juillet 08, 2026

GÉOPOLITIQUE NEWS: IRAN-OTAN-TRUMPISME-G7-diverses réactions !

Sommaire:

A) - Iran et démocraties : le brasier et la petite lampe

B) - Iran : les sceptiques de l’Amérique devraient maintenant s’expliquer

C) - Réunion de l'OTAN, quels réactions ?

D) - Leçons post-occidentales du G7

E) - Washington, Téhéran et la paix sous surveillance : L’accord qui divise le sommet américain

F) - La guerre transparente qui voit tout et ne parvient plus à gagner

 


A) - Iran et démocraties : le brasier et la petite lampe

Entre nos démocraties imparfaites et la République islamique d’Iran, le décalage n’est pas seulement politique : il est aussi celui du temps et de ses conséquences humaines. Face au totalitarisme des mollahs, les hésitations, la naïveté et la lenteur des prises de position internationales contrastent avec la rapidité de la répression. Ce déséquilibre pose une question dérangeante : les hésitations diplomatiques et ce protocole d’accord entre Washington et Téhéran peuvent-ils avoir un coût acceptable en vies innocentes et en opposants sacrifiés ?

La République islamique d’Iran est une dictature, la pire sans doute de l’histoire contemporaine et, comme toutes les dictatures, elle aime les apparences de la force. Elle est paranoïaque, elle aime les discours martiaux, les défilés hystériques, les portraits géants suspendus aux façades, les slogans haineux et le sang des opposants. Elle parle fort. Elle promet l’ordre, l’unité, la grandeur retrouvée. Elle parle au nom de l’Histoire, du Coran et donc de Dieu plutôt que de la race. C’est Téhéran contre le monde, la loi d’Allah contre le désordre des hommes. Un Guide suprême, un seul ordre, un empire, et la sainte supériorité de l’Islam sur les infidèles, les Chrétiens, et les Juifs, ces êtres décadents et insignifiants. La République islamique se donne des allures de forteresse.

Les démocraties, elles, c’est vrai, offrent un spectacle un peu moins flatteur. Quand les dictatures marchent au pas, les démocraties semblent avancer en boitillant. Elles discutent, disputent, hésitent, se contredisent. Elles exposent leurs querelles sur la place publique. Leurs gouvernements tombent. Leurs journaux critiquent. Leurs citoyens manifestent, râlent, veulent que tout change mais que rien ne bouge. C’est d’ailleurs pour ces raisons qu’une démocratie, même imparfaite, même avec un Macron, un Trump ou un Netanyahou à sa tête, même lorsqu’elle cherche à limiter certaines oppositions, ressemble davantage à un chantier qu’à un palais. Penser que c’est une faiblesse est une erreur : c’est au contraire sa force. Une démocratie accepte d’être contredite. Elle peut mal le vivre, mais elle reconnaît en principe la légitimité du désaccord. La contestation y est intégrée au système. Et c’est peut-être là même la condition de son maintien, de sa durabilité et de sa survie : un gouvernement démocratique accepte sa faillibilité et la remise en cause.

Ainsi, ce qui paraît fragile dure, ce qui semble solide s’effondre immanquablement, souvent d’un coup, comme un château de sable.

Les démocraties changent leurs gouvernements, parfois dans la douleur. Les dictatures changent leurs prisons, leurs bourreaux et les cordes des pendus. Les peuples, eux, finissent toujours par demander des comptes aux uns comme aux autres. La différence est que, dans une démocratie, cette demande passe par les urnes ; dans une dictature, elle passe souvent par la rue. Pour l’une, c’est une alternance, pour les autres, une révolution. C’est le cas aujourd’hui en Iran, où les sbires du régime, en janvier dernier, ont fusillé, à bout portant et par dizaines de milliers, les opposants dans la rue et jusque sur les lits d’hôpitaux. Depuis, elle les pend quotidiennement ou les enferme. La République islamique d’Iran survit dans le sang de sa population.

Ça ne durera pas : lorsqu’un régime doit sans cesse employer la force contre sa propre jeunesse, ce n’est pas un signe de puissance, c’est un aveu de faiblesse. Les poubelles de l’Histoire sont pleines des certitudes des tyrans qui paraissent d’abord indestructibles avant de s’effondrer, parfois sans presque combattre, lorsque plus personne ne croit à la fiction de leur invincibilité, ou lorsque les démocraties prennent conscience de leur propre force et cessent enfin d’avoir peur. Hitler, Staline, Pol Pot, Ceaușescu, et d’autres, jusqu’à récemment Ben Ali et Moubarak : dans les poubelles de l’Histoire.

La dictature iranienne, comme toutes les autres avant elle, repose sur une fiction : celle de l’infaillibilité. Le Guide suprême ne doute pas, et on ne peut douter de lui sans douter de Dieu. Le dogme ne doit pas et ne peut pas être contesté. Cette prétention extraordinairement blasphématoire de parler au nom de Dieu lui donne une puissance particulière. Le pouvoir ne se contente plus de gouverner les corps ; il cherche à gouverner les âmes et les esprits. Désobéir ne devient plus seulement une faute politique. Cela devient un péché.

Dès lors, la vérité est un danger. On la censure, on la maquille, on la traque, on l’enferme, et on croit la tuer. Mais elle ne meurt jamais. Le régime de Téhéran ne gouverne plus le peuple ni même le réel ; il gouverne son propre récit. C’est là la folie de toutes les tyrannies, qu’elles se réclament de la race, de la révolution, de la nation ou de Dieu. Depuis 1979, cette théocratie gouverne par la peur et vit dans la peur. Peur des hommes, des femmes, des poètes, peur de la liberté et peur de la vie. Mais bouffi de prétention, il croit qu’en contrôlant la rue, il peut encore gouverner les consciences.

La démocratie, elle, ne promet pas le paradis. Elle ne supprime ni l’injustice ni l’erreur. Elle tolère même parfois la médiocrité. Elle ne parle pas au nom de Dieu, mais au nom des hommes. Elle se donne le droit à l’erreur et permet la correction. Quand une dictature se trompe, elle réprime. Quand une démocratie se trompe, elle débat, parce qu’elle pense que la grandeur d’un régime ne se mesure pas à sa capacité de faire taire les critiques ou au nombre de cadavres allongés sur les trottoirs, mais à sa capacité d’écouter l’opposition sans trembler, et même de l’institutionnaliser. Ça fait une immense différence. Les découvertes, les réformes sociales, les conquêtes des droits civiques, l’émancipation des femmes, la liberté de conscience : toutes ces avancées ont commencé par une voix dissidente. Une démocratie peut supporter un journal hostile, une manifestation, une alternance électorale. Une théocratie reste pétrifiée dans ses certitudes d’un autre âge. Les démocraties débattent quand les dictatures ordonnent. Elles consultent quand les dictatures imposent. Elles respectent la vie quand les dictatures vénèrent la mort. Un décalage qui laisse parfois penser que les peuples libres sont condamnés à perdre. Mais non : l’Histoire démontre le contraire, même s’il est malheureusement vrai que les démocraties paraissent souvent lentes lorsqu’elles affrontent les régimes autoritaires.

Ce protocole d’accord entre Washington et Téhéran est un symptôme de cette lenteur. Peu importe qu’il soit signé par naïveté ou pour on ne sait quels intérêts inavouables, politiques ou économiques, ou qu’il s’inscrive dans on ne sait quel calendrier électoral. Pour les Iraniens, ça ne fait pas la différence. Ils continuent de mourir. Le nombre des exécutions quotidiennes est en hausse, comme si ce protocole était un permis de tuer les opposants.

Pour le régime de Téhéran, ce n’est qu’un sursis. La République islamique d’Iran est condamnée par son peuple et par l’Histoire . Dieu est peut-être éternel. Les hommes qui prétendent parler, piller et tuer en son nom ne le sont pas. Jamais. À cet instant, les mollahs et les Gardiens de la révolution ont beau se pavaner, crier victoire en brandissant ce protocole d’accord illusoire, ils portent déjà l’odeur de leur propre fin : celle des charniers.

Comme n’importe quelle autre dictature, la République islamique d’Iran n’est qu’un brasier : elle impressionne, elle brûle tout et elle semble invincible. Mais elle consomme son propre combustible. Les dictatures ne durent jamais. Une démocratie, c’est une petite lampe. Sa flamme est fragile, vacillante, sa lumière parfois incertaine. Elle demande beaucoup d’attention. Pourtant, génération après génération, c’est elle qui continue de brûler.

L’Histoire moderne n’est pas celle de l’éternité des dictatures. Elle est celle de leur disparition. Il nous faudrait le courage de ne pas l’oublier pour sauver des milliers de vies iraniennes innocentes.

 Jean-Marie Montali

 

Jean-Marie Montali est coauteur avec Emmanuel Razavi de « La pieuvre de Téhéran » (2025) et de « Paris-Téhéran : le grand dévoilement » (2026) aux Éditions du Cerf.


https://nouvellerevuepolitique.fr/jean-marie-montali-iran-et-democraties-le-brasier-et-la-petite-lampe/

 

 

B) - Iran : les sceptiques de l’Amérique devraient maintenant s’expliquer

L’annonce par Donald Trump ( @POTUS ) que le mémorandum d’entente avec l’Iran est désormais caduc devrait provoquer un moment de silence chez ceux qui, depuis des semaines, accusaient l’Amérique d’abandonner l’Occident, de trahir le peuple iranien et de chercher une paix honteuse avec le régime des mollahs.
 
Ils avaient tout compris, disaient-ils. Washington “lâchait” ses alliés. Trump voulait “apaiser” Téhéran. L’Amérique se retirait de l’histoire. L’Occident était vendu pour un arrangement cynique.
 

Mais où étaient-ils, alors, lorsque l’armée américaine faisait respecter le blocus ? Où étaient-ils lorsque la pression militaire américaine rappelait que le détroit d’Hormuz n’appartient pas aux Gardiens de la révolution ? Où étaient-ils lorsque l’objectif réel, derrière les gestes diplomatiques et les canaux provisoires, demeurait parfaitement clair : mettre fin au programme nucléaire iranien et réduire les capacités létales par lesquelles la République islamique tient la région en otage ?
 
Nos élites n’ont cessé de confondre, depuis leurs salons parisiens et leurs écrans tactiles, une stratégie de négociation destinée à accélérer les divisions internes d’un régime en voie d’effondrement avec une capitulation devant ce même régime. Toute discussion avec un ennemi leur paraît être une trahison dès lors qu’elle ne correspond pas au théâtre moral européen — celui qui a attendu 2026 pour suspendre ses liens avec les Pasdaran ? Nos stratèges de plateau étaient, de fait, incapables de comprendre le message codé de Lucerne : offrir au régime iranien une dernière chance de mesurer l’impasse dans laquelle il se trouvait, notamment en voyant ses agents extérieurs encerclés en Irak et au Liban, tout en préparant le moment où il faudrait imposer le réel.
 
Lorsque Ronald Reagan parlait à Mikhaïl Gorbatchev, il ne se faisait pourtant aucune illusion sur la nature du système soviétique. Il savait que l’URSS était moralement morte, économiquement épuisée, stratégiquement mise sous pression par la supériorité technologique américaine, notamment par l’Initiative de défense stratégique. Il engageait Moscou, mais il ne s’agenouillait pas devant Moscou.
 
Et lorsqu’il se rendit à Berlin, en juin 1987, Reagan ne choisit pas le langage de l’ambiguïté prudente. Il ne dit pas : “améliorons le dialogue”. Il ne dit pas : “préservons les équilibres”. Il dit :
 
“Mr. Gorbachev, tear down this wall.”
 
Une partie des élites européennes jugea la formule excessive, théâtrale, dangereuse. En Allemagne de l’Ouest même, beaucoup préféraient la prudence, le réalisme supposé, la gestion du statu quo. Reagan, lui, comprenait que le statu quo était déjà condamné. Il savait que la fonction de l’Amérique n’était pas d’accompagner indéfiniment la décomposition de l’empire soviétique, mais de donner à cette décomposition une issue politique : la liberté.
 
Deux ans et demi plus tard, le Mur tombait.
 
