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février 05, 2026

Davos ou la foire aux illusions brisées: La souveraineté comme nouveau dogme, l'Europe piégée !

Quand Washington enterre Davos

Davos ou la foire aux illusions brisées

Il fallait l’entendre, à Davos, cette liturgie mondialisée récitée chaque année par des élites hors-sol, pour mesurer l’ampleur du séisme provoqué par l’administration Trump. Dans ce temple de l’idéologie heureuse, où l’on célèbre depuis trente ans la fluidité des capitaux et l’effacement des nations, l’Amérique est venue annoncer, sans fard, la fin de la récréation.

 


 

Comme l’a justement écrit Renaud Girard dans sa chronique du Figaro du 27 janvier 2026

« le message important adressé par l’Amérique de Donald Trump à ses alliés n’apparaissait pas clairement dans le long discours décousu du président, mais dans l’intervention tranchante de son secrétaire au Commerce ».

Ce message n’est pas venu du discours confus du président américain, errant comme à son habitude entre slogans et digressions. Il est venu de la bouche de son secrétaire au Commerce, Howard Lutnick, dans une intervention brève, brutale, presque 

Devant un auditoire peu habitué à être ainsi mis en accusation, Howard Lutnick a affirmé que l’ouverture commerciale sans limites avait appauvri les classes ouvrières américaines, accéléré les délocalisations et fragilisé la base industrielle du pays. Selon lui, la mondialisation n’a pas enrichi l’Amérique : elle l’a désarmée.

«America First» ou la revanche du travail

Dans cette perspective, la doctrine «America First» apparaît comme une réponse politique à plusieurs décennies de frustrations sociales. Elle se présente comme une reconquête de la dignité ouvrière et de la souveraineté économique. Pour l’administration Trump, la priorité n’est plus l’optimisation globale des chaînes de valeur, mais la protection du travail national.

Ce discours s’adresse autant à l’étranger qu’à l’opinion intérieure. Il vise à réconcilier l’Amérique populaire avec la mondialisation, en substituant à l’idéologie de l’ouverture un patriotisme économique assumé. Washington invite désormais ses alliés à suivre cet exemple : produire chez soi, protéger ses marchés, sécuriser ses approvisionnements.

La souveraineté comme nouveau dogme

Au cœur de cette nouvelle doctrine se trouve la notion de souveraineté. L’administration américaine entend reprendre le contrôle intégral de ses frontières : frontières humaines, commerciales, financières et technologiques. Immigration, importations, investissements étrangers, flux de capitaux : tout doit être surveillé, régulé, filtré.

Cette volonté se traduit par un vaste programme de relocalisation des industries stratégiques : semi-conducteurs, défense, énergie, pharmacie, intelligence artificielle. Il ne s’agit plus seulement de compétitivité, mais de sécurité nationale.

La mondialisation, autrefois perçue comme un facteur de paix, est désormais analysée comme une vulnérabilité systémique.

(Trump et Musk, la rupture d’un mythe : Quand la realpolitik balaye l’illusion techno-libertaire

Par

"Par-delà les oripeaux de la provocation et les artifices d’un storytelling soigneusement entretenu, l’axe Donald Trump – Elon Musk n’était qu’un mirage voué à se dissiper au premier choc sérieux de la politique réelle. L’annonce de leur rupture, étalée dans une joute numérique d’une rare virulence, signe non pas une surprise, mais l’aboutissement logique d’un mariage contre nature entre deux conceptions antagonistes du pouvoir.

En juillet 2024, dans le sillage de la tentative d’assassinat dont Trump est sorti miraculeusement indemne, Elon Musk choisissait de rompre la neutralité feinte qui avait jusque-là caractérisé sa posture publique. Ce soutien inattendu, salué comme un tournant pour les conservateurs libertariens et les chantres de la Silicon Valley, visait à élargir la base électorale du magnat républicain. En théorie, la convergence semblait prometteuse : d’un côté, un populiste nationaliste porté par une base MAGA résolument antisystème ; de l’autre, un entrepreneur planétaire, libertaire et anti régalien, rêvant d’un État dégraissé jusqu’à l’os. Mais cette alliance de circonstance, scellée davantage dans l’opportunisme que dans la cohérence idéologique, n’a pas résisté aux logiques de pouvoir.

