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août 09, 2026

Liberté d’expression : la leçon de Spinoza

Sommaire:

A) - Liberté d’expression : la leçon de Spinoza

B) - Baruch Spinoza

C) - Liberté d’expression

D) -  Les carnets apocryphes d'Emmanuel Macron

 


A) - Liberté d’expression : la leçon de Spinoza

Toute vérité est bonne à dire

Spinoza l’avait écrit avec une clarté glaciale : un État qui refuse aux citoyens la liberté d’opiner et de parler n’est plus un État libre, mais un régime qui prépare sa propre ruine. Il engendre l’hypocrisie, la rancune et, finalement, la sédition. Trois siècles et demi plus tard, la France de Macron offre une illustration presque scolaire de ce diagnostic.


Sous prétexte de « lutter contre l’ingérence », on a transformé la parole de résistance en acte suspect. Toute critique un peu nette de la ligne présidentielle -sur l’Ukraine, sur Gaza, l’UE, l’économie, sur les errances de la justice ou de la santé- se voit immédiatement taxée d’« ingérence étrangère » ou « de l’intérieur », de « complotisme », de « discours de haine » ou de « menace pour la cohésion nationale ». La lie de l’humanité, à savoir les défakateurs qui vivent du détournement d’argent public, veillent au grain.


Le mécanisme est toujours le même : on ne réfute plus l’argument, on le disqualifie par son origine supposée. On ne discute plus, on pathologise. Celui qui n’est pas d’accord n’est plus un citoyen qui pense librement, il est l’agent d’une puissance hostile. Cette opération a un nom : la fascisation de l’espace public. Macron et son appareil ont réussi à faire de la liberté d’expression une liberté conditionnelle, accordée seulement à ceux qui parlent « dans le bon sens ». Les médias trop critiques sont rappelés à l’ordre par l’Arcom au nom du « pluralisme » -ce pluralisme étrange qui consiste à imposer une diversité d’opinions… à condition qu’elles ne déplaisent pas au Prince. 


Les personnalités publiques qui sortent du récit dominant sont signalées, harcelées, parfois poursuivies et excommuniées. Les caricatures, autrefois fierté nationale, deviennent dangereuses dès qu’elles ne visent plus « les bons ennemis ». Et sur les réseaux, la modération, sous pression constante de l’État et de Bruxelles, fait le travail de police que les juges n’osent plus assumer trop ouvertement.


Spinoza prévenait : quand on interdit aux hommes de dire ce qu’ils pensent, ils continuent de le penser, mais en silence, en amertume, en ressentiment. C’est exactement ce qui se produit. Une partie croissante du pays ne s’exprime plus dans l’espace public officiel. Elle se tait, ou elle se radicalise ailleurs. L’hypocrisie devient le mode de survie intellectuel. On apprend à parler en codes, à contourner, à ironiser, à se taire. Et pendant ce temps, le pouvoir se félicite d’avoir « préservé le débat démocratique »… en ayant soigneusement nettoyé le terrain de tout ce qui le dérangeait.


La France n’est pas encore une dictature. Elle reste un pays où l’on peut encore, en principe, écrire et publier. Mais elle est devenue un pays où la liberté d’expression est progressivement vidée de sa substance par un mélange de lois fascisantes, de délits d’opinion élargis, de régulation administrative et d’une rhétorique présidentielle qui transforme le désaccord en trahison. Sous Macron, la parole libre n’est plus un droit, elle est devenue un privilège concédé à ceux qui ne menacent pas le narratif officiel.


Spinoza aurait reconnu immédiatement le symptôme : un gouvernement qui a peur des opinions de ses propres citoyens est en perdition. Et un peuple qui doit sans cesse prouver qu’il n’est pas « influencé » pour avoir le droit de parler est un peuple en train de perdre l’usage de sa propre raison.


Commentaire:
Eh oui, dictature, même si l'auteur de l'article ne la retient pas (pas tout à fait, pas encore).
Dictature de nouveaux types de clercs. Les collectivistes, socialistes et communistes, n'ont rien à envier en la matière aux fascistes ni à l'Inquisition catholique romaine...
Dominique Macquet

 

B) - Baruch Spinoza

Baruch Spinoza (24 novembre 1632 - 21 février 1677), est un philosophe hollandais, né à Amsterdam dans une famille de commerçants juifs d'origine portugaise. Très tôt, dès treize ans environ, le jeune Baruch (Bento en portugais - béni) dut s'occuper des affaires commerciales de la maison Spinoza, principalement après la mort de son père en 1654. Continuant malgré tout des études religieuses dans un centre d'étude juive (yeshiva), il y étudia les plus grands philosophes juifs. Suite à sa rencontre avec le libre-penseur jésuite Franciscus van den Enden, Spinoza va s'éloigner de plus en plus de la communauté juive d'Amsterdam. Très ouvert aux idées hétérodoxes, ses fréquentations clandestines sont jugées douteuses au point d'être surveillé et averti par les chefs de la communauté juive. Son obstination intellectuelle va le conduire à une séparation définitive, le 27 juillet 1656 (Spinoza est excommunié de la communauté juive d'Amsterdam en raison de son inconduite). Proclamant tout au long de sa vie la liberté de philosopher, sa pensée eut une influence considérable sur ses contemporains et sur nombre de penseurs postérieurs.

Philosophie

La philosophie de Spinoza est héritée de celles de Descartes et de Hobbes, bien que son immanentisme et son panthéisme tranchent radicalement avec toutes les philosophies qui l'ont précédée.

Selon l'approche spinoziste des catégories ontologiques, la substance est indivisible, elle est cause de soi, la substance est ce qui est en soi et est conçu par soi. Il appartient à la nature d'une substance d'exister et d'être nécessairement infinie. Par attribut il entend ce que la raison conçoit dans la substance comme constituant son essence.

Selon l'attribut de l'étendue, la substance est « le monde », tandis que selon l'attribut de la pensée, la substance est Dieu. Il n'y a pas de création ex nihilo, notion irrationnelle pour Spinoza. Un individu est ainsi une modification temporelle de la substance unique, telle une vague sur la mer, une réalité unique à la fois physique et mentale : l'esprit et le corps sont une seule et même entité conçue selon deux attributs, à l'opposé du dualisme de Descartes qui y voit deux substances.

La métaphysique de Spinoza est davantage une métaphysique du devenir que de l'être ; il en tire une éthique (nom de son principal ouvrage) et une sotériologie, autrement dit, une doctrine du salut de l'âme. Un concept fondamental est celui de conatus, effort de tout être pour conserver et même augmenter sa puissance d'être, « effort naturel pour s'accomplir en plénitude », parfait accomplissement de soi :

«  Chaque chose, autant qu'il est en elle, s'efforce de persévérer dans son être. »
    — Éthique III, Proposition VI

Spinoza aboutit ainsi à une forme de volontarisme : « On ne désire pas une chose parce qu'elle est bonne, c'est parce que nous la désirons que nous la trouvons bonne ». C'est le désir qui produit les valeurs et non l'inverse. Le conatus s'exprime en « nature naturante » et « nature naturée ». Il était « instinct de conservation »chez Hobbes, il sera plus tard vouloir-vivre chez Schopenhauer et volonté de puissance chez Nietzsche. Nietzsche et Schopenhauer considèrent tous deux Spinoza comme un de leurs précurseurs, mais alors que Nietzsche ne tarit pas d'éloges à son sujet, Schopenhauer lui reproche son immoralisme (selon Spinoza, Traité politique : « chacun a autant de droit qu'il a de puissance »), son théisme (toujours présent bien que travesti sous une forme impersonnelle), son eudémonisme et l'optimisme injustifié qui en découle.

Ce volontarisme ne doit pas être interprété comme un finalisme. En effet, anticipant Schopenhauer et la philosophie de l'absurde, en dépit de « l'émerveillement panthéiste » auquel on relie souvent sa philosophie, Spinoza nie toute finalité et même tout ordre dans la nature :

«  Pour montrer que la nature n’a pas de fin qui lui soit prescrite, et que toutes les causes finales ne sont que des fictions humaines, il n’est pas besoin de beaucoup. »
    — Éthique, I, Appendice

«  Et parce que ceux qui ne comprennent pas la nature des choses, mais se bornent à imaginer les choses, n’affirment rien des choses, et prennent l’imagination pour l’intellect, à cause de cela ils croient fermement qu’il y a de l’ordre dans les choses, sans rien savoir de la nature ni des choses ni d’eux-mêmes ; [...] comme si l’ordre était quelque chose dans la nature, indépendamment de notre imagination. »
    — Éthique, I, Appendice

La philosophie de Spinoza influencera durablement la philosophie occidentale, notamment allemande (Kant, Fichte, Hegel, Schopenhauer, Nietzsche...) après son retour en grâce au XIXe siècle lors de la « querelle de l'athéisme » (Atheismusstreit), et elle influencera plus tard aussi bien Leo Strauss que Ludwig Wittgenstein (le titre du Tractatus Logico-Philosophicus est un hommage au Tractatus Theologico-Politicus de Spinoza). Elle se prête à une interprétation qui peut être aussi bien athée que panthéiste (Deus sive natura). Einstein affirmera ainsi « croire au Dieu de Spinoza » alors que Marx rattache Spinoza au matérialisme.

Pensée religieuse

Dans le Traité théologico-politique Spinoza s'efforce de démontrer que la liberté de penser et de philosopher peut se concilier avec le maintien de la paix civile et l’exercice de la piété et de la religion. L'objet principal de son ouvrage est d'arriver à cette démonstration mais aussi à séparer la foi de la philosophie. Pour Spinoza, celui qui fait preuve de la foi la meilleure est celui aussi qui accomplit les meilleures œuvres de justice et de charité, que la foi, à elle seule et sans les œuvres, est une foi morte. Selon lui, le but et le fondement de la foi et de la raison sont opposés, pour lui le but de la philosophie c'est la vérité, tandis que celui de la foi n’a en vue que l’obéissance et la piété. Cette séparation de la philosophie et de la théologie n'implique pas l’une des deux doit être exclue, aucune subordination est attribuée de l'une sur l'autre, chacune reste souveraine dans son domaine propre.

Spinoza est considéré tantôt comme un penseur religieux, tantôt accusé d'athéisme : pour Pierre Bayle il est « juif de naissance et puis déserteur du judaïsme », il a été un « athée de système, et d'une méthode toute nouvelle » [1]. Ses idées théologiques relèvent du panthéisme (le célèbre Dieu ou la nature) et s'opposent à la conception anthropomorphique d'un dieu personnel telle qu'elle existe dans le judaïsme ou le christianisme. Des analogies ont été soulignées entre sa doctrine et l'hindouisme (notamment l'école Vedanta, non-dualiste). Il serait donc erroné de le qualifier de penseur juif :

« Non seulement Spinoza fut de son vivant ostracisé et mis à l’index par la communauté juive, mais lui-même, dans son âge mûr, ne se voyait pas comme juif et recourait toujours à la troisième personne pour parler des juifs. Bien qu’ayant reçu à la naissance le prénom hébraïque Baruch, il ne l’a jamais utilisé en signature. Il signait Benedict ou Benedictus. » (Shlomo Sand, Comment j’ai cessé d’être juif)

Sa conception historiciste de la rédaction de la Bible s'oppose aux dogmes religieux de la transcendance divine ou d'une révélation surnaturelle. En effet, il préconise une interprétation basée sur le sens du texte pris dans son contexte historique et en rapport avec l'esprit de la langue : il faut « expliquer l’Écriture par l’Écriture » et « user de jugement et de raison pour lui accorder notre assentiment ». Par ailleurs, Spinoza, à l'encontre de la tradition scolastique, opère une distinction tranchée entre la théologie, qui relève de la foi et de la morale, et la philosophie, qui est une recherche de la vérité. Il conteste la notion de miracle car « rien n'arrive qui aille contre la nature ».

C'est en raison de ses « mauvaises opinions » et de ses « horribles hérésies » qu'il est excommunié (déclaré herem) de la communauté juive d'Amsterdam le 27 juillet 1656[2], communauté issue comme lui de marranes du Portugal ou d'Espagne. On ne connaît pas exactement les raisons de cette exclusion : critique de l'immortalité de l'âme, assimilation de Dieu à la nature, négation du libre arbitre ? Il reste dans la ville d'Amsterdam, puis s'établit à Rijnsburg, et pour gagner sa vie, il se tourne vers l'artisanat scientifique (fabrication de lentilles pour lunettes et microscopes). La légende veut qu'il ait conservé de longues années son manteau troué par le poignard d'un juif fanatique, après une agression manquée.

