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mars 14, 2026

Europe info Mi-mars 2026 & Chine avec le 15ème plan quinquennal 2026(Important à lire)

Sommaire:

A) - Les députés européens s’octroient une prime de plus pendant la crise pour les européens 

B) - L’Espagne, bastion du pacifisme européen, refuse la folie nucléaire de Macron

C) - 80 millions saisis à Budapest : corruption ukrainienne et menaces de Zelensky contre Orbán

D) - « Le mea-culpa allemand sur le nucléaire vient quand le mal est fait » C. Semperes (entretien)

E) - Chine avec le 15ème plan quinquennal 2026

 


A) - Les députés européens s’octroient une prime de plus pendant la crise pour les européens  

Bruxelles, 13 mars 2026 – Pendant que les Européens affrontent une nouvelle vague de crise énergétique liée à la guerre en Iran, des prix à la pompe qui s’envolent et une inflation qui menace de repartir,

les eurodéputés viennent tranquillement de s’offrir une indemnité journalière de 359 € pour le samedi 9 mai 2026, jour de la Journée de l’Europe.

Une décision prise à huis clos, validée par un simple coup de stylo sur un registre de présence. Et ce n’est pas tout : un groupe de travail planche déjà sur une hausse de cette prime pour l’indexer sur l’inflation. Le peuple paie, les élus se servent.

Une prime facile à empocher pour un samedi… « citoyen »

L’information, révélée en exclusivité par Euractiv, est glaçante de simplicité. La députée française Fabienne Keller (Renew) a envoyé le 6 mars un e-mail à ses collègues : le 9 mai, vous pouvez signer le registre et empocher les 359 €, même si vous ne faites qu’un passage éclair (ou rien du tout). Habituellement réservée aux jours de session en semaine, cette indemnité forfaitaire – confirmée sur le site officiel du Parlement européen – couvre « tous les frais de subsistance » pendant les activités parlementaires. Pour la Journée de l’Europe (anniversaire de la déclaration Schuman), les événements publics à Bruxelles, Luxembourg et Strasbourg sont désormais éligibles. Le porte-parole du Parlement défend une « pratique standard » : « Rencontrer les citoyens fait partie du mandat. »

Sauf que les eurodéputés ne sont pas dupes. Un parlementaire anonyme confie : « C’est incroyablement facile de jouer le système et d’aller chercher de l’argent pour ne rien faire. » Un autre : « Jean Monnet se retourne dans sa tombe. » Beaucoup signeront sans assister à quoi que ce soit.

Décision prise en catimini à huis clos

Décision prise en réunions fermées la semaine dernière, sans débat public. Transparence zéro. Les eurodéputés ont discuté en secret des changements aux avantages financiers, y compris les remboursements de voyages. Résultat : extension de la prime week-end, sans aucun contrôle réel sur la présence effective.

Le groupe de travail qui prépare déjà une hausse indexée sur l’inflation

Et pendant ce temps, un nouveau groupe de travail (confirmé par Euractiv et des sources internes) examine déjà une augmentation de ces mêmes 359 € pour les aligner sur l’inflation. Oui, vous avez bien lu : alors que le Bureau du Parlement a refusé toute revalorisation de l’indemnité générale de frais (les 4.950 € mensuels) en 2026, la prime journalière fait l’objet d’un examen spécifique pour une indexation automatique.

Les eurodéputés, dont le salaire de base avoisine déjà 10.000 € brut par mois, se préparent à toucher encore plus… au nom de l’inflation qu’ils contribuent à aggraver par leurs politiques.

Le décalage abyssal avec la réalité des Européens

Le fossé avec le peuple est abyssal. En ce printemps 2026, l’Europe vit sous la menace d’un nouveau choc énergétique. La guerre en Iran (et ses répercussions sur le détroit d’Hormuz) a fait bondir les prix du gaz et du pétrole. Les analystes de Goldman Sachs et Bloomberg prédisent : une hausse de 10 % du brut peut ajouter 0,3 point à l’inflation de la zone euro. Les prix à la pompe flirtent déjà avec 2 € le litre dans plusieurs capitales. Les factures de gaz et d’électricité restent largement au-dessus des niveaux d’avant 2022 (guerre en Ukraine). Les ménages modestes, les agriculteurs, les transporteurs et les patrons de PME/PMI tirent la sonnette d’alarme : hausse du coût de la vie, risques de pauvreté énergétique, ralentissement économique.

Après le choc ukrainien, un nouveau risque énergétique

Rappelons le contexte : après le choc ukrainien de 2022 (qui avait poussé l’inflation à plus de 9 % et obligé les États à distribuer des chèques énergie), l’Europe espérait respirer. Raté. Le conflit au Moyen-Orient relance les spéculations, fait doubler temporairement les prix du gaz néerlandais TTF, et menace de renvoyer l’inflation vers 2,5-3 %. Pendant ce temps, les gouvernements parlent de « restrictions », de sobriété, de taxes carbone… et les citoyens comptent chaque euro à la caisse.

Les élus s’auto-récompensent pendant que le peuple trinque

Les eurodéputés, eux, votent en secret une prime week-end et étudient son indexation automatique. Salaire intouchable, frais généraux de 4.950 €/mois, voyages remboursés : tout est déjà généreux. Mais non, il faut plus. Pendant que les Français, Allemands, Italiens ou Polonais hésitent entre plein d’essence et courses alimentaires, les élus « s’engagent avec les citoyens »… en signant un registre de présence en vue d’une rémunération supplémentaire…

Sur les réseaux sociaux et dans les médias, l’indignation monte, mais au Parlement, silence radio ou défense corporatiste. Ce n’est pas une « prime secrète illégale », c’est pire : une règle existante étendue en douce, avec abus potentiels assumés. C’est le symbole parfait du fossé qui s’est creusé entre un peuple qui trinque et des élus qui s’auto-récompensent.

En pleine période de guerre (Iran, Ukraine en arrière-plan), de restrictions énergétiques et d’inflation galopante, ce geste est indécent. Il illustre à la perfection la déconnexion totale : pendant que l’Europe demande aux citoyens de « tenir », ses représentants se tiennent… très bien, merci, avec 359 € de bonus facile et une revalorisation à l’étude.

Les électeurs jugeront. Mais une chose est sûre : Jean Monnet, père de l’Europe, aurait sans doute préféré des élus qui se serrent la ceinture aux côtés de leur peuple plutôt que de signer pour s’enrichir davantage sur leur dos avec de l’argent public. Le Parlement européen a-t-il encore une once de légitimité quand il agit ainsi ? La question mérite d’être posée… publiquement cette fois.

https://multipol360.com/les-deputes-europeens-soctroient-une-prime-de-plus-pendant-la-crise-pour-les-europeens/ 

 


 

B) - L’Espagne, bastion du pacifisme européen, refuse la folie nucléaire de Macron

« Nous ne voulons pas d’un monde plus nucléaire »

Le 10 mars 2026, Pedro Sánchez, Premier ministre espagnol, a répondu avec clarté et fermeté à l’initiative d’Emmanuel Macron :

l’Espagne refuse catégoriquement de participer à la « dissuasion avancée » française et à tout déploiement d’armes nucléaires sur son territoire.

Alors que Paris augmente son arsenal et invite ses voisins à des exercices communs, Madrid dit non. Un non clair, assumé, pacifiste. Un non qui contraste violemment avec le bellicisme permanent de l’Élysée.

L’initiative française : plus d’ogives, plus de risques

Le 2 mars 2026, à la base de l’Île-Longue, Emmanuel Macron a annoncé deux décisions lourdes de conséquences : 

  • L’augmentation du nombre de têtes nucléaires françaises (le chiffre exact ne sera plus communiqué).
  • La mise en place d’une doctrine de « dissuasion avancée » ouverte à huit pays européens (Allemagne, Royaume-Uni, Pologne, Pays-Bas, Belgique, Grèce, Suède, Danemark). 

Objectif affiché : faire participer ces alliés à des exercices et permettre des déploiements temporaires de forces stratégiques françaises. En réalité, c’est une escalade nucléaire assumée au moment où le traité New START a expiré sans successeur le 5 février 2026. Macron joue la carte de la « solidarité européenne »… en poussant l’Europe vers une course aux armements.

L’Espagne dit non : un refus historique et assumé

Pedro Sánchez n’a pas tourné autour du pot. Dans une interview accordée à elDiario.es, il a déclaré sans ambiguïté : 

« Nous ne voulons pas d’un monde plus nucléaire, nous ne voulons pas d’une Europe nucléarisée. Par conséquent, nous ne participerons pas à ce projet. » 

L’Espagne n’est pas parmi les huit pays (Allemagne, Royaume-Uni, Pologne, Pays-Bas, Belgique, Grèce, Suède,
Danemark) qui ont accepté l’offre française. Elle refuse tout déploiement, tout exercice, toute collaboration. Ce n’est pas une hésitation diplomatique : c’est une ligne rouge posée au nom de la paix.

Le pacifisme espagnol : une doctrine constante, pas un effet de mode

Ce refus n’est pas isolé. Il s’inscrit dans une tradition pacifiste profonde et cohérente du gouvernement Sánchez :

  • Dès le début de l’escalade au Moyen-Orient (frappes américano-israéliennes sur l’Iran), l’Espagne a interdit l’utilisation de ses bases de Rota et Morón pour toute opération offensive.
  • À la Conférence de Munich sur la sécurité en février 2026, Sánchez a appelé publiquement à un nouveau traité de limitation des arsenaux nucléaires.
  • Devant la guerre en Ukraine comme face à la crise iranienne, le slogan « Non à la guerre » n’est pas un slogan électoral : c’est une politique. L’Espagne refuse d’envoyer des troupes, refuse les livraisons d’armes lourdes, refuse l’escalade. 

Pendant que d’autres capitales européennes suivent Washington dans une logique de confrontation permanente, Madrid choisit la diplomatie, la désescalade et la sécurité collective par le désarmement. Pedro Sánchez le répète : après l’expiration du traité international de non-prolifération, l’urgence est de négocier une réduction, pas une augmentation des ogives.

Macron, le va-t-en-guerre isolé

Le contraste est saisissant. Tandis que l’Espagne privilégie la paix et la raison, Macron transforme chaque discours en appel martial : Covid, Ukraine, terrorisme, Irak, maintenant l’arsenal nucléaire.

