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juillet 15, 2026

Vivre en France ou partir, n'en soyez pas surpris, c'est le Chien qui vous le dit une deuxième fois !!

Déjà une première édition de notre gentil "Chien surpris" encore plus Libres ! 

Vivre en France ou partir, n'en soyez pas surpris, c'est le Chien qui vous le dit !! 

 

Sommaire:

A) -  Il existait deux façons de mourir pour un talk-show français. 

B) - Les entreprises ferment définitivement. L'État, lui, ne ferme jamais.

C) -  On n'a pas cassé le goût du travail. On l'a taxé jusqu'à l'indifférence.

D) - L'État a rayé l'émission qu'il détestait. Le public raye celle qui le méprisait.

E) - Votre boîte aux lettres n'est plus un service postal. C'est l'huissier de proximité

F) - Un observatoire d'État de la vérité, fondé sur un chiffre invérifiable.  

G) - Les maires tiennent le petit levier. L'Élysée tient le grand — et l'alibi.  

H) - L'État a trouvé mieux qu'un impôt. Un impôt levé par d'autres.  

I) - Le 14 juillet commémore une effraction. Ils l'ont mise sur invitation.  

J) - Les baisses d'impôts sont provisoires. Les hausses sont définitives.  

K) - La chaîne a encore des records. Elle n'a plus d'héritiers.  

L) - Ils sonnent tous l'alarme du navire. Depuis la passerelle qui l'a coulé.  

M) - L'actionnaire majoritaire n'a rien investi. Mais c'est lui qui liquide.  

N) - L'épargnant avait signé pour un taux. L'État a gardé le stylo.  

O) - L'impôt monte chaque année. L'eau, elle, montera d'un coup.  

P) - Le Parlement ne vote plus le budget. Le marché obligataire, si 

Q) - Un vote qui déplaît n'est plus un vote. C'est une ingérence. 

R) - L'ancien créancier attendait ses intérêts. Le nouveau attend le bon moment. 


 

A) -  Il existait deux façons de mourir pour un talk-show français. 

💉 Il existe en France une caisse qui gagne de l'argent. 

Une seule, ou presque : l'assurance chômage. Cotisations dynamiques, réformes qui ont réduit les droits, excédents structurels. Alors l'État a fait ce qu'il fait à tout ce qui respire encore : il a sorti la seringue. Douze milliards d'euros prélevés en quatre ans. Voici l'autopsie — le mot n'est pas de trop. 

🧵 La technique d'abord, car elle mérite un brevet. 

L'État n'a pas « pris » l'argent de l'Unédic — ce serait grossier. Il a exonéré les employeurs de cotisations, promis de compenser la caisse à l'euro près, comme la loi l'y oblige... puis a décidé de ne pas compenser. Ça s'appelle, en langue de Bercy, des « moindres compensations d'exonérations ». Arrêté du 27 décembre 2023, calendrier gravé : 2 milliards en 2023, 2,6 en 2024, 3,35 en 2025, 4,1 en 2026. Douze milliards de promesses de remboursement annulées par arrêté. Chez un particulier, ne pas rembourser ce qu'on doit porte un autre nom. 


Les résultats sur le patient. 

Sans les ponctions, l'assurance chômage dégagerait des excédents massifs — plus de 2 milliards cette année. Avec elles : 2,1 milliards de DÉFICIT en 2026, un désendettement à l'arrêt depuis 2023, et une dette de 61,5 milliards — qui serait tombée à 43 milliards sans les prélèvements. Cerise : dans cette dette figurent 18 milliards de « dette Covid », les mesures d'urgence décidées par l'État pendant la pandémie et facturées à la caisse. Leur remboursement commence cette année, forçant l'Unédic à réemprunter sur les marchés à taux élevés une dette souscrite à taux bas — pour le compte de quelqu'un d'autre. Le corps est à sec ; la seringue insiste. 

🩸 Officiellement, ces milliards financent France Travail et France compétences. 

Mais l'Unédic elle-même a fini par l'écrire, dans un geste de désespoir institutionnel rarissime : les sommes sont « en réalité affectées au budget de l'État ». Relisez : le gestionnaire paritaire du régime accuse publiquement l'État de détourner l'objet des prélèvements. Son vice-président complète — ce n'est plus un prélèvement sur les excédents, mais sur les recettes — et réclame l'interdiction de toute mesure étrangère à la raison d'être du régime. Traduction : les gardiens de la caisse demandent une loi pour se protéger... de l'État. 

Retenez le principe général, car il dépasse le chômage : 

Dans ce pays, tout excédent est un gisement, toute réserve une provocation, toute caisse pleine une anomalie à corriger. Vos cotisations dites « d'assurance » ne vous assurent contre rien — elles assurent le train de vie de l'assureur. Et le jour où la crise viendra, où la caisse contracyclique devra jouer son rôle d'amortisseur, elle empruntera à 4 % ce qu'on lui a confisqué gratuitement. 

La caisse assurait les chômeurs. 

Elle assure désormais l'État. 

(Sources : Unédic, prévisions financières et communiqués 2025-2026 ; arrêté du 27 décembre 2023 ; franceinfo)

 


B) - Les entreprises ferment définitivement. L'État, lui, ne ferme jamais.

🏪 L'annonce est tombée ce matin, par la voix du fonds de garantie des salaires : la France se dirige vers 71 000 à 75 000 faillites d'entreprises en 2026. Un record absolu — qui succède au record absolu de 2025, lui-même record absolu. Trois années, trois sommets. Il n'y a plus de pic. Il y a un plateau, et il monte. 

🧵 Traduisez le chiffre en visages : 

Au premier trimestre, plus de 300 chefs d'entreprise se sont présentés CHAQUE JOUR OUVRÉ devant le tribunal — le constat est du directeur des études d'Altares. Trois cents pancartes « fermeture définitive » par jour, trois cents ardoises effacées, trois cents « merci à tous pour votre soutien toutes ces années » scotchés sur des vitrines. Et 75 350 emplois menacés sur le seul trimestre, du jamais-vu depuis la crise financière de 2009 — sauf qu'en 2009 il y avait eu Lehman Brothers. 

En 2026, il n'y a eu personne. Juste la France ordinaire. 

Le thermomètre le plus honnête de cette hémorragie s'appelle l'AGS — le régime qui avance les salaires quand l'employeur ne peut plus les payer. Premier semestre 2026 : 1,31 milliard d'euros avancés, +19,4 % en un an, « un triste record sur un semestre » selon son directeur général. Projection annuelle : 2,6 milliards — le montant le plus élevé jamais mobilisé depuis la création du régime. 

Et notez qui paie cette assurance-décès des entreprises : 

Les entreprises elles-mêmes, via une cotisation de 0,25 % sur la masse salariale de celles qui tiennent encore. Les survivantes financent les obsèques des autres — en attendant leur tour dans la file du tribunal. 

📉 Car qui tient la porte du tribunal ? Souvenez-vous : 

Près d'un redressement judiciaire sur quatre s'ouvre sur une assignation de l'Urssaf, d'après son propre baromètre. Le même État qui prélève 47,2 % du coût du travail avant le premier euro de marge est aux premières loges pour liquider ceux que la marge a quittés. La boucle est d'une cohérence parfaite : il presse, il constate l'anémie, il assigne, puis son fonds de garantie paie les salaires du mort — avec l'argent des vivants. 

Une dernière chose sur ces 75 000 fermetures « définitives ». 

Le mot est juste : une entreprise qui ferme ne rouvre pas, ses savoir-faire se dispersent, ses clients s'habituent à l'absence. Il n'existe qu'une seule structure dans ce pays pour laquelle aucun déficit, aucune faillite technique, aucun record de dette n'est jamais définitif — elle rouvre chaque matin, quoi qu'il en coûte, et c'est vous qui garantissez son découvert. Les entreprises ferment définitivement. L'État, lui, ne ferme jamais. 

 (Sources : AGS via France Inter, 13 juillet 2026 ; Altares, étude des défaillances, T1 2026 ; Urssaf, baromètre nº 185) ChienSurpris 

Entreprise

L'entreprise désigne aussi bien l’activité de l’entrepreneur que l'organisation humaine et technique qui sous-tend cette activité.

Du point de vue du droit (naturel), une entreprise n'est qu'un ensemble de contrats construits autour de l'activité de l'entreprise (contrats de travail, contrats avec les fournisseurs ou les clients, etc.). En fait, l'entreprise n'est pas un objet de droit (positif), c'est une notion économique et sociale. Il y a souvent confusion dans les textes de droit entre entreprise et société (il en va de même en anglais avec corporation et company) : l'entreprise produit des biens ou des services tandis que la société finance l'entreprise. En droit, on identifie donc l'entreprise au sujet de droit qui l'exploite.

Du point de vue économique, et dans l'optique capitaliste, l'entreprise est une organisation à but lucratif, constituée ou non en société, qui sert le marché dans l'espoir de dégager un profit au bénéfice de son ou ses propriétaire(s) (les actionnaires, l'entrepreneur). Mais la personnalité juridique de l'entreprise ne s'identifie pas forcément avec une forme capitalistique (EURL, SARL, SA, SAS etc.). C'est le principe de la liberté de l'organisation de l’entreprise qui est vital pour une économie avec tous les types qu'une entreprise non capitaliste peut librement adopter en économie de marché[1]. C'est pourquoi le secteur coopératif[2] s'est fortement développé ces dernières années avec des personnalités juridiques comme la SCOP[3]

Théories de l'entreprise

Dans la théorie économique néo-classique, l’entreprise est un agent économique central. Mais cette analyse subit plusieurs paradoxes :

  • L'agent firme est censé être un agent individuel
  • Le comportement de la firme est caractérisé par la maximisation mécanique de son profit.
  • La firme est un instrument microéconomique de justification du bon fonctionnement des marchés et des mécanismes de prix.

Plusieurs types d'approches scientifiques ont tenté de théoriser la nature de l'entreprise (ou firme), ses buts, etc. De la « firme point »[4] à la théorie marginaliste de l'entreprise, la théorie a, peu à peu, évolué tout au long du XXe siècle en passant de la notion d'entreprise familiale vers une conception bien plus complexe, prenant en compte les différents types d'acteurs impliqués (« stakeholder » ou « partie prenante »), les interactions dans le cadre du marché, etc. Les théories et travaux récents (énumérés ci-dessous) conduisent de plus en plus à abandonner une à une toutes les hypothèses du modèle néo-classique (maximisation du profit, firme-point, firme automate[5], etc.). Ces différentes approches peuvent être regroupées comme suit :


Les approches critiquant le libéralisme

L'approche marxiste

Les auteurs marxistes ont profité des attaques de la théorie de l'équilibre général (celles qui ont visé Léon Walras et Vilfredo Pareto), sur les critères d'irréalisme et instrumentaliste de la théorie néo-classique qui a essayé, selon eux, de justifier le libéralisme. Pour les auteurs marxistes[6], la théorie libérale néo-classique a pour but de masquer le caractère inégalitaire des relations d'échange, et de la rationalisation irénique des rapports humains. C'est à dessein, pensent ces auteurs marxistes, que les problèmes de pouvoir disparaissent de la théorie économique néo-classique. Ils soupçonnent que l'appropriation des richesses par les chefs d'entreprises est une honte dont il faut cacher l'existence, de faire taire la culpabilité qui lui est liée et de permettre aux « gardiens du pouvoir » de ne pas se remettre en cause. S'ils admettent quelquefois que le renforcement des inégalités n'est pas l'objectif premier des chefs d'entreprises, l'effet involontaire final en démontre la dramatique conséquence. Aussi, les théoriciens marxistes prétendent que la théorie néo-classique a pour objet d'acheter la paix sociale, en évitant la montée de la contestation et de la révolte populaire, ce qui permet une collusion entre le pouvoir politique et le pouvoir économique.

La critique marxiste est lourde de conséquences et déborde le simple cadre de l'analyse théorique économique. Elle s'intéresse à la nature et à la localisation du pouvoir dans l'entreprise et débouche, par des études empiriques, sur l'origine et sur la remise en cause de la légitimité du pouvoir dans l'entreprise, et donc de ses propriétaires. L'analyse marxiste est donc favorable soit à nier la légitimité des droits de propriété, soit à les transférer à une entité fictive supérieure comme l'État (ou à défaut auprès d'amis qui servent l'intérêt dit général), soit de diluer les droits de propriété de l'entreprise entre les acteurs économiques parties prenantes de l'entreprise.

L'approche des conventions

L'approche des conventions étudie d'une part les rôles de chacun dans la société, d'autre part, la valeur des richesses produites et distribuées à ces individus. Les auteurs prétendent que ce ne sont pas simplement les règles du marché qui déterminent ces éléments de fonctionnement de l'entreprise mais des règles institutionnelles (culturelles) qu'ils dénomment des conventions (Auteurs principaux : Orléan, Favereau).

L'approche régulationniste

  • L'approche régulationniste, courant de pensée français (d'obédience marxienne et keynésienne entre autres) apparu dans les années 1970 (dont les principaux représentants sont Michel Aglietta et Robert Boyer). Cette approche s'emploie notamment à analyser la dynamique des régimes d'accumulation et des modes de régulation des économies, en mettant clairement en avant les aspects politiques et conflictuels de l'entreprise. Elle est très clairement étatiste et fait la part belle à l'interventionnisme étatique.

Les approches contractuelles

  • Les approches contractuelles de la firme (voir Théorie des contrats). C'est actuellement le courant dominant des théories de la firme, on y retrouve notamment :
    • La théorie de l'agence ; une agence est « un contrat par lequel une ou plusieurs personnes (le principal) engage une autre personne (l'agent) pour exécuter en son nom une tâche quelconque qui implique une délégation d'un certain pouvoir de décision à l'agent », (Jensen et William Meckling, 1976)
    • Les travaux de Masahiko Aoki (The Japanese Firm (1994)) où il s'est employé à décrire l'entreprise japonaise ou firme J

L'approche évolutionniste

- Nelson, Richard R. and S.G. Winter 1982, An Evolutionary Theory of Economic Change, Cambridge, Mass.: Harvard University Press.

L'approche de l'école autrichienne d'économie

La division du travail était au centre de l'approche classique d'Adam Smith. Elle inspire le fondement de l'entreprise avec ses corollaires : la circulation des capitaux et des ressources productives. Plus que la division du travail, Friedrich Hayek insiste sur la dispersion de la connaissance dans la société. Grâce à lui, un nouveau mouvement en stratégie est né, la théorie de la firme. Dans la vision récente de l'école autrichienne, l'accent est porté sur l'idée de libre entreprise, c'est-à-dire une insistante requête auprès des pouvoirs publics afin de laisser à chaque être humain la liberté de se lancer dans l'aventure entrepreneuriale (créer une nouvelle entreprise[7], reprendre une entreprise ou agir en tant qu'entrepreneur dans n'importe quelle situation). De plus, il y a une dimension éthique de l'entreprise, rejetant l'idée de planification structurelle qui promouvait la grande entreprise à partir des années 1930 et faisant apparaître la petite entreprise comme une dimension cruciale du développement de la société.

Suivant l'approche classique, les économistes néo-classiques conçoivent l'entreprise sans entrepreneur. L'entreprise est un lieu quasi mécanique d'optimisation des ressources. Pour l'école autrichienne d'économie, et Ludwig von Mises, l'action humaine doit être prise en considération. L'entrepreneurship (entrepreneuriat ou l’art d’entreprendre), comme l'indique Israel Kirzner consiste à être vigilant aux indications du marché. Tous les individus déterminent quels sont les buts et les moyens qui leur conviennent. Le danger est qu'apparaisse une autorité supérieure et dirigiste qui leur impose leurs choix par la règlementation, l'harmonisation ou l'incitation (fiscale, par exemple). Les effets de la réglementation sur les PME peuvent être dramatiques sur le plan de la croissance économique. Ceci signifie aussi que la limite de l'entreprise ne s'arrête pas à la porte de l'usine. Ce sont les individus qui constituent les entreprises en fonction de leur potentiel à se situer en état de vigilance, en fonction de leur talent pour lancer des affaires, et en fonction de leur connaissance pour prendre des initiatives créatives.

Quelques erreurs fréquentes au sujet des entreprises

Pourquoi une entreprise n'est-elle pas gérée démocratiquement

C'est une erreur courante que commettent les collectivistes, renforcée d'ailleurs, en social-démocratie, par une législation qui s'immisce toujours plus dans la marche des entreprises. L'erreur est d'autant plus répandue que beaucoup confondent démocratie et liberté, et parce qu'ils ne se sentent pas libres dans une entreprise, réclament « plus de démocratie ».

Quelle que soit sa taille, une entreprise est la propriété d'une personne, d'un groupe de personnes, d'une autre entreprise ou de plusieurs autres entreprises. Nul n'a le droit d'imposer quoi que ce soit au propriétaire légitime, de la même façon que personne ne peut venir chez vous pour disposer à son gré de vos biens ou pour vous dicter un comportement. Ce qu'on a le droit de faire dans une entreprise découle en dernier ressort du droit de propriété qu'exerce son propriétaire (qui a pu déléguer divers pouvoirs à divers échelons, ce qui dans les grandes entreprises se traduit par une hiérarchie interne). Le modèle de l'entreprise est celui de la copropriété : les décisions se prennent bien démocratiquement, mais uniquement entre copropriétaires, et les votes comptent proportionnellement aux parts détenues (si les parts donnent un droit de vote, ce qui n'est pas forcément le cas). Les décisions prises aux échelons inférieurs par délégation sont présumées avoir été avalisées par les propriétaires, qui sont les responsables ultimes (pas de propriété sans responsabilité). Dans les grandes entreprises, les propriétaires (actionnaires, administrateurs...) n'assument pas forcément la fonction décisionnelle au jour le jour, qui est alors confiée à des salariés spécialisés (PDG, dirigeants d'entreprise, cadres...).

Un salarié qui exigerait la démocratie dans l'entreprise se trouverait dans la même situation qu'un invité sans gêne qui se comporterait chez vous comme s'il était chez lui, et réclamait le même droit que vous à votre réfrigérateur, votre voiture, votre conjoint(e), etc.

Cela ne signifie évidemment pas que le salarié ne doit pas exprimer son point de vue sur les sujets qui le concernent et tenter d'en convaincre ses responsables : l'intérêt de l'entreprise n'est normalement pas contradictoire avec celui du salarié (puisqu’ils se sont associés librement, et peuvent se séparer à tout moment. Le salarié peut par exemple changer d'employeur ou s'établir à son propre compte s’il s’estime lésé).

Le seul but d'une entreprise, c'est bien le profit ?

Le profit est souvent présenté par les anti-capitalistes de tout poil comme l'alpha et l’oméga de l'entrepreneuriat.