Pensée politique

Spinoza est un des grands philosophes de la liberté et de la tolérance du XVIIe siècle, à l'égal de son contemporain John Locke, tous deux préfigurant les Lumières. Il est plus hardi que Locke en ce qui concerne la liberté d'expression et la liberté de la presse (Locke refuse d'étendre sa tolérance aux catholiques et aux athées). Concernant la propriété et plus généralement la société politique, il les fait dériver des passions et du désir plutôt que de la raison ou d'un contrat social :

«  Si les hommes étaient ainsi disposés par la Nature qu’ils n’eussent de désir que pour ce qu’enseigne la vraie Raison, certes la société n’aurait besoin d’aucunes lois, il suffirait absolument d’éclairer les hommes par des enseignements moraux pour qu’ils fissent d’eux-mêmes et d’une âme libérale ce qui est vraiment utile. Mais tout autre est la disposition de la nature humaine ; tous observent bien leur intérêt, mais ce n’est pas suivant l’enseignement de la droite Raison ; c’est le plus souvent entraînés par leur seul appétit de plaisir et les passions de l’âme (qui n’ont aucun égard à l’avenir et ne tiennent compte que d’elles-mêmes) qu’ils désirent quelque objet et le jugent utile. De là vient que nulle société ne peut subsister sans un pouvoir de commandement et une force, et conséquemment sans des lois qui modèrent et contraignent l’appétit du plaisir et les passions sans frein. »
    — De Servitute, prop. 37

Contrairement à Hobbes qui confère au souverain une autorité à la fois politique et religieuse (Léviathan), Spinoza s'oppose à l'utilisation de la religion comme instrument du pouvoir : la religion doit être soumise aux lois communes et au pouvoir politique, elle ne doit s’occuper que d’enseigner le bien et la morale. Il affirme l'importance de la liberté religieuse et de la liberté d'expression :

«  Il est évident que les lois concernant les opinions menacent non les criminels, mais les hommes de caractère indépendant, qu’elles sont faites moins pour contenir les méchants que pour irriter les plus honnêtes, et qu’elles ne peuvent être maintenues en conséquence sans grand danger pour l’État. [...] Il n’y a rien de plus sûr pour l’État que de renfermer la religion et la piété tout entière dans l’exercice de la charité et de l’équité, de restreindre l’autorité du souverain, aussi bien en ce qui concerne les choses sacrées que les choses profanes, aux actes seuls, et de permettre, du reste, à chacun de penser librement et d’exprimer librement sa pensée. »
    — Traité théologico-politique, chapitre XX : Où l’on montre que dans un État libre il est loisible à chacun de penser ce qu’il veut et de dire ce qu’il pense

On pourrait arguer que Spinoza est un libéral conservateur : sans adhérer à une conception individualiste lockéenne (pas de concept de propriété de soi), il n'a pas non plus une conception organiciste de l’État, telle que celle du Léviathan de Hobbes. Il a une définition immanente de la souveraineté (imperium) comme « droit que définit la puissance de la multitude » : sa théorie du droit naturel repose ainsi sur la puissance seule et non sur une éthique quelconque (il vante Machiavel pour ce qui est de la gestion de l’État). Il y a pour lui une identité entre le droit positif et le droit naturel, car le droit du souverain sur ses sujets découle de sa puissance. Il reconnaît l'importance d'avoir un État pérenne, qui permette à chacun d'être libéré de la crainte (passion triste) et du « conflit des passions » pour exercer sa liberté et poursuivre ses affects sans nuire à l'intérêt commun : « la multitude veut être conduite comme par une seule âme ». La société existe en raison de l'effort de chaque individu pour se conserver (conatus) : la sociabilité de l'individu se fonde sur le besoin qu'il a des autres pour subsister.

La puissance de contrainte de l’État peut cependant devenir un pouvoir de domination et Spinoza, malgré le sous-titre de son Traité Politique (« Comment doit être organisée une société, soit monarchique, soit aristocratique, pour qu’elle ne dégénère pas en tyrannie et que la paix et la liberté des citoyens n’y éprouvent aucune atteinte ») ne répond pas clairement à la question, si ce n'est en notant que « la multitude est un objet de crainte pour les gouvernants et à cause de cela même elle obtient quelque liberté ». Il propose comme gouvernements possibles une monarchie où le Conseil du roi se compose de personnes élues de plus de 50 ans, ou une aristocratie menée par « un certain nombre de citoyens élus parmi la multitude (assemblée de patriciens) » ; le cas du gouvernement démocratique n'est quasiment pas développé dans le Traité Politique, si ce n'est pour en exclure « les femmes et les esclaves »...

Spinoza semble tétanisé par la multitude et la violence dont elle est capable. Il a une vision assez pessimiste de la nature humaine, prisonnière de ses affects, contrairement au philosophe qui fait tout pour s'en libérer. Nettement plus démocrate que Hobbes, il semble privilégier une aristocratie élue.

Spinoza s'est toujours tenu éloigné de l'arène politique. Cependant, il proteste contre le massacre de son ami Johan de Witt par les Orangistes en 1672, méfait digne des « derniers des barbares » (ultimi barbarorum).

Notes et références

  • Dictionnaire historique et critique de Bayle, édition de 1740, article « Spinoza ». Au début de cet article, Bayle essaie de répertorier les philosophes prédécesseurs de Spinoza qui ont tenu des opinions analogues à son monisme. On y trouve une curieuse description de ce qui s'appellera plus tard le bouddhisme, « théologie d'une secte de Chinois », description probablement issue de comptes rendus des jésuites au XVIe siècle ou au XVIIe siècle.

  • Littérature secondaire

    • 1998, Christian Lazzeri, "Droit, pouvoir et liberté. Spinoza critique de Hobbes", Paris: PUF
    • 2001, "Spinoza - a life, Steven Nadler, Cambridge University Press
      • Traduction en français en 2003, "Spinoza", Paris: Bayard
    • 2010, Ghislain Waterlot, "Aux sources de la pensée libérale, une généalogie de la tolérance. Castellion, Spinoza, Bayle, Locke", In: G. Kevorkian, dir., "La pensée libérale. Histoire et controverses", Paris, Ellipses, pp211-226

    Citations de Baruch Spinoza

    • « Le désir est l'essence de l'homme ».
    • « Une chose ne cesse pas d'être vraie parce qu'elle n'est pas acceptée par beaucoup d'hommes ».
    • « Les pires tyrans sont ceux qui savent se faire aimer ».
    • « Personne ne peut transférer à autrui son droit naturel, c’est-à-dire sa faculté de raisonner librement et de juger librement de toutes choses ; et personne ne peut y être contraint. C’est pourquoi l’on considère qu’un État est violent quand il s’en prend aux âmes ».
    • « La nature humaine ne peut supporter d’être contrainte absolument ». (Traité Théologico-Politique, chap. V)
    • « Vouloir tout régenter par des lois c’est rendre les hommes mauvais ». (Traité Théologico-Politique, chap. XX)
    • « L’argent est devenu le condensé de tous les biens, et c’est pourquoi d’habitude son image occupe entièrement l’esprit du vulgaire, puisqu'on n’imagine plus guère aucune espèce de joie qui ne soit accompagnée de l’idée de l’argent comme cause ». (Éthique, livre IV, Appendice, chapitre 28)
    • « L'expérience ne nous enseigne pas les essences des choses ». (Lettre à De Vries, 1663)
    • « Le monde veut être trompé ; qu'il le soit donc ».
    • « Un homme libre ne pense à aucune chose moins qu'à la mort, et sa sagesse est une méditation non de la mort, mais de la vie ». (Ethique)
    • « La fin dernière de l’État n’est pas de dominer les hommes, de les retenir par la crainte, de les soumettre à la volonté d’autrui, mais tout au contraire de permettre à chacun, autant que possible, de vivre en sécurité, c’est-à-dire de conserver intact le droit naturel qu’il a de vivre, sans dommage ni pour lui ni pour autrui ». (Traité Théologico-Politique)
    • « Vouloir tout régler par des lois, c’est irriter les vices plutôt que les corriger ». (Traité théologico-politique)

    Citations sur Spinoza

    • « J'ai un précurseur, et quel précurseur ! [...] Ce penseur, le plus anormal et le plus solitaire qui soit, m'est vraiment très proche. » (Friedrich Nietzsche, lettre à Franz Overbeck du 30 juillet 1881)
    • « Ne pas rire, ni pleurer, ni détester, mais comprendre dit Spinoza, avec cette simplicité et cette élévation qui lui sont propres. » (Friedrich Nietzsche, Le Gai Savoir, 333)
    • « Toute la philosophie de Spinoza est comme le déploiement extraordinairement vaste et riche d'une variante de la preuve ontologique. » (Jeanne Hersch, L'étonnement philosophique, 1981)
    • « Quand on commence à philosopher, il faut d'abord être spinoziste. » (Hegel, Histoire de la philosophie)
    • « Quand on est philosophe, on a deux philosophies : la sienne et celle de Spinoza. » (Henri Bergson)
    • « Spinoza fait partie de ces penseurs privés, qui renversent les valeurs et font de la philosophie à coups de marteau, et non pas des professeurs publics, ceux qui, suivant l’éloge de Leibniz, ne touchent pas aux sentiments établis, à l’ordre de la Morale et de la Police. » (Gilles Deleuze)
    • « [...] l’Éthique de Spinoza, une construction systématique qui repose sur la croyance puérile en une puissance divine, au demeurant aveugle, qui piloterait nos vies de créatures dénuées de toute capacité d’autonomie et de choix. Je n’ai jamais compris comment un adulte intelligent pouvait adhérer à ces fables plus de trois minutes. Mystère insondable du dogmatisme que Lévinas, déjà, disséquait dans ses écrits sur Spinoza que les disciples seraient bien avisés de lire ou de relire. » (Luc Ferry, Folie du spinozisme, Le Figaro du 05/03/2020)
    • « En publiant en 1670 son Tractatus theologico-politicus, il a créé un ébranlement puissant parce qu'il condamnait les religions révélées et les pouvoirs exercés en leur nom. Les polémiques que cela a déclenchées dans toute l'Europe et qui ont été virulentes pendant plus d'un siècle, sont restées centrées sur la question de la religion et de son rôle dans le maintien de l'ordre social. » (Jean François Billeter, Esquisses, 2016)

    Liens externes

    https://www.wikiberal.org/wiki/Baruch_Spinoza



    C) - Liberté d’expression

    La liberté d'expression est l'absence de contrainte illégitime exercée à l'encontre d'individus en raison de l'expression de leurs opinions. Dans les démocraties modernes, son affirmation occupe une place primordiale et est reconnue unanimement comme un principe fondamental. La liberté d'expression est un principe qui est très cher aux libéraux, pourtant, nombreuses sont les démocraties dites libérales qui décrètent des lois lui portant une atteinte flagrante. L'esprit de ces lois, bien que débattues et discutées au sein d'institutions de pouvoir, sont en discordance avec sa compréhension, sa portée et réelle application. Le paradoxe est que le besoin de limiter le principe de liberté d'expression semble être plus pressant plutôt que le réel besoin de le respecter entièrement. 

    La liberté d'expression vue par les libéraux et les libertariens

    En cohérence avec la conception libérale de la liberté des individus, les libéraux défendent le droit pour chacun de pouvoir exprimer toute idée ou information, par tous les moyens possibles, sans être exposé à une quelconque nuisibilité ou danger. Même dans le contexte où les opinions visent des personnes en particulier, le fait d'exposer des opinions ou idées ne constitue pas une agression, tant que cela ne cause pas des dommages certains et factuels, ceci quelles que soient les divergences d'idées des parties. La liberté d'expression s'applique entièrement dans un débat ou discussion critique où chacun défend son champ d'idées.

    Par conséquent, les libéraux s'opposent à toute forme de répression visant toute forme d'expression d'idées, car exposer ses idées n'est pas un crime, tant qu'elles n'impliquent pas une atteinte aux personnes et aux biens d'autrui. La liberté d'expression signifie que chaque personne dispose librement de ses idées et opinions, même si elles ne concordent pas avec les idées et opinions d'une autre personne.

    Le libéralisme va donc plus loin que le droit positif, qui limite toujours la liberté d'expression en la soumettant à la législation, même quand cette dernière n'instaure pas d'interdiction préalable, par exemple :

    «  La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté, dans les cas déterminés par la Loi.  »
        — article 11 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen

    La réputation d'un homme n'est pas sa propriété : elle n'a d'existence que dans l'esprit des individus, et il n'appartient qu'à eux de choisir les procédés par lesquels ils forment leurs opinions. Le droit de disposer d'une partie de l'esprit d'autrui est radicalement rejeté par la théorie libérale du droit.

    En effet, c'est tout le problème des relations dites « spéciales » ou « singulières » entre ce que pense un individu et son propre comportement.