Il veut faire de la France le « gendarme nucléaire » de l’Europe, quitte à exposer le continent à une nouvelle course aux armements. Résultat : huit pays acceptent du bout des lèvres, l’Espagne refuse net, et l’Italie (déjà prudente sur d’autres théâtres) observe avec distance.

Ce refus espagnol est un camouflet diplomatique pour l’Élysée. Il montre que l’Europe n’est pas unie derrière le bellicisme français. Il montre surtout qu’un pays souverain peut encore dire non à la folie guerrière sans se faire traiter de « traître ».

Retour au réel : la paix n’est pas une faiblesse

L’Espagne nous rappelle une évidence que Macron semble avoir oubliée : la vraie souveraineté, c’est choisir la paix quand les autres choisissent la guerre. C’est refuser l’escalade nucléaire au lieu de l’organiser. C’est privilégier la vie des peuples plutôt que les postures de chef de guerre.

Les Français, épuisés par les crises successives, devraient regarder du côté de Madrid. Nous ne voulons pas d’une Europe « nuclearisée ». Nous ne voulons pas payer, en impôts et en risques, les aventures martiales d’un président qui n’a jamais vu un conflit qu’il n’ait voulu transformer en spectacle.

L’Espagne a choisi le pacifisme. La France, sous Macron, a choisi l’escalade. Le choix est clair : paix ou guerre. Désarmement ou course aux ogives. Raison ou folie.

Madrid a tranché. Il est temps que Paris retrouve la raison.

https://multipol360.com/lespagne-bastion-du-pacifisme-europeen-refuse-la-folie-nucleaire-de-macron/ 

 


 

C) - 80 millions saisis à Budapest : corruption ukrainienne et menaces de Zelensky contre Orbán

Budapest, 6 mars 2026. Les douanes hongroises viennent de porter un coup spectaculaire au convoi ukrainien qui transitait par l’Autriche.

Sept citoyens ukrainiens, dont des employés de la banque d’État Oschadbank et un ancien général des services de renseignement (SBU), ont été interpellés.

Dans deux véhicules blindés : 40 millions de dollars américains, 35 millions d’euros et 9 kg d’or (soit environ 80 millions de dollars au total). L’argent provenait de la Raiffeisen Bank autrichienne et se dirigeait vers Kiev. Les autorités hongroises ont immédiatement saisi le tout et ouvert une enquête pour blanchiment d’argent. Les sept personnes ont finalement été expulsées, mais les fonds restent bloqués à Budapest.

Officiellement, l’Ukraine parle d’un « transfert routinier et déclaré ». Dans les faits, Budapest accuse un système bien rodé : selon les douanes hongroises, plus de 900 millions de dollars, 420 millions d’euros et 146 kg d’or auraient déjà transité de la même manière depuis janvier 2026. Viktor Orbán ne cache pas son objectif : mettre fin à ce qu’il qualifie de « vaste réseau de corruption » alimenté par l’aide occidentale.

Une corruption systémique qui ne date pas d’hier

L’affaire tombe au pire moment pour Kiev. L’Ukraine traîne depuis des années la réputation d’être l’un des pays les plus corrompus d’Europe. Le classement Transparency International le place régulièrement dans le bas du tableau européen (autour de la 100e place mondiale ces dernières années). Malgré les réformes affichées depuis 2014 et les exigences de l’Union européenne pour sa candidature, les scandales se multiplient :

  • Détournements massifs dans les marchés d’armement
  • Oligarques qui continuent de peser sur la justice et l’économie
  • Aides internationales (plus de 167 milliards d’euros depuis 2022) qui profitent parfois plus aux intermédiaires qu’aux soldats sur le front 

La Hongrie n’est pas la seule à pointer du doigt cette réalité. Plusieurs rapports occidentaux (y compris américains et européens) ont déjà documenté des cas de corruption dans l’utilisation des fonds d’aide. Orbán, qui bloque depuis des mois le prêt européen de 90 milliards d’euros, répète à l’envi : « Nous ne financerons pas la corruption ukrainienne avec l’argent des contribuables européens. »

Zelensky passe aux menaces directes contre Orbán

Face à ce bras de fer, Volodymyr Zelensky a franchi un nouveau palier. Le 5 mars, lors d’un point de presse à Kiev, il a déclaré, sans nommer Orbán mais sans aucune ambiguïté :

« Nous espérons qu’une seule personne au sein de l’UE ne bloquera pas les 90 milliards. Sinon, nous donnerons l’adresse de cette personne à nos forces armées, à nos gars, pour qu’ils puissent l’appeler et lui parler dans leur propre langue. »

La phrase a fait l’effet d’une bombe. La Commission européenne a immédiatement condamné des « menaces inacceptables ». Le ministre hongrois des Affaires étrangères, Péter Szijjártó, a été plus direct : « Il s’agit d’une situation totalement inédite en Europe : le président d’un pays européen menace de tuer, d’assassiner, le Premier ministre d’un État membre de l’OTAN et de l’UE. »

Orbán, en pleine campagne électorale, a répondu du tac au tac : « Pas même s’ils me font chanter, pas même s’ils menacent ma vie. » Kiev a répliqué en qualifiant l’arrestation des sept Ukrainiens de « prise d’otages » et en déconseillant à ses citoyens de voyager en Hongrie.

Un duel qui dépasse les deux hommes

Derrière cette escalade verbale et financière se joue bien plus qu’une querelle bilatérale. D’un côté, Orbán, accusé par Kiev d’être le « cheval de Troie » de Moscou au sein de l’UE. De l’autre, Zelensky, qui voit son principal levier de pression (l’aide européenne) bloqué par un seul pays. Entre les deux : la question du transit de pétrole russe via l’Ukraine, que Kiev refuse désormais de rétablir, privant Budapest d’une partie de son approvisionnement.

L’affaire des 80 millions saisis n’est donc pas un incident isolé. Elle s’inscrit dans le contexte de la dérive délétère de l’Ukraine, qui continue de chercher des excuses pour prolonger une guerre dont personne ne veut, sauf les oligarques qui s’enrichissent indignement sur le dos des contribuables européens et du peuple ukrainien.

Une chose est sûre : les contribuables européens, qui financent depuis quatre ans un conflit sans fin, commencent à se poser les mêmes questions que Viktor Orbán : où va vraiment l’argent ?

Et jusqu’où Zelensky est-il prêt à aller pour le faire couler ?

https://multipol360.com/80-millions-saisis-a-budapest-corruption-ukrainienne-et-menaces-de-zelensky-contre-orban/ 

 


 

D) - « Le mea-culpa allemand sur le nucléaire vient quand le mal est fait » C. Semperes (entretien)  

Comment interpréter le revirement d’Ursula Von der Leyen, ainsi que les dernières déclaration du président Macron sur le nucléaire. Qu’est-ce que cette erreur stratégique ? Christian Semperes a bien voulu répondre à nos questions et partager son interprétation. Son leitmotiv : « entendre un responsable politique admettre une erreur, c’est rare ! Mais quand plusieurs le font en chœur et en même temps, cela devient suspect. » Tout un programme. 

The European Scientist : Au sommet du nucléaire, Ursula von der Leyen vient de reconnaître qu’il s’agissait d’une erreur stratégique de la part de l’Union européenne d’arrêter la production nucléaire. Comment interprétez-vous cette déclaration ? Pensez-vous qu’elle soit sincère ?

Christian Semperes : Je vous propose de replacer cette déclaration dans son contexte. D’abord, le chancelier allemand a reconnu l’erreur commise en arrêtant le parc nucléaire allemand. Ensuite, Mme Ursula von der Leyen a qualifié « d’erreur stratégique » la mise à l’écart du nucléaire en Europe. Enfin, M. le Président de la République, Emmanuel Macron, lui a emboîté le pas lors du sommet sur l’énergie nucléaire du 10 mars dernier.

À première vue, et sans connaître le sujet en profondeur, on pourrait se réjouir naïvement de la clairvoyance soudaine de nos responsables politiques et de leur transparence apparente en reconnaissant leurs « erreurs ». Il faut le reconnaître, entendre un responsable politique admettre une erreur, c’est rare ! Mais quand plusieurs le font en chœur et en même temps, cela devient suspect.

TES : Pensez-vous que les politiques qui changent d’avis le font en ayant vraiment compris que l’idéologie écologiste menait à une impasse, ou sont-ils encore sous l’emprise de leurs biais cognitifs ?

CS : Il faut distinguer deux points de vue. D’un côté, celui des Verts, qu’ils soient allemands ou français, qui ont fait du nucléaire leur ennemi absolu. De l’autre, celui de l’État allemand, qui, depuis des années, cherche à réduire le prix de son électricité pour le ramener au niveau du prix français, afin d’éviter de pénaliser son activité économique.

Dans leur coalition gouvernementale, l’État allemand et les Verts allemands ont ainsi trouvé une croisade commune contre le nucléaire européen et français en particulier. Selon la logique « les ennemis de mes ennemis sont mes amis », les gaziers, pour qui le nucléaire représente un concurrent redoutable, ont été invités à se joindre à cette croisade.

TES : Pourquoi ce revirement ? Pourquoi une profession de foi en faveur du nucléaire aujourd’hui ? D’après ce que je comprends, il ne s’agirait pas d’un vrai mea-culpa. Qu’est-ce qui, à vos yeux, permettrait de dire qu’il ne s’agit pas simplement de pures déclarations politiques ?

CS : Quand on connaît le sujet et qu’on l’a vécu de l’intérieur, comme moi, durant 37 ans d’exploitation nucléaire, cette « erreur » conjointement reconnue était en réalité une stratégie allemande visant à atteindre un objectif qui est aujourd’hui atteint.

« L’erreur » française, traduction opérationnelle de l’objectif allemand, est en fait une trahison de notre souveraineté énergétique, économique et géopolitique, sans compter qu’elle constitue un écocide. Pour étayer cette accusation, il faut retracer un brin d’histoire, car c’est une subtile partie de billard à plusieurs bandes.

TES : Nous vous écoutons. Rappelez-nous les événements.

CS : Depuis la fin de la construction de son parc nucléaire, la France bénéficiait d’un avantage concurrentiel majeur face à l’Allemagne :

  • Son électricité était très bas carbone depuis 45 ans. En 1989, Michel Rocard, alors premier ministre, l’écrivait déjà dans un rapport sur les émissions de gaz à effet de serre(1).
  • Son prix restait systématiquement inférieur à celui de l’électricité allemande.