À la suite de travaux majeurs à partir des années 1950, notamment de l'école évolutionniste, les multiples acteurs de l'entreprise, les stakeholders, et leurs motivations respectives ont été considérés avec de plus en plus de précision : salariés, fournisseurs, dirigeants, propriétaires, etc.

Plusieurs auteurs ont successivement proposé durant les 50 dernières années un ou plusieurs objectifs que l'on pourrait par hypothèse affecter à l'entreprise (liste non exhaustive) :

  • Adolf A. Berle et Gardiner Means, 1933 : maximisation des intérêts de l'équipe dirigeante
  • William J. Baumol, 1959 : maximisation des ventes de la firme, puis du taux de croissance de celle-ci
  • Marris, 1964 : maximisation du taux de croissance annuel, par le chiffre d'affaires, le nombre d'employés, la capitalisation boursière, etc.
  • et enfin Herbert A. Simon, 1959, puis Armen Alchian et Ruben Kessel, 1962 : « la firme poursuit des objectifs pécuniaires (profit, trésorerie, chiffre d'affaires, etc.) et non pécuniaires (prestige des dirigeants, carrière des salariés, etc.) et effectue pour cela des arbitrages visant à satisfaire tout ou partie de ces intérêts ».

On voit donc clairement que la maximisation du profit ne peut raisonnablement être une hypothèse à adopter pour l'analyse du comportement des firmes ; bien souvent les tenants de telles théories ont une vision simpliste et obsolète de l'entreprise. Les objectifs poursuivis par celle-ci ne peuvent être réductibles à un seul quel qu'il soit, tant les buts des stakeholders d'une firme sont divers.

L'entreprise, une abstraction vivante

Il est à noter qu'en plus, assigner un but à l'entreprise, entité désincarnée, relève quelque peu de l'anthropomorphisme. Une telle entité désincarnée, nœud de contrat, n'est ni un être agissant ni une institution, comme l'explique Pascal Salin, dans son ouvrage Libéralisme  :

«  Il faut bien se garder de voir en elle une institution, l'une de ces abstractions flottantes, à l'instar de l'État, mystérieusement dotées de pensée et de vouloir. Pour éviter ce danger, on pourrait même se demander s'il ne serait pas plus sain d'éviter de parler d'entreprise, pour essayer de découvrir les véritables acteurs qui la constituent. »
    — Pascal Salin, Libéralisme

Au-delà de cette prudence intellectuelle, il est à noter que les approches économiques obsolètes consistant à considérer l'entreprise comme une institution ne résistent pas bien longtemps à l'analyse, et on leur préfèrera notamment les travaux des auteurs cités au paragraphe ci-dessus, ou ceux de l'école autrichienne.

Annexes

Citations

  • «  Dans l'entreprise s'accomplit le même miracle que réalise tout échange : des hommes et des femmes dont les buts sont différents et même initialement incompatibles, se rencontrent et se mettent d'accord. Personne n'abdique ses propres buts dans l'entreprise. Les buts sont multiples, mais ils deviennent compatibles par l'accord contractuel entre des personnes libres qui s'approprient des ressources, fruits de leur activité. C'est pourquoi il est erroné de dire que le but de l'entreprise est le profit et de critiquer le capitalisme pour le prétendu caractère matérialiste de son activité, la prédominance qu'il donnerait à l'argent et à la recherche du profit au dépens de toute valeur humaine. Il est parfaitement légitime que le salarié n'ait pas pour objectif la maximisation du profit de l'entreprise, mais la maximisation de son salaire, son propre accomplissement dans les tâches qu'il doit effectuer ou la chaleur des relations humaines. Il se trouve simplement que, grâce au contrat de travail qui est l'un des éléments constitutifs de l'entreprise, ces objectifs peuvent être rendus compatibles avec ceux du propriétaire de l'entreprise qui poursuit peut-être la maximisation de son profit, ou de son prestige, ou tout autre objectif que nous ne pouvons pas connaître : la personnalité de chaque être humain est incommunicable et nous n'avons d'ailleurs pas le droit de nous mettre à la place d'autrui et de préjuger de la valeur de ses actes et de ses intentions. Mais ce sera le rôle spécifique de l'entrepreneur, en tant que titulaire des revenus résiduels, de concevoir tous ces contrats qui rendront compatibles les objectifs si variés de tous les partenaires. »
        — Pascal Salin, Libéralisme

  • «  Une entreprise, c'est une libre association de personnes qui produisent des biens et des services que les gens apprécient suffisamment pour les acheter. C'est ce qui la distingue de l'État, lequel nous fournit des services que nous sommes forcés de payer sans toujours les apprécier. Contrairement aux États, les entreprises ne survivent que dans la mesure ou elles satisfont leur clientèle, et comme les goûts et les produits changent constamment sous l'effet du progrès et de la concurrence, elles sont soumises à un effort constant d'adaptation. Les chantres du tout-État répandent le sophisme de la puissance des grandes entreprises, sous le prétexte que certaines ont un chiffre d'affaires qui dépasse le PNB de petits États. C'est du vent. Lorsque dans les années 1980, les Japonais ont réussi à faire des voitures moins chères et de meilleure qualité, la Général Motors, alors la première entreprise du monde, ou PSA, l'un des plus grands constructeurs automobiles européens, ont tout simplement failli disparaître. IBM, considérée comme invulnérable il y a vingt ans, a failli plonger il y a quelques années sous la concurrence des ordinateurs portables. Beaucoup plongent effectivement. [...] Chaque année, le magazine L'Expansion donne le classement des plus grandes entreprises mondiales. Il faut voir comme il évolue au cours des ans. Il n'est pas rare de voir des entreprises prospères disparaître complètement du classement en quelques années. »
        — Jacques de Guenin, ATTAC ou l'intoxication des personnes de bonne volonté

  • «  L'entreprise est élue tous les jours par ses clients. »
        — François Michelin

  • «  Ce n'est pas la vie des entreprises qui rythme la vie du marché, mais l'inverse. »
        — Bernard Maître

  • «  À entendre les journalistes et ce petit monde bien-pensant, une entreprise est une association à but non lucratif dont la noble mission serait de « créer des emplois ». Quelle hypocrisie ! Une entreprise doit gagner de l’argent et quand elle gagne de l’argent, elle embauche. Pour gagner de l’argent, il faut qu’elle fasse le plus possible avec le moins de monde possible. Les impôts vus comme un instrument de « justice sociale » sont une monstruosité. On se trompe de débat, on trompe les électeurs. »
        — Simone Wapler

Notes et références

  • Michel Jeantin, 1981, « L’entreprise non capitaliste en économie de marché », Revue Procès, cahiers d’analyse politique et juridique, n°7

  • La finalité des sociétés coopératives est de rendre des services à leurs membres selon une logique d’équité et par une gouvernance démocratique. Cependant, une coopérative ne représente pas un organisme unifié car il faut un consensus pour décider. Et le consensus entraîne des coûts d'organisation élevés qui peuvent être considérablement réduits dans une organisation de type entreprise. Un seul entrepreneur peut souvent adopter des innovations qu'un comité peut ne pas pouvoir faire en raison des coûts de décision plus élevés de ce dernier. En particulier, les efforts nécessaires pour parvenir à un consensus sur un certain sujet et le maintenir dans le temps ne sont pas gratuits. Ce raisonnement est similaire à celui qu'empruntent James Buchanan et Gordon Tullock (1962), dans leur ouvrage Le calcul du consentement) ou à celui d'Armen Alchian et d'Harold Demsetz (1972) pour leur théorie de l'agence. Ils justifient la plus grande efficacité atteinte par les formes capitalistes d'entreprises par rapport aux coopératives de travail. Les établissements collégiaux subissent des coûts d'organisation importants dans le processus de décision, et ces coûts sont plus importants lorsque la décision à prendre est :
    (i) plus définitive que d'autres (par exemple, ses conséquences durent plus longtemps voire sont perpétuelles) ;
    (ii) plus complexe que d'autres (elle implique plus de contingences, ce qui implique des conséquences imprévisibles, dues à l'aléatoire, au manque de l'expertise requise, ou à l'existence d'asymétries informationnelles).
    C'est la raison pour laquelle, dans les grandes entreprises modernes, les droits de propriété sont séparés de l'équipe de direction, laquelle est engagée à maximiser leur valeur. Tout ceci parce qu'une procédure de prise de décision plus centralisée est moins chère que les procédures consensuelles ou collégiales.

  • La SCOP s'identifie par des principes démocratiques de son mode d'organisation et de gestion et par une forme a-capitaliste, puisque le droit de vote est basé sur le principe une personne, une voix. Bien que différente de l'entreprise capitalistique, la SCOP ne se situe pas pour autant aux antipodes. La SCOP (Société Coopérative Ouvrière de Production), s’inscrit dans une catégorie plus large de l’économie sociale et solidaire (ESS).

  • Une « firme point » est assimilable à un agent individuel, sans prise en considération de l'organisation interne de l'entreprise. L'image est utilisée pour désigner le plus petit élément d'analyse. Il est impossible de regarder à l'intérieur du point.

  • La firme automate agit comme un agent parfaitement rationnel. Elle transforme de manière efficiente des facteurs de production en produits et elle s’adapte mécaniquement aux contraintes techniques et aux environnements qui lui sont donnés

  • Dominique Monjardet, 1971, « Pouvoir politique et stratégie dans l'entreprise. Quelques éléments », Epistémologie sociologique, n°11, Vol 8

    1. En dehors de la sphère autrichienne, il faut lire :
      • 1980, K. H. Vesper, "New Venture Strategies", Englewood Cliffs, New Jersey, Prentice Hall
      • 1989, W. A. Brock, D. S. Evans, "Small Business Economics", Small Business Economics, Vol 1, pp7-20
      • 1991, L. R. Scott, K. G. Shaber, "Person, Process, Choice : The Psychology of New Venture Creation", Entrepreneurship, Theory and Practice, Vol 16, n°2, pp23-45

    Bibliographie

    • 1994, P. Du Gay, "Against ‘Enterprise’ (but not against ‘enterprise’, for that would make no sense”, Organization, Vol 11, n°1, pp37-57
    • 2000, Olivier Weinstein, "Comment la théorie économique tente d’apprivoiser l’entreprise", Alternatives Économiques, hors série, n°43, 1er trimestre
    • 2003, B. Baudry, "Économie de la firme", Repères, La Découverte
    • 2005, B. Guerrien, "L’entreprise, une boîte noire", Alternatives Economiques, juin, n°237
    • 2012,
      • Michael Best, "The Obscure Firm in the Wealth of Nations", In: Michael Dietrich, Jackie Krafft, dir., "Handbook on the Economics and Theory of the Firm", Edward Elgar Publishing
      • Arthur M. Diamond, "The Epistemology of Entrepreneurship", In: Roger Koppl, Steven Horwitz, Laurent Dobuzinskis, dir., "Advances in Austrian Economics", Vol 17, - Experts and Epistemic Monopolies, Emerald Group Publishing Limited, Ch 8, pp111-142
      • Michael Dietrich, Jackie Krafft, "The Economics and Theory of the Firm", In: Michael Dietrich, Jackie Krafft, dir., "Handbook on the Economics and Theory of the Firm", Edward Elgar Publishing

    Voir aussi en liens internes

    Liens externes


     


    C) -  On n'a pas cassé le goût du travail. On l'a taxé jusqu'à l'indifférence.

    🩺 Il existe une épidémie française que personne ne déclare, qu'aucun médecin ne code et qu'aucune statistique ne nomme. Ses symptômes : l'heure supplémentaire refusée, la promotion déclinée, le « ça ira comme ça » à 16 h 30. Son nom clinique : l'aquabonisme aigu. Et contrairement à ce qu'on vous dira, ce n'est pas une maladie de la volonté. C'est une maladie de l'arithmétique. 

    🧵 Le diagnostic tient en un chiffre, calculé chaque année par l'Institut économique Molinari avec les données d'EY : 54,4 %. 

    C'est la part du salaire réel — le fameux « super-brut », ce que l'employeur dépense vraiment — captée par les cotisations, la CSG, la CRDS et l'impôt sur le revenu avant que le salarié moyen ne touche quoi que ce soit. En valeur : l'employeur verse 59 458 € dans l'année ; il en reste 27 326 nets de tout. Moins de la moitié. La France est championne d'Europe de la discipline, année après année, et son salarié moyen n'est « libéré » fiscalement et socialement que le 18 juillet — dans cinq jours. Jusqu'à samedi, chaque heure que vous travaillez appartient d'abord à quelqu'un d'autre. 

    📅 Maintenant, mettez-vous dans la tête d'un salarié parfaitement rationnel. 

    On lui propose une heure supplémentaire : l'État en prend plus de la moitié. Une promotion : elle le hisse dans des tranches où chaque euro gagné en rapporte encore moins, quand elle ne lui fait pas perdre une aide au passage. Se donner à fond ou se donner à moitié produit, à l'arrivée, une différence de train de vie si mince qu'elle ne paie même pas la fatigue. Alors il fait ce que ferait n'importe quel être doué de calcul : il ajuste l'effort au rendement. On appelle ça « quiet quitting », « désengagement », « épidémie de flemme ». C'est un contresens. C'est une grève invisible — sans préavis, sans piquet, sans banderole — et elle est la seule grève de l'histoire de France que l'État ait provoquée contre lui-même. 

    🪧 Le plus troublant est que tout le monde fait semblant de chercher la cause. 

    On convoque le télétravail, la génération Z, le rapport au sens, les séquelles du Covid. Personne ne pose la seule question comptable : que rapporte, net de tout, l'unité d'effort supplémentaire dans ce pays ? Tant que la réponse restera « moins de la moitié de ce qu'elle coûte », le pays lèvera le pied — non par paresse, mais par lucidité. L'aquaboniste n'est pas un tire-au-flanc. C'est un contribuable qui a fini par lire sa fiche de paie. 

     On n'a pas cassé le goût du travail. 

    On l'a taxé jusqu'à l'indifférence. 

    (Sources : Institut économique Molinari / EY, La pression sociale et fiscale réelle du salarié moyen dans l'UE, 16e édition ; OCDE, Les impôts sur les salaires 2026) 

    Travail

    L'étymologie du mot travail vient du bas latin tripalium (VIe siècle) instrument de torture formé de trois pieux. Des modifications et altérations de sens se retrouvent dans la famille de trabs, trabis : poutre (travée). Au XIIe siècle, le travail signifie le tourment et la souffrance. Au XVIe siècle, il devient : « Se donner de la peine pour ».

    Dans un sens restreint, le travail est une action non dictée par la survie de l'espèce, bien souvent en échange d'une rémunération ou d'une gratification. Dans un sens plus large, le travail est une action nécessitant de l'énergie ou d'accomplir une activité quelconque contre une rémunération. 

    Travail et chômage

    La relation entre travail et chômage est complexe et difficile à comprendre. Pour comprendre cette relation, partons du constat suivant : l'homme naît pauvre, ou plus précisément, il naît dans une société, une communauté, dans laquelle ses membres travaillent, s'organisent, afin de créer des richesses susceptibles de satisfaire les besoins de ses semblables. En effet, pour développer des conditions favorables à son existence, l'homme doit transformer la nature, utiliser les ressources de la terre afin de sortir de la rareté, de la pénurie. Sa vie est donc faite de travail car il doit produire des efforts pour satisfaire ses propres besoins mais aussi ceux des personnes de la communauté qui ne participent pas directement à la création de richesses (personnes âgées, celles frappées d'incapacité, les lycéens, les étudiants...). L'impératif de l'homme est donc le travail car toute acte de satisfaction, de consommation, nécessite du travail.

    Le chômage est une « construction sociale »

    Contrairement au travail, le chômage est une « création sociale ». En effet, le chômeur n'existait pas dans les sociétés traditionnelles basées sur la soumission. Par exemple, l'esclave et le serf n'étaient pas menacés par le chômage. De même, les sociétés caractérisées par ce qu'Émile Durkheim nommait une « solidarité mécanique » (grosso modo les sociétés traditionnelles) c'est-à-dire une communauté régie par une solidarité issue de l'activité religieuse et de type villageoise, familiale où la profession était transmise du père au fils, la femme s'occupant du domestique, ne connaissaient pas le phénomène du chômage qui caractérise nos sociétés modernes. Ces anciennes formes d'organisation sociale étaient en quelque sorte des sociétés de castes puisque le statut social était acquis, ou subi, dès la naissance de sorte que les chances de promotion sociale étaient très faibles.

    La révolution intellectuelle et sociale des XVIIe et XVIIIe siècles va bouleverser cet état de choses. En France, la Révolution française de 1789 a supprimé les privilèges. Par la suite, le 26 août, la Constituante vote la Déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen. Ainsi, de sujet, l'individu devient citoyen. Et l'État n'existe que pour protéger les droits de l'individu. Progressivement, l'individualisme de la Révolution gagne les sociétés européennes et plus particulièrement la manière dont celles-ci organisent la production des richesses. En France, le décret D'Allarde et la loi Le Chapelier de 1791 organisent, pour la première fois, un véritable « marché du travail ». Or, un marché suppose qu'il y a échange d'une marchandise contre une autre. L'individu devient donc un marchand qui vend sa force de travail à un employeur. Le chômage n'annonce donc pas absence de travail mais l'incapacité de l'individu à trouver un acheteur pour sa force de travail. C'est bien pour cette raison que la définition de la population active englobe les actifs occupés mais également les chômeurs.

    Le chômage est un état qui est apparu dans nos sociétés à la suite de la rencontre de deux actions : l'extension du salariat comme mode d'organisation majeur de la production des richesses et la création, et par des institutions spécialisées de l’État qui créent un intérêt à se déclarer comme chômeur.

    Le salariat est apparu assez tardivement en France puisque, au lendemain de la libération, un bon tiers des Français vivait directement de la terre, et la moitié habitaient à la campagne. Aujourd'hui, le salariat représente 90 % de la population active. Le XXe siècle a donc confirmé la suprématie du salariat comme forme d'organisation dominante de la force de production. Ceci est véritablement une révolution silencieuse.

    L’État a également contribué à cette révolution et à l'émergence du statut de chômeur. En effet, le chômeur est né dans les statistiques de l'État en 1896 à la suite de sa volonté de rationaliser le marché du travail et de stabiliser les travailleurs par le contrat de travail. La conséquence de cette organisation scientifique de la population est que le chômeur, l'individu, est devenu un chiffre, une dépense pour la collectivité. Ce chiffre est en expansion puisque de 300 000 demandeurs d'emploi en France dans les années 1970 nous sommes passés à 3 000 000 dans les années 1990... L'intervention réglementaire et législative de l’État a de facto créé une zone illégale du travail. Le travail au noir ou travail dissimulé est une activité rémunérée non-déclarée à l'administration étatique, et par conséquent non-soumise à impôts, taxes, contributions sociales et astreintes des règlementations.

