février 27, 2026

La France Insoumise...

Sommaire:

A) - La France Insoumise : liturgie des bouffons de la République

B) - Après la tragédie de Lyon, Jusqu'où le Ps ira dans sa liaison avec LFI ?

C) - Les derniers rebondissements dans l’affaire Quentin Deranque : une violence qui met LFI face à ses contradictions

D) - LFI face au terrorisme : la fabrique de l’indulgence

 


 

A) - La France Insoumise : liturgie des bouffons de la République

Dans une démocratie saturée de scènes, le rire n’est pas un divertissement : c’est un régulateur moral. À travers la figure du bouffon — dont Jean-Luc Mélenchon offre, à bien des égards, une version contemporaine — se lit une dynamique : l’intensité remplace la preuve, la disqualification remplace l’argument, et l’ennemi devient carburant. L’enjeu n’est pas d’interdire la conflictualité, mais d’empêcher sa mue en théâtrocratie : le scandale comme énergie, la fatigue comme stratégie, la cité comme camp. Distinguer clown et bouffon, rire avec et rire contre, c’est déjà défendre une frontière vitale : celle qui sépare le pluralisme de la fracture.

Certaines époques s’écrivent dans le marbre des lois ; d’autres se trahissent dans les réflexes du quotidien. La nôtre, ivre d’images, d’algorithmes et d’indignations, se laisse surprendre par une chose qu’on croit légère : le rire. Il passe pour un divertissement ; il est une boussole. Il ressemble à un bruit ; il est une règle. Il révèle moins la noblesse des principes qu’une vérité plus cruelle : ce que la cité tolère, ce qu’elle excuse, ce qu’elle finit — par fatigue — par sanctifier. La maxime de Pagnol n’a rien d’innocent : « Dis-moi de quoi tu ris, et je te dirai qui tu es ». Car le rire, cette mécanique intime et collective, distribue des permissions ; il fabrique des statuts ; il dessine la frontière entre l’adversaire et la proie. Une démocratie se proclame dans des textes ; elle se défait dans des habitudes.

Jean-Luc Mélenchon, tribun excessif et polémiste aguerri dans l’art du scandale, n’est pas seulement une voix forte ; il est, pour une partie croissante du débat public, une figure de régime : le bouffon, celui qui règne non par la force des preuves, mais par l’empire de la scène. Il n’argumente pas seulement : il installe une dramaturgie. Il ne polémique pas seulement : il organise une température morale. Et lorsque l’intensité tient lieu de démonstration, lorsque la disqualification devient une seconde nature, l’ennemi cesse d’être un accident — il devient une condition d’existence. Il ne s’agit pas de sonder des consciences mais d’observer une structure. Dans les démocraties où l’attention est monnaie, la surenchère est rémunérée ; dans celles où l’indignation se monétise, la nuance apparaît comme une défaite. C’est ainsi que naît une théâtrocratie : on ne gouverne plus tant des choses que des nerfs, on ne construit plus tant du commun que des affects. Or le rire, précisément, est l’un des grands distributeurs d’affects ; et l’on peut lire notre époque à travers ses deux rires, incompatibles : rire avec et rire contre.

Le clown appartient à une vieille sagesse : celle des sociétés qui savent suspendre, un instant, l’ordre du monde pour mieux le rendre vivable. Le carnavalesque, Bakhtine l’a dit, n’est pas destruction : c’est respiration. Le clown s’offre en victime volontaire pour qu’aucun voisin n’ait à devenir victime réelle ; il exhibe sa maladresse pour rappeler que l’humain est fait de défauts, donc que la cité doit être faite d’indulgence. Son rire est un rire avec : il relie sans fusionner, il désarme sans nier le conflit, il remet l’adversaire à hauteur d’homme — c’est-à-dire à hauteur de concitoyen. Dans les périodes de crise, lorsque les nerfs collectifs deviennent inflammables, ce rire de « guérison » empêche que la politique ne se transforme en tribunal permanent, évite que la passion ne devienne l’unique langue. Il permet aux sociétés soumises à des tensions fortes et dangereuses de rebondir, de se reconstituer, de retrouver cette concorde sans laquelle aucune vie commune n’est possible. Le bouffon moderne, lui, ne rit plus : il grince. Son rictus n’ouvre pas un espace commun : il ouvre une cible. Il ne dégonfle pas l’orgueil : il l’arme. Là où le clown accepte la fin du numéro, le bouffon abolit le rideau : il lui faut un spectacle sans fin, parce que son pouvoir dépend d’une tension sans repos. Il réclame la liberté d’invectiver et parle d’insolence, mais s’indigne d’être contredit ; il se dit persécuté dès qu’on le contrôle, mais se rêve procureur dès qu’il juge. Il ne rassemble pas : il fracture — puis il se nourrit de la fracture. Ce déplacement n’est pas une fantaisie. Dans l’ordre médiatique, l’outrance a un rendement ; dans l’ordre algorithmique, la colère a une prime ; dans l’ordre tribal, l’ennemi est une colle. Le bouffon cesse alors d’être un personnage et ne se cantonne plus au rôle de contre-pouvoir moqueur : il devient une forme d’organisation. Il ne se contente plus de commenter le pouvoir : il devient le pouvoir du commentaire, cette capacité à gouverner l’attention, à discipliner la colère, à fabriquer l’unanimité de cour. Dans cette théâtrocratie, la question n’est pas de sonder des consciences, mais d’observer une dynamique : comment une organisation fabrique-t-elle de la cohésion interne par la fracture externe, jusqu’à ce que le rictus devienne identité — et que l’identité normalise l’inacceptable ?

Reste à quitter la parabole pour l’architecture car l’allégorie du clown et du bouffon ne vaut que si elle se traduit en mécanismes observables : rôles, rites, sanctions ; économie du scandale ; discipline des affects. C’est dans cette clé que peut se comprendre LFI comme idéal-type d’une secte des bouffons : une forme d’organisation politique qui substitue au pluralisme démocratique une liturgie d’indignation, au débat une dramaturgie d’assignation, à la délibération un charivari permanent. Car le danger n’est pas l’excès ponctuel : c’est l’excès devenu habitude, puis norme ; c’est la cité qui, peu à peu, confond la violence verbale avec la lucidité, le vacarme avec la preuve, l’humiliation avec le courage.

La Cour du Grand Bouffon

Toute bouffonnerie veut une cour : une société intérieure, avec ses prêtres, ses intendants, ses éclaireurs, ses excommuniés. Elle ne tient pas d’abord par des idées, mais par des loyautés ; pas d’abord par des démonstrations, mais par des rites. Le parti devient liturgie : l’appartenance devient vérité. Une cour n’existe pas pour faire joli : elle est là pour administrer une orthodoxie, pour convertir l’intensité en discipline, et pour rendre la dissidence coûteuse. La cour ne déroge pas à cette loi : elle l’exacerbe à ceci près que le théâtre n’est plus celui d’une place publique mais celui de la République. Au centre, Mélenchon : tribun-scène, voix qui cherche moins à convaincre qu’à saturer. Le crescendo est sa loi : plus fort, plus moral, plus accusatoire parce que la cour ne survit qu’en état d’urgence affective dans lequel la nuance y est moins prudence que trahison. L’adversaire n’est plus une thèse : il devient suspect ; la contradiction n’est plus un bien : elle devient une offense. Ici, on ne réfute pas : on disqualifie. On ne débat pas : on classe. Dans ce régime, l’intimidation n’a même plus besoin d’être explicite : elle est contenue dans la logique même de la scène. La scène remplace la preuve, et la surenchère devient la condition même de l’existence politique. C’est la marque des cours : elles transforment la politique en fidélité. Autour, des fonctions : et la fonction compte plus que l’homme. Certains organisent l’appareil, d’autres martèlent l’indignation, d’autres donnent au geste une patine conceptuelle, d’autres testent les limites puis déplacent le seuil de l’acceptable. Qu’on cite des noms n’ajoute qu’une couleur ; la structure, elle, demeure : la cour adore la cohésion interne et la fracture externe. La nuance n’est tolérée qu’à condition d’être décorative.

Les controverses qui remontent parfois des coulisses ne valent pas, ici, comme verdicts ; elles valent comme carburant. Car la défiance est convertible : elle transforme tout contrôle en persécution, toute question en hostilité du « système ». C’est ainsi qu’une dramaturgie devient stable — et qu’une stabilité, lorsqu’elle déplace les seuils, finit par ressembler à une pente. Ce qui hisse la bouffonnerie souveraine au rang de phénomène véritablement inquiétant, c’est que le grotesque, lorsqu’il se fait système, cesse d’être simple comédie pour devenir trajectoire — et toute trajectoire dangereuse se reconnaît à ceci : elle déplace les seuils sans l’avouer, d’abord par le langage, ensuite par la matière, enfin par l’horizon de la force.

