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octobre 21, 2026

La différence entre libertaire, libertarien et libéral

La différence entre libertaire, libertarien et libéral

 Trois mots issus d'une même aspiration à la liberté, mais trois traditions philosophiques profondément différentes. Entre héritage des Lumières, anarchisme et individualisme radical, leur confusion permanente appauvrit le débat public. Retour aux définitions et aux principes fondamentaux.

 Libéral, libertaire, libertarien : trois mots que l'on confond, trois philosophies que tout distingue. De l'État à la propriété, de l'autorité à la liberté individuelle, retour aux fondements de doctrines souvent caricaturées dans le débat public.

 

Il existe une étrange manie dans le débat public français : employer des concepts politiques dont on ignore l'histoire, puis leur attribuer les significations les plus commodes. Le libéral serait nécessairement un défenseur des multinationales, le libertaire un progressiste hostile aux conventions sociales, et le libertarien un ultralibéral rêvant d'une société livrée à la loi du plus fort.
Ces caricatures témoignent d'une méconnaissance de trois traditions intellectuelles qui interrogent pourtant une même question fondamentale : qu'est-ce que la liberté, et jusqu'où une société peut-elle légitimement la limiter ?
Pour y répondre, il faut examiner leur conception de l'État, de la propriété privée et de l'autorité. Car derrière des mots apparemment voisins se trouvent des visions parfois inconciliables de l'organisation humaine.

I. Le libéralisme : protéger la liberté contre l'arbitraire

Le libéralisme plonge ses racines dans la philosophie politique des XVIIe et XVIIIe siècles, notamment chez John Locke, Montesquieu et Adam Smith, puis Benjamin Constant, Alexis de Tocqueville et Frédéric Bastiat.
Son principe fondateur repose sur la reconnaissance de droits individuels que le pouvoir politique doit respecter. La liberté de conscience, la liberté d'expression, la propriété privée, la liberté contractuelle et l'égalité devant la loi constituent les piliers de cette tradition.
Historiquement, le libéralisme s'est construit contre l'absolutisme monarchique, les privilèges juridiques et l'arbitraire. Son ambition consiste à soumettre le pouvoir à des règles générales, à séparer les pouvoirs et à garantir aux individus une sphère d'autonomie protégée.

Libéralisme politique et économique

Une distinction essentielle s'impose entre libéralisme politique et libéralisme économique. Le premier protège les droits fondamentaux et organise les limites du pouvoir. Le second privilégie la liberté d'entreprendre, la concurrence, la propriété privée et les échanges volontaires.
Le rôle accordé à l'État varie selon les courants. Le libéral classique défend généralement un État limité, tandis que le libéral social accepte davantage d'interventions publiques pour assurer certaines protections collectives.
Autre précision fondamentale : le libéralisme peut parfaitement coexister avec le conservatisme culturel. Défendre la liberté économique et les droits individuels demeure compatible avec un attachement à la famille, aux traditions, à la transmission ou à la nation. Le libéralisme définit principalement une conception des droits et du pouvoir politique, sans imposer une morale progressiste.

II. Le mouvement libertaire : combattre les rapports de domination

Le terme « libertaire » apparaît au XIXe siècle dans les milieux socialistes révolutionnaires et anarchistes. Joseph Déjacque l'utilise notamment en 1857, avant de publier Le Libertaire à New York. Proudhon, Bakounine et Kropotkine comptent parmi les grandes références de cette famille intellectuelle.
La pensée libertaire repose sur une critique étendue de l'autorité et des rapports de domination. L'État constitue naturellement une cible majeure, mais les hiérarchies économiques, religieuses et sociales sont également contestées lorsqu'elles sont considérées comme des instruments de subordination.
Les libertaires historiques privilégient généralement l'autogestion, la coopération volontaire, le fédéralisme et les formes horizontales d'organisation. Leur objectif consiste à émanciper les individus des structures de pouvoir jugées oppressives.

Une conception différente de la propriété

La propriété constitue une divergence majeure avec le libéralisme classique. Là où le libéral considère généralement la propriété privée comme une garantie d'indépendance, de nombreux libertaires estiment que la concentration des moyens de production engendre des rapports de domination.
Les anarchistes collectivistes et communistes libertaires défendent ainsi diverses formes de propriété collective et de gestion directe par les travailleurs. D'autres traditions, notamment mutualistes ou individualistes, proposent des organisations différentes.
Le langage contemporain entretient une confusion supplémentaire en associant « libertaire » à la seule liberté des mœurs. Pourtant, défendre la liberté sexuelle ou contester les conventions sociales ne suffit nullement à appartenir au mouvement libertaire historique. Celui-ci développe une critique politique, économique et sociale beaucoup plus vaste.

III. Le libertarianisme : radicaliser la liberté individuelle

Le libertarianisme contemporain s'est principalement développé dans le monde anglo-saxon au XXe siècle, en radicalisant certaines conclusions du libéralisme classique. Murray Rothbard, Robert Nozick et David Friedman figurent parmi ses représentants les plus connus.
Son principe central repose sur la propriété de soi, la propriété privée et le consentement. Chaque individu doit pouvoir disposer librement de sa personne, de son travail et des biens qu'il acquiert légitimement, sous réserve de respecter les droits d'autrui.
Cette philosophie conduit à une critique particulièrement sévère de l'intervention étatique, de la redistribution obligatoire et des réglementations économiques. L'impôt devient lui-même une question philosophique, puisqu'il implique une contribution imposée sous la menace d'une sanction.

Minarchisme et anarcho-capitalisme

Deux grandes écoles se distinguent au sein du libertarianisme de droite.
Les minarchistes, notamment Robert Nozick, défendent un État minimal chargé essentiellement des fonctions régaliennes : police, justice et défense. Ils considèrent qu'une autorité publique limitée demeure nécessaire pour protéger les droits individuels.
Les anarcho-capitalistes, représentés notamment par Murray Rothbard et David Friedman, contestent jusqu'à la nécessité du monopole étatique. Ils envisagent une société dans laquelle la sécurité, l'arbitrage et la protection des droits seraient assurés par des institutions privées et des arrangements contractuels.
Le libertarianisme ne se confond cependant ni avec le conservatisme ni avec la droite traditionnelle. Un libertarien peut défendre une grande liberté des mœurs, la dépénalisation des drogues et l'autonomie des choix personnels. Il existe également des courants libertariens de gauche, notamment favorables à une répartition égalitaire des droits sur les ressources naturelles.