    Une personne peut être en total désaccord avec ce qu'une autre dit, et agir en conséquence. Par exemple, lorsqu'une chaîne de radio profère des propos inadmissibles, il éteint sa radio. Si d'autres apprécient ce que dit telle ou telle station de radio et choisissent librement de l’écouter, il n'y a aucune raison de les en empêcher. Une station de radio ne survit que par ses auditeurs, si elle les perd par son comportement, elle devra soit rectifier le tir soit disparaître. Rien n'empêche ses adversaires de lancer une radio concurrente, un journal, un blog, un groupe pour combattre des propos jugés intolérables en faisant usage de leur propre liberté d'expression.

    D'une certaine manière, la liberté d'expression est la meilleure arme contre les débordements de la liberté d'expression.

    Libéraux et libertariens sont donc opposés au délit d'opinion (moyen de faire taire les dissidents), à la censure, à la police des consciences, ou au délit de presse.

    Un des premiers manifestes en faveur de la liberté d'expression est l'Areopagitica de l'écrivain John Milton, publié en 1644, qui s'élève contre la censure préalable, et dont le sous-titre est : pour la liberté d'imprimer sans autorisation ni censure. De même, Baruch Spinoza, dans son Traité théologico-politique paru en 1670 (chapitre XX : Où l’on montre que dans un État libre il est loisible à chacun de penser ce qu’il veut et de dire ce qu’il pense) s'élève contre la censure :

    «  Il est évident que les lois concernant les opinions menacent non les criminels, mais les hommes de caractère indépendant, qu’elles sont faites moins pour contenir les méchants que pour irriter les plus honnêtes, et qu’elles ne peuvent être maintenues en conséquence sans grand danger pour l’État[1] »

    Idées fausses sur la liberté d'expression

    La plus répandue des fausses idées sur la liberté d'expression est la confusion entre « droit de » et « droit à ». Dans le premier cas il s'agit d'interdire l'usage de la contrainte en raison des idées exprimées par une personne ; or, les libéraux sont a priori pour une liberté d'expression totale quelles que soient les idées exprimées, même les pires (racisme, xénophobie, apologie du nazisme ou du communisme, etc.). Dans le second, le désir qu'a une personne d'être entendue devrait l'emporter sur les droits de propriété des autres. On légitime ainsi l'expropriation partielle de ressources privées (les murs des bâtiments, du temps d'antenne télévisée, les rues...) quand cela peut servir à faire passer ses idées ou simplement à supporter une œuvre artistique. Comme l'exprimait Choderlos de Laclos au XVIIIe siècle :

    « Le seul homme qui ait le droit de m'empêcher de coller ma pensée sur un mur, c'est le propriétaire de la maison. »

    De la même façon, les subventions étatiques aux journaux en panne de lecteurs sont illégitimes, puisqu'on force le contribuable à financer des journaux qui ne l'intéresse pas.

    Autrement dit, pour un libéral, la liberté d'expression est totale, mais dans la mesure où elle respecte strictement le droit de propriété d'autrui.

    La liberté d’expression consiste donc à ne pas empêcher de façon coercitive l'expression des idées et des opinions. Cependant, elle ne doit en aucun cas aboutir à :

    • une obligation inconditionnelle de donner à autrui la possibilité de s'exprimer (par exemple un éditeur ou un groupe de presse est maître de ses choix éditoriaux et de ses publications) ;
    • un relativisme moral, qui mettrait toutes les opinions sur le même plan (sophismes, idées nuisibles ou violentes, etc., que précisément la liberté d'expression permet de combattre sans violence).

    Exemple de la vision libertarienne : peut-on, au nom de la liberté d'expression, crier « au feu ! » dans une salle de théâtre bondée, alors qu'il n'y a pas de feu ? Non, et ce non pas en raison des conséquences possibles (encore que cela puisse constituer une circonstance aggravante), mais parce qu'on enfreint les règles acceptées lors de l'achat du billet et fixées par le propriétaire. Les victimes, s'il y en a, se retourneront contre le propriétaire, qui se retournera contre le fautif.

    Autre exemple : peut-on, au nom de la liberté d'expression, menacer quelqu'un, déclencher une fausse alerte à la bombe, etc. ? Une menace n'est pas forcément une agression, elle n'acquiert ce caractère que quand elle est directe et explicite (clear and present danger, selon la loi américaine). Les victimes ont donc le droit de prendre des mesures coercitives contre une agression qui se présente comme manifeste et imminente.

    Une insulte (une « agression verbale ») n'est pas, d'un point de vue libertarien, une agression, et n'est sûrement pas à mettre sur le même plan qu'une agression physique. Le « délit d'outrage », inventé pour protéger les fonctionnaires (policiers, enseignants, magistrats...) ou les symboles de la République (drapeau, hymne national), n'existe tout simplement pas et fait partie des innombrables abus étatiques.

    Un exemple : le négationnisme

    Nuvola apps colors.png Article principal : négationnisme.

    Il est clair que l'idéologie libérale rejette le nazisme, le fascisme, le négationnisme et autres idéologies semblables.

    Dans quatorze pays d'Europe, le négationnisme (négation de l'holocauste) fait l'objet d'une loi dont la transgression est punie par la prison. Pourtant le négationnisme a des disciples en Europe dans tous ces quatorze pays. Est-ce que la criminalisation des propos négationnistes aide à la disparition de ce mouvement ? Absolument pas, bien au contraire, la criminalisation les aide ! Dans la plupart des cas, la criminalisation des propos négationnistes ou même révisionnistes crée des martyrs et alimente ainsi la cause des groupes néo-nazis.

    Brimer la liberté d'expression sous prétexte d'empêcher la « banalisation » de propos racistes, xénophobes ou autres n'empêche pas la survie de ces mouvements, car on ne peut empêcher les gens de penser ce qu'ils veulent. La meilleure manière de combattre le néo-nazisme est d'utiliser la raison et le ridicule et non pas de criminaliser une telle expression. Si des propos néo-nazis perdurent, c'est à l'individu de les combattre en s'exprimant en toute liberté. La liberté d'expression elle-même est la meilleure arme contre les débordements de la liberté d'expression.

    Dans ce contexte, criminaliser l'expression des propos négationnistes ou révisionnistes revient à juger irresponsable le public, qui pourrait être « influencé » par de tels propos. Évidemment une telle expression n'est pas rendue impossible par l'interdiction, elle est seulement rendue clandestine, et d'autant plus intransigeante.

    Autre exemple : la diffamation

    Est-il permis de diffamer quelqu'un, c'est-à-dire de raconter à son propos des mensonges qui pourraient lui causer du tort ? Les réponses libérale et libertarienne divergent ici.

    Pour les libéraux classiques, la diffamation est condamnable ; ainsi, Benjamin Constant d'écrire dans De la liberté des brochures, des pamphlets et des journaux au début du XIXe siècle[2] :

    « [La liberté d'expression] n'exclut point la répression des délits dont la presse peut être l'instrument. Les lois doivent prononcer des peines contre la calomnie, la provocation à la révolte, en un mot contre tous les abus qui peuvent résulter de la manifestation des opinions. Les lois ne nuisent point à la liberté ; elles la garantissent, au contraire. Sans elles aucune liberté ne peut exister. »

    D'un point de vue libertarien, la diffamation ne doit cependant pas être poursuivie (ce qui ne signifie pas qu'on l'approuve moralement). En effet, la diffamation ne nuit jamais directement à personne. Si j'affirme que le pape est un nazi, et que vous me croyez, c'est votre problème, pas le mien. Soutenir le concept de diffamation suppose que les gens sont de parfaits irresponsables et vont croire tout ce qu'on leur dit. C'est la même façon de penser erronée qui conduit à interdire le négationnisme ou l'expression de l'antisémitisme.

    « En vertu des lois actuelles contre la diffamation, (un individu) agit en violation de la loi dès lors qu’il a « l’intention de nuire », même si l’information diffusée est vraie. Or le caractère légal ou illégal d’une action devrait dépendre de sa nature objective et non de la raison d’agir de l’acteur. Si une action est objectivement non-agressive, elle doit être autorisée quelle que soit l’intention, bienveillante ou malveillante, qui la motive (cette dernière pouvant, par contre, être pertinente quant à la moralité de l’action). Sans parler de l’énorme difficulté pour le juge de découvrir les motifs subjectifs d’un individu »
        — Murray Rothbard

    Rothbard indique deux effets pervers liés à l’illégalité de la diffamation, qui impacte la population la moins aisée : elle est une proie plus facile pour les calomniateurs, et on entrave sa capacité à diffuser des vérités déplaisantes sur les puissants.

    Faut-il accepter comme exception à ce principe le cas du faux témoignage, car il semble bien y avoir un lien direct de cause à effet entre ce qui a été dit (le faux témoignage) et la conséquence, qui peut être la condamnation d'un innocent ou la relaxe d'un coupable ? Non pour les libertariens, car le faux témoignage n'est pas condamnable en raison des dommages provoqués, mais en raison du fait que le témoin s'est engagé contractuellement (ou par serment) à dire la vérité. Ce n'est pas l'accusé qui pourra poursuivre le faux témoin, mais le tribunal. Il convient de préciser que les faux témoins étaient mis à mort par les tribunaux, dans les temps anciens, car le faux témoignage était associé à un très grave trouble à l'ordre public [domaine politique et social] et à l'ordre spirituel, lié aux fondements de la conscience [domaine moral et religieux], car le faux témoignage était par définition attentatoire à la vérité.

    Du point de vue du droit naturel, la liberté d'expression est bien absolue, et le « délit » de diffamation n'existe pas. Soutenir ce concept de diffamation revient pour les libertariens à cautionner un extraordinaire recul du droit d'expression, le délit de diffamation étant couramment utilisé par les gouvernements pour faire taire leurs opposants (on pourrait même l'utiliser contre les libertariens quand ils traitent les gouvernants d'esclavagistes).

    Alors que les libertariens cherchent à séparer ce qui n'est condamnable que moralement (action immorale) et ce qui est condamnable juridiquement (agression contre la personne ou sa propriété), en présumant des intentions des acteurs le droit positif criminalise certaines actions qui ne sont pas directement des agressions. Du point de vue juridique, dans des conditions spécifiques et dans le cadre d'une restriction de la liberté d'expression, la notion de dépôt de plainte en dénonciation calomnieuse existe (et les individus peuvent donc l'utiliser), et le faux témoignage (ou ladite diffamation) est constitué tant que la personne qui en calomnie une autre n'a pas donné la ou les preuve(s) de ce qu'elle avance, et/ou que la personne calomniée a prouvé son honneur et sa moralité, suivant selon le système judiciaire inquisitorial français, ou suivant selon le système judiciaire accusatoire anglo-saxon. En pratique, l'arbitraire règne en ce domaine.

    Le droit de se taire

    De même qu'on ne peut empêcher quelqu'un de s'exprimer, il n'y a pas, inversement, d'obligation à s'exprimer. Cela concerne aussi bien la protection des sources des journalistes et les diverses sortes de secret professionnel que le droit à ne pas être contraint à s’accuser soi-même (droit à ne pas s’auto-incriminer), un droit tiré du principe de la présomption d'innocence[3]. Pour les libertariens, cela relève de l'inaliénabilité de la volonté humaine.

    Clientélisme et liberté d'expression

    Les atteintes à la liberté d'expression obéissent souvent à un clientélisme électoral. Voici un exemple de raisonnement de politicien relativement à la répression de l'incitation à la haine :

    • les gens sont des faibles, les incitations à la haine pourraient les pousser à passer à l'acte ;
    • le pouvoir qui, lui, est une élite supérieure au reste de la population, sait ce qu'il faut faire ;
    • ainsi le pouvoir sait discriminer entre les bonnes interdictions et les mauvaises : il peut décréter par exemple qu'on n'a pas le droit d'exprimer de haine envers les juifs, les musulmans ou les homosexuels, mais que c'est toléré envers les riches, les Blancs, les catholiques, les banquiers, etc. ; on aboutit ainsi à une forme de racisme et à l'établissement de privilèges ;
    • si un groupe de pression quelconque veut imposer une nouvelle interdiction en sa faveur, sa demande sera examinée avec bienveillance (il a intérêt à être assez nombreux, à faire un grand tapage médiatique ou à être bien vu du pouvoir).

    Le politicien pourra ensuite trouver a posteriori toutes sortes de justifications éthiques à des limitations à la liberté d'expression qui sont en réalité d'origine clientéliste.

    Atteintes à la liberté d'expression en France

    Nuvola apps colors.png Article principal : Liberté d'expression en France.

    Internet, la liberté d'expression et le libéralisme

    Nuvola apps colors.png Article principal : Internet.