Les cercles de l’abîme

La première entaille se fait dans le langage et pour cette raison dans la morale. Une démocratie tient parce que ses mots, même disputés, conservent une frontière morale minimale : certaines violences doivent rester disqualifiées sans ruse. Quand l’ingénierie lexicale s’installe – contextualiser à l’infini, hésiter à nommer, déplacer la qualification vers des catégories moins univoques –, ce n’est pas seulement un débat : c’est une exception qui s’introduit. Et, en démocratie, l’exception apprend aux citoyens que l’horreur est négociable et que certains crimes peuvent être enveloppés dans une rhétorique qui les rend fréquentables. Les controverses ouvertes après le 7 octobre 2023, notamment autour des termes employés pour qualifier le Hamas, ont rendu ce mécanisme visible au grand jour. Cette plasticité lexicale s’adosse à des réseaux, des collaborations et des proximités revendiquées ou tolérées, qui servent d’écosystème discursif à une inversion des polarités morales. Nous assistons à ce que Hannah Arendt identifiait comme la banalisation du mal : non pas sa négation frontale mais sa réinscription dans des catégories qui le rendent acceptable voire noble.

Le bouffon, en cela, est un artiste de la saturation. Il ment « à tire-larigot » et ne cherche pas tant le vrai que le camp ; il ne clarifie pas, il épaissit. Le réel devient pâte, et la pâte devient scène. Cette logorrhée compensatoire masque l’indigence programmatique derrière l’abondance performative. Alors celui qui demande précision passe pour hostile ; celui qui pointe les glissements est aussitôt assigné au mauvais camp. C’est ainsi qu’on fabrique des tribus : en transformant le discernement en offense dans un brouillage qui devient méthode et fracture le langage commun. Et c’est bien là que le bouffon révèle sa nature profonde : dans sa capacité à renommer le réel pour en inverser les polarités morales. Le terroriste peut devenir résistant, l’antisémite peut se retrancher derrière l’antisioniste, le complice devient « solidaire » ; la novlangue insoumise est l’instrument premier d’une entreprise de falsification du réel dont les conséquences pour la vie démocratique sont incalculables. Puis viennent les matières troubles : associations, prestataires, subventions, structures satellites, circuits d’influence, controverses, procédures, enquêtes, soupçons, mises en examen. Dans une démocratie, les coulisses devraient rester distinctes du sacré civique de la représentation ; quand elles envahissent la scène, la confiance se fissure — et la fissure devient ressource. L’actualité récente a offert un exemple : Le 21 février 2026, la presse a rapporté des mises en examen dans un dossier instruit par le Parquet national antiterroriste (PNAT) autour d’associations françaises, sur des soupçons de transferts de fonds au Hamas. Autant de braises dont une cour sait faire feu, ou dont elle sait faire persécution. Cela ne dit “la vérité d’un camp” ; cela dit un climat, où l’opacité devient elle-même un matériau politique. Qu’on ne se méprenne pas : l’analyse n’est pas un tribunal. Mais sociologiquement, une organisation peut convertir l’ambiguïté en force : plus la confiance s’effrite, plus elle s’offre comme pureté. Le scandale, même lorsqu’il se dégonfle, a servi : il a soudé, mobilisé, transformé l’examen démocratique en agression. La cour prospère sur le soupçon qu’elle entretient : cercle parfait, donc redoutable. Ainsi le bouffon parasite, au sens sociologique, l’institution qu’il dénonce : il se nourrit de ses garanties tout en corrodant la confiance qui les fonde.

Reste la question la plus grave : celle de la force. Elle n’a pas besoin de proclamation ; elle avance par habituation. On commence par traiter l’adversaire comme impureté ; on finit par traiter la contradiction comme violence, la nuance comme lâcheté, la retenue comme complicité. L’indignation, parce qu’elle ne connaît pas de fin, réclame des scènes plus fortes ; et à force de monter, elle rend plausible ce qui, hier, choquait. C’est à ce seuil que la bouffonnerie cesse d’être comique et devient dangereuse : humilier, finir par excuser, rire contre et enfin agir contre. Entre les deux, il y a la fatigue démocratique et les citoyens, épuisés par le scandale continu, de cesser de distinguer, de cesser d’exiger, de cesser d’opposer à l’outrance une frontière morale. Le bouffon LFI installe lentement une panarchie, un charivari car il ne supporte pas la critique tout en faisant de la critique des autres sa profession de foi. Lorsque le dehors rejoint le dedans — lorsque des relais militants extra-institutionnels comme La Jeune Garde deviennent prolongement de la scène — le seuil se rapproche. La question n’est pas de tout confondre, mais d’admettre que certaines formes d’intimidation, lorsqu’elles sont perçues comme tolérées ou excusées, déplacent le possible. Quand le possible se déplace, le grotesque cesse d’être grotesque : il devient menace. La violence n’est plus métaphorique ; elle devient organisationnelle, puis potentiellement insurrectionnelle. Dans ce contexte, la dissolution de La Jeune Garde par décret du 12 juin 2025, puis l’ouverture d’une enquête à Paris le 25 février 2026 pour une possible reconstitution, ont rappelé que l’État lui-même lit ces phénomènes comme des enjeux de l’ordre public. Là où le clown rassemble, le bouffon divise ; là où le rire salvateur crée du lien, le rictus sectaire creuse de l’abîme. Alors le débat change de nature : on n’est plus dans le goût d’un style, mais dans la santé d’un régime. À partir de quand la contestation, intégrable, se mue-t-elle en sécession symbolique : rester dans l’institution tout en travaillant à rendre le commun inhabitable ?

Hors de l’arc républicain

La démocratie est généreuse : elle accepte qu’on la critique. Mais elle n’est pas suicidaire : elle suppose une contrepartie silencieuse — que l’adversaire demeure concitoyen, que le langage garde une décence minimale, que l’institution reste bien commun. Quand ces piliers cèdent, la démocratie ne meurt pas forcément : elle se vide, elle devient décor. Et dans les décors, les bouffons règnent facilement. LFI, dans cette lecture, n’est pas seulement un parti conflictuel, une composante contestataire de l’arc républicain qui pousserait les limites du débat démocratique : elle est le lieu où se condensent des controverses qui, mises bout à bout, dessinent un seuil — langage, coulisses, intimidation, scène permanente. Autrement dit : proximités revendiquées ou tolérées avec des réseaux radicalisés et des acteurs controversés, accusations récurrentes d’antisémitisme et des ambiguïtés parfois entretenues, habilement drapées dans les plis de l’antisionisme, habileté à soutenir des écosystèmes militants dont le financement et la transparence font polémique, tolérance accordée à des dispositifs d’intimidation extra-institutionnels. À partir de là, la question devient civique : jusqu’où tolérer, au cœur du régime démocratique, un dispositif qui fabrique la fatigue comme stratégie et la fracture comme cohésion ?

L’urgence d’un rire retrouvé

Le clown, quand il salue, rend au public sa liberté : il accepte la fin, donc la reprise de la vie commune. Son rire restitue ; il n’annexe pas. Il rappelle que la cité n’est pas tenue seulement par des règles, mais par une capacité à supporter l’imperfection — donc l’autre. Il rend le conflit habitable et protège ce qui permet à des opposants de rester des voisins. Le bouffon, lui, ne salue jamais : il prélève. Il vole l’attention, ronge la confiance, transforme le désaccord en offense. Son œuvre n’est pas un programme : c’est une fatigue. Et la fatigue est la condition des capitulations, parce qu’elle fait disparaître l’art de distinguer. Le clown ouvre l’esprit, renvoie à notre intelligence et à notre responsabilité ; le bouffon le ferme, renvoie à notre peur et à notre démission. Il fascine — et c’est précisément pour cela qu’il faut s’en défier et le rejeter. Non par censure, mais par hygiène démocratique : refuser que la brutalité passe pour vérité, que l’outrance passe pour courage, que l’humiliation passe pour critique, que la théâtralité passe pour politique, que la vie publique passe pour charivari. Alors la phrase de Pagnol devient sévère. Rire avec le bouffon, c’est consentir à sa fracture ; rire de lui, c’est restaurer la distance critique. Mais si la cité ne rit plus — si elle se contente de trembler ou de haïr —, ce n’est pas seulement le bouffon qui gagne : c’est la démocratie qui commence à perdre son âme. Il n’est pas trop tard pour reprendre la scène. Mais le temps presse : quand le rictus devient langage unique, la démocratie rend son dernier souffle et s’éteint sans bruit dans l’indifférence de ceux qui auront confondu spectacle et politique, clown et bouffon, rire et tremblement. « Dis-moi de quoi tu ris… » : la formule dit tout, parce que ce que nous tolérons comme spectacle finit par devenir une norme. Quand la démocratie tremble, c’est que le bouffon a cessé d’être figure : il est devenu institution.

