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octobre 09, 2026

Ah l'emprunt d'état.....Le bouffon et François 1er ! L'état ce voleur légal....

Dette : Le grand emprunt national, la méga solution qui va sauver la France de la banqueroute ?

à vos bourses, citoyens• Face à l’ampleur de la dette, un grand emprunt national est de plus en plus évoqué. Mais loin d’être une solution miracle, l’appel aux épargnes des citoyens a aussi nombre de défauts


 

L'essentiel

  • La France réfléchit de plus en plus à un grand emprunt national pour financer sa dette colossale de 3.595,5 milliards d’euros.
  • L’idée serait de faire appel à l’épargne des Français plutôt qu’aux investisseurs étrangers, avec des avantages fiscaux attractifs et des taux indexés sur l’inflation. Car c’est bien connu, on n’est jamais mieux servi que par soi-même non ?
  • Attention, car cette mesure présente des risques, pose des questions de l’utilisation de ces fonds, et ne résout pas le problème structurel de la dette française. Pas ouf comme miracle non ? 

Empruntons, empruntons, qu’une dette impure abreuve nos sillons ♫. Enfants de la patrie, fils et filles de France, la nation est, une nouvelle fois, en danger. Alors, à la mobilisation générale. Et on vous rassure, pas besoin cette fois de mourir à Valmy, Verdun ou Bir Hakeim. Pour assurer sa survie, l’Etat pourrait se pencher sur une idée bien plus pacifique : vous prendre « juste » un peu de votre épargne. Moins douloureux que partir face à la mitraille allemande, certes, mais vraiment efficace ?

Concrètement, le plan de bataille est simple : au lieu de se faire racheter sa dette par des investisseurs étrangers sur les marchés internationaux, on demande directement aux particuliers du pays de racheter une partie de cette dette colossale – comptez quand même 3.595,5 milliards d’euros, soit 119 % du PIB, selon l’Insee. Soit encore plus que durant la crise Covid.

On n’est jamais mieux remboursée que par soi-même

L’avantage de compter sur ses propres citoyens, c’est d’éviter de trop dépendre des investisseurs étrangers ou des marchés très capricieux en ce moment. Le tout, avec un taux d’intérêt attractif, parfois indexé sur l’inflation, et souvent des carottes fiscales (exonération d’impôt sur le revenu ou de droits de succession). 

Quant aux investisseurs étrangers, voir les Français massivement acheter leur épargne peut paradoxalement les rassurer. « C’est un signal positif et de confiance », susceptible de faire baisser les taux et de rassurer des marches et des agences de notation de plus en plus inquiets, explique Bernard Keppenne, chef économiste de CBC Banque.

Autre bienfait : enfin exploiter l’énorme épargne des Français. Le taux d’épargne du pays atteint 18 % du revenu disponible, soit 6.000 milliards d’euros, bien au-dessus de la moyenne de la zone euro (14 % du revenu disponible). « Les Français ont du bon sens économique, ils voient bien que l’heure n’est pas propice à la consommation », poursuit Stéphanie Villers, économiste spécialiste en macroéconomie. Autant utiliser enfin cet argent qui dort.

Un grand emprunt d’accord, mais pour quoi faire ?

Sauf que l’emprunt national existe déjà en partie. Les fonds euros de l’assurance-vie sont majoritairement investis en obligations de dette. Les assureurs français détiennent ainsi actuellement autour de 9 à 10 % de la dette négociable de l’État. Pourquoi s’arrêter en si bon chemin alors ? En raison de l’effet d’éviction (à vos souhaits). L’épargne n’est pas illimitée, même dans des périodes de surépargne. Quand l’État lance un emprunt national attractif, une partie de cette épargne bascule vers les titres d’État plutôt que vers d’autres placements, comme les entreprises. « Cela risquerait donc de faire perdre des capitaux aux entreprises, déjà en pleine crise », rappelle Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’Épargne.

Poussons tout de même le raisonnement. Un grand emprunt national, d’accord, mais pour quoi faire ? « On peut légitimement se demander si les institutions publiques sauront bien flécher cet argent », s’interroge Stéphanie Villers. Les défis de demain sont nombreux, et les investissements à faire massifs. L’intelligence artificielle, afin de ne pas se faire vassaliser par les États-Unis ou la Chine, comme ce fut le cas avec Internet ? Ou la transition énergétique, la France ayant montré toute son impréparation aux chaleurs extrêmes à venir cet été ? 

Et si l’emprunt ne réglait rien ?

Or, pour le moment, la dette « ce n’est pas utiliser pour investir, c’est principalement des dépenses sociales, principalement sur les retraites », poursuit l’experte. Pas vraiment de quoi sauver la jeunesse, en pleine manifestation. 

Par rapport à l’avant Covid, les retraites pèsent 52 % de l’accroissement de la dette. 

Conclusion de Stéphanie Villers : « Ce qui compte aujourd’hui, c’est d’assurer les investissements de demain. Si c’est pour faire un emprunt de dépenses sociales, pas certain de la pertinence d’un emprunt. »

Ni de quoi susciter un grand intérêt populaire. « Si l’emprunt national peut susciter un sentiment de fierté pour les Français – ''on participe à l’État'' –, il faut que les emprunts ne servent pas à régler que la charge de la dette, mais servent à des objectifs bien précis d’investissement », estime Bertrand Keppenne. 

Qui rappelle surtout l’essentielle : efficace ou non, l’emprunt ne règle pas le problème de la dette de la France. « Ça ne change rien, il faudra quand même baisser le déficit », estime le spécialiste. Ça, on n’y coupera pas.

Jean-Loup Delmas

 https://www.20minutes.fr/economie/4251811-20261008-dette-grand-emprunt-national-mega-solution-va-sauver-france-banqueroute?

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COUP D’ÉTAT BUDGÉTAIRE : LE WALL STREET JOURNAL RÉVÈLE CE QUE MACRON PRÉPARE 🔥 
 
C’est un journal américain qui l’écrit noir sur blanc. Le gouvernement français se dit prêt à contourner le Parlement pour imposer des milliards d’euros de coupes budgétaires. Pas seulement via le 49.3. Mais via un outil jamais utilisé depuis 1958 : les ordonnances de l’article 47 alinéa 3 de la Constitution.
 
Si le Parlement n’a pas voté dans les 70 jours, le texte initial du gouvernement s’applique automatiquement. Amendements balayés. Discussion terminée. Une première sous la Ve République. Et le compte à rebours a déjà commencé.
 
Pourquoi cette précipitation ? Pour obéir aux exigences d’austérité de Bruxelles, en s’attaquant aux retraités, aux médicaments et à l’hôpital… tout en augmentant encore la contribution à l’UE et l’aide à l’Ukraine.
 
Le Wall Street Journal parle de « power grab ». Et si ce précédent passe, tous les autres deviennent possibles.
 
 

France : le Wall Street Journal révèle le plan budgétaire de Lecornu, l’opposition dénonce un passage en force - mycay

 Une nouvelle controverse politique secoue la France alors que le gouvernement de Sébastien Lecornu tente de faire adopter son budget pour 2027 dans un Parlement profondément divisé. Dans un article publié début octobre, The Wall Street Journal rapporte que l’exécutif est prêt à recourir à des mécanismes constitutionnels exceptionnels si les négociations budgétaires échouent. Cette perspective a immédiatement relancé les accusations de passage en force, tandis que les opposants au gouvernement dénoncent une stratégie qui pourrait réduire la marge de manœuvre des parlementaires. 

Le ministre de l’Économie et des Finances, Roland Lescure, a expliqué au quotidien américain que le gouvernement entendait faire adopter son projet budgétaire, même si les discussions avec les députés n’aboutissaient pas à un compromis. L’objectif affiché est de réaliser des économies importantes afin de réduire le déficit public, dans un contexte où les finances françaises sont soumises à une pression croissante.

Pour les adversaires de l’exécutif, cette déclaration constitue un signal politique inquiétant. Ils redoutent que le gouvernement privilégie les procédures permettant de contourner un vote parlementaire plutôt que de rechercher un accord avec les différentes forces politiques. Certains vont jusqu’à qualifier cette démarche de « coup d’État institutionnel ». Cette expression relève toutefois de leur interprétation politique : le recours à une procédure prévue par la Constitution ne constitue pas, en soi, un coup d’État. 

Le 49.3 et l’article 47 : deux mécanismes au cœur de la controverse

Le premier outil évoqué est l’article 49, alinéa 3, de la Constitution. Ce dispositif permet au gouvernement d’engager sa responsabilité sur un texte. Celui-ci est alors considéré comme adopté, sauf si une motion de censure est déposée et votée dans les conditions prévues par la Constitution.

Cette procédure est particulièrement controversée lorsqu’elle concerne le budget de l’État. Elle permet à l’exécutif de surmonter certaines difficultés parlementaires, mais elle expose aussi le gouvernement à une tentative de renversement. Dans une Assemblée nationale fragmentée, l’issue dépend donc largement de la capacité des groupes politiques à s’entendre sur une motion de censure. 

Le gouvernement dispose également d’un autre mécanisme, prévu par l’article 47, alinéa 3, de la Constitution. Celui-ci concerne l’hypothèse dans laquelle le Parlement ne se prononce pas sur le projet de loi de finances dans le délai constitutionnel de 70 jours. Dans certaines conditions, les dispositions du projet peuvent alors être mises en vigueur par ordonnance.

C’est cette possibilité qui alimente une partie des inquiétudes. Contrairement à une adoption classique, elle pourrait permettre à l’exécutif de mettre en œuvre son projet initial sans que l’ensemble des modifications parlementaires proposées au cours des débats soient retenues.

 Le calendrier et les conditions exactes d’application de cette procédure restent néanmoins déterminants. Le fait que le gouvernement dispose d’un mécanisme de secours ne signifie pas qu’il est obligé de l’utiliser, ni que son application serait automatique dès qu’un désaccord politique apparaît.

L’article du Wall Street Journal met ainsi en lumière une difficulté institutionnelle réelle : comment faire adopter un budget dans les délais lorsque l’exécutif ne dispose pas d’une majorité suffisamment solide ? Mais la question juridique doit être distinguée des accusations plus larges concernant une volonté de supprimer le contrôle parlementaire ou de remettre en cause les prochaines élections. Ces dernières ne sont pas établies par les seules déclarations rapportées.

Un budget de 2027 sous pression

La controverse intervient alors que le gouvernement cherche à réduire le déficit public grâce à un ensemble de mesures fiscales et d’économies. Le projet de budget pour 2027 prévoit notamment un effort budgétaire de plusieurs dizaines de milliards d’euros. L’exécutif affirme vouloir rétablir progressivement les comptes publics tout en préservant la stabilité économique du pays.

Mais les mesures envisagées touchent plusieurs catégories de la population et suscitent déjà une forte opposition. Les retraités figurent parmi les groupes concernés, en raison de modifications fiscales et de projets visant à limiter la revalorisation de certaines pensions. 

L’une des dispositions les plus contestées concerne le plafond de l’abattement fiscal de 10 % accordé aux retraités pour le calcul de l’impôt sur le revenu. Le gouvernement propose de le ramener de 4 439 euros à 3 000 euros par foyer fiscal. Selon les estimations présentées dans le cadre du projet, cette mesure pourrait rapporter environ 1,4 milliard d’euros à l’État.

Le 7 octobre, les députés réunis en commission des finances ont rejeté cette disposition. Ce vote constitue un revers politique pour l’exécutif, mais il ne met pas définitivement fin à la mesure : le projet doit encore être examiné dans l’hémicycle, où le texte initial peut revenir dans les discussions. 