Les chiffres de 2025 le confirment toujours, avec 70 % d’électricité d’origine nucléaire, le prix en France (0,195 €/kWh TTC) est non seulement inférieur à la moyenne européenne, mais aussi de moitié moins élevé que celui de l’Allemagne (0,38 €/kWh TTC), le plus cher d’Europe.(2) 

Et comme preuves supplémentaires, l’électricité française est abondante, pilotable et peu chère, quelles que soient les conditions météo. Les exportations records d’EDF vers l’Europe le prouvent avec plus de 92 TWh très bas carbone, en 2025.

TES : Ça, c’est l’objectif. Et la stratégie, alors ?

CS : Sous la pression des Verts antinucléaires allemands, intégrés à la coalition gouvernementale, l’Allemagne a exercé une pression constante sur la Commission européenne. Grâce à ses directives de libéralisation du marché de l’électricité (adoptées dès 1996, renforcées en 2003 et 2009) et à sa pression juridique, la Commission a forcé la France à créer l’ARENH pour « libéraliser » le marché.

Pour éviter des sanctions, la France a proposé en 2009 le mécanisme ARENH, intégré dans la loi NOME de 2010. L’accident de Fukushima a servi d’opportunité pour attiser la peur du nucléaire et accélérer le processus.

De 2011 à 2025, l’ARENH a obligé EDF à vendre à perte jusqu’à 25 % de sa production nucléaire (très bas carbone) à un prix régulé de 42 €/MWh aux « fournisseurs alternatifs ». Sans rien investir, sans rien produire, sans rien transporter et sans rien distribuer, ceux-ci, comme TotalEnergies, revendaient cette électricité au prix du marché, jusqu’à 2 988 €/MWh le 4 avril 2022 à 8h, en pleine crise du gaz russe.

Pendant ce temps, EDF, privé de 25 % de sa production, devait racheter de l’électricité sur le marché au même prix exorbitant.

TES : Quel est le lien avec l’objectif d’équilibrer les prix de l’électricité allemande et française ?

CS : La stratégie était claire :

  1. Favoriser les gaziers pour qui le nucléaire est un concurrent redoutable et qui deviennent la substitution de moyens pilotables.
  2. Ruiner les finances d’EDF pour l’empêcher de s’autofinancer et de construire de nouveaux réacteurs pour rendre impossible le renouvellement du parc nucléaire français.
  3. Positionner la Commission européenne en arbitre du financement du « nouveau MWh écolo » (renouvelables) plutôt que très bas carbone (nucléaire).

C’était la première bande du billard.

La seconde bande visait le parc en exploitation. C’est là que les Verts français sont entrés en jeu :

  • Ils ont soutenu l’accès au pouvoir de François Hollande.
  • En collaboration avec les Verts allemands, ils ont obtenu la fermeture de Fessenheim.
  • Ségolène Royal a plafonné à 50 % la part du nucléaire dans la production française.
  • Sous le premier quinquennat Macron, la loi n° 2019-1908 du 30/04/2019 prévoyait la fermeture de 12 réacteurs supplémentaires (en plus de Fessenheim) à partir de 2025. Cette menace n’a finalement pas été exécutée, mais ces réacteurs, jugés sûrs par l’Autorité de sûreté nucléaire, étaient bel et bien menacés.

L’ARENH, la fermeture de Fessenheim et la loi sur les 12 réacteurs étaient la traduction opérationnelle de l’objectif allemand, à savoir casser notre avantage concurrentiel sur le long terme.

En conclusion, « l’erreur » évoquée par Ursula von der Leyen était une stratégie délibérée. « L’erreur » reconnue aujourd’hui par la France, via Emmanuel Macron, est une trahison de notre souveraineté énergétique, économique et géopolitique, sans compter qu’elle constitue un écocide. Rappelons que le MWh nucléaire français est de loin le plus bas carbone, même comparé au MWh renouvelable, dont les panneaux solaires viennent d’Asie par bateaux à fuel, avec un facteur de charge industriellement epsilonesque.

TES : Y aurait-il une troisième bande à ce jeu de billard ?

CS : Oui, et elle est cruciale. La règle est simple : « Pile, l’Allemagne, je gagne ; face, la France, tu perds. » Je m’explique.

En France, la loi impose un démantèlement immédiat des installations nucléaires dès la publication du décret de mise à l’arrêt. Dès l’arrêt de Fessenheim, EDF a procédé au « lessivage chimique du circuit primaire », une opération irréversible qui diminue l’épaisseur des tuyauteries pour diminuer la dosimétrie des intervenants. Cette opération rend tout redémarrage techniquement impossible.

À l’inverse, les réacteurs allemands mis « sous cocon » et non démantelés pourraient être relancés. Ce serait le dernier acte d’un opéra wagnérien, « Le Vaisseau fantôme », une tragédie d’amour et de malédiction, celle du couple franco-allemand.

TES : Emmanuel Macron était à Penly et a fait des déclarations allant dans le sens d’une relance volontariste du nucléaire. Qu’en pensez-vous ? Est-ce un usage rhétorique du « en même temps » ? A-t-il compris que le nucléaire était la meilleure solution pour le climat et pour le prix de l’électricité sur le long terme ?

CS : La reconnaissance des vertus du nucléaire, d’abord par le chancelier allemand, puis par Ursula von der Leyen, enfin par Emmanuel Macron, intervient au moment où l’objectif est atteint. Le mal est fait, et il risque d’être durable. Je m’explique.

Les finances d’EDF ont été volontairement dégradées par l’ARENH. De plus, le tissu industriel de construction nucléaire a été affaibli. Rappelez-vous. Les 58 réacteurs français ont été construits et démarrés en 22 ans (soit 2,7 réacteurs/an), avec une durée moyenne de construction de 6 ans, comme le font aujourd’hui les Chinois. L’État français a imposé un « black-out » de construction, faisant perdre ses compétences au tissu industriel français. L’objectif de saboter notre savoir-faire de construction est atteint. La planification et la construction de Flamanville 3, un prototype et un seul, qui voulait laver plus blanc que blanc, l’ont montré. 

Maintenant, les politiques au pouvoir peuvent faire amende honorable et racheter notre confiance. Mais quand on a vécu de l’intérieur, pendant des décennies, la démolition méthodique de notre avantage écologique, énergétique et économique, on ne peut que dénoncer cette hypocrisie.

TES : Vous ne semblez pas très optimiste…

CS : Mon propos était d’abord de rappeler des faits qui revêtent un aspect très négatif pour notre compétitivité, il faut bien l’avouer. Mais il y a aussi des raisons d’être optimiste.

EDF reste le seul groupe industriel au monde à cumuler plus de 2 000 ans d’expérience en exploitation de réacteurs à eau pressurisée (REP). Faites le calcul : 58 réacteurs × 40 ans de moyenne d’âge. Son ingénierie dispose d’une banque de données interne inestimable, lui offrant une capacité unique à rebondir. La gestion de la crise des corrosions sous contrainte en 2022 et le rétablissement spectaculaire de ses résultats d’exploitation en sont la preuve, si besoin était.

Il y a d’autres signes encourageants. Les turbines Arabelle de Belfort, fleuron de la filière, sont revenues dans le giron français après avoir été cédées aux Américains. Depuis 2022, EDF détient Framatome à 100 %, consolidant ainsi la maîtrise de l’ensemble du savoir-faire historique de construction des gros composants de chaudière nucléaire, préservé grâce aux projets chinois et britanniques. La perspective d’un programme ambitieux d’EPR2 redonne au tissu industriel français les garanties nécessaires pour investir en euros comme en compétences, sur le long terme.

Oui, le Phénix renaîtra de ses cendres.

Mais attention ! 6 EPR2 ne suffiront pas à remplacer les 56 réacteurs actuellement en activité, d’une moyenne d’âge de 40 ans. Si le programme s’arrête là, l’objectif allemand sera atteint. Quand les réacteurs français arriveront en fin de vie, le prix de l’électricité française rejoindra celui de l’Allemagne, 10 fois plus carbonée avec son gaz, son charbon et son lignite. Rappelez-vous. Dans son rapport de mars 2020 (page 120/192), la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC) prévoyait déjà la construction de 20 centrales à gaz pour compenser la perte de 50 % du nucléaire. Or, la guerre en Ukraine et les récentes tensions au Moyen-Orient nous rappellent que le prix du gaz est pour le moins volatile. Dans ce scénario, le prix de l’électricité française rejoindra celui de l’électricité allemande.

De

European Scientist donne la parole aux chercheurs et experts désireux d'expliquer à nos concitoyens les tenants et aboutissants des débats scientifiques qui animent l'Europe. Le site se veut plus complet que les discours politiques, trop souvent biaisés ou réducteurs. 

https://www.europeanscientist.com/fr/opinion/le-mea-culpa-allemand-sur-le-nucleaire-vient-quand-le-mal-est-fait-c-semperes-entretien/ 

(1) https://inis.iaea.org/records/hfh13-53m08

(2) https://ekwateur.fr/blog/marche-de-l-energie/prix-electricite-allemagne/#prix

 


 

E) - Chine avec le 15ème plan quinquennal 2026

La Chine vient de publier son 15ème plan quinquennal et je vous conseille de lire ce tableau ligne par ligne parce que c'est probablement le document le plus important de 2026 et personne en France n'en parlera ce qui me fascine c'est pas forcément un chiffre en particulier c'est pas la vision systémique, dans un seul document ils planifient simultanément la croissance du PIB, les brevets à haute valeur, l'économie numérique à 12.5% du PIB, la part des énergies non fossiles à 25%, la réduction des émissions CO2, la qualité de l'eau de surface à 85%, l'espérance de vie à 80 ans, le taux de couverture forestière, la capacité de production céréalière, TOUT dans le même tableau avec des objectifs chiffrés à horizon 2030 & des indicateurs contraignants en occident on traite l'économie l'écologie l'éducation, la santé et la sécurité énergétique comme des ministères séparés qui se battent pour des budgets, la Chine les traite comme les organes d'un même corps, chaque ligne de ce tableau nourrit les autres, l'urbanisation alimente la productivité, la R&D alimente les brevets, les brevets alimentent l'économie numérique, l'énergie non fossile alimente l'indépendance stratégique, c'est un système pensé pour que chaque variable accélère toutes les autres et ça reflète tellement la vision profondément HOLISTIQUE de la Chine dont je parle souvent en bon propagandiste du CCP regardez par ex la ligne 5, brevets à haute valeur passer de 16 à plus de 22 pour 10 000 habitants d'ici 2030, c'est la ligne la plus silencieuse du tableau et probablement la plus décisive car sachez qu’un brevet à haute valeur c'est la propriété intellectuelle d'une technologie qui va structurer un marché pendant 20 ans MINIMUM on voit que la Chine planifie littéralement à qui appartiendra le futur technologique, les licences & les dépendances que les autres pays accumuleront vis-à-vis des technologies chinoises & ça représente EXACTEMENT la colonisation économique, technologique et industrielle du XXIème siècle dont je vous parle souvent à travers mes threads sur l’écosystème Chinois mais avec des brevets au lieu de canons pendant que l'Europe débat et que l'Amérique bombarde, la Chine planifie, construit et exécute et le + effrayant c'est que historiquement selon leurs propres bilans les plans précédents ont été exécutés à plus de 90% de leurs cibles…. 


