Affichage des articles dont le libellé est Dominique Macquet. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Dominique Macquet. Afficher tous les articles

août 09, 2026

Liberté d’expression : la leçon de Spinoza

Sommaire:

A) - Liberté d’expression : la leçon de Spinoza

B) - Baruch Spinoza

C) - Liberté d’expression

D) -  Les carnets apocryphes d'Emmanuel Macron

 


A) - Liberté d’expression : la leçon de Spinoza

Toute vérité est bonne à dire

Spinoza l’avait écrit avec une clarté glaciale : un État qui refuse aux citoyens la liberté d’opiner et de parler n’est plus un État libre, mais un régime qui prépare sa propre ruine. Il engendre l’hypocrisie, la rancune et, finalement, la sédition. Trois siècles et demi plus tard, la France de Macron offre une illustration presque scolaire de ce diagnostic.


Sous prétexte de « lutter contre l’ingérence », on a transformé la parole de résistance en acte suspect. Toute critique un peu nette de la ligne présidentielle -sur l’Ukraine, sur Gaza, l’UE, l’économie, sur les errances de la justice ou de la santé- se voit immédiatement taxée d’« ingérence étrangère » ou « de l’intérieur », de « complotisme », de « discours de haine » ou de « menace pour la cohésion nationale ». La lie de l’humanité, à savoir les défakateurs qui vivent du détournement d’argent public, veillent au grain.


Le mécanisme est toujours le même : on ne réfute plus l’argument, on le disqualifie par son origine supposée. On ne discute plus, on pathologise. Celui qui n’est pas d’accord n’est plus un citoyen qui pense librement, il est l’agent d’une puissance hostile. Cette opération a un nom : la fascisation de l’espace public. Macron et son appareil ont réussi à faire de la liberté d’expression une liberté conditionnelle, accordée seulement à ceux qui parlent « dans le bon sens ». Les médias trop critiques sont rappelés à l’ordre par l’Arcom au nom du « pluralisme » -ce pluralisme étrange qui consiste à imposer une diversité d’opinions… à condition qu’elles ne déplaisent pas au Prince. 


Les personnalités publiques qui sortent du récit dominant sont signalées, harcelées, parfois poursuivies et excommuniées. Les caricatures, autrefois fierté nationale, deviennent dangereuses dès qu’elles ne visent plus « les bons ennemis ». Et sur les réseaux, la modération, sous pression constante de l’État et de Bruxelles, fait le travail de police que les juges n’osent plus assumer trop ouvertement.


Spinoza prévenait : quand on interdit aux hommes de dire ce qu’ils pensent, ils continuent de le penser, mais en silence, en amertume, en ressentiment. C’est exactement ce qui se produit. Une partie croissante du pays ne s’exprime plus dans l’espace public officiel. Elle se tait, ou elle se radicalise ailleurs. L’hypocrisie devient le mode de survie intellectuel. On apprend à parler en codes, à contourner, à ironiser, à se taire. Et pendant ce temps, le pouvoir se félicite d’avoir « préservé le débat démocratique »… en ayant soigneusement nettoyé le terrain de tout ce qui le dérangeait.


La France n’est pas encore une dictature. Elle reste un pays où l’on peut encore, en principe, écrire et publier. Mais elle est devenue un pays où la liberté d’expression est progressivement vidée de sa substance par un mélange de lois fascisantes, de délits d’opinion élargis, de régulation administrative et d’une rhétorique présidentielle qui transforme le désaccord en trahison. Sous Macron, la parole libre n’est plus un droit, elle est devenue un privilège concédé à ceux qui ne menacent pas le narratif officiel.


Spinoza aurait reconnu immédiatement le symptôme : un gouvernement qui a peur des opinions de ses propres citoyens est en perdition. Et un peuple qui doit sans cesse prouver qu’il n’est pas « influencé » pour avoir le droit de parler est un peuple en train de perdre l’usage de sa propre raison.


Commentaire:
Eh oui, dictature, même si l'auteur de l'article ne la retient pas (pas tout à fait, pas encore).
Dictature de nouveaux types de clercs. Les collectivistes, socialistes et communistes, n'ont rien à envier en la matière aux fascistes ni à l'Inquisition catholique romaine...
Dominique Macquet

 

B) - Baruch Spinoza

Baruch Spinoza (24 novembre 1632 - 21 février 1677), est un philosophe hollandais, né à Amsterdam dans une famille de commerçants juifs d'origine portugaise. Très tôt, dès treize ans environ, le jeune Baruch (Bento en portugais - béni) dut s'occuper des affaires commerciales de la maison Spinoza, principalement après la mort de son père en 1654. Continuant malgré tout des études religieuses dans un centre d'étude juive (yeshiva), il y étudia les plus grands philosophes juifs. Suite à sa rencontre avec le libre-penseur jésuite Franciscus van den Enden, Spinoza va s'éloigner de plus en plus de la communauté juive d'Amsterdam. Très ouvert aux idées hétérodoxes, ses fréquentations clandestines sont jugées douteuses au point d'être surveillé et averti par les chefs de la communauté juive. Son obstination intellectuelle va le conduire à une séparation définitive, le 27 juillet 1656 (Spinoza est excommunié de la communauté juive d'Amsterdam en raison de son inconduite). Proclamant tout au long de sa vie la liberté de philosopher, sa pensée eut une influence considérable sur ses contemporains et sur nombre de penseurs postérieurs.

Philosophie

La philosophie de Spinoza est héritée de celles de Descartes et de Hobbes, bien que son immanentisme et son panthéisme tranchent radicalement avec toutes les philosophies qui l'ont précédée.

Selon l'approche spinoziste des catégories ontologiques, la substance est indivisible, elle est cause de soi, la substance est ce qui est en soi et est conçu par soi. Il appartient à la nature d'une substance d'exister et d'être nécessairement infinie. Par attribut il entend ce que la raison conçoit dans la substance comme constituant son essence.

Selon l'attribut de l'étendue, la substance est « le monde », tandis que selon l'attribut de la pensée, la substance est Dieu. Il n'y a pas de création ex nihilo, notion irrationnelle pour Spinoza. Un individu est ainsi une modification temporelle de la substance unique, telle une vague sur la mer, une réalité unique à la fois physique et mentale : l'esprit et le corps sont une seule et même entité conçue selon deux attributs, à l'opposé du dualisme de Descartes qui y voit deux substances.

La métaphysique de Spinoza est davantage une métaphysique du devenir que de l'être ; il en tire une éthique (nom de son principal ouvrage) et une sotériologie, autrement dit, une doctrine du salut de l'âme. Un concept fondamental est celui de conatus, effort de tout être pour conserver et même augmenter sa puissance d'être, « effort naturel pour s'accomplir en plénitude », parfait accomplissement de soi :

«  Chaque chose, autant qu'il est en elle, s'efforce de persévérer dans son être. »
    — Éthique III, Proposition VI

Spinoza aboutit ainsi à une forme de volontarisme : « On ne désire pas une chose parce qu'elle est bonne, c'est parce que nous la désirons que nous la trouvons bonne ». C'est le désir qui produit les valeurs et non l'inverse. Le conatus s'exprime en « nature naturante » et « nature naturée ». Il était « instinct de conservation »chez Hobbes, il sera plus tard vouloir-vivre chez Schopenhauer et volonté de puissance chez Nietzsche. Nietzsche et Schopenhauer considèrent tous deux Spinoza comme un de leurs précurseurs, mais alors que Nietzsche ne tarit pas d'éloges à son sujet, Schopenhauer lui reproche son immoralisme (selon Spinoza, Traité politique : « chacun a autant de droit qu'il a de puissance »), son théisme (toujours présent bien que travesti sous une forme impersonnelle), son eudémonisme et l'optimisme injustifié qui en découle.

Ce volontarisme ne doit pas être interprété comme un finalisme. En effet, anticipant Schopenhauer et la philosophie de l'absurde, en dépit de « l'émerveillement panthéiste » auquel on relie souvent sa philosophie, Spinoza nie toute finalité et même tout ordre dans la nature :

«  Pour montrer que la nature n’a pas de fin qui lui soit prescrite, et que toutes les causes finales ne sont que des fictions humaines, il n’est pas besoin de beaucoup. »
    — Éthique, I, Appendice

«  Et parce que ceux qui ne comprennent pas la nature des choses, mais se bornent à imaginer les choses, n’affirment rien des choses, et prennent l’imagination pour l’intellect, à cause de cela ils croient fermement qu’il y a de l’ordre dans les choses, sans rien savoir de la nature ni des choses ni d’eux-mêmes ; [...] comme si l’ordre était quelque chose dans la nature, indépendamment de notre imagination. »
    — Éthique, I, Appendice

La philosophie de Spinoza influencera durablement la philosophie occidentale, notamment allemande (Kant, Fichte, Hegel, Schopenhauer, Nietzsche...) après son retour en grâce au XIXe siècle lors de la « querelle de l'athéisme » (Atheismusstreit), et elle influencera plus tard aussi bien Leo Strauss que Ludwig Wittgenstein (le titre du Tractatus Logico-Philosophicus est un hommage au Tractatus Theologico-Politicus de Spinoza). Elle se prête à une interprétation qui peut être aussi bien athée que panthéiste (Deus sive natura). Einstein affirmera ainsi « croire au Dieu de Spinoza » alors que Marx rattache Spinoza au matérialisme.

Pensée religieuse

Dans le Traité théologico-politique Spinoza s'efforce de démontrer que la liberté de penser et de philosopher peut se concilier avec le maintien de la paix civile et l’exercice de la piété et de la religion. L'objet principal de son ouvrage est d'arriver à cette démonstration mais aussi à séparer la foi de la philosophie. Pour Spinoza, celui qui fait preuve de la foi la meilleure est celui aussi qui accomplit les meilleures œuvres de justice et de charité, que la foi, à elle seule et sans les œuvres, est une foi morte. Selon lui, le but et le fondement de la foi et de la raison sont opposés, pour lui le but de la philosophie c'est la vérité, tandis que celui de la foi n’a en vue que l’obéissance et la piété. Cette séparation de la philosophie et de la théologie n'implique pas l’une des deux doit être exclue, aucune subordination est attribuée de l'une sur l'autre, chacune reste souveraine dans son domaine propre.

Spinoza est considéré tantôt comme un penseur religieux, tantôt accusé d'athéisme : pour Pierre Bayle il est « juif de naissance et puis déserteur du judaïsme », il a été un « athée de système, et d'une méthode toute nouvelle » [1]. Ses idées théologiques relèvent du panthéisme (le célèbre Dieu ou la nature) et s'opposent à la conception anthropomorphique d'un dieu personnel telle qu'elle existe dans le judaïsme ou le christianisme. Des analogies ont été soulignées entre sa doctrine et l'hindouisme (notamment l'école Vedanta, non-dualiste). Il serait donc erroné de le qualifier de penseur juif :

« Non seulement Spinoza fut de son vivant ostracisé et mis à l’index par la communauté juive, mais lui-même, dans son âge mûr, ne se voyait pas comme juif et recourait toujours à la troisième personne pour parler des juifs. Bien qu’ayant reçu à la naissance le prénom hébraïque Baruch, il ne l’a jamais utilisé en signature. Il signait Benedict ou Benedictus. » (Shlomo Sand, Comment j’ai cessé d’être juif)

Sa conception historiciste de la rédaction de la Bible s'oppose aux dogmes religieux de la transcendance divine ou d'une révélation surnaturelle. En effet, il préconise une interprétation basée sur le sens du texte pris dans son contexte historique et en rapport avec l'esprit de la langue : il faut « expliquer l’Écriture par l’Écriture » et « user de jugement et de raison pour lui accorder notre assentiment ». Par ailleurs, Spinoza, à l'encontre de la tradition scolastique, opère une distinction tranchée entre la théologie, qui relève de la foi et de la morale, et la philosophie, qui est une recherche de la vérité. Il conteste la notion de miracle car « rien n'arrive qui aille contre la nature ».

C'est en raison de ses « mauvaises opinions » et de ses « horribles hérésies » qu'il est excommunié (déclaré herem) de la communauté juive d'Amsterdam le 27 juillet 1656[2], communauté issue comme lui de marranes du Portugal ou d'Espagne. On ne connaît pas exactement les raisons de cette exclusion : critique de l'immortalité de l'âme, assimilation de Dieu à la nature, négation du libre arbitre ? Il reste dans la ville d'Amsterdam, puis s'établit à Rijnsburg, et pour gagner sa vie, il se tourne vers l'artisanat scientifique (fabrication de lentilles pour lunettes et microscopes). La légende veut qu'il ait conservé de longues années son manteau troué par le poignard d'un juif fanatique, après une agression manquée.

Pensée politique

Spinoza est un des grands philosophes de la liberté et de la tolérance du XVIIe siècle, à l'égal de son contemporain John Locke, tous deux préfigurant les Lumières. Il est plus hardi que Locke en ce qui concerne la liberté d'expression et la liberté de la presse (Locke refuse d'étendre sa tolérance aux catholiques et aux athées). Concernant la propriété et plus généralement la société politique, il les fait dériver des passions et du désir plutôt que de la raison ou d'un contrat social :

«  Si les hommes étaient ainsi disposés par la Nature qu’ils n’eussent de désir que pour ce qu’enseigne la vraie Raison, certes la société n’aurait besoin d’aucunes lois, il suffirait absolument d’éclairer les hommes par des enseignements moraux pour qu’ils fissent d’eux-mêmes et d’une âme libérale ce qui est vraiment utile. Mais tout autre est la disposition de la nature humaine ; tous observent bien leur intérêt, mais ce n’est pas suivant l’enseignement de la droite Raison ; c’est le plus souvent entraînés par leur seul appétit de plaisir et les passions de l’âme (qui n’ont aucun égard à l’avenir et ne tiennent compte que d’elles-mêmes) qu’ils désirent quelque objet et le jugent utile. De là vient que nulle société ne peut subsister sans un pouvoir de commandement et une force, et conséquemment sans des lois qui modèrent et contraignent l’appétit du plaisir et les passions sans frein. »
    — De Servitute, prop. 37

Contrairement à Hobbes qui confère au souverain une autorité à la fois politique et religieuse (Léviathan), Spinoza s'oppose à l'utilisation de la religion comme instrument du pouvoir : la religion doit être soumise aux lois communes et au pouvoir politique, elle ne doit s’occuper que d’enseigner le bien et la morale. Il affirme l'importance de la liberté religieuse et de la liberté d'expression :

«  Il est évident que les lois concernant les opinions menacent non les criminels, mais les hommes de caractère indépendant, qu’elles sont faites moins pour contenir les méchants que pour irriter les plus honnêtes, et qu’elles ne peuvent être maintenues en conséquence sans grand danger pour l’État. [...] Il n’y a rien de plus sûr pour l’État que de renfermer la religion et la piété tout entière dans l’exercice de la charité et de l’équité, de restreindre l’autorité du souverain, aussi bien en ce qui concerne les choses sacrées que les choses profanes, aux actes seuls, et de permettre, du reste, à chacun de penser librement et d’exprimer librement sa pensée. »
    — Traité théologico-politique, chapitre XX : Où l’on montre que dans un État libre il est loisible à chacun de penser ce qu’il veut et de dire ce qu’il pense

On pourrait arguer que Spinoza est un libéral conservateur : sans adhérer à une conception individualiste lockéenne (pas de concept de propriété de soi), il n'a pas non plus une conception organiciste de l’État, telle que celle du Léviathan de Hobbes. Il a une définition immanente de la souveraineté (imperium) comme « droit que définit la puissance de la multitude » : sa théorie du droit naturel repose ainsi sur la puissance seule et non sur une éthique quelconque (il vante Machiavel pour ce qui est de la gestion de l’État). Il y a pour lui une identité entre le droit positif et le droit naturel, car le droit du souverain sur ses sujets découle de sa puissance. Il reconnaît l'importance d'avoir un État pérenne, qui permette à chacun d'être libéré de la crainte (passion triste) et du « conflit des passions » pour exercer sa liberté et poursuivre ses affects sans nuire à l'intérêt commun : « la multitude veut être conduite comme par une seule âme ». La société existe en raison de l'effort de chaque individu pour se conserver (conatus) : la sociabilité de l'individu se fonde sur le besoin qu'il a des autres pour subsister.

La puissance de contrainte de l’État peut cependant devenir un pouvoir de domination et Spinoza, malgré le sous-titre de son Traité Politique (« Comment doit être organisée une société, soit monarchique, soit aristocratique, pour qu’elle ne dégénère pas en tyrannie et que la paix et la liberté des citoyens n’y éprouvent aucune atteinte ») ne répond pas clairement à la question, si ce n'est en notant que « la multitude est un objet de crainte pour les gouvernants et à cause de cela même elle obtient quelque liberté ». Il propose comme gouvernements possibles une monarchie où le Conseil du roi se compose de personnes élues de plus de 50 ans, ou une aristocratie menée par « un certain nombre de citoyens élus parmi la multitude (assemblée de patriciens) » ; le cas du gouvernement démocratique n'est quasiment pas développé dans le Traité Politique, si ce n'est pour en exclure « les femmes et les esclaves »...

Spinoza semble tétanisé par la multitude et la violence dont elle est capable. Il a une vision assez pessimiste de la nature humaine, prisonnière de ses affects, contrairement au philosophe qui fait tout pour s'en libérer. Nettement plus démocrate que Hobbes, il semble privilégier une aristocratie élue.

Spinoza s'est toujours tenu éloigné de l'arène politique. Cependant, il proteste contre le massacre de son ami Johan de Witt par les Orangistes en 1672, méfait digne des « derniers des barbares » (ultimi barbarorum).

Notes et références

  • Dictionnaire historique et critique de Bayle, édition de 1740, article « Spinoza ». Au début de cet article, Bayle essaie de répertorier les philosophes prédécesseurs de Spinoza qui ont tenu des opinions analogues à son monisme. On y trouve une curieuse description de ce qui s'appellera plus tard le bouddhisme, « théologie d'une secte de Chinois », description probablement issue de comptes rendus des jésuites au XVIe siècle ou au XVIIe siècle.