Cette première confrontation illustre les difficultés auxquelles le gouvernement doit faire face. Les oppositions ne se limitent pas à un seul camp politique : des élus de plusieurs groupes ont contesté la réduction de l’avantage fiscal accordé aux retraités. La recherche d’un compromis apparaît donc particulièrement complexe.

Retraites, santé et services publics : les autres points de friction

Au-delà de l’abattement fiscal, le projet budgétaire suscite des inquiétudes concernant le pouvoir d’achat, les dépenses de santé et le financement des services publics. 

Le gouvernement prévoit notamment de limiter la revalorisation de certaines pensions, avec des économies attendues sur les dépenses de retraite. Il envisage également plusieurs mesures concernant les dépenses de santé, les remboursements de médicaments et les indemnités journalières.

Pour les défenseurs du projet, ces efforts sont nécessaires afin de freiner l’endettement et de ramener le déficit public à un niveau plus soutenable. Ils soulignent que l’absence de mesures correctrices pourrait accroître les coûts d’emprunt et réduire la capacité de l’État à financer ses priorités. 

Les critiques répondent que les économies envisagées risquent de peser sur les ménages, en particulier les retraités et les personnes qui dépendent davantage des services publics. Ils estiment qu’un ajustement budgétaire ne devrait pas reposer principalement sur des restrictions touchant le pouvoir d’achat ou l’accès aux soins.

Le débat porte donc autant sur les objectifs financiers que sur la répartition de l’effort. La question centrale est de savoir qui doit contribuer au redressement des comptes publics et dans quelle proportion. 

Le rôle de l’Union européenne au centre des critiques

Dans la vidéo à l’origine de cette controverse, le dirigeant des Patriotes, Florian Philippot, présente le budget comme une manifestation de la dépendance de la France envers l’Union européenne. Il accuse le gouvernement de privilégier les exigences budgétaires européennes au détriment des intérêts nationaux.

Cette lecture s’inscrit dans la ligne souverainiste de son mouvement, qui défend une plus grande autonomie économique et politique de la France. Philippot critique notamment les dépenses liées à la contribution française au budget européen et à l’aide à l’Ukraine, tout en dénonçant les économies envisagées dans les domaines sociaux 

Il appelle les citoyens à faire pression sur leurs députés, à soutenir une motion de censure et à se mobiliser contre le projet de loi de finances. Son intervention s’inscrit dans une stratégie politique visant à transformer la controverse budgétaire en débat plus large sur la souveraineté nationale.

Il convient cependant de distinguer ces prises de position des faits établis. Les règles budgétaires européennes constituent bien un élément du contexte dans lequel la France prépare ses finances publiques, mais les mesures du projet de budget relèvent de choix gouvernementaux et de négociations politiques nationales. La présentation de l’ensemble du projet comme une décision imposée directement par Bruxelles correspond à l’analyse de Philippot, et non à une conclusion démontrée par les éléments cités.

Le Rassemblement national face au choix de la censure

La stratégie des groupes d’opposition constitue un autre élément déterminant. Une motion de censure ne peut aboutir que si elle rassemble suffisamment de voix à l’Assemblée nationale. Dans un paysage politique divisé, la position du Rassemblement national peut donc peser sur l’issue de la confrontation.

Selon les informations rapportées dans la vidéo, le RN hésiterait à soutenir une motion de censure, notamment par crainte d’aggraver les turbulences politiques. Florian Philippot critique vivement cette attitude et accuse le parti de laisser au gouvernement la possibilité de poursuivre sa politique budgétaire.

Le débat est pourtant plus complexe qu’un simple affrontement entre partisans et adversaires de la censure. Un groupe parlementaire peut s’opposer à certaines mesures budgétaires sans considérer qu’une motion de censure constitue la meilleure réponse. Inversement, refuser de voter une telle motion peut permettre au gouvernement de rester en place malgré l’opposition exprimée à son projet.

Le choix des députés aura donc des conséquences politiques concrètes. Il déterminera si l’exécutif peut poursuivre sa stratégie, s’il doit chercher de nouvelles concessions ou si la crise budgétaire débouche sur une confrontation institutionnelle plus profonde.

Une procédure exceptionnelle, mais pas un coup d’État établi 

La notion de « coup d’État » constitue l’aspect le plus spectaculaire de la polémique. Dans son intervention, Philippot présente le recours potentiel aux ordonnances comme un précédent dangereux qui pourrait, selon lui, ouvrir la voie à d’autres contournements des institutions, jusqu’à remettre en question la présidentielle de 2027.

Cette inquiétude est une affirmation politique qui doit être replacée dans son contexte. L’article 47, alinéa 3, est une disposition constitutionnelle destinée à répondre à une situation précise : l’absence de décision parlementaire dans le délai prévu pour l’examen du budget. Son existence ne prouve pas que le gouvernement prépare une action contre les élections ou cherche à suspendre les institutions démocratiques.

La controverse n’en demeure pas moins importante. Le recours à des mécanismes exceptionnels peut soulever des questions légitimes sur la place du Parlement, le contrôle de l’action gouvernementale et la capacité des représentants élus à modifier un texte budgétaire. La légalité d’une procédure et son acceptabilité politique sont deux questions différentes.

L’enjeu sera donc de déterminer si le gouvernement parvient à faire adopter son budget dans le cadre du débat parlementaire ou s’il finit par utiliser les mécanismes constitutionnels de secours. Les conséquences politiques dépendront également de la réaction des groupes parlementaires et de l’évolution des négociations dans les prochaines semaines.

En définitive, l’article du Wall Street Journal révèle surtout l’ampleur de l’impasse budgétaire à laquelle le gouvernement Lecornu est confronté. Les difficultés à réunir une majorité, les désaccords sur les économies et les tensions autour des retraites rendent l’adoption du budget particulièrement incertaine.

Pour ses opposants, cette situation confirme la nécessité de bloquer le projet et de défendre le rôle du Parlement. Pour l’exécutif, la priorité reste de faire adopter un budget permettant de maîtriser le déficit public. Entre ces deux positions, la question essentielle demeure : jusqu’où le gouvernement peut-il aller pour faire passer ses mesures sans compromettre la confiance dans les institutions ?

La réponse dépendra des décisions prises au cours de la procédure budgétaire, des votes à l’Assemblée nationale et du respect des règles constitutionnelles. À ce stade, parler d’un « coup d’État » relève d’une qualification politique contestée, tandis que le risque d’un passage en force budgétaire constitue bien le cœur du débat.

 https://telex.danhngon.pro/blog/france-le-wall-street-journal-revele-le-plan-budgetaire-de-lecornu-lopposition-denonce-un-passage-en-force-mycay?

 


Dette publique

La dette publique est constituée du montant total de tous les emprunts de l'État et des autres administrations publiques (collectivités territoriales et protection sociale). La dette intérieure est contractée auprès des agents économiques intérieurs (ménages, entreprises, institutions financières) tandis que la dette extérieure est financée par des intervenants étrangers.

Elle sert à financer (et est accrue par) le déficit budgétaire. 

 

Origine de la dette publique en démocratie

La dette publique semble être une fatalité de la démocratie. En effet, en démocratie, les hommes politiques cherchent à satisfaire d'abord l'électeur médian, et ce par la redistribution, car il faut que cet électeur, dont le revenu est inférieur au revenu moyen[1], obtienne des avantages qui lui coûtent moins que les impôts qu'il paie[2]. Comme il est impossible de prendre à la classe moyenne plus que ce qu'on lui redonne, et comme la spoliation des classes aisées atteint vite ses limites, l'octroi de ces avantages n'est possible que par l'emprunt étatique, ce qui explique l'accroissement ininterrompu de la dette publique dans les démocraties. Les avantages obtenus sont soit pécuniaires (allocations diverses, assistanat, subventions d'associations ou d'entreprises) soit en nature : «gratuité» de la santé, des études, des infrastructures publiques, et autres prétendus acquis sociaux.

Il y a donc un biais démocratique en faveur des dépenses publiques et d'un État toujours plus étendu, chaque problème étant traité par l’emploi des mêmes instruments : l’impôt et la dette (qui n'est qu'un impôt retardé) :

«  Le système démocratique rend beaucoup plus facile la création d’une dépense publique que sa disparition, puisque les incitations à défendre la dépense existante sont bien plus fortes et l’action plus facile à organiser que pour ceux qui aimeraient cesser de financer tous ces avantages particuliers. L’illusion créée par les politiques fonctionne bien dans des pays comme la France, où chacun essaie de vivre aux dépens des autres à travers la grande fiction qu’est l’État, comme l’a justement dit Bastiat. »
    — Pierre Schweitzer, Bitcoin : la revanche inattendue des libertariens, mai 2020

Tout politicien qui refuserait cette pratique perdrait les élections en étant supplanté par des politiciens plus démagogiques que lui sur le marché politique. L'État-providence a ainsi vocation à s'étendre indéfiniment en même temps que la dette publique grossit en contrepartie et qu'une répression financière se met en place pour tenter de remédier aux graves inconvénients de l'endettement étatique.

La tâche du politicien consistera à s'attribuer les mérites de la redistribution étatique tout en cachant ou minimisant la réalité de la dette, en entretenant le plus grand flou à son sujet (ainsi ne sont pas compris dans la dette certains engagements de l'État : retraites futures des fonctionnaires, cautions de droit ou de fait, endettement des sociétés détenues par l'État, etc.). Le politicien étant par définition irresponsable, il désignera à la vindicte populaire, lorsque la dette ne sera plus supportable, de nombreux boucs émissaires : le marché, les banques, certains pays étrangers, certaines institutions internationales, etc. Ses boucs émissaires préférés seront évidemment ses créanciers : par un curieux retournement de situation, il les mettra en accusation et dénoncera leur emprise, comme s'il était lui-même totalement hors de cause dans ses problèmes de finances, et comme si l'endettement excessif était une fatalité extérieure dont il n'était pas responsable.

Un des paradoxes de la dette publique en démocratie est précisément son aspect antidémocratique :

«  Chacun sait que la dette n’est que de l’impôt différé et que la marque d’une démocratie est que l’impôt est voté par ceux qui vont devoir le payer. Nous collons cependant des impôts énormes (par l’intermédiaire de la dette que nous allons leur laisser) sur nos enfants ou nos petits enfants sans qu’ils aient pu les voter, ce qui est la marque, non pas d’une démocratie, mais d’une démagogie dont le seul but est que la génération actuelle, celle qui vote, ne souffre en aucun cas de ses incontinences. »
    — Charles Gave

Rôle capital de la banque centrale

Même quand elle ne finance pas directement les déficits de l’État (par la création monétaire ex nihilo), la banque centrale joue un rôle clé entre l’État et les banques commerciales pour diffuser la dette publique et en assurer une croissance ininterrompue. En effet, les banques commerciales, en raison du système dit de réserves fractionnaires, font appel à la banque centrale pour couvrir leurs besoins de liquidité et augmenter les bases de leur expansion de crédit ; elles sont ainsi incitées à acheter en continu de la dette publique comme collatéral à des opérations de refinancement (la banque centrale exigeant des obligations d’État en guise de collatéral quand elle prête aux banques). L'instauration par l’État de la répression financière les y incitera encore davantage.

Aux États-Unis, mais également au Japon, au Royaume-Uni et dans une moindre mesure en Europe, par une pratique non conventionnelle d'assouplissement quantitatif (quantitative easing), la banque centrale peut se mettre à acheter directement la dette (les bons du trésor). Cette pratique permet aux États de camoufler leurs dettes quasiment gratuitement dans les bilans des banques centrales. La dette est donc monétisée, au risque de créer de l'inflation ou des bulles spéculatives. Dans un contexte de sur-endettement général des États, les hommes politiques et les banquiers centraux jugent que la déflation est une menace bien plus grave que l'inflation.