 

 La différence entre les promesses court termistes des dirigeants européens comme Macron qui changent tous les 5 ans et le CCP qui se projette sur minimum 50 ans c’est que ce tableau n'est pas un programme électoral, c'est littéralement un cahier des charges national et ça change radicalement la manière dont il faut lire chaque chiffre

@BetterCallM
 

 

 

https://x.com/BetterCallMedhi/status/2032554379610603630/photo/1 

mars 04, 2026

Analyses & Bellicisme Trumpiste comme les intérêts israéliens

Sommaire:

A1) - « Le régime cherche à transformer l'attaque en réflexe patriotique »

A2) - Le démenti du Pentagone sur l’Iran : Trump renoue avec le bellicisme américain et les intérêts israéliens 

B) -  L’escalade américaine en Iran : Trump face à un isolement croissant sur la scène internationale

C) - Trump menace de couper les échanges commerciaux avec l'Espagne à cause des bases aériennes espagnoles.

D) - Guerre USA-Israël-Iran : Entre rumeurs sur des pertes françaises et justifications controversées de l’administration Trump

E) - Le siège invisible : comment les compagnies d’assurance ont fermé le détroit d’Ormuz

F) - Analyse des frappes israélo-américaines sur l’Iran

Ali Khamenei et Maduro, ou la fin de l’incantation. D’ores et déjà un événement d’une portée identique à ce que fut en son temps la chute du mur de Berlin et l’effondrement de l’URSS.

 


A1) - « Le régime cherche à transformer l'attaque en réflexe patriotique »

Pouvons-nous considérer que les jours du régime iranien sont comptés ou existe-t-il un risque d’enlisement réel ?

La réponse tient en une idée centrale : tout dépend si les choses vont à ce rythme, c’est-à-dire si les bombardements ciblés et les éliminations de responsables se poursuivent avec la même intensité. La disparition de la figure suprême fragilise l’architecture idéologique du système. La République islamique repose sur une autorité religieuse et politique concentrée. Toucher cette clé de voûte crée un vide symbolique considérable. Toutefois, un régime ne repose pas uniquement sur un homme. Il repose sur des réseaux, des structures, des hommes armés, des circuits financiers et un appareil administratif. En Iran, les Gardiens de la Révolution, les milices Bassidji, les services de renseignement et une partie de l’armée régulière constituent encore un socle solide. Même affaibli, ce socle peut maintenir l’ordre par la force.

Si les frappes continuent à désorganiser la chaîne de commandement, à neutraliser les centres névralgiques et à couper les capacités de coordination, alors l’effondrement peut s’accélérer. Les défections pourraient apparaître, notamment si des responsables locaux estiment que le pouvoir central ne peut plus les protéger. En revanche, si l’intensité des frappes diminue ou si l’appareil sécuritaire réussit à se reconstituer autour d’une direction provisoire, le risque d’enlisement devient réel. Le régime pourrait se transformer en structure plus militaire que religieuse, recentrée sur la survie et la répression. Dans ce cas, il ne tomberait pas immédiatement ; il s’endurcirait.

L’offensive américano-israélienne va-t-elle réactiver la mobilisation populaire sur le terrain ? Ou la répression risque-t-elle de s’intensifier ?

Pour le moment, la réponse est claire : non, pas pour le moment, c’est trop tôt encore. La population est prise dans un double étau. D’un côté, les frappes et l’incertitude. De l’autre, un appareil sécuritaire qui reste capable d’arrêter, d’intimider et de contrôler les grandes villes. Dans un contexte de guerre, beaucoup hésitent à descendre dans la rue. Il existe une peur réelle du chaos, mais aussi la crainte d’être accusé de trahison en pleine confrontation extérieure.

Le régime, de son côté, cherche à transformer l’attaque en réflexe patriotique. Il peut tenter de présenter le conflit comme une agression contre la nation plutôt que contre le pouvoir. Dans ce type de situation, la répression ne diminue pas ; elle a tendance à s’intensifier. Coupures des communications, contrôles accrus, arrestations ciblées. Une mobilisation massive ne pourrait émerger que si deux conditions sont réunies : d’une part, une perception claire que le régime vacille réellement ; d’autre part, une désorganisation visible de la chaîne de commandement locale. Tant qu’un gouverneur, un chef de police ou un commandant régional peut encore donner des ordres cohérents, la rue restera prudente. Cinq jours après le début de l’offensive, il est trop tôt pour parler d’un soulèvement généralisé.

Dans l’hypothèse d’une chute plus ou moins rapide du régime, d’aucuns pointent un risque d’irakisation ? Qu’en pensez-vous ?

Pour l’instant, il ne se passe pas ce que certains imaginaient. On ne voit pas des foules immenses descendre dans les rues dès les premiers bombardements. C’est compréhensible. Quand un pays est frappé de l’extérieur, la première réaction n’est pas forcément la révolte. C’est le choc, l’inquiétude pour sa famille, la peur de ce qui peut arriver dans les heures suivantes.

Il faut se mettre à la place des gens. Sortir manifester alors que des frappes ont lieu et que les forces de sécurité sont en alerte maximale, c’est prendre un risque énorme. Les autorités n’ont pas disparu. Les arrestations restent possibles. Les contrôles aussi. Beaucoup peuvent penser que ce n’est pas le moment, que la priorité est d’attendre, de voir comment la situation évolue.

En parallèle, le pouvoir essaie de reprendre la main sur le récit. Il peut présenter les attaques comme une agression contre l’Iran en tant que nation, et non seulement contre le régime. Dans ces moments-là, certains hésitent à critiquer ouvertement le pouvoir, de peur d’être perçus comme soutenant l’ennemi. Cela ne veut pas dire que le mécontentement a disparu. Mais il ne se transforme pas automatiquement en mobilisation visible.

Dans l’hypothèse d’une chute plus ou moins rapide du régime, certains parlent d’un risque d’“irakisation”. Je comprends la comparaison, mais je reste prudent avec ce terme.

L’Iran n’est pas l’Irak de l’époque de Saddam Hussein. L’État iranien a une histoire plus longue, une administration enracinée et une identité nationale forte. Même ceux qui contestent le régime ne contestent pas nécessairement l’existence de l’État iranien. Cela compte énormément. On ne peut donc pas affirmer qu’une chute du pouvoir central conduirait automatiquement au chaos généralisé.

Cela dit, il existe des risques réels si l’effondrement est rapide et mal préparé.

L’Iran est un pays multiethnique. Les Perses sont majoritaires, mais il y a des minorités importantes : les Kurdes au nord-ouest, les Baloutches au sud-est, les Arabes du Khuzestan au sud-ouest, les Azerbaïdjanais au nord. Tant que le pouvoir central est solide, ces équilibres tiennent, parfois par l’intégration, parfois par la pression sécuritaire. Si le centre s’affaiblit brutalement, ces équilibres peuvent être remis en cause.

Dans les régions kurdes, il existe une tradition politique forte et des revendications anciennes d’autonomie culturelle et politique. Une chute du régime pourrait relancer ces demandes. La Turquie suivrait cela de très près, tout comme l’Irak, car la question kurde dépasse largement les frontières iraniennes.

Au sud-est, dans le Sistan-Baloutchistan, région pauvre et marginalisée, les Baloutches ont déjà connu des tensions avec le pouvoir central. Une vacance du pouvoir pourrait ouvrir la voie à des revendications plus fortes ou à l’émergence de groupes armés locaux. Le Pakistan, pays frontalier, serait directement concerné par toute déstabilisation prolongée.

Au Khuzestan, région stratégique pour ses ressources énergétiques et peuplée en partie d’Arabes iraniens, toute instabilité aurait des conséquences économiques et politiques majeures. L’Irak, voisin immédiat, ne pourrait pas rester indifférent à une évolution dans cette zone sensible.

À cela s’ajoute la question des Moudjahidines du Peuple, organisation d’opposition en exil. Si, dans le vide politique, ce mouvement tentait de s’imposer sans consensus national, cela pourrait créer des tensions supplémentaires à l’intérieur du pays.

Le risque, donc, ne serait pas forcément une guerre confessionnelle comme en Irak après 2003, mais plutôt une fragmentation progressive : centres de pouvoir locaux, rivalités régionales, tentations d’ingérences extérieures. Si la transition est mal organisée, le vide peut être exploité par différents acteurs, internes et voisins.

En résumé, je n’aime pas comparer mécaniquement l’Iran et l’Irak, et je souhaite le meilleur pour tous les peuples de la région. Mais si le régime s’effondre brutalement sans transition claire et inclusive telle que voulue par le prince Reza Pahlavi, il existe effectivement un risque de désordre, de tensions ethniques et d’implication des pays voisins. Rien n’est inévitable, mais le danger serait réel dans un scénario précipité.

Michel Fayad


 

A2) - Le démenti du Pentagone sur l’Iran : Trump renoue avec le bellicisme américain et les intérêts israéliens  

Dans un revirement spectaculaire qui ébranle l’administration Trump, le Pentagone a informé le Congrès qu’il n’existait aucun signe indiquant que l’Iran prévoyait d’attaquer les États-Unis en premier.

Cette révélation, rapportée par Reuters le 1er mars 2026, jette une ombre sur les justifications des frappes israélo-américaines lancées le 28 février contre Téhéran. Baptisées « Roaring Lion » par Israël et « Epic Fury » par les États-Unis, ces opérations ont visé un changement de régime, tuant le guide suprême Ali Khamenei et des dizaines de responsables iraniens.