L’Iran n’est pas l’URSS. Mais la leçon demeure. Lorsqu’un régime idéologique est affaibli, il ne faut pas le sauver au nom de la stabilité. Il faut le contenir, le démasquer, l’isoler, l’épuiser, et surtout le priver des moyens par lesquels il transforme sa faiblesse intérieure en chantage extérieur.
 
C’est précisément ce que les Européens ont tant de mal à admettre. Ils aiment les peuples opprimés lorsqu’ils manifestent. Ils les citent dans des discours. Ils les honorent dans des résolutions. Mais dès qu’il faut affronter les instruments militaires de leur oppression, dès qu’il faut toucher aux missiles, aux milices, aux routes maritimes, aux installations nucléaires, aux capacités de nuisance régionales, le courage se dissout dans le vocabulaire diplomatique.
 
Les membres de l’OTAN vont-ils enfin s’unir derrière les États-Unis pour envisager sérieusement le démantèlement coercitif, vérifiable et durable des capacités iraniennes qui menacent Hormuz, Israël, les États du Golfe et l’Europe elle-même ? Ou bien allons-nous continuer à publier des communiqués inquiets pendant que le Charles de Gaulle passe l’été à Toulon, symbole magnifique mais immobile d’une puissance qui parle encore comme une grande nation et agit trop souvent comme une préfecture maritime ?
 
L’Amérique n’a pas abandonné l’Occident. Elle lui a rappelé ce qu’est une stratégie. Elle a parlé quand parler permettait de tester l’adversaire. Elle a maintenu la pression quand la pression était nécessaire. Elle a montré que l’accord n’était pas une fin en soi, mais un instrument. Et lorsque cet instrument ne servait plus le but essentiel — empêcher la République islamique de sanctuariser son programme nucléaire et son pouvoir de nuisance — elle l’a jeté.
 
Ceux qui criaient à la trahison devraient donc s’expliquer. Veulent-ils vraiment la liberté du peuple iranien et la sécurité de l’Occident ? Ou veulent-ils seulement la perpétuation confortable d’un processus diplomatique, cette comédie grave où l’Europe se donne le beau rôle parce qu’elle n’assume jamais le dernier risque ?
 
L’histoire est cruelle avec les sceptiques professionnels et leurs histrions de tribune. Elle se souvient de ceux qui prenaient Reagan pour un acteur dépassé, jusqu’au jour où le Mur est tombé. Elle pourrait bientôt se souvenir de ceux qui, face à l’Iran, auront confondu une manœuvre américaine délicate mais solide avec une capitulation — et leur propre impuissance avec de la sagesse.
 

 

C) - Réunion de l'OTAN, quels réactions ?  

1) Le président Trump vient de stupéfier le monde entier en coupant tout commerce avec l'Espagne et son dirigeant socialiste, fustigeant les traîtres pour avoir abandonné l'Amérique. *Regardant son équipe* : « Je ne veux plus faire de commerce avec eux. IMMÉDIATEMENT. Ne leur parlez même pas ! Ce sont des gens désespérants et MAUVAIS. » « Voyons voir s'ils restent hostiles. Ils vont appeler et dire : "S'il vous plaît, s'il vous plaît, nous voulons commercer avec vous, monsieur !" » 🔥 « Ils gagnent tellement d'argent avec nous. On va faire en sorte qu'ils en gagnent beaucoup moins. Je ne veux AUCUNE AFFAIRE AVEC eux. » L'Espagne est dirigée par un socialiste ! FAFO !

https://x.com/EricLDaugh/status/2074815636614611365

2)  TEXTE RICHE : BRIGITTE MACRON À ANKARA, L’ARGENT DU CONTRIBUABLE VOYAGE EN CLASSE AFFAIRES


7 JUILLET 2026. DAMAS, 9H30. DEUX EXPLOSIONS.
Panique. Alertes. Pushs. « Emmanuel Macron visé ? »
Fausse alerte. Le président est au palais, sain et sauf. Mais Brigitte, restée à Paris, a eu « une grosse frayeur ».
 
SOLUTION DE L’ÉLYSÉE : ON LUI AFFRÈTE UN AVION.
Quelques heures plus tard, Brigitte Macron atterrit à Ankara. Pas pour une crise. Pas pour une urgence.
Pour « retrouver le bras d’Emmanuel » au dîner de gala d’Erdogan.
Coût de l’opération ? A320 présidentiel, équipage, sécurité, personnel, nuit au Four Seasons Ankara.
Facture : Toi, chef. Moi. Les Français.
 

LE SOMMET DE L’OTAN OU LE DÉFILÉ BALMAIN ?
Robe longue noire. Petits escarpins. Pochette très rock.
Le service presse de la présidence turque mitraille. Photo officielle : Erdogan, Emine, Emmanuel, Brigitte.
Sourires. Poignées de main. « Dialogue et compromis » dit Emine Erdoğan dans le jardin d’hiver du complexe présidentiel.
Pendant ce temps, à 2500 km, Damas respire encore la poudre.
Pendant ce temps, en France, l’inflation tape, les urgences ferment, les agriculteurs crèvent.
Mais l’important, chef, c’est la photo. Toujours la photo.
 
JUPITER ET SON OMBRE : DEUX AVIONS POUR UN DÎNER
Retenez bien le séquençage :
Macron va en Syrie. Seul. « Visite historique ».
Brigitte reste à Paris. « Agenda chargé ».
Explosions à Damas. « Grosse frayeur ».
Hop, un avion. Direction Ankara. « Pour le sommet de l’OTAN ».
Sauf que le sommet, c’est mardi. Le dîner, c’est mardi soir. Et Brigitte ne sert à rien militairement.
Elle sert à quoi ? À la photo. À faire joli à côté d’Emine Erdogan pendant que Zelensky réclame des Patriot et que Von der Leyen parle de « culture du dialogue ».
 
LÀ OÙ MELANIA DIT NON, BRIGITTE DIT OUI À TES IMPÔTS
« Melania Trump n’a pas fait le déplacement avec son époux ».
Normal. Les Américains comptent. Un Air Force One, ça douille.
Nous ? On a le sens de la fête. Et le chéquier du contribuable.
Deux avions. Deux délégations. Deux suites. Pour un dîner.
 
LE BLABLA DE L’OTAN, VERSION 2026
32 pays. Erdogan qui reçoit. Zelensky qui mendie. Von der Leyen qui pontifie. Costa qui acquiesce.
Et au milieu, les Macron. « Unis face aux défis ».
Quels défis, chef ? Le prix du gaz ? Les retraites ? Les OQTF non exécutées ?
Non. Le défi, c’est de placer Brigitte au premier rang sur la photo de famille. Mission accomplie.
 
CONCLUSION : L’ARGENT N’A PAS D’ODEUR, MAIS IL A UNE DESTINATION
L’Élysée ne regarde pas à la dépense quand il s’agit de rassurer Brigitte.
L’Élysée ne regarde pas à la dépense quand il s’agit de faire « de belles images » pour le 20H.
L’Élysée regarde à la dépense quand il s’agit de l’hôpital, de l’école, du régalien.
Alors oui, chef : encore des dépenses pour rien.
Rien pour la France. Tout pour l’ego. Tout pour le storytelling. Tout pour le « couple présidentiel uni dans l’adversité ».
Problème : l’adversité, c’est nous qui la payons.
Et l’adversité, elle est à Villeneuve-Saint-Georges, pas dans le jardin d’hiver d’Erdogan.
Brigitte a retrouvé le bras d’Emmanuel.
Les Français ont perdu leur portefeuille.
 
POTIER CHRISTIAN
 
3)  🇩🇰🇺🇸 Un journaliste danois a critiqué le secrétaire général de l'OTAN, 
Un journaliste danois s'entretient avec Mark Rutte. « Vous êtes assis à côté de Donald Trump lorsque celui-ci parle de conquérir le Groenland, ou de s'en prendre à des alliés comme l'Espagne – des choses que l'ancien Mark Rutte n'aurait sans doute pas approuvées. Cela a-t-il une incidence sur votre amour-propre lorsque vous restez silencieux ? »
Mark Rutte, en direct devant la caméra : "Vous êtes assis à côté de Donald Trump aux moments où il parle de conquérir le Groenland et de s'en prendre à des alliés comme l'Espagne. Est-ce que cela affecte votre estime de soi lorsque vous êtes assis là et ne dites rien ? » https://x.com/Megatron_ron/status/2074861335960342638?s=20h tt  psTrump à propos du Groenland : « C'est ce qui a nui à mes relations avec l'OTAN. Car le Groenland n'aide pas le Danemark. Le Danemark ne dépense pas d'argent pour aider réellement le Groenland, alors que ce territoire revêt une importance capitale pour les États-Unis. Il est entouré de navires chinois et russes. Le Groenland devrait être sous contrôle américain, et non danois. Nous pourrions retirer tous nos soldats d'Europe. Ils feraient bien de faire attention. »://x.com/Megatron_ron/status/2074861335960342638?s=20


 
Le mécontentement du secrétaire d'État américain Marco Rubio n'est pas passé inaperçu lors de la séance photo de la délégation américaine arrivée à Ankara pour le sommet de l'OTAN.

4)  La Déclaration du sommet d'Ankara

1) Nous, chefs d’État et de gouvernement de l’Alliance atlantique, réunis à Ankara, réaffirmons notre engagement indéfectible envers notre défense collective au titre de l’article 5 du Traité de Washington ainsi qu’envers le lien transatlantique. Une attaque contre l’un d’entre nous est une attaque contre tous. Notre unité, notre solidarité et notre force collective demeurent le fondement de la paix, de la sécurité et de la prospérité pour le milliard de citoyens que compte notre Alliance de nations libres et démocratiques. Nous restons attachés à notre approche à 360 degrés en matière de dissuasion et de défense. 

2) Pour contrer la menace à long terme que la Russie fait peser sur la sécurité et la stabilité euro-atlantiques, ainsi que la menace persistante du terrorisme, les Alliés concrétisent l’engagement pris à La Haye en matière de défense. En 2025, les Alliés européens et le Canada ont accru de plus de 139 milliards de dollars leurs investissements dans les besoins fondamentaux de défense. Nos investissements nous procurent les capacités nécessaires tout en renforçant notre base industrielle et notre résilience. Aujourd’hui, à Ankara, nous annonçons plus de 50 milliards de dollars de nouvelles acquisitions et nous nous engageons à accroître nos capacités de production collectives ainsi qu’à collaborer avec l’industrie pour accélérer l’innovation. Nous poursuivrons nos efforts pour éliminer les obstacles aux échanges dans le domaine de la défense entre Alliés et pour tirer parti des partenariats de l’OTAN afin de maximiser la profondeur et la coopération de notre base industrielle de défense. 

3) Nous bâtissons l’avenir : une Europe plus forte au sein d’une OTAN plus forte – une Alliance modernisée. Les Alliés européens et le Canada, en coopération avec les États-Unis, assument une responsabilité accrue dans la défense de l’Alliance. La dissuasion et la défense de l’OTAN reposent sur une combinaison appropriée de capacités nucléaires, conventionnelles et de défense antimissile, complétées par des moyens spatiaux et cybernétiques. Nous sommes déterminés à préserver notre avantage opérationnel. Nous investissons dans notre capacité à déployer, soutenir et pérenniser nos forces armées ainsi qu’à atteindre nos objectifs capacitaires dans tous les domaines, notamment la frappe de précision à longue portée, la défense aérienne et antimissile intégrée, les systèmes sans équipage, les technologies de pointe et les capacités de renseignement. Nous développons un « cloud » de combat transatlantique interopérable et adoptons des modèles d’IA performants. 

4) L’Ukraine contribue à la sécurité transatlantique, et les Alliés sont unis dans leur soutien indéfectible à l’Ukraine pour la défense de sa liberté, de sa souveraineté et de son intégrité territoriale. Les Alliés européens et le Canada financent désormais la majeure partie de l’aide à la sécurité destinée à l’Ukraine, par des voies bilatérales et multilatérales. Les Alliés soulignent que ce soutien doit être équitable, prévisible et durable à long terme. Pour 2026, les Alliés s’engagent à fournir à l’Ukraine des équipements militaires, une assistance et une formation pour une valeur de 70 milliards d’euros, et réaffirment leurs engagements souverains de maintenir des niveaux au moins équivalents en 2027. À cet égard, nous saluons la décision de l’Union européenne d’octroyer un financement pluriannuel à l’Ukraine au moyen du prêt de soutien à l’Ukraine.