    L’État et ses représentants prétendent que les impôts non payés en raison du travail au noir constituent un vol, que ce « manque à gagner » doit être transféré sur ceux qui s’acquittent légalement des charges fiscales qui sont imposées. En réalité, les échanges volontaires entre les individus ne sont certainement pas des crimes, et le vol est bien le fait de l’État, qui n'acquiert pas ses ressources autrement que par la coercition et la violence, les gens étant contraints de contribuer. Dans ce cas, le travail au noir est, pour certains travailleurs et entrepreneurs, une réponse légitime à l’empiètement étatique. Le travail au noir est un travail que l'État a arbitrairement déclaré comme illégal. En fait, l'État crée lui-même le problème en voulant règlementer le marché du travail, en empêchant, entre autres, les immigrés de travailler, et en institutionnalisant le chômage.

    Les raisons de la croissance du chômage

    Il est utile de se poser la question de la croissance du chômage. Plusieurs explications peuvent être avancées : les conditions du marché du travail, les assurances chômage aux effets pervers de démotivation et les politiques de relance keynésienne.

    La première explication est un raisonnement en termes de marché. Ici, le travail est une marchandise comme les autres, une ressource rare qui trouvera toujours une manière de s'employer à condition d'accepter une rémunération adéquate issue des mouvements naturels des prix. Dans ce sens, le marché du travail doit respecter les conditions communes à tout marché où seule l'initiative individuelle existe. Le marché doit être transparent (information parfaite) et les individus doivent effectuer des calculs rationnels (recherche du meilleur résultat possible). Ainsi, l'offre de travail émane des individus qui raisonnent sur un salaire réel, les effets de l'inflation étant supposés faire partie des calculs d'optimisation. Dans ce modèle, les agents effectuent en quelque sorte un arbitrage entre les avantages tirés du statut de chômeur et ceux engendrés par l'obtention d'un travail rémunéré (effets de substitution), le salaire étant le prix de renonciation aux loisirs selon les enseignements de Gary Becker. Le travail est donc conçu négativement, comme une renonciation aux loisirs. En effet le mot travail ne vient-il pas du latin tripaliare qui signifie torture, le tripalium étant un instrument de torture et le mot chômage du grec kauma qui signifie chaleur torride ? Par ailleurs Malthus affirmait que « l'homme est par nature apathique, paresseux et ennemi du travail ».

    Dans ce sens, les nombreuses mesures mises en place par les pouvoirs publics pour protéger les chômeurs et leur accorder des rémunérations peuvent avoir des conséquences de désincitation, les individus préférant le chômage plutôt que l'activité. C'est la thèse de l'économiste Jacques Rueff. Pour lui, c'est l'instauration de différentes formes d'indemnisation du chômage (notamment la Dole en Grande Bretagne instaurée en 1911) qui est la cause du chômage permanent. En effet, la Dole établit un certain niveau minimum de salaire à partir duquel l'ouvrier préfère percevoir la Dole plutôt que de travailler. La Dole stabilise le salaire à un niveau entièrement indépendant du niveau des prix. Pour Rueff, sans indemnisation le travailleur accepte les baisses de salaire car il est obligé de travailler, la peur de la misère étant un puissant mécanisme d'incitation. Il estime que le mécanisme des prix libres, de par le processus d'adaptation progressive, permet d'absorber le chômage. Comme l'école autrichienne, le penseur soutient que dans toutes les domaines où un prix a été artificiellement fixé à un taux différent de celui issue de la volonté individuelle, il y a crise. La demande de travail provient des entreprises. Étant donné que le salaire représente un coût pour les employeurs, cette demande est freinée par les prélèvements, les règlementations qui frappent l'utilisation du travail vivant. Aujourd'hui, les contraintes imposées par le Code du travail sont régulièrement évoquées pour expliquer les difficultés rencontrées par les PME pour créer des emplois.

    John Maynard Keynes s'oppose à cette vision en termes de marché. En effet, les entrepreneurs ne raisonnent pas sur le prix mais sur la demande effective, c'est-à-dire la demande anticipée par les employeurs. Ainsi, l'emploi ne dépend pas seulement des choix des entreprises mais aussi des consommateurs et de tous les choix des membres de la catallaxie. Deux conceptions du chômage se dégagent alors : la conception keynésienne qui insiste sur l'importance de la demande effective, et une autre classique qui explique le chômage par l'insuffisance de la rentabilité. Selon la conception adoptée, les mesures préconisées pour lutter contre ce fléau vont être radicalement différentes. Le keynésianisme défend un rôle actif de l'État, alors que la pensée libérale accorde plus d'importance à l'initiative privée. Aujourd'hui, il est certain que la régulation du marché du travail s'éloigne des mécanismes concurrentiels. En effet, on observe une quasi-indexation des salaires sur les prix depuis 1969. De même, le salaire indirect connaît une expansion importante en France à cause de la gestion de la sécurité sociale. Comme le remarque R. Boyer, une régulation de type socio-politique se substitue progressivement à la régulation stricte des individus.

    François Mitterrand affirmait que tout avait été fait pour essayer de lutter contre le chômage. Peut être que le problème est justement que les différents gouvernements ont tout essayé...

    La flexibilité du marché du travail

    Parmi les facteurs de la flexibilité, la durée du travail est souvent avancée par les décideurs politiques. Or, la durée du temps de travail devrait être un des termes du contrat de travail plutôt qu'une contrainte extérieure imposée par la règlementation dans un but malthusien (le prétendu partage du travail).

    Dans le même genre d'idées, Frédéric Bastiat proposait, par plaisanterie cynique et paradoxal, d'interdire aux travailleurs l'usage de la main droite pour augmenter la quantité de travail (et donc d'augmenter la richesse) :

    « Quand les ouvriers de toute sorte seront réduits à leur main gauche, représentons-nous, Sire, le nombre immense qu'il en faudra pour faire face à l'ensemble de la consommation actuelle, en la supposant invariable, ce que nous faisons toujours quand nous comparons entre eux des systèmes de production opposés. Une demande si prodigieuse de main-d'œuvre ne peut manquer de déterminer une hausse considérable des salaires, et le paupérisme disparaîtra du pays comme par enchantement. » (Sophismes Économiques, La main droite et la main gauche, [1])

    De leur côté, les économistes et les théoriciens des organisations se sont souvent opposés sur les logiques de flexibilité[1] dans les relations d'emploi. Certains avancent des arguments sur une approche de l’emploi stable fondée sur un marché du travail interne[2] tandis que d'autres privilégient une gestion d’adaptation rapide basée sur un marché du travail ouvert. Pour les théoriciens du marché interne, le recrutement est assez discriminant puisqu'il favorise plutôt l'embauche de personnes en début de carrière avec un statut juridique de contrat à durée indéterminée (CDI). Confrontées à des lois anti-discriminantes et à la surveillance distante d'un organisme comme la Halde, en France, ces pratiques de gestion en ressources humaines conduisent quelquefois à l'hypocrisie (vous êtes trop senior pour ce poste) ou à l'indifférence (syndrome du téléphone silencieux). Dans un marché du travail ouvert, les recrutements s'effectuent pour tous les âges même si la flexibilité implique quelquefois des contrats en durée déterminée (CDD), à du travail temporaire ou à de la sous-traitance (transformation de la relation de travail en relation commerciale). La rémunération s'effectuera pour les uns, comme dans le modèle de l'administration, sur une grille de classification. L'évolution se déroule selon l’ancienneté, selon des notations de supérieurs hiérarchiques sur les capacités d'intégration, de socialisation et de performance collective tandis que dans le marché du travail ouvert, ce sont les conditions du marché qui déterminent le salaire et les évolutions se produisent en fonction des résultats de l’individu.

    Dans le marché du travail interne, il existe des possibilités de promotion et de mobilité interne avec un marché qui s'organise à l'intérieur de l'organisation comme des bourses de l’emploi ou des aides à l’orientation. Sur le marché du travail ouvert, la relation de travail est fortement liée à un contrat transactionnel qui autorise les relations à long terme mais sans engagement assuré. Dans cette vision, l’emploi concerne avant tout une mission ou un poste. Dans ce contexte, il n'existe véritablement pas de politique de formation. L’entreprise n’emploie que des personnels formés ou immédiatement opérationnels. À l'inverse, la politique du marché interne favorise la formation au poste, aux évolutions du métier ou à l’évolution professionnelle.

    La stratégie de gestion des ressources humaines est également totalement opposée. Dans un marché interne s'appuyant sur une logique de convention professionnel, d'accord de branche, d'entreprise ou inter-établissement, il existe un effort d’anticipation par l'établissement d'une gestion et d'une prévision des emplois et des compétences (GPEC). La flexibilité est d'ordre quantitative en interne ou la flexibilité peut être fonctionnelle en proposant d'autres perspectives à des salariés. Sur le marché ouvert, la flexibilité est davantage externe. L'adaptation s'effectue par le non-renouvellement des contrats, par des licenciements, par des démissions (plus ou moins manipulées), des ruptures conventionnelles de contrat, ou par l'externalisation.

    Citations

    • Mieux que tous les analgésiques, soporifiques, stimulants, tranquillisants, narcotiques, et, jusqu'à un certain point, mieux encore que tous les antibiotiques - bref, la seule « panacée universelle » connue de la science médicale, c'est... le travail. (Thomas Szasz)
    • Si le communiste voit en toi un homme et un frère, ce n'est là que sa manière de voir des dimanches ; les autres jours de la semaine il ne te regarde nullement comme un homme tout court, mais comme un travailleur humain ou un homme qui travaille. Si le premier point de vue s'inspire du principe libéral, le second recèle l'illibéralité. Si tu étais un « fainéant », il ne reconnaîtrait pas en toi l'homme, il y verrait un « homme paresseux » à corriger de sa paresse, et à catéchiser pour le convertir à la croyance que le travail est la « destination » et la « vocation » de l'homme. (Max Stirner)
    • Mais si l'homme ne travaille plus, c'est aussi parce que la société va lui garantir, à travers une série de droits sociaux, un minimum de subsistance. C'est une invention moderne née avec la généralisation de l'État-providence. Dans ce cas, le travail n'apparaît plus comme une nécessité. Il est même considéré par certains comme un processus d'exploitation auquel il conviendrait de se soustraire. (Jean-Louis Caccomo, Le modèle français dans l'impasse)
    • L'État est fondé sur l'esclavage du travail. Que le travail soit libre, et l'État s'écroule. (Max Stirner)
    • Le travail éloigne de nous trois grands maux : l'ennui, le vice et le besoin. (Voltaire)

    Informations complémentaires

    Notes et références

    • Bernard Bruhnes, 1989, « La flexibilité du travail. Réflexions sur les modèles européens », Droit du travail, n°3, mars, pp251-256
    • C. Everaere, 1997, Management de la flexibilité, Paris, Economica

    1. * P. B. Doeringer et M.J. Piore, 1971, Internal Labor Markets and Manpower Analysis, Armonk, New York, M.E. Sharpe, Inc.

    Bibliographie

    Voir aussi

    B0.jpg Discussions sur le forum
    Les Fruits De Notre Travail Nous Appartiennent (for)






     

     

     


    D) - L'État a rayé l'émission qu'il détestait. Le public raye celle qui le méprisait. 

    📺 Il existait deux façons de mourir pour un talk-show français. La première : déplaire à l'État — C8 rayée de la TNT, dossier réglé par décret. La seconde vient de s'ouvrir sous nos yeux, plus lente et plus cruelle : déplaire au public. 

    Voici comment l'émission qui riait de la France a cessé, saison après saison, de la faire rire. Chiffres à l'appui. 

    🧵 Le tableau de la saison 2025-2026, tenu au jour le jour par la presse spécialisée, se lit comme un bulletin de santé déclinant. Novembre : −810 000 téléspectateurs en une seule journée. Décembre : « dégringole », doublé par Cyril Hanouna sur W9. Mai : « lourde chute », re-doublé. Juin : « Quotidien Week-end s'effondre ». Arrêtez-vous sur ce fait : l'émission qui a passé une décennie à incarner le camp du bon goût contre la vulgarité cathodique se fait désormais doubler, en audience globale, par l'homme qu'elle traitait en repoussoir. Le tribunal est distancé par son accusé favori. 

    📉 On objectera — c'est vrai — que Quotidien reste leader de sa case et fort sur les « cibles commerciales ». Mais quand on veut savoir si un navire prend l'eau, on ne regarde pas le pavillon : on regarde ce que fait l'armateur. Et l'armateur a tranché il y a une semaine. TF1 impose l'austérité à la production : suppressions d'emplois, prime time raboté pour la rentrée. Trois signatures de l'émission — Ambre Chalumeau, Maïa Mazaurette, Pablo Mira — quittent le navire en fin de saison. On ne coupe pas le budget d'une émission qui gagne, et on ne quitte pas un plateau qui monte. 

    Le groupe TF1, dont la publicité linéaire est en « baisse structurelle » de son propre aveu, a fait ses comptes : 

    Le ricanement ne rapporte plus. 

    Pourquoi ce désamour ? 

    Chacun jugera ; voici notre lecture. Pendant dix ans, l'émission a perfectionné un genre : le persiflage des inquiétudes ordinaires. L'insécurité ? Un fantasme de plateau. La pression fiscale ? Une obsession de privilégiés. L'immigration incontrôlée ? Un gros mot à désamorcer d'un sourire en coin. Le sketch permanent consistait à regarder la France d'en haut, entre gens qui savent — et à faire du spectateur le complice du mépris de son voisin. Or ce pacte a une limite arithmétique : à force de ricaner des préoccupations de la majorité, on finit par ricaner de son propre public. Les gens n'ont pas cessé d'aimer rire. Ils ont cessé d'aimer être la chute. 

    🎭 Cette planche est la cinquantième. 

    La première racontait une chaîne exécutée par l'État — 61 procédures, une fréquence rayée d'un trait de plume. La cinquantième raconte une émission abandonnée par son public — un point de part d'audience après l'autre, une signature après l'autre, un budget après l'autre. Entre les deux morts, toute la différence entre un régime et un marché : l'Arcom a eu besoin d'un décret. Les Français n'ont eu besoin que d'une télécommande. 

     L'État a rayé l'émission qu'il détestait. 

    Le public raye celle qui le méprisait. 

     (Sources : Puremédias/Ozap, relevés Médiamétrie novembre 2025 - juillet 2026 ; Le Parisien ; Groupe TF1, résultats T1 2026)

     


     

    E) - Votre boîte aux lettres n'est plus un service postal. C'est l'huissier de proximité

    📬 Il existe un geste que des millions de Français exécutent chaque jour avec une boule au ventre : 

    Ouvrir leur boîte aux lettres. Pas par nostalgie. Par appréhension. Parce qu'ils savent ce qui les attend : des enveloppes à fenêtre. Personne ne leur écrit plus — sauf ceux qui réclament. Voici comment la boîte aux lettres est devenue le guichet des mauvaises nouvelles, textes officiels à l'appui. 

    🧵 Faites l'inventaire de votre courrier du mois. 

    Une carte postale ? Une lettre d'un proche ? Le courrier intime a été divisé par trois en quinze ans — il a émigré vers les messageries. Ce qui reste dans la boîte, c'est le courrier de gestion : l'avis d'imposition, la facture, la relance, la mise en demeure, le recommandé qu'il faudra aller chercher en tremblant. 

    Le papier n'est pas mort. Il s'est spécialisé. 

    Il ne transporte plus que ce qu'on redoute. Et ce n'est pas une impression : c'est une architecture, écrite dans les textes. Prenez la saisie administrative à tiers détenteur — la procédure qui permet au fisc de ponctionner directement votre compte. Depuis 2024, l'administration notifie votre BANQUE par voie électronique, interfaces dédiées, employeurs raccordés via la déclaration sociale. Et vous, le principal intéressé ? Le Bulletin officiel des finances publiques le précise noir sur blanc : la saisie « est en règle générale notifiée par la voie postale ». Relisez la répartition des canaux : le numérique pour prendre, le timbre pour prévenir. L'État a digitalisé sa main — il a gardé le papier pour sa voix. Votre boîte aux lettres n'est plus un service postal. 

    C'est l'huissier de proximité. 

    ✉️ Poursuivez la lecture des textes, l'asymétrie y est réglementaire. Votre compte : bloqué quinze jours, tous vos comptes sauf le compte-titres. Les frais bancaires de la saisie : jusqu'à 100 euros — à votre charge, vous payez pour être saisi. La mise en demeure préalable : même pas obligatoire en cas d'« exigibilité immédiate ». Et si vous contestez ? Vous disposez de deux mois. L'administration, elle, en a SIX pour vous répondre. Et son silence, au bout des six mois, vaut rejet. Deux mois pour vous, six pour elle, et son mutisme est une décision. Voilà le rapport de force que transporte chaque enveloppe à fenêtre — et voilà pourquoi la main hésite sur le couvercle. L'anxiété du courrier n'est pas une fragilité psychologique. C'est une lecture parfaitement exacte du droit applicable. 

    📪 La modernité, pendant ce temps, avance dans un seul sens : 

    La loi anti-fraudes du 25 juin dernier vient d'étendre la saisie administrative aux portefeuilles de crypto-actifs. L'État saura saisir vos bitcoins en temps réel. Vous, vous l'apprendrez par le facteur. 

    (Sources : BOFiP, REC-FORCE-30-20 ; http://service-public.fr, fiche SATD ; loi du 25 juin 2026 relative à la lutte contre les fraudes ; Arcep/La Poste, volumes courrier)

     

    À lire:  Écologisme ou Écologie: Campagnes de désinformation climatique !!

    F) - Un observatoire d'État de la vérité, fondé sur un chiffre invérifiable. 

    🔍 Le 9 juillet, trois sénateurs — LR, centriste, PS, l'arc complet — ont présenté un rapport de 160 pages et 56 recommandations pour lutter contre les fausses informations. Il repose sur un chiffre-choc de désinformation massive. Demandez la source de ce chiffre. Il n'y en a pas. Le ministère de la Vérité s'ouvre sur une vérité invérifiable. 🧵 Commençons par le socle. Interrogée sur l'ampleur du fléau, la rapporteure balaie les données des plateformes — « chiffres très rassurants » — et leur oppose « les études indépendantes » : selon « certains travaux », la désinformation représenterait « au moins 10 % des contenus », soit « des milliards de vidéos, de textes, de podcasts ». 

    Certains travaux. Lesquels ? 