Mais au-delà des faits militaires, cette affaire soulève des questions profondes sur le bellicisme renouvelé de Donald Trump, ses liens étroits avec Israël, et la priorisation des intérêts étrangers au détriment de ceux des Américains.

Des publications sur les réseaux sociaux relayant cette information, qualifient la situation d’ « extrêmement grave », soulignant un possible « lâchage » de Donald Trump par le Pentagone.

 


 

Le démenti du pentagone : une justification fragile pour les frappes

Selon des sources anonymes citées par Reuters, des responsables du Pentagone ont briefé des membres du Congrès à huis clos, affirmant qu’aucune information ne suggérait une attaque imminente de l’Iran contre les forces américaines. Ces briefings mettaient l’accent sur les capacités balistiques iraniennes et les menaces potentielles des proxies, mais sans preuve d’une initiative offensive de Téhéran. Ce démenti contredit directement les arguments de l’administration Trump, qui présentait les frappes comme préventives pour contrer une agression supposée.

Les négociations à Genève, interrompues brutalement par ces attaques, ajoutent à la controverse. Des pourparlers indirects sur le programme nucléaire iranien, médiatisés par Oman, se déroulaient encore le 26 février, avec des signes de progrès selon des sources diplomatiques. Des critiques démocrates, comme le sénateur Mark Warner, ont déclaré n’avoir vu aucune preuve d’une frappe préemptive iranienne, qualifiant le conflit de « guerre de choix ». Un sondage Reuters / Ipsos révèle que seulement 27 % des Américains approuvent ces frappes, contre 43 % qui les désapprouvent, reflétant un scepticisme croissant face à cette escalade.

 


 

Trump et le retour du « gendarme du monde »

Ce démenti met en lumière le comportement belliciste de Donald Trump, qui renoue avec la tradition américaine de se poser en « gendarme du monde ». Depuis son retour à la Maison-Blanche, Trump a multiplié les interventions unilatérales, invoquant souvent des menaces exagérées pour justifier des actions militaires. Son discours sur l’état de l’Union du 25 février, truffé d’accusations contre l’Iran – qualifié de « principal sponsor du terrorisme » – préparait déjà le terrain pour une confrontation. Trump y affirmait vouloir empêcher l’Iran d’acquérir l’arme nucléaire, malgré des rapports du renseignement américain confirmant que Téhéran avait stoppé son programme en 2003 et n’en construisait pas actuellement.

Cette posture interventionniste n’est pas isolée. En janvier 2026, Trump a ordonné une opération militaire au Venezuela, qualifiée de « kidnapping » par de nombreux observateurs. Des forces spéciales américaines ont capturé le président Nicolás Maduro et sa femme Cilia Flores lors d’un raid nocturne à Caracas, les extradant vers New York pour des accusations de trafic de drogue. L’opération, impliquant environ 150 appareils, a causé au moins 40 morts selon des sources vénézuéliennes, et a été dénoncée comme une violation flagrante de la souveraineté. Donald Trump a justifié l’action par des motifs de lutte contre le narcoterrorisme, mais des critiques, comme la membre du Congré Bonnie Watson Coleman, l’ont accusée d’être motivée par des intérêts pétroliers, avec des consultations auprès d’exécutifs du secteur plutôt que du Congrès. Maduro, plaidant non coupable, a affirmé avoir été « kidnappé », et l’opération a provoqué des protestations mondiales, y compris en Amérique latine.

Ces actions illustrent un retour à une diplomatie de la canonnière, où les États-Unis imposent leur vision du monde par la force, au risque d’instabilité régionale et de pertes humaines inutiles.

Les liens étroit avec Israël : des intérêts américains sacrifiés ?

Les frappes sur l’Iran soulignent également les liens étroits entre Trump et Israël. La décision d’attaquer semble avoir été scellée lors de la visite de Benjamin Netanyahu à Washington le 11 février 2026, où des discussions sur des « dates possibles d’attaque » ont eu lieu, selon des rapports du New York Times. Benyamin Netanyahu, déterminé à torpiller les négociations avec l’Iran, a influencé Trump à abandonner la diplomatie au profit d’une offensive conjointe.

Cette alliance pose une question cruciale : les intérêts d’Israël priment-ils sur ceux des Américains ? Israël perçoit l’Iran comme une menace existentielle, justifiant des frappes pour neutraliser son influence régionale. Mais pour les États-Unis, les bénéfices sont moins clairs. Les frappes risquent d’escalader en un conflit prolongé, épuisant les ressources américaines et exposant les troupes à des ripostes iraniennes. Des sondages, comme celui de Quinnipiac en janvier 2026, montrent que 70 % des Américains s’opposent à une guerre avec l’Iran, particulièrement chez les démocrates (79 %). Pourquoi Trump engage-t-il les États-Unis dans une aventure qui pourrait gonfler les prix de l’énergie – via une fermeture potentielle du détroit d’Ormuz – et affaiblir sa position avant les midterms ?

Certains analystes suggèrent que l’influence d’Israël, via des lobbies puissants et des alliances personnelles (comme avec Netanyahu), oriente la politique étrangère américaine. L’opération au Venezuela, bien que distincte, renforce cette perception : Trump a admis des consultations avec des exécutifs pétroliers, priorisant des gains économiques à court terme au détriment de la stabilité internationale.

Conséquences et perspectives

Le démenti du Pentagone pourrait marquer un tournant, avec des appels à une enquête congressionnelle sur les justifications des frappes. Une publication sur X, réagissant à cette nouvelle, évoque un « lâchage » de Trump par le Pentagone, soulignant la gravité d’une fracture potentielle au sein de l’exécutif. À l’échelle globale, ces actions risquent d’isoler les États-Unis, renforçant des alliances alternatives comme les BRICS et accélérant le déclin de l’hégémonie américaine.

En conclusion, le bellicisme de Trump, illustré par les interventions récentes en Iran et au Venezuela (nous pourrions également y ajouter ses vues sur le Groenland), interroge la viabilité d’une Amérique qui se pose en justicier mondial. Prioriser les intérêts d’alliés comme Israël au détriment des Américains pourrait coûter cher politiquement et stratégiquement. Comme l’a noté un expert en géopolitique, « ce n’est pas un western : tuer le chef ne met pas fin à la guerre ». L’avenir dira si cette escalade mènera à une désescalade forcée ou à un conflit plus large.

https://multipol360.com/le-dementi-du-pentagone-sur-liran-trump-renoue-avec-le-bellicisme-americain-et-les-interets-israeliens/ 

 


 

B) -  L’escalade américaine en Iran : Trump face à un isolement croissant sur la scène internationale

Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël ont lancé une opération militaire conjointe contre l’Iran, baptisée « Epic Fury » du côté américain et « Roaring Lion » pour les Israéliens. Cette attaque, qui a visé directement le cœur du régime iranien en éliminant le guide suprême Ali Khamenei et une quarantaine de hauts responsables, marque un tournant dans la politique étrangère de Donald Trump. Justifiée comme une mesure préemptive contre une prétendue menace imminente, elle s’inscrit dans une reprise du bellicisme américain, aligné sur les intérêts stratégiques israéliens. Pourtant, derrière cette démonstration de force, se dessine un tableau plus sombre :

Trump est de plus en plus abandonné par une coalition internationale, y compris par des alliés occidentaux et membres de l’OTAN, qui refusent de suivre Washington dans cette aventure risquée.

Le contexte d’une agression controversée

Les frappes interviennent dans un climat de tensions exacerbées, alors que des négociations nucléaires étaient en cours à Genève sous auspices suisses. Trump, influencé par une visite de Benjamin Netanyahu à Washington le 11 février, a opté pour une approche offensive, accusant l’Iran d’être le « principal sponsor du terrorisme » et de menacer la sécurité mondiale avec son programme nucléaire – bien que des rapports de renseignement américains confirment que Téhéran a suspendu ses activités en 2003. Le Pentagone a même démenti publiquement, lors d’un briefing au Congrès le 1er mars, toute indication d’une attaque iranienne imminente, soulignant l’absence de preuves pour justifier une action préemptive. Cette contradiction interne met en lumière une stratégie impulsive, où la diplomatie semble n’être qu’un écran pour masquer des préparatifs militaires.

L’opération fait écho à une intervention récente au Venezuela en janvier 2026, où les forces américaines ont capturé le président Maduro sous prétexte de trafic de drogue, causant une quarantaine de morts et provoquant des protestations mondiales. Ces actions unilatérales, qualifiées de « guerre de choix » par des critiques démocrates comme le sénateur Mark Warner, visent un changement de régime mais ignorent les leçons du passé : tuer un leader ne garantit pas la stabilité, comme l’a démontré la résilience du système iranien, qui a rapidement annoncé une succession et riposté avec des missiles sur des bases américaines dans sept pays du Moyen-Orient. L’Iran, anticipant l’assaut grâce à la montée visible des forces US dans le Golfe, a fermé le détroit d’Ormuz, bloquant 20 % du pétrole mondial et faisant grimper les prix de l’énergie – un coup dur pour l’économie américaine à l’approche des midterms.

Un isolement international qui s’accentue

Si Trump espérait rallier le monde derrière sa vision musclée, la réalité est tout autre. Les réactions internationales révèlent un abandon progressif, particulièrement chez des partenaires traditionnels.

Les alliés européens, piliers de l’OTAN, ont rapidement pris leurs distances, soulignant qu’ils n’ont pas participé aux frappes et appelant à la retenue pour éviter une escalade régionale.

Le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne, dans une déclaration conjointe, ont évité de condamner directement les actions américaines mais ont insisté sur la nécessité de reprendre les négociations, condamnant plutôt les ripostes iraniennes sur des pays de la région. Cette formulation prudente masque une critique implicite : ces nations, engagées depuis des décennies dans le respect du droit international, voient dans les frappes une violation flagrante de l’article 2(4) de la Charte des Nations Unies, qui interdit l’usage de la force sans autorisation du Conseil de sécurité.

L’Espagne, membre de l’OTAN, va plus loin en condamnant ouvertement l’intervention, émergent comme une voix dissidente au sein de l’Alliance atlantique.

Madrid a refusé d’autoriser l’utilisation de ses bases militaires pour les opérations contre l’Iran, invoquant des préoccupations humanitaires et une opposition à l’escalade.