5) L’Alliance continue de réagir à la concurrence stratégique, à l’instabilité généralisée, aux menaces hybrides et aux chocs récurrents qui caractérisent notre environnement de sécurité au sens large, et de s’y adapter. Les Alliés réaffirment que l’Iran ne doit jamais se doter de l’arme nucléaire et l’appellent à respecter pleinement la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz. 

6) Nous exprimons notre reconnaissance pour la généreuse hospitalité que nous a témoignée la Türkiye. Nous nous réjouissons à la perspective de notre prochaine réunion.

https://www.nato.int/en/about-us/official-texts-and-resources/official-texts/2026/07/08/the-ankara-summit-declaration?utm_source=multi&utm_medium=social&utm_campaign=ankara-declaration 

✧ Engagement inébranlable envers l’article 5 

✧ Augmentation des investissements de défense 

✧ Livraison de nouvelles capacités 

✧ Montée en puissance de la production industrielle 

✧ Alliés européens et Canada assumant une plus grande responsabilité


 

5)  Le président américain Donald Trump :

« Je ne veux même pas faire de commerce avec l'Espagne, un allié de l'OTAN absolument horrible. Je vais couper tout le commerce, et même annuler la visite. » Les Espagnols paient le prix de leur fermeté...« L'Espagne est une cause perdue. D'ailleurs, nous ne voulons plus faire d'affaires avec l'Espagne... L'Espagne est un partenaire déplorable au sein de l'OTAN. Ils ne participent pas, ils ne paient pas. Je ne veux rien avoir à faire avec l'Espagne. » Le président Trump a quitté la pièce en passant juste devant le Premier ministre socialiste espagnol Pedro Sánchez lors du sommet de l'OTAN, après avoir coupé les échanges commerciaux avec l'Espagne 🔥 Il a également été aperçu dans la même salle que la Première ministre italienne Meloni, après leur différend. Ils savent qui est le patron !

Incroyable. Le président Trump vient de démolir l'OTAN, les qualifiant en substance de profiteurs qui méritent à peine sa présence — si ce n'était pour la Turquie. « L'ITALIE nous a dit non. L'ALLEMAGNE nous a dit non. La FRANCE nous a dit non. » « Nous n'avons pas été bien traités. » « J'ai été très déçu par l'OTAN. Franchement ? Si cela ne s'était pas tenu en Turquie... il est possible que je n'y aurais pas assisté. J'ai estimé devoir le faire parce qu'[Erdogan] s'est investi à fond. » « D'une certaine manière, je testais les gens ! » « Pourquoi dépensons-nous des centaines de milliards de dollars ? Ils n'étaient pas là pour nous, alors que nous avons été là pour eux. » « Nous protégeons les pays européens... on pourrait penser qu'ils seraient tout à fait disposés à faire quelque chose pour nous aider. Et ils ne l'étaient vraiment pas. » 

Après le manque de respect odieux dont Trump a fait preuve envers Giorgia Meloni, la voilà qui serre la main de cette hémorroïde orange malfaisante lors du sommet de l'OTAN. On voit bien qu'elle le déteste, ce connard : un simple « Vaffanculo » et un coup de poing dans la gorge auraient suffi.

Trump lors de sa rencontre avec Zelensky au sommet de l'OTAN : Les frappes de l'Ukraine contre l'industrie pétrolière russe constituent une escalade susceptible de contribuer à mettre fin [à la guerre].

Trump à propos d'Erdogan et de Netanyahu : J'apprécie le président Erdogan. Il m'a réservé un accueil en grande pompe. Il est formidable. Mais Bibi a tenu des propos virulents hier au sujet de la Turquie et d'Erdogan. Et je lui ai dit — enfin, je me suis entretenu avec lui — : il aurait pu entrer en guerre, car il n'aime pas beaucoup Israël. Et il n'aime pas beaucoup Bibi. Mais il ne l'a pas fait, grâce à moi. Pourtant, c'est une puissance militaire. Des millions de soldats. La Turquie est très puissante. Ils possèdent une grande partie de nos meilleurs équipements. Ils cherchent à obtenir des F-35. Mais il n'est pas intervenu. Il en avait envie. Il serait intervenu. Sans mon intervention, il serait passé à l'action. Et il se serait retrouvé dans le camp adverse.  


 

6) Rand Paul

Depuis des décennies, l'Amérique porte le fardeau le plus lourd au sein de l'OTAN, réglant la note et assumant les risques, tandis que des alliés fortunés consacrent trop peu de moyens à leur propre défense. Ce n'est pas un partage de la charge. C'est un transfert de charge, et cela coûte cher au contribuable américain depuis bien trop longtemps. Rand Paul 

7) Le baise-main Macron

Un moment de gêne entre Emmanuel Macron et la Première dame de Turquie lors du sommet de l'OTAN fait le buzz. Les images de l'événement semblent montrer le président français tentant de baiser la main d'Emine Erdoğan ; toutefois, celle-ci retient son poignet, empêchant ainsi le geste d'aboutir. Cela dit, il est également possible que Macron n'ait jamais eu l'intention de poser réellement ses lèvres sur la main de son interlocutrice. Selon le protocole diplomatique moderne, lorsqu'un tel geste est effectué, il revêt généralement une portée symbolique plutôt que de constituer un véritable baisemain. Quoi qu'il en soit, la vidéo a suscité de vifs débats sur les réseaux sociaux. Lors du sommet de l'OTAN, le président français Macron, qui tentait d'établir une supériorité diplomatique face au président Erdoğan, avait vécu un bref moment de stupeur lorsqu'il s'était heurté à une manœuvre inattendue.
 
Il peut tout se permettre. Tout lui réussit. Chaque jour d’autres bras d’honneur Tous ses caprices sont satisfait (dont le footing à Ankara … ) Il pourrait marcher sur l’eau, annoncer lui-même qu’il est l’Antéchrist, preuves à l’appui, que des millions de cerveaux lessivés par leurs gourous continueraient encore à le prendre pour un génie… ou à prétendre qu’il n’est qu’un pantin. En attendant, il a ses lunettes de soleil, sa main dans la poche. L’allure est parfaite. Le décor aussi. Bref, il est prêt pour la guerre… et il paraît qu’il cache admirablement son jeu. Mais tout va bien. Il s’en va bientôt, c’est bien ça ? Bertrand SCHOLLER

 

 


 

D) - Leçons post-occidentales du G7

La participation renforcée de l’Inde au sommet du G7 organisé à Évian (15-17 juin) illustre la transformation profonde de l’ordre international. À l’heure où les puissances émergentes s’affirment et relativisent la centralité de l’Occident, le partenariat franco-indien éclaire, selon Max-Erwann Gastineau, les conditions d’une adaptation réussie à ce nouvel âge géopolitique.

La désoccidentalisation du monde se poursuit. Bien comprise, elle ne désigne pas un projet dirigé contre l’Occident, mais un processus historique de redistribution de la puissance à l’échelle mondiale. L’ascension de l’Inde, invitée au sommet du G7 depuis 2019 et associée pour la première fois cette année aux réunions préparatoires d’Évian, en constitue un symbole éloquent. Mais elle n’est que l’écume d’un mouvement de fond dont la démographie et les échanges commerciaux témoignent.

En 2025, près de 80 % de la population mondiale et de la croissance économique se concentraient dans les pays du Sud. Dans cette recomposition, l’Asie s’affirme comme le nouveau centre de gravité. L’excellence éducative et industrielle de ses nations lui permet de former une part croissante des ingénieurs de la planète. En 2025, la France occupait la dixième place mondiale parmi les pays formant le plus d’ingénieurs, ce qui la situait au deuxième rang occidental derrière les États-Unis, classés quatrièmes – les huit autres places étant occupées par des puissances non occidentales, parmi lesquelles la Chine, l’Inde, l’Iran ou encore l’Indonésie. L’évolution du sous-continent indien est tout aussi révélatrice. Alors qu’en 1987 l’ensemble des pays d’Asie du Sud appartenait à la catégorie des économies à faible revenu, ils n’étaient plus que 13 % dans ce cas en 2023. Le monde change ; l’Occident doit lui aussi changer.

La France dispose de solides ressources doctrinales pour s’adapter à cette réalité nouvelle. Elle a longtemps défendu l’avènement d’un monde multipolaire, fondé non sur la domination d’un centre unique mais sur un équilibre entre nations libres de déterminer leur propre destin et de coopérer autour d’intérêts communs ou de causes universelles, comme la cause climatique incarnée par les Accords de Paris signés en 2015.

Les lignes de force du « tiers-mondisme gaullien » qui a longtemps imprégné la marque française sur la scène internationale n’ont ainsi rien perdu de leur pertinence. À l’heure où les États du Sud revendiquent pleinement leur autonomie stratégique, relativisent la centralité et la puissance, jadis quasi monopolistique, de l’Occident, ces lignes apparaissent même d’une étonnante actualité. Emmanuel Macron s’est inscrit dans cette filiation en adaptant l’indépendantisme gaullien à l’ambition d’une « Europe autonome ». Hors d’Occident, il plaide régulièrement pour une « troisième voie » synonyme d’émancipation des grandes puissances. Lors de son déplacement en Indonésie, en juillet 2024, pays-berceau de la conférence de Bandung de 1955 où naquit le mouvement des non-alignés, il appelait ainsi Paris et Jakarta à renforcer leur coopération face à la rivalité sino-américaine. La même logique l’avait conduit à envisager la participation de la France au sommet des BRICS de Johannesburg. À l’instar du Canada de Mark Carney, qui cherche à desserrer sa dépendance à l’égard d’un environnement nord-américain devenu suffocant, la France mise sur le rapprochement des puissances moyennes. L’axe franco-indien constitue l’une des expressions les plus abouties de cette stratégie.

L’Inde est devenue bien davantage qu’un partenaire historique. Elle constitue l’une des figures les plus emblématiques du nouvel âge géopolitique qui s’ouvre et, à bien des égards, un modèle de compréhension du monde post-occidental. En amont du G7 d’Évian, Paris et New Delhi ont affiché leur bonne entente, matérialisée par la multiplication de projets de coopération dans les secteurs stratégiques du nucléaire, de l’intelligence artificielle ou encore de la défense.

Expression paroxystique du « multi-alignement » théorisé par son ministre des Affaires étrangères, Subrahmanyam Jaishankar, l’Inde incarne la logique des puissances émergentes contemporaines : réticentes aux alliances rigides, adeptes des partenariats multiples, indifférentes aux clivages idéologiques qui opposent les États et structurent encore largement les perceptions occidentales des relations internationales. Se percevant lui-même comme le produit d’une trajectoire historique et civilisationnelle singulière, qui ne saurait donc être subsumée sous un universalisme abstrait, le pays de Modi prend acte de l’irréductible diversité du monde.

Cette approche n’est pas sans résonance avec une certaine tradition diplomatique hexagonale. L’histoire des relations franco-indiennes le rappelle. En 1998, New Delhi reprend ses essais nucléaires. Alors que la communauté internationale les condamne et que plusieurs pays, à commencer par les États-Unis, menacent l’Inde de sanctions, la France choisit une autre voie. À l’initiative de son ambassadeur Claude Blanchemaison, elle noue avec l’Inde un partenariat stratégique qui unit aujourd’hui encore les deux pays.

Avec le recul, la portée de cette décision apparaît avec évidence. Elle témoigne de ce que peut produire une diplomatie capable de s’affranchir des réflexes du moment, de résister aux conformismes internationaux et de discerner, derrière les controverses immédiates, les équilibres de long terme. Dans un monde marqué par la multiplication des centres de puissance et la diversité des trajectoires nationales, cette capacité constitue un atout stratégique majeur. Elle rappelle l’urgence de disposer d’un corps de diplomates aguerris. Elle envoie aussi un message à l’Europe.

Si le cadre européen, sur lequel le président Macron a beaucoup misé, demeure un levier essentiel, sa lourdeur institutionnelle et la diversité des intérêts nationaux qu’il agrège ne favorisent pas l’audace diplomatique ni la souplesse stratégique. L’Europe doit miser sur la force d’initiative de ses nations et sur leurs traditions géopolitiques. Le partenariat franco-indien l’illustre. Il rappelle qu’à l’heure où le centre de gravité du monde se déplace vers les puissances émergentes, la capacité à comprendre l’autre et à bâtir des relations de confiance par-delà les murs de l’idéologie constituera l’un des principaux ressorts de la puissance. La France le sait plus que d’autres et l’Europe aura besoin de cette France-là : une France libre dans ses analyses, indépendante dans ses choix et ouverte aux nouvelles réalités du siècle qui s’affirme.