Deux visions du monde irréconciliables

 Trump, en stratège électoral, a cherché à instrumentaliser Musk pour capter les franges les plus influentes du capitalisme technologique américain, sans jamais leur céder la moindre parcelle de souveraineté politique. Musk, quant à lui, pensait pouvoir infléchir l’État depuis l’intérieur, convaincu que son rôle de directeur du “Doge”, département fictif chargé de rationaliser la machine fédérale, lui conférerait une légitimité suffisante pour remodeler l’appareil selon les dogmes du marché absolu.

Mais dans la pratique, leurs intérêts ont vite divergé. Là où Trump entendait consolider son emprise sur l’appareil étatique en y plaçant ses fidèles – à commencer par Peter Navarro ou Scott Bessent – Musk y voyait une structure à démanteler, un obstacle bureaucratique à l’efficacité technocratique dont il se fait le héraut. L’un voulait reconquérir l’État ; l’autre aspirait à s’y substituer.

L’homme-entreprise face à l’État profond

Musk n’a jamais caché son ambition d’incarner, via SpaceX, Starlink ou Tesla, un substitut crédible à certaines fonctions traditionnelles de l’État : télécommunications, spatial, énergie, infrastructure. En cela, il représente l’apogée de l’“entreprise-État”, un concept où la souveraineté se privatise et se déterritorialise. Mais la Maison Blanche, même sous Trump, ne pouvait accepter une telle dilution de son autorité.

L’incident diplomatique autour de Jared Isaacman – fidèle de Musk et un temps pressenti pour prendre la tête de la NASA – a sonné l’alerte. Trump l’a écarté sous la pression de son entourage protectionniste, préférant sécuriser les intérêts du complexe militaro-industriel et les équilibres du Parti républicain. Le divorce était déjà consommé dans les faits.

La fin d’une illusion

Musk, entrepreneur visionnaire mais isolé sur le plan institutionnel, a rapidement perdu en influence. Le projet Stargate porté par Sam Altman, les promesses d’Apple, les investissements de Masayoshi Son ou de Larry Ellison ont achevé de marginaliser le fondateur de X. Trump, homme de réseaux avant d’être homme de principes, a choisi la pluralité des alliances au détriment de l’hégémonie d’un seul partenaire.

Cette rupture marque la fin d’une illusion médiatique soigneusement cultivée : celle d’un Musk omnipotent, conseiller officieux mais incontournable de la présidence. En réalité, il n’était qu’un pion de plus dans le jeu d’équilibres d’un Trump pragmatique, prompt à écarter quiconque menace de voler la vedette. Le “One Big Beautiful Bill”, vaste programme trumpien de relance économique adossé à la dette, a révélé l’ultime ligne de fracture. Inacceptable pour Musk, allergique à toute forme de “socialisme budgétaire”, nécessaire pour Trump afin d’acheter le soutien de la Chambre.

Et maintenant ?

Ce divorce retentissant, s’il choque par sa brutalité, ne surprend guère ceux qui connaissent les lois de la politique américaine. Il révèle surtout l’impossibilité d’une cohabitation durable entre l’État et le mythe de l’autoentrepreneur-roi. Pour la coalition trumpienne, il faudra mesurer les effets de cette rupture sur les électeurs libertariens séduits un temps par Musk. Pour l’intéressé, le retour à la marginalité politique pourrait s’avérer coûteux, malgré son influence technologique intacte.

Reste un constat simple : entre Elon Musk et Donald Trump, il n’y a jamais eu véritable alliance. Seulement un pacte de circonstances, scellé dans l’ombre des réseaux sociaux et rompu dans le fracas des ambitions personnelles."

https://lediplomate.media/trump-musk-rupture-mythe-quand-realpolitik-balaye-lillusion-techno-libertaire/)

Éloge de la sécession 

L’Europe, victime collatérale

Howard Lutnick a particulièrement visé la politique climatique européenne, notamment l’interdiction programmée des véhicules thermiques en 2035. 

Selon lui, cette stratégie conduira mécaniquement à une dépendance accrue envers la Chine, qui domine déjà la production de batteries et de matériaux critiques.

Cette critique n’est pas sans fondement. Consciente de ses fragilités, la Commission européenne a récemment assoupli sa position, en autorisant partiellement les motorisations hybrides après 2035. Ce réajustement témoigne d’un réveil tardif : la transition écologique ne peut se faire au prix d’une soumission industrielle.

