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janvier 09, 2026

L'écologisme ou l'environnementalisme une stratégie à terme destructrice de l'humanité !

Les écologistes anti-impact veulent votre mort ; ils se contenteront de vous faire culpabiliser d’exister, de produire et de consommer, et de vous soumettre à n’importe quel degré de planification centralisée et de restriction de vos libertés pour « sauver la planète » de vous. 

 Joshua Mawhorter


 

L'écologisme ou l'environnementalisme est anti-humaniste. 
 
Après les échecs du socialisme – économiques, historiques et éthiques –, les intellectuels de gauche libérale, ne souhaitant pas l'abandonner, ont mis en œuvre plusieurs nouvelles stratégies. On a suggéré que ces différentes manifestations pouvaient être regroupées sous une catégorie générale : le postmodernisme. Après un examen de la philosophie postmoderne et de ses influences, Stephen Hicks expose son argument principal dans son ouvrage *Explaining Postmodernism* : « Le postmodernisme est la stratégie épistémologique de l'extrême gauche universitaire pour répondre à la crise engendrée par les échecs du socialisme, tant en théorie qu'en pratique.» Autrement dit, une fois le socialisme discrédité sur les plans théorique, économiqueplusieurs égards), historique et éthique, ceux qui restaient idéologiquement attachés au socialisme malgré ses échecs ont dû tenter de réaliser le socialisme et la planification centrale en s'appuyant sur d'autres objectifs. L'une de ces stratégies consistait à promouvoir l'égalitarisme (c'est-à-dire « l'égalité ») entre tous les groupes, même entre les êtres humains et l'environnement. Ainsi naquit le mouvement écologiste moderne, influencé par des courants de pensée antérieurs. 
 
Poursuivant son analyse de la convergence des échecs publics du socialisme, du postmodernisme et de l'écologisme moderne, Hicks écrit :
 
"La seconde variation s'est manifestée par le tournant à gauche qu'a pris la préoccupation croissante pour les questions environnementales. Alors que le mouvement marxiste se fragmentait et se transformait en de nouvelles formes, les intellectuels et militants de gauche ont commencé à chercher de nouvelles façons de s'attaquer au capitalisme. Les questions environnementales, au même titre que les questions relatives aux femmes et aux minorités, sont apparues comme une nouvelle arme dans l'arsenal contre le capitalisme. La philosophie environnementale traditionnelle n'était pas, par principe, en conflit avec le capitalisme. Elle soutenait qu'un environnement propre, durable et agréable était bénéfique car vivre dans un tel environnement rendait la vie humaine plus saine, plus prospère et plus plaisante. Les êtres humains, agissant à leur avantage, modifient leur environnement pour le rendre plus productif, plus propre et plus attrayant… Cependant, le nouvel élan de la pensée environnementale a appliqué les concepts marxistes d'exploitation et d'aliénation aux questions environnementales. En tant que partie dominante, l'être humain exploite nécessairement de manière nuisible les parties dominantes : les autres espèces et l'environnement non organique lui-même. Par conséquent, le développement de la société capitaliste engendre une forme d'aliénation biologique : les humains s'aliènent de l'environnement en le dégradant et en le rendant invivable, tandis que les espèces non humaines sont aliénées par leur extinction. Selon cette analyse, le conflit entre production économique et santé environnementale n'est donc pas seulement un conflit à court terme ; il est fondamental et inéluctable. La production de richesses est en elle-même en conflit mortel avec la santé environnementale. Et le capitalisme, si performant dans la production de richesses, est par conséquent nécessairement le principal ennemi de l'environnement. La richesse n'était donc plus une vertu. Vivre simplement, en évitant autant que possible de produire et de consommer, était le nouvel idéal. L'impulsion de cette nouvelle stratégie, parfaitement saisie dans l'ouvrage de Rudolf Bahro, « Du rouge au vert », s'est intégrée à la nouvelle priorité accordée à l'égalité plutôt qu'aux besoins. Dans le marxisme, la maîtrise technologique de la nature par l'humanité était une condition préalable au socialisme. Le marxisme était un humanisme en ce sens qu'il plaçait les valeurs humaines au cœur de son système de valeurs et postulait que l'environnement était à la disposition des êtres humains pour leurs propres besoins. Cependant, les critiques égalitaristes ont commencé à argumenter avec plus de vigueur que, de même que la primauté des intérêts masculins avait conduit à l'asservissement des femmes, et celle des intérêts blancs à l'asservissement de toutes les autres races, la primauté des intérêts humains avait conduit à l'asservissement des autres espèces et de l'environnement dans son ensemble. La solution proposée était alors l'égalité morale radicale de toutes les espèces. Il fallait reconnaître que non seulement la productivité et la richesse étaient mauvaises, mais aussi que toutes les espèces, des bactéries aux cloportes, des oryctéropes aux humains, étaient égales en valeur morale. L'« écologie profonde », nom donné à l'égalitarisme radical appliqué à la philosophie environnementale, rejetait ainsi les éléments humanistes du marxisme et leur substituait le système de valeurs anti-humaniste de Heidegger."

Il convient de noter qu'avant cela, la grammaire morale de l'écologisme moderne s'est forgée sous l'influence du romantisme (fin du XVIIIe siècle – milieu du XIXe siècle), notamment chez Rousseau, avec sa « révolte contre la raison, ainsi que contre la condition dans laquelle la nature l'a contraint à vivre », son « rejet de la réalité », son aversion pour l'industrialisation et la société bourgeoise, son insistance sur la supériorité morale de la nature sur la civilisation, sa méfiance envers la domination humaine sur la nature, sa priorité donnée à l'authenticité plutôt qu'au progrès, à l'émotion, à l'intuition et au sentiment moral plutôt qu'à la raison, et son idéalisation pastorale de la vie préindustrielle. 
 
Le cadre anti-impact 
 
Dans son ouvrage *Defending the Undefendable*, Walter Block formule une observation simple, mais profonde, sur la nature de l'existence humaine dans son chapitre consacré aux déchets : « … la création de déchets est concomitante au processus de production et de consommation. » En extrapolant ce principe, on constate que la pérennité et l'épanouissement de l'humanité dépendent de la production et de la consommation, c'est-à-dire de l'action humaine qui manipule et transforme l'environnement physique dans lequel nous vivons tous. Ce principe a été reconnu par John Locke dans sa théorie de la propriété fondée sur l'appropriation du foyer, selon laquelle l'homme est propriétaire de son propre corps, l'utilise pour agir sur le monde physique qui l'entoure et acquiert ainsi la propriété de biens extérieurs. Par conséquent, entraver la transformation libre et volontaire de la nature par l'humanité dans la production et la consommation – pour autant que cela ne viole pas les droits de propriété d'autrui – est considéré comme inhumain et malfaisant. 
 
Dans l'Occident moderne et les régions influencées par lui, nombreux sont ceux – notamment les élites – qui ont adopté et présupposé une philosophie environnementale de l'anti-impact. Plutôt que de considérer les droits de propriété et la liberté au service de l'épanouissement humain comme le critère idéal de valeur pour juger toute intervention sur l'environnement, beaucoup ont érigé l'impact humain minimal, voire nul, en norme morale suprême. Autrement dit, l'humanité ne devrait pas impacter l'environnement ; par conséquent, si un impact humain minimal est préférable, l'absence totale d'impact est idéale. Bien entendu, cela est impossible pour des êtres humains vivants, inscrits dans le temps et l'espace. Adoptée de manière cohérente, cette vision fait de l'humanité le problème, ce qui engendre un sentiment de culpabilité et/ou conduit à une conclusion fatale : l'humanité doit être éliminée. Dans son ouvrage « Plaidoyer moral pour les énergies fossiles », Alex Epstein écrit : « L’essence même de l’écologie, le dénominateur commun à toutes ses variantes, réside dans la conviction que les humains doivent minimiser leur impact sur la nature non humaine » (p. 199). 
 
Si certains trouvent cela exagéré ou mélodramatique, qu’ils réfléchissent à ceci : si l’impact humain est néfaste, et si l’absence d’impact est l’idéal moral, alors même la minimisation de cet impact est insuffisante et incomplète. Il est impossible pour les humains de ne pas impacter l’environnement. De plus, la conclusion qui s’impose est qu’il ne devrait pas y avoir d’humains, et non pas seulement moins d’humains. Or, cela implique qu’une ou plusieurs des choses suivantes doivent se produire : de nombreux humains ne doivent pas naître et/ou de nombreux humains existants doivent mourir. Epstein écrit encore : « En associant l’impact à quelque chose de négatif, on concède que tout impact humain est d’une manière ou d’une autre néfaste pour l’environnement » (p. 199). Par ailleurs (p. 197),
 
"C’est la conséquence logique de l’adoption du principe de non-impact humain comme critère de valeur : le meilleur moyen d’y parvenir est de ne rien faire du tout, de ne pas exister. Bien sûr, rares sont ceux qui adoptent ce principe de manière constante, et même ces personnes ne dépeuplent pas la planète par elles-mêmes. Mais dans la mesure où nous érigeons le non-impact humain en critère de valeur, nous allons à l’encontre de ce que notre survie exige."
 