Donald Trump a réagi avec virulence, menaçant de couper les liens commerciaux et critiquant l’Espagne pour son refus d’augmenter ses dépenses de défense à 5 % du PIB, comme exigé par Washington. De même, le Royaume-Uni a initialement bloqué l’accès à sa base de Diego Garcia, provoquant l’ire de Trump qui a qualifié le Premier ministre Keir Starmer de « pas un Churchill« .

Ces refus soulignent une fracture au sein de l’OTAN : les alliés européens, las d’une Amérique imprévisible, craignent d’être entraînés dans un conflit coûteux qui expose leurs intérêts sans gain clair.

Au-delà de l’Europe, l’isolement s’étend. Des pays comme l’Australie et le Canada soutiennent verbalement les États-Unis, mais la majorité des nations, y compris dans le Moyen-Orient, condamnent les ripostes iraniennes tout en restant silencieuses sur les frappes initiales – un signe de prudence face à un Trump perçu comme imprévisible. La Russie et la Chine, quant à elles, dénoncent ouvertement l’agression, renforçant leurs liens avec l’Iran et accélérant le déclin de l’hégémonie américaine via les BRICS. Même au sein des États-Unis, l’opposition est massive : des sondages indiquent que 70 % des Américains s’opposent à une guerre avec l’Iran, particulièrement chez les démocrates, et des experts avertissent que ces actions pourraient pousser Téhéran vers l’arme nucléaire pour se défendre.

Les implications pour Trump et l’Amérique

Cette offensive, loin de consolider la position des États-Unis, expose les limites de la diplomatie trumpienne, marquée par la « perfidie » – l’utilisation de pourparlers comme couverture pour des assauts militaires. En contournant l’ONU et le Congrès, Trump risque non seulement une escalade prolongée, mais aussi une remise en question des alliances : être allié de Washington devient synonyme de vulnérabilité, comme le montrent les ripostes iraniennes sur des bases dans des pays hôtes. Les alliés occidentaux, confrontés à un Trump qui rompt avec la tradition de respect apparent du droit international, optent pour la distance plutôt que la loyauté aveugle.

À l’heure où le monde observe une ONU paralysée et un Conseil de sécurité muet, ces frappes pourraient marquer le début d’un conflit existentiel pour l’Iran, mais aussi pour l’influence américaine. Trump, en renouant avec un interventionnisme unilatéral, se retrouve isolé, lâché par ceux qui, hier encore, suivaient Washington.

Cette dynamique, amplifiée par les critiques internes et internationales, pourrait bien transformer « Epic Fury » en un boomerang politique pour le président républicain.

 https://multipol360.com/lescalade-americaine-en-iran-trump-face-a-un-isolement-croissant-sur-la-scene-internationale/

 


 

 C) - Trump menace de couper les échanges commerciaux avec l'Espagne à cause des bases aériennes espagnoles.

L'Espagne est membre de l'Union européenne, un bloc de 27 pays appliquant une politique commerciale commune. Toute tentative de cibler spécifiquement Madrid risque donc de créer des tensions avec d'autres États membres, comme l'Allemagne, la France et l'Italie.

Le président Donald Trump a menacé mardi de suspendre les échanges commerciaux avec l'Espagne et a déclaré avoir donné instruction au secrétaire au Trésor, Scott Bessent, de « rompre tout lien commercial » avec le pays, sur fond de différend concernant l'utilisation de bases militaires exploitées conjointement sur le territoire espagnol. « Nous allons couper tout commerce avec l'Espagne », a déclaré M. Trump lors d'un entretien avec le chancelier allemand Friedrich Merz dans le Bureau ovale. « Nous ne voulons plus rien avoir à faire avec l'Espagne. » 
 
 
 
 L'Espagne est membre de l'Union européenne, un bloc de 27 pays appliquant une politique commerciale commune. Toute tentative de cibler spécifiquement Madrid risque donc de créer des tensions avec d'autres États membres, comme l'Allemagne, la France et l'Italie. Bien que la Cour suprême ait invalidé l'utilisation par M. Trump d'une loi d'urgence de 1977 lui permettant d'imposer des droits de douane arbitrairement, des responsables de son administration affirment que cette décision « a réaffirmé » sa capacité à utiliser cette loi pour prendre d'autres mesures, comme l'imposition d'un embargo économique contre un pays. 
 
 Lors de la rencontre dans le Bureau ovale avec Merz, Trump a interrogé le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, et Bessent sur la possibilité d'imposer un embargo à l'Espagne. « Monsieur le Président, je pense que nous allons en discuter avec vous », a déclaré Greer. « Je sais que vous disposez de pouvoirs importants, confirmés par la Cour suprême. Nous savons que vous pouvez les utiliser et, si nécessaire pour garantir la sécurité nationale et économique, nous le ferons. » « Je suis d'accord », a rapidement ajouté Bessent. « La Cour suprême a réaffirmé votre capacité à mettre en œuvre un embargo. » Le président américain avait déjà proféré des menaces commerciales similaires contre l'Espagne en octobre dernier, en raison des faibles dépenses de défense de Madrid, mais sans jamais les mettre à exécution. « L'Espagne est un membre clé de l'OTAN, qui remplit ses engagements et contribue de manière significative à la défense du territoire européen. 
 
Elle est également un acteur majeur de l'exportation au sein de l'UE et un partenaire commercial fiable pour 195 pays dans le monde, dont les États-Unis, avec lesquels nous entretenons des relations commerciales anciennes et mutuellement avantageuses », a déclaré le gouvernement espagnol dans un communiqué. « Si l’administration américaine souhaite revoir cette relation, elle doit le faire dans le respect de l’autonomie des entreprises privées, du droit international et des accords bilatéraux entre l’Union européenne et les États-Unis. » 
 
S’adressant à la presse mardi, Trump a également déclaré que son administration avait « instauré un droit de douane de 15 % pour tous », au lieu du droit de douane global de 10 % mis en place par la Maison Blanche en vertu d’une loi commerciale distincte après la défaite devant la Cour suprême le mois dernier. Le président avait précédemment annoncé une nouvelle hausse de ce droit de douane de 5 %, mais n’a pas donné suite à cette annonce officielle. 
 
 
 
Ce week-end, Madrid a empêché les États-Unis d’utiliser des bases exploitées conjointement pour attaquer l’Iran dans le cadre de la guerre lancée par les États-Unis, qui entre dans son quatrième jour. La ministre espagnole de la Défense, Margarita Robles, a expliqué lundi que les troupes américaines stationnées à Morón de la Frontera et sur la base aérienne de Rota devaient « opérer dans le cadre du droit international » et que ces installations militaires n’étaient pas autorisées à « fournir un soutien, sauf si cela s’avère nécessaire d’un point de vue humanitaire ».
 
Un accord de 1953 avec les États-Unis confère à Madrid un droit de regard sur l'utilisation des forces américaines stationnées sur son territoire. Robles a déclaré que les bases n'avaient pas participé à l'attaque de samedi dernier contre l'Iran et ne seraient pas utilisées pour des « opérations de maintenance et de soutien ». 
 
Selon le site de suivi des vols FlightRadar24, plus d'une douzaine d'avions américains, dont plusieurs ravitailleurs Boeing KC-135, ont quitté les bases de Morón et de Rota ce week-end, sept d'entre eux étant déployés sur la base aérienne de Rammstein en Allemagne. Robles a indiqué que les États-Unis avaient « probablement effectué ces mouvements car ils savaient que les avions ne pouvaient pas opérer » depuis l'Espagne. Cette décision a été relevée par des alliés de Trump, comme le sénateur Lindsey Graham (R-Caroline du Sud), qui a fustigé le gouvernement du Premier ministre espagnol Pedro Sánchez, le qualifiant d'« aberration » représentative d'un « leadership européen pitoyablement faible et dévoyé moralement ». 
 
Lors de la conférence de presse avec Merz, Trump a ajouté que « l'Espagne a été terrible » et « hostile ». Le président a de nouveau évoqué le refus de l'Espagne de se conformer à son exigence que les membres de l'OTAN consacrent 5 % de leur PIB aux dépenses militaires – une position qui avait incité Trump à suggérer d'« exclure » l'Espagne de l'alliance et à menacer Madrid de droits de douane plus élevés l'année dernière. Regarder : The Conversation 25:44 La sénatrice Slotkin explique pourquoi les démocrates ont besoin de leur propre « Projet 2029 » | The Conversation Il a ajouté que les États-Unis n'avaient pas besoin de l'autorisation de l'Espagne pour utiliser les bases situées sur son territoire. « Nous pouvons utiliser leurs bases si nous le voulons, nous pouvons simplement atterrir et les utiliser », a-t-il déclaré. « Personne ne va nous interdire de les utiliser. » 
 
Ces remarques sont le dernier signe en date que Trump entend continuer à brandir la menace de sanctions commerciales pour faire pression sur ses alliés sur des questions sans lien avec le commerce, notamment les engagements de défense au sein de l'OTAN. Et cela montre bien qu'il n'a pas l'intention de ralentir le rythme effréné des menaces de droits de douane contre certains pays, malgré la décision de la Cour suprême invalidant les droits de douane qu'il avait imposés en vertu de la loi de 1977 sur les pouvoirs économiques d'urgence internationaux (IEEPA). 
 
L'administration Trump dispose certes de plusieurs autres pouvoirs pour imposer des droits de douane, mais ils sont moins flexibles. Parmi eux figure l'article 122 de la loi de 1974 sur le commerce, que le président a utilisé pour imposer un droit de douane de 10 % à certains pays après la décision de la Cour. Cependant, cette disposition n'autorise le président à imposer ce droit de douane que pendant 150 jours, après quoi l'approbation du Congrès est requise. 
 
Doug Palmer a contribué à cet article.

 


D) - Guerre USA-Israël-Iran : Entre rumeurs sur des pertes françaises et justifications controversées de l’administration Trump 

Un conflit qui s’étend au Moyen-Orient

Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël ont lancé une série de frappes aériennes coordonnées contre l’Iran, baptisée opération « Fureur épique », visant à neutraliser les capacités nucléaires et balistiques de Téhéran, ainsi qu’à décapiter son leadership. Ces attaques ont entraîné la mort du Guide suprême Ali Khamenei et de plusieurs hauts responsables iraniens, marquant le début d’un conflit ouvert qui entre dans son quatrième jour au 3 mars 2026.