    Malgré les tentatives de contrôle, la liberté d'expression s'est considérablement émancipée depuis l'avènement du Web. Il devient difficile[4] pour un pouvoir exécutif de mettre efficacement en œuvre les mesures de répression de l'opinion décrites ci-dessus dès lors que cette dernière s'exprime de façon libre, décentralisée, infiniment reproductible, et indélébile sur Internet. Dans cette mesure, Internet est très souvent comparé à deux grandes inventions de l'Histoire qui ont également abaissé le coût d'accès à la connaissance, et contrecarré la censure: l'imprimerie et l'écriture.

    L'écriture, inventée il y a quelques 5 000 ans en Mésopotamie, a signifié le début de la civilisation et de l'Antiquité. En ce qui concerne l'imprimerie qui vit le jour grâce à Johannes Gutenberg, elle a servi de catalyseur[5] au Schisme, à la Réforme, et donc à la Renaissance et aux Lumières.

    Le 21e siècle a d'ailleurs connu nombre de mouvements qui ont en commun de défendre un idéal de liberté (plus ou moins bien exprimé), et d'utiliser Internet pour se mobiliser: les printemps arabes, le mouvement des Indignés, le Tea Party, Occupy Wall Street, les « partis pirates », l'Intellectual Dark Web, etc. Nombreux sont ceux[6] qui expriment l'opinion que ces exemples illustrent les toutes premières manifestations d'une nouvelle ère de liberté à laquelle Internet servira de vecteur.

    De nouvelles menaces sur la liberté d'expression aujourd'hui ?

    La liberté d'expression semblait jusqu'à récemment être l'un des combats libéraux gagnés dans les pays développés. La citation (faussement) attribuée à Voltaire (« Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous ayez le droit de le dire ») semblait acceptée par tous. Cette liberté doit néanmoins faire face à de nombreuses menaces nouvelles depuis les années 2000 :

    • Volonté de faire taire les voix dissidentes sur des sujets comme le négationnisme ou le révisionnisme historique au sens large, avec des lois comme la loi Gayssot en France.
    • Ces tentatives se sont élargies à tout discours contestataire comme le discours antivaccin lors de la crise du COVID, ou les discours climatosceptiques[7] en 2023
    • Le wokisme, d'abord aux Etats-Unis puis dans le reste du monde, vise à réécrire tous les textes ou œuvres culturelles susceptibles de heurter, dans une définition large et vague, qui que ce soit. A la liberté d'expression, on substitue un droit à ne pas être choqué, à des « safe spaces » dont on exclut telle ou telle population
    • dans le champ du religieux, le droit au blasphème est attaqué, soit via le terrorisme (Charlie Hebdo et les caricatures de Mahomet), soit via des pressions politiques toujours plus insistantes, demandant à restreindre la liberté d'expression pour ne pas heurter.

    Cette liste est malheureusement non-exhaustive.

    Mesurer la liberté d'expression ?

    On peut imaginer une échelle de mesure rudimentaire de la liberté d'expression :

    • liberté d'expression complète
    • liberté d'expression importante, mais auto-censure et influence rampante du « politiquement correct » (États-Unis, Suisse...)
    • liberté d'expression réprimée législativement et à géométrie variable d'un jugement à l'autre (France)
    • État policier pratiquant la censure, le filtrage d'Internet, voire l'emprisonnement des dissidents (de nombreux États autoritaires du monde)
    • absence totale de liberté d'expression (totalitarisme, par exemple Corée du Nord)

    Il existe aussi un Classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières, et un Indice de démocratie plus général créé en 2006 par The Economist Group.

    Citations

    • « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'Homme. » (article 11 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen de 1789)
    • « Rappelons-le : dans l’acception du dictionnaire, on est intolérant quand on combat des idées contraires aux siennes par la force, et par des pressions, au lieu de se borner à des arguments. La tolérance n’est point l’indifférence, elle n’est point de s’abstenir d’exprimer sa pensée pour éviter de contredire autrui, elle est le scrupule moral qui se refuse à l’usage de toute autre arme que l’expression de la pensée. » (Jean-François Revel, Contrecensures)
    • « J'ai toujours vigoureusement défendu le droit de chaque homme à sa propre opinion, aussi différente qu'elle puisse être de la mienne. Celui qui refuse à un autre ce droit se rend lui-même esclave de son opinion présente, car il se prive du droit d'en changer... L'infidélité ne consiste pas à croire ou à ne pas croire, mais à affirmer croire ce que l'on ne croit pas. Il est impossible d'évaluer les dégâts moraux que le mensonge à soi-même provoque dans une société. » (Thomas Paine, The Age of Reason[8])
    • « La liberté est une peau de chagrin qui rétrécit au lavage de cerveau. » (Henri Jeanson in L'Aurore)
    • « La liberté d'expression, qui inclut la liberté de s'exprimer, de publier, d'informer, de manifester, de débattre, est absolument fondamentale dans toute société prétendant protéger les droits de l'homme. Sans liberté d'expression, point de réelle liberté d'opinion - A quoi servent des opinions que l'on doit garder pour soi ? -, point de liberté de rechercher des personnes partageant les mêmes centres d'intérêts en vue d'association, point de liberté de proposer des choix politiques variés, de publier des informations, des résultats de recherche, des œuvres artistiques, point de liberté de faire valoir ses droits face à l'oppression... En ce sens, on peut affirmer que la liberté d'expression est l'un des piliers de toutes les libertés dont un individu peut disposer. » (Vincent Bénard[9])
    • « Il y a une arme plus terrible que la calomnie, c’est la vérité. » (Talleyrand)
    • « Mais ce qu'il y a de particulièrement néfaste à imposer silence à l'expression d'une opinion, c'est que cela revient à voler l'humanité : tant la postérité que la génération présente, les détracteurs de cette opinion davantage encore que ses détenteurs. Si l'opinion est juste, on les prive de l'occasion d'échanger l'erreur pour la vérité ; si elle est fausse, ils perdent un bénéfice presque aussi considérable : une perception plus claire et une impression plus vive de la vérité que produit sa confrontation avec l'erreur. » (John Stuart Mill, De la liberté[10])
    • « La crainte des contrôles fiscaux, l'étouffement bureaucratique et le harcèlement de l'Etat constituent des armes puissantes contre la liberté de parole. » (Milton Friedman, La Liberté du choix)
    • « La liberté d'expression ne peut qu'être mise à mal si la loi nous empêche d'affronter ses conséquences. »[11] (Rowan Atkinson)
    • « Je suis libre d'avoir une opinion et c'est déjà très beau. Mais je voudrais être libre de ne pas en avoir. » (Sacha Guitry)
    • « Pourquoi faudrait-il tolérer la liberté d'expression et la liberté de la presse ? Pourquoi un gouvernement qui fait ce qu'il juge bon devrait-il tolérer la critique ? Il ne tolèrerait pas une opposition qui utiliserait des armes mortelles, or les idées sont bien plus mortelles que les fusils. » (Lénine)
    • « Personne ne peut transférer à autrui son droit naturel, c’est-à-dire sa faculté de raisonner librement et de juger librement de toutes choses ; et personne ne peut y être contraint. C’est pourquoi l’on considère qu’un État est violent quand il s’en prend aux âmes. » (Spinoza)
    • « Nul ne devrait être inquiété par la justice pour des propos privés ou publics qui, même s’ils font offense à tel ou tel, ne tuent pas et ne portent pas atteinte à la sécurité des personnes ou des biens. Il faut donc abolir toute forme de délit d’opinion, toute tentative de légiférer sur le passé, sur l’histoire ou sur la mémoire. » (Damien Theillier)
    • « Les crimes de pensée n’existent pas car ils ne sont pas mesurables, trop subjectifs. En effet, la pensée ou la parole peuvent offenser mais ne tuent pas. Et quand commence l’offense ? C’est impossible à définir, arbitraire. La notion de crime contre la pensée est totalitaire et conduirait à mettre en prison ou censurer la plupart des écrivains et des philosophes ! » (Damien Theillier[12])
    • « Prétendre que votre droit à une sphère privée n'est pas important parce que vous n'avez rien à cacher, n'est rien d'autre que de dire que la liberté d'expression n'est pas essentielle, car vous n'avez rien à dire. » (Edward Snowden)

    Notes et références

  • Texte du Traité théologico-politique

  • Benjamin Constant, De la liberté des brochures, des pamphlets et des journaux, in Adolphe et œuvres choisies, Larousse, 1930, p.173

  • Les Experts de la garde à vue (blog de maître Eolas)

  • Liberté d'expression sur Internet : la France placée sous surveillance par RSF, Le Monde, 14 Mars 2011

  • How Luther went viral, The Economist, 17 Décembre 2011

  • Liberty, Technology, and the Advent of Social Networking, Gladden J. Pappin, The Intercollegiate Review, Automne 2011

  • Bientôt une nouvelle loi pour museler le climatoscepticisme dans les médias ?, IREF, 4 septembre 2023

  • Thomas Paine, The Age of Reason, 1793, repris par Nicole Bacharan in Faut-il avoir peur de l'Amérique, éd. Seuil, 2005, p. 20

  • Vincent Bénard, « Liberté d'expression : une liberté fondamentale », anciennement disponible en ligne à www.u-blog.net/liberte/note/57486

  • John Stuart Mill, De la liberté, chap.2, [lire en ligne]

  • "Free speech can only suffer if the law prevents us from dealing with its consequences."

  • Bibliographie

    • 1920, Zechariah Chafee, "Freedom of Speech"
      • Nouvelle édition en 1941, "Free Speech in the United States", Cambridge, Mass.: Harvard Univ. Press
    • 1960, Leonard W. Levy, "Legacy of Suppression: Freedom of Speech and Press in Early American History", Cambridge, Mass.: Belknap Press.

    Voir aussi

    B0.jpg Discussions sur le forum
    Liberté D'expression, Jusqu'où? (for)
    Liberté d'expression (for)




    Liens externes

    https://www.wikiberal.org/wiki/Libert%C3%A9_d%E2%80%99expression

     

     

    D) -  Les carnets apocryphes d'Emmanuel Macron

    Macron, un macronisme, tant machiavélique que saint-simonien

    Sommaire:

    A) - Les carnets apocryphes d'Emmanuel Macron - Premier carnet : Mon nombre d’or. « On dira ce que l'on veut de moi, au moins je sais juger les hommes et pour une raison simple : je suis fondamentalement curieux des autres »

    B) - « D’une dissolution, l’autre ? » Carnet recueilli par Nicolas de Nerlande

    C) - Troisième carnet : Par-delà la gauche et la droite

    D) - Quatrième carnet : Machiavel et Saint-Simon, en même temps

    E) - Machiavel & Saint-Simon

      

    juillet 29, 2026

    Liberté d'expression selon les règles implacables du cadre étatique !

    EXPRESSIONS !

    "Ces derniers jours, face au mépris des partis installés, les créateurs et influenceurs français ont dû justifier leur existence et leur influence. Comme s'il fallait s'excuser de parler aux millions de Français que les médias traditionnels n'atteignent plus. Il est temps de les estimer à la hauteur de ce qu'ils apportent au débat public. À notre université d'été, la parole sera pour eux. Le thème : la liberté d'expression menacée à la veille de l'élection présidentielle. Avec Fabrice Epelboin, Brivael Le Pogam, Sardoche et Jérémie Cohen, les 12 et 13 septembre à Port-Marly. Vous êtes tous les bienvenus. Merci aux créateurs français. Sans eux, il ne resterait qu'une seule voix : celle du pouvoir."  

    Sarah KNAFO

     


     

    "La liberté d’expression est justement une expression trompeuse. On en parle énormément parce que nous vivons dans des États de plus en plus prédateurs qui veulent museler la parole des individus. C'est tout à fait normal d'être inquiet et de vouloir en parler. Mais philosophiquement, c’est un aspect de la vie sociale très simple à dénouer dès lors que l’on repart sur de bonnes bases.

    C’est une question de propriété privée et de règles sur celle-ci. Chez moi, je dis ce que je veux. Chez toi, je me plie aux règles (sinon, je ne viens pas). En clair, chacun devrait voir son expression être conditionnée selon l’espace privé sur lequel il se trouve. La concurrence jouant entre les propriétés pour faire émerger les meilleures chartes privées liées à l’expression (et donc les meilleurs usages de celle-ci).

    Tout le reste revient à jouer avec les règles implacables du cadre étatique. Tout cela dans l’espoir que Monsieur l’État accepte peut-être de nous concéder davantage d’espace d'expression. Nous sommes donc chacun en prison (car aucun contrat valide ne nous lie à l’État), suppliant notre bourreau de nous apporter des repas un peu plus consistants. Sans viser le système étatique lui-même comme mode d’organisation humaine, nous ne ferons que boucler."

    Arthur Homines


    Liberté d'expression en France

    La liberté d'expression en France est officiellement reconnue, mais les atteintes légales à la liberté d'expression sont extrêmement nombreuses, davantage que dans les autres pays développés.  