Heureusement, la plupart des gens n'adhèrent pas systématiquement à ce cadre anti-impact (et beaucoup n'ont peut-être pas conscience de leurs propres présuppositions), mais l'existence de cette norme les rend vulnérables à la manipulation par la culpabilisation. Lorsqu'on se sent coupable d'exister, on est prêt à se soumettre à tout un éventail de politiques et de mesures proposées par les élites politiques pour minimiser son impact. Si l'on veut continuer d'exister et d'affecter l'environnement, il faut au moins se soumettre aux plans de planification centralisée proposés par les « experts » prétendument sages et altruistes. Par exemple, considérons les propos de l'écologiste Bill McKibben sur la façon dont les gens vivraient si la consommation d'énergies fossiles était réduite de plus de moitié, et l'on comprend alors pourquoi socialisme, planification centralisée et écologisme s'accordent si bien. 
 
"Chaque être humain produirait 1,69 tonne de dioxyde de carbone par an, soit l'équivalent de 14,5 kilomètres par jour en voiture américaine moyenne. Lorsque la population atteindra 8,5 milliards d'habitants, vers 2025, ce chiffre tomberait à 9,5 kilomètres par jour. En covoiturant, il vous resterait environ 0,3 kilomètre de CO2 dans votre ration quotidienne, de quoi alimenter un réfrigérateur à haute efficacité énergétique. Oubliez votre ordinateur, votre télévision, votre chaîne hi-fi, votre cuisinière, votre lave-vaisselle, votre chauffe-eau, votre micro-ondes, votre pompe à eau, votre horloge. Oubliez vos ampoules, qu'elles soient fluocompactes ou non."
 
Comme le souligne la citation de McKibben ci-dessus, si les individus éprouvent un malaise face à leur existence et sont donc prêts à tout pour minimiser leur impact, la planification centrale, où les élites déterminent chaque aspect de ce que chacun est autorisé à faire – jusqu'à l'accès ou non à une ampoule électrique – devient une évidence. Dans son ouvrage « La dignité bourgeoise : pourquoi l'économie ne peut expliquer le monde moderne », Deirdre McCloskey écrit : « La nouvelle alternative au socialisme de planification centrale est l'écologisme » (p. 433). 
 
On attribue souvent aux écologistes un caractère idéaliste. C'est peut-être le cas, mais leur idéal – s'il s'agit d'une absence d'impact humain plutôt que d'un épanouissement humain – est inhumain et pervers. Ils ne se suicident peut-être pas pour atteindre leurs objectifs, mais ils proposent des politiques suicidaires et inhumaines. 
 
 Humaniser la nature et déshumaniser l'humain 
 
Des millions de personnes ont été tuées par des gouvernements dans le cadre de projets de planification centrale. Le type d’« Holodomor énergétique » que proposent les écologistes anti-impact entraînerait la mort de milliards de personnes. Si cela s’avérait vrai, il faudrait à la fois ériger la nature non humaine en valeur morale égale ou supérieure à celle de l’être humain et dévaloriser simultanément la vie humaine en dessous de la nature. Au cas où le lecteur penserait que j’exagère, le mouvement écologiste moderne fait les deux. 
 
Que signifie l’objectif de « sauver la planète » ou de « protéger l’environnement » ? Les écologistes veulent en réalité sauver la planète de l’humanité. Protéger l’environnement de quoi ou de qui ? Protéger l’environnement pour quoi ? Protéger l’environnement pour qui ? La planète a besoin d’être protégée de vous. Nombreux seront ceux qui affirmeront que les écologistes veulent simplement « sauver la planète » pour les humains, mais – l’anti-impact restant l’idéal – cela implique toujours une planification centralisée globale, au point que l’existence humaine doive être considérablement réduite si elle ne peut être éliminée. 
 
Les pets des arbres, oui, ils pleurent en partie la disparition de leurs congénères disparus. Les biologistes évolutionnistes s'accordent à dire, d'après les données bovines, que les pets humains et animaux (méthane) contribuent largement au réchauffement climatique, au point de détruire les plateformes de glace de l'Antarctique et de faire exploser les bébés manchots. Mais les émissions de pets des arbres sont l'antidote aux émissions néfastes des humains et des autres animaux, issues de la soupe primordiale d'hydrocarbures composée de méthane.
 
 
De plus, nombre d’écologistes nous disent, de leur propre aveu, qu’ils sont anti-humains. Le groupe EarthFirst s'indigne, hurle et crie littéralement au scandale des « crimes » commis contre les arbres. (C'est sans doute aussi pourquoi des films comme WALL-E et Le Lorax sont imprégnés d'idéologie hostile à l'impact environnemental, à l'humanité et à la liberté). Un article du Washington Post de 2019, intitulé « Des étudiants progressistes en théologie ont fait leur confession aux plantes. Comment penser les péchés contre la nature ? », posait la question suivante : « Je pense qu'une question cruciale préoccupe de nombreux chrétiens et personnes sans confession : quelle est notre responsabilité morale envers les formes de vie non humaines ? Si nous pouvons pécher contre le monde naturel, comment nommer et expier ce péché ? » Ce tweet a été publié depuis la chapelle du séminaire Union.
 
"Aujourd'hui, à la chapelle, nous avons fait une confession aux plantes. Ensemble, nous avons confié en prière nos peines, nos joies, nos regrets, nos espoirs, notre culpabilité et notre chagrin à ces êtres qui nous nourrissent mais dont nous oublions trop souvent d'honorer les bienfaits. Et vous, que confessez-vous aux plantes qui vous entourent ?"

Dans la même veine religieuse et spirituelle, nous serions tous désormais « pécheurs entre les mains d'une Greta Thunberg enragée ». 
 
Alan Gregg écrivait dans *L'Humanité au tournant* (1974) : « Le monde est atteint d'un cancer, et ce cancer, c'est l'homme.» En 1994, Jacques Cousteau déclarait : « Pour stabiliser la population mondiale, il faudrait éliminer 350 000 personnes par jour.» Le prince Philip d'Angleterre écrivait dans la préface d'un livre paru en 1987 : « Je dois avouer que je suis tenté de demander la réincarnation en un virus particulièrement mortel, mais c'est peut-être aller trop loin.» 
 
J'affirme que cette pensée anti-humaine est un cancer. David M. Graber écrivait en 1989, à propos des opinions de Bill McKibben et des siennes :
 
"Cela rend la situation d'autant plus tragique pour ceux d'entre nous qui chérissent la nature sauvage pour elle-même, et non pour ce qu'elle apporte à l'humanité. Personnellement, je ne peux souhaiter ni à mes enfants ni au reste du vivant une planète apprivoisée, une planète gérée par l'homme, qu'elle soit monstrueuse ou – aussi improbable que cela puisse paraître – bienveillante. McKibben est biocentriste, et je le suis aussi. L'utilité d'une espèce, d'une rivière ou d'un écosystème pour l'humanité ne nous intéresse pas. Ils ont une valeur intrinsèque, plus grande à mes yeux qu'un autre corps humain, ou qu'un milliard d'entre eux. Le bonheur humain, et certainement la fécondité humaine, ne sont pas aussi importants qu'une planète sauvage et saine. Je connais des sociologues qui me rappellent que l'être humain fait partie intégrante de la nature, mais c'est faux. À un moment donné – il y a environ un milliard d'années, peut-être la moitié – nous avons rompu le contrat et sommes devenus un cancer. Nous sommes devenus un fléau pour nous-mêmes et pour la Terre. Il est extrêmement improbable que les pays développés mettent fin à leur consommation effrénée d'énergies fossiles, et les pays en développement à leur exploitation suicidaire des paysages. En attendant que l'Homo sapiens se décide à renouer avec la nature, certains d'entre nous ne peuvent qu'espérer l'apparition du virus adéquat."
 
Ces personnes, et tous ceux qui adhèrent à une approche anti-impact, ne méritent pas la supériorité morale qu'elles revendiquent. Elles sont inhumaines, souvent ouvertement. Alex Epstein affirme vers la fin de son livre : « On ne nous apprend pas que certains croient sincèrement que la vie humaine n'a aucune valeur et que leur but n'est pas de nous aider à surmonter les obstacles de la nature, mais de nous éliminer, car nous ne sommes plus un obstacle pour elle » (p. 208). Il avertit ensuite : « Ne vous y trompez pas : certains cherchent à vous instrumentaliser pour promouvoir des actions qui nuiraient à tout ce qui vous est cher. Non pas par souci pour vous – ils privilégient la nature à vous – mais parce qu'ils vous considèrent comme un outil » (p. 209). 
 
 Le chevauchement entre socialisme et écologisme ne devrait pas nous surprendre. Il ne devrait pas non plus nous surprendre que les partisans des deux soient prêts à tuer des millions, voire des milliards de personnes, pour atteindre leurs objectifs impossibles et inhumains. Les deux impliquent un contrôle politique d'autrui. Mises a écrit : « Tout socialiste est un dictateur déguisé. » On pourrait ajouter que tous les écologistes anti-impact (qui sont généralement aussi socialistes) sont des dictateurs en puissance. 
 
