janvier 12, 2026

Quand la littérature inspire les économistes : Robinson Crusoé

Les économistes emploient souvent des modèles simplifiés pour exposer des concepts. Le personnage de Robinson Crusoé est souvent invoqué : en effet, dans le roman de Daniel Defoe, Robinson utilise les sciences et le calcul pour améliorer sa situation sur une île déserte. 
 
 

Robinson est-il un homo œconomicus ?

Robinson Crusoé, le roman de Daniel Defoe publié en 1719, ne fut pas seulement un mythe littéraire : il exerça une influence décisive sur les économistes, qui s'en sont emparés pour faire du personnage de Robinson le représentant emblématique de l'homo œconomicus des économies de marché. […]

Les premiers néoclassiques lui accordent toute leur attention. [Certains auteurs comme] Alfred Marshall s'y réfèrent explicitement, pour faire apparaître […] la maximisation de l'utilité à travers les arbitrages entre loisir et consommation ou entre consommation présente et future. Robinson maximise son bien-être en comparant la peine du travail et les satisfactions procurées par la consommation des biens qu'il produit, ou le renoncement à la consommation présente au profit d'une consommation future accrue. […]

[Robinson] incarne un idéal de calcul rationnel qui s'impose à tout agent, dans toute société.
Claire Pignol,
« Robinson Crusoé, usages et mésusages d'un roman », L'Économie politique n°079, 1er juillet 2018.
 

Comment le héros du roman survit-il ?

Robinson Crusoé entreprend de cultiver des céréales.

Il me vint par hasard à la pensée que je ferais bien de ne pas tout semer en une seule fois, ne sachant point si alors le temps était favorable ; je ne risquai donc que les deux tiers de mes grains, réservant à peu près une poignée de chaque sorte. Ce fut plus tard une grande satisfaction pour moi que j'eusse fait ainsi. De tous les grains que j'avais semés pas un seul ne leva ; parce que, les mois suivants étant secs, et la terre ne recevant point de pluie, ils manquèrent d'humidité pour leur germination. 
 
Daniel Defoe,
Robinson Crusoé, 1719, Traduction française, 1836, publié en ligne par Wikisource.org. Chapitre « Souvenir d'enfance ».
 
 

Si la figure de Robinson Crusoé a servi à illustrer de nombreuses théories philosophiques, Rousseau en premier lieu, ce fut aussi le cas de certaines théories économiques tant du côté des néoclassiques que de Marx. Nous revenons aujourd'hui sur la figure de Robinson comme agent économique.

Avec Pignol Claire, maître de conférences en économie à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, historienne de la pensée économique, ayant travaillé sur les représentations de l’économie dans la littérature

C’est le début d’une nouvelle série dédiée aux romans de l’économie.

Si la plupart des philosophes se sont nourris d’exemples littéraires - pour illustrer leurs théories et mieux saisir le réel - longtemps les économistes se sont couchés sans goûter au bonheur de la fiction, tout du moins dans leurs travaux.

Quelques exceptions heureuses au tableau de l’indifférence littéraire des économistes ! De rares personnages et leurs mythes comme celui de Robinson Crusoé - le héros de Daniel Defoe, mille fois revisité par la critique littéraire et, surprise, par les économistes.

Voilà que l’aventurier qui a échappé au naufrage, s’est retrouvé pris dans les filets des querelles théoriques économiques ! Alors que peut-on dire de l’agent économique Robinson ? Quels systèmes et mécanismes s’expriment à travers son expérience insulaire ?

La première activité de Robinson Crusoë, c'est le travail. En cela, c'est vraiment un agent économique. Claire Pignol
 

 

Robinson Crusoé

L'histoire de Robinson Crusoé, écrite par Daniel Defoe en 1719, raconte l'aventure d'un homme échoué sur une île déserte après un naufrage. Robinson Crusoé doit faire face à des défis de survie, tels que la recherche de nourriture, la construction d'un abri et la préservation de sa santé mentale. L'œuvre met en lumière la capacité de l'individu à s'adapter à des conditions extrêmes et à développer des compétences pour survivre dans un environnement isolé.

L'étude en économie de Robinson Crusoé offre une perspective intéressante sur les principes économiques fondamentaux. En observant les choix et les décisions de Robinson Crusoé dans son isolement, nous pouvons analyser les notions de production, d'échange, de valeur, d'utilité marginale et d'organisation économique. L'histoire de Robinson Crusoé fournit un cadre simplifié qui nous permet de mieux comprendre les mécanismes économiques et les comportements individuels dans des conditions limitées et autonomes. En utilisant cette approche, nous pouvons explorer les concepts économiques de base et examiner comment ils se manifestent dans un environnement isolé et sans contraintes externes. Afin d'évaluer la pertinence de ces concepts, il est primordiale de revisiter l'analyse économique dans des contextes plus complexes et interconnectés de la société contemporaine. 

Le processus d'épargne de Robinson Crusoé

Robinson Crusoé, célèbre naufragé, nous offre un exemple captivant du processus d'épargne et de planification dans la réalisation de biens d'investissement. En partant de sa situation initiale de subsistance basée sur la cueillette de mûres, il fait une découverte entrepreneuriale qui le pousse à renoncer à la consommation immédiate pour investir dans la fabrication d'une gaule en bois. Cette expérience nous éclaire sur l'importance de l'épargne et de la planification pour améliorer la productivité future.

A. Situation initiale : la cueillette de mûres pour sa subsistance

Au début de son aventure sur l'île déserte, Robinson Crusoé se retrouve confronté à la nécessité de subvenir à ses besoins essentiels, notamment en matière de nourriture. Il se tourne donc vers la cueillette de mûres, une source abondante de nourriture disponible sur l'île. À ce stade, Robinson n'a pas encore pris conscience de l'importance de l'épargne et de l'investissement dans la création de biens productifs.

B. Découverte entrepreneuriale : l'utilisation d'une gaule en bois pour améliorer la récolte

Au fil du temps, Robinson fait une découverte entrepreneuriale qui va changer sa perspective sur la cueillette des mûres. Il se rend compte, phénomène de l'épiphanie, que l'utilisation d'une gaule en bois lui permettrait de récolter les mûres de manière plus efficace. Cette gaule lui permettrait d'atteindre les branches les plus élevées des arbustes à mûres, augmentant ainsi son rendement de cueillette.

C. La nécessité de l'épargne : renoncer à la consommation immédiate pour fabriquer la gaule

Cependant, pour fabriquer cette gaule, Robinson se trouve confronté à un dilemme. Il doit renoncer à la consommation immédiate des mûres qu'il cueille afin d'économiser une partie de sa récolte. Cette épargne lui permettra d'accumuler suffisamment de ressources pour fabriquer la gaule en bois. Robinson réalise que pour améliorer sa productivité future dans la cueillette des mûres, il doit sacrifier une partie de sa consommation immédiate.

D. Planification de l'action : économiser une partie des mûres pendant 10 jours

Robinson Crusoé élabore alors un plan pour économiser les mûres nécessaires à la fabrication de la gaule. Pendant une période de 10 jours, il décide de mettre de côté une portion de sa récolte quotidienne. Chaque jour, il réduit sa consommation de mûres et consacre une part de ses ressources à l'épargne. Cette planification lui permettra d'accumuler suffisamment de mûres pour pouvoir se consacrer à la fabrication de la gaule sans compromettre sa subsistance.

En somme, le processus d'épargne de Robinson Crusoé illustre la nécessité de renoncer à la consommation immédiate pour investir dans des biens productifs. Sa découverte entrepreneuriale l'a amené à comprendre l'importance de l'épargne et de la programmation entrepreneuriale dans l'amélioration de sa productivité future. Cette expérience nous rappelle l'importance de l'épargne dans le processus de création de biens d'investissement, que ce soit sur une île déserte ou dans une économie moderne.

L'analyse de l'épargne productive à partir de Robinson Crusoé

L'épargne joue un rôle essentiel dans le développement économique en permettant l'accumulation de ressources qui peuvent être investies dans des biens d'investissement. En différant leur consommation immédiate, les individus peuvent financer la production d'équipements, d'infrastructures et de technologies qui augmentent la productivité de l'économie et favorisent la croissance à long terme. Pour illustrer ce processus, nous examinerons l'exemple emblématique de Robinson Crusoé, le naufragé, qui met en évidence l'importance de l'épargne et du placement dans des biens d'investissement pour améliorer sa productivité et assurer sa survie sur une île déserte.

A. L'importance de l'épargne pour la production de biens d'investissement

L'épargne joue un rôle crucial dans la production de biens d'investissement. Lorsque les individus choisissent de différer leur consommation immédiate et d'économiser une partie de leurs ressources, ils peuvent accumuler des fonds qui seront ensuite investis dans des biens productifs tels que des équipements, des infrastructures ou des technologies. Ces biens d'investissement augmentent la productivité et la capacité de production de l'économie, stimulant ainsi la croissance économique à long terme.

B. Illustration du processus d'épargne et de placement en biens d'investissement avec l'exemple de Robinson Crusoé

Prenons l'exemple de Robinson Crusoé, le célèbre naufragé, pour illustrer le processus d'épargne et de placement en biens d'investissement. Au départ, Robinson se retrouve seul sur une île déserte sans aucune infrastructure ou outil de production.

