent plutôt le Coran et les Hadiths, textes mortifères s’il en est. Nous n’avons pas su séparer le bon grain de l’ivraie, le Musulman
adepte d’une religion intime, républicaine et réformée, du Musulman qui
applique à la lettre les surabondantes injonctions coraniques et des
hadiths au djihad et au meurtre des Juifs, Chrétiens, Athées, Apostats,
Homosexuels, Femmes et autres individus libres. Car la vie du prophète
Mahomet est profuse en assassinats d’opposants ; et en particulier d’un
poète satirique qui le contestait, occurrence significative de la
censure assassine en l’origine d’une religion totalitaire, incompatible
avec la liberté d’expression occidentale. Ce que ne se privent pas de
dénoncer des essayistes et des philosophes musulmans, comme Ibn Warraq,
dans son Pourquoi je ne suis pas musulman…
Pensez-vous que les caricatures contre l’Islam soient la seule
motivation d’une frange de terroristes ? Oubliez-vous que les Chrétiens
du Nigéria n’ont pas l’excuse du blasphème contre un prophète pour se
faire massacrer par Boko Haram, que Malala ne voulait qu’étudier avant
d’être outrageusement blessée au Pakistan ? Laïcaphobie et
christianophobie meurtrières n’ont qu’un motif : la racine totalitaire
de l’Islam. Qui ne supporte évidemment pas les interventions militaires
françaises (peut-être inutiles d’ailleurs) au Mali, en Centrafrique, en
Irak… De facto, l’Islam - pas tous les Musulmans, faut-il le répéter ? -
est consubstantiellement, une censure.
Quant aux
« contenus islamophobes » qui devraient être « signalés » au
gouvernement, faut-il en déduire que toute critique argumentée, fondée
sur les textes du Coran et autres publications voisines, doive
être soumise à la censure d’Etat ? Non seulement la liberté de la presse
et du net serait alors bafoué, mais il s’agit là d’un déni
d’intelligence ! Saurons-nous séparer les réelles incitations à la
violence de la critique raisonnée ? Est-ce par ailleurs trop demander
que d’enjoindre l’Islam à se réformer, comme le réclament d’ailleurs
bien des Arabes, d’abandonner ses versets et commandements mortifères et
sexistes, comme l’ont fait les Chrétiens et les Juifs au sujet des bien
plus rares occurrences semblables que l’on trouve au détour du
Deutéronome et du Lévitique ?
La seule justification de la censure ne se trouve-t-elle pas dans la
loi lorsqu’elle pénalise la diffamation ainsi que l’incitation à la
violence, comme lorsque des rappeurs furent condamnés pour avoir appelé
en leurs chansons à tuer des « flics ». De
plus, l'article 421-2-5 du Code pénal dispose que « le fait de
provoquer directement à des actes de terrorisme ou de faire publiquement
l'apologie de ces actes est puni de cinq ans d'emprisonnement et de 75
000 € d'amende », et précise que « les peines sont portées à sept ans
d'emprisonnement et à 100 000 € d'amende lorsque les faits ont été
commis en utilisant un service de communication au public en ligne ».
Hélas, à ce dernier compte, alors qu’une apologie ne soit pas en soi un
acte criminel, il faut craindre que les tribunaux des banlieues
chariaisées soient aussitôt encombrés et pris d’assaut… L’infraction
pénale caractérisée par « l’association criminelle en relation avec une
entreprise terroriste » est déjà conceptuellement assez floue pour que
l’on risque d’inculper quelqu’un qui n’est que susceptible d’agir sans
avoir agi, quoiqu’il soit difficile de contester qu’en la matière il
soit nécessaire de prévenir plutôt que de guérir l’inguérissable.
N’omettons pas de craindre que l’on n’y surajoute de nouvelles et
orwelliennes surveillances bridant la liberté et la confidentialité du
citoyen non criminel sur le net.
Hélas, le seul fait que l’on puisse, par le biais d’associations,
porter plainte, voire aboutir à une condamnation pénale, pour incitation
à la haine en fonction de la religion, du sexe, de l’ethnie, de
l’orientation sexuelle ou du handicap, malgré les intentions louables,
laisse à la porte ouverte à la censure ; donc ferme de fait le bec à la
liberté d’expression. Or la haine est peut-être un sentiment moralement
condamnable, un vice, mais pas un acte, pas un crime. Où ira-t-on si
l’on peut faire condamner quelqu’un au motif qu’il vous offense par des
mots, des images, dont la plus immense majorité ne leur est, qui plus
est, pas personnellement adressée... L’Etat n’a pas vocation à
criminaliser les mots, les images, sinon il est le complice des
tyrannies, s’il n’en est pas déjà une.
À cet égard, les lois Pleven, Gayssot, Taubira contribuent à rogner en
France, patrie des droits de l’homme, la liberté d’expression. En 1972,
la loi Pleven, qui se veut antiraciste, réprime « la provocation à la
discrimination, à la haine ou la violence », assimilant mots et
intentions à la violence en actes. En 1990, la loi Gayssot interdit le
négationnisme des « crimes contre l’humanité », tout en ne s’appliquant
qu’aux crimes du nazisme, et non à ceux du communisme et de l’Islam.
Retouchée en 2010 et 2011, elle condamne la négation des génocides
reconnus par la loi, comme le celui des Arméniens. En 2001, la loi
Taubira, intime aux programmes scolaires et de recherche le devoir
d’accorder « à la traite négrière et à l’esclavage la place conséquente
qu’ils méritent », s’agissant de l’Amérique, de l’Afrique et des
Caraïbes, en passant sous silence les autres occurrences de l’esclavage.
Interventions intempestives de l’Etat dans la discipline des
historiens, dans le langage, confusion de l’expression de sentiments et
de pensées, quoique stupides, infondées et insultantes, avec des crimes,
la loi française n’épargne pas ses intrusions parmi le champ de la
liberté d’expression.