F. Benedic

https://nouvellerevuepolitique.fr/f-benedict-la-france-insoumise-liturgie-des-bouffons-de-la-republique/

 


 

B) - Après la tragédie de Lyon, Jusqu'où le Ps ira dans sa liaison avec LFI ?

Le lynchage à mort du jeune Quentin à Lyon par des membres de « la Jeune Garde » constitue vraisemblablement un moment de bascule. Dans quelques semaines, le premier tour des élections municipales nous fournira un premier indicateur sur l’impact de ce drame sur les comportements électoraux et les rapports de forces partisans.

D’ores et déjà, il est possible d’extraire plusieurs enseignements d’une affaire qui rappelle combien la violence est historiquement consubstantielle, selon les circonstances, à l’extrême gauche, mais que, par une ruse idéologique, elle est sous-estimée, voire parfois excusée. Pour autant, jamais comme après le drame lyonnais la question des alliances à gauche ne s’était autant posée en des termes moraux. En assumant ouvertement ses liens organiques avec un mouvement en cours de dissolution comme « la Jeune Garde », Jean-Luc Mélenchon surrinfecte le sujet. Il le fait sciemment, légitimant de la sorte des méthodes extrêmes, factieuses, qui ne paraissent en aucun cas solubles dans un cadre républicain. Or, force est de constater qu’à ce stade les réponses des gauches réformistes sont frappées d’une troublante et préoccupante ambivalence. Entre François Hollande, qui, semblant découvrir la radicalité de LFI, proclame qu’il ne saurait y avoir à l’avenir de convergences avec les insoumis, Monsieur Guedj, qui, après avoir été un pourfendeur des insoumis, se dit prêt à voter pour ces derniers en cas de second tour face à un candidat du RN aux présidentielles, et Olivier Faure, qui demande timidement une clarification des positions mélenchonistes sans dire lesquelles de ces positions lui paraissent incompatibles avec les valeurs des sociaux-démocrates, l’ambiguïté domine. Dans le même temps, un sondage Odoxa révèle que 61 % des Français sont prêts à faire barrage à LFI en cas de possibilité de victoire d’une liste de cette formation à l’occasion des élections municipales, quand 71 % se disent défavorables à une alliance du PS avec les Insoumis.

C’est là le second enseignement de ce dramatique événement. Le curseur de la diabolisation se déplace à gauche. Ce renversement, dont l’opinion témoigne, explique les discours d’équivalence développés tant à gauche qu’au centre pour renvoyer dos à dos le RN d’un côté et LFI de l’autre. Le Président de la République lui-même s’est fait le vecteur de cette rhétorique, comme s’il fallait, à l’épreuve de la montée en puissance du premier, ne pas insulter l’avenir avec le second au cas où. Or cette équivalence, qui vaut relativisation et minoration, vise à occulter un autre phénomène : à proportion que le RN se recentre, sous l’effet de sa stratégie de dédiabolisation, LFI se radicalise au point de ne rien renier des pratiques extrémistes des agrégats gauchistes avec lesquels sont noués des liens organiques. Ce contraste infirme toute symétrie, mais il s’inscrit dans cette filiation historique toxique selon laquelle il n’y aurait pas d’ennemis de la République à gauche, et jusqu’aux confins les plus éloignés de cette dernière dans sa version réformiste. C’est d’ailleurs le pari de Jean-Luc Mélenchon que de miser sur ce réflexe pavlovien de l’immunité prétendue morale du « progressisme » pour continuer à pousser son agenda de radicalité. Nonobstant la tragique actualité de Lyon, tout se passe comme s’il ne fallait pas couper les ponts entre toutes les parties prenantes de la galaxie progressiste. Reste à savoir si cette anomalie démocratique peut encore conserver son efficience dès lors que le pôle extrémiste est aussi puissant, voire dominant électoralement. L’esprit de calcul des uns, dernier vestige corrosif du mitterrandisme, n’est pas éteint, tant s’en faut. Le secrétaire général du PS, en annonçant qu’il pourrait y avoir encore « quelques rares arrangements électoraux » avec LFI à l’occasion des municipales, confirme l’existence du maintien de ce fil ténu dont d’aucuns anticiperont qu’avec le temps et, à mesure que l’échéance présidentielle se rapprochera, il pourrait à nouveau se renforcer. Un jeu dont le cynisme le dispute à la radicalisation et dont les socialistes, en escomptant en tirer profit, pourraient être à terme doublement perdants : électoralement et moralement surtout…

Arnaud Benedetti

Ancien rédacteur en chef de la Revue politique et parlementaire, Arnaud Benedetti est professeur associé à Sorbonne-Université, essayiste et spécialiste de communication politique. Il intervient régulièrement dans les médias (Le Figaro, Valeurs actuelles, Atlantico, CNews, Radio France) pour analyser les stratégies de pouvoir et les mécanismes de communication. Parmi ses ouvrages figurent Le Coup de com’ permanent (Cerf, 2018), Comment sont morts les politiques ? Le grand malaise du pouvoir (Cerf, 2021), ainsi qu’Aux portes du pouvoir : RN, l’inéluctable victoire ? (Michel Lafon, 2024). Ses travaux portent sur les transformations du discours public et les évolutions de la vie politique française.

https://nouvellerevuepolitique.fr/apres-la-tragedie-de-lyon-jusquou-le-ps-ira-dans-sa-liaison-avec-lfi/

 


C) - Les derniers rebondissements dans l’affaire Quentin Deranque : une violence qui met LFI face à ses contradictions

L’affaire de la mort de Quentin Deranque, militant identitaire de 23 ans lynché le 12 février 2026 à Lyon en marge d’une conférence de l’eurodéputée LFI Rima Hassan, continue de faire des vagues. Alors que l’enquête judiciaire progresse, les rebondissements politiques et médiatiques s’enchaînent, révélant une polarisation extrême. Sept personnes, dont Jacques-Élie Favrot, ancien assistant parlementaire du député LFI Raphaël Arnault et figure de la Jeune Garde « antifasciste », ont été mises en examen pour homicide volontaire ou complicité.

Favrot a reconnu son rôle de leader, des cris incitatifs comme « Allez, Lyon Antifa, on tient ! » et potentiellement « Butez-le, tuez-le ! », ainsi que des coups portés, selon des exclusivités d’Europe 1 et du JDD.

Mais au-delà des faits, c’est l’hypocrisie présumée de La France Insoumise (LFI) qui fait scandale : le parti accuse régulièrement les autres de violence, en particulier le Rassemblement National (RN), tout en refusant de reconnaître sa propre « hyper violence » liée à des groupes radicaux.


Les avancées judiciaires : des mises en examen et des aveux accablants

L’enquête, qualifiée d’homicide volontaire, a connu des développements rapides. Le 19 février, sept jeunes hommes – âgés de 20 à 25 ans et majoritairement liés à l’ultragauche lyonnaise – ont été placés en détention provisoire. Parmi eux, six pour homicide volontaire et un (Favrot) pour complicité par instigation.

Tous nient avoir porté les coups mortels, mais l’autopsie confirme que Quentin Deranque a succombé à un déluge de coups au sol, impliquant au moins six agresseurs masqués.

Le procureur de Lyon, Thierry Dran, a tenu une conférence de presse le 19 février pour détailler les faits, soulignant que l’agression s’est étalée sur 1,5 km et 1h30, un « chemin de croix » pour la victime.

Des témoignages et vidéos amateurs ont permis d’identifier les suspects, dont des membres de la Jeune Garde, dissoute en 2024 pour apologie de la violence mais toujours active dans les milieux « antifascistes ». Le 23 février, Le Monde a révélé des profils radicaux : ces militants, issus d’une « génération violente », justifient leurs actes par l’antifascisme, mais l’enquête pointe une escalade préméditée. Aucune nouvelle interpellation n’a été annoncée depuis, mais les juges d’instruction poursuivent les auditions.

La marche d’hommage et ses dérives : peur d’un engrenage

Le 21 février, une marche en hommage à Quentin Deranque a réuni 3.200 personnes à Lyon, sous haute surveillance policière. Organisée par des groupes d’extrême droite, elle s’est déroulée dans un calme parfait, sans aucun incident ni affrontement. Seul bémol : un ou deux imbéciles ont fait un salut nazi (un seul clairement visible sur la vidéo virale, avec la personne à côté qui lui dit immédiatement d’arrêter).