Un jour, Robinson fait une découverte entrepreneuriale : il réalise que l'utilisation d'une gaule de bois faciliterait la cueillette des mûres, une source de nourriture abondante sur l'île. Cependant, pour fabriquer cette gaule, Robinson doit renoncer à la consommation immédiate des mûres et économiser une partie de sa récolte.

Robinson commence donc à économiser et à accumuler les mûres dans un panier. Il coordonne son comportement présent en fonction de son comportement futur : il préfère renoncer à la satisfaction immédiate des mûres pour pouvoir fabriquer la gaule et améliorer sa productivité future dans la cueillette des mûres.

Après avoir économisé pendant un certain temps, Robinson utilise les mûres épargnées pour subvenir à ses besoins pendant les cinq jours nécessaires à la fabrication de la gaule. Pendant cette période, il réduit progressivement sa consommation de mûres et alloue une partie de ses ressources à la production de biens d'investissement.

C. L'importance de l'épargne dans le processus de production de biens d'investissement

Dans cet exemple, Robinson Crusoé agit à la fois en tant qu'épargnant et entrepreneur. Il comprend l'importance de renoncer à la consommation immédiate pour accumuler des ressources et les investir dans des biens d'investissement, ce qui améliore sa productivité future.

L'histoire de Robinson Crusoé nous rappelle le rôle essentiel de l'épargne dans le processus de production de biens d'investissement. Dans une économie moderne, les individus épargnent et investissent leurs ressources dans des entreprises, des infrastructures et des technologies qui contribuent à la croissance économique à long terme. L'épargne permet de libérer des ressources pour la production de biens d'investissement et joue un rôle clé dans la prospérité économique globale.

La coordination du comportement économique de Robinson Crusoé

La réussite de Robinson Crusoé dans son parcours sur l'île déserte repose sur sa capacité à coordonner efficacement ses comportements présents et futurs. Cette coordination est étroitement liée à sa préférence temporelle, c'est-à-dire sa capacité à évaluer et à comparer la valeur de la consommation immédiate par rapport aux bénéfices futurs potentiels.

A. La préférence temporelle et la coordination des comportements présents et futurs

Robinson Crusoé est confronté à un dilemme constant entre la satisfaction immédiate de ses besoins et la nécessité de planifier ses actions en vue d'objectifs futurs. Sa préférence temporelle lui permet de peser les avantages et les inconvénients de la consommation présente par rapport aux gains potentiels à long terme. En renonçant à la satisfaction immédiate, Robinson peut épargner ses ressources limitées et les investir dans des projets qui augmenteront sa productivité future.

B. Éviter les processus d'action trop longs ou une épargne excessive

Dans son parcours, Robinson doit également éviter deux écueils : les processus d'action excessivement longs et l'épargne excessive. Les actions qui prennent trop de temps peuvent compromettre sa survie immédiate. Par exemple, si Robinson se consacrait entièrement à la construction d'un abri complexe sans s'occuper de sa subsistance immédiate, il pourrait mourir de faim ou devenir vulnérable aux éléments naturels. De même, une épargne excessive pourrait priver Robinson des avantages immédiats nécessaires à sa survie et à son bien-être. Il doit donc trouver un équilibre entre la préparation pour l'avenir et la satisfaction de ses besoins immédiats.

C. Le rôle de la préférence temporelle dans la possibilité de sacrifier une partie de la consommation présente pour atteindre un objectif futur

La préférence temporelle de Robinson lui permet de prendre des décisions éclairées quant à la gestion de ses ressources limitées. En comprenant la valeur à long terme de ses actions, il peut sacrifier une partie de sa consommation présente pour investir dans des projets qui favoriseront son bien-être futur. Par exemple, en économisant une partie de ses mûres pour fabriquer une gaule, Robinson améliore sa productivité future dans la cueillette des mûres et accroît ainsi ses chances de subsistance à long terme.

En somme, la coordination du comportement de Robinson Crusoé dépend de sa capacité à évaluer sa préférence temporelle et à prendre des décisions qui équilibrent la satisfaction immédiate avec les bénéfices futurs. Son parcours met en évidence le rôle essentiel de cette préférence dans la planification et la réussite à long terme sur son île déserte.

Analyse de la production dans l'isolement de Robinson Crusoé

L'examen de la production dans l'isolement de Robinson Crusoé, nous incite à mettre l'accent sur la notion de travail et de production individuelle, ainsi que sur l'organisation de la production et les choix auxquels Robinson Crusoé est confronté.

A. La notion de travail et de production individuelle

1. Les activités de subsistance de Robinson Crusoé sur l'île déserte

En tant que seul habitant de l'île déserte, Robinson Crusoé doit s'engager dans diverses activités de subsistance pour répondre à ses besoins de base. Cela comprend la chasse, la pêche, la culture de denrées alimentaires et la construction d'un abri. Ces activités de travail individuelles sont essentielles pour sa survie et illustrent la nécessité de produire directement les biens nécessaires.

2. L'importance de l'autosuffisance dans un environnement isolé

Étant donné l'absence de contact avec d'autres individus ou de possibilité d'échange commercial, Robinson Crusoé doit être autosuffisant. Il doit produire lui-même les biens nécessaires à sa survie, en utilisant les ressources naturelles disponibles sur l'île. Cette autosuffisance souligne l'importance de la production individuelle pour satisfaire les besoins de base en l'absence de ressources externes.

B. L'organisation de la production et les choix de Robinson Crusoé

1. La gestion des ressources limitées

Étant donné les ressources limitées disponibles sur l'île déserte, Robinson Crusoé est confronté à la tâche délicate de gérer efficacement ces ressources. Il doit prendre des décisions éclairées sur l'allocation des ressources entre différentes activités de production, en considérant les priorités, les contraintes et les conséquences de ses choix.

2. Les décisions d'allocation des ressources entre différentes activités

Robinson Crusoé doit faire des choix quant à la répartition de son temps, de son énergie et de ses ressources entre différentes activités de production. Par exemple, il doit décider combien de temps consacrer à la chasse par rapport à la construction d'un abri, ou combien de ressources allouer à la culture de nourriture par rapport à la pêche. Ces décisions d'allocation des ressources influencent directement sa survie, sa qualité de vie et sa capacité à faire face aux défis de l'environnement isolé.

En analysant la production dans l'isolement de Robinson Crusoé, nous comprenons l'importance du travail individuel, de l'autosuffisance et des choix rationnels dans un environnement où les ressources sont limitées. Cela nous permet d'appréhender les défis spécifiques auxquels Robinson Crusoé est confronté en termes de production et d'organisation économique, et d'explorer les concepts économiques fondamentaux qui se manifestent dans cet isolement.

L'arrivée de Vendredi et l'émergence d'une économie de marché restreinte

L'histoire de Robinson Crusoé, écrite par Daniel Defoe, présente un tournant intéressant lorsque Vendredi, un autre naufragé, arrive sur l'île déserte. Cette rencontre marque l'émergence d'une économie de marché restreinte, où Robinson Crusoé et Vendredi doivent faire face à de nouveaux défis et opportunités économiques. Dans cette section, nous examinerons les avantages et les défis de la présence d'un nouvel individu, ainsi que les mécanismes d'échange qui se développent entre les deux personnages. Nous étudierons la division du travail, la coordination des activités et la possibilité d'utiliser une monnaie pour faciliter les échanges. L'arrivée de Vendredi offre un aperçu fascinant de la manière dont les individus peuvent s'organiser et prospérer économiquement, même dans des environnements isolés.

A. Les avantages et les défis de la présence d'un nouvel individu

1. La division du travail et la spécialisation des tâches

Lorsque Vendredi arrive sur l'île, une nouvelle dynamique se met en place. La présence d'un autre individu offre la possibilité d'une division du travail, où Robinson Crusoé et Vendredi peuvent se spécialiser dans des tâches spécifiques en fonction de leurs compétences et de leurs préférences. Cela permet d'augmenter l'efficacité de la production et d'améliorer la qualité de vie des deux individus.

2. Les problèmes de coordination et de communication initiaux

Cependant, l'arrivée de Vendredi présente également des défis. Les deux individus doivent surmonter les problèmes de coordination et de communication initiaux. Ils doivent trouver des moyens efficaces de se comprendre mutuellement, de partager les informations et de coordonner leurs actions pour optimiser la production et les échanges.

B. Les mécanismes d'échange entre Robinson Crusoé et Vendredi

1. L'établissement de systèmes de troc

Dans un premier temps, Robinson Crusoé et Vendredi peuvent établir des systèmes de troc pour faciliter les échanges entre eux. Ils peuvent échanger les biens et services qu'ils produisent directement, en fonction de leurs besoins et de leurs préférences respectives. Cela leur permet de tirer parti de leurs spécialisations et de maximiser l'utilité qu'ils peuvent obtenir des échanges.

2. L'émergence d'une monnaie et de valeurs d'échange

À mesure que les échanges se développent et deviennent plus complexes, il est possible que Robinson Crusoé et Vendredi envisagent l'utilisation d'une monnaie comme moyen d'échange commun. Cette monnaie faciliterait les échanges en fournissant une unité de compte et une réserve de valeur commune. De plus, des valeurs d'échange relatives se développeraient, permettant d'établir des ratios de prix entre les biens et services échangés.