Y compris s’il s’agit de faire l’apologie du cannabis, certes
désastreux, y compris lorsque que le syndicalement et politiquement
corrects taisent le débat sur le monopole indu de la sécurité Sociale…
Ainsi la déjà citée loi Gayssot (du nom d’un député communiste) du 13 juillet 1990, permet-elle également de « réprimer tout propos raciste, antisémite ou xénophobe » : « toute
discrimination fondée sur l'appartenance ou la non-appartenance à une
ethnie, une nation, une race ou une religion est interdite ». Nous
sommes évidemment consternés d’entendre des propos anti-juifs ou
anti-arabes, résultats de préjugés ineptes et de généralisations
infâmes. Mais combien de propos de comptoir faudrait-il condamner et
ainsi encombrer nos tribunaux qui ont mieux à faire ? Il est évident
alors qu’à gauche (et à droite, terrorisée par les diktats moralisants
de la bonne conscience morale de gauche) l’on vise d’abord les
personnalités politiques et médiatiques en vue qui doivent se poser un
bâillon mental sur le cerveau dès lors qu’une constatation réaliste,
qu’une analyse ou proposition frôle l’aire de l’immigration en nos
douces banlieues. D’autant que le terrain de chasse d’associations
subventionnées dont c’est le fond de pouvoir et de commerce (et qui
évitent de s’attaquer au racisme anti-blanc et de faire siennes les
préoccupations féministes et humanistes de Ni Putes ni Soumises) est
tout tracé. Ainsi la Licra ou SOS Racisme deviennent, malgré leurs
premières et honorables indignations, de nouveaux inquisiteurs. L’enfer
-le sait-on ?- est pavé des meilleures intentions. Ces princes de la
moralité, plus virulents qu’un clergé qu’ils ont évincé (tout en évitant
de s’attaquer aux vitupérations des imams) veillent avec leurs affidés
nombreux sur chaque demi-mot énoncé par les représentants politiques et
autres journalistes.
Il
est loisible de ne pas apprécier le personnage d’Eric Zemmour et ses
idées nettement réactionnaires et colbertistes, mais il est également le
garant de nos libertés en perdition. Sa condamnation au nom de
l’antiracisme fut une honte, le suicide de la liberté. Mais, au-delà du
fusible qu’il représente, nombre d’opinions et analyses présupposées
incorrectes sont la cible de l’ostracisme des associations, des juges,
du et des pouvoirs. A l’occasion de la montée controversée de l’Islam,
les ciseaux infâmes de la censure sont-ils de retour ? Que fait Amnesty
International en ne dénonçant pas la France comme un pays attentatoire à
la liberté d'expression ? Que penser de la récente décision d’i-Télé
d’obtempérer à l’injonction du Parti Socialiste qui demanda la tête
médiatique d’Eric Zemmour ? Légitime droit d’une chaîne privée à
licencier qui ne lui convient pas, ou chasse aux sorcières, maccarthysme
socialiste ?
En effet, Eric Zemmour eut l’impertinence sur Canal Plus, le 6 mars 2010, de prononcer les phrases suivantes :
« Mais pourquoi on est contrôlé 17 fois? Pourquoi ? Parce que la
plupart des trafiquants sont noirs et arabes, c'est comme ça, c'est un
fait ». Les employeurs « ont le droit » de refuser ces derniers. Il fut
depuis condamné à verser 2000 euros d'amende pour « provocation à la
discrimination raciale ». Vérité bâillonnée, selon les uns, déplorable
racisme selon les autres. Certes, le chroniqueur doit sa condamnation à
ce qui serait une incitation à la discrimination à l’embauche.
Prenons-la plutôt pour une revendication de la liberté de choisir, même
si des critères de couleur de peau et d’origine culturelle sont a priori
ridicules, sans compter que l’on consentirait ainsi à se priver d’une
éventuelle compétence… Mais au pays des bonnes intentions se propagent
les faits têtus.
L’on sait en effet que les délinquants originaires de l’Afrique du nord
sont environ 70% des détenus de nos prisons françaises.
Ce qui ne contrarie pas bien sûr le fait avéré qu’une énorme majorité
de descendants de cette aire géographique soit respectueuse des lois, et
de plus excédée par les comportements inacceptables de leurs
coreligionnaires. Un rapport du Sénat de 2008 ne dit pas autre chose.
Cette sur-délinquance, niée, minimisée, pour des raisons de mansuétude
discriminative, doit être étudiée avec réalisme, mais aussi modestie,
devant la complexité des phénomènes que nous avons, il faut l’avouer,
bien du mal à percevoir avec objectivité, complétude et nuances.
Certes on arguera non sans raisons des difficultés économiques et de la
discrimination à l’emploi dont peuvent être victimes ces nouveaux
arrivants. Mais s’ils sont de la 2° ou 3° génération ? Le bon sens doit
remarquer que les immigrés d’origine chinoise ou portugaise n’ont pas le
même profil. Sont-ils alors délinquants parce que génétiquement noirs
ou Arabes ? Non, bien sûr. Il faut chercher alors dans des explications
culturelles, liées à Islam et aux ethnies, ce qu’approcha le sociologue
Hugues Lagrange :
l’autoritarisme paternel, le code d’honneur machiste imposé au garçon,
le mépris du compromis, le fatalisme déresponsabilisant, le peu de
liberté féminine sont à la racine du comportement délinquant, même s’il
faut se garder des généralisations abusives. Il faut aussi interroger du
côté du manque de personnel judiciaire et
de saines prisons. Que l’on sache, prévention, éducation et juste
répression vont de pair. A moins de la trop française culture de
l’excuse qui n’ose réprimer et reste victime du syndrome de Jean
Valjean, ce héros hugolien qui vole parce que pauvre et affamé. Outre
que nos jeunes voleurs volent plus de consoles de jeu que des miches de
pain et que nos dealers de drogues se font quelques milliers d’euros en
quelques heures, nous voilà loin d’une conception romantique du
délinquant forcément victime des conditions économiques et du
capitalisme bien entendu oppresseur. Ce qui permet à la pensée rose et
marxiste de s’acoquiner avec ceux qui, croient-ils, sont leurs alliés
naturels. Varlam Chalamov,
qui connaissait fort bien les prisonniers de droit commun, puisqu’ils
étaient ses gardiens et tortionnaires au goulag, a battu en brèche ce
cliché. Le délinquant est rarement une victime : il fait des victimes, y
compris économiques.