    Situation de la liberté d'expression en France

    Le philosophe Philippe Nemo[1] souligne ainsi que les lois Pleven, Gayssot, Taubira, etc. établissent une législation de censure comparable à l'Inquisition :

    « Ce que les nouvelles lois françaises de censure demandent aux juges, c'est de sanctionner des pensées en tant que telles [...] On leur demande donc quelque chose de très proche de ce que l’Église demandait jadis aux Inquisiteurs [...] On est fondé à dire que cet usage de la force d’État contre la liberté d'expression et le pluralisme relève du fascisme : la détestation du libre débat, la haine de la pensée qui suintent des nouvelles lois de censure s'apparentent à l'obscurantisme et à la misologie des sociétés fascistes historiques qui ont toujours brûlé les livres, persécuté les intellectuels et prétendu fonder le consensus social sur l'élimination violente de toute critique. »
        — La régression intellectuelle de la France

    La première atteinte à la liberté d'expression fut portée par la loi Pleven (1er juillet 1972), législation antiraciste qui réprime « la provocation à la discrimination, à la haine, ou à la violence ». Condamnant les intentions et non les faits, elle donne au juge le droit de sonder les esprits. Dans les décennies suivantes, son domaine ne cessera de s’étendre pour donner satisfaction à toutes les minorités qui s’estimeront discriminées.

    En comparaison avec les décennies passées, on assiste à une forte régression de la liberté d'expression en France depuis les années 2002. Ainsi, Jean Raspail publie en 1973 Le Camp des Saints, une uchronie qui joue autour du fantasme d’une invasion apocalyptique de l’Occident par les pauvres du tiers monde. Dans sa réédition de 2011, l'auteur ajoute en fin de volume une liste des passages de son roman qui tomberaient aujourd’hui sous le coup des « lois Pleven, Gayssot, Lellouche et Perben »[2]... Certains sketches des années 1970 d'humoristes comme Coluche, moquant les minorités (Noirs, Arabes, immigrés, juifs...), tomberaient aujourd'hui sous le coup de la loi, et vaudraient probablement un procès à leur auteur.

    Le cache-sexe des bonnes intentions est très largement présent derrière toutes ces lois (antiracisme, lutte contre le négationnisme ou la désinformation, etc.), ce qui n'enlève rien à la gravité des mesures prises, et est souvent le paravent des plus graves violations de la liberté d'expression. Les tentatives plus anciennes de lutte contre le négationnisme se sont élargies à tout discours contestataire comme le discours antivaccin lors de la crise liée au covid, ou les discours climatosceptiques[3] en 2023

    Enfin, le wokisme, d'abord aux États-Unis puis en France depuis les années 2010, vise à réécrire tous les textes ou œuvres culturelles susceptibles de heurter, dans une définition large et vague, qui que ce soit. À la liberté d'expression, on substitue un droit à ne pas être choqué, à des « safe spaces » dont on exclut telle ou telle population.

    Dans le champ du religieux, le droit au blasphème est attaqué, soit via le terrorisme (Charlie Hebdo et les caricatures de Mahomet), soit via des pressions politiques toujours plus insistantes, demandant à restreindre la liberté d'expression pour ne pas heurter.

    Atteintes directes à la liberté d'expression

    Cette liste ne prétend pas à l'exhaustivité mais revient sur les principales atteintes.

    • Un arsenal de lois limite la liberté d'expression en matière de presse (par exemple la loi du 16 juillet 1949 sur les publications pour la jeunesse), de cinéma (régime d’autorisation préalable des films au niveau national), d'audiovisuel (instances de régulation de l’audiovisuel), de « respect de la vie privée » (article 226-1 du Code pénal) et de « droit à l’image ».
    • Une loi telle que la loi HADOPI, sous prétexte de combattre le téléchargement illégal et le piratage, permet de s'attaquer en profondeur à la liberté d'expression, ce que les étatistes nomment pudiquement une « approche globale de la sécurisation ».
    • La censure pour raisons politiques a toujours existé : par exemple le film Les Sentiers de la Gloire de Stanley Kubrick, estimé attentatoire à la dignité de l'armée française, a été censuré jusqu'en 1975. Le film Pierrot le fou de Godard (1965) fut interdit aux moins de dix-huit ans pour « anarchisme intellectuel et moral ».
    • Nier ou mettre seulement en doute si peu que ce soit le génocide des juifs pendant la Seconde guerre mondiale est sanctionné pénalement. Bruno Gollnisch a été condamné en janvier 2007 pour une phrase apparemment anodine : « je ne suis pas spécialiste de cette question et je pense qu'il faut laisser les historiens en discuter. Et cette discussion devrait être libre ». En février 2012, Jean-Marie Le Pen est condamné pour « apologie de crimes de guerre » et « contestation de crime contre l'humanité » pour avoir écrit en janvier 2005 dans l'hebdomadaire d'extrême droite Rivarol : « En France du moins, l'Occupation allemande n'a pas été particulièrement inhumaine, même s'il y eut des bavures, inévitables dans un pays de 550 000 km2 ». Dans beaucoup d'autres pays, de telles phrases passeraient inaperçues ; en France, certains sujets de discussion doivent être abordés avec d'extrêmes précautions si l'on veut éviter une condamnation pénale[4].
    • De façon plus générale, la France est le seul pays à avoir des lois dites « mémorielles » et servant le plus souvent à s'attirer le soutien d'une population d'électeurs. La plus récente de ces lois est la loi sur le génocide arménien[5].
    • L'apologie de la consommation de drogues (par exemple l'apologie du cannabis) est pénalisée (article L.630 de la loi du 31 décembre 1970), qu'il s'agisse de presse écrite ou audiovisuelle, de vente de gadgets (T-shirts, stylos, porte-clés, cendriers...), etc. Cet article du Code de la santé énonce que la provocation à l'usage ou au trafic de stupéfiants, par la publicité ou l'incitation ou la présentation sous un jour favorable des produits classés stupéfiants, est punie de cinq ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende, même si l'incitation est restée sans effet.
    • Entre 2006 et 2011, un décret empêchait de fournir des recettes de produits naturels non-homologués (par exemple la recette du purin d’ortie, insecticide et fertilisant naturel[6]).
    • Enregistrer et/ou diffuser des images de scènes de violence (quelles qu'elles soient : violences policières, violences au cours de manifestations, « happy slapping »...) est sanctionné pénalement, sauf si on est journaliste[7] ; en 2018, Marine Le Pen est ainsi mise en examen pour avoir relayé des photos d’exactions de Daesh sur Twitter.
    • Inciter les « assujettis » sociaux à refuser de s'affilier à un organisme de Sécurité sociale ou à ne pas payer les cotisations à un régime d'assurance obligatoire est sanctionné pénalement[8] (précision : cet article de loi, dans l'optique de la fin du monopole légal de la sécurité sociale survenu en France en 2001, condamne en fait le non-respect de l'obligation d'assurance, et non le manquement à l'obligation de cotiser à un organisme français quel qu'il soit).
    • Mein Kampf, d'Adolf Hitler, n'a pu être publié en France qu'avec l'addition, par arrêt de la Cour d'appel de Paris du 11 juillet 1979, d'un avertissement moralisateur de onze pages. Le livre Suicide, mode d'emploi a été interdit à la vente en 1987, par une loi réprimant la « provocation au suicide ». Le 12 mars 1987, c'est le roman L'Os de Dionysos qui est interdit par le tribunal de grande instance de Tarbes pour « trouble illicite, incitation au désordre et à la moquerie, pornographie et danger pour la jeunesse en pleine formation physique et morale ».
    • Le livre Le Grand Secret, publié en 1996 par le docteur Gubler, médecin de François Mitterrand, a été interdit en France pour violation du secret médical. Un arrêt de la Cour européenne (décision du 18 mai 2004) a sanctionné les juges français qui ont interdit la sortie du livre.
    • Il est permis de commenter une décision de justice, en revanche il est interdit « de chercher à jeter le discrédit, publiquement par actes, paroles, écrits ou images de toute nature, sur un acte ou une décision juridictionnelle, dans des conditions de nature à porter atteinte à l'autorité de la justice ou à son indépendance » (article 434-25 du Code pénal). Par exemple, estimer qu'une décision de justice est « un chef-d'œuvre d'incohérence, d'extravagance, et d'abus de droit » a été sanctionné pénalement[9].
    • Interdiction lors des élections de diffuser des résultats de sondages, tendances ou résultats partiels, avant l'heure de fermeture des bureaux de vote (interdiction facilement contournée par les médias étrangers via Internet).
    • Brûler un Coran puis uriner dessus et diffuser le tout sur Internet vaut à son auteur en 2011 trois mois de prison avec sursis et 1000 euros d’amende pour incitation à la haine à l'égard des musulmans (le blasphème n'existe plus depuis 1881, sauf en Alsace-Moselle par incorporation de l'article 166 du Code pénal allemand)[10]. En revanche, l'exposition en Avignon de photographies d'un Christ plongé dans l’urine et le sang est soutenue moralement et financièrement par les pouvoirs publics.
    • Un commerçant n'a pas le droit d'afficher dans son magasin des photos de voleurs, tirées de sa vidéosurveillance, avec la mention « voleur »[11] (risque de poursuites pour atteinte au droit à l'image, au respect de la vie privée, et pour diffamation).
    • La loi Evin interdit la publicité des boissons alcoolisées. En 2012, la chaîne W9, qui diffuse la série télévisée d'animation américaine Les Simpson, a dû flouter systématiquement le nom de la Duff, la bière préférée du personnage principal (cette bière, qui était fictive au début de la série, a eu la malchance -ou la chance - d'exister par la suite).
    • De façon plus générale, les messages publicitaires obligatoires peuvent être considérés comme une atteinte à la liberté d'expression.
    • En 2013, un élu Front national, Julien Sanchez, est condamné à 4000 euros d'amende pour avoir omis de censurer sur sa page Facebook des propos de commentateurs qui dénonçaient en 2011 « l’islamisation » de la ville de Nîmes.[12]. En appel, en octobre 2013, sa condamnation est confirmée, considérant qu'il était le directeur de publication de sa page Facebook[13].
    • La prétendue protection de la vie privée (d'invention récente, puisque l'article 9 du Code civil date de 1970) permet de s'attaquer à la liberté de la presse : par exemple, le Nouvel Observateur a été condamné en février 2013 pour « atteinte à la vie privée » suite à la publication d'extraits du roman Belle et Bête de Marcela Iacub, relatant sa relation avec Dominique Strauss-Kahn (bien que ce dernier ne soit jamais mentionné nommément dans le roman). En 2015, un selfie moqueur de Brahim Zaibat, photographiant Jean-Marie Le Pen endormi dans un avion, est taxé par l’avocat de Jean-Marie Le Pen d'« atteinte au droit à l’image et au respect de la vie privée », le sommeil étant selon lui « par excellence un attribut de la vie privée »...
    • Depuis 2013, le patrimoine des députés peut être consulté en préfecture, mais pas publié : la publication d'une déclaration de patrimoine est passible d'un an de prison et de 45 000 euros d'amende.
    • L’autorité des marchés financiers (AMF) invoque l’article 632-1 de son règlement général pour attaquer des blogueurs accusés d'avoir diffusé des informations inexactes sur leurs blogs au détriment de la Société Générale[14].
    • Le livre Le Salut par les Juifs de Léon Bloy (livre écrit en réponse à La France juive de l'antisémite Édouard Drumont), maintes fois réédité depuis 1892, a été censuré le 13 novembre 2013 par le juge des référés de Bobigny, suite à une plainte de la Licra.
    • En janvier 2014, la circulaire Valls interdit les spectacles de l'humoriste Dieudonné en invoquant la « dignité humaine ».
    • La publicité pour les contraceptifs féminins fut longtemps interdite (pour éviter la propagande antinataliste) ; l'interdiction ne fut complètement levée qu'en 1999 (après avoir été assouplie par la loi du 18 janvier 1991).
    • En octobre 2015, le présentateur du bulletin météo de France 2, Philippe Verdier, a été mis à pied pour avoir écrit Climat Investigation, un livre critique à l'égard du réchauffement climatique, dénoncé comme un « scandale planétaire ».
    • En novembre 2015, brûler un Coran est considéré comme un délit par le procureur de la République Jean-Pierre Valensi[15].
    • En décembre 2016, le maire de Béziers, Robert Ménard, est jugé pour provocation à la haine raciale pour avoir affirmé qu’il y avait trop d’élèves musulmans dans les écoles et avoir parlé de « seuils de tolérance ».
    • Le cinéaste Gérard Boyadjian est poursuivi par la Licra en 2017 pour son film « Chameau #Pas d’Amalgame! » ; son avocate souligne qu'on a fait entrer l’islamophobie dans le champ judiciaire pour empêcher toute critique de l’islam, en l'absence de loi sur le blasphème.
    • En 2018, Nicolas Dupont-Aignan est jugé pour provocation à la haine ou à la discrimination pour avoir évoqué une « invasion migratoire ».
    • En 2018, Eric Zemmour est condamné en appel pour des propos islamophobes tenus en 2016 : il avait parlé d'une « invasion », d'une « lutte pour islamiser un territoire », « un jihad ».
    • En janvier 2019, l’essayiste d’extrême droite Alain Soral est condamné à un an de prison ferme pour avoir injurié une magistrate et tenu des propos antisémites ; la Licra estime que « la place des antisémites comme Alain Soral est en prison ». À la fin de l'année 2019, il s'installe en Suisse pour échapper à la justice française. En juillet 2020, il est arrêté en France pour « provocation publique à la haine ou à la violence », délit prévu par la loi sur la presse de 1881.
    • L'écrivain Hervé Ryssen est incarcéré en septembre 2020 suite à ses condamnations pour propos antisémites.
    • En 2023, des députés tentent de faire voter une interdiction du discours climatosceptique dans les médias[16] en 2023
    • En 2023, de nombreuses manifestations pro-palestiniennes sont interdites de manière préventive, sans raison valable.