IV. Trois philosophies, trois préoccupations

La distinction fondamentale apparaît désormais clairement. Le libéral cherche à limiter l'arbitraire politique pour garantir les droits individuels. Le libertaire combat plus largement les structures de domination et les hiérarchies imposées. Le libertarien entend pousser les principes de propriété, de consentement et de liberté individuelle jusqu'à leurs conséquences institutionnelles les plus radicales.
La fiscalité illustre ces différences. Le libéral classique cherchera généralement à limiter l'impôt aux missions légitimes de l'État. Le libertaire anarchiste contestera le pouvoir fiscal étatique, tout en pouvant défendre des mécanismes collectifs de solidarité. Le libertarien minarchiste voudra réduire le financement public aux fonctions régaliennes, tandis que l'anarcho-capitaliste contestera toute fiscalité étatique.
Une dernière précision linguistique s'impose. Le terme anglais libertarian a historiquement été employé dans les milieux anarchistes avant d'être repris par des défenseurs radicaux du marché libre. De même, le mot américain liberal désigne aujourd'hui généralement une sensibilité progressiste, souvent favorable à l'État social, tandis qu'en France le terme évoque davantage les libertés économiques. Une partie des confusions contemporaines provient de ces évolutions sémantiques.

La liberté mérite davantage de rigueur

À force de transformer les concepts politiques en étiquettes, nous finissons par oublier les traditions philosophiques qu'ils recouvrent. Le libéralisme, le mouvement libertaire et le libertarianisme partagent une aspiration à la liberté, mais divergent profondément sur l'État, la propriété et l'autorité.
Pour ma part, je me reconnais dans le libéralisme classique, le minarchisme régalien et le conservatisme civilisationnel. Je défends un État concentré sur la sécurité, la justice et la défense, garant des libertés individuelles, tout en restant attaché à la transmission culturelle, à l'identité nationale et à notre héritage historique.
Ces convictions supposent de penser l'articulation entre souveraineté individuelle et exigences collectives. Car défendre la liberté exige d'en comprendre les fondements, les limites et les contradictions. Encore faut-il commencer par donner aux mots leur véritable sens.
 
 

Libéral 

Libéral est un terme emprunté au latin liberalis, « relatif à une personne de condition libre » qui connaît de nombreuses acceptions.

Définitions de libéral

  • anciennement (sens de l'adjectif liberalis en latin[1]), ce qui convenait à un homme libre - arts libéraux, éducation libérale - ; aujourd’hui, profession libérale ;
  • qui aime à donner, qui se plaît à donner (latin liberalitas : libéralité, générosité) ; voire connotation péjorative signifiant trop abondant (chez Molière, Femmes savantes, plume libérale signifie verbeuse) ;
  • qui est d'esprit ouvert et tolérant, qui s'abstient d'exercer toute contrainte, tout autoritarisme ;
  • qui est favorable aux libertés civiles et politiques, qui les favorise ;
  • relatif au libéralisme économique, système économique libéral fondé sur la libre entreprise, la libre concurrence, la libre circulation des marchandises, et qui laisse fonctionner librement le marché.

Le premier emploi enregistré du terme libéral pour désigner un parti politique remonte aux Cortes de Cadix - assemblée constituante réunie dans cette ville espagnole entre 1810 et 1814, durant la Guerre d’Indépendance espagnole, contre l’invasion napoléonienne. De l’espagnol, ce sens politique du terme libéral passa à d’autres langues.

Les libéraux usent du terme libéral pour se référer à ce qui est en accord avec des lois fondamentales, qui trouvent leur consensus dans la Déclaration d’indépendance des États-Unis de 1776 et la Déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen de 1789, et qui, dans le même temps, n’impose aucune restriction, obligation, ni imposition d’aucune sorte si ce n'est pour garantir les droits repris dans la loi. Dans ce sens, le libéralisme est à l’origine de la démocratie moderne.

Liberal en anglais

Aux États-Unis, au Canada et dans une moindre mesure au Royaume-Uni, le terme liberal possède maintenant un sens différent du français et désigne notamment ceux qui correspondraient aux sociaux-démocrates ou à la gauche progressiste non marxiste. Par exemple, P. J. O'Rourke écrit, parlant du progressisme américain : « liberalism is a philosophy of sniveling brats » (le socialisme [libéralisme dans le sens américain] est une philosophie de marmots pleurnicheurs). Il convient donc de savoir dans quel contexte ce terme est employé, pour éviter les confusions. De même, ultraliberal ne désigne pas les prétendus « ultralibéraux », mais les gauchistes.

Liberal est également le nom de deux villes des États-Unis : Liberal, Kansas et Liberal, Missouri, dont le nom se réfère à des acceptions différentes du mot :

  • Liberal, Kansas, a été fondée en 1888 et devrait son nom au comportement libéral de son fondateur, qui donnait de l'eau aux voyageurs de passage dans cette région inhospitalière[2]
  • Liberal, Missouri a été créée en 1880 par George Walser, un homme politique local opposé aux religions qui voulait y créer une utopie de la libre pensée.

Également, de nombreux partis dans différents pays du monde se prétendent libéraux, bien que souvent la politique qu'ils préconisent soit davantage interventionniste que proprement libérale au vrai sens du terme.

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Voir aussi

Publications

Citations

  • « Un libéral est celui qui s'interdit d'obtenir quoi que ce soit de quiconque par la violence, la menace, ou la tromperie. » (Jacques de Guenin)
  • « Philosophiquement, le libéral n’est rien d’autre que quelqu’un pour qui la séparation des pouvoirs est absolument essentielle à la bonne marche d’une société composée d’hommes libres et responsables. » (Charles Gave, in Sire, surtout ne faites rien ! Vous nous avez assez aidés[3])

Lien externe


Libertarianisme 

Le libertarianisme est une philosophie qui tend à favoriser au maximum la liberté individuelle, que celle-ci soit conçue comme un droit naturel ou comme le résultat du principe de non-agression. De ce fait, ses partisans, les libertariens, s'opposent à l'étatisme en tant que système fondé sur la coercition, au profit d'une coopération libre et volontaire entre individus.