Reste que les statistiques ethniques sont interdites. Préfère-ton les
rumeurs indémontrables, les allégations à l’emporte-pièce ? Certes, les
origines métissées et le défilement des générations risqueraient de les
rendre illisibles, mais elles pourraient être, non un outil de
discrimination négative, mais un savoir qui, appuyé par les
connaissances des historiens, des sociologues, ethnologues et
criminologues, un outil de pensée et de remédiation fort pragmatique.
S’il s’agit de conspuer en bloc les Roms ou les Maliens, la démarche est
en effet moralement condamnable (ce qui ne signifie pas pénalement).
Mais la connaissance statistique doit être au service de la connaissance
des causes particulières et culturelles de la délinquance, de façon à
penser autant la prévention que la répression de manière ciblée, au
service donc de tous, y compris de ces populations d’origines diverses
qui sont aussi les premières à souffrir des affronts répétés aux lois et
aux populations. Pire, faute d’analyser, de comprendre et d’envisager
des remédiations adaptées, les préjugés vont bon train, entre
angélisation et diabolisation des immigrés. La voix du Front National et
de Marine Le Pen devient hélas alors la seule à peu-près audible sur
ces questions. A force de s’interdire de penser avec sérénité, il ne
reste plus place que pour les éructations, les arguments creux, la
démagogie et ce populisme vulgaire, ce que les Grecs appelaient
l’ochlocratie, le gouvernement par la populace…
Comme en un écho d’Eric Zemmour, lundi 4 avril 2011, à Nantes, Claude
Guéant, ministre de l’Intérieur, a expliqué qu’il y avait « très peu de
musulmans en France » en 1905 et qu’aujourd’hui, « on estime qu’il y a
à peu près 5 ou 6 millions de musulmans en France ». Il ajouta : «
C’est vrai que l’accroissement du nombre des fidèles de cette religion,
un certain nombre de comportements, posent problème » (…) « Je dirais
tout simplement qu’il n’y a aucune raison pour que la République accorde
à une religion particulière plus de droits qu’elle n’en a accordés en
1905 à des religions qui étaient anciennement ancrées dans notre pays »
(…) « il est clair que les prières dans les rues choquent un certain
nombre de concitoyens. » On peut encore une fois ne pas apprécier
l’homme, sa pensée. Plutôt que de s’offusquer et de crier à la
discrimination et au racisme, pourquoi ne pas contre-argumenter,
pourquoi se voiler la face (on aura compris la volontaire allusion)
devant de réels problèmes et des propos somme toute raisonnables et,
espérons-le, préalables à un assainissement des mœurs profitables à
tous, et non, comme le fantasme en court parfois, à un rejet des
immigrés à la mer aussi stupide qu’inhumain.
La censure étatique n’est aujourd’hui que la résultante logique d’une
intimidante censure d’un consensus politique, social et intellectuel
(donc forcément pseudo-intellectuel), des associations et d’un
politiquement correct niveleur intégré au plus profond de la bonne
conscience de nombre d’entre nous ; qui trouvent en Eric Zemmour un bouc
émissaire d’autant plus révélateur qu’avec les centaines de milliers
d’exemplaires vendus de son Suicide français il
focalise une sourde envie. Une fois de plus, ce sont le bon et le bien
collectifs, après et dans la logique du fascisme et du communisme,
aujourd’hui roses et verts, socialisants et écologiques, qui sont à
l’origine de cette censure qui avance masquée. Comme une sorte de Big
Brother intériorisé, l’oreiller de plume et de plomb qui endort notre
pensée critique s’infiltre en tant de domaines, au risque de nous
empêcher de penser notre contemporain et donc de remédier à ses
dysfonctionnements.
Quoique l’on pense de l’argumentation erratique et fourvoyée d’Eric Zemmour en son Suicide français,
plutôt que de se contenter de polémiquer -non sans raison d’ailleurs-
sur sa vision du régime de Pétain qui aurait contribué selon lui à
sauver des Juifs, ne vaut-il pas mieux pointer sa nostalgie rétrograde
qui inclue de Gaulle et Georges Marchais en une sorte de paradis perdu ?
Si d’une manière trop souvent maladroite le polémiste dénonce
l’immigration et la gestion pour le moins discutable des gouvernements
successifs, on en oublie son antilibéralisme désastreux, tant dans le
domaine des mœurs que de l’économie.
Deux poids et deux mesures de la presse et de l’opinion
Alors que Charlie Hebdo
fit une de ces couvertures en affublant impunément Christiane Taubira,
Garde des sceaux, donc ministre de la Justice, d’un corps de singe, une
internaute fut condamnée pour avoir sur Facebook pratiqué le même genre
de délicate attention : hélas, cette dame était encartée au Front
National, alors que les caricaturistes sont de mordants libertaires
d’extrême-gauche. Non, il n’y a pas deux poids, deux mesures, vous
dit-on ! Défendons haut le crayon le blasphème de ce même Charlie Hebdo
montrant Mahomet sodomisé par le Pape, lui-même par un rabbin, et par
une croix et un chandelier à six branches ; et condamnons Christine
Tasin pour avoir proclamé -à l’occasion d’une manifestation contre un
abattoir de l’Aïd- que « L’Islam est une saloperie » : elle fut en effet
d’abord condamnée par le tribunal de Belfort à 3000 € d’amende, quoique
relaxée en appel, pour « injure et provocation à la haine raciale ». Ce
qui montre encore une fois la confusion pénale entre les actes et les
mots. Non, il n’y a pas deux poids, deux mesures, vous dit-on ! Y
compris si le grotesque Dieudonné antisémite est interdit de spectacle
alors que Charlie Hebdo est plus largement antireligieux. Y
compris lorsque les Femen furent relaxées pour la dégradation d’une
cloche de Notre-Dame de Paris et que deux épouses de gendarmes, furent,
en l’île de Mayotte, condamnées à neuf mois de prison, dont six avec
sursis, pour avoir profané une mosquée en déposant une tête de porc.
Alors que tant d’églises françaises sont profanées : autels couverts
d’excréments, statues brisées… Y compris lorsque l’on appellerait
volontiers à censurer Eric Zemmour, tout en sanctifiant nos
dessinateurs. Y compris lorsqu’une manifestation de soutien national au
journal satirique, donc à la liberté d’expression, dénie le droit au
Front National et à Marine le Pen d’en être. Quoique nous pensions de
ces derniers[14], la liberté d’expression n’est pas négociable selon les expressions.