Max-Erwann Gastineau

Max-Erwann Gastineau est un essayiste, politologue et chroniqueur français. Diplômé en histoire et en relations internationales, il a étudié au Canada puis à Trinité-et-Tobago. Son parcours professionnel l’a conduit en Chine, aux Nations unies, à l’Assemblée nationale ainsi que dans le secteur de l’énergie, où il a notamment occupé le poste de directeur des affaires publiques et territoires chez France Gaz. Il est l’auteur de deux ouvrages publiés aux éditions du Cerf : Le Nouveau Procès de l’Est (2019), consacré aux fractures culturelles et politiques entre l’Europe de l’Est et l’Europe de l’Ouest, et L’Ère de l’affirmation : répondre au défi de la désoccidentalisation (2023), qui analyse le recul de l’influence occidentale. Il a également contribué au Dictionnaire des populismes et publie régulièrement des tribunes dans Le Figaro Vox, Marianne, Atlantico, ainsi que dans Front Populaire.

https://nouvellerevuepolitique.fr/lecons-post-occidentales-du-g7/

 

E) - Washington, Téhéran et la paix sous surveillance : L’accord qui divise le sommet américain

À Washington, les accords avec l’Iran ont toujours produit le même effet : ils ne ferment jamais une crise, ils en ouvrent une autre. Cette fois encore, l’annonce d’un accord-cadre entre les États-Unis et la République islamique ne ressemble pas à une victoire diplomatique classique. Elle ressemble plutôt à une fracture ouverte au cœur même du pouvoir américain, entre ceux qui veulent arrêter l’escalade et ceux qui voient dans cette désescalade le piège le plus ancien de Téhéran : gagner du temps, obtenir un desserrement économique, préserver l’essentiel du dispositif nucléaire.

Le désaccord est d’autant plus grave qu’il ne se situe pas à la périphérie de l’administration Trump, mais en son centre. Le directeur de la CIA, John Ratcliffe, aurait averti le président et les principaux responsables de la sécurité nationale que les renseignements américains nourrissent de sérieux doutes sur la volonté réelle de l’Iran de respecter les concessions nucléaires exigées par Washington. Le soupçon est classique, mais lourd : les responsables iraniens tiendraient un langage aux négociateurs et un autre en privé. Autrement dit, la diplomatie officielle dirait la paix, tandis que les conversations internes parleraient encore de manœuvre, de résistance et de calcul.

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La sécurité nationale contre la politique

Le front sceptique ne se limite pas au renseignement. Marco Rubio, à la tête de la diplomatie américaine, et Pete Hegseth, responsable de la Défense, partageraient la même prudence, sinon la même opposition. Leur crainte est simple : l’Iran pourrait utiliser l’accord pour obtenir une respiration économique sans démanteler réellement les éléments sensibles de son programme nucléaire. Dans cette lecture, l’accord ne serait pas une capitulation iranienne, mais une suspension tactique, un répit obtenu au moment où les pressions militaires, financières et régionales devenaient trop fortes.

C’est ici que la logique stratégique rejoint la logique économique. Pour Téhéran, toute levée, même partielle, des sanctions représente de l’oxygène. Elle permet de rouvrir des circuits commerciaux, de stabiliser une monnaie affaiblie, de rassurer une partie de l’appareil d’État et de montrer à la population que la résistance n’a pas conduit seulement à l’asphyxie. Pour Washington, en revanche, le risque est inverse : donner trop tôt une récompense économique sans avoir obtenu une transformation vérifiable du comportement iranien. L’enjeu n’est donc pas seulement nucléaire. Il est géoéconomique : qui paie le prix de la crise, qui encaisse le dividende de la désescalade, qui garde la main sur le calendrier.

Le pari de Vance

Face aux réserves du renseignement et de l’appareil de sécurité, JD Vance défend une autre ligne. Elle n’est pas idéaliste, mais brutalement politique. Selon cette approche, les États-Unis ne renonceraient à rien d’essentiel, puisque les sanctions ne seraient allégées qu’après le retour des inspecteurs internationaux, la vérification du stock d’uranium enrichi et l’obtention de garanties concrètes. Washington garderait donc la contrainte militaire, la pression économique et l’arme diplomatique.

Cette position explique pourquoi Vance a pu imposer son rythme. Il parle le langage que Trump comprend le mieux : celui du résultat visible. La réouverture du détroit d’Ormuz, la baisse des tensions sur les marchés de l’énergie, le reflux possible des prix et la promesse d’une stabilisation avant les élections de mi-mandat comptent autant que les clauses techniques de l’accord. Pour Trump, la paix n’est jamais seulement une architecture diplomatique. C’est une scène, une image, un acte de puissance personnelle. Il veut pouvoir dire qu’il a frappé, négocié, obtenu, puis refermé le dossier.

Les médiateurs et le retour des puissances intermédiaires

Le rôle du Pakistan confirme une évolution profonde des crises contemporaines. Les grandes puissances frappent, sanctionnent, menacent, mais elles ont souvent besoin d’acteurs intermédiaires pour sortir du piège qu’elles ont elles-mêmes contribué à construire. Islamabad peut parler à plusieurs mondes : aux États-Unis, au monde musulman, à la Chine, aux pays du Golfe et, indirectement, aux circuits iraniens. Dans cette affaire, le Pakistan ne garantit pas la paix ; il fournit un passage. Il permet à chacun de reculer sans déclarer qu’il recule.

Cette médiation souligne aussi l’affaiblissement relatif des canaux diplomatiques traditionnels américains. Vance affirme avoir contourné une partie de la bureaucratie de Washington pour établir des contacts avec les différentes composantes du pouvoir iranien. Si cela est exact, cela signifie que la Maison-Blanche a préféré une diplomatie verticale, rapide, politique, à une diplomatie institutionnelle, lente et procédurière. C’est efficace quand tout se passe bien. C’est dangereux quand l’autre partie transforme la souplesse en vulnérabilité.

Une lecture militaire prudente

Sur le plan militaire, l’accord ne supprime pas le rapport de force. Il le suspend. Les États-Unis conservent leur présence régionale, leurs capacités de frappe, leurs moyens de surveillance et leurs alliances. L’Iran, de son côté, conserve son réseau d’influence, ses relais régionaux et sa capacité à perturber les équilibres du Golfe. Le détroit d’Ormuz reste la clé de voûte de cette confrontation : tant qu’il est ouvert, les marchés respirent ; dès qu’il se referme ou se militarise, le prix de l’énergie devient une arme politique mondiale.

L’accord ne vaut donc que par les mécanismes de vérification qui suivront. Si les inspecteurs internationaux reviennent réellement, si les stocks sensibles sont contrôlés, si le calendrier est public et contraignant, Trump et Vance pourront présenter leur pari comme une manœuvre de réalisme. Si, au contraire, l’Iran gagne du temps, divise les Américains et obtient des avantages économiques sans concessions irréversibles, l’accord deviendra le symbole d’une faiblesse stratégique.

La fracture américaine comme signal géopolitique

La vraie nouveauté n’est peut-être pas l’accord avec l’Iran, mais la guerre interne qu’il révèle à Washington. D’un côté, les responsables du renseignement et de la sécurité nationale raisonnent en termes de méfiance, de continuité des menaces et de précédents historiques. De l’autre, le noyau politique Trump-Vance raisonne en termes de fenêtre électorale, de stabilité énergétique et de victoire narrative. Les premiers craignent une ruse iranienne. Les seconds craignent une guerre sans issue.

C’est toute la contradiction de la puissance américaine qui apparaît ici. Les États-Unis disposent encore d’une supériorité militaire considérable, mais ils ne peuvent pas bombarder indéfiniment sans payer un prix économique et politique. Ils peuvent imposer des sanctions, mais pas toujours contrôler leurs effets secondaires sur les marchés mondiaux. Ils peuvent exiger la capitulation stratégique de l’adversaire, mais doivent ensuite accepter des compromis pour empêcher l’escalade.

Un succès ou un piège

L’accord de Genève, s’il est confirmé, ne sera donc pas une paix. Ce sera une épreuve. Une épreuve pour l’Iran, sommé de prouver que sa parole vaut davantage qu’une manœuvre. Une épreuve pour Trump, qui veut transformer une crise militaire en victoire politique. Une épreuve pour Vance, qui engage son autorité sur un pari immense : convaincre que l’on peut négocier avec Téhéran sans être dupé par Téhéran.

Si l’Iran respecte les engagements, la Maison-Blanche criera au coup de maître. Si l’Iran joue double, la CIA pourra dire qu’elle avait prévenu. Entre ces deux scénarios, il existe une zone grise, probablement la plus réaliste : un accord partiel, fragile, contesté, utile à court terme pour calmer les marchés et ralentir l’escalade, mais incapable de résoudre le problème de fond. Car le nucléaire iranien n’est pas seulement une question technique. C’est le symbole d’un rapport de force régional, d’une souveraineté revendiquée, d’une défiance ancienne et d’un ordre moyen-oriental que personne ne parvient plus vraiment à stabiliser.

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F) - La guerre transparente qui voit tout et ne parvient plus à gagner

Le grand mirage de la supériorité technologique

Depuis au moins trente ans, les grandes puissances ont entretenu une conviction rassurante : la technologie devait rendre la guerre plus brève, plus précise, plus contrôlable. Satellites, radars, capteurs, drones, munitions guidées, systèmes informatiques, intelligence artificielle et réseaux de commandement devaient réduire l’incertitude, raccourcir le délai entre l’identification d’une cible et sa destruction, transformer le champ de bataille en une surface lisible.

L’Ukraine, l’Iran, le Moyen-Orient, la mer Rouge et les nouvelles tensions dans l’Indo-Pacifique montrent exactement l’inverse. La technologie n’a pas aboli le frottement de la guerre. Elle l’a multiplié. Elle n’a pas dissipé le brouillard de la guerre. Elle l’a remplacé par une tempête de données, d’images, de signaux, de coordonnées et d’informations souvent partielles, redondantes ou incompatibles.

Le résultat est paradoxal : les armées voient davantage, mais ne comprennent pas toujours mieux ; elles frappent plus vite, mais ne gagnent pas nécessairement ; elles détruisent davantage de cibles, mais ne transforment pas automatiquement la destruction en solution politique.

La zone de mort ukrainienne

La guerre en Ukraine est le laboratoire le plus évident de cette transformation. Dans les zones créées par les drones des deux camps, l’infanterie vit une condition psychologique et matérielle terrible. Les soldats savent que chaque mouvement peut être observé depuis le ciel, transmis à un opérateur dissimulé, transformé en coordonnées, puis en mort.

Autour de villes comme Myrnohrad, dans l’oblast de Donetsk, avancer de quelques kilomètres peut devenir une entreprise presque impossible. Les soldats ne redoutent pas seulement l’artillerie ou le tir direct. Ils redoutent le léger bourdonnement au-dessus de leur tête, le drone à vision embarquée, l’appareil bon marché qui poursuit un homme isolé, une ambulance, un véhicule logistique, une position d’artillerie.

Le front s’est transformé en une bande létale profonde d’au moins cinq kilomètres et, dans certains secteurs, bien davantage. Là, il n’est pas seulement risqué de combattre. Il est risqué d’apporter de la nourriture, de l’eau, des munitions, d’évacuer les blessés, de déplacer des véhicules, de réparer des lignes, d’installer des antennes, de transférer un commandant d’une position à l’autre.

La guerre moderne promettait la vitesse. En Ukraine, elle a produit l’immobilité.

Le drone : arme pauvre, effet stratégique

Le symbole de cette nouvelle phase est le drone. Non seulement les grands appareils stratégiques, mais surtout les petits engins économiques, adaptables, souvent issus de technologies civiles. Leur production repose en partie sur des composants proches de ceux de l’électronique grand public : batteries, caméras, logiciels, antennes, circuits, systèmes de transmission.