En 2023, l'Argentin Javier Milei devient le premier chef d'État libertarien de l'histoire.

Définition

Le mot libertarien découle du mot anglais libertarian qui a été introduit en français par Henri Lepage dans les années 1980.

Les libertariens sont des libéraux radicaux, opposés à l'État dans sa forme contemporaine. Pour eux, les pouvoirs de l'État devraient être extrêmement restreints (minarchisme), ou même supprimés (anarcho-capitalisme). Contrairement à l'idée libertaire, les libertariens ne sont pas favorables à une société gérée en commun, mais à une société où les interactions entre les individus découlent de contrats librement consentis, conformément au Droit naturel et à l'axiome de non-agression.

Le terme anglais de libertarian (libéral) a un sens plus étendu que le terme français libertarien, qui ne désigne à strictement parler que les minarchistes et les anarcho-capitalistes (à noter que Hans-Hermann Hoppe rappelle l'origine historique du terme pour insister sur le fait que le libertarien ne peut être qu'un anarcho-capitaliste[1]).

Cherchant à tout prix à insérer les libertariens dans une échelle droite/gauche on utilise parfois, pour les désigner, des expressions plus douteuses, comme libéraux libertaires, ou des expressions inexactes, comme anarchistes de droite. Ce que précisément ces expressions montrent est que les libertariens échappent au clivage habituel droite/gauche.

Historique

D'après Bertrand Lemennicier, la philosophie politique libertarienne naît avec les Levellers au milieu du XVIIe siècle pendant la révolution anglaise. En 1646, dans la prison de Newgate, Richard Overton, un des leaders parmi les levellers, écrit le pamphlet célèbre An arrow against all Tyrants. Cet écrit affirme haut et fort le concept de propriété de soi-même :

« To every individual in nature is given an individual property by nature not to be invaded or usurped by any. For every one, as he is himself, so he has a self-propriety, else could he not be himself; and of this no second may presume to deprive any of without manifest violation and affront to the very principles of nature and of the rules of equity and justice between man and man. Mine and thine cannot be, except this be. No man has power over my rights and liberties, and I over no man's. I may be but an individual, enjoy my self and my self-propriety and may right myself no more than my self, or presume any further; if I do, I am an encroacher and an invader upon another man's right — to which I have no right.  »

Dans son Traité du gouvernement civil (1690), Locke affirme de la même façon[2] :

« § 27. Encore que la Terre et toutes les créatures inférieures soient communes et appartiennent en général à tous les Hommes, chacun pourtant a un droit particulier sur sa propre personne, sur laquelle nul autre ne peut avoir aucune prétention. Le travail de son corps et l'ouvrage de ses mains, nous le pouvons dire, sont son bien propre. Tout ce qu'il a tiré de l'état de nature, par sa peine et son industrie, appartient à lui seul : car cette peine et cette industrie étant sa peine et son industrie propre et seule, personne ne saurait avoir droit sur ce qui a été acquis par cette peine et cette industrie, surtout, s'il reste aux autres assez de semblables et d'aussi bonnes choses communes. »

Les libertariens sont les héritiers directs des libéraux classiques dont ils prolongent le libéralisme sans concession envers l'étatisme. Il prend ses racines modernes dans la vieille droite américaine antisocialiste et isolationniste des années 1930, dont les penseurs étaient les adversaires les plus farouches du New Deal du président Roosevelt. Le libertarianisme a ensuite décollé en Amérique dans les années 1960 et a progressé rapidement dans les années 1970 et dans les années 1980 dans le reste du monde.

On peut dire que le libertarianisme est né en France ! Les années 1849 à 1851 ont vu un jaillissement de textes qui ont fondé le libertarianisme autour de Frédéric Bastiat, penseur et homme politique français, et de Gustave de Molinari, un économiste belge installé à Paris. Ces pionniers se sont inspirés du courant libéral (Adam Smith, etc.) et ont poussé très loin ses idées pour forger une doctrine radicale : quand les libéraux disaient que le marché, et non l’État, était très efficace pour produire des biens, les gens comme Gustave de Molinari ajoutaient que le marché devrait être bon aussi pour produire d’autres choses, comme une police et une armée. Les libéraux reconnaissaient la nécessité d’un État pour certaines choses, pas les libertariens.

Origine du terme libertarien (et du libertarianisme)

L'histoire du mot « libertarien » est intéressante, car c'est la traduction en français de l'anglais « libertarian », lui-même traduction anglaise du français « libertaire ».

Déjà au début du siècle, le liberal party anglais, au pouvoir, avait dérivé vers de plus en plus d'étatisme, et de moins en moins de libéralisme. Ce changement de cap fut entériné dans les années 1920, où le très étatiste économiste Keynes se réclama liberal, en référence à la politique du parti liberal, et en rejetant explicitement la tradition de pensée libérale. Dans les années 1950, pour éviter le maccarthysme, les socialistes américains se sont massivement réclamés liberals, en reprenant la tradition keynésienne. Le mot liberal, aux États-Unis en étant venu à signifier « socialiste », les libéraux américains (au sens original du terme) ont repris à leur compte le mot libertarian, qui aux États-Unis n'avait pas la connotation de gauche qu'il a en France.

H. L. Mencken et Albert Jay Nock s'affirmaient déjà comme libertarians, et c'est finalement Leonard Reed qui crée la première organisation authentiquement libertarienne, la Foundation for Economic Education (FEE), précédant la Société du Mont-Pèlerin qui s'en est inspiré.

Le mot libertarian s'est depuis implanté en Grande-Bretagne (où il avait une connotation de gauche, comme en France), fort de toute la littérature libertarian déjà existante (ils n'allaient quand même pas ajouter à la confusion en créant un terme distinct en Grande-Bretagne !).