  • Littérature secondaire

    • 1998, Christian Lazzeri, "Droit, pouvoir et liberté. Spinoza critique de Hobbes", Paris: PUF
    • 2001, "Spinoza - a life, Steven Nadler, Cambridge University Press
      • Traduction en français en 2003, "Spinoza", Paris: Bayard
    • 2010, Ghislain Waterlot, "Aux sources de la pensée libérale, une généalogie de la tolérance. Castellion, Spinoza, Bayle, Locke", In: G. Kevorkian, dir., "La pensée libérale. Histoire et controverses", Paris, Ellipses, pp211-226

    Citations de Baruch Spinoza

    • « Le désir est l'essence de l'homme ».
    • « Une chose ne cesse pas d'être vraie parce qu'elle n'est pas acceptée par beaucoup d'hommes ».
    • « Les pires tyrans sont ceux qui savent se faire aimer ».
    • « Personne ne peut transférer à autrui son droit naturel, c’est-à-dire sa faculté de raisonner librement et de juger librement de toutes choses ; et personne ne peut y être contraint. C’est pourquoi l’on considère qu’un État est violent quand il s’en prend aux âmes ».
    • « La nature humaine ne peut supporter d’être contrainte absolument ». (Traité Théologico-Politique, chap. V)
    • « Vouloir tout régenter par des lois c’est rendre les hommes mauvais ». (Traité Théologico-Politique, chap. XX)
    • « L’argent est devenu le condensé de tous les biens, et c’est pourquoi d’habitude son image occupe entièrement l’esprit du vulgaire, puisqu'on n’imagine plus guère aucune espèce de joie qui ne soit accompagnée de l’idée de l’argent comme cause ». (Éthique, livre IV, Appendice, chapitre 28)
    • « L'expérience ne nous enseigne pas les essences des choses ». (Lettre à De Vries, 1663)
    • « Le monde veut être trompé ; qu'il le soit donc ».
    • « Un homme libre ne pense à aucune chose moins qu'à la mort, et sa sagesse est une méditation non de la mort, mais de la vie ». (Ethique)
    • « La fin dernière de l’État n’est pas de dominer les hommes, de les retenir par la crainte, de les soumettre à la volonté d’autrui, mais tout au contraire de permettre à chacun, autant que possible, de vivre en sécurité, c’est-à-dire de conserver intact le droit naturel qu’il a de vivre, sans dommage ni pour lui ni pour autrui ». (Traité Théologico-Politique)
    • « Vouloir tout régler par des lois, c’est irriter les vices plutôt que les corriger ». (Traité théologico-politique)

    Citations sur Spinoza

    • « J'ai un précurseur, et quel précurseur ! [...] Ce penseur, le plus anormal et le plus solitaire qui soit, m'est vraiment très proche. » (Friedrich Nietzsche, lettre à Franz Overbeck du 30 juillet 1881)
    • « Ne pas rire, ni pleurer, ni détester, mais comprendre dit Spinoza, avec cette simplicité et cette élévation qui lui sont propres. » (Friedrich Nietzsche, Le Gai Savoir, 333)
    • « Toute la philosophie de Spinoza est comme le déploiement extraordinairement vaste et riche d'une variante de la preuve ontologique. » (Jeanne Hersch, L'étonnement philosophique, 1981)
    • « Quand on commence à philosopher, il faut d'abord être spinoziste. » (Hegel, Histoire de la philosophie)
    • « Quand on est philosophe, on a deux philosophies : la sienne et celle de Spinoza. » (Henri Bergson)
    • « Spinoza fait partie de ces penseurs privés, qui renversent les valeurs et font de la philosophie à coups de marteau, et non pas des professeurs publics, ceux qui, suivant l’éloge de Leibniz, ne touchent pas aux sentiments établis, à l’ordre de la Morale et de la Police. » (Gilles Deleuze)
    • « [...] l’Éthique de Spinoza, une construction systématique qui repose sur la croyance puérile en une puissance divine, au demeurant aveugle, qui piloterait nos vies de créatures dénuées de toute capacité d’autonomie et de choix. Je n’ai jamais compris comment un adulte intelligent pouvait adhérer à ces fables plus de trois minutes. Mystère insondable du dogmatisme que Lévinas, déjà, disséquait dans ses écrits sur Spinoza que les disciples seraient bien avisés de lire ou de relire. » (Luc Ferry, Folie du spinozisme, Le Figaro du 05/03/2020)
    • « En publiant en 1670 son Tractatus theologico-politicus, il a créé un ébranlement puissant parce qu'il condamnait les religions révélées et les pouvoirs exercés en leur nom. Les polémiques que cela a déclenchées dans toute l'Europe et qui ont été virulentes pendant plus d'un siècle, sont restées centrées sur la question de la religion et de son rôle dans le maintien de l'ordre social. » (Jean François Billeter, Esquisses, 2016)

    Liens externes

    https://www.wikiberal.org/wiki/Baruch_Spinoza



    C) - Liberté d’expression

    La liberté d'expression est l'absence de contrainte illégitime exercée à l'encontre d'individus en raison de l'expression de leurs opinions. Dans les démocraties modernes, son affirmation occupe une place primordiale et est reconnue unanimement comme un principe fondamental. La liberté d'expression est un principe qui est très cher aux libéraux, pourtant, nombreuses sont les démocraties dites libérales qui décrètent des lois lui portant une atteinte flagrante. L'esprit de ces lois, bien que débattues et discutées au sein d'institutions de pouvoir, sont en discordance avec sa compréhension, sa portée et réelle application. Le paradoxe est que le besoin de limiter le principe de liberté d'expression semble être plus pressant plutôt que le réel besoin de le respecter entièrement. 

    La liberté d'expression vue par les libéraux et les libertariens

    En cohérence avec la conception libérale de la liberté des individus, les libéraux défendent le droit pour chacun de pouvoir exprimer toute idée ou information, par tous les moyens possibles, sans être exposé à une quelconque nuisibilité ou danger. Même dans le contexte où les opinions visent des personnes en particulier, le fait d'exposer des opinions ou idées ne constitue pas une agression, tant que cela ne cause pas des dommages certains et factuels, ceci quelles que soient les divergences d'idées des parties. La liberté d'expression s'applique entièrement dans un débat ou discussion critique où chacun défend son champ d'idées.

    Par conséquent, les libéraux s'opposent à toute forme de répression visant toute forme d'expression d'idées, car exposer ses idées n'est pas un crime, tant qu'elles n'impliquent pas une atteinte aux personnes et aux biens d'autrui. La liberté d'expression signifie que chaque personne dispose librement de ses idées et opinions, même si elles ne concordent pas avec les idées et opinions d'une autre personne.

    Le libéralisme va donc plus loin que le droit positif, qui limite toujours la liberté d'expression en la soumettant à la législation, même quand cette dernière n'instaure pas d'interdiction préalable, par exemple :

    «  La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté, dans les cas déterminés par la Loi.  »
        — article 11 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen

    La réputation d'un homme n'est pas sa propriété : elle n'a d'existence que dans l'esprit des individus, et il n'appartient qu'à eux de choisir les procédés par lesquels ils forment leurs opinions. Le droit de disposer d'une partie de l'esprit d'autrui est radicalement rejeté par la théorie libérale du droit.

    En effet, c'est tout le problème des relations dites « spéciales » ou « singulières » entre ce que pense un individu et son propre comportement.

    Une personne peut être en total désaccord avec ce qu'une autre dit, et agir en conséquence. Par exemple, lorsqu'une chaîne de radio profère des propos inadmissibles, il éteint sa radio. Si d'autres apprécient ce que dit telle ou telle station de radio et choisissent librement de l’écouter, il n'y a aucune raison de les en empêcher. Une station de radio ne survit que par ses auditeurs, si elle les perd par son comportement, elle devra soit rectifier le tir soit disparaître. Rien n'empêche ses adversaires de lancer une radio concurrente, un journal, un blog, un groupe pour combattre des propos jugés intolérables en faisant usage de leur propre liberté d'expression.

    D'une certaine manière, la liberté d'expression est la meilleure arme contre les débordements de la liberté d'expression.

    Libéraux et libertariens sont donc opposés au délit d'opinion (moyen de faire taire les dissidents), à la censure, à la police des consciences, ou au délit de presse.

    Un des premiers manifestes en faveur de la liberté d'expression est l'Areopagitica de l'écrivain John Milton, publié en 1644, qui s'élève contre la censure préalable, et dont le sous-titre est : pour la liberté d'imprimer sans autorisation ni censure. De même, Baruch Spinoza, dans son Traité théologico-politique paru en 1670 (chapitre XX : Où l’on montre que dans un État libre il est loisible à chacun de penser ce qu’il veut et de dire ce qu’il pense) s'élève contre la censure :

    «  Il est évident que les lois concernant les opinions menacent non les criminels, mais les hommes de caractère indépendant, qu’elles sont faites moins pour contenir les méchants que pour irriter les plus honnêtes, et qu’elles ne peuvent être maintenues en conséquence sans grand danger pour l’État[1] »

    Idées fausses sur la liberté d'expression

    La plus répandue des fausses idées sur la liberté d'expression est la confusion entre « droit de » et « droit à ». Dans le premier cas il s'agit d'interdire l'usage de la contrainte en raison des idées exprimées par une personne ; or, les libéraux sont a priori pour une liberté d'expression totale quelles que soient les idées exprimées, même les pires (racisme, xénophobie, apologie du nazisme ou du communisme, etc.). Dans le second, le désir qu'a une personne d'être entendue devrait l'emporter sur les droits de propriété des autres. On légitime ainsi l'expropriation partielle de ressources privées (les murs des bâtiments, du temps d'antenne télévisée, les rues...) quand cela peut servir à faire passer ses idées ou simplement à supporter une œuvre artistique. Comme l'exprimait Choderlos de Laclos au XVIIIe siècle :

    « Le seul homme qui ait le droit de m'empêcher de coller ma pensée sur un mur, c'est le propriétaire de la maison. »

    De la même façon, les subventions étatiques aux journaux en panne de lecteurs sont illégitimes, puisqu'on force le contribuable à financer des journaux qui ne l'intéresse pas.

    Autrement dit, pour un libéral, la liberté d'expression est totale, mais dans la mesure où elle respecte strictement le droit de propriété d'autrui.

    La liberté d’expression consiste donc à ne pas empêcher de façon coercitive l'expression des idées et des opinions. Cependant, elle ne doit en aucun cas aboutir à :

    • une obligation inconditionnelle de donner à autrui la possibilité de s'exprimer (par exemple un éditeur ou un groupe de presse est maître de ses choix éditoriaux et de ses publications) ;
    • un relativisme moral, qui mettrait toutes les opinions sur le même plan (sophismes, idées nuisibles ou violentes, etc., que précisément la liberté d'expression permet de combattre sans violence).

    Exemple de la vision libertarienne : peut-on, au nom de la liberté d'expression, crier « au feu ! » dans une salle de théâtre bondée, alors qu'il n'y a pas de feu ? Non, et ce non pas en raison des conséquences possibles (encore que cela puisse constituer une circonstance aggravante), mais parce qu'on enfreint les règles acceptées lors de l'achat du billet et fixées par le propriétaire. Les victimes, s'il y en a, se retourneront contre le propriétaire, qui se retournera contre le fautif.

    Autre exemple : peut-on, au nom de la liberté d'expression, menacer quelqu'un, déclencher une fausse alerte à la bombe, etc. ? Une menace n'est pas forcément une agression, elle n'acquiert ce caractère que quand elle est directe et explicite (clear and present danger, selon la loi américaine). Les victimes ont donc le droit de prendre des mesures coercitives contre une agression qui se présente comme manifeste et imminente.

    Une insulte (une « agression verbale ») n'est pas, d'un point de vue libertarien, une agression, et n'est sûrement pas à mettre sur le même plan qu'une agression physique. Le « délit d'outrage », inventé pour protéger les fonctionnaires (policiers, enseignants, magistrats...) ou les symboles de la République (drapeau, hymne national), n'existe tout simplement pas et fait partie des innombrables abus étatiques.

    Un exemple : le négationnisme

    Nuvola apps colors.png Article principal : négationnisme.

    Il est clair que l'idéologie libérale rejette le nazisme, le fascisme, le négationnisme et autres idéologies semblables.

    Dans quatorze pays d'Europe, le négationnisme (négation de l'holocauste) fait l'objet d'une loi dont la transgression est punie par la prison. Pourtant le négationnisme a des disciples en Europe dans tous ces quatorze pays. Est-ce que la criminalisation des propos négationnistes aide à la disparition de ce mouvement ? Absolument pas, bien au contraire, la criminalisation les aide ! Dans la plupart des cas, la criminalisation des propos négationnistes ou même révisionnistes crée des martyrs et alimente ainsi la cause des groupes néo-nazis.

    Brimer la liberté d'expression sous prétexte d'empêcher la « banalisation » de propos racistes, xénophobes ou autres n'empêche pas la survie de ces mouvements, car on ne peut empêcher les gens de penser ce qu'ils veulent. La meilleure manière de combattre le néo-nazisme est d'utiliser la raison et le ridicule et non pas de criminaliser une telle expression. Si des propos néo-nazis perdurent, c'est à l'individu de les combattre en s'exprimant en toute liberté. La liberté d'expression elle-même est la meilleure arme contre les débordements de la liberté d'expression.

    Dans ce contexte, criminaliser l'expression des propos négationnistes ou révisionnistes revient à juger irresponsable le public, qui pourrait être « influencé » par de tels propos. Évidemment une telle expression n'est pas rendue impossible par l'interdiction, elle est seulement rendue clandestine, et d'autant plus intransigeante.

    Autre exemple : la diffamation

    Est-il permis de diffamer quelqu'un, c'est-à-dire de raconter à son propos des mensonges qui pourraient lui causer du tort ? Les réponses libérale et libertarienne divergent ici.

    Pour les libéraux classiques, la diffamation est condamnable ; ainsi, Benjamin Constant d'écrire dans De la liberté des brochures, des pamphlets et des journaux au début du XIXe siècle[2] :

    « [La liberté d'expression] n'exclut point la répression des délits dont la presse peut être l'instrument. Les lois doivent prononcer des peines contre la calomnie, la provocation à la révolte, en un mot contre tous les abus qui peuvent résulter de la manifestation des opinions. Les lois ne nuisent point à la liberté ; elles la garantissent, au contraire. Sans elles aucune liberté ne peut exister. »

    D'un point de vue libertarien, la diffamation ne doit cependant pas être poursuivie (ce qui ne signifie pas qu'on l'approuve moralement). En effet, la diffamation ne nuit jamais directement à personne. Si j'affirme que le pape est un nazi, et que vous me croyez, c'est votre problème, pas le mien. Soutenir le concept de diffamation suppose que les gens sont de parfaits irresponsables et vont croire tout ce qu'on leur dit. C'est la même façon de penser erronée qui conduit à interdire le négationnisme ou l'expression de l'antisémitisme.

    « En vertu des lois actuelles contre la diffamation, (un individu) agit en violation de la loi dès lors qu’il a « l’intention de nuire », même si l’information diffusée est vraie. Or le caractère légal ou illégal d’une action devrait dépendre de sa nature objective et non de la raison d’agir de l’acteur. Si une action est objectivement non-agressive, elle doit être autorisée quelle que soit l’intention, bienveillante ou malveillante, qui la motive (cette dernière pouvant, par contre, être pertinente quant à la moralité de l’action). Sans parler de l’énorme difficulté pour le juge de découvrir les motifs subjectifs d’un individu »
        — Murray Rothbard

    Rothbard indique deux effets pervers liés à l’illégalité de la diffamation, qui impacte la population la moins aisée : elle est une proie plus facile pour les calomniateurs, et on entrave sa capacité à diffuser des vérités déplaisantes sur les puissants.

    Faut-il accepter comme exception à ce principe le cas du faux témoignage, car il semble bien y avoir un lien direct de cause à effet entre ce qui a été dit (le faux témoignage) et la conséquence, qui peut être la condamnation d'un innocent ou la relaxe d'un coupable ? Non pour les libertariens, car le faux témoignage n'est pas condamnable en raison des dommages provoqués, mais en raison du fait que le témoin s'est engagé contractuellement (ou par serment) à dire la vérité. Ce n'est pas l'accusé qui pourra poursuivre le faux témoin, mais le tribunal. Il convient de préciser que les faux témoins étaient mis à mort par les tribunaux, dans les temps anciens, car le faux témoignage était associé à un très grave trouble à l'ordre public [domaine politique et social] et à l'ordre spirituel, lié aux fondements de la conscience [domaine moral et religieux], car le faux témoignage était par définition attentatoire à la vérité.

    Du point de vue du droit naturel, la liberté d'expression est bien absolue, et le « délit » de diffamation n'existe pas. Soutenir ce concept de diffamation revient pour les libertariens à cautionner un extraordinaire recul du droit d'expression, le délit de diffamation étant couramment utilisé par les gouvernements pour faire taire leurs opposants (on pourrait même l'utiliser contre les libertariens quand ils traitent les gouvernants d'esclavagistes).

    Alors que les libertariens cherchent à séparer ce qui n'est condamnable que moralement (action immorale) et ce qui est condamnable juridiquement (agression contre la personne ou sa propriété), en présumant des intentions des acteurs le droit positif criminalise certaines actions qui ne sont pas directement des agressions. Du point de vue juridique, dans des conditions spécifiques et dans le cadre d'une restriction de la liberté d'expression, la notion de dépôt de plainte en dénonciation calomnieuse existe (et les individus peuvent donc l'utiliser), et le faux témoignage (ou ladite diffamation) est constitué tant que la personne qui en calomnie une autre n'a pas donné la ou les preuve(s) de ce qu'elle avance, et/ou que la personne calomniée a prouvé son honneur et sa moralité, suivant selon le système judiciaire inquisitorial français, ou suivant selon le système judiciaire accusatoire anglo-saxon. En pratique, l'arbitraire règne en ce domaine.