    Le rapport qui veut traquer les affirmations sans source fonde son diagnostic sur une affirmation sans source. Dans n'importe quelle copie de première année, un « selon certains travaux » sans référence vaut zéro. Au Sénat, il vaut 56 recommandations et une proposition de loi dès septembre. Car voici ce que ce chiffre fantôme doit justifier — et là, il suffit de citer, tout est écrit. Le rapport propose un « observatoire de la désinformation intérieure » — le concept d'« ingérence intérieure » est inventé pour l'occasion, sans définition — chargé, texto, « d'inciter les plateformes à modifier leurs algorithmes ou à invisibiliser un utilisateur fautif en cas de menace grave pour la qualité de l'information à l'approche des élections ». 

    Relisez lentement : 

    Un organe administratif qui fait rendre invisibles des citoyens, avant une présidentielle, pour « menace à la qualité de l'information » — notion que personne ne définit. Il pourra saisir l'Arcom et la commission de contrôle de la campagne présidentielle. Et le calendrier est assumé : les mesures doivent produire leurs effets AVANT 2027. 

    📅 Le reste du menu complète le tableau. 

    Des médias labellisés « d'intérêt général » que YouTube, TikTok et Instagram seraient contraints de pousser en tête de leurs recommandations — la hiérarchie de l'information par décret algorithmique. Les créateurs de contenus « à risques sérieux » — critères non précisés — placés sous la régulation de l'Arcom, comme des chaînes de télévision. Un fonds pour la presse alimenté par les amendes infligées aux plateformes : les sanctions des uns financent les journaux des autres. En 1793, on appelait cela la loi des suspects : nul besoin d'avoir menti, il suffit d'être susceptible de mal informer. La version 2026 ajoute une élégance : le suspect ne sera pas arrêté. Il sera invisibilisé — il parlera dans une pièce dont on aura retiré les murs, sans jamais savoir pourquoi personne ne l'entend. 

    Une dernière chose. 

    Que la désinformation existe, nul ne le nie — la série que vous lisez passe son temps à vérifier des chiffres officiels faux. Mais c'est précisément pourquoi le remède proposé est pire que le mal : le jour où un observatoire d'État qualifie le vrai, la question n'est plus « est-ce vrai ? » mais « qui contrôle l'observatoire ? ». Et la réponse est dans le calendrier : ceux qui se présentent en 2027. 

    Un observatoire d'État de la vérité, fondé sur un chiffre invérifiable. 

     (Sources : Sénat, rapport « Les zones grises de l'information », adopté le 8 juillet 2026, conférence de presse du 9 juillet ; http://Next.ink, 9 juillet ; Public Sénat)

    Censure

    La censure est un contrôle autoritaire de la liberté d'expression exercé de façon totale ou partielle. Le pouvoir de censure peut être exercé sur toute forme d'expression ou d'information comme par exemple sur des livres, journaux, bulletins d'informations, pièces de théâtre, films, etc., avant que sa diffusion au public soit autorisée ou interdite.

    Par abus de langage, on parle parfois de "censure" pour désigner le comportement d'un éditeur ou d'un média qui refuse de donner la parole à certaines personnes ou à certains groupes. Il faut rappeler que la liberté d'expression consiste aussi pour chacun à discriminer et à choisir les sujets sur lesquels il décide de s'exprimer, au détriment des autres. Il n'y a pas de "droit à s'exprimer n'importe où et de n'importe quelle façon" : la liberté d'expression doit respecter la liberté individuelle et le droit de propriété. Ainsi ce qu'on appelle la "modération" sur Internet n'est pas une censure : la censure interdit une opinion en tout lieu, alors que la modération ne l'exclut que de son territoire. 

    La censure en France

    En France, sous l'Ancien Régime, la censure a toujours existé. Par exemple, les livres étaient édités avec privilège du Roi : cette autorisation, qui préfigurait la propriété intellectuelle, donnait en réalité un droit de regard aux censeurs royaux. Elle coexistait avec un grand marché de l'édition sous le manteau, la fabrication se faisant dans des ateliers clandestins ou dans des pays étrangers plus libéraux. En 1752, Louis XV fait interdire la vente, l’achat et la détention des deux premiers volumes de L’Encyclopédie, œuvre collective élaborée à partir de 1746 et dirigée par Denis Diderot et Jean le Rond D’Alembert, œuvre critique envers la monarchie absolue, la noblesse et la religion, et entrant en concurrence avec le Dictionnaire de Trévoux des Jésuites. Lors de la Révolution française, la censure est abolie en 1791, mais rétablie en 1794 par la contre-révolution de Thermidor.

    Sous l'Empire, le décret du 5 février 1810 instaure une censure complète de la presse et de la librairie : surveillance étroite de la presse, encadrement administratif de l'imprimerie (par un corps d'inspecteurs et de contrôleurs), contrôle des ouvrages imprimés aux frontières, registre des intentions de publication, brevet nécessaire pour être imprimeur ou libraire (nécessitant entre autres un certificat de bonne vie et mœurs et une prestation de serment), dépôt légal réaffirmé, etc. La monarchie ne sera pas en reste dans l'escalade répressive : la Loi sur la presse du 9 septembre 1835, appelée aussi la « loi scélérate de 1835 », réduit considérablement la liberté de la presse (l'interdiction de la caricature politique provoquera la disparition de plusieurs revues satiriques). Napoléon III y ajoutera un contrôle du colportage. Le décret du 5 février 1810 ne sera complètement aboli que par la loi du 29 juillet 1881. La censure sur les spectacles sera levée en 1906. La censure réapparaîtra lors des deux guerres mondiales et de la guerre d'Algérie (1954-62).

    La condamnation des Fleurs du Mal de Baudelaire (1857) ne sera levée qu'en 1949. J'irai cracher sur vos tombes de Boris Vian, considéré comme pornographique et immoral, sera interdit en 1949 et son auteur condamné pour outrage aux bonnes mœurs ; le procureur estime que cette condamnation est justifiée moins par le caractère scandaleux de l’œuvre que par le fait que son prix la rende accessible à tout le monde... L'éditeur Jean-Jacques Pauvert est traîné en justice en 1956 et condamné pour avoir réédité l'œuvre du marquis de Sade (qui circulait jusqu'alors sous le manteau).

    La censure pour raisons politiques a toujours existé en France : par exemple le film Les Sentiers de la gloire de Stanley Kubrick, estimé attentatoire à la dignité de l'armée française, a été censuré jusqu'en 1975. Le film Pierrot le fou de Godard (1965) fut interdit aux moins de dix-huit ans pour « anarchisme intellectuel et moral ». De même un classique de Georges Lautner, Le Pacha (1968), avec Jean Gabin en vedette, subit la censure pour violence excessive, maltraitance policière et vulgarité (chanson Requiem pour un con de Serge Gainsbourg).

    Le livre Suicide, mode d'emploi a été interdit à la vente en 1987, par une loi réprimant la « provocation au suicide ». Le 12 mars 1987 c'est le roman L'Os de Dionysos qui est interdit par le tribunal de grande instance de Tarbes pour « trouble illicite, incitation au désordre et à la moquerie, pornographie et danger pour la jeunesse en pleine formation physique et morale ».

    LLe Grand Secret, livre publié en 1996 par le docteur Gubler, médecin de François Mitterrand, a été interdit en France pour violation du secret médical. Un arrêt de la Cour européenne (décision du 18 mai 2004) a sanctionné les juges français qui ont interdit sa sortie.

    Le 13 novembre 2013 le livre Le Salut par les Juifs de Léon Bloy (livre écrit en réponse à La France juive de l'antisémite Édouard Drumont), maintes fois réédité depuis 1892, a été censuré par le juge des référés de Bobigny, suite à une plainte de la Licra.

    Contre la censure

    Les libéraux sont opposés à tout type de censure, pour des raisons éthiques et épistémologiques.

    La censure est d'abord un refus de savoir, une interdiction que l'on s'impose à soi-même, le refus d'une prise de conscience (Freud reprend d'ailleurs ce terme dans la psychanalyse pour désigner le mécanisme du refoulement). L'auto-censure est une violence que la victime s'impose volontairement, en raison d'une peur panique de regarder la vérité en face.

    La censure est une violence injustifiée qui restreint la liberté d'expression. C'est une mesure paternaliste qui fait fi de la responsabilité et de l'intelligence des personnes. Le discours haineux / violent / immoral à lui seul ne constitue pas une agression, il doit donc s'exprimer et participer à l'échange libre des idées, ce qui est le meilleur moyen de le combattre.

    D'un point de vue strictement conséquentialiste, censurer quelqu'un, c'est lui faire une publicité dont il n'aurait jamais pu rêver. C'est en faire une victime d'autant plus intransigeante, qui continuera de toute façon dans la clandestinité. Ne pas le censurer, c'est au contraire lui permettre d'exhiber sa bêtise / sa haine / ses préjugés au grand jour, et de devoir faire face aux arguments rationnels, ce dont il a le plus souvent horreur. Il faut donc laisser s'exprimer même les totalitaires et les antilibéraux, autrement on ne pourrait même pas savoir qu'ils existent !

    Autre effet de la censure, observée en psychologie sociale et supportée par la théorie de la réactance[1], les victimes d’une censure restaurent leur sentiment de liberté en accentuant davantage leur point de vue censuré. Une trop forte pression donne exactement le contraire de ce qui est attendu. L'effet se fait sentir aussi chez ceux qui ne sont pas censurés car ils ont l’impression que la censure par un leadership autoritaire limite leur choix de façon arbitraire.

    Être opposé à la censure ne signifie pas pour autant cautionner des idées dangereuses ou des pratiques immorales ; celles-ci doivent pouvoir s'exprimer parce que les inconvénients de la censure l'emportent largement sur ses avantages. Plutôt que l'interdiction, il faut favoriser la libre expression qui permet la réfutation :

    Si l'on a la possibilité de dévoiler par la discussion le mensonge et l'erreur, d'éviter le mal grâce à l'éducation, le remède à appliquer est davantage de liberté d'expression, et non d'imposer le silence par la force.[2]

    En revanche, la censure privée est tout à fait légitime, car elle s'exerce dans un cadre privé et exprime les droits du propriétaire : un éditeur par exemple a toute liberté de choix sur ce qu'il entend publier ou non. La censure publique, au contraire, est une forme de viol de la propriété privée.

    Bibliographie

    • 1930,
      • Harold Lasswell, "Censorship", In: Edwin R. A. Seligman, dir., "Encyclopaedia of The Social Sciences", Vol III, New York: MacMillan
        • Nouvelle édition en 1937, New York: MacMillan
        • 10ème édition en 1953, "Censorship", In: Edwin R. A. Seligman, dir., "Encyclopaedia of The Social Sciences", Vol III, New York: MacMillan, pp290-294
    • 1958, Harold S. J. Gardiner, "Catholic Viewpoint on Censorship"
      • Nouvelle édition en 1961, Garden City, N.Y.: Doubleday
    • 1960, Robert W. Haney, "Comstockery in America: Patterns of Censorship and Control", Boston: Beacon
    • 1961, James C. N. Paul, Murray L. Schwartz, "Federal Censorship: Obscenity in the Mail", New York: Free Press
    • 1962, John McCormick, Mairi Macinnes, dir., "Versions of Censorship: An Anthology", Chicago, Ill.: Aldine
    • 1968, Henry J. Abraham, "Censorship", In: David L. Sills, dir., "International encyclopedia of the social sciences", Vol 2, London: Macmillan and the Free Press, pp356-360
    • 1964, Morris L. Ernst, Alan U. Schwartz, "Censorship: The Search for the Obscene", New York: Macmillan

    Notes et références

  • Selon la théorie de la réactance, un individu est plus ou moins engagé suivant les conditions de production de ses actes. Les actes les plus engageants sont ceux qui ont des conséquences dans un contexte de liberté.
    • 1966, J. W. Brehm, "A theory of psychological reactance", Academic Press
    • 1981,
      • J. W. Brehm, S. S. Brehm, "Psychological Reactance: A Theory of Freedom and Control", Academic Press
      • Sharon S. Brehm, "Psychological reactance and the attractiveness of unobtainable objects: Sex differences in children's responses to an elimination of freedom", Sex Roles, Vol 7, n°9, pp937–949
    • 2005,
      • J. Dillard, L. Shen, "On the nature of reactance and its role in persuasive health communication", Communication Monographs, Vol 72, pp144–168
      • P. J. Silvia, "Deflecting reactance: The role of similarity in increasing compliance and reducing resistance", Basic and Applied Social Psychology, Vol 27, pp277–284
    • 2006, E. Alvaro, M. Burgoon, J. Grandpre, C. H. Miller, "Identifying principal risk factors for the initiation of adolescent smoking behaviors: The significance of psychological reactance", Health Communication, vol 19, pp241–252
    • 2007, L. M. Deatrick, L. T. Lane, C. H. Miller, A. M. Young, K. A. Potts, "Psychological reactance and promotional health messages: The effects of controlling language, lexical concreteness, and the restoration of freedom", Human Communication Research, Vol 33, pp219–240

    1. "If there be time to expose through discussion the falsehood and fallacies, to avert the evil by the process of education, the remedy to be applied is more speech, not enforced silence." (Louis Brandeis, U.S. Supreme Court Justice, Whitney v. California, 274 U.S. 357, 1927)

    Voir aussi

    Citations

    • La « censure » est un terme uniquement applicable aux actions de l’État. Il n’y a pas d’action privée qui soit un acte de censure. Aucune personne ni agence privée ne peut forcer un homme au silence ni réprimer une publication. Il n’y a que les hommes de l’État qui puissent le faire. La liberté d’expression d’une personne privée inclut le Droit de ne pas être d’accord avec ses adversaires, de ne pas les écouter et de ne pas leur donner son argent. (Ayn Rand)
    • Nous, par exemple, on ne brûle pas les livres. On n'est pas des barbares. On les interdit. (Oskar Freysinger, Antifa, 2011)
    • Le censeur craint d’être trop indulgent ; de là une sévérité vétilleuse. Il craint de ne pas apercevoir une allusion, un sens caché ; de là mille étranges interprétations. Il craint enfin que son attention, trop peu soutenue, n’ait laissé échapper quelque trait répréhensible ; de là, pour aller au plus sûr, il proscrit tout l’ouvrage : car ce censeur, qui court plus d’un risque en approuvant un livre, n’en court aucun en le rejetant. (Jean-Baptiste Say)
    • Concevez-vous qu’un pays soit libre, quand la pensée, ou la parole qui en est l’expression, ne le sont pas ? (Milton)
    • Il existe un moyen simple pour la société civile de combattre les comportements et les idées fausses, y compris les insultes : l’ostracisme et le boycott. C’est la seule méthode spontanément et naturellement efficace, qui protège la libre volonté des individus. Mais vouloir établir la tolérance universelle d’une manière coercitive en criminalisant la pensée et en forçant le citoyen à adopter une vérité d’État est aberrant. (Damien Theillier)
    • Je dirais que les sottises imprimées n'ont d'importance qu'aux lieux où l'on en gêne le cours ; que, sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur ; et qu'il n'y a que les petits hommes, qui redoutent les petits écrits. (Beaumarchais)
    • Pourvu que je ne parle ni de l’autorité, ni de la politique, ni de la morale, ni des gens en place, ni de l’opéra, ni des autres spectacles, je puis tout imprimer librement, sous la direction, néanmoins, de deux ou trois censeurs. (Beaumarchais)
    • Pour savoir qui vous dirige vraiment il suffit de regarder ceux que vous ne pouvez pas critiquer. (Voltaire)
    • Toute censure est un aveu. On ne bâillonne que la bouche qui dit vrai. (Pierre Gripari)
    • Il existe toutes sortes de censures : la censure d’État, officielle et préalable, ou officieuse et dissuasive ; la censure sociale, qui exclut les non-conformistes des carrières, des places, de la “réussite” ; l’autocensure, qui permet de faire des économies de temps et de personnel. Mais on a rarement prêté attention à une forme non officielle de censure, d’autant plus redoutable qu’elle est sincère, se croît honnête et n’a pas conscience d’être censure : c’est la censure idéologique. (...) Elle consiste, non pas à empêcher la diffusion des œuvres et des idées, puisqu’elle n’en a pas le pouvoir légal, mais à dissuader le public d’en prendre connaissance. (Jean-François Revel, La Nouvelle Censure)
    • La censure aboutira principalement à décourager tout savoir et à arrêter le cours de la vérité de sagesse civile et religieuse. Même si l'on laissait souffler sur la terre tous les vents des doctrines contraires, dès lors que la vérité aussi se trouve parmi elles, on aurait grand tort de permettre et d'interdire, car cela reviendrait à jeter un doute sur la force propre de la vérité. Laissez-la s'empoigner avec l'erreur. Qui a jamais vu la vérité avoir le dessous dans une controverse libre et ouverte ? Réfuter librement l'erreur est le plus sûr moyen de la détruire. (John Milton, Areopagitica, 1644)
    • La censure est toujours un aveu : un aveu de faiblesse. (Slobodan Despot, Antipresse 244, 01/08/2020)
    • La censure quelle qu’elle soit me paraît une monstruosité, une chose pire que l’homicide ; l’attentat contre la pensée est un crime de lèse-âme. La mort de Socrate pèse encore sur le genre humain. (Gustave Flaubert)

    Liens externes

     

     


     

    G) - Les maires tiennent le petit levier. L'Élysée tient le grand — et l'alibi.  

    🏠 Chaque automne, le même sketch. Les avis de taxe foncière tombent, la France s'étrangle — Paris +60 % en 2023, Grenoble +25 % —, et la même réponse descend d'en haut : « la taxe foncière, ce n'est pas l'État, ce sont les maires qui votent les taux. » 

    L'alibi est parfait. Il a un seul défaut : le dossier. Ouvrons-le. 

    🧵 La taxe foncière se calcule en multipliant deux choses : un TAUX, voté par la commune, et une BASE — la valeur locative — fixée par la loi nationale. L'alibi présidentiel repose entièrement sur le premier facteur. Or l'Observatoire de l'UNPI a décomposé les +37,3 % de hausse de la décennie 2014-2024, et voici le partage des responsabilités : les taux votés par les maires ont contribué pour +11,2 %. La majoration LÉGALE des bases, décidée au niveau national : +23,5 %. 

    Relisez. 

    Celui qui montre les maires du doigt actionne le levier qui pèse DEUX FOIS plus lourd que le leur. L'Observatoire conclut d'ailleurs sans ambiguïté : c'est la majoration légale des valeurs locatives qui explique le dérapage. 