    Notion d'injure ou de diffamation

    • L'injure publique ou non-publique est pénalisée, et plus gravement quand elle vise un agent public (notion d'outrage). On peut être condamné pour « offense au chef de l’État » (cas de l'homme qui avait brandi en 2008 une affichette « Casse toi pov'con » lors d'une visite présidentielle à Laval : en mars 2013, la Cour européenne des droits de l'Homme a condamné la France pour viol de la liberté d'expression).
    • L'injure raciale est sanctionnée pénalement. La notion d'injure raciale est très large : assimiler les juifs[17] (qui d'un point de vue scientifique ne constituent pourtant pas une « race » ni une ethnie) à une « secte » et à une « escroquerie » constitue une injure raciale « dont la répression est une restriction nécessaire à la liberté d'expression dans une société démocratique » (selon la Cour de cassation statuant sur le cas de l'humoriste Dieudonné en février 2007). Jean-Paul Guerlain est condamné pour injure raciale en 2012 pour avoir utilisé l'expression « travailler comme un nègre ». En juillet 2014, Anne-Sophie Leclère (ex-tête de liste Front national aux municipales à Rethel) est condamnée à neuf mois de prison ferme et 5 ans d'inéligibilité pour avoir comparé la garde des Sceaux, Christiane Taubira, à un singe. En revanche, le terme « souchien » (pour « Français de souche ») ne relève pas du racisme anti-blanc[18].
    • Il existe de la même façon un délit d'« injures publiques envers un groupe de personnes en raison de leur appartenance à une religion » (en février 2007, puis septembre 2012 : affaire des caricatures du prophète Mohammed publiées par Charlie-Hebdo)
    • Un caricaturiste peut être puni pour « injures publiques envers une administration, en l’occurrence la police nationale ». C'est le cas du dessinateur Placid, pour avoir réalisé une caricature de policier en 2001, en lui retroussant un peu le nez à la manière d'un cochon[19], le genre de la caricature n'autorisant pas les « représentations dégradantes »[20].
    • Traiter des policiers de « volaille » sur Facebook a valu à son auteur 4 mois de prison ferme et 1500 euros de dommages et intérêts (décision du tribunal correctionnel de Grasse en février 2017[21]).
    • Répression des injures sexistes ou « homophobes » : la loi du 30 décembre 2004 pénalise les propos liés au sexe ou l'orientation sexuelle de la personne. Une législation à contre-courant de la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’Homme[22].
    • Google est fréquemment mis en cause pour son dispositif Google Suggest qui procède à des associations de mots que certains considèrent comme injurieuses ou diffamatoires ; les jurisprudences sont contradictoires[23]
    • En décembre 2013, Jean-Marie Le Pen est condamné pour « injure publique à caractère racial » pour avoir en 2012 attribué aux Roms la phrase : « Nous, nous sommes comme les oiseaux, nous volons naturellement ».
    • Traiter quelqu'un de fumiste relève de la diffamation, en revanche on peut sans risque qualifier son travail de fumisterie[24].
    • En août 2014, Christine Tasin est condamnée à 3000 euros d’amende pour avoir dit le 15 octobre 2013 « l'islam est une saloperie » ; son avocat souligne que « ce sont des propos hostiles à l’islam et non aux musulmans » ; elle est relaxée en appel par la cour d’appel de Besançon en décembre 2014. Cependant, elle est condamnée pour provocation à la haine en mars 2017 pour avoir utilisé plusieurs fois l'expression « islam assassin ».
    • En janvier 2015, Arno Klarsfeld est mis en examen pour avoir « porté atteinte à l'honneur et à la considération des jeunes de banlieue », après avoir déclaré qu'« une partie des jeunes de banlieue » est antisémite.
    • En janvier 2015, après les attentats à Charlie Hebdo, plusieurs dizaines d'arrestations pour « apologie du terrorisme » ont été menées, conduisant à des gardes à vue et à plusieurs peines de prison ferme.
    • En octobre 2015, l'avocat pénaliste blogueur Maître Eolas est condamné pour injure et diffamation envers l'Institut pour la justice (IPJ, association qui prône le durcissement de la politique pénale), pour un tweet datant de 2011 où il accusait l'IFP de « manipulation » et disait de lui : « je me torcherais bien avec l'Institut pour la justice si je n'avais pas peur de salir mon caca » (sic).
    • Le délit de « diffamation », en raison de son caractère très vague et très subjectif (atteinte à l'honneur ou à la considération, « volonté de nuire »), est en général le moyen le plus commode de faire taire un adversaire, et n'importe quel écrit politique un peu critique peut encourir une condamnation. Par exemple, exprimer l'opinion qu'en France « les contrôles d’identité au faciès sont non seulement monnaie courante, mais se multiplient » a valu à son auteur une condamnation pour diffamation[25]. La diffamation ne consiste pas à dire quelque chose de faux concernant une personne, c'est en fait une atteinte à l’honneur concernant un fait précis (sinon c’est une injure). Les deux moyens de défense (outre la requalification en injure) sont l'exception de vérité (souvent difficile à prouver : on peut être condamné pour quelque chose de vrai -par exemple l'affirmation de charlatanisme- qu'on n'a pu prouver, et relaxé pour quelque chose de faux) et l'exception de bonne foi (impliquant entre autres absence d’animosité personnelle et prudence dans l’expression).
    • Un décret d'août 2017[26] s'immisce dans la vie privée des personnes pour réprimer les « provocations, diffamations et injures non publiques » racistes ou discriminatoires.

    Notion de discrimination

    • Passer une annonce pour recruter une aide ménagère à domicile qui soit chrétienne, ou une puéricultrice en précisant « homosexuel s’abstenir », aboutit à une condamnation pour discrimination[27] ; en revanche certaines discriminations religieuses semblent tolérées (exemple d'offres d'emploi de bouchers halals, les candidats devant être musulmans) ;
    • Plus généralement, le Code du travail rend la discrimination à l'embauche illégale : la France est le seul pays où l'apparence physique ou l'état de santé figurent parmi les critères de discrimination illégaux. Une annonce où l'on chercherait à recruter un candidat ou une candidate en bonne santé ou d'apparence agréable serait donc discriminatoire ;
    • La liberté de conscience et le droit de changer de religion ou d'abandonner sa religion ne sont pas officiellement reconnus pour les musulmans. L'apostasie est punie au minimum (en pratique) par une mort sociale, et au pire (en théorie) par la mort.[28]

    Comparaison avec les États-Unis

    Aux États-Unis, le Premier amendement à la constitution nationale garantit en théorie une liberté d'expression très étendue, puisqu'il ne permet « aucune loi qui touche l'établissement ou interdise le libre exercice d'une religion, ni qui restreigne la liberté de parole ou de la presse ». La conception de la liberté d'expression est différente de celle de la France :

    Dans un pays, on déclare une liberté que l'on met aussitôt sous la protection du législateur, alors que, dans l'autre, on garantit la liberté contre celui qui est considéré comme son violateur potentiel le plus dangereux : le législateur fédéral. (Jean-Philippe Feldman, Libéralisme et liberté d'expression, 2015)

    Cependant, la liberté d'expression exclut « les propos relevant de l'obscénité, de la diffamation, de l'incitation à l'émeute, du harcèlement, des communications privilégiées, des secrets commerciaux, des documents classifiés, du copyright, des brevets, des opérations militaires, des discours commerciaux comme la publicité, et de restrictions de temps, de lieu et de manière »[29], ce qui met la liberté d'expression à la merci de l’État. La censure s'exerce à différents niveaux[30].

    Citations

    • « Nous vivons dans un pays où le délit d'opinion est devenu du droit commun. [...] Le nombre de choses que nous n'avons plus le droit de dire est devenu absolument impressionnant, et ça s'est fait petit à petit, jusqu'à ce que finalement la prophétie de Tocqueville se réalise. [...] Le gouvernement politique devient presque une activité d'élevage. » (Jean-François Prévost[31])
    • « En autorisant des associations à porter plainte au nom de groupes pour provocation à la haine, à la violence ou à la discrimination en raison de l'appartenance ou de la non-appartenance à une race, une ethnie, une nation, mais aussi à une religion, cette disposition [la loi Pleven de 1972] a eu pour effet paradoxal de réintroduire le blasphème sans le nommer. L'intention était peut-être bienveillante, le résultat s'est révélé désastreux. » (Anastasia Colosimo[32])
    • « Ce qui est terrible, c'est à quel point on ne peut plus rien dire... Nietzsche, Schopenhauer et Spinoza ne passeraient plus aujourd'hui. Le politiquement correct, tel qu'il est devenu, rend inacceptable la quasi-totalité de la philosophie occidentale. De plus en plus de choses deviennent impossibles à penser. C'est effrayant. » (Michel Houellebecq[33])

    Notes et références

  • Philippe Nemo, La régression intellectuelle de la France, Texquis, juin 2011

  • Sommes-nous islamophobes ? sur Contrepoints.

  • Bientôt une nouvelle loi pour museler le climatoscepticisme dans les médias ?, IREF, 4 septembre 2023

  • En réalité, tout dépend de la personne qui s'exprime, d'où elle parle, et si elle est jugée comme faisant partie des bien-pensants. Par exemple, Stéphane Hessel n'a jamais été incriminé quand il a dit en janvier 2011 dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung : « la politique d'occupation allemande [...] était une politique relativement inoffensive".

  • Historiens, changez de métier !

  • Guerre de l’Ortie

  • loi sur la prévention de la délinquance

  • Article L 652-7 du Code de la sécurité sociale

  • Billet de Maitre Eolas : Pourquoi on peut commenter une décision de justice

  • Le prévenu a en fait été relaxé en appel (in "Il brûle un Coran et urine dessus : relaxe confirmée en appel", Le Post). À noter que ce n'est pas la liberté d'expression qui a été invoquée pour la relaxe, mais le fait que « les éléments de la procédure ne permettent pas de démontrer avec certitude que l'intention (du prévenu) était de susciter un sentiment d'hostilité ou de rejet de nature à provoquer la discrimination, la haine ou la violence à l'égard des musulmans »...

  • « Un commerçant cannois affiche ses voleurs », Var matin, 19 février 2012.

  • Le conseiller régional Front national, Julien Sanchez, reconnu coupable de provocation à la discrimination raciale

  • Un élu Front national condamné pour les commentaires Facebook de ses amis

  • Fausses rumeurs : 8 000 et 10 000 euros d’amende pour deux blogueurs (PCINpact, 15/11/2013)

  • Coran brûlé lors d’une manifestation islamophobe à Calais : le parquet ouvre une enquête (La Voix du Nord, 19/11/2015)

  • Bientôt une nouvelle loi pour museler le climatoscepticisme dans les médias ?, IREF, 4 septembre 2023

  • On écrit « les juifs » sans majuscule quand il s'agit de l'appartenance religieuse au judaïsme, pour les distinguer des Juifs, membres du peuple juif.

  • "Souchiens" n'est pas une injure raciste

  • Article d'Agora-international

  • Billet de Maitre Eolas

  • Il traite trois policiers de volaille et poste leur photo sur Facebook, quatre mois de prison ferme (Nice Matin, 02/02/2018)

  • Article de RSF : Adoption de la loi contre l’homophobie : une atteinte à la liberté d’expression

  • "Google Suggest" et l'injure publique

  • Affaire Velasco/Alessandri en 2003.

  • Condamnation dans l'affaire Vos, Syndicat de la magistrature

  • Décret n° 2017-1230 du 3 août 2017 relatif aux provocations, diffamations et injures non publiques présentant un caractère raciste ou discriminatoire

  • Patrick Simon, bulletin du Cercle Frédéric Bastiat n°80, p. 6

  • Les musulmans ont-ils le droit d’apostasier en France ?