Ce geste isolé a été repris en boucle par l’ensemble de la presse mainstream et instrumentalisé pour tenter de discréditer toute la manifestation.

Collaboration habituelle avec le pouvoir en place : la préfecture et le parquet ont aussitôt ouvert deux enquêtes pour « apologie de crime contre l’humanité » et « injures racistes et homophobes » sur la base de ces images. Les bras levés poing fermé, nombreux dans la foule, n’ont strictement rien à voir avec un salut nazi : c’est un geste classique de colère et de désapprobation. Une hirondelle ne fait pas le printemps. La famille de Quentin, par la voix de son avocat Fabien Rajon, a d’ailleurs condamné fermement la « récupération politique » de l’événement et rappelé qu’elle n’en était pas à l’initiative.

Cette mobilisation a ravivé les craintes d’un « engrenage de violences » à Lyon, où extrême droite et ultragauche s’affrontent depuis des années. Des habitants ont déposé des fleurs sur les lieux du drame, mais la ville redoute des représailles.

L’hypocrisie de LFI : accuser les autres tout en niant sa propre violence

C’est ici que les propos de LFI font scandale. Le parti, prompt à dénoncer la « violence fasciste » du RN, refuse de reconnaître toute responsabilité dans l’affaire, malgré les liens évidents avec la Jeune Garde cofondée par Raphaël Arnault. Jean-Luc Mélenchon a qualifié l’incident de « traquenard » monté par l’extrême droite, sans condamner explicitement les actes de ses alliés. Mathilde Panot, présidente du groupe LFI à l’Assemblée, s’est dite « choquée » par les accusations, affirmant que « ni LFI, ni Rima Hassan, ni notre service d’ordre n’ont été au contact d’aucun problème ». Sandrine Rousseau va plus loin : LFI est « victime d’une espèce de cabale incroyable ».

Ces déclarations sont qualifiées d’« ignobles » et « abjectes » par Sébastien Lecornu, qui somme LFI de « faire le ménage ». Laurent Wauquiez accuse directement : « Cette violence ne vient pas de nulle part, l’extrême gauche a du sang sur les mains […] L’impunité dont bénéficie LFI doit cesser ! » Sur X, des députés RN comme Matthias Renault dénoncent : « LFI justifie la violence politique […] Aujourd’hui, LFI a du sang sur les mains. » Alice Cordier, de Némésis, parle d’« hypocrisie alarmante » de Mélenchon, pointant des attaques violentes contre des médias par des activistes LFI.

Gérald Darmanin note que « LFI ne se désolidarise en rien du travail de violence de la Jeune Garde », accumulant des faits « très importants ». Des appels à un « cordon sanitaire » contre LFI émergent, la sommant de clarifier sa position sur la violence politique.

Une affaire qui polarise et interroge la démocratie

À l’approche des élections municipales de 2026, cette affaire expose les fractures françaises. LFI, en niant toute « hyper violence » chez elle tout en accusant les « fachos » du RN, risque de perdre le peu de crédibilité qui lui restait. Les enquêtes judiciaires trancheront sur les faits, mais le débat public est déjà enflammé : peut-on tolérer un parti qui parle de violence chez les autres sans balayer devant sa porte ?

https://multipol360.com/les-derniers-rebondissements-dans-laffaire-quentin-deranque-une-violence-qui-met-lfi-face-a-ses-contradictions/ 

 


 

D) - LFI face au terrorisme : la fabrique de l’indulgence

Note liminaire. Toute personne physique ou morale citée dans le cadre d’une enquête, d’une mise en examen, d’un gel d’avoirs ou d’une mesure de sanctions bénéficie pleinement de la présomption d’innocence. Une mise en examen n’est pas une déclaration de culpabilité ; un gel d’avoirs n’emporte pas condamnation pénale ; les qualifications définitives relèvent des seules juridictions compétentes. Les faits mentionnés ci-dessous sont attribués à des sources publiques identifiées ; les appréciations d’ensemble relèvent, quant à elles, de l’analyse politique.

Il est rare qu’une formation politique soit compromise par ce qu’elle affirme expressément ; il est plus fréquent, et plus instructif, qu’elle le soit par ce qu’elle s’obstine à ne pas nommer, par les distinctions qu’elle retarde, par les proximités qu’elle traite comme accessoires — par cette manière très particulière, enfin, de déplacer sans cesse la ligne de gravité morale d’un événement jusqu’à le rendre méconnaissable à force de contexte, de syntaxe et de précaution partisane. À cet égard, la séquence ouverte le 7 octobre 2023 et prolongée, jusqu’au 20 février 2026, par l’affaire Humani’Terre, n’a pas seulement mis au jour des circuits, des structures ou des personnes désormais exposés au regard de la justice ; elle a révélé, chez une partie de la gauche radicale, et singulièrement à La France insoumise, une disposition plus profonde et plus inquiétante que telle ou telle imprudence individuelle : une accoutumance intellectuelle à l’équivoque dès lors que le terrorisme se présente sous les couleurs d’une cause tenue pour historiquement légitime.

On gagnerait peu, au reste, à grossir la thèse au-delà de ce que les faits autorisent. Rien ne permet d’écrire, en l’état des éléments publics, que La France insoumise entretiendrait un lien organique démontré avec le financement du terrorisme, ni d’imputer à ses dirigeants ou à ses élus une participation pénalement caractérisée aux faits aujourd’hui examinés par les juridictions compétentes. La présomption d’innocence s’impose donc avec d’autant plus de force qu’elle seule permet ensuite de parler avec rigueur de ce qui relève déjà du jugement politique. Or c’est précisément parce qu’il faut se refuser aux facilités de l’accusation globale qu’il devient possible d’apercevoir le phénomène véritable : non pas une solidarité démontrée avec des organisations terroristes, mais la production répétée d’un climat de tolérance verbale, institutionnelle et relationnelle au bénéfice de milieux, d’intermédiaires et de réseaux pour lesquels la violence antijuive et la négation de la légitimité d’Israël ne relèvent pas d’un accident de parcours, mais d’un horizon doctrinal ou stratégique.

C’est en ce point que l’affaire Humani’Terre prend une portée qui excède sa seule dimension procédurale, car il arrive, dans la vie d’une démocratie, que le scandale ne naisse pas d’un fait nouveau, mais de la soudaine impossibilité de continuer à ne pas voir ce que l’on voyait déjà. Le 20 février 2026 appartient à cette espèce particulière d’événements qui ne produisent pas tant une révélation qu’ils retirent au déni son dernier refuge. Des arrêtés de gel des avoirs avaient été pris dès 2024, reconduits et complétés en 2025 ; la mise en examen, intervenue ce jour-là, de cinq personnes liées aux associations Humani’ Terre et Soutien Humani’ Terre pour financement d’une entreprise terroriste, abus de confiance en bande organisée et blanchiment en lien avec une organisation terroriste, avait mobilisé la DGSI, la brigade criminelle de Paris et l’OCRGDF sous l’autorité du parquet national antiterroriste. Dès lors, il n’est plus possible de feindre qu’on se trouvait en présence d’une fiction polémique inventée par des adversaires idéologiques. Une affaire de cette nature n’établit pas seulement des soupçons individuels ; elle modifie rétrospectivement l’intelligibilité d’un ensemble de comportements publics et impose de relire certaines complaisances, certains mots, certaines scènes, non comme des accidents rhétoriques isolés, mais comme les symptômes d’une faiblesse plus générale du jugement.

Avant même les mises en examen de février 2026, l’État avait déjà parlé, et il l’avait fait dans sa langue la plus sobre, la plus froide, la moins susceptible d’emphase : celle de l’acte administratif opposable. Les arrêtés publiés au Journal officiel les 5 juin 2024, 6 juin 2025 et 4 décembre 2025 ont gelé les avoirs de Soutien Humani’Terre, d’Humani’Terre, de HRF France, ainsi que de plusieurs personnes physiques nommément désignées ; le registre public mentionne en outre que Soutien Humani’Terre était connue avant 2018 sous le nom de Comité de bienfaisance et de secours aux Palestiniens. Cela ne vaut certes pas condamnation ; mais cela vaut infiniment plus qu’une rumeur, qu’un tract ou qu’une polémique de réseau social. Cela signifie qu’aux yeux de la République, et sous le contrôle du juge administratif, ces structures appartenaient déjà à un périmètre de dangerosité tel que leurs ressources devaient être immobilisées dans le cadre du dispositif de lutte contre le financement du terrorisme.