C’est précisément cette simplicité qui accélère leur évolution. Les logiciels doivent être mis à jour en permanence ; en quelques semaines, un système peut devenir dépassé ; en quelques mois, même les composants matériels peuvent changer. De nouvelles générations d’appareils apparaissent et disparaissent avant même que la ligne de front se soit déplacée de quelques mètres.

Au début du conflit ukrainien, les Bayraktar turcs furent célébrés comme des instruments décisifs contre les colonnes russes marchant vers Kiev. Ils le furent en partie, mais pour peu de temps. Leur effet militaire fut réel mais limité ; leur valeur de propagande fut immense. Puis la guerre s’est adaptée. Les Russes ont amélioré leurs défenses, leurs camouflages, leurs brouillages électroniques, leurs protections et leurs procédures. Les Ukrainiens, à leur tour, ont multiplié les drones plus petits, plus discrets, plus économiques, souvent utilisés en essaims.

C’est l’une des leçons essentielles : aucune innovation ne reste invincible. Toute arme nouvelle suscite une contre-mesure. Tout avantage technique provoque une adaptation de l’adversaire.

L’impasse technologique

La technologie ne produit pas toujours la supériorité. Souvent, elle produit l’équilibre. Si deux armées disposent toutes deux de capteurs, de drones, d’artillerie guidée, de systèmes de brouillage, de communications satellitaires et d’opérateurs entraînés, le résultat n’est pas nécessairement la victoire rapide de l’une d’elles. Il peut être une impasse plus cruelle.

L’artillerie reste centrale, mais elle doit tirer et se déplacer aussitôt. Les chars ne disparaissent pas, mais ils deviennent des cibles vulnérables. L’infanterie demeure indispensable, mais elle doit se disperser, creuser, se camoufler, bouger peu et avec une extrême prudence. Les arrières ne sont plus vraiment des arrières : dépôts, postes de commandement, hôpitaux de campagne, ponts, convois, antennes et générateurs sont tous exposés.

Même les armes de précision peuvent voir leur efficacité se dégrader rapidement lorsque l’adversaire apprend à brouiller les signaux ou à tromper les systèmes. C’est arrivé avec certains obus guidés, dont l’efficacité a fortement diminué après l’introduction de contre-mesures électroniques. C’est arrivé aussi avec l’emploi de drones contrôlés par fibre optique, une solution presque ancienne, mais utile car moins vulnérable aux brouillages radio.

La guerre de demain ne sera donc pas seulement numérique. Elle sera aussi un retour aux solutions robustes, simples, redondantes, capables de fonctionner lorsque le réseau se brise.

La défense est redevenue plus forte que l’attaque

Sur le plan stratégique et militaire, la conclusion est sévère : aujourd’hui, la défense est souvent plus forte que l’attaque. Non pas parce qu’attaquer serait impossible, mais parce que l’attaque est plus visible, plus lente, plus coûteuse.

Pour avancer, il faut des hommes, des véhicules, du génie militaire, de l’artillerie, de la défense antiaérienne, de la guerre électronique, des réserves, de la logistique, une protection des communications, une capacité à réparer et à remplacer rapidement ce qui est détruit. Posséder l’arme la plus moderne ne suffit pas. Il faut un système complet.

Même la supériorité aérienne, pilier de la puissance occidentale, n’est plus absolue. Face à des adversaires dotés de missiles, de radars mobiles, de défenses antiaériennes, de drones et de systèmes de brouillage, conquérir le ciel est difficile ; le conserver l’est encore davantage. À certaines altitudes, l’espace aérien est de plus en plus dominé par des instruments économiques produits en série.

La supériorité ne sera plus permanente. Elle sera locale, temporaire, construite dans des fenêtres étroites : un secteur du front, quelques heures, un couloir opérationnel. Celui qui saura créer ces poches pourra avancer. Celui qui n’y parviendra pas restera cloué sur place.

L’Iran et le piège de la cible

Le cas iranien montre une autre limite de la guerre technologique. Des opérations conduites avec des avions avancés, des radars, des satellites, des drones et des munitions de précision peuvent frapper durement un arsenal, mais pas nécessairement le détruire.

L’Iran dispose d’un territoire vaste, montagneux, adapté à la dispersion. Il peut déplacer des lanceurs, cacher des missiles, protéger des dépôts, utiliser des structures souterraines, des redondances et des leurres. Même lorsqu’une campagne élimine une part significative des capacités balistiques, le problème demeure : si le reste de l’arsenal survit, la capacité de représailles survit aussi.

C’est ici que s’effondre le mythe du coup décisif. Si quatre cents cibles ne suffisent pas, on rêve d’en frapper quatre mille. Si quatre mille ne suffisent pas, on en demande encore davantage. Mais multiplier les cibles ne signifie pas avoir une stratégie. Cela signifie souvent remplacer la politique par la comptabilité.

L’intelligence artificielle et l’usine à objectifs

La nouvelle frontière est l’accélération du cycle entre le capteur et l’arme. L’objectif est de réduire le temps qui s’écoule entre l’identification d’une cible et sa frappe. Certains systèmes cherchent à intégrer des dizaines ou des centaines de sources différentes : satellites, reconnaissance, interceptions, banques de données, capteurs terrestres, observateurs, images, réseaux informatiques.

Au Royaume-Uni et aux États-Unis, on travaille sur des modèles capables de produire des listes de cibles toujours plus rapidement. L’idée est d’arriver à des milliers d’objectifs élaborés chaque jour. Mais c’est précisément là que naît le danger le plus grave. Lorsque l’appareil militaire devient capable de produire industriellement des objectifs, la question stratégique peut disparaître : frapper pourquoi ? Pour obtenir quel effet politique ? Avec quelle limite ? Avec quelle sortie ?

Au Vietnam, les États-Unis s’étaient fiés au décompte des morts comme mesure du succès. En Afghanistan, les talibans furent plusieurs fois déclarés frappés, épuisés, presque vaincus. À la fin, ils ont gagné politiquement. Le même piège peut réapparaître aujourd’hui sous une forme technologiquement plus sophistiquée : non plus seulement le nombre des morts, mais le nombre des cibles frappées.

Le syndrome de la mitrailleuse

Il existe une vieille illusion impériale : posséder l’arme la plus moderne signifie posséder la victoire. La mitrailleuse donna aux Européens un avantage terrible durant l’expansion coloniale, mais elle n’effaça pas la résistance des peuples soumis. Aujourd’hui, la même illusion revient sous une autre forme : la conviction que la puissance technologique, dans sa version la plus précise et la plus moderne, serait décisive à elle seule.

Mais la guerre n’est pas un concours d’instruments. C’est un affrontement de volontés. On peut frapper des dépôts, des ponts, des centrales, des radars, des lanceurs, des navires, des bases, des commandants. Mais si l’on ne brise pas la volonté politique de l’adversaire, si l’on ne construit pas un ordre après le bombardement, si l’on ne transforme pas la force en résultat politique, la guerre continue.

Israël peut frapper avec une grande précision. Les États-Unis peuvent coordonner des campagnes immenses. La Russie peut mobiliser la masse. L’Iran peut survivre et répondre de manière asymétrique. La Chine peut observer et se préparer. Mais personne ne peut échapper à la règle fondamentale : la destruction n’est pas encore la victoire.

Les exercices de l’Otan et le problème des armées non éprouvées

Les exercices de l’Otan en Estonie, comme Hedgehog, puis d’autres manœuvres européennes, ont mis en lumière un point inquiétant : de nombreuses forces armées occidentales n’ont pas encore réellement expérimenté les nouvelles formes de guerre. Des observateurs ukrainiens et des opérateurs de drones ont contribué à tester les plans de défense, mais les résultats n’ont pas toujours été rassurants.

L’entraînement ordonné, chorégraphié, protégé, ne prépare pas nécessairement à une guerre où les postes de commandement, la logistique, l’artillerie, les véhicules, les ponts, les dépôts et les soldats isolés sont constamment observables et attaquables. Les armées qui n’ont pas fait l’expérience directe de cette réalité tendent à sous-estimer la vitesse du changement.

Le risque occidental est d’investir des sommes énormes dans la technologie d’hier en croyant qu’elle est encore celle de demain. Des moyens lourds, coûteux, difficiles à produire et à réparer peuvent rester indispensables, mais ils deviennent vulnérables s’ils ne sont pas intégrés à des systèmes économiques, nombreux, sacrifiables et rapidement remplaçables.

Chars, avions et navires : pas morts, mais plus exposés

Le char n’est pas mort, mais il est devenu plus difficile à employer. Un véhicule blindé reste une force puissante lorsqu’il peut évoluer dans une fenêtre de supériorité locale. Mais s’il est observé, poursuivi et frappé par des appareils économiques, son utilité change. Il en va de même pour l’aviation et pour les flottes.

En mer Noire, en mer Rouge et le long des littoraux contestés, les navires doivent compter avec les missiles, les mines, les petites embarcations, les drones navals et aériens, les batteries côtières. La mer n’est plus un espace de liberté absolue pour les grandes plateformes. Comme sur terre, sur l’eau aussi, la masse coûteuse doit cohabiter avec des instruments économiques capables d’infliger des dommages disproportionnés.

La guerre future sera donc hybride non pas au sens journalistique du terme, mais au sens industriel et opérationnel : quelques systèmes avancés, beaucoup de systèmes économiques, des hommes, des machines, des réseaux, des leurres, des redondances.

La guerre comme épreuve industrielle

Le scénario économique est gigantesque. La guerre technologique ne coûte pas moins cher. Elle coûte autrement. Un petit drone peut être économique, mais le système qui le rend utile exige des composants électroniques, des batteries, des fibres optiques, des antennes, des logiciels, des capteurs, des réseaux de communication, des ateliers mobiles, de la formation, des opérateurs, des pièces de rechange, des stocks.

Le conflit de haute intensité consume tout : munitions, hommes, carburant, véhicules, pièces de rechange, systèmes électroniques, temps industriel. C’est pourquoi la puissance militaire coïncide de nouveau avec la puissance productive. Gagne celui qui produit, répare, met à jour et remplace plus vite.

Pour l’Europe, la leçon est brutale. Il n’existe pas d’autonomie stratégique sans usines, munitions, chantiers, stocks, techniciens, hommes entraînés et chaînes d’approvisionnement sûres. Les déclarations politiques n’arrêtent pas les missiles. Les conférences ne remplacent pas les dépôts. Les promesses de réarmement ne valent que si elles deviennent des capacités réelles.

Géoéconomie de la guerre longue

La nouvelle guerre est une guerre de chaînes d’approvisionnement. Celui qui contrôle les semi-conducteurs, les terres rares, les batteries, l’énergie, les câbles, les satellites, les logiciels, les ports et les réseaux contrôle une partie de la capacité militaire. La distinction entre économie civile et appareil militaire devient de plus en plus mince.

Un composant conçu pour le marché civil peut devenir une partie d’un système d’arme. Une dépendance commerciale peut se transformer en vulnérabilité stratégique.

Les États-Unis, la Chine, la Russie, l’Iran et l’Europe ne rivalisent pas seulement par leurs arsenaux. Ils rivalisent par leur profondeur économique : qui peut soutenir une guerre longue ? Qui peut produire en masse ? Qui peut absorber les pertes ? Qui peut s’adapter le plus vite ?

La guerre future récompensera le mélange : armes avancées et instruments économiques, qualité et quantité, intelligence artificielle et ateliers, satellites et infanterie, précision et masse industrielle.

Ukraine, Taïwan et risque nucléaire

La leçon ukrainienne pèse aussi sur l’Indo-Pacifique. La Chine observe attentivement. Une éventuelle opération contre Taïwan ne serait pas une simple répétition du scénario ukrainien, mais certains problèmes y seraient encore plus durs : lignes de ravitaillement exposées, île technologiquement avancée, mer à traverser, plateformes vulnérables, sous-marins, missiles, surveillance, défense stratifiée.

Dans un tel scénario, les États-Unis pourraient ne pas se limiter à frapper des navires ou des avions isolés. Ils pourraient chercher à paralyser le tissu conjonctif de la machine militaire chinoise : communications, commandement, contrôle, réseaux décisionnels. Mais ici apparaît un risque extrême. Beaucoup de ces systèmes sont également liés à la gestion des forces nucléaires. Frapper rapidement les réseaux permettant à la Chine de contrôler son appareil militaire pourrait provoquer des erreurs d’évaluation catastrophiques.