La dette publique peut en fait être présentée comme la seule justification de l'existence de la banque centrale, institution inutile par ailleurs :

«  Sans l'existence du monopole monétaire, les politiciens seraient dans l'incapacité d'emprunter de grosses sommes d'argent créatrices de déficits budgétaires. Sans ces déficits, sans la mise en place de lois instituant le monopole monétaire, les subventions en faveur d'intérêts particuliers ne pourraient être financées que par un surcroît d'impôts. Les contribuables seraient hostiles au financement des groupes de pression et à celui des gaspillages publics si leur feuille d'impôt en révélait le coût réel. »
    — Mary J. Ruwart

«  La dette publique est, de fait, aujourd'hui, une bonne affaire pour les banquiers, dans la mesure où, en définitive, elle est gagée sur la capacité d'extorsion fiscale des Etats qui la supportent — capacité très supérieure à ce qu'elle était sous les monarchies les plus absolues, même si elle rencontre aujourd'hui, selon nous, sa limite supérieure. Aussi bien le souscripteur d'obligations d'Etat ou de bons du Trésor croit se mettre à l'abri des risques de la vie économique ordinaire en pariant sur la puissance publique et sa supposée pérennité. [...] Le rentier participe ainsi de l'exploitation fiscale. [...] Il n'empêche qu'il devra lui aussi revenir sur ses illusions de placements sans risque. »
    — Philippe Simonnot, La monnaie : histoire d'une imposture, Perrin, 2012

En raison du fonctionnement de la banque centrale, il y a une corrélation entre la quantité de monnaie en circulation et la dette publique : la banque centrale crée de la monnaie ex nihilo pour acheter la dette (directement ou indirectement) ou inversement, si elle juge la masse monétaire trop importante, détruit de la monnaie en vendant la dette qu'elle détient.

Pour l’École autrichienne d'économie, c'est cette création monétaire ex nihilo qui permet un accroissement apparemment indéfini de la dette publique, qui serait impossible dans un régime d'étalon-or strict. Ce mécanisme de cavalerie, qui permet de rembourser la dette par de l'argent créé à partir de rien, ne cesse que lorsqu'il devient évident que la dette ne pourra jamais être remboursée, ou lorsque la monnaie perd toute sa valeur. Il y a toujours une corrélation forte entre l'ampleur de la dette publique et la faiblesse de la monnaie concernée, car il devient impossible de résister à la tentation de « faire marcher la planche à billets » à mesure que la dette grossit et devient incontrôlable.

Le monopole d'émission de la banque centrale permet donc l'accroissement de la dette publique (que la banque centrale soit publique ou privée n'a à cet égard aucune importance) ; la liberté monétaire que préconisent les libéraux via des monnaies privées en concurrence entre elles serait une menace à la capacité d'endettement de l’État.

La faute au libéralisme ?

Curieusement, certains accusent le libéralisme de conduire les États à la faillite au bénéfice d'intérêts privés.

Or le libéralisme se caractérise par un non-interventionnisme en économie (en dehors évidemment de ce qui concerne le droit commun : vol, escroquerie, fraude, etc., qui relève des fonctions régaliennes de l’État) :

  • refus de l'argument too big to fail pour renflouer les banques ; empêcher la banqueroute ou la faillite revient à répartir sur tout le monde, à la façon collectiviste, les conséquences des erreurs de quelques-uns (céder à la menace douteuse du "risque systémique" revient pour l’État à acquiescer par avance à toutes les exigences des banquiers) ;
  • refus du monopole monétaire de la banque centrale, monopole d'origine étatique, source de tous les dérèglements monétaires ;
  • refus des politiques keynésiennes, qui n'aboutissent qu'à un accroissement de la dette sous le prétexte de soutenir la croissance ;
  • refus des politiques inflationnistes, qui ne profitent qu'à une oligarchie.

L’État, par le privilège « exorbitant du droit commun » qui lui permet de prélever l'impôt et d'en user sans le consentement du contribuable, devrait se mêler le moins possible d'intérêts privés, y compris dans les domaines monétaires ou bancaires. Son action aboutit toujours à privilégier certains intérêts privés aux dépens d'autres intérêts privés.

C'est précisément en raison de l'extension indue de l’État dans des domaines où il n'a rien à faire (assistanat, subventions, renflouements) que la dette publique, en démocratie, a tendance à s'accroître indéfiniment sous la pression de divers groupes d'intérêt (banques, grandes entreprises, lobbies, syndicats, etc.).

Les pays les plus libéraux, conscients de la nocivité d'un endettement excessif, ont fait en sorte d'entraver la tendance naturelle de l’État à s'endetter indéfiniment. Par exemple, la Suisse dispose dans sa Constitution d'un frein à l'endettement destiné à « enrayer les déficits budgétaires chroniques et la croissance de la dette »[3]. Très longtemps les États-Unis n'ont pas eu de dette, et n'ont jamais eu besoin (jusque autour des années 1970) d'imposer un debt ceiling pour limiter les dépenses ; comme l'indique Peter Schiff[4], c'est l'instauration de la Fed qui a permis d'accroître l'endettement de l’État. Le plafond d'endettement a été relevé à de nombreuses occasions sous prétexte de « prouver aux créanciers que les États-Unis peuvent payer leur dette » (alors que l'argent ainsi emprunté sert précisément à payer la dette).

Effets pervers économiques

Searchtool-80%.png Articles détaillés : Équivalence ricardienne et épargne.

L'appel à l'épargne présente des effets pervers, en particulier l'effet d'éviction : l'épargne consacrée à financer le déficit budgétaire ne peut plus servir à financer l'activité privée et notamment l'investissement productif: les dépenses privées sont en quelque sorte « évincées » par le financement des dépenses publiques.

En ce sens, contrairement aux vues keynésiennes, un déficit budgétaire peut conduire à la stagnation en privant les entreprises d'un moyen essentiel de financement. C’est sans doute la raison pour laquelle l’Union européenne a retenu parmi les critères d’entrée dans le club euro, une dette publique inférieure à 60 % du PIB. La dette est nuisible parce que son remboursement (service de la dette) devient un poids très lourd dans le budget (il augmente plus vite que toutes les autres dépenses publiques). La dette publique et ses intérêts bloquent la croissance économique issue de l'épargne et de l'investissement.

Comme pour la dette extérieure, on notera que lorsqu'elle est excessive, la dette intérieure handicape durablement l'économie nationale, en raison des remboursements annuels.

Le recours massif à l'endettement intérieur et extérieur marque, en fait, le refus des réalités économiques d'aujourd'hui et le report des problèmes sur le lendemain, hypothéquant ainsi la situation économique future. On peut parler, comme le fait l'économiste Tim Harford) de « taxe sur les adolescents », d'un transfert de richesse des futurs contribuables vers les adultes du jour.

Selon le théorème d'équivalence de Ricardo-Barro (ou effet Ricardo), l'augmentation de la dette publique se traduit généralement plus tard par une augmentation des impôts (l'emprunt d'aujourd'hui est un impôt futur). Une politique de relance financée par la dette publique est donc absurde, puisque les agents économiques seront portés à économiser plutôt qu'à consommer.

Il y a une différence essentielle entre la dette publique et la dette privée : ceux qui décident d’emprunter ne sont pas ceux qui vont payer les intérêts ni rembourser le capital emprunté, ni non plus ceux qui vont bénéficier de l’emprunt :

C'est la nature même des actions menées par les hommes de l’État que de faire en sorte que le coût des actions des individus ne soit pas supporté par eux mais par d'autres, et que les gains de ces actions soient appropriés par d'autres que ceux qui ont à en supporter les coûts. C'est parce qu'il y a cette séparation, ou externalisation, entre ceux qui paient et ceux qui bénéficient que règne une irresponsabilité générale des actions étatiques. On peut reprocher aux économistes d'hier et d'aujourd'hui d'être silencieux sur ce fait essentiel qui distingue une dette privée d'une dette publique. (Bertrand Lemennicier)

La fiction étatiste selon laquelle « la dette publique sert l’intérêt public » est réfutée quand on examine la part du budget annuel de l’État qui est allouée aux investissements. La réalité est que la dette publique sert à acheter le vote et à complaire à la clientèle électorale des politiciens.

Effet pervers politique

L'accroissement de la dette publique favorise le capitalisme de connivence entre pouvoir et finance, ce qui oblige le pouvoir à intervenir pour secourir des banques dont il est en réalité étroitement dépendant pour placer ses emprunts. Le concept de too big to fail encourage la finance à pratiquer des prises de risque inconsidérées et fait des grandes banques un facteur de risque systémique. La course à l'endettement s'accompagne d'une course à la prise de risques et d'une course à l'accroissement continu des masses monétaires, en même temps que s'accroissent tant l'appauvrissement du pays que l'emprise de l'Etat-providence et de la fiscalité redistributrice sur la population.

Les conséquences inéluctables

L'endettement excessif rend un pays presque entièrement dépendant de ses créanciers : dès que ceux-ci ont des doutes sur la solvabilité de leur débiteur et cessent de lui prêter (ou ne veulent lui prêter qu'à des taux très élevés), ce dernier se trouve brutalement confronté à une crise insoluble autrement que par le défaut ou par une réduction drastique du train de vie de l'État.

Le retour à la réalité est douloureux. L'État, à la différence de ce qui se passe pour un particulier surendetté, peut décider unilatéralement de suspendre les remboursements de la dette, mais ce faisant il ne trouve plus de créanciers disposés à souscrire à ses nouveaux emprunts (car il peut difficilement réduire ses dépenses dans le même temps). La seule différence entre le cas du particulier et celui de l'État tient à l'irresponsabilité de ce dernier : ceux qui ont choisi, par démagogie, la voie de l'endettement, ne sont pas les mêmes que ceux qui en paieront plus tard les conséquences. La rhétorique étatique et politicienne pourra toujours s'efforcer, le moment venu, de cacher la réalité au contribuable-citoyen et de présenter la sanction des marchés comme une fatalité liée au libéralisme économique et au libre-échange.