Les choix de l’information ne sont pas innocents. Gageons que
l’indignation contre les terroristes islamistes fusillant cinq
dessinateurs de Charlie Hebdo n’atteint pas le même retentissement que
celle qui devrait s’élever lorsque des policiers ainsi que quatre otages
juifs ont également été mitraillés lors de l’attentat contre une
supérette kascher. Alors que les agressions antisémites, en particulier
dans le XIXème arrondissement de Paris sont monnaie courante… Sans
compter que les hurlements de joie pro-terroristes qui embrasent les
quartiers nord de Marseille et autres banlieues ne seront guère
stigmatisés. Sans compter les élèves qui contestèrent et raillèrent la
minute de silence organisée dans des établissements scolaires. Ne soyons
pas surpris par ailleurs qu’un tel massacre sur le sol parisien fasse
mille fois plus de bruit que le génocide des Chrétiens en cours[15] de
par le monde. Ainsi le cri d’alarme grotesque contre l’islamophobie
a-t-il une presse qui laisse dans l’ombre judéophobie et
christianophobie autrement meurtrières…
Les tirs d’Israël sur la bande de Gaza font les gros titres, ceux
des Gazaouis au mieux les entrefilets. Qui prendra le parti de la seule
réelle démocratie libérale du Proche-Orient (malgré son imperfection)
contre une bande de corrompus totalitaires islamistes et génocidaires,
se verra vouer aux gémonies par la bien-pensance antisioniste (traduisez
antisémite), cette fois non pas droitiste, mais gauchiste, quoique
Jean-Marie Le Pen fût fort ami avec Sadam Hussein. Il n’est pas
indifférent de noter que les Arabes israéliens vivent mieux que ceux de
Gaza. Moralité : ces derniers feraient mieux de devenir Israéliens. On
imagine qu’une telle proposition, pourtant au service des libertés de
l’humanité, ferait hurler…
De même, les choix historiques sont à examiner avec perspicacité.
Un voyage scolaire à Auschwitz est à juste titre une merveille
pédagogique et du devoir de mémoire. Mais quid de la Kolyma et des
goulags qui, de Trotsky à Staline et au-delà (sans compter Mao, Castro
et l’icône romantique du Che Guevara), ont été aussi radicalement
abominables ? Mieux vaut alors aller à Buchenwald où le camp a servi
d’abord à interner et laisser crever les opposants politiques au
nazisme, puis, après 1945, les opposants politiques au communisme. La
leçon d’Histoire y est enfin équilibrée.
L’opinion devrait à juste titre être stupéfiée du traitement de
l’information et de l’anathème plus qu’inégalement distribué. Eric
Zemmour est un délicat enfant de chœur en face des manifestants
pro-charia du 9 avril 2011 à Londres et Paris, rejetant l’application de
la loi sur le voile et appelant à l’épuration des mécréants « avec des
bombes atomiques ». « L'islam est venu pour dominer le monde y compris la France », annonce un de leur site internet. Ces
suprématistes musulmans ne devraient-ils pas être poursuivis devant un
tribunal pénal, pour incitation à la haine, à la violence, sans compter
leur culte de l’oppression des femmes ? Soudain les âmes de
l’antiracisme et de défense des droits de l’homme brillent par leur
silence impétueux. Ils préfèrent cette grotesque et pusillanime facilité
qui consiste à traquer tout propos susceptible d’islamophobie, à
dénoncer les publications argumentées et discutables de « Riposte Laïque
», ou les « apéros saucisson pinard », qui après tout ne sont qu’une
juste revendication d’un innocent mode de vie, face à des codes
alimentaires qui sont de l’ordre de la superstition tyrannique, face aux
prières de rues illégales et musclées par des milices religieuses.
Cette indignation affreusement sélective permet d’ostraciser à peu de
frais quelques catholiques intégristes, certes excessifs, mais bien
moins mortifères, sans compter tous ceux que la liberté anime. Ainsi,
parler des racines judéo-chrétiennes et gréco-romaines de l’Europe,
deviendrait un péché raciste. A quand la dénonciation des Lumières ?
Hélas, en ce siècle des Lumières, la censure n’abandonnait pas ses fers. Robert Darnton, qui ne manqua pas de faire l’Apologie du livre[16], y situe l’un de ses trois essais réunis sous le titre aussi bref que percutant : De la censure[17].
Comment se manifeste-elle ? Existe-t-il une civilisation, un siècle qui
soit indemne des ciseaux et des munitions enclenchés contre la paix des
opinions et des convictions ?
En ce triptyque, le premier exemple choisi par l’historien Robert
Darnton relève du XVIIIème siècle français : écrire un conte politique
put valoir treize d’internement rigoureux en un couvent à une demoiselle
Bonnafon. « Approbation » et « Privilège du Roy » étaient alors
indispensables pour qu’un libraire puisse faire paraître un ouvrage. À
moins de la faire sous le manteau, prétendument à Londres ou La Haye,
avec les risques inhérents à l’exercice. Etonnamment, la censure ne
veillait pas seulement à l’orthodoxie religieuse et monarchique, mais
parfois aussi à la qualité du style et de l’argumentation. C’est alors
que l’on découvre qu’une femme de chambre de Versailles est l’auteure
d’un volume circulant en toute discrétion : Tanastès, conte de
fée travestissant les amours du Roi d’une manière choquante, et « crime
de lèse-majesté littéraire ». Mlle Bonnafon, l’imprimeur et quelques
colporteurs furent embastillés. L’histoire est aussi savoureuse que
terrible : « elle avait cherché à s’enrichir en diffamant la couronne ».
Quoique remerciée par le mépris royal, notre Valérie Trierweiler est
aujourd’hui plus chanceuse…
Moins prestigieuse que les difficultés de l’Encyclopédie
de Diderot et d’Alembert à la rencontre de la « police du livre »,
cette affaire est pour Robert Darnton symptomatique de son siècle, à la
marge des textes libertins ou athées traqués par le pouvoir. Aux
qualités de l’essai d’investigation historique, s’ajoutent celles d’une
saisissante galerie de personnages.