    📊 Le pire est que ce grand levier tourne tout seul. Depuis 2018, les bases sont indexées automatiquement sur l'inflation : +3,4 % en 2022, +7,1 % en 2023 — du jamais-vu —, +3,9 % en 2024. Soit +15,1 % en trois ans, à taux communaux INCHANGÉS, sans qu'un seul élu de la République n'ait rien voté. Une hausse d'impôt sans coupable, sans débat, sans empreintes. Le crime parfait — à un détail près. Car il y a eu un moment de vérité, un seul, et il est daté. Automne 2022, examen du budget 2023, l'inflation flambe : des députés déposent un amendement plafonnant la revalorisation des bases. 

    La commission des finances de l'Assemblée l'ADOPTE. La machine allait être bridée. 

    L'amendement est mort en séance — faute de soutien du gouvernement. 

    Voilà la pièce à conviction :

    Quand le Parlement a tendu la main vers le frein, l'Élysée a retiré la pédale. On ne peut plus plaider l'héritage ni l'automatisme : on a choisi, en pleine flambée, de laisser tourner. Ajoutez la pièce n° 2 : c'est la suppression de la taxe d'habitation — sa réforme — qui a laissé aux maires un unique levier de recettes, la foncière. Les +52 % de taux parisiens sont les enfants mathématiques de cette suppression : il a construit la pièce où les maires n'avaient qu'un seul bouton, puis il s'est indigné qu'ils appuient dessus. 

    ⚖️ Alors oui, techniquement, « ce sont les maires qui votent les taux ». Comme c'est techniquement le guichetier qui tend le bordereau. La question n'a jamais été de savoir qui tient le stylo au bas de la page. Elle est de savoir qui a écrit la page. 

    Les maires tiennent le petit levier. 

    L'Élysée tient le grand — et l'alibi. 

     (Sources : UNPI, Observatoire national des taxes foncières, 19e édition, 15 octobre 2025 ; PLF 2023, amendement I-CF4 ; Actu-Juridique ; délibérations des conseils de Paris et Grenoble, 2023) 

    Municipalisme libertaire

    Le municipalisme libertaire est une philosophie politique qui promeut la décentralisation du pouvoir et la démocratie directe au niveau local. Il met l'accent sur l'autonomie des municipalités en tant qu'unités de base de gouvernance, où les citoyens peuvent participer activement aux décisions politiques qui affectent leur vie quotidienne. Le municipalisme libertaire repose sur des principes de démocratie directe, de justice sociale, d'égalité des chances et de durabilité écologique. Il vise à réorganiser la société en redonnant aux communautés locales le contrôle sur leurs propres affaires. 

    Fondements théoriques du municipalisme libertaire

    A. Contexte et justification de l'émergence du municipalisme libertaire

    Le municipalisme libertaire a émergé en réponse aux limitations et aux dysfonctionnements des systèmes politiques centralisés et hiérarchiques. Il prend en compte les inégalités socio-économiques, la marginalisation des voix citoyennes et les crises écologiques qui résultent souvent de la concentration du pouvoir entre les mains d'une élite politique. Face à ces défis, le municipalisme libertaire propose un modèle alternatif basé sur la démocratie directe et la participation citoyenne à l'échelle locale.

    Les défenseurs du municipalisme libertaire soulignent que les municipalités sont des espaces où les citoyens sont plus susceptibles de se sentir connectés les uns aux autres et à leur environnement, favorisant ainsi une participation politique plus directe et informée. En renforçant les municipalités et en leur accordant une plus grande autonomie politique, le municipalisme libertaire cherche à créer des communautés plus justes, égalitaires et écologiquement durables.

    Le contexte actuel de crises économiques, sociales et environnementales a renforcé l'importance du municipalisme libertaire en tant qu'approche politique alternative. De nombreuses expériences et initiatives de municipalisme libertaire ont vu le jour dans différents contextes géographiques, offrant des exemples concrets de son application et de son potentiel à transformer la gouvernance locale. Ces expériences servent de fondement à l'analyse et à la réflexion sur les principes et les pratiques du municipalisme libertaire.

    B. Explication des principes de base du municipalisme libertaire

    Le municipalisme libertaire repose sur plusieurs principes fondamentaux qui guident sa philosophie politique :

    1. Décentralisation du pouvoir : Le municipalisme libertaire promeut la décentralisation du pouvoir politique, en reconnaissant les municipalités comme des unités de base de gouvernance. Il soutient que les décisions politiques devraient être prises au niveau local, permettant ainsi une plus grande participation citoyenne et une meilleure prise en compte des besoins spécifiques des communautés.

    2. Démocratie directe : Le municipalisme libertaire met l'accent sur la démocratie directe, où les citoyens participent activement à la prise de décisions politiques qui les affectent directement. Les assemblées communales et les processus de prise de décision par consensus ou vote majoritaire sont privilégiés, permettant une participation égalitaire et une représentation équitable des différents groupes sociaux.

    3. Autonomie locale : Le municipalisme libertaire valorise l'autonomie locale, reconnaissant que chaque municipalité a ses propres caractéristiques, besoins et priorités. Il encourage la prise de décisions au niveau le plus proche possible des citoyens concernés, favorisant ainsi une meilleure compréhension des enjeux locaux et une plus grande responsabilité des décideurs politiques envers la communauté.

    C. Liens avec la social ecology et l'écologie politique

    Le municipalisme libertaire est étroitement lié à la social ecology (écologie sociale) et à l'écologie politique, développées par Murray Bookchin, l'un des principaux penseurs du municipalisme libertaire. La social ecology examine les relations entre la société humaine et l'environnement naturel, mettant en évidence les liens entre les systèmes sociaux et écologiques.

    Selon la social ecology, les problèmes écologiques sont souvent le résultat de structures sociales injustes et de formes de pouvoir centralisées. Ainsi, le municipalisme libertaire propose de restructurer la société en redonnant le pouvoir aux communautés locales, considérant que la prise de décisions à l'échelle locale favorise une gestion plus durable et équitable de l'environnement.

    D. Critique des systèmes politiques centralisés et hiérarchiques

    Le municipalisme libertaire critique les systèmes politiques centralisés et hiérarchiques, tels que l'État-nation, en soulignant leurs limites et leurs effets néfastes sur la démocratie, la participation citoyenne et la justice sociale. Il considère que la concentration du pouvoir entre les mains d'une élite politique entraîne une déconnexion entre les décideurs et les citoyens, et peut conduire à des décisions non représentatives des intérêts et des besoins des communautés locales.

    En rejetant les structures de pouvoir hiérarchiques, le municipalisme libertaire préconise la création de systèmes politiques horizontaux, où le pouvoir est distribué de manière équitable et où les citoyens peuvent participer directement à la prise de décisions qui les concernent. Il vise à promouvoir une forme de gouvernance plus démocratique, inclusive et responsable, en accordant une importance particulière à la justice sociale, à la durabilité écologique et à l'autonomie des communautés locales. En mettant l'accent sur la participation citoyenne et la démocratie directe, le municipalisme libertaire cherche à donner aux individus un réel pouvoir de décision et à promouvoir une société égalitaire et solidaire.

    En résumé, le municipalisme libertaire repose sur les principes de décentralisation du pouvoir, de démocratie directe et d'autonomie locale. Il s'inscrit dans le cadre de la social ecology et de l'écologie politique, mettant en lumière les liens entre les systèmes sociaux et écologiques. En critiquant les systèmes politiques centralisés et hiérarchiques, le municipalisme libertaire propose une alternative basée sur la participation citoyenne, la justice sociale et la durabilité écologique.

    Les municipalités comme unités de base

    A. Rôle et importance des municipalités dans le municipalisme libertaire

    Dans le cadre du municipalisme libertaire, les municipalités occupent une place centrale en tant qu'unités de base de gouvernance. Elles sont considérées comme des espaces où les citoyens peuvent exercer leur pouvoir politique de manière directe et participative. Les municipalités sont perçues comme les lieux privilégiés pour la prise de décisions qui affectent la vie quotidienne des individus et des communautés.

    Les municipalités, de par leur proximité avec les citoyens, sont mieux à même de comprendre les besoins et les spécificités locales. Elles sont en mesure de répondre de manière plus efficace et adaptée aux défis et aux aspirations des habitants. En renforçant les municipalités, le municipalisme libertaire vise à instaurer une gouvernance plus démocratique, inclusive et en phase avec les réalités locales.

    B. Autonomie locale et décentralisation du pouvoir politique

    Le municipalisme libertaire défend l'autonomie locale en reconnaissant que chaque municipalité a ses propres caractéristiques, besoins et priorités spécifiques. Il préconise la décentralisation du pouvoir politique, permettant aux municipalités d'exercer un plus grand contrôle sur leurs affaires internes et sur les décisions qui les concernent directement.

    La décentralisation du pouvoir politique favorise la participation citoyenne et la responsabilité des décideurs locaux envers leur communauté. Elle permet également de s'adapter aux particularités culturelles, économiques et environnementales propres à chaque municipalité. En décentralisant le pouvoir, le municipalisme libertaire cherche à garantir que les décisions politiques soient prises au niveau le plus proche possible des citoyens concernés.

    C. Valorisation de la démocratie directe et de la participation citoyenne

    Le municipalisme libertaire met en avant la démocratie directe comme un pilier central de sa philosophie politique. Il considère que la participation citoyenne active et la prise de décisions collectives sont essentielles pour une gouvernance véritablement démocratique.

    Dans ce cadre, les assemblées communales jouent un rôle important. Elles offrent aux citoyens un espace de délibération, de discussion et de prise de décision collective sur les affaires locales. Les processus de prise de décision peuvent se faire par consensus ou par vote majoritaire, garantissant ainsi une représentation équitable des différents groupes sociaux.

    En encourageant la démocratie directe et la participation citoyenne, le municipalisme libertaire cherche à renforcer l'engagement civique, à promouvoir l'inclusion sociale et à créer une culture politique où les citoyens se sentent responsables et acteurs de leur communauté.

    En résumé, le municipalisme libertaire valorise le rôle des municipalités en tant qu'unités de base de gouvernance, mettant l'accent sur leur autonomie et la décentralisation du pouvoir politique. Il promeut la démocratie directe et la participation citoyenne active, reconnaissant que ces éléments sont essentiels pour une gouvernance véritablement démocratique et pour répondre aux besoins spécifiques de chaque communauté locale.

    Les assemblées communales

    A. Définition et structure des assemblées communales

    Les assemblées communales sont des organes centraux dans le cadre du municipalisme libertaire. Elles sont des forums où les citoyens se réunissent pour discuter, délibérer et prendre des décisions collectives qui affectent leur municipalité. Les assemblées communales sont ouvertes à tous les résidents de la communauté et visent à garantir une participation citoyenne active et égalitaire.

    La structure des assemblées communales peut varier en fonction des besoins et des traditions de chaque municipalité. Elles peuvent être organisées régulièrement, avec des réunions planifiées à intervalles définis, ou être convoquées en fonction des enjeux spécifiques qui nécessitent une décision collective.

    B. Processus de prise de décision par consensus ou vote majoritaire

    Les assemblées communales mettent en œuvre des processus de prise de décision qui favorisent l'expression des opinions et la recherche de consensus. Le consensus est souvent privilégié dans le municipalisme libertaire, car il vise à trouver des solutions qui sont acceptables pour tous les participants. Cependant, lorsque le consensus n'est pas atteint, le vote majoritaire peut être utilisé pour trancher les décisions.

    Le processus de prise de décision par consensus encourage les participants à écouter attentivement les différentes perspectives, à rechercher des solutions qui répondent aux intérêts communs et à trouver des compromis acceptables pour tous. Il nécessite un engagement en faveur de la coopération et du respect mutuel.

    En cas de recours au vote majoritaire, chaque participant dispose d'une voix et les décisions sont prises à la majorité simple ou qualifiée, selon les règles définies par la communauté. Cela garantit que les décisions soient prises de manière démocratique et reflètent la volonté de la majorité des participants.

    C. Inclusion et représentation équitable des différents groupes sociaux

    Les assemblées communales visent à promouvoir l'inclusion et la représentation équitable des différents groupes sociaux au sein de la communauté. Elles cherchent à donner à tous les citoyens la possibilité de participer activement et de contribuer aux décisions collectives, indépendamment de leur origine sociale, de leur sexe, de leur race, de leur religion ou de tout autre aspect de leur identité.

    Pour garantir la représentation équitable, des mécanismes tels que la rotation des rôles ou la réserve de sièges peuvent être mis en place. Ces mécanismes permettent de donner la parole à un large éventail de perspectives et d'assurer que les décisions prises tiennent compte des besoins et des intérêts de tous les membres de la communauté.

    En favorisant l'inclusion et la représentation équitable, les assemblées communales contribuent à renforcer la démocratie locale, à promouvoir la justice sociale et à prévenir les disparités et les discriminations. Elles permettent aux communautés de s'engager dans un processus de prise de décision inclusif et participatif, où chaque voix compte et où les intérêts collectifs sont pris en considération.

    En résumé, les assemblées communales sont des organes essentiels du municipalisme libertaire, offrant aux citoyens un espace de participation directe et de prise de décision collective. Elles favorisent l'inclusion et la représentation équitable des différents groupes sociaux, garantissant que toutes les voix soient entendues. Les assemblées communales mettent en place des processus de prise de décision par consensus ou vote majoritaire, encourageant la recherche de solutions acceptables pour tous. Elles contribuent ainsi à renforcer la démocratie locale, la justice sociale et la cohésion communautaire. Les assemblées communales incarnent l'idéal du municipalisme libertaire en permettant aux citoyens de participer activement à la gouvernance de leur municipalité et de façonner leur propre destin collectif.

    La confédération municipale

    A. Objectifs et fonctionnement de la confédération municipale

    Dans le municipalisme libertaire, la confédération municipale joue un rôle crucial en tant qu'instance de coopération et de coordination entre les municipalités. Elle vise à unir les efforts des différentes municipalités au sein d'une région ou d'un territoire plus vaste, afin de promouvoir des objectifs communs et de renforcer leur pouvoir politique collectif.

    La confédération municipale fonctionne sur la base de principes horizontaux et décentralisés, où chaque municipalité conserve son autonomie locale tout en collaborant avec les autres. Elle favorise la solidarité, l'échange d'expériences et la mutualisation des ressources entre les municipalités membres.

    B. Coopération et coordination entre les municipalités

    La confédération municipale facilite la coopération entre les municipalités en encourageant le partage de bonnes pratiques, de connaissances et de ressources. Les municipalités membres peuvent s'engager dans des projets communs, tels que des initiatives écologiques, des programmes de développement économique local ou des politiques sociales progressistes.

    La coordination entre les municipalités permet également de faire front commun face aux enjeux régionaux ou nationaux qui peuvent affecter l'autonomie et les intérêts des municipalités. Cela renforce leur pouvoir de négociation et leur capacité à défendre leurs droits et leurs valeurs communes.

    C. Création d'une structure de gouvernance horizontale

    La confédération municipale se distingue par sa structure de gouvernance horizontale, où les décisions sont prises de manière collective et participative. Elle encourage la rotation des responsabilités et des fonctions, afin d'éviter les concentrations excessives de pouvoir.

    Les décisions au sein de la confédération municipale sont prises par le biais de processus démocratiques et inclusifs, similaires à ceux des assemblées communales. Les municipalités membres peuvent envoyer des délégués pour participer aux réunions et aux prises de décision, en veillant à ce que toutes les voix soient entendues et respectées.

    La structure de gouvernance horizontale de la confédération municipale permet de renforcer la démocratie participative à un niveau supérieur, en impliquant directement les représentants des municipalités dans les processus décisionnels et en évitant les hiérarchies rigides et centralisées.

    En résumé, la confédération municipale dans le cadre du municipalisme libertaire vise à promouvoir la coopération et la coordination entre les municipalités. Elle favorise la solidarité et le partage des ressources, tout en préservant l'autonomie locale de chaque municipalité. La confédération municipale fonctionne selon une structure de gouvernance horizontale, où les décisions sont prises de manière collective et participative. Cette approche renforce le pouvoir politique des municipalités et leur capacité à agir en faveur de la justice sociale, de la durabilité écologique et de l'autonomie communautaire.

    Les enjeux économiques et sociaux

    A. Promotion de l'économie sociale et solidaire

    Le municipalisme libertaire accorde une importance primordiale à la promotion de l'économie sociale et solidaire au niveau local. Il encourage le développement de coopératives, d'entreprises sociales et de structures économiques basées sur la solidarité et la coopération plutôt que sur la concurrence et la recherche du profit maximal.

    En favorisant l'économie sociale et solidaire, les municipalités peuvent contribuer à créer des emplois durables, à renforcer les liens communautaires et à promouvoir une répartition plus équitable des richesses. Elles peuvent également encourager des pratiques économiques respectueuses de l'environnement et axées sur la durabilité.

    B. Prise en compte des besoins sociaux et environnementaux

    Le municipalisme libertaire met l'accent sur la prise en compte des besoins sociaux et environnementaux au sein des municipalités. Il encourage les politiques publiques qui visent à garantir l'accès équitable aux services essentiels tels que le logement, l'éducation, les soins de santé, les transports et les espaces verts.

    Les municipalités peuvent mettre en place des programmes de soutien aux plus démunis, promouvoir des politiques d'inclusion sociale et veiller à ce que les ressources et les infrastructures soient réparties de manière équitable dans la communauté. Elles peuvent également adopter des mesures visant à réduire leur empreinte environnementale, favoriser les énergies renouvelables, la gestion durable des déchets et la protection des espaces naturels.

    C. Redistribution équitable des ressources et lutte contre les inégalités

    Le municipalisme libertaire aspire à une redistribution équitable des ressources et à la lutte contre les inégalités sociales. Les municipalités peuvent jouer un rôle actif dans la promotion de politiques économiques et fiscales progressistes qui favorisent la justice sociale.

    Cela peut se traduire par la mise en place de systèmes de taxation plus progressifs, la promotion de programmes de logement abordable, la création de services publics accessibles à tous et la mise en œuvre de mesures de lutte contre la pauvreté et l'exclusion.

    En s'attaquant aux inégalités sociales et en promouvant une redistribution équitable des ressources, le municipalisme libertaire vise à créer des sociétés plus justes et égalitaires, où chaque individu a la possibilité de s'épanouir et de participer pleinement à la vie communautaire.

    En résumé, le municipalisme libertaire aborde les enjeux économiques et sociaux en promouvant l'économie sociale et solidaire, en prenant en compte les besoins sociaux et environnementaux, et en luttant contre les inégalités. Les municipalités peuvent jouer un rôle clé dans la mise en œuvre de politiques économiques et sociales progressistes, visant à garantir l'accès équitable aux ressources, à promouvoir la durabilité et à réduire les disparités sociales.