Le grand projet américain de 1945

Ce repli actuel marque une rupture historique. Après 1945, les États-Unis furent les architectes d’un ordre mondial fondé sur l’ouverture, la coopération et le multilatéralisme. Forts de leur puissance économique intacte, ils voulurent prévenir les causes structurelles des conflits.

Ils créèrent alors les grandes institutions de la gouvernance mondiale : l’ONU pour la sécurité collective, le FMI pour la stabilité financière, le GATT pour le commerce. Sans employer le terme, ils mirent en place une mondialisation régulée, fondée sur des règles communes.

Cette stratégie répondait à une leçon douloureuse : l’erreur isolationniste de l’après-Première Guerre mondiale, lorsque le Sénat refusa l’adhésion à la Société des Nations, fragilisant durablement l’ordre international.

L’âge d’or et ses illusions
Entre 1947 et 2012, l’Amérique bénéficia pleinement de ce système. La guerre froide, puis la mondialisation post-soviétique, consolidèrent son leadership. Le dollar devint la monnaie pivot du monde. Les multinationales américaines prospérèrent. Le modèle libéral sembla universel.

L’entrée de la Chine à l’OMC en 2001 fut alors perçue comme un triomphe idéologique. En intégrant Pékin au commerce mondial, Washington croyait favoriser une convergence politique et démocratique.

Ce fut une illusion stratégique majeure.

La Chine, de partenaire à rival

L’accession de Xi Jinping au pouvoir, en 2013, révéla l’erreur d’analyse occidentale. Le capitalisme d’État chinois ne conduisit pas à la libéralisation politique. Il renforça au contraire un autoritarisme technologiquement sophistiqué.

Progressivement, la Chine passa du statut d’atelier du monde à celui de concurrent global, puis de rival stratégique. Elle domina des secteurs entiers : télécommunications, batteries, terres rares, intelligence artificielle.

Les investissements occidentaux contribuèrent paradoxalement à cette montée en puissance.

Le choc du Covid et la redécouverte des dépendances

La pandémie de Covid-19 joua un rôle de révélateur. Les pénuries de médicaments, de masques, de principes actifs montrèrent brutalement l’extrême vulnérabilité des économies occidentales.

La Chine, de son côté, n’avait jamais renoncé à sa souveraineté industrielle. Elle transforma son contrôle des matières premières stratégiques en levier géopolitique. Les terres rares devinrent des instruments de pression.

L’ère de l’innocence commerciale prit fin.

Le réarmement industriel américain

Les États-Unis comprennent aujourd’hui qu’ils ont, sans le vouloir, financé l’ascension de leur principal adversaire dans l’Indo-Pacifique. La mondialisation a permis à Pékin d’accumuler capital, savoir-faire et influence.

Le repli commercial américain n’est donc pas un simple protectionnisme. Il s’agit d’un réarmement industriel et technologique. L’objectif est clair : ne plus dépendre de la Chine dans aucun secteur vital.

Subventions massives, barrières tarifaires, contrôle des investissements, diplomatie économique agressive : Washington mobilise tous les instruments de puissance.

L’Europe face à son destin

Pour les Européens, la « mondialisation heureuse » est également révolue. Coincée entre la Chine et les États-Unis, l’Union européenne risque la marginalisation stratégique.

Faute d’une doctrine claire, elle oscille entre naïveté commerciale et velléités protectionnistes. Or, l’époque exige un choix.

Comme l’Amérique, l’Europe doit assumer une véritable politique de souveraineté :

  • des frontières qui protègent sans se fermer ;
  • une industrie capable de couvrir les besoins essentiels ;
  • une autonomie énergétique et numérique ;
  • une défense crédible et indépendante.

Sans cela, elle restera un terrain de jeu pour les grandes puissances.

 


(La souveraineté européenne n’existe pas !

Par

"Longtemps honni, le mot « souveraineté » a été réhabilité par les proto-fédéralistes européens, au prix d’un oxymore : celui de la « souveraineté européenne ». 

Emmanuel Macron l’a popularisé dans son discours d’Athènes en 2017 : « Face à tous ces risques, je crois, avec vous, dans une souveraineté européenne qui nous permettra de nous défendre et d’exister, de nous affirmer dans ce monde bouleversé. » Autrement dit, à l’échelle du continent, la souveraineté retrouverait un sens qu’elle aurait perdu au niveau national. Une belle formule, mais une illusion. Trois exemples suffisent à démontrer que cette souveraineté européenne n’existe pas en pratique.