Qualités que l’on retrouve avec plaisir lors de la seconde affaire
de censure, située entre « libéralisme et impérialisme » : en Inde
britannique du XIXème siècle. Songez qu’en entonnant l’allégorique «
Chanson du rat blanc », qui laissait entendre que « les dirigeants
anglais ont tout dérobé au pays », Mukunda Las Das écopa de trois ans d’
« emprisonnement rigoureux ». Bien que les Anglais vissent dans le
livre « une force civilisatrice », qu’ils dussent promouvoir la liberté
de la presse, les chansons bengalies parurent « répugnantes et
corruptrices ». Si pouvait y couver la révolte contre l’occupant
britannique, les poèmes étaient dits « séditieux » et réprimés comme
tels.
Le dernier volet du triptyque, consacré au XXème siècle, se penche,
non, comme on l’aurait trop facilement attendu, sur les noirceurs du
nazisme, mais sur celles, symétriques de l’ex-Allemagne de l’Est. C’est
alors que, « sept mois après la chute du Mur », Robert Darnton peut
rencontrer « deux authentiques censeurs en chair et en os, tout disposés
à parler ». Ce sont « des membres loyaux du parti communiste
est-allemand et des vétérans de la machine d’Etat à rendre conformes les
livres à la ligne du parti ». Tout cela en dépit d’une constitution qui
« garantissait la liberté d’expression » ! Las, un certain Walter Janka
subit « cinq ans d’isolement carcéral » pour avoir publié Luckas, un
auteur pourtant fort marxiste, cependant soudain réprouvé. La «
planification » littéraire ne plaisantait pas un instant, afin d’éviter
la souillure du modèle communiste et la corruption de l’Ouest
capitaliste. On préfère alors le « kitsch socialiste » : « Quand des
amants s’embrassent ou se maquillent, ils rendent hommage à la profonde
qualité des relations personnelles dans un système affranchi du
caractère superficiel engendré par le consumérisme ». Ce serait à
pouffer de rire, si ce dernier argument n’était pas encore celui de tant
d’anticapitalistes et autres écologistes ! Cette « lutte contre vents
et marées pour maintenir un niveau élevé de culture tout en bâtissant le
socialisme » est si édifiante, quand les auteurs, adeptes du «
Bourgeois tardif », « pouvaient être expédiés en prison ou condamnées
aux travaux forcés -l’équivalent du goulag ». On sait combien la Stasi,
police politique, était omniprésente ; ce dont témoigne la polémique
selon laquelle Christa Wolf elle-même, « qui ne dévia jamais de son
adhésion aux idéaux socialistes de la RDA », fut forcée de renseigner le
régime…
Relativisons néanmoins -tant que nous pouvons encore le faire, semble
dire Robert Darnton en sa conclusion- notre petite censure qui
s’adresserait à un Eric Zemmour. Les trois auteurs pris en cas d’école
auraient pu subir bien pire, entre tortures et morts. Cependant notre
historien parvient à une thèse fort pertinente : Leo Strauss, dans La Persécution et l’art d’écrire[18],
penchait pour la stupidité des censeurs, lui affirme leur « raffinement
intellectuel ». Comme en sont capables les fonctionnaires de nos Etats,
« en particulier en des temps où il semblerait que l’Etat surveille le
moindre de nos faits et gestes ». Ne doutons pas que l’historien du
passé et du présent, voire du futur, fasse allusion à la surveillance
informatique généralisée qui, si elle doit se renforcer pour traquer le
terrorisme, ne doit pas traquer le citoyen libre.
Avec intelligence, Robert Darnton a mis en scène et fouillé trois
curieuses occurrences de la censure d’Etat. Reste un quatrième volet à
écrire en appendice à son essai, celui d’une censure mondialisée, la
kalachnikov et le couteau d'égorgeur à la main, qui s’appuie sur une
injonction sacrée. Citons le Coran qui parait en la sourate
cinquième fort bien commencer, alors que la suite est bien moins chez
nous citée : « Voici, qui tue quelqu’un qui n’a tué personne ni semé de
violence sur terre est comme s’il avait tué tous les hommes. […] Mais
voici, après cela, il est sur terre un grand nombre de transgresseurs.
Mais ceux qui guerroient contre Allah et ses envoyés, semant sur terre
la violence, auront pour salaire d’être tués ou crucifiés[19] ». Les armes sont bien celles de la Folie de Dieu,
pour reprendre le titre de Peter Sloterdijk, qui analyse sans ambages
le comportement islamiste : « Bien qu’ils ne détiennent aucune autorité
savante, les activistes des organisations guerrières actuelles savent se
référer aux sourates adaptées. Leurs actes peuvent être bien
répugnants, leurs citations sont sans erreurs[20]
». Ces dernières citations étant également sans erreurs, elles n’ont
pourtant que le caractère inoffensif de la liberté d’expression et de la
réflexion raisonnée…
Le spectre de l’autocensure
A la censure jadis -pas toujours jadis pourtant- d’Etat, s’est
substituée une autocensure, qui à l’occasion de l’assassinat des
dessinateurs de Charlie Hebdo n’est pas sans avancer son mufle
spectral. C’est après de multiples interrogations internes que de
nombreux médias étrangers, en particuliers américains, se sont résolus à
couvrir l’événement en publiant des photographies contenant des images
floutées des couvertures controversées du magazine. Certes, personne n’a
le devoir de les publier, et les journaux peuvent légitimement
s’appuyer sur l’argument qui consiste à vouloir se protéger et protéger
la vie de leurs employés. Ainsi un journal de Hambourg qui vient de les
publier vit ses locaux aussitôt incendiés. Il est également loisible de
ne pas apprécier l’humour grossier et scatologique, sans oublier encore
une fois l’amalgame indigne qui est fait en ces caricatures entre les
religions. Mais n’est-ce pas assurer l’avantage de la censure au bout du
canon que d’accepter le diktat de l’impubliable ? Ainsi, sous la
contrainte criminelle, nous acceptons qu’une liberté soit éradiquée…
Cette autocensure va jusqu’à confier à des juristes des maisons
d’édition les textes à polir et ébarber pour ne pas risquer de
contrevenir au politiquement correct, aux lois sur le racisme, aux
diktats des associations féministes… Censure populaire et autocensure
marchent la main dans la main, dhimmiitude et lâcheté dans le même sac à
burqa, lorsqu’en septembre 2014 un spectacle anima la ville d’Angers,
présentant des humanoïdes au comportement de primates enfermés dans des
cages. Brandissant des Corans, une douzaine de Musulmans insultèrent les
comédiens, en les traitant d’ « impurs », au point que le spectacle fut
interrompu par le maire UMP, arguant du « désordre public », suspendant
du même coup les représentations des autres troupes flouées. De même
l'on déprogramme des films qui risqueraient de déplaire à la tyrannie
islamique, sous couvert de prudence...