La véritable question n’est pas celle, grossière et juridiquement mal tenue, qu’affectionnent les esprits sommaires : LFI finance-t-elle le terrorisme ? Les éléments publics ne permettent pas de le soutenir, et l’écrire serait aussi fragile qu’injuste. La seule question sérieuse est plus exigeante et, au fond, plus accablante : comment un mouvement qui se veut la conscience avancée de la gauche française a-t-il pu, pendant des mois, parfois des années, multiplier les équivoques, fréquenter des réseaux opaques, prêter sa voix ou ses élus à des séquences de légitimation problématiques, et banaliser ainsi tout un environnement de causes-écrans, de passerelles rhétoriques et de compagnonnages publics dont les organisations terroristes tirent nécessairement un bénéfice symbolique ?

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : non d’un soutien direct démontré, mais d’une politique de l’équivoque. L’équivoque, en politique, n’est pas une simple faiblesse de langage ; elle est un régime de l’action. Elle permet de ne pas dire tout en laissant entendre, de ne pas approuver tout en refusant de condamner avec la netteté requise, de se tenir à la lisière de l’inacceptable afin d’en capter les dividendes militants sans en assumer le prix moral. Elle est, en somme, l’art de se rendre disponible à des bénéfices symboliques que la rigueur des distinctions rendrait inaccessibles.

Le premier lieu où cette politique s’est donnée à voir est le langage. Le premier communiqué officiel de LFI au lendemain du 7 octobre 2023 restera, quelle que soit l’habileté ultérieure des réécritures, comme un document révélateur : il évoque « l’offensive armée de forces palestiniennes menée par le Hamas » et la réinscrit aussitôt dans une lecture du conflit qui tend à dissoudre la singularité du massacre, sans recourir à la qualification d’acte terroriste. Le problème n’est pas qu’un mouvement politique rappelle un contexte ; le problème est qu’il éprouve le besoin de le faire avant d’avoir établi avec la netteté requise la nature propre de l’acte. Ce n’est qu’un an plus tard, le 7 octobre 2024, que le mouvement emploie explicitement cette expression. Entre les deux textes, il n’y a pas seulement une variation lexicale ; il y a le temps d’une hésitation qui, à elle seule, constitue déjà un fait politique.

Car il est des circonstances où l’ordre des mots est déjà un ordre de responsabilité. Nommer d’abord, contextualiser ensuite : telle est la grammaire minimale d’une conscience politique qui ne veut pas se perdre. Ou LFI, précisément, a paru incapable de cette priorité. Ce qui, chez d’autres, eût été un massacre terroriste appelé par son nom est devenu chez elle l’objet d’une étrange suspension, comme si la qualification morale la plus élémentaire devait attendre que fût sauvée, au préalable, la cohérence d’une certaine lecture du monde. Lorsqu’un massacre de civils, des assassinats de masse, des prises d’otages et des exactions méthodiques sont d’abord absorbés dans la catégorie générale d’une « offensive armée », quelque chose de décisif a déjà cédé : non la connaissance des faits, mais la hiérarchie morale qui commande de les nommer immédiatement pour ce qu’ils sont.

On objectera, comme toujours, que le langage de la gauche radicale a depuis longtemps pris l’habitude de replacer la violence des dominés dans le contexte des dominations qui la précèdent. C’est exact ; et c’est précisément ce qui rend la faute plus grave encore. Car une tradition intellectuelle n’excuse pas une abdication du jugement ; elle l’aggrave lorsqu’elle la rend prévisible. Le problème n’est pas que LFI ait voulu rappeler un contexte qu’elle interprète comme une tragédie ; le problème est qu’elle n’a pas d’abord posé, avec la simplicité requise, l’irréductibilité du massacre terroriste. Autrement dit, la contextualisation est venue trop tôt, et la qualification trop tard ; or, lorsqu’un parti inverse cet ordre moral, il n’éclaire pas seulement les événements, il enseigne à son public la manière de les recevoir.

Qu’est-ce qu’une grande faute politique, sinon cela même : non pas nier formellement l’horreur, mais retarder assez sa qualification pour préserver un cadre idéologique tenu pour plus précieux que la netteté du jugement ? LFI n’a jamais eu besoin d’approuver le Hamas pour lui rendre service symboliquement ; il lui a suffi, au moment décisif, de lui ménager une zone d’indétermination verbale où le massacre cessait d’être immédiatement saisi pour ce qu’il était, afin d’être aussitôt recontextualisé, réinséré, reconduit dans le grand récit général de la domination coloniale et de la résistance des peuples opprimés. Or l’un des vieux privilèges des idéologies est précisément de permettre cela : non pas blanchir, mais dissoudre ; non pas défendre ouvertement l’indéfendable, mais l’absorber dans une explication plus vaste qui finit par émousser la condamnation.

Ce n’est pas un hasard si cette même formation a déposé, le 19 novembre 2024, à l’Assemblée nationale, une proposition de loi visant à abroger le délit d’apologie du terrorisme du code pénal. LFI a ensuite précisé qu’il s’agissait moins de supprimer l’incrimination que de la réinscrire dans le droit de la presse ; le geste politique, lui, demeurait — et il demeurait au moment précis où les magistrats, les services de renseignement et une partie croissante de l’opinion faisaient face à la porosité croissante entre propagande, glorification et légitimation indirecte de la violence terroriste. Là encore, pris isolément, le dépôt d’un texte se discute ; replacé dans une séquence déjà saturée d’ambiguïtés, il cesse d’être un détail juridique pour devenir un symptôme de plus.

Rien n’est plus instructif, à cet égard, que la trajectoire publique de Thomas Portes, non parce qu’elle constituerait à elle seule une preuve, mais parce qu’elle concentre, dans un style presque chimiquement pur, plusieurs traits caractéristiques de cette culture politique. Il y a, chez lui, moins une série de « déra­pages » qu’une remarquable continuité d’attitudes : même promptitude à substituer l’explication à la qualification, même goût des médiations troubles, même capacité à traiter comme secondaires les significations attachées aux lieux, aux réseaux et aux personnes. Qu’un député de la République puisse raconter sur son propre site sa rencontre du 5 octobre au Caire avec Abu Amir Eleiwa, puis écrire, au lendemain du 7 octobre, que « les combattants du Hamas ont lancé une offensive armée contre l’État d’Israël », tout en relayant dans le même mouvement un discours contestant l’accusation immédiate de terrorisme, ne vaut certes pas apologie au sens juridique. Nul besoin d’inventer un soutien explicite là où le texte n’en contient pas ; mais apparaît ici une manière de regarder le réel où la causalité historique vient aussitôt atténuer la qualification morale. Ce qui se laisse ainsi apercevoir, c’est moins un mot de trop qu’un réflexe politique : la substitution immédiate d’une grille interprétative à l’évidence du crime.

La suite n’a fait qu’accentuer cette impression. En décembre 2024, Thomas Portes a revendiqué avoir organisé à l’Assemblée nationale la première réunion d’un « réseau européen de parlementaires pour la Palestine », avant son lancement officiel à Bruxelles. NGO Monitor, s’appuyant sur les communications du réseau LP4Q et de son « European Network », a documenté la présence du député dans cette séquence et la nature de cette structure parlementaire transnationale. Que le député conteste telle ou telle qualification exacte du réseau ne change pas le fond du problème : il a bien assumé sa participation à une architecture de mise en relation politique et symbolique dont les promoteurs, les parrains et certains dirigeants apparaissent, pour plusieurs d’entre eux, dans des environnements de soutien au Hamas documentés par d’autres sources. LP4Q présente Hamid Abdullah Hussein al-Ahmar comme son président ; or le Trésor américain l’a désigné, le 7 octobre 2024, comme l’un des principaux soutiens internationaux du Hamas et comme une pièce maîtresse de son portefeuille d’investissement — lequel aurait géré, à son apogée, plus de 500 millions de dollars d’actifs.

Ici, la rigueur s’impose : une désignation par l’OFAC n’est pas une condamnation française, et la participation à une réunion ne vaut pas adhésion à tous les réseaux qui l’environnent. Les séquences parlementaires liées au « réseau européen de parlementaires pour la Palestine », les controverses autour de la LP4Q, les dénégations partielles et les justifications ultérieures se prêtent, prises séparément, à discussion ; mais l’essentiel n’est pas là. L’essentiel est qu’un élu français, et derrière lui le parti qui le protège, aient paru juger secondaire la question de savoir à quelles structures, à quels dispositifs de légitimation, à quels intermédiaires transnationaux ils consentaient à prêter leur concours, leur image ou simplement leur présence. On ne peut, de bonne foi, feindre que cela n’ait aucune signification lorsqu’il s’agit d’évaluer le jugement politique de ceux qui acceptent d’apparaître dans des séquences où de tels acteurs ou leurs réseaux tiennent une place centrale. La seule question qui compte est celle-ci : comment un élu de la République, et plus encore un parti aspirant à gouverner, peuvent-ils juger secondaire la nature exacte des structures auxquelles ils prêtent leur fonction, leur lieu, leur image ou leur prestige ?