    Le droit de se taire

    De même qu'on ne peut empêcher quelqu'un de s'exprimer, il n'y a pas, inversement, d'obligation à s'exprimer. Cela concerne aussi bien la protection des sources des journalistes et les diverses sortes de secret professionnel que le droit à ne pas être contraint à s’accuser soi-même (droit à ne pas s’auto-incriminer), un droit tiré du principe de la présomption d'innocence[3]. Pour les libertariens, cela relève de l'inaliénabilité de la volonté humaine.

    Clientélisme et liberté d'expression

    Les atteintes à la liberté d'expression obéissent souvent à un clientélisme électoral. Voici un exemple de raisonnement de politicien relativement à la répression de l'incitation à la haine :

    • les gens sont des faibles, les incitations à la haine pourraient les pousser à passer à l'acte ;
    • le pouvoir qui, lui, est une élite supérieure au reste de la population, sait ce qu'il faut faire ;
    • ainsi le pouvoir sait discriminer entre les bonnes interdictions et les mauvaises : il peut décréter par exemple qu'on n'a pas le droit d'exprimer de haine envers les juifs, les musulmans ou les homosexuels, mais que c'est toléré envers les riches, les Blancs, les catholiques, les banquiers, etc. ; on aboutit ainsi à une forme de racisme et à l'établissement de privilèges ;
    • si un groupe de pression quelconque veut imposer une nouvelle interdiction en sa faveur, sa demande sera examinée avec bienveillance (il a intérêt à être assez nombreux, à faire un grand tapage médiatique ou à être bien vu du pouvoir).

    Le politicien pourra ensuite trouver a posteriori toutes sortes de justifications éthiques à des limitations à la liberté d'expression qui sont en réalité d'origine clientéliste.

    Atteintes à la liberté d'expression en France

    Nuvola apps colors.png Article principal : Liberté d'expression en France.

    Internet, la liberté d'expression et le libéralisme

    Nuvola apps colors.png Article principal : Internet.

    Malgré les tentatives de contrôle, la liberté d'expression s'est considérablement émancipée depuis l'avènement du Web. Il devient difficile[4] pour un pouvoir exécutif de mettre efficacement en œuvre les mesures de répression de l'opinion décrites ci-dessus dès lors que cette dernière s'exprime de façon libre, décentralisée, infiniment reproductible, et indélébile sur Internet. Dans cette mesure, Internet est très souvent comparé à deux grandes inventions de l'Histoire qui ont également abaissé le coût d'accès à la connaissance, et contrecarré la censure: l'imprimerie et l'écriture.

    L'écriture, inventée il y a quelques 5 000 ans en Mésopotamie, a signifié le début de la civilisation et de l'Antiquité. En ce qui concerne l'imprimerie qui vit le jour grâce à Johannes Gutenberg, elle a servi de catalyseur[5] au Schisme, à la Réforme, et donc à la Renaissance et aux Lumières.

    Le 21e siècle a d'ailleurs connu nombre de mouvements qui ont en commun de défendre un idéal de liberté (plus ou moins bien exprimé), et d'utiliser Internet pour se mobiliser: les printemps arabes, le mouvement des Indignés, le Tea Party, Occupy Wall Street, les « partis pirates », l'Intellectual Dark Web, etc. Nombreux sont ceux[6] qui expriment l'opinion que ces exemples illustrent les toutes premières manifestations d'une nouvelle ère de liberté à laquelle Internet servira de vecteur.

    De nouvelles menaces sur la liberté d'expression aujourd'hui ?

    La liberté d'expression semblait jusqu'à récemment être l'un des combats libéraux gagnés dans les pays développés. La citation (faussement) attribuée à Voltaire (« Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous ayez le droit de le dire ») semblait acceptée par tous. Cette liberté doit néanmoins faire face à de nombreuses menaces nouvelles depuis les années 2000 :

    • Volonté de faire taire les voix dissidentes sur des sujets comme le négationnisme ou le révisionnisme historique au sens large, avec des lois comme la loi Gayssot en France.
    • Ces tentatives se sont élargies à tout discours contestataire comme le discours antivaccin lors de la crise du COVID, ou les discours climatosceptiques[7] en 2023
    • Le wokisme, d'abord aux Etats-Unis puis dans le reste du monde, vise à réécrire tous les textes ou œuvres culturelles susceptibles de heurter, dans une définition large et vague, qui que ce soit. A la liberté d'expression, on substitue un droit à ne pas être choqué, à des « safe spaces » dont on exclut telle ou telle population
    • dans le champ du religieux, le droit au blasphème est attaqué, soit via le terrorisme (Charlie Hebdo et les caricatures de Mahomet), soit via des pressions politiques toujours plus insistantes, demandant à restreindre la liberté d'expression pour ne pas heurter.

    Cette liste est malheureusement non-exhaustive.

    Mesurer la liberté d'expression ?

    On peut imaginer une échelle de mesure rudimentaire de la liberté d'expression :

    • liberté d'expression complète
    • liberté d'expression importante, mais auto-censure et influence rampante du « politiquement correct » (États-Unis, Suisse...)
    • liberté d'expression réprimée législativement et à géométrie variable d'un jugement à l'autre (France)
    • État policier pratiquant la censure, le filtrage d'Internet, voire l'emprisonnement des dissidents (de nombreux États autoritaires du monde)
    • absence totale de liberté d'expression (totalitarisme, par exemple Corée du Nord)

    Il existe aussi un Classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières, et un Indice de démocratie plus général créé en 2006 par The Economist Group.

    Citations

    • « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'Homme. » (article 11 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen de 1789)
    • « Rappelons-le : dans l’acception du dictionnaire, on est intolérant quand on combat des idées contraires aux siennes par la force, et par des pressions, au lieu de se borner à des arguments. La tolérance n’est point l’indifférence, elle n’est point de s’abstenir d’exprimer sa pensée pour éviter de contredire autrui, elle est le scrupule moral qui se refuse à l’usage de toute autre arme que l’expression de la pensée. » (Jean-François Revel, Contrecensures)
    • « J'ai toujours vigoureusement défendu le droit de chaque homme à sa propre opinion, aussi différente qu'elle puisse être de la mienne. Celui qui refuse à un autre ce droit se rend lui-même esclave de son opinion présente, car il se prive du droit d'en changer... L'infidélité ne consiste pas à croire ou à ne pas croire, mais à affirmer croire ce que l'on ne croit pas. Il est impossible d'évaluer les dégâts moraux que le mensonge à soi-même provoque dans une société. » (Thomas Paine, The Age of Reason[8])
    • « La liberté est une peau de chagrin qui rétrécit au lavage de cerveau. » (Henri Jeanson in L'Aurore)
    • « La liberté d'expression, qui inclut la liberté de s'exprimer, de publier, d'informer, de manifester, de débattre, est absolument fondamentale dans toute société prétendant protéger les droits de l'homme. Sans liberté d'expression, point de réelle liberté d'opinion - A quoi servent des opinions que l'on doit garder pour soi ? -, point de liberté de rechercher des personnes partageant les mêmes centres d'intérêts en vue d'association, point de liberté de proposer des choix politiques variés, de publier des informations, des résultats de recherche, des œuvres artistiques, point de liberté de faire valoir ses droits face à l'oppression... En ce sens, on peut affirmer que la liberté d'expression est l'un des piliers de toutes les libertés dont un individu peut disposer. » (Vincent Bénard[9])
    • « Il y a une arme plus terrible que la calomnie, c’est la vérité. » (Talleyrand)
    • « Mais ce qu'il y a de particulièrement néfaste à imposer silence à l'expression d'une opinion, c'est que cela revient à voler l'humanité : tant la postérité que la génération présente, les détracteurs de cette opinion davantage encore que ses détenteurs. Si l'opinion est juste, on les prive de l'occasion d'échanger l'erreur pour la vérité ; si elle est fausse, ils perdent un bénéfice presque aussi considérable : une perception plus claire et une impression plus vive de la vérité que produit sa confrontation avec l'erreur. » (John Stuart Mill, De la liberté[10])
    • « La crainte des contrôles fiscaux, l'étouffement bureaucratique et le harcèlement de l'Etat constituent des armes puissantes contre la liberté de parole. » (Milton Friedman, La Liberté du choix)
    • « La liberté d'expression ne peut qu'être mise à mal si la loi nous empêche d'affronter ses conséquences. »[11] (Rowan Atkinson)
    • « Je suis libre d'avoir une opinion et c'est déjà très beau. Mais je voudrais être libre de ne pas en avoir. » (Sacha Guitry)
    • « Pourquoi faudrait-il tolérer la liberté d'expression et la liberté de la presse ? Pourquoi un gouvernement qui fait ce qu'il juge bon devrait-il tolérer la critique ? Il ne tolèrerait pas une opposition qui utiliserait des armes mortelles, or les idées sont bien plus mortelles que les fusils. » (Lénine)
    • « Personne ne peut transférer à autrui son droit naturel, c’est-à-dire sa faculté de raisonner librement et de juger librement de toutes choses ; et personne ne peut y être contraint. C’est pourquoi l’on considère qu’un État est violent quand il s’en prend aux âmes. » (Spinoza)
    • « Nul ne devrait être inquiété par la justice pour des propos privés ou publics qui, même s’ils font offense à tel ou tel, ne tuent pas et ne portent pas atteinte à la sécurité des personnes ou des biens. Il faut donc abolir toute forme de délit d’opinion, toute tentative de légiférer sur le passé, sur l’histoire ou sur la mémoire. » (Damien Theillier)
    • « Les crimes de pensée n’existent pas car ils ne sont pas mesurables, trop subjectifs. En effet, la pensée ou la parole peuvent offenser mais ne tuent pas. Et quand commence l’offense ? C’est impossible à définir, arbitraire. La notion de crime contre la pensée est totalitaire et conduirait à mettre en prison ou censurer la plupart des écrivains et des philosophes ! » (Damien Theillier[12])
    • « Prétendre que votre droit à une sphère privée n'est pas important parce que vous n'avez rien à cacher, n'est rien d'autre que de dire que la liberté d'expression n'est pas essentielle, car vous n'avez rien à dire. » (Edward Snowden)

    Notes et références

  • Texte du Traité théologico-politique

  • Benjamin Constant, De la liberté des brochures, des pamphlets et des journaux, in Adolphe et œuvres choisies, Larousse, 1930, p.173

  • Les Experts de la garde à vue (blog de maître Eolas)

  • Liberté d'expression sur Internet : la France placée sous surveillance par RSF, Le Monde, 14 Mars 2011

  • How Luther went viral, The Economist, 17 Décembre 2011

  • Liberty, Technology, and the Advent of Social Networking, Gladden J. Pappin, The Intercollegiate Review, Automne 2011

  • Bientôt une nouvelle loi pour museler le climatoscepticisme dans les médias ?, IREF, 4 septembre 2023

  • Thomas Paine, The Age of Reason, 1793, repris par Nicole Bacharan in Faut-il avoir peur de l'Amérique, éd. Seuil, 2005, p. 20

  • Vincent Bénard, « Liberté d'expression : une liberté fondamentale », anciennement disponible en ligne à www.u-blog.net/liberte/note/57486

  • John Stuart Mill, De la liberté, chap.2, [lire en ligne]

  • "Free speech can only suffer if the law prevents us from dealing with its consequences."

  • Bibliographie

    • 1920, Zechariah Chafee, "Freedom of Speech"
      • Nouvelle édition en 1941, "Free Speech in the United States", Cambridge, Mass.: Harvard Univ. Press
    • 1960, Leonard W. Levy, "Legacy of Suppression: Freedom of Speech and Press in Early American History", Cambridge, Mass.: Belknap Press.

    Voir aussi

    B0.jpg Discussions sur le forum
    Liberté D'expression, Jusqu'où? (for)
    Liberté d'expression (for)




    Liens externes

    https://www.wikiberal.org/wiki/Libert%C3%A9_d%E2%80%99expression

     

     

    D) -  Les carnets apocryphes d'Emmanuel Macron

    Macron, un macronisme, tant machiavélique que saint-simonien

    Sommaire:

    A) - Les carnets apocryphes d'Emmanuel Macron - Premier carnet : Mon nombre d’or. « On dira ce que l'on veut de moi, au moins je sais juger les hommes et pour une raison simple : je suis fondamentalement curieux des autres »

    B) - « D’une dissolution, l’autre ? » Carnet recueilli par Nicolas de Nerlande

    C) - Troisième carnet : Par-delà la gauche et la droite

    D) - Quatrième carnet : Machiavel et Saint-Simon, en même temps

    E) - Machiavel & Saint-Simon

      

    juillet 29, 2026

    Karl Marx et le "libéralisme" des socialopithèques bis - Étude sur le "Marxisme" !

    Sommaire:

    A) - Huit contradictions et erreurs marxistes

    B) - Karl Marx

    C) -  Marxisme

    D) - Valeur-travail - Réfutation mathématique de théorie marxiste

    E) -  Divers liens sur ce sujet



    A) - Huit contradictions et erreurs marxistes

    8 contradictions et erreurs marxistes : 

    ▶︎ La valeur-travail : 

    Croire que la valeur d'un bien provient du temps de travail socialement nécessaire. 

    ▶︎ Les erreurs sur la formation des prix : Marx affirmait dans le Livre I du Capital que les prix découlent du temps de travail incorporé, avant d'écrire dans le Livre III que les prix s'écartent de la valeur-travail jusqu'à ce que le taux de profit s'égalise partout à un taux moyen. Pour faire tenir sa théorie, Marx a donc affirmé que la valeur-travail globale de la société était comme redistribuée par le marché pour former des prix de production. Fausse route, la valeur est simplement subjective et marginale (théorie formalisée par Menger). 

    ▶︎ L'oubli du rôle de l'entrepreneur : 

    La rémunération pour l'anticipation réussie (ventes), l'innovation, la prise de risque et l'organisation du capital ne sont pas théorisées. 

     ▶︎ L'oubli de la préférence temporelle : 

    Ne pas comprendre que le salaire payé immédiatement à l'ouvrier (préférence temporelle plus courte) intègre un escompte du temps par rapport à un produit qui ne sera vendu que plus tard (préférence temporelle plus longue). 

    ▶︎ L'oubli du calcul économique : 

    Sans marché ni monnaie, il est impossible d'allouer rationnellement les ressources (démonstration effectuée par Ludwig von Mises dès 1920). 

    ▶︎ Le matérialisme historique : 

    Marx affirmait que l'infrastructure matérielle détermine la superstructure idéologique (les idées, le droit, la culture, la religion, etc). Mais sur le simple plan logique, toute technologie est la matérialisation physique d'une idée qui a d'abord émergé dans l'esprit d'un individu. 

    ▶︎ La baisse tendancielle du taux de profit : 

    Marx a pris un phénomène local et dynamique (via la pression concurrentielle sur les marchés) pour une loi implacable d'effondrement du capitalisme. Au contraire, le progrès technique a augmenté drastiquement la productivité, a fait baisser le coût des machines et a permis l'émergence de nouveaux marchés profitables. 

    ▶︎ L'utopie de l'extinction de l'État : 

    Marx prétendait que la dictature du prolétariat s'éteindrait pour laisser place au communisme. Il a tout ignoré la dynamique de l'État (garder le pouvoir et ses privilèges). Même Bakounine l'avait compris : "Prenez le révolutionnaire le plus radical et placez-le sur le trône de toutes les Russies, ou confiez-lui un pouvoir dictatorial [...] et avant un an il sera devenir pire que le Tsar lui-même."

    Arthur Homines


    https://x.com/arthurhomines



    B) - Karl Marx

    Karl Marx (5 mai 1818 à Trèves en Rhénanie, alors dépendante du royaume de Prusse (aujourd'hui en Allemagne) - 14 mars 1883) est un philosophe et théoricien, célèbre pour sa critique du capitalisme et sa vision de l'histoire comme résultat de la lutte des classes - opposant les capitalistes et le prolétariat - à l'origine du marxisme[1]. Marx ayant travaillé en étroite collaboration avec son grand ami Friedrich Engels, il ne sera pas question de démêler l'écheveau de leur écot respectif. 

    Pensée

    Philosophie

    La part philosophique de l'œuvre de K. Marx et F. Engels, réside principalement dans les œuvres de jeunesse (1842-1859), jusqu'au tournant économique. Ayant délaissé leurs premiers textes « à la critique rongeuse des rats », le marxisme soviétique penchera en faveur de l'abandon des textes de jeunesse, alors que le marxisme occidental exploitera le côté philosophique de Marx. (cf. marxisme).
    Au sein de cette première période, un Marx plutôt humaniste-libéral, plus proche de Kant et Fichte que de Hegel (défense des libertés, critique de la censure), « rencontre » Feuerbach et son matérialisme après la désillusion dans cet État prussien qui ne s'est pas réformé. Abandonnant la dialectique hégélienne entre 1848 et 1858 (pour la redécouvrir par la suite et lui redonner un statut nouveau au sein du système), il consacrera toute sa pensée au développement de ce matérialisme (critique de l'idéalisme) tant au niveau d'une théorie de la connaissance (la praxis, critique de l'idéologie et de la fausse conscience), que d'une anthropologie historique (la lutte des classes diachronique mise à jour par le matérialisme historique), d'une sociologie (l'Homme réel, social), sans abandonner le sous-bassement éthique qui porte, jusqu'au cœur des prétentions de scientificité (contre le « socialisme utopique »), le projet (exploitation et messianisme prolétarien). À la mort, de Marx, Engels continuera cette recherche dans le droit fil du « socialisme scientifique » auquel les deux amis étaient parvenus.