Le monde n’a plus la stabilité de la guerre froide. Les traités de maîtrise des armements se sont affaiblis ou ont disparu. Les puissances nucléaires sont plus nombreuses et plus nerveuses. Les leçons tirées de la Corée du Nord, de l’Irak et de l’Iran sont inquiétantes : celui qui renonce totalement à l’ambition nucléaire peut devenir vulnérable ; celui qui résiste peut mieux survivre.

Les inquiétudes sur l’usage tactique du nucléaire en Ukraine ont montré que les lignes rouges ne sont plus très claires. Et un monde sans lignes rouges lisibles est un monde plus dangereux.

La fausse pacification des statistiques

Pendant des années, certains chercheurs ont soutenu que la guerre était en déclin. Les données semblaient en partie leur donner raison : moins de guerres entre grandes puissances, moins de morts que dans certaines tragédies du XXe siècle, davantage de dissuasion. Mais les dernières années ont fissuré cette lecture.

Le nombre de conflits armés impliquant des États a augmenté. Les guerres sont revenues au centre de la politique mondiale. Il est vrai que, dans de nombreux cas, les morts au combat ont diminué par rapport au passé, mais cela dépend aussi de l’amélioration des protections, de la médecine de campagne et des procédures d’évacuation. Beaucoup de soldats qui autrefois seraient morts survivent aujourd’hui blessés.

C’est un progrès humain, non la preuve d’une pacification mondiale. La guerre n’est pas terminée. Elle a changé.

L’érosion du droit

Il existe enfin une conséquence morale et juridique. La guerre hypertechnologique est montrée par des vidéos, des réseaux sociaux, des canaux officiels, des images de destruction, d’explosions et de cibles atteintes. La violence devient séquence visuelle, preuve d’efficacité, matériau de propagande. Le risque est l’accoutumance.

La transparence ne produit pas nécessairement la vérité. Elle peut produire le spectacle. Dans les conflits contemporains se diffusent des images de soldats poursuivis par des drones, d’hommes blessés frappés une seconde fois, d’explosions montées avec une musique agressive, d’images transformées en propagande émotionnelle. La guerre à distance risque de devenir une exécution télécommandée.

Le droit de la guerre, déjà fragile, est érodé par un langage vindicatif. On parle de représailles, de punitions collectives, de catégories entières d’objectifs : ponts, centrales, infrastructures, réseaux. Mais un pont utilisé aussi par des civils n’est pas automatiquement illégal à frapper s’il sert à des fins militaires ; de même, le fait qu’une cible ait une valeur militaire n’autorise pas n’importe quelle forme de destruction. La distinction est difficile, mais précisément pour cette raison essentielle.

Lorsque la politique abandonne ces distinctions et se réfugie dans la vengeance, la technologie devient un multiplicateur de déshumanisation.

La vraie leçon

La technologie peut trouver une cible. Elle peut guider un missile. Elle peut réduire le temps entre l’observation et la frappe. Elle peut créer une immense supériorité tactique. Mais elle ne peut pas remplacer la stratégie. Elle ne peut pas créer la légitimité. Elle ne peut pas imposer la paix. Elle ne peut pas effacer la volonté de l’adversaire.

La guerre reste ce qu’elle a toujours été : un affrontement de peuples, d’États, d’industries, d’économies, de peurs, de volontés politiques et de capacités de résistance. La modernité y a ajouté antennes, capteurs, logiciels, satellites et drones. Elle n’a pas aboli Clausewitz.

Celui qui voit tout ne contrôle pas tout. Celui qui frappe tout ne gagne pas toujours. Celui qui confond supériorité technique et victoire politique prépare souvent la prochaine défaite.

La guerre intelligente, au fond, risque d’être la plus stupide des illusions : celle de croire que la machine peut résoudre ce que l’homme politique ne sait plus décider.

https://lediplomate.media/defense-guerre-transparente-voit-tout-parvient-plus-gagner/

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Giuseppe Gagliano, 

Président du Centro Studi Strategici Carlo De Cristoforis (Côme, Italie)

Giuseppe Gagliano a fondé en 2011 le réseau international Cestudec (Centre d'études stratégiques Carlo de Cristoforis), basé à Côme (Italie), dans le but d'étudier, dans une perspective réaliste, les dynamiques conflictuelles des relations internationales. Ce réseau met l'accent sur la dimension de l'intelligence et de la géopolitique, en s'inspirant des réflexions de Christian Harbulot, fondateur et directeur de l'École de Guerre Économique (EGE)
 
Il collabore avec le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R) (Lien),https://cf2r.org/le-cf2r/gouvernance-du-cf2r/
avec l'Université de Calabre dans le cadre du Master en Intelligence, et avec l'Iassp de Milan (Lien).https://www.iassp.org/team_master/giuseppe-gagliano/
 
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juillet 07, 2026

L’IMPÔT SUR LE REVENU ÉTAIT TEMPORAIRE....lol !

L’IMPÔT SUR LE REVENU ÉTAIT TEMPORAIRE. C’ÉTAIT EN 1914. 

En France, l’impôt sur le revenu a été créé pour financer la Première Guerre Mondiale. Temporaire. Le temps du conflit. La guerre s’est terminée en 1918. L’impôt fête ses 110 ans cette année. Ce n’est pas un cas isolé :


 

— TVA française : créée en 1954 pour la reconstruction d’après-guerre. Temporaire. Passée de 8% à 20%. — CSG : créée en 1991 pour “rembourser temporairement” la dette sociale. Toujours là. Et augmentée. — Contribution exceptionnelle sur les hauts revenus : créée en 2012 “exceptionnellement.” Toujours là en 2026. — TVA suisse : introduite en 1995 pour financer l’AVS. Temporaire. Passée de 6,5% à 8,1%. Et ça continue.  Il existe une règle universelle et absolue en politique : un impôt temporaire ne disparaît jamais. Il devient permanent. Puis il augmente. Puis on en crée un nouveau — temporaire. Les gouvernements ont transformé l’urgence en habitude et le provisoire en définitif. Et les contribuables paient. Indéfiniment.

 

 



Impôt

L'impôt est un prélèvement autoritaire et sans contrepartie directe en vue de couvrir les charges publiques (celles de l'État ou d'une collectivité publique).

Il en existe une grande variété de types :

  • les impôts sur les revenus (en France : l'impôt sur le revenu (IR), l'impôt sur les sociétés (IS)),
  • les impôts relatifs à la consommation (en France : la taxe sur la valeur ajoutée (TVA)),
  • la fiscalité du patrimoine (en France : les droits d'enregistrement, l'impôt sur la fortune immobilière (IFI), la flat tax (PFU), l'impôt sur les successions[1], l'impôt sur les plus-values),
  • la fiscalité locale (en France : la taxe foncière, la taxe d'habitation).

L'impôt peut notamment être prélevé à la source

L'impôt strictement encadré (position libérale)

Qu'est-ce que la justice fiscale ?

Adam Smith établit quatre règles fiscales immuables dans son Essai sur la richesse des nations (1776), conditions minimales pour ne pas tomber dans l’arbitraire fiscal :

  • égalité : chaque sujet contribue en proportion de ses facultés, c’est-à-dire en proportion de son revenu ;
  • certitude : la portion d’impôt que chaque individu est tenu de payer doit être certaine, et non arbitraire (quand et comment s'effectue le paiement, pour quelle quantité) ;
  • commodité : tout impôt doit être perçu à l’époque et selon le mode qui convient le mieux au contribuable ;
  • économie : tout impôt doit être conçu de manière qu’il fasse sortir des mains du peuple le moins d’argent possible au-delà de ce qui entre dans le Trésor d'État.


Taxation et représentation

Un des principes libéraux concernant la fiscalité est « pas de taxation sans représentation » : celui qui subit la fiscalité a le droit de prendre part aux affaires publiques (au moins indirectement, par la démocratie représentative). C'est la Révolution américaine qui a consacré ce principe déjà énoncé dans le Bill of Rights anglais, les colons américains s'insurgeant contre de nouvelles taxes lors de la Boston Tea Party.

Contre la progressivité de l'impôt

Les libéraux non libertariens sont en général en faveur d'un impôt proportionnel (du type flat tax), qui laisse intacts les rapports entre les différents revenus nets. En revanche, ils sont opposés à l'impôt progressif[2], qu'ils jugent confiscatoire et illégitime. La taxation est considérée comme une charge pour couvrir les frais de la production des services offerts par l'État. Au demeurant, l'impôt progressif avait été préconisé par Marx et Engels comme une des premières mesures brutales que devrait prendre le gouvernement révolutionnaire en vue de centraliser les décisions économiques et de renverser la « société capitaliste ».

Dans L'Action humaine, Ludwig von Mises explicite admirablement l'une des raisons de l'opposition libérale à la progressivité de l'impôt, en montrant qu'elle ferme l'accès à la constitution de nouvelles fortunes et profite en fait aux fortunes établies :

«  Mais aujourd'hui, les impôts absorbent la plus grande part des profits « excessifs » du nouveau venu. Il ne peut accumuler du capital ; il ne peut étendre sa propre affaire ; il ne deviendra jamais une grande affaire et le rival des situations établies. Les firmes anciennes n'ont pas à redouter sa concurrence, elles sont abritées par le percepteur. Elles peuvent sans danger rester dans la routine, se moquer des désirs du public et refuser le changement. Il est vrai que le percepteur les empêche, elles aussi, d'accumuler du capital neuf. Mais le plus important pour elles est que le dangereux nouveau venu ne puisse pas accumuler de capitaux. Elles sont virtuellement privilégiées par le régime fiscal. En ce sens, la fiscalité progressive entrave le progrès économique et favorise la rigidité sociale. Alors que dans l'économie de marché non entravée la possession d'un capital est une source d'obligation forçant le possesseur à servir les consommateurs, les méthodes modernes de fiscalité la transforment en privilège. »

    — Ludwig von Mises, L'Action humaine, 1949

Pour Friedrich Hayek, la progressivité est « une invitation à la discrimination et le prétexte à un pur arbitraire » (The Constitution of Liberty, 1960). Hayek donnait une autre conséquence provoquée par l'instauration de l'impôt progressif : la déspécialisation. Quelqu'un sachant qu'il sera beaucoup plus imposé en travaillant davantage sera désincité à fournir des efforts supplémentaires et préfèrera donc occuper autrement les heures qu'il aurait normalement consacrées à son labeur. Il optera pour des loisirs ou pour des travaux qu'il exécutera lui-même, évitant ainsi de devoir payer un homme du métier qu'il aurait dû rétribuer normalement avec le salaire récompensant ses propres heures de travail spécialisé.

De plus, Hayek fait un sort à la croyance selon laquelle l'impôt progressif serait bénéfique aux pauvres. Il invoque trois arguments à l'appui de sa thèse :

  1. Les recettes obtenues par l'imposition des tranches élevées des revenus sont plutôt négligeables en comparaison des autres sources fiscales. Elles pourraient tout aussi bien être obtenues en instituant une légère hausse de la proportionnalité.
  2. Les vrais bénéficiaires de l'impôt progressif sont les classes moyennes, et non les indigents.
  3. Par sa propagande laissant croire aux classes moyennes que l'essentiel de la charge fiscale reposait sur les plus fortunés, l'État a réussi à rendre plus tolérable aux contribuables l'augmentation générale de la fiscalité en légitimant ainsi le sentiment d'envie.

Pour Pascal Salin (L'arbitraire fiscal), l'impôt proportionnel ne représente rien d'autre qu'un cas de discrimination sociale, et la progressivité renforce encore ce caractère arbitraire et inégalitaire. Les arguments avancés pour justifier la progressivité de l'impôt sont généralement les suivants :

  • égalisation des sacrifices (il est normal de demander plus à ceux qui ont plus) ;
  • l'État doit assumer une fonction de redistribution et de solidarité des riches envers les moins riches.

Le premier argument invoque la loi de l'utilité marginale décroissante, mal comprise et appliquée avec une vision mécaniciste de la société, car l'utilité est un jugement de valeur personnel et il est impossible de comparer l'utilité entre individus différents ; de plus on ne peut parler de sacrifices, car il n'y a pas de consentement. Le second argument impose une solidarité obligatoire, sans valeur morale ; il n'y a par ailleurs aucune preuve qu'il y ait une redistribution effective vers ceux qui ont réellement besoin d'être aidés.