L'arrivée de Vendredi sur l'île marque une étape importante dans l'économie de Robinson Crusoé, car elle ouvre la voie à une économie de marché restreinte. La division du travail, les mécanismes d'échange et l'utilisation éventuelle d'une monnaie créent un cadre permettant d'accroître l'efficacité économique et de tirer parti des avantages de la spécialisation. Cependant, ces développements nécessitent une coordination et une communication efficaces entre les individus pour surmonter les défis initiaux et maximiser les gains économiques mutuels.

Analyse des concepts économiques à travers l'histoire de Robinson Crusoé

La trépidante aventure de Robinson Crusoé sur son île déserte offre un terrain fertile pour explorer et comprendre des concepts économiques fondamentaux. Dans cette section, nous plongerons dans l'application de ces concepts à son histoire, en examinant comment la rareté, l'utilité marginale, la demande et l'offre façonnent ses choix et ses décisions économiques.

A. La notion de rareté et d'utilité marginale

1. L'importance des ressources limitées sur l'île

L'île déserte de Robinson Crusoé fournit un environnement où les ressources sont limitées et précieuses. L'abondance limitée de ressources comme la nourriture, l'eau et les matériaux de construction met en lumière la notion de rareté. Robinson doit faire des choix judicieux quant à l'utilisation de ces ressources pour satisfaire ses besoins essentiels et optimiser sa survie.

2. Les choix rationnels en fonction de l'utilité marginale

La théorie de l'utilité marginale trouve une application directe dans les choix de Robinson Crusoé. Chaque décision qu'il prend pour allouer ses ressources doit tenir compte de l'utilité marginale qu'il obtient en échange de ces ressources. Par exemple, il doit évaluer s'il est plus avantageux de passer plus de temps à la chasse pour obtenir de la nourriture supplémentaire ou de consacrer davantage de temps à la construction d'un abri pour sa sécurité.

B. Les concepts de demande et d'offre sur l'île déserte

1. L'influence de la disponibilité des biens sur la demande

L'histoire de Robinson Crusoé montre comment la disponibilité limitée de certains biens affecte la demande. Lorsque les ressources sont rares, la demande pour ces ressources cruciales, telles que la nourriture, l'eau et les abris, augmente considérablement. Cela illustre comment les niveaux relatifs de rareté façonnent la façon dont les individus évaluent et valorisent les biens.

2. L'impact des variations de l'offre sur les prix relatifs

Les variations dans l'offre de biens influent sur les choix de Robinson Crusoé. Par exemple, une récolte fructueuse de fruits pourrait temporairement réduire la demande de chasse pour obtenir de la nourriture. Ces variations d'offre et de demande créent des fluctuations dans les choix de production de Robinson et dans la manière dont il alloue ses ressources limitées.

En analysant les concepts économiques à travers l'histoire de Robinson Crusoé, nous gagnons une compréhension plus profonde de leur pertinence dans des situations du quotidien. L'île déserte agit comme un laboratoire économique où les principes de rareté, d'utilité marginale, de demande et d'offre prennent vie, nous montrant comment ces concepts influencent les décisions économiques, même dans des environnements extrêmes.

Étude des institutions économiques dans le contexte de Robinson Crusoé

Les circonstances extraordinaires de l'île déserte de Robinson Crusoé offrent une toile de fond intrigante pour explorer les mécanismes et les impacts des institutions économiques. Dans cette section, nous analyserons comment les normes, les règles et les systèmes institutionnels émergent et interagissent dans cet environnement isolé.

A. L'évolution des normes et des règles de la société

1. L'émergence de contrats et d'accords entre Robinson Crusoé et Vendredi

À mesure que Robinson Crusoé et Vendredi établissent une relation économique, des contrats et des accords informels commencent à émerger. Ces accords définissent les termes des échanges, les obligations mutuelles et les responsabilités partagées. Cela montre comment même dans un environnement isolé, les individus développent des règles pour régir leurs interactions économiques.

2. Les mécanismes de résolution des conflits et de garantie des droits de propriété

Face aux conflits potentiels et aux problèmes de droits de propriété sur l'île, Robinson Crusoé et Vendredi doivent mettre en place des mécanismes de résolution des conflits et de garantie des droits. Ils peuvent développer des conventions pour éviter les désaccords, ainsi que des systèmes pour déterminer la propriété légitime des biens produits. Ces mécanismes soulignent l'importance des institutions pour maintenir l'ordre économique.

B. Les effets des institutions sur les incitations économiques

1. L'influence des règles sur les décisions d'investissement et d'innovation

Les règles et les institutions influencent les choix économiques de Robinson Crusoé et Vendredi. Par exemple, l'existence de règles qui protègent les droits de propriété peut encourager l'investissement dans la production de biens durables. De plus, des incitations à innover peuvent émerger si les individus sont assurés de récolter les fruits de leurs efforts.

2. L'impact des institutions sur la confiance et la coopération entre individus

Les institutions économiques affectent également la confiance et la coopération entre les individus. Des règles claires et équitables renforcent la confiance mutuelle, ce qui favorise la coopération dans la production et les échanges. En revanche, des institutions défaillantes ou floues peuvent entraver la collaboration économique.

L'étude des institutions économiques dans le contexte de Robinson Crusoé nous montre comment même dans des environnements isolés, les individus développent des mécanismes pour organiser leurs interactions économiques, résoudre les conflits et créer des incitations à la coopération et à l'innovation. Cela démontre la pertinence universelle des institutions pour façonner les comportements économiques et promouvoir une organisation économique stable et productive.

Informations complémentaires

Bibliographie

  • 2018, Claire Pignol, "Robinson Crusoé, usages et mésusages d'un roman", L'Économie politique, Vol 2018/3, n°79), pp32-42

https://www.wikiberal.org/wiki/Robinson_Cruso%C3%A9

 

 
 
 

Environnement: BP et Shell ont perdu des milliards dans les énergies renouvelables ineptes !

"BP et Shell se retirent du marché des énergies renouvelables après y avoir perdu des milliards et voilà ce que ça révèle des discours officiels sur la transition énergétique"

 
Après avoir investi massivement pour verdir leur image, BP et Shell font marche arrière dans les énergies renouvelables, un virage qui interroge la viabilité économique de la transition énergétique telle qu’elle est aujourd’hui promue. L’échec de ces géants pétroliers met en lumière les limites d’un modèle largement subventionné, plus complexe et coûteux qu’annoncé.


Atlantico : BP et Shell ont perdu des milliards dans les énergies renouvelables avant de faire marche arrière et de réduire leurs investissements dans le domaine. Que révèle cet échec, selon vous, sur l’affirmation souvent répétée que les énergies renouvelables seraient déjà “moins chères” et intrinsèquement plus compétitives que les énergies fossiles ?

Les énergies renouvelables sont moins chères que les combustibles fossiles. Réalité : BP et Shell ont perdu des milliards en poursuivant des investissements dans les énergies renouvelables. Si les énergies renouvelables étaient structurellement moins chères et plus rentables, les grandes compagnies pétrolières ne se retireraient pas du secteur et ne déprécieraient pas leurs actifs.
 

Samuel Furfari : Les difficultés de BP et Shell mettent en lumière le grand mensonge des énergies renouvelables et de tout le lobby qui les soutient. Lors du début de la promotion des énergies renouvelables à travers des contraintes administratives et des directives européennes, l’idée était d’obliger la production d’énergies renouvelables afin de faire baisser les coûts. Progressivement, elles devaient devenir compétitives. Et cela a effectivement fonctionné dans un premier temps. Ce raisonnement a conduit à la directive de 2009, qui obligeait à produire des énergies renouvelables. Avec le temps, les acteurs du secteur et les entreprises se sont toutefois rendu compte que ce n’était toujours pas rentable. En 2018, la directive a été renouvelée, puis à nouveau en 2023. Cela fait donc depuis 2009 que l’on oblige les acteurs à produire des énergies renouvelables, tout en affirmant qu’elles seraient bon marché.

Si elles étaient réellement peu coûteuses, pourquoi faudrait-il contraindre les gens à en produire pour qu’ils gagnent de l’argent ? La contradiction est évidente, et je ne comprends pas comment ce mensonge continue d’être entretenu. Si c’était réellement un atout économique, il n’y aurait pas besoin de directives imposant la production des énergies renouvelables.

Il faut cependant préciser une chose importante : le coût de production de l’électricité renouvelable n’est pas très élevé. Le coût marginal est faible, puisque le vent et le soleil ne coûtent rien.

En revanche, en raison de l’intermittence et de la variabilité, les conséquences sur le réseau électrique sont considérables, et elles se répercutent directement sur les factures. Le problème est donc là : les énergies renouvelables finissent par augmenter le prix de l’électricité, contrairement à ce qui est affirmé partout.

Tel était donc le discours tenu par les lobbyes des énergies renouvelables y compris les groupes pétroliers comme Shell, BP et bien d’autres pour la promotion des énergies renouvelables. Ils avaient besoin de verdir leur image, car en Europe on déteste les compagnies pétrolières même si tout le monde utilise leurs produits pétroliers. Le pétrole a aujourd’hui mauvaise presse, comme on peut le voir avec la crise au Venezuela. Les investissements faisaient partie de leur stratégie commerciale. Il devient donc nécessaire de se présenter comme une société « verte ».

Pour cela, ces entreprises ont investi dans les biocarburants, l’éolien et le solaire, avec une fraction de leur budget de communication. Cela leur a permis de soigner leur image et de se présenter comme des acteurs écoresponsables. C’est aussi un moyen de disposer d’arguments face aux tribunaux, car les sociétés dans le domaine de l’énergie sont de plus en plus attaquées par les ONG écologistes pour leur manque d’efforts dans la réduction des émissions de CO₂.