  • Cité dans Dépasser la démocratie, 2013, p. 78.

  • Voir Censorship in the United States et Book censorship in the United States.

  • Jean-François Prévost, 24 octobre 2015, Congrès national des libérés de la Sécurité sociale

  • Anastasia Colosimo: « La liberté d’expression a régressé au pays de Voltaire », Le Figaro, 7 janvier 2020

    1. Michel Houellebecq, L'opinion indépendante, janvier 2002

    Bibliographie

    Voir aussi

    Lien externe





    Liberté d’expression

    La liberté d'expression est l'absence de contrainte illégitime exercée à l'encontre d'individus en raison de l'expression de leurs opinions. Dans les démocraties modernes, son affirmation occupe une place primordiale et est reconnue unanimement comme un principe fondamental. La liberté d'expression est un principe qui est très cher aux libéraux, pourtant, nombreuses sont les démocraties dites libérales qui décrètent des lois lui portant une atteinte flagrante. L'esprit de ces lois, bien que débattues et discutées au sein d'institutions de pouvoir, sont en discordance avec sa compréhension, sa portée et réelle application. Le paradoxe est que le besoin de limiter le principe de liberté d'expression semble être plus pressant plutôt que le réel besoin de le respecter entièrement.

    La liberté d'expression vue par les libéraux et les libertariens

    En cohérence avec la conception libérale de la liberté des individus, les libéraux défendent le droit pour chacun de pouvoir exprimer toute idée ou information, par tous les moyens possibles, sans être exposé à une quelconque nuisibilité ou danger. Même dans le contexte où les opinions visent des personnes en particulier, le fait d'exposer des opinions ou idées ne constitue pas une agression, tant que cela ne cause pas des dommages certains et factuels, ceci quelles que soient les divergences d'idées des parties. La liberté d'expression s'applique entièrement dans un débat ou discussion critique où chacun défend son champ d'idées.

    Par conséquent, les libéraux s'opposent à toute forme de répression visant toute forme d'expression d'idées, car exposer ses idées n'est pas un crime, tant qu'elles n'impliquent pas une atteinte aux personnes et aux biens d'autrui. La liberté d'expression signifie que chaque personne dispose librement de ses idées et opinions, même si elles ne concordent pas avec les idées et opinions d'une autre personne.

    Le libéralisme va donc plus loin que le droit positif, qui limite toujours la liberté d'expression en la soumettant à la législation, même quand cette dernière n'instaure pas d'interdiction préalable, par exemple :

    «  La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté, dans les cas déterminés par la Loi.  »
        — article 11 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen

    La réputation d'un homme n'est pas sa propriété : elle n'a d'existence que dans l'esprit des individus, et il n'appartient qu'à eux de choisir les procédés par lesquels ils forment leurs opinions. Le droit de disposer d'une partie de l'esprit d'autrui est radicalement rejeté par la théorie libérale du droit.

    En effet, c'est tout le problème des relations dites « spéciales » ou « singulières » entre ce que pense un individu et son propre comportement.

    Une personne peut être en total désaccord avec ce qu'une autre dit, et agir en conséquence. Par exemple, lorsqu'une chaîne de radio profère des propos inadmissibles, il éteint sa radio. Si d'autres apprécient ce que dit telle ou telle station de radio et choisissent librement de l’écouter, il n'y a aucune raison de les en empêcher. Une station de radio ne survit que par ses auditeurs, si elle les perd par son comportement, elle devra soit rectifier le tir soit disparaître. Rien n'empêche ses adversaires de lancer une radio concurrente, un journal, un blog, un groupe pour combattre des propos jugés intolérables en faisant usage de leur propre liberté d'expression.

    D'une certaine manière, la liberté d'expression est la meilleure arme contre les débordements de la liberté d'expression.

    Libéraux et libertariens sont donc opposés au délit d'opinion (moyen de faire taire les dissidents), à la censure, à la police des consciences, ou au délit de presse.

    Un des premiers manifestes en faveur de la liberté d'expression est l'Areopagitica de l'écrivain John Milton, publié en 1644, qui s'élève contre la censure préalable, et dont le sous-titre est : pour la liberté d'imprimer sans autorisation ni censure. De même, Baruch Spinoza, dans son Traité théologico-politique paru en 1670 (chapitre XX : Où l’on montre que dans un État libre il est loisible à chacun de penser ce qu’il veut et de dire ce qu’il pense) s'élève contre la censure :

    «  Il est évident que les lois concernant les opinions menacent non les criminels, mais les hommes de caractère indépendant, qu’elles sont faites moins pour contenir les méchants que pour irriter les plus honnêtes, et qu’elles ne peuvent être maintenues en conséquence sans grand danger pour l’État[1] »

    Idées fausses sur la liberté d'expression

    La plus répandue des fausses idées sur la liberté d'expression est la confusion entre « droit de » et « droit à ». Dans le premier cas il s'agit d'interdire l'usage de la contrainte en raison des idées exprimées par une personne ; or, les libéraux sont a priori pour une liberté d'expression totale quelles que soient les idées exprimées, même les pires (racisme, xénophobie, apologie du nazisme ou du communisme, etc.). Dans le second, le désir qu'a une personne d'être entendue devrait l'emporter sur les droits de propriété des autres. On légitime ainsi l'expropriation partielle de ressources privées (les murs des bâtiments, du temps d'antenne télévisée, les rues...) quand cela peut servir à faire passer ses idées ou simplement à supporter une œuvre artistique. Comme l'exprimait Choderlos de Laclos au XVIIIe siècle :

    « Le seul homme qui ait le droit de m'empêcher de coller ma pensée sur un mur, c'est le propriétaire de la maison. »

    De la même façon, les subventions étatiques aux journaux en panne de lecteurs sont illégitimes, puisqu'on force le contribuable à financer des journaux qui ne l'intéresse pas.

    Autrement dit, pour un libéral, la liberté d'expression est totale, mais dans la mesure où elle respecte strictement le droit de propriété d'autrui.

    La liberté d’expression consiste donc à ne pas empêcher de façon coercitive l'expression des idées et des opinions. Cependant, elle ne doit en aucun cas aboutir à :

    • une obligation inconditionnelle de donner à autrui la possibilité de s'exprimer (par exemple un éditeur ou un groupe de presse est maître de ses choix éditoriaux et de ses publications) ;
    • un relativisme moral, qui mettrait toutes les opinions sur le même plan (sophismes, idées nuisibles ou violentes, etc., que précisément la liberté d'expression permet de combattre sans violence).

    Exemple de la vision libertarienne : peut-on, au nom de la liberté d'expression, crier « au feu ! » dans une salle de théâtre bondée, alors qu'il n'y a pas de feu ? Non, et ce non pas en raison des conséquences possibles (encore que cela puisse constituer une circonstance aggravante), mais parce qu'on enfreint les règles acceptées lors de l'achat du billet et fixées par le propriétaire. Les victimes, s'il y en a, se retourneront contre le propriétaire, qui se retournera contre le fautif.

    Autre exemple : peut-on, au nom de la liberté d'expression, menacer quelqu'un, déclencher une fausse alerte à la bombe, etc. ? Une menace n'est pas forcément une agression, elle n'acquiert ce caractère que quand elle est directe et explicite (clear and present danger, selon la loi américaine). Les victimes ont donc le droit de prendre des mesures coercitives contre une agression qui se présente comme manifeste et imminente.

    Une insulte (une « agression verbale ») n'est pas, d'un point de vue libertarien, une agression, et n'est sûrement pas à mettre sur le même plan qu'une agression physique. Le « délit d'outrage », inventé pour protéger les fonctionnaires (policiers, enseignants, magistrats...) ou les symboles de la République (drapeau, hymne national), n'existe tout simplement pas et fait partie des innombrables abus étatiques.

    Un exemple : le négationnisme

    Nuvola apps colors.png Article principal : négationnisme.

    Il est clair que l'idéologie libérale rejette le nazisme, le fascisme, le négationnisme et autres idéologies semblables.

    Dans quatorze pays d'Europe, le négationnisme (négation de l'holocauste) fait l'objet d'une loi dont la transgression est punie par la prison. Pourtant le négationnisme a des disciples en Europe dans tous ces quatorze pays. Est-ce que la criminalisation des propos négationnistes aide à la disparition de ce mouvement ? Absolument pas, bien au contraire, la criminalisation les aide ! Dans la plupart des cas, la criminalisation des propos négationnistes ou même révisionnistes crée des martyrs et alimente ainsi la cause des groupes néo-nazis.

    Brimer la liberté d'expression sous prétexte d'empêcher la « banalisation » de propos racistes, xénophobes ou autres n'empêche pas la survie de ces mouvements, car on ne peut empêcher les gens de penser ce qu'ils veulent. La meilleure manière de combattre le néo-nazisme est d'utiliser la raison et le ridicule et non pas de criminaliser une telle expression. Si des propos néo-nazis perdurent, c'est à l'individu de les combattre en s'exprimant en toute liberté. La liberté d'expression elle-même est la meilleure arme contre les débordements de la liberté d'expression.

    Dans ce contexte, criminaliser l'expression des propos négationnistes ou révisionnistes revient à juger irresponsable le public, qui pourrait être « influencé » par de tels propos. Évidemment une telle expression n'est pas rendue impossible par l'interdiction, elle est seulement rendue clandestine, et d'autant plus intransigeante.

    Autre exemple : la diffamation

    Est-il permis de diffamer quelqu'un, c'est-à-dire de raconter à son propos des mensonges qui pourraient lui causer du tort ? Les réponses libérale et libertarienne divergent ici.

    Pour les libéraux classiques, la diffamation est condamnable ; ainsi, Benjamin Constant d'écrire dans De la liberté des brochures, des pamphlets et des journaux au début du XIXe siècle[2] :

    « [La liberté d'expression] n'exclut point la répression des délits dont la presse peut être l'instrument. Les lois doivent prononcer des peines contre la calomnie, la provocation à la révolte, en un mot contre tous les abus qui peuvent résulter de la manifestation des opinions. Les lois ne nuisent point à la liberté ; elles la garantissent, au contraire. Sans elles aucune liberté ne peut exister. »

    D'un point de vue libertarien, la diffamation ne doit cependant pas être poursuivie (ce qui ne signifie pas qu'on l'approuve moralement). En effet, la diffamation ne nuit jamais directement à personne. Si j'affirme que le pape est un nazi, et que vous me croyez, c'est votre problème, pas le mien. Soutenir le concept de diffamation suppose que les gens sont de parfaits irresponsables et vont croire tout ce qu'on leur dit. C'est la même façon de penser erronée qui conduit à interdire le négationnisme ou l'expression de l'antisémitisme.

    « En vertu des lois actuelles contre la diffamation, (un individu) agit en violation de la loi dès lors qu’il a « l’intention de nuire », même si l’information diffusée est vraie. Or le caractère légal ou illégal d’une action devrait dépendre de sa nature objective et non de la raison d’agir de l’acteur. Si une action est objectivement non-agressive, elle doit être autorisée quelle que soit l’intention, bienveillante ou malveillante, qui la motive (cette dernière pouvant, par contre, être pertinente quant à la moralité de l’action). Sans parler de l’énorme difficulté pour le juge de découvrir les motifs subjectifs d’un individu »
        — Murray Rothbard

    Rothbard indique deux effets pervers liés à l’illégalité de la diffamation, qui impacte la population la moins aisée : elle est une proie plus facile pour les calomniateurs, et on entrave sa capacité à diffuser des vérités déplaisantes sur les puissants.

    Faut-il accepter comme exception à ce principe le cas du faux témoignage, car il semble bien y avoir un lien direct de cause à effet entre ce qui a été dit (le faux témoignage) et la conséquence, qui peut être la condamnation d'un innocent ou la relaxe d'un coupable ? Non pour les libertariens, car le faux témoignage n'est pas condamnable en raison des dommages provoqués, mais en raison du fait que le témoin s'est engagé contractuellement (ou par serment) à dire la vérité. Ce n'est pas l'accusé qui pourra poursuivre le faux témoin, mais le tribunal. Il convient de préciser que les faux témoins étaient mis à mort par les tribunaux, dans les temps anciens, car le faux témoignage était associé à un très grave trouble à l'ordre public [domaine politique et social] et à l'ordre spirituel, lié aux fondements de la conscience [domaine moral et religieux], car le faux témoignage était par définition attentatoire à la vérité.

    Du point de vue du droit naturel, la liberté d'expression est bien absolue, et le « délit » de diffamation n'existe pas. Soutenir ce concept de diffamation revient pour les libertariens à cautionner un extraordinaire recul du droit d'expression, le délit de diffamation étant couramment utilisé par les gouvernements pour faire taire leurs opposants (on pourrait même l'utiliser contre les libertariens quand ils traitent les gouvernants d'esclavagistes).