Inquisiteurs politiques et censeurs puritains relèvent ainsi du
même coup leur nez en forme de ciseaux. Notre Etat sait trop bien que sa
censure serait impopulaire, quoique s’il savait
répondre aux aspirations populaires il ne se gênerait pas pour y
recourir. Alors, l'Etat-carpette l’a déléguée en accordant à des
associations et autres communautés le droit de traîner en justice le
contrevenant à la pensée au nom du préjudice moral et de la nouvelle
moralité en marche. Mais c’est aussi une
censure volontaire par le peuple lui-même -du moins une intelligentsia à
laquelle il faudrait peut-être retirer cette dignité-, donc par un pire
pouvoir que le pouvoir lui-même qui le craint, une réplique aberrante
de la « servitude volontaire » de La Boétie. L’on demande de ne pas
penser, de ne pas penser mal, selon une partisane conception (à laquelle
nous n’échappons peut-être pas) du bien, donc forcément de ne pas
penser le réel qui n’est, lui, intrinsèquement, ni bien ni mal. Ce réel
alors devenu invisible, inanalysable, irrémédiable, n’est plus alors
soumis à la critique nécessaire et constructive. On ne l’améliorera
plus, on le condamnera à pourrir. Et s’il parait anesthésié, ce sera
certainement, en un retour implacable de la vérité des faits, en un
retour du refoulé, un réel plus dangereux encore. Lorsque les analystes
sereins, les pragmatiques qui se doivent d’œuvrer sur nos réalités pour
leur porter remède, doivent se taire, ce sont les démagogues
anti-libéraux, du Front national au Front de gauche qui ont le front de
nous asséner leurs vérités pré-totalitaires. Ainsi, ne pas vouloir
penser l’immigration, l’Islam et les freins étatiques à l’expansion
économique et à la liberté d’entreprendre, c’est pratiquer la politique
de l’autruche, se mettre la tête dans un sable mouvant, cacher le
thermomètre pour ne pas voir monter la fièvre. L’agressivité des
associations, des politiques, des intellectuels et des grands soumis à
la bien-pensance n’est que le reflet de leur désir d’abattre (quelque
soit leur allié provisoire) le capitalisme libéral et d’y substituer
leur tyrannie. A moins que la terreur de l’affrontement avec l’islamisme
et avec tous ceux qui monopolisent la délinquance soit leur motivation
profonde. Il est plus facile d’être vigilant contre les islamophobes,
surtout prétendus tels, que contre les islamistes. Contrevenir aux
formules de la pensée magique, prononcer certaines opinions ou analyses
-certes toujours discutables et dignes d’être si besoin réfutées- est
aussitôt susceptible d’une réaction pavlovienne au vocabulaire, taxé au
mieux de provocation, au pire de reductio ad hitlerum, jamais de
reductio ad stalinum ou reductio ad islamum… Employer des expressions
comme « la bombe démographique musulmane », même si l’on appelle de ses
vœux un Islam des Lumières, fondé sur une religion privée et non
politique et compatible avec la démocratie libérale, suffit pour vous
vouer aux gémonies d’une « novlangue[21] » qui ne dit pas son nom, mais qu’Orwell n’aurait pas désavouée.
Le Léviathan de Hobbes[22] était
composé d’une multitude de gens qui s’accolaient pour tenir entre leurs
mains les attributs du pouvoir spirituel et temporel. Ce sont ces mille
tyrans assemblés sous leur Servitude volontaire qui nous
soumettent et nous entravent aujourd’hui aux moyens de leurs injonctions
politiques et terroristes. Faudra-t-il imaginer une judicieuse (car
elles ne le sont pas toutes) désobéissance civile[23]
? La Boétie décrivait ainsi la condition de qui se soumet
volontairement au tyran ; ce que nous dirons au tyran polymorphe de la
bien-pensance, religieuse et politique : « Ce n’est pas tout à eux de
lui obéir, il faut encore lui complaire ; il faut qu’ils se rompent,
qu’ils se tourmentent, qu’ils se tuent à travailler en ses affaires, et
puis qu’ils se plaisent de son plaisir, qu’ils laissent leur goût pour
le sien […] qu’ils prennent garde à ses paroles, à sa voix, à ses
signes, à ses yeux, qu’ils n’aient ni yeux, ni pieds, ni mains, que tout
soit au guet pour épier ses volontés et pour découvrir ses pensées.
Cela est-ce vivre heureusement ? Cela s’appelle-t-il vivre ?[24]
». Pensons que La Boétie, l’ami de Montaigne, écrivait cela en 1549, à
l’âge de dix-huit ans, toujours jeune précurseur du libéralisme
politique. Qu’il faut conserver et lire, auprès de Montesquieu et
d’Orwell, dans l'intelligence de la bibliothèque universelle, espace de
liberté tant qu'il est encore possible. Aux côtés de laquelle Facebook,
nos blogs et nos sites internet, où écrire autant des sonnets lyriques
que des essais politiques, sont de formidables instruments de liberté
d’expression, une revendication de libre création face aux
asservissements religieux et politiques de tous bords.
En 2019, la situation ne fait que s’aggraver. La philosophe, pourtant
de gauche, Sylviane Agacinski, entendant disserter sur les risques
éthiques de la Procréation Médicale Assistée et de la Gestation pour
autrui, est interdite de conférence à l’Université de Bordeaux par un
courant féministe outrageusement sûr de lui, la courageuse et sensée
journaliste et polémiste Zineb el Rhazoui menacée de mort par le
fanatisme islamisme, Eric Zemmour chassé par une meute d’activistes et
journalistes-procureurs, par les annonceurs publicitaires, au mépris de
la liberté académique, de penser, d’écrire... Le tableau de la liberté
d’expression est chaque jour insulté, lacéré, déchiré, bientôt effacé
par un bâillon tyrannique.