Comment liquider la dette publique

L'Histoire permet de dresser la liste des façons dont les États ont liquidé leur dette publique :

  • la répudiation ou le défaut de paiement : la dette est rééchelonnée, subit une décote (haircut) ou n'est plus remboursée : cas des emprunts russes, répudiés en 1918 par les Bolchéviques ; (80 ans plus tard, en août 1998, la Russie fait à nouveau défaut sur ses dettes publiques) ; en France, en 1797, le Directoire annule autoritairement les deux tiers de la dette : banqueroute des deux tiers ; cette pratique est très ancienne puisque le Code d’Hammourabi (1760 avant J.-C.) indique les cas d'effacements de dette (mauvaise récolte, sécheresse...) ; une doctrine ad hoc existe à ce propos, celle de la dette odieuse ; l'inconvénient de cette solution est évidemment une perte de confiance auprès des créanciers, et le risque de faillite pour une partie d'entre eux ;
  • la dévaluation de la monnaie et l'inflation monétaire permettent de rembourser la dette en dessous de sa valeur d'origine (cas de l'Empire romain sur le déclin, Allemagne de Weimar, dévaluation du peso en Argentine en 2002, quantitative easing pratiqué par les banques centrales, monétisation de la dette, etc.) ; l'inflation est une redistribution qui s'opère entre emprunteurs et prêteurs ; elle peut être provoquée directement par la planche à billets ou indirectement par divers artifices (taux d'intérêt négatifs, surévaluation du stock d'or de la banque centrale, etc.) ;
  • un mécanisme inflationniste similaire est fourni par la monnaie fiscale, une « monnaie » émise unilatéralement par les autorités fiscales pour régler les factures de l'État ; cette monnaie transforme les créanciers de l'État en émetteurs/récepteurs forcés de dette étatique ;
  • l'augmentation des impôts permet de faire face aux remboursements, mais c'est la mesure la plus impopulaire, et qui ne règle pas le problème pour autant ;
  • le désendettement par diminution du périmètre de l'État (par privatisation, suppression de subventions et de prestations, plan d'austérité, réduction drastique du traitement des fonctionnaires, etc.), impopulaire également (cas de la Grèce en 2010) ; cette solution de bon sens se heurte aux mauvaises habitudes qui perdurent entre l'État redistributeur ou gaspilleur et sa « clientèle » privilégiée ;
  • le transfert des dettes à une entité qui a une meilleure réputation aux yeux des créanciers (solution des eurobonds pour remédier à l'endettement des pays européens) : cela permet de gagner un peu de temps, sans régler aucun des problèmes d'endettement excessif ; en Europe, cette solution fait son apparition en 2020 après la crise du Covid-19 (la Commission européenne émet directement de la dette pour financer son plan de relance) ;
  • la transformation en dette perpétuelle : le principal n'est jamais remboursé, mais les intérêts sont payés (de façon illimitée en théorie) ; l'emprunteur compte sur l'inflation qui allègera le poids du remboursement, ou lui permettra même de racheter un jour l'intégralité de la dette (cette pratique existe au Royaume-Uni mais aussi dans certaines entreprises : obligations perpétuelles)
  • la recherche de nouvelles ressources à l'intérieur du pays par l'emprunt forcé, l'expropriation, ou à l'extérieur par la guerre (cas de la Révolution française et du Premier Empire, ou de l'Allemagne nazie) ; le plus récent avatar de ce phénomène est la répression financière, c’est-à-dire la décision officielle de réserver à des usages publics (en pratiquant des taux inférieurs à ceux du marché) les fonds qui seraient autrement allés à d’autres emprunteurs ;
  • la remise à zéro (big reset), annulation générale des dettes, comme le faisaient les Hébreux avec la pratique du jubilé : tous les cinquante ans, les compteurs étaient remis à zéro et les dettes remises ; cette pratique n'a évidemment rien de juste, elle favorise les riches endettés au détriment des créanciers pauvres ; en outre, la dette des uns étant la créance des autres, cette remise à zéro provoquerait des faillites bancaires en cascade, ainsi que la faillite des fonds de pension ;
  • la liquidation physique des créanciers (par exemple Philippe le Bel avec les Templiers en 1307), ce qu'on appelle crûment une « grande saignée ». En 1492, les Rois Catholiques d'Espagne, Isabelle la Catholique et Ferdinand II d'Aragon, cherchant à rechristianiser le royaume, expulsent les juifs (décret de l'Alhambra), parmi lesquels un certain nombre se trouvaient être les créanciers du royaume.

Toutes ces options étant plus ou moins douloureuses et obligeant l'État à sortir de la consensuelle tyrannie du statu quo, les États se contentent de naviguer à vue et de cacher la réalité autant que possible. La plupart des analystes prédisent que l'inflation (voire l'hyperinflation) en sera le résultat :

«  Tous les États-providence occidentaux seront dans l’incapacité de rembourser leurs dettes, et ne pourront pas faire face à leurs obligations vis-à-vis des personnes accédant à la retraite. Le seul moyen qu’il leur reste pour assumer leurs engagements est de s’engager dans une inflation démesurée, c’est-à-dire émettre de la monnaie afin de donner l’impression qu’ils peuvent honorer leurs paiements, avec comme conséquence inévitable, la perte de pouvoir d'achat de leurs devises qui sera suivie de l’expropriation de l’individu productif (nationalisations). »
    — Hans-Hermann Hoppe

À noter que la dette cesse de croître à partir du moment où le solde budgétaire est positif. Il ne suffit pas de se conformer à un déficit budgétaire limité à 3 % (critères de Maastricht). Contrairement à une erreur commune, un solde primaire (solde budgétaire moins charge de la dette) excédentaire ne signifie pas baisse de la dette, mais c'est le solde budgétaire qui importe. Avec la financiarisation de l'économie, tous les prêteurs d'obligations se couvrent par la souscription de credit default swaps (CDS), ce qui rend en théorie possible de faire payer la dette suite à un éventuel défaut de paiement par les vendeurs de ces contrats (en réalité, étant donné les montants en jeu, la solvabilité de ces vendeurs est elle-même très douteuse).

Idée reçue : un État ne peut jamais faire faillite

Cette idée reçue, qui relève de la statolâtrie, est curieusement très partagée. Elle découle probablement de deux caractéristiques qui distinguent l’État d'un acteur économique « normal » :

  • à la différence d'une entreprise, un État ne disparaît pas automatiquement par suite d'une faillite, mais la faillite n'en est pas moins réelle d'un point de vue économique et l'histoire en donne de très nombreuses illustrations, avec le chaos économique et politique qu'elle provoque (délitement de l'État et du "service public") ;
  • un autre sous-entendu de cette idée reçue est que l'État peut faire fonctionner à volonté la planche à billets et faire de la cavalerie pour continuer à dépenser ou à rembourser ses dettes, mais cet expédient atteint vite ses limites et aboutit à l'hyperinflation et la disparition de la monnaie, dont la valeur tombe à zéro.

Le privilège étatique, issu de la loi du plus fort (droit de lever l'impôt par la violence, cours forcé de la monnaie...) ne permet pas pour autant à l’État de s'affranchir des lois économiques, il lui permet juste de désigner ceux qui seront victimes de son incurie et de son incompétence : créanciers, mais aussi contribuables, fonctionnaires, retraités, etc.

L'analyse libertarienne

 

Pour les libertariens (voir par exemple Murray Rothbard, Repudiating the National Debt), l'État ne peut être mis sur le même pied qu'un débiteur privé. Son engagement n'a pas de valeur, puisqu'il ne crée pas de richesse, mais vit de l'argent volé aux contribuables ou de cet impôt caché qu'est l'inflation. Les créditeurs de l'État sont eux-mêmes éthiquement répréhensibles, puisqu'en tant que « receleurs d'impôt » ils seront remboursés grâce à la coercition fiscale. La dette publique ne peut être considérée à l'égale d'un contrat entre propriétaires légitimes, car il n'y a pas de responsabilité contractuelle en ce domaine, le coût des actions des hommes de l’État n'étant pas supporté par eux, mais par le contribuable présent ou futur. C'est l'illusion fiscale et la fiction de l'intérêt général qui permettent à l'État de s'endetter indéfiniment.

Plutôt que l'augmentation des impôts ou l'inflation, Rothbard propose une solution révolutionnaire : la répudiation de la dette publique. Il n'y a pas de raison que la population paie pour les dettes contractées par les classes dirigeantes ; de plus, cela empêchera les gouvernements, faute de créanciers, de continuer à détourner des ressources privées pour les gaspiller dans les projets étatiques. La répudiation de la dette est donc un moyen radical de diminuer l'emprise de l'État sur la société civile, en lui "coupant les vivres". Rothbard propose aussi de traiter l'État comme une entreprise en faillite et de vendre tous ses biens, en procédant à des privatisations révolutionnaires.

La répudiation de la dette, une solution "de gauche" ?

Les "solutions" habituellement proposées par les hommes politiques sont celles qui sont indiquées plus haut dans la section "Comment liquider la dette publique".

Les solutions nationalistes consistent à se refermer sur le pré carré national et à agir sur la monnaie par la planche à billets (en Europe, sortir de l'euro pour revenir à une monnaie nationale qui permettra un plus grand laxisme budgétaire).

Une partie de l'intelligentsia de gauche pratique le déni, estimant qu'il se trouvera toujours des créanciers pour acheter la dette, ou que la création monétaire illimitée permettra de régler tous les problèmes (illusion monétaire).

D'autres solutions "de gauche" (par exemple celles d'Attac dans Le Piège de la dette publique, 2011) proposent un "mix" variable de répudiation d'une partie de la dette et de monétisation d'une autre partie par la banque centrale.

Ces "solutions" étatistes, qui admettent implicitement que la dépense publique est toujours justifiée et ne saurait être remise en question, ne s'attaquent évidemment pas à la racine du problème, qui n'est pas la "toute puissance des marchés financiers", mais bien le surendettement des États (ce sont bien eux qui se sont mis sous la coupe des marchés financiers).

Alors que ces "solutions" ne font que prolonger le problème, la solution de répudiation libertarienne est la plus radicale ; elle a le mérite de montrer la réalité de l’État, voleur et irresponsable par nature. L'endettement est supprimé, en même temps que la capacité d'emprunt, ce qui contraint les hommes de l’État à restreindre drastiquement son périmètre et à mieux le gérer :

«  Le principal problème de la dette est de permettre une expansion de l'État qui semble sans douleur — jusqu'à ce que la douleur devienne insupportable et menace l'ensemble de l'économie. Mais le problème porte peut-être en lui sa propre solution, la crise actuelle des dettes souveraines offrant une chance inespérée : enchaîner Léviathan. Presque partout, l'État est fauché, et devra réduire fortement ses dépenses ou faire défaut sur sa dette. En vérité, un défaut l'obligerait également à réduire ses dépenses en bloquant son accès aux marchés financiers. »
    — Pierre Lemieux, Les Dettes Souveraines, Libres ! 100 idées, 100 auteurs

Citations

  • «  Le peuple sera écrasé d'impôts, on fera emprunt sur emprunt ; après avoir épuisé le présent, on dévorera l'avenir. »
        — Frédéric Bastiat

  • «  Le biais des hommes politiques pour la dépense publique et son financement par la dette publique est inhérent à la démocratie majoritaire. »
        — Bertrand Lemennicier

  • «  La dette publique est immorale et antidémocratique, parce qu'on fait supporter le poids de l'impôt à des personnes qui ne peuvent participer au processus de décision au moment où l'emprunt a été initié et qui par définition, lorsque l'emprunt finance des dépenses courantes, n'en bénéficient pas. Ces prises de décisions collectives externalisent les coûts sur le futur et sur les générations à venir qui ne peuvent être représentées au parlement sous prétexte qu'elles sont trop jeunes ou qu'elles n'existent pas. »
        — Bertrand Lemennicier

  • «  Qui donne à l’État prête à rire. »
        — Tristan Bernard

  • «  Qui paye ses dettes n'a vraiment pas autre chose à foutre ! »
        — Pierre Perret

  • «  Les finances publiques doivent être saines, le budget doit être équilibré, la dette publique doit être réduite, l’arrogance de l'administration doit être combattue et contrôlée, et l’aide aux pays étrangers doit être diminuée de peur que Rome ne tombe en faillite. La population doit encore apprendre à travailler au lieu de vivre de l’aide publique. »
        — (faussement) attribué à Cicéron[5]

  • «  Le problème de la dette n'est que le symptôme d'une mentalité anti-capitaliste qui sape la philosophie politique originelle des droits individuels et de la liberté économique et instaure à sa place une idéologie du paternalisme et de la dépendance. »
        — Richard Ebeling

  • «  Comment se ruiner ? Par le jeu ? C'est le plus rapide. Par les femmes ? C'est le plus agréable. Par les technocrates ? C'est le plus sûr. »
        — Georges Pompidou