    D'un point de vue strictement philosophique, le marxisme est un amalgame étrange. Il semble que Marx soit davantage un polémiste et un théoricien politique qu'un vrai philosophe. Beaucoup de ses idées sont empruntées à ses prédécesseurs :

    • hégélien de gauche, il garde une partie du système de Hegel : l'idée du mouvement dialectique de l'histoire, celle d'aliénation, celle de l'histoire qui a un sens, pas celui de Hegel mais celui de l'avènement de la société sans classe ;
    • son matérialisme découle de celui des matérialistes français du XVIIIe siècle et de celui de Feuerbach pour la critique de la religion ;
    • sa critique de l'État et sa théorie de la lutte des classes sont empruntées aux libéraux (Charles Dunoyer, Charles Comte, Augustin Thierry, Adolphe Blanqui...) ;
    • en économie, sa théorie (fausse) de la plus-value est reprise de celle de l'économiste suisse Jean de Sismondi ; sa théorie de la valeur marche sur les traces de Ricardo et d'Adam Smith.

    Homme

    L'Homme se distingue de l'animal par son activité de production (le travail ; exploitation d'un thème de Hegel). C'est un être social :

    « L'essence de l'Homme n'est pas une abstraction inhérente à l'individu isolé. Dans sa réalité, elle est l'ensemble des rapports sociaux. »
    Thèses sur Feuerbach, VI.

    Il n'est en rien le Robinson abstrait de l'individu qu'étudie l'économie politique classique (homo œconomicus) ou celui du romantisme anarchiste (Stirner). Or, pris par les forces anonymes du marché, obligés de vendre leur force de travail et mis en concurrence directe avec les machines, ils sont déshumanisés (réification). De plus, ne possédant pas les moyens de production qui appartiennent aux patrons bourgeois qui les ont embauchés (propriété privée), n'étant qu'un rouage d'une grande machinerie de production, ils perdent, de plus, le produit de leur travail (aliénation), grâce auquel le patron se prend la part du lion (plus-value).
    Même si l'homme est le produit de sa société, il peut néanmoins prendre conscience de sa situation en l'objectivant malgré la fausse conscience que crée l'idéologie de la classe bourgeoise (négation), ou encore parce que l'exploitation atteindra un niveau tout à fait inacceptable, puis dépasser cet état, par la praxis révolutionnaire (négation de la négation), et reprendre possession de toutes ses virtualités humaines, dans la société sans classe.

    Matérialisme

    La pensée de Marx rompt avec l’idéalisme allemand (notamment celui de Hegel, Marx prétendant remettre « la dialectique hégélienne sur ses pieds »). Elle est d'ailleurs matérialiste moins dans le sens physique (ce n'est pas l'atomisme antique de Démocrite et Épicure, mais un matérialisme dérivé de celui de Ludwig Feuerbach, principalement antireligieux, critiqué en son temps par Max Stirner) que dans le sens social. C’est l’être social qui explique la conscience sociale, « l'histoire de toute société jusqu'à nos jours est l'histoire de la lutte des classes ». C'est donc un matérialisme historique (et même historiciste) qui prétend donner le sens de l'Histoire, le seul moteur de cette dernière étant l'évolution des forces productives matérielles. Ainsi les idéologies sont des théories produites par l'Homme, déterminées par les rapports qu'il entretient avec le monde et par le contexte social dans lequel il vit ; par exemple, la religion, opium du peuple, soutient le système capitaliste et justifie les inégalités sociales ; par ailleurs, les idées dominantes sont celles de la classe dominante. Dans l'optique matérialiste marxiste, les idées ne possèdent pas de valeur ni de vérité par elles-mêmes : elles sont conditionnées par les rapports sociaux et les rapports de production (d'où un polylogisme qui sera critiqué par von Mises). Les idées marxistes, qui prennent fait et cause pour le prolétariat, n'échappent pas à ce conditionnement : leur seule différence avec les idées bourgeoises serait qu'elles vont dans le sens de l'Histoire.

    Histoire

    Elle mène des grands singes (76) au socialisme (planisme)

    « Seule une organisation consciente de la production sociale, dans laquelle production et répartition sont planifiées peut élever les hommes au-dessus du reste du monde animal au point de vue social de la même façon que la production en général les a élevés en tant qu'espèce. L'évolution historique rend une telle organisation de jour en jour plus indispensable, mais aussi de jour en jour plus réalisable. D'elle datera une nouvelle époque de l'histoire, dans laquelle les hommes eux-mêmes, et avec eux toutes les branches de leur activité, notamment les sciences de la nature, connaîtront un progrès qui rejettera dans l'ombre la plus profonde tout ce qui l'aura précédé. » (76)

    Fin de la lutte des classes = société sans classe = fin de l'Histoire.

    Économie

    La valeur-travail

    Cette idée signifie que la valeur d'échange vient entièrement du travail. Cela implique que le patron ne peut prélever son profit que sur la valeur créée par les travailleurs. Quels que soient les salaires qu'il leur accorde, il les exploite. Il est dans sa nature de patron de les exploiter.

    La première formulation de la théorie de la valeur-travail se trouve chez Adam Smith. Incapable de prendre la suite de l'École scolastique et des auteurs qu'il connaissait (Cantillon, Condillac, Ferdinando Galiani), Smith dissocie complètement la valeur d'usage et la valeur d'échange, et cherche un étalon pour mesurer cette dernière. Cet étalon invariable, il croit le trouver dans le travail.

    Ricardo, de la même manière, dans son exemple du joaillier laborieux, évoque l'estime des consommateurs : il est payé deux fois plus par heure qu'un travailleur ordinaire pour cette raison. Il se réfère donc aux valeurs présentes dans la tête des consommateurs.

    Marx reprendra la même idée par sa notion de travail socialement nécessaire, c'est-à-dire une espèce de moyenne d'heures de travail pour une tâche donnée, moyenne impliquée, à un moment donné dans le temps et dans l'espace, par l'état de la technique, du savoir-faire, des mœurs, des désirs, etc.

    Un problème se pose néanmoins : les valeurs des marchandises ne sont pas réglées uniquement par les quantités de travail incorporées, mais aussi par « la longueur du temps qui doit s'écouler avant qu'elles puissent être portées sur le marché », comme l'énonce Ricardo. Ce qui signifie que la valeur d'une pièce de tissu n'est pas la même que celle d'un avion supersonique.

    Si Ricardo admettait que cette théorie était une approximation, Marx, lui, la transformera en vérité absolue. Il s'est demandé comment des marchandises qui paraissent si diverses, si hétérogènes quant à leur valeur d'usage pouvaient être rendues comparables entre elles. La solution, qu'il trouve chez Smith et Ricardo, c'est que les marchandises sont toutes le produit du travail, toutes du travail cristallisé. C'est ainsi qu'elles peuvent s'échanger.

    La plus-value et l'exploitation du prolétariat

    Marx distingue le travail, dont la quantité est mesurée en heures de travail, et la force de travail, dont la valeur est donnée par la quantité de travail qui est incluse dans les biens et services que le travailleur consomme. Considérez le travailleur lui-même comme une sorte de machine dans laquelle on enfourne des biens et services, et à la sortie de la machine, cela produit de la force de travail. La force de travail est le résultat d'un processus de production. D'un côté vous mettez du pain, de l'eau, des habits, un logement, bref de quoi satisfaire les besoins élémentaires d'un être humain, et de l'autre vous obtenez une marchandise qui est la force de travail, et cette force de travail, comme toute marchandise, est soumise à la loi de la valeur-travail, c'est-à-dire que sa valeur est égale à la quantité de travail socialement nécessaire, autrement dit la quantité en moyenne nécessaire pour élever, nourrir, loger le travailleur et satisfaire à ses besoins sexuels et à sa reproduction.

    Le patron tire du travailleur une quantité de travail toujours supérieure à la valeur de la force de travail. Cette différence, c'est la plus-value.

    Exemple : la force de travail est de 4 heures par jour, et la journée de travail est de 8 heures. Les 4 heures supplémentaires ne sont donc pas payées. Elles constituent la plus-value extorquée aux travailleurs. Elles donnent la mesure de l'exploitation du travailleur.

    Si on rapporte la plus-value (pl) à la force de travail (V), on obtient le taux d'exploitation pl/V. Dans cet exemple, le taux d'exploitation est de 100 %.

    Pourquoi y aurait-il toujours une différence entre la valeur de la force de travail et la quantité de travail effectuée par les travailleurs ? C'est la difficulté de la théorie. Il y a deux manières d'y répondre : par la loi d'airain des salaires, et par la théorie de la coalition des patrons.

    La loi d'airain des salaires

    Searchtool-80%.png Article détaillé : Loi d'airain des salaires.

    La force de travail est considérée comme une marchandise ordinaire. En tant que marchandise, elle obéit aux mêmes lois de l'offre et de la demande. N'importe quelle marchandise ?

    Quand le prix d'une marchandise augmente au-dessus, disons, du prix habituel, nous savons que la production de cette marchandise augmente jusqu'à ce que le prix retrouve le niveau habituel, toutes choses égales par ailleurs. Et dans le cas inverse où le prix descend au-dessous du prix minimum, la production diminue jusqu'à ce que le prix retrouve son niveau habituel, toutes choses égales par ailleurs.

    Le raisonnement est exactement le même pour la production de la force de travail. Si le prix de cette force de travail augmente au-dessus du salaire de subsistance nécessaire à l'entretien du travailleur, ou plus précisément à l'entretien et à la reproduction du travailleur, la production de travailleurs va augmenter ! Cela revient à supposer que les travailleurs se reproduisent en fonction de leur salaire... Le nombre de travailleurs ayant augmenté, l'offre de la force de travailleurs va se trouver supérieure à la demande qu'en font les patrons. L'offre étant supérieure à la demande, le prix de la force de travail va baisser. Et par conséquent, le salaire va être ramené au niveau du salaire de subsistance.

    Cette loi qui ramène le salaire obligatoirement au niveau du salaire de subsistance, provient de Turgot et de Lassale. L'inspiration de ce dernier provient en droite ligne du Principe de population de Malthus. Reste à savoir ce qu'on entend par minimum vital. Lassale lui-même reconnaît qu'il faut tenir compte des habitudes nationales, ce qui enlève beaucoup de tranchant à cet airain ! Il ne s'agit plus d'un minimum physiologique, mais d'une sorte de minimum socio-culturel. La loi perd donc beaucoup de sa rigueur. Et comment définir un tel minimum ? Il est aussi difficile, pour ne pas dire impossible, de définir un minimum socio-culturel qu'un minimum physiologique. Pour ne rien dire des variations de ces minima d'individu à individu, au sein d'une même société.

    Marx a considéré la loi d'airain comme une aberration, et s'est brouillé avec son auteur. Il veut bien du salaire de subsistance, mais il refuse son fondement démographique. L'idée que les travailleurs ne peuvent s'empêcher de proliférer dès que leur salaire augmente lui paraissait comme une insulte à l'égard de la classe ouvrière.

    Pour sauver du naufrage la théorie du salaire de subsistance, Marx trouve une parade : celle de la coalition des patrons.

    La coalition des patrons

    Les capitalistes louent aux prolétaires leur force de travail, et se constituent en cartel pour éliminer entre eux la concurrence sur le marché du travail et maintenir ainsi le salaire au plus bas niveau possible. Et ce plus bas niveau possible ne peut être que le salaire de subsistance. De fait, le salaire ne peut descendre durablement au-dessous de ce niveau, sauf à imaginer que la bourgeoisie pousse la cruauté et la bêtise jusqu'à se priver elle-même de la source de ses profits, la source de la plus-value étant dans le travail des salariés. Et le salaire ne peut monter, non plus, au-dessus du salaire de subsistance, car les patrons feraient alors un cadeau inutile au prolétariat, se privant pour rien d'une part de leurs profits.

    La théorie est donc sauvée, mais au prix d'une faute logique qui sera lourde de conséquence. En effet, a priori, il n'y a aucune raison d'admettre que les patrons pourraient, même s'ils le voulaient, remplacer leur concurrence sur le marché du travail par une coalition. Et à supposer même qu'une telle coalition puisse se former, rien ne prouve qu'elle pourrait être durable. A priori, rien n'empêche d'imaginer une solution inverse où une coalition ouvrière louerait ses machines aux capitalistes et leur servirait un loyer leur permetttant tout juste de survivre et de se reproduire, accaparant pour elle la totalité de la plus-value. Entre ces deux situations extrêmes, rien n'empêche d'envisager une infinité de cas intermédiaires où la plus-value serait partagée entre patron et salariés. Bref, en abandonnant le fondement démo-économique du salaire de subsistance, Marx a tout simplement ruiné sa théorie. Il est tombé de Charybde — l'absurdité du minimum de subsistance — en Scylla — l'absurdité d'un monopole patronal de l'embauche.

    Voici la démonstration mathématique de cette faille de raisonnement. Soit V le capital variable, correspondant aux salaires, et C le capital constant, correspondant aux machines, outils, bâtiments, terre, etc.
    Soit pl, la plus-value tirée par le patron du travail des salariés.
    On définit E, le taux d'exploitation par E = (pl / V) (cf. supra), et P, le taux de profit, par P = pl / (C + V)
    La composition « organique » du capital de l'entreprise considérée est définie par l'équation K = (C + V) / V

    À l'aide de ces différentes équations, on peut exprimer le taux de profit (P) en fonction de la composition organique du capital (K) et du taux d'exploitation (E) :

    • pl = V x E
    • P = V x E /(C+V)
    • donc P = E/K.

    Or, dans les conditions de concurrence parfaite (c'est le cas chez Marx), le taux d'exploitation (E) et le taux de profit (P) sont les mêmes dans toutes les branches de production, quelle que soit la composition organique du capital. Or, la dernière équation montre que si la composition organique du capital (K) varie de branche à branche ou d'entreprise à entreprise, le taux d'exploitation (E) étant donné et partout le même, le taux de profit (P) varie de branche à branche ou d'entreprise à entreprise. Ce qui est impossible.

    Organisation politique

    Une politique omniprésente

    L'homme ne peut être scindé en deux privé/public, membre de la société civile/citoyen politique: la politique doit abolir la société civile. (43b).

    Un programme provisoire pour les pays les plus avancés:

    « 

    1. Expropriation de la propriété foncière et affectation de la rente foncière aux dépenses de l'État.
    2. Impôt fortement progressif.
    3. Abolition de l'héritage.
    4. Confiscation des biens de tous les émigrés et rebelles.
    5. Centralisation du crédit entre les mains de l'État, au moyen d'une banque nationale, dont le capital appartiendra à l'État et qui jouira d'un monopole exclusif.
    6. Centralisation entre les mains de l'État de tous les moyens de transport.
    7. Multiplication des manufactures nationales et des instruments de production; défrichement des terrains incultes et amélioration des terres cultivées, d'après un plan d'ensemble.
    8. Travail obligatoire pour tous, organisation d'armées industrielles, particulièrement pour l'agriculture.
    9. Combinaison du travail agricole et du travail industriel; mesures tendant à faire graduellement disparaître la distinction entre la ville et la campagne.
    10. Éducation publique et gratuite de tous les enfants. Abolition du travail des enfants dans les fabriques tel qu'il est pratiqué aujourd'hui. Combinaison de l'éducation avec la production matérielle, etc. »
          — Manifeste du Parti communiste, II. Prolétaires et communistes (1847)

    Ne fusse-t-il qu'un stade transitoire de capitalisme d'État, il paraît loin (deux ans plus tôt), à l'heure des « armées industrielles », le Paradis communiste de l'Idéologie allemande, qui ayant dépassé l'État, donne à l'homme « la possibilité de faire aujourd'hui telle chose, demain telle autre, de chasser le matin, de pêcher l'après-midi, de pratiquer l'élevage le soir, de faire de la critique après le repas, selon mon bon plaisir ». Lénine pouvait-il appliquer une autre politique ? Si bien que les marxistes n'ont pas échappé à la division du travail : si Marx et Engels ont écrit le début, Staline aura écrit la fin, que connaissaient déjà les libéraux, a priori.

    Suppression de la propriété privée

    «  Il devra tout d'abord enlever l'exercice de l'industrie et de toutes les branches de la production, en général, aux individus isolés, se faisant concurrence les uns aux autres, pour les remettre à la société tout entière — ce qui signifie qu'elles seront gérées pour le compte commun, d'après un plan commun et avec la participation de tous les membres de la société. Il supprimera, par conséquent, la concurrence et lui substituera l'association. Étant donné d'autre part que l'exercice de l'industrie par des individus isolés implique nécessairement l'existence de la propriété privée et que la concurrence n'est pas autre chose que ce mode d'activité de l'industrie où un certain nombre de personnes privées la dirigent, la propriété privée est inséparable de l'exercice de l'industrie par des individus isolés, et de la concurrence. La propriété privée devra donc être également supprimée et remplacée par l'utilisation collective de tous les moyens de production et la répartition de tous les produits d'un commun accord, ce qu'on appelle la communauté des biens. La suppression de la propriété privée est même le résumé le plus bref et le plus caractéristique de cette transformation de toute la société que rend nécessaire le développement de l'industrie. Pour cette raison, elle constitue, à juste titre, la principale revendication des communistes. »
        — Friedrich Engels, Principes du communisme, XIV. Quel doit être ce nouvel ordre social ? (1847)

    Fin de la division du travail — société sans classes

    «  L'existence des classes est provoquée par la division du travail. Dans la nouvelle société, la division du travail, sous ses formes actuelles, disparaîtra complètement. […] La gestion sociale de la production ne peut être assurée par des hommes qui, comme c'est le cas aujourd'hui, seraient étroitement soumis à une branche particulière de la production, enchaînés à elle, exploités par elle, n'ayant développé qu'une seule de leurs facultés aux dépens des autres et ne connaissant qu'une branche ou même qu'une partie d'une branche de la production. […] L'industrie exercée en commun, et suivant un plan, par l'ensemble de la collectivité suppose des hommes dont les facultés sont développées dans tous les sens et qui sont en état de dominer tout le système de la production. […] L'éducation donnera la possibilité aux jeunes gens de s'assimiler rapidement dans la pratique tout le système de la production, elle les mettra en état de passer successivement de l'une à l'autre des différentes branches de la production selon les besoins de la société ou leurs propres inclinations. […] Ainsi, la société organisée sur la base communiste donnera à ses membres la possibilité d'employer dans tous les sens leurs facultés, elles-mêmes harmonieusement développées. […] De telle sorte que la société communiste, d'une part, est incompatible avec l'existence des classes et, d'autre part, fournit elle-même les moyens de supprimer ces différences de classes.
    De ce fait, l'antagonisme entre la ville et la campagne disparaîtra également. L'exercice de l'agriculture et de l'industrie par les mêmes hommes, au lieu d'être le fait de classes différentes, est une condition nécessaire de l'organisation communiste. »
        — F. Engels, Principes du communisme, XX. Quelles sont les conséquences de la propriétés privées ? (1847)

    On trouve dans ces affirmations toute l'ambiguïté des thèses marxistes : « selon les besoins de la société » (marxisme autoritaire) ou « leurs propres inclinations » (marxisme démocratique).