En politique étrangère comme ailleurs, la lucidité politique ne commence pas au moment où l’on découvre une identité pénale parfaite entre tel réseau et telle organisation ; elle commence beaucoup plus tôt, au point précis où l’on comprend que certaines proximités produisent à elles seules un effet de normalisation dont d’autres, plus résolus, sauront tirer parti.

C’est là le mécanisme profond, presque banal à force d’être mal compris, par lequel des organisations terroristes prospèrent dans les démocraties libérales : elles n’obtiennent pas d’abord la complicité pénale de leurs interlocuteurs ; elles obtiennent leur crédulité, leur paresse, leur goût des causes simplifiées, leur appétit de radicalité morale à bon compte — leur disposition, enfin, à considérer comme secondaire la nature exacte des personnes avec lesquelles ils acceptent de se montrer, pourvu que la bannière demeure assez noble pour recouvrir l’ensemble. Une organisation terroriste n’a pas besoin que tout le monde pense comme elle ; elle a besoin que certains acteurs publics jugent accessoire de savoir avec qui ils marchent, sur quelles tribunes ils parlent, à quels intermédiaires ils prêtent leur visage, leur fonction et leur respectabilité. C’est ainsi que se fabrique la normalisation. C’est ainsi que la démocratie, sans même s’en apercevoir, met son capital symbolique au service de ceux qui la méprisent.

On se tromperait donc de diagnostic en ne voyant ici qu’un défaut d’information, une naïveté ou une insuffisance documentaire. Il y a, dans cette répétition des ambiguïtés, quelque chose de plus structuré qu’une simple ignorance. Il y a l’effet d’une tradition intellectuelle pour laquelle l’ennemi principal se situe si constamment du même côté — l’Occident, l’impérialisme, la puissance, Israël comme condensation symbolique de toutes ces figures — que presque tout ce qui lui résiste en vient à bénéficier d’une sorte de crédit ontologique préalable. Dès lors, il n’est même plus nécessaire d’absoudre formellement la violence ; il suffit de la replacer sans cesse dans une économie générale de la domination qui la rend, sinon juste, du moins inévitablement intelligible, et par là presque soustraite au régime moral commun. C’est cette pente qu’il faut regarder en face, non parce qu’elle conduirait mécaniquement au soutien explicite du terrorisme, mais parce qu’elle interdit de le penser avec la clarté nécessaire lorsqu’il surgit là où l’idéologie avait déjà distribué les rôles.

Le cœur du problème réside peut-être ici, dans cette prodigieuse capacité à considérer comme accessoires les médiations symboliques. Les organisations terroristes, leurs soutiens, leurs interfaces et les milieux militants qui gravitent autour d’eux n’obtiennent pas toujours de leurs interlocuteurs occidentaux un concours pénalement répréhensible ; ils obtiennent plus souvent quelque chose de plus diffus et de plus précieux : le prêt involontaire d’un capital de crédibilité institutionnelle. Il leur suffit pour cela de rencontrer des responsables publics disposés à croire que la noblesse affichée d’une cause dispense d’examiner avec une sévérité absolue les personnes, les réseaux et les rhétoriques qui s’en réclament. La complaisance moderne ne prend pas toujours la forme du ralliement ; elle prend souvent celle du relâchement.

La séquence libanaise de Thomas Portes, à l’automne 2025, a donné à cette logique une visibilité presque pédagogique. Selon la presse, le député s’est rendu à Beyrouth, y a rencontré des responsables du Front populaire de libération de la Palestine, puis s’est recueilli devant les tombes de figures associées à l’attentat des Jeux olympiques de Munich de 1972 ; seize députés ont ensuite saisi la justice. Là encore, la prudence de droit demeure entière : saisine n’est pas condamnation, allégation n’est pas culpabilité. On pourra toujours discuter la qualification juridique éventuelle de ces gestes, invoquer le contexte, rappeler l’absence de condamnation ou dénoncer l’instrumentalisation politique dont ils ont fait l’objet. Tout cela est recevable, mais périphérique. Le centre de gravité se situe ailleurs : dans le fait qu’un député français ait pu se mettre en scène dans un environnement mémoriel et militant lié au terrorisme palestinien et juger compatible avec la dignité de son mandat un tel usage des signes. Que son camp n’ait pas immédiatement perçu qu’au-delà même de la légalité il existe une écologie morale de la représentation nationale, faite de retenue, de tact et de lignes de partage qu’on ne franchit pas impunément, révèle une défaillance du jugement politique dont l’effet objectif est une forme de réhabilitation symbolique. Il est des gestes dont la signification politique précède toute qualification pénale. Le scandale n’est pas seulement dans l’image ; il est dans la faculté de produire cette image sans sentir, au moment même où on la produit, qu’elle aurait dû être impossible.

À cet endroit, la responsabilité remonte nécessairement du cas individuel vers l’organisation. Le problème n’est plus Thomas Portes seul. LFI est un mouvement trop centralisé, trop attentif à la discipline du discours, trop jaloux de la maîtrise de sa dramaturgie pour pouvoir invoquer indéfiniment la spontanéité malencontreuse de quelques élus. Lorsqu’une formation de cette nature laisse se succéder, sans correction substantielle, des ambiguïtés lexicales majeures, des initiatives législatives mal calibrées sur l’apologie du terrorisme, des séquences de proximité avec des réseaux douteux et des gestes de connivence symbolique à l’égard d’univers politiques saturés de violence antijuive, il devient difficile de parler encore de simple dispersion. Ce qui se dessine alors, c’est moins une ligne doctrinale explicite qu’un régime d’autorisation tacite au sein duquel chacun sait jusqu’où il peut aller, précisément parce qu’aucune limite ferme n’a été tracée.

Il faut insister sur ce point, car il est au cœur de la difficulté française présente. Le problème n’est pas que LFI dise défendre les civils palestiniens, ni même qu’elle dénonce avec vigueur la politique israélienne ; cela relève du débat légitime. Le problème est que cette formation politique semble incapable, structurellement incapable, de maintenir intacte la séparation entre la compassion due aux populations civiles et l’indulgence accordée à des matrices idéologiques, à des appareils militants ou à des groupes terroristes dont le projet n’a jamais été la coexistence, mais la destruction d’Israël comme réalité politique et historique. Il ne s’agit donc pas ici des Palestiniens comme peuple, encore moins d’une essence culturelle qu’il serait absurde et injuste de leur attribuer indistinctement ; il s’agit de mouvements, de doctrines et de cultures politiques organisées pour lesquelles l’antisionisme ne se borne pas à la critique d’un gouvernement, mais prend la forme d’une négation de principe de la légitimité historique et politique d’Israël, rejoignant par là, très souvent, les structures profondes de l’antisémitisme.

C’est pourquoi l’on aurait tort de réduire cette discussion à la recherche fiévreuse d’un « lien » au sens quasi-policier du terme. Les démocraties avancées ne sont pas menacées seulement par les complicités franches ; elles le sont aussi par les formes plus diffuses de disponibilité morale qu’engendrent certains milieux politiques lorsqu’ils s’habituent à traiter la clarté comme une concession à l’adversaire. Le terrorisme contemporain, surtout lorsqu’il s’enveloppe dans les langages de l’anti-impérialisme, n’a pas besoin de convaincre tout le monde de sa légitimité ; il lui suffit d’obtenir de quelques acteurs influents qu’ils renoncent à le disqualifier absolument. Entre le soutien et l’excuse, entre l’adhésion et l’euphémisme, entre la complicité et la suspension du jugement, il existe toute une gamme de services rendus que le droit saisit mal, mais que la politique, elle, devrait apprendre à reconnaître.

Sous cet angle, la faute de LFI apparaît avec une netteté particulière. Elle n’est pas d’avoir professé ouvertement ce qu’elle ne dit pas ; elle est d’avoir contribué à installer dans l’espace public un régime d’indistinction où des réalités qui devraient être pensées séparément se trouvent sans cesse rabattues les unes sur les autres : la cause palestinienne et ses entrepreneurs armés ; la critique d’Israël et la négation de sa légitimité ; la solidarité avec les victimes civiles et la compréhension indéfiniment extensible de ceux qui font métier de les sacrifier ; la gauche anticoloniale enfin, et des univers mentaux dont l’antisémitisme n’est ni résiduel ni accidentel, mais constitutif. C’est en ce sens, et en ce sens seulement, que les éléments publics permettent déjà de formuler un jugement sévère : par ses mots, ses choix, ses silences et certaines de ses figures, LFI a contribué à banaliser un environnement politique où les frontières décisives ont été continuellement estompées. Et c’est déjà, dans une démocratie sérieuse, une faute d’une gravité majeure.