Cependant, à la même époque, dans les années 1970, Henri Lepage (Demain le capitalisme, 1978[3]), en traduisant le terme libertarian, et en l'absence de littérature libertarienne francophone, n'a pas voulu risquer l'amalgame avec les anarchistes socialistes, et a donc préféré utiliser « libertarien » plutôt que « libertaire » (le mot était déjà employé par les Canadiens francophones[4], par exemple Pierre Lemieux publie à partir du 14 juillet 1978 une série d'articles dans Le Devoir intitulés « Qui sont les libertariens ? ») :

« Même s'ils défendent une conception capitaliste d'organisation des rapports sociaux, les libertariens se distinguent des courants conservateurs complices du grand capital et du pouvoir des grandes entreprises. Comme les gauchistes, ils ne craignent pas de dénoncer les puissances d'argent et tout ce qui représente le capitalisme monopolistique, responsable à leurs yeux de la croissance du pouvoir d'oppression de l’État moderne. » (Henri Lepage, 1978)

Pour ajouter à la confusion, certains gauchistes ont néanmoins traduit libertarian par « libéral-libertaire », cependant que quelques rares libéraux revendiquent le mot « libertaire » (par influence possible de l'allemand Libertär qui signifie à la fois libertaire et libertarien). Les libertarian francophones du Québec, dans un pays où tout le monde est bilingue, ont repris le terme « libertarien », phonétiquement proche de l'américain libertarian, en France l'ADEL en a fait de même puisqu'il s'agit bien de l'association des Libertariens.

Le mot anglais libertarian, quant à lui, est attribué à Leonard Read, fondateur de la Foundation for Economic Education, pour se distinguer des néoconservateurs et des liberals socialistes.

Libéralisme, libertarianisme et libertarien : étymologie

Le mot « libertarien » donne lieu au néologisme « libertarianisme »[5] - mot si inutilement compliqué que même ceux qui se revendiquent libertariens préfèrent parler de libéralisme pour nommer leur philosophie (ce en quoi certains libéraux non libertariens sont en désaccord). Certains utilisent aussi le terme « libertarisme », mais ce dernier mot est revendiqué également par les libertaires[6].

À noter que les autres langues latines (italien, espagnol, portugais) utilisent indifféremment les termes libertario / libertariano (libertarien) et libertarismo / libertarianismo (libertarisme).

Certains auteurs français utilisent indifféremment les termes libéral et libertarien (François Guillaumat, Bertrand Lemennicier, etc.), d'autres n'utilisent que le terme libéral (Pascal Salin). Tout semble dépendre de la volonté ou non de se différencier des politiciens libéraux français (traditionnellement centristes, peu suspects d'extrémisme et peu enclins à une certaine cohérence idéologique...), ou de revendiquer résolument le terme de libéral en se rattachant à la lignée libérale française des siècles passés, elle-même à l'origine même du courant libertarien contemporain.

Le Petit Larousse illustré 2014 accepte le terme et le définit ainsi[7] :

libertarien, enne
n. et adj. (angl. libertarian). Partisan d’une philosophie politique et économique (princip. répandue dans les pays anglo-saxons) qui repose sur la liberté individuelle conçue comme fin et moyen. Les libertariens se distinguent des anarchistes par leur attachement à la liberté du marché[8] et des libéraux par leur conception très minimaliste de l’État.
adj. Relatif à cette philosophie.

Il semble donc justifié de distinguer libéraux et libertariens, les libertariens étant des libéraux, mais les libéraux n'étant pas tous des libertariens. Le libertarien se réclame de grands principes a priori (propriété de soi-même, axiome de non-agression, droit naturel...) alors que le libéral non libertarien se préoccupe de la liberté de façon plus empirique.

Il faut ainsi aborder les textes anglais avec de grandes précautions, car liberal et libertarian ne peuvent être traduits en français de façon univoque par libéral et libertarien. Ainsi, la phrase suivante : Liberal critiques of libertarianism matter because libertarians claim to be liberals[9], quasiment intraduisible en français[10], emploie le terme liberal dans le double sens de progressiste et de libéral.

On aura donc les équivalences suivantes, en fonction du contexte :

  • liberal : 1. progressiste (voire socialiste)[11] ; 2. libéral (dans son acception ancienne) ;
  • libertarian : 1. libéral (classique) ; 2. libertarien ; 3. libertaire (dans son acception ancienne) ;

Le libertarianisme en politique

Le libertarisme a une existence politique dans les pays anglo-saxons (libertarian party). Il échappe à un positionnement politique classique par ses thèses qui le situent à la fois à gauche au plan des libertés individuelles (usage libre des drogues, liberté d'expression, liberté d'immigration, liberté sexuelle...) et à droite au plan des libertés économiques (respect de la propriété privée, libre-échange, suppression ou diminution drastique de la fiscalité...). Comme le dit Murray Rothbard, « le libertarien ne voit aucune incohérence à être de gauche dans certains domaines et de droite dans d’autres. Au contraire, il considère que sa position est quasiment la seule qui soit cohérente du point de vue de la liberté individuelle ».

Les libertariens sont inclassables, et les personnes non averties (au moins en Europe, où les thèses libertariennes sont encore peu répandues) ont tôt fait de les classer, par ignorance, tantôt à l'extrême gauche (anarchisme, refus des lois, défense intransigeante des libertés), tantôt à l'extrême droite (liberté du port d'armes, défense intransigeante de la propriété et de l'entreprise privée, refus de l'assistanat étatique). Le libertarisme est en réalité antipolitique, pour lui la politique ne diffère pas de l'esclavagisme.

En quoi les libertariens diffèrent des libéraux

Autrui n'est pas ma propriété

Même si le socle philosophique est commun, les divergences avec les libéraux sont nombreuses, et portent sur le rôle de l'État, du service public, la conception de la politique et de la démocratie, l'impôt, la loi, l'immigration, le droit pénal, etc. (les articles cités explicitent les différences).