1/ Varsovie a tranché : pour sa première centrale nucléaire, elle a choisi… les États-Unis. L’accord a été signé en marge du 10e sommet de l’Initiative des Trois Mers, réunissant treize États d’Europe centrale et orientale. Une claque pour la France, principal constructeur de centrales en Europe. Plus ironique encore, ce choix découle d’un grief. Varsovie estime que le Pacte vert européen profite avant tout aux pays d’Europe de l’Ouest, déjà en avance dans les renouvelables et le nucléaire. La France, qui s’est battue pendant une décennie contre ce même Pacte pour préserver son industrie nucléaire, se retrouve doublement sanctionnée : marginalisée par Bruxelles, puis écartée par ses voisins. Côté militaire, même logique. La Pologne a déclaré en avril être prête à accueillir des missiles étrangers sous un « parapluie »… américain, ou à défaut, français. La France est ici un plan B — utile, mais secondaire — dans un contexte où Varsovie doute de la fiabilité de Washington.

2/ Un black-out massif a récemment frappé la péninsule ibérique. En cause : une surproduction d’énergies renouvelables, trop sensibles aux aléas climatiques. Ce sont les interconnexions électriques avec la France qui ont permis de stabiliser le réseau. Certains y verront un bel exemple de solidarité européenne. Ce serait oublier que ces interconnexions ont été initiées… en 1972, bien avant que l’Union européenne ne s’en mêle. L’UE n’est intervenue que tardivement, avec la mise en service en 2015 de l’interconnexion Baixas–Santa Llogaia, partiellement financée par ses soins. Dans le même temps, le Pacte Vert (Green Deal) européen — censé garantir une résilience énergétique — a fragilisé l’Espagne. Il repose sur une hypothèse irréaliste : le « foisonnement », soit l’idée que les énergies renouvelables se compensent à l’échelle du continent. En réalité, quand il n’y a ni vent ni soleil, il n’y a pas d’électricité. Heureusement que la France — malgré les assauts bruxellois contre son parc nucléaire — a pu prêter main-forte.

3/ Berlin a annoncé, en 2022, un plan de réarmement historique de 100 milliards d’euros. À quoi a-t-il servi ? À acheter américain. 10 milliards pour des F-35. 5,4 milliards pour des Eurofighters (produits à 33 % en Allemagne). Des hélicoptères lourds Chinook (Boeing) au lieu d’une solution européenne. Et pas un centime pour le Rafale. L’Allemagne est européenne… quand elle achète allemand. Le programme Eurofighter est présenté comme un symbole d’intégration européenne, mais il est surtout une coproduction industrielle où Berlin tient une position centrale (33 % du programme).

Ce tropisme américain n’épargne pas les institutions. 

L’Agence spatiale européenne (ESA) a dû confier à SpaceX le lancement de deux missions scientifiques, suite aux retards d’Ariane 6. Faute de lanceur européen, c’est la Falcon 9 américaine qui s’envole. 

L’Agence européenne des médicaments (EMA) a confié à Microsoft Azure l’hébergement des données sensibles du projet DARWIN EU, malgré les inquiétudes liées au CLOUD Act, qui autorise théoriquement les États-Unis à accéder à ces données, même stockées en Europe. Ces décisions illustrent une dépendance technologique croissante vis-à-vis des géants américains, dans des secteurs aussi stratégiques que la santé ou le spatial.

Ces exemples convergent vers deux constats cruels : quand la solidarité européenne fonctionne, c’est souvent malgré Bruxelles. Quand elle échoue, les capitales européennes, comme des tournesols, se tournent vers Washington. L’« autonomie stratégique » européenne reste donc un slogan. Ce qui prime encore aujourd’hui, ce sont les réflexes nationaux… et l’ombre portée de l’Amérique."

https://lediplomate.media/souverainete-europeenne-illusion/)
Vers la fin du monde ouvert

Le renoncement américain à la mondialisation marque la fin d’un cycle historique entamé en 1945. Le monde ouvert, fondé sur l’interdépendance heureuse, cède la place à un univers fragmenté, conflictuel, structuré par la rivalité des blocs.

Ce basculement n’est pas le fruit d’un caprice politique, mais d’un désenchantement stratégique. L’Amérique ne croit plus aux vertus pacificatrices du commerce. Elle croit à nouveau à la puissance.