Car une démocratie ne se défend pas seulement par ses juges, ses policiers ou ses services de renseignement ; elle se défend d’abord par la netteté de ses catégories morales, par sa capacité à refuser que la souffrance des peuples serve d’écran à la légitimation de leurs bourreaux autoproclamés, par son aptitude à dire sans retard ce qui relève de la résistance politique et ce qui relève du meurtre idéologisé, ce qui relève de la solidarité et ce qui relève du blanchiment symbolique. Lorsqu’un parti de gouvernement ou d’aspiration gouvernementale brouille méthodiquement ces distinctions, il ne trahit pas seulement ses adversaires ; il trahit l’exigence élémentaire de la vie civique. Et lorsqu’il persévère dans cette voie alors même que l’État, par ses propres instruments, a déjà commencé à objectiver la gravité des réseaux concernés, il ne peut plus se réfugier derrière l’excuse de la naïveté. Car la grandeur de la politique ne réside pas dans la fidélité à une cause quelle qu’elle soit ; elle réside dans la capacité à maintenir, y compris lorsque la cause paraît juste, le gouvernement sévère des distinctions. Dès lors qu’un mouvement renonce à cet effort, il n’élargit pas la démocratie : il l’affaiblit.

Ce qui frappe, à mesure que ces séquences s’accumulent, n’est pas seulement la constance des ambiguïtés, mais l’absence de toute rupture interne. Ni désaveu net, ni rappel à l’ordre, ni clarification doctrinale substantielle ne viennent interrompre la série. Ce silence n’a rien d’anecdotique. Dans un mouvement aussi verticalisé que LFI, il ne relève pas du simple oubli ; il fonctionne comme une autorisation implicite. Il ne dit pas que tout est approuvé ; il dit, ce qui est déjà beaucoup, que presque rien n’est jugé suffisamment grave pour appeler une frontière publique. Et c’est sans doute ainsi qu’une culture politique s’installe : moins par ses proclamations que par les comportements qu’elle cesse, peu à peu, de considérer comme incompatibles avec elle-même.

Au fond, la faute politique de LFI n’est pas d’avoir inventé le mal qu’elle n’a cessé de mal nommer. Elle est d’avoir confondu la radicalité avec l’indulgence, la cause avec l’excuse, la politique internationale avec le brouillage des catégories morales les plus élémentaires. Et c’est là, peut-être, ce qu’il y a de plus grave : une démocratie ne succombe pas seulement lorsqu’elle est attaquée de l’extérieur ; elle s’affaiblit lorsqu’une partie de ses élites perd le sens des distinctions sans lesquelles aucune vie civique sérieuse n’est possible. Lorsqu’un parti important en vient à considérer que l’ambiguïté constitue une habileté, que la proximité douteuse relève de l’incident et que la netteté du jugement serait une concession à l’adversaire, il prépare moins une victoire politique qu’une défaite spirituelle. C’est toujours ainsi que les lignes tombent : non dans un fracas inaugural, mais dans une lente dégradation du jugement, où l’on finit par ne plus voir ce qu’on aurait jadis refusé d’un seul mouvement. Ce qu’expose l’affaire Humani’Terre, et ce qu’incarne jusqu’à la caricature la trajectoire publique de Thomas Portes, c’est précisément cette dégradation-là : non pas un complot, non pas une chaîne de commandement secrète, mais quelque chose d’à la fois plus diffus et plus redoutable — une culture politique devenue incapable de comprendre qu’en certaines matières l’ambiguïté n’est pas une ruse, mais une faute.

Et c’est pourquoi la conclusion s’impose avec une forme de tristesse plus encore qu’avec colère. Le scandale LFI n’est pas d’avoir été judiciairement pris dans un financement terroriste ; rien ne permet de l’écrire. Le scandale LFI est d’avoir, pendant des mois, peut-être des années, travaillé à rendre pensable, dicible, fréquentable et parfois honorable ce qui aurait dû, dans une conscience démocratique intacte, demeurer immédiatement disqualifié. Elle n’a pas inventé cette pente ; elle l’a empruntée, entretenue et parfois illustrée avec une constance remarquable. Et lorsque l’histoire récente aura dissipé le bruit des polémiques pour ne laisser subsister que les enchaînements essentiels, il est probable qu’on verra dans cette séquence moins une succession d’incidents qu’une seule et même défaillance : la substitution progressive de la cause au jugement, du camp au discernement, de l’emphase militante à la probité morale. Dans la vie des nations, il est des fautes que le droit sanctionne ; il en est d’autres que seule la lucidité publique peut châtier. Et peut-être la vérité la plus simple, et la plus sévère, est-elle celle-ci : il n’est pas nécessaire de partager l’idéologie des terroristes pour leur rendre, par faiblesse de jugement, des services politiques décisifs.

F. Benedict

 

 

février 24, 2026

Les bouchers communistes du collectivisme, ce camp du bien, ses socialistes de la gauche rouge....!

TOP 21 DES DICTATEURS ROUGES

Les étatistes collectivistes ( Hors nationalistes)

Les bouchers du collectivisme qu’on édulcore trop souvent

Ils parlaient de “justice sociale”, de “peuple”, de “révolution”, d’“égalité”. Dans les faits : parti unique, police politique, camps, famine, purges, exil, terreur.
 
 

1) ☠️ Mao Zedong (Chine)

 
Orientation politique : Communisme marxiste-léniniste (maoïsme) 🔴 Nombre de morts : Au moins des dizaines de millions (rien que le Grand Bond en Avant est souvent chiffré à ~20 millions de morts, parfois davantage selon les estimations) 💀 Autre : Famine de masse, travail forcé, chaos idéologique, destruction culturelle, terreur politique 🌾🔥
Mao reste l’un des pires cas historiques : le Grand Bond en Avant a provoqué une catastrophe humaine gigantesque, puis la Révolution culturelle a relancé purges, violences et destruction sociale. Un régime total au nom de l’utopie.

2) 🪓 Joseph Staline (URSS)

 

Orientation politique : Communisme marxiste-léniniste (stalinisme) 🔴 Nombre de morts : Des millions (famine, purges, exécutions, goulags ; total exact débattu) 💀 Autre : Collectivisation forcée, Holodomor, police politique, terreur d’État, déportations 🚂❄️
Staline a transformé l’appareil d’État en machine de broyage : collectivisation, famines, purges, exécutions de masse. Les archives soviétiques ont confirmé l’ampleur de la répression politique (exécutions massives durant la Grande Terreur).

3) 🔨 Vladimir Lénine (URSS)

 

Orientation politique : Marxisme révolutionnaire / bolchevisme 🔴 Nombre de morts : Non consolidé (Terreur rouge, exécutions de masse, guerre civile, famine) ⚖️💀 Autre : Parti unique, Tchéka, terreur politique institutionnalisée, modèle fondateur du totalitarisme soviétique 🧱👁️
Lénine est souvent “blanchi” dans les récits grand public, alors que c’est sous lui que le régime pose ses bases : parti unique, police politique, Terreur rouge, exécutions de masse d’opposants. Le système n’a pas été “déformé” plus tard : il a été installé dès l’origine.

4) 🌾🩸 Pol Pot (Cambodge)


Orientation politique : Communisme radical (Khmers rouges, maoïsme extrême) 🔴 Nombre de morts : ~1,5 à 3 millions 💀 Autre : Travail forcé, extermination sociale, famine, massacres, “champs de la mort” ☠️🌾
Le Cambodge de Pol Pot est l’exemple chimiquement pur de l’utopie égalitariste devenue abattoir national : villes vidées, intellectuels éliminés, population affamée, terreur partout.
 
 
 

5) 🔐💣 Dynastie Kim (Corée du Nord)

 

Orientation politique : Communisme dynastique / juche (État totalitaire) 🔴 Nombre de morts : Très débattu ; famine des années 1990 estimée de ~240 000 à 3,5 millions selon les sources/estimations 📉💀 Autre : Camps, famines, culte du chef, surveillance totale, crimes contre l’humanité 🕳️👁️
La Corée du Nord a poussé le socialisme de caserne au niveau d’un goulag héréditaire : culte dynastique, famine, camps, contrôle total. L’ONU a documenté des crimes contre l’humanité commis au plus haut niveau de l’État.