Les libéraux considèrent habituellement les libertariens comme des libéraux radicaux voire extrémistes, les libertariens considèrent les libéraux non libertariens comme des compagnons de route qui ne sont pas allés jusqu'au bout de la logique libérale (en raison d'un trop grand respect envers l'État, ou d'une conception incomplète de ce qu'est le droit). Les libertariens ont une vision pessimiste de l’État, les libéraux une vision optimiste : « pour un libéral, l'État minimal est le plancher ; pour un libertarien, il est le plafond. » (Patrick Smets). Les conceptions de la liberté diffèrent :

« La reconnaissance de l’antériorité de l’éthique dans la défense du libéralisme est une caractéristique propre aux libertariens. En cela le libertarien diffère du classique libéral. Leur justification du capitalisme de laissez-faire vient du fait qu’il s’agit du seul système économique compatible avec l’éthique libertarienne, et non pas de la supériorité du capitalisme à générer des richesses plus que n’importe quel autre système économique. En effet, une grande fraction des libéraux classiques ont une approche conséquentialiste de la liberté. En revanche, les libertariens ont une approche déontologique ou téléologique de la liberté. » (Bertrand Lemennicier)

Les libertariens, en comparaison avec les libéraux, ont de par leur logique propriétariste des idées très arrêtées sur ce que devrait être le droit dans une société libre, alors que les libéraux seront moins catégoriques sur le rôle de l'État et plus hésitants sur la réalité de la lutte des classes que dénoncent les libertariens, ou sur le principe de non agression que les libertariens érigent en règle générale. Les libertariens voient le libéralisme classique comme un compromis incohérent entre le principe de non-agression et l'approbation de l'existence d'un État minimum, qui par définition repose sur l'agression.

Il est cependant impossible de tracer une frontière claire entre libertariens et libéraux (aux États-Unis, on emploie d'ailleurs le même terme dans les deux cas : libertarian). La différence est peut-être une question d'attitude : les libertariens déduisent leur position sur tout sujet de grands principes a priori tels que la non-agression, la propriété de soi-même ou le concept de droit naturel, avec le risque de tomber dans un certain dogmatisme (Rothbard est souvent cité comme l'exemple-type) ; les libéraux sont davantage attachés aux conséquences et adoptent un point de vue empirique (Hayek) ou utilitariste sans a priori. Comme le remarque un peu cruellement Virginia Postrel (an 18th-century brain in a 21st-century head) : « la tradition déductive a défini l'identité libertarienne et son dogme, tandis que la tradition empirique a réalisé ses buts ».

Certains tests essaient de cerner les différences fondamentales entre libéraux et libertariens, par exemple : Libéral ou libertarien ? Faites le test !.

Points de désaccord entre libertariens

Même si les points de vue sur la réduction du rôle de l’État et l'importance des droits individuels et de la non-agression font l'unanimité, il existe plusieurs points de désaccord entre libertariens :

Libertariens « de droite » et libertariens « de gauche »

Certains auteurs, tels Peter Vallentyne, se fondent sur le désaccord relatif à l'appropriation des ressources naturelles pour distinguer un libertarisme « de droite » et un libertarisme « de gauche »[12]. Ainsi, Rothbard et Kirzner seraient des libertariens d’extrême droite car ils admettent que n'importe qui peut s’approprier des ressources non encore appropriées. Nozick serait seulement de droite, car il admet le proviso lockéen. Les libertariens georgistes (Henry George, Hillel Steiner) admettent l'appropriation des ressources naturelles non encore appropriées en contrepartie d'une location versée à un fonds social. Enfin les libertariens égalitaristes tels Peter Vallentyne exigent en outre le paiement d'un impôt sur tous les avantages reçus de cette appropriation (taxation complète des avantages).

Les libertariens agoristes se considèrent également comme des libertariens de gauche, voire d'extrême gauche, parce qu'ils se considèrent comme anti-establishment, aussi bien contre le socialisme que contre le conservatisme.

Aux États-Unis on parle également de conservatisme libertarien[13], résultant d'une convergence entre deux courants politiques proches, les conservateurs étant souvent en faveur d'un gouvernement limité et les libertariens ne rejetant pas les valeurs conservatrices ; Ron Paul ou Gary Earl Johnson seraient ainsi des conservateurs libertariens, ou des libertariens conservateurs.

Les réalisations libertariennes

Alors que les hommes politiques traditionnels s'emploient à créer des privilèges et de faux droits, les libertariens cherchent à mettre en œuvre leurs idées de façon concrète directement dans la société civile (et non par la coercition étatique) en créant des services utiles aux personnes, visant à promouvoir l'autonomie individuelle. On peut citer les exemples suivants :

  • Wikipédia est une encyclopédie coopérative d'inspiration libertarienne, créée par Jimmy Wales ; c'est une bonne illustration du concept contre-intuitif d'ordre spontané
  • Bitcoin est une monnaie virtuelle décentralisée, créée par des libertariens partisans de la concurrence monétaire
  • plus généralement, le processus technique de blockchain qui est à l’œuvre dans Bitcoin est cyberlibertarien dans sa nature, car il peut être généralisé pour réaliser toutes sortes d'échanges entre les individus, sans intermédiaire ni entité centrale
  • les projets d’États libertariens, encore utopiques, pourraient un jour aboutir à des réalisations concrètes, soit par la voie politique : Free State Project, Liberland, soit ex nihilo : seasteading, villes privées, micronations, Bitnation (projet de nation virtuelle fondée sur la technologie de la blockchain)
  • l'activisme libertarien (Ron Paul, Rand Paul, Edward Snowden, Hannah Giles, etc.) dénonce les pratiques politiques abusives des États
  • certains libertariens se sont spécialisés dans le survivalisme et partagent leurs expériences
  • les philanthropes libertariens (par exemple Peter Thiel) financent divers projets liés à la cause libertarienne

Un pays pour les libertariens

Une première approche libertarienne consiste à comparer les pays entre eux du point de vue des libertés, en s'intéressant aux indicateurs de liberté publiés par divers organismes.