Reste à savoir si ce nouveau monde, fondé sur la souveraineté et la compétition, saura éviter les dérives qu’il prétend conjurer.

Aussi: Le tournant crucial de Davos 2024 : L’intelligence artificielle prend le devant de la scène


https://lediplomate.media/analyse-washington-enterre-davos/

 

                               Vincent Hervouet nous livre son regard sur l'actualité internationale.

 

 

janvier 06, 2026

La doctrine « Monroe » pavé donc un retour à la doctrine « Brejnev » de « souveraineté limitée » des anciens États soviétiques.

La doctrine Monroe est une doctrine Brejnev comme les autres

Une partie du monde a applaudi à l’annonce de la capture du président vénézuélien par les forces armées américaines, officiellement pour trafic de drogue. Pour ma part, je partage l’inquiétude exprimée par le secrétaire général des Nations unies : cet acte crée un précédent extrêmement dangereux.

Donald Trump a allègrement piétiné le droit international. Les États-Unis ont d’abord violé la souveraineté du Venezuela en commettant une agression armée, sans autorisation du Conseil de sécurité des Nations unies et sans qu’aucun motif de légitime défense, au sens de la Charte, ne puisse être invoqué. Ils se sont ensuite attaqués à un chef d’État en exercice, en violation du régime des immunités personnelles tel qu’il résulte du droit international coutumier et de la jurisprudence constante de la Cour internationale de Justice. Cela touche au cœur même de ce qui rend possible la diplomatie : la sécurité des dirigeants, des représentants et des canaux politiques. La comparaison avec l’arrestation d’Eichmann en Argentine est infondée : Eichmann n’était ni chef d’État ni titulaire d’une immunité personnelle.

Certains tentent de justifier juridiquement cette opération en invoquant un ordre international supérieur, régulé par le droit. J’ai ainsi lu sous la plume de Martin Botero, professeur de droit constitutionnel européen, que le droit international le permettrait : « Depuis Nuremberg, depuis la consolidation des normes de jus cogens, la souveraineté n’est plus un bouclier pour l’impunité, mais une responsabilité. »

Cette affirmation est juridiquement infondée. Le jus cogens n’a jamais constitué, ni en droit positif ni en pratique, un fondement autonome d’intervention armée ou de capture extraterritoriale d’un chef d’État. Il s’agit d’un concept strictement circonscrit au droit des traités, destiné à invalider des accords internationaux contraires à certaines normes impératives.

C’est précisément l’article 53 de la Convention de Vienne sur le droit des traités, qui consacre cette notion, qui a conduit la France à refuser de ratifier la Convention. Paris a toujours considéré que l’introduction d’un concept aussi indéterminé, assorti d’effets aussi radicaux que la nullité automatique des traités, créait une insécurité juridique majeure dans les relations internationales. En l’absence de définition stabilisée, de liste claire des normes concernées et de mécanisme juridictionnel précis, la France a refusé d’ériger le jus cogens en instrument de remise en cause ouverte de la souveraineté étatique. Il est donc pour le moins paradoxal de voir aujourd’hui invoquer ce concept pour justifier ce que le droit français a explicitement refusé d’admettre.

D’autres assument l’illégalité de l’opération au nom de sa prétendue légitimité morale. Ils avancent que Maduro se maintenait au pouvoir en dehors de tout soutien populaire. Il est vrai que l’élection présidentielle de 2024, remportée officiellement par Maduro avec 52 % des voix face à Edmundo González, a été marquée par de graves irrégularités. Mais invoquer les droits humains pour justifier une violation du droit international est un raisonnement factice : on ne peut pas invoquer le droit pour le démolir.

Le droit international n’est pas chargé de dire quels régimes sont démocratiques ou moralement acceptables. Il permet à la Corée du Nord, à l’Iran et au Royaume-Uni de coexister dans un même système précisément parce qu’il ne repose pas sur une hiérarchie morale des régimes, mais sur des règles minimales de coexistence.

Vouloir imposer la démocratie n’a rien de nouveau. Trump ne fait que recycler les arguments utilisés par George W. Bush à propos de Saddam Hussein. Beaucoup accepteront sans esprit critique l’idée que Washington agit pour la démocratie, alors que les intérêts énergétiques demeurent déterminants. La drogue sert ici d’alibi commode. Natacha Polony a d’ailleurs raison de rappeler que Trump a gracié, il y a quelques mois à peine, l’ancien président du Honduras condamné pour narcotrafic.