Mais cette stratégie ne peut fonctionner qu’un temps. Dans un monde globalisé, on ne peut pas continuer ainsi. Les actionnaires internationaux délaissent les entreprises européennes parce qu’ils gagnent davantage ailleurs. Par conséquent, des groupes comme Shell, BP ou Total revoient à la baisse leurs investissements dits « renouvelables ».



Jean-Pierre Favennec : On se souvient que BP à la fin des années 90 pouvait signifier selon ses dirigeants Beyond Petroleum, au-delà du pétrole. Le sigle de BP faisait alors apparaitre du soleil symbole de cette énergie renouvelable, moins polluante. La stratégie de BP a donc été longtemps orientée vers une importance croissante donnée aux renouvelables, solaire et éolien, et à l’électricité. Son PDG de 2020 à 2023, Bernard Looney, favorisera les investissements dans les renouvelables. Il sera remplacé par Murray Auchincloss, homme du sérail qui sera chargé de redonner la priorité au pétrole et au gaz, plus rentables pour les actionnaires.

Shell vise une croissance sélective et rentable dans les renouvelables et les solutions bas carbone mais en complément et non en remplacement de ces activités pétrole et gaz avec un recentrage sur les segments les plus rentables.

il est difficile de chiffrer les pertes ou les manques à gagner des 2 sociétés dans le secteur des renouvelables. Il y a certainement un ralentissement des investissements dans ce secteur et un abandon de certains projets mais il n’y a pas de ligne comptable permettant de chiffrer les pertes.

Cela ne signifie pas que les renouvelables ne sont pas intéressants. Il est certain que le coût de production de l'électricité à partir du solaire et de l’éolien est souvent plus bas que le coût de production à partir du nucléaire par exemple. Mais ces énergies sont intermittentes et lorsqu'il n'y a pas de soleil ou lorsqu'il n'y a pas de vent il faut des solutions de remplacement. Dans de nombreux pays comme l'Allemagne par exemple la solution de remplacement c'est le charbon ce qui n'est évidemment pas une solution qui permet de faire face au changement climatique. On peut également citer l'exemple de la Chine qui concentre près de la moitié des investissements dans le secteur des renouvelables mais qui continue à produire des quantités très importantes d'électricité à partir du charbon et qui met encore en service quelques nouvelles unités qui sont d'ailleurs des unités destinées à pallier l'intermittence du solaire et de l'éolien.

Les dirigeants de BP et Shell ont justifié leur virage vert par la pression politique, médiatique et financière (ESG). Peut-on parler d’une transition énergétique pilotée davantage par l’idéologie et la communication que par les fondamentaux industriels et économiques ?

Samuel Furfari : C’est tout à fait le cas. La transition énergétique n’était pas une exigence de l’industrie et des entreprises. Elle a été imposée par la Commission européenne, ou plus exactement par l’ensemble des chefs d’État, avec notamment le président de la République française en première ligne. Tout le monde était d’accord pour imposer une vision « verte » en affirmant : « Nous sommes les champions du monde, tout le monde va nous suivre et nous aurons une longueur d’avance ».

Les entreprises ont été contraintes de suivre et de danser au rythme de la Commission européenne. Mais ce type de politique ne peut durer qu’un temps. La réalité finit toujours par s’imposer et les entreprises comme BP et Shell ont fait le choix de s’arrêter.

Non seulement les entreprises pétrolières ont commencé à faire marche arrière, mais les autres suivront également. Le problème est le même, que l’on soit une entreprise pétrolière, chimique ou mécanique. À un moment donné, toute cette politique ne tient plus économiquement.

Dans un système comme l’Union soviétique, ce serait possible, car tout cela est faisable d’un point de vue technique. La technologie le permet. Mais nous vivons dans un monde concurrentiel et ouvert. Il n’est pas possible de se permettre de ne pas être compétitif.

Aujourd’hui, les subventions publiques arrivent à leur limite. Il n’y a plus d’argent pour continuer à financer ce système. L’écosystème des énergies renouvelables pourrait donc s’effondrer et se déliter. Il risque d’y avoir une véritable hécatombe de tout ce qui est « vert », car il est impossible de continuer ainsi, d’investir autant et de continuer à ne pas être rentable.

L’exemple de BP et Shell montre-t-il que la transition énergétique est beaucoup plus coûteuse, plus lente et plus complexe que ce qu’annoncent les scénarios officiels de neutralité carbone à l’horizon 2050 ?

Samuel Furfari : Oui, car les scénarios politiques sont construits pour démontrer que la décision politique est la bonne. Il ne faut pas être naïf face à ces exercices. J’ai travaillé sur des scénarios à la Direction générale énergie de la Commission européenne et je sais comment ils sont élaborés. Ils sont conçus pour dire ce que l’on souhaite leur faire dire.

Tous les scénarios qui présentent des trajectoires optimistes de transition énergétique reposent sur des artifices de calcul. Ils n’ont aucune réalité physique et ne tiennent pas dans la durée. On observe la même logique avec les biocarburants.

BP, par exemple, a longtemps été un champion des biocarburants. L’entreprise y a beaucoup investi en expliquant qu’elle allait se présenter comme verte, en intégrant une part de biocarburants dans ses carburants. L’idée était que le public n’accepterait pas de payer plus cher, mais serait satisfait d’acheter un produit présenté comme écologique. Or cela n’a pas fonctionné.

Ils ont donc dû arrêter leurs programmes et leurs projets pour les énergies renouvelables, car ces stratégies se heurtent inévitablement à la réalité des marchés internationaux. Les autres entreprises pétrolières ont fait de même. C’est toute la difficulté de l’Europe : elle pourrait peut-être avoir raison si elle était seule au monde, mais dans un système ouvert et concurrentiel, elle ne peut pas se permettre ce type de politique.

C’est exactement ce qui se passe avec l’hydrogène. Les entreprises pétrolières ont commencé par suivre Ursula von der Leyen dans cette utopie chimique de produire de l’hydrogène par électrolyse. Tant qu’il y aura une molécule de méthane, dans un monde libre personne ne va produire de l’hydrogène par électrolyse, même avec l’électricité nucléaire, puisque cela coûte par unité d’hydrogène produit sept fois plus qu’avec le méthane du gaz naturel (voir mon livre L’utopie hydrogène)

Les compagnies pétrolières vont donc limiter et arrêter leurs investissements dans les énergies renouvelables et plus généralement la transition énergétique. Il faut également souligner un autre point essentiel. Les grands actionnaires n’acceptent plus de perdre de l’argent.

Lorsque l’on compare les rendements des compagnies pétrolières européennes, comme Shell, BP ou Total, à ceux des groupes américains tels que Chevron ou ExxonMobil, on constate que les actionnaires européens sont en train de perdre de l’argent. Les fonds de pension américains ont clairement indiqué qu’ils n’étaient pas là pour financer des pertes, mais pour obtenir des rendements.

Or, ces rendements se trouvent aujourd’hui dans les énergies fossiles, et non dans les énergies renouvelables. Ils ont donc contraint les conseils d’administration à revoir leur stratégie. Ces conseils d’administration étaient pourtant sincèrement convaincus qu’ils pouvaient réussir dans le « vert ». C’était une conviction forte en Europe. Mais face à la réalité économique, ils ont dû renoncer.

Jean-Pierre Favennec : La transition énergétique reste évidemment nécessaire : il faut diminuer les consommations de fossiles en commençant par la consommation de charbon et développer des sources de production non carbonées.

Il semble difficile d'imaginer que l'ensemble de nos besoins en énergie puisse être couvert par les énergies renouvelables : énergie éolienne, solaire ou hydraulique. Une partie de la solution peut venir du nucléaire il y a d'ailleurs une certaine forme de renaissance de cette industrie actuellement.

L'éolien onshore est relativement peu coûteux mais se heurte souvent à l’opposition de la population voisine, sensible à son impact sur l’environnement. L'éolien offshore est confronté à des investissements couteux et à des problèmes de maintenance liés à l’environnement marin donc corrosif. Le solaire est en pleine expansion et les capacités mise en place chaque année augmentent de manière spectaculaire.

Pour réduire les émissions de gaz à effet de serre d'autres solutions existent également : l'énergie hydraulique, la capture et le stockage du CO, l'hydrogène ... Mais le potentiel de développement de l'hydraulique est désormais limité, la capture du CO 2 reste chère et l'hydrogène est une solution encore coûteuse.

Pour faire face à l'intermittence du solaire et de l'éolien il faut donc des solutions de remplacement. Le gaz, moins émetteur de CO2 est considéré par beaucoup comme une énergie de transition. Les batteries se développent également mais elles nécessitent des métaux critiques (lithium, cobalt, nickel …) dont les ressources sont limitées et dont l’extraction est polluante.

Enfin le développement des renouvelables modifie profondément le système de production et de transport de l'électricité et nécessite un renforcement et un développement considérable des réseaux. Ce sont des investissements très importants qu'il faudra prendre en compte.

Ces différentes contraintes font que la transition énergétique est effectivement plus complexe et plus coûteuse que nous l'avions imaginé il y a quelques années.