    Internationalisme

    «  Les ouvriers n'ont pas de patrie. […] Déjà les démarcations nationales et les antagonismes entre les peuples disparaissent de plus en plus avec le développement de la bourgeoisie, la liberté du commerce, le marché mondial, l'uniformité de la production industrielle et les conditions d'existence qu'ils entraînent. Le prolétariat au pouvoir les fera disparaître plus encore. Son action commune, dans les pays civilisés tout au moins, est une des premières conditions de son émancipation. Abolissez l'exploitation de l'homme par l'homme, et vous abolirez l'exploitation d'une nation par une autre nation. Du jour où tombe l'antagonisme des classes à l'intérieur de la nation, tombe également l'hostilité des nations entre elles. […] Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »
        — Manifeste du Parti communiste (1847)

    Point de vue libéral

    Si les libéraux s'accordent à reconnaître la fausseté des thèses marxistes en économie politique et de l'analyse marxiste du capitalisme, certains libertariens affirment que la philosophie marxiste de l’histoire demeure un outil d’analyse irremplaçable pour faire prendre conscience aux gens de l’exploitation qu’ils subissent dans nos démocraties sociales contemporaines (Christian Michel), la classe dominante dans cette analyse marxiste-libérale étant celle des politiciens et des agents de l'État, qui ne subsiste que par la prédation.

    Hans-Hermann Hoppe remarque que le marxisme (comme le libertarianisme) interprète à juste titre l'État comme exploiteur (contrairement, par exemple, à l'école du choix public, qui a tendance à le donner pour une entreprise comme les autres), et a bien compris certains principes fondamentaux de son fonctionnement.

    La théorie marxiste de l'aliénation et de la lutte des classes peut très bien être employée par les libéraux pour montrer comment l'État exploite et oppresse ses sujets. Un libertarien peut très bien faire sienne l'affirmation suivante (citée par Christian Michel) :

    «  L’État n’a pas existé de toute éternité. Il y a eu des sociétés qui s’en sont fort bien passé, qui n’ont jamais eu la notion de l’État ou du pouvoir d’État… La société qui réorganisera la production sur la base de l’association libre et égale des producteurs reléguera tout l’appareil d’État à la place qui est la sienne — au musée des antiquités, à côté du rouet et de la hache de bronze. »
        — Friedrich Engels, Origine de la propriété, de la famille et de l’Etat

    Citations sur Marx

    • «  La critique faite par Marx du mode de production capitaliste est entièrement fausse. Même les marxistes les plus orthodoxes n'ont pas le front de soutenir sérieusement sa thèse essentielle, à savoir que le capitalisme aboutit à l'appauvrissement continuel des salariés. Mais si, pour la clarté de la discussion, l'on admet toutes les absurdités de l'analyse marxiste sur le capitalisme, rien n'est pour autant gagné quant à la démonstration de ces deux thèses, que le socialisme soit voué à s'instaurer, et qu'il soit non seulement un meilleur système que le capitalisme, mais encore le plus parfait des systèmes, dont la réalisation finale apportera à l'homme la félicité perpétuelle dans son existence terrestre. Tous les syllogismes compliqués des pesants volumes publiés par Marx, Engels et des centaines d'auteurs marxistes, ne peuvent masquer le fait que la seule et unique source de la prophétie de Marx soit une prétendue inspiration, par laquelle Marx affirme avoir deviné les projets des mystérieuses puissances réglant le cours de l'histoire. Comme Hegel, Marx était un prophète, communiquant au peuple la révélation qu'une voix intérieure lui avait confiée. »
          — Ludwig von Mises, L'Action humaine, chap. XXV

    • «  En tant qu'écrivain scientifique, il est sec, pédant, obscur. Le don de s'exprimer de façon compréhensible lui avait été refusé. Ce n'est que dans ses œuvres politiques qu'il parvient à exercer une action réelle, au moyen d'antithèses frappantes et de sentences qui se gravent facilement dans l'esprit et dont la sonorité dissimule le vide. Dans la polémique, il n'hésite pas à déformer les paroles de l'adversaire. Au lieu de réfutation, il recourt aux injures. »
          — Ludwig von Mises, Le Socialisme — Étude économique et sociologique, IVe partie, chap. VI

    • «  La grande complexité du marxisme peut se résumer en une phrase : on a raison de se révolter. »
          — Mao Zedong

    • «  Tout l'évangile de Karl Marx peut être résumé en une seule phrase : haïssez l'homme qui est plus riche que vous. N'admettez en aucune circonstance que son succès puisse être dû à ses propres efforts, à la contribution productive qu'il a fait en faveur de toute la société. »
          — Henry Hazlitt

    • «  Qui peut honnêtement, sans arrière-pensées, rendre Marx responsable des millions de morts du communisme sous prétexte qu'il avait oublié le facteur humain dans ses calculs ? »
          — Basile de Koch (humour), Histoire universelle de la pensée, 2005

    • «  Il y a une bonne chose avec Marx, c'est qu'il n'était pas keynésien. »
          — Murray Rothbard

    • «  Giuseppe Mazzini (1805-1872), le révolutionnaire italien, rival de Marx dans l'Internationale ouvrière au milieu des années 1860, décrit une fois (en 1866) Marx comme "un esprit destructif dont le coeur est rempli de haine plutôt que d'amour pour l'humanité (...) extraordinairement astucieux, changeant et taciturne. Marx est très jaloux de son autorité comme chef de parti ; contre ses rivaux et adversaires politiques, il est vindicatif et implacable ; il n'a de cesse de les abattre ; sa caractéristique principale est une ambition sans borne et une soif du pouvoir illimitée. Malgré l'égalitarisme communiste qu'il prêche, il est le chef absolu de son parti ; évidemment il se charge de tout, mais il est également le seul à donner des ordres et ne tolère aucune opposition". »
          — Gary North

    • «  L'expropriation violente des possédants, la haine des paysans suspects d'attachement à leur petite propriété, le mépris du peuple, ravalé au rang de lumpenprolétariat, quand il n'est pas la classe ouvrière organisée en parti marxiste, la volonté d'instaurer une dictature du prolétariat (sur qui ? sinon sur le reste des prolétaires et la totalité des paysans...), l'usage de l'État pour activer paradoxalement son propre dépérissement, tout cela fait de Marx l'héritier du jacobinisme de Robespierre et le précurseur de ceux qui ne s'en réclament pas vainement : Lénine et Staline, Mao et Castro, Kim Il-sung et Pol Pot, et tous les régimes dictatoriaux à faucille et marteau. Au XXe siècle, ce communisme-là causera la mort de 100 millions d'hommes. »
          — Michel Onfray, Le miroir aux alouettes, 2016

    Notes et références

    1. « Une qualité de l'œuvre de Marx, c'est qu'elle peut être expliquée en cinq minutes, en cinq heures, en cinq ans ou en un demi-siècle. Elle se prête, en effet, à la simplification du résumé en une demi-heure, ce qui permet éventuellement à celui qui ne connaît rien à l'histoire du marxisme d'écouter avec ironie celui qui a consacré sa vie à l'étudier. » (Raymond Aron). Tentons cinq minutes...

    Œuvres de Karl Marx (et Friedrich Engels)

    (Ouvrages principaux - E: Engels)

    Littérature secondaire

    • 1946, Carlo Antoni, "Considerazione su Hegel e Marx" ("Considération sur Hegel et Karl Marx"), Napoli: Riccardo Ricciardi e Associati
    • 1967, David McCord Wright, "The Trouble With Marx", New Rochelle, NY: Arlington House (introduction de Gottfried Haberler)
    • 1977, Raymond Aron, Le Marxisme de Marx. (Cours donné à la Sorbonne en 1962-1963, complété en annexe, pour certaines parties manquantes, par des extraits d'un cours donné au Collège de France en 1977. Une analyse complète et critique de l'œuvre de Marx.)
    • 2017, William H. Shaw, "Karl Marx on History, Capitalism, and . . . Business Ethics?", In: Eugene Heath, Byron Kaldis, dir., "Wealth, commerce, and philosophy: foundational thinkers and business ethics", Chicago : The University of Chicago Press, pp321-340

    Voir aussi

    Liens externes

    B0.jpg Discussions sur le forum
    Marx Et Les Liberaux. (for)





     


     

    C) -  Marxisme

    Le marxisme est une idéologie pensée et élaborée par Karl Marx, Friedrich Engels et ses continuateurs au XIXe siècle. Se basant sur une explication et critique de la société et mode de production capitaliste. Le marxisme, se prétendant être un nouveau paradigme sur une base scientifique et matérialiste, est un élément essentiel à la réalisation du communisme, c'est à dire, abolir la société capitaliste opérant une transition révolutionnaire de la société de classes à une société sans classes. 

    Terminologie

    Les termes liés au marxisme sont nombreux et polysémiques ; au premier chef, le marxisme est le courant philosophique et politique se réclamant des idées de Karl Marx et Friedrich Engels. L'adjectif marxien, s'applique parfois uniquement à la pensée des deux auteurs quand on veut la distinguer de celles des héritiers, et à Marx seul quand on veut dissocier son apport respectif de celui de Engels (on parle aussi, alors, d'engelsianisme). On dira donc, par exemple, la pensée marxienne quand il s'agit du gendre de Paul Lafargue, et la pensée marxiste quand il s'agit des idées et élaborations pratiques des individus ou groupes tirant leur méthode, leurs concepts et leur grille d'analyse, des écrits du/des premier(s). Il faut noter que Marx lui-même a plusieurs fois dit, dans les dernières années de sa vie: « Moi, je ne suis pas marxiste ».

    Un marxologue est un chercheur qui étudie la pensée de Marx exclusivement, et non pas de Engels et des marxistes. Évidemment, un marxologue, Raymond Aron en est un exemple, n'est pas nécessairement marxiste; et réciproquement.

    Marxisant est utilisé dans cet article comme un quasi-synonyme de « gauchisme », celui-ci étant lui-même entendu au sens que lui donne Droz [1997], c'est-à-dire une nébuleuse contestataire et/ou révolutionnaire, et non au sens de Lénine, qui désignait en 1920 le « bolchévisme de "gauche" », diagnostiqué comme étant une « maladie infantile du communisme ». Marxisant désigne donc une pensée dont l’héritage ne réside pas dans le seul courant marxiste, tout en en reprenant certaines analyses. Ces adjectifs sont très utiles, quoique flous et problématiques en ce qu’ils permettent de nombreux amalgames, pour qualifier certains aspects de pensées telles que celles de Michel Foucault ou de Jacques Derrida, qui, afin de prévenir toute possibilité de critique, se sont refusés à clairement catégoriser leur pensée respective.

    Enfin, le marxisme mis en pratique sous la forme d'un régime politique s'appelle le communisme, bien que l'on trouve dans les premiers écrits de Marx, le terme de socialisme.

    La théorie du marxisme

    Un certain style marxiste

    La pensée marxienne : une boite à outils pour pensée flexible

    D’un point de vue théorique, la version marxienne du concept de lutte des classes (et sa version diachronique : le matérialisme historique), associé à l’idée que la base ou infrastructure économique détermine la conscience, fait de l’Histoire la poursuite sous différentes formes d’un conflit incessant entre l’idéologie de la classe dominante et une conscience affranchie. Ceci oblige donc le marxisme à reprendre toujours en situation sa critique, celle-ci ne trouvant fin, selon les uns, que par l’avènement de la révolution prolétaire mondiale et donc la fin de l’Histoire, les maoïstes voyant au contraire la nécessité d’une déconstruction/révolution permanente pour échapper au dogmatisme.
    D’un point de vue pratique, aucun texte ne donnant de programme d’action politique précis, les révolutionnaires russes durent, comme le fit Lénine, combler les lacunes laissées béantes et définir une praxis politique concrète de la prise de pouvoir et de son exercice.

    Ainsi, si les ouvrages marxiens ont laissé un fond conceptuel stable quoique ambigu du fait du « tournant économique », Marx est pour certains marxistes (révisionnistes, marxisme occidental) ce que Linus Torvalds est à Linux, c'est-à-dire qu'il a donné le noyau du code source, que chaque marxiste est appelé à retravailler pour son compte, à l’aune de sa situation ; pour d'autres au contraire, Marx sera considéré comme le fin mot de la pensée, dont il ne reste qu'à développer les idées. Si bien que les libertés prises avec la pensée marxienne auront comme effet de miroir les multiples retour à Marx.

    Cinq grands pôles du marxisme se sont dégagés au XXe siècle :

    • le marxisme soviétique : considérant que les écrits de jeunesse de Marx ne devaient être laissés qu’à la seule « critique rongeuse des rats », beaucoup de penseurs, le plus souvent russes, développèrent le sillon matérialiste et économique, pour proposer des théories monistes (jusqu'à Bogdanov et son empiriomonisme), parfois behavioristes (Pavlov), et assumant parfois pleinement le réductionnisme qu'est l'économisme.
    • le marxisme occidental : en rupture avec le marxisme russe, du temps de Lénine (cf. Marxisme et philosophie de Karl Korsch) ou de Staline (cf. Le Matérialisme dialectique de Henri Lefebvre), ou suivant les courants révisionnistes de la social-démocratie, les auteurs de l'Ouest insisteront sur l'aspect philosophique de Marx, l'alliant avec d'autres auteurs d'horizons divers, devenant le paradigme dominant des universités, dont les traces sont encore très tenaces.
    • le maoïsme : version chinoise du marxisme-léninisme, peu original du point de vue théorique, il aura surtout été le phare de substitution des marxistes après la découverte de l'horreur staliniste.
    • le marxisme tiers-mondiste : relisant la lutte des classes à l'échelle des nations et la critique de l'idéologie à l'aune de l'occidento-centrisme, il développe une critique de l'impéralisme occidental colonialiste.
    • le marxisme-analytique : tentative très éphémère et marginale de replanter le marxisme sur les bases de la philosophie analytique.

    Néanmoins, le dialogue permanent entre les trois premières versions du marxisme, leur opposition structurale ou leur héritage mutuel, fait en sorte qu'une étude par grands principes du marxisme (plus en amont) et non par courants, sera préférable.

    Révolution permanente ou fuite en avant : une pensée dialectique

    D’un point de vue politique, le marxisme, comme toute politique volontariste, ayant pour but de modifier la réalité (cf. Thèses sur Feuerbach, XI: «  Les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe c'est de le transformer. »), est directement opposé au laissez-faire libéral, dont il est historiquement la première réaction moderne (fascisme et national-socialisme la suivant).

    Or, à la différence d'un individu agissant sur un marché à l'aune de ses connaissances et de son intérêt, le pouvoir politique, engageant, par ses mesures, la communauté qu'il dirige tout entière dans une finalité collective, est obligé de connaître l'ensemble des facteurs interconnectés d'un nombre aussi élevé de domaines qu'il s'est octroyé de tâches et de prédire s'il veut rationaliser ce qui n'était qu'« anarchie de la production », c'est-à-dire planifier.

    Le marxisme totalitariste (marxisme-léninisme, stalinisme, maoïsme, castrisme) se voit donc avec un cahier des charges par essence irréalisable, et ne peut provoquer que des déséquilibres, tant sur le plan « superstructurel » (injustices, ségrégations et privilèges à rebours pour contrebalancer ceux connus par les groupes exploités ou opprimés), que sur les plans économique et social (impôt et redistribution, déresponsabilisation, etc.), chaque nouvel état de la société devant à son tour être « corrigé », ad vitam aeternam. Comme il ne reconnaît pas que les mesures politiques ne sont pas des solutions mais le problème en lui-même, il faut sans cesse redécouvrir des raisons à la résistance têtue des faits, trouver des aliénations plus profondes ou des comploteurs (internes et externes) invisibles pour expliquer le report constant de la venue de la cité idyllique et de l'homme nouveau, que le communisme (en passant par le stade transitoire du capitalisme d'État) devait apporter.

    Il en est de même pour expliquer la si bonne santé d'un capitalisme qui était voué à l'« effondrement », chaque décennie fournissant son lot de prophètes de l'apocalypse et d'analystes expliquant le pourquoi de l'ajournement de celle-ci, inlassablement démentis, toujours réapparaissants.

    La « révolution permanente », l'« autocritique » (le plus souvent, en fait, critique des adversaires) et les méandres des trouvailles idéologiques (y compris pour sauver Marx de flagrantes erreurs de prédiction), sont surtout une fuite en avant refusant de tirer les leçons des échecs, créant un monde caligulesque où la délimitation de ce qui relève de l'orthodoxie marxiste et du révisionnisme (accusations de « petite-bourgeoisie », de « droitisme » ou au contraire de « gauchisme » ultra-révolutionnaire) est « un enjeu de pouvoir » (pour paraphraser Pierre Bourdieu) faisant de la politique plus qu'un bavardage sans point final, une question de survie.

    D’un point de vue épistémologique, contrairement à l’analogie avec le code source informatique opérant, bien que les marxistes voient dans les écrits de Marx les bases d'une « science », ils n'en présentent toutefois pas les traits.
    Non-falsifiable (cf. Popper), une lecture marxiste peut toujours être plausible, au même titre que l'interprétation d'un rêve ne pourra jamais être réfutée.