  • «  Mais, quoique le tort causé au commerce et à l’activité par nos fonds publics [c'est-à-dire la dette publique], tout bien pesé, ne semble pas négligeable, il est insignifiant en comparaison du préjudice qui en résulte pour un État considéré en tant que corps politique qui doit se maintenir dans la société des nations et avoir des transactions diverses avec les autres États pour les guerres et les négociations. Le mal est ici pur et sans mélange, sans aucune circonstance favorable pour l’atténuer, et c’est un mal qui est d’une nature telle qu’il est le plus important et le plus extrême. […] On s’aperçoit toujours qu’un gouvernement qui a hypothéqué tous ses revenus sombre nécessairement dans un état de langueur, d’inactivité et d’impuissance. »
        — David Hume, Du crédit public, 1752

  • «  La racine du mal est d’abord la fable selon laquelle un État ne peut pas faire faillite, et peut donc s’endetter indéfiniment, et que la dette des États est un placement sans risque. Cette fable repose sur deux idées : un État peut indéfiniment taxer ses citoyens ; un État peut battre monnaie. »
        — Gérard Dréan

  • «  L’analyse financière des sociétés de capital n’a rien à voir avec l’analyse financière des États, i.e. l’analyse des finances publiques… car les États n’ont pas des activités qui reposent sur les règles de droits — propriété —, mais sur le don et le vol de richesses en propriété… Un État ne peut pas déposer son bilan car il n’en a pas. Il ne peut pas faire faillite car la faillite est un concept de droit privé et car il s’articule à la règle de la propriété privée. Il ne saurait être mis en redressement judiciaire… Un État peut seulement être mis en cessation de paiements, ce qu’on dénomme le « défaut ». »
        — Georges Lane

  • «  La monétisation des dettes publiques constitue, avant même de parler de résurgence inflationniste, une nationalisation, une soviétisation rampante de l'économie, ou plutôt une confiscation furtive d'une part croissante de la richesse du pays par l'État, qui en fera le plus mauvais usage, puisqu'il est destructeur net de valeur. La prime à la médiocrité dans toute sa plénitude. »
        — Vincent Bénard

  • «  Utiliser l’assouplissement quantitatif pour combattre la récession, c’est comme utiliser de l’essence pour éteindre un feu. »
        — Peter Schiff

  • «  Il y a deux façons de conquérir et d’asservir une nation. L’une est l’épée. L’autre est la dette. »
        — John Adams

  • «  S'il y avait un impôt sur la connerie, l’État s'autofinancerait. »
        — Coluche (humour)

  • «  En finançant la dépense publique actuelle par la dette, nous sommes, en fait, en train de couper les pommiers pour en faire du bois de chauffage, réduisant ainsi le rendement du verger pour toujours. »
        — James McGill Buchanan

  • «  Les dettes n'engagent que les décisionnaires qui les contractent, ainsi que leurs complices directs. Présidents, ministres, hommes politiques, hauts fonctionnaires, chefs militaires, activistes des principaux lobbies et syndicats – chacun d'entre eux est responsable à hauteur de son rôle dans la décision d'emprunter. »
        — François-René Rideau

  • «  La dette publique et le coût des systèmes existants de sécurité sociale ont amené la perspective d'un effondrement économique imminent. […] Si les tendances actuelles se poursuivent, on ne risque rien à dire que l'État-providence occidental, c'est-à-dire la démocratie sociale, s'effondrera tout comme le socialisme oriental, à la soviétique, s'est effondré à la fin des années 1980. »
        — Hans-Hermann Hoppe

  • «  Quand les dettes nationales se sont accumulées jusqu'à un certain degré, il n'y a guère, à ma connaissance, un seul cas où elles ont été remboursées équitablement et complètement. »
        — Adam Smith

  • «  La dette finit par consommer la richesse fictive construite sur le sable, richesse qui faisait croire fallacieusement aux hommes politiques, à l’homme de la rue et à l’homme du monde des affaires, qu’ils assistaient à une croissance économique réelle. L’emprunt public et la dépense publique ne constituent pas la solution, mais le problème. La production et l'épargne sont les sources d’une croissance économique saine ; c’est là une politique que les keynésiens contestent de façon inconsidérée. »
        — Ron Paul, Liberty Defined

  • «  Aux plus beaux jours du libéralisme, quelques pays occidentaux amortirent une partie de leur dette à long terme par un honnête remboursement. Mais, la plupart du temps, les dettes nouvelles s'ajoutèrent simplement aux anciennes. L'histoire financière du siècle dernier montre un constant accroissement du montant des dettes publiques. Personne ne croit que les États vont perpétuellement traîner le fardeau de ces intérêts à payer. Il est clair que tôt ou tard toutes ces dettes seront liquidées d'une manière ou d'une autre, mais certainement pas par le paiement des intérêts et du principal tel que prévu au contrat. »
        — Ludwig von Mises, L'Action humaine

  • «  Autrefois, l’on déplorait les péchés du monde, aujourd’hui on considère avec consternation les dettes du monde ; de même que jadis on prophétisait le Jugement dernier, on prophétise aujourd’hui la grande répudiation des dettes (σεισάχθεια), l’universelle banqueroute des États, espérant secrètement ne pas vivre pour en être soi-même témoin. »
        — Arthur Schopenhauer

  • «  L'économie mondiale tout entière repose aujourd'hui sur de gigantesques pyramides de dettes, prenant appui les unes sur les autres dans un équilibre fragile. Jamais dans le passé une pareille accumulation de promesses de payer ne s'était constatée. Jamais sans doute il n'est devenu plus difficile d'y faire face. Jamais sans doute une telle instabilité potentielle n'était apparue avec une telle menace d'un effondrement général. »
        — Maurice Allais, La crise mondiale d'aujourd'hui, Le Figaro, 1998

  • «  Heureux les jeunes, car ils hériteront de la dette nationale. »
        — Herbert Hoover, 1936[6]

  • «  La vraie bulle, la mère de toutes les bulles, c'est la dette des gouvernements. C'est la bulle-mère, celle sur laquelle toutes les autres s'appuient et se nourrissent. Cette bulle-mère est systémique ; [...] c'est la pierre angulaire du système bancaire, monétaire et financier. [...] L'émission de dettes par les gouvernements, c'est le moyen ultime de retarder les échéances mais elle a un prix : elle détruit à long terme la solvabilité de ces mêmes gouvernements ; elle gaspille des ressources ; elle interdit de remonter les taux ; elle mine la monnaie ; elle détruit en profondeur nos systèmes sociaux et bancaires fondés sur l'épargne, les retraites, la prévoyance. »
        — Bruno Bertez, 15/06/2019

Informations complémentaires

Notes et références

  1. Le salaire médian est le palier divisant l'ensemble des salariés en deux parties égales : 50 % des salariés gagnent moins que le salaire médian et l'autre moitié gagne plus. Comme les hauts salaires s'éloignent plus de la médiane que les bas salaires, le salaire moyen est supérieur au salaire médian. Par exemple, en France, le salaire médian est autour de 1600 € (nets) et le salaire moyen proche de 2000 € (chiffres 2011)
  2. Peut-on prédire le défaut de paiement de la dette publique des États? par Bertrand Lemennicier
  3. Département fédéral des finances - Le frein à l'endettement
  4. Debt ceiling & the fiscal cliff
  5. Tiré de l'ouvrage A Pillar of Iron, biographie-fiction de Cicéron écrite par Taylor Caldwell, 1965.
  6. Blessed are the young, for they shall inherit the national debt. (Herbert Hoover, Address to the Nebraska Republican Conference, Lincoln, Nebraska (16 January 1936))

Bibliographie

  • 2012, Alberto Petrucci, "Government debt, agent heterogeneity and wealth displacement in a small open economy", In: Raffaele De Mucci, Kurt R. Leube, "Un austriaco in Italia - An Austrian in Italy : festschrift in honour of professor Dario Antiseri", Soveria Mannelli: Rubbettino, pp409-432

Voir aussi

Liens externes



octobre 03, 2025

Que se passe t-il en Europe, d'une histoire à une autre...Qu'elle en serait la différence ?

Sommaire:

A - l’UE : une machine impériale qui écrase les souverainetés nationales 

B - Histoire: Europa ! Les projets européens de l’Allemagne nazie et de l’Italie fasciste

Guerre en Ukraine : quels sont les montants des aides de l'Union européenne depuis 2022 ?
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C - Joute verbale entre Viktor Orbán (Hongrie) et Donald Tusk (Pologne)

D - «1200 milliards d’euros d’investissements en dix ans» : comment Bruxelles veut mobiliser l’épargne des Européens

 



A - l’UE : une machine impériale qui écrase les souverainetés nationales 

L’ingérence tous azimuts de l’UE : de la médecine au militaire

Dans un monde où les nations souveraines devraient primer, l’Union européenne (UE) s’est muée en un Léviathan bureaucratique, légiférant dans tous les domaines imaginables, de la médecine au militaire, avec des conséquences souvent tragiques.

Ce qui était autrefois présenté comme un projet de paix et de prospérité est devenu un instrument de contrôle centralisé, imposant ses diktats aux États membres et menant invariablement à la souffrance humaine – comme en témoigne la gestion catastrophique de la pandémie de COVID-19 et le soutien prolongé à la guerre en Ukraine. L’UE ne se contente plus de coopérer ; elle remplace et dicte les lois nationales, sapant l’essence même de la démocratie et de l’autodétermination.

Prenons la médecine et le militaire : deux domaines où l’ingérence de l’UE a directement conduit à des drames humains. Lors de la crise du COVID-19, Bruxelles a imposé des politiques uniformes, comme les contrats opaques pour l’achat de vaccins, forçant les nations à adopter des mesures draconiennes sans égard pour leurs spécificités locales. Des millions de personnes ont souffert de confinements prolongés, d’effets secondaires non anticipés et d’une économie ravagée, tout cela au nom d’une « solidarité européenne » qui a surtout profité aux géants pharmaceutiques. De même, dans le domaine militaire, l’UE pousse à une escalade en Ukraine, finançant des armes et des entraînements qui prolongent un conflit sanglant, avec des milliers de morts à la clé.

Au lieu de promouvoir la paix, l’UE alimente une machine de guerre, transformant l’Europe en un prolongement des intérêts atlantistes, avec la mort comme horizon inévitable – COVID pour la santé, Ukraine pour la géopolitique.

 

 

La supplantation des lois nationales par les diktats européens

Cette ingérence va plus loin : l’UE n’hésite pas à supplanter les lois nationales souveraines. Des amendements constitutionnels, comme celui récemment adopté en Slovaquie donnant priorité aux lois nationales sur le droit européen en matière d’identité, sont des réactions directes à cette usurpation.

Bruxelles dicte tout, des normes environnementales aux politiques migratoires, ignorant les volontés populaires et imposant un cadre supranational qui érode les identités culturelles et les choix démocratiques des peuples.

Ursula von der Leyen : une dirigeante non élue aux allures de dictateur

Au cœur de ce système autoritaire se trouve Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, qui n’a jamais été élue directement par les peuples européens. Nommée par un processus opaque au Parlement européen, elle se comporte comme un grand général, commandant aux dirigeants nationaux ce qu’ils doivent faire – de la gestion des fonds européens à l’alignement sur des agendas globaux comme le « Green Deal » ou le soutien militaire à l’Ukraine. Ses critiques la dépeignent comme une bureaucrate omnipotente et autoritaire, promouvant une « nouvelle Europe » (Neue Europa, de sinistre réputation) fondée sur le pouvoir centralisé, tout en masquant ses propres manquements à la transparence, comme ses échanges cachés avec Pfizer. Von der Leyen incarne l’essence antidémocratique de l’UE : une élite non élue qui dicte aux nations élues, transformant l’Europe en un empire technocratique où les voix dissidentes sont qualifiées de « désinformation ».