Les écologistes — du moins les vrais convaincus qui défendent sans relâche l'objectif anti-impact — veulent votre mort ; à court terme, ils se contenteront de vous faire culpabiliser d'exister, de produire et de consommer, et de vous soumettre à n'importe quel degré de planification centralisée et de restriction de vos libertés pour « sauver la planète » de vous.
 

 
Joshua Mawhorter est rédacteur adjoint de Mises.org. Il a été boursier d'été à l'Institut Mises (2023) et a travaillé pour le gouvernement...

 

 
  

La fin du GIEC : révélation d’une escroquerie climatique globale

Le réchauffement climatique anthropique vient de recevoir un coup fatal. Avec le retrait des États-Unis du GIEC, annoncé par le président Donald Trump le 7 janvier 2026, cette institution perd un contributeur majeur, représentant environ 20-25 % de son budget.

 


 

Sans ces dizaines de millions de dollars annuels, les études et modélisations alarmistes qui alimentent une propagande imposée comme pensée unique risquent de s’effondrer.

Le prochain rapport, prévu pour fin 2029, pourrait se réduire à une vingtaine de pages, ouvrant enfin la porte à un vrai débat scientifique. Par miracle, les Maldives ne seront pas englouties, les coraux ne disparaîtront pas, le « septième continent » de plastique restera introuvable, l’Antarctique continuera de s’étendre, le CO₂ ne sera plus l’ennemi public numéro un, et la végétalisation de la planète s’accélérera encore. Ce retrait marque la mort symbolique d’une escroquerie organisée, où le GIEC a servi d’outil pour justifier des trillions de dollars en dépenses inutiles, sous couvert d’une urgence climatique fabriquée.

La censure des voix dissidentes : l’affaire John Clauser

L’un des signes les plus flagrants de cette escroquerie est la censure systématique des scientifiques qui osent contredire le narratif officiel. Prenez John Clauser, lauréat du Prix Nobel de Physique 2022 pour ses travaux en mécanique quantique. Invité à s’exprimer sur le climat lors d’une conférence au FMI, son intervention a été annulée après qu’il a qualifié la théorie du réchauffement dû au CO₂ de « non-sens » et la crise climatique de « canular dangereux » et de « pseudoscience ». Cette décision, dénoncée comme une chasse aux sorcières par des observateurs, illustre comment les « globalistes » refusent tout débat libre. John Clauser, comme d’autres, met en lumière les incertitudes et exagérations des prévisions du GIEC, qui persistent à présenter le réchauffement comme principalement anthropique malgré des preuves contraires. Cette censure rappelle une décadence morale et intellectuelle, où le doute scientifique est traqué au profit d’une idéologie totalitaire.

Les scandales financiers : les 7 milliards de Kamala Harris, un gâchis organisé

Au cœur de cette escroquerie se trouvent des gaspillages massifs de fonds publics, justifiés par une urgence climatique imaginaire. Sous l’administration Biden, Kamala Harris a alloué 7 milliards de dollars au Climate United Fund, une fondation créée de toutes pièces en novembre 2023, sans site web, sans historique ni projets concrets à l’époque.

Cette subvention record, la plus importante jamais accordée à une entité non lucrative aux États-Unis, s’inscrit dans un plan plus large de 20 milliards injectés dans des groupes environnementaux pour réduire les gaz à effet de serre et promouvoir l’énergie « propre« .

Mais où est passé l’argent ? Sans contrôles rigoureux, cette opacité soulève des soupçons de fraude ou de favoritisme politique, transformant la lutte climatique en une vache à lait pour des alliés idéologiques. Des prédictions alarmistes passées, comme l’engloutissement des côtes d’ici 2000 annoncé par l’ONU en 1989 ou la disparition de la glace arctique d’ici 2013 prédite par Al Gore en 2006, se sont révélées fausses, pourtant elles justifient encore des dépenses astronomiques sur des technologies inefficaces comme les éoliennes tueuses d’oiseaux ou les panneaux solaires chinois alimentés au charbon. Ces 7 milliards auraient pu financer des hôpitaux, des routes ou des baisses d’impôts, au lieu de disparaître dans un puits sans fond sous prétexte de sauver la planète.

La déclaration scientifique : il n’y a pas d’urgence climatique

Des centaines de scientifiques, dont des professeurs renommés, ont signé une déclaration affirmant haut et fort qu’il n’y a pas d’urgence climatique. Selon eux, la science du climat doit être dépolitisée, et les politiques doivent s’appuyer sur des faits objectifs plutôt que sur des modèles inadéquats qui exagèrent l’impact des gaz à effet de serre. Le réchauffement est bien plus lent que prévu par le GIEC, et résulte autant de facteurs naturels qu’anthropiques – comme la fin du Petit Âge Glaciaire en 1850. Les modèles du GIEC ignorent les bénéfices du CO₂, qui n’est pas un polluant mais un nutriment essentiel pour la vie, favorisant la croissance des plantes et augmentant les rendements agricoles. Il n’existe aucune preuve statistique que le réchauffement intensifie les catastrophes naturelles comme les ouragans, inondations ou sécheresses. Au contraire, les mesures de mitigation sont coûteuses et néfastes, tandis que l’adaptation – prouvée et abordable – suffit. Cette déclaration démasque le GIEC comme un promoteur d’alarmisme non fondé, transformant la science en une discussion basée sur la croyance plutôt que sur la critique rigoureuse.

Les canicules et les marchands d’apocalypse : une hype médiatique sans fondement

Les vagues de chaleur, comme celle de 2023, sont instrumentalisées par les médias et le GIEC pour semer la panique, les présentant comme des signes apocalyptiques du réchauffement anthropique. Pourtant, les canicules ne sont pas nouvelles : en 1976, la France a connu des températures extrêmes jusqu’à 40°C, causant sécheresses et pertes agricoles, sans qu’on invoque alors le CO₂ humain. De même, la vague de froid de 1956 a tué des milliers sans hystérie médiatique. Historiquement, la Terre a traversé des périodes de glaciation et de réchauffement bien avant l’industrialisation. De nombreux climatologues affirment qu’il n’y a pas lieu de s’alarmer : le réchauffement global sur 160 ans n’est que d’environ 1°C, et les événements extrêmes n’ont pas augmenté significativement ces 30 dernières années. Les méga-feux sont liés à des phénomènes naturels comme El Niño, pas au CO₂. Au contraire, l’augmentation du CO₂ verdit la planète et stimule la production alimentaire. Les énergies renouvelables intermittentes, comme l’éolien et le solaire, font grimper les coûts sans réduire les émissions, nécessitant des backups fossiles. Le GIEC, mandaté pour alerter sur les dangers des hydrocarbures, n’est pas un arbitre impartial mais un outil pour justifier des politiques intrusives comme le Green Deal européen (1.000 milliards d’euros sur dix ans) ou l’interdiction des véhicules thermiques d’ici 2035. Ces mesures, sous couvert d’écologie, imposent des restrictions (rationnement d’eau, sobriété énergétique) et augmentent la précarité, transformant l’Europe en une « écodictature » qui détruit sa compétitivité.

Le témoignage d’un initié : Patrick Moore dénonce le canular

Patrick Moore, cofondateur de Greenpeace et titulaire d’un doctorat en écologie, a quitté l’organisation en 1986 après avoir vu son virage idéologique : de la protection de l’humanité et de l’environnement, elle est passée à une vision anti-humaine, traitant les gens comme ennemis de la nature. Dans des interviews, Moore qualifie le réchauffement anthropique de « canular complet » et d’ « escroquerie », affirmant que c’est de la « fake science ». Il accuse les scientifiques alarmistes d’être accros aux subventions gouvernementales, produisant de la peur pour obtenir des fonds et influencer les politiciens. Les médias amplifient cette hystérie via un écho de fake news, tandis que les politiciens utilisent la culpabilité pour centraliser le pouvoir, et les entreprises vertes – des « chercheurs de rentes » – profitent de subventions massives. Moore insiste : le CO₂ est la base de toute vie sur Terre, pas un polluant, et les niveaux élevés passés n’ont causé aucune catastrophe. Il compare ce narratif à la théorie géocentrique, menaçant l’esprit des Lumières en remplaçant la méthode scientifique par une « combinaison toxique de religion et d’idéologie politique ». Des figures comme Al Gore sont des « charlatans » vendant de la peur pour s’enrichir. Patrick Moore dénonce comment l’environnementalisme, autrefois noble, est devenu une machine à lever des fonds, exploitant la culpabilité pour contrôler esprits et portefeuilles.

Libérons-nous de l’escroquerie climatique

Le retrait américain du GIEC n’est pas une perte, mais une libération.

Cette institution, au service d’une escroquerie globale, a promu un alarmisme non scientifique pour justifier des dépenses astronomiques, des censures et des politiques destructrices.