Jusqu’à la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH), qui a conclu
un arrêt le 25 octobre 2018, énonçant que les critiques à l'encontre de
Mahomet, fondateur de l'Islam, étaient constitutives d'une incitation à
la haine et ne relevaient pas du droit à la liberté d'expression ! En
l’occurrence, il s’agit d’Elisabeth Sabaditsch-Wolff, condamnée en
Autriche, en première instance et en appel, en 2011, pour « dénigrement
de doctrines religieuses » dans le cadre de conférences qu'elle donnait
sur les dangers de l'Islam fondamentaliste. Avec un tel arrêt inique et
sans précédent, la Cour de Strasbourg - qui a juridiction sur 47 pays
européens et dont les décisions sont juridiquement contraignantes pour
les 28 États membres de l'Union européenne – vient non seulement de
légitimer la fin de la critique intellectuelle venue de l’humanisme et
des Lumières, mais aussi de légitimer en Europe le blasphème, qui plus
est islamique, afin de « préserver la paix religieuse », c’est-à-dire la
soumission et la charia.
Mille exemples peuvent être fournis de cette rage contre la liberté d’expression. Lorsque Pauline Harmange publie un Moi les hommes, je les déteste,
elle se livre à un éloge de la misandrie contre la misogynie. Grand
bien lui fasse. Si stupidité il y a, qu’on la discute. Mais, sans
probablement l’avoir lu, un chargé de mission au Ministère de l’égalité
femmes-hommes menace les éditeurs de saisir la justice si l’ouvrage
n’est pas retiré de la vente, au motif que la provocation à la haine à
raison du sexe est un délit pénal. La haine a bon dos, et il faut lui
renvoyer dos à dos celle de la liberté d’expression.
La « Cancel culture »,
ou « culture de l’annulation », ou encore de « l’effacement », use,
entre autres, des réseaux sociaux. Cette anti-culture en fait n’aime
rien tant que d’abattre et censurer au nom des luttes féministes, gays,
antiracistes. Aux Etats-Unis, le « name and shame », condamne des
paroles, des opinions, des analyses, pour effacer leur auteur à coups de
pétitions, cyberharcèlement et autres pressions, de façons à proprement
effacer l’individu coupable de pensées offensantes. Ainsi se sentir
offensé, avoir l’incapacité d’y résister ou de l’ignorer, vaut un brevet
de respectabilité et de devoir de censure. Jusqu’à forcer à la
démission, au licenciement. Adolph Reed, professeur noir émérite de
l’université de Pennsylvanie, qui arguait que la gauche privilégiait les
débats sur la race au rebours des inégalités sociales, vit son
intervention au débat, menacée de piratages, annulée. L’ostracisme
condamne à l’effacement la représentation à la Sorbonne de la pièce
d’Eschyle, Les Suppliantes, dont le metteur en scène et les
acteurs devaient exhiber leur « blackface ». L’appropriation culturelle
étant devenue un péché mortel contre la race. Aussi la presse elle-même,
voire l’édition peuvent craindre de publier un texte qui ne réponde pas
aux clichés attendus, aux militantismes consacrés par une
desintelligenstia. Comme le dénonce Bari Weiss, la journaliste en charge
des pages « Opinions » du New-York Times, harcelée par ses pairs, la guerre contre le pluralisme ronge un journal qui prétendit à rester une référence culturelle.
Au
nom d’une vérité militante, activiste - autant de noms pour l’aube
d’une tyrannie - la cancel culture, soit celle de l’effacement de toute
pensée contraire, une censure politique, historique, artistique et
sociale, balaie notre présent pour étoufer le futur et assurer le règne
de tyrans, qu’ils soient racialistes, décolonialistes, écologistes,
féministes, jusqu’à interdire la musique de Beethoven, parait-il symbole
du mâle blanc occidental !
Ce
que l’on appelait le quatrième pouvoir, autrefois la presse,
aujourd’hui celui des médias, serait-il devenu le premier ? Facebook
ferme des groupes, par exemple « Didier Raoult versus coronavirus », en
s’érigeant en censeur scientifique, interdit, à l’instar de Twitwer, la
mention des corruptions de Joe Biden et de son fils Hunter stipendiés
par le gaz ukrainien et la Chine, s’érigeant en censeur politique
anti-Trump, au mépris de la constitution américaine et de son premier
amendement sur la liberté d’expression. Pour continuer avec l’alarmant
exemple américain, des chaines comme CNN coupent un discours du
Président encore en exercice, usant de la censure politique à vocation
totalitaire, à l’instar de réseaux sociaux comme Twitter et Facebook,
jusqu’au moteur de recherche Google. Ces derniers évacuent les
informations relatives à de tels corrompus notoires, ainsi que des
contenus de ce même Président et des soixante-dix millions d’électeurs
qu’il représente, réseaux qui se targuent de savoir et ordonner ce qu’il
est politiquement juste et bon de dire, de laisser paraître. Au point
que les bonnes âmes de la vérité médiatique chapeautent tout curieux qui
aurait l’insolence d’imaginer penser par lui-même, ce du haut de leur
application à minimiser, nier, faire disparaitre tout allégation, toute
preuve des fraudes électorales généralisées comme une machine de guerre.
La recherche de la vérité devient a priori complotisme et post-vérité
admonestés avec la dernière vigueur par une doxocratie…
Le
cours apparemment paisible de l’Histoire subit soudain des
accélérations surprenantes, imprévues - du moins si l’on n’avait perçu
les convulsions de souterraines excavations -, tant de nouvelles bulles
vénéneuses de censure éclatent. Ce sont les réseaux sociaux, là où nous
avions trouvé de fabuleux espaces de communication, de créativité et de
liberté, qui démentent leur vocation originelle en fauchant toute une
frange de leurs clients et contributeurs pour de sinistres raisons
idéologiques. Outre la cancel inculture, il s’agit d’une évacuation
politique. Le président républicain Donald Trump se voit éjecté de
Twitter, de Facebook, donc de Messenger, lui qui drainait des dizaines
de millions d’abonnés. À la suite, des partisans de ce dernier se voient
également virés sans autre forme de procès.