Le rejet français : un « non » clair à la confiscation des libertés

Les Français, en particulier, ont été clairs sur leur rejet de cette Europe intrusive. En 2005, lors du référendum sur le traité constitutionnel européen, 55 % des votants ont dit « non » à une UE qui confisque les libertés fondamentales – liberté de penser, d’aller et venir, économique, et même culturelle. Ce « non » massif reflétait une peur légitime : celle de voir la France diluée dans un super-État qui impose des quotas migratoires, des taxes carbone punitives et des normes qui étouffent l’industrie nationale. Aujourd’hui, les Français refusent toujours que leurs libertés soient saisies au nom d’une « union » qui privilégie les intérêts globaux sur les besoins locaux, comme en témoigne la montée des partis souverainistes (L’UE coute plus cher aux Français, que ce qu’elle leur rapporte : – 10 milliards d’euros / an).

La montée des voix eurosceptiques : des dirigeants et peuples en rébellion

Et ils ne sont pas seuls. De plus en plus de voix s’élèvent contre cette UE impériale, avec des dirigeants et des peuples qui rejettent son emprise ou exigent de choisir ce qui convient à leurs nations. En Hongrie, Viktor Orbán mène une politique ouvertement eurosceptique, refusant les diktats de Bruxelles sur l’immigration et les valeurs sociétales, et participant même à des gouvernements où les eurosceptiques approchent la majorité. La Pologne, sous influence de partis critiques, a affirmé la supériorité de sa constitution sur les traités UE, entraînant des tensions et des sanctions financières. En Slovaquie, Robert Fico a qualifié un amendement anti-progressiste de « barrage » contre l’UE, alignant son pays sur une résistance accrue. Les Pays-Bas, avec Geert Wilders, ont vu des partis eurosceptiques remporter des élections, critiquant l’UE pour son ingérence. En Italie, Giorgia Meloni et ses alliés ont renforcé un euroscepticisme croissant, priorisant les intérêts nationaux sur les agendas bruxellois. Ces pays, rejoints par des mouvements en Suède et ailleurs, signalent une vague eurosceptique : en 2024-2025, 24 pays de l’UE ont élu au moins un membre d’un groupe eurosceptique au Parlement européen.

🛑 Bras de fer avec Bruxelles : la Slovaquie défie la primauté du droit européen ➡ https://wix.to/Hlhj0ox

 

Vers une reprise de contrôle par les peuples

L’UE, sous sa forme actuelle, n’est plus un partenariat ; c’est une menace pour les souverainetés. Il est temps que les peuples reprennent le contrôle, avant que cette machine ne les engloutisse définitivement dans son agenda mortifère.

https://multipol360.com/lue-une-machine-imperiale-qui-ecrase-les-souverainetes-nationales/ 

 


B - Histoire: Europa ! Les projets européens de l’Allemagne nazie et de l’Italie fasciste

Ici, Georges-Henri Soutou1 soulève un point, qui, de prime abord, interpelle. En effet, contre toute attente, l’auteur traite du sujet de l’Europe entre 1939 et 1945, sujet ô combien discuté par Rome et Berlin ! Toutefois, l’auteur ne manque pas d’évoquer les différences idéologiques existant entre Hitler et Mussolini concernant l’Europe. En effet, si le führer entend étendre la domination du Reich sur l’ensemble du continent ; le duce pour sa part, profondément plus européen qu’Hitler, a une vision plus nationaliste et impérialiste de l’idée d’Europe.

Une Europe prédisposée

En effet, la fin du premier conflit mondial fait naître un climat hypernationaliste en Europe, parmi les vaincus, mais aussi en Italie, pays allié à la victoire « mutilée ». Cette déception transalpine sera à l’origine du fascisme. Alors qu’il sort de cette Première Guerre mondiale exsangue, meurtri dans sa chair et dans sa terre, le continent européen est frappé de plein fouet par une crise économique mondiale qui remet en cause les idéologies libérale et socialiste apparues au XIXe siècle.

Dès lors, de nouveaux courants de politiques, dépassant le clivage droite-gauche, apparaissaient en Europe. En réaction aux projets briandistes, d’inspiration libérale, les différents courants de pensée réactionnaires et antidémocratiques se renouvellent. Cependant, nazis et fascistes n’ont pas la même vision de l’Europe. Face à la volonté prométhéenne du nationaliste jacobin Mussolini, Hitler lui oppose un antilibéralisme antisémite et racial.

Malgré leurs divergences idéologiques, les deux régimes refusent l’ordre libéral et démocratique. Cette communauté de vues cimente cette union transnationale entre l’Allemagne et l’Italie. L’idée d’une Europe nouvelle, en rupture avec l’ordre établi à Versailles, est partagée dans nombre d’autres gouvernements, avec le soutien massif de leurs populations.

Le fascisme et l’Europe : un grand espace euro-méditerranéen

La politique extérieure italienne des années 30 est complexe. Si après-guerre, Rome a reçu des territoires, elle revendique toutefois des territoires balkaniques et va même jusqu’à occuper militairement Corfou. Pour autant, Mussolini soutient le projet de pacte des Quatre. Contre toute attente, l’accession de Hitler au pouvoir permet à l’Italie de jouer un rôle de puissance stabilisatrice en Europe.

Mussolini entend cependant organiser une Europe fasciste. Aussi entend-il exporter le fascisme autour de la Méditerranée et de l’Afrique. Le projet impérial et méditerranéen de Mussolini a comme pointe de rupture la guerre d’Éthiopie. Parallèlement, le duce apporte son soutien à Franco durant la guerre civile espagnole. Les deux dictateurs sont en effet proches idéologiquement, cependant, Mussolini craint que le fascisme européen qu’il prône ne profite qu’au régime nazi.

À la veille du second conflit mondial, Mussolini évoque l’axe Rome-Berlin, définissant les tâches de chacun : à l’Allemagne les régions danubiennes, à l’Italie la Méditerranée. Les idéologues allemands, pour leur part, évoquent les « grands espaces ». Aussi envisagent-ils l’Europe pour le Reich, la Méditerranée et le Moyen-Orient pour l’Italie. Hitler et Mussolini divergent sur leurs différentes orientations géopolitiques, lesquelles correspondent à leurs axes idéologiques propres.

Cependant, Rome ne peut mener à bien sa « guerre parallèle » à celle de Berlin, ses échecs militaires l’obligent à entrer inéluctablement dans l’orbite du Reich et, in fine, à sa conception européenne de « grand espace européen ».

Le Troisième Reich et l’Europe

Le thème de l’Europe apparaît plus tardivement en Allemagne qu’en Italie. La conception hitlérienne de l’Europe consiste à acquérir l’espace nécessaire pour les peuples germaniques : le Lebensraum. Pour ce faire, Hitler entend rayer de la carte la Tchécoslovaquie et la Pologne ainsi que les populations juives du continent. Le Reich souhaite voir disparaître les petits États-nations au profit d’ensembles politiques et de grands espaces économiques plus vastes, afin de faire obstacle au mondialisme libéral anglo-américain.

Le chancelier du Reich souhaite instaurer un nouveau système international autour de grands blocs continentaux : le Großraum. Cependant, à Berlin, l’idée de « Nouvelle Europe » oppose différents courants de pensée. Les conservateurs tout d’abord, — favorables à une Mitteleuropa — s’opposent aux nationalistes (SA et membres du parti nazi), tenants qu’une vision plus territoriale que raciale. Les SS enfin, considèrent que la recomposition raciale de l’Europe passe par la destruction des juifs et l’asservissement des Slaves, dans l’unique but de parvenir au Lebensraum.

Cependant, la notion la plus importante pour le IIIe Reich — après celle de la race — demeure le « grand espace européen ». Cette notion comporte des aspects à la fois politiques, économiques, mais aussi juridiques.

Le projet euro-méditerranéen initial (1940-1941)

Malgré leurs divergences de vues, Rome et Berlin souhaitent réorganiser l’Europe autour d’un projet euro-méditerranéen cohérent, dont la sécurité serait garantie par l’Allemagne et l’Italie, face au bloc formé par les Anglo-américains.

Une fois la Pologne envahie, Hitler entend proposer la création d’un vaste espace économique grand-allemand regroupant le Reich, la Bohème-Moravie, la Pologne, le Luxembourg, la Belgique, la Norvège, les Pays-Bas et le Danemark, le tout dans une union douanière et monétaire dirigée par Berlin.

L’Allemagne accepte de laisser la Méditerranée à l’Italie, à la seule condition que Mussolini accepte l’Anschluss et renonce à sa politique danubienne. Rome, Berlin et Madrid — dans une moindre mesure — entendent se partager le continent africain, n’en laissant qu’une infime part à la France de Vichy.

« Ventre mou » de la Nouvelle Europe, les Balkans sont au cœur des appétits communs de Rome et Berlin. Mussolini craint une éventuelle occupation allemande de cette région que l’Italie considère comme faisant partie de sa zone d’influence politico-économique. Finalement, un modus vivendi est arrêté et les Balkans divisés. La Yougoslavie et la Grèce reviennent à Rome, le reste revenant à Berlin.

Nonobstant, après la crise économique des années 30, l’influence allemande de ces régions ne cessera de s’accroître, au détriment de l’Italie. De plus, Hitler reprendra à son compte l’héritage de Guillaume II en s’alliant au Moyen-Orient musulman hostile aux Anglo-américains philosémites.

L’invariant hitlérien : un Germanisches Reich deutscher nation ?

Se voulant l’héritier du Reich bismarckien, Hitler entend rattacher à l’Allemagne, l’ensemble des nations germaniques. Pour ce faire, il entend rattacher au Reich les populations « germaniques » scandinaves et flamandes. Cependant, si la Scandinavie occupe une proximité culturelle et « raciale » avec l’Allemagne, elle n’est cependant pas au diapason du Reich. La question de l’intégration flamande au Reich, si elle est facilement envisageable pour les Pays-Bas, il n’en est pas de même pour la Belgique. Seule la Suisse n’est pas envahie par l’Allemagne. Jamais elle ne se ralliera au projet hitlérien d’Europe nouvelle.

À côté de ce Reich germanique est instauré le protectorat de Bohème-Moravie, après l’invasion des Sudètes et sa séparation d’avec la Slovaquie. Après avoir envahi la Pologne et annexé les territoires perdus en 1919, Hitler y instaure un Gouvernement général, colonisant le reste du territoire polonais pour y installer des colons allemands, une fois les populations juives et polonaises expulsées.

Cependant, l’invariant hitlérien n’est pas fiable. En effet l’Europe sous domination allemande manque de matières premières stratégiquement et économiquement primordiales, tels le pétrole, le charbon et la nourriture. De ce fait, le Reich ne peut faire face au poids stratégico-économique des Anglo-américains.

Pour faire face à ces derniers, le Reich n’a d’autre choix que d’englober l’Europe jusqu’à l’Oural, le Moyen-Orient ainsi que l’Afrique, le tout, en s’entendant avec l’Italie, la France, possiblement l’Espagne, pour contrôler conjointement le Moyen-Orient et le continent africain.