Il n’y a pas d’urgence climatique : le CO₂ nourrit la vie, les événements extrêmes sont naturels, et les modèles du GIEC sont exagérés. Il est temps de rejeter cette propagande, de prioriser l’adaptation rationnelle et de reconquérir notre souveraineté face aux marchands d’apocalypse. La vraie urgence ? Protéger les citoyens des idéologues qui les appauvrissent au nom d’une planète qui se porte très bien sans eux.

https://multipol360.com/la-fin-du-giec-revelation-dune-escroquerie-climatique-globale/

 

 

 

décembre 29, 2025

La liberté commence là où l’on cesse de forcer d'après Philippe LOGNOUL

La liberté commence là où l’on cesse de forcer

Texte inédit proposé par Philippe, autour de la liberté intérieure comme expérience vécue.

On parle souvent de liberté comme d’un droit, d’un principe ou d’un idéal à défendre. Mais avant d’être une idée, la liberté est une expérience

 

Elle commence parfois très simplement,
au moment où le corps cesse de se contracter,
où la pensée ralentit,
où l’on n’essaie plus d’avoir raison, ni d’agir correctement.

La liberté intérieure n’est pas une conquête.
Elle ne se gagne pas par accumulation de choix, ni par opposition à une contrainte extérieure. Elle apparaît plutôt quand quelque chose, en nous,
cesse de lutter contre ce qui est déjà là.

Un corps tendu n’est pas libre, même entouré de droits.
Un esprit en alerte permanente ne goûte pas la liberté, même dans un espace sans règles. Inversement, il arrive qu’un être humain se sente profondément libre dans un cadre restreint, dès lors que ses rythmes vitaux sont respectés.

La liberté n’est donc pas seulement affaire de structures sociales ou politiques.
Elle est aussi — et peut-être d’abord — une
question de régulation, de sécurité intérieure, de relation au vivant.

Lorsqu’un être humain se sent suffisamment en sécurité pour ne plus se défendre en permanence,
il devient naturellement plus responsable, plus attentif, plus créatif.
Non par obligation morale, mais par accord intérieur.

Penser la liberté sans tenir compte du corps, du psychisme et des relations, c’est risquer d’en faire une abstraction.
La vivre comme une conséquence d’un certain état intérieur, en revanche, ouvre une autre perspective celle d’une liberté qui ne s’oppose pas, mais qui
émerge

Philippe LOGNOUL 


Explorateur de l’être humain, de l’utérus au monde, entre liberté, plaisirs en conscience et harmonie. 
Auteur d'écrits lucides et poétiques.

décembre 24, 2025

Le banquet de Noël

                          “Noël n'est pas un jour ni une saison, c'est un état d'esprit.”

 

Le banquet de Noël 

Nathaniel Hawthorne (1804-1864)

Fantaisie philosophique

– J’ai cherché dans ce travail, disait Rodrigue, tout en s’asseyant dans le kiosque avec Rosina et le sculpteur, et en déroulant un manuscrit ; j’ai cherché à définir un personnage que j’ai rencontré dans mainte occasion; la triste expérience que j’ai acquise de bonne heure, comme vous le savez tous les deux, m’a donné quelque connaissance du coeur humain, sur lequel j’ai fait des études approfondies. Mais il est un genre d’homme, une sorte de créature, veux-je dire, dont je crains de ne pouvoir jamais bien comprendre la vie et les instincts.

 



– C’est très bien, ce que vous dites là ; mais dépeignez-nous cet individu, répondit le sculpteur. Donnez-nous-en une idée quelconque, et expliquez-vous au plus tôt.
– Soit, j’y consens, quoique, à mon avis, ce soit du temps perdu, répliqua Rodrigue. On pourrait croire de prime abord que l’être dont il s’agit est de la nature de ceux que vous avez formés d’un bloc de marbre, qu’il a été doué d’une intelligence extérieure, mais qu’il lui manque la dernière touche d’un créateur divin. Il a toutes les apparences d’un homme : je dirai même que ses formes sont plus belles que celles de tout autre être de son espèce que vous pourriez rencontrer. On le prendrait pour un sage ; son esprit est susceptible de culture et de goût : et cependant il n’excite aucune sympathie et n’en éprouve sans doute aucune. Quand on le connaît intimement, on découvre qu’il est glacé, immatériel. C’est une simple vapeur perdue dans l’immensité.
–Je crois, observa Rosina, que j’ai une certaine idée de l’être dont vous voulez parler.
–Tant mieux, répondit le mari de cette charmante femme en souriant du bout des lèvres ; mais n’anticipez pas sur mes paroles, et ne cherchez pas à définir d’avance ce que je vais lire. J’ai créé, dans le récit que voilà, un homme qui probablement n’a jamais existé : comprenant ce qui manque à son organisation spirituelle, parcourant le monde sans éprouver aucune émotion, et désirant changer son fardeau d’insensibilité contre un fardeau de chagrin réel, contre une angoisse de douleurs plus affreuses que tout ce que le sort puisse envoyer à un misérable condamné à vivre sur la Terre.

Rodrigue, probablement satisfait de cette préface, commença à lire ce qui suit :

Un vieux gentilhomme fit dans son testament un legs tout à fait en rapport avec la vie mélancolique et excentrique qu’il avait menée. Il laissa une somme considérable dont l’intérêt devait servir annuellement et pour toujours à organiser, le jour de Noël, un banquet auquel prendraient part dix personnes choisies parmi les plus malheureuses qu’on pourrait trouver dans le pays.

L’intention du testateur n’était pas de faire oublier à des infortunés leurs chagrins pour quelques heures ; il voulait au contraire agir de telle sorte qu’ils en ressentissent mieux les atteintes. En choisissant même ce jour consacré et ordinairement joyeux, où ceux qui étaient invités au banquet auraient pu perdre un instant la souvenance de leurs maux au milieu des acclamations de joie proclamées à l’occasion de cette solennité par toute la chrétienté, le testateur n’avait que l’intention de perpétuer son peu de foi dans les oeuvres de la Providence, laquelle, prétendait-il, s’inquiétait fort peu du sort des pauvres humains.

Le vieux gentilhomme avait désigné, pour ses exécuteurs testamentaires, deux de ses plus intimes amis, qui étaient, comme lui, deux sombres humoristes, et dont la seule occupation était d’observer tous les malheurs auxquels nous sommes exposés. Ils se refusaient même à l’évidence qui prouve qu’un Dieu bienfaisant a placé le bien à côté du mal, et que chaque devoir que nous accomplissons, tout pénible qu’il soit, est la source d’un vrai plaisir. Ces deux philosophes, d’un genre tout particulier, étaient donc chargés d’inviter les convives du banquet ou de les choisir parmi ceux qui prétendaient avoir quelque droit à assister à ce bizarre festin.

Le premier repas eut lieu. Pour dire vrai, l’aspect des convives n’était pas fait pour satisfaire ceux qui les auraient aperçus rangés autour de cette table, car les chagrins de ces personnages ne suffisaient pas pour donner une idée du grand nombre des souffrances répandues sur la Terre. Et pourtant, après un examen de quelques instants, on ne pouvait contester que ces souffrances, tout en provenant de causes en apparence imaginaires, accusaient néanmoins la nature de notre organisation.

Les décorations de la salle du banquet étaient arrangées de manière à rappeler aux convives que le seul but que nous soyons sûrs d’atteindre ici-bas, c’est la mort. Telle avait été la pensée immuable du testateur. Éclairée au moyen de torches, cette salle était toute tendue de drap noir, ornée de guirlandes faites de branches de cyprès et de couronnes d’immortelles desséchées, semblables à celles qu’on jette sur les cercueils. Chaque assiette était entourée de persil. Le vin, décanté dans une urne d’argent, était versé à chaque convive dans de petits vases pareils à des lacrymatoires romains. Les exécuteurs de ce legs singulier, – je ne saurais dire si c’était leur goût qui avait présidé à tous ces détails, – n’avaient pas oublié l’usage des anciens Égyptiens qui plaçaient un squelette à la table du festin, dans le but de se moquer de la gaieté des convives. Le squelette était enveloppé d’un manteau noir et placé sur un siège au centre de la table. On prétendait que le testateur lui-même avait vécu en compagnie de ce triste emblème de la mort, et qu’il avait stipulé, dans son testament, qu’on placerait chaque année ce squelette au milieu des dix convives qu’il invitait au banquet de la fête de Noël. Selon toute probabilité, le vieux gentilhomme désirait prouver que, pendant sa longue existence, il n’avait jamais cru à une autre vie.

– Que signifie cette couronne ? demandèrent à la fois plusieurs invités en entrant dans la salle où le banquet était préparé.

Ces gens-là faisaient allusion à une couronne de cyprès appendue à l’extrémité du bras du squelette, qui sortait seul des plis du manteau noir dont il était enveloppé.

Un des exécuteurs testamentaires répondit :

– C’est une couronne qui sera offerte, non pas au plus digne, mais au plus malheureux, lorsqu’il aura prouvé qu’il a le droit de l’obtenir.