Amazon
pratique la censure en déréférençant des livres, en bloquant Parler.com
dont il détient le serveur, ce pour péché de trumpisme. Youtube ferme
des chaines et censure, Odysee, Vimeo, Mailchimp, Researchgate
censurent, Facebook également, que ce soit pour nudité ou fausses
informations selon sa bonne doxa, sa filiale Instagram idem… Certes il
s’agit là, non d’Etats et de sphères publiques, mais d’entreprises
privées, libres en cela d’accepter ou refuser qui bon lui semble,
d’expulser qui ne correspond pas à sa politique, son éthique, voire son
caprice. Néanmoins elles vivent des informations, des opinions
(fussent-elles délétères et pitoyables) de leurs adhérents, dont elles
exploitent le bon vouloir par le biais de la publicité. Or, autant face à
des personnalités individuelles qu’à des masses faites de millions de
citoyens, elles acquièrent une responsabilité morale qui devrait pour le
moins les conduire à respecter leur pluralité. Le risque de la
concentration monopolistique, de la confusion avec un organe idéologique
tel que peut l’être un média, voilà qui en outre concourt au glissement
vers un totalitarisme dangereux.
Heureusement,
ce qu’il reste d’économie libérale et concurrentielle permet que la
sanction du public, et par voie de conséquence de la bourse, tombe.
Facebook et Twitter par exemple perdent nombre d’abonnés, qui migrent
vers des cieux plus nettement respectueux de la liberté d’expression et
par ailleurs dénués de publicités invasives : MeWe, Minds, Signal, par
exemple. Donald Trump fomenterait avec Elon Musk un réseau social plus
clément envers les Républicains trumpistes. Fort bien, les répliques
sont judicieuses. À la réserve près - et d’importance - que nous
risquons d’évoluer dans des réseaux bulles recelant les partisans d’une
cause ou d’une autre, alors que sur Facebook l’on pouvait croiser et
fréquenter des « amis », voire nouer des amitiés virtuelles, avec des
gens dont les convictions politiques sont à des hémisphères l’une de
l’autre. Là nous pouvions parler avec bonheur de poésie avec un tenant
du communisme, par exemple ! Nous serions alors libres de nous exprimer
dans une ruche, mais inlibres (pour jouer avec le novlangue orwellien)
de croiser les abeilles de ruches lointaines…
Connaissons-nous le mot attribué à Voltaire : « Je ne suis pas
d'accord avec vous, mais je me battrai pour que vous puissiez le dire » ?
Ce pauvre homme des Lumières dont on ne plus aujourd’hui représenter sa
virulente tragédie à charge : Le fanatisme ou Mahomet le prophète [27], pourtant magnifique liberté d’expression et de critique en actes et en cinq actes… Relisons donc son Traité sur la tolérance à l’occasion de la mort de Jean Calas[28]… Et n’oublions pas que liberté d’expression rime non seulement avec argumentation, mais aussi avec le rire[29],
la satire, la caricature, le blasphème, quoique ce dernier doive
s’arrêter aux portes des lieux de culte qui méritent en leur sein le
respect. Certes, ce titre « Requiem pour la liberté d’expression », qui
n’a pas le talent de Voltaire, est une hyperbole ; souhaitons qu’il ne
devienne pas réalité. Qui nous protégera de l’imminence de ce Requiem ?Thierry Guinhut
C) - Thierry Guinhut
Né en 1956 à Poitiers, Thierry Guinhut vit à Niort. Il fait partie des 100 auteurs des livres Libres ! 100 idées, 100 auteurs et Libres !! - 100 idées / 100 auteurs / 100 feuillets.
Après une maîtrise en Histoire de l'Art contemporain, il est
agrégé de lettres modernes. Critique d'art et de littérature, il a animé
une revue et collaboré à Art-Press, Calamar, La République des Lettres, La Revue des Deux Mondes, Encres Vagabondes, Edelweiss… Aujourd’hui, on lit ses articles et études principalement consacrés aux littératures étrangères dans Le Matricule des Anges, Europe et L’Atelier du roman.
Écrivain, il a publié un roman et relaté quelques-unes de ses expériences de marcheur en Massif central et dans Le Passage des sierras et autres récits pyrénéens et espagnols à paraître.
Photographe, il a réalisé des expositions sur les étangs de la
Brenne et sur la montagne Noire, en y ajoutant les peintures et collages
des « triptyques géographiques ». Salué par la presse, Le Marais poitevin
fut couronné par le Grand prix Hippolyte Bayard de Photographie 1991 et
lui valut de figurer parmi les 70 Modern Masters of Right Brain Left
Brain Photography (Amphoto, New York, 1994). Après ses abécédaires
photographiques sur l'île de Ré, ses seize semaines de marche entre
Béarn et Aragon, il fit le portrait du Parc naturel régional du
Haut-Languedoc.
Il prépare un vaste roman polymorphe, La République des rêves, et un roman mêlant fantastique, critique sociale et dialogue philosophique : Les Métamorphoses de Vivant.
Suite à ses trente-deux semaines de marche entre Haute-Garonne et
Catalogne, il travaille à une édition revue et considérablement
augmentée de Pyrénées entre Anie et Aneto, en vue de proposer un diptyque complet des Pyrénées. Et bientôt un nouveau roman : Muses Academy.
On découvrira ses travaux, entre critiques littéraires, extraits de
romans, photographie, sonnets, chroniques et essais de philosophie
politique libérale sur son blog : thierry-guinhut-litteratures.over-blog.com, et plus précisément la partie philosophie politique : [1]
Œuvres
- Voyages en archipel, roman, Noël Blandin. 1988
- Ré entre terre et mer, journal et photographies, G .E.R. Rupella, 1988
- Montagne Noire, journal et photographies, Presses du Languedoc, 1990
- Le Marais poitevin, récit et photographies, Duculot, 1991, rééd. La Renaissance du Livre, 1998, 2003
- Le Recours aux monts du Cantal et autre récits en Massif Central, Actes Sud, 1991
*Ré, une île en paradis, essai et photographies, Patrimoines et Médias, 1995
- Au cœur des Pyrénées, entre Anie et Aneto, récit et photographies, La Renaissance du Livre, 1999
- Haut-Languedoc, récit et photographies, La Renaissance du Livre, 2000
- Pyrénées entre Aneto et Canigou, textes et 400 photographies, Rando-Editions, 2008
Liens externes