    De plus, les thèses marxiennes puis marxistes ne sont pas tout à fait cumulatives et ne « progressent » souvent que par adjonction adjuvante d'autres théories (darwinisme, kantisme, nietzschéïsme, freudisme, analyse systémique, etc.). Chaque nouveau courant de la pensée marxiste, plutôt que de résulter d'une correction d'un paradigme par un autre plus adéquat, ou du moins d'un affinage au sein du paradigme, relève dans le marxisme occidental d'effets de modes tâtonnant à droite et à gauche, quand les théorisations soviétiques furent, à l'instar du machiavélisme, des simples stratégies politiques aux fins de prendre ou garder le pouvoir, purges et excommunications y remplaçant la nouveauté artificielle des chaires universitaires, ces innombrables revirements ou éparpillements, ne militant jamais pour la crédibilité de la postérité des idées de Marx.

    D’un point de vue philosophique, bien que Marx ait voulu rompre avec l'idéalisme hégélien et dépasser la philosophie en la réalisant, bien qu'un Marx de la maturité (ou scientifique) ait voulu succéder à un jeune Marx manipulant des concepts flous encore emprunts de catégorisations vaporeuses (« aliénation », « homme vrai »), sa théorie reste toujours non-falsifiable. Qu'il faille imputer ceci à un indécrottable hégélianisme ou à une sorte de penchant allemand pour le verbiage[1], toujours est-il que la pensée marxienne n'a pas plus réussi à se détacher de l'utopisme des premiers socialistes que de la sensiblerie, laissant la porte ouverte aux exégèses les plus contradictoires.

    En Europe de l'Ouest, les marxistes des années 1960 se voulant une pensée féconde, flexible et créatrice, ont développé des idées foisonnantes partant dans tous les sens, multipliant les pistes en association avec d'autres théories non-réfutables (freudisme, nietzschéisme, phénoménologie, existentialisme) ou d'autres thèmes (art, religion, culture). Il en résulte qu'elles deviennent des poétiques, prolixité creuse frayant des chemins qu'elles abandonnent en cours avant de foncer dans le mur, pratiquant une sorte de stratégie de la rupture ou du contrepied qui permet de quitter le navire avant qu'il ne coule et de ne pas payer les dettes des écrits précédents, qui équivaut à la fuite en avant politique. Mouvants, s'amendant sans cesse, les strates de discours s'amoncellent, se contredisent, parlent des langues hétérogènes, associent le bruit à la fureur, tout en se refusant d’abandonner la matrice originelle qui les y a conduit.

    Le marxisme comme mystification idéologique

    Le stalinisme et les Partis communistes nationaux fonctionnent comme l’Église catholique, à coup de dogme et de bulles que les « idiots utiles » (le mot est de Lénine) relayent. La phraséologie humaniste et holiste en fait une véritable mystique laïque.

    « Sous un certain aspect important, le marxisme est une religion. A ses fidèles il offre, en premier lieu, un système des fins dernières qui donnent un sens à la vie et qui constituent des étalons de référence absolus pour apprécier les événements et les actions ; de plus, en second lieu, le marxisme fournit pour atteindre ces fins un guide qui implique un plan de salut et la révélation du mal dont doit être délivrée l'humanité ou une section élue de l'humanité. Nous pouvons préciser davantage : le socialisme marxiste appartient au groupe des religions qui promettent le paradis sur la terre. »
        — Joseph Schumpeter, Capitalisme, socialisme et démocratie

    « Cette restauration [d'un intégrisme marxiste après la déstalinisation] est l'œuvre d'un philosophe et d'un théologien, non d'un économiste ou d'un sociologue. (...) En tant que membre de parti, Althusser doit, comme plusieurs générations de marxistes avant lui, prêter à Marx, en usant de citations bien choisies, ce qu'il veut dire lui-même. La méthode, celle des théologiens, consiste à choisir les textes tout en poussant l'audace jusqu'à reconnaître que Marx n'a pas pleinement compris lui-même sa pensée authentique, la portée de la révolution scientifique qu'il a inaugurée. »
        — Raymond Aron, « La lecture pseudo-structuraliste de Marx » (1967), I, dans Marxismes imaginaires.


    Sur le fond, la parole de Marx est présentée régulièrement comme incritiquable. Ainsi de Sartre, cité par Raymond Aron : « Sartre décrétait dans la Critique de la raison dialectique la vérité du Capital, il la déclarait à ce point translucide que tout commentaire en affaiblirait l'évidence ou la pureté »[2]

    Socle identitaire

    Malgré tout, sans tomber dans une recherche essentialiste de toute façon impossible dans le cas du marxisme, il faut bien tenter de dégager un noyau doctrinal, un socle identitaire commun qui unifie dans leur diversité les différents marxismes :

    • « Fétichisme de la marchandise », « aliénation », « réification ». Du « fétichisme de la marchandise » (dans Le Capital) à Baudrillard, le capitalisme, censé déposséder les hommes de leur humanité, du ‘’sens’’ de la vie, des vraies valeurs, transformant le monde en « spectacle » (Debord), il s’agit de retrouver, avec des réminiscences involontaires très aristocrates et jansénistes, la profondeur et la grandeur de ce que la pensée vulgairement matérialiste du bourgeois dégrade. Le thème est passé dans le fond des clichés communs. Outre la difficulté proprement philosophique de ce dualisme ontologique des valeurs (l' « homme vrai », la conscience capable de se désaliéner, l' « homo faber » s'élevant au-dessus de l' « animal laborans » - Hannah Arendt), il en résulte une considération parfois méprisante de la masse dans le droit fil du mépris des philosophes pour les vulgaires, les insensés. D’où cette tension entre un aristocratisme prononcé (celui d'un W. Benjamin, par exemple) et cette glorification de la masse quand elle prend le visage de l'idée de peuple ou de prolétaires, par les théoriciens soviétiques et les Partis communistes.
    • « Liberté réelle », « division du travail » : Au-delà de l’impensé moral ou sensible dont relève le militantisme de Marx (pourquoi en tant que fils de bourgeois n’a-t-il pas fait sienne l’idéologie de sa classe ?), au-delà de sa prétention à la « neutralité axiologique » scientifique (cf. Pierre Bourdieu, à qui la même question de la neutralité peut être posée) l'égoïsme, l'exploitation et la domination capitalistes doivent être combattus car le communisme émancipera les opprimés en instaurant une solidarité fraternelle (« à chacun selon ses besoins »). Or, en tant que différenciation avec le reste de la communauté (la Gemeinschaft de Tönnies) l'émancipation politique, religieuse ou tout communautarisme est rejeté car procédant de l’idéologie « petite-bourgeoise ». Dans Sur la question juive par exemple, l’émancipation des juifs est condamnée car en désirant se libérer de l'État tutélaire chrétien, ceux-ci en oublient que la véritable émancipation est celle, universelle, de l’être « humain » en général, opposé à la réification de la raison instrumentale, la « Loi et les prophètes » du capitalisme. Cependant la figure du juif, lu d'après le prisme de Lévinas comme opprimé total, devient la figure-symbole de la libération chez un Dussel, par exemple. De même, l’aspiration à un certain libéralisme politique est accompagné quand il est lu sous le prisme de la « lutte des classes » ou quand il est stratégiquement intéressant (cf. la question nationale), mais combattu quand on en aperçoit la caractère contradictoire avec le collectivisme unitaire de la pensée marxiste. Si Marx oppose, à raison quand il oppose le catholicisme social à sa pratique d’exploiteurs , la même contradiction entre cette liberté programmatique, pourtant voulue comme « réelle », et celle purement nominale dont jouiront les peuples des démocraties populaires, se retrouve lors du passage des mots aux choses.
    • Critique de l’idéologie : si la vérité n'est jamais que la vérité du groupe dominant qui a la parole (polylogisme), si la vérité d'un jour est perçu comme l'erreur du lendemain, la raison n'est jamais qu'une illusion politique au service de la bourgeoisie, l'organe de légitimation du système répressif, et le fou, le marginal, le déviant, brefs toutes les minorités « opprimées » deviennent des révolutionnaires en puissance, des contestataires éclairés de l’ordre bourgeois établi, Descartes et tout rationalisme, les instruments involontaires (pensée holiste : structuraliste ou fonctionnaliste) de la bourgeoisie, jusqu'à ce que la raison instrumentale (École de Frankfurt), le practico-inerte (Sartre) soit le vecteur du fascisme... (cf. Foucault, Blanchot, Deleuze et Guattari - à noter que les francfortiens s'en prendront au stalinisme lui-même...). Le gouffre du nihilisme, après avoir emporté la logique agonistique des national-socialistes, n'est pas loin d'emporter les marxo-schopenheuriens ou marxo-kierkaargediens...
    • « Homme réel » : si l'homme est un être nécessairement social, il doit être politique. Si un homme n'est pas une île, alors l'individu n'est rien (holisme, substantivation des groupes dans le stalinisme), et la production doit être collective, donc la consommation, donc la prise de décision qui précède toute action. Les marxistes n'ont cependant jamais réglés la question de la méthode: révolution(s) internationale ou nationales (les classes sont-elles transnationales, existe-t-il un droit à la reconnaissance de différences identitaires, culturelles ?), « centralisme démocratique » ou autogestion ?, démocratie de façade (démocraties populaires) en vrai despotisme éclairé pour garder une et indivisible la communauté ou pluralisme au risque de la division ? La scission anarchisme romantique / despotisme centralisateur reste une pierre d’achoppement permanente chez les marxistes.

    La marxisation des esprits

    Durant toute la deuxième moitié du XXe siècle on peut noter une très forte marxisation des esprits dans les universités continentales.

    Philosophie et sociologie

    Considéré avec Freud et Nietzsche comme un des trois « maîtres du soupçon », Marx a ouvert la porte à de nombreuses modes philosophiques sapant les fondements de la raison traditionnelle « bourgeoise », jusqu'à la bouillie destructurée du post-modernisme (Lyotard, Derrida). La pensée de Marx, de part son style, s'est vue associée à la phénoménologie, à l'existentialisme (années 50) représenté par Jean-Paul Sartre (qui fut un « compagnon de route » du PC, et voyait dans le marxisme « l'horizon indépassable de [son] temps »), à Nietzsche (notamment avec Michel Foucault), à Freud dans le freudo-marxisme de Erich Fromm] ou Herbert Marcuse ; son holisme en faisait un précurseur du structuralisme (années 1960).

    La réception de la pensée de Marx dans la sociologie française a été notamment abordée selon trois points de vue et/ou postures :

    • diachronique (Daniel Lindenberg], Le marxisme introuvable (1978)) ;
    • généalogique (Jacques Donzelot], L'invention du social (1984)) ;
    • synchronique (Pierre Ansart], Les sociologies contemporaines (1990))

    Économie

    Alors que dès les années 1920, l'impossibilité du socialisme et du marxisme était connue, celui-ci a largement impacté la science économique

    • De nombreux « économistes » marxistes ou marxistant ont tenté de proposer des modèles économiques rendant le marxisme réalisable, comme le socialisme de marché d'Oskar Lange. Ces tentatives furent discréditées par Friedrich Hayek
    • D'un certain point de vue, s'il se disait lui-même « libéral » (au sens états-unien), Keynes est assimilable à un économiste marxisant, partageant plusieurs traits communs avec les économistes marxistes, que les keynésiens de gauche exploiteront: analyse macro-économique analysant des comportements de groupes, critique de la loi des débouchés de Jean-Baptiste Say, interventionnisme étatique (mais servant à sauver le capitalisme, non à l'abolir), analyses sur la plus-value parallèles à celle de Marx, réhabilitation de la valeur-travail par Piero Sraffa.
    • L'économiste marxiste Rudolf Hilferding, dans Das Finanzcapital (Le capital financier), 1910 : pour lui, on avait affaire à l'avènement d'une nouvelle phase du développement capitaliste caractérisée par le contrôle du capital industriel par le capital bancaire. Hilferding voyait dans l'avènement du capital financier une étape vers la socialisation de la production, et dans l'expropriation de ce capital par l'État un passage au socialisme, d'où l'importance du contrôle des capitaux financiers par les états.

    Histoire du marxisme

    Courants intellectuels pluridisciplinaires

    • le Marxisme analytique : Jon Elster, Philippe van Parijs formulent une tentative d'appréhender la pensée de Marx à partir de la philosophie analytique, qui a connue son apogée au milieu des années 1980 mais a été abandonnée au début des années 1990. On en retiendra que tout en voulant incarner un "Non-Bullshit Marxism", Cohen avait validé, dans un livre datant de 1978, les principaux concepts économiques de Marx, avant que Jon Elster, dans Making Sens of Marx en 1985, se basant sur l'individualisme méthodologique ne puisse que rejeter la pensée marxienne à cause de son hégélianisme, son holisme et son fonctionnalisme.
    • l'Internationale situationniste : Guy Debord, Raoul Vaneigem élaborent une organisation révolutionnaire désireuse d'en finir avec la société de classes en tant que système oppressif et de combattre le système idéologique de la civilisation occidentale : la domination capitaliste. L'IS était, au niveau des idées développées, issue de différents mouvements révolutionnaires apparus depuis le XIXe siècle, notamment de la pensée marxiste d'Anton Pannekoek, de Rosa Luxemburg[3], de Georg Lukacs ainsi que du communisme de conseil, et pouvait être apparentée à un groupe d'ultra-gauche, tout en étant également l'expression de la volonté de dépassement des tentatives révolutionnaires des avant-gardes artistiques de la première moitié du XXe siècle, le dadaïsme, le surréalisme et, dans une moindre mesure, le lettrisme.
    • « Socialisme ou barbarie » : Cornelius Castoriadis, Claude Lefort animent un groupe d'extrême-gauche, tirant son nom d'une formule de Rosa Luxemburg, et qui a édité une revue du même nom de 1949 à 1965, où il combattait le stalinisme sous toutes ses formes, et développait un marxisme anti-dogmatique. Il considérait le système de l'URSS et de tous les pays dits « socialistes » comme un Capitalisme d'État « trompeusement intitulé "socialiste", où les dirigeants de l’État et de l’économie prennent la place des patrons privés cependant que la situation réelle du travailleur reste inchangée ». Debord en a été membre en 1960-61.
    • l'École de Francfort : (1ère génération: Théodore Adorno, Walter Benjamin, Max Horckheimer - 2ème: Jürgen Habermas. De 1925 à 1933, leur projet est de faire l'analyse critique des sciences sociales dans une perspective néo-marxiste, puis ils se penchent sur l'apparition de la culture de masse dans les sociétés modernes. Ils serviront de modèles aux critiques de la société de consommation des années 1960 : Guy Debord, Jean Baudrillard.

    Science

    De 1930 à 1963, Lyssenko, technicien agricole, réussit à imposer en Union Soviétique (donc dans les Partis Communistes occidentaux), une théorie non-scientifique rejetant le principe des gènes et amplifiant grossièrement la ligne de la thèse de Lamarck sur la transmission des caractères acquis en l'accordant avec l'idéologie marxiste basée sur le concept de la malléabilité de la nature humaine. Pendant la guerre froide, le lyssenkisme, massivement appuyée par l'appareil des partis communistes locaux, connut également ses heures de gloire en Occident. À la fin des années 40, on voit apparaître la fameuse théorie des deux sciences : « La science bourgeoise, fausse par essence, et la science prolétarienne, vraie par définition ». C'est à cette époque de terrorisme intellectuel que le PCF s'en prend, entre autres, au « trotskyste Jacques Monod ». Selon le PC, la théorie de Mendel est raciste et la génétique mène au nazisme.

    « Nous ne saurions traiter ces aberrations, si incroyables qu'elles paraissent, comme de simples accidents, des sous-produits du système qui n'auraient rien à voir avec le caractère essentiel du totalitarisme. (...) Elles dérivent du même désir de voir diriger chaque chose par « une conception d'ensemble du tout ». Il s'agit toujours de l'idée générale selon laquelle les connaissances et les croyances des hommes doivent servir d'instrument pour la réalisation d'un but unique. Du moment que la science doit servir non pas la vérité, mais les intérêts d'une classe, d'une communauté, d'un État, la seule tâche qui incombe aux démonstrations et aux discussions est de soutenir et de répandre les croyances qui dirigent toute la vie de la communauté. »
        — Friedrich Hayek, La Route de la servitude, chap. XI

    Art

    Marx et Engels n'ont pas laissé d'esthétique. Très vite, alors que l'image du génie incompris, solitaire et révolutionnaire dans l'âme est abandonnée aux anarchistes libertaires, Lénine, voulant rompre avec la futilité bourgeoise de « l'art pour l'art », transforme les artistes libres en ingénieur-soldats du beau, et transforme l'art en un simple instrument de propagande. Ou une militarisation de cet art social qui avait préexisté comme cri compassionnel chez Hugo, Courbet, Dickens ou Zola. Le réalisme socialiste (ou réalisme socialiste soviétique des russes aura son pendant en Chine, où les artistes sont contrôlés, réprimés, censurés et parfois condamnés, au gré des revirements idéologiques, pour des crimes que les pères du peuple leur avaient commandé hier. Antonio Gramsci sera le grand théoricien de la propagande diffuse mais permanente et Bertolt Brecht engagera volontairement ses pièces quand de nombreux marxistes n'imagineront plus la possibilité, ni morale ni même humaine (cf. Pierre Bourdieu) d'un art non-engagé.

    Sans aller jusqu'au marxisme folklorique que constitue le cheguevarisme adolescent ou l'Ostalgie allemande, dont l'image est beaucoup plus proche de l'anarchisme libertaire et du socialisme utopique que d’un véritable militantisme marxiste, et dont on peut se demander s’il constitue une banalisation dangereuse de l'oppression ainsi lénifiée ou l’ironique récupération, par la toute-puissante société de consommation, de leur image, la question est posée de savoir si certaines pratiques artistiques révolutionnaires comme le dadaïsme, le surréalisme et, dans une moindre mesure, le lettrisme, que leur auteurs voulaient marxistes n'ont pas, en essayant de s'affranchir de l'art militant, été dans la continuité de « l'art bourgeois », pourtant honni, reconnaissant de fait que, tout comme la centralisation économique conduit à la famine, la gestion étatique (subventions, commandes, entretien des artistes) de l'art mène à la propagande, au clientélisme ou à la sclérose.