    Alors que les libertariens cherchent à séparer ce qui n'est condamnable que moralement (action immorale) et ce qui est condamnable juridiquement (agression contre la personne ou sa propriété), en présumant des intentions des acteurs le droit positif criminalise certaines actions qui ne sont pas directement des agressions. Du point de vue juridique, dans des conditions spécifiques et dans le cadre d'une restriction de la liberté d'expression, la notion de dépôt de plainte en dénonciation calomnieuse existe (et les individus peuvent donc l'utiliser), et le faux témoignage (ou ladite diffamation) est constitué tant que la personne qui en calomnie une autre n'a pas donné la ou les preuve(s) de ce qu'elle avance, et/ou que la personne calomniée a prouvé son honneur et sa moralité, suivant selon le système judiciaire inquisitorial français, ou suivant selon le système judiciaire accusatoire anglo-saxon. En pratique, l'arbitraire règne en ce domaine.

    Le droit de se taire

    De même qu'on ne peut empêcher quelqu'un de s'exprimer, il n'y a pas, inversement, d'obligation à s'exprimer. Cela concerne aussi bien la protection des sources des journalistes et les diverses sortes de secret professionnel que le droit à ne pas être contraint à s’accuser soi-même (droit à ne pas s’auto-incriminer), un droit tiré du principe de la présomption d'innocence[3]. Pour les libertariens, cela relève de l'inaliénabilité de la volonté humaine.

    Clientélisme et liberté d'expression

    Les atteintes à la liberté d'expression obéissent souvent à un clientélisme électoral. Voici un exemple de raisonnement de politicien relativement à la répression de l'incitation à la haine :

    • les gens sont des faibles, les incitations à la haine pourraient les pousser à passer à l'acte ;
    • le pouvoir qui, lui, est une élite supérieure au reste de la population, sait ce qu'il faut faire ;
    • ainsi le pouvoir sait discriminer entre les bonnes interdictions et les mauvaises : il peut décréter par exemple qu'on n'a pas le droit d'exprimer de haine envers les juifs, les musulmans ou les homosexuels, mais que c'est toléré envers les riches, les Blancs, les catholiques, les banquiers, etc. ; on aboutit ainsi à une forme de racisme et à l'établissement de privilèges ;
    • si un groupe de pression quelconque veut imposer une nouvelle interdiction en sa faveur, sa demande sera examinée avec bienveillance (il a intérêt à être assez nombreux, à faire un grand tapage médiatique ou à être bien vu du pouvoir).

    Le politicien pourra ensuite trouver a posteriori toutes sortes de justifications éthiques à des limitations à la liberté d'expression qui sont en réalité d'origine clientéliste.

    Atteintes à la liberté d'expression en France

    Nuvola apps colors.png Article principal : Liberté d'expression en France.

    Internet, la liberté d'expression et le libéralisme

    Nuvola apps colors.png Article principal : Internet.

    Malgré les tentatives de contrôle, la liberté d'expression s'est considérablement émancipée depuis l'avènement du Web. Il devient difficile[4] pour un pouvoir exécutif de mettre efficacement en œuvre les mesures de répression de l'opinion décrites ci-dessus dès lors que cette dernière s'exprime de façon libre, décentralisée, infiniment reproductible, et indélébile sur Internet. Dans cette mesure, Internet est très souvent comparé à deux grandes inventions de l'Histoire qui ont également abaissé le coût d'accès à la connaissance, et contrecarré la censure: l'imprimerie et l'écriture.

    L'écriture, inventée il y a quelques 5 000 ans en Mésopotamie, a signifié le début de la civilisation et de l'Antiquité. En ce qui concerne l'imprimerie qui vit le jour grâce à Johannes Gutenberg, elle a servi de catalyseur[5] au Schisme, à la Réforme, et donc à la Renaissance et aux Lumières.

    Le 21e siècle a d'ailleurs connu nombre de mouvements qui ont en commun de défendre un idéal de liberté (plus ou moins bien exprimé), et d'utiliser Internet pour se mobiliser: les printemps arabes, le mouvement des Indignés, le Tea Party, Occupy Wall Street, les « partis pirates », l'Intellectual Dark Web, etc. Nombreux sont ceux[6] qui expriment l'opinion que ces exemples illustrent les toutes premières manifestations d'une nouvelle ère de liberté à laquelle Internet servira de vecteur.

    De nouvelles menaces sur la liberté d'expression aujourd'hui ?

    La liberté d'expression semblait jusqu'à récemment être l'un des combats libéraux gagnés dans les pays développés. La citation (faussement) attribuée à Voltaire (« Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous ayez le droit de le dire ») semblait acceptée par tous. Cette liberté doit néanmoins faire face à de nombreuses menaces nouvelles depuis les années 2000 :

    • Volonté de faire taire les voix dissidentes sur des sujets comme le négationnisme ou le révisionnisme historique au sens large, avec des lois comme la loi Gayssot en France.
    • Ces tentatives se sont élargies à tout discours contestataire comme le discours antivaccin lors de la crise du COVID, ou les discours climatosceptiques[7] en 2023
    • Le wokisme, d'abord aux Etats-Unis puis dans le reste du monde, vise à réécrire tous les textes ou œuvres culturelles susceptibles de heurter, dans une définition large et vague, qui que ce soit. A la liberté d'expression, on substitue un droit à ne pas être choqué, à des « safe spaces » dont on exclut telle ou telle population
    • dans le champ du religieux, le droit au blasphème est attaqué, soit via le terrorisme (Charlie Hebdo et les caricatures de Mahomet), soit via des pressions politiques toujours plus insistantes, demandant à restreindre la liberté d'expression pour ne pas heurter.

    Cette liste est malheureusement non-exhaustive.

    Mesurer la liberté d'expression ?

    On peut imaginer une échelle de mesure rudimentaire de la liberté d'expression :

    • liberté d'expression complète
    • liberté d'expression importante, mais auto-censure et influence rampante du « politiquement correct » (États-Unis, Suisse...)
    • liberté d'expression réprimée législativement et à géométrie variable d'un jugement à l'autre (France)
    • État policier pratiquant la censure, le filtrage d'Internet, voire l'emprisonnement des dissidents (de nombreux États autoritaires du monde)
    • absence totale de liberté d'expression (totalitarisme, par exemple Corée du Nord)

    Il existe aussi un Classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières, et un Indice de démocratie plus général créé en 2006 par The Economist Group.

    Citations

    • « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'Homme. » (article 11 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen de 1789)
    • « Rappelons-le : dans l’acception du dictionnaire, on est intolérant quand on combat des idées contraires aux siennes par la force, et par des pressions, au lieu de se borner à des arguments. La tolérance n’est point l’indifférence, elle n’est point de s’abstenir d’exprimer sa pensée pour éviter de contredire autrui, elle est le scrupule moral qui se refuse à l’usage de toute autre arme que l’expression de la pensée. » (Jean-François Revel, Contrecensures)
    • « J'ai toujours vigoureusement défendu le droit de chaque homme à sa propre opinion, aussi différente qu'elle puisse être de la mienne. Celui qui refuse à un autre ce droit se rend lui-même esclave de son opinion présente, car il se prive du droit d'en changer... L'infidélité ne consiste pas à croire ou à ne pas croire, mais à affirmer croire ce que l'on ne croit pas. Il est impossible d'évaluer les dégâts moraux que le mensonge à soi-même provoque dans une société. » (Thomas Paine, The Age of Reason[8])
    • « La liberté est une peau de chagrin qui rétrécit au lavage de cerveau. » (Henri Jeanson in L'Aurore)
    • « La liberté d'expression, qui inclut la liberté de s'exprimer, de publier, d'informer, de manifester, de débattre, est absolument fondamentale dans toute société prétendant protéger les droits de l'homme. Sans liberté d'expression, point de réelle liberté d'opinion - A quoi servent des opinions que l'on doit garder pour soi ? -, point de liberté de rechercher des personnes partageant les mêmes centres d'intérêts en vue d'association, point de liberté de proposer des choix politiques variés, de publier des informations, des résultats de recherche, des œuvres artistiques, point de liberté de faire valoir ses droits face à l'oppression... En ce sens, on peut affirmer que la liberté d'expression est l'un des piliers de toutes les libertés dont un individu peut disposer. » (Vincent Bénard[9])
    • « Il y a une arme plus terrible que la calomnie, c’est la vérité. » (Talleyrand)
    • « Mais ce qu'il y a de particulièrement néfaste à imposer silence à l'expression d'une opinion, c'est que cela revient à voler l'humanité : tant la postérité que la génération présente, les détracteurs de cette opinion davantage encore que ses détenteurs. Si l'opinion est juste, on les prive de l'occasion d'échanger l'erreur pour la vérité ; si elle est fausse, ils perdent un bénéfice presque aussi considérable : une perception plus claire et une impression plus vive de la vérité que produit sa confrontation avec l'erreur. » (John Stuart Mill, De la liberté[10])
    • « La crainte des contrôles fiscaux, l'étouffement bureaucratique et le harcèlement de l'Etat constituent des armes puissantes contre la liberté de parole. » (Milton Friedman, La Liberté du choix)
    • « La liberté d'expression ne peut qu'être mise à mal si la loi nous empêche d'affronter ses conséquences. »[11] (Rowan Atkinson)
    • « Je suis libre d'avoir une opinion et c'est déjà très beau. Mais je voudrais être libre de ne pas en avoir. » (Sacha Guitry)
    • « Pourquoi faudrait-il tolérer la liberté d'expression et la liberté de la presse ? Pourquoi un gouvernement qui fait ce qu'il juge bon devrait-il tolérer la critique ? Il ne tolèrerait pas une opposition qui utiliserait des armes mortelles, or les idées sont bien plus mortelles que les fusils. » (Lénine)
    • « Personne ne peut transférer à autrui son droit naturel, c’est-à-dire sa faculté de raisonner librement et de juger librement de toutes choses ; et personne ne peut y être contraint. C’est pourquoi l’on considère qu’un État est violent quand il s’en prend aux âmes. » (Spinoza)
    • « Nul ne devrait être inquiété par la justice pour des propos privés ou publics qui, même s’ils font offense à tel ou tel, ne tuent pas et ne portent pas atteinte à la sécurité des personnes ou des biens. Il faut donc abolir toute forme de délit d’opinion, toute tentative de légiférer sur le passé, sur l’histoire ou sur la mémoire. » (Damien Theillier)
    • « Les crimes de pensée n’existent pas car ils ne sont pas mesurables, trop subjectifs. En effet, la pensée ou la parole peuvent offenser mais ne tuent pas. Et quand commence l’offense ? C’est impossible à définir, arbitraire. La notion de crime contre la pensée est totalitaire et conduirait à mettre en prison ou censurer la plupart des écrivains et des philosophes ! » (Damien Theillier[12])
    • « Prétendre que votre droit à une sphère privée n'est pas important parce que vous n'avez rien à cacher, n'est rien d'autre que de dire que la liberté d'expression n'est pas essentielle, car vous n'avez rien à dire. » (Edward Snowden)

    Notes et références

  • Texte du Traité théologico-politique

  • Benjamin Constant, De la liberté des brochures, des pamphlets et des journaux, in Adolphe et œuvres choisies, Larousse, 1930, p.173

  • Les Experts de la garde à vue (blog de maître Eolas)

  • Liberté d'expression sur Internet : la France placée sous surveillance par RSF, Le Monde, 14 Mars 2011

  • How Luther went viral, The Economist, 17 Décembre 2011

  • Liberty, Technology, and the Advent of Social Networking, Gladden J. Pappin, The Intercollegiate Review, Automne 2011

  • Bientôt une nouvelle loi pour museler le climatoscepticisme dans les médias ?, IREF, 4 septembre 2023

  • Thomas Paine, The Age of Reason, 1793, repris par Nicole Bacharan in Faut-il avoir peur de l'Amérique, éd. Seuil, 2005, p. 20

  • Vincent Bénard, « Liberté d'expression : une liberté fondamentale », anciennement disponible en ligne à www.u-blog.net/liberte/note/57486

  • John Stuart Mill, De la liberté, chap.2, [lire en ligne]

  • "Free speech can only suffer if the law prevents us from dealing with its consequences."

  • Bibliographie

    • 1920, Zechariah Chafee, "Freedom of Speech"
      • Nouvelle édition en 1941, "Free Speech in the United States", Cambridge, Mass.: Harvard Univ. Press
    • 1960, Leonard W. Levy, "Legacy of Suppression: Freedom of Speech and Press in Early American History", Cambridge, Mass.: Belknap Press.

    Voir aussi

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