    Exemples de municipalisme libertaire

    La Commune de Paris de 1870 peut être considérée comme un exemple historique précurseur du municipalisme libertarien, mettant en avant les principes de démocratie directe, de décentralisation du pouvoir et d'engagement citoyen.

    A. Rojava - La région autonome du Rojava en Syrie

    La région autonome du Rojava en Syrie est souvent citée comme l'un des exemples les plus emblématiques de municipalisme libertaire contemporain. Dans cette région, un système politique basé sur les principes du municipalisme libertaire a été mis en place, mettant l'accent sur la démocratie directe, la participation citoyenne et la coopération communautaire.

    Les municipalités du Rojava fonctionnent selon une structure décentralisée, où les assemblées communales jouent un rôle central dans la prise de décision. Les habitants sont encouragés à participer activement à la gestion de leur communauté, et des efforts sont déployés pour assurer une représentation équitable des différentes composantes ethniques et religieuses de la région.

    B. Marinaleda - Un village en Andalousie, Espagne

    Marinaleda, un village situé en Andalousie, en Espagne, est un autre exemple de municipalisme libertaire. Sous la direction de son maire emblématique, Juan Manuel Sánchez Gordillo, Marinaleda a adopté des pratiques de démocratie directe et de coopération communautaire pour répondre aux besoins de ses habitants.

    Le village s'est engagé dans la mise en place d'une économie sociale et solidaire, en créant des coopératives agricoles et en encourageant la participation des habitants dans la gestion des terres et des ressources locales. Marinaleda s'est également distinguée par sa lutte contre le chômage et la pauvreté, en mettant en œuvre des initiatives de redistribution des terres et des logements abordables.

    C. Exemples d'initiatives municipales dans d'autres régions du monde

    Outre le Rojava et Marinaleda, il existe de nombreux autres exemples d'initiatives municipales inspirées par le municipalisme libertaire à travers le monde. Parmi ceux-ci, on peut citer :

    1. Jackson Rising - Une initiative de développement économique communautaire à Jackson, dans l'État du Mississippi, aux États-Unis. Jackson Rising promeut la coopération entre les résidents et les travailleurs pour développer des entreprises locales et créer des emplois durables.

    2. Cherán - Une communauté indigène au Mexique qui a fait face à la violence et à la corruption en mettant en place son propre système d'autogouvernance basé sur les principes du municipalisme libertaire. Cherán a réussi à récupérer le contrôle de ses forêts et à instaurer un système de justice communautaire.

    3. Exarcheia - Un quartier d'Athènes, en Grèce, connu pour sa forte tradition anarchiste et son engagement en faveur de l'autonomie locale. Les résidents d'Exarcheia ont mis en place des structures autogérées pour répondre à leurs besoins, tels que des centres sociaux, des cliniques gratuites et des jardins communautaires.

    Ces exemples illustrent la diversité et la portée du municipalisme libertaire à travers le monde, mettant en évidence sa capacité à mobiliser les communautés locales pour promouvoir la démocratie directe, l'économie sociale et solidaire, ainsi que la justice sociale et environnementale.

    Critique du municipalisme libertaire par les libertariens

    Il convient de noter que les libertariens peuvent exprimer certaines critiques à l'égard du municipalisme libertaire, en raison de leurs différences idéologiques fondamentales. Voici quelques critiques courantes formulées par les libertariens :

    1. Taille et portée de l'État: Les libertariens, en général, soutiennent une réduction drastique du rôle et de la taille de l'État. Ils considèrent que le municipalisme libertaire maintient un niveau de gouvernement trop important et ne va pas assez loin dans la réduction de la coercition gouvernementale.

    2. Propriété et droits individuels : Les libertariens attachent une grande importance aux droits de propriété et à la liberté individuelle. Certains libertariens peuvent critiquer le municipalisme libertaire en affirmant qu'il peut entraîner une restriction de ces droits, notamment par le biais de réglementations locales et de la prise de décisions collectives qui pourraient limiter la liberté d'action individuelle.

    3. Efficacité et concurrence entre municipalités : Certains libertariens soulignent que le municipalisme libertaire peut entraîner une fragmentation du pouvoir politique, ce qui pourrait conduire à des incohérences et à des disparités entre les municipalités. Ils soutiennent que la concurrence entre différentes juridictions pourrait favoriser l'efficacité et l'innovation, et qu'une plus grande autonomie des individus serait plus bénéfique.

    4. Légitimité de la démocratie : Les libertariens peuvent remettre en question la légitimité de la démocratie en général, arguant que les décisions collectives ne devraient pas empiéter sur les droits individuels. Ils peuvent soutenir que les droits individuels doivent être protégés contre la volonté majoritaire et préférer des mécanismes de gouvernance basés sur des contrats volontaires et des interactions sur le marché.

    Murray Rothbard soutient que le municipalisme libertaire ne garantit pas nécessairement la protection des droits individuels et de la propriété privée. Selon lui, la démocratie directe peut donner lieu à des décisions collectives qui violent les droits des individus. Il soutient que le respect des droits individuels et de la propriété privée doit être la pierre angulaire de tout système politique, et que le municipalisme libertaire pourrait échouer à cet égard.

    De plus, Murray Rothbard critique le municipalisme libertaire en tant que système politique basé sur des structures coercitives. Il affirme que même si le pouvoir est décentralisé au niveau municipal, il reste un système coercitif qui impose des règles et des réglementations aux individus. Selon lui, la véritable solution réside dans l'anarcho-capitalisme, où les relations sociales et économiques sont basées sur des interactions volontaires et des contrats privés plutôt que sur la coercition étatique.

    Informations complémentaires

    Bibliographie

    • 1986, Murray Bookchin, "Theses on libertarian municipalism", In: D. Roussopoulos, dir., "Anarchist Papers": Montreal, Black Rose Books

     

     


     

    H) - L'État a trouvé mieux qu'un impôt. Un impôt levé par d'autres.  

    🏗️ La France a inventé un impôt unique au monde : il est assis sur des logements qui n'existent pas. Sa formule légale tient en une ligne : 25 % du potentiel fiscal par habitant, multiplié par le nombre de logements sociaux MANQUANTS. On ne taxe pas ce que vous possédez. On taxe le vide. Bilan du dernier triennat : 141 millions d'euros. 

    🧵 Le mécanisme s'appelle l'article 55 de la loi SRU, an 2000. Le principe : 

    Toute commune d'une certaine taille doit compter 20 à 25 % de logements sociaux. Pas « favoriser », pas « tendre vers » : compter. Si elle n'y est pas, elle paie chaque année un prélèvement calculé sur son manque — et si le préfet juge le rattrapage insuffisant, il prononce la « carence » : le prélèvement peut être quintuplé, la commune perd son droit de préemption au profit du préfet, toute opération de plus de douze logements doit comporter 30 % de logement social, et le représentant de l'État peut délivrer les permis de construire à la place du maire élu. 

    Une collectivité sous tutelle d'urbanisme, pour n'avoir pas construit assez vite ce que Paris a décidé qu'elle construirait. Et en 2022, le législateur a apporté la touche finale. La loi 3DS a supprimé l'échéance de 2025 : le rattrapage — 33 % du manque par période de trois ans — est devenu PERPÉTUEL. 

    Comme l'objectif est recalculé à chaque triennat sur un parc qui évolue, la dette de logements se reconstitue en marchant. C'est une obligation sans terme, une peine sans fin de peine. Aucun impôt classique n'oserait ce design : lui n'a même pas besoin d'être voté chaque année en loi de finances — il tourne tout seul. 

    ⚙️ Maintenant, suivez l'argent, car c'est là que le génie du système se révèle. Qui paie ? 

    La commune — donc vos impôts locaux, votre taxe foncière, celle des habitants de la ville jugée fautive : une fiscalité qui varie selon votre code postal. Qui encaisse ? Les établissements publics fonciers et les intercommunalités délégataires pour le prélèvement de base ; le Fonds national des aides à la pierre — caisse nationale — pour les majorations. Qui décide de tout : du taux, du rythme, de la carence, de l'usage des fonds ? 

    L'État. Relisez la chaîne : 

    L'État fixe l'obligation, constate le manquement, prononce la sanction et oriente la dépense — sans avoir levé un seul euro d'impôt en son nom. Aucune ligne « SRU » ne figure sur votre feuille d'imposition. La main qui prélève n'est jamais celle qu'on regarde. 

    🪙 On peut débattre du logement social, de sa quantité, de sa répartition — débat légitime. 

    Mais un dispositif où l'obligation est perpétuelle, l'assiette imaginaire, la sanction préfectorale et le circuit financier invisible pour celui qui paie n'est pas une politique du logement. C'est une technologie fiscale. La plus aboutie que la République ait produite. 

    L'État a trouvé mieux qu'un impôt. Un impôt levé par d'autres. 

     (Sources : ministère du Logement, bilan SRU, triennat 2023-2025 ; loi 3DS du 21 février 2022 ; Sénat, rapport nº 439 ; code de la construction, art. L. 302-5 et suivants) 

     


    14 Juillet 2026, un défilé Franco-Ukrainien !

     Sommaire:
    A) - 14 Juillet 2026 : Que viennent faire les QR codes et les soldats ukrainiens dans le défilé de la fête nationale française ?
    B) - Réformer nos jours fériés pour libérer le travail, sanctuariser le 14 juillet pour fédérer la Nation
    C) - 14 Juillet 1789 : La Révolution française ou le suicide géopolitique du premier royaume d’Europe ?

     

    I) - Le 14 juillet commémore une effraction. Ils l'ont mise sur invitation.  

    🎆 Cette nuit, pendant que la France dormait, la plus haute juridiction du pays a tranché une question qu'aucune République n'avait encore eu à se poser : le peuple a-t-il besoin d'un badge pour assister à sa propre fête nationale ? Réponse rendue à 2 heures du matin : oui. 

    Chronologie d'une navette judiciaire qui restera dans les manuels. 

    🧵 13 juillet, 19 h 07. Des Français reçoivent un mail : « nous ne pouvons malheureusement pas donner une suite favorable à votre demande de participation à la Cérémonie du 14 juillet ». Car pour regarder le défilé — un spectacle sur la voie publique, payé par leurs impôts —, il fallait cette année s'inscrire sur le site de la présidence de la République et obtenir un QR code nominatif. Plus de 50 000 demandes. Une jauge d'environ 20 000. L'Élysée triait. 13 juillet, fin de journée. Le tribunal administratif de Paris, saisi en urgence par l'association Vigie Liberté, suspend le dispositif : « atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d'aller et venir ». La rue est rendue au public. Pendant quelques heures, la fête nationale est de nouveau nationale. 13 juillet, dans la soirée. 

    La préfecture de police ne prend pas acte. Elle fait appel devant le Conseil d'État. Comprenez la scène : 

    L'État mobilise sa plus haute juridiction, en pleine nuit, en urgence absolue — non pour protéger une liberté, mais pour rétablir l'obligation du badge. 14 juillet, 2 heures du matin. Le Conseil d'État annule l'ordonnance du tribunal et rétablit le QR code, au nom de « l'intérêt public majeur » de sécurité et de la protection des chefs d'État présents. Le peuple s'était couché libre. Il se réveille sur invitation. En douze heures, le droit d'assister au 14 Juillet aura changé trois fois de statut — la dernière fois pendant son sommeil. 

    🌙 Il faut mesurer ce que cette nuit laisse derrière elle, au-delà du défilé. 

    D'abord une jurisprudence : la plus haute juridiction administrative vient de juger que l'accès identifié, nominatif, pré-autorisé à un événement public peut primer sur la liberté d'aller et venir. Le QR code, réflexe né d'une pandémie et rodé aux Jeux, a désormais son tampon de droit. Ensuite un symbole que même un satiriste n'aurait pas osé écrire : la fête qui commémore le jour où le peuple est entré quelque part sans permission est devenue, par décision de justice rendue à 2 heures du matin, le premier événement de l'histoire de France où il faut une autorisation présidentielle pour regarder. En 1789, la foule n'a pas demandé de créneau. En 2026, sa demande n'a pas reçu une suite favorable. 

    Le 14 juillet commémore une effraction. Ils l'ont mise sur invitation. 

     (Sources : Conseil d'État, ordonnance du 14 juillet 2026, 2 h ; tribunal administratif de Paris, 13 juillet ; franceinfo ; Le Parisien) 

     


     

    J) - Les baisses d'impôts sont provisoires. Les hausses sont définitives.

    🎁 On vous a offert un cadeau en 2017. Souvenez-vous des termes exacts du marché : je supprime votre taxe d'habitation, j'augmente la CSG, et le solde est pour vous — du pouvoir d'achat. Huit ans plus tard, faisons l'inventaire du paquet. Il est vide, le ruban est encore dessus, et on prépare déjà la facture du ruban. 

    🧵 L'asymétrie originelle, d'abord — elle contient tout. 

    La hausse de CSG : +1,7 point, environ 22 milliards d'euros par an, appliquée le 1er JANVIER 2018, d'un coup, à tout le monde, retraités compris. La suppression de la taxe d'habitation : 22,8 milliards... rendus en SIX ANS, par tranches, 80 % des ménages d'abord, les autres priés d'attendre 2023. Le prélèvement fut un guillotine, la restitution un feuilleton. Quand un échange à montants équivalents s'exécute instantanément dans un sens et sur six exercices budgétaires dans l'autre, la différence a un nom en finance : c'est de la trésorerie gratuite. La vôtre. Pendant que la restitution s'étirait, le rattrapage s'organisait par la fenêtre. La taxe foncière : +37,3 % en dix ans, selon l'Observatoire de l'UNPI, dopée par des revalorisations d'assiette records — +3,4 % en 2022, +7,1 % en 2023, +3,9 % en 2024. Les communes, privées de la TH, se sont servies sur le seul levier restant : les propriétaires. Et si les taux se sont miraculeusement figés en 2025, l'Observatoire en donne la raison sans détour : les élections municipales approchent. La pause n'est pas une politique. C'est un calendrier électoral. 

    🏠 Reste le dernier acte, et il se joue en ce moment. 

    Une ministre des Comptes publics évoque devant les députés une « imposition forfaitaire universelle d'utilisation des services publics ». Un ministre de l'Aménagement du territoire plaide pour une « contribution modeste » au financement des services locaux — tout en jurant, dans la même interview, que la suppression de la taxe d'habitation « était une bonne décision » sur laquelle « on ne reviendra pas ». 

    Traduisez : 

    On ne reviendra pas sur la suppression, on va simplement recréer la même chose sous un autre nom. Le cadeau de 2017 sera bientôt facturé une seconde fois. Quant à la CSG de l'échange initial, non seulement elle n'est jamais redescendue, mais elle vient de REMONTER au 1er janvier 2026 — c'est elle qui a fait grimper la flat tax à 31,4 %. Le même point de CSG aura servi deux fois : à financer le cadeau, puis à le reprendre. De ce huis clos fiscal de huit ans, une seule loi se dégage, et elle vaut pour tous les gouvernements à venir — gravez-la : 

    Les baisses d'impôts sont provisoires. Les hausses sont définitives. 

     (Sources : lois de finances 2018 et 2020 ; UNPI, Observatoire national des taxes foncières, 19e rapport ; Localtis / Banque des Territoires, 28 avril 2025 ; LFSS 2026)

     

     


    Vos enfant demanderont bientôt: 📺 « Ça veut dire quoi, TF1 ? » 

    La question n'est pas insolente. Elle est générationnelle. Et pour le premier groupe de télévision français, elle est mortelle — parce qu'aucun plan stratégique ne sait répondre à un enfant qui ne comprend même plus le nom de la marque. 

    🧵 Répondons à sa place : 

    TF1 signifie « Télévision Française 1 ». Le canal numéro un d'un monde à trois chaînes, où l'on regardait ce qui passait, à l'heure où ça passait, parce qu'il n'existait rien d'autre. Ce monde a produit les plus grandes audiences de l'histoire — et il a cessé d'exister sous les pieds de ceux qui l'habitaient encore. Les chiffres de la fracture, d'abord. Avant 35 ans, un Français regarde la télévision 1 h 25 par jour. Après 50 ans : 5 h 23. Presque quatre fois plus. L'âge moyen du téléspectateur dépassait déjà les 50 ans quand celui du pays en avait 40 — et l'écart se creuse chaque année, mécaniquement, démographiquement. Pendant ce temps, les 15-24 ans passent 3 h 50 par jour sur Internet, dont 3 h 34 sur leur téléphone. La télé n'a pas perdu une bataille d'audience. 

    Elle a perdu une génération entière, qui ne reviendra pas en vieillissant — on ne revient pas vers un réflexe qu'on n'a jamais eu. Les comptes, maintenant. Premier trimestre 2026 : chiffre d'affaires en recul de 9,3 %, résultat opérationnel amputé de 30 millions en un an, bénéfice net tombé à 4 millions d'euros — contre 15 un an plus tôt. Quatre millions de bénéfice pour 472 millions de revenus : une marge de moins de 1 %. 

    Et le diagnostic n'est pas de nous : le groupe évoque lui-même une « baisse structurelle » du marché publicitaire linéaire. Structurelle. Le mot que les directions financières emploient quand elles ont cessé d'espérer un rebond. 

    📉 Le paradoxe est que TF1 gagne encore — dans un stade qui se vide. Leader d'audience, 25 des 30 meilleures audiences chez les 25-49 ans, des records réguliers. Mais des records de quoi ? D'une part croissante d'un gâteau qui rétrécit. Le streaming TF1+ bondit de 22,4 % — pour atteindre 49 millions d'euros, un pansement sur une hémorragie dix fois plus large. Et l'accord signé avec Netflix, présenté comme pionnier, dit tout : la première chaîne de France ira désormais se loger dans le catalogue de celui qui l'a détrônée. On appelle ça un partenariat. C'est une reddition avec les honneurs. Le plus révélateur ? Le groupe promet des dividendes « en croissance » pour les années à venir. Quand un modèle a un avenir, on y réinvestit. Quand il n'en a plus, on distribue. Les actionnaires, eux, ont parfaitement compris ce que l'enfant demandait. 

     La chaîne a encore des records. Elle n'a plus d'héritiers. 

     (Sources : Groupe TF1, résultats T1 2026, 30 avril 2026 ; Médiamétrie ; Stratégies ; Centre d'observation de la société)

     

     


     

    L) - Ils sonnent tous l'alarme du navire. Depuis la passerelle qui l'a coulé.

    🚢 Quand les vigies crient toutes en même temps, c'est rarement pour prévenir l'iceberg. C'est généralement qu'on l'a déjà percuté. Chronologie de la panique française, printemps-été 2026, datée au jour près. 
     