Le problème de cet interventionnisme moral est double.

D’abord, il a échoué de manière systématique. La chute de Saddam Hussein a plongé l’Irak dans une guerre civile dont est né Daech. La chute des Talibans a conduit à vingt ans de guerre pour aboutir à leur retour au pouvoir. La chute de Kadhafi a plongé la Libye dans une guerre civile tribale. La démocratie est le produit d’une évolution longue et chaotique ; la France a mis près de deux siècles à stabiliser son régime politique.

Ensuite, cet interventionnisme crée des précédents juridiques dévastateurs. Lorsque les États-Unis ont contourné le droit international pour reconnaître l’indépendance du Kosovo en démembrant la Serbie, ils ont fourni aux Russes les arguments qu’ils ont ensuite invoqués pour justifier l’émancipation de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud vis-à-vis de la Géorgie. Lorsqu’ils ont envahi l’Irak sans mandat, ils ont offert à Vladimir Poutine un précédent pour l’Ukraine.

On objectera que Trump ne ferait que rejouer le scénario Noriega. Mais l’arrestation de Noriega n’avait pas constitué le fondement juridique affiché de l’intervention américaine ; elle en avait été la conséquence. La différence est majeure.

Bossuet écrivait : « Dieu se rit des prières qu’on lui fait pour détourner les malheurs publics, quand on ne s’oppose pas à ce qui se fait pour les attirer. »

Ceux qui applaudissent aujourd’hui Trump seront les premiers à s’indigner demain si Poutine avale la Lituanie ou annexe la Biélorussie. Ils ne comprennent pas qu’à partir du moment où la légitimité devient le critère de l’intervention, chacun voit midi à sa porte. La légitimité se situe au croisement du droit, de la politique et de l’éthique, sans relever exclusivement d’aucun de ces domaines — et surtout, ce qui est légitime pour l’un ne l’est jamais pour son voisin.

Vladimir Poutine pourrait ainsi estimer légitime la capture de Zelensky. Après tout, il a été élu en 2019, il y a désormais six ans. L’élection de 2024 n’a pas eu lieu, l’Ukraine étant sous loi martiale. Depuis 2022, la Russie accuse Zelensky de corruption massive, de détournement de l’aide occidentale et d’enrichissement personnel. Peu importe que ces accusations soient infondées : dès lors que la légalité est remplacée par la légitimité, le raisonnement devient possible.

 


 

La doctrine « Monroe » pavé donc un retour à la doctrine « Brejnev » de « souveraineté limitée » des anciens États soviétiques.

Bien entendu, le droit international est régulièrement violé, comme les feux rouges ou les limitations de vitesse sont souvent grillés. Et pourtant, on vit mieux avec que sans.

Si la France avait la taille de la Chine, on pourrait encore considérer le droit international comme superflu : la force nous protégerait. Mais qui nous protégera demain dans la jungle ?

Contrairement à ce que l’on croit, le clivage sur l’affaire Maduro n’oppose pas une gauche légaliste à une droite réaliste. Il oppose trois camps : des réalistes, qui perçoivent très bien où peut conduire l’abandon, même partiel, de la légalité internationale ; des libéraux idéalistes, qui estiment que la cause des droits humains peut justifier, de manière exceptionnelle et transitoire, une entorse aux règles, dans l’attente d’un retour à la légalité ; et des néoconservateurs, héritiers durcis de ce courant, partisans d’un « wilsonisme dur », c’est-à-dire l’imposition de nos normes par la force.

C’est avec ce type de raisonnement que l’on pave la voie à un affrontement durable entre l’Occident et le reste du monde. Quant à ceux qui pensent que la France s’en sortira mieux dans une jungle dominée par la loi du plus fort, qu’ils se souviennent des menaces conjointes de l’URSS et des États-Unis en 1956, lorsque notre pays avait réagi militairement à la nationalisation du canal de Suez. Tout cela ne peut conduire qu’à la vassalisation géopolitique de la France, tétanisée par la peur de l’ogre russe. Il suffit d’observer l’étrange réaction d’Emmanuel Macron à l’affaire Maduro pour s’en convaincre.