Peut-on tirer de cet épisode une leçon plus générale : la transition énergétique telle qu’elle est conçue aujourd’hui est-elle économiquement soutenable sans subventions massives, contraintes réglementaires et distorsions de marché ?

Jean-Pierre Favennec : L'une des raisons pour lesquelles BP et Shell ont réduit leurs investissements dans le secteur des renouvelables tient aussi à la rentabilité de ce secteur qui reste plus limitée que la rentabilité que l'on peut obtenir dans le secteur pétrole et gaz. C’est pourquoi des subventions et des aides, désormais plus réduites, ont été nécessaires pour favoriser le développement du solaire et de l’éolien.

Aussi bien Shell que BP et d'autres sociétés pétrolières continueront à investir dans les renouvelables à un niveau peut-être un peu inférieur à ce qu'il a été il y a quelques années mais les sociétés du secteur énergétique non pétrolier continueront également à investir.

La transition énergétique est indispensable. Les énergies renouvelables ne pourront pas à elles seules faire face à nos besoins. Mais elles vont continuer à se développer. Il appartient à la puissance publique de trouver un juste équilibre, social et économique, entre la diminution de la consommation des fossiles et le développement des énergies non carbonées.

Samuel Furfari : Lorsque l’on parle de transition énergétique, il faut se souvenir que ce sont les chocs pétroliers des années 1970 qui ont conduit à la mise en place de politiques en faveur des énergies alternatives, comme on les appelait à l’époque. Les politiciens ont découvert la transition énergétique au travers du changement climatique.

Cela fait donc plus de cinquante ans que l’on parle de transition énergétique, et après un demi-siècle, nous en sommes toujours au même point. Ce n’est pas un manque de volonté politique qui empêche cette transition, mais la réalité de la physique. Ce n’est même plus un problème de financement : c’est une contrainte technique fondamentale.

Toutes les solutions proposées au titre de la transition énergétique ne sont pas rentables d’un point de vue macroéconomique. Elles ne tiennent pas économiquement. Il faut donc reconnaître qu’il s’agit d’un problème technique, et non d’un déficit de volonté politique.

La volonté politique devrait s’aligner sur la réalité et cesser de faire croire que l’on peut réaliser une transition énergétique complète telle qu’elle est présentée aujourd’hui. Il faut rappeler que, en cinquante ans, les seules énergies réellement émergentes ont été l’éolien et le solaire. Le reste existait déjà.

Or l’éolien et le solaire représentent environ 3 % de l’énergie primaire mondiale. Si, en cinquante ans, on est parvenu à ce niveau, il est illusoire de croire que l’on atteindra 100 % d’ici 2050. Cela ne correspond tout simplement pas à la réalité.

https://atlantico.fr/article/rdv/bp-shell-retirent-marche-energies-renouvelables-apres-avoir-perdu-milliards-voila-ce-que-revele-discours-officiels-transition-energetique-petrole-eoliennes-Jean-Pierre-Favennec-Samuel-Furfari

 


 

Après Shell, bp jette l’éponge : le groupe se retire des renouvelables et « remet les gaz » sur les hydrocarbures !

Mi-janvier, Black Rocks le premier investisseur mondial (10 000 milliards de dollars) se retirait du fonds vert de l’ONU. Mi-février, Shell annonçait à ses salariés stopper tous ses projets éoliens. C’est maintenant au tour du britannique Bp d’enterrer son ambitieuse stratégie climat et de réinvestir massivement…dans les hydrocarbures afin de doper des bénéfices en berne pour satisfaire ses actionnaires.

Pourtant bp était le groupe énergétique le plus en avance dans la transition. Investissant massivement dans les ENR le géant pétrolier avait comme ambition d’arrêter toute production de pétrole et de gaz d'ici 2030. Adieu veau, vaches, cochon, couvée !

Après la publication d'un bénéfice net 2024 réduit de…97%, bp n’a d’autre choix que « d’accroître ses investissements et sa production dans les hydrocarbures pour produire de l'énergie à forte marge dans les années à venir » et « sera très sélectifs dans ses investissements dans la transition ». bp reconnaît « trop d’optimisme sur une transition rapide : nous sommes allés trop loin, trop vite ». « Le pétrole et le gaz seront nécessaires pendant les décennies à venir ».

Les résultats sont sans appel : réduction de 5 milliards de dollars dans les ENR et investissements de 10 milliards dans le pétrole et le gaz. Soit 90% hydrocarbures et seulement 10% ENR. BP avait annoncé en janvier 4.700 suppressions d'emplois en interne soit 5% de ses effectifs.

Comme je le répète post après post, la transition énergétique est dans une impasse totale. Il faut impérativement poser le crayon et revoir en profondeur tous les accords internationaux (Accord de Paris, Pacte vert) devenus totalement obsolètes. Il faut en Europe revoir le rythme de décarbonation sous peine de se suicider sur l'autel de la vertu !

 Philippe Charlez


 

https://lnkd.in/d5GUk4rA

 


 

Philippe Charlez

Philippe Charlez, né le 31 janvier 1956 à Mons (Belgique), est un expert en énergie français. 

Biographie

Philippe Charlez est ingénieur civil des Mines de la Faculté Polytechnique de Mons (promotion 1979), puis il obtient en 1983 un doctorat sur la Fracturation hydraulique à l’Institut de Physique du Globe de Paris alors dirigé par Claude Allègre. Philippe Charlez effectue la majorité de sa carrière dans l’industrie pétrolière qu’il rejoint en 1982. Expert en Mécanique des Roches durant 12 ans, il occupe ensuite différentes positions de management en France et à l’étranger (Colombie, Écosse, Angola, Kazakhstan).

Récompenses

Philippe Charlez a été Distinguish Lecturer de la Society of Petroleum Engineers en 2000-2001. 

Engagements publics

Philippe Charlez est expert énergétique pour l'Institut Sapiens. Il a publié pour ce think tank de nombreuses tribunes et études. Il est aussi membre d’ASPO France et de la Société d’Économie Politique. Il enseigne sur la thématique de la transition énergétique, de la croissance économique et du climat à Mines Paris Tech, l’ISSEP, l’Institut Galilée, Dauphine, Science Po et au Centre International de Formation Européenne.

Il a été entre 2013 et 2017 l’expert énergie du parti centriste Nouveau Centre et de 2020 à 2021 le conseiller aux questions énergétiques du parti Les Républicains.

Philippe Charlez est aussi chroniqueur régulier pour Valeurs Actuelles, Atlantico, Contrepoints, Les Échos, Opinion Internationale ou Causeur. Il intervient régulièrement comme expert sur des médias radio ou télévisé comme LCI ou Sud Radio.

Prises de position

Sur les gaz et les pétroles de schistes

Dans Gaz et Pétroles de Schistes… en questions, Philippe Charlez aborde le sujet des hydrocarbures non conventionnelles autour de 20 questions couvrant à la fois les aspects techniques, économiques, sociétaux et environnementaux. Il y dénonce l’escroquerie du film Gasland et du robinet en feu. Selon lui, une pollution des aquifères par la « remontée d’une fracture hydraulique sur plusieurs milliers de mètres est techniquement impossible ». Selon lui, ce sont les conditions favorables américaines (et notamment sa loi minière qui confère la propriété d’un gisement à l’individu et non pas à l’État) qui ont permis le développement massif des hydrocarbures non conventionnelles aux États-Unis. Si les conditions économiques (prix du gaz trop bas) et sociétales (rejet environnemental) d’un développement des ressources non conventionnelles n’étaient pas réunies en Europe au cours des années 2010 à 2015, il considère que la flambée des prix du gaz depuis l’été 2021 puis la crise Ukrainienne rebattent les cartes et que la réouverture du dossier gaz de schiste en Europe irait de pair avec la volonté de se défaire à moyen terme du gaz russe.

Sur la transition énergétique

Dans Croissance, Energie, Climat. Dépasser la quadrature du cercle Philippe Charlez montre en quoi la conciliation de la croissance économique et des objectifs climatiques est un exercice d’équilibrisme. La décarbonation de la société passe par une électrification massive des usages (habitat, transports, industrie). Il ne croit pas à une croissance 100 % verte à l’horizon 2050, mais à un mix « arc-en-ciel » avec une partie significative d’énergies renouvelables, mais aussi de l’électricité nucléaire et encore 30 % à 40 % de fossiles (presque plus de charbon, moins de pétrole, mais beaucoup de gaz naturel). Il considère que la décarbonation de l’habitat sera la plus rapide, que celle des transports nécessitera de bien différencier distance et puissance (voiture électrique pour courtes distances, hydrogène et biocarburants pour longues distances et fortes puissances -camions, bateaux et peut-être avions). Le plus difficile sera de décarboner l’industrie dont les procédés (acier, ciment, verre) auront toujours besoin de la « flamme fossile ». La compensation par la capture et la réinjection du carbone dans le sous-sol sera donc incontournable pour accéder à la neutralité carbone. À plus long terme, seul le nucléaire pourra totalement décarboner la société. Le projet ITER réalisant la fusion nucléaire représente le principal espoir de libérer l’humanité de sa « geôle énergétique ».