Le premier invité était un homme d’un caractère doux, mais tout à fait dénué d’énergie pour combattre le profond découragement auquel il était naturellement enclin ; aussi, sans que rien en apparence pût l’empêcher de prétendre au bonheur, avait-il passé sa vie dans la plus molle indolence, à tel point que son sang, ayant presque oublié de circuler dans ses veines, oppressait sa poitrine et faisait battre son coeur avec violence. Son malheur dépendait donc de son organisation.

Le deuxième convive était misérable parce qu’il avait un esprit inquiet et malade ; il était même devenu tellement impressionnable qu’un mot piquant d’un ennemi, la plaisanterie la plus inoffensive d’un étranger, la pression d’une main amie, lui étaient pénibles comme c’est ordinairement l’habitude de ces gens-là. Sa principale occupation était d’exposer ses griefs à ceux qui voulaient bien les entendre.

Le troisième individu était un hypocondriaque à qui son imagination faisait trouver des monstres partout ; il en apercevait même au coin de son feu. Il se figurait voir des dragons dans les nuages, des esprits infernaux cachés sous les traits des plus jolies femmes, quelque chose d’affreux et de malfaisant dans tout ce que la nature offre de plus enchanteur.

Son voisin était un de ces hommes qui, dans leur première jeunesse, ont eu une trop grande confiance dans leurs semblables ; il avait trop espéré d’eux ; il avait été si souvent trompé qu’il était devenu misanthrope.

Depuis plusieurs années, il cherchait tous les motifs possibles pour haïr et mépriser l’humanité entière. Et il n’avait, pour faire cela, qu’à envisager le meurtre, la débauche, la fausseté, l’ingratitude, le manque de bonne foi entre amis, les vices instinctifs chez les enfants, tous les crimes cachés des êtres créés à l’image de Dieu, et qui ont tous les dehors de la vertu : il lui fallait seulement examiner une à une toutes ces tristes réalités, qui cherchent à se décorer des apparences les plus attrayantes. Mais à chaque mauvaise action qu’il inscrivait sur son catalogue, à chaque nouvelle découverte qui augmentait la triste nomenclature instructive à laquelle il avait voué sa vie, son coeur, naturellement aimant et confiant, recommençait à saigner.

L’homme qui venait ensuite avait des sourcils épais et tenait les yeux baissés. Sa physionomie exprimait la passion et montrait une animation sans pareille. Dès sa plus tendre enfance, il s’était cru un messager inspiré par la Divinité, et avait essayé de remplir la mission à laquelle il pensait être destiné. Hélas ! il n’avait pas été assez éloquent pour se faire écouter. Une fois convaincu de son impuissance, il s’était sans cesse adressé cette pénible question : « Pourquoi les hommes ne veulent-ils pas m’entendre et se laisser persuader ? – C’est parce que je suis un fou. Qu’ai-je à faire ici-bas ? Quand trouverai-je ma tombe ? » Pendant tout le festin, cet homme se versait de fréquentes rasades pour éteindre, disait-il, le feu céleste qui le consumait, et qui était inutile à sa race.

Tout à coup, on vit entrer, après avoir froissé et jeté un billet de bal, un petit-maître qui, la veille du jour de ce banquet, avait aperçu quatre ou cinq rides sur son front, et plus de cheveux blancs sur sa tête qu’il ne pouvait en compter. Doué d’intelligence et de sentiment, le vieux dandy avait follement dépensé sa jeunesse, et était arrivé à cette époque de la vie où la folie nous abandonne et nous oblige à aimer la sagesse.

 


 

Pour compléter le nombre des convives, les exécuteurs testamentaires avaient invité un malheureux poète réduit à la plus grande misère, et un idiot qu’ils avaient trouvé au coin de la rue. Ce dernier avait juste assez d’intelligence pour savoir ce qui lui manquait ; il cherchait donc vainement ce que la nature lui avait refusé ; et, dans ce but, il errait çà et là dans les rues en gémissant, car il s’apercevait que ses efforts étaient inutiles.

La seule dame qui eût pénétré dans la salle du banquet aurait été parfaitement belle, si elle n’eût légèrement louché de l’oeil gauche; mais ce défaut, si petit qu’il fût, la chagrinait à un tel point qu’elle passait sa vie dans la solitude et qu’elle n’osait même pas se regarder dans une glace. On plaça cette infortunée en face du squelette.

Il nous reste un autre convive à décrire. C’était un jeune homme de bonne mine, à l’air doux, au maintien élégant. À le voir, on eût pensé qu’il aurait plutôt dû aller s’asseoir à quelque joyeuse table qu’à celle où se trouvaient tous ces malheureux.

Un bruit de murmures s’éleva parmi les autres convives, lorsqu’ils remarquèrent le regard inquisiteur jeté sur eux par le nouveau venu.

– Que vient faire ce monsieur parmi nous ? Pourquoi le squelette du fondateur de cette fête ne se lève-t-il pas et ne chasse-t-il pas cet étranger ?
– C’est honteux, ajouta le malade, qui éprouva un nouvel élancement au coeur. Ce gentleman vient ici pour se moquer de nous ! Nous allons servir de texte à ses plaisanteries, quand il retournera auprès de ses amis, à la taverne voisine. Il rira avec eux de nos misères et les exposera peut-être sur le théâtre dans un drame de sa composition.
– Eh, qu’importe ! reprit l’hypocondriaque en souriant d’un air de dédain ; il portera à ses lèvres une cuillerée de soupe faite avec des vipères ; et s’il y a une macédoine de scorpions sur la table, il faudra bien qu’il en ait sa part. Après tout, si notre banquet de Noël lui convient, il y reviendra l’année prochaine !
– Ne le troublez pas, murmura avec douceur le personnage mélancolique ; peu importe qu’il acquière, quelques années plus tôt ou plus tard, la conscience du malheur ! Si ce jeune homme se croit heureux maintenant, laissez-le s’asseoir parmi nous, car il ignore quels sont les maux qui l’attendent.

Le pauvre idiot s’approcha du nouveau convive avec cet air inquiet et inquisiteur qu’on remarquait toujours en lui, ce qui faisait dire qu’il était sans cesse à la recherche de l’esprit qui lui manquait. Après s’être livré à un court examen, le pauvre insensé toucha la main de l’étranger, tout en retirant immédiatement la sienne; puis il branla la tête et un frisson parcourut ses membres.

– C’est froid, c’est froid ! s’écria l’idiot.

Le jeune homme ne put réprimer un frisson de terreur, et sourit pourtant avec grâce.

– Messieurs et madame, dit alors un des ordonnateurs de la fête, n’allez pas nous taxer d’insanité, et croire que nous avons admis ce jeune étranger, qui s’appelle Gervayse Hastings, sans avoir pris de minutieuses informations. – Croyez-moi, personne entre vous n’a, plus que lui, le droit de venir s’asseoir à cette table.

Chacun se crut obligé d’accepter ces paroles ; puis ensuite les invités prirent leurs places : la bonne harmonie fut bientôt troublée par l’hypocondriaque, qui repoussa sa chaise en se plaignant à haute voix, parce que, disait-il, on avait mis devant lui un plat contenant des crapauds et des vipères. On chercha à lui faire comprendre qu’il se trompait; il reprit alors tranquillement son siège. Le vin coulait à grands flots de l’urne sépulcrale ; mais on eût dit qu’il en sortait mêlé à de sombres inspirations ; ainsi, au lieu d’exciter à la gaieté, il ne servait qu’à augmenter la tristesse générale. Les convives se racontaient des histoires effrayantes sur certains personnages qui auraient eu de grands droits à venir s’asseoir parmi eux. On parlait des maux auxquels tous les hommes sont exposés, de crimes horribles, d’existences qui n’avaient été que de longues agonies, d’autres qui paraissaient heureuses et qui avaient été empoisonnées tôt ou tard par de cuisants chagrins. On s’entretenait des derniers moments des humains, de leurs dernières paroles, des instructions qu’on pouvait en tirer ; des différentes manières de mettre fin à ses jours, des moyens préférables à employer pour y parvenir : le couteau, le poison, la noyade, la pendaison ou la vapeur du charbon.

La plupart des convives, comme c’est l’habitude chez les gens très affligés, aimaient à parler de leurs malheurs et cherchaient à en faire le sujet de la conversation générale. Ils voulaient, avant tout, prouver que leur propre infortune était la plus grande de toutes.

Le misanthrope, énumérant tous les torts du genre humain à son égard, prétendait que l’homme est incapable d’éprouver aucun bon sentiment, et il se plaisait à rappeler tous les faits qui pouvaient appuyer son opinion. Puis, dès qu’il eut exprimé sa manière de penser, il cacha son visage dans ses mains et pleura amèrement.

Ce banquet, on le voit, était une fête à laquelle chaque homme et chaque femme, quelque favorisés qu’ils fussent par la fortune, eût pu, dans un moment donné, réclamer le triste privilège d’assister.