    🧵 21 avril : le comité d'alerte des finances publiques — un organe dont l'existence même dit tout — annonce 6 milliards d'économies d'urgence en cours d'année. 25 juin : la Cour des comptes publie son rapport annuel et sa présidente de chambre ouvre la conférence de presse par ces mots : « Tous les signaux sont au rouge. » 29 juin : au Sénat, les parlementaires notent que le vocabulaire habituellement « diplomatique » des magistrats a disparu, et que la formule du gouverneur de la Banque de France — le risque d'« étouffement » du pays par sa dette — est désormais reprise par tous. 7 juillet : le comité d'alerte est reconvoqué. 
     
    Trois alarmes officielles en onze semaines. Le FMI, l'OCDE et la Commission européenne — qui tient la France sous procédure pour déficit excessif depuis 2024 — complètent le chœur. Il ne manque plus que l'orchestre sur le pont. 
     
    🎻 Les chiffres derrière la sirène, tous issus du rapport du 25 juin. 
     
    La dette a franchi 3 536 milliards d'euros au premier trimestre — 117,5 % du PIB, troisième dette de la zone euro derrière la Grèce et l'Italie. Elle filera vers 3 620 milliards fin 2026, soit 118,5 % du PIB : 160 MILLIARDS de dette supplémentaire pour la seule année en cours. La charge d'intérêts bondit de 12 milliards pour atteindre 77,4 milliards. 
     
    Et la Cour signe au passage l'aveu le plus important du rapport : la « bonne surprise » du déficit 2025 est due « exclusivement à des hausses d'impôts et de cotisations », les économies ayant été « une nouvelle fois repoussées ». Vingt-cinq ans de méthode résumés en une phrase de magistrat. Maintenant, la question que personne ne pose dans ce concert : qui sonne l'alarme, exactement ? La Banque de France, qui a béni chaque trajectoire budgétaire depuis vingt ans. La Cour des comptes, dont les rapports annuels s'empilent sans effet depuis Philippe Séguin. La Commission, qui a laissé filer tous les pactes de stabilité. 
     
    Le ministère des Comptes publics, qui a écrit les budgets qu'il dénonce. Les vigies d'aujourd'hui sont les officiers de quart d'hier — et le commandant transpire sur la passerelle qu'il n'a jamais quittée. Leur panique n'est pas une information sur l'iceberg. C'est une information sur eux : ils viennent de comprendre que les canots seront comptés. 
     
    ⚠️ Retenez la date du 25 juin 2026. 
     
    Non pour le contenu du rapport — il ressemble aux vingt précédents — mais pour le ton. Le jour où les institutions cessent d'arrondir les angles, c'est qu'elles préparent moins le redressement que leur défense devant l'Histoire : « nous avions prévenu ». Ils sonnent tous l'alarme du navire. Depuis la passerelle qui l'a coulé. 
     
    (Sources : Cour des comptes, rapport sur la situation et les perspectives des finances publiques, 25 juin 2026 ; Sénat, commission des finances, 29 juin 2026 ; Insee ; comité d'alerte des 21 avril et 7 juillet 2026)
     
     
     

     
    M) - L'actionnaire majoritaire n'a rien investi. Mais c'est lui qui liquide.  

    🏭 Imaginez un associé qui détient 47,2 % de votre entreprise. Il n'a jamais investi un euro. Il se sert avant tout le monde, avant vous, avant vos fournisseurs, avant votre banque. Et le jour où vous ne pouvez plus le payer, c'est lui qui vous traîne au tribunal pour vous liquider. Cet associé existe. Vous le connaissez. 

    🧵 Le chiffre d'abord, tout frais : 

    L'OCDE a publié en avril son rapport annuel sur les impôts des salaires. La France monte sur le podium mondial, troisième derrière la Belgique et l'Allemagne : sur 100 euros que dépense un employeur français pour un salarié moyen, 47,20 partent en impôts et cotisations. Le salarié en touche 52,80. Autrement dit : avant que le premier euro de salaire net n'existe, avant le premier euro de marge, un associé silencieux a déjà encaissé près de la moitié de ce que produit le travail. La moyenne OCDE est à 35,1. Nous, 47,2 — et personne n'a jamais voté pour lui donner ces parts. 

    Les juristes romains définissaient la propriété par trois attributs : 

    L'usus (le droit d'utiliser), le fructus (le droit d'en percevoir les fruits) et l'abusus (le droit d'en disposer — vendre, transformer, détruire). 

    Appliquez la grille à une entreprise française. 

    Le fructus ? Prélevé à 47,2 % sur le travail, avant même l'impôt sur les bénéfices. L'abusus ? Regardez qui liquide : 65 502 procédures collectives en 2025 — un record —, dont 72 % finissent en liquidation. Et près d'un redressement judiciaire sur quatre s'ouvre sur une assignation de l'Urssaf, selon le propre baromètre de l'organisme. Créancier « super-privilégié », l'Urssaf passe avant presque tous les autres et peut assigner sans même détenir un titre exécutoire définitif — pendant que les créanciers ordinaires, eux, récupèrent en moyenne 2 % de leurs créances dans une liquidation. Le fructus est prélevé, l'abusus est exercé. Que vous reste-t-il ? L'usus : le droit de venir travailler. 

    ⚖️ Voilà pourquoi les nationalisations ont disparu du débat français : elles sont devenues inutiles. On ne collectivise plus les moyens de production — on en collecte le produit, ce qui revient au même en épargnant l'indemnisation. Le titre de propriété reste à votre nom ; le rendement, lui, a changé de main. Et la boucle est parfaite : l'organisme dont les prélèvements rendent l'exploitation si difficile est aussi le premier à liquider l'exploitant qui n'y arrive plus. 

    L'associé qui vous saigne est le juge de votre anémie. 

    Notre économie ne fonctionnera pas tant qu'être propriétaire de son outil de travail signifiera, en France, détenir un titre dont un autre encaisse les fruits et détient la clé. 

     L'actionnaire majoritaire n'a rien investi. Mais c'est lui qui liquide. 

    (Sources : OCDE, Les impôts sur les salaires 2026, avril 2026 ; Urssaf, Baromètre économique nº 185, T4 2025 ; Banque de France)

    Actionnaire

    Un actionnaire est une personne physique ou morale qui possède des actions d'une entreprise

    Répartition des actionnaires en France

    En France, 9,8 % des actionnaires du CAC 40 sont des individuels et 90,2 % sont des institutionnels. Parmi les premiers, 9,6 % sont des particuliers (6,7 millions de Français) et 0,2 % sont des salariés (2,3 millions d'actifs). Parmi les institutionnels, 26,6 % sont des sociétés françaises ou étrangères, 40 % sont des correspondants étrangers, 21 % sont des OPCVM (Organismes de Placement Collectif en Valeurs Mobilières) et 2 % sont des clubs ou des associations. (Source : TLB/Paris Europlace)

    Les droits de l'actionnaire

    • L'actionnaire est copropriétaire de la société, il dispose d'un titre de propriété juridique sur celle-ci.
    • Il perçoit un revenu que l'on nomme dividende si l'entreprise enregistre des bénéfices et si elle choisit la stratégie de les distribuer à ses propriétaires au lieu de les incorporer dans son capital.
    • L'actionnaire est informé des comptes annuels, semestriels et trimestriels ou d'opérations ponctuelles de la société comme les opérations d'augmentation du capital ou de rachat de concurrents.
    • Il dispose d'un droit de vote lors des assemblées générales pour donner son avis sur la gestion de la société. Souvent, des alliances informelles se forment entre les différents types d'actionnaires, par exemple entre petits actionnaires et investisseurs institutionnels.

    Les principales associations d'actionnaires en France

    • ANAF : Association nationale des actionnaires de France
    • APAL  : Association pour la promotion de l'actionnariat individuel
    • Déminor  : Défense des actionnaires minoritaires
    • FAS  : Fédération française des associations d'actionnaires salariés

    Citations

    • « Loin d’être le prédateur tant décrié de l’entreprise, l’actionnaire est la condition de son existence : c’est celui qui engage ses fonds propres et les met à disposition de la société nouvellement créée pour lui permettre de disposer d’un patrimoine propre permettant de démarrer les opérations. De ce fait, c’est lui également qui supporte l’aléa économique, qui prend les risques. L’entreprise fait-elle faillite, et l’investissement de l’actionnaire est perdu définitivement. » (Jean-François Nimsgern, Libres !!)
    • « Les managers qui ne possèdent eux-mêmes pas de parts dans leur société n’ont pas plus d’intérêt pour leurs actionnaires que pour les babouins d’Afrique. » (T.Boone Pickens)

    Voir aussi

     

     


     
     
    N) - L'épargnant avait signé pour un taux. L'État a gardé le stylo.  
     
    📐 En 2018, la France a signé un contrat avec son épargne. Il tenait en trois mots : un taux unique. 30 %, point final, pour tous les revenus du capital — la « flat tax », conçue pour ramener l'argent qu'une décennie de matraquage avait fait fuir. Le contrat avait une seule clause qui comptait : la stabilité. Cette clause vient de sauter. 
     
    🧵 Depuis le 1er janvier 2026, la flat tax n'est plus à 30 % mais à 31,4 %. La manœuvre est un chef-d'œuvre de discrétion : pas de hausse frontale du taux — trop visible —, mais 1,4 point de CSG supplémentaire glissé dans la loi de financement de la Sécurité sociale du 30 décembre, sous le nom délicat de « contribution financière pour l'autonomie ». Le taux d'impôt n'a pas bougé ; c'est le socle sous le taux qui a bougé. Comme pour une maison : la pente n'a augmenté que d'un degré et demi. Mais demandez à n'importe quel géotechnicien ce qui détruit une maison à flanc de colline — ce n'est jamais le degré de pente. C'est le terrain qui se met à bouger. 
     
    🏚️ Et le terrain bouge dans les deux sens du temps. Vers le passé : la hausse s'applique RÉTROACTIVEMENT aux plus-values réalisées en 2025 — des opérations bouclées avant même que la loi ne soit votée, dont le complément est réclamé ce printemps. 
     
    L'épargnant qui a vendu ses titres en octobre 2025 sous un régime à 30 % découvre en 2026 qu'il évoluait, sans le savoir, sous un régime à 31,4 %. Vers le futur : les scénarios à 33 %, voire 36 %, restent officiellement sur la table pour le budget 2027 — et la majorité parlementaire pour les voter existe déjà : la commission des finances de l'Assemblée a adopté le 33 % dès fin 2024, le Sénat l'a voté à 174 voix contre 167 avant qu'une seconde délibération ministérielle ne l'efface in extremis. La prochaine marche n'est pas une hypothèse. 
     
    C'est un amendement en salle d'attente. 
     
    Mesurez ce qui vient de mourir, car ce n'est pas 1,4 point de fiscalité. Une flat tax ne vaut pas par son niveau — 30 ou 31, l'épargne s'en accommode. Elle vaut par sa promesse : un chiffre sur lequel on peut construire à dix ans. C'est cette promesse qui faisait revenir le capital, financer les entreprises, rester les entrepreneurs. Un taux qui monte, qui rétroagit et dont la trajectoire haussière est publiquement en débat n'est plus un pacte. 
     
    C'est un compteur. Et l'on ne construit pas sa maison sur un compteur — on la vend avant le prochain relevé. Les 800 millionnaires partis en 2025 avaient compris avant tout le monde : ils n'ont pas fui un taux. Ils ont fui un stylo qui ne se repose jamais. 
     
    ✒️ L'épargnant avait signé pour un taux. L'État a gardé le stylo. 
     
     (Sources : loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, 30 décembre 2025 ; http://entreprendre.service-public.fr, 10 février 2026 ; Public Sénat ; BOFiP)  
     

    Épargne

    L'épargne est la part du revenu net (après impôts) qui n'est pas affectée aux dépenses courantes. L'épargne peut être mise sous forme de monnaie bancaire et, très exactement, sous diverses formes de dépôt bancaire plus ou moins liquides (épargne de précaution, thésaurisation), sous forme d'actifs financiers ou physiques (investissements réels). L'épargne est au final une dépense différée sur une période plus ou moins longue pour un investissement futur, seule l'épargne peut satisfaire et assurer les besoins futurs, c'est un sacrifice provisoire dans une perspective de consommer les biens épargnés dans un avenir plus éloigné.

    Le keynésianisme, qui préconise avant tout la consommation, « moteur » de l'économie, envisage l'épargne comme un résidu. Il ne suppose pas qu'il y a un comportement d'épargne comme il suppose qu'il y a un comportement de consommation. Il assimile peu ou prou l'épargne à une stérilisation de ressources - thésaurisation marxiste ou keynésienne - et à un frein à l'action de relance de l'activité par les hommes de l'État. Pour l'École autrichienne d'économie, au contraire, l'épargne rend possible l'investissement, seul vecteur d'accroissement de la productivité ; ne pas décourager l'épargne est le moyen de stimuler la croissance économique et d'améliorer le niveau de vie à long terme.

    Cette incompréhension majeure du rôle de l'épargne est à la racine de la faillite conceptuelle du keynésianisme. Comme l'écrivait l'économiste autrichien Ludwig von Mises : « L'essence du keynésianisme est son incapacité complète à concevoir le rôle de l'épargne et de l'accumulation de capital dans l'amélioration des conditions économiques. »

    «  Les gens qui désirent s'engager dans des procédés exigeant des périodes de production longues doivent d'abord accumuler, au moyen de l'épargne, la quantité de biens de consommation requise pour répondre, pendant la période d'attente, à tous les besoins dont ils considèrent la satisfaction comme plus urgente que l'accroissement de bien-être attendu du procédé coûtant davantage de temps. L'accumulation de capital commence avec la formation de réserves de biens de consommation, qui doivent être consommés plus tard. »
        — Ludwig von Mises

    Citations

    • « L'avantage tiré de l'épargne capitaliste est l'accroissement de la quantité de biens produits, ou la production de biens qui n'auraient pu être fabriqués du tout sans son aide. » (Ludwig von Mises[1])
    • « C'est l'épargne qui est le moteur de la croissance : pour qu'il y ait croissance il faut en effet accepter de renoncer à des consommations présentes pour libérer des ressources afin d'investir, d'accumuler du capital et de rendre ainsi l'innovation possible. La seule relance possible est la relance par l'épargne. Il faut pour cela non pas « encourager » l'épargne, mais supprimer tous les obstacles fiscaux et règlementaires qui freinent sa formation. » (Pascal Salin)
    • « Une autre erreur intellectuelle grave […] est l'idée selon laquelle, pour « relancer l'économie » […] il faudrait diminuer l'épargne et augmenter la consommation. L'épargne est ainsi conçue comme une « fuite du système économique » à laquelle correspondrait une diminution de la demande globale et donc de la production. Or, la thèse habituelle de la relance par la consommation constitue une erreur intellectuelle majeure : l'épargne, en effet, ne disparaît pas du circuit économique, bien au contraire elle est investie, elle permet la croissance future. Par conséquent la seule relance valable est la relance par l'épargne. » (Pascal Salin)
    • « C’est le rôle spécifique de l’épargnant, le service qu’il rend à la société, que d’avoir différé suffisamment ses consommations pour pouvoir vendre aux autres ce service d’avoir attendu pour eux, service qu’il fait payer à un prix qui s’établit, comme les autres prix, de manière passablement uniforme sur le marché, et qui s’appelle le revenu d’intérêt. Le revenu d’intérêt est le prix que l’on paie pour s’épargner la contrainte de l’attente. » (François Guillaumat)

    Informations complémentaires

    Notes et références

    1. Intérêt, par Ludwig von Mises

    Bibliographie

    • 1993, Laurence J. Kotlikoff, "Saving", In David R. Henderson, dir., "The Fortune Encyclopedia of Economics: 141 Top Economists Explain the Theories, Mechanics, and Institutions of Money, Trade, and Markets", New York: Time-Warner Books, Inc., pp230-236

    Voir aussi

     
     
     
     

     
     
    O) - L'impôt monte chaque année. L'eau, elle, montera d'un coup.  
    🌊 Regardez la dernière page de votre avis de taxe foncière. Entre deux lignes, il y en a une que personne ne lit : « GEMAPI ». Voici l'histoire de ce passager clandestin — comment l'État vous a fait payer ses digues pourries, et ce que votre argent finance vraiment. 
     
    🧵 L'histoire commence le 27 janvier 2014, avec la loi MAPTAM. 
     
    L'État, gestionnaire historique des digues et des crues, décide de s'en débarrasser : la compétence « gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations » est transférée d'office aux intercommunalités au 1er janvier 2018. Dans la corbeille de mariage : près de 100 kilomètres de digues « héritées de l'État », dont certaines — ce sont les mots de la Métropole du Grand Paris elle-même — « dans un état de dégradation avancé ». 
     
    Et pour financer le cadeau, un droit : 
     
    Celui de créer une taxe additionnelle sur votre taxe foncière, plafonnée à 40 € par habitant. Résumons la manœuvre : je te lègue mes ouvrages en ruine, et je t'autorise à taxer tes administrés pour les réparer. La défausse la plus élégante de la décentralisation. En Île-de-France, la trajectoire est vertigineuse. La taxe de la Métropole du Grand Paris : 3 millions d'euros en 2019. 10 en 2022. 20 en 2023. 30 en 2024. 40 millions en 2025. Multipliée par TREIZE en six ans — croissance qu'aucun impôt national n'oserait afficher, votée sans bruit chaque automne, invisible dans la colonne d'un avis que personne ne décortique. 
     
    📈 Et que finance-t-elle ? 
     
    Il y a du réel, reconnaissons-le : des digues reprises, et le casier de la Bassée, plus grand ouvrage hydraulique construit depuis 35 ans. Mais mesurez le réel en question : 114 millions d'euros pour abaisser la Seine de 8 à 15 centimètres. La crue de référence, 1910, montait à 8,62 mètres à Austerlitz — des milliards de dégâts, la moitié du métro noyée. 
     
    Le président de la Métropole l'avoue lui-même au Sénat : 
     
    C'est « une course contre la montre face à la centennale », et, texto : « Je ne sais pas si nous y parviendrons. » Pendant ce temps, l'inventaire officiel des dépenses GEMAPI aligne aussi : une « alliance internationale des mégapoles pour l'eau et le climat » avec l'UNESCO, une conférence à New York, un atelier à Londres, un stand au Salon de l'Agriculture et le financement du « Big Jump », opération de promotion de la baignade. Votre ligne de taxe foncière finance des ateliers à Londres pendant que le responsable avoue ne pas savoir s'il gagnera contre l'eau. En février, la ministre de la Transition écologique accusait elle-même les collectivités de sous-employer la taxe pour l'entretien des digues. 
     