Sur la croissance économique et la coopération internationale

Libéral, humaniste et Européen convaincu[1], Philippe Charlez considère que la transition énergétique passe par un juste équilibre entre les trois piliers du développement durable (économique, sociétal et environnemental). Il reste convaincu que la croissance économique et son corollaire qu’est le développement restent les meilleurs alliés de la transition énergétique. Les deux principaux ennemis de la transition sont selon lui l'écologie politique[2] qui hypertrophie le pilier climatique aux dépens de l’économique et du sociétal, et le nationalisme qui hypertrophie l’économique et le sociétal aux dépens du climat. Il pense que l’urgence climatique finira par conduire les grandes nations à une collaboration internationale.

Sur les mouvements jeunistes face au réchauffement climatique

Bien que climato convaincu et ayant pris des positions claires vis-à-vis des mouvements climato-sceptiques, Philippe Charlez s’inquiète de la montée des « passions tristes »[3] chez les jeunes. Sorte de melting pot entre la collapsologie, l’écologisme, le marxisme et l’anarchisme qui viserait au retour à une société vernaculaire primitive égalitariste vivant sans libertés et dans la pauvreté absolue. Il est notamment hostile aux prises de position de Greta Thunberg et de ses émules comme les collectifs Youth for Climate et Xrebellion. Le climat est selon lui instrumentalisé au profit d’une double lutte des classes à la fois économique (riches contre pauvres) mais aussi générationnelles (les baby-boomers porteraient le fardeau du réchauffement climatique). Il a appelé cette instrumentalisation le « climato gauchisme » par analogie avec « l’islamo gauchisme ».

Selon Philippe Charlez la clé n’est pas le militantisme mais la pédagogie[4]. Il regrette notamment que la transition énergétique soit enseignée au lycée comme une photo instantanée sans la replacer dans son contexte historique depuis la révolution industrielle.

Il s’est aussi montré très critique vis-à-vis de la Convention Citoyenne pour le Climat manipulée selon lui par une écologie de gauche[5].

Sur les prix de l’énergie

Dans une étude pour le compte de l’Institut Sapiens, il indique dès 2019 que les prix de l’énergie et en particulier ceux du gaz sont amenés à fortement augmenter dans un contexte de rupture structurelle offre/demande. La réduction structurelle de l’offre se lit en filigrane d’un manque d’investissements dans les nouveaux projets gaziers, tandis que l’accroissement structurel de la demande est liée à l’impossibilité des renouvelables à satisfaire la croissance de la demande électrique, et ce malgré des investissements colossaux (plus de 5000 milliards de dollars entre 205 et 2021). Les renouvelables ne peuvent satisfaire seuls l’accroissement de la demande électrique et auront besoin d’un support. Si ce n’est pas le gaz, ce ne peut être que le nucléaire. Philippe Charlez s’est donc prononcé en faveur du plan Macron décidé à relancer de façon très significative le nucléaire.

Sur les inégalités

Dans son ouvrage L’Utopie de la croissance verte : les lois de la thermodynamique sociale, il démontre que comme tous les systèmes présents dans l’univers (galaxie, étoiles, planètes, mais aussi êtres vivants), la société de croissance est une gigantesque structure dissipative. Elle consomme en entrée des ressources matérielles (minerai, humus) et énergétiques (dont 83 % d’énergies fossiles), produit de l’énergie libre sous forme de biens (richesse matérielle) et de services (richesse informative) et rejette dans l’environnement des déchets dont le CO2 responsable du réchauffement climatique. Comme toute structure dissipative, cette production de richesse requiert un système ouvert (libre échange), des inégalités sociales et de l’ordre (c’est-à-dire de l’autorité). Autrement dit, la création de richesses matérielles et d’information sont indissociables d’inégalités. Sans inégalités on stoppe tous les flux, qu’ils soient matériels, financiers ou informatifs et le système ne peut conduire à terme qu’à la pauvreté absolue. Contrairement à une idée imposée par la morale, la réduction de la pauvreté passe par la création de richesses et est donc indissociable d’ordre et d’inégalités. La structure dissipative recouvre les valeurs de droite comme la sélection et la compétition (système inégalitaire), le libre-échange (système ouvert) et l’autorité (système ordonné). Couvrant une infinité d’états inégalitaires possibles il est aussi synonyme de pluralisme.

Sur la décroissance

Proche de Jean-Marc Jancovici sur les questions énergétiques et notamment le nucléaire, Philippe Charlez est en revanche fermement opposé au décroissantisme. La décroissance correspond à une société de privations, et non pas, comme le prétend Delphine Batho, à une société du plus. Il considère que notre société de croissance est loin d’être optimisée et a encore de beaux jours devant elle. Il défend la thèse d’un développement durable s’appuyant sur une croissance soutenable. Il est de ceux considérant que nos enfants vivront mieux que nous qui avons vécu bien mieux que nos parents et nos grands-parents. Il reste un irréductible défenseur de la science, du libéralisme et de la société prométhéenne.

Publications

Philippe Charlez est l’auteur de nombreux articles et ouvrages sur l’énergie et la transition énergétique. Il publie dans de nombreuses revues scientifiques et générales en particulier La Revue de L’Énergie, la revue Risques, La Revue Parlementaire et la Revue Politique et Parlementaire[6].

  • 1991, Rock Mechanics I, Ed.Technip
  • 1997, Rock Mechanics II, Ed.Technip
  • 2014
    • Our energy future is not set in stone, Ed Technip
    • Gaz et Pétroles de schistes en questions, Ed Technip
  • 2015, The shale oil & gas debate, Ed Technip
  • 2017, Croissance, énergie et climat. Dépasser la quadrature du cercle, Ed De Boek Supérieur
  • 2021, L’utopie de la croissance verte. Les lois de la thermodynamique sociale, Ed JM Laffont

Notes et références


 

 


janvier 11, 2026

Iran "libéré" et puis après ?

Le gouvernement iranien adresse un avertissement direct au président Trump et aux États-Unis, déclarant qu'il est prêt à frapper les bases militaires américaines, les navires américains et même Israël si les États-Unis attaquent l'Iran. 
L'Iran affirme également que les frappes préventives ne sont pas exclues, laissant entendre qu'il pourrait être prêt à frapper le premier. Téhéran dénonce une manipulation violente des troubles 
 
Le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, Ali Larijani, tranche sans ambiguïté : 
👉 Les événements récents en Iran ne relèvent plus de la contestation sociale. 
👉 Une organisation violente et structurée a détourné des tensions économiques réelles pour semer la terreur. Selon lui, ces groupes ont mené des actes extrêmes — assassinats, incendies, décapitations — avec des méthodes comparables à celles de État islamique. 
 
📌 Conclusion officielle : assimiler ces crimes à des manifestations légitimes est une faute d’analyse grave. Ce qui est à l’œuvre ici n’est pas une protestation populaire, mais une stratégie de chaos organisé depuis l’extérieur. 
 
Les miliciens de Khamenei ont pris le contrôle de tous les hôpitaux de Téhéran pour arrêter tous les blessés par balles sans même leur laisser le temps d’être soignés ! 
 
Si le monde continue son silence des dizaines de milliers d’iraniens seront massacrés !! 
On est déjà à plus de 2000 jeunes tués en 48h ! 
Des milliers ont déjà perdu un œil ou les deux parce que les miliciens visent les visages avec du plomb. 
 

 
Les États-Unis surveillent de près les signes indiquant que les manifestations en Iran pourraient faire tomber le régime. 
 
Jeudi, des manifestants iraniens ont envahi les rues de Téhéran et d'autres villes. Des images de bâtiments gouvernementaux en flammes et de coupures d'internet par les autorités ont circulé, sans toutefois parvenir, pour l'instant, à rétablir l'ordre. Le point crucial : en début de semaine, les services de renseignement américains estimaient que les manifestations manquaient d'ampleur pour menacer la stabilité du régime, ont déclaré des responsables américains à Axios. Mais cette analyse est en cours de révision au vu des événements récents. « Les manifestations sont sérieuses et nous continuons de les surveiller », a déclaré un haut responsable américain. Contexte : les manifestations ont pris de l'ampleur et se sont étendues au cours des douze dernières nuits, celle de jeudi soir étant la plus importante à ce jour. 
 
Elles sont principalement alimentées par la crise économique que traverse le pays, qui s'est aggravée suite à la volonté du président Trump de renforcer les sanctions et aux dégâts causés par la guerre de douze jours en juin. Selon plusieurs médias, certains manifestants scandaient ouvertement jeudi des slogans réclamant la chute du régime. Le président iranien, Massoud Pezeshkian, réformateur au sein du régime théocratique, a admis ces derniers jours que le gouvernement iranien n'avait pas de solution à la crise. Jeudi, il a ordonné aux forces de sécurité de ne pas s'en prendre aux manifestants pacifiques, mais a fait une distinction pour les émeutiers armés ou violents. Les médias d'État iraniens minimisent l'ampleur des manifestations. 
 

 
 
Par ailleurs, l'accès à Internet a été quasi totalement coupé dans tout le pays jeudi, selon NetBlocks. Trump a averti à plusieurs reprises que les États-Unis pourraient recourir à la force militaire si l'Iran tuait des manifestants. Cependant, il s'est montré relativement mesuré lors d'une interview jeudi dans l'émission « The Hugh Hewitt Show ». Trump a affirmé que certains des plus de 30 manifestants tués jusqu'à présent étaient morts à cause de « problèmes de gestion des foules ». Il a également refusé d'apporter son soutien à Reza Pahlavi, fils du Shah, destitué lors de la révolution islamique de 1979. Pahlavi a tenté de s'emparer du devant de la scène politique et a appelé à de nouvelles manifestations vendredi à 20h, heure locale. « Je pense que nous devrions laisser tout le monde descendre dans la rue et nous verrons qui en sortira vainqueur », a déclaré Trump, ajoutant qu'il ne serait pas forcément « approprié » pour lui de soutenir Pahlavi. 
 