Vichy dans le « nouvel ordre européen »

L’adhésion du gouvernement de Vichy à l’« ordre nouveau » répond à deux facteurs : idéologique et stratégique. Si tout comme l’Allemagne, la France souhaite remplacer la SDN et voir le retour au concert européen des grandes puissances au XIXe siècle, elle sait aussi ne pas être en capacité de s’opposer au Reich.

La France et son Empire constituent un bloc de 100 millions d’habitants. Afin de ne pas déplaire au maître de Berlin, la France se désengage de son alliance diplomatique et militaire, au sein de la Petite Entente, pour se recentrer sur son Empire, tout en recherchant un compromis avec le Reich. Ainsi la France fait-elle le choix d’abandonner l’Europe centrale et orientale à l’Allemagne pour maintenir sa souveraineté en métropole et dans l’Empire, tout en s’associant par ailleurs au « nouvel ordre européen ».

Ce changement de politique extérieure permet à la France de bénéficier d’un armistice conciliant de la part de Rome et Berlin, qui, pragmatiques, souhaitent éviter que le gouvernement français ne poursuive la guerre outre-Manche, ou bien encore en Afrique du Nord.

Maître d’un tiers du territoire métropolitain, à la tête d’un Empire conservé et d’une armée de 100 000 hommes, le gouvernement de Vichy inaugure sa politique de « Révolution nationale », s’inscrivant pleinement dans l’ordre nouveau hitlérien.

Cette collaboration de l’État français au Reich ne se fait pas sans heurts. Deux conceptions s’opposent à Vichy. Une majoritaire — défendue par Laval — entend inscrire la France dans ce nouvel ordre européen dominé par l’Allemagne, et une minoritaire, plus traditionnelle et plus classique, qui appelle de ses vœux à un équilibre européen capable de faire contrepoids au Reich. Pétain se trouve enserré entre ces deux visions antagonistes.

Structures mentales de la « Nouvelle Europe »

Vaincue militairement, la France doit marcher sans réserve avec le Reich. Ainsi la collaboration d’État instaurée par Vichy doit-elle permettre de s’adapter au « nouvel ordre européen ».

Cette idéologie collaborationniste européenne, débutée avant-guerre, se poursuit durant celle-ci. La collaboration idéologique entre les deux fondateurs de l’Axe Rome Berlin est fondamentale. En effet, si l’Allemagne souhaite une Europe très unifiée, l’Italie est quant à elle plus favorable à une Europe plus souple et confédéraliste, dans un ensemble méditerranéen conduit par Rome. Cependant, les deux régimes convergent sur un point essentiel, celui de la culture comme moyen de contrôle social total des peuples.

Débutée dans les années 30, la collaboration idéologique entre les deux fondateurs de l’Axe Rome-Berlin se poursuit. Ainsi les deux États totalitaires tentent-ils d’élaborer des normes juridiques communes pour l’Europe future. In fine, cette coopération germano-italienne verra le duce s’aligner sur le führer.

Le grand espace économie européen, antécédents et prolégomènes

Frappées de plein fouet par la crise économique, les classes moyennes européennes de l’entre-deux-guerres rejettent massivement le modèle libéral américain. Devant cette crise économique des années 30, le Reich entend recentrer son économie sur l’Europe, notamment en augmentant ses échanges extérieurs avec l’Italie, ainsi qu’avec l’Europe danubienne et balkanique. Rejetant le modèle capitaliste libéral, Berlin lance un « nouveau plan » économique dès 1933.

Hitler place les considérations économiques au premier rang des paramètres de sa réflexion politico-stratégique. Dès juin 1940, l’Allemagne prépare un grand espace économique européen, vaste union douanière et économique européenne dirigée depuis Berlin.

Hitler et Mussolini entendent instaurer un espace économique européen indépendant du libéralisme anglo-américain et de l’économie planifiée soviétique. L’Italie mussolinienne dépasse l’espace économique européen; elle souhaite se suffire à elle-même économiquement et entend s’appuyer sur ses colonies pour y parvenir, à l’instar du Commonwealth britannique et de l’Empire français.

Cette orientation méditerranéo-africaine de l’Italie concourt à différencier les priorités économiques de Rome et de Berlin, en rivalité politique et économique, principalement dans les Balkans. Beaucoup à Berlin, considèrent que le véritable espace géostratégique pour le Reich doit dépasser l’Europe pour aboutir à l’Eurafrique.

Le grand espace économique, projets et réalisations

Pour mener à bien la guerre, le Reich doit s’approvisionner en matières premières. Pour contrer le blocus imposé par les alliés, l’Allemagne doit pouvoir diriger un grand espace économique comprenant l’Europe danubienne et balkanique, l’Europe du Nord, l’Espagne et l’Italie.

Pour ce faire, le Reich entend réorganiser l’économie et les échanges financiers de ce vaste espace économique européen. Pour Berlin, le Reichsmark doit former, avec les « monnaies vassales », un bloc monétaire cohérent. Les transactions économiques entre États sont encore possibles après l’établissement d’un clearing multilatéral. Le développement des échanges et des interpénétrations des économies de ce grand espace économique doit déboucher à terme, sur une union douanière et monétaire.

L’idée d’un grand espace économique européen, sous domination allemande, est favorablement accueillie par le monde de la finance du vieux continent. Passé l’idée d’autosuffisance de la Grande Europe en matière économique, le projet de grand espace européen revient après la bataille de Stalingrad. En effet, l’Allemagne tente de relancer l’idée d’un vaste ensemble économique capable d’assurer au continent son indépendance économique face aux alliés, au moment même où ces derniers échafaudent des projets pour l’Europe au sortir du conflit mondial armé. Les universitaires allemands réfléchissent quant à eux à une communauté économique européenne, une fois la paix mondiale recouvrée.

Toutefois, au sein du Reich, cette question divise. À ceux des idéologues qui prônent une forme de socialisme, s’opposent les réalistes, qui conçoivent l’économie de marché régulée et épaulée par l’État. Alors que la guerre est perdue pour les puissances de l’Axe, l’idée de grand espace économique européen pour contrer l’impérialisme anglo-américain est encore espérée. Les patronats allemand, italien et français, se préparent à l’économie d’après guerre.

L’Europe occidentale occupée dans le grand espace économique

L’Europe comme ensemble économique existe depuis toujours. Cependant, à partir de juillet 1940, les économies des pays occupés par les forces de l’Axe sont coupées de leurs fournisseurs anglo-américains.

Directement impactée, l’Allemagne tente de trouver un palliatif en faisant transférer sur son territoire, les machines ainsi que les matières premières des pays envahis, pour les utiliser à l’effort de guerre. La guerre à l’Est est beaucoup plus dure que prévu et se prolonge, le temps joue contre les forces de l’Axe. Le Reich durcit sa politique économique en réquisitionnant des milliers de travailleurs de toute l’Europe occupée.

Bientôt, le programme de grand espace économique du Reich devient moins un fait qu’une propagande. Pour autant, la coopération économique franco-allemande est intense. Les autres pays occupés : le Luxembourg, la Belgique, la Norvège, les Pays-Bas et le Danemark concourent à l’effort de guerre allemand, notamment en exportant leurs productions agricoles à destination du Reich.

Les projets sociaux de la Nouvelle Europe sous direction allemande

En complément d’un nouvel ordre économique européen, le Reich entend installer une nouvelle Europe sociale. Cependant, dans sa conception d’une Europe nouvelle sur le plan social, Hitler établit une différenciation au sein de l’Europe occupée. En effet, les territoires de l’Est sont des terres de colonisation allemande où les populations sont asservies. Celles-ci ne peuvent donc pas jouir des bienfaits de cette politique sociale aux contours flous, balançant entre archaïsme et modernité.

L’Allemagne a pour objectif d’homogénéiser la société européenne, sur une base à la fois raciale et sociale. Pour le régime national-socialiste, il s’agit de former un homme nouveau, national-socialiste, capable de se transcender pour servir aveuglement la « communauté du peuple » totalitaire. L’Allemagne reproche à l’Italie et à l’Espagne de ne pas la suivre dans sa volonté d’harmoniser économiquement, socialement et sociétalement le continent européen.

Toutefois, les régimes nazi et fasciste se rejoignent dans leur volonté corporatiste de dépasser la lutte des classes au profit de l’État et du parti. Rome et Berlin, mais aussi Vichy, se rejoignent sur la question raciale. Ainsi, des similitudes existent dans les législations raciales élaborées en Allemagne et en France concernant les Juifs.

Si le projet social européen instauré par le régime nazi est largement partagé en Europe centrale et occidentale, la guerre, l’occupation et la répression dans l’Europe occupée, rend irréalisable l’idée de tout projet social européen cohérent.

1941-1942 : l’Allemagne joue et perd

Les projets hitlériens de « nouvel ordre européen » et de création d’un Lebensraum à l’Est, aux dépens de la Pologne et de l’URSS, sont ruinés avec le déclenchement du plan Barbarossa.

Ab initio, Moscou n’écartait pas la possibilité d’adhérer au pacte quadripartite proposé par Berlin. Cependant, Hitler a pour objectif d’attaquer l’Union soviétique, non pour des raisons politiques ou économiques, mais dans un but de réorganisation raciale de l’Europe orientale. Une fois instaurées sur ces territoires, les colonies allemandes pourraient assurer au peuple allemand, l’espace vital nécessaire à son développement futur.

Toutefois, Mussolini craint de voir l’antisémite et l’anti-slavisme du Reich compromettre le projet d’une Europe nouvelle. L’idée fondamentale d’Hitler, au-delà de son anti-bolchevisme, est d’envahir le territoire soviétique afin de s’approprier les ressources nécessaires au peuple allemand et à son économie.

Alors qu’il devait répondre à un triple objectif : racial, colonisateur et économique, le plan Barbarossa va conduire à la perte du Reich. Si l’invasion de l’Ukraine permet à l’Allemagne de se ravitailler en matières premières, elle compromet les chances de succès de la première phase euro-méditerranéenne de son plan de guerre. Finalement incapable d’organiser un « nouvel ordre européen », le Reich et Rome ne pourront résister aux épreuves de la guerre.

 Vichy dans une Europe anti-bolchevique

L’invasion de l’URSS par l’Allemagne favorise l’esprit de collaboration de Vichy. Tout comme le Reich, la France de Pétain s’inscrit dans une Europe anti-bolchevique excluant l’Union soviétique.

Le gouvernement de Vichy agit avec pragmatisme. Avant-guerre, les relations diplomatiques entre Pars et Moscou devaient permettre un certain équilibre européen face à Berlin. La guerre perdue face à l’Allemagne, la France en rompant ses relations diplomatiques avec l’URSS, se fait bien voir de Berlin.

Le gouvernement de Vichy va plus loin encore avec les « protocoles de Paris », qui prévoient une collaboration militaire étendue en Afrique du Nord et au Levant. Le but est d’inscrire la France dans l’ordre nouveau et de lutter, aux côtés de l’Allemagne, contre le Royaume-Uni.

Les protocoles de Paris vont plus loin encore et proclament que le gouvernement français poursuit son œuvre de Révolution nationale, qui repose sur un pouvoir autoritaire, à large assise populaire, à l’instar des gouvernements allemand et italien.

En s’associant pleinement avec l’Axe, le gouvernement de Vichy entend donner à la France, la meilleure place possible dans l’Europe nouvelle. Moins idéologue que pragmatique et persuadé de la victoire prochaine du Reich, Laval poursuit sa politique de collaboration après le débarquement anglo-américain en Afrique du Nord. Dès lors, Vichy s’enfonce inéluctablement dans une position de collaboration totale, antibolchevique dont elle ne pourra plus changer l’orientation.

1943-1944 : Reich « grand-germanique » ou Europe ?