L’Iran a riposté par des salves de missiles et de drones contre Israël, les Émirats arabes unis (EAU), l’Arabie saoudite et d’autres alliés américains dans la région, causant des dommages relativement limités mais exacerbant les tensions régionales.

Le président Donald Trump a indiqué que les opérations pourraient durer « quatre ou cinq semaines », tout en excluant des pourparlers immédiats avec Téhéran. Ce conflit, qui s’étend désormais au Liban avec des affrontements impliquant le Hezbollah, a provoqué la fermeture d’ambassades américaines et des perturbations massives dans les transports aériens et le commerce pétrolier.

La rumeur des 70 militaires français tués aux EAU : Une désinformation démentie

Parmi les nombreuses informations circulant sur ce conflit, une rumeur particulièrement alarmante a émergé : l’annonce supposée par l’Institute for the Study of War (ISW) de la mort de 70 soldats français aux EAU suite à une attaque iranienne. Cette allégation s’est propagée sur les réseaux sociaux, évoquant une frappe massive sur la base française de « Camp de la Paix » à Abou Dhabi. Cependant, aucune source officielle et médiatique ne confirme cette affirmation pour le moment.

Les faits confirmés indiquent que des drones iraniens ont bien visé la base navale d’Al Salam (ou Camp de la Paix) les 28 février et 1er mars 2026, provoquant un incendie dans un hangar et des dommages matériels mineurs. Le ministère de la Défense émirati et français ont tous deux affirmé qu’il n’y a eu aucune victime parmi les forces françaises, qui comptent environ 700 personnels stationnés aux EAU dans le cadre d’un partenariat stratégique datant de 2009. La ministre française des Armées, Catherine Vautrin, a confirmé que « les dommages sont uniquement matériels et limités », sans blessés.

En réponse, la France a déployé des avions Rafale pour sécuriser l’espace aérien au-dessus de ses installations, démontrant une posture défensive sans engagement offensif direct dans le conflit.

L’ISW, un think tank américain, n’a publié aucune déclaration sur des pertes françaises ; ses rapports se concentrent sur la dégradation des défenses aériennes iraniennes et les frappes alliées, sans mention d’incidents aux EAU impliquant des victimes étrangères. Les bilans officiels des attaques iraniennes sur les EAU font état de 3 civils tués (des travailleurs étrangers) et 58 blessés légers, principalement dus à des débris, mais aucun militaire français ne serait concerné. 

Les justifications américaines : Le témoignage controversé de Marco Rubio

Au cœur des débats sur la légitimité de cette guerre, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a témoigné devant le Congrès le 2 mars 2026, défendant les frappes comme une action « préventive et défensive ».

Selon Rubio, les États-Unis ont agi en sachant qu’une attaque israélienne imminente déclencherait une riposte iranienne contre les intérêts américains, et que ne pas intervenir aurait entraîné des pertes plus lourdes.

Il a souligné les objectifs : détruire les capacités balistiques iraniennes, anéantir sa marine, mettre fin à son supposé programme nucléaire et stopper son soutien aux groupes armés proxies. Rubio a également exprimé l’espoir que le peuple iranien renverse son régime, sans viser explicitement un changement de régime par la force.

Cette justification a suscité de vives critiques au Congrès. Les démocrates, comme le sénateur Marc Warner, ont dénoncé l’absence de menace imminente contre les États-Unis – la cible principale étant Israël – et l’absence de consultation préalable du Congrès, violant potentiellement la Constitution. Rubio s’est appuyé sur une loi post-11 septembre autorisant des actions antiterroristes sans vote, affirmant que l’information a été fournie dans les 48 heures requises. 

Des sondages montrent une opposition majoritaire de l’opinion publique américaine à cette intervention, craignant un enlisement similaire à l’Irak.

Sur les réseaux sociaux comme X, les réactions sont polarisées : certains saluent l’action contre l’Iran, d’autres la qualifient de « logique absurde » et d’escalade illégale.

 


 

Conséquences régionales et perspectives

Le conflit a déjà des répercussions économiques : les prix du pétrole ont grimpé, et le tourisme au Moyen-Orient pourrait chuter de 25 % en 2026. Des milliers de civils sont affectés, avec des évacuations en cours pour les expatriés, y compris environ 25.000 Français aux EAU. L’ONU et l’AIEA surveillent de près les sites nucléaires iraniens, confirmant des dommages mais sans escalade radiologique pour l’instant.

Les justifications de Rubio mettent en lumière les divisions internes aux États-Unis et les risques d’une escalade prolongée. Ce conflit, motivé par des craintes nucléaires et des alliances stratégiques, pourrait redessiner la géopolitique du Moyen-Orient, mais à quel prix humain et économique ? 

https://multipol360.com/guerre-usa-israel-iran-entre-rumeurs-sur-des-pertes-francaises-et-justifications-controversees-de-ladministration-trump/



 

E) - Le siège invisible : comment les compagnies d’assurance ont fermé le détroit d’Ormuz

Au milieu du conflit armé opposant les États-Unis et Israël à l’Iran en mars 2026, un phénomène inattendu paralyse l’une des artères vitales du commerce mondial : le détroit d’Ormuz. 

Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, ce n’est pas une flotte de missiles ou un blocus militaire qui a fermé cette voie maritime stratégique, par où transitent environ 20 millions de barils de pétrole par jour, soit un cinquième de la consommation mondiale.

C’est plutôt le retrait soudain de couvertures d’assurance contre les risques de guerre par plusieurs grands assureurs qui a créé un « blocus actuariel », rendant impossible le passage des navires. Cette situation, qualifiée de « siège invisible » par l’analyste indépendant Shanaka Anslem Perera dans son article publié sur Substack, met en lumière la vulnérabilité du commerce mondial face aux mécanismes financiers privés, bien au-delà des tensions géopolitiques. La Chine, principal acheteur de pétrole iranien, exerce des pressions sur Téhéran pour rouvrir le détroit, mais comme le souligne une publication virale sur X, Pékin n’a aucun levier sur les assureurs londoniens qui ont provoqué cette fermeture.


 

Le mécanisme du retrait des assurances

Le 1er et 2 mars 2026, sept clubs d’assurance mutuelle de protection et d’indemnisation (P&I), qui couvrent collectivement 90 % du tonnage maritime mondial, ont émis des avis de résiliation de 72 heures pour les couvertures contre les risques de guerre dans le golfe Persique, le golfe d’Oman et les eaux iraniennes (voir ici et ici). Parmi eux : Gard ASNorthStandardSteamship MutualAssuranceforeningen Skuld, l’American Club, le Swedish Club et le London P&I Club. Ces résiliations, effectives à partir du 5 mars, ont été motivées par une réduction de l’appétit au risque des réassureurs, confrontés à une escalade rapide du conflit, incluant des menaces de l’IRGC (Gardiens de la Révolution islamique), des interférences GPS et des décès parmi les marins.

Sans cette couverture, les armateurs ne peuvent pas naviguer légalement, car les financiers et les régulateurs l’exigent.

Résultat : les transits dans le détroit ont chuté de 80 %, passant de 138 navires par jour à seulement 28, avec plus de 40 très grands transporteurs de brut (VLCC) immobilisés et 13 méthaniers déviés. Des sources comme Bloomberg et Captive International confirment que, bien que l’Iran n’ait pas officiellement fermé le détroit, les avertissements radiophoniques prétendument émis par sa marine et le retrait des assurances ont créé une fermeture de facto.

Ce retrait s’explique par des facteurs structurels : les régulations Solvency II exigent un capital de valeur à risque (VaR) à 99,5 %, rendant impossible la modélisation des risques dans un environnement chaotique. Contrairement aux crises passées, comme les attaques houthistes en mer Rouge (où les primes ont augmenté de 20 fois sans retrait total), ou la guerre des tankers des années 1980 (où des garanties gouvernementales ont maintenu la couverture), il n’existe ici aucun filet de sécurité étatique pour le fret maritime mondial.

Les Impacts économiques globaux

Cette fermeture amplifie les chocs systémiques à travers huit fractures interconnectées, selon l’analyse de Perera : réassurance, pétrodollars, engrais, gaz européen, exposition chinoise, inflation, munitions et convergence des risques.

  • Énergie et Pétrole : Le Brent a grimpé à 79-82 dollars le baril, intégrant une interruption de 4-8 semaines, mais les experts estiment une durée de 6-18 mois pour la réinstauration des assurances. Les pipelines alternatifs (comme l’East-West saoudien ou Habshan-Fujairah émirati) ne couvrent que 25 % des flux normaux, laissant un déficit de 13-16 millions de barils par jour.
  • Engrais et Gaz : L’arrêt des usines iraniennes d’urée affecte 33 % du commerce mondial d’engrais, coïncidant avec la saison de plantation dans l’hémisphère Nord. L’Europe, avec des stocks de gaz à 30 %, risque une chute à 12 % en cas de froid, Qatar fournissant 10-14 % de ses importations de GNL.
  • Finance et Inflation : Les fonds souverains du Golfe (4,9-6 trillions de dollars) pourraient liquider 240-360 milliards en Treasuries US, élargissant les rendements de 25-75 points de base. L’inflation pourrait atteindre 3,5-4,7 % d’ici fin 2026, avec des hausses de fret et des primes d’assurance répercutées.
  • Militaire : Les stocks américains d’intercepteurs (856 SM-6, 800 THAAD) s’épuisent rapidement, sans production suffisante pour une guerre prolongée.

Des publications sur X soulignent que les tankers et cargos forment des files d’attente de plusieurs kilomètres, poussant les prix du pétrole et du gaz à la hausse.

Le rôle de la Chine et les limites du pouvoir géopolitique

La Chine, qui achète 80 % du pétrole exporté par l’Iran via un accord de coopération de 400 milliards de dollars sur 25 ans, presse Téhéran de rouvrir le détroit. Pékin perd 4-5 millions de barils par jour, bien que ses réserves couvrent 96-121 jours. Cependant, comme l’explique Perera, la Chine a un levier sur l’Iran mais aucun sur Lloyd’s of London, où se concentrent les assureurs. Même une capitulation iranienne ne rétablirait pas les couvertures du jour au lendemain ; cela nécessite des mois pour reconstruire les modèles de risque, surtout avec 440,9 kg d’uranium enrichi non comptabilisé.

Des analystes sur X notent que des garanties souveraines ou des escortes navales pourraient accélérer le processus, mais construire une alternative chinoise prendrait des mois.