À suivre : D'importantes manifestations ont eu lieu en Iran en 2022, affaiblissant le régime sans toutefois le faire tomber. Certaines personnalités intransigeantes à Washington espèrent que, cette fois-ci, le régime s'effondrera véritablement. Le sénateur Lindsey Graham (R-Caroline du Sud) a appelé les Iraniens à intensifier les manifestations et a souligné que Trump les soutiendrait. « Les voyous, les dictateurs, les brutes et les assassins qui défient le président Trump ne font pas long feu. Rendons sa grandeur à l'Iran », a-t-il écrit sur X.
 
 

 
Les visions d'après avec  Cédric Labrousse:

 "Rare intervention de cadres israéliens qui, s'ils notent une mobilisation dans la rue iranienne en augmentation, ne voient pas le régime des mollahs être déstabilisé ou en phase d'effondrement pour le moment. On ne pourra pas les accuser d'être des paillassons de Khamenei. 
 
Notons que cela converge avec le postulat du renseignement américain, confirmé hier par des révélations de l'agence Axios. Et, parce que j'ai quelques oreilles qui traînent, du renseignement français. Notons que le renseignement turc a également, via Fidan, fait ce constat. 
 
Rappelons que les Israéliens ont un des meilleurs réseaux d'espionnage et d'infiltration au sein de la société iranienne, y compris dans des strates du régime. Ils l'ont encore prouvé en juin 2025. Ils peuvent donc jauger au mieux de la réalité d'une chute du régime. 
 
Il faut vraiment que l'on garde à l'esprit, oui pas simple car il y a l'enthousiasme de voir disparaître l'un des pires régimes installés au siècle dernier, que les réseaux sociaux sont des miroirs déformants. Ce n'est pas casser l'ambiance. C'est revenir aux faits. 
 
L'effondrement du régime en Iran serait plus que bienvenu. Les mieux préparés à cela sont les kurdes qui disposent déjà de partis, d'une plateforme commune et de groupes armés prêts à organiser l'autonomie de facto de leur région. Faisons un point précis. A force de ne braquer le projecteur que sur la transition au pouvoir à Téhéran, que l'on ne peut qu'espérer au demeurant, nous oublions que l'Iran est un pays qui dispose déjà, sur son sol, de plusieurs forces armées et politiques, très investies et organisées, localement. 
 
Quatre minorités disposent d'outils prêts à s'auto-gouverner, et encore loin de partager un agenda avec l'opposition nationale. 
1) Les baloutches (groupes armés et politiques). 
2) Les azéris (politiquement). 
3) Les arabes de l'Ahwaz (groupes armés et politiques). 
 

Les kurdes d'Iran. 
Ce sont probablement ceux qui disposent des outils les plus complets pour pallier à l'effondrement du régime iranien. Avec plusieurs partis politiques, capables de s'entendre via une plateforme commune, et de nombreux combattants actifs. 
 
Tout d'abord, il faut noter le sérieux de l'opposition kurde. Qui dispose d'une plateforme commune réunissant la majorité des partis kurdes iraniens. Le Centre de Coopération des Partis Politiques du Kurdistan Iranien est actif depuis plusieurs années. Gage de sérieux. Le contraste est terriblement saisissant entre l'amateurisme des oppositions nationales, qui n'ont jamais réussi à planifier une seule plateforme commune depuis des décennies, et encore moins depuis le soulèvement de 2022. Et cette plateforme réunissant le spectre kurde. Cet avantage est crucial pour les kurdes d'Iran : ils pourront, certes avec des rivalités qui pourraient éclater très rapidement entre eux (ne soyons pas naïfs), établir un panorama clairement identifiable par les chancelleries. Mais également peser sur le nouveau pouvoir. De plus, avec le Kurdistan autonome irakien, les forces kurdes iraniennes ont toujours disposé, historiquement, et encore maintenant, d'une puissante base arrière leur permettant d'agir mais également de sécuriser leur survie politique et armée. 
Excellente stratégie. 
 
Maintenant, regardons factuellement ce qu'il en est ces derniers jours.
Et bien les forces kurdes sont déjà engagées dans des combats avec les forces du régime des mollahs. Comme cette attaque du PAK à Nurabad, dans le Lorestan. 

 
 
 
Le PAK est, par ailleurs, le parti le plus investi politiquement et militairement depuis le début des récents évènements. Quand bien même il n'est pas le plus important, ni celui disposant du plus d'hommes via sa branche armée, la SMK (Armée nationale du Kurdistan). 
 

L'acteur pour lequel il faudra être très attentif est le PJAK. C'est la branche iranienne du PKK. Il dispose d'une branche armée, les YRK (dont l'iconographie rappelle très clairement celle des YPG en Syrie, pour le PYD). C'est le groupe disposant d'un arsenal militaire conséquent et de troupes très bien formées, ayant disposé des enseignements des engagements du PKK en Turquie et en Irak, ou encore des YPG en Syrie.
 
Le groupe est souvent la cible des forces du régime iranien. Récemment encore, le PJAK et ses bases furent bombardés par l'aviation iranienne fin novembre 2025. Et près de 11 combattants du groupe furent tués dans cette opération. Le PJAK est souvent vu comme un adversaire des plus déterminés par les mollahs de Téhéran. 
 
 
 
 
Le PDKI est également un parti d'importance. Un des plus anciens partis d'autodétermination kurde présents en Iran, fondé en 1945 peu de temps avant l'éphémère République de Mahabad que ce parti participation à établir). Il dispose également d'une branche armée. 
 

 
 
Notons que le PDKI, quinacvepte un principe d'Etat fédéral autant que d'autonomie ou d'indépendance, est membre d'une plateforme commune avec d'autres minorités présentes en Iran. Le Congrès pour les Nationalités d'un Iran fédéral a été créé à Londres en 2005. "
 
 

 
 

 
 
 
"  Vous avez apprécié le point sur les kurdes iraniens, à même de prendre rapidement le contrôle de leurs régions en cas de chute du régime, grâce à leur organisation préalable.
 
Parlons donc des forces d'une autre communauté qui pourraient sauter sur l'occasion : les baloutches. 
 

Cette minorité ethnique, linguistique et religieuse est présente dans le sud-est de l'Iran. Elle est également (et plus massivement) implantée dans au Pakistan et, dans une moindre mesure, en Afghanistan).
La résistance baloutche à des pouvoirs remonte à plusieurs siècles...
Cependant, le nationalisme baloutche, qui peut être autonomiste ou indépendantiste, est plus récent. Remontant à la seconde moitié du XXème siècle. Mais dès les années 1930, l'apparition de la Société pour l'unité baloutche et le Baloutchistan annonçait un regain. Depuis, de nombreuses factions politiques et / ou armées ont fait leur apparition. Allant de revendications d'autonomie régionale (en Iran dans le cas qui nous intéresse) jusqu'au principe d'une scission nette avec Téhéran pour entamer une construction nationale. 
 

 
En 2026, plusieurs de ces forces sont toujours actives en Iran et / ou au Pakistan. À l'instar des kurdes, profitant d'une zone montagneuse mal contrôlée entre la Turquie et l'Irak pour leurs bases arrières, les forces baloutches d'Iran profitent du Pakistan comme appui. J'oublie de dire en quoi c'est une minorité religieuse en Iran. Près de 90 % de la population iranienne est, grosso modo, considérée comme chiite (s'ils ne sont pas religieux, au moins de culture). Les baloutches, comme de nombreux kurdes, sont... sunnites. Bref, continuons. Plusieurs forces armées également politiques composées de baloutches ou revendiquant une identité baloutches sont actives en Iran. A l'instar des kurdes disposant déjà de groupes armés, d'armes et de représentations politiques depuis des décennies. 
 

Commençons par l'Armée de Libération du Baloutchistan.
Ce groupe armé, désigné terroriste par les Etats-Unis par ailleurs, est principalement actif au Pakistan mais dispose de base et d'hommes en Iran, dans la région du Sistan-Baloutchistan. Ce groupe dispose de plusieurs milliers d'hommes (et de femmes) combattant(e)s dans une zone à cheval sur la frontière irano-pakistanaise.
Il est l'héritier du Front de Libération du Peuple Baloutche qui fut écrasé en 1973 par une alliance irano-pakistanaise. Comme vous venez de le lire, la lutte des pouvoirs centraux iraniens contre les ambitions d'autodétermination baloutche est ancienne. Et pas uniquement liée au régime des mollahs. Ici, on remonte à l'époque du Shah (père du si médiatique @PahlaviReza). Cependant, ce n'est pas l'Armée de Libération Nationale qui pourrait être la plus active à profiter de l'effondrement du dispositif militaire et sécuritaire si le régime venait à s'écrouler.
Mais un autre groupe, bien plus actif et engagé sur le terrain iranien...
 
