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octobre 30, 2026

On ne sortira la France du « déni de réalité » par un projet ! Attali, et Lisnard ?

On ne sortira la France du « déni de réalité » que par une catastrophe ou un projet.

 Il est plus facile de faire confiance à un charlatan qui vous rassure qu’à un médecin qui vous prescrit un traitement exigeant ; il est aussi plus tentant de voter pour ceux qui, comme le RN et LFI, affirment que tout sera facile plutôt que pour ceux qui vous démontrent que les temps exigent de grands efforts.

 

L'immense majorité des Français pense que les retraités ne coûtent pas trop cher à la collectivité, que la France peut encore dépenser beaucoup plus pour ses services publics, qu’elle peut augmenter les impôts que paient les patrons et les actionnaires, que la Russie de Poutine n’est pas notre ennemi et que l’Union européenne nous coûte beaucoup plus qu’elle ne nous rapporte. En tout cas, ils s’apprêtent à envoyer au second tour des élections présidentielles deux candidats, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, qui pensent exactement cela tous les deux.

Pour beaucoup, dont je fais partie, c’est un « déni de réalité ».

Les humains en font tous les jours, face à la maladie ou à l’échec ; des peuples entiers en font aussi, face à une dette qui s’accumule, un ennemi qu’on ne veut pas voir, un climat qui se dérègle, une démographie qui s’effondre.

À l’échelle des individus, la psychiatrie distingue au moins cinq formes de cette maladie mentale : le déni d’abord, que Freud définit comme un mécanisme de défense par lequel le sujet refuse de reconnaître ce qui le menace, tout en l’admettant en son for intérieur. L’anosognosie (dans laquelle un patient paralysé d’un côté du corps affirme, sincèrement, qu’il peut bouger son bras) et qu’on retrouve chez une grande partie des malades atteints de schizophrénie ou d’Alzheimer. La minimisation, si familière aux addictions (« ce n’est rien, j’arrête quand je veux ») ; le délire paranoïaque, quand la réalité est vécue comme une fabrication hostile et tout fait dérangeant comme la preuve d’un complot. Enfin, à l’extrême, la dissonance cognitive, à l’exemple des membres de cette petite secte américaine qui attendait la fin du monde pour le 21 décembre 1954 et qui, lorsque la prophétie échoua, loin d’abandonner leur croyance, continuèrent à faire du prosélytisme.

À l’échelle des peuples, ce déni existe aussi : le sociologue américain, professeur à la LSE, Stanley Cohen, dans States of Denial (2001), en distingue trois formes, qui recoupent les attitudes individuelles : le déni littéral (« cela n’a pas eu lieu »), le déni interprétatif (« cela a eu lieu, mais ce n’est pas ce que vous croyez ») et le déni implicatoire (« cela a eu lieu, mais cela ne nous concerne pas »). Auquel il a ajouté un peu plus tard le déni paranoïaque, qui voit derrière chaque fait gênant la main d’un ennemi caché. Et auquel il faut encore ajouter le déni prospectif : « cela n’aura pas lieu ». Et on préfère voter pour ceux qui vous disent que le pays ne risque pas la faillite comme on préfère faire confiance à quelqu’un qui vous dit que vous n’êtes pas malade.

Tout cela serait certainement toujours la marque d’un dérangement mental s’il ne fallait pas prendre au sérieux une objection redoutable : qui peut affirmer que la réalité est la réalité ? Très souvent, ceux qui proclament détenir la réalité ne sont que ceux qui détiennent le pouvoir. Descartes imaginait un malin génie capable de nous tromper sur tout. Galilée fut condamné au nom d’une réalité officielle. Le colonisateur imposait au colonisé sa propre version du monde, comme les dictateurs de toutes sortes. Orwell, dans 1984, montra jusqu’où pouvait aller un pouvoir qui exige qu’on croie que deux et deux font cinq. Et les « contraintes indépassables » qu’on impose aux nations, au nom des marchés, de l’équilibre budgétaire, de la géographie, des rapports de force ou de la tradition, relèvent souvent de cette catégorie.

Il faut donc distinguer soigneusement les faits et les fatalités : l’évolution de la température moyenne de la planète, la croissance d’une dette, la présence de chars à une frontière sont des faits ; les nier relève de la pathologie. Par contre, leurs conséquences ne sont pas nécessairement fatales et il appartient aux humains de prendre conscience des risques et de ne pas s’y résigner.

Alors, que faire ? On n’aide pas un malade qui nie sa maladie en essayant de lui prouver qu’il a tort, mais en cherchant avec lui un objectif commun : guérir. Si regarder la réalité en face ne mène qu’au désespoir, on préfère le mensonge. Il en va de même pour les peuples : un peuple ne renonce à son déni du réel que si la vérité lui ouvre un avenir.