    Le marxisme en tant que praxis

    Les racines idéologiques des régimes marxisants

    Si, à proprement parler le marxisme ne peut être antérieur aux écrits de Marx, il faut remarquer que les incarnations pratiques des idées marxiennes sont des avatars modernes de régimes déjà éprouvés dans l'Histoire: l'organisation militariste héritée de Lénine dans la Sparte de Lycurgue (dont Platon était un admirateur) ou la France robespierriste, la centralisation dans le constructivisme de Saint-Simon ou d'Auguste Comte, alors que les marxistes dissidents (anarchisants) n'ont pas totalement rompus avec les « socialistes utopiques » que fustigait Marx (More, Fourier, Campanella, Owen).[4]

    Les Internationales

    La Ière Internationale est à ses débuts divisée entre marxistes et anarchistes (Élisée Reclus, Mikhail Bakounine). Pour cette raison, elle explose en 1872 (pour cause d'exclusion des anarchistes avec l'accord de Karl Marx). Par la suite, seuls les anarcho-syndicalistes continueront à se réclamer de la Ière Internationale. Parmi les autres figures de l'anarchisme on peut citer Pierre-Joseph Proudhon et P.A. Kropotkin.

    L'Internationale ouvrière fut fondée, à l'initiative notamment de Friedrich Engels, par les partis socialistes d'Europe lors du Congrès de Paris en juillet 1889 ; elle est aussi connue sous le nom de IIe Internationale, ou Internationale socialiste. Elle milite jusqu'au début du XXe siècle sur les bases du marxisme, mais certains courants se développent à sa droite, prêchant l'abandon du principe révolutionnaire et recommandant de privilégier le parlementarisme (réformisme). Au cours du XXe siècle, les différents partis socialistes reconstituant la IIe Internationale ont progressivement évolué vers des positions sociales-démocrates, passant de la lutte contre le capitalisme à sa gestion. (Eduard Bernstein, Karl Kautsky)

    L'Internationale communiste (Komintern d'après l’abréviation en russe) ou IIIe Internationale, regroupe l'ensemble des partis communistes et était dirigée par le Parti communiste d'Union soviétique avant l'implosion de l'URSS. Un tournant autoritaire apparaît en 1921 avec l'exclusion de nombreux militants de la gauche de l'Internationale (Anton Pannekoek, Herman Gorter…). Après avoir lui aussi été exclu du Parti communiste d'Union soviétique par Staline, Léon Trotsky fonde en 1938 la IVe Internationale.

    On notera aussi, dans la série des excommunions mutuelles, à partir des années 60, la rupture sino-soviétique, Mao Zedong et la République populaire de Chine se revendiquant de Staline.

    Courants politiques marxistes

    Il en existe trois grands types: révisionnistes socio-démocrates (jusqu'en 1950), autoritaire et démocratique.

    La Social-démocratie

    Initialement, la social-démocratie est une appellation du mouvement socialiste international, et en particulier de la IIe Internationale. Il s'agit donc à la base d'un mouvement marxiste. Mais une différenciation s'effectue entre ceux qui acceptent de participer à la guerre 1ère Guerre Mondiale (les socio-démocrates, « social-chauvins »), et ceux qui s'y refusent (les communistes). Le clivage va aller en s'intensifiant, le réformisme des uns (comme Eduard Bernstein, puis Karl Kautsky dès 1917), prônant la participation avec les gouvernements bourgeois et l'abolition progressive du capitalisme sans rupture violente et au nom du réalisme, s'opposant aux méthodes révolutionnaires, ainsi qu'à la dictature du prolétariat. Dans les années 50, la social-démocratie abandonnera toute référence explicite au marxisme, bien que sous de nombreux aspects, elle en reste l'héritière.

    Courants autoritaires

    Les courants marxistes autoritaires sont les seuls à avoir été au pouvoir, les courants démocratiques n'ayant jamais séduit l'électorat.

    • Le Marxisme-Léninisme est la pensée héritée de Lénine et l'adaptation et l'interprétation que celui-ci a fait des concepts de Karl Marx, voire la position que Lénine aurait pu prendre s'il avait été confronté à des situations postérieures à sa mort, sur la base d'une exégèse de sa pensée. L'apport essentiel de Lénine est l'idée que le prolétariat ne sait pas ce qui est bon pour lui et que seul le parti peut le guider vers son émancipation.
    • Le Stalinisme: Si c'est essentiellement une pratique (appliquée dans les États du bloc communiste sous l'ère de Staline, il a néanmoins une composante idéologique, puisée du léninisme, caractérisée par : un État fort dirigé dictatorialement par le premier secrétaire du Parti, l'Infaillibilité du Chef et le culte de la personnalité de celui-ci, la théorie du « socialisme dans un seul pays », une exaltation du travail allant jusqu'au fanatisme culminant dans la doctrine du stakhanovisme.
    • Le Maoïsme : Idéologie développée en Chine depuis la victoire du Parti communiste chinois en 1949, par son leader, Mao Zedong. Fondé en théorie sur les écrits des « pères » du communisme (Marx et Engels), héritier chinoise du stalinisme, le maoïsme présente cependant certaines caractéristiques qui le relient à la pensée, à la culture et à l'histoire de la Chine. Après les révélations sur les crimes du stalinisme, l'idéologie maoïste a été parfois considérée comme un recours par certains intellectuels de gauche en Occident et dans des pays du Tiers-Monde. Après les références maoïstes des soixante-huitards, aujourd'hui encore, et notablement au Népal, des guérillas armées s'en réclament.
    • Le Castrisme : Pratique gouvernementale développée par Fidel Castro et Che Guevara, qui n'apporte pas vraiment de théorisation nouvelle, sinon une systématisation des nationalisations, alimentée par la xénophobie et la lutte anti-impérialiste (notamment contre les USA), les étrangers étant accusés de piller le pays et de déposséder les autochtones de richesses qui leur reviennent. On y retrouve la même « organisation de l'enthousiasme » (Élie Halévy) que dans les totalitarismes, reposant sur une mise-en-scène du chef et un paternalisme séducteur. Hugo Chávez puis Nicolas Maduro (Venezuela) et Evo Morales (Bolivie) (ce dernier insistant sur la thématique ethnique) s'en réclament aujourd'hui encore.

    Courants démocratiques

    • Le Communisme de conseil : Anton Pannekoek, Karl Korsch, Maximilien Rubel, Cornelius Castoriadis et Claude Lefort (animateurs de « Socialisme ou Barbarie »), Guy Debord et Raoul Vaneigem de l'Internationale Situationniste. Courant marxiste antiléniniste, il se réclame des conseils ouvriers (ou « soviets »), tels qu'ils existèrent en Allemagne en novembre et décembre 1918. Ces assemblées réunissant l'ensemble des prolétaires, doivent diriger la révolution (et non le seul Parti comme le voulait Lénine) sous une forme de démocratie directe. Les « conseillistes » rejettent les syndicats, considérés comme des structures réformistes, refusent de participer aux élections ou de soutenir les luttes de « libération nationale », et s'opposent parfois à l'antifascisme qui, en oubliant la lutte des classes, ferait de fait une sorte d'alliance avec la bourgeoisie.
    • Le Luxembourgisme : Rosa Luxembourg. Ce courant issu du mouvement ouvrier allemand, marxiste et révolutionnaire, s'est caractérisé par son refus total de la guerre en 1914, sa défense de la politique communiste, son attachement à la démocratie ouvrière (notamment contre la vision « militarisée » du parti selon Lénine). Ce courant défend notamment la conception de Karl Marx disant que « l'émancipation des travailleurs doit être l'œuvre des travailleurs eux-mêmes ».
    • Le Marxisme libertaire
    • Le Marxisme autonome : Cette appellation désigne un certain nombre de courants marxistes, d'origines différentes mais dont les conclusions convergent et mettent l'accent sur le mouvement autonome de la classe ouvrière: « Socialisme ou barbarie » (France), Opéraïsme (Italie), courant marxiste-humaniste (USA), Communisme-ouvrier (Iran et Irak, dès 1978).

    Le marxisme dans les faits

    La théorie de Karl Marx a servi de base à l’exercice d’une domination par des dictatures à l'économie planifiée déclarant viser l’instauration du communisme. Dans l'histoire du XXe siècle, le marxisme s'est installé dans de nombreuses régions du monde dont l'URSS (1922 - 1991), le Bloc de l'Est (1945 - 1989), la Corée du Nord (depuis 1946), la Chine (depuis 1949 malgré une évolution vers un socialisme de marché), Cuba (depuis 1959 malgré un abandon de facto du marxisme), le Chili sous la présidence de Salvador Allende (1970 - 1973), etc.

     

    • La République socialiste du Viêt Nam (1973- ?) : sur 20 000 français et viêtnamiens capturés lors de l'offensive de Dien Bien Phu, 9 000 miraculés survivront aux traitements inhumains des communistes vietminh. La répression du régime d'Ho Chi Minh n'épargnera ni les paysans (50 00 seront exécutés lors de la réforme agraire de 1954) ni les religieux systématiquement persécutés. Après la victoire communiste en 1975 contre les américains, 500 000 cadres et fonctionnaires sud-viêtnamiens sont envoyés dans des camps dont beaucoup ne reviendront pas.
    • Le Cambodge des Khmers rouges, (1975 - 1979) : Le régime maoïste de Pol Pot a abouti à un génocide cauchemardesque. Déportation entière de la population de Phnom Penh, réduction en esclavage des citadins, épuration impitoyable des éléments pro-vietnamiens et royalistes, massacre des cambodgiens jugés réfractaires au régime. Durant cinq ans, 2 millions de personnes sont exécutées, soit près d'un quart de la population khmère.
    • La République populaire démocratique du Laos : Régime de parti unique, il a provoqué l'exil d'environ 300 000 personnes, soit 10% de la population, opprime l'ethnie Hmong, et est un pays les plus pauvre du monde à cause de son modèle économique fermé et passéiste.
    • La République bolivarienne du Venezuela, sous la présidence d'Hugo Chávez puis de Nicolas Maduro (1998-?)
    • La République de Bolivie, sous la présidence d'Evo Morales (2006 - 2020)
    • Afrique
    Les régimes marxistes étaient-ils fidèles à Marx ?

    Des siècles (La Boétie) et des décennies (cf. Herbert Spencer, Maurice Bourguin, Ludwig von Mises, Friedrich Hayek) avant la « découverte » du caractère nécessairement militariste, tyrannique et totalitaire des régimes collectivistes, ainsi que la totale inefficacité économique de leur centralisation de l'information et du pouvoir (mais toujours bien moins stérile que la démocratie directe des conseillistes, qui n'ont jamais réussi qu'à se diviser), contrastant avec la terrible efficacité de la répression politico-policière, les libéraux et tous les hommes de bon sens, mettaient en garde les hommes de bonne volonté. Et ce d'autant plus que toutes les horreurs du XXe siècle étaient contenus dans les textes du père fondateur de la nébuleuse mortifère, la brutale réalité cotoyant l'enchantement des formules pieuses. (cf. les mesures à prendre d'après le Manifeste du Parti communiste).

    Après la Chute

    Après la déroute spectaculaire du modèle soviétique, et la gangrène prononcée du deuxième phare de la politique mondiale se soignant de l'horreur maoïste grâce à de fortes de doses de libéralisation économique, les marxistes ont le choix entre:

    • refuser l'héritage, apostasier et essayer de s'allier à la social-démocratie (qui elle-même essaye de se raccrocher au libéralisme). Peu le font.
    • pratiquer la fuite, y croire encore en opérant une dissociation terminologique entre « capitalisme d'État » et communisme, expliquant que nous avons connu l'un et pas l'autre, encore à venir, toujours à venir, mais comment ? Les voies du communisme sont impénétrables même après la lecture matérial-historique de Marx, et que là où Lénine, Staline, Castro et autres n'ont pas réussi de nouveaux réussiront... L'alter-mondialisme inconséquent et déjà déchiré, est-il le nouveau phare marxiste du XXIe siècle, ou une nième comète qui ne saura que s'écraser dans le vide ?
    • dénigrer le libéralisme, boite de Pandore de tous les penseurs en mal de raisonnement (Vivianne Forrester), et ne se proposer que comme posture morale bien incapable de donner un programme réaliste, trouver des excuses géopolitiques (évidemment la Suisse, Andorre, le Luxembourg, etc. avaient bien plus d'atouts que l'URSS, le bloc de l'Est et la Chine !), imputer ceci au stade de développement (armée d'une si bonne théorie, ne fallait-il pas attendre, alors ? Choisir un autre pays ? Laisser le capitalisme s'effondrer ?), dénoncer des complots (bien sûr le KGB n'a jamais existé face à la CIA, l'instrumentation des petits pays n'a été le fait que d'un seul bloc, et dans la lutte que se sont livrés l'URSS et les USA, il n'y a rien à tirer de la chute de l'un et de la survie tel quel de l'autre...)

    Terrorisme et activités révolutionnaires

    La violence et le mépris de la vie individuelle sacrifiée sur l'autel de la Cause, se manifeste encore dans l'activité des organisations terroristes d'inspiration socialistes qui sévissent:

    • en Europe :

    Durant ce qu'on a appelé les « années de plomb », de nombreux groupuscules ont repris l'idéologie de la « propagande par le fait » prônée par certains militants anarchistes de gauche, lors des deux dernières décennies du XXe siècle: Action Directe en France, la Fraction Armée Rouge ou (« bande à Baader ») en RFA, les Brigades Rouges en Italie, Devrimci Sol en Turquie, 17-Novembre en Grèce, les Cellules communistes combattantes en Belgique, Euskadi ta askatazuna (ETA) au Pays Basque.
    Aujourd’hui, des partis trotskistes comme la LCR / NPA ou Lutte Ouvrière n’hésitent pas à prôner une coercition despotique (interdiction de licencier, par exemple) pouvant aller jusqu’à la violence armée en cas de besoin.

    • en Amérique du Sud: les FARC en Colombie (1964-?).
    • en Asie: Sekigunha au Japon (faction armée rouge japonaise).

    Erreur antilibérale : « le libéralisme a été la matrice du marxisme »

    Le marxisme est parfois présenté comme héritier du libéralisme. Karl Marx a effectivement tiré certains concepts et certaines analyses des libéraux classiques pour les intégrer dans son système néo-hégélien. Il admirait Adam Smith et David Ricardo, mais s'est également discrètement inspiré des libéraux français de la Restauration comme Charles Dunoyer, Charles Comte et Augustin Thierry. Il existe chez Marx certains textes où il fait l'éloge du capitalisme, comme moteur de la transition historique entre l'État féodal et l'État socialiste. Marx reconnaît que le capitalisme a permis l'émergence du prolétariat. Le concept de lutte des classes est également d'origine libérale, mais Marx lui donne une signification nouvelle, clairement anticapitaliste. En revanche, la haine des Droits de l’Homme et du libéralisme politique est une constante dans son œuvre.

    En fait l'équivalence libéralisme-marxisme est une vieille thématique nationale-socialiste, qui voyait dans l'internationalisme l'essence du marxisme, les aspects économiques passant au second plan. Or pour les nationalistes hitlériens, cet internationalisme était un élément commun entre le marxisme et le capitalisme libéral. C'est pourquoi ils ont développé toute une propagande autour de cette ligne, selon laquelle il existait dans « la guerre des races » à venir, une alliance objective entre les marxistes et les libéraux, tous au service du grand capital juif, de la finance internationale, bref, des nouveaux maîtres du monde. Cette thématique du « libéralisme comme matrice du marxisme » peut aujourd'hui sembler étonnante, mais ce discours à l'époque a séduit de nombreux marxistes, ralliés au mouvement national-socialiste, persuadés que les bolchéviques étaient complices des juifs et du capitalisme.

    D'autre part, dans cette idéologie, le marxisme portait en lui les germes de la démocratie, c'est-à-dire de la destruction de l'ordre, du commandement et de la hiérarchie militaires.

    Pour les théoriciens du NSDAP, que ce soit sur son aile gauche (Strasser) ou sur son aile droite (Rosenberg), le socialisme devait être expurgé de sa gangue marxiste, internationaliste et libérale, pour fabriquer le vrai socialisme, purement national et racial.