6) 🌪️ Mengistu Haile Mariam (Éthiopie) 

Orientation politique : Marxisme-léninisme (Derg) 🔴 Nombre de morts : Non consolidé (centaines de milliers à plus selon les méthodes de calcul) ⚖️💀 Autre : “Terreur rouge”, exécutions, famine aggravée par les politiques du régime, collectivisation 🌾🧨
Le Derg de Mengistu a combiné terreur politique et gestion idéologique catastrophique. Le résultat : répression, famine, ruine sociale, et un pays broyé.

7) 🚤 Fidel Castro (Cuba)

 

Orientation politique : Révolution socialiste / communisme castriste 🔴 Nombre de morts : Chiffre global contesté ; exécutions révolutionnaires rapides dès 1959 (au moins plusieurs centaines documentées très tôt) ⚖️💀 Autre : Répression des dissidents, prisons, exil massif, économie sous contrôle étatique, pénuries ⛓️🏝️
Le mythe romantique occidental masque une réalité plus dure : tribunaux révolutionnaires expéditifs, répression durable de l’opposition, exil massif. Le décor “révolutionnaire” ne change pas le fond : autoritarisme.

8) 🚷 Enver Hoxha (Albanie)

 

Orientation politique : Stalinisme dur / communisme albanais 🔴 Nombre de morts : Non consolidé ; répression d’État avec milliers d’emprisonnés/exécutés/exilés 🧮💀 Autre : Isolement total, État policier, persécution religieuse, collectivisation, paranoïa idéologique 🧱🕯️
Hoxha a transformé l’Albanie en forteresse idéologique : répression brutale, élimination des opposants, guerre au religieux, contrôle total. Un stalinisme presque caricatural — sauf que c’était réel.

9) 🏚️ Nicolae Ceaușescu (Roumanie)

 
Orientation politique : Communisme national (parti unique) 🔴 Nombre de morts : Non consolidé (répression longue + morts de la chute de 1989) ⚖️💀 Autre : Securitate, rationnement, misère, culte de la personnalité, peur permanente 📻🕵️
Ceaușescu incarne le communisme de béton : police politique, surveillance, pauvreté organisée, mégalomanie architecturale et pays saigné pour maintenir la façade du régime.

10) 🐊 Robert Mugabe (Zimbabwe) 

Orientation politique : Nationalisme révolutionnaire à orientation marxiste / parti-État (ZANU-PF) 🔴 Nombre de morts : ~20 000 (Gukurahundi, estimation courante) 💀 Autre : Parti dominant, répression, effondrement économique, hyperinflation, peur politique 💸🔥
Mugabe est trop souvent présenté comme simple “libérateur déchu”. La réalité inclut des atrocités de masse(Gukurahundi) et une dérive autoritaire ravageuse.
 
 

11) 🧨 Daniel Ortega (Nicaragua)

 

Orientation politique : Sandinisme (gauche révolutionnaire devenue autoritaire) 🔴 Nombre de morts : ~300+ (répression de 2018 ; chiffres ONU/IACHR/HRW dans cette zone) 💀 Autre : État verrouillé, persécution politique, exil forcé, confiscation du pouvoir avec Murillo 👊🚨
Ortega illustre la version contemporaine du vieux schéma : on arrive au nom de la révolution, puis on verrouille l’État, la justice, la police, les médias — et on réprime.

12) 🛢️ Chávez / Maduro (Venezuela)

 
Orientation politique : “Socialisme du XXIe siècle” / gauche autoritaire 🔴 Nombre de morts : Bilan direct difficile à isoler (répression + violence politique ; chiffres disputés) ⚖️💀 Autre : Effondrement économique, pénuries, inflation, polarisation violente, exode massif 🧾📉
Le Venezuela est un cas moderne de promesse “sociale” finissant en pénuries, autoritarisme et ruine. Sous Maduro, la dérive autoritaire s’est durcie pendant que l’économie s’effondrait.

13) 🧱 Mátyás Rákosi (Hongrie)

 

Orientation politique : Communisme stalinien (Hongrie) 🔴 Nombre de morts : Non consolidé (purges, procès politiques, prisons, terreur d’État) ⚖️💀 Autre : Stalinisation forcée, police politique, élimination des opposants, parti unique 🕶️
Rákosi est l’un des grands architectes de la stalinisation brutale en Europe de l’Est : parti unique, purges, peur, destruction de toute vie politique libre.
 

14) 🪖 János Kádár (Hongrie)

 

Orientation politique : Communisme pro-soviétique 🔴 Nombre de morts : Non consolidé (répression post-1956, exécutions et emprisonnements) ⚖️💀 Autre : Répression de l’insurrection hongroise, normalisation sous tutelle soviétique 🛠️
Le régime Kádár, plus “soft” en image que Rákosi, reste né d’une répression sanglante et d’une remise au pas sous Moscou.

15) 🧱 Walter Ulbricht (RDA)

 

Orientation politique : Communisme est-allemand (SED, pro-soviétique) 🔴 Nombre de morts : Non consolidé (répression d’État, prisonniers politiques, morts de frontière) ⚖️💀 Autre : Mur, police politique, verrouillage de la société, fuite des citoyens stoppée par la force 🚧
Ulbricht, c’est la RDA version béton armé : frontière militarisée, État-parti, population sous surveillance, liberté écrasée au nom de l’“antifascisme”.
 

16) 👁️

Erich Honecker (RDA)

 
Orientation politique : Communisme est-allemand (SED) 🔴 Nombre de morts : Non consolidé (répression, système carcéral, victimes de la frontière) ⚖️💀 Autre : Stasi, contrôle social, surveillance de masse, verrouillage idéologique 📡🕵️
Sous Honecker, la RDA a perfectionné la dictature administrative : tout surveiller, tout ficher, tout contrôler. Moins spectaculaire qu’un goulag sibérien, mais même logique totalitaire.

17) ⚙️ Bolesław Bierut (Pologne)

 

Orientation politique : Communisme stalinien (Pologne) 🔴 Nombre de morts : Non consolidé (purges, procès, répression politique) ⚖️💀 Autre : Soviétisation, parti unique, opposition écrasée, police politique 🧾
Bierut a piloté la mise au pas stalinienne de la Pologne : système verrouillé, répression des opposants, alignement sur Moscou.
 
 

18) 🚓 Wojciech Jaruzelski (Pologne)

 
Orientation politique : Communisme d’État (général-parti) 🔴 Nombre de morts : Non consolidé (répression de l’état de siège ; victimes documentées mais bilan global débattu) ⚖️💀 Autre : Loi martiale, écrasement de Solidarność, internements, intimidation politique 🪖
Jaruzelski a incarné la version “militaro-communiste” : même réflexe que les autres — quand le peuple conteste, on sort l’appareil coercitif.
 
 

19) 🟥 Klement Gottwald (Tchécoslovaquie)

 

Orientation politique : Communisme stalinien (Tchécoslovaquie) 🔴 Nombre de morts : Non consolidé (purges, procès politiques, répression) ⚖️💀 Autre : Coup de Prague, parti unique, alignement soviétique, élimination des rivaux internes 🎭
Gottwald a verrouillé la Tchécoslovaquie dans le modèle soviétique : purges, procès truqués, destruction du pluralisme.

20) 📚 Gustáv Husák (Tchécoslovaquie)

 

Orientation politique : Communisme de “normalisation” (pro-soviétique) 🔴 Nombre de morts : Non consolidé (répression politique, prisons, carrières brisées, exils) ⚖️💀 Autre : Écrasement du Printemps de Prague (suite politique), normalisation autoritaire, censure 🔇
Avec Husák, la répression devient plus bureaucratique mais reste totale : on ne massacre pas toujours en masse, on étouffe une nation à petit feu.

21) 🏴 Todor Jivkov (Bulgarie)


 
Orientation politique : Communisme (Bulgarie, parti unique) 🔴 Nombre de morts : Non consolidé (répression politique, internements, violences d’État) ⚖️💀 Autre : Autoritarisme de longue durée, soviétisation, assimilation forcée, contrôle du pays 🧨
Jivkov est un exemple de dictature rouge moins médiatisée, mais typique : long règne, parti unique, répression et étouffement national.
 
 
 

💥 Conclusion

Le point commun de ces régimes n’est pas un drapeau, une langue ou un continent. Le point commun, c’est la logique :
  • Parti qui prétend parler au nom du peuple
  • Opposition déclarée “ennemie”
  • Police politique
  • Répression présentée comme “nécessaire”
  • Économie pilotée par l’idéologie
  • Résultat : mort, peur, pénurie, exil
🎯 Le vernis change (“socialisme”, “révolution”, “libération”, “justice”), mais la mécanique reste la même : le pouvoir absolu au nom d’une idée absolue.
 

 

https://x.com/WokeAreDumb/status/2026372437806383570


 

 

 

Powered By Blogger