Les libertariens ont le choix entre militer dans leur propre pays pour davantage de liberté, ou, quand c'est possible, partir pour des pays plus libres (comme certaines micronations en Europe, Amérique ou Asie), ou encore construire à partir de zéro un tel pays. Les projets ont été très nombreux, mais aucun n'a encore véritablement abouti. Parmi les anciens projets :

  • La République de Minerva fondée en 1971 par un activiste libertarien de Las Vegas, Michael Oliver, sur les récifs de Minerva, à 500 km au sud-ouest du royaume de Tonga. Cependant, en 1972, les îles Tonga ont annexé Minerva. Le territoire est actuellement revendiqué par la Principauté de Minerva (gouvernement en exil) ainsi que par les îles Fidji.
  • la Principauté de Freedonia, créée en 1992. Le but ultime était de créer une nation libertarienne souveraine. Après un essai infructueux en Somalie en 2001, le projet a été abandonné.
  • Oceania, The Atlantis Project, projet libertarien de ville flottante, abandonné en 1994. Son auteur s'est tourné vers un projet humanitaire plus ambitieux, Lifeboat Foundation.
  • la Principauté de Sealand (ancienne plateforme militaire de l'armée britannique, construite au large de l'estuaire de la Tamise dans les eaux internationales) est un exemple de micronation réussie (mais non libertarienne, et de plus extrêmement minuscule) dont les libertariens pourraient s'inspirer dans leurs projets futurs.
  • le projet Limón REAL fut un projet de province autonome libertarienne au Costa Rica, conduit par Rigoberto Stewart.

Parmi les projets en cours :

À ce jour, le projet le plus abouti est le Free State Project, qui vise à regrouper 20 000 libertariens dans l'État du New Hampshire, de façon à exercer une pression politique forte en direction du libertarisme. Une variante du projet a choisi l'État du Wyoming. Leur clone européen, European Free State, a été pour le moment abandonné.

Le seasteading est vu comme une possibilité futuriste d'établir des communautés libertariennes en dehors des États, sur des territoires très grands et non encore étatisés : les eaux internationales. Il n'y a pas de projet concernant les territoires terrestres inoccupés[14].

Cette problématique de recherche d'un pays pour les libertariens répond à la question préalable de la façon dont les idées libérales peuvent être développées. Comme les anciennes stratégies ont échoué, de plus en plus de libertariens estiment qu'il faut passer à la nouvelle stratégie piratage du Léviathan.

Quelques personnalités libertariennes

Article détaillé : Libertariens.

Citations

  • « Seul un monde sans maître, un monde purement libertarien, peut correspondre aux exigences du droit naturel et de la loi naturelle et surtout, ce qui est plus important, aux conditions d’une éthique universelle pour tous les hommes. » (Murray Rothbard)
  • « Assumer ses choix et cesser de rejeter la responsabilité de ses actions sur les autres, voir l'aventure humaine avec optimisme, refuser de s'en remettre à des abstractions collectives, viser une amélioration constante à long terme plutôt qu'une perfection statique à court terme et être tolérant et accepter la diversité sont des attitudes psychologiques essentielles pour ceux qui souhaitent vivre l'idéal libertarien. » (Martin Masse, « Qu'est ce que le libertarianisme ? »[15])
  • « Read [...] propose en 1947 de récupérer le terme « libertarian » (qui avait un sens voisin du français « libertaire »), en lui conférant une signification nouvelle, moins anarchisante et plus libre-marchéiste. Cela étant, ce terme a été récusé par nombre d'auteurs, y compris de premier plan (Hayek, Mises, Rand). Il semble donc que coexistent depuis deux sens différents du terme « libertarien », qu'il ne faut pas confondre : un sens pointu, équivalent à anarcho-capitalisme (Rothbard) ; un sens plus large, équivalent à libéralisme au sens européen (et conforme à ce que voulait Read). Certains iront même jusqu'à revendiquer le terme de « libéraux » pour leur propre compte, comme l'histoire des idées les y autorise. » (Alain Laurent, Le Libéralisme américain, chapitre 5)
  • « L’idée sous-jacente au libertarianisme n’est pas, contrairement à ce que se tue à affirmer Gérard Filoche, une haine viscérale de l’État, ni une glorification des marchés, mais la reconnaissance de ce qu’est la nature de l’État, c’est-à-dire un instrument de violence. Par conséquence, être libertarien signifie regarder avec scepticisme toute intervention de l’État. » (Emmanuel Bourgerie)
  • « Quand on est libertarien, on se sent parfois comme la seule personne sobre dans une voiture pleine d'ivrognes, qui veulent tous t'empêcher de descendre ou de conduire. » (Ignacio García Medina)
  • « Ce n’est pas très difficile de présenter l’ensemble des principes moraux, politiques et économiques qui caractérisent un libertarien, car cet ensemble repose sur une prémisse très simple : la revendication radicale de la libre disposition de son corps ou de sa propre personne. Il revendique ce que l’on appelle le “self ownership” ou la propriété de soi. Ni Dieu ni Maître. De celle-ci on déduit une philosophie politique, une épistémologie, une éthique et une économie politique qui caractérisent si bien la façon de penser des libertariens. » (Bertrand Lemennicier)
  • « Le concept même de libertarianisme échappe à la structure d'une association dotée d'une ligne de parti forte et d'une politique unifiée […] Les partis politiques sont hiérarchiques, ils sont conçus de manière à substituer un protocole bien défini au pouvoir décisionnel propre d'un individu. Cela ne marche pas avec les libertariens. […] Le libertarianisme étant un mouvement, il peut encore exister sous la forme de factions dissidentes au sein d'autres partis politiques. » (Nassim Nicholas Taleb, Jouer sa peau, 2017)