Cela suppose, pour les individus comme pour les peuples, de réunir trois conditions : un tiers de confiance, pouvoir regarder la vérité sans être anéanti, et la perspective d’un avenir désirable. C’est ce qu’a réussi l’empereur Meiji, qui, à l’inverse de l’empereur chinois, a regardé en face, après l’arrivée des navires américains en 1853, la réalité de son retard, et s’est transformé en une génération. Et Churchill n’a promis à son peuple en 1940 que « du sang, du labeur, des larmes et de la sueur ».

Quand on ne le fait pas, on fonce dans le mur en klaxonnant, paralysé par la peur en faisant confiance à des charlatans. C’est ce que fit la France dans l’entre-deux-guerres. Et c’est ce que fait la France aujourd’hui : l’insolvabilité des systèmes de retraites, l’exigence européenne, l’hostilité de la Russie, sont des faits ; pas des fatalités. On ne s’en sortira pas si on fait confiance aux deux partis, d’extrême gauche et d’extrême droite, qui les nient.

Pour vaincre ces fatalités, il nous faudra nous méfier autant de ceux qui vous jurent que tout ira très bien quoi qu’on fasse que de ceux qui prétendent que tout est décidé d’avance. Il nous faudra des tiers de confiance, c’est-à-dire une presse libre, une science indépendante, une justice respectée, sans lesquelles personne ne pourra plus distinguer un fait d’une propagande ou d’une fatalité. Il nous faudra aussi un récit qui rende la vérité supportable, en montrant que le réel, s’il est regardé à temps, laisse encore toute sa place à la liberté. Il nous faudra enfin offrir une perspective au pays : tout pour la jeunesse, dans une Europe assumant sa défense.

Jacques Attali est docteur en économie, polytechnicien et conseiller d’État. Conseiller spécial du Président de la République François Mitterrand pendant 10 ans, il est le fondateur de 4 institutions internationales : Action contre la faim, Eureka, BERD, Positive Planet.

Jacques Attali est l’auteur de 86 livres (dont plus de 30 consacrés à l’analyse de l’avenir), vendus à 10 millions d’exemplaires et traduits en 22 langues. Il est éditorialiste pour les quotidiens économiques Les Échos et Nikkei après l’avoir été pour L’Express. 

Il dirige régulièrement des orchestres à travers le monde.

Image : Le Charlatan de Jan Steen vers 1651.

 Ma nouvelle chronique pour @lesechos est en ligne. Lien en bio.

https://www.attali.com/geopolitique/on-ne-sortira-la-france-du-deni-de-realite-que-par-une-catastrophe-ou-un-projet/

 


 

 

janvier 09, 2026

« C'est, tous les jours, un concours Lépine pour taxer plus et travailler moins. »

Le ras-le-bol des industriels de l'aéronautique française contre les prélèvements fiscaux record

Selon le représentant des industriels français, Olivier Andriès, l'industrie aéronautique française est la plus taxée d'Europe, à raison de 12,5 milliards d'euros de prélèvements fiscaux par an. Une menace pour la compétitivité des entreprises tricolores.

 

La chaîne d'assemblage Safran de moteurs d'avions de Villaroche est un des symboles de l'excellence aéronautique française. (Photo GONZALO FUENTES/AFP)

 

L'exercice tient du rituel. A chaque début année, d'éminents représentants de l'association des industries françaises aéronautiques et spatiales (le Gifas), formulent des voeux pour la nouvelle année, en promettant de la croissance et des embauches, pour peu que le gouvernement n'alourdisse pas leur fardeau fiscal. Et chaque année, le secteur continue néanmoins de croître, tandis que les prélèvements de l'Etat continuent d'augmenter.

Le nouveau président du Gifas, Olivier Andriès, n'a pas dérogé à la règle, ce jeudi. Tout en soulignant « l'exceptionnelle résilience » de l'aéronautique française, dont l'activité a encore progressé « de 10 % à 15 % », l'an dernier, et qui a recruté « entre 25.000 à 30.000 personnes », le directeur général de Safran a, une fois encore, mis en garde contre les menaces pesant sur sa compétitivité. Un coup de gueule qui n'est pas sans rappeler celui du patron d'Airbus en janvier 2025.

Un « concours Lépine »

« Nos parlementaires ont perdu la boussole, a-t-il estimé. C'est, tous les jours, un concours Lépine pour taxer plus et travailler moins. Ce n'est pas comme ça que nous allons nous en sortir. Pour créer de la richesse, Il faut encourager l'investissement et non pas le décourager ».