Ce « siège invisible » révèle que le commerce mondial repose sur une confiance privée fragile, vulnérable à des retraits comme en 2008 lors de la crise financière. Les marchés sous-estiment la durée (4-8 semaines vs. 6-18 mois), créant des opportunités d’arbitrage, mais aussi des risques systémiques : Brent à 100-120 dollars, gaz européen à plus de 60 €/MWh, et une inflation triple choc. Sans filet de sécurité gouvernementaux pour l’assurance maritime, cette crise pourrait s’étendre à d’autres domaines comme le cyber ou le climat. Pour les investisseurs, privilégier les options d’achat à long-terme, l’or (à 5.400 $/once, projeté à 6 300 $) et le GNL américain. La réouverture dépendra non seulement de la fin des hostilités, mais d’une reconstruction institutionnelle – un rappel que la puissance militaire n’est pas tout.

https://multipol360.com/le-siege-invisible-comment-les-compagnies-dassurance-ont-ferme-le-detroit-dormuz/

 


F) - Analyse des frappes israélo-américaines sur l’Iran 

Une stratégie de « perfide » ou un calcul raté ?

Dans un contexte de tensions croissantes au Moyen-Orient, les frappes israélo-américaines sur l’Iran, survenues le 28 février 2026, marquent une escalade significative. Baptisée « Roaring Lion » (Lion rugissant) par Israël et « Epic Fury » par les États-Unis, cette opération conjointe vise un changement de régime à Téhéran.

Selon l’analyse de Jacques Baud, ancien officier de renseignement suisse et auteur spécialisé dans les conflits israélo-iraniens, ces attaques ne sont pas seulement prévisibles, mais s’inscrivent dans une stratégie de « perfide » – un terme juridique international désignant l’utilisation trompeuse de négociations pour masquer des préparatifs militaires.

Contexte des attaques : la quatrième agression

L’Iran n’a jamais attaqué Israël ou les États-Unis, pourtant, c’est la quatrième fois que le duo israélo-américain frappe le pays perse. Jacques Baud rappelle les précédents en 2024 et 2025, soulignant l’absence de condamnations occidentales, ce qui a encouragé cette impunité. L’opération iranienne de riposte, nommée « True Promise 4″, est perçue par Téhéran comme une continuation des défenses antérieures.

La décision d’attaquer semble avoir été prise lors de la visite de Benjamin Netanyahou à Washington le 11 février 2026, comme révélé par le Council on Foreign Relations.

Cette action n’a été approuvée ni par le Congrès américain ni par le Conseil de sécurité des Nations Unies, violant les normes internationales.

Plus choquant encore : ces frappes interviennent alors que des négociations se déroulaient à Genève entre Américains et Iraniens, sous les auspices de la Suisse.

Les négociations comme couverture militaire

Jacques Baud accuse les États-Unis, sous Donald Trump, d’instrumentaliser les pourparlers diplomatiques. « Les Américains utilisent les négociations non pas pour la paix, mais comme une couverture pour préparer une attaque », explique-t-il. Ce modus operandi s’est répété avec l’Iran en 2024-2025, avec le Hamas en Palestine, et même avec le Venezuela. Techniquement, cela constitue une « perfide » : leurrer l’adversaire en feignant la bonne foi.

Le discours de Trump sur l’état de l’Union le 25 février, truffé d’accusations fantaisistes contre l’Iran, préparait le terrain narratif pour justifier l’assaut. Les experts sérieux anticipaient cette escalade, d’autant que les négociations à Genève paraissaient sincères du côté iranien.

Objectifs des frappes : décapitation et changement de régime

Les Israéliens ont ciblé le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, détruisant sa résidence et tuant sa famille, y compris un petit-enfant. Jacques Baud note que Khamenei s’y attendait, ayant déclaré être prêt à mourir et ayant préparé sa succession. Environ 40 responsables iraniens auraient été éliminés, mais des remplaçants ont été annoncés immédiatement, démontrant la résilience du système iranien.

Critiquant la stratégie occidentale, Baud argue que l’Occident est passé de stratèges à tacticiens : « Attaquer la tête du serpent sans exploiter la surprise est inefficace. » L’Iran avait dupliqué ses structures de commandement, anticipant l’assaut grâce à la montée en puissance visible des forces américaines dans le Golfe Persique. Sans forces au sol pour exploiter la décapitation – comme des troupes parachutistes ou un gouvernement alternatif – les Américains et Israéliens n’ont pas pu capitaliser sur leur succès initial.


 

Riposte iranienne : une stratégie graduée et résiliente

L’Iran a répliqué avec des missiles sur des bases américaines dans sept pays du Moyen-Orient, franchissant les défenses Patriot et Dôme de Fer. Jacques Baud prédit une escalade graduelle : épuisement des défenses adverses, puis frappes sur des cibles économiques américaines.

Les Iraniens, attaqués quatre fois, voient désormais le conflit comme existentiel et visent un « succès décisif » pour dissuader de futures agressions.

Contrairement à 2025, où Téhéran limita sa réponse, l’Iran pourrait fermer le détroit d’Ormuz (désormais fermé), bloquant 20 % du pétrole mondial (20 millions de barils par jour). Cela pourrait être physique ou via des refus d’assurance pour les pétroliers, impactant les prix de l’énergie et affaiblissant Trump avant les midterms de 2026. Des sondages (Politico, janvier 2026 ; YouGov) montrent que 70 % des Américains s’opposent à une guerre avec l’Iran, particulièrement chez les démocrates.

Rôle des alliés et conséquences régionales

La France, impliquée dans la déstabilisation de l’Iran via des groupes d’opposition (retirés des listes terroristes américaines en 2012), pourrait être ciblée. Jacques Baud note que les ripostes iraniennes sur des bases américaines dans des pays alliés remettent en question ces alliances : « Être allié des États-Unis expose à des risques inutiles. » Contrairement aux Israéliens, qui tirent « sur tout et n’importe quoi », les Iraniens sont stratégiques, légitimant leurs actions aux yeux des Arabes.

Économiquement, Israël risque des destructions massives, pires que la « guerre des 12 jours » de 2025. Baud avertit que la logique pousse l’Iran à « raser Israël » pour survivre, bien que ce ne soit pas leur intention initiale.

Le Mythe du programme nucléaire iranien

Les motifs invoqués – brutalité contre l’opposition ou programme nucléaire – sont démontés par Jacques Baud. Les manifestations de décembre-janvier 2026 (30.000 morts allégués, probablement exagérés) furent provoquées par les américains via l’effondrement du rial. L’opposition est militarisée, non pacifique.

Sur le nucléaire : des rapports américains (CIA 2007DNI 2024-2025 – voir ici et ici) confirment que l’Iran stoppa son programme en 2003 et n’en construit pas. La fatwa de Khamenei l’interdisait, mais sa mort pourrait changer cela.

Ironiquement, les attaques répétées pourraient pousser l’Iran vers l’arme nucléaire pour se défendre, créant un nouvel « équilibre de la terreur ».

Implications globales : vers une troisième guerre mondiale ?

L’ONU est contournée, le Conseil de sécurité muet sauf Russie et Chine, qui condamnent. Les négociations avec la Russie (sur l’Ukraine) sont impactées : les Russes voient les américains comme perfides, militarisation des pourparlers. La Suisse, hôte des pourparlers, n’a rien compris, selon Jacques Baud.

(Quels sont les faits qui permettent d’affirmer que l’État islamique cherche à créer une guerre civile en France ; que le président syrien Bachar al-Assad a utilisé des armes chimiques ; que Vladimir Poutine tente de déstabiliser nos démocraties ; que le terrorisme a frappé la France, non pas pour ce qu’elle fait, mais pour ce qu’elle est ; que le génocide au Darfour a fait 400 000 victimes ?… Littéralement aucun, mais ces affirmations suffisent à asseoir la politique étrangère des pays occidentaux. L’auteur, ex-agent du service de renseignement stratégique suisse, passe ainsi en revue les principaux conflits contemporains, que les pays occidentaux ont géré à coups de fake news, ces trente dernières années. https://maxmilo.com/products/operatio... Pourquoi l’opération “Déluge d’Al-Aqsa” a eu lieu et quels étaient les objectifs du Hamas ? Que s’est-il réellement passé sur le terrain, le 7 octobre ? Quelles sont les leçons à retenir des opérations menées par les deux camps depuis cinq mois ? Pour répondre à ces trois questions et à bien d’autres, Jacques Baud revisite le conflit israélo-palestinien depuis son origine. Pourquoi n’a-t-il toujours pas trouvé d’issue ? Quelles ont été les stratégies israéliennes et palestiniennes depuis 75 ans ? Quels sont les impacts de ce conflit sur notre sécurité ? Quelles sont les options pour Israël et la Palestine dans les prochaines années ? Dans ce livre d’une rare clairvoyance, Jacques Baud déplore que les décisions occidentales entrent en collision avec le droit international. La question n’est pas de savoir pour qui nous sommes, mais comment l’ordre international créé après 1945 doit être appliqué. Le non-respect de ce droit par Israël est en train de provoquer sa perte. Comme pour n’importe quel conflit, ce n’est pas de l’émotion que viendra la solution, mais d’une analyse objective et dépassionnée, accompagnée d’une médiation honnête. )
 

Les BRICS ne sont pas une alliance militaire, mais cet événement pourrait accélérer le désengagement du dollar américains. Jacques Baud craint une escalade mondiale via les alliances, mais note la retenue rationnelle de Russie, Chine et Iran, contrastant avec l’impulsivité occidentale.

L’Iran a renforcé ses liens avec Moscou et Pékin récemment, refusant auparavant leur aide par fierté. Netanyahou a fui Israël, tandis que les Iraniens montrent confiance en leur résilience.

Succession et perspectives

Un conseil provisoire dirige l’Iran post-Khamenei ; un successeur devrait être annoncé. Baud est optimiste pour l’Iran : sa capacité de durée dépasse celle d’Israël et des américains, limités par des stocks d’armes épuisés (fournis à l’Ukraine et Israël).

En conclusion, ces frappes révèlent une diplomatie occidentale viciée, risquant un conflit prolongé coûteux pour Trump et déstabilisant la région. Comme l’écrit Jacques Baud dans ses ouvrages, les fake news et la perfidie gouvernent, mais la résilience iranienne pourrait inverser la donne. »

https://multipol360.com/analyse-des-frappes-israelo-americaines-sur-liran/ 

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