Informations complémentaires

Notes et références

  1. Hans-Hermann Hoppe, discours Property and Freedom Society 2017
  2. Traduction de David Mazel, en 1795
  3. En mars 1977, H. Lepage publie aussi un article : « Du nouveau en économie-politique : le capitalisme libertarien » (revue mensuelle Réalités n°373).
  4. On le trouve par exemple dans la revue Le Supplément, n°128, février 1979, « Ethique et théologie morale au Québec », Editions du Cerf. Citation page 38 (article d'Eric Volant, université de Montréal) : « la critique des nouveaux philosophes et le néo-capitalisme des nouveaux économistes ou libertariens ne semblent pas encore avoir trouvé audience au Québec ». Le sociologue Jacques Grand'Maison utilise également le terme en 1979 (La nouvelle classe et l'avenir du Québec). En outre, le Parti libertarien du Canada a été créé en 1973 (par un anglophone il est vrai).
  5. Forme attestée en anglais (libertarianism) qui existe depuis longtemps avec un sens différent, voir Article LIBERTARIANISM de l'Encyclopedia Britannica 1911.
  6. Voir par exemple le livre de Michel Perraudeau Éloge des libertaires : Les 100 mots du libertarisme, éditions Autrement, février 2016.
  7. Dossier de presse Petit Larousse illustré 2014
  8. Robert S. Taylor, 2013, « Market Freedom as Antipower », American Political Science Review, Vol 107, pp593–602
  9. Article « Liberal critique of libertarianism », The Encyclopedia of Libertarianism (2008, SAGE Publications, p. 293).
  10. On pourrait la traduire ainsi : « les critiques progressistes du libertarisme sont importantes, car les libertariens se disent libéraux », en signalant que le jeu de mots sur liberal est intraduisible en français.
  11. L'auteur de The Encyclopedia of Libertarianism propose le terme de welfare liberal ("libéral de l'État-providence") pour éviter la confusion avec les "vrais libéraux".
  12. Le libertarisme de gauche
  13. Libertarian conservatism
  14. Plus de 3,4 millions de km² non revendiqués en Antarctique, de 150°O à 90°O, la Terre Marie Byrd (158°O à 103°24 O), le triangle du Bir Tawil situé entre l'Égypte et le Soudan.
  15. Martin Masse, Qu'est ce que le libertarianisme, Le Québécois Libre, 7 mars 1998, [lire en ligne]

Bibliographie

  • 1953, James J. Martin, "Men against the State. The Expositors of Individualist Anarchism in America, 1827-1908"
    • Nouvelle édition en 1970, Colorado Springs, Ralph Myles Publ
  • 1974, Susan Love Brown, Karl Keating, David Mellinger, Patrea Post, Stuart Smith et Catriona Tudor, "The Incredible Bread Machine", San Diego, California: World Research Inc
  • 1975, Thomas Nagel, "Libertarianism Without Foundations", Yale Law Journal, Vol 85, pp136–149 (L'auteur fait valoir que la défense du libertarianisme par Robert Nozick est totalement infructueuse dans la mesure où elle ne parvient pas à fournir une défense de la conception robuste des droits individuels qui la soutient. Thomas Nagel est généralement classé parmi les libéraux-(au sens américain) égalitaristes (proches de la tradition rawlsienne) et il a formulé des critiques contre le libertarianisme : dans « Libertarianism Without Foundations » (1975) et dans des ouvrages ultérieurs comme « Equality and Partiality » (1991) et, avec Liam Murphy, « The Myth of Ownership: Taxes and Justice » (2002), il défend une justification égalitariste de l’impôt et du rôle redistributif de l’État.)
  • 1983,
    • Henri Arvon, "Les Libertariens américains", Paris, Presses Universitaires de France
    • Alan Burris, "A Liberty Primer", Rochester, New York: Society for Individual Liberty
    • Mark Francis, "Human Rights and Libertarians", AJPH (Australian Journal of Political History), Vol 29, n°3, décembre, pp462-472
  • 1984, George Carey, dir., "Freedom and Virtue: The Conservative/Libertarian Debate", Lanham, MD: University Press of America
  • 1985, Peter Schwartz, "Libertarianism: The Perversion of Liberty", The Intellectual Activist, vol 3, n°19-20, 10 mai
  • 1991, Jeffrey Friedman, "Postmodernism vs Postlibertarianism", Critical Review, Vol 5, n°2, Sprint, pp145-158
  • 1997, Joseph S. Fulda, "Eight Steps Towards Libertarianism", Bellevue, Wash.: Free Enterprise Press
  • 1998, Andreas K. Winterberger, Von Libertären und klassischen Liberalen [des libertariens et des libéraux classiques], commentaire du livre de Hardy Bouillon, dir., Libertarians and Liberalism. Essays in Honour of Gerard Radnitzky, Schweizer Monatshefte, n°10, Octobre
  • 2001,
    • Samuel Freeman, "Illiberal Libertarianism: Why Libertarianism Is Not a Liberal View", Philosophy and Public Affairs, vol 30, n°2, Spring, pp105–151
    • Paolo Zanotto, Il movimento libertario americano agli anni sessanta ad oggi: radici storico-dottrinali e discriminanti ideologico-politiche, Siena: Dipartimento di scienze storiche, giuridiche, politiche e sociali, (it)
  • 2003,
    • Nicola Iannello, Il libertarianism: saggio bibliografico, Etica & Politica, Vol 2
    • M. Otsuka, "Libertarianism Without Inequality", Oxford: Oxford University Press (L'auteur développe les idées du libertarianisme de gauche en combinant les droits individuels de la pleine propriété de soi avec le principe égalitaire de l'égalité des chances pour le bien-être.)
    • Piero Vernaglione, "Il Libertarismo. La teoria, gli autori, la politica", Soveria Mannelli: Rubbettino, pp197-297, (it)
  • 2007, Brian Doherty, Radicals for Capitalism: A Freewheeling History of the Modern American Libertarian Movement. New York, NY: Public Affairs
  • 2008, Colin Bird, "LIBERAL CRITIQUE OF LIBERTARIANISM", In: Ronald Hamowy, dir., "The Encyclopedia of Libertarianism", Cato Institute - Sage Publications, pp293-295
  • 2010,
    • J. Bartyzel, "Geneza i próba systematyki głównych nurtów libertarianizmu" (Genèse et tentative de systématique des principaux courants du libertarianisme" (Libertarianisme – théorie, pratique, interprétations), In: W. Bulira, W. Goglóza, dir., "Libertarianizm – teoria, praktyka, interpretacje", Lublin: Wydawnictwo UMCS, pp15-46 (pl)
    • Jacob H. Huebert, Libertarianism Today, Praeger, ISBN 978-0313377549
    • Jeffrey Miron, "Libertarianism, from A to Z", New York: Basic Books
      • Nouvelle édition paperback en 2011, New York: Basic Books
  • 2018,
    • Jacob T. Levy, "Political Libertarianism", In: M. Todd Henderson, dir., "The Cambridge Handbook of Classical Liberal Thought", Cambridge: Cambridge University Press
    • Richard Arneson, "Democracy Versus Libertarianism", In: Jason Brennan, Bas van der Vossen, David Schmidtz, dir., "The Routledge Handbook of Libertarianism", New York & London, Routledge, pp53-67
    • Jacob T. Levy, "Toward a Non-Lockean Libertarianism", In: Jason Brennan, Bas van der Vossen, David Schmidtz, dir., "The Routledge Handbook of Libertarianism", New York & London, Routledge, pp22-33
    • Richard W. Miller, "Learning from Libertarianism: Thanks from an Unrepentant Social Democrat", In: Jason Brennan, Bas van der Vossen, David Schmidtz, dir., "The Routledge Handbook of Libertarianism", New York & London, Routledge, pp3-21
  • Thomas Mulligan, "What’s Wrong with Libertarianism: A Meritocratic Diagnosis", In: Jason Brennan, Bas van der Vossen, David Schmidtz, dir., "The Routledge Handbook of Libertarianism", New York & London, Routledge, pp77-91
  • 2021, Beniamino Di Martino, "Libertarismo. Alcune riflessioni su termini e concetti (I parte)", ("Libertarianisme. Quelques réflexions sur les termes et les concepts (partie I)"), StoriaLibera, Année VII, n°13, pp48-92
  • 2023, Jenny Andersson, Niklas Olsen, "Introduction: libertarianism in the Nordics since the 1980s", Journal of Political Ideologies, Vol 28, n°3, pp319-333