Et c’est précisément là que se joue l’aveuglement contemporain : croire que l’on peut fragmenter le droit international, en le respectant lorsqu’il nous protège et en le piétinant lorsqu’il nous gêne, sans en payer le prix. Le droit n’est pas un menu à la carte. Il ne survit pas aux exceptions morales répétées, surtout lorsqu’elles sont invoquées par les plus puissants. Dans un monde redevenu multipolaire, affaiblir volontairement la légalité internationale revient à désarmer les puissances moyennes. Le jour où la France invoquera le droit face à une pression stratégique, énergétique ou territoriale, il ne faudra pas s’étonner que ses interlocuteurs lui répondent, avec un cynisme parfaitement logique : vous-mêmes n’y croyiez plus.

 

Julien Aubert est ancien député de Vaucluse, vice-président des Républicains et président d’Oser la France, mouvement d’inspiration gaulliste.

 

James Monroe

James Monroe (comté de Westmoreland, en Virginie 28 avril 1758- New York, 4 juillet 1831) est le cinquième président des États-Unis d'Amérique. Il est élu pour deux mandats de 1817 à 1825.

C’est un homme réputé pour son honnêteté qui prendra deux décisions d’une importance capitale dans l’histoire des États-Unis : le « compromis du Missouri » et la « doctrine Monroe » qui porte son nom. Son mandat a été désigné sous le nom de l'« ère des bons sentiments ». Il est aussi le dernier président de la « dynastie virginienne ». 

L'ascension

Il fait ses études à l’université William et Mary, se bat dans l’armée continentale lors de la Révolution américaine, est blessé à la bataille de Trenton et pratique le droit à Fredericksburg, en Virginie. Ses parents, Spence Monroe (1727-1774) et Elizabeth Jones (née vers 1729) sont de riches fermiers. Il se marie le 16 février 1786 avec Elizabeth Eliza Kortright ; ils eurent trois enfants, deux filles et un garçon mort en bas âge.

Il rejoint les anti-fédéralistes au début de sa carrière politique et défend la politique de Thomas Jefferson, qui avait été son maître. Il siège à la chambre de Virginie (1782) et au Congrès continental (1783-1786). Il est élu au Sénat (1790) puis nommé ambassadeur en France, dont il défend les positions, de 1794 à 1796. Gouverneur de Virginie (1799-1802), il est chargé ensuite par Jefferson de négocier l’achat de la Louisiane avant d’être nommé ministre plénipotentiaire à Londres (1803-1807) sans pouvoir empêcher la dégradation des relations entre les deux pays. Réélu gouverneur en 1811, il démissionne peu de mois après. Il est secrétaire d'État (1811-1815) puis cumule avec la fonction de secrétaire de la Guerre (1814-1815) du président James Madison.

Le président

Le 4 décembre 1816, il est élu président en battant le candidat fédéraliste. Il est le dernier président ancien combattant de la guerre d’Indépendance et n’a pas vraiment d’opposants pour ces deux élections. Monroe décide de visiter tous les États pour la première fois depuis George Washington.

Il choisit un sudiste, John C. Calhoun, comme secrétaire à la Guerre et un nordiste, John Quincy Adams comme secrétaire d’État. Sous sa présidence, accord entre les États-Unis et le Canada sur la définition de la frontière entre les deux pays au niveau du 49e parallèle (1818) . le Congrès vote et le président Monroe signe le compromis du Missouri (1820) qui admet cet État dans l’Union en tant qu’État esclavagiste mais interdit l’esclavage dans les territoires situés au nord. Réélu en 1820 à la quasi unanimité des suffrages, il énonce ce qui devint la « doctrine Monroe » (2 décembre 1823) : le continent américain se veut libre et indépendant et n’a pas vocation à être colonisé par les puissances européennes. Cette doctrine s’oppose à l’expansionnisme de l’Europe sur le continent américain et annonce la volonté des États-Unis d’avoir une influence majeure sur l’avenir du continent même s'il n'en a pas les moyens à l'époque.

C'est en hommage à James Monroe que la capitale du Libéria, en Afrique de l'Ouest, a été dénommée Monrovia en 1822

Littérature secondaire

  • 2022, Kevin Gutzman, "The Jeffersonians: The Visionary Presidencies of Jefferson, Madison, and Monroe", New York: St. Martin's Press

Liens externes

https://www.wikiberal.org/wiki/James_Monroe

 

 

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