    🖥️ Voilà la GEMAPI
     
    Un impôt qui grimpe de 45 % par an en moyenne, adossé au risque le plus certain du siècle, dont le pilote doute publiquement du résultat et dont une partie ruisselle vers les séminaires. Le jour de la crue, on cherchera les responsables. Ils seront en conférence. L'impôt monte chaque année. L'eau, elle, montera d'un coup. 
     
    (Sources : Métropole du Grand Paris, communiqué du 19 février 2026 et pages compétence GEMAPI ; Seine Grands Lacs / préfecture de Seine-et-Marne ; actes du colloque CEPRI, Sénat, 2026)
     
     
     

    P) - Le Parlement ne vote plus le budget. Le marché obligataire, si 

    🩸 Bulletin de santé de la Ve République, juillet 2026. 
     
    Le patient est stable. C'est précisément ce qui devrait vous inquiéter : il est stable parce qu'il est perfusé — 310 milliards d'euros d'OAT à émettre cette année, un record. Et le sang qui coule dans les tubes n'est pas le sien. 
     
    🧵 Les constantes vitales, d'abord. 
     
    Le Parlement, organe démocratique central, ne remplit plus sa fonction première depuis quatre exercices : les budgets 2023, 2024, 2025 et 2026 ont tous été adoptés sans vote positif de l'Assemblée — 49.3 en série, une censure, une loi spéciale, puis trois 49.3 en janvier dernier pour arracher le budget 2026 avec un mois de retard. Consentir à l'impôt par ses représentants : c'était l'article fondateur, la raison d'être du parlementarisme depuis 1789. La fonction est cliniquement éteinte. Le cœur politique ne bat plus — et pourtant le corps continue de bouger. Comment ? Regardez les poches de sang. 
    Chaque année, l'Agence France Trésor lève de quoi payer ce que le pays ne gagne plus : 310 milliards à moyen-long terme en 2026, davantage qu'au pire du Covid. Le déficit prévu à 5 % dérape déjà vers 5,2 %. La croissance promise à 0,9 % fond de trimestre en trimestre. Les taux sont au plus haut depuis 2011, et la France emprunte désormais plus cher que l'Italie — l'ancien malade de l'Europe nous tient la porte de la chambre. Le régime ne tient plus par les urnes. Il tient par les enchères, celles du mardi matin à Bercy, où des investisseurs qui n'ont jamais voté décident, adjudication après adjudication, si la France passe le mois suivant. 
     
    💉 Maintenant, le pronostic. Le budget 2027 devra trouver 30 à 50 milliards d'économies — en pleine campagne présidentielle, avec un Parlement qui n'a rien voté depuis quatre ans et une offre politique qui se résume à deux façons d'aimer l'État obèse : l'économie administrée version rouge, l'économie administrée version tricolore, pendant que le bloc central qui a gavé le patient s'effondre sous ses yeux. 
     
    Quel que soit le vainqueur, le malade reste au lit — la seule question de 2027 est de savoir qui tiendra la perfusion. Et la vraie échéance n'est pas électorale : c'est le jour où les donneurs de sang demanderont à voir le dossier médical avant de tendre le bras. Une crise de régime ordinaire se voit : barricades, dissolutions, chaises vides. Celle-ci est invisible parce qu'elle est solvable. Tant que le marché prête, l'agonie ressemble à de la stabilité. 
     
     Le Parlement ne vote plus le budget. Le marché obligataire, si 
     
    (Sources : Agence France Trésor, programme de financement 2026 ; http://vie-publique.fr, 2 février 2026 ; Public Sénat ; Banque de France)
     

    Budget

    Le budget est une prévision des dépenses et des recettes pour une période à venir, qui peut ou non correspondre à l'année calendaire. Le secteur privé réalise des budgets (entreprise, association, famille, etc.) ainsi que le secteur public (État, collectivités locales).

    Le budget se présente sous forme comptable et il est rédigé en référence à une norme. Il se présente sous l'aspect d'impératif et d'inéluctabilité, surtout lorsqu'il s'agit du budget public. Cependant, en adoptant la méthodologie de l'école autrichienne, le théoricien doit avoir en tête, non pas une vision statique mais l'action de budgétiser.

    L'acte de budgétiser est donc :

    • un processus institutionnel
    • un outil de prise de décision incrémentielle[1]
    • un apport de performance à la gestion d'entreprise et au contrôle des dépenses publiques

    Le budget public exprime les choix des politiques publiques du gouvernement pour ses fonctions de redistribution et de stabilisation. Il impose donc au citoyen de lui fournir des moyens pour des actions qui ne sont pas directement décidées par lui. Ces moyens sont représentés par les impôts et l'emprunt (dette publique).

    La théorie des choix publics montre que le budget adopté n'est pas forcément le choix de la majorité, car le budget est le produit de concurrences de jeux d'intérêt et d'organisations sur le marché politique. Selon Mancur Olson, un groupe minoritaire, mais très bien organisé, peut imposer ses choix sur la majorité (et sur le groupe qui est plus faible en nombre que lui et moins bien organisé).

    Le budget public est fréquemment de plus faible qualité que le budget privé. Les pratiques commerciales ont imposé des normes : bilan, compte de résultat, planning de trésorerie, comptabilité normalisée, etc. Les résultats sont donc sous le contrôle de l'actionnaire. Même un individu est sous la surveillance de son banquier ou des agences de crédit. En comparaison, le budget public est moins clair, moins transparent et moins fiable.

    Le budget n'est pas neutre éthiquement :

    « Le budget [public] énonce quels sont les biens et les services qui doivent être fournis au public par les autorités et lesquels doivent être fournis par le secteur privé. La décision de savoir qui doit fournir quoi et qui doit recevoir quoi doit être le reflet des priorités, des préférences et des valeurs de la communauté.
    Donc, le budget est un document politique au travers duquel l'argent est approprié selon des jugements de valeur et le processus budgétaire a lieu dans une arène politique. » Mihály Hôgye, Theoretical Approaches to Public Budgeting

    Au lieu que le processus de décision du budget public soit affecté par des jugements de valeur, prônés par les hommes politiques et par leur clientèle, il est important, comme l'indique l'économiste Earl R. Brubaker, de redonner de la liberté aux contribuables en les faisant participer directement au processus dynamique de la construction du budget public. Si la décision publique du budget continue d'être laissée entre les mains des hommes politiques et de leurs acolytes technocrates, non seulement la liberté va peu à peu s'évanouir, mais la prospérité de nos économies va s'évaporer très vite. Laisser le budget aux hommes politiques, c'est accélérer le processus de la tragédie des ressources communes. Comme Frédéric Bastiat le définissait, « L'État, c'est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde »[2]. Sauf qu'un jour, il n'existera plus de ressource à puiser dans le pot commun. 

    Règle d'or budgétaire ou frein à l'endettement

    La règle d'or budgétaire est un dispositif juridique au niveau de la loi ou de la Constitution qui vise à limiter les dépenses publiques sur l'ensemble du budget ou certaines de ses composantes.

    En 2001 la Suisse a adopté par référendum un amendement constitutionnel qui fixe un plafond à une large partie des dépenses annuelles fédérales égal aux recettes fiscales estimées, multiplié par un facteur d'ajustement au cycle économique. Ainsi, les dépenses sont stabilisées autour d'une tendance lissée des recettes. La Suisse a vu sa dette publique passer de 44,4 % du PIB en 2004 à 22,6 % en 2020.[3]

    Notes et références

  • On notera l'apport théorique d'Aaron Wildavsky, néo-conservateur américain ainsi que de Charles Lindblom

  • Frédéric Bastiat, 1848, Journal des Débats, numéro du 25 septembre.

  • Bibliographie

    • 1995, Edwin L. Dale et Jeffrey A. Eisenach, The People's Budget : A Common Sense Plan for Shrinking the Government in Washington, National Book Network
    • 1996, Alberto Alesina et Roberto Perotti, Fiscal Discipline and the Budget Process, American Economic Review, Vol. 86, No. 2, mai, pp401-407
    • 2002, Mihály Hôgye, Theoretical Approaches to Public Budgeting
    • 2006, C. Ebdon et A. Franklin, "Citizen Participation in Budgeting Theory", Public Administration Review, 66(3), pp437–447
    • 2010, Jens Henriksson, ‘Sweden: Ten lessons about budget consolidation’, In: Matthew Sinclair, dir., How to Cut Public Spending, Biteback Publishing
    • 2019, Maurice Baslé, "Le budget de l'État", Paris: La découverte

    Voir Aussi

     

     


     

    Q) - Un vote qui déplaît n'est plus un vote. C'est une ingérence. 

    🛡️ Il existe dans le droit européen un mot qui devrait empêcher de dormir quiconque tient à sa liberté d'expression. Ce n'est pas « censure » — trop grossier. Ce n'est pas « interdiction » — trop visible. C'est un adjectif, planté à l'article 34 du règlement sur les services numériques : « prévisible ». Voici comment l'Europe a inventé le délit d'effet prévisible — et l'infrastructure qui va avec. 

    🧵 Lisez le texte. 

    Le DSA impose aux grandes plateformes d'évaluer et de réduire les « risques systémiques », définis comme « tout effet négatif réel ou PRÉVISIBLE sur le discours civique, les processus électoraux et la sécurité publique ». Mesurez le déplacement : on ne sanctionne plus un mensonge commis, ni même un dommage constaté — on impose de neutraliser l'effet ANTICIPÉ d'un discours sur une notion, le « discours civique », que personne n'a définie. Sous amende de 6 % du chiffre d'affaires mondial, chaque plateforme devient son propre ministère de la précaution : dans le doute, on réduit la portée, on démonétise, on invisibilise. Le pré-crime de Minority Report était de la science-fiction. 

    L'article 34 est du droit positif. 

    Autour de cet article, l'infrastructure s'empile, strate après strate, sans qu'aucun peuple n'ait jamais voté pour : EUvsDisinfo (2015), système d'alerte rapide (2018), observatoire EDMO et sa nuée de fact-checkers (2020), DSA (2022), règlement médias EMFA, code de conduite anti-désinformation intégré au droit dur. Et le 12 novembre 2025, le couronnement : la Commission publie son « Bouclier européen de la démocratie » — un Centre européen pour la résilience démocratique, un système d'alerte renforcé et, texto, « un nouveau réseau européen de fact-checkers ». Le tout opérationnel pour 2027. 

    Retenez cette date : c'est aussi celle que le Sénat français s'est fixée pour son observatoire national. Les deux étages du même immeuble, livrés la même année — l'année d'une présidentielle. 

    🏗️ Ce dispositif a-t-il déjà servi ? 

    Une fois. Décembre 2024 : la Roumanie annule purement et simplement le premier tour de son élection présidentielle, pour « manipulation en ligne » — un candidat arrivé en tête, un scrutin effacé, à refaire. Quels que soient les torts réels de la campagne visée, le précédent est posé et il est vertigineux : il existe désormais, dans l'Union européenne, une procédure éprouvée pour déclarer qu'un résultat électoral n'aurait pas dû se produire. Et au Parlement européen, la commission spéciale chargée du bouclier — présidée par une ancienne ministre d'Emmanuel Macron ( coucou Nath ça va ?) — a rendu son rapport : le dispositif serait... trop timide. 

    Le seul débat institutionnel qui reste porte sur la force du serrage. 

    Alors bien sûr, tout cela se fait au nom de la protection contre les ingérences étrangères — et les ingérences existent. Mais relisez l'article 34 : « discours civique », « processus électoraux », « effet prévisible ». Rien, dans ces mots, ne distingue le troll de Saint-Pétersbourg du citoyen de Saint-Étienne. Le bouclier est officiellement tourné vers Moscou. Sa surface, elle, couvre exactement vos écrans. 

    Un vote qui déplaît n'est plus un vote. C'est une ingérence. 

    (Sources : règlement (UE) 2022/2065, art. 34 ; Commission européenne, communication du 12 novembre 2025 ; Parlement européen, commission spéciale EUDS ; Cour constitutionnelle de Roumanie, décembre 2024)

     


     

    R) - L'ancien créancier attendait ses intérêts. Le nouveau attend le bon moment. 

    🐊 Quand un pays s'endette de 3 500 milliards, la question n'est plus « combien ». 

    C'est « auprès de qui ». Et la réponse vient de changer — le diagnostic n'est pas d'un blog complotiste : il occupe un chapitre entier du dernier rapport de stabilité financière de la Banque de France. Le créancier de la France est en train de changer de visage. 

    L'ancien était patient. Le nouveau a des dents. 

    🧵 Le constat du superviseur, chiffres à l'appui. 

    Les hedge funds ont doublé en deux ans leurs volumes de repo en euros : ils sont désormais emprunteurs nets d'environ 80 milliards contre des titres d'État européens, dont 25 milliards contre des OAT françaises — pour financer des stratégies d'arbitrage « à fort effet de levier ». 

    La Banque de France décrit la mécanique : 

    Concentration des transactions entre une poignée d'acteurs, maturités très courtes, appels de marge « parfois insuffisants » et procycliques. Traduction : la dette de la France sert de carburant à des paris au levier renouvelés au jour le jour — et en cas de choc, ces positions se débouclent toutes en même temps, dans le même sens. Le détail qui devrait faire la une : ces fonds sont domiciliés hors d'Europe, « notamment aux îles Caïmans » — si bien que leur poids exact est, de l'aveu même de la Banque de France, « difficile à estimer ». 

    Relisez : 

    le superviseur français avoue ne pas savoir qui détient quelle part de la dette qu'il surveille. Et le précédent existe, cité dans le même rapport : aux États-Unis, les hedge funds des Caïmans ont absorbé 1 000 milliards de dollars de bons du Trésor en deux ans — 37 % des émissions nettes. Ce qui s'est installé sur la dette américaine s'installe sur la nôtre, avec une différence : l'Amérique a le dollar. Nous, nous avons un déficit à 5 % et une note sous surveillance. 

    🌊 Maintenant, le paradoxe qui rend l'alerte vertigineuse : pendant que les mains rapides arrivent, la main la plus patiente se retire — et c'est celle qui donne l'alerte. La Banque de France elle-même a réduit ses détentions de dette publique de 732 à 596 milliards en trois ans : 136 milliards rendus au marché, fin du quantitative easing oblige. Chaque OAT qu'elle ne renouvelle plus, quelqu'un d'autre doit l'acheter — et ce quelqu'un, de plus en plus, est un fonds au levier des Caraïbes. 

    L'institution s'inquiète du prédateur qu'attire le vide qu'elle creuse. Ajoutez les 305,7 milliards à lever cette année, l'OAT à 3,91 %, et vous avez le tableau : la perfusion est toujours branchée — mais les donneurs de sang ont changé, et les nouveaux peuvent retirer le bras en une nuit. Un rentier patient veut que vous viviez longtemps pour toucher ses coupons.

     Un arbitragiste au levier n'a pas besoin que vous viviez :

     il a besoin que ça bouge. Le jour où la France a laissé sa dette glisser des mains du premier vers celles du second, elle n'a pas changé de créancier. Elle a changé d'espèce. 

     L'ancien créancier attendait ses intérêts. Le nouveau attend le bon moment. 

     (Sources : Banque de France, Rapport sur la stabilité financière, juin 2026 — chapitre thématique repo — et décembre 2025 ; Agence France Trésor ; Fondation IFRAP)

    Reconnaissance de dette

    Une reconnaissance de dette est un contrat convenu entre un prêteur et un emprunteur. Le prêteur prête de la monnaie à un emprunteur à un certain taux d'intérêt. Le taux d'intérêt est un taux fixe ou un taux variable. Une reconnaissance de dette est une créance sur l'emprunteur. Le prêteur est le créancier. L'emprunteur est le débiteur. 

    Contrat de dette

    Une reconnaissance de dette est un contrat unilatéral et librement cessible. Le prêteur est le bénéficiaire, il est le créancier. L'emprunteur est le promettant, il est le débiteur. Le créancier peut substituer tout autre bénéficiaire sans l'accord de l'emprunteur. L'emprunteur s'engage à respecter son engagement de remboursement au profit du créancier. Ainsi, le créancier peut vendre le contrat librement sans l'accord de l'emprunteur. Ainsi, une obligation est une reconnaissance de dette.

    Remboursement du prêt

    La monnaie prêtée par le prêteur est le "capital à rembourser". Un calendrier de remboursement du capital prêté est convenu. Une règle de remboursement des intérêts est convenu. Un savoir-faire du prêteur est de choisir un emprunteur qui exécutera son contrat de prêt sans incident.

    Risque du prêteur

    Il existe toujours un risque de défaillance de l'emprunteur. Pour réduire les conséquences de ce risque, le prêteur peut demande que l'emprunteur hypothèque un bien immobilier. En cas de défaillance de l'emprunteur, le prêteur procédera à la vente judiciaire du bien immobilier afin de recouvrer tout ou partie de la dette de l'emprunteur.

    Vente d'une reconnaissance de dette

    Pour le prêteur, la reconnaissance de dette vaut plus que la somme prêtée, sinon il ne prêterait pas. L'acheteur de la créance juge aussi que cette créance vaut plus que la somme prêtée. Les acheteurs successifs de la créance évaluent, eux-aussi, que la créance vaut plus que la somme prêtée diminuée des sommes remboursées.

    Le prêteur est le premier acheteur de la reconnaissance de dette. La reconnaissance dette est une créance sur l'emprunteur. L'acheteur de cette créance juge qu'elle vaut plus que la somme prêtée, puisqu'elle est productrice d'intérêt.

    Une reconnaissance de dette s'achète et se vend comme toute autre marchandise. Être bénéficiaire d'une reconnaissance de dette donne un droit analogue au droit de propriété sur une chose, sur un titre financier. Il est légitime de dire qu'on est propriétaire d'un action Renault ou d'une action IBM. Il est tout autant légitime de dire qu'on est propriétaire d'une reconnaissance de dette.

    Un actif financier

    Une reconnaissance de dette est une créance, est un titre financier, qui s'achète, qui se vend, qui a une valeur. Le créancier est le propriétaire de la créance. La valeur de cet actif dépend aussi de la capacité de l'emprunteur à rembourser. Dans la comptabilité d'une entreprise, cette créance s'inscrit et s'évalue à une valeur supérieure à la valeur nominale du prêt.

    Une base monétaire

    Selon la "doctrine des effets commerciaux" (Real Bills Doctrine), développée par Adam Smith, soutenue par des économistes autrichiens tels que Antal E. Fekete, les reconnaissances de dette (ou "effets") pourraient compléter l'or comme base monétaire, reflétant ainsi la nature duale de la monnaie : moyen d'échange et moyen de conserver de la valeur.

    Traduction

    En anglais, "reconnaissance de dette" est "IOU", c'est à dire "I owe you".

    Voir aussi

     

     

     

     
     
     
     
     
     
     
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