    Quelques citations révélatrices :

    « Je recommençai à étudier ; j'arrivai à comprendre le contenu et l'intention du travail de (...) Karl Marx. Son Capital me devint maintenant parfaitement compréhensible, comme la lutte de la social-démocratie contre l'économie nationale, lutte qui devait préparer le terrain pour la domination du capital véritablement international et juif de la finance et de la bourse. »
        — Adolf Hitler, Mein Kampf

    « L'internationalisation de la fortune allemande avait été déjà mise en train par le détour de l'usage des actions. A vrai dire, une partie de l'industrie allemande essayait encore, avec un esprit de décision, de se protéger contre cette destinée, mais elle finit par succomber, victime de l'attaque combinée de ce système de capitalisme envahisseur qui menait ce combat avec l'aide toute spéciale de son associé le plus fidèle, le mouvement marxiste. »
        — Adolf Hitler, Mein Kampf

    « Les nationaux allemands faisaient courir le bruit que nous n'étions au fond qu'une variété du marxisme, que nous n'étions que des socialistes larvés. Car ces têtes dures n'ont pas compris jusqu'à ce jour la différence entre le vrai socialisme et le marxisme »
        — Adolf Hitler, Mein Kampf

    « Nous prendrons à droite le nationalisme sans le capitalisme auquel il est en général lié et à gauche le socialisme sans l'internationalisme marxiste qui est un leurre (...) Le national-socialisme devra être surtout un socialisme. »
        — Otto Strasser, idéologue nazi

    « Nous approuvons la lutte des peuples opprimés contre les usurpateurs et les exploiteurs, car notre idée du nationalisme implique que le droit à l'épanouissement de l'identité des peuples que nous réclamons pour nous-mêmes s'applique également aux autres peuples et aux autres nations. Nous ignorons en effet la notion libérale des "bienfaits de la civilisation". Le national-socialisme est surtout à nos yeux l'antithèse du capitalisme international. Il entend instaurer le socialisme dont l'idée fut trahie par le marxisme, édifier une économie de type collectif gérée par la nation au profit de la nation, briser la domination de l'argent sur le travail, qui empêche l'épanouissement de l'âme d'un peuple et la constitution d'une véritable communauté populaire. »
        — Otto Strasser, Textes fondateurs du Front Noir

    Citations

    • « Les marxistes ont correctement décelé comment les lois protègent la classe dominante, prédatrice, aujourd’hui celle des hommes de l’État. Mais le matérialisme de Marx lui a caché l’enjeu au-delà de la lutte des classes : les législations sont la manifestation du Mal dans le monde. Suprême ruse diabolique, les législations institutionnalisent le Mal en lui donnant l’apparence du Bien. » (Christian Michel[5])
    • « La pensée de Marx est en grande partie dépassée parce que la situation actuelle n'est plus celle de l'Europe de son époque. Le capital potentiel n'est plus le privilège d'un petit nombre. Après la mort de Marx, l'Occident a enfin réussi à établir un cadre juridique ouvrant l'accès à la propriété et aux moyens de production à la plupart des gens. Marx serait probablement très étonné de voir que, dans les pays en voie de développement, une grande partie des masses fourmillantes est formée non de prolétaires opprimés légaux, mais de petits entrepreneurs opprimés extralégaux possédant une quantité de biens appréciable. » (Hernando de Soto, Le Mystère du Capital)
    • « La grande complexité du marxisme peut se résumer en une phrase : "on a raison de se révolter". » (Mao Tsé-Toung)
    • « Cette théorie - fausse car incompatible avec la réalité humaine - avait pris au XXe siècle un tel empire sur les esprits qu'elle était devenue la référence obligée, le modèle absolu de l'idéologie. Nous avons maintenant la preuve expérimentale de son incohérence, ce qui devrait satisfaire ceux pour qui les instruments de la seule raison ne sont pas suffisants. Mais dans leur désillusion et pour masquer leur faillite intellectuelle, ils préfèrent proclamer la mort des idéologies, bien que dans le mot « idéologie » il y ait ce beau mot d'idée. » (Pascal Salin, Libéralisme, 2000)
    • « Quant à l’influence du marxisme, elle provient elle-même pour une bonne part de ce qu’il a donné une apparence savante et par suite une légitimité à un schéma explicatif éternel : la théorie du complot (conspiracy theory). Selon cette théorie, tous les maux qu’on peut observer dans les sociétés seraient dus à un complot des puissants, lesquels dissimuleraient leurs desseins égoïstes sous de nobles intentions. » (Raymond Boudon, Pourquoi les intellectuels n'aiment pas le libéralisme, 2004)
    • « Le marxisme, de façon unique parmi les philosophies politiques, s’est défini lui même comme une science. Pour ses adhérents, ses propositions ne sont pas spéculatives mais empiriques. En tant que bon hégélien, Marx voyait ses prévisions comme faisant partie d’un processus historique inexorable. Et pourtant, elles se sont toutes - toutes - révélées fausses. » (Daniel Hannan[6])
    • « Tout en bannissant impitoyablement tous les systèmes idéalistes et toutes les illusions, le marxisme, mis en pratique, a lui-même créé de nouvelles chimères qui ne sont ni moins douteuses, ni moins indémontrables que les anciennes. » (Sigmund Freud, Nouvelles conférences sur la psychanalyse, 1932)
    • « L'exploitation marxiste, c'est l'exploitation de l'incompréhension du peuple en matière d'économie. » (Robert Nozick)
    • « Le plus grand reproche que l'on puisse faire aujourd'hui au marxisme c'est d'avoir, par ses erreurs, ses crimes et son effondrement final, presque complètement discrédité une vision conflictuelle de l'histoire sociale et une dénonciation des classes exploiteuses, qui seraient pourtant plus pertinentes et plus urgentes que jamais. Cette analyse de classe, cette dénonciation des exploiteurs appartiennent à la tradition de la liberté naturelle. » (François Guillaumat)
    • « L'harmonie sociale que voulait créer Karl Marx s'est traduite par la mort de 61,9 millions d'individus. Comme tant d'autres aujourd’hui, Marx pensait que le marché n'était que du gaspillage sous prétexte que la production n'est pas planifiée rationnellement. Comme l'explique Ludwig von Mises, le socialisme est par nature condamné à l'échec. L'abolition de la propriété et du mécanisme de prix rend le calcul économique impossible. » (Emmanuel Garessus, 27 novembre 2017)
    • « Marx prophétise : premièrement, la misère croissante des travailleurs ; deuxièmement, la “concentration” générale, avec la disparition de la classe des artisans et des paysans ; troisièmement, l’effondrement catastrophique du capitalisme. Rien de tout cela ne s’est produit. » (Werner Sombart, Capitalisme moderne, 1902)

    Notes et références

  • Voir l'opposition actuelle entre philosophie continentale et philosophie analytique, alimentée par la controverse des impostures intellectuelles, comme on opposerait, très schématiquement, les « maîtres du soupçon », la poétique heideggérienne et le postmodernisme qui en est l'héritier, à un esprit plus scientifique des Anglo-saxons.

  • Raymond Aron, « La lecture pseudo-structuraliste de Marx » (1967), I, dans Marxismes imaginaires

  • Rosa Luxemburg était une économiste politique révolutionnaire. Elle a présenté sa théorie de l'accumulation du capital, critiquant la société capitaliste et prônant la révolution socialiste

  • Consulter à ce propos Nemo, 2002, Troisième partie: "les adversaires de la tradition démocratique et libérale. I. la gauche".

  • Doit-on obéissance aux lois de son pays ?

  • Voir aussi

    Bibliographie

    • 1955, Raymond Aron, L'Opium des intellectuels
    • 1956, Raymond Aron, « Le fanatisme, la prudence et la foi » dans Marxismes imaginaires
    • 1974, Alexandre Soljenitsyne, L'Archipel du Goulag
    • 1982, Gérard Bensussan et Georges Labica, Dictionnaire critique du marxisme (abr. DCM), PUF/Quadrige, 3ème éd., 1999, ISBN 2130498728
    • 1985, Luc Ferry et Alain Renaut, La pensée 68
    • 1987, Leszek Kołakowski, Histoire du marxisme, 3 vol., Fayard
      • Une fresque complète des courants marxistes, dont il manque malheureusement le 3ème tome dans la traduction française. (Volume 1 : Les fondateurs Marx, Engels et les prédécesseurs; Volume 2 : L'age d'or de Kautsky à Lénine)
    • 1989, Alain Finkielkraut, La défaite de la pensée
    • 1993, David L. Prychitko, "Marxism", In David R. Henderson, dir., "The Fortune Encyclopedia of Economics: 141 Top Economists Explain the Theories, Mechanics, and Institutions of Money, Trade, and Markets", New York: Time-Warner Books, Inc., pp123-128
    • 1997, Jaques Droz (dir.), Histoire générale du socialisme, 4 vol., PUF/Quadrige, ISBN 213048428X
    • 2000, Collectif, Le Livre noir du communisme, Acheter sur Amazon
    • 2001, Kostas Papaioannou, Marx et les marxistes, Gallimard/Tel, 2001
      • Recueil de textes, que Raymond Aron jugeait "admirable". Présentant, d'abord un tableau complet et nuancé de la pensée de Marx et d'Engels, l'auteur montre ensuite comment cette pensée mutilée ou déformée est devenue méconnaissable. Ecrit antimarxiste-léniniste, fidèle à une inspiration de Marx.
    • 2002,
      • Philippe Nemo, Histoire des idées politiques aux Temps modernes et contemporains, Troisième partie, et not. chap. 6 et 7, ISBN 2130531636
        • Très intéressant ouvrage contenant, outre une présentation synthétique de nombreuses pensées politiques, des notes très hayékiennes. Un livre qui devrait être présent dans la bibliothèque de tout honnête homme.
      • Stéphane Courtois (dir.), Du passé faisons table rase ! Histoire et mémoire du communisme en Europe

    Liens externes

    B0.jpg Discussions sur le forum
    Pourquoi Les états Marxistes Ont-ils été Si Criminels?, Idéologie ou système? (for)








    D) - Valeur-travail - Réfutation mathématique de théorie marxiste

    La valeur-travail est la théorie économique selon laquelle la valeur des biens provient entièrement du travail employé ou incorporé. Du point de vue de la théorie valeur-travail, la valeur échangeable est déterminée par des quantités de travail nécessaires à la production. Cela implique, d'une certaine façon, que la valeur des biens économiques repose exclusivement sur la quantité relative de travail nécessaire.

    La première formulation de la théorie de la valeur-travail se trouve chez Adam Smith. Adam Smith a attribué deux significations à la Valeur : une qui prend le nom de valeur en usage (ou utilité), l'autre, celle de valeur en échange. Pour Adam Smith le travail est la mesure réelle de la valeur échangeable de toute marchandise. Il affirme « Le prix réel de chaque chose, ce que chaque chose coûte réellement à celui qui veut se la procurer, c'est le travail et la peine qu'il doit s'imposer pour l'obtenir. »

    David Ricardo, de la même manière, dans son exemple du joaillier laborieux, évoque l'estime des consommateurs : il est payé deux fois plus par heure qu'un travailleur ordinaire pour cette raison. Il se réfère donc aux "valeurs" présentes dans la tête des consommateurs.

    Marx reprendra la même idée par sa notion de « travail socialement nécessaire », c'est-à-dire une espèce de moyenne d'heures de travail pour une tâche donnée, moyenne impliquée, à un moment donné dans le temps et dans l'espace, par l'état de la technique, du savoir-faire, des mœurs, des désirs, etc.

    Un problème se pose néanmoins : les valeurs des marchandises ne sont pas réglées uniquement par les quantités de travail incorporées, mais aussi par la « longueur du temps qui doit s'écouler avant qu'elles puissent être portées sur le marché », comme dit Ricardo. Ce qui signifie que la valeur d'une pièce de tissu n'a pas la même composition que celle d'un avion supersonique.

    Si Ricardo admettait que cette théorie était une approximation, Marx, lui, la transformera en vérité absolue (d'où il tirera sa théorie de la plus-value pour "expliquer" l'aliénation du travailleur). Il s'est demandé comment des marchandises qui paraissent si diverses, si hétérogènes quant à leur valeur d'usage pouvaient être rendues comparables entre elles. La solution, qu'il trouve chez Smith et Ricardo, c'est que les marchandises sont toutes le produit du travail, toutes du « travail cristallisé ». C'est ainsi qu'elles peuvent s'échanger.

    L'école autrichienne rejette la théorie de la valeur-travail au nom de la subjectivité de la valeur et formule la théorie marginaliste de la valeur. Eugen von Böhm-Bawerk fut le premier à réfuter la valeur-travail marxiste en montrant qu'elle ne permet pas d'expliquer les prix de production à partir du prix du travail.

    Réfutation mathématique de théorie marxiste

    Soit V le « capital variable » correspondant aux salaires et C le capital constant correspondant aux machines, outils, bâtiments, terre, etc. Soit encore pl, la plus-value tirée par le patron du travail des salariés. On définit E, le taux d'exploitation par l'équation E = pl/V, et P, le taux de profit par l'équation : P = pl/(C + V)/V. La composition « organique » du capital de l'entreprise considérée est définie par l'équation K = (C + V)/V.

    A l'aide de ces différentes équations, on peut exprimer le taux de profit (P) en fonction de la composition organique du capital (K) et du taux d'exploitation (E). En effet, pl = V. E ; P = V.E/ (C + V); donc P = E/K.

    Or, dans les conditions de concurrence parfaite qui est le cadre de référence de Marx, le taux d'exploitation (E) et le taux de profit (P) sont les mêmes dans toutes les branches de production quelle que soit la composition organique du capital. Or la dernière équation montre que si la composition organique du capital (K) varie de branche à branche ou d'entreprise à entreprise, le taux d'exploitation étant donné et partout le même, le taux de profit (P) varie de branche à branche ou d'entreprise à entreprise. Ce qui est impossible.

    Citations

    • L’ennui avec la théorie de la « valeur travail », c’est qu’elle paraît logique : un bien devrait se vendre à un prix qui couvre son coût de fabrication et permettre à ceux qui l’ont produit de vivre décemment. Si la théorie de la « valeur travail » ou du « juste prix » ne tient pas devant la réalité, par où pèche-t-elle ? Les classiques voulaient partir de la valeur pour déterminer les prix. En réalité, il faut partir du prix pour déterminer la valeur. Chacun de nous, en effet, a une échelle des valeurs différentes de celle de son voisin. Chacun de nous, à partir de son revenu, considère qu’il peut vendre ou échanger un certain nombre de produits ou de services, à tout moment. Il y a donc, une infinité de « valeurs » qui se baladent dans le monde à chaque instant. On est devant un univers de possibles. De temps en temps, miraculeusement, deux « valeurs » se rencontrent et un prix est arrêté. C’est alors que l’échange du bien ou du service a lieu. Ce prix fixe la valeur monétaire du bien à ce moment-là seulement. Ce qui n’a rien à voir avec la valeur subjective que chacun d’entre nous pourrait accorder à ce bien. (Charles Gave)
    • Alors que dans le catholicisme le travail est considéré comme un obstacle nécessaire sur le chemin de la consommation, dans le calvinisme il revêt une qualité quasiment sacrée et devient une fin en soi. Ce n'est pas un hasard si la théorie de la valeur-travail a émergé dans le milieu du calvinisme écossais. (Murray Rothbard, Adam Smith Reconsidered, 1987)

     


     

     E) -  Divers liens sur ce sujet

    Karl Marx et le "libéralisme" des socialopithèques

    Sommaire:

    A) Karl Marx était un libéral - Zaki LAIDI - Libération

    B) Socialisme, libéralisme et égalité - Pierre MOSCOVICI - Libération

    C) Analyse libérale de Karl Marx - par Pierre Rondeau (son site)

    D) Marx et la critique du libéralisme - laurence hansen-love - Overblog

    E) Marxisme de Wikiberal pour information et Karl Marx

    F) Les racines libérales classiques de la doctrine marxiste des classes - Stéphane Couvreur/Ralph Raico - Institut Coppet
     
    G) MARX LE DERNIER DES LIBERAUX ? - Bernard Paranque (Euromed Management)1

    H) Libre-échange : Frédéric Bastiat VS Karl Marx - par Francis Richard dans Poing de vue 
     
     

    La pensée de Marx et la Critique du Programme de Gotha

    CRITIQUE DU PROGRAMME DE GOTHA1

    Rédigé par Marx en avril et au début de mai 1875. Publié pour la première fois (avec des coupures) dans la Neue Zeit N° 18, 1891. Le texte original est en allemand. 



    "Le capitalisme (monopoliste, dont d'État, qui assure des rentes de situation(s) illégitimes et injustifiées) est l'enfant pervers du libéralisme (concurrentiel, anti monopoles et anti oligopoles, anti lobbies ) : il vit de la socialisation (embrigadement) et donc l'entretient et l'élargit."

    Dominique Macquet

     

     

     


    Ágnes Heller, La théorie des besoins chez Marx, les éditions sociales, 2024. 

    Edité une première fois en français chez UGE en 1978, cet ouvrage présente une analyse intéressante du concept de besoin à travers les écrits de Marx. 

    Ainsi la question des besoins doit considérer ceux-ci avant tout comme sociaux et issus d’un processus historique que ce soit le besoin lui-même, émergeant des conditions sociales et historiques, mais aussi ce par quoi il peut être satisfait. Heller s’intéresse à la fois à la question des besoins dans les formes de sociétés capitalistes et au système de besoins qui pourrait émerger dans la société des producteurs associés. Les rapports capitalistes ne produisent que des besoins aliénés : le rapport moyen / fin est inversé : la satisfaction des besoins devient le moyen de l’enrichissement capitaliste. 

    De même, la course à l’accumulation implique la réduction de la satisfaction des besoins à l’aspect quantitatif, à la quantité des objets possédés grâce à l’argent. Les besoins humains, réifiés, sont réduits toujours davantage au besoin de posséder. « Le capitalisme quantifie toute la sphère qualitative des besoins humains pour en faire une « quasi valeur d’échange », « achetable », tous les besoins qualitatifs qui ne sont pas quantifiables, ni achetables, sont réprimés (…) 

     Mais l’argent peut faire plus que limiter la qualité, quantifier les besoins qualitatifs, laisser dépérir le non quantifiable : il quantifie le non quantifiable et renverse les besoins qualitatifs en leur contraire. « Ce que je peux m’approprier grâce à l’argent (…) je le suis moi- même, moi le possesseur de l’argent (…) Marx, Manuscrits de 1844 ». (p.75). Les besoins issus de la valorisation du capital, réduits et homogénéisés, tant pour la bourgeoisie que pour la classe ouvrière - quoique différemment - entrainent l’appauvrissement des autres types de besoins (Marx constate que l’ouvrier est un « être sans besoin »). 

    Mais les rapports capitalistes engendrent également les besoins dits « radicaux », issus des contradictions mêmes du mode de production, ils ne peuvent être satisfaits par / sous le Capital et nécessitent donc la disparition du salariat, le dépassement du mode de production, ouvrant la possibilité au libre développement d'un nouveau système de besoins : « une révolution radicale ne peut être que la révolution des besoins radicaux » 

    (K. Marx, Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel). 

     

     

     

     

     

     

    Powered By Blogger