Selon le président du Gifas, l'industrie aéronautique française, qui est le premier contributeur à la balance commerciale hexagonale, avec un excédent de 30 milliards d'euros en 2024, est déjà celle qui supporte les prélèvements fiscaux les plus importants en Europe. « L'Etat et les collectivités locales prélèvent 12,5 milliards d'euros par an sur le secteur, pour un milliard d'euros d'aides publiques, souligne-t-il. C'est un beau taux de rentabilité. »

Or, plusieurs amendements débattus au Parlement dans le cadre du projet de loi de finances 2026 tendent à réduire les aides, tout en augmentant encore les prélèvements, à travers différentes mesures comme le maintien de la taxe exceptionnelle sur les grandes entreprises, la taxation des « super dividendes » et des rachats d'actions, ou la remise en cause de la baisse des impôts de production.

A elle seule, la hausse de l'impôt sur les sociétés, décidée en 2025, représenterait un surcoût de 800 millions d'euros par an pour l'aéronautique française. Mais deux autres menaces plus spécifiques au secteur se profilent pour 2026. La première est la tentative des précédents gouvernements de réduire les aides versées à la recherche aéronautique, fixées à 300 millions par an. Début 2025, les grands patrons français de l'aéronautique étaient déjà montés au créneau collectivement pour défendre cette enveloppe.

« Nous avons un grand rendez-vous vers 2030, quand Airbus et Boeing lanceront les successeurs des A320 et du B737, a expliqué Olivier Andriès. La filière française doit s'y préparer en investissant massivement sur les cinq prochaines années. Le président de la République s'est engagé, à deux reprises, à accompagner les efforts de la filière. La moindre des choses, c'est que ces engagements soient tenus », a-t-il souligné.

Le second « sujet de préoccupation » est la volonté de restreindre les conditions d'application du crédit d'impôt recherche (CIR), qui permet aux entreprises de déduire de leurs impôts une partie de leurs dépenses de recherche et développement, à hauteur de 30 % des dépenses jusqu'à 100 millions d'euros et de 5 % au-delà de ce seuil.

« C'est le crédit impôt recherche qui nous permet d'avoir une activité de R&D compétitive en France, assure le patron de Safran. Si on démantèle cet outil, on compromet le maintien des bureaux d'études en France et des chaînes industrielles. »

 


 

Une part croissante de l'activité hors de France

Ce risque de voir partir à l'étranger une partie de l'activité aéronautique est déjà bien réel. Entre les demandes de « retour industriel » de certains gros clients dans leurs pays d'origine et la nécessité de réduire les coûts pour satisfaire les exigences des grands donneurs d'ordre, de nombreuses entreprises françaises ont déjà dû transférer à l'étranger une part de leur production, notamment vers des pays à bas coûts, comme le Maroc ou le Mexique.

C'est le cas de Safran, dont 40 % des effectifs sont aujourd'hui situés hors de France, contre 20 % au début des années 2000, avant la fusion entre Snecma et Sagem. Et ce n'est pas fini. Parmi les principaux investissements annoncés l'an dernier par Safran figurent ainsi l'ouverture d'un nouveau centre de maintenance de moteurs d'avions et l'annonce d'une chaîne d'assemblage de moteurs LEAP à Casablanca.

Officiellement, il ne s'agit que de « dérisquer » l'assemblage des moteurs LEAP (ceux des Airbus A320 et des Boeing 737), sans rien enlever à la chaîne d'assemblage française de Villaroche. Il ne s'agit donc pas de délocalisation. Mais dans les faits, c'est une partie de la croissance qui partira au Maroc. Un pays où Safran est déjà bien présent et où les compétences ne manquent pas, mais où le salaire minimum est de 317 euros par mois, l'électricité 30 % moins chère qu'en France, où l'on peut construire une usine en quelques mois, et où les entreprises étrangères bénéficient d'une exonération totale d'impôt pendant cinq ans.

Bruno Trévidic

trib.al/MFvXQun 

 


Impôts : malgré les aides, la France taxe plus ses entreprises que la plupart des pays européens

La France reste le troisième pays européen qui taxe le plus ses entreprises, même une fois que les aides sont déduites, calcule le spécialiste des finances publiques François Ecalle.

C'est un calcul très utile auquel s'est livré le spécialiste des finances publiques François Ecalle, dans une note dont « Les Echos » ont pris connaissance. En pleine dernière ligne droite budgétaire, le fondateur du site Fipeco a repris les chiffres publiés par Eurostat, l'organisme statistique de la Commission européenne, pour comparer les prélèvements nets sur les entreprises, c'est-à-dire ce qu'elles règlent en impôts et cotisations, une fois déduites les aides publiques qu'elles perçoivent sous forme de subventions ou de crédits d'impôt.

Selon ses calculs, les prélèvements nets sur les entreprises françaises atteignaient 309 milliards d'euros en 2024, soit environ 20 % de leur valeur ajoutée, ce qui place la France en troisième position sur 27. Seuls Chypre (27 %) et la Suède (23 %) affichent un ratio plus élevé. L'Allemagne est loin 

 

 

 

 

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