Tant que dura le festin, on remarqua que le jeune étranger, Gervayse Hastings, n’éprouva pas la moindre émotion. Toutes les tristes pensées exprimées par ses compagnons le trouvaient insensible : son regard trahissait plus d’étonnement que celui du pauvre idiot, dont le coeur cherchait à comprendre, et qui souvent parvenait à son but. La conversation de Gervayse était froide, incisive, légère et souvent éloquente ; mais on découvrait que celui qui parlait n’avait jamais ni aimé ni souffert.

– Monsieur, dit d’un ton brusque le misanthrope qui répondit à quelques observations d’Hastings, je vous prie de ne plus m’adresser la parole. Nous ne pouvons nous comprendre, car nos sentiments n’ont rien de sympathique. De quel droit êtes-vous venu vous joindre à nous ? Je ne saurais le deviner ; mais il me semble qu’après avoir prononcé les phrases malséantes que nous venons d’entendre, vous devez nous considérer, mes compagnons et moi, comme des ombres flottant sur la muraille. À dire vrai, vous nous produisez le même effet.

Le jeune homme se prit à sourire, s’inclina avec politesse, repoussa sa chaise en arrière sans se lever, et boutonna son habit sur sa poitrine, comme si la salle du festin fût devenue plus froide. L’idiot fixa encore une fois son regard mélancolique sur le jeune homme et murmura ces paroles :

– C’est froid ! c’est froid ! c’est froid !

Le banquet une fois terminé, les convives se retirèrent. À peine eurent-ils franchi le seuil de la porte que la scène qui venait d’avoir lieu ne semblait plus à leurs souvenirs que la vision d’un esprit malade.

De temps à autre, pendant l’année suivante, ces infortunés s’entrevirent çà et là, ce qui convainquit chacun d’eux qu’ils étaient bien tous des habitants de la Terre, et qu’ils existaient réellement. À diverses reprises, plusieurs d’entre eux se trouvèrent le soir, face à face, enveloppés dans de sombres manteaux. Quelquefois aussi ils se rencontrèrent dans des cimetières. Il arriva aussi que certains convives du banquet de Noël tressaillirent en se reconnaissant à la lumière du soleil, au milieu d’une rue fréquentée, où ils erraient comme des spectres. Sans doute ces gens-là étaient surpris que le squelette ne sortît pas aussi à l’heure de midi.

Mais chaque fois que, par suite de leurs affaires, les convives du banquet de Noël étaient obligés de se mêler à la foule, ils étaient certains de rencontrer le jeune homme, qui, sans qu’on pût en découvrir la cause, avait pris part à cette fête lugubre.

En le voyant se mêler aux heureux du jour ; en apercevant son oeil brillant; en entendant résonner ses paroles légères et insouciantes ; chacun d’eux se disait en lui-même, avec indignation :

– Quel traître ! quel vil imposteur ! La Providence, dans un temps donné, permettra qu’il ait réellement le droit de venir s’asseoir au milieu de nous.

Le jeune homme, loin de détourner son regard, l’arrêtait, au contraire, sur chaque triste visage passant près de lui, et semblait dire avec un air de mépris : « Hélas ! si vous connaissiez mon secret, vous pourriez alors comparer vos droits avec les miens ! »

Les mois et les heures s’écoulèrent et ramenèrent les gaietés de Noël, accompagnées des cérémonies de l’église, des jeux, des festins et de la joie sur tous les visages. La salle du banquet se revêtit encore de ses noires draperies : on l’éclaira avec les torchères funèbres, et on décora la table d’une façon toute sépulcrale. Le squelette, recouvert de son manteau, reprit sa place désignée, tenant entre ses doigts la couronne de cyprès, présent destiné au convive le plus affligé.

Comme les ordonnateurs de la fête étaient certains que l’on trouverait toujours sur la Terre de nouvelles misères, et comme ils désiraient jouir de ce spectacle sous toutes les formes, ils ne crurent pas convenable de réunir les convives de l’année précédente : de nouvelles figures vinrent donc se placer autour de la table.

Là se trouvait un homme à la conscience timorée, qui portait une tache de sang dans son coeur, – souvenir de la mort de l’un de ses semblables, – mort qui, pour sa plus grande torture, avait été suivie de circonstances si extraordinaires, – que le malheureux pensait que ses souffrances venaient des voeux qu’il avait formés pour que la mort le visitât lui-même à son tour.

En effet, depuis l’époque de ce meurtre, l’existence de cet homme était empoisonnée ; il vivait dans une perpétuelle agonie, s’accusant intérieurement d’avoir tué son semblable : sans cesse il avait présents à la mémoire tous les détails de cette horrible catastrophe. C’était là sa seule pensée.

À côté de cet homme, il y avait une mère, – autrefois heureuse, et maintenant désolée. Il s’était cependant écoulé un grand nombre d’années depuis le jour où elle était allée à une partie de plaisir, et avait trouvé à son retour son petit enfant étouffé dans son berceau. Toujours, depuis cet instant funeste, la malheureuse était persécutée par cette pensée terrible que son enfant étouffait dans son cercueil.

Cette malheureuse avait pour voisine, au banquet de Noël, une vieille dame qui, depuis son adolescence, avait été atteinte d’un tremblement convulsif qui ébranlait toute sa personne. Rien n’était plus effrayant que l’aspect de son ombre vacillante sur la muraille ; ses lèvres tremblaient, et l’expression de ses yeux semblait annoncer que son âme aussi était agitée.

Cet état provenait de la confusion qui existait dans son intelligence : personne ne pouvait dire quel terrible chagrin avait frappé l’infortunée d’une manière aussi cruelle : les exécuteurs testamentaires avaient pourtant jugé qu’ils devaient l’admettre au nombre des convives, non d’après ce qu’ils connaissaient de son histoire, mais sur la seule inspection de son triste visage.

Les convives ne purent réprimer un mouvement de surprise lorsqu’ils virent paraître un certain M. Smith, gentleman à la face rubiconde, qui avait probablement reçu plus d’une invitation bien préférable à celle qui le conviait à cette fête. L’expression ordinaire de la physionomie de ce personnage annonçait que, pour la cause la plus futile, il était disposé à rire. M. Smith évitait cependant tout ce qui pouvait exciter sa gaieté, car il était atteint d’une maladie de coeur qui, à chaque instant, menaçait de mettre fin à ses jours. Toute émotion de joie pouvait lui être fatale, et l’animation produite par de riantes pensées aurait pu occasionner la même fin terrible. Eu égard à sa triste situation, M. Smith s’était fait admettre au banquet, dans l’espoir d’y puiser un fonds de mélancolie qui prolongerait ses jours.

On avait aussi invité deux époux, par cette seule raison, bien connue de tous, qu’ils étaient affreusement malheureux dès qu’ils se trouvaient réunis : il allait donc sans dire qu’ils devaient se rencontrer à ce festin.

Pour faire pendant à ces deux malheureux, on apercevait autour de cette table deux autres individus qui n’avaient jamais été mariés. Dans leur première jeunesse, ils s’étaient promis de s’adorer toujours : mais, séparés par les circonstances, ils étaient demeurés si longtemps loin l’un de l’autre que maintenant ils ne pouvaient plus sympathiser. Isolés dans la vie, ces deux êtres considéraient l’éternité comme un désert sans bornes.

Près du squelette, était assis un des plus joyeux fils de la Terre, – un spéculateur, – un chercheur d’or ; – sa principale affaire étant son grand livre, – la Bourse lui servait de prison. – Ce personnage avait été fort surpris en recevant cette invitation, car il se figurait être le plus fortuné des mortels. Ceux qui l’avaient convié au festin déclaraient qu’il ne savait pas combien grande était sa misère.

Un instant après, on vit entrer dans la salle un individu avec lequel nos lecteurs ont déjà fait connaissance. C’était Gervayse Hastings, dont la présence, l’année précédente, avait soulevé tant de questions et causé de nombreuses critiques.

Hastings s’assit encore à la même place, avec l’intime conviction qu’elle lui appartenait, et qu’il n’avait nullement besoin de l’assentiment d’autrui ; et pourtant, chose étonnante, son air enjoué, sa physionomie placide ne trahissaient aucun chagrin. Ceux qui l’examinaient et qui étaient experts dans l’art de découvrir les peines de leurs semblables regardèrent un instant Gervayse Hastings, et, tout en branlant la tête, n’éprouvèrent pour lui aucune sympathie.