Voir aussi

Liens externes

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Libertariens Vs Libéraux (for)





  • "Libertarianism", texte de Ben van der Bossen,, sur Stanford Encyclopedia of Philosophy, écrit en 2019

Libertaire 

Libertaire est un terme créé au XIXe siècle (Proudhon l'emploie en 1858 dans De la justice dans la Révolution et dans l'Église[1]), souvent employé comme synonyme d'anarchiste. Le libertaire se fait le défenseur de la liberté politique, ou en rupture avec tout système politique existant, il prône l’autogestion par la propriété collective des moyens de production. Il partage avec le libéral et le libertarien certains aspects de l'approche anarchiste, mais s'en éloigne car il est fortement anti-capitaliste et égalitariste.

Différences entre libertaire et libertarien

Les termes libertaire et libertarien sont des néologismes qui portent souvent à une confusion. Le mot libertarien est une adaptation en français du terme anglais libertarian qui est à sont tour une traduction du français sous le terme de libertaire. La façon la plus simple d'opérer cette distinction est de qualifier un libertarien d'anarchiste jusnaturaliste libéral, tandis qu'un libertaire est le plus souvent un collectiviste anticapitaliste. Un libertarien est avant tout un individualiste, un libertaire est avant tout un partisan de la gestion commune, voire communiste. Pour les libertariens, les libertaires réinventent l'État sous une forme coercitive, celle où le collectif l'emporte sur l'individuel.

Plus essentiellement, l'anarchiste libertaire conteste toute forme d'autorité, non seulement politique, mais aussi familiale, religieuse, judiciaire, professionnelle, etc. Bertrand de Jouvenel (De la souveraineté) appelle ainsi utopie libertaire la croyance d'une société pouvant exister dans une harmonie naturelle, sans organisme répressif ou coercitif (donc sans l'équivalent des fonctions régaliennes de l'État). Murray Rothbard parle de nihilo-libertariens (nihilo-libertarians, modal libertarians) à propos des libertaires de gauche anti-bourgeois qui refusent toute autorité, au risque de tomber dans le nihilisme.

Le libertaire est aussi généralement égalitariste et profondément opposé à la propriété privée. Cependant, comme le remarque Bertrand Lemennicier, sa position est contradictoire, car dans une société libérée de l'emprise de l'État, il ne peut empêcher le surgissement légitime des droits de propriété individuels. C'est pour cette raison qu'un anarchiste tel que Proudhon a fini par reconnaître la légitimité du droit de propriété.

Pour un libertarien, pourvu qu'elle soit légitime et conforme à l'axiome de non-agression, la coopération volontaire entre les individus dans un système de libre-échange repose sur la responsabilité de chacun dans le respect des droits individuels. Il estime aussi indispensable pour qu'une société de liberté puisse perdurer, qu'il est nécessaire d'instaurer le Droit naturel.

De même, le capitalisme tel que le conçoit le libertarien n'est pas la racine du mal absolu, à condition qu'il ne soit pas gangrené par l'étatisme et n'aboutisse pas ainsi à un capitalisme de connivence.

Citations

  • Joyeux libertaires, ce qui vous intéresse dans la lutte finale, c’est d’en finir avec vous-mêmes. (Raoul Vaneigem)
  • Un libertaire qui s'assume est un libéral qui s'ignore. (Gaspard Koenig, L'Herne-Cahier Michel Onfray, janvier 2019)
  • Mai 1968 a vu s’affronter les amis du Staline russe et ceux du Staline chinois, ce qui donne tout de même à penser. La gauche intelligemment libertaire n’a jamais pris racine en France, au contraire de la gauche du contrôle social. Orwell, pour le côté agnostique et anticlérical, Weil et Ellul, pour le côté plus spirituel, n’y ont eu de postérité que récente. (François Sureau, Sans la liberté, 2019)

Informations complémentaires

Articles Connexes

Notes et références

  1. « Tandis que l'utopie communiste a encore ses praticiens, l'utopie des libertaires n'a pu recevoir le moindre commencement d'exécution. » (Proudhon, De la justice dans la Révolution et dans l'Église, 1858).

Liens externes

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