Lorsqu’il élabore le plan Barborssa, Hitler entend d’abord occuper l’URSS jusqu’à l’Oural, avant de retourner les populations victimes du traitement que leur inflige Staline, pour mettre à bas l’URSS. Une fois ces peuples « libérés du joug soviétique », Berlin entend les intégrer dans des États autonomes vassaux du Reich.

La bataille de Stalingrad scelle le destin de l’Axe. Mussolini insiste auprès d’Hitler pour qu’une paix séparée soit signée avec l’URSS, pour milieux résister aux Anglo-américains, après leur débarquement en Afrique du Nord. La proposition du duce n’est pas suivie d’effet.

L’enlisement militaire de l’Axe sur le front russe oblige Berlin à revenir sur le thème de l’Europe. Stratégiquement, l’Allemagne appelle l’Europe à dépasser les nationalismes, pour s’unir dans un grand espace organisé autour de Berlin, pour lutter à la fois contre l’interventionnisme britannique, le capitalisme américain, et le bolchevisme soviétique.

Si le Reich entend réorganiser le continent de façon hiérarchique, il doit cependant faire face à sa propre complexité structurelle. En effet, la vision d’une Europe « germanique » antisémite et antilibérale des SS, ne correspond en rien à la vision nationaliste et révisionniste des SA et des membres du NSDAP, beaucoup plus proche idéologiquement des fascistes italiens.

Après Stalingrad, les dirigeants du Reich changent donc de vision européenne. Ainsi Ribbentrop conçoit-il le projet d’une confédération européenne, répondant ainsi aux sollicitations de Mussolini, Antonescu et Laval. Cette confédération serait alors sans limites de temps et composée d’États souverains mutuellement garants de leur indépendance.

Conscient de l’échec de sa « guerre parallèle », Mussolini tente lui aussi de relancer le projet européen. Nonobstant, l’Italie est totalement dépassée par la question, alors même que l’Allemagne reprend la main sur les Balkans.

Alors que la victoire des Alliés n’est plus qu’une question de mois, les régimes nazi et fasciste se radicalisent et projettent de créer une Europe homogène, radicale, antibolchevique et antilibérale capables de se dresser à la fois contre les Juifs, les États-Unis et l’URSS.

Fin et rémanence de l’Europe et de l’Axe

Dans ce dernier chapitre, l’auteur pointe du doigt la polémique actuelle, sur le fait que l’Europe de l’Axe aurait été la matrice de l’actuelle Union européenne.

Dès la fin de l’année 1943, nombreux sont ceux à comprendre que l’Axe a perdu la guerre. Certains secteurs de l’économie allemande préparent l’après-guerre. Déjà se dessine le projet de renouer les relations d’avant-guerre.

L’Allemagne hitlérienne voit la constitution de trois grands ensembles, une fois la paix mondiale recouvrée : l’Eurafrique, le monde anglo-américain, enfin l’URSS. Aussi l’idée de fonder un grand espace économique européen, autour d’un bloc douanier et monétaire, demeure prégnante dans de nombreuses capitales du vieux continent, notamment à Berlin.

L’idée d’une Europe fédérale trouve son apogée lors du Congrès européen de La Haye, en 1948. Mené par les adversaires de la démocratie libérale, ce congrès reprend à son compte les idées conservatrices des années 30 et fixe des objectifs qui seront ceux de l’actuelle Union européenne. Paradoxalement, pourtant considérés comme pro-européens, les démocrates-chrétiens ne parviennent pas à s’accorder sur un sujet cohérent de construction européenne.

Pays vaincu, se trouvant dans une situation difficile au sortir de la guerre, l’Italie parvient contre toute attente à se moderniser économiquement et socialement. Cela permet à Rome de participer pleinement à la construction européenne.

Finalement, comme le conclut Georges-Henri Soutou, la politique européenne de l’Axe s’inscrit dans les courants généraux de son époque et non comme un accident de l’histoire.

Georges-Henri Soutou

Tallandier, Collection Texto, 2022. 618 p., 13,50 €

 Voir aussi sur ce même blog:

Le programme Jean Monnet de l’UE ( Toute une histoire parfois oublié, entre ses États Unis de l'Europe et sa divergence avec De Gaulle ) & l’affaire Evghenia Gutul

 Le programme Jean Monnet de l’UE : excellence académique ou outil de propagande ?

 


C - Joute verbale entre Viktor Orbán (Hongrie) et Donald Tusk (Pologne)

Dans un échange virulent sur la plateforme X, le Premier ministre hongrois Viktor Orbán a sévèrement répondu à son homologue polonais Donald Tusk, révélant les fractures profondes au sein de l’Union européenne sur la gestion du conflit en Ukraine.

Cet épisode illustre le clivage entre une Hongrie pragmatique, tournée vers la paix, et une UE de plus en plus belliciste, emmenée par des affidés comme Tusk qui poussent à l’escalade au risque d’un embrasement continental.

L’échange qui met le feu aux poudres

Tout a commencé par une déclaration provocatrice de Donald Tusk lors d’un sommet à Copenhague. Le Premier ministre polonais, fervent défenseur d’une ligne dure contre la Russie, a affirmé que l’Europe entière était « en guerre » avec Moscou, accusant implicitement Orbán de minimiser la menace.

« C’est la Russie qui a déclenché la guerre contre l’Ukraine. C’est elle qui a décidé que nous étions en guerre. Et dans une telle situation, la seule question est de savoir de quel côté vous êtes » , a lancé Tusk.

La réponse d’Orbán ne s’est pas fait attendre :

« La Russie est en guerre. L’Ukraine est en guerre. La Hongrie ne l’est pas. Je comprends que vous soutenez fermement l’Ukraine. Sachez que nous soutenons fermement la Hongrie ! Votre question est de savoir qui va gagner la guerre entre la Russie et l’Ukraine. Ma question est de savoir comment nous pouvons mettre fin à la guerre, sauver des dizaines de milliers de vies et assurer la sécurité des Hongrois ! Vous cherchez à gagner une guerre que vous croyez être la vôtre. Je veux que la paix règne ! »

Cette réplique, qualifiée de « magistrale » par beaucoup d’observateurs de la scène géopolitique, met en lumière le fossé idéologique : d’un côté, un bellicisme effréné qui voit dans le conflit une croisade européenne ; de l’autre, un appel rationnel à la négociation pour éviter une catastrophe humaine et économique.

Le bellicisme de l’UE et de ses vassaux : une escalade dangereuse

Cet échange n’est pas isolé. Il s’inscrit dans une série de tensions au sein de l’UE, où la Hongrie, souvent isolée, bloque des paquets d’aide militaire à l’Ukraine et plaide pour des pourparlers directs avec la Russie. Orbán accuse Bruxelles de « jouer un jeu dangereux » avec la sécurité européenne, en escaladant le conflit au lieu de le désamorcer. En effet, l’UE, sous l’influence de figures comme Tusk, multiplie les sanctions et les livraisons d’armes (ne parlons pas des fausses accusations, suivies de rétro-pédalage, concernant des hypothétiques attaques de drones), ignorant les risques d’une confrontation directe avec la Russie. À Copenhague, Orbán a rappelé que les dépenses militaires de l’UE surpassent largement celles de Moscou, questionnant : « Pourquoi avons-nous peur ? Nous sommes plus forts économiquement, pourquoi ne pas prioriser la désescalade ? »

Les affidés de Bruxelles, comme la Pologne de Tusk, incarnent ce virage belliciste. Varsovie pousse à des sanctions plus sévères et à un soutien accru à Kiev, au risque d’entraîner l’Europe dans un conflit prolongé. Cette posture n’est pas seulement idéologique : elle masque une dépendance croissante à des puissances extérieures, comme les États-Unis, qui profitent de l’instabilité pour vendre leur énergie et leurs armes. Tusk, en accusant Orbán de « financer indirectement » la Russie via des achats de pétrole, ignore hypocritement que sa propre politique aligne la Pologne sur Washington, au détriment d’une souveraineté énergétique européenne autonome.

La dépendance énergétique de la Hongrie : un faux reproche

On ne saurait reprocher à la Hongrie sa dépendance au gaz et au pétrole russes, car ce pays, comme la Pologne d’ailleurs, est dépourvu de ressources énergétiques propres. Cette coopération avec Moscou existait bien avant l’opération spéciale en Ukraine en 2022, et s’inscrivait dans une logique pragmatique de diversification des approvisionnements. Orbán l’a rappelé : Budapest n’a pas les moyens de pivoter brutalement vers d’autres fournisseurs sans risquer un effondrement économique.

A contrario, on pourrait tout aussi légitimement reprocher à la Pologne d’acheter de l’énergie aux États-Unis, une dépendance qui renforce l’influence américaine en Europe et alimente un complexe militaro-industriel outre-Atlantique. Pourquoi critiquer la Hongrie pour une relation historique avec la Russie, tout en fermant les yeux sur l’alignement polonais sur Washington ?

Cette incohérence révèle le deux poids, deux mesures d’une UE qui privilégie l’idéologie atlantiste au détriment des intérêts nationaux.

 

 

Vers une Europe de paix ou de guerre ?

Cet épisode souligne les divisions croissantes au sein de l’UE, amplifiées par des sommets comme celui de Copenhague, où les avancées russes en Ukraine exacerbent les tensions entre une Hongrie « pro-paix » et une Pologne « pro-Ukraine ». Orbán avertit que le soutien inconditionnel à Kiev pourrait coûter des millions de vies européennes et mener à un collapse économique. Face à ce bellicisme, la position hongroise apparaît comme un rempart de bon sens : prioriser la négociation pour sauver des vies et préserver la stabilité continentale.

En fin de compte, l’échange entre Orbán et Tusk n’est pas qu’une joute verbale ; c’est un appel à réveiller l’Europe d’un sommeil guerrier imposé par Bruxelles et ses alliés. La paix n’est pas une faiblesse, mais la seule voie viable pour un continent déjà fragilisé.

Enfin, n’oublions pas que l’on a rarement vu un chef d’État mourir sur le champ de bataille malgré son bellicisme…

https://x.com/PM_ViktorOrban/status/1973716698336203101 

https://x.com/donaldtusk/status/1973697060512956874

 https://multipol360.com/joutes-verbales-entre-viktor-orban-hongrie-et-donald-tusk-pologne/

 


 

D - «1200 milliards d’euros d’investissements en dix ans» : comment Bruxelles veut mobiliser l’épargne des Européens

Après avoir annoncé à maintes reprises l’union des capitaux, la commission européenne veut passer à l’action pour drainer l’épargne soi-disant dormante des citoyens de l’Union.

Et si l’Union européenne disposait d’un trésor caché ? Selon la commission européenne, environ 70% de l’épargne des ménages des États membres - soit quelque «10.000 milliards d’euros» - seraient immobilisés sur des livrets d’épargne «sûrs et faciles d’accès» mais généralement peu rémunérateurs. Des économies qui pourraient être employées autrement, y compris pour financer l’économie et participer à l’essor du continent, selon Bruxelles, qui a annoncé cette semaine vouloir «aider les citoyens à prendre des décisions financières judicieuses» afin d’améliorer leur «bien-être, leur sécurité financière et leur indépendance».

De fait, de nombreux citoyens européens placent leurs réserves sur un compte bancaire ou dans des fonds en euros dont les taux de rémunération dépassent tout juste l’inflation. Résultat

https://www.lefigaro.fr/conjoncture/1200-milliards-d-euros-d-investissements-en-dix-ans-comment-bruxelles-veut-mobiliser-l-epargne-des-europeens-20251003

 

 

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