Maurice Allais, quant à lui, souligne le côté rétrograde de l'impôt progressif :

«  L'impôt progressif sur le revenu pénalise les plus capables et favorise indûment les moins capables en les affranchissant de l'impôt. Il constitue un obstacle à la promotion sociale. C'est un impôt conservateur et réactionnaire qui protège la fortune acquise et compromet la constitution de patrimoines pour tous ceux qui ne disposent d'autres ressources que celles de leur travail. »

    — Maurice Allais, Le Figaro du 23 novembre 1975


L'impôt, c'est le vol (position libertarienne)

Impôt et libéralisme

L’impôt n’est pas conforme au principe du libéralisme car il constitue une atteinte à la propriété privée et à la liberté individuelle (comme son nom l'indique, l'impôt est « imposé »[3]). Le prélèvement de l'impôt est fondé par la coercition. La propriété privée concerne à la fois ce qu’un individu possède à un instant donné, et les revenus qu’il retire de son travail ou des biens qu’il possède. Ainsi, l’impôt sur le revenu est une atteinte à la propriété de l’individu sur le fruit de son travail ; l’impôt sur les dividendes est une atteinte à la propriété sur les revenus de ce qu’il possède ; l’impôt sur la fortune est une atteinte à la propriété des biens eux-mêmes :

«  L'impôt est contraire au principe de base [du libertarisme] parce qu'il implique une agression contre les citoyens non agressifs qui refusent de le payer. Que le gouvernement offre des biens et services en échange de l'argent des impôts n'y change absolument rien. Le point important est que le soi-disant "échange" (impôt contre services publics) est coercitif : l'individu n'est pas libre de le refuser. Qu'une majorité de citoyens soient d'accord pour la coercition fiscale n'y change rien non plus. L'initiation de l'agression, même supportée par la majorité des gens, est illégitime. »
    — Walter Block, Defending the Undefendable

Alors que beaucoup de personnes estiment que les impôts sont justifiés, soit parce qu'ils réaliseraient une redistribution plus « juste » des revenus (mais on se demande au nom de quel principe d'égalité, puisque le taux de prélèvement est toujours fixé arbitrairement), soit parce qu'ils seraient la contrepartie de services rendus par l'État (éducation, sécurité, voirie, etc.) selon la théorie des biens publics, les libertariens estiment qu'il s'agit d'une extorsion. L'individu ne paye pas en fait des services à un juste prix, il est transformé en payeur aveugle au nom d'un principe collectiviste : fiscalement, il n'y a pas d'affectation des ressources aux dépenses (le butin volé est partagé arbitrairement), et toutes les cours de justice précisent bien que l’impôt est dû « sans contrepartie ». Il n'y a plus pour le citoyen que le choix entre être un esclave (auquel on vole le fruit de son travail) ou un receleur (s'il est bénéficiaire net de l'argent volé).

En résumé, l'impôt est toujours immoral pour les raisons suivantes :

  • absence de consentement : il faudrait que celui qui paie l’impôt y consente librement ("consentement à l'impôt"), et ait la possibilité de refuser.
  • absence d'affectation : l'impôt devrait être affecté à des dépenses approuvées par celui qui le paie, qui pourrait de plus en vérifier l'affectation (alors qu'en pratique le contribuable ne peut contester le montant de ses impôts en invoquant son désaccord avec l’affectation de tout ou partie des deniers publics)
  • absence d'efficacité : il faudrait que les biens ou les services fournis par l'impôt ne puissent être fournis à de meilleures conditions par le secteur privé, ce que les monopoles publics empêchent.
  • absence de rétribution : l'impôt devrait être considéré comme un prêt volontaire fait par le contribuable à l'État, il conviendrait donc de le rétribuer par un intérêt conforme aux lois du marché.

Les discussions entre économistes quant à savoir si tel type d'impôt, direct ou indirect, proportionnel ou progressif, serait plus juste que tel autre type d'impôt, sont donc totalement absurdes.

Illusion fiscale

Nuvola apps colors.png Article principal : illusion fiscale.

L'illusion fiscale empêche le citoyen de remettre en question la pertinence de l'impôt qui est levé par le pouvoir et l'emploi qui en est fait.

Monnaie fiscale

Nuvola apps colors.png Article principal : monnaie fiscale.

La monnaie fiscale est une variété de monnaie préconisée par certains économistes pour "résoudre" le problème de la dette publique.

Social-démocratie

La social-démocratie, tendant vers le socialisme, a tendance à admettre l'idée que l'État a par principe un droit de propriété sur tout ce que possède le citoyen. On parlera par exemple de « cadeau fiscal » lorsqu'il s'agit de baisser tel ou tel impôt. Derrière le mot « cadeau fiscal » il y a l'idée que la totalité des revenus du citoyen appartient en réalité à l'État : l'individu est apparemment censé être content que l'État lui laisse généreusement de quoi vivre, alors qu'avec la taxation il s'agit bien d'une réduction autoritaire et arbitraire de sa propriété en faveur de l'État ! L'État, qui est une cleptocratie, s'ingénie à forger des expressions pour brouiller les idées de ses sujets (un non-vol serait un « cadeau ») et ainsi éviter d'être mis en cause.

L'impôt volontaire, auquel le citoyen est présumé « consentir librement » (article 14 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen) est un mythe qui ne vise qu'à cacher l'oppression fiscale (essayez, pour voir, de « ne pas consentir » à payer l'impôt, voir Consentement à l'impôt).

Les impôts sont une continuation, avec certaines transformations purement formelles, de l'esclavage : c'est le tribut exigé par quiconque exerce le pouvoir sur les autres. Un esclave, au sens moderne, est celui qui remet la totalité de sa production à son "maitre-propriétaire". Le citoyen contemporain verse la moitié de sa production à l'État, il est donc un semi-esclave de l'État.

L'alternative à l'impôt

Il est évident que certaines fonctions de l’État sont utiles et qu'on ne peut les supprimer, la question est de savoir s'il est nécessaire de les financer par la coercition fiscale et s'il est nécessaire que ce soit la fonction publique (ou le parapublic) qui les prenne en charge. Les solutions libertariennes sont les suivantes :

  • privatisation du maximum d'activités étatiques (par exemple il n'y a aucune raison que l'enseignement, la santé, le réseau routier, la télévision et la radio, la banque, etc. soient pris en charge par l’État) ;
  • les secteurs peu justifiés économiquement (par exemple la culture, le sport, l'assistanat...) seraient pris en charge sur une base volontaire soit par le marché, soit par le milieu associatif (associations culturelles, sportives, caritatives...), soit disparaîtraient d'eux-mêmes (faisant ainsi la preuve de leur inutilité) ;
  • cessation de toute subvention aux associations, aux entreprises, aux syndicats, aux partis, aux églises, etc.
  • concernant les fonctions régaliennes (défense, police, justice), il n'y a pas d'unanimité ; Ayn Rand suggère un impôt volontaire, ce qui est jugé en général illusoire. Dans tous les cas, doivent être respectés :
    • le principe de neutralité de l'impôt : l’État doit laisser jouer les mécanismes du marché et rester en dehors de l'activité économique ;
    • le principe de l'égalité devant l'impôt : impôt égal à capacité contributive égale ;
    • des règles stables dans le temps [4].

Il a existé historiquement plusieurs cas d'États dépourvus de tout impôt et gérés comme des entreprises, comme l'État bernois jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, qui était « un État-entrepreneur domanial »[5] :

Berne était la plus grande république au nord des Alpes, s’étendant des portes de Genève aux portes de Zurich. Ses ressources financières étaient la propriété foncière, les émoluments des offices, les contributions aux routes et le commerce du sel et du blé. En plus, au XVIIIe siècle, les placements à l’étranger fournissaient un septième du budget. (Beat Kappeler, La fin de l’État idéal, Le Temps, 2 juillet 2011)


Idée reçue : "les impôts sont le prix que nous payons pour avoir une société civilisée"

Cette phrase aurait été prononcée pour la première fois en 1904, dans un discours du juriste américain Oliver Wendell Holmes Jr. (1841–1935), juge à la Cour suprême des États-Unis de 1902 à 1932. Elle figure au fronton de l'immeuble du siège de l'IRS, le fisc américain, à Washington.

Il s'agit là d'un sophisme étatiste du type post hoc qui affirme que la taxation est une condition préalable à la vie en société. Les libertariens dénoncent ce sophisme :

«  Voilà une affirmation qui nous a coûté bien cher. La civilisation découle du développement économique, moral et social. La liberté en est une condition préalable. Les impôts et le pouvoir de taxation sont destructeurs de la civilisation et de tout progrès. Régir l'économie, dominer le monde et faire financer tout cela, sous la contrainte, par des individus productifs, est un viol du principe des droits naturels ; poussé à l'extrême, ce système détruit les moyens de production et la richesse du pays. »
    — Ron Paul, Taxes, Liberty Defined, 2011

«  Les impôts sont le prix que nous payons pour avoir échoué à construire une société civilisée. Plus le niveau d'imposition est élevé, plus l'échec est grand. L'État totalitaire à planification centrale représente l'échec complet du monde civilisé, tandis qu'une société complètement volontaire constitue son succès ultime. »
    — Mark Skousen

Courbe de Laffer

Nuvola apps colors.png Article principal : Courbe de Laffer.

La courbe de Laffer montre qu'au-delà d'un certain seuil, plus la pression fiscale augmente, plus les recettes fiscales diminuent, en raison de l'effet désincitatif sur l'offre de travail (trop d'impôt tue l'impôt).

Synthèse


Dans une perspective libérale classique, un État minimal conduit nécessairement à un impôt minimal, qui n'entrave pas le développement économique (le taux d'imposition est plus proche de 0 % que de 100%). En revanche, dans une social-démocratie, l'histoire montre qu'il n'y a pas de limite au taux d'imposition, si ce n'est la désincitation que traduit la courbe de Laffer.

Tel que le conçoivent les libertariens, l'axiome de non-agression aboutit à rejeter le principe même de l'impôt. Les partisans du contrat social, libéraux ou non, arguent que l'impôt fait partie d'un contrat libre passé entre le gouvernement et la population : quiconque n'est pas d'accord peut toujours se libérer du contrat en quittant le pays. En réponse à cette objection, certains libertariens (tendance anarcho-capitaliste) soulignent le caractère fictif du contrat social, qui n'est qu'une justification de l'agression étatique. D'autres (tendance minarchiste) comptent davantage sur la concurrence fiscale entre pays pour « limiter » cette agression.

Il est intéressant d’observer que les origines des droits de l'Homme sont liées à la résistance à l'impôt : la Grande Charte (Magna Carta, 1215), la Déclaration d'Indépendance des États-Unis (4 juillet 1776) et la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen (20 Août 1789) ont leurs origines respectives dans la résistance fiscale, sans compter le plus ancien symbole de la liberté connu, le Ama-gi. Max Stirner l'explique ainsi :

« La propriété fut l'étincelle qui mit le feu à la Révolution. Le gouvernement avait besoin d'argent. Il devait dès lors, pour être logique, montrer qu'il était absolu, et par conséquent maître de toute propriété, en reprenant possession de son argent, dont les sujets avaient la jouissance, mais non la propriété. Au lieu de cela, il convoqua des états généraux, pour se faire accorder l'argent nécessaire. En n'osant pas être conséquent jusqu'au bout, on détruisit l'illusion du pouvoir absolu : le gouvernement qui doit se faire « accorder » quelque chose ne saurait plus passer pour absolu. Les sujets s'aperçurent que les véritables propriétaires étaient eux, et que c'était leur argent qu'on exigeait d'eux. »
    — Max Stirner, L’unique et sa propriété

Informations complémentaires

Notes et références

  • Les partisans de l'impôt sur les successions soutiennent que les riches prendront la main sur l'économie à moins qu'une partie de leurs avoirs en capital ne soit imposée par l'État. Ceci est basé sur l'hypothèse que les riches sont peu peu nombreux et plus à même de s'organiser. On leur donne l'ambition de dominer le gigantesque éventail des intérêts concurrents sur le marché. Bien sûr, il n'y a aucun moyen que cela puisse être fait sans la coercition gouvernementale. Toute cette idée est ridicule puisque l'économie n'est pas statique. Où sont les géants industriels des années 1980, des années 1950, des années 1900 et ceux d'avant ? Toutes les entreprises qui furent dominantes à un moment donné de l'histoire sont soit devenues beaucoup plus petites, soit ont été incorporées dans des entreprises concurrentes parce qu'elles n'ont pas pu répondre au test du marché. Ainsi, l'impôt sur les successions qui tend à paralyser l'économie en réduisant l'offre de capitaux d'investissement, repose davantage sur le désir de l'homme politique d'avoir plus d'argent à distribuer à son électorat que sur un examen rationnel des faits.