– Qui est donc ce jeune homme ? demanda l’homme à la conscience troublée. Assurément, il n’a jamais souffert. De quel droit vient-il s’asseoir parmi nous ?
– Savez-vous que c’est très mal d’entrer ici sans être frappé d’un chagrin mortel ! murmura la vieille dame d’une voix aussi tremblante que l’était toute sa personne. Quittez-nous, jeune homme ! Votre coeur n’a jamais été brisé ; et je tremble plus encore pour mon repos, rien qu’à vous regarder.
– Son coeur brisé ! oh non, j’en réponds, répliqua M. Smith en portant la main sur sa poitrine et en s’efforçant de paraître triste, car il craignait de se livrer à un fatal éclat de rire. Je connais fort bien ce gentleman ; il a devant lui les plus belles espérances, aussi ne doit-il pas se mêler à nous. Il n’a pas plus le droit de s’asseoir à cette table que l’enfant qui n’est pas encore né. Il ne fut jamais malheureux, et probablement il ne le sera jamais.
– Très honorés convives, s’écrièrent alors les ordonnateurs du banquet, allons, de grâce, ayez confiance en nous et soyez certains du moins que notre profonde vénération pour la mémoire de celui qui a institué ce festin ne nous permet pas de désobéir à ses dernières volontés. Recevez ce jeune homme à votre table. Qu’il nous suffise de vous assurer qu’aucun de vous ne voudrait troquer son coeur pour celui qui bat dans la poitrine de Gervayse Hastings.
– Si cela était, j’en serais enchanté, très enchanté, répliqua M. Smith avec un mélange de joie et de tristesse. Mais ces messieurs ne savent pas ce qu’ils disent ; mon coeur est le seul qui souffre réellement ici, puisque certainement il sera cause de ma mort !

Malgré toutes ces récriminations, comme le jugement des exécuteurs testamentaires était sans appel, la compagnie prit place autour de la table. Le convive, qu’on aurait volontiers expulsé, n’entama la conversation avec aucun de ses voisins ; il paraissait seulement écouter avec une grande attention, dans l’espoir de découvrir quelque vérité. À dire vrai, les plaintes exprimées par ces infortunés ne pouvaient point être le sujet d’une instruction ou d’une consolation, quelles qu’elles fussent, pour personne.

La conversation générale parut si absurde au bon M. Smith qu’il ne put s’empêcher d’éclater de rire, quoique ses médecins lui eussent expressément défendu cette incartade ; et certes la science avait raison cette fois, car le malheureux tomba en arrière en faisant une affreuse grimace et expira sur-le-champ.

Cette catastrophe mit fin au repas.

– Eh quoi ! vous ne tremblez pas ? demanda la vieille dame à Gervayse Hastings, qui regardait fixement le cadavre. N’est-ce pas un horrible spectacle à voir, et n’est-il pas terrible de penser qu’un homme d’une nature si ardente et si robuste est mort en une minute ? Mon âme tremblera toujours, mais en ce moment elle tremble bien plus encore; aussi je ne puis comprendre comment vous êtes calme !
– En quoi cet événement subit peut-il m’apprendre quelque chose, madame, ou me faire éprouver la moindre émotion ? répondit Gervayse Hastings en poussant un profond soupir. Les hommes passent devant moi comme les ombres sur une muraille. Leurs actions, leurs passions, leurs sentiments produisent à mes yeux l’effet d’une lumière vacillante. Dans une seconde, tout s’évanouit ! Ni ce cadavre, ni ce squelette, ni le tremblement continuel de cette vieille dame ne peuvent me procurer la sensation que je cherche.

Les convives se séparèrent.

Nous n’entrerons pas dans des détails plus circonstanciés sur ces singuliers festins, lesquels, selon la volonté du fondateur, eurent lieu régulièrement à l’époque désignée.

Quelques années plus tard, les exécuteurs de ces bizarres volontés adoptèrent la coutume d’inviter de loin et de près des individus dont les infortunes semblaient plus grandes que celles de leurs semblables, soit à cause de leur intelligence cultivée, soit eu égard à la haute position qu’ils avaient occupée. Le noble exilé par la Révolution française et le soldat qui avait déposé les armes à la chute de l’Empire vinrent prendre part à ce banquet. Les monarques détrônés, errants sur la Terre, furent admis à ce triste et lugubre festin. L’homme d’État, dont le parti était vaincu, pouvait, s’il le désirait, être encore un grand homme pendant tout le temps que durait le repas.

Le nom d’Aaron Burns1 prit place parmi tous ces représentants des misères humaines, quand sa ruine, la plus grande et la plus frappante, causée par des circonstances morales plus étonnantes que celles de la vie de tout autre homme, fut entièrement accomplie.

À l’époque de sa vieillesse, Stephen Girard2, lorsque son opulence lui parut un fardeau trop lourd à porter, chercha une fois à être admis au banquet de Noël.

Et cependant ces personnages ne pouvaient point donner mieux que d’autres ces enseignements extraordinaires de misère et de chagrin qui sont étudiés surtout dans la vie ordinaire. Mais il est bon de remarquer que plus les malheureux sont illustres, plus ils éveillent de profondes sympathies ; et cela non parce que leurs malheurs sont plus terribles, mais parce que étant placés sur un piédestal élevé ceux qui les éprouvent servent bien mieux d’exemples au genre humain.

J’ajouterai qu’à chaque banquet de Noël Gervayse Hastings se mêlait aux convives : mais l’infortuné changeait graduellement. De la brillante jeunesse, il était passé à la virilité soucieuse ; puis de la virilité à la vieillesse, qui avait imprimé un certain air de dignité à sa physionomie. Il était le seul individu qui vînt aussi assidûment chaque année, et cependant sa présence excitait toujours de nouveaux murmures de la part de ceux qui connaissaient son caractère et sa position : ceux-là même dont le coeur était brisé ne pouvaient fraterniser avec lui.

– Qui est donc cet homme impassible ? s’était-on demandé plus de cent fois.
– A-t-il souffert ? a-t-il commis quelque faute ? Sa personne ne porte ni traces de douleur ni de remords. Alors pourquoi se trouve-t-il ici ?
– Demandez-le à ceux qui sont chargés de faire les invitations, ou interrogez-le lui-même. Telle était la réponse générale.
– Mais cet homme est bien connu dans la ville, et tout ce qu’on dit de lui prouve qu’il doit être heureux. D’où vient qu’il arrive ici tous les ans pour se placer au milieu des convives comme une vraie statue de marbre ?
– Demandez-le au squelette : peut-être vous donnera-t-il le mot de l’énigme.
– En vérité, c’est extraordinaire, se disait-on à la ronde.

L’existence de Gervayse était non seulement prospère, mais encore fort brillante. Tout lui avait réussi ; sa fortune aurait suffi pour satisfaire les goûts les plus dispendieux. Il aurait pu voyager dans les contrées les plus éloignées ; s’il avait eu l’amour de la science, il aurait pu se former une nombreuse bibliothèque. Hélas ! malgré toute son opulence, cet homme était malheureux. Il avait désiré jouir du bonheur domestique et aurait dû le trouver avec une épouse charmante et affectionnée, des enfants qui promettaient la réalisation des plus douces espérances. Hastings s’était élevé au-dessus des limites qui séparent les hommes obscurs des hommes distingués ; et il s’était acquis une réputation sans tache dans des affaires de la plus haute importance. Sa renommée n’était pourtant pas populaire, car il lui manquait ce qui est nécessaire pour acquérir l’affection des masses. Pour le public, Hastings était une froide abstraction, dépourvue d’enthousiasme et de la faculté de faire passer dans le coeur de la multitude les impulsions du sien ; c’est surtout à ce don divin que le peuple reconnaît ses favoris. J’ajouterai que ceux qui étaient admis dans l’intimité de cet infortuné et qui désiraient l’aimer étaient effrayés de voir que cela leur était impossible.

Ils l’approuvaient et l’admiraient ; mais dans ces moments où l’esprit humain cherche à découvrir la réalité, ils s’éloignaient de Gervayse, qui n’avait pas le pouvoir de leur donner ce qu’ils voulaient trouver; et, ils éprouvaient ce sentiment de regret que l’on ressent lorsqu’on retire sa main, après l’avoir tendue à une ombre que l’on a aperçue sur la muraille.

La jeunesse d’Hastings, tout à coup disparue, et l’effet qu’il produisait devinrent bientôt plus perceptibles ; ses enfants, lorsqu’il leur tendait les bras, venaient, sans la moindre joie, s’asseoir sur ses genoux ; bien plus, ils n’y prenaient jamais place sans y être invités. Sa femme pleurait en secret et s’accusait intérieurement de rester insensible auprès de lui. Hastings lui-même paraissait ressentir les effets de cette froideur qu’il répandait sur tous ceux qui l’entouraient. Il aurait donné tout au monde pour pouvoir se réchauffer. La vieillesse, qui l’accabla avant l’âge, l’engourdit bientôt plus encore. Un jour, il perdit sa femme et quelques-uns de ses enfants, puis ensuite les autres le quittèrent, et le vieux Gervayse Hastings resta seul. Il ne désirait plus d’entourage.

C’est ainsi qu’il continua à vivre, et, à chaque fête de Noël, il ne manquait pas de se rendre au lugubre banquet. Son privilège était devenu un droit, et s’il avait réclamé la place d’honneur, le squelette la lui aurait cédée.

Lorsque Hastings eut atteint ses quatre-vingts ans, cet homme au visage pâle, au front chauve, à la physionomie immobile, voulut venir encore une fois s’installer à la place du banquet de Noël, où il était admis tous les ans. Sa physionomie était toujours aussi impassible. Le temps l’avait changé à l’extérieur ; mais intérieurement il ne lui avait fait ni bien ni mal. Avant de s’asseoir dans le fauteuil qui lui était destiné, Hastings jeta un regard inquisiteur autour de la table, dans le but de s’assurer qu’il n’y retrouverait pas quelques-uns des convives des années précédentes. – Le malheureux n’avait rien appris à ces tristes fêtes. Il ignorait encore ce profond secret, – la vie dans la vie, – qui se manifeste par la joie ou par le chagrin.