 
En effet, un groupe armé s'est constitué en 2012 sur les cendres d'une précédente organisation islamiste sunnite baloutche : Jund Allah.
La Jaysh al-Adl défend un calendrier radical : indépendance du baloutchistan et établissement d'une gouvernance islamique. Vous vous en doutez : le groupe est bien évidemment classé terroriste. Aussi bien en Iran qu'aux États-Unis ou encore en Chine et en Russie.
Il dispose d'au moins plusieurs centaines de combattants, avec une capacité de recrutement pouvant évoluer en cas de crise du régime. Jaysh al-Adl est un véritable problème pour tous les pouvoirs centraux iraniens. Actuels comme à venir. Pour vous donner un exemple, le groupe a été visé dans des opérations de bombardements massifs en 2024 de la part de l'Iran et du Pakistan. 
 

L'éventuelle faillite du système sécuritaire et militaire du régime iranien, dans la perspective de sa chute / dislocation dans le chaos, ouvrirait en grand les portes de nombreuses structures militaires (dépôts d'armes, munitions, véhicules...) pour Jaysh al-Adl et d'autres. Pourquoi d'autres ? Car oui, plusieurs groupes sont également actifs dans la zone baloutche.
Je n'en citerai qu'un seul supplémentaire : Ansar al-Furqan.
Il est bien plus radical (jihadistes ouvertement) que Jaysh al-Adl. Et il a mené plusieurs attentats (ex : 2018). Bref. Je pourrais continuer.
 


Mais cela de vous donner à voir, de nouveau, que l'effondrement, souhaitable, du régime des mollahs posera bien des difficultés. Notamment en cas d'effondrement du système sécuritaire et militaire du pays. C'est tout l'enjeu de sortir de l'amateurisme terrible de l'opposition iranienne en exil que de s'emparer également de ces sujets déterminants. La chute du régime des mollahs est une chose. Gérer cette chute en est une autre, bien plus complexe.
Il est évident que l'Azerbaïdjan va jouer des coudes en cas d'effondrement. Notons que les deux pays entretiennent des relations très tendues, notamment depuis le conflit avec l'Arménie. L'Iran des mollahs ayant soutenu l'Arménie tandis qu'Israël soutenait l'Azerbaïdjan."
 
 
"La dernière déclaration de Reza Pahlavi est désastreuse. Si le propos de base est intéressant (il comprend que le régime sordide des mollahs tient grâce à l'industrie pétrolière), la fin est catastrophique : j'arriverai quand vous aurez fait le travail... C'est terrible...
 
"Mes chers compatriotes, Votre courage et votre détermination ont suscité l'admiration du monde entier. Votre présence, une fois de plus glorieuse, dans les rues d'Iran vendredi soir a été une réponse cinglante aux menaces du chef traître et criminel de la République islamique. Je suis certain qu'il a vu ces images depuis sa cachette et qu'il a tremblé de peur. Maintenant, grâce à votre réponse décisive au premier appel, je suis certain qu'en ciblant davantage notre présence dans la rue et, simultanément, en coupant les circuits financiers, nous mettrons complètement à genoux la République islamique et son appareil de répression usé et fragile. À cet égard, j'appelle les travailleurs et les employés des secteurs clés de l'économie, notamment des transports, du pétrole, du gaz et de l'énergie, à entamer un processus de grève nationale. Je vous invite également tous à descendre dans la rue aujourd'hui et demain, samedi et dimanche (10 et 11 janvier), dès 18h, munis de drapeaux, d'images et de symboles nationaux, afin d'occuper l'espace public. Notre objectif n'est plus seulement de manifester dans la rue ; il s'agit de nous préparer à conquérir et à défendre les centres-villes. Pour atteindre cet objectif, déplacez autant de voies de circulation que possible vers les centres-villes et reliez les populations dispersées. Parallèlement, préparez-vous dès maintenant à rester sur le terrain et à assurer l'approvisionnement nécessaire. Aux jeunes de la Garde éternelle iranienne, et à toutes les forces armées et de sécurité qui ont rejoint la Plateforme de coopération nationale, je dis : Ralentissez et perturbez encore davantage la machine de répression afin que, le jour promis, nous puissions la désactiver complètement. Je me prépare également à rentrer dans ma patrie pour être avec vous, grande nation iranienne, lorsque notre révolution nationale aura triomphé. Je crois que ce jour est très proche. L'Iran qui perdure !"
 

 
Il pourrait déjà s'installer dans un pays voisin pour y superviser, tout en réunissant des opposants de tout bord, près de la frontière de son pays, la situation. Et non pas rester dans le confort des luxueux appartements américains. La Turquie pourrait l'accueillir. Il gagnerait en crédibilité en étant à quelques kilomètres des frontières du pays. C'est ainsi que, même si elle a échoué lamentablement, la Coalition Nationale Syrienne était tout de même crédible un tant soit peu : elle était de l'autre côté de la frontière, en Turquie.  
Mais l'opposition iranienne, dans sa globalité, bien au delà de la base de Pahlavi (donc 'es autonomistes arabes, kurdes, les indépendantistes baloutches, les réformistes religieux, les radjavistes, etc...), ne va pas attendre d'un potentiel dirigeant en... télétravail. Au bout d'un moment, il doit aussi montrer des gages. Et pas seulement aux iraniens. 
Mais aussi aux Occidentaux dont il cherche désespérément le soutien. Donc, première étape : abandonner son confort bâti depuis des décennies sur la fortune familiale et se rendre en Turquie." 
 
"Les services US sont bel et bien les mieux informés au monde, avec les services israéliens, de la situation en Iran. Et, pour le moment, même s'ils mettent à jour leurs évaluations, ils ne voient pas de perspectives claires. Quand Reza Pahlavi, comme d'autres, appelle Donald Trump à frapper le régime iranien ce jour, il oublie que ce n'est pas si simple. Comme lors de la guerre des douze jours. Israël, ennemi intime des mollahs, n'a jamais été jusqu'à viser les plus hauts cadres du régime. Pourquoi ? On va s'entendre dire que Trump et Netanyahou sont des agents iraniens eux aussi parce qu'ils n'agissent pas encore davantage que ce qu'ils ont fait jusque là ? (certains opposants iraniens en ligne seraient capables de le dire...) Bien des réponses...La première, c'est que l'opposition iranienne en exil n'est pas prête à gouverner. Et c'est dramatique car elle est terriblement amatrice. Elle a eu des décennies pour s'organiser, dialoguer entre différentes forces, créer une coalition unique, mais elle n'a rien fait. Pahlavi, par exemple, visage le plus connu en Occident comme candidat à gouverner, clame qu'il est rallié par des milliers de déserteurs potentiels. Dans les faits, jamais un seul cadre n'a déserté pour le rallier. Pas même un obscure ambassadeur iranien au Vanuatu. Donald Trump l'a ainsi rappelé : c'est un "nice guy" mais il n'est pas apte à gouverner dans les faits actuellement. Et pourtant, depuis des années de manifestations où il a parlé des heures, jamais il n'a participé à une vaste entreprise d'union de l'opposition. Pour les manifestants, en Iran, c'est la même chose. Ils manquent d'organisation. L'effet de masse est une chose, mais il n'y a pas de leadership (et, oui, le régime fait tout pour l'éviter). En Syrie, il y avait eu la Coordination nationale Syrienne et les Comités locaux. L'avantage de telles organisations claires, c'est qu'elles sont identifiables et permettent à terme d'obtenir des relais dans cette opposition. In fine, on a un paysage d'oppositions complètement éclaté et disparate. Et cela effraie les US, Israël et bien des pays. Pour gagner en sérieux politique, l'opposition en exil devrait déjà fournir une plateforme claire et diversifiée pour être l'interlocutrice future : incluant Pahlavi, Radjavi, les réformistes religieux issus du régime, des autonomistes des minorités, etc...En Egypte, nous savions que les Frères Musulmans étaient organisés depuis des décennies malgré leur répression. Et la chute du régime de Moubarak fut ainsi accompagnée sans difficulté par les occidentaux. Et nous savions que l'armée resterait (elle fit un coup d'Etat après). 
 
Ce n'est qu'un exemple mais c'est la démonstration que, pour l'Occident, avant de s'engager dans une posture (le soutien à Maïdan en Ukraine fut logique mais également lié au fait que l'opposition étaient prête), il faut d'abord voir qui sont les acteurs à même de suivre. Or, pour le moment, en Iran, nous ne disposons d'aucun panorama clairement établi, et surtout en capacité réelle, de prendre la suite. Et nos services de renseignement et de diplomatie, en Israël, aux US ou encore en Europe, ont besoin de ce panorama pour évoluer davantage. Donc, puisque Pahlavi veut jouer des coudes politiquement, qu'il prenne l'initiative d'inviter, à un évènement public, des représentants de toute l'opposition iranienne : religieuse comme laïque, de gauche comme de droite, Radjavi comme réformistes, autonomistes kurdes, etc. Et, oui, alors, il aura probablement une bien meilleure assise pour demander davantage d'attention de la part de Washington ou de Paris et Londres. L'opposition doit gagner, très rapidement, en maturité politique et en maîtrise politique, pour qu'elle ait davantage de poids. Certes, sortir d'une révolution après une dictature est toujours un moment compliqué (la France a mis 80 ans, entre 1789 et 1870, pour stabiliser la république) et de manière générale les gouvernements craignent les conséquences des déstabilisations. " 

Cédric Labrousse
 


@CdricLabrousse
Fils de marin-pêcheur. Doctorant sur la Syrie. Régionalisme, libéralisme, a bossé dès 16 ans. Opinions personnelles. Fondateur : http://votreprofesseur.fr




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