  • Walter J. Blum, Harry J. Kalven, Jr., 1952, "The Uneasy Case for Progressive Taxation", University of Chicago Law Review, Vol 19, pp417–520

  • Sur l'étymologie révélatrice de ce terme, voir Étymologie de l'impôt, de Thierry Afschrift.

  • "On Friedrich Hayek and taxation: rationality, rules, and majority rule", Michael W. Spicer, National Tax Journal, Vol. 48, no. 1, (March, 1995)

    1. Stefan Altorder-Ong, Staatsbildung ohne Steuern, éd. Hier und Jetzt, 2011

    Bibliographie

    • 1968, Raymond De Roover, "L'Impôt dans le cadre de la ville Et de l'État", Speculum, Vol 43, n°4, pp732-733
    • 1970, James Coffield, "A Popular History of Taxation", London: Longman
    • 1985. Pascal Salin. L'arbitraire fiscal. Libertés 2000. Paris : Robert Laffont. (ISBN 2-221-04845-8)
    • 1999. Charles Adams. Those Dirty Rotten Taxes: The Tax Revolts that Built America. New York : Touchstone Books.
    • 2003, Karsten von Blumenthal, Birger Nerré, "Tax culture in nineteenth-century Austria", Proceedings. Annual Conference on Taxation and Minutes of the Annual Meeting of the National Tax Association, Vol 96, pp54-62
    • 2009, Leonardo Facco, "Elogio dell’evasore fiscale. Se le tasse son un furto non pagarle è legittima difesa" ("Éloge du fraudeur fiscal. Si les impôts sont du vol, ne pas les payer est de la légitime défense"), Aliberti Editore, Roma
    • 2014, Leonardo Facco, "I tweet dell’evasore #perchèletassesonosempreunfurto", ("Les tweets de l'évadé fiscal #parcequelesimpôtssonttoujoursduvol"), Movimento Libertario Edit, Treviglio (Bergamo)

    Voir aussi

    Organisations militantes

    Liens externes




    Taxe sur la valeur ajoutée

    Définition de la TVA (ou Taxe sur la valeur ajoutée)

    La Taxe sur la valeur ajoutée (TVA) est une taxe assise sur la consommation des ménages et des entreprises. C'est en France en 1954 que cette taxe sera mise en œuvre pour la première fois par Maurice Lauré, inspecteur des finances et directeur adjoint de la Direction générale des Impôts. Son idée constitue probablement (et tristement) l'une des meilleures exportations françaises, avec plus de 150 pays qui l'ont adoptée.

    La TVA est un impôt indirect sur les dépenses de consommation. Elle est payée in fine par le consommateur et collectée par les entreprises qui participent au processus de production et de commercialisation. Le montant de la taxe est proportionnel au prix de vente hors taxe (HT).

    Le principe est le suivant : l'entreprise majore son prix de vente du montant de la TVA qu'elle facture à son client et qu'elle reverse à l’État après déduction des montants de TVA (opération dite de récupération de la TVA) qu'elle a dû payer à ses propres fournisseurs pour acquérir les biens et services nécessaires à son activité.

    La TVA est donc intégralement supportée par le consommateur, mais collectée de manière fractionnée par les organismes assujettis à la TVA (entreprises, certaines professions indépendantes et certaines associations). Ceux-ci reversent la TVA à l’État, en fonction de sa valeur ajoutée qui est la différence entre la valeur finale des biens et services (prix de vente) et la valeur des biens et services utilisés dans le processus de fabrication.

    Position libérale

    Les anarcho-capitalistes rejettent tout impôt et trouvent par conséquent la TVA illégitime. Pour les autres libéraux, pour qui donc un impôt minimum est nécessaire, la TVA est possiblement l'une des moins mauvaises taxes : assiette large, application identique à tous, en fonction du niveau de consommation, etc. Par certains aspects, elle présente des ressemblances avec la flat tax qui s'applique aux revenus. Néanmoins, même l'idée originale de la TVA d'une taxe simple a été pervertie par le clientélisme, avec de nombreux taux de TVA différenciés selon le niveau de pouvoir de ceux qui en bénéficient : TVA réduite à 5,5 % pour les restaurateurs sous Nicolas Sarkozy, TVA réduite à 10 % pour les travaux de rénovation, mise en place puis supprimée, etc. L'illisibilité et l'instabilité sont largement la règle dans l'action étatique. En France métropolitaine et en 2014, il existe quatre taux de TVA applicables (cf. articles 278 et suivants du Code général des impôts) :

    • Le taux normal à 20 %, pour toutes les ventes de biens ou de services hormis celles soumises par la loi à un autre taux ;
    • Le taux intermédiaire à 10 %, notamment pour les produits agricoles non transformés, le bois de chauffage, les transports de voyageurs, la restauration, les travaux d'amélioration du logement, les droits d'entrée dans les musées, zoo, etc.
    • Le taux réduit à 5,5 %, pour les produits de première nécessité et de consommation courante : biens alimentaires non transformés par exemple, ainsi que certains produits culturels comme les livres, etc.
    • Le taux particulier à 2,1 %, qui ne concerne que très peu de catégories de biens comme les médicaments remboursables par la Sécurité sociale, certains spectacles et publications de presse, etc.

    Les libéraux reprochent aussi à la TVA son aspect « indolore », la taxe étant cachée dans le prix global du produit. Le Français moyen ne réalise pas qu'il paye 20 % plus cher ses achats à cause de cette taxe, et donc qu'il contribue bien plus au budget de l’État qu'il n'en reçoit.

    Citations

    • « Le gouvernement devrait se garder d'augmenter la TVA ou la CSG pour financer les caisses percées de la Sécurité sociale. [...] J'ai offert depuis longtemps un prix d'un million d'euros si on me montre un produit importé qui paie une taxe. Comme le dit la sagesse fiscale, ce n'est pas parce que vous mettez un impôt sur les vaches que ce sont les vaches qui paient l'impôt. Au final, ce sont les consommateurs de produits importés qui paient les taxes. Ce ne sont donc pas les Chinois qui paieront la protection sociale des Français, mais bien les Français eux-mêmes. » (Alain Madelin[1])

    Notes et références

    TVA sociale

    La TVA sociale est l'affectation d'une partie du produit de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) au financement de la protection sociale. Sa mise en place se traduit concrètement par une hausse de la TVA et donc des impôts au sens large, à la place de cotisations sociales existantes (dans ce cas, il y aurait baisse des cotisations) ou envisagées pour augmenter les ressources.

    Ses partisans prétendent donc que TVA sociale est une façon de faire participer les consommateurs à leur protection sociale, et d'améliorer la compétitivité économique du pays (et éviter des délocalisations). La mesure est régulièrement envisagée et abandonnée en France, où le niveau très élevé des cotisations sociales (voir structure du salaire en France), finançant la sécurité sociale, pèse sur le coût du travail et donc la compétitivité économique. Parmi ses avatars nombreux, elle fut un sujet récurrent de débats dans la présidentielle de 2007 (mesure défendue par Nicolas Sarkozy) et revient en 2025 dans la bouche de François Bayrou.

    Les libéraux sont critiques de la mesure, qui est un palliatif néfaste à une vraie réduction de la dépense publique, consistant à faire payer au consommateur l'excès de dépense publique au lieu de la réduire vraiment. Enfin, les taxes sur la consommation étant toujours in fine payées par le consommateur, c'est une réduction de la consommation que la TVA dite sociale engendre, au détriment des plus pauvres. 

    Critique libérale de la TVA sociale

    La TVA sociale consiste donc (en théorie du moins) à réduire les coûts de production, et à les remplacer par des taxes sur la consommation. Pour les promoteurs de la TVA sociale, ce transfert de charges au sein du financement de la sécurité sociale permettrait d'alléger le coût du travail et de taxer davantage les produits importés, créant un effet désincitatif (les ménages achèteront moins de produits importés). Cependant, la protection sociale reste toujours à la charge des agents économiques nationaux : ce n'est pas l'importateur qui la paye, mais bien le consommateur.

    Aux yeux des libéraux, qui préconisent plutôt le salaire complet, ce transfert vers la TVA entraîne surtout une augmentation des prix qui pénalise les consommateurs, notamment les plus modestes. En effet, les taxes sur la consommation pèsent identiquement sur la consommation des ménages pauvres ou riches ; en pourcentage des dépenses elles pèsent légèrement plus sur les ménages les plus riches, et en proportion du revenu, elles pèsent davantage sur les bas revenus, qui consomment une plus grande partie de leur revenu. Comme le résume le journaliste François Lenglet, « Si on taxe la viande de bœuf, ce n'est pas la vache qui paie »[1].

    La TVA sociale n'est donc qu'un tour de passe-passe technocratique, une taxe sur la consommation (plutôt que sur la valeur ajoutée proprement dite) d'inspiration protectionniste, qui ne s'attaque pas à la racine du problème : le coût trop élevé d'une protection sociale monopolistique et collectiviste. Elle relève de la manie étatique de fiscaliser la protection sociale (commencée avec la CSG en 1991), et de présenter l'impôt comme la solution à tous les problèmes de la société[2] :

    « De quelque côté que l’on se tourne, la « TVA sociale » ne pourra tenir les extravagantes promesses de ses thuriféraires. Il n’existe pas de potion miracle qui permettrait, en remplaçant une cotisation par un impôt, un prélèvement obligatoire par un autre, d’améliorer sans effort notre compétitivité. Seule la maîtrise de nos dépenses sociales peut avoir des effets économiques durables. »
        — Alain Madelin

    Citations

    • « Le gouvernement devrait se garder d'augmenter la TVA ou la CSG pour financer les caisses percées de la Sécurité sociale. [...] J'ai offert depuis longtemps un prix d'un million d'euros si on me montre un produit importé qui paie une taxe. Comme le dit la sagesse fiscale, ce n'est pas parce que vous mettez un impôt sur les vaches que ce sont les vaches qui paient l'impôt. Au final, ce sont les consommateurs de produits importés qui paient les taxes. Ce ne sont donc pas les Chinois qui paieront la protection sociale des Français, mais bien les Français eux-mêmes. » (Alain Madelin[3])
    • « Il ne s’agit pas de donner au salarié tout ce qu’il gagne : l’objectif est de diminuer la charge de l’entreprise (qui, il est vrai en a bien besoin) en privant le travailleur d’une partie de son salaire différé. La TVA sociale, c’est donc bien cela : une diminution des salaires. Mais pour que la spoliation du travailleur soit encore plus complète, on veut l’obliger aussi à payer plus cher ce qu’il consomme, par le biais d’une hausse de la TVA. » (Claude Reichman)
    • « L'expression elle-même : TVA sociale cache une substitution d'une augmentation de la taxe dénommée TVA - en taux ou en assiette, on ne sait... - à une diminution des cotisations sociales obligatoires - en taux ou en assiette, on ne sait là encore... -. Elle est donc une alliance de mots, apparemment contre nature, sauf à reconnaître que les cotisations sociales obligatoires sont, contre toute attente et contre les institutions françaises, des impôts. » (Georges Lane)
    • « Au final, à long terme, la hausse de la TVA aura plutôt pour conséquence de réduire le salaire net et de limiter les possibilités, pour les entreprises, de maintenir leur compétitivité... Alors même qu'un des objectifs avoués de cette TVA sociale, anti-délocalisations, est de redonner un peu de compétitivité aux entreprises françaises. Une fois de plus, nos politiciens prônent des mesures qui, à moyen terme, provoqueront les effets inverses de ceux qui sont attendus. » (Vincent Bénard)

    Informations complémentaires

    Notes et références

     

     

     

     

     

     

     

     

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