– Mes amis, fit tout à coup Gervayse Hastings en prenant cet air d’assurance seul permis à un convive de fondation, soyez les bienvenus ! Je bois à tous vos voeux dans cette coupe sépulcrale !

Les invités répondirent avec urbanité, mais d’une manière qui prouvait qu’ils ne sympathisaient pas avec ce personnage d’un aspect glacial, car tous semblaient dire qu’ils refusaient de le reconnaître pour un de leurs frères.

Donnons avant tout à nos lecteurs une description succincte de ceux qui assistaient au banquet.

Là se trouvait un ministre protestant très enthousiaste, appartenant probablement à la famille de ces anciens puritains qui avaient foi en leur vocation et se comptaient au nombre des puissants de la terre. Cédant aux tendances de l’époque, ce ministre s’était éloigné des principes sévères de la foi primitive : son esprit errait dans d’obscures régions, où il ne trouvait que ténèbres et déceptions. Ses idées étaient tellement confuses que bien souvent il se tordait les mains avec désespoir, tandis qu’en d’autres circonstances il riait de sa propre folie. Cet homme était vraiment misérable.

Près de lui était assis un utopiste. – Sa secte était nombreuse, quoiqu’il se crût le seul de son espèce depuis la création du monde. – Cet individu avait formé le projet de faire disparaître de la surface du globe toutes les douleurs physiques et morales, et d’assurer le bonheur de chacun : mais l’incrédulité des hommes l’empêchait d’accomplir ses projets. Son chagrin était tellement profond que tous les maux auxquels il ne pouvait remédier semblaient s’être appesantis sur lui.

Un vieillard d’un aspect fort simple, couvert de vêtements noirs, attirait ensuite l’attention des personnes présentes. On le prenait pour le père Miller3 qui paraissait s’abandonner au désespoir en attendant le moment fatal qui devait tout anéantir.

Là se trouvait encore un homme connu pour son orgueil et son obstination ; il avait possédé de grandes richesses, il s’était vu à la tête d’une grande administration où il avait pu régir despotiquement ses subordonnés qui tremblaient en sa présence. Mais quand survint une ruine totale, tout son pouvoir avait disparu.

On remarquait aussi un philanthrope qui s’affligeait tellement de tous les malheurs des humains et de la négligence que l’on mettait à prendre des mesures générales pour les soulager, qu’il n’avait pas le courage de faire le peu de bien dont il était capable. Ce personnage se contentait d’être malheureux par sympathie.

Près de lui était assis un individu dont l’espèce ne date que de l’époque actuelle. Depuis qu’il avait atteint l’âge où on lit les journaux, il s’était vanté d’appartenir à un parti politique. Pendant les discussions de ces dernières années, son esprit s’était tellement troublé qu’il ne savait plus à quel parti s’attacher. Le chagrin qu’éprouvait cet homme ne peut être compris que par ceux qui l’ont éprouvé.

À son côté on avait placé un orateur populaire qui avait perdu la voix ; et, comme c’était là à peu près tout ce qu’il possédait, il était tombé dans un état de mélancolie désespéré.

À la table du banquet se trouvaient aussi deux dames : l’une était une pauvre ouvrière presque morte de faim, malade de la poitrine; elle représentait là un million de femmes de sa condition, toutes aussi misérables qu’elle. L’autre personne était une femme douée d’une mâle énergie dont elle ne pouvait faire usage. Elle ne trouvait dans le monde rien à faire et rien qui lui procurât ou du plaisir ou du chagrin. Cette pauvre infortunée était devenue presque folle en voyant que son sexe était exclu des grandes affaires.

Comme le nombre des convives était complet, on avait ajouté une petite table pour trois ou quatre pauvres chercheurs d’emploi, que les ordonnateurs du festin avaient cru pouvoir admettre. Ces pauvres diables étaient dans une si grande détresse qu’ils avaient réellement besoin d’un bon repas.

Tous ceux qui assistaient à ce banquet étaient vraiment dignes de compassion. Le vieux Gervayse les intéressait peu, et il aurait pu disparaître sans qu’aucun des convives demandât : Où est-il allé ?

– Monsieur, dit enfin le philanthrope à Hastings, voici bien des années que vous prenez part à cette fête, et probablement vous avez tiré de la vue de tous ces convives du malheur de très utiles enseignements. J’envie votre sort. Pouvez-vous me révéler un secret pour remédier à la masse des misères qui affligent le monde ?
– Je ne connais qu’une seule misère, répondit Gervayse d’un air tranquille, et c’est la mienne.
– La vôtre ! répliqua le philanthrope ; si vous vous rappelez l’existence heureuse et brillante que vous avez menée toute votre vie, comment osez-vous dire que vous êtes le seul infortuné de l’espèce humaine ?
– Je vous le dirais que vous ne le comprendriez pas, répliqua Gervayse Hastings d’une voix faible, et avec une prononciation embarrassée, en employant quelquefois un mot pour un autre. Personne ne m’a compris, pas même ceux qui étaient atteints du même mal. Ce que j’éprouve est l’absence de toute espèce de passions. Il me semble que mon coeur est formé de vapeur. Il m’est impossible de saisir la réalité. Ainsi, en ayant l’air de posséder tout ce qui est au pouvoir des hommes, tout ce qu’ils désirent, je n’ai réellement rien possédé, ni joie, ni chagrin. Toutes choses, toutes personnes, et j’ai eu la preuve de ce que j’avance à cette table même depuis que je viens m’y asseoir, m’ont fait l’effet d’ombres vacillant sur la muraille. Ma femme, mes enfants et mes amis ont produit sur moi la même sensation. Il en est de même de vous que je vois devant moi. Je n’ai réellement pas connu l’existence, et je ne suis moi-même qu’une ombre comme ce qui m’entoure.

– Et que pensez-vous de l’autre Vie ? demanda à Hastings le ministre en levant les yeux au ciel.
– Hélas ! je suis plus malheureux que vous, répliqua le vieillard, car je n’ai pas la faculté nécessaire pour craindre ou pour espérer. Mon malheur est le seul au monde, ma souffrance est la seule qui ne guérit pas. Ce coeur froid, cette existence sans réalité, ah ! c’est une vraie montagne de glace qui pèse sur ma poitrine !

Le hasard fit qu’à la fin de cette conversation les ligaments usés du squelette se détachèrent, et, tout à coup, ses os desséchés et la couronne de cyprès tombèrent sur la table. Cet incident attira l’attention des convives et fut cause que l’on perdit Hastings de vue pendant quelques instants. Lorsque les membres du banquet reportèrent leurs regards sur le vieillard, ils s’aperçurent qu’il avait subi une transformation complète.

Son ombre avait cessé de vaciller sur la muraille...

– Et maintenant, Rosine, que pensez-vous de ce récit ? demanda Rodrigue en roulant le manuscrit qu’il venait de lire.
– Franchement, je vous répondrai que votre apologue n’est pas entièrement complet, répliqua-t-elle. Je comprends bien le caractère que vous avez cherché à dépeindre, mais, si je le comprends, c’est plutôt à force d’y penser que grâce à la clarté de ce que vous venez de raconter.
– Oh ! ce que vous éprouvez était inévitable, observa le sculpteur. Comme les caractères sont tous négatifs, si Gervayse Hastings avait éprouvé le moindre chagrin au banquet de Noël, il eût été bien plus facile de définir son caractère. Il existe dans le monde des personnages pareils à cet homme ; et, de temps en temps, nous rencontrons ces monstres dans le sens moral. Il est difficile de comprendre comment ces êtres existent ici-bas, et nul ne peut expliquer quelle sera leur existence dans un autre monde. On dirait qu’ils sont étrangers à toutes choses, et rien ne fatigue plus l’esprit que de chercher à comprendre quelle est leur destinée.

Nathaniel Hawthorne  

 

Nathaniel Hawthorne, né le 4 juillet 1804 à Salem, dans le Massachusetts et mort le 19 mai 1864 à Plymouth, dans le New Hampshire, est un écrivain américain, auteur de nouvelles et de romans.

Nathaniel Hawthorne naquit dans le Massachusetts en 1804. Il reçut une éducation puritaine qu'il ne renia jamais et qui marqua beaucoup son oeuvre. Sa conception pessimiste de la nature humaine commande la psychologie de tous ses romans. Quant à ses personnages, ils vivent de tragiques et douloureux dilemnes.

Traduit de l’anglais par B.-H. Révoil.


 

1. Célèbre Américain.
2. Français d’origine, parvenu à une opulence princière et ayant déshérité sa famille au profit de la ville   de   Philadelphie.
3. Fanatique américain qui avait prédit la fin du monde pour le mois de mai 1848.

 

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